Islam  : Libération des opprimés

De la culture du management du changement

De la culture du management du changement
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Pour approfondir la notion de compétence au changement, prenons comme base d’étude la parabole coranique de l’arbre :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

Cet arbre ou cet homme est d’abord un potentiel voulu par Allah. Il est créé et doté de capacités qui le rendent apte à produire des fruits avec chacun de ses fruits l’aptitude à produire d’autres arbres dans un cycle de reproduction élargie pour davantage de biens. Cet arbre ou cet homme peut ne porter aucune semence d’avenir, car il n’en a pas les capacités. Il végète et il finit par perdre sa vitalité et perdre les raisons mêmes de son existence. La volonté d’Allah est que l’arbre soit bon, stable et utile. Allah ne rattache pas le mauvais arbre à Sa Volonté pour signifier la responsabilité de l’être à se cultiver lui-même et celle de la terre qui le porte à lui apporter ce qui lui donne vitalité et stabilité.

À titre d’exemple, Abraham a utilisé son potentiel pour partir très jeune à la quête de la vérité et se forger une réputation de contradicteur contre le mensonge, Mohamed a lui aussi utilisé son potentiel pour chercher la vérité et se forger une réputation d’honnête homme loyal et digne de confiance. Dans cette production de singularités humaines, Allah va choisir les plus aptes à porter Son Message et à réformer la société en leur donnant des capacités plus grandes et des moyens plus efficaces. Voici ce qu’Il dit au sujet de Moïse :

{Et quand il eut atteint sa maturité et sa forme, Nous lui avons accordé sagesse et science. Et c’est ainsi que Nous récompensons ceux agissent au mieux.} Coran

{Et Je t’ai comblé d’amour de Moi-même, pour que tu sois formé sous Ma Surveillance} Coran

Les Prophètes comme les arbres n’ont pas tous trouvé l’environnement favorable. Il en sera ainsi pour les hommes de bonne volonté. Dans l’existence moderne et sous toutes ses facettes toute capacité réelle ne devient pas une compétence ou une autorité qui conduit un projet, une réforme ou État. Une compétence est une capacité reconnue comme telle par ses pairs ou par son environnement qui lui donne ainsi une légitimité symbolique. Dans une société corrompue et dans un environnement hostile, une capacité non seulement n’est pas investie de légitimité, mais elle risque d’être présentée comme médiocre ou nuisible qu’il faut éliminer :

{Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse et qu’il invoque alors son Dieu ! Moi, j’ai peur qu’il n’altère votre religion ou qu’il ne fasse paraître la corruption de par la terre ».} Coran

Dans une telle situation, la lucidité ne consiste pas à surenchérir ou à chercher des justifications pour répondre à l’amour propre blessé par un déni de considération et de reconnaissance, mais à adopter la posture musulmane :

{Et Moïse dit : « Moi, j’ai cherché refuge auprès de mon Dieu, et votre Dieu, de tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement ».} Coran

Moïse va se focaliser sur la défense de la vérité qui terrasse tous les mensonges de Pharaon et de ses courtisans. La reconnaissance viendra de ceux qui reconnaissent la vérité à travers lui. En tous les cas Moïse ne l’a pas cherché.

Souvent, la compétence n’est pas une capacité, mais une imposture que le système crée pour donner l’illusion de légitimité en faisant reconnaitre par lui, par l’environnement ou par quelques rentiers de la société un de ses agents ou un de ses communicants. Pharaon va tenter de faire diversion sur la capacité de Moïse à argumenter sur la vérité et à fédérer le peuple opprimé en donnant légitimité technique et symbolique à son administrateur investi du pouvoir d’atteindre le ciel et de rendre Dieu accessible à sa vision et à celle de ses courtisans alors qu’il sait en son for intérieur l’impossibilité de sa prétention :

{Et Pharaon dit « O Hamana, construis-moi une tour, peut-être atteindrais-je les chemins, les chemins des Cieux, alors je verrai la divinité de Moïse, et je pense sûrement qu’il est menteur ».} Coran

Les diversions sur la compétence sont nombreuses et elles font partie de la lutte idéologique. Une autre diversion consiste à confondre le pouvoir avec l’autorité. Pour un grand nombre de linguistes, l’autorité morale, intellectuelle et artistique est celle d’un « auctor » c’est-à-dire d’un producteur d’idées, d’un fabricant d’événements ou d’un stimulant moral et spirituel qui pousse à agir au sens latin « augeo, augere »  qui signifie « faire croître, développer ». L’auteur et l’autorité sont les initiateurs d’action et de sentiments créatifs et inventifs. L’écrivain, le metteur en scène, l’artiste sont des auteurs parce qu’ils créent des personnages, des décors, des récits. Un personnage exerce une autorité, car il a une influence morale et intellectuelle par son charisme et son savoir qui stimulent la créativité et la coopération dans un groupe et font de l’auteur une référence pour le conseil, l’arbitrage sans qu’il ne bénéficie d’un statut privilégié ni d’une position de commandement. L’auteur et l’autorité sont du point de vue de la créativité la manifestation d’une compétence c’est-à-dire d’une capacité légitime qui donne à son tour l’inspiration à d’autres capacités patentes ou latentes.

La notion d’autorité devient pouvoir exercé sur les autres et commandement du type militaire du fait de la position hiérarchique militaire, sociale ou politique d’un personnage. L’imperator est le général en chef ayant reçu les honneurs pour « imperare » c’est-à-dire ordonner ce qui doit être dit et fait en sa qualité de « princeps » c’est à dire de somment de la hiérarchie que lui confère la Res Publica (chose publique) qui reconnait ainsi sa légitimité de premier. De cette légitimité (par la force et le droit) découlent les attributs de mérite que le premier chef est censé avoir dans sa posture d’élu, de modèle. Dans le dédale des mots il est donc difficile de distinguer le privé du public, le droit de la force et la dérive démiurge de l’homme de la grandeur de la cité. Auctoritas, dans Rome, est le pouvoir judiciaire, militaire et administratif conféré à l’Empereur romain. L’Empire romain a codifié l’exercice du pouvoir dans des principes et des hiérarchies administratives qui sont devenus des principes de jacobinisme et de républicanisme par excellence. Ces principes ont pénétré les colonies de l’Empire romain, l’Église, les Empires musulmans, la modernité occidentale, les colonies européennes, et le mondialisme.

La prédation et le mouvement de l’argent, des idées et des faits scientifiques et techniques qui ont donné naissance au capitalisme ont fait coexister les deux notions d’autorité. Ainsi pouvoir et créativité ainsi que compétences et positions administratives en Occident collaborent ou entrent en rivalité dans une logique cohérente, car elle correspond à la culture, à l’histoire et à l’économique qui façonnent le sol et la mentalité d’une civilisation. Chez nous l’esprit du Janissaire et du colon ont laissé une incohérence telle que nous ne produisons que des autoritarismes et des servitudes y compris dans le domaine de la culture et de la religion. Dans cet esprit ce sont les hiérarchies militaires, administratives et judiciaires héritées du colonialisme qui vont choisir les hommes qui seront aux commandes de l’État, qui vont déterminer le profil des élites des corps de métier, les programmes religieux et éducatifs, et qui vont configurer les cinq maitrises du territoire dans tous les domaines en l’occurrence l’usage, la propriété, la conception, l’exécution et l’expertise du développement, de la culture et des ressources.

Dénoncer un général ou contester un président ne suffit pas à mettre en marche le changement et à libérer l’intellectuel lorsque la mentalité de César et de légionnaire au sommet rencontre celle de la plèbe dans les jeux de cirque et la distribution de pain. Voter pour un président ou pour une assemblée nationale ne change rien à l’organisation et au fonctionnement des institutions ni au rapport des gouvernants aux gouvernés lorsque le principe d’autorité de l’empereur romain, le premier citoyen de Rome, est reconduit en concentrant les pouvoirs militaires, judiciaires, politiques et administratifs, en maintenant leur pyramide et en faisant des parlements et des sénats des chambres de rhétorique et des justificatifs légaux.  Notre bataille ne doit donc pas se focaliser sur les aspects formels, conjoncturels ou personnels, mais sur les dimensions historiques et psychologiques structurelles et les idées qui éclairent les mentalités et les invitent à changer leur mode de représentation des élites et des pouvoirs.  Toutes les notions de droit, de justice, de propriété, de pouvoir, d’administration, de démocratie et de gouvernance doivent être expurgées non seulement de leurs références impériales et capitalistes, mais de leurs sources judéo-chrétiennes et gréco-romaines en tant que prétention à représenter l’universel et le mérite.

