Islam  : Libération des opprimés

Le Nigéria : les conditions d’émergence de Boko-haram.

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Cet article sur le Nigéria est toujours d’actualité,  si son contexte est 2009-2010, il est dans le prolongement du 11/09/2001. Il n’y a pas de complot, mais un ordre logique froid et déterminé qui se nourrit du manque de logique des autres.  Il a a été publié en 2010 par  Zeinab Abdelaziz et  Omar Mazri sous le titre « Le Nigeria guerre de religion, pénétration néocoloniale ? ». La présente publication est légèrement remaniée par moi-même pour des raisons de pédagogie et de communication sachant que lorsque les insensés de tout bord se faisaient entendre j’ai choisi de faire parler les faits et les textes, de les relier et de leur donner un sens que le temps n’a pas démenti . Je n’ai pas  raison sur tout, mais je demeure  fiable par l’indépendance de ma réflexion et le refus de mon alignement sur une démarche partisane ou un esprit sectaire

Ce qui se passe au Nigeria est une flagrante accusation de la double ingérence politico-vaticane, ou si l’on veut plus clairement, de l’intrusion infâme de la politique colonialiste de l’Occident et de l’évangélisation des peuples sous la contrainte militaire, financière, économique et militaire supervisée par les agents du Vatican. La coopération du colonialisme et de l’évangélisation a permis d’installer des régimes vassaux, pour usurper les matières premières, et pour évangéliser le pays. Ainsi clairement dit, le lecteur pourra mieux comprendre ce qui se déroule sur un des théâtres les plus émiettés et les plus ensanglantés.

Le silence qui a plané dans les médias en général, et surtout européens et français en particulier, lors des dernières émeutes qui eurent lieu il y a à peine quelques semaines, le 20 janvier dernier 2009, à Jos, la capitale de l’Etat de Plateau, est fort révélateur. Car ces émeutes qui provoquèrent la mort de 465 personnes, révèle une autre accusation et une autre preuve que c’est une guerre de religion qui est en cours de fomentation. Les chiffres mêmes sont accusateurs, puisque 400 de ces morts tués de sang-froid étaient des musulmans, et 65 des chrétiens. Le même pourcentage presque se trouve parmi les 1000 blessés, quant aux 20.000 déplacés c’étaient des musulmans qui ne cessent d’être traqués par les milices chrétiennes. Cela ne cesse de se répéter depuis septembre 2001, en laissant plus d’un millier de morts, et 700 autres en 2008, l’énorme majorité étant des musulmans. Human Rights Watch avance que 13.500 personnes ont trouvé la mort dans ces confrontations depuis 1999.

Le 28 décembre 2008 l’AFP rapportait dans une dépêche :

LAGOS (AFP) 20 déc. 2008 — « L’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé samedi « au moins 90 exécutions sommaires » par la police et les forces armées lors des émeutes politico-religieuses qui ont secoué fin novembre la ville de Jos, dans le centre du Nigeria.

Les 28 et 29 novembre, suite à une contestation électorale, des violences visant majoritairement la population musulmane d’ethnie haoussa ont fait officiellement au moins 200 morts, et sans doute plus, selon diverses associations et ONG.

L’armée avait été envoyée en renfort par le gouvernement fédéral.

 

Dans son rapport HRW fait notamment état de « sept incidents séparés » au cours desquels « au moins 46 hommes et jeunes gens, tous musulmans sauf deux » ont été sommairement tués par la police, plus précisément une unité de police mobile, les « mopols ».

L’organisation de défense des droits de l’homme a également recensé six autres incidents avec un bilan de 47 hommes tués, « tous musulmans et jeunes et sans armes, selon des témoins », par des militaires cette fois.

« La plupart de ces meurtres sont intervenus le jour même où le gouverneur de l’Etat de Plateau (dont Jos est la capitale) avait ordonné aux forces de l’ordre de « tirer à vue », poursuit HRW.

