Je suis une image

 

L’efficacité et la beauté participent souvent à l’élaboration de slogans fallacieux, car l’esprit envoûté par le beau a tendance à le confondre avec le vrai et à s’identifier avec la belle image. L’effet d’identification joue plus facilement dans les périodes de troubles, d’ignorance et de solitude où chacun s’accroche à la première vérité qui s’impose à lui. Les techniques de manipulation et de fabrication du consentement sont connues. Noam Chomsky, défenseur de la liberté et de la démocratie, les dénonce dans ses conférences, car elles privent l’humain de sa compétence à réfléchir pour ne sublimer en lui que la bête et le troupeau.

S’il est vrai que le progressisme français a  introduit l’exploration visuelle dès la maternelle pour donner au futur adulte les moyens de se repérer dans un monde surpeuplé d’images, il est vrai aussi que cet adulte reste infantile dans son  traitement de l’image. Tisseron, le  psychiatre français, a montré comment les images de la « vache folle » étaient identifiées dans la mentalité collective comme les bûchers du Moyen-âge avec leur lot d’angoisse voulant sans doute nous dire que le déluge d’informations  désinforme et produit des effets pervers. Rien ne nous interdit de penser que les effets pervers de l’image et des mots sont planifiés comme un objectif de guerre médiatique et de lutte idéologique dont les conséquences seront  catastrophiques pour tous si les honnêtes gens ne viennent pas dire « ne parlez pas en notre nom » et ne travestissez pas la vérité.

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C’est cette image qui a été utilisée pour tenter une  révolution colorée en Iran et faire tomber Ahmadi Najad.

« Une civilisation démocratique ne pourra se sauver que si elle fait du langage de l’image un stimulant pour la réflexion critique, pas une invitation à l’hypnose ». Umberto Eco

Ecrire par le texte, l’image, le son ou le geste, sur le plan intellectuel et artistique, ne consiste pas à défendre une position idéologique ou à prendre une posture politique sur les polémiques ou sur problèmes brûlants de l’actualité mouvante et orientée. Ecrire c’est élaborer une grille de lecture qui fasse sens tout en rendant cette grille subtilement cachée pour inviter à la réflexion. Livrer en vrac et avec force ses « vérités » sans donner à la Vérité le temps de se dévoiler et de s’imposer à l’esprit est de la propagande. La propagande peut convaincre les esprits mesquins en quête de bouc émissaire et de solutions à l’emporte pièce, mais elle finit par lasser, y compris dans son propre camp, lorsqu’elle se transforme en  unanimisme ou en sectarisme tous les deux contraires à l’idée même de liberté d’expression. Lorsqu’on se revendique de la liberté on se doit d’avoir une pédagogie de la libération.

La pédagogie, selon le philosophe et pédagogue français Antoine de la Garanderie, est la prise en charge intelligente et responsable de la grande diversité des fonctionnements cognitifs, à partir de l’analyse des habitudes mentales des individus en principe différents dans leur manière d’appréhender, de comprendre et de se fixer projet d’application ou de transfert de ce qu’ils ont acquis par l’expérience ou par l’apprentissage.En pédagogie, éducative ou politique comme dans les arts et la littérature, les mots et l’image se doivent d’avoir un pouvoir évocateur, ils doivent être significatifs, suggestifs, symboliques dans le contexte de leur évocation. Plus personne ne conteste aujourd’hui le rôle fondamental de l’évocation comme outil de la pensée. L’évocation ne consiste pas seulement à tenter de ressusciter les absents ou les disparus ou de donner libre cours à ses fantasmes, mais de tenir compte de l’impact des mots et des images sur l’environnement social, intellectuel ou écologique de la communication si la responsabilité et la visée de la pensée et de la parole ne consistent pas à provoquer, à stigmatiser, à manipuler. En effet, dans le champ social, pédagogique, politique et culturel, il n’y a pas une évocation, mais des évocations, des projets élaborés comme des constructions mentales à partir des objets de perception. Plus que la perception, le ressenti est chose intérieure, intime. Le pédagogue dans sa classe ne travaille pas sur des anonymes, mais sur des personnalités qui ont une histoire, un parcours, des projets, des imaginations, des désirs, mais aussi de fausses représentations. C’est avec eux et non contre eux qu’il  réalise sa vocation. Le journaliste, l’homme de religion, le médecin, l’agent social, le chef d’Etat sont des pédagogues au service de l’humain. S’ils oublient leur vocation et transgressent les règles de l’art de leur métier, ils finissent par se présenter vils et haïssables, même si les médias les font apparaître autrement.

L’humain est sacré. Toucher à sa vie, à sa dignité, à sa sécurité ou à sa croyance c’est provoquer la colère des Cieux et de la Terre.

S’il est donc irresponsable de jouer sur les sensibilités culturelles et religieuses, il est criminel de le faire en période de crise et d’exacerbations sociales ou politiques. Il ne suffit de pas proclamer sa « vérité », il faut être à l’écoute du comment elle devient ensemble d’évocations personnelles, intérieures à un individu, à une communauté. Il ne peut y avoir évocation, du latin evocare « appeler à soi, faire venir » que si l’esprit est mobile et ouvert.

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La mobilité et l’ouverture sont certainement les compétences de l’imagination lorsqu’elle est libérée des peurs, des stéréotypes, de la fascination, de l’hypnose et du vagabondage paresseux ou insouciant. Si l’évocation est un processus de libération par l’acquisition de la compétence d’éveil de la mémoire et de l’anticipation de la pensée focalisée sur la réalité qu’elle veut transformer ou comprendre, alors que l’hypnose est un processus négateur de la liberté car il vise à tenir quelqu’un sous son empire, sous sa domination, sous son influence. L’évocation n’est pas l’ensemble des réminiscences du vécu antérieur, mais le projet d’être, de penser et de faire, suscité par des informations visuelles et auditives. La liberté consiste à reconnaître à autrui le pouvoir d’évocation et par conséquent elle impose au producteur d’image et de paroles de respecter le processus mental et affectif par lequel le destinataire reçoit le message visuel et auditif. Occulter ce processus et le devoir de responsabilité qui lui est attaché c’est obligatoirement travailler pour le compte de la fascination, de l’anarchie et des atteintes à la liberté.

Si la réflexion critique est une activité d’éveil et de conscientisation, l’hypnose est un état de passivité, semblable à celui du sommeil, chez un sujet en partie conscient, mais devenu un objet manipulable par des manœuvres de suggestion ou par l’absorption de produits narcotiques. La personne hypnotisée est dans un état de passivité pendant lequel il subit le pouvoir de fascination qu’exerce sur elle un être, une idée, une image ou une chose. Fasciner, du latin fascinare « faire des charmes, des enchantements » est un déni de la réalité, une quête d’irréel. L’évocation est un projet de libération où l’être est le sujet agit pour son émancipation ou celle de son peuple. C’est par exemple Moïse. La fascination est une aliénation de fait ou un artifice contre le projet de libération. C’est le cas des magiciens de Pharaon. La fascination exige un pouvoir qui ne tient que par le mensonge et la dérive démiurge, elle exige la maîtrise de l’art et des techniques de fascination par les agents de fascination, elle exige aussi une disposition à être fascinable par l’éducation, la médiocrité de l’esprit, la paresse, l’intérêt…

Une civilisation qui se réclame de Jésus, mais qui s’autorise à le présenter, au nom de la liberté d’expression, sur le slip d’une pute (l’affiche du  film  la passion du Christ) peut montrer Mohammed sous une apparence plus monstrueuse. Accuser le metteur en scène ou le journaliste est une facilité qui masque les conditions socio politiques et idéologiques de la production marchande dans le domaine informationnel, artistique ou littéraire.  A ce niveau, le système doit être conséquent  avec ses principes et ses règles : mettre fin à tous les tabous et les assumer sans complexe. Chacun devrait avoir sa liberté totale et aucune limite ne serait tolérée. Malraux avait prédit la fin de cette civilisation pour qui « les dieux sont morts, mais les diables sont vivants » dans le sang, la drogue et le chaos c’est à dire à ce qui provoque l’ivresse et la fascination pour jeter l’humanité dans le néant. Cette civilisation n’a plus de pouvoir d’évocation, car elle n’a plus de projet. Elle se contente de se contempler dans son orgiasme (contraction post moderne de l’orgasme et de l’orgie) d’une foule invitée à la fête. Le moment festif ou l’existentiel d’un instant est non seulement présenté comme spirituel, mais réinitialisé par la reproduction et la rediffusion des images et du son jusqu’à apparaître comme une étendue et une durée de civilisation triomphante, d’une morale incontestable et irreversible. Comme il n’ y a pas de dialectique, de contradiction, pour évoluer vers plus de sens et davantage d’innovation afin de dépasser l’inachevé de la condition actuelle alors l’achevé, l’enfermé et  l’incontestable ne parviennent plus à cacher ni les déboires, ni la volonté de fabriquer des fantasmes qu’un rien viendrait pourtant ébranler :

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire

On peut rire des Prophètes

On peut rire des Prophètes, ils n’ont pas vocation à tuer ou à se venger. Il y a des lois sociologiques et historiques qui ont brisé  des civilisations plus fortes. Si la Providence devait anéantir tous Les atomes d’insouciance, de blasphème et

d’inconsistance la terre aurait été vidée de puis longtemps.Contrairement à ce qu’on croit, l’histoire humaine ne se réalise pas à coup de cataclysme comme elle ne se réalise pas selon le vouloir des hommes les plus puissants ou les plus bruyants. Elle a ses mécanismes et ses voies.  On peut se raconter inlassablement des histoires et dessiner des images, mais la question reste posée : pour quel projet, libérer par l’évocation ou fasciner par  l’aliénation. Le sens donné aux mots et aux image est déterminant pour le projet individuel ou social même si le statut et la verve du narrateur peuvent faire écran quelque temps. L’évocation est aussi rattachée au latin advocatio et ses déclinaisons : convoquer, appeler à soi, faire venir, Rassembler, donner délai, accorder répit, secourir, consoler… Il suffit de vouloir donner les moyens de penser, de lire, d’écrire et de vivre librement et dans la dignité pour  que chaque humain devienne l’advocatus (l’avocat) de la libération des opprimés qui donne vocation à la liberté d’expression. Lorsqu’on a compris le sens des mots et leurs implications on suit la voie pédagogique des Prophètes : appeler  à l’éveil de la conscience pour un choix libre et responsable. Les insensés peuvent se cacher derrière la religion, pour la dénigrer ou pour l’instrumentaliser, mais la question ontologique reste posée pour tous : qu’allons nous faire de nos intelligences, de nos savoirs, de nos talents, de nos vies dans un monde de plus en plus confus, incertain, entropique, indifférencié…

Moïse, Jésus et Mohammed ne doivent pas être vus uniquement sur le plan de la religion et de la foi, mais sur le plan global de la lutte de l’intelligence évocatrice du bien et du beau contre le système fondé sur l’aliénation. Devant une image, un discours, une idée, un phénomène il ne s’agit pas de prendre position d’adhésion ou de réfutation en se laissant influencer par l’affectif ou par la communication, mais de chercher la grille de construction et de se prononcer sur le pouvoir évocateur ou sur la capacité de fascination. L’esprit lucide et l’oeil vigilant parviennent à distinguer l’un de l’autre même si de prime abord ils semblent se confondre. Ils ne peuvent se confondre car ils sont antinomiques. Il faut oser déconstruire l’image et le discours et voir les liens qu’ils entretiennent avec l’idéologie, la géographie, l’économie, l’histoire, la politique, la mentalité collective et la succession des faits. Le cerveau humain dispose de toutes les ressources pour comprendre la globalité si on fait l’effort de lui restituer sa compétence à évoquer, à tisser des liens, à organiser. La fascination consiste justement à provoquer un éblouissement pour imposer « sa vérité ». La psychologie cognitive et la psychologie sociale au service des médias, des idéologies et des politiques permettent de jouer sur les registres mentaux, perceptifs et affectifs pour vendre de l’audience et de la marchandise en captivant l’attention, en cultivant les désirs, en suscitant les peurs, en mettant en scène les contrastes.

 Pygmalion

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La fascination est symboliquement représentée par le mythe de Pygmalion, roi de Chypre, célibataire misogyne, qui sculpta une statue dont il tomba amoureux. Il la nomme Galatée, l’habille et la pare richement. Follement épris de sa créature il demanda à la déesse Aphrodite de lui donner apparence humaine et une vie. Pygmalion finit par épouser sa statue incarnée et vivre sa passion. L’aspect édificateur du mythe est la mise en relief de l’inversion des rôles et du pouvoir séducteur et fascinant du regard de l’autre sur nous que nous-mêmes en retour du regard que nous lui portons. C’est un vieux mythe qui trouve une place de choix dans la modernité et la post modernité. Sublimé ou diabolisé, le regard d’empathie narcissique peut faire d’un vulgaire tronc d’arbre une femme belle et désirable alors que le regard du haineux peut transformer des fragments d’humanités blessés et humiliés en symboles de provocation, de diabolisation pour appeler le mépris et l’exclusion. La psychologie cognitive et la psychologie sociale peuvent produire l’effet Pygmalion pour magnifier ou son effet inversé pour stigmatiser. La psychologie sociale au service de la lutte idéologique fabrique par le procédé pygmalion ce que Malek Bennabi appelle « l’interlocuteur valide » et les « indigènes » médiocres et asservis ».

Tout les rapports de domination soumission sont construits sur l’ effet  et son inversion avec le paroxysme de la perversion : chacun se voit au travers de l’autre et chacun informe l’autre de ce qu’il veut entendre. Les peuples ne sont pas représentés selon leur caractère spécifique, mais selon les élites occidentalisées qui répondent aux désirs de l’Occident en salissant l’image de leur peuple, de leur religion, de leur histoire. L’Occident finit par prendre pour argent comptant les débilités de ses agents et ces derniers se mettent à copier les sources occidentales pour informer les occidentaux. Le serpent  se mord la queue, mais ce sont les peuples qui reçoivent le venin. Lorsque la tête est le colonisateur et la queue le colonisé le spectacle est cynique, mais il devient kafkaïen lorsque dans une extrémité il y a le pouvoir du système et dans l’autre les médias du système. Traditionnellement les médias avaient pour vocation d’informer le public sur les décisions du pouvoir, maintenant elles informent le pouvoir et lui dictent la règle à conduire alors que le pouvoir flirt avec ses médias pour leur suggérer des pistes, des audiences, des sondages, des opinions. C’est le grand désordre, comme dans les mafias, il y a partage de territoires, de zones d’influence, d’imposition de silence; comme dans les fins d’empire plus personne ne sait qui gouverne, ni  dans quelle direction, ni pourquoi la persistance impavide au suicide…

Les narratives ne peuvent compenser l’absence de cap, de boussole et de gouvernail. Les narrateurs peuvent montrer sur leurs cartes les points chauds du globe terrestre, mais ils ne peuvent pas envisager un instant de se poser la question la plus simple et la plus logique sur l’image que la France est en train de se construire dans le monde musulman. Un jour où l’autres les misérables qui gouvernent le monde musulman finiront par partir et la France contrainte de se trouver d’autres interlocuteurs. Et si on posait une petite question aux fabricants d’images et de narratives et à leurs pygmalions : Où est passé la grandeur de la France, son indépendance, son industrie, ses arts et sa culture ainsi que sa résistance à l‘occupation? N’est-ce pas que ceux qui président aujourd’hui à la gestion de ses Affaires étrangères, de son Commerce extérieur, de sa langue nationale et de son patrimoine culturel ont été les artisans directs de la liquidation de son industrie, des ses universités. Au moment où le démantèlement de la puissance de la France avait commencé, les musulmans qui semblent poser problème aujourd’hui n’étaient pas encore nés alors que leurs parents étaient esclaves sur les  routes,  les chantiers et les forges. Français réveillez-vous, ne soyez pas les otages des pygmalions.

