Islam  : Libération des opprimés

Quel est notre devoir face aux schismes ?

Quel est notre devoir face aux schismes ?
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La prescription coranique

{Certes, cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc.}  Al Anbiya 92

{C’est Lui (Allah) qui vous A déjà nommés musulmans, auparavant, et dans ceci (le Coran) : afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes.} Al Hadj 78

Le Coran nous ordonne d’être une communauté de musulmans sans esprit partisan ni confessionnel. Toute autre démarche est une transgression au Coran. Nous avons montré l’ineptie de ceux qui se cachent derrière un hadith faible et qui même s’il était authentique a un autre sens que la divergence est une miséricorde. C’est plus qu’une transgression c’est un Takkabur, une arrogance, une surenchère sur Allah qui nous a nommé Musulman et qui a voulu que nous soyons une seule communauté unie derrière un même Coran et un même Prophète.

 

La réalité

Nous nous comportons, de fait, comme les égarés et les fourvoyés que le Coran nous a interdit de suivre :

{Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », et ils récitent le Livre! Ainsi dirent aussi, les mêmes paroles, ceux qui ne savent pas. Mais Allah Jugera alors entre eux, le Jour de la Résurrection, sur ce dont ils divergeaient.} Al Baqarah 112

La réalité est en contradiction totale avec ce verset. Comment espérer la quiétude, la paix, la prospérité, la liberté et la dignité alors que nous sommes dans une réalité contradictoire avec  l’esprit et la lettre du Coran. Cette réalité n’est pas une imposition de l’extérieur qui peut donner justification à notre stupidité ou à notre pragmatisme, c’est un processus historique et idéique que nous avons réalisé depuis des siècles qui nous a amené à cette situation de Wahn, de divergences, d’obscurantisme ouvrant la porte au colonialisme qui a finit de détruire ce qui restait comme noblesse et lumière en nous. Libéré de ce colonialisme par la grâce de Dieu nous sommes revenus au même état qui a précédé le colonialisme : l’esprit atomiste et tribal que condamne l’Islam même s’ils prennent le nom de confessions, de doctrines, de nations…

Confrontant l’image de la réalité avec l’image du devoir coranique notre vision mentale devient floue par la superposition de l’espoir qui émane du Qur’àn et de celle du  « cynisme » qui habite notre imagination modelée par le regard qui ne voit que la laideur, le mensonge, l’hypocrisie,  l’ego narcissique dupliqué dans les élites et les peuples. Nous sommes fragmentés à l’image de ce puzzle issu de  Sykes Picot puis de l’implantation sioniste que Sheikh Azzedine Al-Qassam a décrit : «Sans l’Islam, nous ne sommes que des tribus sans lien, chacune préoccupée par ses propres considérations étroites. »

Comme en proie à des troubles oculaires nous sommes obligés de fermer un œil pour ne voir que d’un seul œil mais l’image qui  bouleverse notre vision  est  totalement incrustée en toile de fond : la réalité des schismes et du wahn qui nous enveloppent au quotidien.

A quelle perspective  s’attendre ? Faudrait-il tout  reconstruire pour éviter les mauvaises surprises ? Peut-on reconstruire sans déconstruire ? Peut-on déconstruire et reconstruire dans l’anarchie et les divergences ? Faut-il faire de l’attaque des schismes une priorité dans le travail de déconstruction reconstruction ?

Je  ne pense pas, honnêtement,   qu’il soit utile d’ouvrir le dossier des schismes au niveau intermédiaire des associations musulmanes. En plus de notre déficit de compétence il y a la douleur de la plaie qui rend difficile le regard froid et lucide sur les manifestations du mal qui nous ronge. Il y a  aussi l’expérience sociale, politique et professionnelle qui témoigne qu’il ne faut ni déblayer ni construire sur une plaie ontologique ou sociale ni dans son voisinage mais qu’il faut construire ailleurs le temps que…

Mohamed (saws) s’est trouvé confronté aux plaies béantes de l’idolâtrie et de l’injustice en Arabie pré islamique. Il ne s’est pas attaqué aux idoles ni au système oppressif avant d’édifier  l’homme qui s’en libère en construisant dans la partie intacte et saine (sa Fitra) l’amour de la vérité qui chasse le mensonge. Il y a un énorme travail de déconstruction de la décadene musulmane et de la mentalité de colonisé  puis de reconstruction de l’être musulman libéré du fétichisme des doctrines et de l’esprit partisan et sectaire :

{C’est Lui qui A Envoyé, parmi les analphabètes, un Messager d’entre eux, qui leur récite Ses Versets, qui les épure, qui leur apprend le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent sûrement, auparavant, dans un fourvoiement évident. Et d’autres, parmi eux, qui ne les ont pas encore suivis. Et Il Est l’Invincible, le Sage.} Al Jumu’a 2

{Et avertis ton clan : les plus proches, et sois modeste envers ceux qui t’ont suivi des croyants. S’ils se rebellent contre toi, alors dit : « Je suis innocent de ce que vous commettez ». Et fie-toi à l’Invincible, au Miséricordieux} As Chu’ara 214

S’appuyant sur une avant-garde de sacrifice et d’endurance  il a construit l’homme Mohammadien le civilisé et le civilisateur au Nom d’Allah. Cet homme nouveau est sorti de sa torpeur par « Lis ! Lis au Nom de ton Seigneur » pour entrer dans le monde de l’épreuve qui forge les volontés et trie les déterminations et les compétences au contact de l’oppression. Le musulman connaissant son Dieu est tout de suite confronté à sa  vocation et à ses missions : résister à l’oppresseur, nier la Jahiliya et fédérer d’autres avant-gardes jusqu’à faire émerger la communauté de foi libérée de l’oppression et de la « hamiyat al Jahiliya », le fanatisme de l’obscurantisme ante islamique. Ce ne sont pas les défis, les causes de résistances, la fondation communautaire sur le Tawhid qui manquent mais la volonté et le savoir. Ce n’est qu’une fois qu’on a fait triompher l’idée que les idoles tombent malgré leur parure, leur fardage, la surface de leur socle et la hauteur de leur mémorial. Il ne s’agit pas de reprendre à zéro mais de restaurer la foi en modifiant le système de représentation du monde : quelle est le sens de ma vie, quelle est la finalité de mon action, quel est le but de mon argent, de mes relations, de mon pouvoir et de mon intelligence, quel est le modèle de mon existence…

{Certes, Allah A Racheté des croyants leur vie et leurs biens, par le Paradis qui sera à eux. Ils combattent pour la Cause d’Allah} At Tawbah 111

Il y a derrière ces questions  plusieurs autres raisons multiples, objectives et subjectives, qui exigent la prudence et la circonspection avant de se prononcer sur les schismes et les divergences qui font que les réponses attendues sont en deçà ou hors sujet. Les idées de la Jahiliya étaient simples et primitives et ne portaient que les contradictions de la Jahiliya alors que celles d’aujourd’hui sont complexes structurées et portant les contractions d’une civilisation islamique infantilisée, dévoyée dissolue dans la civilisation occidentale elle-même en dissolution et en contradiction mais toujours puissante pour imprimer ses idées au monde dominé par sa technologie, sa technique, sa science, ses médias ; et stigmatisé par les séquelles de sa colonisation sur les territoires et sur les  mentalités. La situation est complexe car elle repose sur des mythes qui sont entretenus comme figures historiques, comme vérités islamiques, comme relevant du sacré indiscutable. Tant que le sang du musulman ne reprenne pas sa sacralité et tant que les priorités face à l’agresseur extérieur ne sont pas admis par tous pour faire front commun il serait vain de débattre des causes du schismes et des moyens de le surmonter. Comment le surmonter alors que nous voyons dans ces moments difficiles de Fitna interne et d’agression  externe les savants musulmans, les intellectuels musulmans et les médias musulmans faire l’apologie d’une école doctrinaire contre une autre,  accentuer le cliavage  confessionnel, ethnique et linguistique.

Nous allons passer en revue, d’une manière non exhaustive, les raisons qui militent de chercher autrement la solution aux problèmes des schismes et des divergences que dans les réponses simplistes et polémiques. Dans ce cadre nous avons choisi 6 axes :

1/ la distinction  entre diversité et divergences; 2/ les schismes et l’instrumentalisation du  religieux ; 3/ Les divisions sont profondes à l’intérieur des schismes;  4/  Se consacrer à la lutte idéologique menée contre l’Islam en exprimant l’islam authentique est la priorités; 5/ la liberté doit être notre préoccupation majeure; 6/ relais de communication des savants fédérateurs nous devons conserver notre objectivité et  nous déployer sur plusieurs  directions pour défendre l’Islam

Distinction  entre diversité et divergences.

Il est dramatique de confondre la richesse et la complémentarité dans la  diversité avec la pauvreté et la contradiction dans la divergence. Allah montre que la diversité gouverne les univers  dans l’unité et y croire fait partie de la foi monothéiste.

{Les Hommes ne formaient qu’une seule communauté, mais ils divergèrent. Et n’était-ce un Décret préalable de ton Seigneur, c’en aurait été fait entre eux sur ce dont ils divergeaient.} Younes 19

{Et parmi Ses Signes : la Création des Cieux et de la terre, et la diversité de vos langages et de vos couleurs. Certes, il y a en cela des Signes pour les savants.} Ar Rum 22

Contester cette loi c’est nier le monothéisme ou se rebeller contre la sagesse divine. La sagesse divine a voulu que la diversité des idées, des formes, des contenus, des cultures crée la complémentarité ou l’attraction/répulsion pour que la dynamique et le changement permanent soient  le moteur de la vie, du progrès ainsi que l’épreuve  pour distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le méritant du déméritant, le croyant du mécréant:

{C’est Lui qui Fit de vous des remplaçants sur terre, et Éleva certains d’entre vous au-dessus d’autres, de quelques degrés, pour vous Éprouver en ce qu’Il vous A Donné.} Al An’âm 165

{C’est Lui qui vous A Créés : il est parmi vous le mécréant, et il est parmi vous le croyant. Et Allah Omni-Voit ce que vous faites…} At Taghabun 2

{Si ton Seigneur Voulait, Il Aurait Fait les Hommes une seule communauté. Et ils continuent à diverger. Sauf ceux que ton Seigneur Prit en Sa Miséricorde. Et c’est pour cela qu’Il les A Créés.} Hud 118

Sur ce verset à titre d’exemple nous pouvons à la suite des savants et des exégètes avoir des interprétations différentes sur le sens de la création humaine : pour adorer Dieu, pour bénéficier de Sa Miséricorde ou pour être divergent sur la foi, le culte et la charia ? La diversité de lecture ne peut amener à la divergence. La divergence c’est de refuser l’inégalité dans l’intelligence, la sensibilité et la compétence de lire et tirer signification. La diversité c’est accepter toutes les lectures puisque l’essentiel n’est pas nié en l’occurrence : Allah est le Créateur, Allah est l’Adoré, Allah est le Miséricordieux ; l’homme est la créature devant adorer Allah, l’indigent qui a besoin de la miséricorde divine, l’intelligence qui cherche à comprendre et qui  se distingue  dans la manière,  le contenu  et la finalité de sa compréhension et de ses sources de savoir.

