Islam  : Libération des opprimés

Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie

Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie
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J’avais utilisé la symbolique du Roque du jeu d’échecs pour signifier le renversement du jeu et toutes ses implications stratégiques et tactiques : arsenal chimique contre la guerre avec un autre armement et d’autres acteurs dirigés contre l’entité sioniste, Poutine qui prend la relève d’Assad dans le conflit l’opposant à Obama, diplomatie des BRICS contre le bellicisme impérial, guerre totale mondiale (ou du moins régional) contre les frappes « ciblées » américaines… Le résultat a dépassé tous les pronostics et laisse la porte ouverte encore à d’autres dramatiques historiques impensables il y a quelques années ou quelques mois. Pour l’instant, on assiste à un chamboulement tactique dans le jeu dont certains éléments ont déjà été abordés par nos analyses antérieures. Nous sommes à la partie 6 avant l’épilogue qui sera l’évaluation des pièces et de leur position après l’abandon totale de la partie,  la mise en échec et mat, ou la situation du pat… Nous sommes encore loin de la fin de partie. Nous sommes au milieu de la fin et elle est intéressante à maints égards que nous exposons en 11 chapitres…

1 – Echec cuisant du bloc impérial et sioniste

Absence d’évocation du recours à la force

Absence d’évocation de la responsabilité de l’usage des armes chimiques

Absence d’évocation du départ du président syrien et de son régime

Absence de considération pour la France

Absence d’arguments et d’ouverture pour la continuité du droit d’ingérence et du devoir d’expédition punitive contre ceux qui défient « la communauté internationale »

Aucun lien avec les discours d’Obama qui se retrouve de plus en plus confus dans ses propres contradictions et de plus en plus isolé dans sa communication tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis

Aucune autorité sur les groupes islamiques armées qui annoncent leur agenda autonome et qui se fédèrent autour de leurs propres objectifs

Internationalisation du conflit syrien aux dépens de la rhétorique et des intérêts de l’Empire qui ne réalise aucun de ses objectifs de guerre. Selon l’analyse de la guerre par Clausewitz, l’Empire avait déjà perdu, car sa perte était déjà inscrite dans sa politique perdante et confuse qui cherchait une guerre à n’importe quel prix et sans aucun gain militaire, politique et économique pour les États-Unis, et qui finit par se rétracter devant la possibilité d’une guerre totale qu’il redoute et qu’il n’avait pas envisagée.

Obama saisit la perche que lui a tendue Hassan Rohani et engage avec lui un entretien téléphonique laissant l’entité sioniste, la France et les monarchies arabes complètement désemparées. Le fameux « dans un jour, une semaine ou un mois » j’attaquerais la Syrie se transforme en salamalecs en perse et en anglais où l’hébreu, l’arabe et le latin vont mettre du temps avant de comprendre les causes et les conséquences de l’ouverture de l’Amérique à l’allié indéfectible de la Syrie visée pourtant dans le collimateur US !

2 – Echec humiliant pour les Bédouins

Toutes les cartes politico militaires ont été jouées et il ne reste aux bédouins que la haine et la nuisance qui ne peuvent constituer une politique et encore moins une stratégie dans une région en mutation avec le rôle de plus en plus grand de l’Iran qui garde ses chances de développement intactes et ses possibilités de manœuvre, entre les Russes et les Américains, plus pertinentes et plus efficaces

3 –  Echec humiliant pour les Ottomans

Tout le travail réalisé par Erbakan qui a porté Erdogan au pouvoir et a facilité sa réussite politique et économique est en cours de remise en cause : la Turquie a perdu ses marchés et a perdu sa place dans le dispositif économique et géopolitique de l’Eurasie, sans pour autant gagner un rapprochement  avec l’Europe.

4 – Réussite de la Russie :

Imposition de la voie diplomatique contre le bellicisme US

Imposition de la Russie comme acteur principal, voire majeur, dans la conduite des affaires mondiales

Imposition des BRICS et à leur tête le Brésil qui a fait de la tribune des Nations-Unis une voix d’accusation contre les Etats-Unis et leur Président Obama pour leur espionnage et leur comportement de voyous internationaux.

Imposition de la Russie non seulement comme partenaire stratégique de la Syrie, mais comme allié qui sera impliqué militairement en cas de guerre contre la Syrie qui devient sa principale base militaire dans le monde. L’hégémonie militaire américaine et sioniste est du passé : les armées russes sont présentes et actives en méditerranée et dans le monde arabe via la Syrie.

L’Église orthodoxe s’est réunifiée sur le cas de la Syrie et elle entre comme nouvelle force spirituelle, morale, sociale et politique dans la gouvernance du monde. Elle redonne sur le plan intérieur et extérieur de la force et de la vitalité à la Russie slave, orthodoxe et non occidentale de Poutine. Elle donne du contenu et un redéploiement à la vieille idéologie russe de l’eurasisme qui consiste à fédérer la Russie, la Chine, les Balkans et le monde musulman comme un bloc autonome du monde occidental.

2014 est l’année du retrait officiel de l’armée américaine de l’Afghanistan avec l’idée de laisser des bases forteresses US pour le contrôle de la région et un gouvernement afghan « hétérogène incluant les Talibans » favorables à des liens économiques, sécuritaires et géopolitiques avec les USA.  Les Russes, les Chinois, les Pakistanais et les Iraniens ont sans doute donné des garanties aux Américains pour les aider dans leur retraite d’Afghanistan. Plus l’armée est massive et ses moyens colossaux plus sa retraite est périlleuse car les pertes en vie humaine et en matériel peuvent s’avérer catastrophique en valeurs et en incidence sur la politique intérieure. Le dialogue confidentiel a sans doute joué en faveur de la Syrie qui devient monnaie d’échange.  Comment les Russes, les Chinois, les Iraniens et les Pakistanais (de plus en plus favorables aux Russes et aux Chinois) vont gérer l’Afghanistan à la lumière de l’expérience syrienne et à la lumière des expériences des BRICS et de l’alliance sino-russe de Shanghai est l’énigme attendue.

