Islam  : Libération des opprimés
Résistance globale partie 2/2
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Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

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5 Commentaires

  1. Karim 20 juin 2013 at 22:56

    Essalam aleykoum frere Omar mazri, désolé du HS, mais je pouvade vous demander votre avis vis à vis de ce qui se passe sur la scene politique algérienne( si on peut appeler çà comme ça ). Pourquoi Bouteflika s’est il rendu a Paris soit disant pour se faire soigner alors que sa fait plus d’un mois et demi qu’il s’y trouve alors qu’au depart on nous disait qu’il va tres bien et que c’est juste pour une convalescence-. On voit l’ancien patron de la marine algérienne ( le général Mhand tahar yala ), l’ancien général major du DRS ( mohamed chafik mesbah ) appeler au retour de Zeroual pour gérer une période de transition et qui villipende Bouteflika et son frère en les présentant comme des menaces contre l’Algérie, un ancien fondateur

    • Omar MAZRI 16 août 2013 at 15:58

      Salam, Karim

      Je réponds tardivement, car je croyais avoir répondu par mail privé sur une question sensible. Je me rattrape.

      Vous savez mieux que moi que souvent les choix de l’encadrement stratégique dans les pays anciennement colonisés continuent de se faire par les anciens colonisateurs qui continuent de livrer bataille entre eux pour placer leurs vassaux. La vassalisation des élites colonisés et le processus de domination des élites colonisatrices sont complexes, ils sont tissés par des réseaux historiques, idéologiques, économiques et militaires subtils et solides. Un cadre coopté peut lui même ne pas être conscient de sa vassalisation tant il est « digéré » par le réseau national ou régional d’inféodation qui le coopte, le « sert » et le manipule.

      Nous ne faisons pas beaucoup d’études sur la lutte idéologique et sur la confiscation du pouvoir politique et économique que sait réaliser le colonisateur qui dispose d’archives, de réseaux, de moyens d’investigation, de diplomatie, de journalistes, d’intérêts et d’efficacité qui lui donne son savoir et son expérience. Nous naviguons à vue et nous sommes à la merci de l’affectif, du sensationnel, du leurre.

      Réaliste, j’avais proposé depuis près de deux ans, dans un article et hors de tout appareil partisan, de tenir compte de la situation réelle de l’armée algérienne dans la configuration sociale et politique du pays et de faire avec pour avancer. Nous ne sommes pas dans l’obligation de suivre la démocratie à l’occidentale, mais d’innover en fonction de nos intérêts. Dans ces propositions j’ai évoqué l’idée de proposer Lamine Zéroual comme président de réconciliation nationale et de transition démocratique. J’ai développé un certains nombres de points qui pouvaient devenir une sorte de plate forme ou de dénominateur commun pour rassembler les Algériens et impliquer de nouveau les jeunes à la vie citoyenne loin des partis traditionnels qui sont en panne et dans une autre construction institutionnelle. La Libye, la Syrie et l’Egypte sous l’action de l’OTAN après l’Irak et l’Algérie laissent voir quelques scénarios catastrophiques dans les années à venir. Il faut faire face.

      Il est possible que certains anciens officiers de la SM ou de l’armée aient abouti aux mêmes conclusions en totalité ou en partie et ainsi diriger leur choix sur Zeroual. Je n’ai presque rien écrit sur Bouteflika car il n’y avait rien à écrire. L’Algérie a dépensé de l’argent d’une manière inconsidéré et sans accumulation de savoir faire dans une vision de préférence à l’étranger qui a finit par détruire ce qui restait du patrimoine industriel et de la morale économique. Bouteflika a été une calamité pour l’Algérie et l’Algérie en gardera les stigmates pour longtemps encore.

      Ceci dit il est immoral qu’un Président algérien se fasse soigner en France. L’hôpital Ain Naâdja a été réalisé dans le but d’offrir une plateforme médicale et technologique pour soigner en Algérie les élites algériennes. La privatisation et l’irresponsabilité ont sapé ce qui a été réalisé. Nos élites se comportent comme un chameau incompétent aux labours et aux récoltes. Ils ne savent que transporter les marchandises produites par d’autres. Il est criminel de soigner un homme fini sur le plan sanitaire, politique, et laisser sombrer la population.

      L’armée algérienne et les services de renseignement disposaient d’une élite technicienne et cultivée qui sait que les réseaux de France Afrique se servaient souvent de la médecine militaire française pour continuer leur travail de diplomatie secrète et ainsi exercer des pressions sur le président physiquement malade ou mentalement épuisé et l’amener à faire des concessions. L’expérience montre la modification des constitutions, la création de postes clé dont celui de vice président que le président africain malade accomplit pour garantir la succession à un homme ou à un appareil favorable à la France. L’Algérie a épuisé son stocks d’hommes providence, les seconds couteaux dans l’armée et dans le civil sont là briguant de hautes responsabilités et convoitant la rente de centaines de milliards. La France le sait. Les Etats-Unis aussi le savent.

