Islam  : Libération des opprimés

Les fous et les eunuques

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Une rivière, oued chaytan, traversait un royaume, naguère paisible et prospère, continuant d’irriguer les terres d’un roi insouciant et d’abreuver les gosiers de ses sujets sans que le roi, ses courtisans et ses sujets ne s’interrogent sur la toponymie de  leur rivière ni sur le comportement de plus en plus étrange de leurs troupeaux de moutons et et de chèvres qui s’encornaient les uns les autres alors qu’ils étaient dociles par le passé.  Jusqu’au jour où apparut un grand   mystère : la normalisation de la folie humaine aux abords de la rivière. Il y eut quelques exorcisations et des  divergences lexicales sur la nomination de la rivière. Les anciens veulent conserver le nom de oued Chaytan alors que les modernes veulent un nom plus adapté à la situation :  Oued al Hbel. Long débat qui épuise et  donne soif aux bestiaux dans une contrée où la rivière est abondante, généreuse et proche des sceaux.

{… ressemblent à un troupeau de bétail auquel on crie et qui entend seulement appel et voix confus. Ils sont sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent donc point.}

Celui qui buvait l’eau de la rivière se mettait à prononcer des paroles incompréhensibles. Il devenait fou dans la perception des autres. Il était plus simple de qualifier la folie d’un homme ou de désigner le fou dès qu’on ne parvenait plus à déchiffrer son langage, mais on ne faisait pas l’effort de comprendre la folie d’autrui,  l’origine de sa folie et les soins à lui prodiguer.

Les gens continuaient de boire à la rivière permettant à  la folie de s’étendre et de s’amplifier dans le royaume.  Les sujets devenaient fous furieux, fous mélancoliques, pervers narcissiques, égorgeurs, irresponsables. On ne voyait que des larmes et des pleurs qui s’alternaient. La folie s’exprimait  dans l’horreur de sa diversité, dans l’incapacité de lui donner un  nom, une cause ou un espoir de guérison. Il est impensable de soigner ce qui est impossible de nommer faute de compétence à nommer lorsque gens parlent la même langue avec des mots n’ayant plus la même signification ou lorsque ils se parlent dans des langues diverses sans interprètes ni traducteurs. Chacun ne perçoit l’autre qu’à travers le prisme de sa propre folie : une déformation.

{Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même davantage plus égarés. Tels sont les insouciants.}

Comme pour les peuples de Babel lorsque le langage devient incommunicabilité, confusion, désinformation, fabulation, perte de sens, la haine mutuelle devient la norme, la folie devient le refuge… La communication sociale et intellectuelle se conforme aux  rituels d’aliénation des isolats d’inconnaissance  et se plie aux exigences narratives des ilotismes d’insenséisme en attendant le déluge qui viendrait de la rivière imposant à tous l’égalité par la folie.  Pour l’instant les narratives insensées  et les appareils de l’indifférenciation par la communication de masse cultivent la  fascination par la gesticulation  rendant impossible l’émission ou la réception de messages sensés pour soi et signifiant pour les autres.  Les peuples de Babel peuvent se faire la guerre sans merci, sans but, sans responsabilité…

Plus les gens buvaient à la rivière et plus leur langage devenait confus et leurs idées insensées. Ceux qui buvaient à la rivière non seulement devenaient de plus en fous, mais imaginaient les sensés comme étant les véritables fous pour le seul motif que le  discours des gens sensés  leur devenait étrange par sa clarté.