Cette énigme va-t-elle faire oublier la Syrie ou au contraire l’intensifier d’autant plus que le conflit syrien est aussi un conflit qui entre dans le cadre de la géopolitique du pétrole. À titre de rappel, la Syrie est non seulement un gisement nouveau exploitable, mais elle aussi est le passage choisi pour acheminer le gaz russe en Europe faisant concurrence au gaz américano-qatari devant transiter par la Turquie.

L’orthodoxie figée et le dogmatisme stérile des sunnites, dans leur forme de wahhabisme, de Frères musulmans ou de salafisme ont montré leurs limites. Ils sont un facteur déstructurant et   anesthésiant devant l’expansion géopolitique et politique des chiites qui ont construit des instruments d’analyse et ne se sont pas confinés dans la compilation. Est-ce que les musulmans seront aptes à dépasser leurs faux clivages et à relire les cartes du monde  pour  y construire leur dignité et leur prospérité est la véritable question qui se pose lorsqu’on lit ce qui se dit sur la résolution de l’ONU et sur les entretiens dans ses  coulisses. L’analyse simpliste et romantique qui réduit le conflit syrien à un régime laïc sans dieu allié aux chiites contre les Sunnites ne tient la route que parce que les jeunes ont été amenés par un discours euphorisant  à prendre pour argent comptant ce que leurs idoles médiatiques disent au lieu d’examiner les faits.

5 – Réussite de Bachar al Assad 

La résolution des Nations-Unis non seulement ne remet pas en cause sa légitimité, mais la renforce en lui confiant la responsabilité du démantèlement de son arsenal chimique, alors qu’Américains et Français réclamaient son départ comme préalable à toute discussion et à toute solution politique.

Bachar al Assad  continue de communiquer sur l’armement dissuasif de la Syrie ainsi que sur sa popularité au sein de la population syrienne tout en exprimant sa victoire politique et sa détermination à mener le combat contre les groupes armés islamiques jusqu’à leur éradication. Rester au pouvoir jusqu’à 2014 et se présenter ou ne pas se présenter comme candidat aux présidentielles est une victoire politique, militaire et symbolique. Ses discours pour la galerie interne doivent devenir plus structurants et plus signifiant en termes de réformes, malgré la guerre, s’il veut sauver ce qui reste de la Syrie mise en ruines

6 – La question de la paix en Syrie :

La paix n’est pas gagnée, la guerre n’est pas écartée, car l’énergie déployée par l’entropie et la haine n’est ni épuisée ni compensée par une alternative de paix. En attendant les grands bouleversements au Pakistan et en Afghanistan, la question syrienne devra être suivie avec attention sur trois pistes qui ne sont pas des jeux de mots, mais des processus à imaginer, à deviner et sur lesquels les acteurs et les théoriciens doivent agir à court et moyen terme :

6-1 Guerre ou paix ?

Guerre ou paix entre la Syrie et les États-Unis sachant que cette guerre annoncée depuis plus de vingt ans et réactualisée à la lumière des « révolutions arabes » est une guerre qui dépasse la Syrie, pays, peuple et gouvernement.

Elle reflète la nature de prédation et d’entropie de l’impérialisme.

Elle s’inscrit dans la défense des intérêts stratégiques de l’entité sioniste dont l’objectif est de dominer politiquement, idéologiquement  et économiquement le monde arabe une fois que celui-ci aura reconnu Israël et normalisé ses relations avec lui.

Elle vise la revanche sur le Hezbollah et l’axe de de la résistance qui a mis en échec la puissance militaire de l’Empire et du sionisme.

Elle vise à mettre fin à l’effort intellectuel, scientifique et technologique des Iraniens et à leur ambition d’exporter leur idéologie. Le romantisme et la lutte idéologique nous font croire qu’il s’agit de l’acquisition de la bombe atomique, mais en réalité il s’agit de l’acquisition d’une culture d’inventivité et d’indépendance.

Elle intimide les pays en déficit de légitimé à livrer leurs ressources, leurs marchés et leurs armées pour devenir des bases coloniales dans la lutte que l’Empire mène contre le terrorisme qu’il a créé comme acte de diversion et de subversion et qui lui échappe de plus en plus.

Elle phagocyte les pays dans des ensembles régionaux confiés à un super vassal qui joue le rôle de gendarme régional et de pourvoyeur de fonds pour le compte de l’Empire ressemblant davantage à une organisation maffieuse qu’à un État.

Elle vise à affronter en Syrie l’idée de l’Eurasie qui émerge comme nouveau centre de gravité du monde et comme alternative ou du moins comme pôle contestant la suprématie financière, politique, économique et militaire de l’Empire en décadence

Elle engage une bataille préventive contre l’éveil islamique en le vidant de sa substance civilisationnelle et en jouant de ses contradictions internes idéologiques et politiques.

Dans cette configuration complexe, chacun joue sa perte. L’empire est cependant celui qui a le plus à perdre, car il est dans une situation financière, morale, politique qui plaide en sa défaveur. Il peut décider à n’importe quel moment de partir en guerre. Ce qui pourrait l’en empêcher est la fermeté de ses opposants qui ne doivent ni baisser la garde ni se désister de leurs moyens de résistance qui doivent se révéler de plus en plus dissuasifs. Par contre, ce qui pourrait l’y conduire est soit la faiblesse ou les contradictions dans ses opposants ou des opérations de subversions et de provocations que lui et ses vassaux parviennent à réaliser pour leur donner les justifications et les brèches à des attaques-surprises.

La grande inconnue est le front intérieur américain. La tendance contre la guerre et les contradictions du Président Obama ont montré une crise d’autorité et de confiance au sein de l’Empire ainsi qu’une confusion dans les objectifs et les gains de guerre qui relèvent de la loi coranique de l’Istidraj de l’Empire vers sa propre perte selon des mécanismes qui dépasse son entendement. Sur le plan rationnel, plus la gestion de la crise intérieure est longue et complexe et plus les risques de guerre s’estompent, car l’Empire va entrer dans la formulation interne de ses propres contradictions et jamais une guerre ancienne ou contemporaine n’a été gagnée dans ces conditions. Sur le plan de l’Istidraj, nous connaissons les principes, mais les mécanismes réels, le temps et les conditions de l’implosion interne et de l’explosion externe nous échappent. Nous voyons la tendance se confirmer comme nous voyons quelques jalons se manifester ici et là.

6-2 Guerre et Paix ?

