Islam  : Libération des opprimés

Pensées pour les animaux survivants.

Print pagePDF pageEmail page

كُلُواْ وَٱشْرَبُواْ مِن رِّزْقِ ٱللَّهِ وَلاَ تَعْثَوْاْ فِي ٱلأَرْضِ مُفْسِدِينَ

{Mangez et buvez des biens qu’Allah dispense, et ne semez pas le désordre sur Terre comme des corrupteurs}

Le  Rapport Planète Vivante 2014 du World Wildlife Fund (WWF) dresse un tableau alarmant sur l’avenir de la vie terrestre humaine et animal. Si on fait abstraction de la récupération médiatique qui parvient par ses statistiques et ses images à banaliser le gravissime et à maquiller les responsabilités il y a lieu de s’interroger sur les processus qui ont contribué à réduire certaines espèces vivantes de moitié et à faire disparaître d’autres d’une manière irrémédiable mettant en péril l’existence humaine. Les bêtes ont été mises là pour donner possibilités réelles à notre vie humaine ainsi que pour le confort de notre existence et le ravissement de nos yeux :

وَمَا مِن دَآبَّةٍ فِي ٱلأَرْضِ وَلاَ طَائِرٍ يَطِيرُ بِجَنَاحَيْهِ إِلاَّ أُمَمٌ أَمْثَالُكُمْ مَّا فَرَّطْنَا فِي ٱلكِتَٰبِ مِن شَيْءٍ

{Il n’est pas de bêtes sur la terre, ni d’oiseaux volant de leurs deux ailes qui ne forment, comme vous, des communautés. Nous n’avons rien négligé dans le Livre.}

Dans le livre de la nature il n’y a que beauté, harmonie et sens. Il faut en être dépourvu pour ne pas voir le sabotage de la vie ou le voir comme une simple fatalité. Six pensées dédiées aux pauvres bêtes.

1 – L’empire US légataire des empires coloniaux consomme à lui seul l’équivalent des ressources de 4 planète terre.  Tant que cet empire est dominant il n’y a aucune perspective optimiste. Il incarne la malédiction d’un mode de vie et de pensée. La pensée qui a produit ce système inhumain est la même pensée qui a produit la destruction des paysans anglais lorsque le marchand avait rencontré la machine à vapeur. La restriction des libertés puis le massacre des hommes ont  initié ceux des animaux. Le parcage et le massacre des animaux ont accompagné l’abêtissement des hommes et leur mise en marche en troupeaux. C’est la même incertitude pour tous.

2 – Les royaumes bédouins créés par les empires coloniaux sont hyper gaspilleurs au-delà du pensable. Là où ils interviennent ils corrompent, répandent le sang et font de la manne pétrolière une malédiction pour les créatures qui sont créés pour vivre naturellement sans gaz ni pétrole ni leurs dérivés ou semblables. C’est quand même hallucinant de constater  la nuisance   d’Etats apparus depuis quelques décades sur des populations animales et végétales présentes depuis des centaines de millions d’années.

3 – Le modèle occidental qui se prétend développé et civilisé y compris dans ses formes sociales progressistes ou modérées comme la Suède est entropique dans son essence matérialiste et anthropocentriste.

4 – Les pays pauvres et les économies à économie extravertie ne participent pas au suicide collectif, mais subissent les effets écologiques nocifs des abus des pays riches et industrialisés. Le maintien de ces pays hors du cycle du développement du fait de l’échange inégal et de l’incurie des élites locales soulève deux questions :

4 – 1  Celle du paradoxe entre le développement comme prédation d’autrui et le sous-développement comme développement contrarié ou empêché par le prédateur. Sans ce paradoxe la décolonisation aurait abouti à la liquidation totale des ressources et à la mise à mort de la faune et de la flore puis à la famine. Il ne s’agit pas de justifier la rapine de l’impérialisme, mais de s’interroger sur la dimension métaphysique qui de l’histoire de l’humanité.

4 – 2  Cette dimension métaphysique pose l’équation du double salut humain. Le salut moral et spirituel qui ne peut venir que par reconnaissance de la Transcendance et par la gratitude envers les Bienfaits de Dieu qui a octroyé cette terre à Ses Créatures. Le gaspillage est non seulement de l’ingratitude, mais une dérive satanique. Ce salut ne peut se passer du salut temporel qui consiste à se libérer non seulement du modèle économique et politique de l’Empire, mais des systèmes de pensées qui l’ont produit et tout particulièrement le mythe de Prométhée qui synthétise la modernité techniciste et celui d’Hermès qui synthétise la postmodernité communicante et globalisante où le marchand et le média comme l’artiste et le voleur sont fusionnés dans un monde indifférencié.

