Déclaration du Président de la Rupture

بسم الله الرحمن الرحيم

Au Nom d’Allah le Miséricordieux, le Miséricordeur

J’ai accompli avec succès toutes les formalités de dépôt de ma candidature auprès du Conseil Constitutionnel, en conformité avec les lois et règlement en vigueur. C’est la fin d’une étape.

Ce fut un parcours relativement difficile semé d’embûches et d’obstruction, mais mission accomplie au-delà de ce qui est requis puisque nous avons obtenu le double de ce qui est exigé par la loi. Le nombre de signatures et le nombre de Wilayas confirment la grandeur de ce peuple. Ce peuple est grandiose, il a répondu à mon appel bien que je ne sois soutenu ni par un parti ni par un appareil.

J’exprime à ce peuple ma reconnaissance et ma gratitude. Je me suis engagé avec foi solide en ce peuple et avec une conviction forte pour une rupture avec ce système. Ce peuple a répondu à mon appel et a souffert en conséquence pour déployer tous les efforts et surmonter les entraves administratives.

Dites au Peuple : l’aube d’une nouvelle ère a commencé aujourd’hui.

Tu as été grandiose o peuple algérien ! Demeure toujours grandiose !

Tu as été pacifique, demeure pacifique ! Tu as été civilisé et tu as donné des leçons à tous ceux qui ont voulu te rendre handicapé, démissionnaire.

Tu as relevé le défi, tu leur montré que tu étais vivant et tu leur as donné la preuve de ta grandeur et de ton engagement. Demeure vivant, civilisé !

De la même manière que tu as triomphé hier sur le colonialisme, tu vas édifier aujourd’hui la Seconde République par la Rupture et le Changement.

سلام الله عليكم و رحمته وبركته

Paix d’Allah sur vous, Sa Miséricorde et Sa Bénédiction !

LE GÉNÉRAL RACHID BENYELLÈS SUR LES ARCANES DU POUVOIR

Il n’y a aucun lien entre nous deux : il est général, je suis sans rang, il est de Tlemcen, je suis de Constantine, il a un profil idéologique et j’en ai un autre. Je ne fais qu’apporter ma contribution :

« Faites preuve de discernement si vous ne voulez pas porter atteinte par ignorance à la réputation des gens et que vous soyez par la suite mis dans les regrets de vos actes ».  

Lorsqu’on lit les commentaires insultant sur Youtube à la suite du forum consacré au livre de l’ancien général Rachid Benyellès : « Dans les arcanes du pouvoir (1962-1999) ». Face aux critiques et aux questions légitimes d’une jeunesse privée de repères et mise en situation de haïr son pays et ses élites, le devoir d’un honnête homme est d’y répondre sans polémique, mais sans concessions.

Quelle est l’attente des gens ? Entendre dire d’un général que l’ANP est une pourriture, que les militaires sont tous pourris et que les généraux sont des crapules à passer à la guillotine, parce que certains d’entre eux ont failli ou ont trahi ? Ce n’est pas raisonnable comme attente et cela ne correspond ni à la personnalité de l’ex général Rachid Benyellès ni à ses hautes fonctions.

Il a pourtant dit des choses graves et sérieuses avec subtilité et courage. Nous allons passer en revue certaines vérités du Général et les expliciter du mieux qu’on puisse sans violer l’intimité de sa pensée ou préjuger de ses intentions.

D’abord il a dit ce que l’intelligence et la sensibilité de l’Algérie dictent : « penser à ce qu’il dit sans être obligé de dire tout ce qu’il pense ». Dommage que son éditrice ait préféré souligner le grade de général de Benyellès, mettre en exergue ses désaccords avec lui, et surtout communiquer sur sa maison d’édition. Elle a pourtant ouvert le bal avec quelque chose de remarquable sur le général Benyellès : « Traverser l’histoire en oblique ». Nous devons nous attarder sur ce préambule lourd de significations et de non-dits qui veulent beaucoup dire.

L’oblicité c’est être en position et en trajectoire ni perpendiculaire ni horizontale. Ça peut vouloir dire avoir la faculté de rebondir si l’opportunité se présente pour explorer d’autres directions et s’élever à d’autres hauteurs. Les journalistes n’ont pas saisi l’opportunité, tout empressés de régler leur contentieux avec Boumediene et l’armée algérienne.

L’oblicité, c’est aussi se définir comme ni opposant radical ni partisan sectaire à un système que les circonstances poussent à servir et qu’il est donc difficile de déjuger parce que l’on déjuge soi-même et parce que l’on était persuadé de servir une institution héritée de l’ALN et dans laquelle on trouvait le cadre de continuer à vivre son idéal de résistant et parachever l’indépendance. Il explicite cet aspect des choses en précisant qu’il est un francophone (sous-entendu parlant la langue française qu’il ne faut pas prendre pour un francophile comme aiment le faire les experts algériens en raccourcis et en anathèmes) : les jeunes lycéens qui ont pris le maquis à l’appel du FLN historique. L’intonation de sa voix, son regard, son sourire laissent penser qu’il est désabusé, déçu, mais qu’il avait accompli son devoir dans les limites de ses possibilités et de son pouvoir réel pratiquement limité. Il parvient à dire ce qui lui fait mal au cœur : l’incompétence et la gabegie ont été les principaux maitres de l’Algérie.

L’oblicité signifie aussi être ni trop près ni trop loin des événements pour les comprendre parfaitement et les modifier, ni trop subalterne pour exécuter avec insouciance ni grand décideur pour changer le cap. Il va le dire d’une manière presque timide comme à la fois un reproche à ceux qui ne veulent pas comprendre et à la fois comme une conscience heurtée par le drame de l’Algérie.  Il insiste sur la noblesse de cœur et le dévouement du président Boumediene qui a à son actif la révolution agraire, la révolution industrielle et la révolution culturelle (le débat sur la charte nationale et l’identité algérienne en 1977). Il dit sans ambiguïté : le patrimoine moral de la guerre de libération nationale, le foncier industriel et les ressources humaines de l’Algérie ont été anéanti depuis 1980. Il n’en reste plus rien. Personne ne lui pose la question sur les raisons, les causes et les instruments de ce massacre. La question ne se posait pas sur le choix de Chadli puisqu’il explique que l’armée intervenait (plus exactement on la sollicitait) pour porter le fardeau et trouver des solutions aux grandes crises algériennes et elles sont nombreuses puisque l’ANP est intervenue sept fois selon ses dires. Il indique les pistes : cherchez les civils qui ont impliqué l’armée dans ce qui n’était pas sa vocation. Cherchez le cabinet de Chadli et la promotion des hauts fonctionnaires. Cherchez la liquidation des cadres compétents, cherchez la mise à la retraite des Anciens moudjahidines, cherchez l’exclusion des cadres compétents ou leur confinement dans des tâches subalternes. Il avait dit que l’armée était homogène en tant que corps militaires sinon l’Algérie serait en véritable guerre civile avec des systèmes d’armes déployés à travers le vaste territoire déchirés par des seigneurs de guerre que tout oppose sur le plan idéologique, sociologique et économique.

Il va plus loin en disant que l’armée algérienne détentrice du pouvoir et décisionnaire est un mythe. Il n’est pas en train de dédouaner les défaillances et les impostures, mais de les révéler avec finesse et bravoure : où se trouve le véritable pouvoir ? Qui détient les clés de l’administration, de l’économie, du culturel, du commerce, de la diplomatie ? Qui gère la rente ? Qui gère l’énergie ? Qui gouverne ?

Non seulement le pouvoir de l’armée est un leurre, mais la sécurité militaire est incompétente en matière de sécurité publique et de défense nationale. Il dit avec des mots polis et mesurés que l’Algérie est un château de cartes sans consistance. Les forces de sécurité, confinées à la répression et à la police politique ont failli dans les grands dossiers du renseignement, de la sécurité des frontières, dans la lutte contre la subversion idéologique. L’économie est fragile, le peuple algérien est vulnérable dans sa nourriture, ses médicaments, ses biens et services. Il n’y a pas de doctrine de défense. Il le dit avec politesse et douleur. Bien entendu, les partisans de la rente et les agents de destruction de l’Algérie le chargent et le dénigrent. Lorsqu’il cite Kasdi Merbah, réputé pour son intelligence, son patriotisme et tant d’autres, il dit en même temps que nous étions prisonnier de notre époque, de notre creuset et de nos défaillances : l’Algérie avait donné le prix de sa jeunesse pour son indépendance et pour combler le vide elle a fait le plein, sans penser à la qualité. Le militaire et le civil souffre de ce vide et de la manière dont il a été comblé. Les cancres sont devenus une classe dirigeante, aidés ou propulsés par l’Etranger qui dispose du fichier le plus détaillé et le mieux actualisé sur l’Algérie.

En parlant de civils et de militaires, il a la pudeur ou le manque de temps, pour ne pas se disperser, de mettre le doigt sur certaines réalités. Par exemple la réalité de la mentalité algérienne. Ceux qui portent les armes et l’uniforme ont en mépris le civil qu’ils jugent peu patriote et chaotique, incapable de gérer convenablement. Le peuple algérien aime l’armée parce qu’elle lui suggère la discipline et l’ordre qui lui font défaut. En tant qu’ancien Moudjahid, il a parlé convenablement et aimablement des officiers issus de l’armée française qui ont servi l’armée avec professionnalisme et ont construit une administration efficace par rapport à l’administration civile. Les militaires issus intégralement de l’école algérienne ont conjugué le patriotisme des Moudjahidines et l’efficacité administrative des DAF. Il faut donc rendre hommage à sa probité et au refus du clivage basé sur l’origine des militaires. Cela n’exclue pas de comprendre ce qu’il dit ou écrit en filigrane : la masse au détriment de la qualité. Les DAF exemplaires et compétents étaient peu nombreux, une grande partie s’est révélée une bande de canailles et autre partie, celle qui a gravi tous les échelons et occupé des postes stratégiques. Dans le meilleur des cas, issu de l’école des sous-officiers de Koléa ou des champs de bataille de la France coloniale, ils n’avaient pas le niveau requis pour suivre de grandes écoles, se former à l’intelligence militaire ou administrer avec rigueur et science. Ces gens-là ont occupé des postes stratégiques et ont pris des positions qui n’honorent ni l’ALN ni l’ANP. Quel est le secret de leur ascension fulgurante ? Le Cabinet du Président décidait des nominations et de la mise à la retraite, faiseurs de rois et de courtisans. Cela continue. L’école algérienne a produit beaucoup de ratés et d’exclus qui sont parvenus à des postes décisifs dans l’armée et le civil.

En parlant de la promotion Lacoste et de Khaled Nezzar, le général ne fait pas dans la dentelle : il ne remet pas en cause leur attachement à la patrie et ne les accuse pas de trahison, mais met en exergue leur incompétence et leur faible niveau qui fait d’eux des incapables à mériter le qualificatif d’intelligence machiavélique. En effet les personnes limitées intellectuellement et sans bagages scolaires, civils ou militaires, profanes ou religieux, ne peuvent commettre que des bêtises de leur niveau même si leur arrogance n’a de limite que leur ignorance. Le général Rachid Benyellès nous dit, sans cryptage, que l’armée détentrice du pouvoir réel est un mythe, que la puissance démesurée de la SM est une usurpation, que la promotion Lacoste est d’un niveau limité qui ne lui permet pas d’agir avec compétence ou de prendre des décisions sensées. Qui recrute les cadres, qui valide leur choix, qui leur donne des prérogatives étendues, qui les révoque, qui contrôle leurs actes ? Comment se prennent les décisions stratégiques et dans quel cadre ? Partout c’est le règne de l’incompétence, de la gabegie et de l’opacité.

Est-ce qu’il s’agit d’obliquité c’est-à-dire de manque de droiture et de franchise ou d’oblicité c’est à dire d’un détournement de la trajectoire de son but et de sa finalité. En tous les cas, il y a quelque chose d’ambigu dans son discours à moins qu’il nous dise à notre insu et à son insu qu’il a tenté de s’opposer, mais qu’il a été vaincu par la doxa générale.

Je ne connais ni sa fortune, ni ses fréquentations, ni ses lectures. Je ne vais témoigner que de ce que je sais pour l’avoir personnellement vécu. J’ai eu l’occasion de participer à trois réunions de travail, destinées à l’examen de questions techniques et industrielles sur la construction navale et la réparation navale dont une avait trait à la réparation par des moyens algériens et des techniciens algériens de l’arbre de transmission d’une vedette de la marine de guerre.  Une fois j’étais en face de lui légèrement en oblique et une fois à côté de lui et je peux témoigner de mon ressenti à l’époque (1982 – 1983 et 1984) : c’est un homme qui écoute profondément et avec bienveillance ses interlocuteurs. Il comprend bien et vite. Il est très poli, très doux. Il s’était entouré pour la circonstances de cadres techniques sérieux et compétents. La relation avec ses cadres était une relation de confiance, de respect et de gravité. C’était une excellente impression qui ne m’a jamais quitté.

L’impression est peut-être subjective. Je vais donc solliciter un souvenir plus objectif pour étayer mon sentiment profond sur ce monsieur.  Nous sommes au début des années 80 et le début de la liquidation du Boumediennisme et tout particulièrement de la mise en faillite de la révolution agraire, du service national, de la révolution culturelle (l’arabisation) et de la révolution industrielle (le général Benyellès parle avec fierté de 100 grandes entreprises publiques édifiées en moins de 13 ans). Cette période 80 correspond au triomphe suprême de l’ambition américaine : faire du monde un marché et des Etats-nations des auxiliaires de ce marché privé de régulation et d’investissement social. En fait, cela dépasse les USA en tant qu’Etat, il s’agit du triomphe de l’oligarchie financière. Cette oligarchie a construit des destructeurs de l’industrie française comme Laurent Fabius et des faiseurs d’opinion comme Jacques Attali dont les réseaux d’influence s’étendent sur toute les anciennes colonies françaises y compris sur l’Algérie. L’Algérie s’est alignée sur ce magnétisme mercantile et antinationaliste mondial avec les conséquences que nous savons, dont la plus tragique est l’esclavage post moderne (la fuite des cerveaux et des bras). C’est dans cette ambiance que l’Algérie s’est désistée de la politique industrielle et a commencé à démanteler le service public et les entreprises nationales. Le drame, c’est que cette décision a été prise par les civils algériens et les militaires, les civils étant plus nombreux et mieux outillés pour changer le cours des choses. Du côté civil on avait l’ancien premier ministre Abdelhamid Brahimi (surnommé Hamid la Science ou Abou Maqla), son ancienne équipe du ministère de la planification, et le plus grave, les plus grands « capitaines » de l’industrie algérienne (SNS, SONELGAZ par exemple) tous surdiplômés. Les militaires étaient peu nombreux et la majorité ne connaissait rien à l’économie et à l’industrie. Cette commission nationale était présidée par le colonel Guenaïzia. Il n’y avait pas encore de généraux. La commission nationale de restructuration de l’industrie algérienne avait mis fin à l’expérience du développement industriel en Algérie. Expérience unique dans le tiers monde.

Lorsque le général Benyellès parle d’intelligence machiavélique, il évalue le drame algérien à sa juste valeur, même s’il n’arrive pas ou ne veut pas donner des noms ni décrire des mécanismes concrets. Le système est tellement opaque qu’il est impossible de révéler la toile. Elle est présente à tous les niveaux et dans tous les domaines en étant presque invisible comme une force dont on ne voit que les effets et les intensités sans jamais voir son vecteur et son point d’appui. A chaque fois que vous dites ça y est j’ai compris, le puzzle se recompose dans le désordre. C’est pire que la Maffia, c’est satanique.

