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Al-Messiri : Occident, colonisation et sionisme

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Etude du comportement humain et du sionisme

Al-Messeiri a eu le mérite d’instaurer un projet intellectuel d’envergure dont les productions se sont diversifiées entre ses célèbres recherches sur le sionisme, en passant par les recherches en sociologie et la critique littéraire pour finir avec les contes pour enfants.

Le projet de Abdel-Wahab Al-Messeiri consistait essentiellement à mettre sur le tapis une panoplie d’idées théoriques et méthodologiques pour interpréter les phénomènes sociaux, surtout celui du sionisme auquel il a porté un grand intérêt. Et c’est à travers cette étude qu’il a réussi à cristalliser ses théories et ses analyses.

Toutes les idées théoriques de Messeiri découlent d’une question traditionnelle dans le domaine des sciences sociales : peut-on comprendre le comportement humain en appliquant les mêmes méthodes utilisées dans la compréhension des phénomènes sociaux ? Mais la réponse de Messeiri est négative et ses arguments sont clairs. L’homme est la seule espèce qui pose des questions sur le pourquoi des choses et qui est toujours en quête de connaître la raison derrière son existence. Bref, c’est une créature qui a une mission à remplir, car elle constitue une partie inhérente à la nature, dans laquelle elle vit et interagit à plusieurs niveaux.

Pour rapprocher cette idée, le lecteur peut par exemple méditer sur l’idée maîtresse du grand linguiste Noam Chomsky sur ce qu’il appelle le miracle de la langue. Selon Chomsky, la langue est une qualité innée chez l’enfant. Le discours ordinaire repose sur la composition de relations logiques entre le lexique et l’accomplissement des opérations de dérivation que l’enfant effectue sans étudier la logique. En d’autres termes, l’esprit de l’enfant (c’est-à-dire ses facultés de compréhension qui ne sont pas concrètes mais qui peuvent effectuer ses opérations compliquées pour former des phrases compréhensibles) est donc plus complexe que son cerveau (du point de vue organique). Et donc, il est difficile de cantonner l’homme à son aspect biologique. Alors pour comprendre le comportement humain assez complexe, il faut trouver un modèle d’interprétation respectant l’indépendance relative de l’homme de sa nature biologique. Un modèle qui prendrait en compte les opérations complexes à travers lesquelles l’esprit humain emmagasine le flot d’informations qu’il reçoit sur son entourage et sur son vécu pour les réarranger par la suite conformément à leurs significations et leur importance. Le stade suivant est celui consistant à effectuer des opérations d’abstraction et de compilation afin d’apporter une certaine justification au phénomène faisant l’objet d’étude. Ces opérations sont appelées par Messeiri la création d’un modèle interprétatif du phénomène.

 

Comment Messeiri a-t-il appliqué cette position théorique sur la cause principale des Arabes qui est le conflit avec le sionisme ?

Il a commencé par réfuter le discours se rapportant aux droits et qui se limitait à se lamenter de l’injustice qui a été infligée aux Arabes ainsi que le discours contestataire qui considère que l’attaque menée contre le sionisme doit être impérativement justifiée. En revanche, Messeiri a présenté une analyse profonde sur le sionisme consistant à critiquer le fait qu’il s’est considéré comme une exception humaine de l’histoire. Le sionisme insiste à considérer les groupes juifs un peuple organique vivant en dehors de l’histoire. Selon la vision sioniste, ces groupes n’ont pas été influencés par les sociétés dans lesquelles ils ont vécu tout au long des siècles. Mais ils se sont enfermés sur eux-mêmes et ont préservé leurs caractéristiques, ont choisi leurs propres lexiques historiques et rêvent du retour à la « terre promise ». Pour Messeiri, la première étape pour comprendre le sionisme est de le situer dans son contexte historique en tant que phénomène colonialiste étranger que l’on ne peut comprendre que dans le contexte historique colonialiste de la fin du XIXe siècle.

Messeiri est resté fidèle à ce procédé rigoureux dans son analyse des différentes dimensions du phénomène sioniste. De même, lorsqu’il a abordé l’un de ces dossiers les plus épineux du XXe siècle, à savoir celui de l’holocauste. Contrairement aux tendances qui le considèrent comme un événement exceptionnel dans l’histoire humaine et qui est dirigé contre les juifs en tant que race, Messeiri a considéré cette problématique autrement en la reléguant à un niveau plus complexe. Sa vision avance que la problématique essentielle est de considérer l’holocauste comme un modèle intensifié d’une tendance d’extermination latente dans l’esprit colonialiste. Celle-ci voit le monde et les individus comme une simple matière destinée à la consommation et de laquelle il faut tirer la meilleure partie et s’en débarrasser le cas échéant. Il a essayé d’attirer l’attention sur les opérations d’extermination antécédentes et leur relation avec la configuration impérialiste occidentale. Et donc aux yeux de Messeiri, le tout est cantonné à une interprétation historique délicate et à un souci humain général qui touche toutes les victimes de la colonisation occidentale.

 

Messeiri était-il un apôtre du boycott ou de l’animosité envers l’Occident ?

La question importante qui s’impose est la suivante : Messeiri était-il un apôtre du boycott ou de l’animosité envers l’Occident ? La réponse peut être négative ou affirmative et cela dépend de ce que l’on entend par le mot « Occident ». Pour Messeiri, il faut distinguer entre deux niveaux en traitant avec le concept Occident. Un niveau figuratif qui le confinait à son image colonialiste hégémonique. L’autre niveau est historique, celui qui traite avec l’Occident en tant que réalité historique et géostratégique et qui considère « l’homme occidental » plus complexe que « le modèle d’hégémonie occidentale ». Messeiri a de tout temps été l’un des fervents opposants et un militant contre ce modèle.

En réalité, il est nécessaire de dissiper l’équivoque existant entre les deux niveaux pour comprendre la position de Messeiri vis-à-vis de l’Occident. Et donc, selon cet ordre d’idées, la dimension centrale est celle de la libération et non du racisme, et l’animosité émane du modèle d’hégémonie impérialiste. La position hostile s’élève essentiellement contre le modèle d’impérialisme occidental et non pas contre l’Occident en tant que tel. D’autant plus que nombreux sont les alliés de l’Occident qui s’érigent devant le modèle impérialiste d’hégémonie.

Le legs de Messeiri est un patrimoine scientifique précieux et créatif et une étude exhaustive du phénomène du sionisme ainsi que d’autres phénomènes scientifiques. C’est également une prise de position et une pensée libéraliste qui, tout en ayant critiqué le colonialisme occidental, s’est ouverte aux produits de la pensée humaine occidentale fut-elle ou orientale. Il nous a laissé également, en fin de compte, l’expérience humaine fertile d’un penseur soucieux de former et d’encourager un nombre énorme de disciples dans les diverses spécialisations de sa pensée encyclopédique. C’est à eux de sauvegarder son patrimoine et de le développer.

Yasser Elwi

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/7/16/opin4.htm

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1 Commentaire

  1. Hm, zábavná metafora, ale trochu vÄ›cnÄ›ji by to neÅ¡lo? Kosmologický argument je prezentován jako DÅ®KAZ existence Boha. Ponechává-li tento DÅ®KAZ reálnou možnost, že to mohlo být taky úplnÄ› jinak, pak samozÅ™ejmÄ› není důkazem, a je tedy jako důkaz vyvrácen. To samozÅ™ejmÄ› neznamená, že je tímto dokázán opak, tedy že Bůh neexistuje – ale nic takového jsem pÅ™ece nenapsal.Takže nechápu co s tím máš za problém.

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