Désarroi des peuples et lutte des imaginaires des élites.

Un nouveau gouvernement avec la volonté de recomposer le champ politique est mis en place en Egypte. Nous entendons déjà la réjouissance des uns et le désarroi des autres qui ne vont pas longtemps cacher les désillusions des uns et la colère des autres. L’Egypte est le pays des miracles et des neufs plaies. Qui va l’emporter Moïse ou Pharaon ? En toute vérité les deux sont absents et il n’y a que des apprentis que le temps a déjà  dévoilé. Les opposants pour le pouvoir sont en train de se déchirer tout en continuant d’insérer l’Egypte sous l’influence de l’Empire agonisant :

fariq

 

 

 

 

 

{Ceux qui ont scindé leur religion et qui ont formé des sectes, tu n’as rien de commun avec eux. Leur affaire ressortit à Dieu. Plus tard, Il les avisera de ce qu’ils ont fait.} Al An’âm 159

{ceux qui ont scindé leur religion et ont formé des sectes, chaque faction se réjouissant de ce qu’elle détient.} Ar Roum 32

{Pharaon exerçait sa superbe sur la terre. Il avait établi des sectes parmi les habitants afin d’affaiblir un groupe d’entre eux.} Al Qassas 4

Sobhane Allah ! L’infantilisme et le sectarisme des partis dits islamiques rejoint le despotisme politique dans la division et la dispersion de la communauté ainsi que le désarroi des braves gens devant l’injustice et devant la confusion.

Le désarroi que provoque   la situation égyptienne  ne doit pas nous faire perdre le fil de la bataille réelle. Pour la comprendre il faut se rappeler que nous avons hérité d’une situation complexe sur le plan historique, social, politique et idéologique, et par conséquent  la réduire par une démarche simplificatrice c’est ne pas lever les équivoques et ne pas participer à notre devoir de pédagogie.  En entretenant la confusion, la dispersion, le culte des chefs et en présentant les choses sous un aspect manichéen les élites musulmanes  ont rendu difficile le positionnement lorsque la crise éclate ou lorsque les tendances musulmanes s’affrontent autour du pouvoir après avoir trouvé un arrangement pour le conquérir comme cela s’est passé entre les Frères Musulmans et le parti salafiste Ennour.  Le principe de base qui a été transgressé avant que l’armée ne transgresse la légitimité et la constitutionnalité est l’absence d’unité. L’unité est sacrée et nul ne peut la transgresser sans conséquences.

Les Frères Musulmans et les Salafistes sont une maladresse sociale et politique que leurs adversaires  exploitent avec intelligence. Cette maladresse  doit être remise dans le contexte de civilisation que les pathologies du monde arabe et musulman occultent par leur sédimentation. J’ai abordé, hier, la question des mythes pour montrer que la civilisation occidentale est l’héritage de la mythologie grecque qui est en train d’achever son chant et son histoire. Dans l’agonie et la naissance des civilisations il y a des batailles d’imaginaires, l’imaginaire de celui qui s’achève et qui refuse de partir et l’imaginaire du  nouveau qui  a du mal à s’installer. Les tiraillements du monde révèlent le choc des idées, des possibilités et des enjeux qui s’affrontent.  La civilisation occidentale matérialiste avec ses utopies et ses techniques est en train de s’effondrer. Elle s’effondre emportant dans son sillage ses anciens clichés, ses contradictions et ses vassaux.

Notre monde musulman et arabe façonné en partie par la civilisation occidentale est en train de s’effondrer avec la civilisation occidentale par sa vassalité ou par sa réactivité. Les Frères musulmans, les Salafistes, les Laïcs et autres débris du monde ancien sont condamnés à disparaître.  Malek Bennabi avait posé l’équation en termes complexes que les courants idéologiques et politiques musulmans et arabes ne voient pas et ne peuvent pas voir car ils n’ont pas d’autonomie de pensée et d’existence par rapport à l’Occident, même si géographiquement et culturellement ils en sont éloignés. Ils partagent avec l’Occident son modèle et son imaginaire : fabriquer des mythes et ne rien offrir à l’humanité. Le judaïsme, le christianisme, le marxisme, le bouddhisme et le mondialisme ont échoué. L’islamisme qui est la version « spirituelle » et afro-asiatique de l’Occident échoue pour la raison majeure : il s’inscrit dans les mêmes logiques au lieu d’être une alternative.

La tragédie que nous vivons et que ne formalisons pas en pensée nous empêche de voir la fausse route qui nous empêche d’être l’alternative et de nous propulser en devenir. Cette fausse route  que nous empruntons est facilitée par l’Occident qui sait que si le système mondial se déplace vers l’Euro-Asie il perd de sa suprématie militaire et économique sans perdre sa suprématie en matière d’imaginaires peuplés de mythologies, de désir de puissance qui lui permet de se maintenir en force d’orientation idéologique  du monde. Il sait aussi que si le monde musulman se réveille de sa léthargie il perdra non seulement sa suprématie, mais son existence. Il ne s’agit pas de guerre nucléaire, mais de changement de civilisation. L’homme n’a plus de solution, la solution ne peut venir que de l’Islam dont  la vitalité, la crédibilité et l’efficacité sont une vérité historique et une Promesse coranique.  L’Occident retarde l’échéance de sa fin en s’appuyant sur les attardés du monde musulman et du monde arabe  qui ne parviennent pas à se hisser au niveau requis de l’Islam : libérer et civiliser.

C’est ainsi que je pose l’équation. L’Islam a depuis longtemps quitté ses frontières arabes car sa vocation est l’universel. La décadence et la colonisation l’ont confiné comme pourvoyeur de matières premières et fabricants d’idoles. Il doit construire de nouveaux rapports au monde. Il ne s’agit pas de rapport de forces, mais de pôles de rayonnement :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne Guidance et la Religion de Vérité pour la faire prévaloir sur toute la religions, dussent les associateurs en concevoir du dépit.} At Thawab 33

Il ne s’agit pas de contrainte religieuse et  d’imposition par la force ou par la loi, mais d’aboutissement logique du fait spirituel, de l’exercice de la justice et de la civilisation à visage humain et à caractère universel. Il ne s’agit pas de prévalence du seul fait de se déclarer musulman, mais de Jihad compris comme effort  de perfection dans la foi, la vertu, l’intelligence et le bien pour témoigner :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne guidance et la religion de Vérité pour la faire prévaloir sur la toute  religion. Et Dieu suffit comme Témoin !} Al Fatah 28

La culture de l’errant et du solitaire en marge du monde empêche de voir comment les musulmans participent eux-mêmes au sabotage de leur mission, de leur témoignage  et retardent l’échéance de la véritable confrontation civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier l’échec de l’expérience algérienne et de l’inscrire dans son rapport  à la logique historique et civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier les révolutions arabes dans leurs mobiles, leurs pensées et leurs objectifs trop limités pour devenir l’élan libérateur et civilisateur. Personne ne prend le temps de voir l’impasse de l’expérience islamique au Maroc ni de voir le modèle turc comme un miroir aux alouettes dont le but est de confiner les aspirations au modèle occidental dominant avec sa consommation, son marché, sa démocratie.

On se donne le temps de voir l’Arabie saoudite parrain des Salafistes et le Qatar parrain des Frères musulmans pour les dénoncer sans voir les contradictions globales qui ont sapé le réveil de l’Asie en faisant du Pakistan (le pays des purs) une cristallisation de toutes les contradictions, de toutes les divisions. De la même manière on ne se donne pas le temps de voir la mise en panne du plus grand pays musulman : l’Indonésie. On ne se donne pas le temps de voir le dispositif de ce qu’on appelle les pays du dragon ou le miracle du sud-est asiatique qui est une double ceinture contre la Chine et contre le monde musulman. Singapore vidé de son creuset culturel et sociologique est devenu le pôle de rayonnement occidental contrant l’Asie et le monde musulman asiatique. Bien entendu on ne voit pas l’exportation de ce modèle au Moyen-Orient et les projets d’implantation de ce modèle au Maghreb. Le monde musulman est non seulement en panne de développement, mais il doit cultiver l’imaginaire et la mythologie de l’Occident. Si le projet impérial se comprend comme un élan naturel d’expansion ou de survie face aux échéances civilisationnelles  on ne comprend pas   les divisions des Musulmans entre partisans, sectes et ethnies. A moins d’admettre qu’ils sont au service de leurs opinions, de leurs partis et de leurs Cheikhs au lieu se s’impliquer dans un projet  de fédération, de civilisation. Tout le discours libéral, anti-impérialiste ou islamique est inconsistant, inconséquent.

Cela explique pourquoi le monde musulman est en train de se déchirer autour de l’Egypte et des Frères Musulmans faute de repères comme il s’est déchiré hier sur la Syrie ou sur la Palestine. Les voix contradictoires s’élevant dans le monde arabe pour approuver ou dénoncer le coup d’Etat alors que d’autres voix aussi contradictoires s’élèvent sur la définition de Ahl al Hal wal ‘Aqd (les élites) et sur la légitimité de l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans ou de leur destitution, sont en réalité toutes disqualifiées pour n’avoir jamais posé les problèmes dans leur dimension réelle ni anticiper sur les catastrophes prévisibles et annoncées.

La confusion qui tue ou qui immobilise est celle qui se contente d’un jugement hâtif prenant parti sans examen des tenants et aboutissants. La probité et l’efficacité exigent de reconnaitre qu’il y a eu un coup d’Etat condamnable sur le plan principiel. L’autonomie de pensée et l’anticipation sur l’avenir  exigent de reconnaitre que les Frères musulmans ont  failli dans leur méthode de gouvernance et  par leur incompétence à lire la carte du monde. La conquête du pouvoir a été   le foin  ou la carotte que l’animal politique a suivi au lieu de s’élever au rang de ses responsabilités religieuses et citoyennes pour construire l’Etat de droit, garantir les libertés,  apaiser la société et fédérer les forces. S’imaginer gouvernant le monde sous l’étendard des Omeyades, des Abbassides,  ou des Ottomans, c’est refuser d’agir comme alternative à l’esprit impérial qui a gouverné au nom de l’Islam amenant inévitablement la décadence et la colonisation, et c’est refusé de se préparer à la reconfiguration du monde qui exige que le curseur idéologique ne soit plus situé entre Salafistes et Frères musulmans ou entre Islamistes et non islamistes ou entre gouvernants et opposants.

L’urgence est de surmonter la crise sur le plan des idées, car la confusion est l’héritage dont il faut se débarrasser pour voir les horizons tels qu’ils sont dans la réalité avec leurs possibilités et leurs contraintes sans esprit de revanche, sans confinement aux contours que tracent le chœur et les acteurs de la tragédie. Il faut se hisser au niveau de la lutte idéologique ou de la lutte entre les imaginaires et ne pas réfléchir en épicier qui fait le calcul de ses gains et de ses pertes journaliers. Quelle est la voix à écouter au milieu des  voix contradictoires ? Allah nous donne la réponse que nous avons mise derrière le dos pour écouter les démons de la politique : nous accrocher à Allah et nous libérer de tout calcul politicien ou conjoncturel qui nous rend aliénés alors que l’Islam nous ordonne :

{Certes, la pure observance est due à Allah} As Zomr 3

L’échec apparent et flagrant est celui du coup d’Etat militaire, mais l’échec structurel est véritablement dans le rapport au pouvoir  qui fait oublier que c’est Allah qui octroie le pouvoir comme une épreuve et pour une mission. Le Croyant ne cherche pas le pouvoir, c’est le pouvoir qui le sollicite. Le changement du monde n’est pas réalisé par le pouvoir politique, mais par la conformité à la voie prophétique. Toute dérive qui pousse l’homme à compter sur le rapport des forces ou sur la légitimité de ses droits nuit à ce principe de la pure observance envers Allah. La pureté est l’excellence. La sourate « les groupes » définit l’excellence   et montre comment l’obtenir :

{Annonce alors la bonne nouvelle à Mes Dévoués, ceux qui écoutent la parole et qui en suivent l’excellence. Ceux-là sont ceux qu’Allah a guidés, et ceux-là sont les doués d’entendement.} As Zomr  17

Il ne s’agit pas de m’écouter ou d’écouter les autres. J’ai analysé notre crise qui ressemble à celle rencontrée  par le Prophète (saws) qui voyait ses compagnons dans le désarroi de l’oppression et  faisant face aux discours confus des hypocrites et aux incitations de haine des renégats. Le Prophète avait reçu l’ordre de dire aux Arabes, tous les Arabes, d’écouter les paroles et de choisir l’excellence s’ils veulent être bien guidés et s’ils  utilisent leur raison. Les paroles, ici, ne visent pas les opinions des gens, mais les Paroles d’Allah qui leur dictent la conduite à tenir. Il n’y a pas une parole d’Allah plus sensée ou plus excellente qu’une autre, mais il y a des manières différentes de comprendre selon l’énoncé et le contexte. Le Coran procède donc à une série d’énoncés de sens contigus ou complémentaires. Comprendre un énoncé  c’est soit comprendre les autres soit partir à la recherche des autres pour avoir la complétude. Foi et raison sont indissociables.

Pour suivre l’excellence il faut disposer de la compétence de cerner la globalité, il faut raisonner. Ceux qu’Allah a guidés écoutent pour avoir une idée la plus complète et la plus profonde sur le sens du Coran, mais aussi sur le sens de l’histoire, de la crise et sur celui du devenir. Celui qui refuse de voir l’ensemble des liens se conjuguer et se contente d’une opinion superficielle ne peut ni voir le sens coranique qui guide vers l’excellence ni prendre les mesures de la bonne gouvernance quand il est au pouvoir ou quand il est en quête du pouvoir. Ecouter sa seule voix ou sa seule opinion sans écouter l’ensemble c’est se condamner à la confusion.

La guidance qui apporte l’efficacité et la réussite n’est pas celle de la confiscation du sens politique par un coup d’Etat militaire, par une minorité qui refuse de se soumettre à la voix des urnes. Elle n’est pas aussi celle de la confiscation des voix des autres et du monopole de la pensée et de l’action que l’esprit confrérique voit comme vérité suprême et qu’il impose aux autres. La guidance qui résulte de l’entendement et du raisonnement ne consiste pas à importer les solutions mortes et à les appliquer à la nouvelle situation sans discernement.