Il faut une intelligence maléfique, bien informée et ayant un contentieux historique et idéologique avec l’Algérie (ALN et FLN) pour provoquer la mise en scène : quelques militaires qui président et rapportent ce que les experts civils algériens vont approuver et qui a été décidé ailleurs, dans les sphères du Cabinet occulte en Algérie en travail commandé pour les intérêts non seulement de la France, mais de la globalisation impérialiste. Il faut connaitre la mentalité des élites militaires et civils : les uns sont occupés à leur promotion (grades et postes), les autres aux missions à l’étranger et à la gestion des pénuries. On peut multiplier ad nauseum  ce constat à tous les niveaux de l’administration et dans les registres de l’activité nationale : on place des militaires, soit incompétents soit sans moyens et sans soutien, dans un nid de vipères civiles et on laisse faire le pourrissement et surtout on construit un mythe de l’omniprésence de l’armée, de l’omnipuissance de la SM tout en préparant la disqualification du FLN et de l’ANP (ALN). J’ai travaillé dans les secteurs de l’industrie, de la pêche, de la santé, de l’éducation, de l’économie et c’est le même constat sur les mêmes mécanismes de sabotage, sur le même procédé de désignation et de nomination.

Est-ce qu’il est logique de travailler pour un organisme comme le Ministère de la Défense Nationale dont les services de sécurité vous accordent une habilitation code C, après un an d’enquête, vous autorisant à manier des documents sensibles, puis de ne pas être validé pour un poste de cadre supérieur dans un ministère sous prétexte que les services de sécurité se sont opposés à votre décret alors que votre parcours ainsi que celui de votre famille est exemplaire sur le plan de la compétence et du patriotisme. Il est encore moins logique que lorsque vous parvenez à ficeler un dossier sur la corruption et le sabotage, les services de sécurité vous demandent de laisser tomber et de les rejoindre pour faire valoir vos compétences dans l’appareil en voie de restructuration. Il y a un problème de cohérence et d’efficacité sur le plan du travail, mais il y aussi beaucoup de Hogra, de cooptation et de corruption. La main étrangère n’est pas loin comme n’était pas loin la main « rouge » dans l’assassinat des militants de la cause nationale. La traitrise des algériens et l’appât du gain et de la facilité ne sont pas loin aussi. Ce sont ces réminiscences douloureuses qui remontent à la surface en écoutant le général Benyellès.

C’est une expérience pénible pour les jeunes doués et politisés qui voulaient travailler. A ce jour j’ai cherché en vain qui a eu l’idée de monter le scénario morbide de fragmentation et de privatisation des industries algériennes. J’ai la conviction que les Militaires avaient cautionné ce projet en le présidant, certains y voyaient sans doute une occasion pour leurs ambitions personnelles, mais je dois avouer que la luttes des classes et la conscience de classe bourgeoise n’étaient pas encore mures pour déboucher sur un projet politique autre que les petits calculs d’épiciers qui sont devenus des barons de l’import-export.

C’est dans cette même période que le projet de réalisation des industries militaires a été envoyé aux oubliettes, malgré le passage de l’ex patron des services secret, Kasdi Merbah, au poste de vice-ministre de la défense chargé de l’industrie militaire avec comme chef opérationnel le colonel Touati Abdeslam un ancien Moudjahid du corps de la Marine de guerre et ancien commandant de la base navale de Mers El Kebir.  Un brave homme, un homme lettré. Ni le général Benyellès nommé au poste de ministre des transports, ni Kasdi Merbah nommé à la Santé publique, ni Touati nommé à la compagnie nationale des transports maritimes n’ont pu mener une action de réforme. La vie civile algérienne est une jungle sans règlements, sans commandement, sans administration : ingérable. Le cabinet de Chadli pris en main par Larbi Belkheir nommait, révoquait, permutait au gré des humeurs et d’intentions que seul Dieu connait. 30 ans plus tard la situation est pire.

Puisque le général Rachid Benyellès définit l’oblicité comme le cadre idéique d’un homme qui veut se présenter comme traversant l’Algérie en biais, mais connaissant tous ses arcanes y compris celui de l’utopie des Industries Militaires. Il nous permet donc de faire rebondir quelques une de ses idées en leur donnant plus d’amplitude et une orientation plus précise. Nous allons donc revenir sur l’échec des industries militaires qui lui tenait à cœur et nous poser les questions qui doivent faire mal à sa mémoire. Est-il possible et sage de confier à l’armée la réalisation de l’industrie militaire alors que ce n’est pas sa vocation. L’industrie nationale (civile) aurait dû avec ses infrastructures s’ouvrir sur les fabrications militaires, l’armée avec ses bureaux d’étude, son état-major logistique et ses centres de recherche se seraient occupés des cahiers de charges, de sécurité, de documentation technique, de licences, de brevet, de réception, d’essai. L’industrie nationale était planifiée pour une mise en faillite et un démantèlement, elle ne pouvait donc être le réceptacle et le promoteur de la haute technologie militaire. L’ANP a pourtant fait l’effort colossal de former des milliers de techniciens et d’ingénieurs pour cette industrie avec l’idée que même si l’industrie militaire ne verrait pas le jour, les cadres formés seront utiles à l’Algérie et à la technicité de l’armée. Sur le plan de la vision stratégique comment envisager une industrie militaire alors que le niveau conceptuel des chefs et des sous-chefs ne permettait ni d’élaborer une doctrine militaire ni de concevoir le schéma de l’économie de défense ni encore celui de la sécurité nationale (culturelle, idéologique, économique, sociale, scientifique) ? Comment édifier une industrie militaire déboitée de l’université algérienne qui continue de délivrer des enseignements scholastiques et caducs, qui ne s’investit pas dans la recherche scientifique et technologique et qui n’a aucune passerelle praticienne avec le monde du travail et les préoccupations réelles de l’économie, de la défense ? Comment concevoir une industrie militaire alors que l’Etat de droit est absent et qui est nécessaire à la promotion des compétences, à la défense de la souveraineté nationale ? Comment concevoir les capacités de production et dimensionner les chaines de production sans partenariat avec les pays voisins car l’industrie militaire exigent de grands budgets et ne peut se contenter de faire de la production de petites séries ? L’industrie militaire, n’est pas une finalité en soi, mais est un outil au service de la souveraineté nationale et en tant qu’outil de défense, il devrait participer à la défense de l’Algérie contre quel ennemi et sur quel terrain de combat ? Peut-on édifier une industrie alors qu’elle est concurrencée par la culture de la rente et des importations qui l’alimentent.

Lorsque le monde civil et militaire fonctionnent selon la règle de l’interlocuteur valide, agrée par les intérêts mesquins du moment et cautionné par les intérêts stratégiques de l’Etranger, il ne peut y avoir ni décideur véritable ni Etat authentique. Partout, c’est de la fausse monnaie, des impostures, des usurpations et des éphémères. L’intégrisme à l’image du délabrement de tous les secteurs de l’Algérie est le produit des Algériens. L’éradication janvieriste laïciste est aussi un produit de l’Algérie. Cette Algérie qui produit des monstruosités n’est ni indépendante ni sensée.

Le général Benyellès connait ses contradictions et il a sans doute lu Malek Bennabi : l’homme le plus compétent et le plus intègre ne peut rien faire lorsque le milieu dans lequel il évolue manque d’efficacité, de synergie et d’orientation. Comme une aiguille aimantée dans un champ magnétique soit s’aligner sur le champ le plus fort soit se détraquer ou être exclu par la force de répulsion.

Ces souvenirs méritent d’être soulignés en faveur du général Benyellès qui avait manifesté son intention de relancer le chantier naval de Mers El Kebir qui avait couté 100 milliards (1DA = 1.3 FF) d’investissement infructueux à l’Algérie. Il voulait confier la réparation des vedettes des gardes côtes aux Algériens. Il voulait lancer la fabrication de petites unités navales et de cochons de mer lance torpilles.

Le destin est incroyable ! C’est au cours de ces réunions de travail que j’ai fait la connaissance du général Ali Ghediri actuel candidat aux élections présidentielles. Il m’a laissé une excellente impression : il connaissait son dossier ; il était sobre, discipliné, bosseur et intelligent ; il soutenait le développement national et l’acquisition technologique ainsi que la confiance à accorder aux ingénieurs et techniciens de l’armée et du civil. Je me rappelle avoir rédigé avec lui les comptes rendus des réunions de travail : on a fait du beau travail, on n’a négligé aucun détail et on n’a fait aucune faute de style ou de syntaxe. A l’époque, il était capitaine sous-directeur technique de la marine de guerre. Sa candidature est à prendre au sérieux et il peut gouverner l’Algérie : c’est un jeune, bon technicien, bon administrateur, patriote.

Dans ces réunions nous venons d’horizons divers et de régions multiples : frontière marocaine, frontière tunisienne, kabyles, chaouis… L’esprit du Makhzen que nous lègue Bouteflika et les clans qui se disputent la rente étaient en larves, mais l’amour de l’Algérie et le salaire mensuel nous suffisaient pour travailler. L’armée est une discipline, une hiérarchie et une administration qui structurellement sait gérer les différences et les clivages. Les clivages étaient perceptibles entre les issus de l’armée française complexés par le passé glorieux des Moudjahidines de première heure, les issus de l’ALN frustrés de voir les DAF avancer plus vite en grade et en poste de responsabilité, les purs produits de l’indépendance étaient dispersés entre ceux-ci et ceux-là. Les plus politisés et les plus visionnaires avaient du mal à s’intégrer, car ils avaient d’autres attentes et d’autres ambitions ainsi que beaucoup de déception. Le grade, la gamelle et la solde de l’armée les intéressaient moins que prendre les initiatives pour gagner en opérationnalité et en organisation. Ils sont devenus tout de suite encombrant et problématiques dans leur gestion de carrière. Les Moudjahidines méritaient un autre traitement, une autre prise en charge singulière en termes de formation. La culture de la rente et des avantages sociaux en milieu des années 80 a littéralement changé la perception des militaires sur l’armée, par la gestion de la pénurie et du favoritisme ont créé le fameux « sauve qui peut » de Malek Bennabi. Dans la vie civile, le sauve qui peut a pris des dimensions de catastrophe nationale. Chacun pour soi et l’Algérie pour les passe-droits. Certains d’entre nous ont pu traverser sans encombre l’existence, d’autres ont failli, mais beaucoup ont été mis à l’écart, car ils étaient peu enclins au compromis ou à la corruption.

Benyellès a raison lorsqu’il dit que Boumediene a créé un équilibre, mais l’équilibre était fragile car les divergences idéologiques étaient profondes et le cap différent. L’incompétence conjuguée à la subversion étrangère sapent une nation. Il est temps d’y mettre fin. A titre d’exemple de l’opposition des caps et des visions : vous avez une vision qui voulait que l’ANP soit organisé en divisions hyper mécanisées et donc lourdement équipées et demandant des budgets colossaux avec en parallèle une logistique qui fait de l’importation et du magasinage. En face vous avez, à l’instar du général Liamine Zéroual, une vision radicalement différente : une armée professionnelle légère hautement équipée et très mobile eu égard aux 60% de steppe du territoire. La logistique se devait d’être un véritable état-major des arrières. Dans la Russie de Poutine, c’est cette vision qui est en application et qui permet à l’armée russe d’entrer dans la guerre de cinquième génération et de devancer le Pentagone. Chez nous les partisans de la démesure et du gaspillage l’emportent sur les compétents. Ceci est valable tant pour les militaires que pour les civils. L’Algérie est le pays des équilibres précaires, des faux compromis, des fautes d’appréciation et de l’insouciance morale et intellectuelle.

Les propos de Benyellès confirment donc l’existence de la cinquième colonne et démontrent surtout que le pouvoir réel n’est pas aux mains des Algériens. L’armée est un décideur de circonstances. La question est qui crée ces circonstances. Il a raison lorsqu’il parle de l’action étrangère devant laquelle l’Algérie était démunie par incompétence et par négligence. En parlant des assassinats politiques, il invite l’historien à faire son travail, il invite le journaliste à investiguer, le juge à enquêter. Il a donné son opinion et a livré son expérience, n’attendez-pas de lui ce qui n’est pas sa vocation : juger ses pairs ou lancer des anathèmes. Il a beaucoup dit et il confirme notre intime conviction de la présence de la cinquième colonne hyper active en Algérie et il confirme surtout notre idée que le pouvoir réel n’est pas aux mains des Algériens. Pour s’en rendre à l’évidence, il faut voir le phénomène du turn-over dans l’armée algérienne et surtout la facilité avec laquelle on évince des généraux et des officiers supérieurs et on les met au silence. Une armée qui détient le pouvoir réel ne se laisse pas défaire de ses chefs.

Le général est tenu de pas ses fonctions et son grade à une certaine réserve, mais l’observateur qui a vu de près peut dire tout haut certaines vérités sur le pouvoir réel. Lorsque l’Algérie décide de créer le grade de général, beaucoup d’officiers issus de l’ALN ou de l’indépendance ont refusé ce grade, car il opérait une rupture symbolique avec les grades historiques de l’ALN. Les carriéristes et les DAF y ont vu une opportunité de promotion et de pouvoir et surtout un écart entre les militaires d’en bas et les militaires d’en haut. Lorsque l’Algérie décide de supprimer l’avis 77 sur le monopole de l’Etat sur la devise et propose la loi sur l’économie mixte, l’ANP a émis des réserves et a exprimé clairement sa désapprobation. Les Américains sont venus, après la promulgation de la loi sur l’économie mixte, proposer aux militaires un schéma qui met fin à l’industrialisation, qui met fin à la coopération russe en matière d’équipement et un projet financé par les Américains et piloté par leurs bureaux d’études pour transformer l’Algérie en un vaste réseau routier avec motels, ateliers de réparation et station services. Ils se sont adressés à l’ANP car ils pensaient qu’elle détenait le véritable pouvoir (politique et économique), mais l’Armée algérienne non seulement n’a pas donné suite, mais a envoyé un rapport à la présidence exprimant ses réserves sur le contenu, la faisabilité et l’incohérence de ce projet avec nos traditions industrielles et surtout avec les fameux slogans de transfert de technologie et d’intégration nationale. Si les militaires avaient dit oui et s’ils étaient décideurs politiques, l’Algérie serait en train de monter avec l’Egypte les chars américains Abrams et les hélicoptères de lutte antiterroriste équipés de vision nocturnes. Rachid Benyellès était je crois déjà général et secrétaire général du MDN lorsque l’armée se démarque de la nouvelle vision civile du développement économique et du partenariat stratégique. D’ailleurs, il dit que le Ministre de la défense, avec son cabinet de décideurs, a toujours était le Président de la République. Celui qui fait et défait ce cabinet, qui fait les présidents, les assassine ou les fait démissionner détient le véritable pouvoir. Les Algériens peuvent faire les basses besognes, mais ils n’ont pas l’intelligence machiavélique pour concevoir, planifier et superviser.

SOUTIEN À ALI GHEDIRI : POURQUOI ?

LA RUPTURE SYMBOLIQUE !

Nous soutenons le général Ali Ghediri pour une rupture symbolique avec le régime en place. Voici nos raisons objectives et subjectives :

1 – Il affiche sans ambiguïté et avec courage sa rupture avec le système maffieux.

2 – Il refuse d’aller au compromis avec les partis politiques discrédités et incompétents.

3 – Il annonce et promet une seconde République démocratique et populaire signifiant le renouvellement du serment fait à nos Chouhadas et la réhabilitation de la personnalité algérienne : nous y croyons.

4 – Il a un statut de général qui prend l’engagement de libérer le peuple et par là, il offre non seulement une voie de sortie honorable à l’ANP, mais il veut la réhabiliter dans la lignée de l’ALN libératrice et anticolonialiste. L’ANP a été coupée de son héritage historique,  de son ancrage social et de sa vocation institutionnelle par les intrus qui l’ont infiltrée et transformée en outil de répression, de légitimation et de corruption. L’ANP ne peut que reprendre sa mission par les siens, purs produits de l’école algérienne.

5 – Nous l’avons connu alors qu’il était jeune capitaine dans la Marine de guerre, il était alors partisan de la souveraineté nationale et de la sauvegarde de l’outil industriel de l’Algérie alors que d’autres pensaient déjà à dépecer l’Algérie après le décès du Président Boumediene. Aujourd’hui le pouvoir économique, médiatique et politique en place tente de le discréditer et le mettre en isolement. Ce ne sont pas ses qualités d’orateur ou de communicant qui nous intéresse, mais sa détermination et son engagement à devenir le Président de tous les Algériens.

