Islam  : Libération des opprimés

Conflit entre l’armée et Morsi sur le HAMAS

Conflit entre l’armée et Morsi sur le HAMAS
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Abstraction faite des erreurs d’évaluation et des manquements aux principes de HAMAS sur la Syrie qui posent avec force la crédibilité du mouvement à conserver l’initiative,  l’unité et le soutien dans sa résistance contre l’occupant sioniste de la Palestine, d’autres questions plus graves se posent après le coup d’Etat   contre Morsi.  Des analyses arabes, citant le général en retraite conférencier à l’académie militaire du Caire, Aymane Salama, lors de son interview à la BBC, soutiennent que l’armée égyptienne a agi dans l’intérêt d’Israël. D’autres soutiennent que les Frères Musulmans allaient céder le Sinaï comme solution aux Palestiniens en échange d’une aide américaine de 12 milliards. Le temps va sans doute montrer la véracité et le mensonge. Pour l’instant les Bédouins arabes livrent 20 milliards de dollars aux juillétistes et on pourrait s’interroger pour qui roulent les pétromonarchies?  Beaucoup de questions, d’accusations graves, et d’incertitudes pèsent sur le devenir de l’Egypte !

Pour saisir ces questions et leur gravité il faut se rappeler que les révolutions arabes ont été récupérées par l’Empire qui a une capacité de manœuvre redoutable. Cette capacité s’appuie sur une connaissance du monde arabe et des relais actifs au sein des élites arabes qui alimentent la base de connaissances et agissent dans le sens attendu de l’Empire. Il faut aussi se rappeler que l’esprit partisan et la précipitation à conquérir le pouvoir ont conduit les Frères musulmans à devenir les instruments de leur propre échec. Ils se sont attaqués à des formalismes secondaires et simplistes négligeant les enjeux stratégiques et la nécessité de formaliser les contradictions et les crises en ingénierie politique, sociale, idéologique et militaire pour les surmonter et les résoudre dans une démarche fédérée et efficace au niveau régional et local.

Il était légitime pour le président Morsi de menacer militairement l’Ethiopie qui est en train d’assoiffer l’Egypte, mais l’art et la manière de le dire ou de le faire étaient illogiques et dangereux car le Président n’avait ni le cadre politique, ni l’encadrement militaire, ni la lucidité géopolitique pour le faire. Depuis Sadate et Moubarak l’Egypte a perdu la culture de défendre la souveraineté nationale et de rayonner sur sa profondeur stratégique. Elle a produit une génération de fonctionnaires civils et militaires davantage impliqués dans la gestion de la rente que procuraient la paix avec l’entité sioniste et la vassalisation aveugle à l’Administration américaine que par la gestion de la cité et de la nation. Tous les experts disent que les futures batailles stratégiques vont se focaliser autour de l’eau et qu’Israël est un grand consommateur d’eau. L’Egypte avec le Soudan et derrière la Libye et l’Algérie fait partie de la plus grande nappe phréatique  dans le monde apte à fournir plus de mille ans d’eau potable à plus de 200 millions d’habitants. Ces pays disposant de 40 mille milliards de m3 d’eau sont naturellement convoités par la prédation internationale et par l’occupant étranger en Palestine.

Les déclarations intempestives sont donc inutiles. L’urgence était de mobiliser les experts et les capitaux pour disposer de cette eau et de ses bénéfiques retours d’investissements sur le plan écologique, social, économique, touristique et agraire.

Pour cela il fallait un cap, beaucoup de travail et un réenchantement des peuples abusés et désabusés. Ces chantiers sont l’oeuvre d’une génération et non celle d’un parti ou d’une confrérie. La bonne gouvernance consistait à préparer ce chantier en créant les conditions pour une ingénierie politique, sociale, financière  et technique tant sur la  conception que sur la réalisation en comptant sur ses propres forces. L’Etranger doit être réduit à sa juste mesure : un partenaire, un auxiliaire, un facilitateur ou un obstacle, mais jamais le maître d’ouvrage, le maître d’oeuvre qui décide des plans, des agendas et des priorités… Les Chinois et  les Iraniens sont des témoignages vivants et bien réels.

Dire que l’Islam est la solution est une tautologie sur le plan de l’énoncé qui n’apporte rien sur le plan de la praxis. Le modèle turc qu’on veut présenter comme modèle islamique par excellence alors qu’il est d’essence capitaliste semble gérer la ressource rare au détriment des musulmans et des Arabes : la Syrie et l’Irak souffrent des barrages turcs. Israël par contre semble recevoir de l’eau turque pour produire les fruits et les produits industriels destinés aux Arabes. Les experts parlent d’un accord pour la construction d’un tunnel sous la mer pour que la Turquie approvisionne Israël en eau en abondance. Les eaux d’Egypte semblent moins chères et plus facile à transporter comme le gaz égyptien. Les « révolutionnaires » égyptiens ne semblent pas pressés de se poser les bonnes questions : ils surfent sur le mécontentement « populaire » envers Morsi et les Frères musulmans. Les Frères musulmans n’ont pas voulu poser les bonnes questions et impliquer toutes les compétences. Ils croyaient manœuvrer facilement avec l’armée et avec l’Empire comme ils croyaient que l’appartenance à l’Islam allait leur ouvrir les portes du Paradis sur terre.