En Occident, la question de l’intellectuel se pose dans le jeu de rivalités entre l’autorité du marché et de l’administration et les auteurs qui ont une autre vision de la Post modernité, de la liberté et de la créativité. On ne peut donc poser la question chez nous de la même façon sauf si on opte pour un alignement parfait et définitif sur l’Occident ce qui est impossible, ou bien si on revient à l’esprit originel de l’Islam qui demeure une possibilité réalisable si on parvient à la rendre pensable et souhaitée par une société ou par une élite qui aspire à s’émanciper de l’oppression, de la corruption, de la rente et de la médiocrité. Je ne pense pas que la société doive attendre la venue du Mahdi, le retour du Messie ou l’émergence d’une élite « reconnue » pour connaitre les évidences et les devoirs de sa religion :

« L’image des Croyants dans les liens d’amour, de miséricorde et de compassion qui les unissent les uns aux autres est celle du corps : «dès que l’un de ses membres se plaint de quelque mal, tout le reste du corps accourt à son secours par la veille et la fièvre ».

 « Le croyant par rapport au croyant est comme la construction dont tous les éléments se soutiennent »

La réalité politique et idéologique ainsi que la complexité socio psychologique font que la capacité intellectuelle ne trouve pas le champ favorable pour s’exprimer, ne trouve pas les forces pour agir et ne trouve pas de protection contre le système dominant qui non seulement lui refuse la reconnaissance et la légitimité, mais lui refuse les moyens élémentaires de subsistance et d’expression. Malek Bennabi a décrit la solitude et le doute qui risquent de paralyser la pensée et de la pousser à démissionner, à composer ou à se soumettre. Il a décrit comment la lutte idéologique est armée pour conduire un homme à l’isolement pour qu’il soit facilement mis au silence. L’intimidation et les menaces peuvent renforcer la conviction et l’acharnement d’un homme, mais la frustration peut le plonger dans le désarroi et la désespérance. La quête de légitimité, de reconnaissance, de considération et de reproduction est un sentiment et une revendication sociale qui existe chez l’animal le moins sociable. Comment jouer son rôle d’intellectuel du changement alors que les conditions qui s’opposent au changement sont génératrices d’angoisse, de doute, de déni de reconnaissance ?

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est agissante. Le Coran nous invite à méditer la situation psychologique du Prophète Mohamed (saws) mis au ban. Il faut de la vertu et de la force mentale pour ne pas s’effondrer devant l’arrogance de la bêtise et la laideur de la méchanceté :

{Patiente ! Certes ta persévérance tient d’Allah. Ne t’afflige donc point pour eux, et ne t’angoisse point de ce qu’ils rusent.} Coran

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est réformatrice. Le Coran nous invite à prendre exemple sur le Prophète Choâyb :

{Je ne veux que la réforme autant que je puisse}

Proposer et conduire des réformes n’exigent pas obligatoirement des appareils d’État ou partisans ou des lois et des codes. Bien sûr qu’il faut moderniser les législations et les dispositifs techniques et administratifs, mais chacun peut participer à la réforme de son environnement immédiat. L’usager peut faire usage de façon plus convenable et plus modérée. Le concepteur peut proposer des concepts et des dispositifs plus innovants et plus efficaces. Le réalisateur et l’exécutant peuvent faire des choses plus belles, plus sures et moins couteuses.  A titre d’illustration, les réformes du gouvernement Hamrouche étaient intéressantes, mais elles étaient condamnées à échouer. Le premier échec est dû à l’absence d’assise populaire pour les porter, on ne peut modifier radicalement la devanture d’un pays sans changer son âme et on ne peut imposer des réformes d’en haut. Le second échec était dû à l’opposition des rentiers et des bureaucrates au sein des appareils et dans leur périphérie. Le troisième était dû aux technocrates censés les conduire. Le quatrième était dû à la fragilité et à la dispersion du front national occupé à lutter pour le pouvoir alors que les forces étrangères torpillaient toute idée de changement en Algérie. Le cinquième et non des moindres était l’obstruction du FIS. Le volontarisme politique ne suffit pas.

Le volontarisme a laissé derrière lui des ruines : révolution agraire, révolution industrielle, révolution culturelle (arabisation), restructuration industrielle. Dans quelques années nous verrons d’une manière tragique les catastrophes actuelles que la chute du prix de pétrole va dévoiler malgré les masques de la propagande, de la répression et de la corruption. Pour l’instant les Algériens ne rejettent la responsabilité de l’échec sans que chacun n’assume sa part et ne se réforme lui-même en commençant par l’autocritique. C’est l’autocritique qui aiguise le sens des responsabilités et donne crédibilité à long terme.

La foi donne un sens métaphysique à la lutte et libère le croyant de la réussite mondaine. Son combat n’est pas pour-soi, mais pour une idée et un principe. Son combat n’est pas pour un parti ou un peuple, mais pour l’Homme créature honorée par Dieu, son combat n’est pas pour la seule réussite dans ce monde, mais pour le salut ultime. C’est la finalité à laquelle l’intellectuel a dédié son intelligence et son existence qui le met dans un regard positif sur lui-même, que les conditions soient favorables ou défavorables : il a la conscience du privilège de ne pas être médiocre, de ne pas être corrompu et d’obtenir sa récompense :

{Nous ne faisons pas perdre la récompense de quiconque agit bien} Coran

{Allah ne manque jamais à Sa Promesse} Coran

Il faudrait travailler plus en profondeur pour comprendre les mécanismes qui ont fait des compagnons du Prophète (saws) une élite qui transcende les conditions défavorables et qui parvient à faire du peu de possibilités que leur donnaient le sol et le temps un puissant mouvement historique qui a transformé l’histoire du monde en 20 ans face aux inerties considérables des Arabes, des Perses et des Byzantins. Il faudrait aussi travailler sur la sémantique coranique et civilisationnelle pour voir si leurs possibilités peuvent être les nôtres et sous quelles conditions :

{Vous êtes la meilleure Communauté produite pour les hommes : vous commandez le bon usage, vous interdisez le répréhensible et vous croyez en Allah.} Coran

Lorsque le musulman des temps présents se croit parfait, le légataire des compagnons du Prophète ou le dépositaire exclusif et infaillible de l’Islam il se met dans la situation de celui qui ne peut ni prétendre à la perfection pour réformer les autres, ni avoir l’objectivité de voir les tares et les défauts de sa régression pour se réformer. Lorsque l’esprit partisan ou sectaire vient conjuguer l’empressement et lorsque la démagogie fait oublier le devoir de patience face au déni de reconnaissance et au déni de légitimité, alors la violence et l’effusion de sang deviennent le refuge des désespérés qui deviennent ainsi les artisans de l’immobilisme et de l’entropie alors qu’ils prétendaient être des réformateurs. La politique est un des moyens de la réforme et du changement. Elle ne peut être le seul moyen et encore moins la finalité. Le statut d’imam, d’élite, pour guider intellectuellement ou pour gouverner politiquement est un don qu’Allah accorde, une récompense venant de lui :

{Nous avons établi certains d’entre eux en qualité de Guides qui dirigent suivant Nos Ordres, dès qu’ils se sont montrés persévérants et croyants avec certitude en Nos Signes.} Coran

Dans les priorités du comment et du pourquoi des conditions de l’émergence de l’intellectuel et de son efficacité sociale et intellectuelle dans nos pays il y a donc celles qui consistent à s’impliquer nous-mêmes dans l’effort de purification personnelle, de quête de l’amour divin et de témoignage en faveur de la vertu et de la vérité. Il s’agit de s’inscrire soit même comme un virtuel de pionniers dans la réforme voulue par Allah, de chercher à devenir un arbre bon, créatif et généreux puis laisser la Providence décider si on mérite d’être choisi ou non et confier à l’histoire le soin de conclure si les conditions ont été favorables ou non.  Notre devoir est de mobiliser tout ce qui est dans nos capacités de la manière la plus juste et la plus efficace. Dans l’adversité et le malheur les plus sombres, les portes de l’espérance demeurent totalement ouvertes :

{Quant à ceux qui s’efforcent en Nous, certes Nous les guiderons vers Nos voies. Vraiment Allah est avec ceux qui agissent au mieux.} Coran

Après cette brève analyse sur l’intellectuel nous pouvons revenir à la parabole coranique de l’arbre par laquelle Allah (swt) montre les qualités requises pour devenir un modèle de conduite : être Tayyib c’est-à-dire bon et beau dans son essence, sa forme, sa stabilité, ses effets et dans ses fruits. Cela ne s’improvise pas d’être bon, beau, utile, riche et enrichissant dans sa parole, sa pensée, son comportement et son acte. Cela ne suffit pas d’avoir les qualités requises du tayyib, il faudrait avoir celle du thabàt, la fermeté, l’endurance et la pérennité. Le changement ne se décrète pas et ne se réalise pas comme un coup de baguette magique : il s’inscrit dans une continuité historique et dans une culture qui rendent difficile le déracinement, la discontinuité, le dépérissement, la disparition ou l’anéantissement. La fermeté et la constance sont aussi l’expression d’une foi certaine et d’une science bien établie à propos de Dieu. L’élévation dans le ciel indique la perfection, la pureté et la transcendance alors que l’attachement à la terre indique le réalisme. La production de fruits indique l’utilité intrinsèque et l’efficience. La noblesse et la générosité sont une force d’attraction pour l’ensemble des créatures qui ne doivent pas être rebutées par la stérilité et la laideur qui font fuir.