Le pouvoir n’est pas la fin, mais le moyen qu’ Allah donne comme récompense. Il n’est pas le préalable, mais  l’aboutissement dont le terme appartient à Allah (swt). C’est ce que dit la sourate as Zomr dans l’énoncé en amont de l’excellence et  de la guidance :

{Dis à Mes dévoués qui sont devenus  croyants : « prenez-garde à  votre Dieu ». A ceux qui ont fait le meilleur en ce monde un bienfait, et la terre d’Allah se prête à l’immigration. Mais les persévérants seront complètement acquittés de leur rémunération, sans compter.}  As Zomr  10

Il n’y a pas de place au calcul politicien comme il n’y a pas de place au comportement réactif. De la même façon il n’y a pas de place à la dévotion du chef qui s’installe lui et son appareil dans la satisfaction, le triomphalisme ou le messianisme politique de celui qui se croit rédempteur et sauveur parlant au nom de Dieu au lieu d’agir en conformité avec Ses Ordres. Le Taghout, la transgression fétichiste, n’est pas seulement dans le camp des païens et des mécréants. Le Taghout est dans la dévotion fétichiste ou totémique qui apparait dans les confréries et les partis politiques vieillis qui s’identifient à l’Islam, à la société musulmane, à la vérité oubliant leur devoir de raisonner, de s’adapter, de négocier, de se remettre en cause, de parler vrai, de rester humain. L’énoncé qui vient en aval montre la règle de l’amour, de l’efficacité, de la miséricorde que doit méditer et mettre en application celui qui aspire à la rencontre d’Allah :

{N’as-tu pas vu qu’Allah A Fait descendre du ciel une eau et qu’Il l’Achemine en sources, dans la terre, ensuite, qu’Il fait pousser avec des plantes aux couleurs variées, ensuite elles s’avivent, puis tu les vois jaunâtres, ensuite Il les Transforme en débris ? Certes, il y a en cela un Rappel pour les doués d’entendement.} As Zomr  21

Pour mettre fin à la confusion, il faut rapidement s’inscrire dans la Promesse divine et dans l’Ordre divin en se mettant de nouveau à produire de la pensée, de l’efficacité sociale, de la fédération et préserver les vies humaines. Plus tôt on se libère de l’émotion et on se remet à réfléchir et à travailler et plus tôt on active le règlement de la crise et on surmonte l’épreuve.  Il est difficile de faire entendre la voix de la raison qui met fin aux confusions et aux querelles : nous ne sommes pas au service d’un parti, nous ne devons pas nous enfermer dans le modèle politique occidental. Nous n’avons ni les mêmes motivations, ni la même culture ni les mêmes règles morales, ni la même finalité :

{Allah vous fournit une parabole : un homme au service de plusieurs associés qui se querellent à son sujet, et un autre homme intègre ne  dépendant que d’un maître, sont-ils égaux? Louanges à Allah. Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. Toi tu mourras, et eux mourront, ensuite, le Jour de la Résurrection, auprès de votre Dieu, vous vous disputerez.} As Zomr 29 à 31

Si les élites musulmanes  s’étaient mobilisées autour de la globalité de leur vocation et de leur mission que leur dictent les énoncés coraniques ils ne seraient ni dans la confusion ni dans l’improvisation ni dans la Fitna.  Si Allah était notre seul maître jamais la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar ou l’Empire ne trouverait une faille pour nous berner, nous inciter à la division ou nous conduire vers le secondaire qui sert leurs intérêts au lieu de servir la cause d’Allah.

Cela fait mal de voir des fronts qui se prosternent recevoir des coups de matraque,  des mains qui se purifient souillées par la répression,  des êtres lisant le Coran traités d’alliés du sionisme. La situation est plus complexe que ce que montrent les apparences et  les sentiments. La situation est plus complexe que la dénonciation traditionnelle : il s’agit de se remettre totalement en cause,  de refonder la politique  dans un cadre fédérateur. Le coup d’Etat n’est qu’un syndrome, un de plus, dans notre faillite.  Notre faillite est dans notre éloignement ou dans notre ignorance de la globalité et de la dynamique de l’Islam qui est l’alternative à l’Empire et à la mythologie comme il l’a été face aux empires perses et byzantins et à leurs mythes.

Les Frères musulmans, les salafistes et les autres courants et partis peuvent et doivent trouver rapidement un compromis entre eux pour empêcher l’effusion de sang et transformer la catastrophe en renouveau. L’homme est capable du meilleur s’il revient vers Allah avec humilité et avec conscience de ses devoirs. Le coup d’Etat est une réalité déjà consommée. Il ne faut pas l’accepter certes, mais on ne peut plus revenir en arrière. La provocation et l’humiliation de la nomination de Baradei, pour les Frères musulmans a été évité, il existe des possibilités réelles pour ne pas aller vers une guerre civile et sauver toutes les apparences afin de redonner à la société civile et aux partis politiques la lucidité et le temps d’assumer leurs responsabilités en revenant à Dieu :

{N’ont-ils donc pas su qu’Allah Déploie la subsistance à qui Il veut ou la restreint ? Certes, il y a en cela des Signes pour les gens qui croient. Annonce à Mes dévoués, qui firent des excès contre eux-mêmes : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ». Certes, Allah absout les péchés en totalité. Il Est Lui l’Absoluteur, le Miséricordieux.  Et revenez à votre Dieu, et remettez-vous à Lui avant que le châtiment ne vous  vienne, ensuite vous ne triompherez point. Et suivez le meilleur de ce qui vous a été Révélé de votre Dieu, avant que le châtiment ne vous vienne à l’improviste, sans que vous ne vous rendiez compte afin que personne ne puisse dire : « Quel malheur, pour ce que j’ai négligé à l’égard d’Allah, et que j’étais sûrement de ceux qui se moquaient ! », ou qu’elle ne dise : « Si Allah m’avait guidée, j’aurais été sûrement du nombre des pieux », ou qu’elle ne dise, quand elle verra le châtiment : « Si je pouvais revenir sur terre, je serai alors de ceux qui font le meilleur ».} As Zomr 52 à 58

Si par contre on continue de croire que c’est l’échec des Frères musulmans ou la ruine de l’Islam politique puis de s’en réjouir,  et si les Frères musulmans continuent de réclamer leurs droits sans  tenir compte de la réalité amère et de la tragédie qu’elle annonce et qu’ils ont préparé alors chacun devra assumer ses responsabilités  dans ce monde et se préparer à témoigner le Jour du Jugement dernier :

{Justice fut rendue entre eux, en toute Vérité}  As Zomr 75

L’effondrement du monde musulman et arabe dans sa configuration actuelle puis  l’émergence d’une alternative  où la justice et la vérité priment sur la foire électorale et les saltimbanques politiques sont sans doute la voie du salut pour nous et pour les autres. Allah asstour !

Le nouveau gouvernement et la nouvelles présidence en Egypte ne changent rien à l’équation fondamentale. Encore une fois il ne s’agit pas d’une affaire technicienne ni d’une affaire politicienne ni d’une affaire intellectuelle. Il y a un destin à accomplir. Ce destin exige une ligne d’orientation idéologique que le monde arabe n’est toujours pas capable de tracer ni de suivre. Les jours vont montrer, une fois de plus qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller comme pour celui qui va vers le bateau en perdition…. Baradei ne doit pas donner l’illusion de la caution à l’Occident. L’Occident sait où se trouve le centre de décision dans le monde arabe comme il sait que l’échéance de sa fin est annoncée depuis qu’il avait annoncé la fin de l’histoire.

 

 

 

Résistance globale partie 2/2

Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

Résistance globale partie 1/2

Nommer

Comment qualifier ou nommer ce qui vient consacrer une nouvelle fois l’incurie des gouvernants arabes, la médiocrité des savants musulmans et l’anarchie des populations qui se déchirent et déchirent les derniers rêves ratés de l’Islah et de la Nahda que les élites n’ont su ni mesurer ni rendre efficients et irréversibles. Depuis des siècles nous sombrons dans le flot des maux produits par nos mots sans planification ni sens ni ingénierie.

Le Prophète Mohamed (saws) et ses compagnons, confrontés  à l’oppression, l’ont vaincu, car ils avaient le devoir de dire la vérité et d’agir comme ils étaient appelés à écouter les paroles et à en suivre l’excellent. Ils  étaient aussi appelés à ne dire que des paroles sensées et bien visées.  Les  mots sont viseurs  dans les batailles de sens, véhicules de symboles …   Ils disent : «j’existe, je résiste ».

C’est par la posture actancielle du verbe véridique que l’Arabe obscurantiste ante islamique s’est libéré de ses préjugés et de son isolat historique pour se donner vocation à exister comme civilisateur  et moyens de résister contre la marginalisation, les luttes intestines, l’esprit minus habens de l’errant sans projet pour l’homme ni pour l’humanité sauf celui de subsister. L’Islam lui a donné les mots, le désir, le devoir et la quête de rompre à son habitue de vivre en subsistant encerclé par les empires chinois, byzantins et perses. Subsister ou « sub » « sistere »  est étymologiquement un renoncement à l’existence au rang d’homme honoré par Dieu et à la résistance contre les empires qui ravalaient les humains au rang d’esclaves sans humanité,  d’humanité confiné dans la lutte de survie animale en sub-sistere c’est-à-dire en prenant position dans la posture du parfait soumis qui fait halte et qui prolonge sa halte en marge de l’histoire pour demeurer vivant en tenant tête à l’ordre des choses sans chercher à le comprendre ni à vouloir le changer. Khobsister ou Khobtsister, deux formes de subsistance des vaincus et des déserteurs refont surface dans un monde où prime la logique de force et d’intelligence sociale, culturelle, politique, militaire et économique.

En subsistant l’Arabe entretenait ses préjugés, ses limites, ses incohérences et son aveuglement. L’Islam a réintroduit la conscience et le sens des mots qui remettent debout l’humain et lui disent il est l’heure de se réveiller et de marcher debout et d’un pas alerte vers ce où « chacun est facilité pour ce qu’il a été créé » en l’occurrence exister sinon résister contre ce qui porte atteinte aux droits et aux devoir d’exister.

L’homme honoré par Allah et le Musulman élu par Allah ne peut se voir immobile et subissant les événements qui le mettent en infériorité, en domination par rapport aux positions des autres et en dehors de sa vocation d’être parfait ou perfectible pour se conduire et conduire les autres à exister en conformité avec l’humanité et l’islamité qui les invite à se promouvoir en responsable, prenant des positions qui siéent à leur humanitude. Le préfixe latin sub (sous)  et le verbe sistere (prendre position) qui consiste à subsister sous la tyrannie, l’idolâtrie est à rejeter car il place l’homme en situation de dominé, de soumis, de  démissionnaire, d’en dessous de ce que Allah attend de lui.

Les mots expriment un état, un sentiment, une pensée ou une action qui révèlent le rapport à l’autre :fraternité et solidarité ou agression et domination

Ils expriment la compétence d’Adam d’attribuer des noms à des êtres, des choses et des processus. La compétence humaine de tout nommer exprime le pouvoir de se déployer comme un champ de connaissances, un canevas d’idées, une ingénierie de processus et un réseau d’interactions.

Satan est intervenu comme un obstacle, une tentation, un danger, un ennemi, un leurre pour empêcher la compétence distinctive humaine de se déployer dans son aspiration au bien et au beau et lui interdire sinon lui compliquer les quêtes innées qu’elle porte en elle.

Nommer c’est exister et résister en racontant la mémoire du passé, l’attention de l’acte présent,  et l’espérance… Il faut nommer ses désirs, sa foi, ses projets, ses quêtes, ses amis, ses alliés, son projet de résistance et ses perspectives d’existence.

Les Palestiniens, privés de terres, continuent de nommer le retour à la terre comme la colombe de Noé symbolisait la fin du déluge et triomphe des résistants embarqués dans l’arche du salut. La Palestine continue d’offrir à l’humanité les racines spirituelles,  l’humus sociologique et le sédiment littéraire et intellectuel de la compétence de conjuguer  exister et résister.

Les verbes « exister » et  « résister » sont un même acte exprimé par le même verbe  « sistere » (se) positionner, faire face. Ce qui change c’est la commutation de sens  opérée par l’intention qui préside à l’acte et lui donne motivation, visée, symbole et  reconfiguration.

Exister ou « ex-sistere » consiste, à opérer un changement d’état en sortant  de soi, en allant vers l’extérieur, en cherchant de nouvelles issues ou en faisant rupture par rapport à un fait ou à une idée qui s’impose devant soi par un acte de repositionnement de soi et une reconfiguration de son face-à-face.

Résister ou « re-sistere » consiste à répéter des postures, à inverser des situations, à réagir contre des agressions, et à apporter des réponses aux intrusions par la reprise des positions perdues, la rupture avec l’inertie, le refus de s’aligner sur le sens imposé, la révision du face-à-face, l’apport de nouvelles réponses plus pertinentes et plus opportunes. Résister c’est continuer d’exister en redéployant ses actions après un changement de paradigme.

Il ne s’agit pas, ici,  de dicter une conduite à la résistance ou de parler au nom des résistants, mais de rappeler quelques évidences… Parmi ces évidences il y a les impostures qui font obstacle à la résistance dont les professionnels des négociations interminables, les diplomates du défaitisme de la paix arabe, les Pygmalion de « la résistance globale non violente » et les loups solitaires de la violence gratuite et implacable dans le monde arabe important « la résistance totale sans leader »…

Les invariants

Exister c’est affronter sans cesse les épreuves de vie ainsi que les oppositions intérieures et extérieures qui viennent contrarier le déploiement des possibilités de l’être ou rendre ce dernier réfractaire à toute idée de changement et de progrès.  L’être ontologique et social existe tant qu’il conserve son autonomie à se repositionner en permanence comme un sujet  en devenir dans son acte. Lorsqu’il perd son identité de sujet et le sens de ses actes, il cesse d’exister et devient objet soumis à des volontés contraires.

Exister est une manifestation de la globalité ontologique et sociale des croire, vouloir, savoir, devoir, pouvoir, faire et de leurs interactions dans les registres, invariants et singuliers, de la pensée et de l’activité politique, économique, intellectuelle, artistique …

Aussi vrai que l’être  et son acte sont  indissociables dans leur mutuelle détermination, la résistance et l’existence sont indissociables dans leur formulation et leur interaction. Il en est de même du croire (Amana) et de s’efforcer (Jahada).

Entre exister et résister,  la différence  est que dans un cas on prend davantage de position pour soi, et dans l’autre cas on prend davantage position contre le négateur de soi.  La différence actancielle est dans le rythme et le mode de changer de positionnement, de posture, d’actions, de dynamique, de consommation  du temps et  de l’énergie,   d’effusion de sang, de sueur et de larmes.

Confiner l’un ou l’autre dans un contenu, singulier  ou isolé, est en contradiction avec le principe de globalité. Ce principe  refuse les démarches taxonomiques simplificatrices et réductrices qui veulent confiner la résistance dans un cadre sectaire, une démarche partisane, ou dans une activité.  Le colonialisme est un moule axiomatique qui impose ses mots, ses valeurs, ses codes, ses concepts, ses symboles, ses produits, et ses interlocuteurs qu’il a produits, récupérés, recyclés et validés.

En déboitant l’existence de la résistance  et en négligeant leurs mécanismes globaux nous faisons l’impasse sur la lecture de la réalité et de sa dynamique la confinant dans un fait. Certains d’entre nous voudraient poser le problème palestiniens en termes de lobby faisant ainsi du conjoncturel et du singulier écran aux invariants du rapport colonisé-colonisateurs, opprimés-oppresseurs.

Division, dispersion, atomisation, diversion et subversion sont des armes que l’Empire pratique depuis toujours  pour saper les conditions d’exister et les possibilités de résister des peuples. La résistance globale c’est maintenir la dynamique et l’interaction de l’ensemble des idées et des activités qui expriment le  droit d’exister et le devoir de résister dans un projet de fédération, de cohésion et de coopération de toutes les forces sans exclusion ni exclusive.

L’esprit critique et la vision globale déconstruisent le formatage et renforcent  l’initiative crédible, viable et autonome contre l’oppression. Ils évitent de poursuivre un bouc émissaire désigné ou de s’enfermer dans le mimétisme.

Ni le retour aux sources ni le retour à la terre ne sont une réédition identique de ce qui fut sinon résister et exister finissent en  chimère, en utopie dans ce qui serait. La  loi universelle du changement impose de revisiter le Passé dans un devenir au lieu de vouloir l’importer comme une pièce d’archéologie, un fossile antédiluvien, un prêt-à-porter.