Il était légitime pour le président Morsi de conserver son titre et son poste de président eu égard aux préceptes de l’Islam qui refuse la sédition contre le gouvernant et eu égard au principe démocratique qui l’a amené au pouvoir. Toucher ces deux principes n’est pas un acte révolutionnaire ou une morale, mais une atteinte des principes. Le peuple est devenu otage des manipulateurs et une jurisprudence pour l’anarchie. Morsi, président légitime, a eu raison de refuser de démissionner, mais il aurait dû, pour éviter l’effusion de sang et pour éviter le coup d’Etat facilitateur à la réalisation d’un plan plus grand que l’Egypte, imaginer des solutions inédites et prendre les mesures adéquates pour mettre fin aux conséquences de ce qui est annoncé avant que les Frères musulmans ne se lancent aveuglement à la conquête du pouvoir : l’anarchie et la guerre civile dans le monde arabe et musulman.

Il était légitime pour le président Morsi de soutenir le HAMAS, d’ouvrir le poste frontalier avec Gaza et d’envisager un autre redéploiement militaire au Sinaï, mais l’esprit partisan a empêché que la perception du HAMAS se fasse dans le cadre de l’évaluation globale de la résistance au projet de refondation du Moyen-Orient et du monde arabe par les Américains. L’illusion du Khalifat islamique  en Syrie, en Jordanie et en Egypte, était un leurre que les Américains et les idiots utiles de l’islamisme infantile ont cultivé comme un pavot d’opium faisant oublier les peurs, les paniques et les réactions de rejet de l’armée qui est garante de la paix avec Israël et qui ne veut ni se lancer dans une guerre ni perdre ses privilèges politiques, sociaux et économiques dans une guerre à laquelle elle ne se prépare plus. Les mêmes peurs, les mêmes paniques et le même rejet ont été entretenus dans les communautés coptes, les laïcs libéraux et nationalistes.

Les dissidents des Frères musulmans et les intellectuels nationalistes se rejoignent pour décrire l’incompétence des Frères musulmans à gouverner, mais le fait le plus marquant est celui des médias qui ont commencé à lancer une campagne de dénigrement contre le HAMAS quelques semaines avant la destitution du Dr Morsi. Cette campagne prend des proportions alarmantes ces derniers jours. Il y a une volonté de criminaliser, de diaboliser le HAMAS et de le faire montrer comme le facteur de déstabilisation non seulement en Egypte, mais dans le monde arabe. Certes, l’encadrement du HAMAS a fait des erreurs politiques graves, mais il ne peut être considéré comme un traître à la solde d’Israël, ni un agent américain, ni un facteur de subversion pour l’Egypte. La précipitation dans la lecture de l’actualité et l’alignement idéologique derrière Qaradhawi les ont leurré.

La campagne orchestrée contre le HAMAS de concert avec celle menée contre Morsi explique sans doute l’emprisonnement de Morsi après sa destitution comme le résultat d’un bras de fer entre Morsi et le commandement militaire sur la conduite à adopter envers le HAMAS dans le cadre de la politique de défense nationale égyptienne. Le système Sadate-Moubarak défenseur d’Israël et pourfendeur du HAMAS, toujours en place et en force dans les institutions égyptiennes, semble être la cause majeure qui a conduit à la destitution puis à l’emprisonnement de Morsi. La mauvaise gouvernance est un prétexte. Ni l’Egypte ni le monde arabe n’ont produit une gouvernance sensée ou un espoir de référence, ces derniers siècles, pour que le peuple égyptien se mobilise contre un « insensé » de type Morsi lui préférant un « sensé » de type Baradei ou Sissi.

Ce qui s’est passé et se passe en Egypte, en Libye, en Syrie, au Soudan et  dans tout le monde arabe est la conjugaison de l’insenséisme interne avec la rationalité de la prédation externe qui cherche à briser la résistance contre l’empire et le sionisme,   à évacuer la question palestinienne de la préoccupation politique, sociale et religieuse, et à occulter l’émergence de l’Islam et sa dimension civilisationnelle dans l’alternative au mondialisme matérialiste.

Au moment où chaque pays musulman et arabe est occupé par ses problèmes internes sombrant dans la confusion la plus inimaginable les plans de l’Empire se réalise en Palestine où l’Administration américaine impose sa feuille de route au détriment des Palestiniens, et se réalise non seulement en Syrie, mais dans la région la plus sensible du monde musulman avec  l’émergence d’une nation kurde autonome. Les Kurdes de Syrie viennent d’annoncer leur gouvernement autonome. Le problème n’est pas dans l’autonomie des Kurdes, mais dans notre incapacité à résister aux césures géographiques, historiques, mentales, politiques et économiques que l’Empire mène depuis des siècles. Le Kurdistan n’est pas en soi une revendication illégitime pour les Kurdes syriens, iraniens, irakiens et turques, il est un problème lorsqu’on jette un coup d’œil sur la carte géographique et puis on imagine la genèse de son morcellement ainsi que le devenir des conflits qui vont émerger en périphérie de la nouvelle entité rendant la paix impossible et l’agrégation des « nations » impossibles pour faire front contre l’Empire.