En jouant sur le mental et l’affectif des autres pour fasciner, les  showbiz et les peoples, médiatique et politiques, se trouvent, inévitablement, amenés à s’auto-fasciner par leur propre montage et à vouloir jouer le rôle mythologique de Pygmalions comme acteur principal sans rival ni concurrent. Le système qui façonne les idiots utiles, les auxiliaires et les magiciens a pour règle de mettre en concurrence les pygmalions pour demeurer le seul et l’éternel Pygmalion. Dans cette spirale infernale de la fascination narcissique chacun, à tous les niveaux, se veut être le seul c’est à dire le seul regard narcissique qui fascine les autres. Il est donc obligé de dénigrer les apprentis, les maîtres et les pairs de la corporation des pygmalions. Chacun à son corps défendant se trouvera dans la posture de Midas le roi au bonnet d’âne ou dans celle de Pygmalion déchu

La tragédie grecque, experte en narrative,   montre le destin implacable et les jeux pervers des divinités de l’Olympe : Les deux filles née de l’union de Pygmalion avec son adorable sculpture Galatée eurent un comportement rebelle envers la déesse Aphrodite qui les châtia en allumant dans leur cœur le feu de l’impudicité. Après s’être assurée que les dégâts moraux et sociaux de la progéniture d’un amour hors norme leur ont fait perdre toute crédibilité et toute audience, Aphrodite transforma alors leurs corps en rochers inertes. Ils verraient alors leur propres mythe fondateur dans toute son étendue symbolique : La punition exemplaire et impitoyable des dieux cruels et vengeurs contre ceux qui cherchent à aimer ce qu’ils ont façonné de leurs mains ou de leurs regards. Chacun est libre de choisir son destin, celui de  pygmalion de circonstance ou celui d’homme libre sinon en voie de libération, s’il ne veut pas devenir otage du regard des autres. S’il prend la décision de se libérer, il va construire nécessairement les instruments de sa lucidité. S’il fait l’effort d’être lucide sans esprit partisan il finit par acquérir les réflexes de la libération : refuser la fascination et accepter l’effort d’évoquer autre chose que ce qu’on lui donne à voir à partir de sa propre perception visuelle et auditive de la réalité qu’il consent à observer vue sous plusieurs angles, par rapport à d’autres référentiels et dans d’autres dynamiques mentales. Il verrait la culture des faux syllogismes, comme Eugène Ionesco dans le pièce de théâtre Rhinocéros, il verrait les pathologies de « rhinocérite » intellectuelle, politique et médiatique.

Rhinocéros

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La rhinocérite est une maladie imaginaire contagieuse pour effrayer une société imaginaire. Cette maladie, symbole de l’absurde,  finit par atteindre tout le monde et  transformer chaque personne atteinte en rhinocéros. Elle  cause une apathie intellectuelle et rend les gens insensibles à autrui. Le malade se « prend la tête » et « perd la tête » dans les syllogismes fallacieux du totalitarisme qui l’a rendu inapte à lire et à raisonner. Prenant tout au  premier degré et au niveau le plus infantile, mais le moins innocent, il refuse l’entendement et le dialogue. Les esprits les plus instruits et les plus vigilant  y succombent :

« Le Logicien, au Vieux Monsieur.

Je vais vous expliquer le syllogisme.
Le Vieux Monsieur
Ah ! oui, le syllogisme !
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Le syllogisme comprend la proposition principale, la secondaire et la conclusion.
Le Vieux Monsieur
Quelle conclusion ?
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Voici donc un syllogisme exemplaire. Le chat a quatre pattes. Isidore et Fricot ont chacun quatre pattes. Donc Isidore et Fricot sont chats.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Mon chien aussi a quatre pattes.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Alors, c’est un chat.
Le Vieux Monsieur, au Logicien après avoir longuement réfléchi.
Donc, logiquement, mon chien serait un chat.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Logiquement, oui. Mais le contraire est aussi vrai.
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
C’est très beau, la logique.
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
A condition de ne pas en abuser…
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat.
Le Vieux Monsieur
Et il a quatre pattes. C’est vrai, j’ai un chat qui s’appelle Socrate.
Le Logicien
Vous voyez…
Le Vieux Monsieur, au Logicien.
Socrate était donc un chat !
Le Logicien, au Vieux Monsieur.
La logique vient de nous le révéler. »

 

La perte du sens par le galvaudage des mots

« Une civilisation démocratique ne pourra se sauver que si elle fait du langage de l’image un stimulant pour la réflexion critique, pas une invitation à l’hypnose ». Cette citation est celle de l’italien Umberto Eco,  professeur à l’Université de Bologne, président du centre international de sémiologie et d’études cognitives. Son expertise symbolique a été révélé par son best-seller mondial « Le Nom de la rose » où il est question d’enquête (du latin in quester : partir en quête du dedans qui forge le terme inquisition médiévale) sur une multitude de crimes dans un cadre et une démarche hautement symbolique. Umberto Eco explique le choix du titre par « la rose est une figure symbolique  tellement chargée de significations qu’elle finit par n’en avoir plus aucune ou presque ».

Les mots et les images sont fascinants, il faut s’en libérer pour leur redonner leur pouvoir évocateur et leur compétence de symboliser en tissant du lien subtil. Les mots liberté, démocratie et terrorisme devraient être redéfinis pour qu’ils aient un sens. Il ne peut y avoir de sens si l’évocation de l’humain est absente. Évoquer l’humain c’est  prendre garde à son sacré, inviolable. La liberté n’a aucun sens si sa finalité est de transgresser le sacré profane ou religieux. Le sacré n’a plus de caractère humain s’il s’impose contre la liberté. Pour résoudre le paradoxe de la hiérarchie et de la coexistence des valeurs il faut le respect. Par le respect on peut inviter autrui a partager, à connaitre et à échanger, mais en lui imposant  une « vérité » on manque de respect  à sa dignité inviolable. Ce ne sont pas ni des mots ni des images, mais des valeurs.

Ceci n’est pas une pipe

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Le pouvoir fascinant ou évocateur des mots et des images est bien illustré par le tableau du suréaliste Magritte « Ceci n’est pas une pipe » ou « trahison de l’image« . Nous sommes pris par le pouvoir des images que nous parvenons à confondre la réalité avec la représentation (imagée) de cette même réalité. Dire que que cette représentation n’est pas la réalité semble évident, mais en réalité ce n’est pas évident par l’imposition de cette image dans notre champ de perception. Au contraire, souligner cette évidence devient subversif. Michel de Foucault a saisi la force de la trahison de l’image et l’aspect subversif du texte qui la nie comme réalité puisque, pour lui, au moment où le texte vient souligner la négation de l’image, cette image a déja disparu du champ (visuel, sémantique…), mais lorsque on retrouve cette image, le texte a disparu ainsi que la réalité par qui l’image est représentée. La représentation visuelle ou textuelle ne peuvent cohabiter avec la réalité de ce qu’ils représentent. Ce ne sont que des abstractions réductrices ou négatrices de la réalité si jamais cette réalité venait à se manifester dans sa totalité à notre perception. Nous sommes en permanence en train d’interpréter ce qui se donne à voir. Selon le moment, la perspective, l’imaginaire ( le capital d’images mentales) et l’émotion du sujet, son imagination ( sa capacité de traiter et d’explorer l’imaginaire) à saisir la réalité n’est ni objective, ni globale, ni pérenne. Cette compétence d’appréhender la réalité et sa représentation est totalement subjective voire fallacieuse lorsqu’elle se fait en différé et par intermédiation qui amplifie ou réduit le sens qu’elle veut communiquer et non selon la réalité vraie. Michel de Foucault pressentait les dérives totalitaires qui pouvaient instrumentaliser la liberté d’expression en soulignant sa démarcation : « Je voudrais être un agitateur pour les réguliers, et parvenir à ce qu’on laissât s’exprimer les irréguliers.»

Margritte en faisant cohabiter l’image et le texte qui la récuse a sans doute exprimé les ambiguïtés de son époque et ses peurs sur la notre. Comme tout les surréalistes il était non seulement hostile à la guerre et au capitalisme, mais ouvert à la culture libertaire qui prône la rupture avec les conformismes, les idéologies, les morales et les religion. Il savait sans doute intuitivement que le capitalisme allait faire de l’image une machine de propagande et un instrument de guerre psychologique et qu’il allait instrumentaliser les idées nouvelles, somme toute des représentations du monde, pour réaliser davantage de profit, mener d’autres guerres, brimer la liberté et ravaler la création au rang de marchandise ou de publicité. Magritte ne nous a pas livré une fascination mise en tableau, mais une approche du réel qui ne se contente pas de déclarer ou de déclamer , mais d’en voir les constructions et les perspectives dans une démarche surréaliste qui consiste à  » bannir de l’esprit le « déjà vu » et rechercher le pas encore vu ». Cette démarche permet d’innover et d’inventer non seulement l’art, mais la liberté comme concept, comme praxis : « La liberté, c’est la possibilité d’être et non l’obligation d’être. »

Une société qui se veut démocratique doit donc rompre avec la fascination des images et le pouvoir magique de la narration. La liberté n’est pas d’imposer une lecture ou une adhésion , mais de défendre la vocation citoyenne et républicaine pour tous, celle qui permet à chacun de conserver son autonomie de penser et son droit d’interpréter sans mettre en péril la vie, l’intelligence, les croyances et de dignité d’autrui. La liberté et la démocratie c’est justement cette possibilité donnée à tous d’être différents et d’acquérir les compétences de leur virtualisation par laquelle l’humain devient artisan de son devenir, ferment de son émancipation, détenteur des ressources de son expression créative, semence de tous les devenirs possibles. Aucune limite à ce devenir sinon par le travail, le talent et le libre choix. Pour un intellectuel comme pour un artiste la question ne se pose pas en termes de devoirs et d’imposition, mais en termes de créativité et de possibilité c’est à dire en termes d’ouverture sur l’avenir, sur l’humanité plurielle, sur la différenciation des vouloirs et des compétences sans limitations à un moment, à un lieu ou à une mentalité.

Ouverture et mouvement

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L’image, la narration, comme toute oeuvre d’art, doit rester ouverte c’est à dire apte à produire de l’interprétation libre, de la construction de nouveaux sens sans perdre son caractère originel et original qui fait sa singularité et sa richesse. Il en est de même des communautés. La création et l’interprétation artistique comme la vie la plus banale ne peuvent s’accomplir en niant la loi de l’harmonie :  » la diversité dans l’unité et l’unité dans les variation  » qui exige le respect d’un commun dessein et le respect des perspectives multiples dans ce dessein si ce dessein à vocation à l’universel c’est à dire à être compris et partagé par tous les hommes. Au niveau humain, l’universel n’a de sens que s’il admet les limites de sa dimension limitée et l’inachevé de son oeuvre car c’est la limite et l’inachevé qui impulsent la quête de partager, d’échanger et de faire fructifier ses différences, sa singularité, ses idées, ses valeurs. C’est l’inachevé qui impose l’« ouverture » c’est à la dire la collaboration culturelle, sociale, intellectuelle, économique et politique de tous. C’est l’ouverture qui crée le mouvement et vice versa. La fonction du symbole est de de réunir dans un mouvement et par un mouvement des choses séparées et pouvant ou devant se réunir. L’intelligence du mouvement et de l’ouverture commande de s’interroger sur la séparation, la distance et les circonstances pour les réparer et faire les soudures et ainsi prendre un nouvel élan, une nouvelle ouverture où chacun serait un nouveau centre et un nouveau rayon le plus conforme à ses possibilités et à ses aspirations. Fermer, s’enfermer, s’immobiliser c’est provoquer d’autres césures, d’autres déchirements.

Umberto Eco a parfaitement bien situé l’équation symbolique de l’ « ouverture » dans ses travaux sur la beauté et la perception esthétique en musique, en littérature ou en peinture. Il a souligné que l’ utilisation du symbole est l’expression la plus contemporaine de l’indéfini parce qu’étant ouverte à des réactions et à des interprétations toujours nouvelles. C’est la compétence de symboliser qui virtualise la créativité car elle n’épuisent aucune partie des possibilités d’une oeuvre, d’un homme, d’une idée, d’une communauté. Tout est sujet à réflexion. La créativité exige de se soumettre à l’analyse critique, c’est à dire de s’ouvrir à une perpétuelle remise en question de ses valeurs et de ses certitudes. L’achevé et le fini sont bornés par leurs certitudes et la répétition de leurs fausses représentations. Souvent c’est la panne en matière de projet et de renouvellement qui se manifeste lorsqu’on répète inlassablement ses dogmes et ses récits. Voir au delà de son clocher ou de sa porte exige un changement de perspective, de paradigme, de posture. C’est le début du mouvement.

Marcher en foule pour se défouler est une catharsis sociale, sympathique, respectable si elle accompagne ou annonce une remise en cause de ses habitudes, de ses peurs, de sa finitude, de son achèvement et de son agonie dans les vieux clichés. C’est dans la tête qu’il faut marcher, c’est l’histoire qu’il faut explorer, c’est la vérité qu’il faut chercher. Pour cela il faut arrêter de gesticuler pour trouver le temps et les idées de donner du sens aux gens et  mettre de l’ordre dans la Cité. On peut donner l’impression d’un ordre symbolique en confondant l’emblème de propagande avec le symbole d’unité, mais le regard avisé voit dans l’image qui s’offre à lui le désordre. Comment ne verrait-il pas le désordre alors que cette image recèle en elle plusieurs focales qui vont rendre impossible la lecture et l’adhésion plus grand nombre. Comment créer l’ordre alors que la terrorisation médiatique et politique créé le désordre psychologique et invite les communautés à se déchirer. Comment créer de l’ordre alors que les Français qui se sont habitués à l’image d’un pays effacé après des siècles de gloire et qui refait surface à travers une image tragique, mais rendue  fascinante et totalisante, vont se trouver impliqués dans des guerres qui ne leur apporteront ni la paix, ni la sécurité ni la prospérité ni l’unité. L’ordre dans la cité ou l’ordre citoyen est semblable à l’ordre de l’image du modernisme : désordre sur désordre pour saper les intelligences et la vertu et instaurer les règles du jeu satanique : avilir l’humain et bannir de sa conscience l’idée du beau et le sens du juste. Le désordre non seulement nie le sacré, mais il veut être le sacré qui fixe les normes, les valeurs, le goût, l’opinion, l’émotion, l’appartenance, l’identité…

Tout est en devenir. Seuls l’inerte, l’immobile, le fini et le médiocre sont achevés. Non seulement ils sont achevés, mais ils sont « infinis » dans le sens où plus rien ne peut les contenir et ils ne peuvent être des contenant pour ce qui est en expansion, en devenir, en mouvement, en expression de difference. Quel est l’espace ou la surface qui va contenir le néant. Quelle est la terre qui va porter le disparu. L’équation du vivant et la pensée pour le vivant restent inachevées et toujours d’actualité quelque soit le lieu, le temps et les conditions sociales. Lorsque l’homme, individu ou communauté, gouvernant ou gouverné, religieux ou athée, savants ou ignorant, se croit qu’il est infini, parfait, universel, norme, alors il révèle toute sa vulnérabilité et toute son impuissance ou son narcissisme et sa perversion. La post modernité tente de mettre fin à l’univocité et à l’irreversibilité qui ont marqué la modernité par l’introduction de la culture de la différence et du pluralisme, de nomadisme des identités, de fédération des communautés sur des intérêts partiels, de plasticité du temps informatique, de la vitesse de commutativité des connexions, de la mise en réseau des connaissances et des ressources, de l’immatérialité des supports, mais les élites politiques et médiatiques vivent encore à l’époque des deux guerres qui a coïncidé avec l’émergence de l’hyperpuissance américaine et son arsenal de consentement idéologique. Alors que l’universel post moderne était rendu possible par la technologie et les connaissances, l’ethnocentrisme occidental avec son exclusivisme et ses exclusions refait surface. Ses élites ont du mal à comprendre le sens de la liberté en dehors de leur vision limitée à la subordination et à la soumission. Le caractère différentiel du monde et la différenciation des êtres et des choses de la post modernité ne peuvent être assimilés par des esprits formatés par l’indifférenciation à l’égard du reste du monde.

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L’esprit occidental a inventé les outils techniques et les procédés technologiques de la post modernité qui a capitalisé tous les savoirs d’ailleurs et d’antérieur, mais il demeure sur le plan idéologique réfractaire à la grande ouverture symbolique vers l’universel, car il entretient une confusion entre lui-même et l’universel tout en refusant, par confort et conformisme, de s’inscrire dans le mouvement et l’ouverture. Il s’enferme et ferme la porte aux autres avec tous les dangers psycho sociaux et psycho politiques de l’enfermement médiatique et du sectarisme idéologique. Ils peuvent prendre les apparences verbales et iconiques de la subversion post moderne intellectuelle et artiste, mais ils ne peuvent revendiquer l’idée de René Magritte :

« La valeur réelle de l’art est en fonction de son pouvoir de révélation libératrice. »

Ni celle d’Umberto Eco :

« Une civilisation démocratique ne pourra se sauver que si elle fait du langage de l’image un stimulant pour la réflexion critique, pas une invitation à l’hypnose »;

Comment va-t-elle se sauver alors qu’elle pratique la trahison de la parole, de l’image, des valeurs… Pour s’en convaincre il suffit de lire, de voir et d’écouter, dans les médias et les politiques, ce qui fascine le lecteur, captive l’auteur et mobilise l’audience : lamentable, ridicule et offensant.