 5 – Poser la question du double salut c’est poser la question en termes de civilisation. La civilisation occidentale n’est ni l’alternative ni le modèle ni la source d’inspiration pour sauver la vie ou libérer les peuples. La compétence de gaspiller et de recycler le vivant dans ses usines et ses laboratoires a permis  au capitalisme de produire et d’entretenir des illusions le temps de surmonter une crise, de conquérir un territoire ou de renforcer une position financière et idéologique. Parmi les illusions il y  a ses propres justifications économiques libérales et celles nourris au contact de ses contradictions et de ses crises puis entretenu par  le réalisme qui ne voit la résolution dialectique qu’à l’intérieur du système comme si c’était la fin de l’histoire. Parmi ces illusions il y a :

5 – 1 L’écologisme qui consiste  à militer pour une économie plus propre,   plus économe et plus social dans les conditions de salissures, de gaspillage et d’exploitation. Dans la réalité il correspond, en se mettant sur le plan intellectuel et technologique, aux mouvements caritatifs religieux qui composaient avec le système qui fabriquent la pauvreté, l’exclusion et l’exploitation de l’homme. Comme le socialisme et les romantismes politiques il devient une collaboration, une incitation fiscale voire une participation politicienne et rentière au système.

5 – 2 L’alter-mondialisme est une autre forme de recyclage et de romantisme orchestré par le système. Il est vrai que quelques paysans dans le quart monde vivent mieux par le commerce équitable, mais ce n’est pas le pansement prévu pour un bobo qui va arrêter l’hémorragie des ressources et la disparition du vivant. Les médias du système fabriquent les images de l’apologie des contradictions du système pour vendre de l’audience, donner l’illusion de la liberté, mais les conditions d’appropriation, d’exploitation et d’échange qui pèsent réellement en termes économiques, sociaux et écologiques ne sont pas émancipées des règles du monopole. Les grandes surfaces,  les comptoirs commerciaux, les transporteurs réalisent des gains incomparables aux producteurs. Le consommateur nourrit dans la culture de l’exotique se donne bonne conscience par l’achat dit engagé  ou militant, mais il n’a pas de réponse à ses problèmes de crédit et de consumérisme.

5 – 3 Le scientisme ou plus exactement le délire intellectuel ( nommé aussi folie raisonnante) engage un débat sur la nature du désastre écologique qu’il occulte d’ailleurs par le sophisme et les syllogismes fallacieux des experts consacrés par les médias, les groupes pétroliers, les financiers,  les gouvernants et tout l’appareil qui produit du gaspillage, de la bêtise et du nihilisme. Les causes montrées puis escamotées comme celles imputable au climat ou à l’activité humaine (parfois animale) ne sont pas les causes profondes. La bureaucratie mondiale de l’Empire n’a ni les compétences morales ni intellectuelles de voir la cause : une civilisation de l’extravagance, du gaspillage, du futile, du spectacle sans responsabilités et sans devoirs. Ni le libéralisme ni le marxisme ni le constructivisme ni le surréalisme ni tous les « ismes » de la planète  ne  peuvent concevoir ou produire une civilisation à visage humain. Chacun se veut le dépositaire d’une vérité sans Dieu et se présente comme l’idéal de vertu alors qu’il contribue à dérégler l’ordre naturel mis au service de l’humanité :

  ومِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي ٱلْحَيَٰوةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ وَإِذَا تَوَلَّىٰ سَعَىٰ فِي ٱلأَرْضِ لِيُفْسِدَ فِيِهَا وَيُهْلِكَ ٱلْحَرْثَ وَٱلنَّسْلَ وَٱللَّهُ لاَ يُحِبُّ ٱلفَسَادَ

{Parmi les hommes, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Allah à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il  tourne le dos, il s’en va par la terre pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail ; mais Allah n’aime pas la corruption.}