6 – Nous sommes convaincus que le pouvoir réel a toujours échappé à l’ANP et au FLN. Ils ont été transformés en bouc-émissaire pour régler un contentieux historique et idéologique avec la guerre de libération nationale et la mémoire de nos Martyrs toujours vivante dans nos cœurs et nos esprits. Ils ont été vidés de leur substance patriotique pour servir des intérêts privés. Le peuple et l’armée peuvent libérer le FLN des appareils bureaucratiques et rentiers pour qu’il reprenne sa place dans nos cœurs et dans l’histoire nationale, et que l’Algérie sans exclusive ni exclusion reconstitue enfin notre rêve de jeunesse : se rassembler autour d’un front d’édification nationale à l’abri des rentes historiques, économiques, culturelles et religieuses.

7 – La tâche est difficile, dans le contexte international de crise globale et dans le contexte de pourrissement national, elle exige donc le rassemblement des forces civiles et militaires, des jeunes et des anciens dans un front de résistance nationale. L’heure est grave : l’existence territoriale de notre patrie est en péril, maintenant que l’Etat est complètement effondré et que les appareils économiques, politiques, administratifs et sécuritaires sont en état de sénilité et de faillite.

Nous apportons notre soutien au Général Ali Ghediri et nous continuerons à le soutenir tant qu’il agit dans la transparence et œuvre de pied ferme et avec courage pour la défense des libertés, l’indépendance de la Justice, la fin des rentes et la souveraineté nationale. Nous sommes persuadés qu’il offre une possibilité crédible de rupture symbolique.

A l’origine le symbolum était le partage, entre deux personnes, d’un objet qui avait été brisé et dont les morceaux, lorsque ces personnes se rencontreraient à nouveau, seraient des symboles, significatifs d’une réalité et d’une vérité sur laquelle elles s’étaient préalablement convenues de considérer comme signe de reconnaissance et de liaison. Nous sommes tous en majorité d’accord avec la réconciliation et la réunification comme nous sommes opposés à tout ce qui nous diabolise et nous aliène. Il nous appartient en notre âme et conscience de converger si nous voulons tisser du symbole ou de continuer à diverger, à verser notre sang et à dilapider nos ressources en persistant à détruire les derniers symboles : les liens de fraternité et l’appartenance au même territoire et à la même histoire.

Pour une question de sous les USA se seraient retirés de l’accord sur le nucléaire iranien

Par Dmitry Orlov – Le 11 mai 2018 –
Source Club Orlov traduit par le Sacer francophone

Voici une perspective autour de la décision de Trump de se retirer de l’accord JCPOA, c’est-à-dire l’accord sur le nucléaire iranien, qui n’a certainement pas assez de temps d’antenne. Tout n’est qu’une question d’argent. Après la révolution iranienne de 1978-1979, Jimmy Carter a gelé les actifs de l’Iran aux États-Unis. Depuis lors, les États-Unis conservent entre 100 et 120 milliards de dollars d’actifs iraniens, qui ont généré des loyers et des intérêts. Après la signature de l’accord JCPOA, qui stipulait la levée des sanctions contre l’Iran, Washington a fait de son mieux pour se débarrasser de ces actifs, mais ils auraient dû être rendus aux Iraniens tôt ou tard… à moins que les États-Unis ne se retirent de cet accord, ce qui vient d’être fait.

Il est très important de noter que ces actifs iraniens gelés sont libellés en dollars américains. Et quelle serait la première chose que les Iraniens feraient en reprenant le contrôle du magot ? Mais c’est bien sûr, ils le convertiraient hors de la devise américaine. C’est une exigence inscrite dans la loi iranienne : aucun dollar américain n’est autorisé à être détenu, et personne en Iran n’a le pouvoir de changer cela même s’il le voulait. Selon les Iraniens, les responsables américains ont plaidé auprès des Iraniens pour qu’ils ne liquident pas leurs avoirs libellés en dollars, mais que les Iraniens leur ont dit que personne n’avait l’autorité pour changer cette loi.

Une liquidation soudaine de cette ampleur aurait creusé un trou irréparable dans le système dollar, qui dépend de sa capacité à vendre d’énormes quantités de bons du trésor américain sur le marché international. La liquidation iranienne des actifs en dollars serait arrivée à un moment où les États-Unis ont un besoin urgent d’acheteurs étrangers de leur dette, la demande est faible et la liquidité chez les gros acheteurs de la dette américaine est à son plus bas historique. Cela aurait suffi à déclencher une ruée sur le dollar américain, tout le monde vendant ses bons du trésor. Cela pourrait mener à l’effondrement de tout le système qui permet aux États-Unis de faire les poches du reste du monde en l’obligeant à racheter continuellement sa dette.

Ainsi, la décision de Trump de se retirer de l’accord JCPOA est une tentative de retarder l’inévitable. Les États-Unis s’achètent un peu plus de temps. C’est un mouvement qui sent la peur et le désespoir. En prenant cette mesure, Washington devient le grand perdant : personne ne voudra plus négocier d’accord avec les Américains maintenant qu’ils se sont montrés incapables de les respecter. D’un autre côté, il semblerait que l’Iran ne sera pas beaucoup frappé par ce développement ; ce pays vit déjà sous un régime de sanctions sous une forme ou sous une autre depuis 40 ans et s’en porte plutôt bien malgré lui.

Et puis il y a des gagnants. Avec toute l’incertitude géopolitique que cela entraîne, les prix du pétrole remontent. Grâce à la hausse des prix du pétrole, l’industrie de la fracturation hydraulique aux États-Unis aura enfin la possibilité de commencer à rembourser sa dette massive (ils ont à peine réalisé un centime de bénéfice réel jusqu’à présent). Et, bien sûr, c’est une excellente nouvelle pour Poutine & Co pour la gestion de leur banque centrale [et augmenter les réserves d’or, NdT]. Avec le pétrole fournissant une fois de plus un flux massif de recettes fiscales, le plan ambitieux de Poutine sur six ans visant à améliorer considérablement le niveau de vie de tous les Russes sera facile à financer.

Les détenteurs de la dette américaine dans le monde auront une chance de se dé-dollariser graduellement au lieu de le faire soudainement et de manière catastrophique. De nombreux pays, la Chine en particulier, ont été très actifs dans la négociation de swaps de devises entre eux pour éviter d’utiliser le dollar américain dans le commerce. Ces arrangements les protégeront des malheurs liés au dollar lorsque le système pyramidal de la dette américaine s’effondrera finalement. Les États-Unis eux-mêmes ne seront pas aussi chanceux : lorsque les bons du Trésor des États-Unis vont plonger, la capacité de dépense du gouvernement américain s’évapora.

Et puis les 1,3 trillions de dollars en circulation dans le monde entier (la plupart sous forme de billets de 100 dollars que les Américains voient rarement) reviendront. Les acheteurs étrangers, armés de boisseaux de billets de 100 dollars, fondront sur les États-Unis comme des sauterelles, achèteront tout ce qui n’est pas coulé dans le béton, et tous les actifs négociables. Une fois cette frénésie finale terminée, personne ne saura ou ne se souciera beaucoup de ce qui se passe aux États-Unis, tout comme personne ne savait ou ne se souciait beaucoup de ce qui se passait dans l’ex-URSS dans les années 1990 : « Plus personne n’y va, c’est trop dangereux. »

Vous devriez certainement vous sentir libre de croire Donald Trump quand il dit que sa décision de violer l’accord JCPOA est basée sur le fait que l’Iran essaye de construire une bombe nucléaire. (Un fait ? … Désolé, les faits exigent des preuves, et il n’y en a pas en dépit du régime d’inspection le plus invasif de l’histoire.) Mais les preuves qui existent vont dans une direction différente. Les États-Unis avaient l’habitude de bombarder des pays (Irak, Libye) qui tentaient de quitter le système du dollar. Maintenant, ce pays refuse simplement de leur rendre leur argent et ment sur les raisons. Cela peut fonctionner une ou deux fois, mais finalement le monde dira : « Tu peux garder ton argent pourri ; ferme-la et va-t’en ».

Dmitry Orlov

Dmitry Orlov est l’auteur de l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

Le Nigéria : les conditions d’émergence de Boko-haram.

Cet article sur le Nigéria est toujours d’actualité,  si son contexte est 2009-2010, il est dans le prolongement du 11/09/2001. Il n’y a pas de complot, mais un ordre logique froid et déterminé qui se nourrit du manque de logique des autres.  Il a a été publié en 2010 par  Zeinab Abdelaziz et  Omar Mazri sous le titre « Le Nigeria guerre de religion, pénétration néocoloniale ? ». La présente publication est légèrement remaniée par moi-même pour des raisons de pédagogie et de communication sachant que lorsque les insensés de tout bord se faisaient entendre j’ai choisi de faire parler les faits et les textes, de les relier et de leur donner un sens que le temps n’a pas démenti . Je n’ai pas  raison sur tout, mais je demeure  fiable par l’indépendance de ma réflexion et le refus de mon alignement sur une démarche partisane ou un esprit sectaire

Ce qui se passe au Nigeria est une flagrante accusation de la double ingérence politico-vaticane, ou si l’on veut plus clairement, de l’intrusion infâme de la politique colonialiste de l’Occident et de l’évangélisation des peuples sous la contrainte militaire, financière, économique et militaire supervisée par les agents du Vatican. La coopération du colonialisme et de l’évangélisation a permis d’installer des régimes vassaux, pour usurper les matières premières, et pour évangéliser le pays. Ainsi clairement dit, le lecteur pourra mieux comprendre ce qui se déroule sur un des théâtres les plus émiettés et les plus ensanglantés.

Le silence qui a plané dans les médias en général, et surtout européens et français en particulier, lors des dernières émeutes qui eurent lieu il y a à peine quelques semaines, le 20 janvier dernier 2009, à Jos, la capitale de l’Etat de Plateau, est fort révélateur. Car ces émeutes qui provoquèrent la mort de 465 personnes, révèle une autre accusation et une autre preuve que c’est une guerre de religion qui est en cours de fomentation. Les chiffres mêmes sont accusateurs, puisque 400 de ces morts tués de sang-froid étaient des musulmans, et 65 des chrétiens. Le même pourcentage presque se trouve parmi les 1000 blessés, quant aux 20.000 déplacés c’étaient des musulmans qui ne cessent d’être traqués par les milices chrétiennes. Cela ne cesse de se répéter depuis septembre 2001, en laissant plus d’un millier de morts, et 700 autres en 2008, l’énorme majorité étant des musulmans. Human Rights Watch avance que 13.500 personnes ont trouvé la mort dans ces confrontations depuis 1999.

Le 28 décembre 2008 l’AFP rapportait dans une dépêche :

LAGOS (AFP) 20 déc. 2008 — « L’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé samedi « au moins 90 exécutions sommaires » par la police et les forces armées lors des émeutes politico-religieuses qui ont secoué fin novembre la ville de Jos, dans le centre du Nigeria.

Les 28 et 29 novembre, suite à une contestation électorale, des violences visant majoritairement la population musulmane d’ethnie haoussa ont fait officiellement au moins 200 morts, et sans doute plus, selon diverses associations et ONG.

L’armée avait été envoyée en renfort par le gouvernement fédéral.

 

Dans son rapport HRW fait notamment état de « sept incidents séparés » au cours desquels « au moins 46 hommes et jeunes gens, tous musulmans sauf deux » ont été sommairement tués par la police, plus précisément une unité de police mobile, les « mopols ».

L’organisation de défense des droits de l’homme a également recensé six autres incidents avec un bilan de 47 hommes tués, « tous musulmans et jeunes et sans armes, selon des témoins », par des militaires cette fois.

« La plupart de ces meurtres sont intervenus le jour même où le gouverneur de l’Etat de Plateau (dont Jos est la capitale) avait ordonné aux forces de l’ordre de « tirer à vue », poursuit HRW.

« Le devoir de la police et des militaires était de mettre fin au bain de sang, pas d’y contribuer. Les autorités nigérianes devraient lancer immédiatement une enquête indépendante », estime Corinne Duka, responsable de HRW pour l’Afrique de l’Ouest. »

Nous ne sommes pas en face d’accidents isolés, mais d’une démarche délibérée et entretenue :

A la suite des émeutes survenues en 2004, le gouverneur alors en poste, un chrétien nommé Joshua Dariyé, s’était montré on ne peut plus raciste, puisqu’il dit haut et fort « Jos appartient aux indigènes (c’est-à-dire aux chrétiens). Tous les Hausa (les musulmans) sont des colons, qu’ils le veulent ou non. Ils vivent avec nous, mais cela ne change en rien à l’équation propriétaire-locataire. Quand le locataire crée des problèmes, on lui donne son congé » !

Il suffit de regarder la vidéo des dernières émeutes, du 20 janvier, pour voir comment le commandant chrétien donna l’ordre à ses ouailles, à sa milice chrétienne, pour abattre les musulmans, ramassé en groupe sous l’arme, pour les tuer de sang froid en se donnant en spectacle pour être filmé, ne craignant aucune accusation ou la moindre charge puisqu’ils sont protégés jusqu’au sommet de la hiérarchie chrétienne !

Le rôle infâme de l’Eglise et son intervention meurtrière dans le Rwanda, où des pères et des sœurs s’avérèrent être des incendiaires, en attisant les flammes dans des hangars fermés, pleins d’africains réfugiés, révèle et prouve à la fois que le même scénario se perpétue un peu partout. De même, il suffit de penser au dernier Synode sur l’Afrique qui ne visait en réalité que les ressources minières africaines qui valent 46.200 milliards de dollars, tel que l’assure une des interventions présentées. Ni de s’étonner de voir que l’Eglise annonce comme conclusion finale de ce Synode qu’elle « cherchera à instituer dans les différentes nations du continent un système de formation dans la gestion des ressources naturelles » …

L’Afrique porte les cicatrices des massacres massifs si on se rappelle la guerre du Biafra (1967-1970) qui a provoqué la mort de centaines de milliers de personnes (causés majoritairement par la famine et les maladies), et déplacé plus de trois millions de réfugiés ibos. Comme au Rwanda les mobiles qui ont poussé les populations chrétiennes et animistes à entrer en guerre de sécession contre le pouvoir central restent obscurs. La seule chose de transparent est que cette guerre a permis l’émergence de l’humanitaire sioniste et de l’idée du droit de l’ingérence étrangère et militaire au nom de l’humanitaire. L’ethnocentrisme civilisateur et pacificateur qui fait intervenir l’Occident comme la providence divine est une ancienne idée parmi les nombreuses justifications morales de la colonisation et des montages d’affaires transnationaux au nom de la charité.

Le tableau présenté objectivement sur la nature, l’ampleur et l’instrumentalisation de la violence ethnique, religieuse et politique annonce inéluctablement les scénarios d’apocalypse préparés pour le monde islamo africain. On retrouve les mêmes ingrédients et les mêmes mécanismes de génération de la violence  en Afrique du Nord et dans le monde arabe : exercer une violence contre les populations musulmanes et les pousser à une violence instrumentalisable pour réaliser des fins géopolitiques, idéologiques et économiques que les conditions de paix et de lucidité ne permettent pas de réaliser.

La dernière décennie a connu plusieurs affrontements entre chrétiens et musulmans, qui commence d’habitude lorsqu’un chrétien critique ou blasphème le Coran ou qu’il s’empare d’une propriété musulmane. La raison des dernières émeutes revient au quasi traditionnel motif qui se perpétue actuellement dans tous les pays à minorité chrétienne : un chrétien qui provoque la situation en commençant par s’emparer injustement d’une maison, d’une propriété ou d’un terrain d’un musulman. Dès que ce dernier commence la défense de sa propriété, éclate la bagarre qui, en générale, est prévue d’avance par les chrétiens, soutenus partout par l’ingérence vaticane à travers toutes les églises présentes sur places et tous leurs adeptes, qui ont reçu l’ordre tous deux, depuis Vatican II, de participer à l’évangélisation du monde. C’est-à-dire à l’éradication de l’Islam et des musulmans. Il faut lire tout simplement les textes de Vatican II de 1982 pour voir l’énoncé du principe et sa mise en œuvre dans les pays musulmans à minorité chrétienne où les élites musulmanes sont issues de la bourgeoisie compradore, de la rente et de la bureaucratie.