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Dans sa partie asiatique l’Egypte est confronté au morcellement et aux conflits (Irak et Syrie), dans sa partie africaine elle est confrontée au morcellement et aux conflits en Libye, au Soudan et en Afrique subsaharienne. Que les Égyptiens viennent à prendre parti dans les conflits puis viennent à devenir une source de conflit cela dépasse l’entendement lorsqu’on imagine la quantité d’armes et le nombre des sources d’approvisionnement en armes juste en jetant un coup d’œil sur la carte des conflits  :

EGYPTE

 

Il faut faire le moindre effort : lire une carte de géographie pour voir comment le monde musulman est une zone de conflits et de prédation où se joue le devenir du monde jusque là sous la domination totale du colonialisme occidental. Cette domination s’accentue comme le râle d’un prédateur essoufflé, mais l’alternative est absente.

Les problèmes sont complexes par leur enchevêtrement historique, politique, économique, sociologique, culturel, idéologique, géographique. Leur complexité impose de ne pas perdre les liaisons réelles entre le local et l’international, entre le passé et le devenir. Ce qui se passe en Egypte, en Syrie ou ailleurs dépasse leurs intérêts nationaux. Les Frères musulmans, confinés dans une démarche partisane, ont fait preuve de cécité.  Les libéraux et progressistes arabes, prisonniers de leur clivage idéologique importé de l’Occident n’ont plus de repères. Ils oublient qu’ils ont gouverné et que leur modèle est en faillite. Les peuples arabes et musulmanes leur ont retiré leur confiance. Les armées arabes gérant le système de rente et s’accaparant les privilèges n’ont plus vocation à défendre le territoire dans ses frontières immédiates ou dans sa profondeur stratégique. Il n’est pas surprenant que l’armée égyptienne et les élites arabes occidentalisées fassent référence  à la Révolution française pour se donner contenance idéologique et masquer leur faillite ancienne pour revenir dans la gestion des coups d’Etat.

Il est toujours « drôle » de voir les élites de l’indépendance nationale dans le monde arabe se réclamer des référents idéologiques et culturels de l’Occident colonisateur. Dans leur alignement aveugle, ils ne parviennent plus à placer la Révolution française dans son contexte historique et géographique européen : la bourgeoisie qui s’affranchit de la féodalité et qui libère les forces productives pour impulser le progrès technique, le marché et l’expansion du capital marchand puis industriel qui sont le substrat de l’industrialisation de la colonisation. Nos élites ne produisent que de la féodalité et de l’importation. Lorsqu’ils sont acculés à l’échec ils appellent l’armée à la rescousse et recourent aux terminologie de la « modernité » et de l’Etat jacobin.  Il est par contre ahurissant de voir certains « islamistes » confiants dans le soutien européen et espérant leur attachement à la légitimité des urnes. La démocratie par les urnes est une illusion que la culture musulmane a depuis longtemps démasqué en montrant la voie prophétique : le pouvoir n’est pas à convoiter, mais le devoir est à accomplir.

La raison de la destitution de Morsi a été annoncée puis commentée à grand fracas par la presse arabe : échec de l’Islam politique et criminalisation du HAMAS. Nous sommes en réalité au cœur de deux enjeux : l’éveil du monde musulman comme alternative civilisationnelle et la résistance à l’Empire et au sionisme.

Les forces extérieurs  ont la capacité d’anticiper et de manipuler les civils et les militaires, les gouvernants et les gouvernés, les islamistes et les non islamistes. Ils ne sont pas forts, mais nous sommes faibles. Nous sommes loin, très loin, de nous hisser au niveau des véritables défis par notre dispersion et par notre inconséquence. Les forces intérieures ne parviennent pas à trouver un dénominateur commun ni à définir les lignes rouges que ni l’intérieur ni l’extérieur ne doivent franchir pour préserver la paix civile et engager le développement. Est-ce qu’elles vont avoir, un jour,  le courage de chercher à dévoiler la nature du conflit réel entre l’armée qui voulait imputer à HAMAS l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï au mois d’août 2012 et Morsi qui a refusé de croire à l’implication du HAMAS dans une opération qui lui aliène la population égyptienne et qui est illogique et immorale.

Le système égyptien a pris l’habitude de défendre Israël contre les Palestiniens. Il va tenter d’entraîner un peuple miné par la crise sociale et morale générée par ce système qui se croit le Messie le sauveur, le rédempteur. Contre ce système et contre l’ordre mondial donneur d’ordre de ce système il est impossible de voir réussir un système confrérique partisan et otage de ses marabouts.

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