6 – En vérité c’est le matérialisme qui a fait perdre à la société son humanité en lui faisant oublier son Dieu. L’homme privé de Transcendance  a  fait  de l’homme la mesure et la finalité de toute chose. Sans le sacré qui le limite et arbitre ses rapports avec autrui   l’homme sape ses conditions de vie. La science, l’idéologie et la technique ne peuvent protéger l’homme des rigueurs et des catastrophes de ce qu’il a produit lui-même par ingratitude et démesure dans sa psychologie,  ses idées, son économie, sa politique, ses médias et ses rapports à la nature et à la vie :

ظَهَرَ ٱلْفَسَادُ فِي ٱلْبَرِّ وَٱلْبَحْرِ بِمَا كَسَبَتْ أَيْدِي ٱلنَّاسِ لِيُذِيقَهُمْ بَعْضَ ٱلَّذِي عَمِلُواْ لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ

{La corruption est apparue sur la terre et sur la mer à cause de ce que les hommes ont accompli de leurs propres mains, afin qu’Il leur fasse goûter quelque conséquence de leurs agissements. Afin qu’ils reviennent [vers Dieu ou de leur perdition]}

L’indifférenciation, la mode, la publicité, la médiatisation, le consumérisme démocratique, le crédit, la sublimation du désir par les représentations sociales et culturelles donnent crédit à la théorie de la spirale infernale du désir et de la violence mimétique de René Girard. En imitant l’autre et en désirant non seulement ce qu’il possède, mais  ce qu’il désire, l’autre devient un modèle qu’on copie et un rival qu’on veut déposséder. Le riche pour  se singulariser dans son opulence et ses privilèges face à une masse indifférenciée et pour ne pas  être dépossédé de ses attributs de jouissance et de désir face à une masse qui s’en attribue les symboles va exacerber la rivalité qui à son tour va relancer le mimétisme. Etc. Le processus imitation rivalité finit par prendre des dimensions  d’aliénation sociale. Les conséquences sont, outre le gaspillage des ressources et la violence sociale, la confusion des valeurs et la collaboration de toutes les couches sociales dans la dissolution, la déstructuration et la destruction des sociétés et des écosystèmes.

Ce phénomène de mimésis, déjà étudié par Platon, est positif lorsqu’il se réalise naturellement dans les apprentissages ou dans la quête des modèles de vertu et de progrès. Il devient pervers lorsque la société pratique le culte des idoles et cultive le désir aliénant en faisant de la marchandise, de la croyance, de la culture des fétiches : attribution de vertu magique à des objets, provocation de désirs au-delà des besoins, , transferts socio-affectifs masquant le désenchantement, adoration de l’artificiel, culte des objets-idoles… C’est ce désir aliénant qui libère la cupidité, la convoitise et la prédation contenues dans quelques pervers pour devenir la règle générale. Ce mimétisme ne dégage pas l’homme, à titre individuel et collectif, de ses responsabilités. L’imitateur servile et son modèle d’imitation partagent le même aveuglement et la même malédiction :

{Certes, dans la création des cieux et de la terre, dans la succession de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue sur la mer portant ce qui est utile aux hommes, dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel et avec laquelle Il fait revivre la terre après sa mort – cette terre où Il a disséminé toutes sortes d’animaux -, dans les variations du souffle des vents, dans les nuages assujettis entre le ciel et la terre, il y a des signes pour les gens qui savent raisonner. Parmi les hommes, il en est qui placent à côté de Dieu des émules qu’ils aiment comme on aime Dieu ; mais les croyants sont plus fermes dans l’amour de Dieu. Lorsque les iniques verront le châtiment, ils verront que la puissance entière appartient à Dieu, et que Dieu châtie sévèrement. Lorsque ceux qui ont été suivis désavoueront ceux qui les ont suivis, quand ils verront le châtiment et que les liens qui les unissaient seront rompus, les suiveurs diront alors :  » Ah ! s’il nous était possible de revenir, nous les désavouerions comme ils nous ont désavoués « . C’est ainsi que Dieu leur montrera leurs œuvres comme [la cause de] leur perdition ; mais ils ne sortiront pas du Feu. O vous, les hommes ! Mangez ce qui est licite et bon sur la terre. Ne suivez pas les traces de Satan : il est pour vous un ennemi déclaré, il ne vous ordonne que le mal et les turpitudes, et de dire sur Dieu ce que vous ne savez pas. Lorsqu’on leur dit :  » Suivez ce que Dieu a révélé « , ils répondent :  » Non, nous suivons la coutume de nos pères ! « . Mais quoi ! Et si leurs pères ne savaient pas raisonner et n’étaient pas bien guidés ? Les mécréants sont semblables au bétail de qui son gardien ne peut se faire entendre que par des appels et des cris. Sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent pas. O vous qui croyez, mangez des bonnes choses que Nous vous avons dispensées, et remerciez Dieu, si c’est Lui que vous adorez.}