L’arbre a vocation d’offrir des fruits pour donner envie dans l’immédiat et pour annoncer les récoltes a venir. Le fruit n’est pas seulement le résultat de l’action qui se donne aux autres, c’est aussi le goût esthétique et spirituel que la foi agissante donne à l’être comme une récompense intérieure. Le fruit comme aboutissement de l’arbre est symboliquement la symbiose entre la sensation, la perception et la pensée de la synthèse de la beauté, de la bonté et de l’utilité pour soi et pour les autres. Si la saveur, l’odeur et la vision du fruit peuvent être altérées, oubliées, dénaturées ou assouvies, l’amour d’Allah, l’ardeur spirituelle, et la miséricorde envers les créatures sont inépuisables et extensibles.

L’arbre dont il s’agit est l’Islam indestructible, inaltérable et bénéfique sur tous les plans. Sa vocation est d’être visible sans dissimulation et d’avoir des effets de miséricorde pour tous. Le musulman doit donc s’apparenter au bon et au beau qui inspirent la confiance et l’espoir, à la fermeté et la continuité qui préservent de l’inefficacité et de l’incertitude, à l’élévation qui préserve de la souillure et qui permet d’avoir une vision haute et dégagée, et enfin à l’enracinement dans son milieu hors de toute utopie pour demeurer une offre de paix et de sécurité, une initiative de prospérité…. Le rapport entre la terre et le ciel de l’arbre est aussi dans le rapport entre l’expérience terrestre et le message coranique. L’expérience mobilise les possibilités du territoire de vie alors que le Coran apporte la finalité, la lumière et le sens à l’existence. Pour se déraciner et tomber, il faut donc avoir démérité ou être irrécupérable. Cette parabole sur l’arbre laisse grandes ouvertes les portes de l’espoir que le Coran exprime de différentes manières :

{… comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs} Coran

{… comme l’exemple d’une graine qui a germé sept épis de blé, chaque épi renfermant cent graines. Et Allah multiplie à qui Il veut.} Coran

Après avoir énoncé la parabole de l’arbre et les qualités requises qualités de l’arbre, le Coran donne la configuration de l’élite qui peut représenter l’Islam : produire de belles idées et de belles paroles avec la volonté de chercher le salut dans la vie future et le bel avenir dans ce monde :

{Allah affermit ceux qui sont devenus croyants, par la ferme parole, dans la vie terrestre et dans la vie future. Et Allah fourvoie les injustes. Allah fait ce qu’Il veut.} Coran

Lorsqu’un homme se réclame de l’Islam et ne trouve pas de cadre qui le met en valeur et lui donne l’opportunité et la pertinence de s’exprimer et d’agir, il doit s’interroger sur sa propre valeur et se questionner sur les mouvements se réclamant de l’Islam si par hasard ils n’ont pas corrompu le champ social et le monde des idées par leurs divergences et leurs incohérences. Dans un cas comme de l’autre, il y a un travail de culture au sens propre et figuré.

Lorsque l’arbre est contrarié ou menacé dans son existence, alors non seulement Dieu intervient dans l’histoire pour la réguler et la réajuster en accordant des dons et des possibilités favorables à d’autres hommes, mais Il y intervient pour inverser les tendances et changer radicalement le cours et le sens de l’histoire. Il rend ainsi les instigateurs du mal désemparés et impuissants tout en offrant aux bonnes intentions les possibilités inédites du salut et du renouveau :

{Et ils ourdirent un puissant stratagème, mais Nous planifiâmes un autre stratagème sans qu’ils s’en rendent compte. Regarde alors quel est le résultat de leur ruse : Nous les avons détruits, eux et leurs gens, en totalité. Voilà donc leurs demeures désertes, en raison de ce qu’ils furent injustes. Certes, il y a en cela un Signe pour des gens qui savent.}

Il ne s’agit donc pas d’une invitation à la résignation ou au fatalisme, mais d’une méditation sur le sens de l’histoire et sur la finalité de l’activité humaine afin de trouver le ressort spirituel et psychologique pour changer ce qui doit être changé et faire que le changement ne soit pas déboité de la quête du salut ultime. C’est en s’inscrivant dans la quête de salut que le Qui, le Quoi et le Comment du changement deviennent repérables et mobilisables dans le temps et l’espace de leurs expressions.

Les Prophètes incarnent le mieux la symbolique de l’arbre coranique :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

Il m’arrive souvent de méditer leurs vies et leurs œuvres en contemplant un jeune plant ou une jeune pousse un jour de givre ou de gel : comment résister à cette pression et à ce froid pour survivre et enfin garder miraculeusement une stabilité et un élancement si majestueux ? Celui qui a donné à ce plant l’énergie et la vitalité pour réaliser sa vocation est Celui qui a donné aux Prophètes le courage et la fermeté d’endurer d’une âme égale et avec constance les coups de l’adversité alors que toutes les forces du mal et de l’oppression se liguaient contre eux. Souvent nous répétons des formules coraniques apprises par cœur sans les situer dans leur contexte et sans tirer profit de leur sémantique. Prenons par exemple cette expression :

وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَسْتَ مُرْسَلًا ۚ قُلْ كَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ وَمَنْ عِندَهُ عِلْمُ الْكِتَابِ

{Les négateurs disent : « Tu n’es pas envoyé ! » Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »} Ar Raâd 42.

Il faut se mettre dans la posture sociale et l’état psychologique et affectif de celui qui est sûr et certain de la vérité qu’il transmet sans rien demander en échange, car sa vocation est de transmettre fidèlement la vérité qui lui a été révélée, et qui se trouve nié, démenti, raillé, traité de fou, d’imposteur, de magicien, de menteur alors que sa vie connue de tous est irréprochable sur le plan moral, social et intellectuel. Il y a de quoi perdre la raison et la foi pour celui dont la vérité est incertaine ou pour celui qui poursuit un but mondain.

Que dire et que faire lorsque nous subissons un déni de reconnaissance sociale ou une injustice que personne ne peut ou ne veut réparer. Que dire et que faire lorsque nous sommes désavoués par des sots et des ignorants. Que dire et que faire lorsque nous nous trouvons confrontés à l’impuissance de nos actes et de nos paroles alors que nous avons consacré notre vie au service de la vérité et de la justice. Que dire et que faire lorsque nous voyons les parvenus recevoir des félicitations et des promotions alors que notre travail est demeuré vain, notre sacrifice sans reconnaissance, notre vie sans achèvement, notre vérité occultée ? Se lamenter pitoyablement ou implorer la miséricorde d’Allah comme l’a fait le Prophète (saws) maltraité par les va-nu-pieds que les influents de Taef ont mobilisé contre lui :

« Ô Allah, mon Dieu, je me plains à Toi de ma faiblesse, de mon peu de pouvoir et du peu de considération que les gens ont pour moi.  O Toi Le Plus Miséricordieux des miséricordieux, tu es mon Dieu et celui des faibles. Fais-moi Miséricorde. À qui m’abandonnes-tu ? À un étranger qui m’attaque ou un ennemi de qui Tu me fais dépendre ? Si Tu n’es pas en colère contre moi cela m’est égal. Cependant Ta clémence est plus généreuse envers moi. Je me réfugie vers Ta face pour laquelle les ombres se sont dissipées et qui a ajusté tout ce qui concerne ce monde ici-bas et celui de l’au-delà, contre le fait d’encourir sur moi Ta colère ou de me faire parvenir Ton désagrément. Je supporterai tout reproche jusqu’à ce que Tu sois Satisfait et il n’y a de Pouvoir ni de Puissance qu’en Toi. »

Allah qui lui a inspiré cette prière la plus émouvante qui soit lui dit de répondre à ses détracteurs :

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

La quête de reconnaissance est sans doute la plus demandée après celle de l’amour, mais elle s’efface lorsque l’homme fait de la vérité sa préoccupation majeure. C’est la certitude de la vérité trouvée ou acquise qui forge les caractères et c’est la paix intérieure que procure l’accession à cette vérité avec la crainte de la perdre qui rend l’heureux acquéreur tolérant envers l’ingratitude et le déni de reconnaissance. Il ne s’agit pas de devenir insensible, désabusé et cynique, mais au contraire d’être très réaliste en relativisant les choses et en agençant les priorités.

C’est Allah Vérité Réalité qui atteste que Mohamed (saws) dit la vérité et qu’il est et vit dans le réel alors que les autres sont dans le mensonge et la fiction. Cela fait partie de l’ordre des choses même si cela semble absurde et cruel.

Focalisons notre attention sur la précision lexicale et sémantique entre Chahid (شهيدًا) et Chàhed (شاهدًا).