Le Prophète (saws) à Médine n’a pas distingué le Jihad contre l’oppresseur de ce qui donne existence globale à la communauté et à l’État : écoles, assainissement, forages, libération des marchés et du foncier des monopoles, interdiction de l’usure, socialisation des moyens de production, recapitalisation du commerce, de l’industrie et de l’agriculture par le travail et l’investissement, développement des réseaux de solidarité sociale, et asile pour les pauvres et les réfugiés.

 

Vérité immuable

Moïse (saws) nous apporte des éclaircissements magistraux sur les invariants de la résistance globale.

Il ne s’inscrit pas dans un rapport de force, mais il se positionne par rapport à la vérité. Il implique ses partisans et ses adversaires à se repositionner par rapport à la vérité. Il ne singularise pas l’acte d’exister de l’acte de résister. Il va poser les problèmes de l’existence et de la résistance de l’opprimé dans une même problématique et dans une seule et  même perspective. Exister et résister ne sont pas la juxtaposition d’actes linéaires successifs, mais le continuum d’un complexe de quêtes et d’actes faisant sens et contre sens avec la vérité, et faisant opposition ou alliance aux mensonges.

Il va dévoiler l’oppression dans ses deux formes de perversion. La première forme est l’abus dans la propre existence  de l’oppresseur du fait de sa cupidité vorace et de sa prétention narcissique à se croire meilleur ayant droit absolu.  La seconde  forme  est la transgression des droits d’autrui par la violence et les justifications.  Ces deux formes indissociables vont s’intérioriser comme mentalité collective ou fatalité.

Moïse va, sans formalisation juridique,  indiquer  les fondements iniques de l’oppression et des empires coloniaux : le droit d’abuser. Nous sommes donc interpellés, dans la pensée et l’acte de résistance globale,  sur les conditions morales, sociales, économiques et juridiques du capital et de la propriété. Il ne s’agit pas de brimer le capital et la propriété privée, mais de reposer les conditions de leur légitimité et de redéfinir les rapports sociaux à l’argent.  En vérité la question de l’oppression et celle de la résistance dépassent le champ matériel et économique. Le religieux, le culturel, l’idéologique, le psychologique, compris comme acte d’existence de l’homme honoré ou comme devoir de résistance pour restaurer ou préserver l’honorificat de l’homme, sont, selon leur emploi social et moral, des  obstructions ou des accélérateurs à l’existence digne et à la résistance efficace.

Moïse va donc amener tous les syllogismes fallacieux du camp dominant  à s’effondrer les uns après les autres. Il va amener toutes les fascinations, dans son propre camp, envers les symboles de l’oppresseur à se déconstruire.

Toutes les formes de despotisme économique, intellectuel, technologique, financier, militaire, territorial et politique s’épuisent par rapport  à la vérité qui s’énonce et qui dévoile le contenu et la logique des mensonges. Dénoncer le colonialisme ou faire l’apologie de la résistance ne suffit pas. Il faut saper l’arrogance et l’abus dans leurs fondements idéologiques tout en opposant  à leurs instruments de domination des alternatives globales de libération : idéologiques, morales, sociales, économiques, politiques et organisationnelles.

La vérité portée par Moïse porte Moïse. Elle est transcendance et immanence. Elle s’énonce comme évidence absolue, immuable, indivisible, inaliénable et irréversible. Elle est intrinsèque, elle se suffit à elle-même. Elle est une, inaliénable, indivisible,  sans dérogation ni condition suspensive ou limitative…

Moïse va conjuguer re-sistere et ex-sistere en aidant son peuple à devenir endurant et patient tout en lui apprenant les postures intellectuelles, morales, sociales et économiques qui lui permettent de se  tenir debout, de poser les assises de la libération, d’établir l’ossature de la communauté pour exister et résister. En écoutant le récit coranique on peut sans peine imaginer Moise et ses compagnons en train de  soutenir, de remettre debout, d’affermir, de fortifier, de consolider, de se mettre en quête de l’unité et de la Qibla annonciatrices de la fin de l’épreuve.

Si élever, construire, ériger, avancer sont des actes de résistances et d’existence qui fédèrent un peuple longtemps humilié et mis en situation de subsister sous les oppresseurs gaspilleurs, détruire, faire du mal se venger déshumanise davantage l’oppresseur et le rende vulnérable face à l’oppressé qui découvre enfin l’impasse totale de son tyran et entrevoit l’aboutissement dialectique de la contradiction entre l’oppresseur qui va épuiser ses moyens de répression et l’opprimé qui va se remplir de Sabr : endurance, constance avec espérance.

La perversion du rapport à la vérité par  la corruption, la tyrannie, l’injustice, l’atteinte des droits des autres, l’arrogance, la dérive démiurge ou la soumission à l’idole introduit des biais, des confusions ou des aveuglements dans le regard individuel et collectif qui ne perçoit que ses illusions et ses justifications mensongères. Le rapport à la vérité est indissociable du  rapport au savoir et aux références incontestables. Le despotisme est l’imposition d’un mensonge déclamé comme étant une « vérité ».

L’opprimé armé de vérité, non seulement ne voit pas le déficit de ses moyens comme un handicap, mais mobilise les moyens les plus judicieux pour sa résistance tout en se libérant  des limites du rapport des forces. Il va se libérer de ses résidus, de ses corps étrangers et de ses parasites pour se voir dans une perspective et une dynamique sans limites. L’oppresseur va faire le changement inverse en devenant plus vicié, plus vulnérable et sans perspective autre que celle de la spirale infernale de sa machine répressive. Pharaon est contraint de solliciter ses magiciens, ses armées, ses bâtisseurs, ses courtisans, ses vassaux. Il perd le monopole de la représentation et de l’initiative de la puissance. Il amplifie les conditions objectives et subjectives de sa contestation y compris au sein de son camp.

Le processus de confrontation à la vérité et au savoir conduit irrévocablement à l’effondrement des mensonges et de leurs appareils.

Les Palestiniens sont sur cette voie, il ne faut pas les en détourner, il faut les accompagner et dénoncer les tentations et les chantages qui veulent les conduire aux renoncements dans cette phase de confusion. La Turquie, le Qatar, l’Egypte et Mousaylima le grand gourou agissent de concert pour corrompre les Palestiniens  et les pousser à se dessaisir de leur devoir de résistance et de leur désir d’existence.

 

Priorité

Le Messie (saws) ne s’est pas focalisé sur l’occupation romaine et  son administration coloniale. La domination militaire et politique des Romains était secondaire  par rapport à la décomposition religieuse, idéologique, morale, économique, politique et sociale des Bani-Israël, ce concentré d’humanité que le Coran nous présente comme parabole sociohistorique.

La communauté des Bani-Israël du temps du Messie (saws) ressemble étrangement à notre communauté dans ses confusions et ses divisions.  Une communauté fragmentée entre intégristes, romanisants, hellénisants, commerçants cupides, doctes corrupteurs, adeptes de  Satan, seigneurs de guerre en quête d’un roi, populations sans repères.  Les véridiques, les justes  et les vertueux étaient en minorité.

Le peuple accablé par l’injustice, l’impôt, et l’usure ainsi que par l’instrumentalisation de la religion à des fins mondaines et politiques ne pouvait ni produire son argent, ni son élite, ni ses moyens d’émancipation.

Dans ces conditions, l’insurrection populaire contre l’Empire et ses vassaux politiques ne va pas libérer la société des causes profondes de l’oppression. Jésus a dénoncé le système qui rendait impossible la restauration de la vérité, la production des idées, la moralisation de la vie économique  et l’émergence des élites sociales préalables à la libération.

Il ne s’agit pas de prôner le désistement et la résignation comme réponse à la violence faite aux Palestiniens, mais de rappeler aux Arabes l’impératif de hiérarchiser les priorités et de refuser l’impertinence, l’inopportunité et l’incohérence des idées et des actes de  l’atomicité sociale et religieuse.

La confusion et la divergence sont des mouroirs. La confusion sur la vérité n’est pas produite par l’ignorance et l’erreur, mais par une volonté délibérée et préméditée de masquer la vérité, de propager l’ignorance  et d’induire le peuple en erreur pour usurper des privilèges et spolier des biens. La division est systématiquement entretenue par la culture du mensonge délibéré afin de garantir l’impunité  de la spoliation  et sauvegarder le pouvoir de l’imposture. La rente religieuse, historique, politique et économique annonce, accompagne et poursuit l’œuvre du colonialisme.

Si l’Empire romain cherchait la domination militaire, politique et économique du territoire, les castes religieuses cherchaient la domination absolue sur les consciences par la falsification des rapports à la vérité et par la corruption des savoirs.

Si Moïse était confronté à l’arrogance de Coré  et au désir mimétique qui viennent compliquer le rapport au despotisme de Pharaon, le Messie était confronté à un système d’aliénation  économique et idéologique produit par l’élite religieuse se réclamant de  Moïse. Les opposants au pouvoir en place se réclament eux aussi de Moïse sans être une alternative crédible et authentique pour porter la vérité, produire le savoir et libérer le peuple.

Le Messie nous montre que décoloniser les esprits est plus complexe que libérer la terre.

Le Messie n’a pas dissocié les causes de l’oppression de ses conséquences. Il s’est consacré, parallèlement à la proclamation de la vérité et au dévoilement des mécanismes intérieurs de l’aliénation à apporter des remédiations et des soulagements aux souffrances du peuple.

Les Romains et leurs alliés juifs empêchaient le Messie de nommer la vipère vipère et faisaient toutes les combines pour le faire tomber, l’obliger à s’arrêter, le contenir, le réprimer afin de circonscrire sa prédication et sa parole de vérité. Circum-sistere est l’art militaire  romain de  s’arrêter autour des villages et  auprès des populations pour les entourer avant de les attaquer et prendre par la force leurs positions. Circum-sistere est l’art de la casuistique religieuse et sociale pour vendre le faux à la place du vrai en montrant souvent le faux comme du vrai et le vrai comme du faux par la force de la persuasion des rhéteurs religieux. Entouré,  assiéger ou dénigré, le Messie avait adopté une autre posture il s’est consacré à assister les pauvres et les malades. Assister ou a-sistere consiste à devenir absent de la position, à marcher dans le sens imprévu de l’ennemi qui croyait comprendre la posture de son ennemi. La beauté de la situation c’est qu’il a été préservé de posture  tissée par l’ennemi interne et externe en prenant une autre posture qui consiste à assister les démunis et les esseulés. As-sistere prend aussi le sens d’être présent sur place, d’être à côtés pour secourir et aider.

Le jeu de mots ne peut montrer l’étendue du destin qui se jouait en ces moments-là, mais il témoigne de la force des mots et de l’ironie de ces mots lorsqu’ils sont rapportés à l’histoire des us et des autres. La plus grande ironie c’est que ces mots continuent de se jouer des uns et des autres car les médiocres qui répètent des mots religieux sans en comprendre le sens ou la portée et ont l’outrecuidance de parler au nom de Dieu et des Prophètes. L’ironie est cruelle car l’effusion du sang musulman au profit des ennemis des musulmans ne semble pas s’arrêter.

L’Afrique est sans défense face à l’offensiv​e militaire euro-US

 

Tandis que les USA et leurs alliés de l’OTAN progressent vers le Sud pour renforcer leur emprise sur l’Afrique, après avoir pris possession de la Libye et de ses gigantesques champs pétrolifères, la plupart des dirigeants africains semblent approuver leur réinsertion dans l’Empire. L’AFRICOM se trouve déjà dans une position favorable, où les Africains eux-mêmes l’ont placée.

Les USA et leurs alliés ont entamé une offensive en Afrique et en Asie, une attaque sur plusieurs fronts qui dans certaines régions rappelle un « blitzkrieg ». Cette agression effrénée a débuté avec la transformation de l’OTAN en corps expéditionnaire pour renverser le régime libyen, et s’apprête maintenant à détruire l’ordre laïc syrien. Bien que depuis des années on se soit appuyé sur des plans visant à changer ouvertement ou discrètement les régimes de pays ciblés, en parfait accord avec l’impératif historique du capital mondialisé : soumettre à la matraque la planète entière pour en faire un marché docile aux ordres de Washington, Londres et Paris,  l’offensive actuelle s’est heurtée à une évolution imprévue : le cauchemar d’un réveil arabe.

La perspective d’un printemps arabe au début de l’année 2011 a déclenché une véritable hystérie dans les capitales impériales. Brutalement la rue arabe vous plaçait devant votre propre mort géopolitique. Washington comprend très bien que l’émergence de régimes arabes conformes à la volonté populaire conduirait rapidement, selon l’expression chère à Chomsky, à éjecter les USA de la région – sonnant le glas non seulement d’un Occident assoiffé de pétrole, mais aussi des filiales du capital international que constituent les autocraties putrides du Golfe persique.

Visant à des siècles de domination euro-US Washington, Londres et Paris se sont hâtés de faire de l’OTAN l’instrument d’une opération « Shock and Awe » contre leur cible préférée en Afrique du Nord : Mouammar Kadhafi. L’onde de choc de cette démonstration de force a jeté dans les rues de Damas les suppôts de l’impérialisme. Mais l’Afrique est la région la plus exposée sur le sentier de guerre des USA – un continent prêt à tomber dans leur escarcelle grâce aux innombrables liens que les classes politiques et militaires africaines entretiennent avec l’impérialisme. Les USA et leurs alliés, les Français au premier rang, sont en position de « croquer » la plus grande partie de l’Afrique avec la collaboration de la plupart de ses gouvernements et surtout des militaires.

L’AFRICOM, créée en 2008 par l’administration Bush , et désormais la créature à part entière de la doctrine d’intervention « humanitaire » d’Obama, revendique la responsabilité militaire de tout le continent hors l’Egypte. Le commandement militaire US a réuni un nombre impressionnant d’alliances avec des organisations régionales et des blocs de pays représentant tout le continent à quelques exceptions près -d’ailleurs déjà dans le collimateur. Les USA progressent brutalement vers le Sud après avoir conquis la Libye, mais ce sont les Africains eux-mêmes qui leur ont aplani la route.

La guerre menée par les USA en Somalie, qui s’est intensifiée de manière dramatique avec l’invasion éthiopienne soutenue par les USA, a maintenant été légitimée par l’IGAD (International Authority on Development in East Africa), qui inclut l’Éthiopie, le gouvernement somalien fantoche de Mogadiscio, le Kenya, l’Ouganda, Djibouti, protectorat français de facto et nominalement le Soudan.

L’opération – nominale – de l’ONU en Côte d’Ivoire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo, dirigée par la France, a été approuvée par la CEDEAO, l’Union économique qui regroupe 16 États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

L’AFRICOM organise tous les ans de gigantesques manœuvres militaires du nom d’African Endeavor qui entraîne les armées africaines au maniement des « pratiques standard de communication». On leur enseigne les procédures de commandement et de contrôle US sur des équipements militaires US et sous la surveillance de conseillers US. En 2009, les armées de 29 pays africains avaient pris part à ces manœuvres. Cette année, 40 pays participaient à African Endeavor, constituant la plus grande concentration d’hommes en armes en Afrique.

Plus sournoise encore est la doctrine du «  soldat à soldat », qui encourage les gradés de même rang des armées états-unienne et africaines à établir des relations personnelles à tout niveau : général/général, colonel/colonel, major/major et même capitaine/capitaine. L’AFRICOM espère établir ainsi des relations personnelles durables avec les armées africaines, quels que soient les régimes en place.