Trahison des images et mystère

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Magritte continue de nous dire qu’il ne s’agit  ni de pipe au singulier ou au pluriel, ni de leur couleur, ni de leur dimension, ni de leur rapport à l’espace, mais de notre regard. C’est notre regard intérieur qu’il faut éduquer et qu’il faut aiguiser au lieu de se focaliser sur l’extérieur à soi. Si

Le lecteur attentif aura compris que toute référence à l’actualité n’est que fiction et fortuité. Il aura surtout compris que le choix des auteurs et des oeuvres cités est une volonté de montrer l’ambiance de guerre, d’avant guerre et d’après guerre qui a fait émerger le questionnement et la créativité géniteurs. Nous sommes dans une ambiance guerrière qu’il faut dénoncer. Tous ces auteurs et leurs oeuvres expriment aussi l’angoisse et les rêves du monde occidental. Apollinaire à cheval entre le surréalisme et le symbolisme pressentait avec joie le potentiel de l’art que permettait le progrès technique, mais il ressentait l’inquiétude qu’il en devienne otage :

C’est aux poètes à décider s’ils ne veulent point entrer résolument dans l’esprit nouveau, hors duquel il ne reste d’ouvertes que trois portes: celle des pastiches, celle de la satire et celle de la lamentation, si sublime soit-elle.

Les merveilles nous imposent le devoir de ne pas laisser l’imagination et la subtilité poétique derrière celle des artisans qui améliorent une machine.

L’on peut prévoir le jour où, le phonographe et le cinéma étant devenus les seules formes d’impression en usage, les poètes auront une liberté inconnue jusqu’à présent. 

Apollinaire le chantre de la modernité ne pouvait imaginer la puissance des deux outils de la post modernité : la socialité et la viralité. Il s’agit de disposer des connexions inter réseaux sociaux pour diffuser des messages, des slogans, des rumeurs, des publicités, des rendez-vous à l’échelle planétaire. Derrière la spontanéité apparente se cache un mécanisme des plus sournois et des plus efficace: l’industrialisation de la fédération des communautés qui n’ont pour valeur que de partager l’instant d’être ensemble avec pour conséquence bien entendu de consommer la même chose, de penser à l’identique. L’industrialisation repose sur des architectes fédérateurs qu’on appelle les leaders d’opinion qui ont pour vocation de captiver, de mettre en réseaux, de saisir les opportunités, de faire prendre la sauce. L’usager croit utiliser sa liberté d’informer et son devoir de savoir alors qu’il est devenu informateur, délateur, amplificateur de ce qui aliène sa liberté et celle des autres. Pour comprendre comment une image simple a pu faire le tour de la planète et susciter tant d’émotions et de si grand rassemblement il faut accepter l’idée qu’il y a du talent, mais ce talent serait un pipi de chat s’il n’y avait pas le trust des agences de communication détenues par les magnats de la Finance à New York, Paris, Tokyo, Londre et Milan.

Ce sont les mêmes qui détiennent la publicité, la mode, le cosmétique, les magazines, le cinéma et Internet en plus du pétrole, des banques et de l’armement. Leurs états-majors sont mobilisés comme des équipes de guerre autour de compétences de communication, de sémiologie, de psychologie et de finances qui façonnent l’air du temps sinon ils s’en inspirent bien avant que celui-ci ne s’impose dans la réalité mondaine. Les rigolos qui viennent nous distraire sur les plateaux de télévision sont les bonimenteurs du capitalisme. Celui-ci est une machine qui gagne des  sous en  fourguant de la fausse monnaie culturelle et intellectuelle à côté des armes de destruction.  Si la technologie permet de dupliquer, de cloner, de diffuser sans limite de temps et d’espace, c’est la communication, la psychologie et la sociologie qui modélisent les comportements. La bataille du futur se joue déjà à ce niveau c’est à dire quel potentiel d’imagination développer et pour quel usage. Le leurre serait de croire que la technique suffit. Eugène Ionesco nous a montré comment la casuistique pseudo intellectualiste ouvre la porte au fascisme,  à l’intégrisme et à la guerre.

L’intelligence, la justice, la liberté peuvent et doivent apporter les réponses sensées pour que les insensés ne transforment pas le malheur de quelques uns en enfer pour tous. Ils doivent mettre tous les éléments du puzzle ensemble pour saisir la globalité du mystère et ne pas tomber dans le piège de la trahison. C’est sans doute ce à quoi Magritte nous invite dans sa composition « mystère » sur la représentation du  réel et de son modèle d’inspiration.

Observer une oeuvre d’art, lire un livre, écouter un discours est le même processus si on fait abstraction de l’émotion. En regardant « Mystère » le projet d’évocation à partir d’images simples se met en brouillon : Où est la vérité ? Où est la réalité ? Qui est l’inspirateur ? Qui représente quoi ? Que signifie cela ? Cela nous pousse donc à relire le tableau « trahison de l’image » et à nous poser de nouveau la question sur « ceci n’est pas une pipe », s’agit-il de la réfutation que la représentation du réel puisse être le réel ou que chacun est libre de représenter ce qu’il veut s’il se libère du réel que lui livre la figuration immédiate pour s’investir dans un projet d’évocation. Le projet d’évocation n’est pas seulement intellectuel, il est aussi affectif et imaginatif en fonction des référents culturels, religieux, idéologiques et sociaux, mais aussi de ses désirs et de ses frustrations, de ses préoccupations, de sa propre quête… Ainsi l’un s’attachera aux courbes de la pipe, l’autre à son usage, l’autre à ses effets, l’autre à sa couleur, l’autre aux métiers qui s’y rattachent… Il est impossible de trouver des projets d’évocation similaires. L’image lorsqu’elle a vocation pédagogique elle est éducatrice, formatrice, libératrice par sa compétence d’évocation. Lorsqu’elle devient fascination, elle se transforme en corruption, en inquisition, en imposition.

Le mouvement qui se proclame avant-gardiste, en faisant la jonction avec l’atlantisme et  le sionisme, est devenu corrupteur faisant de la liberté, de la démocratie, de la culture son cheval de Troie pour saper ce qui lui résiste ou lui apporte la contradiction. Le modernisme a rompu avec l’esprit moderne des créatifs hostiles à la guerre, à l’idéologie et au capitalisme pour devenir une machine de guerre contre ce qui donne finalité, sens et beauté à la vie. Ce courant n’a jamais admis l’esprit de résistance du Général De Gaule et de son ouverture au monde arabe.

Si la vérité pour la justice est une chose elle est tout autrement pour les mathématique et la physique chimie. Cette vérité est encore plus complexe pour l’artiste et le philosophe, car il ne peut l’enfermer dans des lois, des jugements, des axiomes. Sa vocation est  de produire du sens en donnant à autrui la liberté  d’interpréter sans restreindre ses possibilités de lecture, tout au plus il peut aider le regard à se déplacer ou à le solliciter. Les intellectuels et artistes trahissent  lorsqu’ils  substituent au mystère de l’art une vérité imposée par les marchands. Magritte nous montre bien que lorsqu’une représentation s’impose comme « je suis » alors qu’elle n’est pas, elle devient un dogme, une doxa idéologique d’exclusion, une  religion d’inquisition.

 

 

Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie »

Shlomo Sand est historien israélien, vivant actuellement en France. 
Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ?
Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j’avais vues bien antérieurement, m’étaient apparues de mauvais goût ; seule une minorité d’entre elles me faisaient rire. Mais, là n’est pas le problème ! Dans la majorité des caricatures sur l’islam publiées par l’hebdomadaire, au cours de la dernière décennie, j’ai relevé une haine manipulatrice destinée à séduire davantage de lecteurs, évidemment non-musulmans. La reproduction par Charlie des caricatures publiées dans le journal danois m’a semblé abominable. Déjà, en 2006, j’avais perçu comme une pure provocation, le dessin de Mahomet coiffé d’un turban flanqué d’une grenade. Ce n’était pas tant une caricature contre les islamistes qu’une assimilation stupide de l’islam à la terreur ; c’est comme si l’on identifiait le judaïsme avec l’argent !
On fait valoir que Charlie s’en prend, indistinctement, à toutes les religions, mais c’est un mensonge. Certes, il s’est moqué des chrétiens, et, parfois, des juifs ; toutefois, ni le journal danois, ni Charlie ne se seraient permis, et c’est heureux, de publier une caricature présentant le prophète Moïse, avec une kippa et des franges rituelles, sous la forme d’un usurier à l’air roublard, installé au coin d’une rue. Il est bon, en effet, que dans la civilisation appelée, de nos jours, « judéo-chrétienne », il ne soit plus possible de diffuser publiquement la haine antijuive, comme ce fut le cas dans un passé pas très éloigné. Je suis pour la liberté d’expression, tout en étant opposé à l’incitation raciste. Je reconnais m’accommoder, bien volontiers, de l’interdiction faite à Dieudonné d’exprimer trop publiquement, sa « critique » et ses « plaisanteries » à l’encontre des juifs. Je suis, en revanche, formellement opposé à ce qu’il lui soit physiquement porté atteinte, et si, d’aventure, je ne sais quel idiot l’agressait, j’en serais très choqué… mais je n’irais pas jusqu’à brandir une pancarte avec l’inscription : « je suis Dieudonné ».
En 1886, fut publiée à Paris La France juive d’Edouard Drumont, et en 2014, le jour des attentats commis par les trois idiots criminels, est parue, sous le titre : Soumission, « La France musulmane »de Michel Houellebecq. La France juive fut un véritable « bestseller » de la fin du 19ème siècle ; avant même sa parution en librairie, Soumission était déjà un bestseller ! Ces deux livres, chacun en son temps, ont bénéficié d’une large et chaleureuse réception journalistique. Quelle différence y a t’il entre eux ? Houellebecq sait qu’au début du 21ème siècle, il est interdit d’agiter une menace juive, mais qu’il est bien admis de vendre des livres faisant état de la menace musulmane. Alain Soral, moins futé, n’a pas encore compris cela, et de ce fait, il s’est marginalisé dans les médias… et c’est tant mieux ! Houellebecq, en revanche, a été invité, avec tous les honneurs, au journal de 20 heures sur la chaine de télévision du service public, à la veille de la sortie de son livre qui participe à la diffusion de la haine et de la peur, tout autant que les écrits pervers de Soral.
Un vent mauvais, un vent fétide de racisme dangereux, flotte sur l’Europe : il existe une différence fondamentale entre le fait de s’en prendre à une religion ou à une croyance dominante dans une société, et celui d’attenter ou d’inciter contre la religion d’une minorité dominée. Si, du sein de la civilisation judéo-musulmane : en Arabie saoudite, dans les Emirats du Golfe s’élevaient aujourd’hui des protestations et des mises en gardes contre la religion dominante qui opprime des travailleurs par milliers, et des millions de femmes, nous aurions le devoir de soutenir les protestataires persécutés. Or, comme l’on sait, les dirigeants occidentaux, loin d’encourager les « voltairiens et les rousseauistes » au Moyen-Orient, apportent tout leur soutien aux régimes religieux les plus répressifs.
En revanche, en France ou au Danemark, en Allemagne ou en Espagne où vivent des millions de travailleurs musulmans, le plus souvent affectés aux tâches les plus pénibles, au bas de l’échelle sociale, il faut faire preuve de la plus grande prudence avant de critiquer l’islam, et surtout ne pas le ridiculiser grossièrement. Aujourd’hui, et tout particulièrement après ce terrible massacre, ma sympathie va aux musulmans qui vivent dans les ghettos adjacents aux métropoles, qui risquent fort de devenir les secondes victimes des meurtres perpétrés à Charlie Hebdo et dans le supermarché Hyper casher. Je continue de prendre pour modèle de référence le « Charlie » originel : le grand Charlie Chaplin qui ne s’est jamais moqué des pauvres et des non instruits.
De plus, et sachant que tout texte s’inscrit dans un contexte, comment ne pas s’interroger sur le fait que, depuis plus d’un an, tant de soldats français sont présents en Afrique pour « combattre contre les djihadistes », alors même qu’aucun débat public sérieux n’a eu lieu en France sur l’utilité où les dommages de ces interventions militaires ? Le gendarme colonialiste d’hier, qui porte une responsabilité incontestable dans l’héritage chaotique des frontières et des régimes, est aujourd’hui « rappelé » pour réinstaurer le « droit » à l’aide de sa force de gendarmerie néocoloniale. Avec le gendarme américain, responsable de l’énorme destruction en Irak, sans en avoir jamais émis le moindre regret, il participe aux bombardements des bases de « daesch ». Allié aux dirigeants saoudiens « éclairés », et à d’autres chauds partisans de la « liberté d’expression » au Moyen-Orient, il préserve les frontières du partage illogique qu’il a imposées, il y a un siècle, selon ses intérêts impérialistes. Il est appelé pour bombarder ceux qui menacent les précieux puits de pétrole dont il consomme le produit, sans comprendre que, ce faisant, il invite le risque de la terreur au sein de la métropole.
Mais au fond, il se peut qu’il ait bien compris ! L’Occident éclairé n’est peut-être pas la victime si naïve et innocente en laquelle il aime se présenter ! Bien sûr, il faut être un assassin cruel et pervers pour tuer de sang-froid des personnes innocentes et désarmées, mais il faut être hypocrite ou stupide pour fermer les yeux sur les données dans lesquelles s’inscrit cette tragédie.
C’est aussi faire preuve d’aveuglement que de ne pas comprendre que cette situation conflictuelle ira en s’aggravant si l’on ne s’emploie pas ensemble, athées et croyants, à œuvrer à de véritables perspectives du vivre ensemble sans la haine de l’autre.
Shlomo Sand
Traduit de l’hébreu par Michel Bilis, publié par l’UJFP
source :  http://www.npa2009.org/idees/schlomo-sand-je-ne-suis-pas-charlie

De Charlie Hebdo à l’islamophobie d’Etat

Comité Action Palestine (janvier 2015)

« La dictature n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise ». Bertolt Brecht

Le Comité Action Palestine condamne fermement l’assassinat comme mode d’action politique et défend la liberté d’expression. Charlie Hebdo avait le droit d’exprimer son opinion même si elle était nauséabonde et d’une vulgarité sans nom. Mais cette liberté d’expression ne peut être à géométrie variable, elle est un principe. C’est ce principe que le Comité Action Palestine a toujours défendu dans le cadre de son action, et c’est au nom de ce principe qu’il avait dénoncé les interdictions des spectacles de l’humoriste Dieudonné. Or on  constate que l’Etat français la défend dans le cas de Charlie Hebdo alors qu’ il n’a pas hésité à censurer Dieudonné et interdire les manifestations dénonçant les massacres sionistes à Gaza en juillet 2014. Devons-nous en conclure que la liberté d’expression s’arrête là où commence l’Etat d’Israël ? La présence à la manifestation parisienne du dimanche 11 janvier 2015 de plusieurs dirigeants de l’entité sioniste répond sans ambiguïté  à cette question.

Mais au-delà de cette clarification sur les principes, Il faut prendre la mesure des événements actuels. Suite aux « attentats de Charlie Hebdo », on assiste à une manœuvre politique d’une ampleur inégalée qui prend la forme d’une mobilisation de masse et d’une propagande médiatique à grande échelle. Les objectifs de cette manœuvre commencent à apparaitre clairement. Dans une situation de crise économique extrême, il s’agit de décomplexer l’islamophobie qui a été instillée dans la société française depuis des années ; de créer la division et un état de tension permanent entre la minorité musulmane et le reste de la population ; de préparer la répression de cette minorité musulmane notamment à travers un arsenal juridique ; de créer une identification entre la situation d’Israël et celle de la France et justifier la répression de l’antisionisme. Le but est clairement d’empêcher toute contestation sociale et politique et expression de solidarité avec le peuple palestinien. Pour la minorité musulmane, les options qui lui restent à l’avenir ne sont pas nombreuses : se soumettre, émigrer ou s’organiser.

Le Comité Action Palestine appelle à la vigilance et invite urgemment les musulmans à s’organiser et à résister à la répression qui s’annonce.

 

source : http://www.comiteactionpalestine.org/word/de-charlie-hebdo-a-lislamophobie-detat/

 

Pourquoi je ne suis pas Charlie

Peter Dale Scott

En tant que Canadien, je crois en la liberté d’expression, mais pas comme étant une liberté absolue. Je la conçois plutôt comme une valeur sociale qui doit être réconciliée avec d’autres normes essentielles dans la vie en société, telles que la tolérance et le respect.

En Occident, d’influents politiciens et faiseurs d’opinion, suivis par un nombre sans cesse croissant de citoyens, exigent des musulmans qu’ils nous tolèrent et nous respectent. Néanmoins, en tant qu’occidentaux, nous devons collectivement apprendre à les tolérer et à les respecter nous-même – un apprentissage qui, visiblement, prendra beaucoup de temps.