« Le devoir de la police et des militaires était de mettre fin au bain de sang, pas d’y contribuer. Les autorités nigérianes devraient lancer immédiatement une enquête indépendante », estime Corinne Duka, responsable de HRW pour l’Afrique de l’Ouest. »

Nous ne sommes pas en face d’accidents isolés, mais d’une démarche délibérée et entretenue :

A la suite des émeutes survenues en 2004, le gouverneur alors en poste, un chrétien nommé Joshua Dariyé, s’était montré on ne peut plus raciste, puisqu’il dit haut et fort « Jos appartient aux indigènes (c’est-à-dire aux chrétiens). Tous les Hausa (les musulmans) sont des colons, qu’ils le veulent ou non. Ils vivent avec nous, mais cela ne change en rien à l’équation propriétaire-locataire. Quand le locataire crée des problèmes, on lui donne son congé » !

Il suffit de regarder la vidéo des dernières émeutes, du 20 janvier, pour voir comment le commandant chrétien donna l’ordre à ses ouailles, à sa milice chrétienne, pour abattre les musulmans, ramassé en groupe sous l’arme, pour les tuer de sang froid en se donnant en spectacle pour être filmé, ne craignant aucune accusation ou la moindre charge puisqu’ils sont protégés jusqu’au sommet de la hiérarchie chrétienne !

Le rôle infâme de l’Eglise et son intervention meurtrière dans le Rwanda, où des pères et des sœurs s’avérèrent être des incendiaires, en attisant les flammes dans des hangars fermés, pleins d’africains réfugiés, révèle et prouve à la fois que le même scénario se perpétue un peu partout. De même, il suffit de penser au dernier Synode sur l’Afrique qui ne visait en réalité que les ressources minières africaines qui valent 46.200 milliards de dollars, tel que l’assure une des interventions présentées. Ni de s’étonner de voir que l’Eglise annonce comme conclusion finale de ce Synode qu’elle « cherchera à instituer dans les différentes nations du continent un système de formation dans la gestion des ressources naturelles » …

L’Afrique porte les cicatrices des massacres massifs si on se rappelle la guerre du Biafra (1967-1970) qui a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes (causés majoritairement par la famine et les maladies), et déplacé plus de trois millions de réfugiés ibos. Comme au Rwanda les mobiles qui ont poussé les populations chrétiennes et animistes à entrer en guerre de sécession contre le pouvoir central restent obscurs. La seule chose de transparent est que cette guerre a permis l’émergence de l’humanitaire sioniste et de l’idée du droit de l’ingérence étrangère et militaire au nom de l’humanitaire. L’ethnocentrisme civilisateur et pacificateur qui fait intervenir l’Occident comme la providence divine est une ancienne idée parmi les nombreuses justifications morales de la colonisation et des montages d’affaires transnationaux au nom de la charité.

Le tableau présenté objectivement sur la nature, l’ampleur et l’instrumentalisation de la violence ethnique, religieuse et politique annonce inéluctablement les scénarios d’apocalypse préparés pour le monde islamo africain. On retrouve les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes de génération de la violence  en Afrique du Nord et dans le monde arabe : exercer une violence contre les populations musulmanes et les pousser à une violence instrumentalisable pour réaliser des fins géopolitiques, idéologiques et économiques que les conditions de paix et de lucidité ne permettent pas de réaliser.

La dernière décennie a connu plusieurs affrontements entre chrétiens et musulmans, qui commence d’habitude lorsqu’un chrétien critique ou blasphème le Coran ou qu’il s’empare d’une propriété musulmane. La raison des dernières émeutes revient au quasi traditionnel motif qui se perpétue actuellement dans tous les pays à minorité chrétienne : un chrétien qui provoque la situation en commençant par s’emparer injustement d’une maison, d’une propriété ou d’un terrain d’un musulman. Dès que ce dernier commence la défense de sa propriété, éclate la bagarre qui, en générale, est prévue d’avance par les chrétiens, soutenus partout par l’ingérence vaticane à travers toutes les églises présentes sur places et tous leurs adeptes, qui ont reçu l’ordre tous deux, depuis Vatican II, de participer à l’évangélisation du monde. C’est-à-dire à l’éradication de l’Islam et des musulmans. Il faut lire tout simplement les textes de Vatican II de 1982 pour voir l’énoncé du principe et sa mise en œuvre dans les pays musulmans à minorité chrétienne où les élites musulmanes sont issues de la bourgeoisie compradore, de la rente et de la bureaucratie.