Au Sahel l’AFRICOM entretient des relations étroites avec pratiquement tous les États qui bordent le Sud du Sahara, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Océan indien, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Il s’agit de la Mauritanie, du Mali, du Tchad et du Niger, plus le Nigeria et le Sénégal. Au Nord, l’AFRICOM maintient les mêmes liens avec les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) et jusqu’à cette année avec la Libye de Kadhafi.

C’est souvent l’AFRICOM qui est la véritable force derrière des interventions dites « africaines ». L’AMISOM (Mission de l’Union africaine en Somalie),  officiellement la prétendue « force de maintien de la paix » en Somalie, se compose en réalité de troupes ougandaises et burundaises, deux gouvernements fantoches au service des USA ; elles fonctionnent comme mercenaires de Washington et sont payées essentiellement par les USAméricains. 500 soldats venus de Djibouti doivent bientôt s’y joindre. Des années durant l’AMISOM a été la seule force qui a sauvé le régime fantoche de Mogadiscio de l’anéantissement par la résistance des Shabab. Aujourd’hui les combattants de l’Union africaine ont reçu des renforts et mènent, en commun avec les envahisseurs kenyans et éthiopiens, une offensive destiner à prendre en tenaille les Shabab et à les exterminer. La mort vient du ciel sous forme de drones US basés en Éthiopie et à Djibouti. Et donc une armée qui se dit le bras armé de l’Union africaine est un outil de guerre US dans la Corne de l’Afrique – un conflit que les USA ont allumé et qui est également soutenu par l’alliance régionale de coopération, l’IGAD.

L’invasion de l’Érythrée, adversaire de l’Éthiopie et l’un des rares pays à rester en-dehors de la nébuleuse de l’AFRICOM n’est plus qu’une question de temps. Sans nul doute ce sera l’œuvre des « forces armées africaines », soutenues par les USA et la France. L’Union africaine, mouillée jusqu’au cou, ne s’y opposera sûrement pas.

Dès que le dernier bastion loyal à Kadhafi est tombé, les interventions « humanitaires » d’Obama se sont profondément enfoncées en Afrique centrale ; 100 hommes des unités spéciales ont été envoyés en Ouganda en vue de missions en République démocratique du Congo, dans le nouveau pays du Sud-Soudan et en République Centrafricaine, un poste avancé du néocolonialisme français, où les USAméricains avaient expédié le Président haïtien Jean-Bertrand Aristide après son enlèvement en 2004. Il est vraisemblable que les «  bérets verts » US viendront à bout des 2000 combattants (environ) de l’Armée de libération du Seigneur – une force que les Ougandais auraient été à même d’anéantir à eux seuls, s’ils n’avaient été occupés à jouer les mercenaires des USA dans tout le continent. (Dans cette région, le second tueur loyal aux USA est le Rwanda, que l’ONU rend responsable de la mort de millions de Congolais).

L’agression contre la Libye était devenue inévitable dès lors que le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Gabon s’étaient déshonorés en approuvant la zone d’exclusion aérienne proposée par le Conseil de sécurité de l’ONU. L’onde de choc de l’offensive euro-USaméricaine s’étend vers les Sud et embrasera bientôt le continent entier. La Corne de l’Afrique n’est déjà plus qu’un champ de bataille où règnent le feu et la famine, œuvre des USaméricains, mais avec le soutien total des Africains et de leurs institutions régionales. En Occident, la CEDEAO sert de légitimation à la politique impériale, pendant qu’au Sahel les Africains se battent pour trouver des objectifs appropriés aux USAméricains. Tous les ans les USAméricains réunissent les militaires du continent pour leur apprendre le commandement et le contrôle de leurs troupes, ce qui rend leurs armées incapables de résister au véritable ennemi : les USA et l’OTAN.

Trompée par une classe politico-militaire désireuse de s’intégrer à tout prix dans le système impérial, l’Afrique est sans défense face à l’agression euro-américaine.

Seuls les bidonvilles et la brousse peuvent détourner cette catastrophe. S’ils veulent résister aux USAméricains et aux Européens, les Africains doivent en premier lieu lutter contre leurs propres gouvernements.

Auteur : Glen Ford

Il est cofondateur du Black Agenda Report. il est aussi l’auteur de The Big Lie: An Analysis of U.S. Media Coverage of the Grenada Invasion [Le Grand mensonge : une analyse de la couverture par les médias US de l’invasion de Grenade].

Traduction : Michèle Mialane

Française. Professeure d’allemand retraitée, traductrice et éditrice, membre de Coorditrad et de Tlaxcala.

Notes de la traductrice : J’ai traduit ce texte car il me semble rectifier un peu la désinformation scandaleuse qui a cours dans les médias français. Cependant je doute que Kadhafi ait jamais joué un rôle positif et en ce qui concerne la Syrie je juge urgent d’attendre. En outre je considère que la France n’est autre chose que le jouet des USA dans cette affaire (et en train de perdre son statut de puissance coloniale, ce dont je me réjouirais si c’était au profit des Africains eux-mêmes et non du monde anglo-saxon.) Enfin je regrette que ce texte ignore totalement les intérêts impérialistes des nouveaux pays émergents, principalement l’Inde et la Chine, qui s’approprient notamment les riches terres agricoles africaines, dont ils ont – contrairement aux USA et à l’Europe, intéressés par les seules richesses du sous-sol ainsi que par une main-d’oeuvre sous-payée – un besoin urgent. Inde et Chine  doivent en effet nourrir une population pléthorique sur des surfaces chaque jour réduites par l’industrialisation et le mode de vie occidental. L’article ne voit donc  pas que le malheureux continent africain est un terrain de conquête où s’affronte le reste du monde. Ceci posé, Dumont avait raison quand il écrivait, voici déjà près de quarante ans: l’Afrique noire est mal partie.-MM

Source Tlaxcala

La prochaine armée « islamique » sous commandement de l’OTAN.

Dans cette première manche de la confrontation géopolitique entre la Syrie et l’Empire américain, le régime syrien, malgré quelques défections, des assassinats de hautes personnalités, des désertions dans le rang des soldats de l’armée, une situation humanitaire déplorable et une économie semi-asphyxiée, semble marquer des points. En effet, l’objectif de créer des zones autonomes « libérées » et de faire pencher la population en faveur des « insurgés » pour lancer une offensive militaire et diplomatique de grande envergure a été déjoué par l’armée syrienne qui a montré une capacité de défense inattendue. La seconde guerre de Qaradhawi qui a promis de prier à Damas la mi Ramadhan semble ne pas se dérouler selon les voeux du Pape des Frères Musulmans.

La guerre avec la Syrie n’est pas finie pour l’Empire américain qui joue à découvert derrière ses alliés européens, ses vassaux arabes et turcs, et ses instruments « jihadistes » montés selon les options stratégiques et tactiques de Brezinski et de l’orientaliste anglo-israélo-américain Bernard Lewis.

Bernard Lewis est un orientaliste idéologue proche des néo-conservateurs, il est engagé pour la guerre dans le monde musulman et la défense inconditionnelle d’Israël.  Il fut conseiller des services secrets britanniques (Seconde Guerre mondiale), consultant du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, conseiller de Benyamin Netanyahou alors ambassadeur d’Israël à l’ONU (1984-88). Considéré comme « fin spécialiste » du monde musulman et de la Turquie, il soutient Brezinski dans le projet d’une guerre fratricide entre musulmans. Il est partisan pour une guerre entre Sunnites et Chiites après l’échec de sa doctrine d’une guerre entre Arabes et Perses. Comme Daniel Pipes le fer de lance de l’Islamophobie mondial, Bernard Lewis est un spécialiste de la civilisation islamique, du monde arabe, de la Turquie, et il connait bien la langue arabe qu’il a apprise au Caire. Quand on voit l’unité idéologique et la convergence d’actions contre le monde arabe et musulman des sommités américaines telles que Francis Fukuyama ( la fin de l’histoire) , Samuel  Huntington (le clash des civilisations), Bernard Lewis, Brezinski et Henry Kissinger, on ne peut que rire devant BHL le farfelu et surtout pleurer devant l’indigence de nos intellectuels, de nos savants et de nos hommes politiques gouvernants ou opposants. Tous s’accordent à détruire le monde musulman de l’intérieur en accentuant les clivages entre les doctrines, les poussant jusqu’à devenir luttes intestines armées. Tous s’accordent à demander une ingérence de l’OTAN pour régler les contentieux entre les gouvernants qui résistent à l’Occident et une minorité qui veut leur arracher le pouvoir par la force et une prétendue légitimité religieuse. Tous réitèrent le scénario de Laurence d’Arabie dans une sorte de flux et de reflux de notre Wahn que l’histoire charrie.

Dans son livre « Le Grand échiquier, L’Amérique et le reste du monde », Zbigniew Brezinski qualifie la Turquie de « pivot géopolitique de premier ordre » et « d’important acteur géostratégique dans la région des Balkans eurasiens ». Et tout naturellement donc que dans la géopolitique d’Obama, la Turquie d’Erdogan se « libère » de ses militaires laïcs, manœuvre sur le dos des Palestiniens et se trouve dans une alliance avec l’Arabie saoudite et le Qatar dans l’intervention en Libye. Nous voyons se dessiner le même profil et le même mode opératoire en Egypte avec l’éviction du maréchal Tantaoui et de quelques généraux après la dernière visite d’Hilary Clinton en Israël et en Egypte post Moubarak. Il faut donner de la crédibilité à ces Frères Musulmans qu’hier on considérait comme des terroristes car il faut les intégrer dans le jeu d’échec où ne savent jouer et gagner que ceux qui connaissent les règles, la stratégie et qui sont rodés par une longue pratique de coups successifs et d’anticipations sur des parties qui ont la carte mondiale et le temps historique comme champ de jeu.

Bernard Lewis, sioniste notoire, est celui qui a donné naissance à l’expression « choc des civilisations » qui plait tellement aux Américains et aux sionistes européens. Il est comme Brezinski partisan de la formule qu’il a inventée depuis déjà longtemps sur la Palestine : « la création d’un État arabe palestinien sur les parties de la Palestine mandataire auxquelles Israël renoncerait ». Selon lui, l’Islam reste toutefois « l’opposition contre le processus de paix la plus puissante et la plus ancrée dans les principes, développée […] par le gouvernement iranien et ses agences ainsi que par les autres partis et organisations islamiques » qui développent une propagande antisémite plus puissante que celle basée sur le nationalisme et les races et qui puise « aux riches ressources […] de l’antisémitisme européen ».

Il connait parfaitement le potentiel de l’Islam et il est dommage que les Musulmans malades d’apologies ne voient qu’une reconnaissance de leur civilisation là où il y a une menace, une visée, un plan de destruction de l’embryon qui pourrait faire renaitre la civilisation musulmane : « Lorsque la puissance musulmane était à son apogée, seule une autre civilisation, la Chine, pouvait se comparer à elle par l’ampleur, la qualité et la diversité de ses réalisations. Toutefois, la civilisation chinoise restait essentiellement limitée à une aire géographique, l’Extrême-Orient, et à une famille de peuples. L’Islam, en revanche, avait créé une civilisation mondiale, pluriethnique, multiraciale, internationale, et l’on pourrait même dire transcontinentale. » . Bernard Lewis propose une solution aux musulmans : « Ce n’est qu’en renonçant à leurs griefs et à leur victimisation, en surmontant leurs querelles, en unissant leurs talents, leur énergie et leurs ressources dans un même élan créatif, que ces peuples pourront de nouveau faire du Moyen-Orient ce qu’il était dans l’Antiquité et au Moyen Âge, un haut lieu de civilisation. Le choix leur appartient. ” C’est toujours le même discours lénifiant et apologétique qui ne dit pas la réalité pensée et l’action mise en œuvre pour le monde arabe et musulman : la civilisation passe par la reconnaissance d’Israël et l’alignement sur l’Occident sinon par une guerre fratricide entre les musulmans dont un clan serait appuyé par l’Occident contre l’autre partie afin de domestiquer les « islamistes» et d’en faire des vassaux comme durant la guerre en Afghanistan contre l’Union soviétique ou des alliés contre la Chine ou contre un pays musulman qui monterait en puissance par sa technologie et son armée.

 Pour l’instant Qaradhawi, l’Association internationale des savants musulmans, les « Jihadistes », les gouvernants arabes et leurs opposants spécialisés dans l’oppositionnel stérile et vindicatif sont livrés pour le compte « pertes et profits » sur l’autel de la « démocratie » et du « Khalifat islamique » afin d’affaiblir le régime syrien, créer de la diversion médiatique, et  maintenir la tension psychologique sur les troupes loyalistes juste le temps de mettre en place cinq séquences diaboliques :

Séquence 1 : Donner le temps à la Turquie et à l’Arabie saoudite de monter une armée des pays  « islamiques » légale et légitimée par l’O.C.I qui irait renverser le régime laïc et mécréant de Bachar Al Assad. Cette armée constituée de troupes au sol serait appuyée par l’aviation de l’OTAN et l’US Navy.  Pour l’instant deux problèmes freinent ce pas fatidiques : le sommet des non-alignés à Téhéran et la position indécise et contradictoire du président égyptien Morsi qui voudrait le départ de Bachar al Assad et l’installation des Frères Musulmans, mais refuse une intervention étrangère. Sans l’Égypte, cette armée « islamique »  perdrait de sa crédibilité et de son efficacité. Bernard Lewis et  Zbigniew Brezinski se rejoignent parfaitement sur le rôle de la Turquie sunnite pilotant avec le Serviteur des Lieux saints de l’Islam une armée sunnite contre une armée chiite. Il faut espérer que l’échec du complot initial opposant Arabes et Perses se reproduise une fois de plus. Ce n’est ni Qaradhawi ni l’assemblée internationale des savants musulmans ni les Djihadistes financés par le Qatar et l’Arabie saoudite qui vont contrer ce complot.

Séquence 2 : Monter une coalition internationale contre l’Iran et le Hezbollah dont la force arabe ou sunnite serait  envoyée aux premières lignes. Les débordements de la guerre civile en Syrie touchent déjà le Liban où le pire est à craindre. Il faut reconnaitre que pour l’instant la majorité des confessions parviennent à contenir le feu qui risque de s’embraser et enflammer le Liban pour une autre guerre civile. Plus la pression monte sur la Syrie, le Liban  et l’Iran et plus les risques de contagion dans la région deviennent plus sérieux et plus graves touchant des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite. Il est de la tradition de l’Empire et du sionisme de gagner sinon de laisser derrière eux des ruines. S’ils échouent à mener des guerres victorieuses, ils parviennent à laisser des pays dévastés, des sociétés fracturées et des pays voisins en disharmonie sur de longues périodes freinant ainsi leur développement et leur capacité de faire front au nouvel ordre mondial.

Il faut être naïfs et incultes pour croire que Bachar Al Assad gêne l’Occident par sa propre personne. Je suis persuadé que s’il y avait un sunnite Frère musulman ou laïc et non un alaouite ou un nossayri au pouvoir, le scénario serait le même, car il s’agit de livrer les clés du gaz syrien, le corridor d’attaque de l’Iran, et les clés d’entrée au moyen Orient qui sont le Liban et la Syrie par l’histoire et la géographie.