Durant les affrontements de cette décennie et sur fond de crise sociale, économique et religieuse eut lieu aussi l’injuste et frauduleuse intervention des chrétiens minoritaires, mais soutenus par les USA et l’Europe, pour changer la Constitution d’un Etat de confession musulmane. A rappeler qu’en 1987 s’était formé un Conseil Religieux Consultatif, composé de 12 membres musulmans et de 12 membres chrétiens, faisant de ces derniers des minorités sur représentées. Les musulmans non seulement étaient mal représentés et sous représentés, mais en situation de domination économique et de violence religieuse et sociale. Ils sont mis, objectivement, en situation d’insurrection avec la garantie de subir une répression  féroce ou de soulèvement armée avec le risque de partition du pays ou d’intervention des armées étrangères déjà présentes sous des formes larvées  contre la rébellion musulmane qu’on aura au préalable mis en situation de cercle infernal de diabolisation.

A noter que le Pape Jean-Paul II avait visité le Nigeria en 1982, l’année au cours de laquelle fut créé le Solidarnosc en Pologne pour commencer le démantèlement de l’ex-Union Soviétique, prônant en mains et dans ses discours le fameux et fallacieux texte de Nostra Aetate. Un des fameux Textes décrété à Vatican II, par lequel l’Eglise de Rome s’ingénie à éloigner triplement l’Islam, en le mettant parmi les religions de l’Asie, en biffant la descendance des musulmans d’Abraham, et en imposant l’évangélisation du monde y compris celles des Chrétiens orthodoxes d’Orient. La conjonction Vatican CIA est formellement établie en particulier depuis l’arrivée de Georges Bush et de la suprématie des néo Cons US.

La déstabilisation puis le contrôle du Nigéria – exigeant s’il le faut des massacres de populations et l’émergence de terrorismes difficiles à éradiquer, doit être remise dans son cadre historique et spatiale : l’Afrique sub-saharienne avec ses richesses, ses diversités culturelles, ses anciennes communautés d’échanges commerciaux est une aire de civilisation islamique pacifique représentative de l’Islam africain par ses réseaux de solidarité sociale, de fraternité ethnique et de libre adhésion à l’Islam lors des premiers contacts avec les premiers persécutés qui se sont exilés  du temps du Prophète (saws) puis avec les commerçants arabes. Même si on veut faire abstraction de l’Islam africain, nous ne pouvons faire abstraction du rapport harmonieux et transsaharien entre les Berbères du Maghreb et les populations africaines d’Afrique qui partageaient des traditions de démocratie populaire et de solidarité sociale et économique exemplaires pour la justice sociale et la dignité humaine.

A titre d’évocation il n’y a pas que la Libye qui avait son Cheikh Omar Mokhtar, le Maroc son Cheikh Al Khattabi et l’Algérie son Cheikh Al Mokrani, El Haddad et tant d’autres. Le Nigéria avait eu le  Cheikh Othman Dan Fodio, de l’ethnie des Peuls, fin 18ème début 19ème siècle, il est parvenu à fédérer les populations africaines, musulmanes et animistes, contre le  roi (Sarkin) tyrannique, hostile à l’Islam et jouisseur. Par la lutte armée il est parvenu à édifier le puissant royaume de Sokoto sur les territoires Adamawa au nord-est du Nigeria, à l’Ouest du Niger, dans le Nupe au centre-ouest du Nigeria, et dans les territoires Haoussa au Nord du Nigéria. Ce royaume n’a pas résisté à la pénétration britannique disposant d’une logistique militaire, d’une expérience en matière de comptoir coloniaux,  de moyens de corruption et de pasteurs protestants  évangélistes habitués à pacifier les païens de la Chine, des Indes et des Amériques.  Pour ceux qui s’intéressent à la civilisation musulmane il est utile de rappeler que les musulmans du  Nigéria à l’instar de la majorité de ce qu’on appelle l’Islam africain et maghrébin est sunnite, malékite, ascharite. L’émergence des dérives de type confessionnel et religieux trouve sa logique dans la rencontre des intérêts géopolitique de l’Empire et des intérêts idéologiques des pétro monarchies.

La conscience collective n’oublie pas son histoire malgré les parenthèses colonialistes. Elle refait surface sinon elle fait irruption violente selon les conditions sociales et historiques. Les idéologues de l’Empire et les colonisés importateurs des idées coloniales disposent du pouvoir des médias de l’Empire pour enlever toute légitimité à la contestation musulmane et la déboiter des réalités sociales et politiques de son expression. L’intrusion coloniale peut saper les conditions sociales et économiques, falsifier l’histoire, découper les territoires et aliéner les mentalités, mais elle ne peut gommer la vérité.

C’est dans cette continuité spatiale et historique que nous assistons après la décolonisation  puis après l’évangélisation vaticaniste à un retour vers l’Islam non seulement des populations musulmanes, mais aussi des  populations chrétiennes qui, par leur conversion, apportent un enrichissement religieux, social, économique et mettent en  péril les politiques du Vatican. Si les richesses des Bédouins  et des Africains avaient été mises à profit pour le bien-être des populations, il aurait difficile au Vatican et à la CIA de déstabiliser les Etats. Le Soudan ne serait pas dans cet engrenage de démantèlement alors que le conflit qui oppose les conflits entre les populations musulmanes, chrétiennes et animistes ou arabes et africaines  aurait été résolu par quelques centaines de millions de dollars (investissements en hydraulique) et l’Etat de droit équitable envers tous les citoyens.

Depuis l’indépendance aussi, l’Etat du Nigéria ne fait que renforcer une distinction héritée des colonisateurs britanniques, donnant aux groupes ethniques chrétiens le statut d’indigènes, de vrais habitants du pays, tout en maintenant les musulmans à distance de ce titre, alors qu’ils sont en fait majoritaires, que l’Islam et les musulmans s’y trouvent depuis de longs siècles, tandis que le christianisme ne commença à s’implanter qu’à la moitié du XIX° siècle, avec d’anciens esclaves venus d’Amérique, accompagnant des catéchistes anglicans et méthodistes. En 1844 Henry Townsend fonda la première mission anglicane au nord de Lagos. Les missionnaires catholiques arrivèrent presque deux décades plus tard. Actuellement le christianisme représente la minorité des habitants, comme disent les statistiques, et dépendent d’une multiplicité d’églises.

Pour revenir à la situation socioéconomique au Nigeria, il faut rappeler que  le niveau de la plupart des nigériens a dégénéré à un niveau bien en dessous du seuil de la pauvreté absolue ou de la dignité humaine, pays qui comprend la plus grande population de l’Afrique avec ses 150 millions d’habitants, il a le pétrole comme principal pivot des revenus fédéraux et 98 % des recettes à l’exportation. Il est objectivement une donnée économique et géographique qui le classe comme proie facile aux yeux du prédateur impitoyable.

En marge du secteur pétrolier se trouvent d’importants gisements de gaz naturel, des réserves de houilles, charbon bitumineux, les plus importants du continent ; des gisements de colombite, du fer, du zinc, de l’étain, de l’or, de la pierre à chaux et du marbre ; et surtout des gisements d’uranium, dont l’énergie est plus d’un million de fois supérieure à celle des combustibles fossiles pour une masse équivalente. Ce qui fait que l’uranium est la principale matière première utilisée par l’industrie nucléaire. Le Nigeria est déjà classé comme le troisième producteur mondial d’uranium et comme deuxième puissance sub-saharienne derrière l’Afrique du Sud en matières premières et ressources naturelles.

Les élites nigérianes toutes confessions confondues ne parviennent pas à voir la main de l’Empire sous prétexte qu’au moment du paroxysme de la crise religieuse et constitutionnelle  en 2009, le Nigeria était le troisième fournisseur de pétrole des Etats-Unis, avec un cru de la meilleure qualité au monde, leur partenaire commercial le plus important dans la région subsaharienne, l’attraction pour l’investisseur US le plus important du pays. Par ailleurs, les Etats-Unis sont le pays où réside le nombre le plus important de et le plus croissant des Nigérians de la diaspora et de l’intelligentzia. En apparence  la crise ne profitait ni aux USA ni à la démocratie et à l’unité du Nigéria. Il faudrait sans doute que les Nigérians s’interrogent sur les objectifs de la présence  américaine en Afrique sub-saharienne, les objectifs de la lutte contre le terrorisme après le 11 septembre, la place du Nigéria dans le dispositif de combat et de prédation en Afrique.

On retrouve aussi les scénarios de vacance du pouvoir africain par les réseaux France Afrique avec pour le Nigéria d’autres acteurs qui sont à Londres, Washington et Ryad en Arabie saoudite où le 23 novembre 2009, le président nigérian Umaru Yar’Adua y a été précipitamment évacué pour une urgence médicale. Alors que le pouvoir était vacant, que la crise constitutionnelle s’amplifiait sur fond de crises sociales et religieuses,  les Etats Unis, en compagnie de la France, de la Grande Bretagne et de l’Union européenne faisaient une déclaration commune surréaliste saluant la vacance du pouvoir:

« Nous saluons la détermination à aborder la situation actuelle au travers des institutions démocratiques appropriées. L’engagement continu du Nigeria et l’adhérence à ses normes et à ses valeurs démocratiques est essentielle pour faire face aux nombreux défis qu’il doit affronter… Nous sommes engagés à continuer à travailler avec le Nigeria sur ses questions internes tout en travaillant ensemble comme partenaires sur la scène globale ».

Umaru Yar’Adua est revenu d’Arabie saoudite, affaibli politiquement et  sanitairement, confrontées  aux élites nigérianes appuyant la volonté américaine qui avait, une semaine avant son retour, installé le vice-président Goodluck Jonathan dans les fonctions de président intérimaire au nom de la démocratie et du blabla traditionnel.

Comme il fallait s’y attendre les USA ont continué à brouiller les cartes en faisant sortir du chapeau de magicien un nouveau lapin l’ancien président Ibrahim Babangida par la communication américaine officieuse qui déclare que « nous le percevons pas comme un ancien dictateur… Nous le considérons comme un ancien chef d’Etat et un dirigeant influent dans la partie nord du pays. » Le projet de partition sur des conflits ethniques ou religieux derrière des alibis de démocratie est la culture politique anglo-saxonne. Ils instrumentalisent tous les idiots utiles : les bêtes et méchants rebelles poussés au fanatisme et les beaux intelligents compradores poussés à la compromission. Sur communication contradictoire, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France supervisent des modifications à la Constitution déjà fragile. Ils mettent le Nord en situation de rébellion contre le Sud et détruisent le peu de liens qui maintiennent les communautés ensemble.  Ils mettent les musulmans en contradictions dans les allégeances politiques en divisant leurs élites et en les mettant les unes contre les autres.

Dans la conjoncture où les populations du Nord subissaient les dégâts collatéraux de la lutte antiterroriste, il faut garder à l’esprit que Umaru Yar’Adua, originaire du Nord est  opposé à l’installation du centre de commandement militaire d’Africom. Il a pris position pour la fin de la présence de Shell au Delta dans un délai de quelques mois à un an. Il faut admettre que Yar’Adua avait le soutien populaire des quatre coins du Nigeria même si le véritable pouvoir lui échappait. Quel pouvoir et quelle démocratie croire lorsque 40% des revenus nationaux sont produits par Shell ? Quel devenir démocratique envisager lorsque le Nigéria 5ème rang de l’OPEP demeure pauvre, en raison d’une très forte corruption et d’une mauvaise gouvernance. Les experts évaluent les fuites de capitaux du Nigeria de 1970 à 2009 à près de 90 milliards de dollars, soit un taux moyen de 10 milliards de fuite annuelle de capitaux en direction de l’Angleterre, de la France et de la Suisse. Les Américains et leurs vassaux, intérieurs et extérieurs,  alliés des processus les plus anti démocratique et les plus chaotiques ont l’habitude de réaliser, sous couvert de la casuistique sur la démocratie, leur politique de « régression féconde ».

L’insurrection des populations du Delta du Niger contre  les compagnies pétrolières, leur corruption et leur destruction de l’écosystème  et la gestion rentière et inégalitaire de la manne pétrolière par les autorités nigérianes va fatalement, sans direction sensée, faire jonction avec les modes de brigandages et les organisations sectaires religieuses et ethniques nés dans le sauve-qui-peut-social et s’inscrire dans une spirale de surenchères de violences et de confrontations religieuses pour imposer des opinions extrêmes, des intérêts divergents, des agendas étrangers, des ambitions locales occultes.

Dans la continuité des élections contestées de 2007 où le processus électoral n’est pas parvenu à donner l’illusion de démocratie de façade, les problèmes récurrents et accumulés annoncent des coups d’état et l’administration d’un terrorisme qui sera ici résiduel, ici larvé et ici organisé échappant à tout contrôle et à toute logique. Au moment où nous tentons de présenter une analyse relativement lucide sur le Nigéria pour dévoiler et anticiper, il est bien révélateur de voir que des militaires ont arrêté et « emmené », hier, jeudi 18 février, le président nigérien, Mamadou Tandja, lors d’un coup d’Etat dirigé par un officier, général, colonel ou caporal de grade. Il est faut souligner l’état d’esprit des  nouveaux dirigeants du récent coup d’Etat au Niger qui se sont donnés comme nom : « Le Haut Conseil pour le retour de la Démocratie » commencer par l’arrêt de la Constitution, qui faisait légèrement cas des musulmans. Ce sont les traditions en Afrique et les solutions de l’Occident pour les Africains. Ce sont aussi les luttes occultes entre l’Empire américain et ses anciens legateurs français et britanniques qui imposent aux Africains et aux Arabes une effusion de sang qui ne s’arrêtera qu’avec l’effondrement du système impérial ou l’émergence d’alternatives internationales ou régionales.

Quant à la fameuse démocratie, rien que le nom, elle suscite les macabres massacres qui eurent et ont toujours lieu en son nom, massacres qui éliminèrent plus de dix millions de musulmans en Afghanistan, en Iraq, en Palestine et un peu partout en Afrique… Sur ce coup d’état il est intéressant de lire ce matin sur l’express : « Le département d’Etat américain a de son côté réclamé un retour rapide à la démocratie au Niger, tout en s’abstenant de parler de coup d’Etat au sujet de la situation qui prévaut à Niamey ». Il n’est toujours pas question de répondre aux problèmes des peuples et de leur émancipation.

Ce qui révèle que le vrai problème réside dans cette double configuration: le colonialisme, qui se poursuit à travers les liges et les vassaux installés par le colonisateur avant son départ pour aider à l’usurpation des matières premières ; et l’évangélisation du monde, qui se passe actuellement secondée par les pouvoirs politiques de confession chrétienne et leurs méchants et stupides petits vassaux musulmans sur place, qui ne se rendent pas compte du mal qu’ils font subir à leur coreligionnaires ou à leur religion. C’est pourquoi le Nigeria représente un remarquable cas d’école sur les diverses manières de dilapider les fonds publics. Il représente aussi un authentique cas d’école de la machination idéologique, médiatique, politique, psychologique, militaire et socio-économique de l’instrumentalisation des musulmans comme bourreaux-victimes. Le Nigéria semble aussi exprimer une liberté d’autonomie des vassaux qui contrecarrent le projet du maitre annonçant la fin de sa suprématie et le désordre qui s’en suit lorsqu’il n’y a pas d’alternative construite et consciente.

La dégradation d’un territoire et d’une population ont une genèse parfois assez longue et suffisamment étalée dans le temps pour ne plus être lisible. Depuis l’indépendance, en 1960, le pays a été réparti en trois régions au Nord, à l’Ouest et à l’Est, qui se sont subdivisés en plusieurs gouvernorats, il a connu une succession de coups d’Etats, et une alternance de régimes militaires et de gouvernements civils. En 1976 fut créé l’Etat du Plateau, pour donner foyer à plusieurs groupes ethniques, ses membres sont pour la plupart des chrétiens. Les musulmans, cette grande majorité de « citoyens », est traité en tant que citoyens de seconde zone, exclus de nombreux postes de fonctionnaires, placés sous le poids de pseudo quotas et à des frais d’inscription beaucoup plus élevés dans les universités.