Durant les affrontements de cette décennie et sur fond de crise sociale, économique et religieuse eut lieu aussi l’injuste et frauduleuse intervention des chrétiens minoritaires, mais soutenus par les USA et l’Europe, pour changer la Constitution d’un Etat de confession musulmane. A rappeler qu’en 1987 s’était formé un Conseil Religieux Consultatif, composé de 12 membres musulmans et de 12 membres chrétiens, faisant de ces derniers des minorités sur représentées. Les musulmans non seulement étaient mal représentés et sous représentés, mais en situation de domination économique et de violence religieuse et sociale. Ils sont mis, objectivement, en situation d’insurrection avec la garantie de subir une répression  féroce ou de soulèvement armée avec le risque de partition du pays ou d’intervention des armées étrangères déjà présentes sous des formes larvées  contre la rébellion musulmane qu’on aura au préalable mis en situation de cercle infernal de diabolisation.

A noter que le Pape Jean-Paul II avait visité le Nigeria en 1982, l’année au cours de laquelle fut créé le Solidarnosc en Pologne pour commencer le démantèlement de l’ex-Union Soviétique, prônant en mains et dans ses discours le fameux et fallacieux texte de Nostra Aetate. Un des fameux Textes décrété à Vatican II, par lequel l’Eglise de Rome s’ingénie à éloigner triplement l’Islam, en le mettant parmi les religions de l’Asie, en biffant la descendance des musulmans d’Abraham, et en imposant l’évangélisation du monde y compris celles des Chrétiens orthodoxes d’Orient. La conjonction Vatican CIA est formellement établie en particulier depuis l’arrivée de Georges Bush et de la suprématie des néo Cons US.

La déstabilisation puis le contrôle du Nigéria – exigeant s’il le faut des massacres de populations et l’émergence de terrorismes difficiles à éradiquer, doit être remise dans son cadre historique et spatiale : l’Afrique sub-saharienne avec ses richesses, ses diversités culturelles, ses anciennes communautés d’échanges commerciaux est une aire de civilisation islamique pacifique représentative de l’Islam africain par ses réseaux de solidarité sociale, de fraternité ethnique et de libre adhésion à l’Islam lors des premiers contacts avec les premiers persécutés qui se sont exilés  du temps du Prophète (saws) puis avec les commerçants arabes. Même si on veut faire abstraction de l’Islam africain, nous ne pouvons faire abstraction du rapport harmonieux et transsaharien entre les Berbères du Maghreb et les populations africaines d’Afrique qui partageaient des traditions de démocratie populaire et de solidarité sociale et économique exemplaires pour la justice sociale et la dignité humaine.

A titre d’évocation il n’y a pas que la Libye qui avait son Cheikh Omar Mokhtar, le Maroc son Cheikh Al Khattabi et l’Algérie son Cheikh Al Mokrani, El Haddad et tant d’autres. Le Nigéria avait eu le  Cheikh Othman Dan Fodio, de l’ethnie des Peuls, fin 18ème début 19ème siècle, il est parvenu à fédérer les populations africaines, musulmanes et animistes, contre le  roi (Sarkin) tyrannique, hostile à l’Islam et jouisseur. Par la lutte armée il est parvenu à édifier le puissant royaume de Sokoto sur les territoires Adamawa au nord-est du Nigeria, à l’Ouest du Niger, dans le Nupe au centre-ouest du Nigeria, et dans les territoires Haoussa au Nord du Nigéria. Ce royaume n’a pas résisté à la pénétration britannique disposant d’une logistique militaire, d’une expérience en matière de comptoir coloniaux,  de moyens de corruption et de pasteurs protestants  évangélistes habitués à pacifier les païens de la Chine, des Indes et des Amériques.  Pour ceux qui s’intéressent à la civilisation musulmane il est utile de rappeler que les musulmans du  Nigéria à l’instar de la majorité de ce qu’on appelle l’Islam africain et maghrébin est sunnite, malékite, ascharite. L’émergence des dérives de type confessionnel et religieux trouve sa logique dans la rencontre des intérêts géopolitique de l’Empire et des intérêts idéologiques des pétro monarchies.