Séquence 3 : Passer au Pakistan et obtenir son désarmement nucléaire et son démantèlement en régions ethniques dans un Sykes Picot 3 dans ces régions d’Asie musulmane après le Sykes Picot 2 dans le monde arabe. Quand on voit les attaques de drones sur le Pakistan, on est frappé par le silence de l’armée pakistanaise, mais lorsqu’on voit la riposte en Afghanistan contre les troupes américaines on se dit qu’il doit y avoir déjà une guerre ou une provocation de guerre de la part des États-Unis contre le Pakistan qui ne dit pas encore son nom, mais qui est bien réelle. Les attentats sanglants et sans cesse contre les communautés chiites au Pakistan et en Irak montrent que cette déclaration de guerre est suivie par la mise en place d’une guerre civile pour laisser l’État et l’armée divisés sur plusieurs fronts qui les poussent à une hémorragie. Pendant ce temps, l’Inde renforce son axe avec le sionisme et multiplie sa capacité de frappe balistique alors que les associations musulmanes nombreuses au Pakistan semblent impuissantes à peser sur le cours des événements… C’est le même Wahn qui continue de sévir dans le monde musulman…

Séquence 4 : Appliquer la formule de deux micros états en Palestine à proximité d’Israël dont l’un, celui du Fatah, sera reconnu comme le modèle du Vatican et l’autre, celui du HAMAS, confié à l’Égypte.  Ces deux avortons vivront de l’aumône internationale, des bienfaits d’Israël et surtout reconnaitront l’Etat sioniste et se désisteront du droit au retour des réfugiés. Pour l’instant le HAMAS, en se désolidarisant de la Syrie et en optant pour une démarche pragmatique qui va sans doute lui donner une reconnaissance par les Etats-Unis et Israël, est sur la voie de la normalisation et d’un nouveau camp David à moins que les voix radicales des faucons du HAMAS imposent la charte initiale du HAMAS ou que l’Arabie saoudite, le Qatar et les Etats-Unis ne fortifient les cellules dormantes d’al Qaeda pour une guerre fratricide entre Palestiniens à Gaza faisant ainsi perdre le dernier crédit qui reste aux palestiniens sans cap ni boussole depuis déja longtemps ou du moins depuis Oslo. Pour l’instant nous assistons à une ingratitude des Palestiniens envers les Pays qui les ont soutenus qui est aussi grotesque que leur exercice de pouvoir et d’administration et d’éléction fantôche sous occupation…

Séquence 5 : Faire passer l’Algérie de comptoir colonial français à base coloniale américaine en disposant de ses ressources et de son armée et tout particulièrement de son aviation et de sa marine pour faire le gendarme pour le compte de l’OTAN au Sahel. Certains Algériens se réjouissent de voir le général Khaled Nezzar poursuivi par la Suisse pour « crimes contre l’humanité ». Je n’ai pas de sympathie pour lui mais j’ai de la dignité et de la considération pour moi-même et pour mon pays. Je ne pourrais pas comprendre qu’un Algérien conscient des enjeux et des menaces ne voit pas que la poursuite de Nezzar n’est pas un acte de justice ni d’amour pour l’Algérie, mais une manœuvre d’intimidation contre les chefs de l’ANP pour les amener à collaborer et pour préparer l’opposition algérienne à s’intégrer dans le « cactus arabe » visant à démanteler l’Algérie ou à l’engager dans une nouvelle guerre civile si l’ANP refuse de coopérer au-delà des limites rouges.

La vérité doit être dite sans passion ni colère ni ressentiment. Nous sommes musulmans et si jamais un général doit être jugé pour des fautes graves, il le sera par une justice algérienne. S’il échappe à la Justice, car celle-ci est sous son contrôle, il ne pourra pas échapper à celle du Tout Puissant. Vouloir la justice au dépens de ce qui reste comme souveraineté nationale est inadmissible. Ceci est inadmissible, car aucun pays n’a compétence juridique ni morale pour juger l’un de nous pour des problèmes entre nous. Si nous le tolérons aujourd’hui, demain nos enfants et nos petits-enfants seront de nouveau déportés et jugés selon la loi du plus fort et non selon notre droit et nos coutumes.

A la lumière de ce qu’on a vu en Palestine, au Liban, en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie, il semble de plus en plus probable que les véritables bourreaux ne soient pas algériens, mais des agents étrangers qui n’ont non seulement aucune pitié pour nous, mais nous haïssent au point de violenter nos enfants, nos mères et nos épouses dans des conditions atroces. Enfin, il est impossible de croire que ceux qui ont mené l’Algérie à un processus « démocratique » pipé dès le début puis ont demandé son annulation et ont poussé les uns et les autres à s’entretuer puissent 20 ans après avoir de la compassion pour nous ou avoir de la considération pour les islamistes ou les nationalistes. Méfiance et vigilance. Personne ne veut faire son bilan de conscience ni l’analyse critique de son action politique ni s’engager pour un véritable changement concerté qui engage tous les Algériens sans exclusive ni exclusion alors que la situation est urgente.

Pour l’instant nous voyons les prémisses qui annoncent le démembrement du pays et la mise sous tutelle de son armée : la persistance chez les militaires de l’idée d’un peuple immature et inapte, la dissolution des moeurs sociales, politiques et économiques, l’absence de règles déontologiques, l’individualisme, l’absence d’unité d’orientation idéologique, les ressources nationales aux mains des multinationales, l’économie nationale livrée aux parasites privés qui sont nés dans le sillage du secteur public et de la corruption et le marché livré au marché noir et à la corruption, un fossé de plus en plus grand entre gouvernants et gouvernés, le sentiment d’impunité chez une minorité et le sentiment d’injustice chez la majorité, absence de langue nationale, absence de projet d’avenir, environnement arabe et africain en turbulence, situation intérieure explosive, visées coloniales de plus en plus affichées, intimidantes et menaçantes…

Conclusion

Ces séquences annoncent une fin de scénario pessimiste qui s’avance inexorablement et à grande vitesse à moins que la Providence divine ait un autre dessein qui nous échappe. Dans ces moments de confusion et de bouleversements imposés par les autres, car nous n’avons pas su concevoir et réaliser à temps nos changements par nous-mêmes et à notre profit, il ne s’agit pas de baisser les bras ou d’avoir une quelconque émotion, mais de tout faire et tout dire pour tenter de sauver les meubles et ne pas donner à l’Empire agonisant et à l’entité sioniste dans l’impasse une possibilité de se régénérer.

La gauche française à l’instar des progressistes occidentaux ont comme d’habitude failli et ne sont plus concernés par le devenir des peuples ni par la lutte anti impérialiste. Les événements en Libye et en Syrie prouvent une de fois de plus les limites idéologiques de la gauche quand il s’agit du monde musulman.

Il ne reste à ceux qui portent la civilisation musulmane et arabe dans leurs tripes que de réagir avec patience et constance en dévoilant les complots et les enjeux.

Enfin ce n’est qu’une analyse qui montre le probable sans prétendre détenir la vérité :

{Il n’est pas de mise qu’Il vous Informe sur le Ghayb} Al Baqara 179

La vérité sur laquelle nul ne peut faire de concessions ni l’ignorer surtout s’il se réclame de l’Islam est incontestablement celle-ci et que Qaradhawi semble oublier prouvant une fois de plus que le savoir n’est pas la garantie de la probité intellectuelle ni de la guidance religieuse :

{Il n’appartient point à un croyant de tuer un croyant sauf par erreur.} An Nissa 92

{Quiconque tue un croyant intentionnellement, sa punition sera la Géhenne où il s’éternisera ; Allah le Frappera de Sa Colère, le Maudira et lui Préparera un immense châtiment.} An Nissa 93

En Libye, Qadhafi a tué en 40 ans près de 4000 Libyens, les Jihadistes avec l’aide de l’Otan ont tué en 4 mois plus de 40 000 libyens. Combien de musulmans seront décimés en Syrie? Combien de musulmans seront occirés par la future « armée islamique internationale » si jamais elle verrait le jour ? Pour l’instant nous savons que depuis le 11/09, dix millions de musulmans ont péri entre l’Irak, l’Afghanistan, le Nigéria, la Somalie, le Soudan… Nous savons aussi par le hadith authentique que celui qui combat sous un étendard de confusion (false flag ou fausse bannière) et s’il meurt, sa mort est celle de la Jahiliya (il meurt comme un mécréant). Nous savons par la Fatwa de Cheikh Al Ibrahimi le prédicateur de la révolution algérienne que le colonialisme et l’Islam sont antagonistes et que toute alliance avec l’impérialisme est l’oeuvre de Satan :

« les Musulmans doivent comprendre tout ces enjeux et savoir que la vigilance la plus élémentaire leur recommande d’éprouver, par esprit d’équité et de réciprocité, pour le moins, les mêmes sentiments d’hostilité que leur ennemi éprouve envers eux. Leur allégeance loyale et leur alliance sous n’importe quelle forme envers le colonialisme, leur ennemi, est une transgression des principes sacrés de l’Islam. Celui qui accepte ou tolère la tutelle colonialiste signifie ici, qu’il a accepté de se détourner de sa religion et de faire triompher l’ennemi de sa religion sur sa propre personne, sa génération, son peuple et sa patrie. »

Dans le prolongement de mes analyses sur les révolutions en Tunisie et en Egypte j’ai écris deux livres  » Le dilemme arabe et les 10 commandements US » et « Islamophobie : Deus Machina » pour montrer, selon ma propre évaluation de la situation du monde musulman et ma propre grille de lecture des révoltes arabes, que nous allons assister à des arrangements d’appareils bureaucratiques avec l’impérialisme pour d’une part confisquer les révolutions populaires en Tunisie et en Egypte et d’autrre part semer le chaos en Syrie et en Libye. L’ingénierie et la prospective américaine allaient disloquer les mentalités collectives, les géographies, les économies et l’histoire commune du monde musulman pour empêcher toute évolution dans le monde musulman et en particulier tout rapprochement avec l’Iran et toute consolidation et élargissement de l’axe de résistance. Par ailleurs le complexe de renseignement et de psychologie sociale de la CIA et des experts de la géopolitique allaient donner un contenu militaire à l’Islamophobie pour faire de la méfiance des occidentaux envers les Musulmans et de la défiance des musulmans entre eux un champ explosif faisant sauter l’islam politique avant qu’il ne parvienne à maturité civilisationnelle. Avec la mise en scène des Jihadistes, d’al Jazira et de Qaradawi, ils ont réussi à dévoyer le projet islamique et à stopper la dynamique de changement.

Maintenant ils passent à la récolte des fruits : créer une armée « islamique » agissant pour le compte de l’OTAN… Entre la coupe et les lèvres il y a la Syrie et Damas. L’autre récolte est celle que j’avais évoqué dans ces deux livres : Profiter des erreurs stratégiques de Qaradhawi prisonnier de sa mégalomine , de sa sénilité et sans doute  la taupe qui s’est infiltrée  dans son entourage et l’a manipulé pour détruire l’association internationale des savants musulmans dont son président était antisioniste et militant acharné de la résistance palestinienne. Nous voyons déja les dégats : des sites alimentés de syrie le traitent déja d’agent du Mossad, ce qui est une éxagération et un mensonge sans preuve. Plus tard les Islamophobes comme Daniel Pipes vont exploiter sa Fatwa autorisant l’assassinat de Kadhafi pour salir les savants musulmans qui n’ont pas eu le courage et l’intelligence de mettre fin à la dérive guerrière de Qaradhawi et à son ecart flagrant de la Sunna du Prophète (saws). Laurence d’Arabie, Bressinski, Lewis, BHL, Daniel Pipes et consort surfent sur notre insenséisme et notre vanité.

L’émissaire de la haine et de la mort

Nous sommes dans une ambiance précoloniale où la Syrie est visée en second lieu après la Libye avant de viser l’Algérie qui sera complètement isolée sur le plan international et divisée sur le plan national par la faute de ses gouvernants incompétents et de son opposition infantile. Voici un aperçu de BHL sur l’Algérie qu’il faut d’abord voir dans sa carrière d’agent spécial dans le monde musulman pour comprendre ses déclarations

BHL et sa tournée mondiale (sources : télévision Tel Aviv)

 BHL et le printemps arabe en Algérie


Pour BHL, l’Algérie connaitra son printemps arabe par jackyshow38

Contre la grammaire des civilisations la dislocation ethnique

Contre la grammaire des civilisations c’est à dire l’harmonie des accords et la concorde des continuités des mentalités collectives, des histoires communes, des espaces partagées et des économies socialisées le nouvel ordre mondial mène une guerre impériale comme celle de Rome, de Cesars et des Pro Consuls romain contre les colonie : diviser pour mieux régner. Contre l’harmonie et la paix l’Empire propose la regression féconde par la dislocation des territoires sur des critères ethniques, linguistiques ou purement utilitariste dans le cadre de la vision géopolitique du 8 ème commandement des Dix Commandements américains.
Après la partition de l’Irak entre kurdes, sunnites et chiites, après celle de la Libye où ont voit déja la coalition disparate tunisienne s’empresser d’aller vers une fusion pour inscrire la partition de la Libye dans l’imaginaire des Arabes et de leurs appétits revisités par la post-modernité (pas de centre, pas de totalité mais des isolats et des ilotismes qui se reconfigure au gré des situations) c’est bientôt le tour de la Syrie et de l’Algérie comme le montre la carte 1 et la carte 2. Le projet du Grand Moyen-Orient est presque ficelé : voir carte 3
Le projet brittanique, qui a partitionné l’Inde pour donner le Pakistan et partionner celui-ci pour donner le Bengladesh et couper les populations qui ont des milliers d’années de vie commun et un potentiel de résistance spirituel contre le matérialisme, est héritée par la force brutale américaine qui a le projet de le réaliser dans le monde entier comme sur cette carte au Nigéria déchiré par une guerre civile fomentée par le Vatican pour des raisons d’évangélisation et par la CIA pour le contrôle des ressources du sous-sol : voir carte 4
Le Soudan après le Darfour va entrer dans de nouvelles partitions voir carte 5. Le cas du Soudan est le plus lamentable quand on sait que 600 millions de dollars auraient permis d’exploiter les ressources hydrauliques pour mettre fin à la crise « religieuse » et « ethnique » entre les différentes tribus. Grande responsabilité historique de Omar Al Bachir et des Arabes.
Pendant ce temps les Africains, y compris l’Algérie, n’imaginent aucun scénario de résistance sinon de se mettre tous, comme inspirés par le même Satan, à revoir le découpage administratif de leur territoire. Notre brillant Belkhadem lance encore ses fanfaronnades :  » le FLN dispose de suffisament de cadres pour 15 pays ». Oui si l’Algérie est partitionné en 15 pays sans le pétrole.
L’Europe sera regionalisee dans le cadre de la gestion décentralisée des territoires : L’Europe des Etats-Nations sera remplacée par le vieux projet germanique auquel adhère les Américains : l’Europe des Régions. Ceci se fera sur le dos des musulmans qui subiront les diversions et les exacerbations en leur qualité de minorité en Europe. Ceci se fera sur le dos des Musulmans qui seront la périphérie qui apporte dans sa forme disloquée à la fois les ressources, le tout sécuritaire pour bloquer l’emmigration et la garantie d’être toujours des minorités sans influence sur les Régions européennes ni sur la nouvelle géopolitique du monde au main des oligarques. Le malthusianisme économique et géopolitique à la mode Brezinski.
Pour l’instant les peuples poussés au consumérisme et les élites serviles dorment alors que leurs maitres travaillent à leur ambition illégitime, cynique et injuste.
Omar Mazri

l’Antéchrist Abou’âmama, l’Amérique et les mondes musulmans

A l’université du Caire devant quelque 3.000 invités, le président s’appuyant sur des citations du Coran dit :

« Ce cycle de méfiance et de discorde doit s’achever »

« Je suis venu chercher, ici au Caire, un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans à travers le monde, un nouveau départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel. Un départ fondé sur cette vérité que l’Amérique et l’islam partagent des principes communs de progrès, de tolérance et de dignité humaine ».