Le roi, ni sage ni avisé, n’a jamais pas compris la source des maux de son royaume. Il s’est contenté  de produire des spectacles à grands frais divertir et distraire la majorité de  fous et occuper la minorité des raisonnables. Devant l’impuissance de ses stratagèmes il a promulgué des lois et donné des ordres  pour interdire à ses sujets  de boire l’eau de la rivière. Ses gardes zélés ont interdit à ceux qui voulaient étudier l’eau de  s’approcher de la rivière. Dans l’incohérence générale, les fous non seulement continuaient de boire  l’eau de la  rivière mais y jetaient les gardes et tous ceux qui s’y approchaient.  Les gens sensés ne pouvant être compris ni entendus ont préféré boire à l’eau de la rivière, les uns s’imaginaient  ainsi éviter la folie, les autres  se voyant devenir fous face à la folie des autres ont choisi l’oubli de la raison  que leur apporterait la rivière de la folie.

Le roi ne pouvait être ni entendu ni compris par des sujets dont une partie avait perdu les facultés de langage et d’entendement les rendant insensibles à leur folie et une partie qui faisaient l’éloge de la folie comme voie de salut du royaume. Les clercs et les savants religieux avaient depuis longtemps bu à la rivière de la folie et ils sont devenus les incitateurs à la folie. Envisager de les former, de les corrompre de nouveau  ou de les faire participer à l’instrumentalisation politicienne de la religion ou à la caution morale des agressions et de la prédation est un temps révolu. L’humaniste hollandais, Érasme, dans « Éloge de la folie » décrit la folie des élites religieuses contaminées par le pouvoir et l’argent :

« Voici ceux qu’on appelle ordinairement religieux ou moines, quoique ces deux noms ne leur conviennent nullement, puisqu’il n’y a peut-être personne qui ait moins de religion que ces prétendus religieux… [ ] La plupart de ces gens-là ont tant de confiance dans leurs cérémonies et leurs petites traditions humaines, qu’ils sont persuadés que ce n’est pas trop d’un paradis pour les récompenser d’une vie passée dans l’observation de toutes ces belles choses. Ils ne pensent pas que Jésus-Christ, méprisant toutes ces vaines pratiques, leur demandera s’ils ont observé le grand précepte de la charité. L’un montrera sa bedaine farcie de toutes sortes de poissons , l’autre videra mille boisseaux de psaumes, récités à tant de centaines par jour ; un autre comptera ses myriades de jeûnes, où l’unique repas du jour lui remplissait le ventre à crever ; un autre fera de ses pratiques un tas assez gros pour surcharger sept navires , un autre se glorifiera de n’avoir pas touché à l’argent pendant soixante ans, sinon avec les doigts gantés, un autre produira son capuchon, si crasseux et si sordide qu’un matelot ne le mettrait pas sur sa peau ; un autre rappellera qu’il a vécu plus de onze lustres au même lieu, attaché comme une éponge ; un autre prétendra qu’il s’est cassé la voix à force de chanter ; un autre qu’il s’est abruti par la solitude ou qu’il a perdu, dans le silence perpétuel, l’usage de la parole. Mais le Christ arrêtera le flot sans fin de ces glorifications: « Quelle est, dira-t-il, cette nouvelle espèce de Juifs ? Je ne reconnais qu’une loi pour la mienne ; c’est la seule dont nul ne me parle. Jadis, et sans user du voile des paraboles, j’ai promis clairement l’héritage de mon père, non pour des capuchons, petites oraisons ou abstinences, mais pour les œuvres de foi et de charité »

Il faut lire et relire les philosophes du passé sans esprit réducteur qui transpose mécaniquement leurs propos. En ce qui concerne l’éloge de la folie d’Érasme revu au présent il ne s’agit pas uniquement des religieux en rapport avec la foi et le sanctuaire de la foi, mais aussi et surtout des nouveaux idéologues et des néo intégristes qui ont pris en otage le savoir, les médias, l’économie et la démocratie pour contenter les forces occultes d’imposition sur les consciences religieuses et sociales, intellectuelles et artistiques, les génies proclamant Dieu est mort, les diables sont bien vivants. Les clercs des temples de la marchandise, du crédit et du dollar vendent un opium aux peuples plus  anesthésiant que les religions instrumentalisées.