Guerre et paix entre les Syriens et les brigades islamiques internationales avec le risque de débordement régional et avec le risque plus grand d’une formalisation sectaire ou confessionnelle pour maintenir la région dans le chaos et les peuples tenus à l’écart de la pensée sur leur devenir. Les groupes armés se fédèrent et disposent de moyens de combats plus opérants : ils vont faire durer la guerre longtemps et lui donner un prix rédhibitoire. Clausewitz a montré que la guerre et le commerce cherchent à obtenir des gains et à soumettre l’adversaire à sa volonté dans les limites des sacrifices consentis. Il n’y a pas de gains lorsque les sacrifices consentis sont plus grands que les gains ou qu’ils sont plus étendus en termes d’étendue d’espace et de durée dans le temps. Il n’y a pas de gain lorsque les populations sacrifiées, les États et les commerçants réalisent que la guerre menée en leur nom et pour leur cause ne leur a rien apporté sauf ruines et sang.

Il n’y aura pas de paix durable lorsque la guerre totale ne permet pas de négocier la paix. La paix par la défaite, la victoire ou la trêve  est toujours envisageable lorsque dans la culture des belligérants il y des limites à ne pas transgresser et la volonté rationnelle à évaluer objectivement les gains attendus et les pertes redoutées. La cause et la fin de la guerre, subie ou menée,  sont toujours politiques. Quelles sont les fins politiques des groupes armés ? Quel est leur pouvoir de fédération qui leur donne une légitimité et une crédibilité pour construire une politique consensuelle et négocier ?

Pour l’instant, nous assistons à une réorganisation totale des combattants islamiques, à un changement de doctrine. Nous assistons aussi à la promotion, une nouvelle fois, de la lutte antiterroriste au niveau internationale qui veut s’émanciper de la lecture américaine. Nous assistons à la volonté française, américaine, arabe et turque de financer et de soutenir la rébellion armée alors qu’elle est en pleine mutation et qu’elle échappe de plus en plus au contrôle de ses parrains. Nous assistons à une volonté de combattre sans objectif militaire tactique ou stratégique. Clauswewitz a montré que la guerre ne pouvait être menée et géré que si elle repose sur une théorie de la violence raisonnablement employée, car c’est la raison qui détermine la politique de la guerre et qui négocie les conditions et le moment de la paix. Face à des groupes armées qui font la guerre pour la guerre et des pays qui se sont fixés comme fin la chute de Bachar al Assad il est difficile d’imaginer un dialogue rationnel pouvant conduire à la paix durable.

Dans ces conditions, la Syrie est engagée à faire de son armée, de sa population, de  son territoire  et de ses voisins des champs de bataille où s’affrontent des désirs de combats sans volonté politique, des haines régionales, des impostures, des politiques, des entropies provoquées par l’Empire, des exacerbations confessionnelles et ethniques. La géographie, l’histoire, les mentalités collectives et les économies font peser sur les populations syriennes des charges qui dépassent leurs capacités intrinsèques à vouloir et à imposer la paix. Les autorités religieuses qui ont appelé à la violence sans en évaluer toutes les conséquences portent une grave responsabilité et elles resteront comptables devant l’opinion, devant l’histoire et devant Dieu des préjudices et torts causés à l’humain et au territoire.

Aucun stratège de guerre, aucun homme de religion, aucun politique ne conduisent une guerre s’il n’a pas dans sa tête le plan de paix et les moyens de négocier la paix qu’il soit victorieux ou défait. Il n’y a que les insensés, les criminels  et les infantiles qui peuvent envisager la guerre sans politique et sans moyen d’y mettre fin c’est-à-dire sans pouvoir de décision pour la conduire rapidement et efficacement à optimiser le rapport des gains et des pertes dans un cadre réaliste et global. Clausewitz a établi que  c’est la montée aux extrêmes qui fait l’essence de la guerre et, seul, le politique  peut limiter cette propension de la guerre à aller toujours plus loin.  La guerre totale  de pure  extermination destructrice de l’autre, en tant que nation, race, pouvoir ou culture ennemie est du nihilisme et non de la politique ou une « autre manière de faire de la politique par d’autres moyens ». Les partisans de la guerre, leurs commanditaires religieux seront les premiers à subir l’effet de manivelle de la violence de leurs décisions improvisées. La guerre n’est pas une affaire de gourou religieux ou partisan, elle est l’affaire de chefs d’Etat, d’initiés selon Tsu et de grande âme selon Clausewitz, car avant tout il s’agit de penser la guerre d’une manière politique et non militaire c’est à dire examiner la guerre dans sa totalité (la globalité de ses phénomènes) et dans ses desseins pour commencer à gérer la paix et en récolter les fruits  alors que la guerre n’a pas encore commencé. L’expérience « islamiste » contemporaine a montré son inculture politique et son bilan catastrophique. A ce jour ils ne parviennent pas à faire le retour d’expérience et à le conceptualiser. Au lieu de faire de la  guerre cessait  un instrument pour une politique sensée, ils deviennent eux-mêmes les insensés que la guerre instrumentalise avant de devenir  contre-productive et de se retourner contre eux. La lucidité est la vertu cardinale que le Coran a inculqué aux Musulmans, mais ces derniers semblent ne plus distinguer le bien et le mal, le vrai et le faux, la fin et les moyens. Ils ne parviennent pas à comprendre cette loi élémentaire :  » Toute violence illimitée dans ses fins provoque la violence de tous et fait perdre tout bénéfice ».

Je me rappelle la stupidité et l’entêtement de Abassi Madani et de Ali Belhadj à refuser de dénoncer la violence par principe politicien alors que dans la réalité ils n’avaient ni la culture politique ni la stature de chef d’État pour comprendre qu’il s’agissait du salut de l’Algérie. Le général Lamine Zéroual était une opportunité que le destin avait choisie pour sortir l’Algérie de la guerre civile, mais ni le FIS, ni les politiques, ni les militaires, ni les maquis islamistes n’avaient compris la situation ni fait l’effort d’envisager objectivement  leur devoir. Il leur incombait  d’aider un homme intègre, mais isolé, et incapable, tout seul, sans soutien populaire et politique, de faire sortir l’Algérie du gué du torrent de sang qui déferlait sur elle la déshumanisant  et handicapant son devenir sur plusieurs générations à venir. Lorsque l’existence de l’un dépend de la destruction de l’autre nous ne sommes plus dans une guerre, mais dans un massacre gratuit qui ne produit que des pertes et du chaos sur lesquels il sera difficile de construire la paix ou de gouverner un pays.