      La partie d’échec a commencé depuis longtemps entre les grands et les intelligents. Nos prétendants savent jouer aux dominos et aux jeu de dames au sens propre et figuré. Ils n’ont pas l’envergure de conduire de grands projets ni d’avoir de grandes ambitions ni d’anticiper.

      Ceux qui peuvent apprendre ou qui ont appris à jouer ou dans le pire des cas refuseront de jouer les cartes gagnantes des prédateurs internationaux ne semblent pas être nombreux et pour l’instant et sans doute pour longtemps encore ils n’auront ni l’écoute ni le temps de parole ni l’audience. Les Algériens ne semblent pas voir l’implosion de l’Algérie et ne semblent pas chercher le salut. Ils subissent. Même lorsqu’ils s’alignent sur l’étranger pour exécuter ses plans ils ne savent pas le faire dominés par leur ignorance des règles et par l’anarchie de leur système. Ce n’est pas le cas des autres vassaux dans le monde.

  2. Karim 20 juin 2013 at 23:17

    Essalam aleykoum akhi Omar MAZRI, désolé du HS, mais je pouvais pas m’empecher de vous demander d’exprimer votre point de vue au sujet de la récente actualité algerienne. Je fais allusion bien évidemment a la présence de Bouteflika au sein des institutions militaires française de santé depuis plus d’un mois et demi, de la campagne médiatique et judiciaire menées contre ses proches et des scandales de corruption qui ont précédé son départ vers Paris, des appels a sa destitution lancées par des hauts officiers à le retraite ( l’ancien patron de la marine algérienne Mohand Tahar Yala et l’ancien général major du DRS mohamed chafik mesbah) et par Mohamed Méchati ( qui est présenté comme un membre des 22 historiques ). Il y a aussi l’appel au retour de Zeroual pour une période de transition qui avait été lancé par Mesbah, alors que justement vous aussi vous aviez préconisé le retour de Zeroual aux affaires. Je voulais aussi faire allusion au survol des avions militaires français. Pourquoi on parle de mécontentement au sein de l’armée alors que les avions militaires français avaient déjà été autorisé officielement à survoler l’espace aérien algérien. Je me demandais si c’etait pas une mise en scène ou si vraiment y avait des courants au sein de l’armée qui auraient été révoltés par cette autorisation.

    • Omar MAZRI 21 juin 2013 at 17:19

      Salam, Karim

      La situation en Algérie est confuse. Elle est confuse depuis toujours par le système bicéphale ou plus exactement multi bulbes rachidiens. Il ya des noyaux épars qui sont en conflits sur le partage de la rente comme un terrain de maffia. Le président comme un chef de mafia n’a pas la vocation de gouverner sur des bases de légitimité ou de rationalité, mais d’arbitrer entre les clans lorsqu’ils se déchirent. Il n’y a pas d’Etat ni de Commis de l’Etat, mais un territoire convoité. C’est absurde, mais c’est ainsi. Cela s’inscrit dans la logique de l’histoire et de la mentalité collective de l’Algérie tribale. Tous les comportements sont festifs lorsque tout va bien sinon excessivement violents lorsque tout va mal. Il n’y a pas de gouvernance ni d’idée de gouvernance. La grande erreur serait de croire que l’Algérie est gouvernée par une junte militaire. Elle n’est pas gouvernée du tout. Il n’y a pas d’aristocratie militaire ni de figure comme Pinochet. Un colonel s’en va un autre prend sa place, un général s’en va et un autre prend sa place sans qu’il n’y ait un stratégie qui dessine ou une doctrine qui s’implante. Dans le civil c’est pire encore. Les politiques dans l’opposition, ou dans la cour n’ont pas de vision pour l’Algérie sauf des projets de raccommodage focalisés sur le partage de la rente et l’esprit partisan. C’est la surenchère de la confusion.

      Bouteflika a accompli sa mission : une « réconciliation nationale » sans justice ni vérité ni transparence pour que les clans se partagent de nouveau la rente. La rente est globale : financière, historique, intellectuelle, religieuse, sociale. Chacun arrache son morceau et accepte de déchirer l’Algérie pour avoir une part plus grande sinon conserver sa part. Bouteflika a permis d’installer la culture du Makhzen marocain dans une confusion plus complexe. Les parvenus algériens n’ont ni la culture ni la légitimité historique du makhzen marocain et cela ajoute de la confusion. Les Algériens s’installent dans le Makhzen en bandes maffieuses sans chef légitime et sans culture du makhzen monarchiste. Cette confusion est accentuée par la présence des « seconds couteaux » qui ont vaincu le « terrorisme » et « l’islam politique » qui se croient investis de la légitimité alors qu’ils ne sont pas préparés ni à gouverner, ni à partager la rente ni à arbitrer entre les rentiers.