D’un autre côté, je me suis totalement engagé – depuis maintenant cinq décennies – dans la promotion de la non-violence en tant que vecteur de changement social. Ainsi, il va sans dire que je regrette profondément et que je condamne totalement les attentats inhumains perpétrés à Charlie Hebdo – ainsi qu’à Montrouge puis à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Cependant, je ne clamerai pas que «je suis Charlie». Au contraire, et je l’affirme catégoriquement, je ne suis pas Charlie !

Bien entendu, nous ne pouvons pas mettre au même niveau ces attentats atroces et les caricatures irresponsables de ce journal, que le Président Chirac avait d’ailleurs critiquées en 2006 comme étant des « provocations manifestes ». Publiées dans le contexte de l’après-11-Septembre et du « choc des civilisations », la surenchère médiatique qu’elles ont alimentée ne peut que favoriser la radicalisation – comme bien d’autres scandales inutiles et récurrents autour de l’Islam –, alors que l’on a cruellement besoin d’apaisement. D’autant plus que l’Occident, et pas seulement Charlie Hebdo, a beaucoup à se faire pardonner envers les populations musulmanes : massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, coup d’État de la CIA en Iran, guerre d’Algérie, massacre du 17 octobre 1961 à Paris, soutien des dictatures égyptiennes, pakistanaises, qataries, saoudiennes (etc.), guerres d’Irak, d’Afghanistan et de Libye, déstabilisation de la Syrie, guerre économique contre l’Iran, islamophobie surmédiatisée depuis le 11-Septembre, tortures de masse dans les prisons secrètes de l’US Navy, de la CIA et de certains pays alliés, kidnappings illégaux et détentions arbitraires, profanations du Coran par des extrémistes…

C’est pourquoi je ne peux que regretter ce ralliement hâtif et irréfléchi au phénomène « Je suis Charlie », sachant que le genre de mentalité irrespectueuse promue par ce journal a provoqué la mort de tant d’innocents – comme nous le rappelle notamment l’exemple des Versets sataniques de Salman Rushdie. Il ne s’agit pas de céder aux exigences des intégristes, mais de considérer que certains abus récurrents de la liberté d’expression peuvent exacerber un climat de tension conduisant à l’instabilité, à la haine, voire à la guerre civile. Si nous ne combattons pas sans relâche le péril islamophobe, les conséquences de son développement risquent d’écourter bien d’autres vies. Il en va de même pour la lutte contre l’antisémitisme, un fléau qui perdure et qui – dans les années 1930 – s’est progressivement banalisé jusqu’à engendrer le meurtre de millions d’innocents. Ne l’oublions jamais  !

J’aime énormément la France, et j’ai visité avec bonheur la plupart de ses départements. Néanmoins, je suis conscient que cette nation, depuis avant même la Révolution française, a été profondément divisée sur le plan culturel – ce qui a conduit à de nombreux excès, tels que la France de Vichy dans les années 1940. Selon moi, et en particulier dans notre monde post-11-Septembre, Charlie Hebdo est l’un des symptômes d’un autre excès collectif, enraciné dans des comportements sociaux irresponsables de provocation permanente envers les populations arabo-musulmanes – pour ne pas dire de haine pure et simple.

Au lendemain de ces attentats, je me réjouis des manifestations historiques du 11-Janvier, et de ces millions de citoyens marchant pacifiquement contre le terrorisme et pour la Liberté. Néanmoins, dans un contexte de tensions exacerbées, je vous encourage à vous mobiliser également en faveur des populations menacées par une islamophobie insidieuse et médiatiquement omniprésente, qui se généralise dangereusement depuis un funeste matin de septembre 2001. Ne tombons pas dans le piège mortifère du «choc des civilisations».

*  Peter Dale Scott

Universitaire, poète, docteur en Sciences politiques, activiste antiguerre, ancien diplomate canadien et auteur de La Route vers le nouveau désordre mondial et de La Machine de guerre américaine. Expert dans les domaines des opérations secrètes et du trafic de drogue international, Peter Dale Scott est l’un des principaux auteurs/chercheurs en matière de « Parapolitique »8 (ayant écrit une dizaine d’ouvrages dans ce domaine depuis 19729) ou de ce qu’il appelle la « Politique profonde » — qu’il définit comme étant « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement critiquées ou passées sous silence dans le discours public plus qu’elles ne sont reconnues »10. Roger Morris, ancien membre du Conseil de sécurité nationale des États-Unis sous les présidences de Lyndon Johnson et de Richard Nixon, a dit de Peter Dale Scott qu’il est « […] l’un des écrivains politiques et historiques les plus brillants, créatifs et intellectuellement stimulants du dernier demi-siècle. Son dernier ouvrage La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, réaffirme la singularité de cet auteur visionnaire et défenseur de la vérité. »

Article coécrit avec son traducteur français Maxime Chaix.

Maxime Chaix /

Chercheur indépendant, diplômé de Masters en Langues étrangères, en Sciences politiques et en Droit international.

 

Source : http://www.dedefensa.org/article-pourquoi_je_ne_suis_pas_charlie_15_01_2015.html

La reconnaissance d’un Etat palestinien : un marché de dupes !

Plusieurs Etats européens s’apprêtent à reconnaître symboliquement un Etat palestinien. On peut se demander quelle motivation anime aujourd’hui ces Etats alors qu’aucun d’entre eux n’a eu le moindre geste symbolique pour dénoncer les massacres commis par les sionistes à Gaza au cours de l’été 2014.

 

Dans les médias occidentaux, on nous présente cette initiative partie de Suède comme un enjeu majeur vers le règlement du conflit. Pourtant un Etat palestinien est déjà reconnu par l’immense majorité des pays du monde, sans que cela ne change absolument rien sur le terrain. Il semble alors nécessaire de s’interroger sur la signification d’une telle démarche de la part de quelques ex-puissances coloniales, qui soutiennent de manière fervente le sionisme et l’Etat d’Israël. Il faut aussi se demander pourquoi maintenant et quelles peuvent en être les conséquences.

 

Mais d’abord de quel Etat parle-t-on ? L’ « Etat palestinien » que s’apprêtent à reconnaître quelques Etats européens est un territoire aux frontières non définies englobant une portion minime du territoire de Palestine, sans aucune souveraineté, sous occupation militaire et truffé de colonies toujours plus nombreuses où sont installés près de 600 000 colons juifs. C’est un territoire administré par des dirigeants illégitimes et corrompus, non élus et non mandatés par le peuple palestinien pour négocier sur ce point sans tenir compte des revendications nationales. Il s’agit de donner le statut d’Etat à des portions de territoire sous administration de l’Autorité Palestinienne, donnant ainsi l’illusion que le processus d’Oslo a eu quelques effets bénéfiques. Mais quid d’al-Quds comme capitale, chaque jour plus isolée du reste de la Cisjordanie en raison de la colonisation galopante. Quid du retour des réfugiés, du démantèlement des colonies, de la libération des prisonniers politiques, lors de la reconnaissance de cet Etat fantôche? Nul ne le sait.

 

Par cette démarche, l’Europe croit encore pouvoir ressusciter un « processus de  paix » mort depuis longtemps et sauver l’Etat sioniste avant qu’il ne soit trop tard. Cette entité est la base avancée de l’impérialisme dans la région et tout doit être mis en œuvre pour protéger son existence. Les déclarations des dirigeants politiques, notamment en France, sont claires. Ils agissent pour la « sécurité d’Israël ». Cette reconnaissance vise aussi à apporter un soutien à Mahmoud Abbas et à ses acolytes collaborationnistes de l’Autorité Palestinienne qui se trouvent dans une posture particulièrement défavorable après la victoire de la résistance armée à Gaza.

 

Effectivement il n’est pas anodin que cette reconnaissance (ou non) apparaisse actuellement comme une priorité dans l’agenda politique des Etats européens alors que cette question n’avait pas engendré de réaction majeure de leur part lorsqu’ elle avait été soumise à l’ONU en 2011. Il faut dire que la situation sur le terrain a bien changé. Depuis cette date, l’entité sioniste s’est particulièrement affaiblie. Elle a multiplié les échecs militaires face à la résistance palestinienne qui a quant à elle, intensifié sa force de frappe, comme elle a pu le montrer au cours de l’été 2014. Jamais auparavant, l’entité sioniste n’avait été déstabilisée à ce point par la résistance. Il semble par ailleurs que la volonté d’unité palestinienne n’ait jamais été aussi forte que maintenant. Le peuple est unanimement aux côtés de la résistance armée et la coordination des organisations de la résistance a montré son efficacité sur le plan militaire, même si cela a du mal à se traduire pour l’instant en acquis politiques. En réponse à la poursuite de la colonisation sioniste en Cisjordanie, à la judéisation galopante d’al-Quds et aux menaces sur la mosquée al-Aqsa, la jeunesse palestinienne n’a plus rien à perdre face à l’occupant. Elle est déterminée à résister à la dépossession par tous les moyens à sa disposition. De plus, les puissances occidentales n’ont pas réussi à venir à bout des pays qui leur résistent comme l’Iran et la Syrie, ou des mouvements de résistance comme le Hezbollah libanais. La vitalité actuelle de la résistance palestinienne à Gaza, mais aussi l’éventualité d’une nouvelle Intifada en Cisjordanie et à al-Quds, représentent une menace centrale pour le camp impérialiste dans la région. Tout doit être mis en oeuvre pour empêcher la résistance de se structurer et d’agir.

 

Mais les considérations de politiques étrangères n’expliquent pas à elles seules la démarche. Au cours de l’été 2014, les Etats européens ont pu mesurer une nouvelle fois le fossé entre leur soutien indéfectible à l’entité sioniste et l’immense solidarité populaire envers la résistance palestinienne, exprimée notamment par les populations arabo-musulmanes. Ce fut particulièrement le cas en France où le gouvernement socialiste a interdit plusieurs manifestations de soutien et continue à menacer des militants de la cause palestinienne. La reconnaissance de l’Etat palestinien portée à l’Assemblée nationale par quelques députés de gauche ne semble être qu’une manœuvre politicienne pour tenter de séduire l’électorat populaire qu’elle a perdu cet été.

 

Il ne fait aucun doute que cette reconnaissance ne traduit en rien une soudaine prise de conscience de la justesse de la cause palestinienne pour les Etats européens. Qui plus est, la création d’un Etat palestinien fictif constituerait un véritable piège pour les Palestiniens. La création de cet « Etat » figerait une situation coloniale en violant le droit à l’autodétermination et au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers. On peut parier que les Etats européens agissent en toute connaissance de cause au profit de l’entité sioniste car ils savent parfaitement que la création d’un Etat palestinien, même dans les frontières de 67, est impossible. Impossible car la puissance occupante n’en veut pas, et les faits sur le terrain révèlent ses véritables intentions. D’un côté, la colonisation se poursuit inexorablement et de l’autre, le parlement sioniste vote des lois définissant officiellement l’entité sioniste comme l’ « Etat-nation de tous les juifs du Monde ». L’objectif est clair : finir ce qui été commencé en 1948 !

 

Le mouvement de solidarité a la responsabilité de ne pas se laisser berner par ce marché de dupes et par des concepts vides imposés par les puissances occidentales. Toute autre posture relève de la naïveté ou de l’immaturité politique. Il faut se concentrer sur les strictes revendications nationales du peuple palestinien que sont le droit à l’autodétermination et le droit au retour des réfugiés. Il faut soutenir inconditionnellement la résistance pour la libération totale de la terre arabe de Palestine. La volonté palestinienne est là, et nulle part ailleurs !

sourceComité Action Palestine

(Décembre 2014)

http://www.comiteactionpalestine.org/word/la-reconnaissance-dun-etat-palestinien-un-marche-de-dupes/
COMITE ACTION PALESTINE

BP 30053

33015 BORDEAUX

06 74 60 02 36

Hérésie syntaxique des daeshistes ou agencement islamophobique ?

Je reprends ci-dessous intégralement l’article de  Léon KÉMAL en rappelant que  :

1 – l’islamophobie consiste à créer de la défiance entre les musulmans et de la méfiance envers les musulmans pour combattre idéologiquement, médiatiquement et militairement  l’éveil islamique. L’islamophobie est l’art de manipuler les ignares, les imposteurs, les opprimés et les oppresseurs et d’instrumentaliser leur religion (qu’il ne faut pas confondre avec le Dine d’Allah) pour cultiver leur violence et la diriger contre les musulmans eux-mêmes sous n’importe quel prétexte pourvu que que la gouvernance des insensés perdurent et que la prédation des ressources se prolongent. Les Daesh et consorts servent admirablement bien la géopolitique de l’hyperpuissance et les appétits de puissance de ses vassaux.

2 – L’emblème  du Prophète (saws) que  la lutte mondiale antiterroriste veut criminaliser et combattre sous prétexte qu’il fait l’apologie du terrorisme est graphiquement faux. Cette fausseté a fait un buzz dans la communauté musulmane francophone suite à l’article de Léon Kamel alors que cette même communauté semble ne pas s’émouvoir de l’effusion de sang des innocents. Je ne parviens pas à comprendre la logique de celui qui voit la faute graphique et en parle sans la montrer aux autres. Quel est le secret de cette  occultation ? Ne pouvant sonder les cœurs et les intentions il faut se contenter de montrer la version « normale de l’Emblème » :

Flag_correct

 

3 – Quel est la motivation et le but de l’inversion graphique ? contaminer l’Islam et le Prophète par  l’ignorance et la délinquance des fanatiques imposteurs confiscatoires de l’Islam. Depuis déjà trop longtemps les imposteurs de l’Islam et leurs contradicteurs « pseudo laïcs » ont formé un couple démoniaque contre les peuples musulmans en cultivant l’inversion des sens, des symboles, des valeurs. Les extrémistes islamistes et les islamophobes sont parvenus à faire croire que l’Islamité est antinomique avec la liberté, l’humanité, la paix, le savoir et la culture. Le Prophète (saws) avait annoncé la venue des ‘awaribda » les sectes des insensés qui agissent et parlent au  nom de l’Islam pour le saper par intention ou par ignorance. Ces sectes ne sont pas des générations spontanées, mais le fruit de l’oppression et de l’incurie des gouvernants et des gouvernés.

Le pseudo étendard du Prophète au mains des imposteurs est mal calligraphié alors que leurs revendications mondaines et leur soif de pouvoir sont bien lisibles sur le plan idéologique, politique et scriptural comme le montre cette affiche à l’angle  d’une rue :

WILAYA

4 – Que penser et quoi dire au sujet d’un ignare assoiffé de vengeance et de pouvoir qui trouve dans la dérive sectaire et le fanatisme religieux ce qui alimente son narcissisme et sa perversion lorsque le musulman qui se prétend intellectuel parce que , issu de la Sorbonne, raconte des inepties sur les symboles de l’Islam et les sens du Coran ?

5 – Que penser et quoi dire au sujet des paniques médiatiques sur l’Islam et les musulmans lorsque la réalité nous montre au delà des narratives sur l’actualité que les scénarios de destruction du monde arabo musulman ont eu un effet destructeur sur les populations arabes et musulmanes au delà des limites gérables. Dans ce chaos il ne reste à l’Hyperpuissance et à ses vassaux qu’à provoquer davantage de chaos par les hordes mises en place et qui vont fatalement exporter leur savoir faire en matière de chaos lors des opérations d’infiltrations et d’exfiltration d’agents de subversion et de diversion dans les laboratoires- bourbiers idéologiques et militaires des anciennes colonies françaises et britanniques.

6 –  C’est sans doute l’annonce de la fin d’une époque, de ses charlatans et de ses puissants. Elle sera tragiquement ridicule et insensée sur une longue période….

Islamisme radical : Des ignares, on vous dit!

Publié le 

Leur drapeau comporte une faute de syntaxe induisant une innommable hérésie

Par Léon KÉMAL

Le drapeau noir, tout en écriture, des islamistes radicaux suscite quelques graves questions. Il comporte, au niveau du texte, une incroyable faute syntaxique, dont on se demande comment elle a pu s’y glisser, au nez et à la barbe de soi-disant champions de l’arabité et de l’islam.