En 1963 fut formée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), qui a fonctionné jusqu’en 2002, date où elle fut dissoute pour être remplacée par l’Union Africaine, dont la grande majorité des membres sont des Francs-maçons. L’objectif initial de l’Organisation (OUA) était de promouvoir l’unité et la solidarité des Etats africains, promouvoir une voix collective africaine, faire acte en faveur de  l’éradication du colonialisme, veiller au  respect des frontières, de la souveraineté, et la non-ingérence dans les affaires intérieures… Au moment de sa dissolution 53 des 54 pays africains étaient membres de l’OUA. Le Maroc avait quitté l’Organisation en 1985 après l’admission, en 1982, du Sahara occidental.

L’Unité Africaine, au contrario de l’OUA, est un agent de l’ingérence étrangère et de la dissolution des cultures africaines et de l’indépendance des peuples. Le renversement de la politique africaine, la position géographique du Nigéria et sa configuration sociale, politique et religieuse faisait de ce riche pays l’emplacement idéal de la base d’AFRICOM (le commandement militaire américain pour l’Afrique) adossé aux compagnies pétrolières et en collaboration avec le Vatican. Kadhafi en s’intronisant « empereur » d’Afrique avait montré le paradoxe et la faillite des Arabes et des Africains qui ne voyaient pas le monde changer contre les peuples arabes et africains. Ils ne voyaient ni les luttes idéologiques, ni les positions militaires stratégiques, ni les comptoirs commerciaux, ni la prédation des ressources, ni le déploiement de l’empire et du sionisme dans leurs mentalités et leurs géographies. Leur cirque et leurs contradictions superficielles ont occulté les véritables questions  à se poser et les véritables confrontations à venir.

Il est triste et décevant à la fois de voir à quel point toutes ces institutions pseudo chrétiennes, politiques ou vaticanes, religieuses ou laïques, chanter à l’unisson pour usurper l’Afrique, éradiquer l’Islam et spolier les musulmans, usant de tout ce qu’on peut et ne peut imaginer pour arriver à terme de leur mission, alors que les quelques honnêtes personnes de l’Occident chrétiens et l’immense majorité des musulmans dénoncent ou observent en silence, sans pouvoir agir efficacement. N’est-il pas temps au moins que la jeunesse du monde, se réveille et prenne part à l’action au lieu de se laisser emporter par le désespoir ou faire le jeu de ces usurpateurs faiseurs de complot et de génocides ?

 

PS

1 – Zeinab Abdelaziz est professeur émérite de civilisation française au Caire, auteure de plusieurs ouvrages sur l’Islam et sur l’art, experte sur les affaires du Vatican, traductrice du sens du Coran, membre de l’association internationale des savants musulmans.

2 – L’empire instrumentalise les caricatures qui siéent à son projet. Ce ne sont donc pas les caricatures, vraies ou fausses qui nous intéressent, mais les conditions idéologiques de leur instrumentalisation. Nous laissons le soin aux experts de l’islamologie et de l’islamophobie de confronter leur narrative sur les caricatures avec les conditions sociales et politiques qui les démentent. Je n’ai rien à voir avec les caricatures, leurs maquilleurs et leurs habilleurs islamistes ou modernistes. Sur le plan moral et intellectuel nous devons savoir qui mène la danse et qui récolte le grisbi, pourquoi et comment. Dans cette posture,  Boka-Haram, secte religieuse, bande de brigands, mouvement islamique insurrectionnel, agents de la CIA ou du wahhâbisme international n’est ni le centre des préoccupations ni la clé pour comprendre les mises en panne de l’histoire et de la société par le système entropique. Prétendre le contraire c’est faire de la diversion. Bien entendu il y a la priorité d’éteindre le feu destructeur pour ne pas brûler, mais la réflexion et l’action  stratégique doivent être orientée en direction des pyromanes qui vont continuer d’allumer des feux et d’envoyer leurs agents incendiaires. Nos gouvernants sont faibles, nos élites sont versées dans l’oppositionnel stérile, nos universités n’ont pas de tradition de débat. Chacun doit s’informer et informer pour ne pas être otage du déluge de l’information qui fait oublier l’essentiel. La nécessité de s’informer exige non seulement de voir comment et pourquoi le pyromane allume les feux, mais aussi comment et pourquoi il allume les contre-feux pour faire diversion, pour amplifier les principaux foyers de destruction, pour faire changer l’apparence des conflits et la nature des zones d’affrontement. On ne  doit donc pas se focaliser sur la médiatisation des tactiques pour ‘allumer un feu ou un contre feu, mais sur la stratégie et les objectifs poursuivis par l’incendie et l’extinction des peuples et de leurs devenirs. Toute ces démarches tactiques ou stratégiques permettent de comprendre partiellement la réalité. Mais ce n’est qu’en inscrivant nos pas et nos idées dans la démarche prophétique que nous pouvons nous libérer de la réalité tronquée et des cadres réducteurs et déformants idéologiques et partisans pour devenir des adeptes inconditionnels de la Vérité.

3 – la communication occulte la situation semblable des populations musulmanes et des élites musulmanes discriminés au Niger, au Congo et ailleurs en Afrique par la domination chrétienne et par les extractions musulmanes converties aux affaires et au laïcisme. Le colonialisme ensuite le sionisme ont déjà depuis    longtemps construit les passerelles avec les évangélistes chrétiens pour la domination économique, culturelle et idéologique des musulmans afin de les amener à collaborer. Le christianisme a depuis longtemps perdu les illusions d’évangéliser  les musulmans. Il s’appuie sur ses alliés laïcs comme le fait la colonisation pour que l’administration et l’économie des pays à  majorité musulmane soient expurgées de la pensée musulmane. La charité qui était une arme de combat idéologique et de corruption est abandonnée car elle n’apporte ni conversion ni sympathie des musulmans  aux évangélistes. Cela peut déplaire, mais c’est la vérité des faits. C’est de bonne guerre lorsque la compétition se fait dans la transparence et la concurrence loyale. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de juifs, de chrétiens ou d’autres spiritualités du monde qui ne souffrent pas. Cela veut dire que la souffrance comme les bienfaits sont sélectifs  et que l’empire ne fait pas de calculs d’épicier ou de détaillant, mais de grossistes à l’échelle d’un pays ou d’une région. Il peut sacrifier des non musulmans et promouvoir des musulmans pour répondre à sa machine qui a la vocation de broyer le ferment de la civilisation musulmane car elle est la seule à pouvoir s’opposer à son hégémonie si les musulmans parvenaient à s’émanciper des conditions de leur aliénation et à se projeter comme projet de coopération avec les peuples sur la base de leur humanité et de leur diversité. Bien entendu je peux blesser les sensibilités chrétiennes, mais les lucides d’entre eux font la différence entre le Vatican de Jean Paul II et l’Emmaüs de l’abbé Pierre.

4 – L’Algérie est en effondrement social et économique malgré la manne du pétrole, car il n’y a pas de projet de développement qui s’appuie sur une reconfiguration politique et institutionnelle moderne et citoyenne. La bureaucratie continue d’instrumentaliser l’histoire, la religion, la culture, l’émotion sans offrir un devenir viable, serein et sérieux. Il n’y a pas d’alternative au Président malade et il y a des intérêts divergents qui s’affrontent autour de la révision constitutionnelle et des nominations aux hautes fonctions dans une ambiance géopolitique pessimiste. Le président peut disparaître laissant le pouvoir vacant à des seconds couteaux inaptes à gouverner. L’empire reste un prédateur qui peut démembrer l’Algérie ou lui confisquer définitivement ses ressources alors que les Algériens ont perdu la culture du travail et des études au profit de la consommation facile, insouciante et démesurée.

5 – Le monde vit une période d’entropisation qui installe et nourrit l’entropie sans possibilité de retour à la stabilité et à l’équilibre. Il est impossible que les énergies gaspillées ne le soient impunément et indéfiniment. Le monde n’est pas une création absurde sans Dieu qui le gouverne.

Tolstoï, Dostoïevski et Poutine.

 « Il faut être un grand homme pour savoir résister même au bon sens.  » écrivait Dostoïevski dans « Les démons ». Nous allons suivre ce conseil et résister au tapage médiatique et à sa « vérité » criarde et obscène sur la Russie et l’Ukraine comme nous avions déjà résisté sur les évidences en Libye et en Syrie. C’est une obligation de santé mentale, de dignité humaine que de refuser l’aliénation ou l’alignement sur un agenda qui n’est pas le nôtre.

A quelqu’un désireux de savoir comment il pouvait démontrer que la Russie détenait l’héritage du Christ, Dostoïevski répondit sans hésiter : « Si l’Occident nous demande quelle grande œuvre nous sommes capables de tirer du trésor de notre esprit, nous nous réclamerons de Tolstoï et de son Anna Karénine ; cela suffira. »

Celui qui a lu les grands romans russes et l’art des auteurs russes de conjuguer les singuliers de la psychologie, du social, du religieux, du paradoxe, du politique, de l’économique et du psychologique à l’universel de la tragédie humaine ne peut parler de la Russie passée ou actuelle avec mépris et arrogance. Oublier la grandeur de la Russie, de son territoire, de ses ressources, de ses peuples, de sa littérature, de sa spiritualité, de ses révolutions, de ses tragédies, de sa peinture, de sa musique, de son histoire, c’est faire preuve d’inculture.

Même l’analphabète qui ne sait lire ni roman, ni poésie, ni Coran, ni Bible, ni livre de recettes de cuisine sait par éducation, par instinct, ou par l’humanité qui l’habite, qu’il ne faut pas mépriser autrui et qu’il ne faut pas s’avancer à juger le passé ou l’avenir d’un homme ou d’un pays sur un fait. Le bon sens dit toujours que les choses sont plus simples et qu’il faut chercher ce qui se cache derrière les embrouilles. Il nous dit aussi que le simplisme réducteur est infantilisant, car il cache un paternalisme qui impose une tutelle. La littérature russe met en scène la confrontation entre le cynisme et l’arrivisme au bon sens populaire. L’Occident n’entent et n’écoute que ses axillaires qu’il a formatés et qui parviennent à le manipuler dans une relation perverse où il est difficile de voir le dominant du dominé, le manipulateur du manipulé. La relation est diabolique.

Les dirigeants occidentaux et leurs cabinets se montrent de plus en plus en plus comme des bureaucrates narcissiques et diaboliques que comme des gouvernants avisés et cultivés. Ils ne connaissent rien ni de la Russie ni de leurs propres peuples.

Si en Géorgie, en 2008, l’Occident pouvait se montrer « scandalisé » de la réaction de Poutine qui a admirablement manœuvré en faisant mordre au serpent sa propre queue. Aujourd’hui, le tapage médiatique russophobe et le cirque du filousophe de tous les temps ne peuvent cacher l’incurie et l’inculture de l’Occident qui sont en train d’accélérer son déclin devant la résurrection de la Russie et de l’Église orthodoxe.

J’ai écrit, par le passé, sur l’Afghanistan en montrant comment le commandant Messaoud a été monté en héros par BHL pour effacer Qalbu Eddine Hikmatuyar. Les gens avisés, instruits et cultivés savent que les malheurs actuels de l’Afghanistan sont en partie dus à l’administration américaine et à ses alliés arabes et musulmans : l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Pakistan. Notre filousophe botuste était le mouharraj médiatique. Les musulmans, habitués aux gesticulations du manipulé impuissant, sont incapables de faire une lecture géopolitique convenable en temps réel, en temps différé ou à postériori. Et pourtant le projet Eurasie est un projet de convergence historique, idéologique, politique, culturel et économique crédible et intéressant pour les peuples musulmans et une partie de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie. Ils préfèrent une guerre civile en Syrie, une destruction de la Libye et une guerre contre l’Iran pour épuiser leurs ressources. Très peu parviennent à faire le lien entre un Empire agonisant et un nouveau monde en émergence dans lequel ils doivent trouver leurs repères et leurs places comme acteurs ou comme partenaires.

Les principaux commandements qui gouvernent la politique américaine sont en train de se vider de leur substance et de leur efficacité. La violence, le dollar, la profondeur stratégique de la mentalité insulaire héritée de l’Empire britannique, la vassalisation, l’idée de grandeur civilisationnelle ne sont pas un dilemme pour la Russie qui sait les contrer avec intelligence et efficacité. Elle montre son savoir-faire comme une voie à suivre.  L’Occident est sans voix et sans voie, car face à lui il y a un projet de civilisation rival, même s’il a les mêmes apparats matérialistes et capitalistes. Les fondements historiques, culturels et spirituels ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas d’idéaliser la Russie ou de fétichiser son chef, mais de rappeler qu’elle est dans son aire naturelle et que l’Occident joue le rôle d’intrus. Face à l’intrusion, les Russes jouent leurs atouts et le cas échéant ils joueront leur survie.

Il faut avoir le talent intellectuel et la grandeur d’âme de Malek Bennabi ou de Roger Garaudy pour voir les changements du monde et les voir sous cette perspective et dans cette région du monde. Au lieu d’épuiser l’énergie dans un dialogue avec le Vatican qui continue de ne pas reconnaitre Mohamed (saws), le Coran et l’Islam, il aurait été plus intéressant de dialoguer avec les peuples et les Églises orthodoxes d’Orient et de Russie loin des nationalismes exacerbés instrumentalisés par la géopolitique anglo-saxonne.

Les élites occidentales sont en train de se conduire comme les « élites » arabes et musulmanes : des fragments dispersés et mortifères sans projet ni culture que met en mouvement la rente économique et la mégalomanie de celui qui n’a plus les moyens d’entretenir ni sa grandeur ni ses fantasmes sur la grandeur.

La Syrie et l’Iran qui étaient un enjeu stratégique pour la Russie ont, après la Géorgie, permis à Poutine de réveiller l’âme russe et de remettre à l’ordre du jour le projet des poètes et des gouvernants russes : l’Empire russe. Staline et plus tard Gorbatchev et Eltsine sont des accidents de parcours. La Russie a sans doute tiré les leçons de son histoire tragique ainsi que celle de la bataille stratégique sur la Syrie qu’elle a remportée. La prochaine bataille est d’ordre vital : l’espace russe avec sa profondeur culturelle, économique, militaire et historique…

Les incultes de l’Occident vont fatalement se trouver devant la réalité de la géographie, de l’économie, de l’histoire, de l’armée et de la mentalité collective russes. Les incultes de l’Orient doivent se réveiller de leur léthargie et voir qu’au moment où l’Ukraine focalise l’attention, le Liban la Palestine et l’Iran sont la cible réelle de visées de plus en plus inquiétantes. Par ailleurs il n’est ni logique ni juste que les communautés musulmanes et chrétiennes de Syrie soient punies pour leur neutralité.

A quelques années après la guerre de libération nationale alors que ma famille éprouvait de la fierté pour le premier diplômé de la famille dans la filière des mathématiques j’avais découvert la littérature russe. J’étais tellement fasciné que je ne dormais plus, je séchais mes cours, je ne faisais que lire roman sur roman, auteur sur auteur. J’ai connu des Russes, plus tard, et je les ai cru lorsqu’ils me disaient que lire Tolstoï, Gorki, Tchekhov, Dostoïevski en russe est fascinant.

Lorsqu’on constate l’effarement des médias et des officiels du déploiement silencieux et efficace des Russes en Crimée on ne peut manquer de se rappeler Léon Tolstoï qui disait dans « Guerre et paix » :

« La vérité doit s’imposer sans violence.  »

« Ce n’est pas la violence, mais le bien qui supprime le mal.  »

Notre imaginaire, ce stock d’images mentales de ce qui a été lu, entendu, vu et pensé, nous permet d’imaginer tant pour l’Ukraine que pour la Région, la violence et le bien versus russe et versus occident. Pour l’instant le système est sans imagination. Il est une nouvelle fois mis dans la posture du serpent qui se mord la queue.