Avec brio d’un rhéteur il a dit au monde musulman frappé d’Obamamania :  » aidez-moi à vous aider à rester sous ma domination. »

Intelligence, naïveté ou niaiserie ?

 

C’est au moment où l’Empire US subit le retour de manivelle de sa politique impérialiste contre le monde musulman par des défaites militaires et politiques et une crise économique et financière sans précédent et qu’il prend conscience de sa vulnérabilité et de son image hideuse dans l’imaginaire du musulman que le Caire lui offre une tribune pour parler au cœur des musulmans.

Obama, à la tête de l’empire capitaliste, ouvre son discours par « Assalaamu alaykum » (Paix sur vous) et le monde ouvre ses oreilles et son cœur pour plonger dans l’extase oubliant l’horreur colonialiste US américaine. L’extase du monde musulman va atteindre le niveau planifié par les spécialistes de l’audimat lorsqu’Obama égrène les versets coraniques comme s’il était le Grand Mufti de Jérusalem faisant le sermon du premier vendredi de la libération d’Al Aqsa par Salah Eddine.

Pour Hassan Haykal, le célèbre journaliste égyptien et ancien ministre de la culture du président Nasser le discours d’Obama avec ses citations coraniques est l’œuvre des orientalistes de l’establishment dont Henry Kissinger qui savent flatter la fibre émotive des musulmans. Ce procédé témoigne soit de la naïveté de l’administration américaine vis-à-vis du monde musulman considéré comme facilement manipulable ou de la naïveté réelle des peuples musulmans qui n’ont aucune grille de lecture du discours et d’aucun critère de comparaison entre le discours lénifiant américain et sa pratique violente contre le monde musulman. Le temps va montrer le degré de naïveté des uns et des autres. Pour le moment le constat est aussi simple que le cerveau d’un benêt : la production hollywoodienne produit au public musulman les paroles qu’ils veulent entendre et comme tous les spectateurs devant la machine à produire du rêve et de la magie les musulmans applaudissent à la fiction visionnée comme s’ils avaient devant eux le film  » Moise et les dix commandements » ou  » A l’aube de l’Islam ».

Ironie de l’histoire : ce sont les néo conservateurs judéo-chrétiens sionisant qui attendaient le retour du Messie et finalement le ciel l’a envoyé à ceux dont leur religion leur dit pourtant que le temps des Messies est révolue, maintenant c’est le temps des résolus :

{Aujourd’hui, J’ai amené votre religion à son point de perfection , Je vous ai accordé Ma grâce tout entière et J’ai agréé l’ISLAM pour vous comme religion !} Al-Maidah 3

Pour que les musulmans reprennent conscience que Dieu a parachevé la religion pour leur bienfait il faudrait qu’ils se réconcilient avec leur foi et leur intelligence en se libérant d’abord des illusions et de la confusion. Pour que les musulmans sortent de la confusion il faut qu’ils lisent ou relisent le Coran qui leur dit que leur Qibla n’est pas l’Amérique et que leur crainte doit être placée à bon escient :

{De quelque lieu que tu viennes, oriente-toi vers la Mosquée sacrée ! Où que vous vous trouviez, tournez vos visages dans la même direction, afin de ne pas donner prise aux critiques des hommes, excepté celles qui émanent des injustes parmi eux. Ceux-là, vous n’avez pas à les craindre. C’est Moi que vous devez redouter, afin que Je parachève Ma grâce en votre faveur et que vous soyez guidés dans la Voie du salut.} Al-Baqara 150.

Le show médiatique américain manie et manipule le symbole jouant de la méconnaissance des uns et de la connaissance ignorante des autres et renverse l’ordre moral et spirituel en s’appropriant la vérité coranique pour l’utiliser comme arme de diversion contre des peuples qui ont pris leur propre religion comme amusement et passe-temps pour oisifs. Ce n’est plus Ben Laden qui invite l’Amérique à se convertir, sous la contrainte terroriste, mais Obama qui invite les musulmans à être de bons et fidèles musulmans, sous la persuasion de son sourire messianique. Il s’approprie donc l’initiative à laquelle nous invite le Coran :

{Qui donc tiendrait un meilleur discours que celui qui appelle les hommes à Dieu, fait œuvre pie et proclame tout haut son appartenance à l’islam? La bonne action et la mauvaise action ne sont pas pareilles. Rends le bien pour le mal, et tu verras ton ennemi se muer en fervent allié ! Mais une telle grandeur d’âme est seulement le privilège de ceux qui savent faire preuve de patience et de ceux qui sont touchés par une grâce peu commune.} Fussilat 33

Frappé par la grâce divine Hussein Abou Amama nous sermonne en nous retournant notre prosélytisme :

{Ô vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.} at thawba 119

Les musulmans applaudissent et s’extasient en lançant dans le ciel des « Sobhane Allah ». Oui gloire à Dieu qui fait parler les pierres, les morts, les momies des Pharaons et les mécréants les faisant témoigner contre les musulmans insouciants et pervers. Ce verset 119 de la sourate at Thawba est contextuellement la confirmation de l’agrément de Dieu de la contrition et du repentir des trois compagnons du Prophète rongés par le remords et leur mise en quarantaine d’avoir déserté le champ de bataille par insouciance et non par lâcheté :

{Allah a accueilli le repentir du Prophète, celui des Emigrés et des Auxiliaires qui l’ont suivi à un moment difficile, après que les cœurs d’un groupe d’entre eux étaient sur le point de dévier. Puis Il accueillit leur repentir car Il est Compatissant et Miséricordieux à leur égard. Et [Il accueillit le repentir] des trois qui étaient restés à l’arrière si bien que, toute vaste qu’elle fût, la terre leur paraissait exiguë ; ils se sentaient à l’étroit, dans leur propre personne et ils pensaient qu’il n’y avait d’autre refuge d’Allah qu’auprès de Lui. Puis Il agréa leur repentir pour qu’ils reviennent [à Lui], car Allah est L’accueillant au repentir, le Miséricordieux.} at thawba.

Sobhane Allah qui donne voix à toute chose pour exprimer la vérité de la façon la plus inattendue et la plus percutante. Qui est dans le contexte de la conjoncture mondiale celui qui a le plus besoin de venir à la repentance : le colonisateur ou le colonisé, le croyant ou le négateur de la foi. Nous sommes en présence d’un show surréaliste.

Pour rester dans le contexte du verset lu par Obama et du rapport conflictuel entre l’Amérique matérialiste et impérialiste et le monde musulman victime de l’hégémonie arrogante de l’Amérique voici la suite des versets qu’Obama ne connaissait pas mais que les musulmans sont censés connaître et mettre en application :

{Il n’appartient pas aux habitants de Médine, ni aux Bédouins qui sont autour d’eux, de traîner loin derrière le Messager d’Allah, ni de préférer leur propre vie à la sienne. Car ils n’éprouveront ni soif, ni fatigue, ni faim dans le sentier d’Allah, ils ne fouleront aucune terre en provoquant la colère des infidèles, et n’obtiendront aucun avantage sur un ennemi, sans qu’il ne leur soit écrit pour cela une bonne action. En vérité Allah ne laisse pas perdre la récompense des bienfaiteurs. Ils ne supporteront aucune dépense, minime ou importante, ne traverseront aucune vallée, sans que (cela) ne soit inscrit à leur actif, en sorte qu’Allah les récompense pour le meilleur de ce qu’ils faisaient. Les croyants n’ont pas à quitter tous leurs foyers. Pourquoi de chaque clan quelques hommes ne viendraient-il pas s’instruire dans la religion, pour pouvoir à leur retour, avertir leur peuple afin qu’ils soient sur leur garde. Ô vous qui croyez ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous; et qu’ils trouvent de la dureté en vous. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.} at thawba 120

Nous sommes dans une contradiction ubuesque sur le plan sémantique et sur le plan dialectique qui témoigne d’une confusion totale qui règne dans le monde et qui annonce sans doute de grands bouleversements car on ne peut atteindre un tel niveau de paroxysme kafkaïen sans dépression entropique. La seule façon de comprendre cette double aliénation du colonisé envers le colonisateur et vice-versa est de consulter le Coran pour découvrir l’allégorie que le destin nous raconte à l’université islamique du Caire ce jour 4 juin de l’an neuf du troisième millénaire :

{Ô hommes ! Voici une parabole qui vous est proposée. Écoutez-la ! Ceux que vous invoquez en dehors de Dieu ne sauraient même pas créer une mouche, dussent-ils s’y mettre ensemble. Et si une mouche leur enlevait quelque chose, ils seraient incapables de le lui reprendre. Solliciteur et sollicité sont aussi faibles l’un que l’autre.} Al-Hajj 73.

Cette liaison incestueuse entre l’Amérique et le monde musulman est une affaire consommée depuis longtemps et elle ne peut qu’accoucher de cette relation indissociable de la mouche qui met son estomac sur sa proie pour s’identifier tous les deux en une seule et même chose, un seul et même processus : une digestion hors de soi et irréversible.

Le second verset cité par Obama dit : {quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes.} al maida 32

Il doit être situé dans son environnement textuel qui ressemble, gloire à Dieu, au contexte géopolitique du sionisme et de l’impérialisme dans leur rapport au monde arabe et musulman :

{Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu’en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre. La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment, excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir: sachez qu’alors, Allah est Pardonneur et Miséricordieux. Ô les croyants! Craignez Allah, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Afin que vous soyez de ceux qui réussissent!} al maida 32

Y-a-t-il une erreur sur le public ou au contraire la confirmation de l’idée sioniste qui veut que les arabes ne lisent, et s’ils lisent ils ne comprennent pas, et s’ils comprennent ils oublient vite. Les sionistes, mémoire vigilante et expert en diversion et manipulation, utilisent le discours d’Obama, qu’ils ont sans doute écrit de leurs mains, se mettent à jouer l’ingénue effarouchée voyant en Obama un « islamiste » qui met en danger la sécurité d’Israel et comment ne le serait-il pas vu les origines de son père et les termes de son discours.

En tous les cas il aura suffi de deux jours, sans discours, pour que l’AIPAC obtienne de la Chambre des représentants et du Congrès réunis la remise urgente d’une « motion » entre les mains de M. Barack Obama pour qu’il propose des négociations directes entre Israël et la Palestine, afin d’exclure Washington de la négociation et de garantir l’enlisement du dossier selon une méthode éprouvée. La parabole de la mouche est à lire dans son véritable contexte et entre les véritables partenaires : l’establishment et le lobby sioniste. Les arabes et les musulmans qui entrent dans le jeu savent qu’ils ne sont que des comparses dans le scénario de domination du monde. L’Amérique depuis son entrée sur la scène de l’humanité incarne cette funeste devise  » malheur à ceux à qui nous leur apportons secours car nous serons leur épreuve et leur tentateur ».

Les musulmans ont du mal à comprendre que dans la culture du peuple élu, l’Amérique est la divinité qui choisit ses serviteurs et une fois choisis ceux-là n’ont pas d’autres volontés que celles de leur idole : aimer ce qu’elle aime, haïr ce qu’elle hait, servir sans attendre de récompense car la récompense est dans le statut d’élu. L’Amérique, sous son masque démocratique, est une dictature à l’échelle mondiale qui dépasse celle de Pharaon qui consent à accorder des privilèges réels à ses alliés et ses soumis :

{Réunis chez Pharaon, les magiciens lui dirent : «Nous aurons certainement une récompense si nous sommes les vainqueurs !» – «Bien sûr, dit Pharaon, mieux encore, vous siégerez parmi les membres de ma cour.»} al aâraf 113

Les arabes et les musulmans convoqués chez eux n’ont pas droit à siéger comme des partenaires mais à écouter comme des bestiaux les ordres qui les emmènent à l’abattoir et qui leur chuchotent quelques mots dans leur langue comme on fait avec un mouton en le poussant par la queue car ils ont oublié leur vocation de musulmans soumis à Dieu pour être des vassaux soumis à l’Amérique :

{Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance} Al-A’raf 179.

Le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, ne s’est pas laissé séduire par l’obamia prosélytiste et l’orchestration sioniste. Nourrie dans la résistance par la culture coranique il ne peut voir que de la provocation et c’est pourquoi il va superbement donné à ce discours l’écho qu’il mérite: « Le discours a été intelligemment conçu dans sa façon de s’adresser au monde musulman… et de montrer du respect pour le patrimoine musulman » – « Mais je pense que cela ne suffit pas. Ce dont nous avons besoin, c’est d’actes, d’actions sur le terrain, et d’un changement de politique. »

Hassan Haykek, citant New-York Times, affirme dans une interview publiée par As Sharq (journal égyptien) que près de 40 experts du monde musulmans ont participé à la rédaction, à la révision et à la validation de la mouture finale du projet de discours d’Obama destiné au monde musulman à partir du Caire. Contre l’histoire et la réalité du monde ces experts semblent oublier que par les accords de paix de Camp David l’Amérique a réduit à néant le rôle de l’Egypte dans le monde arabe. Ils semblent ignorer qu’en dehors des touristes étrangers, les musulmans plongés dans la misère et les guerres ne voient dans les pyramides d’Egypte ni une merveille du monde ni un souvenir remarquable autre que la perdition de Pharaon le despotique, perdition qui attend tout tyran inique :

{Et Nous donnâmes en héritage au peuple, naguère opprimé, les contrées orientales et occidentales que Nous avions bénies. Et c’est ainsi que se trouva réalisée la belle promesse de ton Seigneur aux fils d’Israël, en récompense de leur constance. Nous détruisîmes tous les ouvrages que Pharaon et son peuple avaient édifiés ou érigés.} Al-A’raf 137.

Les musulmans, conscients de leur oppression, attendent la destruction de l’empire américain qui est annoncée dans l’histoire de Pharaon comme un fait cyclique et ineluctable. Non seulement ils attendent mais ils lèvent les mains au ciel et invoquent Dieu de mettre fin à la tyrannie qui gouverne le monde :

{Et Moïse d’implorer : «Seigneur ! Tu as gratifié Pharaon et ses notables de faste et de grandes richesses en ce monde, qu’ils emploient, Seigneur, pour s’écarter davantage de Ta Voie. Seigneur ! Anéantis leurs richesses et endurcis leurs cœurs, afin qu’ils ne croient qu’au moment où ils seront en face du terrible châtiment.»} Yunus 88.

Tous les musulmans, objectivement et subjectivement, ressentent et connaissent la vérité que personne ne peut plus cacher, ni discours, ni promesse, ni CIA, ni démocratie : {Pharaon et son armée se montrèrent, sans raison, pleins d’arrogance sur terre, pensant qu’ils ne seraient jamais ramenés vers Nous un jour !} Al-Qasas 28.39.