Le Chàhed est le témoin véridique qui témoigne de ce qu’il a vu, entendu ou fait, directement en sa présence ou rapporté à lui par information ou par déduction. Le Chahid est un témoin singularisé par son présentiel et sa proximité. Allah signifie au Prophète qu’Il est témoin, présent et proche : Il est avec lui en permanence même si la réalité perçue par les autres est faillible, car il leur manque tant l’acuité de la réalité totale que la connaissance de la vérité intrinsèque. L’ingrat est privé du bonheur de la gratitude, le client du système est privé de l’effort méritoire, le menteur est privé de la vérité, le fasciné est privé de la réalité. Celui qui s’est approché de la vérité et de la réalité a perçu des secrets indicibles et inimaginables même si la solitude et le désaveu le désignent comme paria social.

C’est bien d’avoir un programme de changement politique et de réformes sociales et économiques, mais c’est insuffisant s’il n’y a pas un courant populaire qui pousse au changement des mentalités et des comportements.

Ne plus dépendre de la reconnaissance sociale est sans doute l’acte libertaire le plus difficile, mais le plus salutaire pour celui qui a pour projet de se réformer et de réformer la cité des hommes : rien n’a prise sur lui sauf la mort et le destin décrété pour lui. Dans ces conditions il n’y a ni empressement qui mène à la guerre civile ni compromissions qui mènent au reniement de soi.

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

N’est pas une formule pour afficher son islamité alors que tout notre comportement prouve que nous sommes loin de la vérité et de la réalité ; c’est le comportement par excellence de celui qui se revendique de la voie prophétique même si les mots et les habits pour le dire « islamiquement » font défaut.

Focalisons notre attention sur les subtilités du langage coranique :

{Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »}

Une fois que le Prophète est réconforté par la présence divine qui confirme que la Parole du Prophète est vérité et que cette vérité lui suffit pour s’émanciper de la considération sociale ou de la crainte des négateurs, il est fait appel au témoignage des savants juifs et chrétiens. Ils sont dans le rang de Chahid (شهيدًا) par leur proximité avec l’événement signifiant à la fois que Mohamed n’est pas un plagiaire qui aurait entendu, mais un réformateur qui vient corriger les falsifications, que les Savants savent que Mohamed est bien réel, car la parcelle de vérité qu’ils détiennent l’a annoncé. Mohamed (saws) était attendu et connu, mais la proximité avec la vérité et la réalité n’est pas une garantie pour vaincre les préjugés et amorcer le changement. Les savants juifs et chrétiens ont nié Mohamed alors qu’ils savaient qu’il était le Prophète annoncé et attendu, car il n’était pas « savant comme eux,  n’était pas de leur clan ni de leur confession. Le déni de vérité et de réalité est souvent dû à la persistance des fausses représentations et des fausses attentes. La vérité et la réalité ne sont pas toujours conformes à nos désirs et à nos ambitions. Le rang de savant et la proximité de l’évènement ne sont pas suffisants pour accepter le changement.

Par ailleurs ce verset discrédite les élites juives et chrétiennes qui croyaient se distinguer des Arabes païens par la gnose religieuse et l’attente du Prophète de la fin des temps alors qu’une fois la vérité venue les voici la nier. Les Arabes illettrés et inconnaissants  des réalités religieuses peuvent trouver excuse à ne pas saisir la vérité lorsqu’elle s’annonce à eux, mais une fois que la vérité se cristallise dans leur for intérieur et dans leur champ social ils sont bien obligés de constater le faux témoignage des savants religieux.  On peut transposer cette réalité historique aux expériences « démocratiques » dans le monde arabe pour voir que les élites nationalistes et laïcs se comportement de la même façon que les savants juifs et chrétiens lorsque les choix des populations ne sont pas en leur faveur.

Ce verset nous montre d’une manière magistrale comment un Prophète isolé peut se trouver à contre-courant des idées de son époque et comment par son courage et par la foi il peut surmonter les obstacles dressés contre sa prédication. Il nous montre aussi comment ceux qui prétendent incarner la vérité et représenter l’avant-garde intellectuelle ou religieuse peuvent nier la vérité et la réalité lorsqu’elles ne correspondent pas à leurs ambitions et à leurs systèmes de représentations du monde pour se retrouver fatalement en situation de contre-courant contre l’innovation et la réforme.

Ce verset nous met face à une autre problématique de la pédagogie du changement : le véritable changement ne commence pas par la revendication de changement de régime et la construction d’appareils, mais par la déconstruction des fausses représentations. Nous croyons à tort que la vocation humaine est la politique dans le sens de prise de pouvoir ou d’exercice de pouvoir. Le pouvoir est un accessoire dans le changement. Le changement s’amorce et s’amplifie au niveau philosophique, culturel, artistique, scientifique, technologique, social et économique. C’est la conjugaison des faits progressistes et de la pensée humaniste dans ce qui fait une nation (gouvernants et gouvernés) qui provoque le changement à tous les niveaux de la société et dans tous les registres d’existence et d’expression. Ainsi les couches aisées et les masses populaires sont emportées par la même dynamique, un monarque absolu peut conduire des réformes de progrès, une aristocratie peut approuver des réformes. La prospérité d’un peuple n’est pas obligatoirement liée à une forme singulière de souveraineté (monarchie, anarchie ou république) et de gouvernance  (démocratie, polyarchie ou autocratie). Elle dépend surtout du consensus social sur lequel se construit, évolue et se raffine par la qualité du débat philosophique (artistes, philosophes, scientifiques, religieux, homme d’État…) et le niveau de participation des populations ou du moins des couches moyennes à ce débat.

C’est ainsi que les choses se sont passées en Grèce, à Rome, en Perse, dans la modernité ou dans la civilisation islamique. Accessoirement on peut servir ou dénoncer le pouvoir, mais fondamentalement on débat sur les idéaux de vérité, de justice, de beauté, de liberté et d’efficacité. En Algérie, c’est faire diversion que de se focaliser sur la personne du Président sachant que le pouvoir réel est informel sans centre. Nous sommes face à l’Hydre à plusieurs têtes. Je ne crois pas que la vocation du réformateur est d’être un héros mythologique à l’image d’Hercule accomplissant ses douze travaux. La vocation principielle de l’Homme est de se mettre en quête de sens par sa nature spirituelle. Lorsqu’il établit cette quête alors le pouvoir politique joue le rôle d’adjuvant ou d’opposant, de commanditaire ou de bénéficiaire.

C’est cette quête perpétuelle qui crée le mouvement, l’entretient et l’accélère. Les forces qui expriment le mouvement vont fatalement s’opposer à celles qui préfèrent l’immobilisme. Dans les moments de crise, les hommes de valeur vont se trouver contraints de marcher à contre-courant du système en place (dans ses composantes philosophiques, religieuses, politiques et socio-économiques).  On ne se met pas à contre-courant par mimétisme, par provocation, par goût du désordre ou par intérêt, mais parce que le courant du changement est plus profond, plus juste, plus vrai, plus utile à la société. Croire que la vocation de ce courant est de s’accaparer les appareils et d’exercer le pouvoir c’est fatalement entraîner le mouvement de changement dans la paresse, les sacrifices vains et les luttes de pouvoir. Les Prophètes, les philosophes, les artistes et les vertueux ne se préoccupent pas des appareils, mais de pédagogie de changement. Pourquoi et comment changer ? Il ne s’agit pas d’infantiliser les gens ou de les mettre sous sa tutelle, mais de les aider à explorer les chemins et à expérimenter les méthodes et les usages. L’essentiel étant de parvenir à connaitre et à distinguer laideur et beauté, vérité et mensonge, justice et injustice, liberté et oppression, sens et absurde, réalité et fiction, égalité et privilège.

Les gens sensés ne devraient pas s’autoriser ou autoriser de mener des expérimentations idéologiques et politiques ruineuses et catastrophiques à l’échelle d’une nation ou d’une région. Le bon sens voudrait que les gens qui ont montré leurs capacités raisonnables à expérimenter efficacement sur de petites entreprises et de petits projets puissent progressivement passer à des projets plus grands. À l’inverse si les inexpérimentés doivent faire leurs preuves à échelle réduite, ceux qui ont failli ne doivent absolument pas s’engager sur des échelles plus larges. Cela n’est possible que lorsque la culture entrepreneuriale l’emporte sur la culture de la rente, de la bureaucratie, de la cooptation et du clientélisme. La culture entrepreneuriale ne devient valeur nationale que si et seulement si la notion de bien public et de responsabilité (de responsa : rendre compte, donner réponse sur ses actes et ses décisions) dans tous les registres existentiels et à tous les niveaux hiérarchiques. C’est une autre application du droit et de la justice appliquée à destination d’une personnalité morale en l’occurrence la cité des hommes.

C’est d’abord et avant tout un débat d’idées et de représentations mentales sur le devenir. Il est par essence subversif, car il bouleverse les immobilismes et les conservatismes. Il demande plus d’effort, de courage et de lucidité que les revendications politiciennes ou corporatistes sujettes à la corruption et à la répression. Faire le bien et dire vrai sont l’excellence du comportement, de la parole et de l’idée de l’aspirant réformateur, du pédagogue du changement. C’est la vocation de l’universel. Les conditions des hommes, du lieu et du temps vont colorer localement cet universel humain. La lumière est l’universel, la couleur est le local et le temporaire.