La divergence c’est quand il n’y a plus de convergence sur les références du savoir et de l’action, la finalité des buts et l’éthique des moyens. La divergence c’est quand il n’y a plus d’accord sur le sens à donner, la voie à emprunter, la solution à choisir du fait de l’ignorance ou de la confusion sur la compréhension des prescriptions divines et des enseignements mohammadiens allant à la fracture sociale, à la discorde, à la haine et à la violence verbale ou physique :

{Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences.} Al ‘Imrane 105

«  Ne devenez pas après moi des mécréants. Les uns tuant les autres » Hadith

{Que prennent garde alors ceux qui contreviennent à son ordre, qu’ils ne soient atteints d’une épreuve, ou qu’ils ne soient atteints d’un douloureux châtiment.} An Nur 63

La divergence n’est pas dans la diversité ou la différence de comprendre une partie du Qur’àn, de  la Sunna  et de la réalité sociale, économique  ou politique. La divergence est dans le refus de recourir aux évidences (les versets coraniques) et se contenter de répéter comme « parole d’évangile » l’avis d’un Sheikh ou d’un chef de parti et d’entrer en dissidence contre les intérêts stratégiques de la communauté musulmane. La divergence n’est pas contre l’orthodoxie sunnite ou chiite car l’Islam n’a pas de clergé mais des savants qui font effort intellectuel de comprendre, d’apporter des interprétations et des solutions. La divergence c’est de faire de ces savants une orthodoxie, un clergé, une référence infaillible et irréfutable. La divergence c’est donner plus d’importance aux différences tolérables sur les questions de Fiqh (jurisprudence) au point de nuire à l’unité sacrée des musulmans,  à occulter la parole de Dieu, à la confisquer comme une rente religieuse ou à l’instrumentaliser à des fins politiques et mondaines. L’union se fait sur des bases saines et claires :

{Attachez-vous tous au lien (habl) d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, qu’Il Unit entre vos cœurs et vous devîntes frères, par Sa Grâce; lorsque vous étiez au bord d’un abîme du Feu et qu’Il vous en Sauva. Ainsi Allah vous Démontre Ses Signes, pour que vous deveniez  guidés. Et qu’il y ait parmi vous une Communauté : qui incitent au bien, commandent le bon usage, et interdisent ce qui est répréhensible. Ceux-là sont ceux qui cultivent.} Al ‘Imrane 103

La communauté musulmane entre en divergence si elle perd le sens du Qur’àn et de la Sunna,  si elle perd la signification de sa vocation « al amr bil ma’rouf wal nahay ‘anil mounkar » et si elle perd la compréhension du « ma’rouf » (convenable) ou du « mounkar » (répréhensible). Sans références elle perd ses repères, ses membres se « sectarisent » et la divergence remplace la différence. Elle devient semblable aux communautés qui ont perdu leur vitalité civilisationnelle et dont chaque partie a voulu tyranniser l’autre au nom de la religion, de la morale, de l’ethnie, de la classe, du pouvoir, du savoir ou de l’idole :

{Les Hommes étaient une seule communauté. Alors Allah Envoya les Prophètes annonciateurs et avertisseurs, et Révéla avec eux le Livre, en Vérité, pour qu’il juge parmi les Hommes sur ce dont ils divergèrent. Et n’y divergea, par tyrannie entre eux, que ceux qui le reçurent, après que leur vinrent les évidences. Alors Allah A Guidé, par Son Vouloir, ceux qui devinrent croyants, vers la Vérité sur laquelle ils divergeaient. Allah guide qui Il Veut vers un chemin de rectitude.} Al Baqara 213

Ce n’est pas la servitude aux gens ou le mimétisme des gens qui est garant de la vérité mais la conformité aux évidences. C’est la tyrannie des despotes religieux ou politiques qui va saper la concorde sociale et corrompre le climat favorable au savoir, à la compassion, à la fraternité et à la miséricorde. Il ne s’agit pas de devenir savant mais de connaître l’essentiel de sa religion pour ne pas succomber au fanatisme et au chauvinisme comme l’a montré l’Imam Ali : « On ne connaît pas la vérité grâce aux gens ! Connais la vérité, et dès lors tu connaîtras ceux qui la suivent »

Ignorant la vérité et les réseaux de relation des versets coraniques les uns aux autres nous pouvons avoir des lectures différentes qui amènent à la divergence et aux schismes dans la lecture de quelques versets :

{O vous qui êtes devenus croyants, obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour Dernier. Cela est un bien et d’une meilleure interprétation.} An Nissa 59

« Celui qui m’a obéit, a obéit à Allah. Celui qui me désobéit, a désobéit à Allah. Celui qui obéit au dirigeant, m’a obéit. Et celui qui désobéit au dirigeant, m’a désobéit. »

« Il ne te faut absolument pas te séparer de la communauté des musulmans et de leur dirigeant. »

Que les musulmans ne soient pas d’accord sur la nature et la composition de l’élite constituée par  les détenteurs de l’autorité (awli al amr) : autorité politique, autorité religieuse, autorité sociale, autorité mixte cela ne pose pas de problème. Qu’ils aient des approches plurielles et diverses sur les formes institutionnelles de l’exercice de l’autorité et de sa représentativité ne pose pas de problèmes sur le plan idéique ou religieux. Le problème qui crée la divergence est l’aveuglement qui fait accepter l’absolutisme politique au point de ne reconnaître l’autorité que celle qui détient le pouvoir politique sans légitimité sociale et politique, sans recours à la Choura,  sans acceptation de débattre du sens de minkoum (l’élite détentrice de l’autorité ou du commandement d’entre vous, de parmi vous signifiant sa représentativité et sa conformité aux valeurs de la communauté musulmane). Ne pas comprendre et ne pas chercher à comprendre un sens consensuel sur la signification de « Awli al Amr) est catastrophique : détenteurs de l’autorité (laquelle), chargé des affaires publiques, gouvernant et sur cette confusion continuer de confondre les affaires privées avec les affaires publics, le despotisme avec l’islam c’est continuer à tolérer que la corruption, la malversation et la dignité du musulman soient bafouées par le despote et le colonisateur.

Le verset qui parle d’obeissance aux awli al amr a t-il une portée portée politique stricte? Si c’est oui attribuer le pouvoir aux savants n’est-ce pas donner crédit à la théocratie? Si c’est non quelle est la place du savant religieux? Le verset ne pose-t-il pas un problème de gouvernance globale dans une société islamique qui ne fait pas de séparation entre le politique et le religieux, le profane et le sacré et qui exige la formation d’une élite plurielle dont la légitimité est davantage sociale que politique ou religieuse? La légitimité est une question de reconnaissance sur le plan de la probité, du mérité, du dévouement, de l’équité, de la compétence pour représenter dignement et fidèlement la communauté de foi! Qui doit trancher en cas de divergence ? Le Qur’àn ou le despote et ses courtisans ? Le Qur’àn a-t-il un énoncé équivoque sur le desptotisme

{Et lorsqu’ils se disputent dans le Feu, et que les faibles disent à ceux qui s’enorgueillirent : Nous, nous étions vos suiveurs, pouvez-vous alors nous préserver d’une part du Feu ? Ceux qui s’enorgueillir dirent : Nous y sommes tous. Allah A effectivement jugé entre les serviteurs} Ghafir, 47, 48.

Omar a-t-il été despote en demandant au peuple  lors de son élection : « Si ma conduite est irréprochable, aidez-moi ; si j’agis mal corrigez-moi ».

Le pire dans la divergence est de refuser  le droit au peuple à l’expression libre qui peut contester, sans entrer en sédition, la politique  sociale et économique. C’est  un principe islamique normal né de la diversité et de la légitimité de la représentativité qui peut être gagnée ou perdu. Il ne s’agit pas de fomenter une révolution sanglante ni un coup d’état ni une rebéllion pacifique ou armée, mais de pouvoir débattre et chercher ensemble la meilleure solution  par exigence de la vérité et pour les intérêts de la communauté  :

« Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager ».

Ce verset qui autorise la contestation montre que le détenteur de l’autorité religieuse, politique, sociale ou judiciaire n’est ni infaillible ni irréversible. Tout est sujet à débat et au libre choix  à l’exception des vérités scientifiques et des prescriptions de la religion. L’arbitrage par le recours au Qur’àn et à la Sunna sous-entend la recherche d’un nouveau  consensus politique et d’un nouveau pacte social. Si le consensus politique et le pacte social ne sont pas renégociés par la Choura il n’y a que deux voies possibles : la tyrannie ou l’épreuve de force. L’Islam refuse la tyrannie et refuse l’épreuve de force non par amour  des gouvernants ou des gouvernés mais par respect de la sacralité du sang des musulmans, de leur dignité et de leur paix sociale.   Les voies du despotisme et de la force pour s’imposer contre son peuple favorisent les dissensions idéologiques,  politiques et sociales et produisent de la violence.  Il en est de même  pour un parti ou une foule en colère qui veut s’imposer par le chantage ou la force aux gouvernants en place sinon les destituer même si celà doit mettre le pays à feu et à sang puis le soumettre à l’intervention étrangère. Toutes les catastrophes du monde musulman sont liées à cette incapacité à traduire la Choura (démocratie islamique) en institution alors que l’Islam en a fait la contigüité socio politique de la prière et de la Sunna :

{C’est grâce à la Miséricorde d’Allah que tu es doux envers eux. Si tu étais brutal, rude de cœur, ils se seraient détachés de toi. Pardonne-leur donc, implore pour eux l’absolution, et consulte-les dans l’affaire publique. Et si tu prends ta décision, alors fie-toi à Allah. Certes, Allah Aime ceux qui se fient à Lui.} Al ‘Imrane 159

{Et ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui devinrent croyants et se fient à leur Seigneur, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Seigneur, qui ont accompli la prière, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.}

Les Hadiths confirment le refus de la tyrannie et de l’erreur du savant qui conduisent aux schismes :

« Je crains pour ma Oumma de trois actes : l’erreur d’un savant, un gouvernant tyrannique, un caprice que l’on se met à suivre ».

« La pierre meulière de l’Islam tourne, tournez donc avec l’Islam où il se dirige. A savoir : le Qur’àn et le gouvernant se sépareront, ne vous séparez point du Livre. Vous aurez des gouvernants dévoyeurs, qui réalisent pour eux-mêmes ce qu’ils ne font point pour vous ; si vous leur obéissez ils vous égarent, et si vous leur désobéissez ils vous tuent ».

L’erreur du politique n’a de portée que sur le monde temporel et n’a d’étendue sur le plan de la durée et de l’espace qu’une portion limitée alors que celle du savant conduit à la catastrophe car elle est plus suivie mais aussi plus sujette à divergence vu les controverses théologiques instituées dans la communauté musulmane comme une innovation hérétique.

 

 les schismes, d’origine politique  et doctrinale instrumentalisent le religieux

les schismes, d’origine politique  et doctrinale instrumentalisent le religieux pour faire triompher une opinion ou une école sur une autre au lieu de servir la vérité comme l’ont fait les « fondateurs » des doctrines et des confessions. Les Malek, Ibn Hanbal, Abou Hanifa, As Shafi’i et Ja’âfar pour ce citer que ceux là n’ont sans doute jamais imaginé créer des écoles avec des adeptes fanatiques qui allient saper l’unité de la communauté musulmane. Ils ont produit un Ijtihad en quête de savoir et de vérité. Leur héritage scientifique est considérable mais sa valeur ne donne aucune légitimité religieuse à leurs adeptes de s’enfermer dans les écoles doctrinales traditionnelles réduisant ainsi la richesse de l’Islam et le présentant comme incapable de faire face aux défis du temps en rassemblant les énergies et en produisant un nouvel Ijtihad qui tiennent compte du lieu, du temps, des idées, des circonstances politico historiques, des conditions socio économiques et de la situation psycho spirituelle.

Il ne s’agit pas de fermer ou d’effacer les pages du passé des sciences religieuses mais il s’agit d’en ouvrir d’autres pages blanches pour y inscrire de nouveau sens comme d’actualiser aussi les vielles pages en adaptant le sens ou en actualisant la lecture aux nouveaux contextes et aux nouveau défis. Il ne s’agit pas de contester l’existence des divergences mais de se poser des questions comment se prétendre musulman et faire de la surenchère sur la Parole divine en se donnant des attributions et des titres alors qu’Allah lui-même a choisi depuis l’origine des temps de nous appeler « Musulman » ? Comment se diverger ou se donner les raison se divergences alors que le Tawhid repose sur le Tawhid de la divinité que sur celui de la communauté de foi ? Comment s’enfermer dans des traditions reposant sur une culture propre à des ancêtres qui ont épuisé leur capital de vie et sont déjà en train de répondre de leurs actes et de leurs paroles alors que le Qur’àn nous demande de ne pas nous conformer aux traditions et au mimétisme. Chacun de nous devra compte individuellement de sa foi et de son cheminement spirituel. Il ne s’agit pas de promouvoir l’anarchie mais de dénoncer le chauvinisme qui nuit à l’unité du monde musulman. Si l’unité « religieuse » comporte des biais l’unité politique et idéologique va comporter des biais plus grands et plus nombreux.

Le défi le plus grand est de mettre fin à la dislocation des rangs et à la perte d’autorité des savants religieux sur les gouvernants,  sur les élites politiques et intellectuelles, et sur les populaces. Tendre la main aux gouvernants et prôner la réconciliation sans tenir compte des conditions politiques et économiques qui ont mis en place les despotes dans le monde musulman et la vassalisation de celui-ci à l’Occident c’est faire un vœu pieu et rejeter les échéances inévitables : la libération des peuples qui est la condition fondamentale pour l’exercice d’un Islam authentique et celui-ci est la seule voie de mobilisation pour la  libération de la Palestine et des terres musulmanes occupées et pour l’édification d’une civilisation de spiritualité monothéiste, d’éthique morale, de liberté politique, de progrès social, et de prospérité économique.