Trois mots écrits en noir figurent sur disque blanc au centre du drapeau de l’islamisme radical mondial, l’un au-dessus de l’autre. Ce sont, en commençant naturellement par le haut : Allah – Messager – Mohamed. Ainsi lus en français, ces trois mots ne poseraient apparemment aucun souci. Encore que, moyennant deux sous de jugeote, on se demanderait à quoi rime un tel alignement de mots…

En arabe, c’est autre chose. Ça donne, ni plus ni moins, ceci : « Allah est le Messager de Mohamed » (الله رسول محمد)*. Une aberration d’autant plus inouïe et invraisemblable qu’elle est le signe de ralliement de supposés exaltés de la foi…

Il est certain que le responsable de cette bourde, concepteur en communication s’il en est, ne peut pas être quelqu’un maîtrisant un tant soit peu la langue arabe… Pour le reste, on ne peut que conjecturer. Et la première idée qui vient à l’esprit est celle-ci : comme ce zig-là doit savoir, comme tout le monde, que l’arabe s’écrit de droite à gauche, il a peut-être pensé aussi qu’il n’y avait pas de raison que la lecture ne se fasse pas également de bas en haut. Ce qui donnerait,certes, une phrase juste (محمد رسول الله), et même artistiquement fondée vu l’état sens dessus-dessous dans lequel se trouve aujourd’hui le monde dit arabo-musulman… Sauf que, manque de chance pour lui, ça ne passerait pas non plus…

Plus sérieusement, cette espèce de bannière est brandie, en quantité impressionnante, exactement à l’identique, par des égarés de toutes sortes passant pour des fous de Dieu, dans des contrées aussi éloignées les unes des autres que l’Afrique de l’Ouest et le Cham. Que ce soit, à l’évidence, une boîte internationale qui est derrière (même non-arabe, comme c’est probablement le cas ici), il n’y a rien de plus normal. Que les sponsors d’une telle commande s’en tapent, au final, du contenu même de leur soi-disant message comme de l’an mil, c’est une autre affaire. Cela signifie rien moins qu’en fait de leaders fanatiques, on a plutôt affaire à des escrocs de haut vol, capables tout au plus d’ânonner le Coran, peut-être intégralement et sur le bout des doigts, mais ignorant, non seulement l’histoire de leur religion, mais aussi le b.a.-ba de leur grammaire.

Votre serviteur s’est amusé, des journées entières, à relire la phrase en question, en variant, autant que possible, rythme et intonation, histoire de voir – sait-on jamais ! – s’il est une déclamation particulière pouvant induire un sens autre que celui signalé ici. Rien à faire : il n’en est pas d’autre, à part, du point de vue de n’importe quel croyant honnête, l’abominable hérésie. Des millions d’Arabes et de musulmans arabisants ont dû lire aussi, des dizaines de fois sur leurs petits écrans, cette énormité. Et cependant, aucune voix ne s’est élevée jusqu’à l’heure actuelle pour s’en émouvoir. Il faut dire que pour une énormité, c’est une énormité : elle crève tellement les yeux…

En réalité, il n’y a rien d’étonnant à cela. L’absence de réactivité salutaire, censée venir des esprits les plus éclairées de la société, serait, au fond, la cause originelle de cette espèce de décomposition funeste du monde dit arabo-musulman à laquelle on assiste aujourd’hui. Une décomposition, dont des guignols autoproclamés califes et leurs hordes de misérables divers et variés se repaissent avec une délectation nauséeuse comme des vers et autres charognards sur un cadavre…

L.K.

Le verbe « être » n’existant pas en arabe, c’est la juxtaposition immédiate du sujet et de la qualité (attribut), qui induit le rapport entre les deux, de sorte que « Allah Messager » = « Allah est le Messager ». Il en est de même du rapport d’appartenance, qui s’établit en français au moyen de la préposition « de », dont l’équivalent n’existe pas en arabe, d’où : « Messager Mohamed » = « Messager de Mohamed ».

 

Jamais deux sans trois

Après le plantage en Syrie puis en Ukraine voici le troisième plantage en DAESH. En réalité il y a plusieurs plantages dont les populations arabes et musulmanes paient le prix rédhibitoire. Les autres populations sont conduites au même désastre d’une manière moins ostensible et des moyens peu ostentatoires.

Les mises en scènes médiatiques de la femelle arabe, des fennecs bédouins, des louveteaux australiens et canadiens, et de la faune internationale qui participent comme comparses  au désordre international ne peuvent plus cacher les incompétences des journalistes embarqués dans leurs studios et  les incohérences des gouvernants alignés sur l’Empire en folie.

Terroristes, bandits, agents de la CIA, intégristes barbares, sectaires inhumains et tout ce qu’on veut comme qualificatifs pour dénommer les agents destructeurs du monde arabe qui instrumentalisent l’Islam otage du clergé, la paresse intellectuelle des élites, l’incurie des gouvernants arabes et la prédation du capitalisme ne suffisent pas pour qualifier les plantages récurrents des « civilisés » et des colonisés. Le plantage des « civilisés » devrait interpeller les hommes libres et leur faire voir que les couteaux qui décapitent et les drones qui pulvérisent sont les instruments de la même barbarie qui s’expriment par des habillages et des motivations différentes.

Les « fous de Dieu » en ciblant Kobané, troisième ville kurde de Syrie, le long de la frontière avec la Turquie, réalisent un coup de maitre médiatique, militaire et géopolitique contre la coalition censée les combattre. Tout l’arsenal médiatique et technologique est mis devant l’impuissance à réaliser le minimum de ses objectifs. Même le Furtif 22 (ou 36), fleuron du complexe militaro industriel, ne parvient pas à réaliser les performances  de vol et d’attaque les plus élémentaires.

Si on met de côté la dénonciation religieuse, morale et  humanitaire de ces fous il faut reconnaitre que leur folie met en exergue trois scénarios intelligents :

Le premier est  l’implication de la Turquie dans les batailles terrestres pour le compte de l’Empire qui compte toujours sur une guerre de 100 ans entre sunnites et chiites, arabes et non arabes, sunnites et sunnites. Erdogan, échaudé par la gestion des Arabes, de Gaza  et des Frères musulmans, menacé par l’Iran, sent le danger et esquive en portant l’estocade au cœur du débat : Il faut un mandat de l’ONU et une coalition internationale. Il est fort probable qu’Erdogan fasse du Chantage à l’OTAN pour intervenir directement et ouvertement contre le régime syrien. Lorsqu’on se rappelle la zone d’exclusion qui a précédé l’invasion et la destruction de l’Irak on est en droit de s’interroger sur la zone tampon proposée par la Turquie.En tous les cas,  il remet à l’ordre du jour le problème de la légitimité de l’intervention étrangère et de la représentativité de la pseudo coalition.

Erdogan ne peut faire l’économie d’une crise de confiance (le moins qu’on puisse dire) avec les Kurdes et le PKK . La Turquie va recevoir la monnaie de ses fausses pièces. Le régime syrien en impliquant les Kurdes depuis plus de deux ans a préparé sa réponse aux ingérences de la Turquie. C’est triste de voir le monde musulman se déchirer et s’entretuer, mais il y a un peu de réconfort à trouver lorsque le désordre frappe tous les fauteurs de troubles.

Le second est l’aspect sélectif voire discriminatoire de l’aide humanitaire et de l’ingérence militaire. Les peuples Kurdes à l’instar des autres peuples de la région n’ont rien à gagner dans le désordre géopolitique voulu par l’Empire. L’Empire dévoile une fois de plus ses contradictions poussées par ses intérêts de prédateur. Il vole au secours d’Erbil car le Kurdistan irakien est riche en gaz et en pétrole, il est allié d’Israël, il abrite les centres du  renseignement américain et leur corps expéditionnaire d’élite pour les coups de forces dans la région.

Le troisième est bien entendu le facteur de troubles et d’injustice qui va pousser les Kurdes à se montrer solidaires  et à s’agréger en communauté territoriale pour réaliser deux objectifs. Immédiatement : partitionner l’Irak et finir le travail inachevé engagé lors de l’invasion de l’Irak. Sur ce point les élites irakiennes ont montré leur incompétence. En nommant comme présidents des anciens militants de l’indépendance du Kurdistan ils ont étalé leur impuissance à se fédérer en nation. Le sectarisme confessionnel latent a invalidé et dévoyé la résistance nationale contre l’occupant américain qui est parvenu à imposer son agenda politique.

Ensuite il s’agit de  fédérer les Kurdes de Turquie, de Syrie et d’Iran pour réaliser des césures géographiques et  politiques non seulement dans la région musulmane, mais dans ses jonctions avec la Russie et sa zone d’influence. L’Empire a sans doute évalué les gains de son emprise capitaliste sur les montants et les mouvements des capitaux, des marchandises, de l’énergie et des armes mis en circulation sur les côtes de la mer noire, l’Ukraine, le        Caucase, la Roumanie,  la Géorgie et la Turquie et leurs voisins de Méditerranée et d’Anatolie. C’est un vieux projet qui s’actualise contre l’Eurasie de Poutine et qui veut en plus modifier radicalement la géopolitique du pétrole et du gaz pour contourner la Russie, la confiner, l’isoler et l’étouffer. Pour l’anecdote l’Empéreur de Russie Piotr Alekseïevitch Romanov (Pierre le Grand ou Pierre 1er au XVIIe siècle) et l’impératrice de Russie Catherina Alexeievna (Catherine II au XVIIIe siècle) avaient mis fin à l’hégémonie de l’Orient sur la mer noire et ses régions alors sous le contrôle total  des  Tatars puis des Turkmènes qui avaient mis fin au monopole des Vénitiens et des Génois, ancêtres du capitalisme,  qui dominaient le commerce maritime du VI siècle au Moyen-âge  et étendaient leur domination financière et marchande jusqu’à Constantinople cœur de Byzance. Ce sont les Russes qui avaient donc  réintroduit les Européens dans cette région du monde lorsque l’empire ottoman s’est trouvé malade à bout de souffle, et ce sont aujourd’hui les Européens poussés par les Américains qui tentent de  chasser les Russes de Crimée. Ce sont les Musulmans arabes et non arabes qui avaient civilisé cette région du monde et ce sont eux qui introduisent ces dernières années la barbarie par le biais des royaumes anglo-saxons.  L’histoire a des retournements qui dépassent l’entendement humain et ses calculs mondains immédiats. Les Russes et les Orientaux sont dans leur élément naturel et ils finiront par trouver un compromis contre les intrus. C’est une question de survie.

Ces trois scénarios ne disent pas et ne prouvent pas que les  « fous de Dieu » agissent de concert avec l’Empire ou qu’ils soient ses agents. Ils exécutent son agenda comme les Moudjahidines l’ont fait en Afghanistan car d’une part les intérêts objectifs se rencontrent et d’autre part les savants de l’Arabie saoudite alimentent l’alignement sur la politique américaine tant par impulsion des autorités saoudiennes que par incompétence morale, religieuse et intellectuelle.

Pour l’instant la magie se retourne contre les magiciens : les frappes aériennes non seulement ne brisent pas la colonne vertébrale des DAESH, mais leur donne un élan et un redéploiement inédit : ils renforcent leur présence au centre du monde musulman historique. Ils n’ont rien d’autre à faire que continuer à semer la terreur et susciter des adhésions massives. Que vont faire les coalisés ? Intervenir au sol ? Entretenir les narratives ? Attendre les prochaines élections et passer la main?

–         Solliciter la collaboration des régimes syriens et iraniens et annoncer leur incompétence à gérer la région ? Cheikh Al Bouti, avant qu’il ne soit assassiné par les armes de la régression morale et religieuse avait montré la voie : le retour du peuple musulman à l’Islam comme rempart authentique tant contre ceux qui instrumentalisent la religion à des fins diaboliques que contre ceux qui favorisent le retour des ex colonisateurs par leur incompétence à gouverner ou par leur incompétence à se mettre en opposition politique aux gouvernants sans que cela ne devienne une catastrophe nationale.

–         Les monarchies vassales sont-elles disposées à laisser l’influence iranienne et chiite prendre de l’ampleur ?

–         Quelle est la limite à la folie narcissique des DAESH qui décapitent, violent et prennent l’initiative d’agresser des villages et des villes. L’intervention de l’Occident et son échec de plus en plus patent ne sont-ils pas le moyen de repousser ces limites au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer comme horreur. Si la confession chiite ou ibadite ainsi que la loyauté au régime syrien pouvaient être rejetées comme argument religieux  et politique dans ce désordre il serait difficile dans ce désordre installé de trouver des arguments contre la résistance et la mobilisation face aux « croisés ». Ils ne partagent ni  les frontières ni la religion ni l’histoire ni la langue ni la mentalité des territoires pour avoir légitimité d’intervention dans ces territoires. Ce ne sont pas les chatons musulmans français et anglais qui vont peser dans la formation de l’opinion dans la géographie sunnite.

–         Les contestations et les attentats des Turcs et des Kurdes sur le territoire turc pour et contre DAESH vont aller jusqu’où ? Quelle est la capacité de nuisance des officines étrangères en Turquie ? Quel est le niveau d’intelligence idéologique des Frères musulmans et des Salafistes de Turquie pour ne pas s’affronter en Turquie ?

–         Les mouvements djihadistes ne vont-ils pas faire leur mue idéologique et leur mea culpa moral et politique pour se fédérer contre la Jordanie et/ou contre l’Arabie saoudite et faire tomber les familles régnantes.  Les milliards d’armements fournis par les Etats-Unis et la France ne sont-ils pas déjà l’entrepôt qui va permettre à DAESH, ses sœurs et ses petits-enfants d’alimenter une guerre  régionale pour ne pas dire planétaire sur 30 ans jusqu’à l’épuisement de l’Empire prévu dans vingt à cinquante ans.

–         Que dire à l’opinion arabe qui ne va pas rester silencieuse indéfiniment. Va-t-elle faire sien le discours qui consiste à faire de DAESH l’allié d’Israël et la fabrication de la CIA ou   au contraire montrer de la sympathie ? Dans quelques semaines sinon dans quelques mois nous verrons la posture populaire. Pour l’instant le discours et l’activisme des gouvernants arabes se passent dans une autre planète loin des préoccupations des populations. L’instrumentalisation de l’actualité est contreproductive lorsque l’école, la mosquée, l’administration et l’économie sont  sinistrées.

Les commentateurs et les politiciens font les ingénus en montrant le rapport des forces militaires entre les Kurdes du PKK et les « islamistes » occultant deux réalités flagrantes. La première est que la théorie de la régression féconde peut devenir  khallat ha tasfa (provoque le désordre si tu veux clarifier) un champ de clarification idéologique et géopolitique si les hommes se mettent à raisonner et à chercher du sens à ce qui semble absurde. La seconde est que l’armement lourd et blindé de DAESH est un butin de guerre pris contre l’armée irakienne. Cette armée mise en déroute est le pur produit de la politique américaine. Nous pouvons imaginer les déroutes des autres armées arabes encadrées par l’Empire. Il est peut-être temps que le débat sur la mondialisation reprenne dans son cadre réel celui de l’alternance au système actuel agonisant.

En vérité nous ne sommes pas au troisième plantage de l’Empire, mais au nième après celui du Vietnam, de Cuba, de l’Afghanistan, de l’Irak et de tant d’autres…  La vérité qui doit être répétée inlassablement, au-delà de la dénonciation de l’Empire, est celle de la situation du monde arabe et musulman qui ne parvient pas à se hisser au niveau de ses responsabilités religieuses qui lui imposent la justice, la miséricorde et la lucidité au service de l’humain et de la liberté qui donnent sens à la responsabilité et élan au  déploiement pacifique et mutuellement bénéfique.

La lutte idéologique contre l’Islam parvient à cacher le plantage en donnant crédit à l’habillage islamique des hordes criminelles comme elle donne l’habillage démocratique des envahisseurs étrangers. Elle parvient à cacher la récurrence historique des contradictions entre l’Empire et ses alliés conjoncturels lorsque la convoitise des uns rencontre la stupidité des autres. Les raccourcis et les préjugés de la lutte idéologique ainsi que  les secondes d’images de la guerre médiatique  peuvent marquer  les esprits indolents ou déjà acquis, mais ils ne peuvent se substituer à la logique historique et à son dénouement.

On continue comme « Jeune Afrique » à voir dans le « printemps arabe » une révolution confisquée sans avoir le courage de voir le plantage des élites arabes, islamistes et non islamistes, libérales ou progressistes. C’est sur ce plantage qu’est venu  s’ajouter le plantage récurrent de l’Empire. Nous restons en première et dernière instance les artisans de nos malheurs et de nos catastrophes. Il y a depuis longtemps déjà que nous avons préparé nos esprits à appartenir à des identités factices et à déserter la vérité pour devenir des partisans du culte de la personnalité, du nationalisme, du progressisme ou du libéralisme puis de l’islamisme. Nous sommes devenus le terreau fertile de notre plantage ainsi que celui des autres. Tant que nos mentalités demeurent en retrait ou en opposition à la quête de vérité, nous resterons sans sens : disponibles (sans engagements intellectuels, religieux ou affectifs – à la disposition de quelqu’un d’autre – ouverts à toutes les sollicitations extérieures sans volonté)  et disposés (mis en situation ou en place selon un ordre – préparés pour une circonstance ou pour une action) à tous les plantages.