Se focaliser sur le pouvoir politique c’est détruire l’idée, la réalité et la vérité, complexes, du changement. Ignorer les contraintes et les limites imposées par le pouvoir politique c’est manquer de réalisme. Le Prophète (saws) est l’expression de la vérité agissant sur le réel :

« Allah mon Dieu faites-moi voir Al Haqq (vérité-réalité) comme haqq (vrai-réel) puis accordez-moi la faculté de m’y conformer ; fais-moi voir Al Batil (mensonge-faux) comme Batil (mensonger-fallacieux) puis accordes-moi la faculté de m’en détourner »

« Allah mon Dieu! Accordez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en discerner la différence »

 Il faut être un homme libre et responsable pour affronter le monde avec autant de courage et de lucidité. Il faut être dans la proximité vraie et réelle pour que le débat qui concerne le devenir des peuples ne soit pas monopolisé par les célébrités médiatiques, les leaders politiques et les rentiers du pouvoir ou de la religion. La proximité –  la capacité à être ensemble et de débattre des valeurs partagées et des intérêts communs ainsi que des divergences et des différences – exige de gommer le clivage idéologique et politique pour se consacrer à la culture du changement dans une orientation à visage humain ouvrant la voie à tous sans exclusion ni exclusive.

Méditer ces implorations prophétiques mène vers la réflexion philosophique même si on n’est ni professionnel de la philosophie ni diplômé de la Sorbonne. La démarche philosophique ou la quête de sens va se retrouver face à la question de savoir si le changement est affaire de masse par une révolution qui détruit l’ordre ancien ou affaire d’individualité par la foi qui attend l’ordre nouveau qui ne manquerait pas de venir lorsque les êtres sont prêts moralement et spirituellement à l’accueillir? La nature nous donne la réponse édifiante. Il faut voir comment des montagnes se désagrègent sous l’effet du soleil, du vent et de la pluie pour se transformer en grains de sable qui vont à leur tour éroder des rochers, des montagnes et transformer radicalement les paysages. Il en de même pour le cycle de l’eau. Même s’il y a une grande masse de granit ou d’eau qui semble donner des résultats, dans la réalité ce sont les grains de sable et les gouttes d’eau qui agissent laborieusement et inlassablement pour façonner de nouveaux reliefs à l’échelle géologique. Pour l’humain c’est la même chose avec un temps historique.

On est en droit de se poser légitimement la question sur le qualificatif du changement, politique et démocratique ou global et socio-culturel ? Bien entendu il faut envisager le changement à tous les niveaux, mais sans perdre de vue que l’intensité, l’amplitude, la profondeur et la pérennité du registre socio-culturel sont plus grande et plus complexes que celles du registre politique. Le moteur du changement est l’être, ontologique et social, alors que les activismes politiques sont des impulsions, des accessoires, des accompagnateurs, des instruments d’observation et de régulation.

Dans cet ordre d’idées on peut se questionner sur la validité et l’efficience d’un élan spirituel pour le changement lorsque le champ politique et médiatique est fermé par la répression ou lorsque la crise ne peut être surmontée que par l’agitation politique et sociale pour donner conscience, mobiliser, informer et revendiquer. Bien entendu les tenants de l’ordre en place vont trouver les « clergés » qui vont émettre des Fatwas pour interdire les grèves, les manifestations, les critiques et les associations citoyennes sous prétexte de la préservation de la sacralité des personnes et des biens oubliant que la liberté, la dignité et la marche vers le progrès sont aussi sacrées et que réprimer la revendication d’un droit ou interdire l’exercice d’un devoir est une violation de l’honorariat confiée par Dieu à l’Homme pour qu’il exerce les fonctions de liberté, de justice, de vérité et de responsabilité sur ses choix et ses actes tout simplement parce qu’il est homme et c’est sa vocation d’être honorée et d’exiger le respect et la liberté. Ce sont nos principes. La réalité peut imposer ses règles, car les contradictions sont exacerbées et ne peuvent trouver aboutissement que par le conflit et le rapport de force. Dans ce cas les principes exigent que la force ne doit pas être démesurée et disproportionnée pour ne pas se transformer en chaos ou en effusion de sang et pour ne pas donner la fausse illusion que tous les problèmes se règlent par la force dans la démarche activiste du « tout ici et tout maintenant » comme si l’histoire humaine pouvait être un achèvement définitif ou un renversement radical.

Le Coran et les implorations du Prophète (saws) s’ils accordent le droit à l’opprimé de se défendre lorsqu’il est agressé, ils refusent l’activisme cynique et l’agitation subversive. L’Islam, les religions et les spiritualités du monde nous disent que le changement est un processus naturel qu’il ne faut pas comprendre comme agression de l’homme devenu idole sur le monde devenu esclave, mais comme transformation de l’homme. Cet homme n’est pas un être abstrait désincarné sur lequel on spécule, mais un être concret, vivant avec un visage et une singularité qui le distingue des autres. C’est cet homme qui doit parler de ses besoins, de ses attentes et qui doit s’impliquer dans le changement des conditions de son existence. Les idéologues du progressisme et ceux du maraboutisme ont gommé l’existence de cet homme et son droit à l’expression. Il faut voir et entendre les gesticulations et les manœuvres des orchestres  du « Panem et circenses » pour se rendre compte que ces malheureux sont loin de méditer où ils ont conduit l’Algérie et où ils ont mené les Algériens.

Le premier acte de transformation est la méditation-contemplation pour comprendre les finalités ultimes et y adapter ses démarches et ses moyens :

{Certes, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a en vérité des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre :  » Notre Seigneur! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi! Garde-nous du châtiment du Feu.}  Al-Imran, 190-191

L’homme contemplatif et méditatif finit par comprendre que toutes les créatures ont leur place et leur rôle dans la création divine. Personnellement, au cours de mes pérégrinations sur le territoire national et en voyage ou au travail je n’ai jamais manqué de contempler un paysage ou un visage en me posant des questions sur leur vocation, leur richesse, leur diversité, leur sens. Est-il possible que ces gens, ces reliefs et ces moments soient absurdes et que nous-mêmes soyons des insensés au point de ne pas en prendre soin pour les fructifier, pour en faire des symboles de témoignage de notre gratitude et de notre devoir de bien faire. Aujourd’hui, à distance, je médite les gargarismes de ceux qui brûlait le matin ce qu’ils avaient adoré la nuit et qui adorent le soir ce qu’ils avaient brûlé le matin par opportunisme, hypocrisie et nationalisme des canailles. Comme est belle et exacte cette parabole de Jalal Eddine Roumi :

Si ta pensée est une fleur, tu es un parterre fleuri

Mais si elle est faite d’épines, tu n’es que ronces à brûler.

Tu n’es pas un corps tu es un œil spirituel.

Ce que ton œil a contemplé tu le deviens…

Le changement est d’abord qualitatif pour mieux vivre, mieux se respecter, mieux se connaitre, mieux partager. Il est dans l’anagogie c’est à-dire dans l’élan spirituel et la sympathie, l’ardeur psycho-temporelle et la bienveillance, l’intelligence et l’amour… Le changement n’est pas dans la seule alternance politique. Il ne s’agit pas de constituer une alternative à un pouvoir en place, mais une alternative à un système voire plus une revivification de la société qui se remet à produire ses idées, son élite, son argent, son organisation, ses produits. Ce n’est pas la révolution française, c’est l’autogestion lors de l’indépendance nationale, c’est la fraternisation lors de la guerre de libération nationale. L’idée qu’Allah fait changer par le pouvoir (la force ou le gouvernement) ce qu’Il ne change pas par le Coran est fausse même si elle est attribuée au Calife Otman. Cette conception, jacobine et kharijite, est un désaveu de la Puissance d’Allah et une dérive démiurge de la capacité humaine alors que l’homme, par essence, est faible et  imparfait, par sa finitude et sa faillibilité, est limité et impuissant. Cette conception du changement par le haut semblable au centralisme bureaucratique fait croire que le peuple exercerait le pouvoir et que la cité vertueuse se réaliserait en confiant les rênes du pouvoir à une bande de despotes illuminés, laïcs ou religieux, qui ne manqueraient certainement pas d’éradiquer leurs opposants, de remplir les prisons et de vider les caisses de l’État. Ce sont des utopies contre nature et dangereuses. Ces utopies sont des machines à fabriquer le consentement populaire et l’aliénation, car imbues de leur suffisance et de leur arrogance elles vont se couper des réalités et inventer de faux syllogismes idéologiques et religieux pour se maintenir au pouvoir.