      Dans ce schéma qui sort de toute logique et de toute prévision les « civils algériens » désavouent l’armée tout en lui faisant appel et tout en lui confiant la gestion des dossiers stratégiques pour ne pas à les assumer. L’Algérie ne relève pas de l’analyse politique ou idéologique, mais de la psychiatrie. Imaginons enfin cet asile convoité par l’Empire et ses vassaux dans un monde en mutation. Quel est le devenir des 200 milliards de réserve ? Quel est le devenir des investissements colossaux dans l’immobilier et les travaux public ? Que sont devenues et que vont devenir les rares intelligences dans ce pays ? L’après Bouteflika sera sinistre : un comptoir commercial sous contrôle des Français ou des Américains dans le meilleur des cas ou une base coloniale comme du temps des Romains.

      La Libye, le Mali et la Tunisie sont notre premier environnement stratégique. Il n’y a pas que Bouteflika qui a été absent et défaillent. cette défaillance à l’extérieur illustre la confusion qui règne à l’intérieur…

      Le paradoxe veut que dans cette confusion générale imposée par l’histoire et la sociologie mais aussi favorisée sinon impulsée par le colonisateur il n’y a que l’armée algérienne en tant que corps constitué avec son organisation, son administration et ses cadres intègres qui puisse sauver le pays et conduire vers la construction d’un Etat moderne. Ce que je dis est objectif sans sentiment ni parti pris. A ce titre j’ai proposé, il y a prés de deux ans, à ceux qui me lisent et en dehors de tout appareil politique d’aller vers deux voies :

      la première c’est opter pour un président de salut national qui serait soutenu par l’ANP. Le général Liamine Zéroual me semblait être le meilleur choix. L’armée algérienne a d’autres noms honorables et intègres. Il faut mettre fin à l’arbitrage par la confusion et les intermédiaires. L’armée fait bloc autour d’un des siens pour redresser le pays et donner le temps à l’émergence des Grands commis de l’Etat. L’armée soutenu par le peuple s’engage à sauver le pays de la convoitise extérieure et met fin à la gabegie et au gaspillage. Le peuple autour d’un président de confiance peut empêcher l’armée de devenir un instrument aux mains de l’Empire. Nous devons rester conscient des enjeux en Afrique, en méditerranée et de la guerre qui se prépare contre l’Iran. Nous devons rester conscient qu’il y a une volonté délibérée de salir l’armée, de la corrompre, de la criminaliser et d’en faire un outil de basse besogne. En frappant l’ANP on frappe l’ALN.

      En ce qui me concerne. Je ne connais ni de près ni de loin Liamine Zéroual. Je sais par oui dire que c’était un bon général aimé par ses officiers, je sais aussi par oui dire que ce n’est pas un bon politique. Pour gouverner un pays il faut des états majors de compétence et un parti fort qui donne ses compétences et sa lecture du monde. En Algérie ceci fait défaut. L’armée peut et doit compenser ce défaut. Les hommes de bonne foi et soucieux du devenir de ce pays peuvent et doivent débattre avec l’armée et avec Liamine Zéroual ou d’autres hommes intègres pour conduire l’Algérie sur les dix années à venir. Ces années seront difficiles et décisives. Il n’y a pas de place au confinement idéologique ni à l’attente messianique. Je n’ai jamais milité dans un parti politique, mais au moment où l’effusion de sang a commencé en Algérie j’ai pris l’initiative personnelle de demander aux dirigeants du FIS de tendre la main à Liamine Zéroual et de ne pas le laisser seul se débattre dans une équation insoluble. L’avenir de l’Algérie était en jeu au delà d’un parti et de ses dirigeants. Le temps m’a donné raison. J’ai refait le même appel à d’autres cadres algériens qui ne se reconnaissent pas dans le système Bouteflika. Ils m’ont pris de haut. Chacun assume ses responsabilités.

      La seconde c’est de ne pas faire cas de l’Assemblée nationale et des partis politiques: elle n’est pas représentative du peuple. Elle n’est pas la garantie du salut de l’Algérie contre la prédation interne ou externe. Le peuple devrait pouvoir s’organiser de nouveau en Assemblées citoyennes. Les clivages islamistes et non islamistes ainsi que d’autres clivages doivent disparaître au profit de la défense nationale contre la prédation extérieur et la la rente intérieure. Reconstruire l’unité nationale, réformer l’Etat et l’économie et faire font contre l’extérieur seront les tâches d’un gouvernement de salut national. Nous ne sommes pas à l’abri du scénario libyen ou syrien. Il ne s’agit pas de bannir les partis politiques existant, mais de laisser au peuple d’autres voies d’expressions en dehors de l’esprit partisan et politicien.

      Sincèrement il y a de la confusion en Algérie. Cette confusion est de type mafieux. Tous les appels désordonnés ne font qu’apporter de la confusion. Il nous faut un discours qui trace un cap et qui identifie les responsabilités. Faire de l’ANP ou des généraux une catharsis pour cracher sa rancœur, sa déception ou pour donner un nom à la faillite de l’Algérie c’est cultiver le préjugé. Nos historiens, nos sociologues, nos figures historiques sont muets ou confus…

      • Deandra 26 octobre 2016 at 09:27

        The voice of ratotnaliiy! Good to hear from you.

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