Une fois que les ravages de la guerre  auront achevé leur funeste destruction on devrait se poser plusieurs questions et y apporter des réponses avant d’entamer un nouveau cycle de plantage. Il faut oser traiter l’Arabie saoudite comme un pestiféré et lui enlever la légitimité politique sur les lieux saints et l’aura religieuse qui lui permet de former et de reproduire la pensée déformatrice sur l’Islam. Il faut oser avouer le gaspillage de vie et des énergies arabes et musulmanes : tous ces jeunes qui ont versé leur sang en Afghanistan et en Syrie pour une fausse bannière auraient pu servir la cause palestinienne ou la cause du développement national s’il y avait une gouvernance sensée et efficace qui permet à chacun d’exprimer son talent et ses convictions dans la transparence et au profit de l’intérêt public. L’effusion de sueur par le travail et le mérite est sans doute l’une des meilleures garanties contre l’effusion du sang des innocents.

L’Empire est par nature un immense sabotage de l’histoire et des possibilités de paix et de prospérité. Après 2001 et « la justice implacable » de Bush,  en 2006 fut promulguée la seconde « Guerre contre la Terreur » initié par Rumsfeld qui la présentait comme une guerre globale contre le terrorisme pour une durée de 100 ans. Aujourd’hui on est parti pour  la troisième guerre pour 3 ans qui vient d’être rallongée à  30 ans. Dans quelques mois on parlera de 300 ans ou de 3 millénaires. La manière dont les USA avaient orchestré et animé la guerre Iran Irak pour faire effondrer les deux pays n’est pas loin.

Pensées pour les animaux survivants.

كُلُواْ وَٱشْرَبُواْ مِن رِّزْقِ ٱللَّهِ وَلاَ تَعْثَوْاْ فِي ٱلأَرْضِ مُفْسِدِينَ

{Mangez et buvez des biens qu’Allah dispense, et ne semez pas le désordre sur Terre comme des corrupteurs}

Le  Rapport Planète Vivante 2014 du World Wildlife Fund (WWF) dresse un tableau alarmant sur l’avenir de la vie terrestre humaine et animal. Si on fait abstraction de la récupération médiatique qui parvient par ses statistiques et ses images à banaliser le gravissime et à maquiller les responsabilités il y a lieu de s’interroger sur les processus qui ont contribué à réduire certaines espèces vivantes de moitié et à faire disparaître d’autres d’une manière irrémédiable mettant en péril l’existence humaine. Les bêtes ont été mises là pour donner possibilités réelles à notre vie humaine ainsi que pour le confort de notre existence et le ravissement de nos yeux :

وَمَا مِن دَآبَّةٍ فِي ٱلأَرْضِ وَلاَ طَائِرٍ يَطِيرُ بِجَنَاحَيْهِ إِلاَّ أُمَمٌ أَمْثَالُكُمْ مَّا فَرَّطْنَا فِي ٱلكِتَٰبِ مِن شَيْءٍ

{Il n’est pas de bêtes sur la terre, ni d’oiseaux volant de leurs deux ailes qui ne forment, comme vous, des communautés. Nous n’avons rien négligé dans le Livre.}

Dans le livre de la nature il n’y a que beauté, harmonie et sens. Il faut en être dépourvu pour ne pas voir le sabotage de la vie ou le voir comme une simple fatalité. Six pensées dédiées aux pauvres bêtes.

1 – L’empire US légataire des empires coloniaux consomme à lui seul l’équivalent des ressources de 4 planète terre.  Tant que cet empire est dominant il n’y a aucune perspective optimiste. Il incarne la malédiction d’un mode de vie et de pensée. La pensée qui a produit ce système inhumain est la même pensée qui a produit la destruction des paysans anglais lorsque le marchand avait rencontré la machine à vapeur. La restriction des libertés puis le massacre des hommes ont  initié ceux des animaux. Le parcage et le massacre des animaux ont accompagné l’abêtissement des hommes et leur mise en marche en troupeaux. C’est la même incertitude pour tous.

2 – Les royaumes bédouins créés par les empires coloniaux sont hyper gaspilleurs au-delà du pensable. Là où ils interviennent ils corrompent, répandent le sang et font de la manne pétrolière une malédiction pour les créatures qui sont créés pour vivre naturellement sans gaz ni pétrole ni leurs dérivés ou semblables. C’est quand même hallucinant de constater  la nuisance   d’Etats apparus depuis quelques décades sur des populations animales et végétales présentes depuis des centaines de millions d’années.

3 – Le modèle occidental qui se prétend développé et civilisé y compris dans ses formes sociales progressistes ou modérées comme la Suède est entropique dans son essence matérialiste et anthropocentriste.

4 – Les pays pauvres et les économies à économie extravertie ne participent pas au suicide collectif, mais subissent les effets écologiques nocifs des abus des pays riches et industrialisés. Le maintien de ces pays hors du cycle du développement du fait de l’échange inégal et de l’incurie des élites locales soulève deux questions :

4 – 1  Celle du paradoxe entre le développement comme prédation d’autrui et le sous-développement comme développement contrarié ou empêché par le prédateur. Sans ce paradoxe la décolonisation aurait abouti à la liquidation totale des ressources et à la mise à mort de la faune et de la flore puis à la famine. Il ne s’agit pas de justifier la rapine de l’impérialisme, mais de s’interroger sur la dimension métaphysique qui de l’histoire de l’humanité.

4 – 2  Cette dimension métaphysique pose l’équation du double salut humain. Le salut moral et spirituel qui ne peut venir que par reconnaissance de la Transcendance et par la gratitude envers les Bienfaits de Dieu qui a octroyé cette terre à Ses Créatures. Le gaspillage est non seulement de l’ingratitude, mais une dérive satanique. Ce salut ne peut se passer du salut temporel qui consiste à se libérer non seulement du modèle économique et politique de l’Empire, mais des systèmes de pensées qui l’ont produit et tout particulièrement le mythe de Prométhée qui synthétise la modernité techniciste et celui d’Hermès qui synthétise la postmodernité communicante et globalisante où le marchand et le média comme l’artiste et le voleur sont fusionnés dans un monde indifférencié.

 5 – Poser la question du double salut c’est poser la question en termes de civilisation. La civilisation occidentale n’est ni l’alternative ni le modèle ni la source d’inspiration pour sauver la vie ou libérer les peuples. La compétence de gaspiller et de recycler le vivant dans ses usines et ses laboratoires a permis  au capitalisme de produire et d’entretenir des illusions le temps de surmonter une crise, de conquérir un territoire ou de renforcer une position financière et idéologique. Parmi les illusions il y  a ses propres justifications économiques libérales et celles nourris au contact de ses contradictions et de ses crises puis entretenu par  le réalisme qui ne voit la résolution dialectique qu’à l’intérieur du système comme si c’était la fin de l’histoire. Parmi ces illusions il y a :

5 – 1 L’écologisme qui consiste  à militer pour une économie plus propre,   plus économe et plus social dans les conditions de salissures, de gaspillage et d’exploitation. Dans la réalité il correspond, en se mettant sur le plan intellectuel et technologique, aux mouvements caritatifs religieux qui composaient avec le système qui fabriquent la pauvreté, l’exclusion et l’exploitation de l’homme. Comme le socialisme et les romantismes politiques il devient une collaboration, une incitation fiscale voire une participation politicienne et rentière au système.

5 – 2 L’alter-mondialisme est une autre forme de recyclage et de romantisme orchestré par le système. Il est vrai que quelques paysans dans le quart monde vivent mieux par le commerce équitable, mais ce n’est pas le pansement prévu pour un bobo qui va arrêter l’hémorragie des ressources et la disparition du vivant. Les médias du système fabriquent les images de l’apologie des contradictions du système pour vendre de l’audience, donner l’illusion de la liberté, mais les conditions d’appropriation, d’exploitation et d’échange qui pèsent réellement en termes économiques, sociaux et écologiques ne sont pas émancipées des règles du monopole. Les grandes surfaces,  les comptoirs commerciaux, les transporteurs réalisent des gains incomparables aux producteurs. Le consommateur nourrit dans la culture de l’exotique se donne bonne conscience par l’achat dit engagé  ou militant, mais il n’a pas de réponse à ses problèmes de crédit et de consumérisme.

5 – 3 Le scientisme ou plus exactement le délire intellectuel ( nommé aussi folie raisonnante) engage un débat sur la nature du désastre écologique qu’il occulte d’ailleurs par le sophisme et les syllogismes fallacieux des experts consacrés par les médias, les groupes pétroliers, les financiers,  les gouvernants et tout l’appareil qui produit du gaspillage, de la bêtise et du nihilisme. Les causes montrées puis escamotées comme celles imputable au climat ou à l’activité humaine (parfois animale) ne sont pas les causes profondes. La bureaucratie mondiale de l’Empire n’a ni les compétences morales ni intellectuelles de voir la cause : une civilisation de l’extravagance, du gaspillage, du futile, du spectacle sans responsabilités et sans devoirs. Ni le libéralisme ni le marxisme ni le constructivisme ni le surréalisme ni tous les « ismes » de la planète  ne  peuvent concevoir ou produire une civilisation à visage humain. Chacun se veut le dépositaire d’une vérité sans Dieu et se présente comme l’idéal de vertu alors qu’il contribue à dérégler l’ordre naturel mis au service de l’humanité :

  ومِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي ٱلْحَيَٰوةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ وَإِذَا تَوَلَّىٰ سَعَىٰ فِي ٱلأَرْضِ لِيُفْسِدَ فِيِهَا وَيُهْلِكَ ٱلْحَرْثَ وَٱلنَّسْلَ وَٱللَّهُ لاَ يُحِبُّ ٱلفَسَادَ

{Parmi les hommes, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Allah à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il  tourne le dos, il s’en va par la terre pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail ; mais Allah n’aime pas la corruption.}

6 – En vérité c’est le matérialisme qui a fait perdre à la société son humanité en lui faisant oublier son Dieu. L’homme privé de Transcendance  a  fait  de l’homme la mesure et la finalité de toute chose. Sans le sacré qui le limite et arbitre ses rapports avec autrui   l’homme sape ses conditions de vie. La science, l’idéologie et la technique ne peuvent protéger l’homme des rigueurs et des catastrophes de ce qu’il a produit lui-même par ingratitude et démesure dans sa psychologie,  ses idées, son économie, sa politique, ses médias et ses rapports à la nature et à la vie :

ظَهَرَ ٱلْفَسَادُ فِي ٱلْبَرِّ وَٱلْبَحْرِ بِمَا كَسَبَتْ أَيْدِي ٱلنَّاسِ لِيُذِيقَهُمْ بَعْضَ ٱلَّذِي عَمِلُواْ لَعَلَّهُمْ يَرْجِعُونَ

{La corruption est apparue sur la terre et sur la mer à cause de ce que les hommes ont accompli de leurs propres mains, afin qu’Il leur fasse goûter quelque conséquence de leurs agissements. Afin qu’ils reviennent [vers Dieu ou de leur perdition]}

L’indifférenciation, la mode, la publicité, la médiatisation, le consumérisme démocratique, le crédit, la sublimation du désir par les représentations sociales et culturelles donnent crédit à la théorie de la spirale infernale du désir et de la violence mimétique de René Girard. En imitant l’autre et en désirant non seulement ce qu’il possède, mais  ce qu’il désire, l’autre devient un modèle qu’on copie et un rival qu’on veut déposséder. Le riche pour  se singulariser dans son opulence et ses privilèges face à une masse indifférenciée et pour ne pas  être dépossédé de ses attributs de jouissance et de désir face à une masse qui s’en attribue les symboles va exacerber la rivalité qui à son tour va relancer le mimétisme. Etc. Le processus imitation rivalité finit par prendre des dimensions  d’aliénation sociale. Les conséquences sont, outre le gaspillage des ressources et la violence sociale, la confusion des valeurs et la collaboration de toutes les couches sociales dans la dissolution, la déstructuration et la destruction des sociétés et des écosystèmes.

Ce phénomène de mimésis, déjà étudié par Platon, est positif lorsqu’il se réalise naturellement dans les apprentissages ou dans la quête des modèles de vertu et de progrès. Il devient pervers lorsque la société pratique le culte des idoles et cultive le désir aliénant en faisant de la marchandise, de la croyance, de la culture des fétiches : attribution de vertu magique à des objets, provocation de désirs au-delà des besoins, , transferts socio-affectifs masquant le désenchantement, adoration de l’artificiel, culte des objets-idoles… C’est ce désir aliénant qui libère la cupidité, la convoitise et la prédation contenues dans quelques pervers pour devenir la règle générale. Ce mimétisme ne dégage pas l’homme, à titre individuel et collectif, de ses responsabilités. L’imitateur servile et son modèle d’imitation partagent le même aveuglement et la même malédiction :

{Certes, dans la création des cieux et de la terre, dans la succession de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue sur la mer portant ce qui est utile aux hommes, dans l’eau que Dieu fait descendre du ciel et avec laquelle Il fait revivre la terre après sa mort – cette terre où Il a disséminé toutes sortes d’animaux -, dans les variations du souffle des vents, dans les nuages assujettis entre le ciel et la terre, il y a des signes pour les gens qui savent raisonner. Parmi les hommes, il en est qui placent à côté de Dieu des émules qu’ils aiment comme on aime Dieu ; mais les croyants sont plus fermes dans l’amour de Dieu. Lorsque les iniques verront le châtiment, ils verront que la puissance entière appartient à Dieu, et que Dieu châtie sévèrement. Lorsque ceux qui ont été suivis désavoueront ceux qui les ont suivis, quand ils verront le châtiment et que les liens qui les unissaient seront rompus, les suiveurs diront alors :  » Ah ! s’il nous était possible de revenir, nous les désavouerions comme ils nous ont désavoués « . C’est ainsi que Dieu leur montrera leurs œuvres comme [la cause de] leur perdition ; mais ils ne sortiront pas du Feu. O vous, les hommes ! Mangez ce qui est licite et bon sur la terre. Ne suivez pas les traces de Satan : il est pour vous un ennemi déclaré, il ne vous ordonne que le mal et les turpitudes, et de dire sur Dieu ce que vous ne savez pas. Lorsqu’on leur dit :  » Suivez ce que Dieu a révélé « , ils répondent :  » Non, nous suivons la coutume de nos pères ! « . Mais quoi ! Et si leurs pères ne savaient pas raisonner et n’étaient pas bien guidés ? Les mécréants sont semblables au bétail de qui son gardien ne peut se faire entendre que par des appels et des cris. Sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent pas. O vous qui croyez, mangez des bonnes choses que Nous vous avons dispensées, et remerciez Dieu, si c’est Lui que vous adorez.}

Contre la malédiction et la perdition le discours moralisateur et bigot ne suffit pas. Il faut des mécanismes économiques, des instruments politiques, des cadres culturels et éducatifs, des comportements éthiques et esthétiques, une vision lucide de la vérité et de la réalité. Il est illusoire de croire qu’une révolution islamique ou marxiste ou autre, à l’intérieur du système actuel, puisse modifier les schémas de pensées  de production et de consommation.

Pour comprendre davantage l’impasse civilisationnelle et l’horreur du système de représentations par lequel le massacre de la planète se réalise et les limites qu’il impose il faut aller au-delà de l’aspect séduisant des théories tentant d’expliquer le monde qu’il produit ou qu’il récupère et recycle. Elles sont fondées principalement sur les mythes judéo-chrétiens et gréco-romains : l’ethnocentrisme des élus contre les autres barbares dont on ne reconnait ni le sacré, ni l’histoire, ni les idées ni l’existence autonome. L’Occident est une identité réductrice de celle des autres et qui ne doit rien aux autres. Elle est dans le désir de puissance, de dérive démiurge. C’est ainsi que le même René Girard se met en confusion lorsqu’ils considèrent que les « terroristes » et les intégristes musulmans sont des envieux de la civilisation occidentale qui tentent de détruire ce qu’ils ne peuvent acquérir. Le désir mimétique qui se voulait une explication anthropologique s’est transposé sur le plan de géopolitique en argument intellectuel et sur le plan de la domination de la civilisation matérialiste en justification idéologique. C’est ainsi qu’au nom de l’amour des animaux on a fait coexister le massacre des animaux et les industries autour de la vie des animaux

La conjugaison et la permanence de  la perversion économique, de l’arrogance des opulents, du despotisme politique, de l’agression militaire et du nihilisme spirituel pousse une civilisation à l’apogée de sa puissance à fabriquer la dynamique de son anéantissement. Les cités disparues de Ad, Tamoud et Madyane sont une invitation à la méditation sur la fin d’un monde. L’explication eschatologique ou le réchauffement climatique n’explique pas ce qui s’annonce déjà comme changement majeur ou comme avertissement à la fin d’une époque. L’insouciance n’invite pas à la quête de salut.