La conscience collective n’oublie pas son histoire malgré les parenthèses colonialistes. Elle refait surface sinon elle fait irruption violente selon les conditions sociales et historiques. Les idéologues de l’Empire et les colonisés importateurs des idées coloniales disposent du pouvoir des médias de l’Empire pour enlever toute légitimité à la contestation musulmane et la déboiter des réalités sociales et politiques de son expression. L’intrusion coloniale peut saper les conditions sociales et économiques, falsifier l’histoire, découper les territoires et aliéner les mentalités, mais elle ne peut gommer la vérité.

C’est dans cette continuité spatiale et historique que nous assistons après la décolonisation  puis après l’évangélisation vaticaniste à un retour vers l’Islam non seulement des populations musulmanes, mais aussi des  populations chrétiennes qui, par leur conversion, apportent un enrichissement religieux, social, économique et mettent en  péril les politiques du Vatican. Si les richesses des Bédouins  et des Africains avaient été mises à profit pour le bien-être des populations, il aurait difficile au Vatican et à la CIA de déstabiliser les Etats. Le Soudan ne serait pas dans cet engrenage de démantèlement alors que le conflit qui oppose les conflits entre les populations musulmanes, chrétiennes et animistes ou arabes et africaines  aurait été résolu par quelques centaines de millions de dollars (investissements en hydraulique) et l’Etat de droit équitable envers tous les citoyens.

Depuis l’indépendance aussi, l’Etat du Nigéria ne fait que renforcer une distinction héritée des colonisateurs britanniques, donnant aux groupes ethniques chrétiens le statut d’indigènes, de vrais habitants du pays, tout en maintenant les musulmans à distance de ce titre, alors qu’ils sont en fait majoritaires, que l’Islam et les musulmans s’y trouvent depuis de longs siècles, tandis que le christianisme ne commença à s’implanter qu’à la moitié du XIX° siècle, avec d’anciens esclaves venus d’Amérique, accompagnant des catéchistes anglicans et méthodistes. En 1844 Henry Townsend fonda la première mission anglicane au nord de Lagos. Les missionnaires catholiques arrivèrent presque deux décades plus tard. Actuellement le christianisme représente la minorité des habitants, comme disent les statistiques, et dépendent d’une multiplicité d’églises.

Pour revenir à la situation socioéconomique au Nigeria, il faut rappeler que  le niveau de la plupart des nigériens a dégénéré à un niveau bien en dessous du seuil de la pauvreté absolue ou de la dignité humaine, pays qui comprend la plus grande population de l’Afrique avec ses 150 millions d’habitants, il a le pétrole comme principal pivot des revenus fédéraux et 98 % des recettes à l’exportation. Il est objectivement une donnée économique et géographique qui le classe comme proie facile aux yeux du prédateur impitoyable.

En marge du secteur pétrolier se trouvent d’importants gisements de gaz naturel, des réserves de houilles, charbon bitumineux, les plus importants du continent ; des gisements de colombite, du fer, du zinc, de l’étain, de l’or, de la pierre à chaux et du marbre ; et surtout des gisements d’uranium, dont l’énergie est plus d’un million de fois supérieure à celle des combustibles fossiles pour une masse équivalente. Ce qui fait que l’uranium est la principale matière première utilisée par l’industrie nucléaire. Le Nigeria est déjà classé comme le troisième producteur mondial d’uranium et comme deuxième puissance sub-saharienne derrière l’Afrique du Sud en matières premières et ressources naturelles.

Les élites nigérianes toutes confessions confondues ne parviennent pas à voir la main de l’Empire sous prétexte qu’au moment du paroxysme de la crise religieuse et constitutionnelle  en 2009, le Nigeria était le troisième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, avec un cru de la meilleure qualité au monde, leur partenaire commercial le plus important dans la région subsaharienne, l’attraction pour l’investisseur US le plus important du pays. Par ailleurs, les Etats-Unis sont le pays où réside le nombre le plus important de et le plus croissant des Nigérians de la diaspora et de l’intelligentzia. En apparence  la crise ne profitait ni aux USA ni à la démocratie et à l’unité du Nigéria. Il faudrait sans doute que les Nigérians s’interrogent sur les objectifs de la présence  américaine en Afrique sub-saharienne, les objectifs de la lutte contre le terrorisme après le 11 septembre, la place du Nigéria dans le dispositif de combat et de prédation en Afrique.