L’irresponsabilité non seulement continue puisqu’aucun acteur ne veut faire son bilan, mais elle devient crapuleuse lorsque nous voyons les uns et les autres instrumentaliser le flou et la terreur pour faire avancer leurs pions dans la conquête du pouvoir qui maudit celui qui le convoite.

Lorsqu’on garde en tête la création des monarchies arabes, la nature de leurs États, leur absence de vocation pour participer à une stratégie dans le monde arabe, le monde musulman ou la Palestine, la nuisance politique, économique et religieuse dans le monde arabe et musulman, on comprend alors l’inefficacité des savants musulmans qui résident chez eux. On comprend alors l’insenséisme de leurs Fatwas meurtrières et leur incompétence à penser ou à superviser le changement et la réforme dans le monde musulman. Non seulement ils vivent comme des rentiers experts en compilation des travaux anciens produits par la décadence du monde musulman, mais ils opèrent comme des facteurs de troubles à l’encontre de la voix prophétique.

Pour comprendre leur influence néfaste sur la Syrie et les risques de sa somalisation, il faut voir (puisque la résolution de l’ONU intervient une semaine après la prise d’otage au Kenya, remettant dans l’actualité la tragédie somalienne) comment ils ont mis du temps pour  intervenir dans le conflit somalien lorsque celui-ci était davantage un conflit entre les Somaliens et les Occidentaux et puis comment ils se sont empressés à intervenir pour attiser les rivalités entre factions rivales ou dissidentes au moment où la résistance somalienne est parvenue à chasser l’occupant et ses alliés. Le même phénomène en Afghanistan, le même phénomène en Somalie, et ce sera le même phénomène prévu pour la Syrie si jamais les combattants islamiques parviennent à s’imposer sur tout ou partie du territoire syrien contre l’armée légale syrienne.

Pour toutes ces raisons, nos pronostics sur la paix restent pessimistes.

Pour toutes ces raisons, l’analyse des totalités et des contradictions qui les animent, selon la théorie de Clausewitz, nous demande de  rester vigilants dans les rapports futurs que l’Empire va entretenir avec les oppositions armées syriennes. Si les monarchies n’ont pas autre  dignité que celle du vassal inculte et inconscient de sa nuisance  et de son insuffisance, l’Empire a une certaine image à défendre. Il va se trouver dans des paradoxes qui vont agir sur la paix et la sécurité de la région arabe.

Le premier paradoxe est d’amener la rébellion armée la plus présente et la plus efficace sur le terrain à se mettre sur une table de négociation face au régime syrien. S’il ne parvient pas il a perdu toute crédibilité et il étale sa faiblesse et son peu d’influence avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la fin de la reconnaissance de sa domination mondiale. La fin des empires commence avec des séditions qui refusent de se soumettre à l’arbitrage de la Maison-Blanche de Pharaon ou de l’Amérique.

Le second paradoxe est de soutenir les « terroristes » qu’il a combattus depuis le 11 septembre avec en toile de fond la communication pour faire adhérer l’opinion mondiale à une guerre de plus en plus remplie d’incertitudes tant sur le plan militaire que sur le plan politique et pour laquelle elle est de plus en plus hostile.

Je laisse au lecteur le soin d’imaginer les autres scénarios et les autres paradoxes comme  soutenir une partie de l’opposition armée contre une autre comme veulent le faire les Français de plus en plus mal inspirés et esseulés.

6-3 De la guerre vers la paix

De la guerre vers la paix qui va exiger dès maintenant la réflexion sur les mécanismes juridiques, politiques, sociaux, psychologiques pour préparer et instaurer la paix au sein d’une population terrorisée et exsangue. L’expérience algérienne de la « réconciliation nationale » sans justice ni vérité a montré comment un territoire et un peuple deviennent otage de la rente et du commerce informel sans possibilités de développement réelles. L’expérience sud-africaine qui n’a pas construit une émancipation de l’économie capitaliste a mis relativement fin à l’apartheid politique et  ethnique, mais elle a laissé la majorité des populations dans l’exclusion et la marginalisation, alors qu’une faible minorité intégrée dans l’économie mondiale est en train de se constituer en ilots de privilèges et de collaboration avec les anciens dominateurs.

Seul en indépendant, mu par ma seule conscience, j’ai étudié les grandes tragédies de notre temps en Algérie, en Yougoslavie, en Irak, au Soudan, en Afghanistan  et en Somalie avec la question de fond : comment et pourquoi, tant dans l’opposition que dans le pouvoir, il n’ y a ni de culture d’État, ni conscience citoyenne derrière la rhétorique abondante qui instrumentalise le religieux, l’histoire ou l’identité nationale. Je n’ai pas de réponse à apporter ici, mais force est de constater que les acteurs qui allument la mèche de la Fitna rendant licites l’effusion du sang et la mise en ruine du territoire ne sont pas intéressés à débattre sur les conséquences éthiques, sociales, religieuses et politiques de la guerre civile. Toute population soumise à un terrorisme aveugle, quels que soient son origine et ses acteurs, subit un changement de valeurs, une perversion de ses rapports et de ses pratiques symboliques à l’Etat, à la religion et à l’identité.

La violence est un phénomène déstructurant et destructeur dans les mentalités et le tissu social. La violence est une atteinte à la mémoire individuelle et collective qui devient confuse par l’absence d’explication, d’analyses des causes, et de démarches psychologiques, politiques et sociologiques thérapeutiques pour retrouver sens, équilibre et marche sereine vers le devenir. Sans le travail mémoriel,  sans le devoir de vérité et sans l’intime conscience que justice équitable a été rendue la société et l’individu cultivent le sens de l’impunité, de l’absurde, de la bestialité primaire qui les poussent au fatalisme et à son corollaire l’inertie et paradoxalement à l’anarchie et à son corollaire des mouvements impulsifs et convulsifs auto destructeurs.