Il est instructif aussi de savoir qu’Érasme à dédicacé sa satyre philosophique et sociologique à son ami  l’humaniste anglais Tomas More auteur de « Utopia ». Contre le réalisme ultra libéral anglo-saxon qui annonçait le matérialisme impérial en façonnant le capitalisme Tomas More propose un projet libertaire  en refusant l’imposition idéologique et religieuse  aucun homme temporel ne peut être à la tête de la spiritualité.  Il  imagine un  monde  sans  les fondements aliénants de l’appropriation capitaliste  : l’usage collectif des moyens de production et l’échange non marchand des biens et services : « … pourquoi réclamer trop, alors qu’on sait que rien ne sera refusé ? Ce qui rend avide et rapace, c’est la terreur de manquer.  »  Nous sommes en pleine Renaissance, le siècle du savoir et de la technologie qui va hériter de la civilisation musulmane entamant sa décadence après son épuisement spirituel et intellectuel. L’avenir du monde s’est joué entre une pensée humaniste et des intérêts mercantiles. Le marchand a triomphé en  instaurant la domination de la matière. Cette domination arrive à sa fin,  l’âme humaine est indestructible, elle peut rayonner de nouveau pour une nouvelle civilisation à visage humain si les hommes parviennent à se libérer de leur folie et à endiguer la rivière de la folie tout en proposant d’autres alternatives. Il ne s’agit ni d’interdire ni d’entrer dans la même logique que celle des fous. Il s’agit d’un véritable salut humain : spirituel et temporel. Le salut humain est une quête vers une utopie, la réalisation d’un mythe qui redonnent du sens, de l’espoir, de la dynamique vers un autre lieu, un autre devenir, un autre temps pour témoigner d’une autre vérité et opérer les ruptures avec les aliénations du passé.

Le roi de la fable n’est ni réformateur humaniste ni poète en quête de son âme, mais un administrateur réaliste dépassé par les événements…   Il ne restait donc  au roi du royaume ou coulait en abondance la rivière de la folie que de se réfugier dans sa tour avec les princes, la reine et son grand vizir pensant ainsi protéger ce qui lui reste de pouvoir et de propriété contre la folie générale. Il finit par se rendre à l’évidence : la reine et les princes tenaient eux aussi un discours décousu et incompréhensible après avoir goûté à la rivière. Le médecin du roi appelé au chevet de la famille royale ne put résister  de goûter au verre d’eau de la reine et de partager avec elle les fantasmes et les désirs refoulés.

Le grand vizir avait pris le parti de boire pour ne pas à avoir la responsabilité de conseiller un roi qui ne sait plus s’il fallait boire ou ne pas boire après avoir manqué à son devoir de comprendre la folie de son royaume avant qu’elle ne s’étende.  Avant de sombrer dans la folie, le grand vizir a sans doute eu la lucidité de comprendre qu’il n’y avait ni gain ni prestige à gouverner des insensés et aucune issue à proposer à un roi qui ne s’est jamais posé la question de sa responsabilité dans la folie de son royaume

Dilemme pour le roi : rester lucide, mais incompris dans un royaume de fous ou boire à la rivière de la folie et conserver l’illusion de régner dans un royaume de sensés. Comme pour l’âne de Buridan le choix du roi est difficile : boire ou ne pas boire, devenir un fou « sensé » ou un insensé « fou ».  Barak Obama est dans une situation pire que celle du roi de la rivière de la folie. Il faut écouter froidement sa narrative et voir comment il met en scène les narratives de ses vassaux.

La réalité peut surpasser la fiction lorsque l’hystérie devient collective, lorsque l’insenséisme devient global, lorsque les fous et les cyniques gouvernent et mènent le monde à la folie. Lorsque la multitude cultive la folie et font son éloge que dire et que faire?  C’est la caverne de Platon où les insensés prennent les ombres et les illusions pour réalité. C’est ce monde que le Prophète (saws) a annoncé : Yasbahou al Halim Hayrane : le sensé le plus patient et le plus lucide sera confronté au désarroi le plus profond.