Nos Moujtahidines comme les savants d’al Azhar et les élites des palais nous invitent non seulement à prendre le président américain aux mots comme s’ils avaient eux aussi été frappés par la même grâce qui a frappé Barak le béni : « un discours particulièrement fort qui ne fut pas seulement un « discours » –  » il exprime une vision à la fois positive et exigeante » – « Il est impératif que les musulmans prennent Obama aux mots et, au lieu d’adopter une attitude passive ou victimaire, de contribuer à un monde meilleur en étant autocritiques et critiques, humbles et ambitieux, cohérents et ouverts. » –  » Quelque chose a effectivement changé ».

Quel est le changement prometteur annoncé ? Changement de style casuistique ! Il n’y a plus de frontières entre « eux » et « nous » nous sommes enfin dans l’ère des confusions de genre, d’intérêts, d’époques, de rêves. Nous aurions donc les mêmes préoccupations, les mêmes défis et les mêmes ennemis que l’administration américaine. Nos philosophes et nos prêtres n’ont toujours pas compris que le plus grand danger qui nous guette est justement cette propension américaine à l’indifférenciation. Ceux qui s’autorisent à dire, au nom de l’islam que l’homosexualité n’est pas un péché capital peuvent déraper et admettre l’indifférenciation sexuelle. Même ce dérapage ne peut sur le plan sociologique, culturel, psychologique et philosophique faire admettre la confusion des identités. Dans l’analyse des pathologies infantiles l’indifférenciation est considéré comme un symptôme montrant l’absence de critérium pour faire la distinction entre les identités et les concepts.

Et pourtant l’indifférenciation est l’essence de l’utopie égalitariste qui a produit en Algérie l’école française des indigènes et c’est cette même essence qui produit la « fin de l’histoire » ou le « clash des civilisations ». C’est cette indifférenciation qui crée le racisme, l’ethnocentrisme, l’intégrisme et le sionisme qui ne reconnait aucun droit aux arabes sur leur terre. Il est difficile d’accepter cette dérive de la part d’homme se réclamant du monothéisme qui lui même consacre la volonté divine au pluralisme des mondes et refuse l’hégémonie inique et arbitraire :

{À chacun de vous Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté , mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos disputes.} al maida 48

{Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il n’aurait fait des hommes qu’une seule communauté. Or, ils ne cessent de se dresser les uns contre les autres, à l’exception de ceux auxquels ton Seigneur a accordé Sa miséricorde. Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés.} Hud 118

Tout le combat de l’opprimé, de la minorité occultée et des droits bafoués est un combat pour faire reconnaître son droit à la différence et son devoir de briser le silence de l’indifférence. Nos intellectomanes sont davantage intéressés pour vendre un islam consensuel, moderniste, aseptisé du Jihad prêt au compromis et à la collaboration si cela doit donner de la notabilité, du prestige et un rang social ou intellectuel reconnu par ceux qui terrorisent les petits bougnouls et bamboulas. Le Coran a institué le Jihad pour faire régner la justice mais aussi pour faire accepter le principe du pluralisme qui repose sur le droit à la différence et la négation du système impérial romain ou américain :

{Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le Nom de Dieu est souvent invoqué. Dieu assistera assurément ceux qui aident au triomphe de Sa Cause, car la force et la puissance de Dieu n’ont point de limite. } al hadj 40

Ces “changements” ne visent-ils pas à reconquérir le regard admiratif du musulman destiné à être un spectateur débile dans une pièce noire où il applaudit devant l’intrépide courage du cow boy pourchassant le méchant barbare à dos de cheval sur les territoires des Appaches ou à dos d’Appache à Fellouja city ou à Helmand West. A moins qu’on se comporte en vieux ivrognes : on efface l’ardoise et on recommence à trinquer. Cette fois ci ce sera une coalition arabo américano sioniste contre Zarathoustra l’islamique au nom de  » toutes les parties doivent prendre leur responsabilité afin de faire cesser la violence et de promouvoir la justice et la paix.”

Donc au lieu d’aller chercher l’incohérence interne dans le discours de M. Barack Obama et y trouver toutes les carences de nature dialectique sur le traitement de la question palestinienne face à l’occupation sioniste des terres arabes on se retrouve comme toujours hors jeu et hors champ. Il ne s’agit plus de mettre fin à l’injustice et à l’oppression des musulmans mais de débattre de la rhétorique obamienne, du changement de paradigme, de faire confiance, d’attendre et de voir comme si des siècles d’attentisme et de cécité ne sont pas suffisant pour chercher d’autres occasions d’aveuglement.

Lisant l’interview de Haykal égyptien partisan du nationalisme arabe et celle de Azmi Bishara israélien arabe de tendance marxiste et de tant d’autres figures arabes et musulmanes impliquées dans la culture de la résistance anti impérialiste , on est amené à des conclusions sur lesquelles aucune confusion n’est possible sauf celle dans la tête mal pensantes des élites arabes et musulmanes du sérail politique et culturel :

– Obama s’est exercé à une démonstration de son style de markéting de relations publiques qui ne vend rien sauf parler de changement sans annoncer ce qui va changer, quand, comment et pourquoi et avec quels moyens et quels partenaires. C’est cette mission qui lui a été confié à la Maison Blanche ni plus ni moins. Son épouse, plus engagée que lui à gauche, est déjà récupéré par le système de fabrication des stars et des top model figurant sur les magazines pour frustré(e)s.

– Obama a consacré une partie sur sept de son discours à l’apologie de la civilisation musulmane et les six autres à l’apologie de l’Amérique. La partie islamique est le contenant, la partie américaine est le contenu ethnocentriste. Nous sommes, dans le cadre de la discrimination positive, en face de l’expression du surMoi du blanc qui voit le reste du monde comme esclave qui n’a pas d’existence propre à l’exception de sa case exotique dans l’arrière cour de la maison du maître style coloniale.

– Obama récitant les versets coraniques doit nous rendre encore plus exigeant envers le discours islamiste dans les compétitions sociales et politiques en terres musulmanes : Oui aux versets coraniques et aux hadiths si et seulement si il y a traduction effective en comportements, en programmes et en actions. La meilleure protection contre la falsification, l’amalgame et la manipulation est le retour au Coran qui a décrit toutes les situations psycho sociales et poltico affectives qui peuvent influencer le jugement du musulman dans sa confrontation à la rhétorique et à la sublimation médiatique ou idéologique :

{Il y a parmi les gens celui dont la parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Allah à témoin de ce qu’il a dans le cœur, tandis que c’est le plus acharné disputeur. Dès qu’il tourne le dos, il parcourt la terre pour y semer le désordre et saccager culture et bétail. Et Allah n’aime pas le désordre. Et quand on lui dit: ‹Redoute Allah›, l’orgueil criminel s’empare de lui, l’Enfer lui suffira, et quel mauvais lit, certes! […] On a enjolivé la vie présente à ceux qui ne croient pas, et ils se moquent de ceux qui croient. } al baqara 204 – 212

– Les médias arabes sont devenus plus pervers contre leurs peuples que ne la été la colonisation. Pendant plus d’une semaine ils ont crée l’événement, le suspense comme si Obama allait apporter la solution miracle à leurs misérables conditions et tout ce matraquage médiatique s’est fait au nom du nationalisme. Bertolucci avait raison de dire que le nationalisme est le dernier refuge des canailles.

– Si Obama devait parler de changement à venir dans le monde, jamais l’usage et la bienséance ne lui aurait permis de le faire dans un autre lieu que le Congrès américain. Celui qui s’est permis d’extrapoler ou de spéculer sur les changements à partir du discours d’Obama au Caire est un sot infatué qui ignore l’ABC du fonctionnement des institutions américaines et de l’exercice du pouvoir.

– Le discours d’Obama est d’un mépris total pour le pouvoir égyptien dont aucune figure n’a été évoqué ou gratifié d’un compliment diplomatique en qualité d’hôte et de tribune pour la voix d’Obama qui a été traduite en 13 langues et rediffusés en direct à destinations des télévisions, radios et internet planétaire. Situation ubuesque…

– Le peuple français et ses élites auraient trouvé insultant qu’un dirigeant étranger vienne sur leur sol demander qu’ils soient réunis comme un troupeau de saint Bernard pour leur parler de ses convictions et non des leurs, pour leur parler de l’Afghanistan qu’il faut aider à gagner contre les américains alors que les soldats français y sont embourbés. Les arabes qui applaudissent et tombent sous la séduction du charme appartiennent davantage à la race des cocus qu’à celle des hommes libres.

– Obama n’a consacré que 20 mn de son temps pour un entretien avec le président égyptien Hosni Moubarak qui lui a pourtant offert son pays comme tribune et oratoire. Ce temps court témoigne de l’intérêt que porte Obama pour les problèmes complexes du Moyen-Orient et de la représentation qu’il a de l’importance du rôle du président égyptien dans le processus de paix et dans le monde arabe. Situation affligeante…

– Obama a touché la fibre sentimentales des arabes toujours enclins à lire le monde comme une mythologie mais n’a fait aucune concession au détriment d’Israël qu’il continue de soutenir comme allié indéfectible en s’adressant à l’audience arabe et musulmane envoutée par le salam aleykoum d’ouverture qui les a mis KO incapables de discerner le sens des mots dérangeant leur confort de vassal, leur absence de probité morale et leur paresse intellectuelle. Le comble c’est évoquer la Shoa et l’Holocauste à une assistance musulmane qui vient de subir l’opération « plombs durcis ». Le Pape lors de sa dernière visite à Israël n’a pas cautionné, par son silence, le chiffre avancé et que certains contestent de la mort de 6 millions de juifs. Les arabes et les musulmans non concernés, sur le plan de la responsabilité morale et historique, par le contentieux Eglise synagogue ou Europe et Juifs sont invités par Obama à un cours d’histoire sur les juifs faisant oublier leurs malheurs plus nombreux, plus réels et surtout d’actualité. Nos intellectunnels musulmans trouvent que le discours d’Obama est historique. Situation sado masochiste… Malek Bennabi avait eu ce mot pour dépeindre l’intellectomanie musulmane :  » On a vu des indigènes fiers de se faire appeler indigènes malgré que dans l’histoire des hommes on ne trouve pas un énuque qui s’appelle lui même l’énuque »

– La Shoah n’est pas le seul point de convergence entre le Pape et Obama : leurs déclarations ont abordé de nombreux points communs donnant l’impression d’une véritable concertation entre le Vatican et l’Empire. Parmi ces points on remarque la dénonciation du terrorisme, de l’extrémisme et de la violence (islamique), l’émancipation de la femme (arabe), la paix et la sécurité en faveur des peuples de la région (les juifs), la reconnaissance de la souffrance des juifs…

– La communion de vue entre les deux hommes est de dénoncer la résistance par la rhétorique qui consiste à militer pour la démilitarisation du HAMAS qui doit, pour être fréquenrable et civilisé, s’apparenter à un mouvement de non violence. L’Occident tangue entre deux idées majeures sur l’islam : en faire une composante de l’empire judéo chtétien sioniste ou un maraboutisme bouddhiste. Un rite ou un spiritualisme tronqué par l’élimination du Jihad. Méchaal le chef du Hamas a critiqué l’assimilation faite entre la cause palestinienne et la situation des noirs en Amérique, ou en Afrique du Sud : « Nous vivons en Palestine sous l’occupation israélienne, qu’on doit combattre par tous les moyens, dont les armes, alors que les noirs aux États-Unis se battaient pour obtenir leurs droits civils ».

– Les élites arabes et musulmanes en faisant croire qu’Obama est porteur d’un projet de changement et qu’il faut l’écouter comme s’il était le Messie et transformer les banalités de sa rhétorique en « Béatitudes ou Sermon de Jésus sur la montagne » participent consciemment ou inconsciemment à la falsification de l’histoire et des sacrifices des peuples. Le changement de style et l’affirmation de la quête de la réconciliation et du consensus sont les premiers résultats de la résistance mondiale contre l’impérialisme mondial dont tous les complots ont été avortés en Irak, Afghanistan, Liban et Palestine…

– Les élites du néo libéralisme arabo américain ne semblent pas voir les capacités giratoires du projet démocratique initié par les américains pour modifier la géopolitique du Moyen-Orient. Non seulement le projet de condolezza Rice est oublié puisque la théorie de la « regression féconde » ou du « chaos organisateur » a montré ses limites théoriques et pratiques mais Obama parle de démocratie à partir du sol égyptien sachant que dans le monde musulman l’Egypte avec son despotisme politique, sa corruption bureaucratique, son injustice sociale est l’exemple type que les démocrates arabes doivent combattre qu’ils soient libéraux, progressistes ou islamistes. Nos élites ne comprennent toujours pas que l’Amérique n’est pas le modèle démocratique si on lui enlève son cirque électoral et si on voit aussi ses alliances stratégiques avec les dictatures qui servent ses intérêts.

Le point positif à l’actif d’Obama, vérité affichée ou hypocrisie politique, est de dire que la démocratie ne s’importe pas et qu’il appartient à chaque peuple de construire sa liberté et son système de gouvernance en fonction de son histoire et de sa culture. Les libéraux arabes sont dans le mutisme total, eux qui espéraient hériter du pouvoir arabe en faisant l’économie de la vox populi. Ils ont du mal à comprendre que le culte des Etats-Unis après le dollar est leur sécurité intérieure qui s’étend sur toute la planète et ils savent qu’ils n’auront jamais vassaux plus humbles à exécuter leurs basses besognes que les régimes en place. Ces mêmes régimes sont le meilleur garant de la sécurité d’Israël. Ces mêmes régimes sont le meilleur garant de la sécurité de leurs approvisionnements stratégiques et de leurs logistiques militaires dans les bases navales, aériennes et terrestres de l’US Army.

Meshaal du HAMAS n’ayant ni le temps ni l’envie de jouer au même jeu qui perdure depuis 60 ans dit les choses sans faux fuyant : « Plutôt que les mots doux du président Obama sur la démocratisation, nous aurions préféré que les Etats-Unis commencent par respecter les résultats des élections démocratiques que nous avons déjà tenues. Et plutôt que de parler de démocratisation et de droits de l’homme dans le monde arabe, nous aurions préféré qu’il retire le général Dayton qui est en train de monter un Etat policier en Cisjordanie. »

– Le discours du changement est adressé au monde musulman en général et en particulier à cette zone asiatique en pleine effervescence qui risque de devenir une poudrière contre les intérêts américains dans le monde entier. La question qui se pose pourquoi s’adresser aux musulmans à partir du Caire et non de Djakarta ou de Kaboul ou plus simplement de l’ONU? Les musulmans ne gardent du Caire que la dynastie fatimide, Nasser et la chanteuse Oum Keltoum. Le Pakistan avec ses écoles coraniques n’a pas besoin ni du Caire ni d’Al Azhar. La seule explication logique est de confondre totalement le monde arabe dans le monde musulman et ne gérer qu’un seul bloc. Nous assisterions à un show de dissolution du monde arabe comme un show de liquidation de General Motors ou de Chrysler…

L’Egypte est exclue de tout rôle d’ampleur dans le monde arabe, la question palestinienne n’est plus problème arabe mais un problème de l’autorité palestinienne et de l’ENROE pour l’aide aux réfugiés. Le monde arabe doit se dissoudre dans un monde musulman vaste, indéfini, vassalisé à l’Amérique et infecté des luttes tribales et ethniques. Il s’agit de recorriger les cartes administratives, idéologiques et militaires du découpage impérialiste du monde hérité à la fin de la seconde mondiale. L’Amérique est en voie d’affaiblissement mais elle reste militairement, politiquement, financièrement l’hyper puissance et elle deux choix : ou se rétrécir comme l’a fait l’empire britannique qui ne pouvait plus gérer ses colonies ou se dilater pour tout phagocyter tant que l’appétit de puissance est présent comme l’a fait Rome. Il semble que la fuite en avant est le choix fait par les américains. Les arabes sont trop dépendants de l’image qu’ils veulent donner à l’Occident et cette image narcissique fait écran leur interdisant de voir le monde sous sa véritable image ou plus précisément sous les séquences des images avant montage et après montage pour dérouler le scénario caché.