Lorsque je fais endosser la responsabilité de la situation actuelle de l’Algérie tant au pouvoir qu’à l’opposition islamiste et non islamiste c’est dans leur légèreté à analyser les conséquences de leurs discours et de leurs postures sur la vitalité d’un peuple tenu depuis toujours dans la situation de faire valoir à qui on impose le socialisme, l’islamisme et le libéralisme sans qu’il ne soit réellement impliqués. À chaque fois il ne fait que sédimenter ses frustrations et son ignorance.

Les Syriens et les élites arabes soucieuses d’apporter soutien et conseil au peuple syrien doivent dire l’impératif de chercher et de donner des explications crédibles et authentiques sans subjectivité ni préjugé à la crise syrienne comme ils doivent insister sur les réformes urgentes à mettre en œuvre pour que le Syrien construise sa citoyenneté et son devenir hors de toute tutelle et qu’il agisse en responsable de son pays. Le projet de reconstruction du pays passe par le projet de réhabilitation de l’humain. La déshumanisation par la violence ne devient réellement visible qu’après la fin de la guerre. C’est maintenant que ce projet doit se mettre en chantier avant que la reconstruction et la paix ne soient confisquées par les inévitables profiteurs des guerres et des révolutions qui partout ont montré leur cynisme dans leur prédation des proies vulnérables et leur absence de scrupules sur le plan religieux, politique, social, financier et économique pour se servir là où la morale commande de servir.

J’observe attentivement l’Algérie et mes craintes exprimées entre 1982 et 1988 au moment de la liquidation de l’industrie nationale et entre 1988 et 1992 au moment de la liquidation des aspirations patriotiques de se sont avérées justes : le pays a perdu tout sens de la mesure, tout esprit d’initiative et tout repère moral, religieux ou historique. Il est devenu une grande machine à consommer ce que les autres produisent, un grand comptoir commercial ou chacun vend et achète sans se préoccuper de la valeur, de la nature et de la portée de sa transaction. Il y a un effondrement que les singeries et les tartufferies intellectuelles, religieuses, sociales et politiques ne parviennent pas à masquer. L’Algérie est vide, sans âme, sans destin, sans projet. Elle entasse des choses et cultive la médiocrité du bien-vacant faute de produire de la pensée, de la dynamique et de l’ingénierie… Elle attend un colonisateur.

7 –  Dialectique paix guerre.

Clausewitz nous a montré que la guerre est une affaire de politique. Dans le cas présent, l’Amérique et ses vassaux sont en faillite. Il nous a montré que la guerre et la politique doivent être pensées en termes de totalités les unes englobant les autres et au sein de chacune et les déterminant il y a des polarités c’est-à-dire des unités dialectiques qui sont rattachées par des liens donnant sens à la totalité et s’opposant les unes aux autres pour former des équilibres sans cesse changeant. Il n’y a pas de modèle mathématique ni de formalisme figé explicatif, mais des conditions sociales et historiques propres à chaque situation.

Dans notre cas la paix et la guerre sont en opposition dialectique dans des globalités nationales syriennes, américaines, régionales, internationales où les conditions historiques, politiques et sociales sont en mutation. S’il peut être admis, sur le plan théorique, que l’Empire a mené une politique guerrière conduisant nécessairement à sa défaite, il est impossible de dire que la guerre est éloignée et il est impossible de dire que si elle aura lieu elle ne sera pas totale.

L’empire peut donc déclencher la guerre à n’importe quel moment, mais l’issue de la guerre et la totalité de son exécution lui échappent complètement. La résolution de l’ONU signifie cependant qu’il sera seul à vouloir une guerre.

8 – Le peuple syrien

Clausewitz a montré que le peuple en arme est un principe de polarité, car d’un côté il rend difficile l’invasion par une armée étrangère, et d’un autre côté il rend facile le danger révolutionnaire qui met en péril le pouvoir interne. Il  apporte une réponse pour surmonter cette contradiction : la bonne gouvernance et l’unité avec le peuple citoyen. Pour Clausewitz comme pour Tseu  les meilleurs garants de la paix et de la réussite de la guerre sont la défensive et le peuple en armes.  La guerre totale et illimitée ne peut être envisagée que si la politique intérieure le permet c’est à dire l’implication volontaire du peuple dans la guerre qui fait de la guerre sa cause et non plus celle de l’Etat. Il ne s’agit pas de lutter contre l’Etat ou en parallèle de l’Etat, mais de se confondre avec l’Etat. C’était aussi la doctrine de la défense populaire de Mao et de Tito.

Nous savons que l’armée syrienne est une armée de circonscrits, que son commandement est pluriethnique et pluriconfessionnel, nous savons aussi que le personnel de l’Etat est ouvert à l’ensemble de la population. Nous ne savons pas par contre comment et par  les fortunes  se créent et se gèrent. Comme dans l’ensemble du monde arabe et musulman, le statut de citoyen qui rend le peuple impliqué dans l’Etat et dans la gestion de la cité est absent ou défaillent. Et c’est sans doute sur ce terrain de la citoyenneté et de l’implication de la population dans la défense de l’Etat qu’il y a matière à réflexion et à effort de gouvernance. En tous les cas la notion d’Etat et le rapport du citoyen à l’Etat en termes de représentativité, de droits, de justice, de sécurité, de symbolique sont des notions peu significatives dans le monde arabe une fois que nous ôtons le masque traditionnel de nationalisme infantile ou chauvin qui souvent n’exprime que des sentiments de frustration et non des valeurs et des idées qui sont le véritable rempart contre l’agression extérieur et le véritable moteur du développement économique et social.

Est-ce que les Syriens vont se mobiliser davantage que par le passé autour de leur « tyran » et oublier leurs différents politiques et confessionnels pour affronter l’Empire ? C’est sans doute la question la plus embarrassante et la plus significative pour l’observateur. C’est certainement la pierre angulaire qui fera changer le désir de guerre de l’Empire. Le président syrien y a répondu cette semaine en affirmant que le peuple se détourne des insurgés et se mobilise autour de l’Etat. Est-ce un triomphalisme insensé ou une vision lucide et raisonnable ? En tous les cas le Cheikh Ramadhan Al Bouti était navré de voir le peuple syrien peu impliqué dans la défense de l’Etat et du territoire. Les choses ont peut être changé.