Il est simpliste d’accepter le fait accompli de l’atomicité de la communauté qui réjouit ses ennemis et lui facilite la tâche de pénétration impérialiste par la colonisation ou par l’invasion culturelle ou par la création du chaos dans le domaine des idées y compris celles liées à la religion et ses impacts sur la vie sociale et politique. Quel sens donné à ce syndrome de soumission à l’ordre établi : « Al Ikhtilaf rahma » confondant la diversité dans la concorde sociale au sein d’une civilisation avec les divergences par la discorde au sein d’une régression ?

Il serait suicidaire pour nous qui n’avons ni autorité religieuse, ni légitimité sociale ni compétence intellectuelle d’intervenir au niveau de la base populaire ou des jeunes en quête de réponse et d’apporter une réponse ou un argumentaire qui met fin aux schismes dans la communauté musulmane. Il y a trop de déficit de dialogue, de liberté et de culture de la quête de la vérité sans qu’un mot, une phrase, une intention et une prise de position ne soit pas automatiquement mis en défiance et catalogués comme sectaire ou servant une doctrine voire servant le sionisme. Dire la vérité ne suffit pas il faut que la voix qui porte soit légitime et surtout qu’elle soit écoutée sinon la vérité dite ne fait qu’empirer les clivages idéologiques, les controverses thologiques et les confusions partisanes.  Il y a des moments historiques où ni la légitimé ni la probité ni la compétence ni la valeur des hommes ne peuvent résoudre les contradictions sociales et politiques qui prennent des formes religieuses et doctrinales. Le cas le plus flagrant est celui des valeureux et vénérables petits fils du Prophète (saws) les Imams Al Hussein et Al Hassan. Chacun a fait une lecture correcte des événements et chacun a répondu selon les circonstances particulières et selon la nature de sa personnalité conduisant l’un à la radicalité et au martyre et conduisant l’autre à la paix au détriment de ses droits. Ni l’un ni l’autre ne pouvait inverser le cours fatal de l’histoire d’un peuple qui s’est assoupi ou qui s’est mis en quête des choses au détriment des idées et des valeurs. Il y a une loi qui gouverne l’histoire : Al Istibdal, la substitution des générations

{Et si vous vous détournez, Il Substituera un autre peuple que vous, ensuite, ils ne seront pas comme vous.} Muhammad 38

Que signifie « ils ne seront pas comme vous » ? Sans inventer une lecture singulière du Qur’àn ou revendiquer une compétence en exégèse la différence va résider dans la qualité de la foi, dans la propension à faire don de soi pour le « Sabile Allah », dans la capacité à surmonter les divergences qui sapent l’unité et la cohésion, dans la vision lucide qui consiste à ne pas se tromper de cible ni de méthode en l’occurrence ne pas se contenter de vivre dans l’apologie du passé ou dans la polémique avec les adversaires de l’Islam mais de construire les instruments de force de la communauté en lui redonnant la conscience de ses devoirs, la connaissance sur ses déficit et la manière de les combler, et la globalité de l’approche islamique. L’histoire de l’Istibdal dans le lieu le plus symbolique de la civilisation musulmane est dans l’alternance et la fragmentation des dynasties d’Andalousie annonçant et puis donnant le coup fatal de la Reconquista espagnol et chrétienne qui correspond à la période post almohade.  Les divergences religieuses, les contradictions des intérêts économiques  et les divergences politiques s’auto alimentent et s’auto instrumentalisent.

Ibn Khaldoun en a dressé un tableau sans complaisance.  Les opposant parvenaient au pouvoir tant que leur revendication politico était fondée sur une noble et saine revendication religieuse visant la libération de la pensée islamique de la stagnation du Fiqh et de la dispersion de la communauté sur des détails juridiques et cultuels qui mettaient le Qur’àn et la a Sunna dans la périphérie de l’Islam au lieu d’en être le centre. Dès que les intérêts politiques et économiques prenaient le pas sur les intérêts de la communauté la préséance revenait aux jurisconsultes et aux détails et l’exclusion du Qur’àn et de la Sunna de l’âme de la cité confiné au monde des choses et des détails.  Ceux qui se réclament du Qur’àn ont eu la fâcheuse tendance de dériver vers la théosophie d’inspiration chrétienne et grecque et se mettre à spéculer dans le vide sans aborder les problèmes inédits et les défis du temps. L’Islam confisqué par les pouvoirs politiques, les théologiens et les Faqihs perdait son caractère social et sa dimension pédagogique d’éducation, de libération et de civilisation des peuples. Il devenait une banale religion, celle du dévot,  des confréries  maraboutiques, des  factions et des sectes. Le colonialisme a rencontré le monde musulman dans cet état et il a maintenu, entretenu et développé cet état en greffant sur les parasites traditionnels de l’Islam d’autres parasites inféodés aux choses de sa  modernité sans en avoir les concepts et les valeurs. Le temps d’un réveil il y a une insurrection, une guerre de libération mais l’esprit sectaire atomiste et schizophrène entre deux cultures l’une apologétique et l’autre polémiste vont coexister et se focaliser sur le passé islamique ou sur la modernité occidentale. Dans ce déchirement le monde musulman va se fragmenter territorialement, socialement, politiquement, idéologiquement et même sur le plan de la religion.

Les schismes présent surtout depuis la colonisabilité du monde musulman c’est-à-dire depuis déjà l’éclatement du monde musulman en principautés despotiques et en courants de pensée sectaires est trop ancien dans les mœurs culturelles pour qu’ils soient traités judicieusement. Trop anciens et trop durables  Les schismes sont devenus sédiments culturels, mémoire collective, inconscient collectif, pensée commune. Ni un article ni un livre ni une encyclopédie ni un savant ne changera les choses. Les schismes ne relèvent plus du conjoncturel ou du partiel mais du structurel c’est-à-dire d’une réponse globale et prolongée sur l’ensembles des sphères religieuses, intellectuelles, politiques, économiques, culturelles et sociales pour réhabiliter les principes fondamentaux de l’Islam sur lesquels il n’y a pour l’instant ni débat en interne ni communication à destination du non musulman. Une société malade comme un corps malade ne produit que de la faiblesse et des douleurs. Ce n’est pas un antalgique ou l’ablation d’un organe malade qui va redonner la vitalité. Il faut régénérer tout le corps ou produire une nouvelle génération avec ses élites, ses savants et ses couches sociales.

La régénération sociale peut se réaliser en opérant une rupture avec le statut quo et en changeant tout ce qui doit être changé : notre rapport au pouvoir, notre rapport au temps, notre rapport au savoir, notre rapport à l’autorité, notre rapport à la religion, notre rapport au savoir, notre rapport au passé et notre rapport aux autres. C’est se leurrer que de continuer à croire que nous pouvons continuer à vivre sur les deux rentes qui sont l’apologie du passé glorieux du Salaf As Salah et la polémique contre l’Occident ou contre ceux qui ne partagent ni notre foi ni nos idées. La rupture et le changement ne peuvent se réaliser que si et seulement si nous analysons sans complaisance la situation du Wahn qui nous habite. Il ne s’agit plus de rejeter la faute sur autrui mais de disséquer froidement notre Wahn comme le fait un médecin légiste sur un cadavre lors d’une autopsie. Ce travail s’appelle l’examen de conscience. Sur le plan individuel l’examen de conscience est difficile car il malmène l’ego qui se replie et se ferme. Il faut beaucoup de hauteur, de distanciation et de méthode pour fouiller dans ses propres méandres limbiques. C’est sans doute davantage plus difficile pour l’ego social, politique ou le corps religieux (si on admet qu’en islam il y a des dignitaires religieux et ceci est un autre problème)

Ceci c’est pour dire combien est complexe le problème des schismes et comment on peut involontairement faire une erreur. Le mieux est de laisser aux savants le devoir de prendre leur responsabilité et aux historiens de clarifier avec documents l’histoire musulmane y compris ses aspects sombres car elle reste l’histoire non de Mohamed ou du Qur’àn mais d’hommes qui sont venus après.

Les schismes sont enracinés dans l’élite versée dans les sciences religieuses qui à contrario des anciens qui avaient le Coran et la Sunna comme seuls référents ont des centaines de milliers de thèmes de Fiqh et chaque thème faisant l’objet de dizaines et de centaines de controverses. L’étudiant et le diplômé en sciences religieuses est par conséquent lui-même un véhicule de schisme par sa formation focalisée sur des particularismes controversées et non plus sur les fondamentaux de l’Islam tels qu’appris et mis en pratique par le Prophète et ses compagnons. Tout notre référentiel idéique ainsi que notre système universitaire et accadémique est à réformer de fond en comble pour retrouver la pureté et la simplicité de l’Islam ainsi que ses priorités dont l’union et la fédération de la communauté.

Les divergences et les controverses ont contaminé les  partisans à l’intérieur des schismes confessionnels ou doctrinaux sont divisés

Les partisans à l’intérieur des schismes confessionnels ou doctrinaux sont divisés en dizaine de sous famille à qui il est presque impossible de répondre d’une manière sereine et crédible sans soulever une tempête de controverses ou de critiques acerbes. Ce serait stupide que d’entrer dans un débat ou une lutte en marge de la marche de l’histoire ou hors des enjeux essentiels. La lutte idéologique menée contre les musulmans consiste à nous faire voir midi à quatorze heures, la marge comme le centre et le futile comme la priorité des priorités.

La communauté est difractée, dispersée et atomisée et cela n’est pas seulement au niveau des jeunes ou des musulmans lambda mais au niveau des élites. Rien n’arrive à se faire en entrainant l’adhésion de la majorité des musulmans. Tous les courants musulmans pour des raisons doctrinales, sentimentales, politiques et nationalistes (?!) concourent à rendre stériles les efforts et à multiplier et élargir les zones de divergence. Cela fait au moins un quart de siècle que je cherche à comprendre comment les savants musulmans et les élites puissent être leurrés par le nombre massif de réactifs convulsifs mais improductifs qui leur fait dire que la communauté musulmane se porte bien. La réalité sociale prouve le contraire. S’il y a des priorités ce sont celles-ci : les savants musulmans se doivent de régler leur divergence et de se montrer unifiés comme ils se doivent de prendre la tête du mouvement du changement social et politique dans un cadre démocratique pour que l’aventurisme et l’improvisation ne conduisent pas à des horizons bouchés, à des effusions de sang inutiles ou a des félonies qui ajoutent à la dispersion des efforts  et à la perte des énergies. Les partisans de la base ne trouveront plus d’alibi pour faire valoir des divergences doctrinales ou confessionnelles.

L’erreur à ne pas commettre : se focaliser sur les groupuscules minoritaires mais hyper visibles et occulter les causes qui ont donné naissance à la culture de la divergence et de l’anathème

Il serait faux de se consacrer à lutter contre les « déviances » et les sectes organisées. Il serait faux aussi de croire que les groupes de Musulmans fanatiques ou laxistes sont à l’origine de la fragmentation du monde musulman. Il est vrai que nous assistons ici et là à des extrémismes, des fanatismes et leurs corollaires des permissivités contraires à la lettre et à l’esprit de l’Islam. Ces dérives ne sont pas la cause principale mais l’effet le plus spectaculaire de la décomposition du monde musulman. L’arriération religieuse, intellectuelle, culturelle, sociale et politique est la cause principale qui rend le monde musulman inapte à comprendre l’Islam, son Qur’àn et sa Sunna. Dans cette inaptitude globale ce serait aller vers une autre errance que de se mettre à dénoncer et à combattre les « déviants ». Cette errance est l’objectif de la lutte idéologique menée contre l’Islam. La lutte idéologique veut nous occuper à nous déchirer et à n’aborder que les contradictions secondaires sans aller au fond de nos problèmes et réaliser la renaissance ou le réveil des consciences musulmanes. Il s’agit donc de nous empêcher de nous concentrer sur les problèmes majeurs qui sont la fédération des énergies, le développement social et économique, la résistance contre l’impérialisme et le sionisme, la lutte contre le despotisme politique et la protection des peuples musulmans de la prévarication et de la captation  économiques. Nous ne devons pas perdre le cap principal : régénérer les consciences musulmanes en interpellant leur Fitra par le langage le plus clair et le plus authentique sur l’Islam et sur la vocation des musulmans dans l’histoire de l’humanité. Au lieu de s’épuiser à répondre à tous les négateurs ou de chercher à concilier tous les divergents il est plus utile et plus urgent d’expliquer et de diffuser le contenu et la dimension de l’Islam pour que le musulman ne soit pris ni par le doute ni par la confusion :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux… Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Seigneur, et ceux-là sont ceux qui cultivent. } Al Baqarah 2 et 5

Cultiver et faire cultiver la foi dans le cœur et dans la cité ainsi que la piété, la vertu, l’intelligence, le travail, le progrès, la solidarité, la justice, la liberté sont les terrains que nous n’occupons que très peu tant dans l’action que dans la réflexion. La liberté de penser et de s’exprimer sans peur pour ses idées et sa personne est une vertu islamique qui ne s’accommode de la fermeture aux autres,  de la lâcheté de refuser de confronter ses arguments aux autres ou de se croire le seul à avoir raison. L’Islam par sa méthodologie du Taffakur (pensée méditative sur les signes de la création), du Taddabur (pensée contemplative sur le sens des versets coraniques et de leur liaison sémantique) et du Burhane (argumenter avec preuve et logique) ne craint aucun détracteur. Il ne s’agit pas de protéger l’Islam en faisant l’apologie du passé ou versant abusivement dans  la polémique contre l’Occident, et les sectes et le chauvinisme des partisans d’écoles ou de doctrines musulmanes. Il s’agit de lutter contre ceux qui portent préjudice à l’Islam en faisant justement la promotion de la foi et de la raison. Ce n’est pas en bridant la raison que les Musulmans ont triomphé mais en lui donnant tout son cadre d’expansion sans limites et en lui offrant le terrain fertile de son émergence et de son développement : l’authenticité et la sincérité de la connaissance.