Lorsque Poutine réagit aux imbécillités de l’OTAN et de la Maison-Blanche en disant que si la Russie est menacée il transformerait l’Occident en « boule de feux », la presse système tente de le tourner en ridicule. En réalité, elle exprime la peur au ventre du serpent qui se mord la queue chaque fois que sa morsure lui fait mal au point de ne plus sentir le venin qu’il s’est injecté :

« Face à une valse-hésitation entre guerre et paix, les éditorialistes occidentaux estiment que Vladimir Poutine assoit son pouvoir à court terme, mais n’emploie pas une bonne stratégie pour l’avenir. » (http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/ukraine-s-il-declenche-la-guerre-poutine-sait-qu-il-deviendra-un-paria_1496833.html#MIy3AGR3pseGkTbS.99)

Le Russe, qui se croit non seulement le plus proche du message de Jésus, mais le sauveur de l’humanité mise en périls par les démons occidentaux, dit sous la plume de Dostoïevski :

« La peur de l’ennemi détruit jusqu’à la rancune à son égard. »

Les médias qui paniquent sont contents d’annoncer la baisse de la Rouble russe, mais ils sont tellement ignorants et méchants qu’ils ne savent pas que les exportations russes vers l’Allemagne vont augmenter et que l’idiotie américaine d’exclure la Russie du G20 ne fait pas les affaires de l’Allemagne.

Comme toujours la Poire et la Fève sont dans un surréalisme comique qui n’impressionne que les officiels et intellectuels africains et maghrébins. Ils sont dans l’adaptation de la réalité du monde à leur microcosme parisien. Ils se comportent comme Hollywood ou le cinéma français  lorsqu’il a adapté le chef d’œuvre de Tolstoï que Dostoïevski cite comme preuve de la grandeur et de la spiritualité de la Russie : Anna Karénine.

Tolstoï a fait d’un drame humain universel peint comme une fresque psychologique et sociale une affaire de bals, de costumes, de regards langoureux, de fornication, d’adultère. La passion humaine, la quête de l’absolu, le doute, le paradoxe, le changement psychologique, la mise en abîme qui se réalise comme une fatalité, les frivolités et l’hypocrisie de l’aristocratie face aux malheurs des humbles que Tolstoï a peints ne peuvent être du gout de la gent lettrée mais inculte  qui hante les salons et les antichambres du pouvoir et de l’opinion publique.

En restant sur une note littéraire sans pessimisme ni optimisme posons-nous la question sur qui devrions-nous imputer cette image de Tolstoï sur Anna Karénine :

« Elle n’éprouvait plus envers son mari que la répulsion du bon nageur à l’égard du noyé qui s’accroche à lui et dont il se débarrasse pour ne pas couler. »

À quel personnage pourrions-nous imputer, en ces temps de crise, cette sentence qui ouvre le roman de Tolstoï « Anna Karénine « et annonce la tragédie qui s’y joue :

« Je me suis réservé à la vengeance », dit le Seigneur.

Le roman russe est une lecture addictive ! Pour avoir le talent russe il faut baigner dans cet univers où la peinture, la musique, la spiritualité, la logique et le fantastique côtoient la dure réalité de l’existence terrestre, de ses conflits, de ses contradictions… pour raconter l’universel habillé en russe ou habité par un Russe. Il faut comme le disait Tolstoï tremper sa plume dans sa propre chair et son propre sang pour parler de l’humain. La langue russe forgé par des millénaires de tragédie, de philosophie et d’art reflète la grandeur et la spiritualité d’un peuple qui a enfanté Tolstoï. Il faut être inculte et raciste pour croire que les russophones vont accepter de désister de leur langue maternelle. La langue russe est l’héritage que l’Eglise slave a donné aux générations. C’est une langue orientale qui a ses racines sémitiques enchevêtrées avec les langues de ses voisins. Les ultra nationalistes et leur maître à penser américain  ont mis le feu à la poudrière non pas politique, mais linguistique.

Malek Benabi avait abordé la question de La relativité linguistique. Tout  montre que chaque langue donne à son peuple une singularité dans la vision du monde, le canevas pour les idées, le mode de sensibilité artistique, la forme d’appartenance à l’espace et aux coutumes, le rapport au temps et à l’action.

La langue est le socle de l’identité. Ni le Russe, ni l’Ukrainien, ni le Slave, ni les peuples d’Asie centrale, ni l’Oriental ne vont changer d’identité à cause de la « chute du mur de Berlin » ou de l’effondrement  de l’Empire américain. Les linguistes objectifs ont compris que la langue russe a été adopté par les peuples d’Asie centrale et de l’Europe de l’Est non pas par l’imposition des Tsars ou des Bolchéviques, mais par sa qualité intrinsèque et sa compétence à répondre à l’usage et à la pensée des peuples qui se sont appropriés cette langue présentée comme parmi les plus belles, les plus riches et les plus expressive du monde.  En supprimant la langue russe les « révolutionnaires » ont montré leurs limites culturelles et intellectuelles ainsi que leur faillite morale, idéologique et politique. Ils se sont mis sur le terrain de la sensibilité culturelle et identitaire qui ne permet aucune concession et aucune négociation. Les commentateurs des télévisions n’ont pas de sensibilité pour comprendre celle des autres, ce sont des machines de tayhoudites.

CAP : interview Omar Mazri : Révolutions, contre-révolution dans le monde arabe et Palestine

Samedi 17 Mars 2012

Dans le cadre de la préparation du cycle de conférences-débats « [Résister au sionisme]url:http://www.comiteactionpalestine.org/modules/wfsection/article.php?articleid=89/ » organisé par le Comité Action Palestine du 23 au 29 mars 2012, Omar Mazri, qui sera l’un des intervenants sur la question « révolutions et contre-révolution dans le monde arabe », a accepté de répondre à l’interview que nous lui avons proposée. Vous pourrez y trouver une analyse approfondie des rapports de force politiques et géopolitiques qui agitent actuellement le monde arabe, des conditions sociopolitiques des phénomènes révolutionnaires, des obstacles internes et externes de l’avancée des mouvements populaires et de la nature des axes étatiques qui s’affrontent au Moyen-Orient. Le Comité Action Palestine ne peut que recommander très fortement cette réflexion rigoureuse et stimulante sur les forces et les faiblesses des mouvements populaires arabes et sur les mutations de l’équilibre régional qui à terme peuvent faire basculer les rapports de domination Nord-Sud localement et sans doute globalement.

Il est l’auteur de plus de 120 articles sur l’Islam, l’Algérie, la communauté musulmane de France, le sionisme et les révolutions arabes. Récemment, il a publié plusieurs ouvrages dont : « Le dilemme arabe et les 10 commandements US » (2012), « Islamophobia : Deus ex Machina » (2011), « Les « Révolutions arabes » : Mystique ou mystification?» (2011), « Gaza : La bataille du Forqane » (2010), « La République et le Voile : Symboles et inversions » (2010) tous aux éditions « Editions et Conseils ». 


Interview  de Omar Mazri

1-Comment analysez-vous les transformations politiques récentes dans le monde arabe ? Font-elles avancer la cause des peuples arabes ?

Il faut d’abord insister sur le fait que tout changement est une rupture avec l’immobilisme morbide, mortel et mortifère, même si le changement ne va pas dans le sens espéré. Que le monde arabe bouge et se transforme ou tente de se transformer est donc une rupture bénéfique qui va générer à terme une culture du changement sans laquelle il n’y aurait ni progrès ni salut. Il faut aussi insister sur le fait que les changements imposés au peuple par les armes, la dictature ou la pression de l’Empire ne sont pas des changements et à terme ils seront remis en cause par le peuple.

Pour l’instant au-delà du discours émotionnel et infantile, des déceptions ou des euphories, il faut que nous sachions que la conscience collective va imprimer durablement l’idée de la possibilité du changement et l’idée sur le mode de changement. Cette conscience imprimée par le changement va finir fatalement par exprimer le cap du changement qui à son tour sera de nouveau imprimé dans la conscience sociale et politique. Cela prend du temps et consomme de l’énergie. Les élites de demain devront gérer l’efficacité, c’est-à-dire réduire les énergies dissipées et mettre en synergie les efforts socialement et politiquement utiles pour un meilleur rendement. Il y a des gisements de travail à explorer et à activer pour aller plus vite et plus loin et en harmonie. Dans mon livre Les Révolutions arabes : mystique ou mystification ?, j’ai développé quelques axes pour disposer d’une grille de lecture méthodologique sur la nature et le mode des mouvements, à la lumière des récits coraniques sur les Prophètes.

Ces généralités n’occultent pas la réalité tangible : il y a eu des mouvements populaires dont les transformations politiques, sociales et économiques sont en attente de visibilité. La visibilité est caricaturée, rendant impossible une lecture objective. Ces mouvements, d’un pays à l’autre, sont hétérogènes en revendications, en mode d’expression et en indépendance par rapport à l’Empire et à ses vassaux. Au sein d’un même pays, comme en Egypte, le positionnement par rapport aux monarchies et à la Turquie ne s’est pas stabilisé et des revirements spectaculaires sont possibles. Certains de ces mouvements ont occupé le devant de la scène médiatique et d’autres ont été occultés, car l’agenda étranger intervient comme facteur d’amplification ou de réduction, de subversion ou de mobilisation de ces mouvements à son profit tactique, stratégique ou civilisationnel.

Indépendamment des acteurs endogènes et exogènes, on ne peut déboiter l’histoire des peuples arabes en relation avec la Palestine. À titre d’illustration, la Syrie a eu son indépendance en 46, l’Égypte sa révolution en 52 et l’Algérie en 54, autour du drame de 48. La révolution libyenne en 69 après 67. La révolution iranienne en 1979 après les Accords du Camp David de 78. 2011 et 2012 après la bataille du Forqane en décembre 2009. La Palestine subit et influence le monde arabe et musulman et elle sera l’un des critères d’analyse des mouvements arabes et musulmans en perdant cette fois la possibilité d’être instrumentalisée, comme par le passé, par les rentes du nationalisme arabe et de l’islamisme infantile.

En Égypte et en Tunisie, nous avons assisté à des soulèvements sociaux qui se sont transformés en désobéissance populaire menant à la chute des têtes du régime. Ces mouvements ont souffert de six lacunes.

La première lacune est l’absence de cadre idéologique qui fixe le cap et le rythme de la révolution ainsi que le clivage idéologique du moment historique, tant interne qu’externe.

La seconde est la confiscation du mouvement populaire par l’esprit partisan. Le mouvement populaire se trouve privé de l’exercice politique, économique et informationnel ainsi que de la force de proposition et d’initiative, pour être relégué à jouer le rôle de votant qui confie son destin aux élus instaurant la polyarchie au lieu de la démocratie.

La troisième est l’arrangement des appareils qui a permis de ralentir le rythme et le niveau des revendications, donnant ainsi le temps de coopération de l’ancien système et de l’impérialisme pour mener un mouvement contre-révolutionnaire.

La quatrième lacune est la médiocrité et la pensée unique cultivées par les gouvernants despotiques que les opposants ont héritées comme legs culturels et politiques qu’ils se transmettent et qu’ils cultivent.

La cinquième lacune est de s’inscrire dans l’économie mondiale et les règles du jeu géopolitique au lieu de fédérer le peuple sur la résistance et de se faire protéger par ce peuple. La méconnaissance de la géopolitique et l’absence de laboratoire de veille stratégique dans le monde arabe sont accentuées par une culture d’empire qui s’appuie sur la connaissance des idées, du terrain des idées, des hommes qui, s’appuyant sur les lacunes, a la compétence d’anticiper, de mettre plusieurs fers au feu et d’imaginer plusieurs scénarios avec la compétence et les moyens de les mettre en œuvre.

La sixième lacune est qu’en dehors de la revendication de faire tomber la tête du régime, il n’y a eu ni projet d’avenir énoncé ni travail pédagogique pour expliquer les mécanismes politiques et géopolitiques qui sont derrière les tyrans arabes qu’il faut détricoter. Je suis presque certain que les machines qui choisissent et nomment les commis de l’État sont toujours en place à ce jour, même s’il y a un ravalement de façade au sommet.

En Libye, nous avons vu la contre-révolution se mettre en place en réalisant la stratégie impérialiste. La stratégie avait quatre axes.

Le premier axe est la mainmise du prédateur sur l’objet de sa convoitise : ressources naturelles, finances et exportation de ses crises internes.

Le second axe est d’interdire toute possibilité d’émancipation hors du cadre idéologique et politique de l’Occident.

Le troisième axe est de procéder à une dislocation de la grammaire des civilisations en disloquant ses constituants : les mentalités collectives, les espaces, les histoires communes, les économies sur le plan de la considération historique (continuer la fragmentation commencée par Sykes Picot), sur le plan du présent des révolutions qui ne doivent pas faire jonction, sur le plan de l’avenir pour interdire toute situation pacifique et harmonieuse favorable à une émergence d’une aire civilisationnelle autonome, alternative.

Enfin, il s’agit de faire des islamistes, certains islamistes naïfs, cyniques, revanchards ou ignorants, les agents de la disharmonie, de l’entropie, pour bloquer l’émergence de l’Islam politique, social, libérateur et civilisateur et maintenir « l’Islam » rétrograde, réactionnaire, bigot, consumériste.

Dans les faits : l’Égypte et la Tunisie sont coupées, l’Égypte a maintenant un front ouest qui s’ajoute au front sioniste. Dans les faits, l’Algérie et le Maroc sont poussés à faire des concessions : passer en base coloniale après avoir été comptoir commercial, les peuples arabes sont traumatisés par l’issue entropique et ils sont isolés du processus de résistance contre l’Empire et le sionisme. Pour la Libye, il faut garder en tête la conjugaison d’au moins trois agendas : la subversion interne pour faire tomber un régime et changer les donnes en Libye et en Afrique ; la diversion pour déplacer le centre d’intérêt des révolutions égyptiennes et tunisiennes ; la lutte idéologique pour diaboliser l’Islam.

Dans mon livre Islamophobia : deus machina , j’ai montré quelques aspects de la lutte idéologique menée par l’Empire pour créer la méfiance envers l’Islam et créer la défiance entre les musulmans en jouant sur l’émotionnel et l’infantilisme d’un côté, et sur les techniques de guerre psychologique et de propagande médiatique. Il s’agit de détruire le capital de résistance, de libération et d’édification civilisationnel de l’Islam en profitant de la médiocrité politique et culturelle des Musulmans qui sont parvenus à se réveiller après un long cauchemar, sans pour autant voir la réalité dans sa globalité, sa complexité et sa dynamique. Il s’agit de détruire la confiance et les repères pour ne laisser que la défiance et la confusion qui ne favorisent pas la résistance quand elles s’ajoutent à la corruption et à la mal gouvernance.

Pour l’instant il n’y a donc pas de changement significatif ; mais les possibilités du changement réel deviennent plus impératives et seront davantage clarifiées une fois que l’expérience du vote et de la polyarchie sans programme de résistance et d’édification aura montré de nouveau ses limites en Egypte, en Tunisie, en Algérie, au Yémen et au Maroc.

2-Quels sont les enjeux politiques ou géopolitiques du conflit actuel en Syrie ?

En Syrie, nous sommes face au scénario libyen avec l’accent mis davantage sur la géopolitique. Il s’agit pour l’Occident de parachever Sykes Picot qui a donné la Syrie en démembrant le Cham, pour démembrer la Syrie sur des bases ethniques et confessionnelles et réaliser le nouveau Moyen-Orient. Étouffer la révolution égyptienne en l’encerclant avec deux guerres civiles, deux présences étrangères. Le troisième point est discréditer les islamistes pour liquider toute contestation islamique révolutionnaire dans les monarchies vassales. Le quatrième point est de briser l’axe Iran, Syrie, Palestine, Liban et Irak et de liquider la résistance contre l’entité sioniste poussant les Arabes et les Palestiniens à accepter la feuille de route américaine. Enfin, le dernier point est la guerre sunnite/chiite pour remettre en marge le monde musulman de cet ensemble Euro-Asie et faire face à la Chine dont l’Empire veut couper les sources et les voies d’approvisionnement avant de les agresser une fois que les Arabes ont montré leur vassalité à l’Empire dans l’agression contre l’Iran et le désarmement nucléaire du Pakistan appelé à poursuivre l’œuvre de fragmentation commencée par l’Empire britannique. Contrairement à la Libye, le régime syrien dispose d’une armée plus forte, d’une population moins ruraliste, de savants de stature internationale, de couches moyennes préférant le statu quo au changement incontrôlé. La Syrie dispose de l’appui de la Chine et de la Russie qui ont laissé les Occidentaux et les Arabes sortir déshonorés de l’agression par une stratégie cynique, mais payante.