Pour un roi en quête de pouvoir et de reconnaissance dans le regard des autres fous, boire à la rivière de la folie serait le salut imaginaire. Pour un homme conscient du don le plus prodigieux qu’Allah lui a donné, la raison, la résilience face à la folie des autres est le salut réel dans ce monde et dans l’autre. C’est la conduite que le Prophète (saws) a recommandé de faire le bien lorsque les gens font le bien, mais de persister à toujours faire le bien même lorsque tous les gens s’accordent à faire le mal. Face au déluge de la folie aucun sommet ne sera suffisamment haut et aucun abri ne sera suffisamment profond. Pour ne pas devenir un sauve-qui-peut de débris la lucidité constante est l’ultime refuge.

La lucidité et le courage ont manqué hier comme aujourd’hui à ceux qui se sont autoproclamés représentants religieux, politiques ou intellectuels des communautés musulmanes dispersées comme des épaves charriés par les rivières de folie. Sous les haillons de l’islamisme, du laïcisme ou du libéralisme ils œuvrent contre la lucidité et les clarifications. Certains d’entre eux ne parviennent même pas à prendre conscience qu’il il est vilain  de se faire valoir comme « indigène de la ripouxblic » ou comme « sales Français » au nom de l’Islamophobie alors que la machine de l’islamophobie consiste à fabriquer efficacement idéologiquement, psychologiquement,  médiatiquement et militairement  l’endogène interlocuteur valide et l’exogène ennemi idiot utile. Malek Benabi avait déjà  exprimé la tragédie des Béni-oui-oui de la lutte idéologique en disant que même l’eunuque du harem n’osait ni s’appelait l’eunuque ni tolérait qu’on l’appelle ainsi. La dignité humaine n’avoue ni la castration ni l’impuissance.

Avec un peu mois de veulerie, d’idiotie et de servilité les prétendants à l’auxiliaire de service auraient vu et entendu les démonstrations d’unité nationale et de solidarité internationale « médiatiques » donnant caution morale, juridique et politique aux salissures  et aux saletés de l’Empire. Ils auraient vu et entendu les motifs véritables et les enjeux stratégiques de la guerre contre Gaza.

Ils auraient réalisé qu’ils n’auront ni honneur, ni gain, ni reconnaissance pour la simple et sempiternelle raison : ils continuent de sonner pour un autre clocher tout en étant en retard sur une affaire déjà réglée et scellée ailleurs. Ils auraient réalisé que la « sainte alliance » des paradoxes redonne vie à un système moribond qui s’est nourri de la décadence de leurs ancêtres et de la misère morale et intellectuelle de leurs semblables. Elle redonne vie et redéploiement aux constituants et aux figurants du système en crise de légitimité, de projet, d’existence face à une alternative qu’on ne voit pas venir, mais qui s’impose d’elle-même comme nécessité historique pour le changement salutaire.

Ils auraient vu le fil conducteur entre les massacres des populations algériennes de Bentalha, de Relizane et d’ailleurs, les massacres de  Amirya  et de Fellouja. Ils auraient médité les principes de droit que le Calife Omar Ibn Abdelaziz avait dicté au grand Cadi : « ne t’empresse pas de juger en faveur du plaignant qui réclame justice contre celui qui lui a fait perdre un œil, il est possible que la victime  a crevé les deux yeux de l’accusé ». Il ne s’agit pas de justifier l’horreur ou de l’occulter, mais  de faire toute la lumière sur une affaire si on veut rétablir la vérité et rendre la justice avec équité.