On retrouve aussi les scénarios de vacance du pouvoir africain par les réseaux France Afrique avec pour le Nigéria d’autres acteurs qui sont à Londres, Washington et Ryad en Arabie saoudite où le 23 novembre 2009, le président nigérian Umaru Yar’Adua y a été précipitamment évacué pour une urgence médicale. Alors que le pouvoir était vacant, que la crise constitutionnelle s’amplifiait sur fond de crises sociales et religieuses,  les Etats Unis, en compagnie de la France, de la Grande Bretagne et de l’Union européenne faisaient une déclaration commune surréaliste saluant la vacance du pouvoir:

« Nous saluons la détermination à aborder la situation actuelle au travers des institutions démocratiques appropriées. L’engagement continu du Nigeria et l’adhérence à ses normes et à ses valeurs démocratiques est essentielle pour faire face aux nombreux défis qu’il doit affronter… Nous sommes engagés à continuer à travailler avec le Nigeria sur ses questions internes tout en travaillant ensemble comme partenaires sur la scène globale ».

Umaru Yar’Adua est revenu d’Arabie saoudite, affaibli politiquement et  sanitairement, confrontées  aux élites nigérianes appuyant la volonté américaine qui avait, une semaine avant son retour, installé le vice-président Goodluck Jonathan dans les fonctions de président intérimaire au nom de la démocratie et du blabla traditionnel.

Comme il fallait s’y attendre les USA ont continué à brouiller les cartes en faisant sortir du chapeau de magicien un nouveau lapin l’ancien président Ibrahim Babangida par la communication américaine officieuse qui déclare que « nous le percevons pas comme un ancien dictateur… Nous le considérons comme un ancien chef d’Etat et un dirigeant influent dans la partie nord du pays. » Le projet de partition sur des conflits ethniques ou religieux derrière des alibis de démocratie est la culture politique anglo-saxonne. Ils instrumentalisent tous les idiots utiles : les bêtes et méchants rebelles poussés au fanatisme et les beaux intelligents compradores poussés à la compromission. Sur communication contradictoire, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France supervisent des modifications à la Constitution déjà fragile. Ils mettent le Nord en situation de rébellion contre le Sud et détruisent le peu de liens qui maintiennent les communautés ensemble.  Ils mettent les musulmans en contradictions dans les allégeances politiques en divisant leurs élites et en les mettant les unes contre les autres.

Dans la conjoncture où les populations du Nord subissaient les dégâts collatéraux de la lutte antiterroriste, il faut garder à l’esprit que Umaru Yar’Adua, originaire du Nord est  opposé à l’installation du centre de commandement militaire d’Africom. Il a pris position pour la fin de la présence de Shell au Delta dans un délai de quelques mois à un an. Il faut admettre que Yar’Adua avait le soutien populaire des quatre coins du Nigeria même si le véritable pouvoir lui échappait. Quel pouvoir et quelle démocratie croire lorsque 40% des revenus nationaux sont produits par Shell ? Quel devenir démocratique envisager lorsque le Nigéria 5ème rang de l’OPEP demeure pauvre, en raison d’une très forte corruption et d’une mauvaise gouvernance. Les experts évaluent les fuites de capitaux du Nigeria de 1970 à 2009 à près de 90 milliards de dollars, soit un taux moyen de 10 milliards de fuite annuelle de capitaux en direction de l’Angleterre, de la France et de la Suisse. Les Américains et leurs vassaux, intérieurs et extérieurs,  alliés des processus les plus anti démocratique et les plus chaotiques ont l’habitude de réaliser, sous couvert de la casuistique sur la démocratie, leur politique de « régression féconde ».