Le problème n’est pas dans l’existence des différences mais dans trois problèmes qui relèvent de l’incompréhension de la diversité : Al Ijtihad, l’indifférenciation et le Taffakuf

Al Ijtihad : les écoles doctrinales sont nées de l’Ijtihad, l’effort intellectuel pour comprendre la réalité du monde et le questionnement des musulmans et leur apporter des réponses opportunes, pertinentes et cohérentes à la lumière du Qur’àn et de la Sunna. Cet Ijtihad ne doit ni répondre aux normes du Qiyas (analogie) ni du Ijma’â (consensus),  mais s’inscrire dans la conformité au Coran et à la Sunna du Prophète.  Si l’Ijtihad sans référents fixes est préjudiciables à la communauté musulmane alors lorsque la communauté de savant et d’intellectuels ne   produit plus de l’Ijtihad, mais  se contente du Taqlid aveugle (imitation servile) qui devient une forme de dogmatisme mais surtout une forme de paresse intellectuelle, sociale et politique. L’ironie du sort c’est que le Taqlid pour éviter l’Ijtihad trouve prétexte à se cacher derrière les schismes alors qu’il en est un  des  initiateurs par absence de probité intellectuelle et d’examen de conscience qui a caractérisé les compagnons du Prophète qui navaient pas peu de se désavouer et de reconnaitre publiquement leurs erreurs ou leurs oublis. Le schismes deviennent écran ou fuite pour ne pas s’engager dans la quête de la vérité en posant de nouveau la pertinence, l’opportunité et la cohérence du mode de lecture et de compréhension tant de la réalité que des référents religieux et idéologiques. Aujourd’hui la technologie et le savoir humain sont capables de ne plus se contenter de l’Isnad d’un hadith pour vérifier l’authenticité de sa chaine de transmission sans laquelle le Hadith devient douteux. Il est possible d’aller vers davantage d’exigence comme cela se fait dans les laboratoires de recherche les plus sophistioqués dans le monde pour conduire un projet de recherche : l’analyse de contenu, l’analyse du contexte et l’analyse des référents. Pour nous les référents sont les versets coraniques. Mohamed (saws) est l’incarnation du Coran, son explicitation, son modèle de mise en oeuvre. C’est la démarche globale avec la conscience d’agir pour Allah et Son Prophète qui peuvent nous faire sortir des controverses futiles, des pièges de l’interpréation de l’histoire écrite d’une manière contradictoire par les vainqueurs et par la minorité vaincue. Il est impossible de concilier les passions et les opinions sur l’histoire à  moins de fonder une véritable accadémie de recherche historique qui a vocation scientifique : servir la vérité avec méthode scientifique hors de tout esprit partisan, confessionnel ou sectaire. Cette accadémie ne verra le jour que lorsque les Musulmans épuisent leurs contradictions et prennent enfin conscience de la voie du salut.

Dans les phases de régression intellectuelle ou de despotisme politique  Il est plus simple et moins risqué d’engager une polémique avec son frère le musulman que d’aborder une réflexion autonome et innovatrice pour solutionner les problèmes des musulmans. Au lieu de réaliser al Ijtihad on pratique de la polémique, de la diversion ou de la surenchère idéologique ou religieuse. Parfois cela prend la forme de la culture de la rente qui investit le domaine religieux comme tous les domaines de l’activité humaine.

L’indifférenciation : Quand un avis religieux, juridique ou politique refuse la contradiction et ne pratique pas l’auto critique il sombre dans le processus d’indiférenciation qui consiste à refuser la différence et la diversité. L’indifférenciation est à la fois dans la banalisation d’une idée au point de lui faire perdre sa vitalité et son efficacité ou dans le despotisme d’une autre qui s’impose non par son argumentation mais par la force de ses adhérents. Le paradoxe veut que quand la culture de l’indifférenciation est dominante jusqu’à devenir exclusion ou marginalisation de l’autre, cet autre va exprimer son existence et son ipséité en se singularisant, en accentuant les diférences au point de devenir une minorité qui a la vitalité et l’instinct de conservation d’une minorité persécutée ou niée. C’est l’altérité qui est le rempart contre l’indifférenciation si elle est reconnaissance des différences idéiques. Les idées se déplacent, mutent, évoluent ou se fossilisent. La convergence est dans l’ouverture et non dans la fermeture ou le déni de reconnaissance de la différence et de la diversité.

Le Taffakuf fi Dine : La communauté musulmane a la responsabilité de produire son élite verséé dans les sciences religieuses. Bien que je ne sois ni  arabisant ni linguiste je sens intuitivement la différence entre Tafqih (comme Ta’âlim, Tadkir, Tafkir) et Taffakur (comme Ta’âlloum, Taddakur et Taffakur). Le terme Taf’îl évoque à la fois l’idée d’horizontalité, d’extériorité, d’actualisation, de mise en vigueur d’un verbe d’action, de mobilisation de moyens au service d’une cause supérieure qui est la finalité de l’action et qui passe par le tafa’ul ou l’interaction des actants avec leur environnement. Le Tafa’ûl a davantage un sens de verticalité, d’intériorité, d’interactivité, de quête et de créativité en faisant l’effort sur soi et en produisant une nouvelle action ou un nouveau sens ou une  nouvelle portée à l’action et une nouvelle dimension à l’idée. Le Taf’il est l’accessoire du  tafa’oul. Les logiques ontologiques, intellectuelles et actantielles ne sont donc pas les mêmes entre Tafqih et Tafaqquh. Le sens coranique de Taffakuh dépasse le sens d’acquisition passive de la science religieuse  (Tafqih) et sa transmission horizontale il est l’obligation de produire un effort intellectuelle pour produire de la connaissance nouvelle pour faire face aux problèmes nouveaux. Le verbe Yataffaqahou fi Dine dans l’énoncé coranique est cité dans un contexte du Jihad. Face au destin de la communauté musulmane d’affronter en permanence des ennemis qui veulent la détourner de sa religion  et face à la vocation civilisatrice de la communauté musulmane il est dit clairement dans l’énoncé coranique que la communauté doit se spécialiser d’une part entre ceux qui fournissent l’effort économique et financier du Jihad et ceux qui fournissent l’effort physique et intellectuel du Jihad.

{Il n’appartenait pas aux habitants d’al-Madinah, ni aux nomades du désert qui sont autour d’eux, de rester à l’arrière du Messager d’Allah, ni de préférer leurs vies à sa vie. Cela, parce qu’ils ne seront saisis ni de soif, ni de fatigue, ni de faim, (en combattant) pour la Cause d’Allah ; ni ils ne fouleront aucun sol qui fasse enrager les mécréants, ni ils n’obtiendront nul avantage sur l’ennemi, sans que cela ne leur soit inscrit comme œuvre méritoire. Certes, Allah ne Perd point la rémunération de ceux qui font le meilleur. Et ils ne dépenseront nulle dépense, petite ou grande, ni ne franchiront nulle vallée sans que cela ne soit inscrit en leur faveur, afin qu’Allah les Récompense par le meilleur de ce qu’ils faisaient. Et il n’appartenait pas aux croyants de se ruer en totalité. Que ne se rua-t-il, de chaque troupe d’entre eux, un groupe : qu’ils soient versés dans le Dine, et pour avertir leurs gens, quand ils retournent à eux, pour qu’ils se méfient.} At Tawba 120

Quand on laisse son imagination entrer dans le champ de bataille et voir mentalement Mohamed (saws) et ses compagnons dans la pratique du Dine à la fois Tadayyun (investissement spirituel,  ferveur et implication religieuse, dévotion)  et Dounya (monde existentiel, social, écologique, politique, économique, militaire, scientifique et intellectuel) on ne peut une fois de plus comprendre le Fiqh qui découle du Taffaquh que comme production intellectuelle pour la sauvegarde et la promotion de la communauté musulmane. Il s’agit d’innovation qui ne va ni contre le credo islamique ni dans le sens de Bid’âa (innovation dans la pratique religieuse et la croyance).  Le débat focalisé uniquement sur le savant ou sur les sciences religieuses fausse la problématique sociale et idéologique des avantages et des inconvénients des diversités. Il faut revenir aux conditions sociales, économiques et politiques c’est-à-dire à l’opportunité, la pertinence et l’acuité des problèmes qui se posent à la société musulmane et voir s’il y a réponse ou non, s’il y a urgence à répondre ou non, s’il y a necesssité de produire de nouvelles connaissances, d’actualiser les anciennes ou d’imiter les anciens ? Le débat ne concerne pas seulement les sciences religieuses il concerne la science et les élites, toutes les élites de la société musulmane.

La gestion des problèmes liés à al Ijtihad, l’indifférenciation et le Taffakuf ne peut être heuristique, hasardeuse mais répondre aux normes coraniques,  à des critères scientifiques et surtout à une volonté de vivre ensemble comme communauté de foi et comme citoyens partageant la même religion et la même cité ou la même terre. Le vouloir vivre ensemble appartient à la société mais il appartient aussi au devoir des élites et des gouvernants, mais en particulier aux savants qui ont la lourde responsabilité de créer du lien fédérateur, de sauvegarder les valeurs qui donnent sens commun et orientation commune à la nation. Si l’état est illégitime, despote et en plus vassal aux ennemis de l’Islam le résultat ne peut qu’être Taqlid boiteux et tronqué, indifférenciation sociale et intellectuelle. On assiste même à l’anarchie entretenue pour que la communauté musulmane ne produise pas la diversité enrichissante et ne produisent pas de l’innovation. Nous maintenir dans un état de fossiles est un objectif fondamental dans la lutte idéologique menée par l’impérialisme. Nous voyons hélas des « Faqihs » demander l’uniformité des écoles de pensée dans le monde musulman et une certaine rigidité de la pensée mais ils font semblant de ne pas voir le fondement : la légitimité de celui qui va décider de l’uniformisation ou de donner le primat à tel courant sur un autre alors que la dynamique universelle veut que les idées les plus nobles, les plus généreuses et les plus efficaces s’implantent normalement quand elles trouvent un cadre favorable, celui de la liberté et de l’esprit en quête de savoir et de vérité. La question qui fait peur aux rentiers est  posée sans détours : quel  est  le mécanisme religieux, social, politique et intellectuel des Sahabas et des Tàbi’ines  qui leur a permis de produire une civilisation ? La réponse est dans l’unité mais aussi dans cette éthique morale de ne pas convoiter les autres.