On entend des prédicateurs citer David et Salomon comme modèles de changement par le haut et c’est faux, car le pouvoir qu’ils ont détenu est venu comme récompense de leur vertu et de leur sens de la justice et de l’équité. Par ailleurs le récit coranique nous donne leur contexte historique et territorial : le conflit avec des armées puissantes capables de les envahir et de les soumettre. A ce propos, si les Algériens, gouvernants et gouvernés, ne mettent pas le curseur sur la priorité centrale en l’occurrence la prédation étrangère et les retombées géopolitiques des agressions de la Syrie et de la Libye, la lutte du pouvoir sera l’occasion de fragmenter l’unité nationale fragile, de disloquer l’économie nationale précaire et de déchirer le tissu social en décomposition morale. L’ivresse de l’argent facile et de la consommation effrénée empêche les algériens d’écouter la vérité et de voir la réalité : nous sommes un comptoir commercial destiné à devenir une base coloniale. Au-delà du discours triomphaliste et arrogant, nous n’avons pas les moyens de résister dans les conditions actuelles d’immobilisme et d’irresponsabilité.

Le véritable changement commence lorsque chacun refuse la prédation vorace et cupide, la laideur et l’injustice ou s’indigne devant leur spectacle. La plus grande injustice c’est de croire que la laideur et l’injustice des gouvernants autorisent celles des gouvernés. Le plus grand mensonge c’est de croire que les manifestations spectacles ou les actions d’éclat sont une réponse à l’indignation alors que ce qui nous indigne n’est pas suffisamment compris dans sa genèse ni résolu dans sa mesure la plus appropriée pour lui apporter la solution qu’il mérite. Alors quel changement ? Allah y répond :

{ En vérité, Allah ne change point un peuple tant que celui-ci n’a point changé ce qui est en lui} Ar Raäd 11

Les bigots et les moralisateurs ont pensé que le changement s’opère par le zèle cultuel, les soufies par le spiritualisme, les jihadistes par la violence armée, les salafistes wahhabites par le commerce et la mode vestimentaire. Chacun y va de l’interprétation. Nous mettons l’accent sur des pratiques alors qu’il s’agit de transformer l’être c’est-à-dire transformer son rapport à la vérité et à la réalité en transformant ses représentations mentales et idéologiques, ses comportements, sa conscience, son sens des responsabilités. La transformation de l’être n’est pas d’ordre religieux ou politique, mais d’ordre intérieur. C’est l’homme qui doit se libérer de ce qui l’aliène pour se hisser à sa vocation humaine :

{Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.}  an-Nahl, 90

Lorsque chacun se discipline à bien penser, à bien agir, à bien aimer, à bien se comporter, à bien croire en Dieu alors il devient un rayonnement spirituel c’est-à-dire une intelligence rayonnante de bonté, d’amour, de vérité. La vérité que nous sollicitons n’est pas un concept abstrait ou une fascination médiatique, c’est un fait qui témoigne de son authenticité et un être qui témoigne de sa véracité. Ce sont ces faits et ces êtres avec les idées qui les génèrent et qui en découlent qui sont les vecteurs du rayonnement moral et spirituel. La dynamique du changement est lorsque l’acte de bien bonifie l’être qui a son tour inspire autrui à bien agir dans le respect des différences qui peuplent la cité. La cité peuplée de gens rayonnants sera alors un pôle de rayonnement universel qui ne connait ni l’humiliation, ni l’insécurité, ni la faim, ni une mauvaise gouvernance :

{Nous avons fait de vous une Communauté centrale (rayonnante) afin que vous portiez témoignage auprès des hommes (sur les hommes), et que le Messager soit témoin auprès de vous (sur vous).} Al Baqara 143

Ce rayonnement n’est pas le fait d’une puissance d’État ou d’un appareil politique qui ordonne d’en haut comme Pharaon, mais le fait d’hommes humbles qui agissent d’en bas avec humilité et dans la proximité des gens et des problèmes de la cité. Nul ne peut témoigner aux hommes s’il n’occupe pas une position centrale, une posture dominante, un rôle rayonnant sur le plan spirituel, moral, social et civilisationnel, ainsi qu’une proximité sociale et affective avec l’humain. Dans nos pays musulmans nous avons le centre de rayonnement par excellence dans la mosquée qui a vocation à fédérer les diversités, à transcender les différences, à établir du lien social de proximité, mais elle est devenue une tribune pour des imams qui y lisent des livres anciens ou des auxiliaires de l’administration qui maintiennent les gens dans le déni de penser et de parler. Le second lieu est la famille, elle est devenue une cellule consumériste. Le troisième lieu est l’école, elle fabrique le mimétisme et la rivalité au lieu de former des esprits à penser librement et efficacement.

Partout où l’homme se trouve, il dispose de moyens d’action s’il consent à agir après avoir médité les fins, s’il fait de la vérité et de la réalité ses critères de décision, de la proximité et de l’amour son périmètre de rayonnement, de ses possibilités la multiplicité et l’ampleur de ses efforts. L’imam, l’enseignant et le parent peuvent, sans éclat, transformer radicalement la société si quelques-uns d’entre eux appliquent scrupuleusement le principe prophétique de refuser le conformisme qui consiste « Il faut faire le bien lorsque la majorité des gens font le bien, mais il ne faut pas faire le mal sous le prétexte que la majorité des gens font le mal ».

Qu’il soit microcosme comme un grain de sable négligeable ou macrocosme comme une multitude incommensurable, Allah le jugera selon l’intention de son œuvre. L’individu croyant rayonnant est pour sa communauté de foi, puis cette communauté de foi est pour l’humanité ce que sont l’arbre pour le jardin et les jardins pour les créatures :

{Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

La priorité, en tout lieu, tout temps et toute condition, est de semer sa propre graine, d’entretenir sa germination et d’espérer d’Allah qu’elle produise arbre et fruits avec générosité et bénédiction. Le Coran est cohérent et éloquent dans son lexique, sa sémantique, ses métaphores et sa symbolique : il est toujours question de culture c’est-à-dire de croissance du bas vers le haut, dans son propre milieu et avec ses propres possibilités :

فَأَمَّا مَن تَابَ وَآمَنَ وَعَمِلَ صَالِحاً فَعَسَىٰ أَن يَكُونَ مِنَ ٱلْمُفْلِحِينَ

{Quant à celui qui se sera repenti, qui sera devenu croyant et qui aura pratiqué le bien, certainement il sera parmi ceux qui cultivent…} Al Qassas 67

Le Falah (فلح) coranique est la culture du bonheur et du salut. C’est cette culture qui produit le changement. Il n’y a ni ressentiment ni fantasme, mais labeur assidu et honnête. Il n’y a attente ni de salaire, ni de reconnaissance, ni de gloire, ni de peur, mais exigence impartiale de vérité et respect strict de la réalité. Il serait illusoire de croire que la prise de pouvoir et l’exercice du pouvoir sont la voie la plus efficace du changement. La culture du changement exige une terre fertile, une disponibilité à semer et l’attente espérant que l’effort non seulement ne soit pas vain, mais qu’il soit béni. C’est un peu le sens de la parabole de Jésus fils de Marie :

« Écoutez ! Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé.
Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ; et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché.
Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit.
Mais d’autres grains sont tombés dans la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent, pour un. »

La démarche intellectuelle consiste justement à manager le changement et la culture qu’il exige et celle qu’il produit. De bonnes intentions ont été horrifiées de me voir utiliser le verbe manager lorsque j’ai abordé la compétence du changement. Le verbe manager issu du latin « maneggiare » signifie manier du latin manus (la main). Le manager a donc pour vocation initiale de prendre la main dans un processus en se chargeant (ou en étant chargé) de se familiariser avec quelqu’un ou de s’occuper de quelque chose pour qu’être et choses arrivent à leur destination, trouvent leur place et prennent leur dû. Le manager c’est aussi celui qui a vocation de faire tourner le manège c’est à dire de huiler les mécanismes pour garantir le fonctionnement, faciliter le mouvement, la cohérence et la fiabilité des dispositifs destinés à l’usage public.

Aussi bien chez les latins que chez les anglo-saxons il y a une différence entre le manager et le director (le directeur). Le manager est un animateur, un conseiller, qui agit par délégation, par représentation sans être le maitre des lieux. Sa conscience peut être le commanditaire de ses idées, de ses paroles et de ses prises de position. Le « directeur » est celui qui, souvent seul, possède la charge et la responsabilité de donner des ordres, d’indiquer la direction à suivre et le cas échéant de rendre compte s’il agit pour le compte d’un maitre d’ouvrage ou d’un maitre des lieux qui le commandite. Il n’y a pas d’équivalent managérial aux statuts de directeur qui peut être directeur de conscience, directeur spirituel, directeur de recherche, directeur d’entreprise, chef d’un directoire ou d’un exécutif. Le directeur est l’autorité hiérarchique à qui revient la décision finale. Le manager n’est pas dans la décision, il est dans la médiation où il peut jouer le rôle de facilitateur dans le transport de l’information et dans l’intermédiation où il peut jouer le rôle de garant entre des parties contractantes pour sceller un accord ou divergentes pour régler un litige. Si la direction renvoie à la notion de maitre qui ordonne, le management renvoie à la notion de servant qui rapproche. Si la direction renvoie à l’imposition pour réaliser un objectif, le management renvoie à la bienveillance pour rendre les choses compatibles et mettre les hommes en harmonie.