Le régime syrien avait la possibilité hier de livrer la Palestine (les cadres vivant en Palestine, la logistique et le droit au retour) et de servir l’Empire. Les données ont changé et la Syrie sait qu’elle sera, à la moindre concession, sur la trajectoire du reniement envers le Hezbollah, l’arabité et la résistance et être disloquée car géographiquement et historiquement elle constitue la ligne de démarcation Orient-Occident. Elle a livré une bataille de survie et elle vient de remporter une victoire éclatante. L’axe Syrie-Iran remporte des victoires stratégiques contre l’Empire et ses vassaux ainsi que contre les défaitistes. Les médias minimisent le retrait des forces d’occupation de l’Irak et la disponibilité de l’Irak à venir renforcer l’axe de la résistance contre le remodelage de la région. La logique impérialiste est normale : elle exige de mener de front une campagne subversive, une opération de diversion et une lutte idéologique dans un cadre plus vaste et plus complexe que le cas libyen. La plus grande hantise est la jonction Syrie-Egypte avec pour conséquence l’encerclement d’Israël et la coopération avec l’Iran.

Le régime syrien doit se réformer et faire passer des mesures radicales et rapides contre la corruption et la marginalisation du peuple pour apporter le coup de grâce au projet du nouveau Moyen-Orient et faire porter la véritable révolution dans les pays du Golfe, celle que refusent les dix commandements américains : la révolution iranienne avec une ouverture vers l’Égypte. Les Frères Musulmans égyptiens doivent en contrepartie se libérer de leur esprit partisan. Les élections présidentielles en Égypte vont sans doute relancer le débat idéologique et géopolitique en Égypte.

3-Quels sont, selon vous, les effets des transformations politiques dans le monde arabe sur la situation en Palestine ?

Pour l’instant, on va assister à des maquillages et des instrumentalisations, mais sur le plan concret, les Palestiniens vont être relégués au second plan et ils vont faire des concessions de survie. La bataille est dans le camp arabe, mais aussi sur d’autres terrains de confrontation comme en Afghanistan. Par ailleurs, les Turcs ont su s’imposer comme nouvelle pièce majeure dans le conflit, et la Turquie est dans une situation instable face à l’axe Syrie-Iran.

La question palestinienne est passée de question d’occupation coloniale à une question humanitaire à Gaza et à l’indemnisation de quelques réfugiés. Pour l’instant, ces problèmes sont relégués à la réconciliation FATAH- HAMAS imposée par les conditions géopolitiques. Tous ces éléments dépendent de la conjoncture et de l’issue de la confrontation des axes arabes.

A terme les mouvements islamiques prendront de la consistance politique et géopolitique tout en favorisant l’émergence de nouvelles élites jeunes et intellectuellement compétentes qui vont fatalement reposer la question idéologique en interne pour la constitution d’un front national de résistance à l’impérialisme et d’édification nationale, ainsi que la constitution d’un front externe idéologique et diplomatique contre Israël, aboutissant inévitablement à une confrontation globale et au recentrage de la question palestinienne dans la conscience collective , avec ses effets tactiques et stratégiques sur des changements révolutionnaires plus soutenus, plus étendus et plus radicaux.

Dans mon livre Le dilemme arabe et les dix commandements américains, j’ai montré les axiomes de la géopolitique que les révolutions ont occultés et qui se retournent contre eux et contre la cause palestinienne. Ces commandements sont la nature idéologique de l’Empire et ils sont dévastateurs pour le reste du monde. Ce n’est pas le vote d’un parlement ici ou ailleurs qui va changer l’équation des rapports de force, de domination et d’intelligence, mais la remise du curseur sur les véritables défis, sur les véritables clivages et sur les véritables ingénieries politiques, économiques et informationnelles.

Les Musulmans non seulement ne donneront pas des solutions à la libération de la Palestine, mais ne se libéreront pas du formaliste, des slogans et de la vassalisation s’ils ne parviennent pas à hiérarchiser et à harmoniser la notion de souveraineté divine avec la souveraineté du peuple. Il en est de même de la notion (fi sabil Allah) qui doit être libérée du confinement au seul qualificatif islamique pour s’ouvrir à l’universel de sa vocation. Le premier pas de libération de la Palestine sera celui de la libération des concepts, des mots, des comportements hérités de la décadence musulmane qui a fait du musulman un minus habens errant sur son propre sol et gaspillant son temps et son énergie faute de stratégie autonome, de veille sur le monde…

Pour l’instant le chaos qui s’est emparé du monde arabe annonce des clarifications à venir. A titre d’illustration nous avons les fossoyeurs de la question palestinienne, qui sont la Ligue arabe, la conférence internationale islamique et les monarchies du Golfe, qui viennent d’être discrédités aux yeux de l’opinion arabe, dans leur rôle de vassal au Soudan, en Libye et en Syrie. La seconde illustration est le comportement erratique d’Ennahda et de Moncef Marzouki qui acceptent de faire de la Tunisie le pion avancé de l’Empire et de ses vassaux, moyennant quelques petro dollars, prouvant ainsi la confiscation de la révolution tunisienne non par des traitres comme le disent certains, mais par l’absence de cadre d’orientation idéologique qui permet tous les retournements et toutes les compromissions faute de cap, de veille, de boussole et de carte de navigation. La partie gagnée par le régime syrien va imposer de nouveau la ligne palestinienne radicale et fermer la porte aux compromis de Doha, d’Istanbul et de Tunis.

En Egypte, une fois la devanture institutionnelle parachevée, deux questions vont émerger et imposer de nouveaux défis à la classe politique : les luttes sociales et la question palestinienne (notamment l’ouverture des frontières et le soutien plus consistant à Gaza)

4-Comment expliquez-vous la relative stabilité de l’Algérie dans le contexte de déstabilisation du monde arabe :

L’absence de clivage idéologique des révolutions arabes, les scénarios violents en Libye et en Syrie, la mémoire des stigmates de 20 ans, la gestion de la pénurie, du terrorisme résiduel et la distribution de la rente sociale avec l’absence de culture d’État et l’absence de culture d’opposition politique, le caractère non mécaniste de contagion des révolutions laissent le peuple livré à l’attente messianique.

Cette attente est mise à profit par les Eradicateurs pour faire du matraquage idéologique rappelant les événements depuis juin 90 à ce jour.

Cette attente est mise à profit par les « Réformateurs » pour imputer au FIS la responsabilité des événements et prendre les résultats en Egypte, Libye, Maroc et Tunisie comme la réalisation de l’axe de Washington et demander de ne pas voter pour les islamistes lors des prochaines législatives.

Les partis islamistes sont divisés, certains trop impliqués dans l’appui au CNT Libyen et au CNS syrien sans prise de distance, laissant l’émotionnel prendre le pas dans un pays en catastrophe politique, sociale et économique, qui a davantage besoin de clarification et d’assurances que de confusion ou d’aventurisme. Ils font peur à la classe moyenne et à la grande masse des fonctionnaires qui ne sont pas prêts de prendre le risque libyen. En Algérie Il y a eu 500 000 victimes, 20 000 disparus et 3 millions de personnes déplacées et il n’y a toujours pas de réponses ni de justice ni de clarification ni de vérité.

Le peuple vit sa révolution passive laissant la porte ouverte à l’inconnu. Pour l’instant il ne cible pas Bouteflika comme a été ciblé Moubarak ou Ben Ali. Le peuple algérien ne voit pas les occasions ratées et les ambitions de l’Algérie piétinées mais la « concorde civile », la rente sociale. Il ne voit pas l’Algérie comme cible dans le projet de dislocation des territoires musulmans, il ne voit pas l’esprit de revanche instrumentalisé par les Etats-Unis, il ne voit pas la lutte des appareils et des clans partisans des Etats-Unis, de la France ou de la monarchie saoudienne se livrer bataille comme il ne voit pas les luttes de clans pour la possession de la rente du pétrole. Il ne décode pas la signification de l’aveu des jeunes loups et des seconds couteaux de s’émanciper de la génération de novembre 54.

Le peuple algérien conserve encore intacte sa mémoire de peuple agressé par l’extérieur et par l’intérieur pour avoir choisi une solution islamique dans une conjoncture de réformes politiques et économiques qui ne siéent pas à l’impérialisme ni aux monarchies. Il a connu la tragédie et la solitude alors qu’il était agressé par des hordes ayant la garantie de l’impunité car elles entrent dans le plan de diaboliser l’Islam et de bloquer le potentiel de développement et de l’indépendance de l’Algérie. Le peuple algérien n’a trouvé ni l’ONU ni la communauté internationale « démocratique » ni la ligue arabe ni les monarchies du Golfe pour l’aider en tant que victime et faire face à l’agression ou pour l’armer juridiquement, médiatiquement et militairement contre ses agresseurs.

Le peuple algérien attaché à l’Islam sait par l’expérience et par la doctrine que la révolution est légitime sur le plan religieux si et seulement si elle ne se fait pas sous l’étendard de la confusion, si elle ne se réalise par une alliance stratégique avec les profanateurs et les prédateurs et si le mal qu’elle occasionne n’est pas supérieur au mal qu’elle est censée guérir.

Le peuple algérien n’a jamais revendiqué l’internationalisation du conflit ni l’ingérence étrangère par intuition politique, par expérience du colonialisme qu’il a vécu comme la forme la plus cynique et la plus humiliante de deshumanisation.

5-Le mot de la fin :

La culture d’empire nous a vendu son modèle politique, économique et médiatique. Maintenant, alors que l’Empire est en plein déclin, sa culture parvient à nous vendre la fin de l’Histoire et la fin de l’idéologie, alors que jamais l’équation idéologique n’a été au cœur de notre existence et de notre devenir.

L’idéologie ou l’art de production et de discours des idées est la seule démarche à répondre aux questions de sens de la grammaire des civilisations : comment conjuguer l’homme, le sol et le temps une fois que la finalité ultime a été définie et que le sens d’orientation a été tracé. Le monde arabe non seulement a fait de l’idéologie un discours creux et vague sans logique pragmatique, mais il est déchiré entre des idéologies antagonistes y compris au sein des mouvances islamiques. Sans idéologie commune, nous ne pouvons ni définir notre identité, ni notre appartenance, ni notre implication dans une cause en toute indépendance ou en résistance contre les autres idéologies.

Pour l’instant, la voie pacifique ou la voie armée n’ont pas de réponse à apporter sur le projet de société, sur le projet de civilisation, sur le projet d’édification de l’homme nouveau, faute de débat idéologique fédérateur pour faire émerger l’idée primordiale sur laquelle il y a consensus pour vivre ensemble, regarder l’avenir dans la même direction et résister pour défendre les mêmes valeurs.

L’Empire, spécialiste de la lutte idéologique, mène une œuvre de fragmentation idéologique pour empêcher toute continuité des mentalités collectives, des territoires géographiques, des idées, des économies et de l’histoire des peuples en opérant dans le Moi arabe des disharmonies, des intrusions, des incisions, des déchirures, des déchirements. L’impérialisme à l’avantage de connaitre notre état de décadence avant la colonisation, les fléaux qu’il nous a inoculé durant la colonisation, et les syndromes post indépendance qu’il a géré grâce à sa cinquième colonne et à notre ignorance de la lutte idéologique, politique et économique pour nous maintenir dans la posture de proie et se maintenir dans celle du prédateur.

Les Arabes n’ont pas d’autres voies que de se fédérer autour d’un axe de résistance et de libération pour décoloniser leur esprit et produire leurs idées en autonomie de pensée et de décision.

[Comité Action Palestine]

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http://www.comiteactionpalestine.org/modules/news/article.php?storyid=217/

 

http://www.alterinfo.net/Omar-Mazri-Revolutions-et-contre-revolution-dans-le-monde-arabe_a73147.html/

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

Retour à la première partie

Dr Ramadan A. Shallah : la nation vit les moments les plus critiques de son histoire

Extraits de l’allocution, à  l’occasion de la journée mondiale d’al-Qods du Dr. Ramadan Shallah, secrétaire général du mouvement du Jihad islamique en Palestine, invité par le Comité de Soutien à la Résistance (Liban)  :
Quelle que soit la durée du temps et quels que soient les événements, il ne faut pas oublier que la Palestine reste la cause des Arabes et des musulmans. La Palestine est même la cause première de toutes les autres causes.
1 – Notre peuple a été victime, il y a plus de 65 ans, d’un terrible processus de déracinement de sa terre, et même de la plus grande opération de rapine dans l’histoire, lorsque le projet occidentalo-sioniste s’est emparé de notre terre et notre patrie. En conséquence, notre peuple palestinien a été transformé en réfugiés, à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Et c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui.
2 – Malgré les nombreuses étapes historiques et les phases que le conflit sur la Palestine a traversées, quatre événements clés ont fondé la tragédie de la Palestine, ou plutôt ont dessiné ce qui fut appelé le Moyen-Orient du XXème et XXIème siècles : a) l’accord Sykes-Picot en 1916, b) la Promesse Balfour en 1917, c) la Nakba de la Palestine en 1948 et d) la seconde Nakba, avec la chute d’al-Quds et la défaite de juin 1967.
3 – Aujourd’hui, en cette étape délicate et complexe de l’histoire de la nation, nous assistons à une nouvelle recomposition de ces quatre événements, mais de manière plus grave et plus néfaste ; le monde arabe est face à un nouvel accord Sykes-Picot, plus grave que le précédent, car d’abord, il ne se limite pas aux pays du machrek mais peut atteindre l’Égypte et les pays au nord de l’Afrique. Ensuite, il est conçu pour effriter et diviser encore plus nos pays, en divisant ce qui est déjà divisé et en remplaçant le conflit avec l’ennemi sioniste par des conflits confessionnels et ethniques.
Puis il y a une nouvelle Promesse Balfour, pire que la première, qui porte un nom arabe, cette fois-ci. La nouvelle Promesse Balfour porte le nom de l’Initiative arabe, qui est bien pire, car lors de l’ancienne Promesse Balfour, celui qui ne possède pas a donné (la Palestine) à celui qui n’y a pas droit. Quant à la nouvelle promesse, et sur la base que la Palestine est une terre arabo-musulmane, c’est celui qui possède qui concède à celui qui n’y a pas droit. Quant à la Nakba de 48, il y a pire aujourd’hui : c’est lorsque le propriétaire de la terre cède sa terre, remettant en cause son droit sacré à y retourner.
A présent, le projet sioniste est en passe de récolter les dernières conséquences de la Nakba, en proclamant la Palestine comme un État juif et raciste, « épurée » des Arabes et des Palestiniens, et des gens. Ce qui ouvre la possibilité d’expulser ce qui reste de notre peuple sur la terre de Palestine, qu’ils soient les Palestiniens de 48 ou tous les autres Palestiniens.
Concernant le seconde Nakba, ou la défaite de 67, où l’ennemi a achevé l’occupation de la ville d’al-Quds, aujourd’hui, il n’y a même plus de Quds pour y verser les larmes. La ville a été judaïsée, et ses habitants sont en train d’être expulsés. La bataille à propos de la mosquée al-Aqsa tourne autour de son partage comme le fut la mosquée al-Ibrahimi dans la ville d’al-Khalil, ce que les sionistes n’avaient pas osé faire, alors qu’ils étaient au fait de leur victoire, lors de leur entrée dans al-Quds, en 1967.
4 – Nous assistons, en ce moment, à une activité fébrile, dans l’attente de la reprise des négociations entre l’entité sioniste et l’Autorité palestinienne, qui a abandonné plusieurs de ses conditions, suite aux pressions américaines. Qu’y a-t-il de nouveau, dans ce retour aux négociations, alors qu’il a été prouvé leur échec et leur inutilité ? Ce qui est nouveau, c’est le fait que le dossier palestinien va être proposé, non pas sur la table des négociations, mais sur celle du troc avec d’autres dossiers dans la région. Je pense que la direction palestinienne en est consciente et qu’elle ne tombera pas dans le piège. Sinon, le résultat sera, non seulement la liquidation de la cause de la Palestine, mais la destruction et l’effondrement d’autres entités dans la région. C’est pourquoi nous devons reconnaître que :
5 – la nation est dans un état des plus graves, sinon des plus néfastes, de toutes les étapes de son histoire. L’état de division et de l’alignement confessionnel dans la région risque de nous entraîner, tous, vers l’inconnu. La responsabilité de cela est partagée par tous. Il est réclamé de tous d’opérer une révision critique de tout ce qui se déroule et s’est déroulé dans la région.
Quant à nous, en tant que résistance palestinienne, le devoir légal et la responsabilité nationale nous imposent de protéger la Palestine en tant que dépôt que nous ne devons pas égarer. Il ne faut pas la jeter dans les conflits ou les querelles internes de toutes sortes, pour qu’elle reste chère aux yeux de tous, et qu’elle garde sa place dans les cœurs de tous. Et non qu’elle soit une accusation pour laquelle est jugé quiconque s’en approche ou qui demande des nouvelles de son peuple, sous le prétexte « d’échanger de renseignements », comme si les Palestiniens étaient des ennemis. Face à une telle situation, nous ne pouvons que patienter et endurer, en attendant que Dieu intervienne en notre faveur, pour que la Palestine revienne à nouveau et qu’elle soit notre boussole pour tous, la qibla de notre lutte, jusqu’à la victoire et la libération, par la volonté de Dieu.
En conclusion, malgré tous les défis et les dangers, nous sommes certains que notre nation saura surmonter cette étape difficile de son histoire comme elle a surmonté d’autres étapes similaires.