Les imposteurs de l’Islam et les importateurs de la démocratie de spectacle auraient mieux fait de se désaltérer à la rivière de l’Empire faisant ainsi l’économie d’une démonstration de confusion que de jouer aux sensés. Le Prophète (saws)  a annoncé que la communauté qui n’ose pas dire à l’injuste  qu’il est injuste est maudite… Les laïcistes arabes et les idéologues sectaires s’imaginent être suffisamment représentatifs et suffisamment intelligent pour déverser leur haine idéologique et confessionnelle contre l’Islam politique ou l’Islam social alors qu’ils ont été et sont toujours les accessoires de la lutte idéologique contre les possibilités civilisationnelles du monde musulman, à l’instar de DAESH wa akhawatiya,  des intrusions pour fragmenter nos géographies,  atomiser nos mentalités collectives, détourner notre histoire, contaminer notre langue, aligner nos économies sur  les appétits de prédation…

L’hypocrisie est la pire des folies. Elle est schizophrénie mentale, spirituelle et sociale qui produit une personnalité duale qui se retourne et se renverse au gré des situations. L’hypocrisie est  le  pire des crimes car derrière les bonnes paroles des hypocrites se cachent leur intention délibérée de nuire à leur  communauté. L’écoute et la lecture des hypocrites, se réclamant de l’islamisme ou de l’anti islamisme, du nationalisme ou du mondialisme, révèlent l’absence d’amour. Le cynisme et l’opportunisme les conduit à l’aveuglement morbide et mortifère. Il faut tenter de demeurer hors de l’esprit partisan ou sectaire pour éviter de sombrer dans l’hypocrisie ou d’en devenir l’instrument de manipulation. Il nous faut oser pratiquer sans concession, sans limite, sans alignement idéologique ou politique la critique : ne rien prendre pour argent comptant ce qui se dit ou se montre. Chacun a le devoir d’exprimer ce qui fait la compétence singulière de l’humanité et qui fait la compétence distinctive entre les hommes : penser librement. Lorsqu’on se pose les questions sur l’aliénation on voit apparaître la lutte idéologique qui forme les pygmalions qui lui servent de dénonciateurs des fous pour les assassiner comme  Kadafi, pour les destituer comme Morsli ou pour les pousser au compromis  comme   Assad.

Les subtilités de la folie se trouve aussi chez certains Chiites qui profitant du chaos réalisé par les fous de l’orthodoxie wahhabite affiche leur triomphalisme niant au monde musulman autre voie que le Khomeynisme ou occultant les révolutions menées par des non chiites contre l’Empire. L’ivresse sectaire qui conduit à la folie et à la confrontation se donne bonne conscience comme si les Iraniens et les Chiites étaient étrangers à ce que Malek Bennabi appelle la colonisabilité de Tanja à Djakarta et de Wahrane à Tahrane.  Le monde musulman est d’une diversité telle que seuls les fous peuvent prétendre à ce que leur communauté ou leur composante soit la plus représentative ou la plus conforme de l’idéal prophétique.  Le but de l’Empire est d’amener chacun à se croire le centre et le rayon de nulle part dans une diversités de contradictions et de rivalités. La folie est de se croire le centre de la vérité ou le compas par lequel on mesure le chemin du progrès et de la libération. La folie serait de faire de la propagande partisane ou confessionnelle ou de se contenter de dénoncer les Takfiris. La lutte idéologique de ceux qui alimentent la rivière de la folie consiste à nous occuper dans la dénonciation des agents nuisibles visibles ou dans l’apologie  de soi dépourvu de l’esprit critique sur les idées et les phénomènes qui fabriquent la folie et lui donne telle ou telle autre configuration sur un territoire et dans une période. Il faut reconnaître que Sayyed Nasrallah, le président Rohani et l’Ayatollah Khaminai se distinguent en faisant  preuve de discernement et disposent du courage politique et de la clairvoyance religieuse qui leur permet de refuser l’intervention de l’Empire dans la région musulmane. Mais n’ont-ils pas été emmenés en Afghanistan, en Irak et en Syrie a devenir les alliés objectifs de la folie impériale? Les sunnites et les Chiites ont intérêt à s’impliquer dans un respect réciproque et un partage de connaissance pour mutualiser les savoirs et rendre plus efficaces les expériences du passé et les projets d’avenir.