La liberté et l’Etat de droit doivent  être notre préoccupation majeure

Je pense que la liberté doit être notre préoccupation majeure. Il ne s’agit pas de s’aligner sur les slogans libertaires occidentaux qui finissent en permissivité d’user et d’abuser sans morale. Il s’agit d’engager un processus de libération de l’homme pour que celui exerce sa liberté. La liberté est compromise par la  situation subjective de prendre une décision autonome (aliénation au marché,  aux médias et aux sectes). Elle est compromise par les conditions psycho cognitives (l’étendue, le contenu et la signification des savoirs et savoirs faire ainsi que les sentiments de peur ou d’oppression ou leur contraire). Elle est surtout compromise par les  conditions objectives (physiques, sociales et politiques) d’autonomie économique,  de dignité sociale, de droits politiques et de rationalité dans la prise de décision par l’ouverture, la perturbation ou la fermeture des accès à l’information fiables et à son traitement crédible, pertinent et opportun. La liberté favorise la sécurité et la confiance favorables à l’acquisition et au transfert des connaissances. Contre le repli sur soi qui favorise la méfiance et la défiance il n’y a pas d’autre attitude que l’ouverture d’esprit et la liberté. Les élites doivent pratiquer et montrer aux jeunes générations la culture du dialogue, la recherche du consensus par l’argumentation, la reconnaissance de l’erreur et la proclamation de la vérité (relative) même si elle provient d’autrui.

Plus l’objectif est noble et grand plus l’homme prend de la hauteur sur les détails insignifiants et inconséquents pour se consacrer à l’essentiel et ne pas être détourné par les futilités. L’imam Ali a montré la voie de l’excellence dans la distanciation pour se libérer du biais cognitif et du biais affectif qui faussent notre regard et nous font perdre l’objectivité : «…quiconque souhaite se garder des vices et des péchés devra chercher les vraies causes de l’infatuation et les vraies voies pour les combattre. Et pour trouver ces vraies voies, quelqu’un doit les chercher avec l’aide de la connaissance. Quiconque acquiert complètement plusieurs branches de la connaissance prendra des leçons de la vie et quiconque essaye de prendre des leçons de la vie est en réalité engagé dans l’étude des causes de l’élévation et de la tombée des civilisations précédentes. »

La vérité que nous possédons est relative et parcellaire car elle dépend de notre assise intellectuelle et morale ainsi que de culture qui fait que nous pratiquons la raison avec efficience ou nous la délaissons pour le conformisme et le suivisme. Le piège fatal pour notre intelligence et notre dynamisme social et politique c’est de se croire capable tout seul de  cerner la totalité. Nos erreurs et nos faiblesses exploitées par la lutte idéologique est l’atomicité des efforts qui fait que chacun est persuadé qu’il est de son devoir de répondre à tout et de donner réponse totale sur une problématique.  Il faut arriver à se libérer de la fascination y compris la sienne de croire apporter la détraction définitive aux sophismes qui sont alimentent les schismes. Des exemples simples de sophisme sur lesquels se construisent les sophismes dans le monde musulman montrent la difficulté de répondre. Nous pouvons  démontrer l’absence de logique et de vérité dans les assertions fallacieuses qui partent pourtant d’un esprit vrai mais qu’elles ont perverti :

L’islam est parfait.
Nous sommes musulmans.
Nous sommes donc parfaits.

 

La communauté mohammadienne se divisera en 72 factions.
Toutes les factions sont condamnées à l’Enfer sauf la faction sauvée.
Nous sommes la faction mohammadienne authentique
Nous sommes donc la faction sauvée.

 

Les lettres mystérieuses du Coran sont des nombres cachés
Les nombres sont la clé mathématique du secret coranique
Les versets et les lettres obéissent à des séries de nombres multiples
Les séries mathématiques dans le Coran auraient du être  parfaites
Il y a eu donc ajout ou retraits  de versets, de lettres ou d’erreurs syntaxiques
Par conséquent : déduisez le reste…

 

Mais que va nous apporter le raisonnement logique fallacieux  dans un système qui a perdu la logique de l’entendement et qui fonctionne sur la conjugaison de la rhétorique du verbe des prédicateurs  et de l’émotionnel des auditeurs ? Il nous faudrait d’abord posséder et partager les mêmes critères de vérité, de validité et de culture islamique… Si on se limite au territoire français et si on se met à l’étude des intérêts idéologiques, économiques et politiques il nous faudrait passer en revue l’histoire de la décadence du monde musulman et celle de la colonisation pour répondre  aux syllogismes qui sont derrière la fabrication de l’ islam des Bachagas et de l’aristocratie, l’islam festif, islam maraboutique, l’islam sionisant, l’islam de France, l’islam laïc, l’islam progressiste, l’islam boudhisant, l’islam salafiste anarchiste, l’islam salafiste monarchiste, les islam sectaires type  coraniste, l’islam sunnite, l’islam chiite, l’islam hanafite, l’islam malékite, l’islam hanbalite, l’islam ibadite…

Il nous faut redonner à la génération montante six motivations  en plus du gout de la vertu morale et de la probité intellectuelle et de l’ardeur spirituelle :

  • La lecture du Qur’àn et sa compréhension. Le Qur’àn met l’individu en situation de gymnastique des facultés cognitives et mnésiques
  • La logique par les mathématiques. Il ne s’agit pas de sombrer dans les arguments fallacieux de la prétention des défenseurs du miracle mathématique du Qur’àn et leurs dérives idéologiques et religieuses. Il s’agit d’éduquer l’esprit à la discipline de la pensée pour qu’il ne tombe pas dans les pièges de la raison ou dans les manipulations par les   faux syllogismes.
  • Le Taddabur ou  lecture méditative  pour développer la compétence visuelle à fouiller un texte et y trouver les signes et les indices pour construire un sens de plus en plus complexe qui dépasse le mot, la phrase, le paragraphe, le chapitre pour aller à l’idée, à sa genèse, à ses conséquences, à sa structuration et à ses articulations avec d’autres idées.  Dans ce cadre l’histoire des civilisations et le récit des Prophètes constituent les meilleures pistes.
  • Chercher la vérité pour la vérité conformément au hadith du Prophète qui dit que nous n’aurions point la foi tant que nous n’aurions pas inspiré aux autres l’amour de la vérité.
  • Mettre en application le savoir et les résultats dans la quête de la vérité pour changer mutadis mutandis ce qui doit être changé en chacun de nous à titre individuel et social et devenir ainsi receptif et réactif à l’appel du divin au lieux des appels partisans et sectaires.
  • Oeuvrer pour la fédération des  communautés musulmanes avec l’idée que cette oeuvre est un acte de dévotion, une obligation religieuse.

Nous qui sommes relais de communication des  savants fédérateurs nous devons conserver notre objectivité et agir sur au moins sept  directions :

a) appeler et pratiquer l’unité des rangs. Sortir de cette unité des rangs c’est mettre en cause l’Islam lui-même. Les fondateurs des grandes écoles qui perdurent ou des écoles éphémères qui ont accompli ou non accompli leur mission historique ont répondu à une problématique intellectuelle, religieuse, politique  ou sociale en produisant de la pensée. Cette pensée n’est pas totalement fossile, une grande partie est sans doute encore vive et il appartient aux spécialistes de puiser dans ce réservoir d’idées et dans ce patrimoine scientifique. Le condamnable est, par principe, l’idée anti coranique qui consiste à se donner ou à donner à un maitre des titres d’infaillibilité avec ses dérives démiurges.    Le Qur’àn refuse aux croyants le droit de se donner des titres de vertus. Pourquoi sacraliser un homme ou son œuvre alors que l’islam nous ordonne d’argumenter sans cesse pour arriver à la vérité et à mettre en ébullition notre pensée pour faire face aux défis de l’homme, du lieu et du temps. La raison humaine a été créée pour fonctionner dans des conditions extrêmes. Nos frères et nos sœurs qui préfèrent la polémique qui épuisent la langue et les nerfs sans mettre à dure épreuve la capacité de réfléchir ne sont pas dans le vrai mais s’épuiser à le répéter c’est faire preuve de déraison.

b) Considérer l’islam comme le cadre global qui permet de tenir un discours et une pratique qui met en valeur un seul Qur’àn, un seul Prophète, une seule Qibla, une seule destinée et un seul ennemi. Dans ce cadre la vision élitiste des microcosmes ne conduit pas à donner à l’Islam son prolongement social. La démarche populiste conduit aux mêmes dérives que la démarche élitaire avec peut-être plus de tapage médiatique pour montrer les « haillons » de l’Islam à la conquête du pouvoir et liguer contre eux tous les intérêts de classe y compris ceux de la bourgeoisie musulmane qui n’a paris de l’islam que le bigotisme des pharisiens juifs. Le modèle est devant nos yeux : Mohamed et ses compagnons. Les pauvres qui l’ont soutenu et vénéré n’étaient pas des anarchistes mais des civilisés, des projets de civilisation, des croyants que la foi a transcendé leurs conditions sociales. Les riches qui ont soutenu Mohamed (saws) ont transcendé leur appartenance sociale ou intellectuelle par la foi qui les mis au service de la fratrie de foi et non au service de leurs intérêts qui les auraient obligé à éprouver du mépris pour les pauvres et les « misérables ». Le problème est plus complexe que les schismes : il est dans la perte de vocation du musulman qui a permis l’émergence des schismes et des classes. S’attaquer aux apparences des schismes c’est vouloir redresser un tronc tordu en s’attaquant  à son ombre ou à ses rameaux. Il faut rester patient et disponible pour  s’ouvrir aux autres et les pousser à l’ouverture à condition qu’il y ait un avantage bénéfique mutuel sur le plan de la foi et non une polémique stérile.

c)- Se focaliser à corriger ce qui touche au credo de la foi, inviter à donner à la foi un contenu idéologique, social et politique, soutenir la libération des pays musulmans, défendre la dignité de la minorité musulmane et lui donner sa place en Europe, former les jeunes générations à avoir une pensée islamique globale qui conjugue la spiritualité et la raison et qui fuit à la fois l’apologie du passé et la polémique avec les autres. Construire maillon par maillon l’action sociale et politique tout en  tricotant le tissu idéique et idéologique des jeunes pour qu’ils puissent se faire leur propre opinion libérée de la manipulation et de la contrainte. La liberté de choisir se construit en cultivant le sens de la responsabilité. La responsabilité se construit sur le sens de la justice, de l’équité, de la probité et de l’éthique. Il ne peut y avoir liberté de choix, de renoncement ou de rupture si les conditions subjectives et objectives de la liberté sont inexistantes ou aliénées.

Quand la liberté et ses conditions sont clairement définies alors il reste à tracer le chemin et les étapes pour atteindre la liberté. Ce chemin s’appelle la libération. Si le Taghut désigne l’idolâtrie, la laideur, la servitude, l’oppression, la corruption, l’ignorance,  alors le « Sabile Allah » ou la voie de Dieu s’appelle le monothéisme, la liberté, la justice, l’équité, la science, la perfection, la beauté, la solidarité sociale, la paix. La libération est ce chemin qui consiste à passer du Taghut à Allah et à se maintenir dans la voie d’Allah sans fléchir ni faiblir ni dévier. C’est le discours et la praxis du changement c’est-à-dire de la libération qui fait défaut et sans doute ce sont ce discours et cette praxis qui vont réveiller, fédérer, mobiliser et faire agir d’une manière diverse mais harmonieuse et convergente non seulement toutes les énergies musulmanes mais toutes celles qui ne trouvent plus de justification morale, économique, sociale et politique au capitalisme, à l’impérialisme, à l’évangélisation et au sionisme… C’est la vocation de missionné missionnaire qu’il faut réhabiliter pour remettre le musulman dans la quête inscrite dans sa foi : se civiliser et civiliser pour un humanisme relevant du divin qui s’appelle l’Honorificat originel d’Adam et sa mission de Khalifa sur terre.

d) Dégager notre responsabilité envers Allah en agissant pour l’unité sans être de ceux « qui allument le feu de la Fitna » en croyant bien faire. Dégager notre responsabilité c’est rester sur le dénominateur commun et dans l’espace social et idéique de ce dénominateur commun défendre ceux qui le défendent et attaquer ceux qui le sapent. Nous pouvons nous tromper à notre niveau et l’erreur peut être réduite si nous inscrivons nos pas dans ceux des  Savants et des élites. Même s’il n’y a pas de voie unifiante chacun doit agir selon sa conscience religieuse, morale, sociale et politique pour se  fixer un cap réaliste et tenir le gouvernail sur ce cap. Avoir un bon cap et un gouvernail n’est pas suffisant pour conduire un bateau il faudrait se reporter à une boussole (mesurer par rapport à un référentiel unique), une carte de navigation (disposer d’un  parcours fixant les étapes et les écueils entre la provenance et la destination pour ne pas se croiser ni se télescoper ni dupliquer à l’identique) et une vigie (la veille stratégique pour voir de loin). La bonne et sincère volonté ne suffit pas à combler les lacunes, les rancœurs, les incompréhensions d’une culture musulmane décadente qui refuse le dialogue, l’écoute et surtout qui ne fait pas  le bilan de la situation d’une manière récurrente et stratégique pour  construire une prospective où chacun joue sa partition sur son terrain, sa spécialité, sa préoccupation et son niveau d’intervention ou de réflexion stratégique, tactique ou opérationnelle. Il ne faut pas se focaliser sur la dénonciation des gouvernants et des autres confessions encore moins tomber dans la discorde et la sédition armée car ces gouverants et ces confessions  sont le reflet de notre moi collectif. Jamais Allah ne donne suprématie d’un méchant sur un bon musulman sauf s’il a voulu éprouver le Musulman. Dans un cas comme dans l’autre nous sommes tenus de faire preuve d’endurance car l’ordre dans son intégralité relève d’Allah. Occupons-nous de ce qui relève de nos compétences : réformer la société en réformant notre moi individuel.