Manager implique donc la réflexion systématique, l’information fiable, la responsabilité morale, la connaissance des règles de l’art, la proximité, la médiation et la communication. C’est ce que fait l’artiste lorsqu’il livre son interprétation du réel. C’est ce que fait l’intellectuel lorsqu’il n’est pas auxiliaire de service ou interlocuteur valide des services. C’est ce que doivent faire ceux qui sont concernés par le changement. Les technocrates du capitalisme et les  bureaucrates du centralisme bolchevique convertis aux affaires ont confiné le management au commandement des hommes et à la gestion des budgets. Les « cadres » qui ont coulé le secteur public n’ont retenu du management que  la direction d’une affaire ou d’un service ou l’entretien des relations d’intérêts.

Ne peuvent donc manager les affaires publiques ceux qui sont au service d’intérêts privés ou aliénés par leur appartenance idéologique. Ceux qui veulent concilier et réconcilier les Algériens à faire de la Politique au sens noble du terme doivent s’exclure du pouvoir et des partis pour se consacrer exclusivement au management du changement par lequel on évite l’effusion de sang et la ruine. Pour ceux qui ne parviennent pas à saisir le sens de mes propos et qui m’attribuent des buts inavoués, je dois avouer que la richesse et les subtilités du langage traduisent exactement la pensée de ma pensée et visent à montrer que la culture du changement, la pédagogie du changement ou le management du changement est avant tout une affaire de liberté de parole et c’est cette liberté qui doit transcender les idéologies et les partis pour que la cité devienne un lieu de management ouvert à tous et profitable à tous.

La voie anagogique, aspiration vertueuse dans la cité des hommes et empathie pour la création de Dieu, est difficile à concevoir tant par les partisans de l’immobilisme et de la rente que par les agitateurs extrémistes et nihilistes. Le prophète qui demande la vertu est raillé et expulsé. Le Prophète qui demande la patience est raillé et expulsé.

La clé du changement historique qui met fin à l’injustice et au mensonge du capitalisme et de ses vassaux despotiques dans le monde musulman est la résilience. Le mot résilience désigne la capacité d’un organisme à s’adapter à un environnement hostile, perturbant ou changeant. C’est la compétence de refuser de s’aligner sur le modèle dominant tout en cherchant les formes d’organisation et les mécanisme de production et de répartition qui libèrent l’homme de la prédation C’est la compétence de récupérer son énergie vitale et son fonctionnement normal après un choc, une déformation, une usure ou une panne.

La volonté des populations musulmanes de résister au colonialisme et leur persistance à croire à un autre destin autre que l’indépendance inachevée et confisquée témoigne  que l’âme humaine est indestructible, il suffit donc que cette âme entre en contact avec Dieu et porter fidèlement et efficacement la foi ou que cette âme comprenne les  vocations de l’Islam pour qu’elle devienne l’instrument de Dieu par lequel Allah déjoue et châtie les comploteurs selon un principe irréfutable :

{La Parole de ton Dieu s’est accomplie véritablement et justement. Rien ne peut changer Ses paroles.} Coran

La résilience est sans doute le terme qui traduit le mieux le terme coranique Sabr, cette compétence spirituelle et psychologique d’endurer les épreuves et de réagir avec intelligence et détermination sans empressement ni improvisation. Demeurez constant et persévérant sans céder au mimétisme et à l’alignement exige une élévation morale et spirituelle, une connaissance des vrais enjeux, et l’attente du changement dans l’espérance :

{Suis ce qui t’est révélé et persévère jusqu’à ce qu’Allah juge (décide, Il est le meilleur des juges (décideur).} Coran

Demeurez constant et persévérant sans céder au désespoir est la résilience qui permet de maintenir intact son état moral et de conserver son potentiel d’action pour résister et agir sur son environnement hostile. Elle exige une aspiration spirituelle et un niveau de certitude tel que le renoncement à la corruption lorsqu’il devient un refus collectif provoque la fracture puis l’effondrement de l’oppresseur au moment le plus inattendu et de la façon la plus dramatique :

{Ne faiblissez donc pas, et ne vous chagrinez pas, alors que vous êtes les plus élevés} Coran

Bien entendu l’élévation peut être comprise à tort comme l’arrogance du « peuple élu » et des « bien-aimés de Dieu » alors qu’il s’agit de l’aspiration morale et spirituelle à la perfection dans ce monde et au salut dans l’autre. L’élévation peut être comprise comme un discours moralisateur pour se croire le meilleur, en adoptant quelques postures religieuses ou en mimant quelques socio codes du passé quelques et géocodes d’Arabie, alors qu’il s’agit de créer les meilleures conditions et les meilleures possibilités pour se hisser au rang qu’exige la foi : témoigner avec efficacité et justesse de ce que la foi authentique peut réaliser en termes de libération et de civilisation.

Construire l’ambiance psychologique et spirituelle de sa résilience et de son espérance est aussi important sinon plus qu’agir sur les conditions objectives et les possibilités matérielles de sa résistance ou de son émancipation. Un peuple livré à lui-même ne peut s’organiser en résilience. Il lui faut de la foi et une guidance qui l’éduque et le prépare. Les moyens objectifs doivent être mobilisés, mais ils ne peuvent remplacer la dimension spirituelle et psychologique qui donne la finalité, le sens et le rythme soutenu et assidu de l’effort ainsi que l’acceptation des sacrifices et des épreuves.

Les appareils disposent des dispositifs et des intelligences de corruption et de fabrication du désespoir qui brisent facilement un mouvement dont l’inspiration et l’activité ne sont que politique ou idéologique. Devant la puissance et l’impunité d’un système dominant et arrogant il n’y a que la démission ou la violence à laquelle ceux qui ont oublié Dieu ont recourt par impuissance. Ceux qui ont préparé leur résistance en se remettant totalement à Dieu ne compte pas sur leurs forces et n’escomptent leurs résultats : ils s’inscrivent dans une logique qui transcende l’histoire immédiate en prenant acte des facteurs de puissance et d’impuissance pour adapter leur formes de résistance et construire leur espérance.

Personne n’a de réponse individuelle ni de recette miracle contre le désespoir et le désenchantement. Le Coran invite à l’espoir par la vie spirituelle et la connaissance de la réalité telle qu’elle est sans idéalisme romantique ni nihilisme cynique. L’expérience humaine invite au partage, à la solidarité et à la communion. Lorsqu’on conjugue le Coran et l’expérience on trouve réponse dans l’enseignement prophétique qui demande la coopération de tous pour lui trouver une configuration sociale et politique, individuelle, collective et environnementale faisant transformer le désespoir en mouvement historique de changement :

« Allah mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de Toi contre l’affliction et le chagrin, contre l’indigence et la paresse, contre la lâcheté et l’avarice, contre l’endettement et l’oppression des hommes »

Sans ce cheminement nous resterons dans l’importation des utopies et l’improvisation des échecs. La lutte idéologique consiste, sur cet aspect de la résistance intellectuelle et sociale à se focaliser sur une solution qui viendrait comme une recette de cuisine alors que la réalité et la complexité exigent de s’inscrire dans une praxis. La praxis c’est penser et agir socialement hors de l’utopie et de l’idée facile du droit à revendiquer ou du mal à dénoncer. La praxis c’est aussi penser et agir à la fois sur des concepts et sur la conceptualisation du retour d’expériences accumulées. Pour l’instant nous ne produisons pas suffisamment de pensée et d’efficacité dans l’action sociale et politique. Le pire c’est que nous ne faisons ni évaluation ni critique du peu de pensées et d’actions entreprises. Nous sommes des utopies spontanées, atomisées et dispersées sans dénominateur commun, sans lien fédérateur, sans champ social, sans perspective politique.

La foi, l’idée ou la démarche de civilisation ne peut être enfermée dans une mosquée, confiné dans un parti politique, mise en spectacle dans un média, ou instrumentalisé par un pouvoir. Elle a vocation spirituelle, sociale, libératrice et civilisatrice. Elle demande du temps, de l’énergie, du champ social et de la profondeur intellectuelle. La mission de l’intellectuel est de rappeler cette vocation, de l’expliciter, de refuser son instrumentalisation politicienne ou idéologique, de la protéger tant du populisme infantile que de l’idéalisme utopique. L’intellectuel ne peut se limiter à l’instant présent, sa vocation est de s’inscrire dans le temps historique.

Sans la grâce divine, l’homme et la société ne peuvent pas trouver le salut, et sans la raison ils ne peuvent prétendre à la grâce divine qui leur a fait don de la raison pour qu’ils soient des témoins reconnaissants et agissants. Saint Augustin a fait de l’esthétique la manifestation du bonheur. Le beau est aimable, l’aimable est embelli. Le croyant ne peut vider son idée, sa parole et son acte de leur dimension esthétique. Des idées laides, des comportements grossiers et des paroles vulgaires ne peuvent engendrer des projets nobles ou des actions belles :

{Et dites aux hommes de bonnes paroles} Coran

{Vers Lui monte la bonne parole, et l’œuvre vertueuse, Il l’élève.} Coran

Dans les cas désespérés, la belle parole de politesse est un encouragement, une charité, un appel à s’élever vers un sens éthique et du devoir plus élevé fermant la porte aux dérives de l’indifférence et du mépris. Lorsqu’il n’y a rien à donner l’écoute bienveillante et le partage des souffrances est une bonne parole silencieuse qui laissent les coeurs communiquer et se soutenir en attendant que les jours amènent la guérison et la lumière.