Il faut souligner que  dans les moments de flottement historique ni guerre ni paix et ni perspectives d’avenir que le travail de subversion est le plus opérant car il peut trouver écoute pour vendre une fausse paix ou une fausse guerre et changer tous les paramètres. Les monarchies, l’Empire et le sionisme sont présents et ne vont pas désarmer.  L’opposition ne semble pas prête, par ses divisions et ses fausses perspectives, à jouer un rôle d’apaisement social et de fédération autour de l’idée de l’Etat et autour de la protection du peuple. La course au pouvoir n’est pas finie. Les comportements erratiques et les sollicitations de l’Occident de certains cadres de l’opposition ne leur permettent de jouer le rôle de liant social. Les militants resteront attachés à leur idoles partisanes, mais le peuple s’il est abandonné restera dans sa solitude ou cherchera la protection ou la vénération de l’armée si elle impose sa suprématie sur le terrain.  La violence légale de l’Etat organisé finit par être acceptée alors que celle des opposants non organisée devient de plus en plus illégitime, illégale et rejetée par le peuple. La violence institutionnelle organisée, au delà du juste et de l’injuste, du bien et du mal, finit par imposer des règles et de la sécurité alors que la violence opposée finit par se percevoir comme déstructurante et destructrice. Le ressenti du peuple n’est pas toujours rationnel, il y a une grande part  à la psychologie et à la symbolisation dans ses décisions.

L’histoire récente nous montre comment, dans les moments de flottement ou dans les moments de tensions extrême, les idéologues de la Fitna parviennent à attiser les tensions et à pousser les frères ennemis ou les voisins à la guerre. Ainsi les philosophes sionistes français de la haine et de la merde, Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy à titre d’illustration, ont choisi des camps opposés pour jouer la carte de la division en Afghanistan en soutenant le commandant Messaoud et en torpillant  les efforts de négociation de paix entre le défunt général russe Lebed et Qalb Eddine Hakmatiyar. La négociation devait mettre fin à la guerre et assurer une sortie honorable pour l’armée soviétique tout en faisant une économie de vies humaines pour les deux parties. La paix négociée aurait retardé l’effondrement de l’Union soviétique attaquée de l’intérieur par le consumérisme, le Vatican et la CIA. Les mêmes philosophes ont conduit la guerre au Kosovo et à l’éclatement de la Yougoslavie en poussant Ali Izzet Begovitch le Bosniaque et Misolevic le Serbe à la radicalisation  extrême pour favoriser l’intervention de l’OTAN contre Belgrade et mettre fin au renouveau islamique en Europe. Les savants musulmans et l’Arabie saoudite ont géré l’Afghanistan et les Balkans dans le sens voulu par l’Empire et le sionisme.

Ces facteurs de subversion sont présents en Syrie et peuvent jouer un rôle néfaste contre la paix. Logiquement, la Russie, la Syrie  et l’Iran ont tiré les leçons, mais la compétence de nuisance des Bédouins et des sionistes n’est pas à négliger lorsqu’on sait comment un peuple mis en exil, en perte de dignité, en insécurité peut devenir irrationnel par ses peurs et ses frustrations. Nous continuons de voir BHL apporter son expertise sur la Syrie et l’Egypte après avoir montré ses compétences en Libye. Sa compétence ne brille que par notre incompétence à lui opposer un discours et une attitude structurante qui dévoile sa bêtise et sa méchanceté. Nos médias ne facilitent pas la tâche puisqu’elles sont dans le travail de désinformation qui permet aux autres de travailler dans nos esprits en ruines. Nos intellectuels et nos diplômés sont en quête de reconnaissance sociale, cette quête ne leur permet pas de s’engager. Les cadres de l’opposition sont empressés d’en découdre avec les gouvernants pour que leur registre de dénonciation s’ouvre sur ceux qui cultivent les vraies césures dans nos mentalités et créent  de fausses déchirures et de faux combats sur nos territoires.

C’est dans ce moment difficile que je rappelle aux Arabes et aux Musulmans soucieux de l’intérêt du peuple syrien de l’assister et de ne pas le laisser proie de l’humanitaire occidental dont beaucoup d’organisations travaillent ouvertement pour l’humanitaire sioniste et pour l’humanitaire militaire de l’Empire. Les Arabes et les Musulmans intervenant en zone de guerre interviennent souvent en qualité d’auxiliaires des ONG mondiales ou en bénévoles ignorant les enjeux géopolitiques et financiers alors que les ONG occidentales interviennent avec une formation spécialisée et sous la supervision d’appareils spécialisés dont le métier est la diplomatie, le renseignement, la géopolitique, la logistique et la communication en zones de combat. Le médecin, l’infirmier, le médicament et la subsistance ne sont que des moyens logistiques et empathiques dans le dispositif  géopolitique de l’humanitaire qui a adopté le droit d’ingérence et de guerre préventive comme éthique et comme mode opératoire de l’assistance occidentale aux peuples qui subissent le chaos de l’Empire par voie directe ou indirecte.

C’est dans cette optique de paix difficile que le gouvernement syrien doit se comporter avec rigueur pour maintenir l’Etat debout et avec humanité pour se comporter comme un Etat et comme des Commis de l’Etat qui rendent justice et qui ne se font pas vengeance. Le peuple syrien, comme tout autre peuple, ne comprendrait pas et ne pardonnerait pas le comportement arrogant et figé dans les postures anciennes de ses gouvernants qui affichent désir de vengeance au lieu de rendre justice et de réparer le mal que le peuple a subi. Sans espoir de  réparation et sans ambition à une autre vie, meilleure, le peuple ne donnerait jamais sa confiance ni ne se soumettrait à l’autorité de l’Etat.

Mirna Velcic-Canivez dans ses études sur les populations yougoslaves après la guerre civile et la guerre de l’OTAN a mis l’accent sur l’impératif de mener des études sur les  traumatismes collectifs et les détresse individuelles pour leur apporter une vérité, une éthique, une méthodologie afin qu’ils soient surmontées rapidement et que la vie reprend normalement ses droits et exerce ses devoirs. Elle montre les impératifs que doivent suivre les historiens, les sociologues, les juristes, les psychiatres, les politologues pour consigner la mémoire,  faire que la mémoire ne se nourrisse pas d’un déni de mémoire, faire que la parole de témoignage ne soit pas dite pour être ignorée ou bafouée.  Comment inscrire les acteurs de la guerre dans un processus explicatif objectif pour comprendre la guerre et pour s’en prémunir et se libérer des  clichés accusateurs et subjectifs tel est le travail qui doit être mené avec le peuple pour qu’il s’approprie son histoire et bâtisse son avenir. Ceci n’est pas la vocation de l’ONU, ni celle des Russes, mais celle des Syriens et des hommes qui ont vécu la même expérience ailleurs.