e) Former les élites dès leur jeune âge. Ceux qui ont en charge la formation et l’éducation des jeunes ne doivent pas perdre de vue que les remplir de connaissance sans développer en eux l’esprit de compréhension,  le sens critique et l’analyse contradictoire des sources c’est les livrer demain à la paresse intellectuelle, au formalisme et à la soumission à la voix la plus forte, la plus séduisante ou la plus médiatisée au lieu d’adhérer à la voix la plus raisonnable et la plus sincère. Voila plus de quarante que nous assistons au gaspillage des énergies : En effet des jeunes assoiffés de connaissance et de religion se trouvent embrigadées dans des voies maraboutiques ou charlatanesques qui leur font perdre le gout de l’effort intellectuel et le sens des défis. Cette nouvelle génération comme l’était la notre est une génération pure et saine qui veut accomplir son destin en faisant face non seulement à ses défis de travail de formation, d’étude et de dignité mais aux défis lancés à l’Islam partout dans le monde. Il est de notre devoir de lui montrer la fausseté des récits légendaires et des attitudes apologétiques ou polémistes, et des explications eschatologiques de l’Histoire humaine comme il est de notre devoir de lui apprendre aussi bien les voies de sa liberté que celles de son aliénation. Nous devons lui apprendre sa religion authentique et comment une fois armée d’une foi saine et pure elle peut construire dans le dialogue et l’argumentation la réfutation des détracteurs mais surtout les forces de propositions pour l’avenir d’une manière raisonnable, impartiale, équitable, objective et efficace.

Aucune religion aucune philosophie et aucune civilisation n’a cultivé la pratique de la raison comme l’Islam. Les seules limites à la parole et à la pensée sont le blasphème, l’hérésie et l’atteinte à la vie, à l’intimité, à l’honneur ou à la dignité des gens.  Mohamed al Ghazali dans « l’Islam et le despotisme politique » a indiqué une voie toujours d’actualité : « Veiller à l’éducation musulmane d’un être est une charge multi fonctionnelle : charge qui comprend : la rectitude personnelle, l’éveil de la conscience, l’esprit de fidélité sociale, l’élément de dévouement pour la réalisation du message divin ».

Pour cultiver l’amour de la vérité dans l’apprentissage des textes musulmans et en même temps apprendre le Qur’àn et le Hadith dans l’esprit islamique authentique toujours en quête de vérité il faut se libérer de la pression de ceux qui veulent limiter l’apprentissage aux seuls versets coraniques comme de ceux qui ont exclu le Qur’àn pour se contenter du Hadith. Mohamed (saws) ne faisait pas apprendre à ses compagnons le Hadith puisqu’il était le locuteur, le modèle, le pédagogue. Pour retenir ses paroles il fallait une grande dose d’amour, de vénération et d’implication. Sans ces dispositions, le jeune immergé dans le monde moderne de la facilité médiatique se fatigue et se lasse. La neuro pédagogie montre qu’en apprend mieux que si on est impliqué dans ce qu’on apprend d’abord en le comprenant ensuite en s’y projetant comme futur acteur qui va rejouer le rôle devant d’autres. Ainsi il est plus facile d’apprendre les contes de grand mère ou les blagues du copain que les récitations de l’école. Dans le premier cas il y a un projet d’évocation. Dans le second il y a une obligation qui trouve résistance mentale et oubli devant l’enseignant, la feuille d’examen ou l’épreuve du temps qui efface ce qui est appris superficiellement.  Dans le premier cas il y a un projet : faire plus tard, raconter à d’autres, être le narrateur ou l’actant qui interprète. La pédagogie moderne appelle ce principe de projet d’évocation, la sollicitation de l’imagination qui explore les possibilités du devenir et construit le personnage de l’ego qui va s’approprier le réel pour le revisiter plus tard. Nos savants, nos intellectuels et prédicateurs qui ont choisi le système  américain des shows évangélistes doivent se réveiller et comprendre que la formation d’une génération ne se fait pas par la fascination et l’hypnose mais par le parler vrai et par l’exemple qui se donne non en spectacle mais en pédagogue posant les problèmes, apportant les solutions et évaluant l’efficacité de ces solutions ainsi que leur conséquences afin de promouvoir des responsables et non des handicapés ou des mimétistes qui peuvent se faire du tort et porter préjudice à la communaité musulmane alors qu’ils s’imaginent être les héros de Badr ou de Tabouk.

Ce principe de projet et d’évocation Mohamed (saws) l’a appliqué durant les 23 ans sans relâche. Il récitait 10 versets, les expliquait et les faisait apprendre avec le projet d’évocation pour que chacun les fasse apprendre à d’autre et en même temps chacun en devenait le responsable qui mettait en exercice, en vie, en pratique. Il repassait dans la vie quotidienne et au sermon pour rappeler et fixer les repères pour ne pas oublier sur le plan de la mémoire mais surtout sur le plan de la pratique. C’est cette piste qu’il faut privilégier en l’adaptant au Qur’àn et à la Sunna pour raconter le monde, l’expliquer et explorer les solutions de changement ou d’adaptation. Il faut donc susciter le thème par les apprenants eux mêmes pour les impliquer dans la quête de sens et dans la construction de l’imaginaire. Sur le thème choisi il faut parvenir à faire revivre la stratégie pédagogique mohammadienne : un verset coranique avec une explication dans laquelle il y a un hadith qui explique accompagné d’un récit événementiel   ou biographique soit du Prophète soit un de ses compagnons ou de ses épouses. Les plus doués vont  comprendre,  retenir et en faire la norme de leur réflexion, les moins doués vont comprendre et appliquer, les plus faibles vont retenir l’essentiel c’est à dire la morale du récit, l’émotion de l’événement, les mots les plus signifiants et c’est pour eux assez suffisant pour construire une personnalité de base qui conjugue la mémoire et la réflexion, le passé et le présent, le réel et le devenir.

Il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : quand on étudie sommairement le Hadith on voit que souvent il répond à une question ou apporte une solution mais parfois il prévient ou annonce un problème qu’il faut traiter par anticipation. En tous les cas le verset coranique ou le hadith  était précurseur de la communication moderne dans le sens où autour d’une action majeure il y a trois messages : un  qui prépare, un qui accompagne et un qui conclut. Chaque message répond à la même préoccupation de base mais en adoptant des perspectives de vues différentes selon l’intérêt visé et le contexte. Il s’agit d’une pédagogie différenciée qui utilise la répétition pour éclairer un aspect  Mohamed (saws) maniant le Qur’àn et ce qui va constituer sa Sunna (ses paroles, ses postures, ses comportements, ses silences, son mode de vie…) était littéralement une parole bue ses compagnons. Son discours répondait à plusieurs  critères d’efficacité: la vérité, la compétence, la sincérité, la pertinence et l’opportunité sociale, politique, religieuse ou militaire en collant à la réalité du terrain. A l’amour et à la  vénération de Mohamed (saws) nous devons ajouter le réalisme social et politique pour projeter le Qur’àn et la Sunna sur le vécu. Ce vécu était présent au point que Mohamed de son Minbar répondaient aux interrogations ou sollicitaient les questions de ses compagnons qui  voyaient en lui le modèle incontestable de la miséricorde et de  la vérité.

Voici une des sentences de l’imam Ali qui témoigne d’une  justesse et d’une sagesse de vue née dans l’école mohammadienne qu’il a fréquenté avec Abu Bakr, Omar et les autres compagnons :

« Voici quatre causes d’infidélité et de perte de la croyance en Allah : le désir de caprices, la passion de contester tout argument, la déviation de la vérité, et la dissension, car quiconque a envie de caprices ne s’incline pas en direction de la vérité. Quiconque ne cesse de contester tout argument compte tenu de son ignorance restera toujours aveugle à la vérité. Quiconque dévie de la vérité en raison de l’ignorance prendra toujours pour bien le mal et pour mal le bien et il restera toujours intoxiqué avec égarement. Et quiconque crée une brèche (avec Allah et Son Messager), sa voie devient difficile, ses affaires deviendront compliquées et son chemin à la délivrance sera incertain.

De façon similaire, le doute a aussi quatre aspects : le raisonnement insensé, la vacillation et l’hésitation, et l’abandon irraisonnable à l’infidélité, parce que celui qui s’est accoutumé à des discussions déraisonnables et absurdes ne verra jamais la Lumière de la Vérité et vivra toujours dans l’obscurité de l’ignorance. Celui qui a peur de faire face à des faits (de la vie, de la mort et de la vie après la mort) s’éloignera toujours de la réalité absolue. Celui qui permet les doutes et l’incertitude de le faire vaciller sera toujours sous le contrôle de Satan. Et celui qui se rend à l’infidélité accepte la malédiction dans les deux mondes »

f) Mette en œuvre la fraternisation au lieu de se contenter des slogans de fraternité. Il faut donc favoriser le travail collaboratif et coopératif entre associations musulmanes pour cultiver la confiance et la connaissance réciproque hors des préjugés, des clichés et des stéréotypes qui ne reposent souvent que sur des spéculations de la lutte idéologique ou des vestiges de l’incompréhension héritée depuis trop longtemps. Il y a plusieurs facilitations que la mise en commun des efforts et des moyens peut apporter : Sortir de l’autarcie et de l’isolement en se libérant de la solitude de l’errance en vase clos qui a marqué la personnalité du musulman depuis la décadence de la civilisation musulmane et son corollaire la colonisation. Sortir de la culture de la défiance en se libérant de la peur et de la perte de confiance, héritée du despotisme politique, du matraquage idéologique et des schismes devenus phénomènes culturels voire des formes d’atavisme « islamique ». Le travail en commun élaboré dans un cadre « démocratique » crée de la transparence, le sens de la responsabilité collective et fait renaître la force fédératrice de l’Islam : la fraternisation et la solidarité. S’impliquer dans un travail planifié avec des objectifs clairs et des résultats mesurables et vérifiables permet de se libérer de la polémique des oisifs et des paresseux pour se consacrer au « ‘Amal Salah »

g) Se conformer à la voix des savants non seulement les plus représentatifs par leur conformité exemplaire au Coran et à la Sunna mais ceux qui établissent et diffusent  les cartes de navigation les plus pertinentes, les plus opportunes, les plus cohérentes, les plus fiables et les plus efficaces pour faire face aux défis de notre époque.

J’ai lu un article de feu Mohamed Fadhlallah qui a eu le courage d’aller au fond du problème en le situant dans le « zaïmisme » de la culture arabo musulmane décadente qui fait que chaque savant, chaque homme politique, chaque intellectuel se croit le Zaïm messianique, la référence absolue pour ses partisans et qui ne dialogue avec les autres Zaïms que par courtoisie ou par hypocrisie alors qu’il s’agit d’aller vers le peuple  et lui demander de dépasser les cadres partisans et de s’inscrire dans la grandeur et dans l’unité de l’Islam : « Si nous sommes convaincus du principe de l’unité islamique, nous devrions descendre vers nos bases. Mais il se pourrait que ces bases que nous avons éduquées avec la nourriture de la haine nous lancent des pierres et nous lapident. Nous devrions considérer ces pierres comme des médailles qui nous décorent car ce qui te lapide est l’arriération et non pas la conscience. L’arriération, c’est elle qui a lapidé les prophètes tout au long de l’histoire. »

J’ai lu le livre de Youssef Al Qaradhaoui «  al Ikhtilaf rahma » qui insiste sur insiste sur la règle d’or dans la vie intellectuelle et religieuse de l’Islam qui a favorisé la diversité : « Agissons de concert pour tout ce qui fait objet de notre accord et que chacun trouve en l’autre une excuse pour son opinion contradictoire dans l’attente d’un dialogue pour mettre fin au désaccord  et d’un cadre pour nous unir et nous réunir davantage.». La diversité qui donne naissance à la divergence et aux schismes n’est pas louable. Le temps a montré que devant l’épreuve les mots bien écrits s’effacent et ne restent que les prises de décision regrettables qui font couler le sang et provoquer la discorde.