Il ne s’agit pas d’un ici d’exercice de dissertation philosophique  ni d’un travail de journalisme, mais   la contribution modeste à l’étude de la pathologie de l’aliénation. Les narratives et les émotions ne peuvent cacher l’hystérie qui caractérise notre époque. Prendre des engagements et des postures sur des mots prononcés par des fous et des irresponsables c’est opter pour l’insignifiance. La parole insignifiante ne peut plus exercer l’attribut humain du langage : canevas des idées, élévation à l’abstraction qui explique ou qui conceptualise, véhicule de sens pour tisser des liens et échanger avec autrui. C’est donc irrémédiablement s’inscrire dans l’hystérie qui s’alimante de l’entropie et qui amplifie l’entropie en réalisant la dissolution des autres par la confusion et en réalisant la destructuration de soi par la même confusion. Dans les hystéries collectives on passe facilement des troubles psychoaffectifs génerés  par une crise structurelle du système à des violences physiques contre le système . L’hystérie empêche justement la  résilience, la capacité à surmonter la panne  et à réguler l’entropie d’une energie qui se dissipe chaotiquement sans travail utile, sans stabilisation, sans contrôle. L’agitation hystérique des membres périphériques lorsqu’elle s’inscrit dans la durée et dans la récurrence finit par dévoiler  la paralysie du système nerveux central qui supervise la pensée, la production et les échanges du royaume de la rivière de la folie étendue à tous par la globalisation.

Les méandres de la folie sont trop complexes pour être cernés par une intelligence à l’instant t. Le nombre de fous et la multiplicité des canaux de fabrication de la folie nous font dire – comme Coluche – que ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort que les autres ont raison et que nous avons tort. Il est impossible que nous ayons tort lorsque le roi Obama rallie la planète derrière un mensonge aussi grossier que celui disant qu’il faut intervenir en Syrie car l’Etat syrien est faible et démuni face à l' »Etat islamique » ou lorsque les idéologues feignent de ne pas voir la symbolique de la guerre menée contre l’Etat islamique même si ce pseudo état est l’antinomie de l’Islam. Lorsque le roi et les roitelets disent une chose puis son contraire ils ne font qu’exprimer l’hystérie et les multiples inversions psychédélique tentées par le système pour demeurer maître d’un système qu’il ne contrôle plus

L’assassinat et l’humiliation en masse des populations et des individus pour  le compte et les profits de l’Empire et de ses vassaux seront fatalement soldés par l’histoire qui a des retournements que la folie des hommes ne peut ni prévoir ni comprendre. Grace à Dieu il y a encore quelques hommes relativement lucides qui veulent se faire entendre et qui disent à haute voix intelligible à l’instar de Dominique de Villepin que la décision de Barack Obama est “absurde et dangereuse… que « L’État islamique, c’est l’enfant monstrueux de l’inconstance et de l’arrogance de la politique occidentale » Dominique de Villepin décrit le règne de la folie instaurée par l’hyperpuissance de plus en plus impuissante et insensée.

L’arrogance ne dira jamais qu’elle est l’incarnation de la folie dans un système totalitaire et elle fera tout pour empêcher la voix des honnêtes gens appeler au devoir de lucidité et de responsabilité. Mais bientôt on entendra un vacarme planétaire: « A l’aide, au secours, nous sommes devenus fous ». Qui répondra à la folie lorsque  l’usage de la langue et de l’entendement est définitivement perdu ? Devrions-nous attendre l’issue eschatologique, le retour de la bannière à une ou à cinquante-deux étoiles ou l’occasion de boire à la rivière de la folie. Dans ce grand bordel les eunuques n’auront ni harem ni lit sacré à défendre, car non seulement le sacré aura été complètement rayé de la conscience des hommes et aucun sanctuaire ne sera légitimé pour sceller les pactes de paix, mais la confusion sera apocalyptique :

« Et l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes s’avança et me parla en ces termes : Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui réside au bord des océans. Avec elle, les rois de la terre se sont prostitués, et les habitants de la terre se sont enivrés du vin de sa prostitution. Alors il me transporta en esprit au désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, couverte de noms blasphématoires, et qui avait sept têtes et dix cornes. La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or pleine d’abominations : les souillures de sa prostitution.  Sur son front un nom était écrit, mystérieux : « Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre. » Et je vis la femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus.  Livre de l’Apocalypse chapitre 171.