Pour le peuple syrien et pour les autres peuples la paix durable et juste ne sera instauré que si et seulement si les mécanismes et les phénomènes qui produisent l’extrémisme et lui donnent consistance sociale soient étudiés et mis à la compréhension de la conscience pour qu’elle les désavoue et se mettent en rupture avec leurs idées, leurs facteurs et leurs auteurs. Il ne s’agit pas de mettre en accusation le terrorisme ou l’extrémisme, mais de construire l’esprit libre, l’esprit lucide qui analyse et choisi avec responsabilité et évaluation des conséquences. C’est l’ignorance et la soumission au paternalisme démiurge qui rendent licite l’effusion du sang. C’est aussi la culture de l’éradication que l’absence d’altérité et d’ipséité provoque en refusant d’autres manières de voir le monde, de l’exprimer, de le vivre qui provoque les tensions pouvant aller à l’anathème, au meurtre, à la guerre civile. L’exclusion et l’éradication est pratiqué par tous, gouvernants et gouvernés, islamistes et non islamistes, savants et gens du commun.

9 – La rhétorique d’Obama et ses vérités 

Les intellectuels, les politiques et les commis de l’Etat doivent se poser la question, au delà de la résolution de l’ONU et de la probabilité ou non de la guerre impériale contre la Syrie, sur les facteurs internes qui ont favorisé la guerre interne puis l’intervention étrangère, abstraction faite des visées de l’Empire et du sionisme. Ce sont ces questions et leurs réponses qui vont marquer véritablement la paix et sa durabilité. Obama dans son discours à l’ONU, quelques jours avant la résolution onusienne, a fait le lien entre l’Irak, l’Egypte, la Somalie, la Libye et la Syrie et l’Amérique. Il exprimait à nos dépens une réalité qu’une sentence célèbre énonçait :  » il vaut mieux prendre le changement par ses cornes avant qu’il ne vous prenne à la gorge ». Il y a nécessité urgente de changer. Une réflexion globale  doit impliquer tous les concernés par le devenir de leur pays et de leur peuple sans complaisance ni parti pris : comment et pourquoi changer ? Dans ce changement il y a lieu de se pencher sur la tare du monde musulman depuis la dynastie des Ommeyades et le coup de force de Mou’awiya : la question de la légitimité du pouvoir, comment y accéder, comment l’exercer et sous quelles formes, comment destituer le gouvernant, comment assurer l’alternance pacifique, comment exercer l’opposition et les contre pouvoirs, comment et par qui arbitrer le litige entre les gouvernants et les gouvernés.

Le Fiqh hérité de la culture d’empire omeyyade, abbasside ou ottoman n’est plus opérant. Justifier l’obéissance aveugle et le pouvoir absolu n’est plus acceptable.Refuser les expériences de l’Occident n’est pas de mise comme le suivre à l’aveuglette n’est pas de mise.  Il nous faut inventer les instruments de notre gouvernance les mieux adaptés à notre époque et au défi de notre temps. Le débat sur la souveraineté du peuple ou la souveraineté de Dieu est un débat biaisé destiné à gaspiller du temps et à créer des conflits idéologiques pour ne pas répondre aux exigences sociales et historiques par paresse intellectuelle et par démagogie politicienne.

Les pouvoirs publics et l’opposition armée ou non armée doivent apporter des réponses engageantes pour édifier la paix sur des assises solides et durables. C’est un consensus sur ces questions fondamentales ainsi que sur celles de la nature et du fonctionnement de l’Etat que pourrait voir le jour une assemblée constituante qui exprime la volonté de vivre ensemble, de partager un territoire commun, de se rencontrer sur un dénominateur commun de valeurs et d’une existence apaisée qui donne le primat au dialogue,  à la concertation et à la participation  (Choura) sur l’exclusivité pour soi et l’exclusion des autres.

10 – Le devenir des combattants islamiques

Depuis plus de trente ans le mode arabe et musulman s’offre le luxe de former des combattants qui partent combattre à l’extérieur de leur frontières nationales pour des causes qu’ils considèrent justes ou sacrées. Depuis trente ans c’est la même tragédie qui se répète : ces combattants qui offre leur vie sont mal formés religieusement et idéologiquement et dérivent donc vers une forme de nihilisme ou de brigandage ou d’anarchie. Ils s’embarquent facilement sous les fausses bannières qu’un discours enflammé leur montre comme la voie vers le Paradis. Les prédicateurs religieux les instrumentalisent et les offrent comme victime ou comme agents inconscients à la manipulation internationale et régionale. Les Etats nationaux s’empressent de les bannir de la société et de les pourchasser comme s’ils étaient des criminels les poussant à devenir des terroristes ou des meutes de loups qui tuent par instinct de survie. Tant que cette tragédie ne finit pas aucun pays arabe ou musulman n’est à l’abri des dérives meurtrières et de la remise en cause de la paix civile.

Les centaines ou les milliers de volontaires pour la mort sous un étendard de confusion peuvent et doivent être réincorporés dans la vie nationale. Leur expérience de combat peut être  remise dans le bon sens et au service de causes nationales. L’armée et les corps constitués sont les mieux placés pour utiliser cette  énergie et ce talent que les marchands de la mort et de l’anarchie exploitent du fait, entre autres, que leur pays ne leur offre pas le cadre légal qui leur donne reconnaissance et voie d’expression au service de la communauté au lieu de les laisser devenir ennemis de l’humanité.