L’insurrection des populations du Delta du Niger contre  les compagnies pétrolières, leur corruption et leur destruction de l’écosystème  et la gestion rentière et inégalitaire de la manne pétrolière par les autorités nigérianes va fatalement, sans direction sensée, faire jonction avec les modes de brigandages et les organisations sectaires religieuses et ethniques nés dans le sauve-qui-peut-social et s’inscrire dans une spirale de surenchères de violences et de confrontations religieuses pour imposer des opinions extrêmes, des intérêts divergents, des agendas étrangers, des ambitions locales occultes.

Dans la continuité des élections contestées de 2007 où le processus électoral n’est pas parvenu à donner l’illusion de démocratie de façade, les problèmes récurrents et accumulés annoncent des coups d’état et l’administration d’un terrorisme qui sera ici résiduel, ici larvé et ici organisé échappant à tout contrôle et à toute logique. Au moment où nous tentons de présenter une analyse relativement lucide sur le Nigéria pour dévoiler et anticiper, il est bien révélateur de voir que des militaires ont arrêté et « emmené », hier, jeudi 18 février, le président nigérien, Mamadou Tandja, lors d’un coup d’Etat dirigé par un officier, général, colonel ou caporal de grade. Il est faut souligner l’état d’esprit des  nouveaux dirigeants du récent coup d’Etat au Niger qui se sont donnés comme nom : « Le Haut Conseil pour le retour de la Démocratie » commencer par l’arrêt de la Constitution, qui faisait légèrement cas des musulmans. Ce sont les traditions en Afrique et les solutions de l’Occident pour les Africains. Ce sont aussi les luttes occultes entre l’Empire américain et ses anciens legateurs français et britanniques qui imposent aux Africains et aux Arabes une effusion de sang qui ne s’arrêtera qu’avec l’effondrement du système impérial ou l’émergence d’alternatives internationales ou régionales.

Quant à la fameuse démocratie, rien que le nom, elle suscite les macabres massacres qui eurent et ont toujours lieu en son nom, massacres qui éliminèrent plus de dix millions de musulmans en Afghanistan, en Iraq, en Palestine et un peu partout en Afrique… Sur ce coup d’état il est intéressant de lire ce matin sur l’express : « Le département d’Etat américain a de son côté réclamé un retour rapide à la démocratie au Niger, tout en s’abstenant de parler de coup d’Etat au sujet de la situation qui prévaut à Niamey ». Il n’est toujours pas question de répondre aux problèmes des peuples et de leur émancipation.

Ce qui révèle que le vrai problème réside dans cette double configuration: le colonialisme, qui se poursuit à travers les liges et les vassaux installés par le colonisateur avant son départ pour aider à l’usurpation des matières premières ; et l’évangélisation du monde, qui se passe actuellement secondée par les pouvoirs politiques de confession chrétienne et leurs méchants et stupides petits vassaux musulmans sur place, qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font subir à leur coreligionnaires ou à leur religion. C’est pourquoi le Nigeria représente un remarquable cas d’école sur les diverses manières de dilapider les fonds publics. Il représente aussi un authentique cas d’école de la machination idéologique, médiatique, politique, psychologique, militaire et socio-économique de l’instrumentalisation des musulmans comme bourreaux-victimes. Le Nigéria semble aussi exprimer une liberté d’autonomie des vassaux qui contrecarrent le projet du maitre annonçant la fin de sa suprématie et le désordre qui s’en suit lorsqu’il n’y a pas d’alternative construite et consciente.

La dégradation d’un territoire et d’une population ont une genèse parfois assez longue et suffisamment étalée dans le temps pour ne plus être lisible. Depuis l’indépendance, en 1960, le pays a été réparti en trois régions au Nord, à l’Ouest et à l’Est, qui se sont subdivisés en plusieurs gouvernorats, il a connu une succession de coups d’Etats, et une alternance de régimes militaires et de gouvernements civils. En 1976 fut créé l’Etat du Plateau, pour donner foyer à plusieurs groupes ethniques, ses membres sont pour la plupart des chrétiens. Les musulmans, cette grande majorité de « citoyens », est traité en tant que citoyens de seconde zone, exclus de nombreux postes de fonctionnaires, placés sous le poids de pseudo quotas et à des frais d’inscription beaucoup plus élevés dans les universités.