Mircea Eliade  l’historien des religions, le mythologue et le philosophe a  dans ses travaux, tout particulièrement dans le « sacré et le profane » que lorsque l’humain perd la notion du sacré (ou du consacré) qui fixe les limites religieuses ou profanes inviolables, l’homme se transforme en volcan de violences sans limites. Le sacré, profane, magique ou religieux, lorsqu’il affronte  la souillure de son monde le fait toujours par effet dialectique en opposant à la souillure la pureté et la purification d’ordre spirituelle, rituelle, institutionnelle ou sociale. Il montre que la sacralisation (consécration) par procédé symbolique ou ritualiste n’est pas un retrait du monde, mais une ouverture au monde, un redevenir du monde dans une perspective épurée. Cette quête d’épure, archétypale, s’exprimant par le symbole, l’ontologique et l’actancielle répond à la transcendance.

L’homme en violant le sacré ou en le reniant perd la dimension transcendante de sa raison  d’être, le sens de sa projection dans l’histoire universelle et la lecture de  la norme extérieure à lui et au-dessus de lui. Il devient lui-même sa propre norme, la référence du monde, le tabou en conflit avec d’autres normes, d’autres références et d’autres tabous fabriqués par l’homme comme ses outils et ses objets. En réalité il emprunte aux mythes passés dépossédés de leur sens socio historique.

La confrontation de désirs, de représentations et d’objets fétiches, tout particulièrement  dans la civilisation occidentale depuis la Renaissance, installe le désordre permanent et de plus en plus exacerbé sans pouvoir recourir au sacré qui arbitre et apaise. Les mots sacrés et les référence au sacré sont hors champ de la communication sociale, politique, économique et intellectuelle. Les narratives sont des descriptifs de choses, d’appropriation de ces choses et d’usage abusif de ces choses. Les narratives de puissance et de pseudo justice des dominants prennent racine dans les anciens mythes et s’expriment dans un monde globalisé à travers l’économique, le politique, le culturel et l’idéologique.

L’Empire croyant posséder l’idéal de puissance par sa suprématie technologique et médiatique tente d’imposer sa lecture symbolique, ontologique et magique du monde en se présentant comme étant le seul sacré le confondant avec son impunité et son arrogance. Dialectiquement, dans son rapport à lui-même et dans son rapport aux autres, l’Empire ressemble de plus en plus à  Babylone la prostituée marchant vers sa perdition et emportant avec elle non seulement ses courtisans, mais aussi les fous fascinés par son spectacle.

La lucidité consiste à se purifier moralement, spirituellement et intellectuellement. Il ne s’agit pas de se purifier n’importe comment et avec n’importe qui car les insensés, les rois irresponsables et les royaumes en folies peuvent facilement inciter les naïfs ou les empressés à confondre la rivière de folie avec l’eau de Jouvence, l’eau de Zemzem ou les eaux du Jourdain. La lucidité la plus élémentaire est de se rincer les yeux avec ses propres larmes pour voir ce qui se passe et ce qui se passe derrière la dramatisation des narratives et la théâtralisation du monde :

{La ruse de Satan est évidemment fragile !}

Les yeux grand ouverts mais les esprit fermés par Satan et ses émules, les fous ne percevaient le Prophète (saws) que comme un fou, un possédé, un magicien, un utopiste. D’autres fous en d’autres lieux et d’autres moments ne voyaient pas  ce Prophète comme une miséricorde divine, mais comme un sabre. Lorsque les fous se rencontrent, les rivières de la folie coulent à flot gommant les nuances, les différences,  les libertés et les vies humaines :