Contre la malédiction et la perdition le discours moralisateur et bigot ne suffit pas. Il faut des mécanismes économiques, des instruments politiques, des cadres culturels et éducatifs, des comportements éthiques et esthétiques, une vision lucide de la vérité et de la réalité. Il est illusoire de croire qu’une révolution islamique ou marxiste ou autre, à l’intérieur du système actuel, puisse modifier les schémas de pensées  de production et de consommation.

Pour comprendre davantage l’impasse civilisationnelle et l’horreur du système de représentations par lequel le massacre de la planète se réalise et les limites qu’il impose il faut aller au-delà de l’aspect séduisant des théories tentant d’expliquer le monde qu’il produit ou qu’il récupère et recycle. Elles sont fondées principalement sur les mythes judéo-chrétiens et gréco-romains : l’ethnocentrisme des élus contre les autres barbares dont on ne reconnait ni le sacré, ni l’histoire, ni les idées ni l’existence autonome. L’Occident est une identité réductrice de celle des autres et qui ne doit rien aux autres. Elle est dans le désir de puissance, de dérive démiurge. C’est ainsi que le même René Girard se met en confusion lorsqu’ils considèrent que les « terroristes » et les intégristes musulmans sont des envieux de la civilisation occidentale qui tentent de détruire ce qu’ils ne peuvent acquérir. Le désir mimétique qui se voulait une explication anthropologique s’est transposé sur le plan de géopolitique en argument intellectuel et sur le plan de la domination de la civilisation matérialiste en justification idéologique. C’est ainsi qu’au nom de l’amour des animaux on a fait coexister le massacre des animaux et les industries autour de la vie des animaux

La conjugaison et la permanence de  la perversion économique, de l’arrogance des opulents, du despotisme politique, de l’agression militaire et du nihilisme spirituel pousse une civilisation à l’apogée de sa puissance à fabriquer la dynamique de son anéantissement. Les cités disparues de Ad, Tamoud et Madyane sont une invitation à la méditation sur la fin d’un monde. L’explication eschatologique ou le réchauffement climatique n’explique pas ce qui s’annonce déjà comme changement majeur ou comme avertissement à la fin d’une époque. L’insouciance n’invite pas à la quête de salut.

Conclusion :

La symbolique du rapport de la planète vivante est saisissante : le système qui se veut le modèle de puissance, d’intelligence,  de vertu et de beauté ne parvient pas à cacher les horreurs de ses agissements directs et indirects. Cette nature qu’il a prise comme décor pour ses guerres et ses tourismes, ses films et ses mines, son expansion et son imagination  lui renvoie l’image de sa laideur qu’il met en spectacle télévisuel à une humanité qui a perdu le sens de l’émotion car elle est devenu une marchandise. L’excellence médiatique qui a vendu l’humanitaire sioniste, l ‘humanitaire embarqué et le droit d’ingérence est mise a mal sur le terrain de sa propre narrative qui vient d’afficher l’impuissance du système sur le maillon le plus faible. Cela fait des décennies que la gente animale, sans défense, se fait massacrer sans pitié ni compassion et au su de tous. Peut-on comparablement imaginer la gente humaine qui invente ses moyens de résistance ou de nuisance se laisser faire par les sacs de riz et les sacs à puces de l’Empire. Le doute est installé… Ce rapport témoigne donc des syllogismes fallacieux – la narrative qui se raconte de fausses propositions logiques et s’inventent des scénarios de plus en plus improbables – du système, de ses satellites et de ses prétendants à visage de courtisans ou sous masques de dénonciateurs… La crise ne peut plus être cachée : elle est globale et visible.

Le Prophète (saws) a dit que le Jour du Jugement dernier un moineau viendrait réclamer justice contre celui qui l’a tué en vain, sans nécessité de manger. Contre qui ces éléphants, ces tigres, ces crocodiles, ces milliers d’espèces vont-il réclamer justice?

 

Vous aimez cet Article? Diffusez-le!

Vos réactions