Conclusion :

La symbolique du rapport de la planète vivante est saisissante : le système qui se veut le modèle de puissance, d’intelligence,  de vertu et de beauté ne parvient pas à cacher les horreurs de ses agissements directs et indirects. Cette nature qu’il a prise comme décor pour ses guerres et ses tourismes, ses films et ses mines, son expansion et son imagination  lui renvoie l’image de sa laideur qu’il met en spectacle télévisuel à une humanité qui a perdu le sens de l’émotion car elle est devenu une marchandise. L’excellence médiatique qui a vendu l’humanitaire sioniste, l ‘humanitaire embarqué et le droit d’ingérence est mise a mal sur le terrain de sa propre narrative qui vient d’afficher l’impuissance du système sur le maillon le plus faible. Cela fait des décennies que la gente animale, sans défense, se fait massacrer sans pitié ni compassion et au su de tous. Peut-on comparablement imaginer la gente humaine qui invente ses moyens de résistance ou de nuisance se laisser faire par les sacs de riz et les sacs à puces de l’Empire. Le doute est installé… Ce rapport témoigne donc des syllogismes fallacieux – la narrative qui se raconte de fausses propositions logiques et s’inventent des scénarios de plus en plus improbables – du système, de ses satellites et de ses prétendants à visage de courtisans ou sous masques de dénonciateurs… La crise ne peut plus être cachée : elle est globale et visible.

Le Prophète (saws) a dit que le Jour du Jugement dernier un moineau viendrait réclamer justice contre celui qui l’a tué en vain, sans nécessité de manger. Contre qui ces éléphants, ces tigres, ces crocodiles, ces milliers d’espèces vont-il réclamer justice?

 

Le Nigéria : les conditions d’émergence de Boko-haram.

Cet article sur le Nigéria est toujours d’actualité,  si son contexte est 2009-2010, il est dans le prolongement du 11/09/2001. Il n’y a pas de complot, mais un ordre logique froid et déterminé qui se nourrit du manque de logique des autres.  Il a a été publié en 2010 par  Zeinab Abdelaziz et  Omar Mazri sous le titre « Le Nigeria guerre de religion, pénétration néocoloniale ? ». La présente publication est légèrement remaniée par moi-même pour des raisons de pédagogie et de communication sachant que lorsque les insensés de tout bord se faisaient entendre j’ai choisi de faire parler les faits et les textes, de les relier et de leur donner un sens que le temps n’a pas démenti . Je n’ai pas  raison sur tout, mais je demeure  fiable par l’indépendance de ma réflexion et le refus de mon alignement sur une démarche partisane ou un esprit sectaire

Ce qui se passe au Nigeria est une flagrante accusation de la double ingérence politico-vaticane, ou si l’on veut plus clairement, de l’intrusion infâme de la politique colonialiste de l’Occident et de l’évangélisation des peuples sous la contrainte militaire, financière, économique et militaire supervisée par les agents du Vatican. La coopération du colonialisme et de l’évangélisation a permis d’installer des régimes vassaux, pour usurper les matières premières, et pour évangéliser le pays. Ainsi clairement dit, le lecteur pourra mieux comprendre ce qui se déroule sur un des théâtres les plus émiettés et les plus ensanglantés.

Le silence qui a plané dans les médias en général, et surtout européens et français en particulier, lors des dernières émeutes qui eurent lieu il y a à peine quelques semaines, le 20 janvier dernier 2009, à Jos, la capitale de l’Etat de Plateau, est fort révélateur. Car ces émeutes qui provoquèrent la mort de 465 personnes, révèle une autre accusation et une autre preuve que c’est une guerre de religion qui est en cours de fomentation. Les chiffres mêmes sont accusateurs, puisque 400 de ces morts tués de sang-froid étaient des musulmans, et 65 des chrétiens. Le même pourcentage presque se trouve parmi les 1000 blessés, quant aux 20.000 déplacés c’étaient des musulmans qui ne cessent d’être traqués par les milices chrétiennes. Cela ne cesse de se répéter depuis septembre 2001, en laissant plus d’un millier de morts, et 700 autres en 2008, l’énorme majorité étant des musulmans. Human Rights Watch avance que 13.500 personnes ont trouvé la mort dans ces confrontations depuis 1999.

Le 28 décembre 2008 l’AFP rapportait dans une dépêche :

LAGOS (AFP) 20 déc. 2008 — « L’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé samedi « au moins 90 exécutions sommaires » par la police et les forces armées lors des émeutes politico-religieuses qui ont secoué fin novembre la ville de Jos, dans le centre du Nigeria.

Les 28 et 29 novembre, suite à une contestation électorale, des violences visant majoritairement la population musulmane d’ethnie haoussa ont fait officiellement au moins 200 morts, et sans doute plus, selon diverses associations et ONG.

L’armée avait été envoyée en renfort par le gouvernement fédéral.

 

Dans son rapport HRW fait notamment état de « sept incidents séparés » au cours desquels « au moins 46 hommes et jeunes gens, tous musulmans sauf deux » ont été sommairement tués par la police, plus précisément une unité de police mobile, les « mopols ».

L’organisation de défense des droits de l’homme a également recensé six autres incidents avec un bilan de 47 hommes tués, « tous musulmans et jeunes et sans armes, selon des témoins », par des militaires cette fois.

« La plupart de ces meurtres sont intervenus le jour même où le gouverneur de l’Etat de Plateau (dont Jos est la capitale) avait ordonné aux forces de l’ordre de « tirer à vue », poursuit HRW.

« Le devoir de la police et des militaires était de mettre fin au bain de sang, pas d’y contribuer. Les autorités nigérianes devraient lancer immédiatement une enquête indépendante », estime Corinne Duka, responsable de HRW pour l’Afrique de l’Ouest. »

Nous ne sommes pas en face d’accidents isolés, mais d’une démarche délibérée et entretenue :

A la suite des émeutes survenues en 2004, le gouverneur alors en poste, un chrétien nommé Joshua Dariyé, s’était montré on ne peut plus raciste, puisqu’il dit haut et fort « Jos appartient aux indigènes (c’est-à-dire aux chrétiens). Tous les Hausa (les musulmans) sont des colons, qu’ils le veulent ou non. Ils vivent avec nous, mais cela ne change en rien à l’équation propriétaire-locataire. Quand le locataire crée des problèmes, on lui donne son congé » !

Il suffit de regarder la vidéo des dernières émeutes, du 20 janvier, pour voir comment le commandant chrétien donna l’ordre à ses ouailles, à sa milice chrétienne, pour abattre les musulmans, ramassé en groupe sous l’arme, pour les tuer de sang froid en se donnant en spectacle pour être filmé, ne craignant aucune accusation ou la moindre charge puisqu’ils sont protégés jusqu’au sommet de la hiérarchie chrétienne !

Le rôle infâme de l’Eglise et son intervention meurtrière dans le Rwanda, où des pères et des sœurs s’avérèrent être des incendiaires, en attisant les flammes dans des hangars fermés, pleins d’africains réfugiés, révèle et prouve à la fois que le même scénario se perpétue un peu partout. De même, il suffit de penser au dernier Synode sur l’Afrique qui ne visait en réalité que les ressources minières africaines qui valent 46.200 milliards de dollars, tel que l’assure une des interventions présentées. Ni de s’étonner de voir que l’Eglise annonce comme conclusion finale de ce Synode qu’elle « cherchera à instituer dans les différentes nations du continent un système de formation dans la gestion des ressources naturelles » …

L’Afrique porte les cicatrices des massacres massifs si on se rappelle la guerre du Biafra (1967-1970) qui a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes (causés majoritairement par la famine et les maladies), et déplacé plus de trois millions de réfugiés ibos. Comme au Rwanda les mobiles qui ont poussé les populations chrétiennes et animistes à entrer en guerre de sécession contre le pouvoir central restent obscurs. La seule chose de transparent est que cette guerre a permis l’émergence de l’humanitaire sioniste et de l’idée du droit de l’ingérence étrangère et militaire au nom de l’humanitaire. L’ethnocentrisme civilisateur et pacificateur qui fait intervenir l’Occident comme la providence divine est une ancienne idée parmi les nombreuses justifications morales de la colonisation et des montages d’affaires transnationaux au nom de la charité.

Le tableau présenté objectivement sur la nature, l’ampleur et l’instrumentalisation de la violence ethnique, religieuse et politique annonce inéluctablement les scénarios d’apocalypse préparés pour le monde islamo africain. On retrouve les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes de génération de la violence  en Afrique du Nord et dans le monde arabe : exercer une violence contre les populations musulmanes et les pousser à une violence instrumentalisable pour réaliser des fins géopolitiques, idéologiques et économiques que les conditions de paix et de lucidité ne permettent pas de réaliser.

La dernière décennie a connu plusieurs affrontements entre chrétiens et musulmans, qui commence d’habitude lorsqu’un chrétien critique ou blasphème le Coran ou qu’il s’empare d’une propriété musulmane. La raison des dernières émeutes revient au quasi traditionnel motif qui se perpétue actuellement dans tous les pays à minorité chrétienne : un chrétien qui provoque la situation en commençant par s’emparer injustement d’une maison, d’une propriété ou d’un terrain d’un musulman. Dès que ce dernier commence la défense de sa propriété, éclate la bagarre qui, en générale, est prévue d’avance par les chrétiens, soutenus partout par l’ingérence vaticane à travers toutes les églises présentes sur places et tous leurs adeptes, qui ont reçu l’ordre tous deux, depuis Vatican II, de participer à l’évangélisation du monde. C’est-à-dire à l’éradication de l’Islam et des musulmans. Il faut lire tout simplement les textes de Vatican II de 1982 pour voir l’énoncé du principe et sa mise en œuvre dans les pays musulmans à minorité chrétienne où les élites musulmanes sont issues de la bourgeoisie compradore, de la rente et de la bureaucratie.

Durant les affrontements de cette décennie et sur fond de crise sociale, économique et religieuse eut lieu aussi l’injuste et frauduleuse intervention des chrétiens minoritaires, mais soutenus par les USA et l’Europe, pour changer la Constitution d’un Etat de confession musulmane. A rappeler qu’en 1987 s’était formé un Conseil Religieux Consultatif, composé de 12 membres musulmans et de 12 membres chrétiens, faisant de ces derniers des minorités sur représentées. Les musulmans non seulement étaient mal représentés et sous représentés, mais en situation de domination économique et de violence religieuse et sociale. Ils sont mis, objectivement, en situation d’insurrection avec la garantie de subir une répression  féroce ou de soulèvement armée avec le risque de partition du pays ou d’intervention des armées étrangères déjà présentes sous des formes larvées  contre la rébellion musulmane qu’on aura au préalable mis en situation de cercle infernal de diabolisation.

A noter que le Pape Jean-Paul II avait visité le Nigeria en 1982, l’année au cours de laquelle fut créé le Solidarnosc en Pologne pour commencer le démantèlement de l’ex-Union Soviétique, prônant en mains et dans ses discours le fameux et fallacieux texte de Nostra Aetate. Un des fameux Textes décrété à Vatican II, par lequel l’Eglise de Rome s’ingénie à éloigner triplement l’Islam, en le mettant parmi les religions de l’Asie, en biffant la descendance des musulmans d’Abraham, et en imposant l’évangélisation du monde y compris celles des Chrétiens orthodoxes d’Orient. La conjonction Vatican CIA est formellement établie en particulier depuis l’arrivée de Georges Bush et de la suprématie des néo Cons US.

La déstabilisation puis le contrôle du Nigéria – exigeant s’il le faut des massacres de populations et l’émergence de terrorismes difficiles à éradiquer, doit être remise dans son cadre historique et spatiale : l’Afrique sub-saharienne avec ses richesses, ses diversités culturelles, ses anciennes communautés d’échanges commerciaux est une aire de civilisation islamique pacifique représentative de l’Islam africain par ses réseaux de solidarité sociale, de fraternité ethnique et de libre adhésion à l’Islam lors des premiers contacts avec les premiers persécutés qui se sont exilés  du temps du Prophète (saws) puis avec les commerçants arabes. Même si on veut faire abstraction de l’Islam africain, nous ne pouvons faire abstraction du rapport harmonieux et transsaharien entre les Berbères du Maghreb et les populations africaines d’Afrique qui partageaient des traditions de démocratie populaire et de solidarité sociale et économique exemplaires pour la justice sociale et la dignité humaine.

A titre d’évocation il n’y a pas que la Libye qui avait son Cheikh Omar Mokhtar, le Maroc son Cheikh Al Khattabi et l’Algérie son Cheikh Al Mokrani, El Haddad et tant d’autres. Le Nigéria avait eu le  Cheikh Othman Dan Fodio, de l’ethnie des Peuls, fin 18ème début 19ème siècle, il est parvenu à fédérer les populations africaines, musulmanes et animistes, contre le  roi (Sarkin) tyrannique, hostile à l’Islam et jouisseur. Par la lutte armée il est parvenu à édifier le puissant royaume de Sokoto sur les territoires Adamawa au nord-est du Nigeria, à l’Ouest du Niger, dans le Nupe au centre-ouest du Nigeria, et dans les territoires Haoussa au Nord du Nigéria. Ce royaume n’a pas résisté à la pénétration britannique disposant d’une logistique militaire, d’une expérience en matière de comptoir coloniaux,  de moyens de corruption et de pasteurs protestants  évangélistes habitués à pacifier les païens de la Chine, des Indes et des Amériques.  Pour ceux qui s’intéressent à la civilisation musulmane il est utile de rappeler que les musulmans du  Nigéria à l’instar de la majorité de ce qu’on appelle l’Islam africain et maghrébin est sunnite, malékite, ascharite. L’émergence des dérives de type confessionnel et religieux trouve sa logique dans la rencontre des intérêts géopolitique de l’Empire et des intérêts idéologiques des pétro monarchies.

La conscience collective n’oublie pas son histoire malgré les parenthèses colonialistes. Elle refait surface sinon elle fait irruption violente selon les conditions sociales et historiques. Les idéologues de l’Empire et les colonisés importateurs des idées coloniales disposent du pouvoir des médias de l’Empire pour enlever toute légitimité à la contestation musulmane et la déboiter des réalités sociales et politiques de son expression. L’intrusion coloniale peut saper les conditions sociales et économiques, falsifier l’histoire, découper les territoires et aliéner les mentalités, mais elle ne peut gommer la vérité.

C’est dans cette continuité spatiale et historique que nous assistons après la décolonisation  puis après l’évangélisation vaticaniste à un retour vers l’Islam non seulement des populations musulmanes, mais aussi des  populations chrétiennes qui, par leur conversion, apportent un enrichissement religieux, social, économique et mettent en  péril les politiques du Vatican. Si les richesses des Bédouins  et des Africains avaient été mises à profit pour le bien-être des populations, il aurait difficile au Vatican et à la CIA de déstabiliser les Etats. Le Soudan ne serait pas dans cet engrenage de démantèlement alors que le conflit qui oppose les conflits entre les populations musulmanes, chrétiennes et animistes ou arabes et africaines  aurait été résolu par quelques centaines de millions de dollars (investissements en hydraulique) et l’Etat de droit équitable envers tous les citoyens.

Depuis l’indépendance aussi, l’Etat du Nigéria ne fait que renforcer une distinction héritée des colonisateurs britanniques, donnant aux groupes ethniques chrétiens le statut d’indigènes, de vrais habitants du pays, tout en maintenant les musulmans à distance de ce titre, alors qu’ils sont en fait majoritaires, que l’Islam et les musulmans s’y trouvent depuis de longs siècles, tandis que le christianisme ne commença à s’implanter qu’à la moitié du XIX° siècle, avec d’anciens esclaves venus d’Amérique, accompagnant des catéchistes anglicans et méthodistes. En 1844 Henry Townsend fonda la première mission anglicane au nord de Lagos. Les missionnaires catholiques arrivèrent presque deux décades plus tard. Actuellement le christianisme représente la minorité des habitants, comme disent les statistiques, et dépendent d’une multiplicité d’églises.

Pour revenir à la situation socioéconomique au Nigeria, il faut rappeler que  le niveau de la plupart des nigériens a dégénéré à un niveau bien en dessous du seuil de la pauvreté absolue ou de la dignité humaine, pays qui comprend la plus grande population de l’Afrique avec ses 150 millions d’habitants, il a le pétrole comme principal pivot des revenus fédéraux et 98 % des recettes à l’exportation. Il est objectivement une donnée économique et géographique qui le classe comme proie facile aux yeux du prédateur impitoyable.

En marge du secteur pétrolier se trouvent d’importants gisements de gaz naturel, des réserves de houilles, charbon bitumineux, les plus importants du continent ; des gisements de colombite, du fer, du zinc, de l’étain, de l’or, de la pierre à chaux et du marbre ; et surtout des gisements d’uranium, dont l’énergie est plus d’un million de fois supérieure à celle des combustibles fossiles pour une masse équivalente. Ce qui fait que l’uranium est la principale matière première utilisée par l’industrie nucléaire. Le Nigeria est déjà classé comme le troisième producteur mondial d’uranium et comme deuxième puissance sub-saharienne derrière l’Afrique du Sud en matières premières et ressources naturelles.