Sans l’esthétique, cette conscience du beau, la morale serait austère et froide où il ne se serait question que de châtiment, de malédiction et de renoncement laissant non seulement l’ignorant dans ses ténèbres, mais laissant l’âme et l’intelligence frustrées de ne pouvoir répondre à l’appel intérieur et extérieur vers plus de perfection. Le berbérisme athée qui s’attaque avec laideur et bêtise à la foi du peuple algérien devrait relire l’histoire de l’Algérie. Nos gouvernants qui nous insultent et nous méprisent devraient s’inspirer de la noblesse et de la beauté de ce pays au lieu de la méchanceté et de la médiocrité de leur arrivisme et de leur cupidité vorace.

Au lieu d’opposer berbérité et arabité, modernité et islamité, l’histoire et l’intelligence auraient dû se mettre au service de la conscience algérienne et lui donner le sens du devoir et du travail en montrant comment le sol nord-africain avait enfanté des grandes idées et de grands hommes. Notre solution est dans le débat et dans l’enrichissement mutuel et non dans le dénigrement des autres ou dans le déni de vérité en faisant de notre passé, de notre présent et de notre avenir un tabou dont l’évocation dérangerait nos consciences. Lorsque le premier ministre algérien compare le Coran à de la poésie ou lorsqu’il prétend que le pays n’a pas besoin de poètes et de philosophes, il ne reflète que l’inconscience d’un système moribond et inculte que rien ne vient déchirer, raisonner ou éclairer :

{Leur exemple est comme celui qui alluma un feu, et lorsqu’il éclaira les alentours, Allah dissipa leur lumière et les laissa dans des ténèbres, ne voyant rien : sourds, muets, aveugles, c’est pourquoi ils n’en reviennent pas} Coran

{Certes, les pires des bêtes, pour Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Coran

C’est la désacralisation et la profanation des principes qui font que l’homme au lieu de subordonner ses idées et ses actes aux principes, il subordonne ses fins et ses intentions à ses désirs. Le pire des désirs est la dérive démiurge qui donne l’illusion à l’homme qu’il est un dieu sur terre à l’image de Pharaon ne rendant compte qu’à lui-même ou un esclave de Pharaon soumis aux désirs de Pharaon et de sa cour. Contre Pharaon, Moïse, en plus des Signes annonciateurs de la fin et de l’assistance de son frère avait grandi dans l’amour d’une mère, d’une sœur et de l’épouse de Pharaon. Il avait été comblé par l’amour de Dieu.

Saint Augustin a dit que la mesure de l’amour est l’amour lui-même et que chacun sera rempli à sa mesure comme l’avait dit Jésus (saws). L’amour de Dieu et la compassion pour la créature de Dieu donnent le sens du sacrifice et l’énergie pour imaginer et entreprendre un projet de libération, de dignité, de justice, de solidarité. L’intelligence seule ne peut dépasser le stade de la technique impuissante à saisir l’humain. L’oppresseur fait tout son possible pour amener l’opprimé à son niveau de déshumanisation pour partager avec lui la même malédiction et pour empêcher que les liens d’amour ne se tissent et ne deviennent des liens de solidarité.

L’amour pervers, mégalomaniaque et narcissique conduit au suicide collectif par l’injustice, les souffrances, l’arrogance envers autrui et la spoliation de ses droits et de ses ressources. La miséricorde, l’empathie, la quête du salut, l’attente du Jugement dernier, l’espérance conduisent l’homme à l’humilité c’est-à-dire à prendre conscience de sa petitesse ou du moins de sa position relative dans cette existence. Il n’est ni dieu, ni ange, ni bête, ni démon, mais profondément et tragiquement humain. Il tombe et se relève, il faute et se repent… Il cherche la voie des justes jusqu’à trouver la vérité ou trouver la mort apaisé et réconcilié avec lui-même.

Ce cheminement à la fois spirituel, culturel, intellectuel et actanciel dans la foi et dans l’existence temporelle n’est pas facile, car il est contrarié par les difficultés, les obstacles, les échecs et même par les réussites et les tentations mondaines. Le philosophe peut devenir fou et se suicider lorsqu’il rate la réponse à son questionnement comme Nietzsche : « Comment sortir du désespoir le plus profond l’espoir le plus indicible ». Le croyant peut perdre la foi lorsqu’il ne voit pas la justice divine se manifester derrière la cruauté et le hasard en apparence :

{A quand la victoire de Dieu} Coran

L’intégriste islamiste est empressé à conquérir le pouvoir et à soumettre les populations à sa mode religieuse pour éprouver de la miséricorde ou de l’intelligence envers le monde. Le mécréant transgresseur est dans l’impossibilité intellectuelle et morale d’imaginer sa déchéance tant il est imbu de son impunité apparente comme il est dans l’incapacité totale de voir un instant la victoire de l’opprimé autre que dans la violence révolutionnaire ou dans la loi du marché selon son appartenance idéologique :

{Quiconque croit qu’Allah ne lui donnerait pas victoire (au Prophète), dans le monde et dans la vie future, qu’il tende alors une corde vers le toit, ensuite qu’il se pende, puis qu’il regarde si sa ruse a dissipé ce qui l’enrage !} Coran

L’homme en devenant sa propre mesure, sa propre norme, sa propre valeur s’éloigne des principes et il peut se croire réformateur alors qu’il est corrupteur ennemi de l’humanité et de la création. Lorsqu’il ne trouve pas de contradiction et de résistance pour le freiner dans ses crimes et démasquer ses syllogismes fallacieux, idéologiques et religieux, et ses utopies destructrices alors il se transforme en tyran démoniaque. La société et les élites qui ont laissé faire ou qui ont participé à l’émergence de la monstruosité partagent la responsabilité des crimes avec le tyran et son système corrupteur :

{Que n’y avait-il pas, dans les générations précédentes, des gens de bien qui interdisent la corruption de par la terre : Mais peu nombreux l’étaient parmi ceux que Nous avons sauvés. Alors ceux qui étaient injustes ont été poursuivis par ce qui les a fait périr, car ils étaient des malfaiteurs.} Coran

Si les élites algériennes avaient un sens des responsabilités jamais elles n’auraient laissé le pays sombrer dans la décennie rouge et noire. Les élites libyennes et syriennes n’auraient jamais toléré que leurs pays soient la visée de l’OTAN même si les pseudo savants musulmans ont rendu licite l’effusion de sang et la mise en ruine de ces pays.

Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de la résilience. Il ne s’agit pas d’attendre le retour du Messie ou la venue du Mahdi, mais de donner de l’espoir, de semer des initiatives, d’ouvrir de nouvelles perspectives. Si le pouvoir algérien, ses opposants politiques et la classe moyenne lettrée ne lisent pas la violence qui est en train de s’installer en Algérie comme moyen « normal » de négociation pour obtenir un travail, un logement, un investissement, une route, une rente, un droit, cette violence larvée va devenir incendie. S’ils ne voient pas les compétences des maffias de l’économie à recruter des démunis et des désœuvrés pour les mobiliser en des armées de « Baltagia » à l’égyptienne, la violence va devenir l’instrumentalisation politique de la société pour que la rente demeure le monopole des brigands d’autant plus que les sources de la rente sont en train de s’assécher considérablement.

Il est plus que jamais urgent de manager le changement. Les managers du changement sont les semeurs de bonnes paroles et de bonnes intentions. Est-ce qu’ils sont compris ou compréhensibles cela est une autre affaire comme l’explicite Jésus fils de Marie :

« Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors, comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?
Le semeur sème la Parole.
Il y a ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée : quand ils l’entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux.
Et de même, il y a ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux : ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ; mais ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les gens d’un moment ; que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt.
Et il y en a d’autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et toutes les autres convoitises les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent, pour un. »

 Lorsqu’on inscrit ses pas dans la continuité prophétique, alors on se libère des limites actuelles pour se hisser aux possibilités infinies :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

En effet nous pouvons imaginer le nombre de fruits dans un arbre, les cueillir ou les laisser pourrir, nous pouvons protéger l’arbre ou le détruire, mais personne ne peut imaginer les arbres contenus dans les grains ni les conditions et le moment de leur ensemencement.

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Omar MAZRI

Source : De la culture du management du changement

 

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1 Commentaire

  1. Ahmed 24 juin 2016 at 10:23

    Akhi Omar,
    votre article me fait un bien fou surtout en ces moments de doute et de difficulté que je traverse car je souhaite ardemment changer les choses à mon niveau. Je sens et traverse la même solitude et incompréhension que le feu Malek Bennabi rahimahou Allah.

    Merci à toi et saha ftourek,
    Ahmed.

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