En 1963 fut formée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui a fonctionné jusqu’en 2002, date où elle fut dissoute pour être remplacée par l’Union Africaine, dont la grande majorité des membres sont des Francs-maçons. L’objectif initial de l’Organisation (OUA) était de promouvoir l’unité et la solidarité des Etats africains, promouvoir une voix collective africaine, faire acte en faveur de  l’éradication du colonialisme, veiller au  respect des frontières, de la souveraineté, et la non-ingérence dans les affaires intérieures… Au moment de sa dissolution 53 des 54 pays africains étaient membres de l’OUA. Le Maroc avait quitté l’Organisation en 1985 après l’admission, en 1982, du Sahara occidental.

L’Unité Africaine, au contrario de l’OUA, est un agent de l’ingérence étrangère et de la dissolution des cultures africaines et de l’indépendance des peuples. Le renversement de la politique africaine, la position géographique du Nigéria et sa configuration sociale, politique et religieuse faisait de ce riche pays l’emplacement idéal de la base d’AFRICOM (le commandement militaire américain pour l’Afrique) adossé aux compagnies pétrolières et en collaboration avec le Vatican. Kadhafi en s’intronisant « empereur » d’Afrique avait montré le paradoxe et la faillite des Arabes et des Africains qui ne voyaient pas le monde changer contre les peuples arabes et africains. Ils ne voyaient ni les luttes idéologiques, ni les positions militaires stratégiques, ni les comptoirs commerciaux, ni la prédation des ressources, ni le déploiement de l’empire et du sionisme dans leurs mentalités et leurs géographies. Leur cirque et leurs contradictions superficielles ont occulté les véritables questions  à se poser et les véritables confrontations à venir.

Il est triste et décevant à la fois de voir à quel point toutes ces institutions pseudo chrétiennes, politiques ou vaticanes, religieuses ou laïques, chanter à l’unisson pour usurper l’Afrique, éradiquer l’Islam et spolier les musulmans, usant de tout ce qu’on peut et ne peut imaginer pour arriver à terme de leur mission, alors que les quelques honnêtes personnes de l’Occident chrétiens et l’immense majorité des musulmans dénoncent ou observent en silence, sans pouvoir agir efficacement. N’est-il pas temps au moins que la jeunesse du monde, se réveille et prenne part à l’action au lieu de se laisser emporter par le désespoir ou faire le jeu de ces usurpateurs faiseurs de complot et de génocides ?

 

PS

1 – Zeinab Abdelaziz est professeur émérite de civilisation française au Caire, auteure de plusieurs ouvrages sur l’Islam et sur l’art, experte sur les affaires du Vatican, traductrice du sens du Coran, membre de l’association internationale des savants musulmans.

2 – L’empire instrumentalise les caricatures qui siéent à son projet. Ce ne sont donc pas les caricatures, vraies ou fausses qui nous intéressent, mais les conditions idéologiques de leur instrumentalisation. Nous laissons le soin aux experts de l’islamologie et de l’islamophobie de confronter leur narrative sur les caricatures avec les conditions sociales et politiques qui les démentent. Je n’ai rien à voir avec les caricatures, leurs maquilleurs et leurs habilleurs islamistes ou modernistes. Sur le plan moral et intellectuel nous devons savoir qui mène la danse et qui récolte le grisbi, pourquoi et comment. Dans cette posture,  Boka-Haram, secte religieuse, bande de brigands, mouvement islamique insurrectionnel, agents de la CIA ou du wahhâbisme international n’est ni le centre des préoccupations ni la clé pour comprendre les mises en panne de l’histoire et de la société par le système entropique. Prétendre le contraire c’est faire de la diversion. Bien entendu il y a la priorité d’éteindre le feu destructeur pour ne pas brûler, mais la réflexion et l’action  stratégique doivent être orientée en direction des pyromanes qui vont continuer d’allumer des feux et d’envoyer leurs agents incendiaires. Nos gouvernants sont faibles, nos élites sont versées dans l’oppositionnel stérile, nos universités n’ont pas de tradition de débat. Chacun doit s’informer et informer pour ne pas être otage du déluge de l’information qui fait oublier l’essentiel. La nécessité de s’informer exige non seulement de voir comment et pourquoi le pyromane allume les feux, mais aussi comment et pourquoi il allume les contre-feux pour faire diversion, pour amplifier les principaux foyers de destruction, pour faire changer l’apparence des conflits et la nature des zones d’affrontement. On ne  doit donc pas se focaliser sur la médiatisation des tactiques pour ‘allumer un feu ou un contre feu, mais sur la stratégie et les objectifs poursuivis par l’incendie et l’extinction des peuples et de leurs devenirs. Toute ces démarches tactiques ou stratégiques permettent de comprendre partiellement la réalité. Mais ce n’est qu’en inscrivant nos pas et nos idées dans la démarche prophétique que nous pouvons nous libérer de la réalité tronquée et des cadres réducteurs et déformants idéologiques et partisans pour devenir des adeptes inconditionnels de la Vérité.