Les élites nigérianes toutes confessions confondues ne parviennent pas à voir la main de l’Empire sous prétexte qu’au moment du paroxysme de la crise religieuse et constitutionnelle  en 2009, le Nigeria était le troisième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, avec un cru de la meilleure qualité au monde, leur partenaire commercial le plus important dans la région subsaharienne, l’attraction pour l’investisseur US le plus important du pays. Par ailleurs, les Etats-Unis sont le pays où réside le nombre le plus important de et le plus croissant des Nigérians de la diaspora et de l’intelligentzia. En apparence  la crise ne profitait ni aux USA ni à la démocratie et à l’unité du Nigéria. Il faudrait sans doute que les Nigérians s’interrogent sur les objectifs de la présence  américaine en Afrique sub-saharienne, les objectifs de la lutte contre le terrorisme après le 11 septembre, la place du Nigéria dans le dispositif de combat et de prédation en Afrique.

On retrouve aussi les scénarios de vacance du pouvoir africain par les réseaux France Afrique avec pour le Nigéria d’autres acteurs qui sont à Londres, Washington et Ryad en Arabie saoudite où le 23 novembre 2009, le président nigérian Umaru Yar’Adua y a été précipitamment évacué pour une urgence médicale. Alors que le pouvoir était vacant, que la crise constitutionnelle s’amplifiait sur fond de crises sociales et religieuses,  les Etats Unis, en compagnie de la France, de la Grande Bretagne et de l’Union européenne faisaient une déclaration commune surréaliste saluant la vacance du pouvoir:

« Nous saluons la détermination à aborder la situation actuelle au travers des institutions démocratiques appropriées. L’engagement continu du Nigeria et l’adhérence à ses normes et à ses valeurs démocratiques est essentielle pour faire face aux nombreux défis qu’il doit affronter… Nous sommes engagés à continuer à travailler avec le Nigeria sur ses questions internes tout en travaillant ensemble comme partenaires sur la scène globale ».

Umaru Yar’Adua est revenu d’Arabie saoudite, affaibli politiquement et  sanitairement, confrontées  aux élites nigérianes appuyant la volonté américaine qui avait, une semaine avant son retour, installé le vice-président Goodluck Jonathan dans les fonctions de président intérimaire au nom de la démocratie et du blabla traditionnel.

Comme il fallait s’y attendre les USA ont continué à brouiller les cartes en faisant sortir du chapeau de magicien un nouveau lapin l’ancien président Ibrahim Babangida par la communication américaine officieuse qui déclare que « nous le percevons pas comme un ancien dictateur… Nous le considérons comme un ancien chef d’Etat et un dirigeant influent dans la partie nord du pays. » Le projet de partition sur des conflits ethniques ou religieux derrière des alibis de démocratie est la culture politique anglo-saxonne. Ils instrumentalisent tous les idiots utiles : les bêtes et méchants rebelles poussés au fanatisme et les beaux intelligents compradores poussés à la compromission. Sur communication contradictoire, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France supervisent des modifications à la Constitution déjà fragile. Ils mettent le Nord en situation de rébellion contre le Sud et détruisent le peu de liens qui maintiennent les communautés ensemble.  Ils mettent les musulmans en contradictions dans les allégeances politiques en divisant leurs élites et en les mettant les unes contre les autres.

Dans la conjoncture où les populations du Nord subissaient les dégâts collatéraux de la lutte antiterroriste, il faut garder à l’esprit que Umaru Yar’Adua, originaire du Nord est  opposé à l’installation du centre de commandement militaire d’Africom. Il a pris position pour la fin de la présence de Shell au Delta dans un délai de quelques mois à un an. Il faut admettre que Yar’Adua avait le soutien populaire des quatre coins du Nigeria même si le véritable pouvoir lui échappait. Quel pouvoir et quelle démocratie croire lorsque 40% des revenus nationaux sont produits par Shell ? Quel devenir démocratique envisager lorsque le Nigéria 5ème rang de l’OPEP demeure pauvre, en raison d’une très forte corruption et d’une mauvaise gouvernance. Les experts évaluent les fuites de capitaux du Nigeria de 1970 à 2009 à près de 90 milliards de dollars, soit un taux moyen de 10 milliards de fuite annuelle de capitaux en direction de l’Angleterre, de la France et de la Suisse. Les Américains et leurs vassaux, intérieurs et extérieurs,  alliés des processus les plus anti démocratique et les plus chaotiques ont l’habitude de réaliser, sous couvert de la casuistique sur la démocratie, leur politique de « régression féconde ».

L’insurrection des populations du Delta du Niger contre  les compagnies pétrolières, leur corruption et leur destruction de l’écosystème  et la gestion rentière et inégalitaire de la manne pétrolière par les autorités nigérianes va fatalement, sans direction sensée, faire jonction avec les modes de brigandages et les organisations sectaires religieuses et ethniques nés dans le sauve-qui-peut-social et s’inscrire dans une spirale de surenchères de violences et de confrontations religieuses pour imposer des opinions extrêmes, des intérêts divergents, des agendas étrangers, des ambitions locales occultes.

Dans la continuité des élections contestées de 2007 où le processus électoral n’est pas parvenu à donner l’illusion de démocratie de façade, les problèmes récurrents et accumulés annoncent des coups d’état et l’administration d’un terrorisme qui sera ici résiduel, ici larvé et ici organisé échappant à tout contrôle et à toute logique. Au moment où nous tentons de présenter une analyse relativement lucide sur le Nigéria pour dévoiler et anticiper, il est bien révélateur de voir que des militaires ont arrêté et « emmené », hier, jeudi 18 février, le président nigérien, Mamadou Tandja, lors d’un coup d’Etat dirigé par un officier, général, colonel ou caporal de grade. Il est faut souligner l’état d’esprit des  nouveaux dirigeants du récent coup d’Etat au Niger qui se sont donnés comme nom : « Le Haut Conseil pour le retour de la Démocratie » commencer par l’arrêt de la Constitution, qui faisait légèrement cas des musulmans. Ce sont les traditions en Afrique et les solutions de l’Occident pour les Africains. Ce sont aussi les luttes occultes entre l’Empire américain et ses anciens legateurs français et britanniques qui imposent aux Africains et aux Arabes une effusion de sang qui ne s’arrêtera qu’avec l’effondrement du système impérial ou l’émergence d’alternatives internationales ou régionales.

Quant à la fameuse démocratie, rien que le nom, elle suscite les macabres massacres qui eurent et ont toujours lieu en son nom, massacres qui éliminèrent plus de dix millions de musulmans en Afghanistan, en Iraq, en Palestine et un peu partout en Afrique… Sur ce coup d’état il est intéressant de lire ce matin sur l’express : « Le département d’Etat américain a de son côté réclamé un retour rapide à la démocratie au Niger, tout en s’abstenant de parler de coup d’Etat au sujet de la situation qui prévaut à Niamey ». Il n’est toujours pas question de répondre aux problèmes des peuples et de leur émancipation.

Ce qui révèle que le vrai problème réside dans cette double configuration: le colonialisme, qui se poursuit à travers les liges et les vassaux installés par le colonisateur avant son départ pour aider à l’usurpation des matières premières ; et l’évangélisation du monde, qui se passe actuellement secondée par les pouvoirs politiques de confession chrétienne et leurs méchants et stupides petits vassaux musulmans sur place, qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font subir à leur coreligionnaires ou à leur religion. C’est pourquoi le Nigeria représente un remarquable cas d’école sur les diverses manières de dilapider les fonds publics. Il représente aussi un authentique cas d’école de la machination idéologique, médiatique, politique, psychologique, militaire et socio-économique de l’instrumentalisation des musulmans comme bourreaux-victimes. Le Nigéria semble aussi exprimer une liberté d’autonomie des vassaux qui contrecarrent le projet du maitre annonçant la fin de sa suprématie et le désordre qui s’en suit lorsqu’il n’y a pas d’alternative construite et consciente.

La dégradation d’un territoire et d’une population ont une genèse parfois assez longue et suffisamment étalée dans le temps pour ne plus être lisible. Depuis l’indépendance, en 1960, le pays a été réparti en trois régions au Nord, à l’Ouest et à l’Est, qui se sont subdivisés en plusieurs gouvernorats, il a connu une succession de coups d’Etats, et une alternance de régimes militaires et de gouvernements civils. En 1976 fut créé l’Etat du Plateau, pour donner foyer à plusieurs groupes ethniques, ses membres sont pour la plupart des chrétiens. Les musulmans, cette grande majorité de « citoyens », est traité en tant que citoyens de seconde zone, exclus de nombreux postes de fonctionnaires, placés sous le poids de pseudo quotas et à des frais d’inscription beaucoup plus élevés dans les universités.

En 1963 fut formée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui a fonctionné jusqu’en 2002, date où elle fut dissoute pour être remplacée par l’Union Africaine, dont la grande majorité des membres sont des Francs-maçons. L’objectif initial de l’Organisation (OUA) était de promouvoir l’unité et la solidarité des Etats africains, promouvoir une voix collective africaine, faire acte en faveur de  l’éradication du colonialisme, veiller au  respect des frontières, de la souveraineté, et la non-ingérence dans les affaires intérieures… Au moment de sa dissolution 53 des 54 pays africains étaient membres de l’OUA. Le Maroc avait quitté l’Organisation en 1985 après l’admission, en 1982, du Sahara occidental.

L’Unité Africaine, au contrario de l’OUA, est un agent de l’ingérence étrangère et de la dissolution des cultures africaines et de l’indépendance des peuples. Le renversement de la politique africaine, la position géographique du Nigéria et sa configuration sociale, politique et religieuse faisait de ce riche pays l’emplacement idéal de la base d’AFRICOM (le commandement militaire américain pour l’Afrique) adossé aux compagnies pétrolières et en collaboration avec le Vatican. Kadhafi en s’intronisant « empereur » d’Afrique avait montré le paradoxe et la faillite des Arabes et des Africains qui ne voyaient pas le monde changer contre les peuples arabes et africains. Ils ne voyaient ni les luttes idéologiques, ni les positions militaires stratégiques, ni les comptoirs commerciaux, ni la prédation des ressources, ni le déploiement de l’empire et du sionisme dans leurs mentalités et leurs géographies. Leur cirque et leurs contradictions superficielles ont occulté les véritables questions  à se poser et les véritables confrontations à venir.

Il est triste et décevant à la fois de voir à quel point toutes ces institutions pseudo chrétiennes, politiques ou vaticanes, religieuses ou laïques, chanter à l’unisson pour usurper l’Afrique, éradiquer l’Islam et spolier les musulmans, usant de tout ce qu’on peut et ne peut imaginer pour arriver à terme de leur mission, alors que les quelques honnêtes personnes de l’Occident chrétiens et l’immense majorité des musulmans dénoncent ou observent en silence, sans pouvoir agir efficacement. N’est-il pas temps au moins que la jeunesse du monde, se réveille et prenne part à l’action au lieu de se laisser emporter par le désespoir ou faire le jeu de ces usurpateurs faiseurs de complot et de génocides ?

 

PS

1 – Zeinab Abdelaziz est professeur émérite de civilisation française au Caire, auteure de plusieurs ouvrages sur l’Islam et sur l’art, experte sur les affaires du Vatican, traductrice du sens du Coran, membre de l’association internationale des savants musulmans.

2 – L’empire instrumentalise les caricatures qui siéent à son projet. Ce ne sont donc pas les caricatures, vraies ou fausses qui nous intéressent, mais les conditions idéologiques de leur instrumentalisation. Nous laissons le soin aux experts de l’islamologie et de l’islamophobie de confronter leur narrative sur les caricatures avec les conditions sociales et politiques qui les démentent. Je n’ai rien à voir avec les caricatures, leurs maquilleurs et leurs habilleurs islamistes ou modernistes. Sur le plan moral et intellectuel nous devons savoir qui mène la danse et qui récolte le grisbi, pourquoi et comment. Dans cette posture,  Boka-Haram, secte religieuse, bande de brigands, mouvement islamique insurrectionnel, agents de la CIA ou du wahhâbisme international n’est ni le centre des préoccupations ni la clé pour comprendre les mises en panne de l’histoire et de la société par le système entropique. Prétendre le contraire c’est faire de la diversion. Bien entendu il y a la priorité d’éteindre le feu destructeur pour ne pas brûler, mais la réflexion et l’action  stratégique doivent être orientée en direction des pyromanes qui vont continuer d’allumer des feux et d’envoyer leurs agents incendiaires. Nos gouvernants sont faibles, nos élites sont versées dans l’oppositionnel stérile, nos universités n’ont pas de tradition de débat. Chacun doit s’informer et informer pour ne pas être otage du déluge de l’information qui fait oublier l’essentiel. La nécessité de s’informer exige non seulement de voir comment et pourquoi le pyromane allume les feux, mais aussi comment et pourquoi il allume les contre-feux pour faire diversion, pour amplifier les principaux foyers de destruction, pour faire changer l’apparence des conflits et la nature des zones d’affrontement. On ne  doit donc pas se focaliser sur la médiatisation des tactiques pour ‘allumer un feu ou un contre feu, mais sur la stratégie et les objectifs poursuivis par l’incendie et l’extinction des peuples et de leurs devenirs. Toute ces démarches tactiques ou stratégiques permettent de comprendre partiellement la réalité. Mais ce n’est qu’en inscrivant nos pas et nos idées dans la démarche prophétique que nous pouvons nous libérer de la réalité tronquée et des cadres réducteurs et déformants idéologiques et partisans pour devenir des adeptes inconditionnels de la Vérité.

3 – la communication occulte la situation semblable des populations musulmanes et des élites musulmanes discriminés au Niger, au Congo et ailleurs en Afrique par la domination chrétienne et par les extractions musulmanes converties aux affaires et au laïcisme. Le colonialisme ensuite le sionisme ont déjà depuis    longtemps construit les passerelles avec les évangélistes chrétiens pour la domination économique, culturelle et idéologique des musulmans afin de les amener à collaborer. Le christianisme a depuis longtemps perdu les illusions d’évangéliser  les musulmans. Il s’appuie sur ses alliés laïcs comme le fait la colonisation pour que l’administration et l’économie des pays à  majorité musulmane soient expurgées de la pensée musulmane. La charité qui était une arme de combat idéologique et de corruption est abandonnée car elle n’apporte ni conversion ni sympathie des musulmans  aux évangélistes. Cela peut déplaire, mais c’est la vérité des faits. C’est de bonne guerre lorsque la compétition se fait dans la transparence et la concurrence loyale. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de juifs, de chrétiens ou d’autres spiritualités du monde qui ne souffrent pas. Cela veut dire que la souffrance comme les bienfaits sont sélectifs  et que l’empire ne fait pas de calculs d’épicier ou de détaillant, mais de grossistes à l’échelle d’un pays ou d’une région. Il peut sacrifier des non musulmans et promouvoir des musulmans pour répondre à sa machine qui a la vocation de broyer le ferment de la civilisation musulmane car elle est la seule à pouvoir s’opposer à son hégémonie si les musulmans parvenaient à s’émanciper des conditions de leur aliénation et à se projeter comme projet de coopération avec les peuples sur la base de leur humanité et de leur diversité. Bien entendu je peux blesser les sensibilités chrétiennes, mais les lucides d’entre eux font la différence entre le Vatican de Jean Paul II et l’Emmaüs de l’abbé Pierre.

4 – L’Algérie est en effondrement social et économique malgré la manne du pétrole, car il n’y a pas de projet de développement qui s’appuie sur une reconfiguration politique et institutionnelle moderne et citoyenne. La bureaucratie continue d’instrumentaliser l’histoire, la religion, la culture, l’émotion sans offrir un devenir viable, serein et sérieux. Il n’y a pas d’alternative au Président malade et il y a des intérêts divergents qui s’affrontent autour de la révision constitutionnelle et des nominations aux hautes fonctions dans une ambiance géopolitique pessimiste. Le président peut disparaître laissant le pouvoir vacant à des seconds couteaux inaptes à gouverner. L’empire reste un prédateur qui peut démembrer l’Algérie ou lui confisquer définitivement ses ressources alors que les Algériens ont perdu la culture du travail et des études au profit de la consommation facile, insouciante et démesurée.

5 – Le monde vit une période d’entropisation qui installe et nourrit l’entropie sans possibilité de retour à la stabilité et à l’équilibre. Il est impossible que les énergies gaspillées ne le soient impunément et indéfiniment. Le monde n’est pas une création absurde sans Dieu qui le gouverne.