Ceux qui crient et qui dénoncent ces jeunes comme étant les agents de la CIA ou du sionisme devraient avoir honte sur le plan national et moral d’avoir été les fabriquant de « monstres » au même titre que ceux qui leur ont lavé le cerveau et ont poussé l’audace jusqu’à nous inventer le Jihad du sexe et la purification de la fornication.  Ceux qui excluent et ceux qui rendent licite l’effusion du sang sont complices. Ceux qui se sont tus hier devant l’effusion de sang sont offusqués aujourd’hui par les partouzes des Jihadistes mâles et femelles. Avec ces mentalités d’éradicateurs et de bigots qui confondent l’accessoire et l’essentielle comme ils confondent la cause et l’effet la paix sera difficile et remise à chaque fois à plus tard. Elle sera difficile, mais non impossible. Elle passe par une victoire sur nous-mêmes une fois que nous abordons nos problèmes avec franchise et lucidité et avec le désir de les résoudre définitivement. Le Jihad du sexe dont je n’ai jamais entendu parler dans la littérature musulmane dénote, si les informations sont authentiques, que l’instigateur a sans doute une culture militaire occidentale, car les Bordels mobiles de campagne (BMC) sont un dispositif légal dans les armées pour éviter l’homosexualité et les désertions.

C’est en amont, en Syrie et ailleurs, qu’il faut mettre fin à la machine qui fabrique de la haine, du désespoir et des illusions. Il y a un véritable chantier pédagogique de réhabilitation sociale, psychologique et cognitive à mettre en oeuvre pour que la société arabe arrête de produire des tyrans et arrête de produire des insurgés qui ensemble et chacun à sa manière portent atteinte à la vie sacrée et à la dignité humaine.

 

 11 – La révolution arabe et la question palestinienne

La révolution arabe mal préparée et mal exécutée a permis à l’empire et au sionisme d’exécuter leur agenda : créer le chaos dans le monde arabe et viser le maillon essentiel de la résistance en l’occurrence la Syrie et le Hezbollah.  La résolution de l’ONU si elle ouvre des perspectives de paix en Syrie annonce la fin symbolique de la révolution arabe et son enterrement en Syrie.  L’entité sioniste, les monarchies et  l’Empire  ont intérêt à voir ces révolutions finir en chaos plus grands pour interdire à jamais l’idée de changement démocratique et étouffer dans l’œuf le projet islamique. Les « révolutionnaires »  ont intérêt à voir ces révolutions continuer et instaurer un islam partisan ou un califat formel pour ne pas voir leur échec géopolitique et ne pas devoir rendre compte au moment où il y aurait un bilan historique et politique de leur « militantisme »

La révolution arabe a introduit des biais dans la résistance palestinienne pour la diviser. J’ai longuement écrit sur les dessous du camp palestinien yarmouk à Damas et sur le leader Mechaal du HAMAS qui se trouve à Doha dans l’axe opposé à la résistance. L’entité sioniste a réussi a faire reculer la question palestinienne sans livrer bataille militaire ou diplomatique, les Arabes l’ont fait à sa place. La résolution de l’ONU met le gouvernement sioniste en mauvaise situation. Est-ce que les Palestiniens auront la présence d’esprit et le courage politique de procéder à une révision tactique et stratégique et de réintégrer l’axe de la résistance. Les changements majeurs en Egypte les poussent inexorablement à changer radicalement s’ils ne veulent pas mourir étouffés et oubliés. Encore une fois nous assistons à des retournements historiques déroutants.

Logiquement après les « amis » de la Syrie nous allons entendre les véritables amis de la Palestine s’exprimer en Palestine et dans le monde. Il n’y a que les insouciants qui ne voient pas la Palestine se profiler derrière le Liban, la Syrie  et l’Egypte.

Il me vient à l’esprit la réplique du  premier ministre chinois Zhou Enlai du temps de Mao alors qu’il était MAE a son homologue américain :  » je ne fais que vous renvoyez vos cadeaux ».  Zhou Enlai a insitutionnalisé la pénétration de la drogue aux Etats-Unis en représailles à la politique occidentale qui avait introduit l’opium, la prostitution et le racket dans les villes chinoises d’abord pour ouvir la Chine comme comptoir commercial et ensuite pour saper la révolution chinoise.  Ce serait un coup de maitre si 5 à 10% DES 180 000 combattants islamiques seraient mobilisés sous la supervision technique du hezbollah et sous la direction administrative de l’armée arabe syrienne pour alimenter le front de résistance au Golan.

12 – L’histoire en accélération et en confusion apparente

L’histoire en accélération va nous donner quelques réponses plus tôt que prévu. L’histoire en confusion  va nous donner des réponses contradictoires et il faut beaucoup de distanciation, loin de tout esprit partisan, pour voir la tendance.

Il n’y a plus de place aux certitudes sauf peut-être celle sur  le monde arabe qui se montre plus complexe et plus imprévisible que jamais. Qaradhawi avait annoncé qu’il allait présider la prière de l’Aïd à Damas en 2013 après la chute (ou l’assassinat du Président Assad) et c’est le Président Morsi qui a été jeté en prison, il avait appelé le secours de l’Amérique et c’est la Russie qui vient secourir l’Amérique, ce sont les Français qui demandent une résolution sous le chapitre 7 contre la Syrie et c’est le conseil de sécurité qui adopte une résolution contraire à l’esprit et aux termes du projet français, ce sont les Arabes qui font une pseudo révolution et c’est l’Amérique qui l’avale et s’étrangle dans sa hâte à confisquer ce qui a été improvisé par les autres.

Le destin se montre de plus en plus ironique…

{Ne dis jamais à propos d’une affaire que je ferais ceci demain, sauf si Allah le veut. Puis proclame (la grandeur) de ton Dieu si tu as oublié, et dis : « j’espère qu’Allah me guidera pour que je puisse me rapprocher de ceci (cette vérité énoncée, cette expérience vécue) avec davantage de sens ».}

Tout est possible la guerre comme la paix… Obama pourrait tomber avant Bachar Al Assad. Tsahal pourrait être reprise par ses vieux démons et relancer une guerre perdue et perdante contre le Hezbollah. Les sunnites et les Chiites ainsi que les Arabes et les non arabes pourraient dialoguer sur le thème du changement et de l’alternative à l’Empire… L’histoire n’est cependant pas aveugle et elle ne prête pas ses yeux et ses sens à ceux qui font de la cécité et de l’insouciance un mode d’existence. Elle s’exerce faisant fi des sentiments et des souhaits.

 

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