3 – la communication occulte la situation semblable des populations musulmanes et des élites musulmanes discriminés au Niger, au Congo et ailleurs en Afrique par la domination chrétienne et par les extractions musulmanes converties aux affaires et au laïcisme. Le colonialisme ensuite le sionisme ont déjà depuis    longtemps construit les passerelles avec les évangélistes chrétiens pour la domination économique, culturelle et idéologique des musulmans afin de les amener à collaborer. Le christianisme a depuis longtemps perdu les illusions d’évangéliser  les musulmans. Il s’appuie sur ses alliés laïcs comme le fait la colonisation pour que l’administration et l’économie des pays à  majorité musulmane soient expurgées de la pensée musulmane. La charité qui était une arme de combat idéologique et de corruption est abandonnée car elle n’apporte ni conversion ni sympathie des musulmans  aux évangélistes. Cela peut déplaire, mais c’est la vérité des faits. C’est de bonne guerre lorsque la compétition se fait dans la transparence et la concurrence loyale. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de juifs, de chrétiens ou d’autres spiritualités du monde qui ne souffrent pas. Cela veut dire que la souffrance comme les bienfaits sont sélectifs  et que l’empire ne fait pas de calculs d’épicier ou de détaillant, mais de grossistes à l’échelle d’un pays ou d’une région. Il peut sacrifier des non musulmans et promouvoir des musulmans pour répondre à sa machine qui a la vocation de broyer le ferment de la civilisation musulmane car elle est la seule à pouvoir s’opposer à son hégémonie si les musulmans parvenaient à s’émanciper des conditions de leur aliénation et à se projeter comme projet de coopération avec les peuples sur la base de leur humanité et de leur diversité. Bien entendu je peux blesser les sensibilités chrétiennes, mais les lucides d’entre eux font la différence entre le Vatican de Jean Paul II et l’Emmaüs de l’abbé Pierre.

4 – L’Algérie est en effondrement social et économique malgré la manne du pétrole, car il n’y a pas de projet de développement qui s’appuie sur une reconfiguration politique et institutionnelle moderne et citoyenne. La bureaucratie continue d’instrumentaliser l’histoire, la religion, la culture, l’émotion sans offrir un devenir viable, serein et sérieux. Il n’y a pas d’alternative au Président malade et il y a des intérêts divergents qui s’affrontent autour de la révision constitutionnelle et des nominations aux hautes fonctions dans une ambiance géopolitique pessimiste. Le président peut disparaître laissant le pouvoir vacant à des seconds couteaux inaptes à gouverner. L’empire reste un prédateur qui peut démembrer l’Algérie ou lui confisquer définitivement ses ressources alors que les Algériens ont perdu la culture du travail et des études au profit de la consommation facile, insouciante et démesurée.

5 – Le monde vit une période d’entropisation qui installe et nourrit l’entropie sans possibilité de retour à la stabilité et à l’équilibre. Il est impossible que les énergies gaspillées ne le soient impunément et indéfiniment. Le monde n’est pas une création absurde sans Dieu qui le gouverne.

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