J’ai lu aussi l’analyse du penseur  Al Ghanouchi  sur le fonctionnement et les contradictions au sein de la Fédération Internationale des Savants Musulmans. J’ai lu avec attention les réactions que son article a suscité qui vont de l’apologie à la déception en passant par la diversion. Il y avait  des questions légitimes et sérieuses qui demandent réponse et clarification. Parmi ces questions se trouvent en priorité la libération du monde musulman du colonialisme et du despotisme, la question palestinienne, l’émergence de la Turquie et de l’Iran comme forces régionales qui doivent se conjuguer par l’apport des Arabes pour fédérer les peuples musulmans et les engager sur la voie de la libération de l’hégémonie impérialisme et du développement socio économique. Là aussi il y a loin de la coupe aux lèvres. Ce ne sont pas les beaux discours mais les justes positions qu’on attend d’un guide musulman. Si Qaradhawi et Ghanouchi avaient pris une position juste et courageuse  sur la Libye et la Syrie en totale conformité avec les références islamiques qu’ils font semblant de ne plus connaitre alors on aurait eu sans doute des conséquences désastruses pour l’Empire et ses vassaux européens et arabes.

Dans ces conditions de contradictions, de changement en fonction des intérêts partisans comment prétendre qu’il y  a plus de raisons de s’unir que de raisons de se désunir?

Dans la perspective de voir des changements historiques dans le monde musulman – menés par les savants musulmans – l’imagination se trouve en exploration de sa mémoire et se met à produire des images d’espoir qui se superposent sur des images de déception sans les effacer. Elles peuvent s’effacer si nous nous impliquons tous dans une seule et même orientation comme une composition harmonieuse avec ses diversités et respectant la loi de l’unité et des accords :

{Qui donc est meilleur que celui qui incite vers Allah, qui fait œuvre méritoire et dit : « Je suis du nombre des musulmans ? ». L’œuvre méritoire et l’œuvre vile ne sont point égales. Avance celle qui est la meilleure (pour repousser le mal), et voilà que celui avec qui il y a une animosité entre toi et lui, devient comme s’il était un ami chaleureux. Et ne l’obtiendront que ceux qui ont persévéré, et ne l’obtiendra que celui qui a une chance immense.} Fussilat 34

 

Le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues.

Mohamed Al Ghazali a écrit dans la bataille du sens :

« Après quarante ans de travail dans la prédication islamique, je réalise que le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues. Cela englobe le travail pour les caprices et les illusions, ainsi que le travail pour les désirs et bénéfices personnels.

La foi est une conscience intellectuelle, mais ces gens sont intellectuellement et continuellement inconscients. La foi mène à un cœur pur, mais ces gens ont des cœurs malades. Leurs cœurs sont terriblement malades. Dévoiler des pratiques religieuses altérées nécessite une étude détaillée afin de cerner les raisons mentales et psychologiques les sous-tendant. Abû Hâmid Al-Ghazâli a dédié une grande partie de son livre, La  Revivification, pour donner le remède à ses maladies et en avertir les gens. Ibn Al-Jawzî écrivit la Déception d’Iblis pour dévoiler les différentes formes de pratiques religieuses altérées et pour prévenir les gens.

Certes, ces mauvaises pratiques greffées sur la religion conduisent à une image erronée de l’islam dans l’esprit de nombreuses personnes douées de sens. Ces gens découvrent l’Islam à travers le comportement et attitudes de ses adeptes. En effet, quelques musulmans — que ce soient dans les époques passées ou contemporaine — sont une disgrâce pour leur religion elle-même.

J’ai constaté que de nombreuses personnes, travaillant dans le champ de la Da`wah, font du tort à l’islam. Certains concentrent leurs efforts en permanence sur l’interdiction des choses. On entend d’eux que le fait que la religion interdit ceci ou cela. Ils ne se soucient même pas de donner une alternative dont les gens auraient besoin. Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre.

D’autres prédicateurs vivent encore dans le passé et non dans le présent ou le futur, comme si l’Islam était une religion historique. C’est un spectacle saisissant que de le voir débattre avec, par exemple, les Mu`tazélites ou les Jahmites. Il peut avoir raison dans ce qu’il dit, mais il ignore complètement que les ennemis de l’islam porte aujourd’hui d’autres noms et emploient d’autres méthodes et arguments.

D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires.

Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la Prédication Islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères. Travailler pour les valeurs islamiques est bien différent du travail pour des désirs personnels.

Mohamed Fadhlallah écrit dans la bataille pour l’unité islamique :

« Regardons cette réalité islamique. Nous avons tant et tant parlé de la Palestine, et la Palestine est perdue. Nous avons tant et tant parlé d’Afghanistan, et l’Afghanistan est perdu. Eux, ils planifient. Quant à nous, nous crions des slogans. Eux ils nous envahissent. Quant à nous, nous nous disputons. Notre problème c’est que nous flottons en surface. Nous nous laissons guider par des paroles…

Musulmans de toutes les confessions ! Vous voulez l’Islam ou vos égoïsmes ? Le monde déclare la guerre contre l’Islam. Nous devons nous apprêter au combat. L’unité islamique devrait constituer le sens de l’Islam en nous. Soyez des Musulmans sunnites et des Musulmans chiites, car en mettant de côté votre appartenance à l’Islam, vous ne faites que privilégier la confession au détriment de l’Islam. La place présente beaucoup de contradictions. Les perspectives s’ouvrent à beaucoup d’espoir. Accourez vers la réalité, pour planifier, œuvrer et craindre Dieu dans notre présent et notre avenir. Réfléchissons longuement et profondément à notre avenir ! »       

Je pense qu’il serait plus utile de se consacrer à l’étude et à la diffusion de la part de vérité à laquelle nous avons pu accéder par la Grâce divine que de s’épuiser à convaincre autrui de la fausseté de son argumentation ou de son école. L’Islam du temps du Prophète et des premiers Califes a été compris totalement comme si la communauté était un même esprit malgré quelques différences d’opinions et d’interprétations qui fondaient comme glace devant le rayonnement intellectuel et spirituel des illustres compagnons et successeurs. C’est cet esprit rayonant et diffus dans la société qui serait la garantie d’avoir un seul et grand  esprit anagogique et empathique refusant la prolifération des partis politiques et des pseudos écoles de pensée. Ce n’est pas la diversité des écoles de pensées qui est remise en cause c’est l’atomicité et les faux syllogismes qui naissent dans l’esprit des suiveurs qui se trouvent davantage au service d’une culture d’école qu’au service de l’Islam ou qui se trouvent davantage dans la reproduction d’une école et ses sources internes que dans l’étude du Qur’àn et de la Sunna à l’époque des nouveaux défis scientifiques et technologiques et des apports de la psychologie, de la psychologie sociale, de la sociologie, de l’histoire,  de la médecine et de tant de sciences qui apportent des éclairages nouveaux sur la lecture du monde et les comportements humains. Ce n’est pas l’association des hommes autour de problèmes politiques ou économiques à résoudre qui posent problèmes c’est l’esprit partisan qui devient lui même un clivage idéologique entre les différents partis politiques se réclamant de l’Islam et qui  paradoxalement se déchirent et trahissent le principe d’unité et d’union.

La priorité est de faire naitre l’amour du Qur’àn et de connaître les hadiths mais en les lisant dans le contexte de leur énonciation. Il s’agit bien d’énonciation et non d’énoncé. L’énonciation donne à un énoncé ses conditions socio historiques et politico culturelles. Le hadith se libère ainsi du caractère « fictif » de sa narration pour prendre en charge les aspects diégétiques c’est-à-dire l’évocation de l’univers du hadith en l’occurrence la psychologie du Prophète face aux événements et aux hommes qui l’ont poussé à adopter telle attitude. Il ne s’agit pas de le faire pour les dizaines de milliers de hadiths mais pour ceux dont la compréhension est difficile,  porte à confusion  ou dans la porté est limitée et le caractère singulier. Dieu est plus savant.  A titre d’illustration comment comprendre ce hadith « Écoute et obéis même si on te frappe et qu’on te prend tes biens. »  qui semble en apparence confirmer la négation du principe de la Choura coranique que le Prophète a appliqué ou avec la notion de martyr qu’il a expliqué en l’étendant  à celui qui est tué en défendant ses biens ? Il faut que les Musulmans comprennent qu’Allah et Son  Prophète (saws) n’aiment pas l’injustice mais la sacralité du Musulman, sa vie, son sang, ses biens, sa dignité, sa quiétude, sont plus précieux que la lutte pour le pouvoir mondain éphémère. Jamais  Allah et le Prophète ne donneraient raison à celui qui rend licite le sang versé d’un musulman quelque soit le prétexte.

C’est l’énonciation qui change le sens du hadith et malheureusement c’est autour du Hadith que se réalise les plus grandes divergences alors que le Prophète (saws) a été le rassembleur, l’unificateur et le fédérateur des Arabes divergents autour d’une idée fédératrice l’islam. C’est trahir ce Prophète que de diverger ou de traiter les uns les autres de mécréants au lieu de construire une communauté soudée qui a la compétence de l’aimer, de le vénérer et de le suivre dans l’esprit et la manière qu’il traitait les problèmes et les hommes. A titre d’illustration on voit des musulmans se haïr et ne plus se parler pour un problème de  longueur de pantalon, de Qamis ou de teinture des cheveux. Ali Ibn Abi Taleb fut questionné sur ce hadith : « Avec la coloration des cheveux, changez le vieil âge en jeunesse afin de ne pas ressembler aux Juifs ». Il donna cette réponse : «  A la première époque de l’Islam, il y avait très peu de Musulmans. Le Noble Prophète (saws) leur conseilla de paraître jeunes et énergétiques et de ne pas adopter la mode des (prêtres) Juifs ayant de longues barbes blanches effervescentes. Mais les Musulmans n’étaient ensuite plus en minorité, leur État était fort et puissant, ils pouvaient prendre le style qu’ils souhaitaient ». Qui empêche les musulmans de vérifier ces dires. Il ne s’agit pas de réfuter mais de préciser le contexte et la portée sociale ou politique d’un hadith. Il ne s’agit pas de ne plus  réaliser de nouvelles compilations sur les dizaines de milliers de hadiths mais de donner la priorité à l’étude sémantique et historique du hadith pour en faire de nouveau un « Qur’àn marchant entre les gens ».  Bukhari, Muslim, Malek et nos vénérables maitres ont prouvé leur compétence intellectuelle, leur probité morale et leur scrupule consciencieux pour sauver le Hadith de l’oubli et le protéger de la falsification. Il appartient aux spécialistes du Hadith de parachever ce travail en donnant au musulman l’exégèse scientifique et historique pour que le Hadith devienne une « science appliquée » et non une connaissance récitée.

Le scrupule (Al War’â) indispensable à la formation intellectuelle de qualité ne nait pas des fausses croyances mais des véritables certitudes qui naissent dans le doute non de la parole d’Allah mais dans le doute de soi, de sa compréhension, de sa compétence à donner un contenu, une dimension et une portée esthétique, sociale, politique et intellectuelle à la parole de vérité car nous restons des interprètes imparfaits et changeants. L’imperfection tient à notre nature humaine. La qualité du musulman n’est pas dans sa prétention à être parfait mais dans sa reconnaissance à être perfectible. N’est perfectible que celui qui reconnait son erreur et qui dans la pratique médiatique, sociale ou politique est plus interpellé par la faute à corriger et à en comprendre les origines, les mécanismes et les conséquences qu’à trouver le  fautif et se contenter de le blâmer ou de l’incriminer. N’est perfectible  que celui qui prodigue le bon conseil et l’accepte venant des autres si bien entendu le conseil ne vise pas à humilier ou à perturber mais à contribuer à la promotion de la vérité et du mérite.