Conflit entre l’armée et Morsi sur le HAMAS

Abstraction faite des erreurs d’évaluation et des manquements aux principes de HAMAS sur la Syrie qui posent avec force la crédibilité du mouvement à conserver l’initiative,  l’unité et le soutien dans sa résistance contre l’occupant sioniste de la Palestine, d’autres questions plus graves se posent après le coup d’Etat   contre Morsi.  Des analyses arabes, citant le général en retraite conférencier à l’académie militaire du Caire, Aymane Salama, lors de son interview à la BBC, soutiennent que l’armée égyptienne a agi dans l’intérêt d’Israël. D’autres soutiennent que les Frères Musulmans allaient céder le Sinaï comme solution aux Palestiniens en échange d’une aide américaine de 12 milliards. Le temps va sans doute montrer la véracité et le mensonge. Pour l’instant les Bédouins arabes livrent 20 milliards de dollars aux juillétistes et on pourrait s’interroger pour qui roulent les pétromonarchies?  Beaucoup de questions, d’accusations graves, et d’incertitudes pèsent sur le devenir de l’Egypte !

Pour saisir ces questions et leur gravité il faut se rappeler que les révolutions arabes ont été récupérées par l’Empire qui a une capacité de manœuvre redoutable. Cette capacité s’appuie sur une connaissance du monde arabe et des relais actifs au sein des élites arabes qui alimentent la base de connaissances et agissent dans le sens attendu de l’Empire. Il faut aussi se rappeler que l’esprit partisan et la précipitation à conquérir le pouvoir ont conduit les Frères musulmans à devenir les instruments de leur propre échec. Ils se sont attaqués à des formalismes secondaires et simplistes négligeant les enjeux stratégiques et la nécessité de formaliser les contradictions et les crises en ingénierie politique, sociale, idéologique et militaire pour les surmonter et les résoudre dans une démarche fédérée et efficace au niveau régional et local.

Il était légitime pour le président Morsi de menacer militairement l’Ethiopie qui est en train d’assoiffer l’Egypte, mais l’art et la manière de le dire ou de le faire étaient illogiques et dangereux car le Président n’avait ni le cadre politique, ni l’encadrement militaire, ni la lucidité géopolitique pour le faire. Depuis Sadate et Moubarak l’Egypte a perdu la culture de défendre la souveraineté nationale et de rayonner sur sa profondeur stratégique. Elle a produit une génération de fonctionnaires civils et militaires davantage impliqués dans la gestion de la rente que procuraient la paix avec l’entité sioniste et la vassalisation aveugle à l’Administration américaine que par la gestion de la cité et de la nation. Tous les experts disent que les futures batailles stratégiques vont se focaliser autour de l’eau et qu’Israël est un grand consommateur d’eau. L’Egypte avec le Soudan et derrière la Libye et l’Algérie fait partie de la plus grande nappe phréatique  dans le monde apte à fournir plus de mille ans d’eau potable à plus de 200 millions d’habitants. Ces pays disposant de 40 mille milliards de m3 d’eau sont naturellement convoités par la prédation internationale et par l’occupant étranger en Palestine.

Les déclarations intempestives sont donc inutiles. L’urgence était de mobiliser les experts et les capitaux pour disposer de cette eau et de ses bénéfiques retours d’investissements sur le plan écologique, social, économique, touristique et agraire.

Pour cela il fallait un cap, beaucoup de travail et un réenchantement des peuples abusés et désabusés. Ces chantiers sont l’oeuvre d’une génération et non celle d’un parti ou d’une confrérie. La bonne gouvernance consistait à préparer ce chantier en créant les conditions pour une ingénierie politique, sociale, financière  et technique tant sur la  conception que sur la réalisation en comptant sur ses propres forces. L’Etranger doit être réduit à sa juste mesure : un partenaire, un auxiliaire, un facilitateur ou un obstacle, mais jamais le maître d’ouvrage, le maître d’oeuvre qui décide des plans, des agendas et des priorités… Les Chinois et  les Iraniens sont des témoignages vivants et bien réels.

Dire que l’Islam est la solution est une tautologie sur le plan de l’énoncé qui n’apporte rien sur le plan de la praxis. Le modèle turc qu’on veut présenter comme modèle islamique par excellence alors qu’il est d’essence capitaliste semble gérer la ressource rare au détriment des musulmans et des Arabes : la Syrie et l’Irak souffrent des barrages turcs. Israël par contre semble recevoir de l’eau turque pour produire les fruits et les produits industriels destinés aux Arabes. Les experts parlent d’un accord pour la construction d’un tunnel sous la mer pour que la Turquie approvisionne Israël en eau en abondance. Les eaux d’Egypte semblent moins chères et plus facile à transporter comme le gaz égyptien. Les « révolutionnaires » égyptiens ne semblent pas pressés de se poser les bonnes questions : ils surfent sur le mécontentement « populaire » envers Morsi et les Frères musulmans. Les Frères musulmans n’ont pas voulu poser les bonnes questions et impliquer toutes les compétences. Ils croyaient manœuvrer facilement avec l’armée et avec l’Empire comme ils croyaient que l’appartenance à l’Islam allait leur ouvrir les portes du Paradis sur terre.

Il était légitime pour le président Morsi de conserver son titre et son poste de président eu égard aux préceptes de l’Islam qui refuse la sédition contre le gouvernant et eu égard au principe démocratique qui l’a amené au pouvoir. Toucher ces deux principes n’est pas un acte révolutionnaire ou une morale, mais une atteinte des principes. Le peuple est devenu otage des manipulateurs et une jurisprudence pour l’anarchie. Morsi, président légitime, a eu raison de refuser de démissionner, mais il aurait dû, pour éviter l’effusion de sang et pour éviter le coup d’Etat facilitateur à la réalisation d’un plan plus grand que l’Egypte, imaginer des solutions inédites et prendre les mesures adéquates pour mettre fin aux conséquences de ce qui est annoncé avant que les Frères musulmans ne se lancent aveuglement à la conquête du pouvoir : l’anarchie et la guerre civile dans le monde arabe et musulman.

Il était légitime pour le président Morsi de soutenir le HAMAS, d’ouvrir le poste frontalier avec Gaza et d’envisager un autre redéploiement militaire au Sinaï, mais l’esprit partisan a empêché que la perception du HAMAS se fasse dans le cadre de l’évaluation globale de la résistance au projet de refondation du Moyen-Orient et du monde arabe par les Américains. L’illusion du Khalifat islamique  en Syrie, en Jordanie et en Egypte, était un leurre que les Américains et les idiots utiles de l’islamisme infantile ont cultivé comme un pavot d’opium faisant oublier les peurs, les paniques et les réactions de rejet de l’armée qui est garante de la paix avec Israël et qui ne veut ni se lancer dans une guerre ni perdre ses privilèges politiques, sociaux et économiques dans une guerre à laquelle elle ne se prépare plus. Les mêmes peurs, les mêmes paniques et le même rejet ont été entretenus dans les communautés coptes, les laïcs libéraux et nationalistes.

Les dissidents des Frères musulmans et les intellectuels nationalistes se rejoignent pour décrire l’incompétence des Frères musulmans à gouverner, mais le fait le plus marquant est celui des médias qui ont commencé à lancer une campagne de dénigrement contre le HAMAS quelques semaines avant la destitution du Dr Morsi. Cette campagne prend des proportions alarmantes ces derniers jours. Il y a une volonté de criminaliser, de diaboliser le HAMAS et de le faire montrer comme le facteur de déstabilisation non seulement en Egypte, mais dans le monde arabe. Certes, l’encadrement du HAMAS a fait des erreurs politiques graves, mais il ne peut être considéré comme un traître à la solde d’Israël, ni un agent américain, ni un facteur de subversion pour l’Egypte. La précipitation dans la lecture de l’actualité et l’alignement idéologique derrière Qaradhawi les ont leurré.

La campagne orchestrée contre le HAMAS de concert avec celle menée contre Morsi explique sans doute l’emprisonnement de Morsi après sa destitution comme le résultat d’un bras de fer entre Morsi et le commandement militaire sur la conduite à adopter envers le HAMAS dans le cadre de la politique de défense nationale égyptienne. Le système Sadate-Moubarak défenseur d’Israël et pourfendeur du HAMAS, toujours en place et en force dans les institutions égyptiennes, semble être la cause majeure qui a conduit à la destitution puis à l’emprisonnement de Morsi. La mauvaise gouvernance est un prétexte. Ni l’Egypte ni le monde arabe n’ont produit une gouvernance sensée ou un espoir de référence, ces derniers siècles, pour que le peuple égyptien se mobilise contre un « insensé » de type Morsi lui préférant un « sensé » de type Baradei ou Sissi.

Ce qui s’est passé et se passe en Egypte, en Libye, en Syrie, au Soudan et  dans tout le monde arabe est la conjugaison de l’insenséisme interne avec la rationalité de la prédation externe qui cherche à briser la résistance contre l’empire et le sionisme,   à évacuer la question palestinienne de la préoccupation politique, sociale et religieuse, et à occulter l’émergence de l’Islam et sa dimension civilisationnelle dans l’alternative au mondialisme matérialiste.

Au moment où chaque pays musulman et arabe est occupé par ses problèmes internes sombrant dans la confusion la plus inimaginable les plans de l’Empire se réalise en Palestine où l’Administration américaine impose sa feuille de route au détriment des Palestiniens, et se réalise non seulement en Syrie, mais dans la région la plus sensible du monde musulman avec  l’émergence d’une nation kurde autonome. Les Kurdes de Syrie viennent d’annoncer leur gouvernement autonome. Le problème n’est pas dans l’autonomie des Kurdes, mais dans notre incapacité à résister aux césures géographiques, historiques, mentales, politiques et économiques que l’Empire mène depuis des siècles. Le Kurdistan n’est pas en soi une revendication illégitime pour les Kurdes syriens, iraniens, irakiens et turques, il est un problème lorsqu’on jette un coup d’œil sur la carte géographique et puis on imagine la genèse de son morcellement ainsi que le devenir des conflits qui vont émerger en périphérie de la nouvelle entité rendant la paix impossible et l’agrégation des « nations » impossibles pour faire front contre l’Empire.

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Dans sa partie asiatique l’Egypte est confronté au morcellement et aux conflits (Irak et Syrie), dans sa partie africaine elle est confrontée au morcellement et aux conflits en Libye, au Soudan et en Afrique subsaharienne. Que les Égyptiens viennent à prendre parti dans les conflits puis viennent à devenir une source de conflit cela dépasse l’entendement lorsqu’on imagine la quantité d’armes et le nombre des sources d’approvisionnement en armes juste en jetant un coup d’œil sur la carte des conflits  :

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Il faut faire le moindre effort : lire une carte de géographie pour voir comment le monde musulman est une zone de conflits et de prédation où se joue le devenir du monde jusque là sous la domination totale du colonialisme occidental. Cette domination s’accentue comme le râle d’un prédateur essoufflé, mais l’alternative est absente.

Les problèmes sont complexes par leur enchevêtrement historique, politique, économique, sociologique, culturel, idéologique, géographique. Leur complexité impose de ne pas perdre les liaisons réelles entre le local et l’international, entre le passé et le devenir. Ce qui se passe en Egypte, en Syrie ou ailleurs dépasse leurs intérêts nationaux. Les Frères musulmans, confinés dans une démarche partisane, ont fait preuve de cécité.  Les libéraux et progressistes arabes, prisonniers de leur clivage idéologique importé de l’Occident n’ont plus de repères. Ils oublient qu’ils ont gouverné et que leur modèle est en faillite. Les peuples arabes et musulmanes leur ont retiré leur confiance. Les armées arabes gérant le système de rente et s’accaparant les privilèges n’ont plus vocation à défendre le territoire dans ses frontières immédiates ou dans sa profondeur stratégique. Il n’est pas surprenant que l’armée égyptienne et les élites arabes occidentalisées fassent référence  à la Révolution française pour se donner contenance idéologique et masquer leur faillite ancienne pour revenir dans la gestion des coups d’Etat.

Il est toujours « drôle » de voir les élites de l’indépendance nationale dans le monde arabe se réclamer des référents idéologiques et culturels de l’Occident colonisateur. Dans leur alignement aveugle, ils ne parviennent plus à placer la Révolution française dans son contexte historique et géographique européen : la bourgeoisie qui s’affranchit de la féodalité et qui libère les forces productives pour impulser le progrès technique, le marché et l’expansion du capital marchand puis industriel qui sont le substrat de l’industrialisation de la colonisation. Nos élites ne produisent que de la féodalité et de l’importation. Lorsqu’ils sont acculés à l’échec ils appellent l’armée à la rescousse et recourent aux terminologie de la « modernité » et de l’Etat jacobin.  Il est par contre ahurissant de voir certains « islamistes » confiants dans le soutien européen et espérant leur attachement à la légitimité des urnes. La démocratie par les urnes est une illusion que la culture musulmane a depuis longtemps démasqué en montrant la voie prophétique : le pouvoir n’est pas à convoiter, mais le devoir est à accomplir.

La raison de la destitution de Morsi a été annoncée puis commentée à grand fracas par la presse arabe : échec de l’Islam politique et criminalisation du HAMAS. Nous sommes en réalité au cœur de deux enjeux : l’éveil du monde musulman comme alternative civilisationnelle et la résistance à l’Empire et au sionisme.

Les forces extérieurs  ont la capacité d’anticiper et de manipuler les civils et les militaires, les gouvernants et les gouvernés, les islamistes et les non islamistes. Ils ne sont pas forts, mais nous sommes faibles. Nous sommes loin, très loin, de nous hisser au niveau des véritables défis par notre dispersion et par notre inconséquence. Les forces intérieures ne parviennent pas à trouver un dénominateur commun ni à définir les lignes rouges que ni l’intérieur ni l’extérieur ne doivent franchir pour préserver la paix civile et engager le développement. Est-ce qu’elles vont avoir, un jour,  le courage de chercher à dévoiler la nature du conflit réel entre l’armée qui voulait imputer à HAMAS l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï au mois d’août 2012 et Morsi qui a refusé de croire à l’implication du HAMAS dans une opération qui lui aliène la population égyptienne et qui est illogique et immorale.

Le système égyptien a pris l’habitude de défendre Israël contre les Palestiniens. Il va tenter d’entraîner un peuple miné par la crise sociale et morale générée par ce système qui se croit le Messie le sauveur, le rédempteur. Contre ce système et contre l’ordre mondial donneur d’ordre de ce système il est impossible de voir réussir un système confrérique partisan et otage de ses marabouts.