{Ils dirent : « Allons-nous suivre un seul homme d’entre nous-mêmes? Nous serions alors dans l’égarement et la folie. Est-ce que le message a été envoyé à lui à l’exception de nous tous? C’est plutôt un grand menteur, plein de prétention et d’orgueil ».}

{En vérité, les impies sont partagés entre l’aberration et la folie.}

Dans le royaume des fous la victime et le sacrifié ne le sont pas pour leur  religion :

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle

Cet extrait de  « La rose et le réséda » (Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas),  écrit  en  1944 par Louis Aragon montre la voie du refus de la folie :

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat.

 

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6 Commentaires

  1. sous-commandant 28 septembre 2014 at 21:26

    Cher frère, Salam,
    Affirmer l’existence d’un triomphalisme chiite est excessif. Il faut le démontrer et non seulement l’affirmer. Le sectarisme, c’est de cantonner la politique iranienne au chiisme, alors quelle exprime une vision de l’islam plutôt dynamique et indépendante comme le fait le Hezbollah. Seule la victoire de l’islam vrai, cet islam indépendant, fier, ouvert sur le monde, le contraire du fanatisme et de la barbarie takfiri, nous libérera du concept de colonisabilité

    • Omar MAZRI 28 septembre 2014 at 22:55

      Salam, j’ai reformulé ma phrase. Notre devoir à tous est de travailler pour l’unification des rangs et la mutualisation des ressources. Chacun devrait s’enrichir de la vérité de l’autre sachant que sur l’essentiel il n’y a pas de divergences profondes.

      • hani 29 septembre 2014 at 14:05

        barakou Allah mon frère MAZRI
        il n’y a aucune divergence à part le nom, et cela remonte à l’ère des compagnons, ce que certains essaient de nous faire croire ou que certains essaient de faire croire aux musulmans (parce que malheureusement ils se sont habitués au prêt à penser) que leur seul problème sera résout par une guerre chiite-sunnite qui durera certainement une éternité, et qui les plongera vers un enlisement irreversible, et certains sites soi-disant défenseurs de l’islam n’hésitent pas à faire malheureusement la promotion de cette guerre fratenelle (vu leur nombre imposant dans cette communauté) jouant le jeu de leurs bourreaux.

  2. lala 30 septembre 2014 at 00:00

    Assalamou 3aleykom,

    vous m’inspirez toujours autant

    Jazakoum Allah khairan

  3. lala 30 septembre 2014 at 00:07

    quelque chose est en train de naitre de cette violence faite à nos valeurs,
    de ce mal, de cette confusion , Allah sawt fait apparaitre des energies, des volontés, des déterminations au sein de la communauté musulmane, peu mais efficace inchaAllah

  4. massou 11 janvier 2015 at 23:29

    c’est difficile à admettre mais je pense qu le conflit politique devenue par la force de la bêtise humaine un conflit religieux entre Ali et Abubakr sur la succession du Prophéte Saw, est le seul et unique problème du monde musulman, de ce conflit sont nés des sectes, des sous sectes, toute une lignée d’écoles, des royaumes, des guerres des génocides , on a condamné des peuples entiers à l’hérésie et à la mécréance , on a écrit des milliers de théories, des centaines de milliers de livres, on a interprétés des hadith et des versets conformément à nos passions, on a crée même des hadith, et il semblerait qu’on a écrit un Coran juste pour assouvir nos désirs de vengeance, on en parle quotidiennement dans les chaines de télévisions et les journaux pour haranguer les foules ou maudire des populations. Sans aucun état d’âme et dés les premiers pas à la mosquée on inculque à nos enfants comment haïr, l’autre le frére en religion, Sunnite, chiite, Ibadite, soufi…

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