Le changement que fait activer le scrupule tient à l’expérience personnelle et sociale ainsi qu’à l’effet du temps et du savoir sur la communauté dans laquelle nous vivons. C’est ce scrupule relativisant notre savoir et celui  des autres qui nous rend à la fois des communicants échangeant les informations pour chercher la vérité sans chauvinisme et des consciences vives qui réalisent l’auto critique pour se redéfinir dans le rapport à la vérité, à la quête de savoir et notre relation avec les autres. Pour que le scrupule soit la culture du salut il faudrait sans doute redonner au « Nafs al Lawàma » le sens de l’ego insatisfait dans l’accomplissement de son devoir et qui se met par la voie critique dans celle de la perfectibilité qui lui donne le rang de « Nafs Mutma’ina » l’être apaisé non dans cette vie mais dans la phase ultime de sa vie et dans sa ressuscitation.  « Nafs al Lawàma » ne sera pas opposée à « Nafs Mutma’ina » mais à « Nafs al Amàra bi Sou’ » l’ego incitateur au mal, inspirateur de la laideur sans conscience sans sens des responsabilités.

Nous inscrivant dans la perfectibilité et l’examen de conscience sans doute nous serions plus exigeants envers notre ego qu’envers les autres, plus indulgent avec ses contradicteurs qu’avec le fardage des complaisants envers le Moi. Une chose semble certaine, à la lumière du Qur’àn, nous serions des croyants dans leur dimension humaine qui peuvent espérer s’améliorer sans jeter l’anathème sur les autres pour le seul motif qu’ils ne partagent pas notre école de pensée ou notre doctrine ou notre association. Dans ce nouvel état d’esprit nous pouvons tous être des dispensateurs de savoir envers ceux qui ont le plus de disponibilités à recevoir le savoir et en faire un cadre d’expansion de leur vie, ou être des demandeurs de savoir qui vont le chercher auprès des élites du passé ou du présent, morte ou vivantes. Dans ce rôle double de « stratégie pédagogique » pour donner et de « stratégie d’apprentissage » pour recevoir que chaque musulman doit porter nous pouvons nous inscrire dans la hiérarchie du savoir et du don loin des faux  clivages doctrinaux, confessionnels, factionnels ou sectaires. Il suffit de revenir à la lettre et à l’esprit du Qur’àn : sous la même bannière de l’Islam Allah a distingué les croyants selon leur œuvre et non selon leur appartenance sociale ou doctrinale :

أورثنا الكتاب الذين اصطفينا من عبادنا فمنهم ظالم لنفسه ومنهم مقتصد ومنهم سابق بالخيرات بإذن الله ذلك هو الفضل الكبير

{Nous avons donné en héritage le Livre à ceux que Nous avons élus de Nos créatures. Il est alors, d’entre eux, celui qui se fait injustice à lui-même, il est d’entre eux  celui qui est passable, et il est d’entre eux qui s’empresse aux œuvres d’excellence par le Vouloir d’Allah, cela est la grande Munificence.} Fater 32

Le rapport des musulmans dans une communauté vivante n’est pas dans entre le riche et le pauvre, le fort et le puissant, l’instruit et l’analphabète ni entre partisans entre telle école ou telle confession. Le rapport est un rapport entre croyants actants sociaux confrontés dans le sens et la mise en application de la foi, du savoir, du pouvoir, du devoir, du vouloir et de l’action. Ce rapport n’est pas livré aux conjonctures de puissance politique ou économique sinon ce serait un rapport profane entre mécréants matérialistes. Ce rapport est subordonné aux finalités de la religion islamique et relativisé par sa confrontation au référentiel islamique : Le Qur’àn et la Sunna. Plus le monde musulman s’approche de son référentiel plus il s’implique dans une quête psycho temporelle qui l’élève et élève les autres vers le modèle mohammadien. Le riche qui n’enrichit pas autrui est pauvre mais le pauvre qui enrichit autrui est plus que riche il est enrichissant. Le fort qui ne soutien pas le faible est faible mais le faible qui soutient l’opprimé est un soutien. Le savant qui n’apprend pas à l’ignorant est un ignorant. L’ignorant qui cherche à apprendre est sur la voie de la sagesse, sur la voie du martyr. Quand la communauté est malade, désarticulée ou disloquée les rapports ne peuvent être ni construits ni évalués sur la vertu et la foi mais sur les conditions historiques, sociales et politiques qui ont corrompu la vertu et occulté la foi.

L’absence de quête vers la foi, la vertu et l’excellence rabaisse les gens vers les instincts primaires. La perte de conscience sociale conduit à la marginalité et la fragmentation qui sapent davantage la religion et sa morale. L’ennemi de l’Islam qui observe et mesure les mouvements sociaux et les phénomènes de la spiritualité sait où se situe le centre de gravité social, moral et intellectuel et agit avec intelligence subtil pour déplacer le centre de gravité vers le niveau le plus bas et c’est à ce niveau le plus fragile que les schismes vont être maintenus ou recréés. Le niveau le plus bas n’est pas à voir dans la hiérarchie formelle mais dans cette stratification coranique : les hypocrites, les injustices à eux-mêmes, les passables, et ceux qui s’empressent aux œuvres d’excellence.  Le centre de gravité tient davantage à la force d’expression et de pression sociale qu’au nombre numérique. Une communauté qui n’a pas de centre de gravité est non seulement instable mais sans repères pour s’analyser et fixer son cap et son mouvement du fait d’ailleurs de son instabilité qui lui fait changer son référentiel ou les coordonnées de son référentiel. Ainsi la majorité des membres peut se prétendre appartenir au Qur’àn et à la Sunna mais chacun dans son système mental et psycho social porte un regard différent sur le Qur’àn et la Sunna.

L’absence de centre de gravité qui donne un référentiel stable et commun fait que d’une part chacun s’imagine être lui-même la coordonnée et la seule et d’autre part la communauté ou bien cultive la défiance entre ses membres et la méfiance envers autrui ou bien tombe sous la fascination des idées et des choses étrangères à l’Islam. Comme les Pharisiens de Babel dans la Bible nous parlons une seule et  même langue mais celle-ci ayant perdu sa signification pour tous elle engendre l’incompréhension d’abord et la violence ensuite. Il suffit à l’ennemi de l’Islam de donner la voix à un mécréant ou à un membre de la minorité d’hypocrite et de les médiatiser pour que la communauté redéploye le centre de gravité de ses préoccupations. Nous passons ainsi de l’apologie du passé, à la polémique entre nous au dénigrement des autres sans discerner les priorités et surtout sans accepter de voir la priorité : nous reconstruire après un travail de déconstruction. Il suffit qu’un seul ose s’engager sur l’auto critique ou demander l’examen de conscience pour recentrer nos problèmes à l’intérieur de nous-mêmes pour que des voix s’élèvent et pratiquent l’intimidation et le totalitarisme qui ont miné la civilisation islamique : « qui est tu toi pour dire ceci ou cela ? ». La culture messianique de la décadence est dans la contradiction d’attendre le sauveur et refuser tout débat constructif, et de ramener un problème d’idée, de lecture, d’interprétation non à son argumentation mais à un problème de personne ou de rang social ou religieux.

C’est ainsi qu’seul coraniste en France disposant du soutien médiatique et bénéficiant du laxisme de la communauté fera plus de dégâts dans la communauté qu’un loup dans une bergerie. La véritable bataille n’est pas contre le coraniste et les autres sectes et encore moins contre les divergences doctrinales et confessionnelle mais dans l’effort de tous à mettre le curseur social au centre de gravité et le centre de gravité au cœur de l’élite celle que le Qur’àn a qualifié de « qui s’empresse aux œuvres d’excellence par le Vouloir d’Allah »

Le bien et le mal peuvent se trouver réunis avec une domination du mal sur le bien dans une strate sociale ou politique ou dans l’ensemble de la société comme l’a souligné Omar Ibn Al Khattab (que Dieu lui accorde Sa satisfaction) qui dit une fois à l’un de ses compagnons: « Sais-tu ce qui démolit l’Islam? » L’autre dit: « Non ». Il lui dit: la faute des savants, la polémique des hypocrites et le gouvernement des chefs qui détournent leurs administrés du droit chemin » – Riyad as-Salihin (Les Jardins des vertueux).

Ce hadith de Omar est le vaste chantier qui attend la jeune génération montante si elle se donne le courage et l’intelligence de le préparer avant de l’aborder. Il  implique un effort massif assidu et conséquent sur plusieurs années, sur tous les domaines d’activités ; sur tous les registres  de formation de la conscience, religieuse, morale, sociale et politique ; et sur toutes les sphères de la décision politique et sociale. Il s’agit du changement :

{Certes, Allah ne Modifie rien en un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes.} Ar Ra’âd 11

Sur la voie de la libération de Jérusalem Salah Eddine a compris les raisons du Wahn et de la débâcle devant les croisés et il a agit sur les causes et non sur les effets pour obtenir des résultats tangibles. Voici une partie de la lettre de Salah Eddine envoyée au calife et que rapporte l’ historien égyptien Qassem Abdou Qassem :

« Si les affaires de la guerre trouvaient solution dans la pluralité des  participations   on n’aurait pas manqué sans doute la gloire qui nous fait défaut au vu de l’importance du nombre de prétendants autonomes chacun réclamant pour lui l’autorité. On n’aurait pas été amené à subir des préjudices s’il était naturel que le monde supporte la coexistence de plusieurs autorités contradictoires. Mais la vérité que nous ne pouvons ni occulter ni fuir sans préjudices et dommages et que les affaires de la guerre exigent une longue préparation et une excellente planification qui ne peuvent se passer de l’unité de commandement militaire et de l’unité de décision politique. Si la question du commandement est réglée et la planification politique tranchée il ne reste alors que la mise en place des organes consultatifs sur les questions de mobilisation  des moyens pour mener les combats victorieux… »

Conclusion :

Quand j’étais jeune j’entendais Cheikh Qaradhawi dire que la communauté se portait bien (oumma bi khayr) et que la Sahwa (l’éveil islamique) s’étendait  sur l’ensemble du monde musulman. La réalité pourtant dans le lieu de travail, dans la famille, dans la cité, dans la culture, dans l’université et dans l’économie et la politique montrait le contraire. Qui avait raison : la réalité objective ou les souhaits d’un savant coupé de la réalité. Le temps est toujours là pour témoigner de notre réalité morbide, cette fois-ci il témoigne contre nos savants qui ont vendu du vent et des faux rêves à des jeunes épris de liberté, de connaissance et du désir de servir l’Islam.

Il nous faut dépasser les clivages religieux et revenir au « Nous » de la sourate Al Fatiha qui inaugure le Coran pour le résumer et fixer les normes que nul ne peut transgresser. La sourate al Baqarah qui décrit l’humanité et ses défauts à travers le récit détaillé sur Bani Israël  nous met en garde contre le schisme des Juifs et des Chrétiens  et leur prétention à faire d’Abraham leur icone religieuse sans avoir de lien religieux ni spirituel ni moral avec lui.  Abraham (saws)  dont les Musulmans se réclament comme héritiers à la suite de Mohamed (saws)  et qu’ils citent à chaque salat est cité au début de la sourate Al Baqarah ainsi que d’autres Prophètes (as) comme porteurs du titre exclusif de Musulmans :

{Et lorsque Abraham élevait les assises de la Maison ainsi qu’Ismaël : « Notre Seigneur, Agrée de nous, Tu es Toi L’Omni-Audient, Le Tout-Scient ; notre Maitre, fais que nous nous remettions à Toi, et fais de  notre descendance  un peuple qui Te soit musulman. Montre-nous nos rites, Fais-nous Rémission, Tu Es Toi Le Rémissif, Le Miséricordieux. Notre Maitre envoie-leur un Messager d’entre eux, qui leur récite Tes Versets, qui leur apprenne le Livre et la Sagesse, et qui les épure. Tu Es Toi L’Invincible, Le Sage ». Qui donc ne voudrait pas de la Confession d’Abraham à moins d’avoir perdu son âme ? Effectivement, Nous l’avons élu dans le monde, et dans la vie Future il sera certainement du nombre des Vertueux. Et lorsque son Seigneur lui Dit : « Adopte l’Islam », il dit : « Je me remets au Maitre des Univers ». Et c’est ce qu’Abraham a recommandé à ses enfants; Jacob en fit de même : « O mes enfants, certes, Allah A Choisi pour vous la religion, ne mourez donc pas sans que vous soyez musulmans ».} Al Baqarah 127

Voici la controverse des Juis et des Chrétiens qui les a conduit au schisme religieux et doctrinaires : nous sommes entrain d’adopter le même comportement et les mêmes qualificatifs qu’ils choisissent pour leurs sectes, leurs écoles et leur clergé. Allah nous donne la réponse salutaire :

{Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous sommes devenus  croyants en Allah, en ce qui nous a été Révélé, et en ce qui a été Révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Maitre. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme} Al Baqarah 133

 

Omar Mazri

 

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