– La subtilité de la mise en scène américaine est de vendre non seulement aux Arabes et aux Musulmans mais même aux Européens le son « dialogue des civilisations » alors que l’image réelle est le choc des civilisations, le son des néo démocrates qui apporte le changement et la paix alors que l’image réelle est celle des néo conservateurs qui apporte la continuité et la guerre. Il nous faudrait la force imaginative de Shakespeare et la puissance de ses mots pour décrire le drame de l’empire américain qui se joue sous nos yeux. Il nous manque le talent mais surtout la conscience. Le propre de l’hypocrisie est le double langage et le double face quand la situation ou l’interlocuteur change. Avec la maîtrise du verbe par Obama et la perte de pudeur des élites arabes nous assistons sur le même lieu et face au même public un discours double. Le Coran nous a mis en garde contre l’hypocrite et l’hypocrisie en donnant à une sourate le nom d’al mounafiqoun (les hypocrites) qui nous dit ceci :

{1. Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent: ‹Nous attestons que tu es certes le Messager d’Allah›; Allah sait que tu es vraiment Son messager; et Allah atteste que les hypocrites sont assurément des menteurs.

4. Et quand tu les vois, leurs corps t’émerveillent; et s’ils parlent, tu écoutes leur parole. ils sont comme des bûches appuyées (contre des murs) et ils pensent que chaque cri est dirigé contre eux. L’ennemi c’est eux. Prends y garde. Qu’Allah les extermine! Comme les voilà détournés (du droit chemin).}

– Toutes ces manifestations grandiloquentes américaines n’annoncent rien de bon pour les Arabes conformément aux traditions : la visite de Nixon a chamboulé toute la région arabe et l’Egypte en particulier, celle de Bush le père a vassalisé le monde arabe et entamé la destruction de l’Irak. Celle d’Obama intervient à la veille des élections législatives libanaises et tout show américain est la vitrine d’un scénario bien élaboré et bien exécuté. Il n’y a que les arabes qui ne savent ni lire ni comprendre. Si Einstein aurait été encore vivant, en sa qualité de sioniste il aurait dit :  » une moelle épinière leur aurait suffi »

– Dans cette lecture compréhensive du monde on aurait médité au lieu d’applaudir, on aurait pleuré au lieu d’attendre des changements d’un homme qui n’est là que pour jouer un rôle de bouche trous pour remplir le vide en attendant que l’Amérique se ressource et face de nouveau front contre l’émergence de la Chine, la crise financière et économique qui n’a pas encore vomi tout son lot de misères et de privation, l’échec militaire en Irak et en Afghanistan qui risque de s’achever en débâcle historique, la montée en puissance de l’Iran, la révolte de l’Amérique du sud et enfin la vulnérabilité d’Israël devant les missiles du Hezbollah et l’expérience réussie du HAMAS dans sa confrontation à Israël soutenu par l’OTAN, l’ONU et les Arabes. Situation périlleuse pour l’Amérique et Israël de plus en plus honnis par les peuples du monde entier. Nos intellectuels organiques et négatifs ne peuvent changer l’ordre des choses.

– La mémoire du musulman est défaillante : Le Caire en recevant Obama avec son salamou aleykoum, sa référence à Al Azhar et aux deux versets dont j’ai montré l’inopportunité, l’impertinence et l’incohérence dans la conjoncture mondiale, semble amnésique comme le sont les islamistes modernisant .

La première inconséquence est de citer al Azhar vielle de mille ans dans un discours prononcé dans un site à peine vieux de cent ans. La symbolique est claire : ma préférence va à la modernité et à la laïcité. Il met en exercice sa compétence symbolique à reconnaître pour nier, occulter et à séparer. Dans le langage sémiotique on assiste non pas à un acte de symbolisation ( fédération) mais de diabolisation ( rupture, séparation, dislocation)

La seconde inconséquence est de s’approprier le combat contre l’Iran chiite à partir de l’Egypte sunnite faisant le lien entre la campagne égyptienne et saoudienne contre le Hezbollah et l’Iran et en même temps assumer l’héritage des néo conservateurs qui se sont appuyés sur la Qibla théologique des chiites, an Najef, pour faire tomber livré Bagdad aux mains des Yankees. A partir de la vieille et vénérable institution Al Azhar la Qibla théologique des Sunnites on continue le jeu de domino de Bush faire tomber Téhéran à partir de la Mecque ou d’Al Azhar fondé par la dynastie des Fatimides et réintégré dans la dynastie des Abbassides par Salah Eddine al Ayoubi le kurde.

Obama ne doit pas ignorer l’histoire trouble des musulmans avant et pendant les Croisades. Il ne doit pas ignorer la colonisabilité des arabes et des musulmans qui s’atomisaient au moment où émergeaient les Etats-nations européens porteurs d’un projet fédérateur judéochrétien, gréco romain et impérialo sioniste. Obama connaissait l’esprit de grandeur et de conquête de Napoléon comme il connaissait la naiveté voire l’infantilisme politique des institutions musulmanes traditionnelles.

Napoléon conquérant l’Egypte au nom de l’empire français et de la chrétienté a accepté de blasphémer en niant le dogme chrétien de la Trinité par l’affirmation de l’attestation monothéiste islamique :  » Bismillah ar Rahmani ar Rahim, la illaha illa Allah (Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux et le Très Clément, Il n’ y a point de divinité sauf Allah ». Il leur a fait gober qu’il était musulman et que les français étaient des croyants qui partageaient la même foi et les mêmes valeurs que les musulmans égyptiens. Bien avant le sionisme c’est ce même Napoléon qui était partisan d’un état juif en Palestine. Et pourtant voila plus de mille ans qu’al Azhar, plus ancienne université du monde, donne des cours et des commentaires de commentateurs sur les hypocrites dépeints par le Coran. Harvard fondée sur le mérite et l’efficience même si elle est plus récente elle s’avère plus efficace et plus redoutable que al Azhar.

– L’émission religieuse spécialisée qui auraient pu apporter des éclairages sur la déliquescence des instituions islamiques y compris religieuse dans ce moment précis de la tournée d’Obama en Arabie Saoudite et en Egypte a choisi pour son émission du dimanche « la Chariâa et la vie » de nous projeter dans le monde du cinéma ou plus précisément dans le débat interminable sur la licité et l’illicéité du cinéma.

Nous vivons une période tragico comique. La tragédie grecque avait sa règle d’unité et sa logique de récit : le destin implacable va s’abattre sur le héros et le public vibre à l’émotion que l’acteur va transmettre pour traduire le combat vain mais courageux de l’homme qui connait la fin de l’histoire. Tous, écrivain, scénaristes, acteurs, public jouant le rôle de chœur connaissent la fin de l’histoire rejouée chaque jour pour le plaisir de bien jouer. Nous sommes mis dans l’incapacité de jouer notre malheur, notre drame car nous en ignorant le récit. Nous ne percevons que quelques formes dévoilées par l’éclair de grâce qui nous frappe comme un électrochoc le ferait sur le corps d’un gisant inerte et froid.

A moins qu’une fois de plus on est contraint de chercher des explications métaphysiques à tout ce cinéma et y voir l’œuvre de la providence qui inspire aux uns des versets qui les mettent à nu et à d’autres des thèmes dont la subtilité métaphorique dépasse notre compétence à manier du symbole et des images. Dieu est plus savant !

– Ce même musulman devenu cynique nihiliste et inconséquent avec son identité, sa religion, son histoire, va devenir une fois de plus le bras armé de l’Amérique contre un autre musulman. Le musulman doit admettre une réalité qu’Israël affiche sans masque : l’existence d’un islamo sionisme allié des néo conservateurs. Ce musulman est tout indiqué : l’iranien en passant d’abord par l’irakien, l’Afghan, le chiite du Liban et les frères musulmans de Palestine.

– Ce même musulman au nom du libéralisme, de la démocratie, du progressisme, de l’islam modéré, du berbérisme, du pharaonisme et autres particularismes va faire de la surenchère dans le projet d’éradiquer toute résistance au néo colonialisme.

– La stratégie de containement est une constante dans la géopolitique américaine. Ici il s’agit de titiller l’ego narcissique et morbide des arabes et des musulmans décadents pour les laisser se démolir entre eux dans un débat byzantin sur Obama le nouveau Messie ou le nouveau Mehdi. Occupé dans un projet de diversion les arabes et musulmans ne sont même pas conscients de leur bassesse : leur importer un président américain pour leur parler de leurs droits, de leurs rêves et de leur stupidité qui dépasse les bornes. Cette diversion permet à l’Amérique de se focaliser avec ses vassaux arabes et musulmans pour détruire d’autres pays musulmans : Afghanistan, Pakistan et Iran.

La loi sociologique qui gouverne le monde des hommes, dans les rapports de domination est une fois de plus mise en exergue par ceux là même qui la subissent depuis des siècles et dont leur Livre saint leur expose la moelle substance : {Quand les tyrans s’emparent d’une cité, ils y sèment la corruption et avilissent son élite}

Les humiliés vont fatalement, un jour, prendre conscience de leur humiliation, comprendre les mécanismes de l’humiliation, identifier les agents de l’humiliation et s’engager résolument dans leur libération de l’humiliation. C’est la loi de la dialectique. L’histoire ne se déroule pas selon nos souhaits mais selon des conditions objectives qui finissent par se dévoiler et s’accélérer. Le Prophète de l’islam a bien transmis le principe d’aiguiser les contradictions  » o crise soit plus douloureuse encore, tu vas te dissiper ». Le problème n’est pas dans l’Amérique colonisatrice mais dans l’esprit des arabes colonisables.

En terre d’Egypte antique il aurait est impossible d’imaginer un roi hittite, grec ou libyen s’exprimer du haut d’une pyramide au peuple de Pharaon, à ses notables, à son armée, à ses prêtres, à ses magiciens ou à ses esclaves. Avant d’être musulman ou citoyen républicain et laïc il faut d’abord posséder la dignité d’homme et le sens de la grandeur

Quand le sens de la grandeur ou le sens du vrai ou le sens du beau est défaillent il ne peut y avoir signification politique, culturelle, sociale et religieuse à la mesure de la médiocrité, du mensonge ou de la laideur. L’homme qui donne sens et qui mesure est absent, en marge de l’histoire, un tas de détritus charrié par les rigoles du Wahn (la faiblesse de celui qui convoite la vie sans projet de dignité au nom de qui vivre et mourir comme l’explique un long hadith).

– Dans tout discours il y a la lecture de ce qui est attendu mais non dit ou bien aussi de ce qui est dit sans mots mais laissé à la découverte de ceux qui au dela des mots cherchent les symboles. La date du discours est symbolique : c’est à la fois le 42 ème anniversaire de la 3eme guerre israélo-arabe de juin 1967, c’est aussi le D-day 65 ème anniversaire du débarquement américain en Normandie où l’Occident matérialiste fête sa réconciliation internationale en dépit des petits clivages idéologiques. C’est réitérer la défaite arabe dans l’esprit de la capitulaion allemande et c’est aussi rappeler l’hégémonie de la communauté internationale, soudée après la fin de la guerre froide, qui exige la réconciliation des Arabes entre eux pour faire la paix avec Israël. Le 5 juin 1981 c’est aussi la destruction de la centrale nucléaire irakienne de Tammouz par l’aviation israélienne et l’annonce du démantèlement de l’Irak. Le temps médiatique et le rythme lyrique d’un discours ne peuvent occulter le temps historique et le rythme qui s’accélère et s’élargit de la résistance musulmane contre le sionisme et l’impérialisme.

Au moment où les Arabes acclament leur défaite en applaudissant au sermon d’Obama le Hezbollah affirme qu’il est prêt à une nouvelle confrontation avec Israël, la Résistance irakienne confie au Cheikh Ad Dhari, le président des Oulamas irakiens sunnites, la mission de la représenter politiquement et diplomatiquement et le HAMAS se prépare à riposter à une nouvelle attaque. Les temps ont changé pour les USA et Israël ils commencent à faire face à une véritable résistance symbolique et militaire qui prouve de plus en plus sa capacité à mettre en échec les plans impérilo sionistes.

Obama parle du rôle des israéliens et des palestiniens dans la recherche négociée d’une solution mais il ne dit pas quel est le rôle que vont jouer les Etats-Unis dans ce processus de paix ni comment il envisage de faire lever les 14 réserves d’Israël qui rendent caduque la feuille de route américaine et redonne crédit à l’Autorité palestienne et à l’initiative de paix saoudienne devant l’opinion arabe.

Il ne dit pas ce que va faire l’Amérique pour empêcher Israël de judaiser Jérusalem et saper les fondements de la mosquée Al Aqsa première Qibla et troisième lieu saint des musulmans pour y ériger le pseudo temple de Salomon.

Enfin il ne dit pas comment faire de Gaza la plus grande prison à ciel ouvert de l’histoire de l’humanité un espace où la dignité et la vie de l’homme seront respectés.

Pour ma part je me suis fixé un seul critère pour juger le discours d’Obama : le blocus sur Gaza qui est un crime contre l’humanité. Ignorant superbement la souffrance des palestiniens il ne peut qu’être complice de leurs assassins. En citant une partie du verset coranique  :

{quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes.} 

Ayant les mêmes attributs et la même configuration idéologique et militaire que le système pharaonique , les USA sont condamnés à disparaitre de la même manière que Pharaon, Hamana, Qaroun et leurs armées.  Les américains eux même s’attendent à une fin apocalyptique ou à un collapsus économique et social. Nous les Musulmans, nous sommes les derniers à ne pas voir les signes annonciateurs de la fin et pis encore nous ne voyons pas la stratégie de démantèlement qu’ils nous vendent comme souvenir avant leur anéantissement.

Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme

Colonisation et civilisation ?

Aimé Césaire
Aimé CésaireLa malédiction la plus commune en cette matière est d’être la dupe de bonne foi d’une hypocrisie collective, habile à mal poser les problèmes pour mieux légitimer les odieuses solutions qu’on leur apporte. Cela revient à dire que l’essentiel est ici de voir clair, de penser clair, entendre dangereusement, de répondre clair à l’innocente question initiale : qu’est-ce en son principe que la colonisation ? De convenir de ce qu’elle n’est point ; ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du Droit ; d’admettre une fois pour toutes, sans volonté de broncher aux conséquences, que le geste décisif est ici de l’aventurier et du pirate, de l’épicier en grand et de l’armateur, du chercheur d’or et du marchand, de l’appétit et de la force, avec, derrière, l’ombre portée, maléfique, d’une forme de civilisation qui, à un moment de son histoire, se constate obligée, de façon interne, d’étendre à l’échelle mondiale la concurrence de ses économies antagonistes.

Poursuivant mon analyse, je trouve que l’hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc), ne protestent d’être les fourriers d’un ordre supérieur ; qu’ils tuent ; qu’ils pillent ; qu’ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus tard ; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes : christianisme = civilisation ; paganisme = sauvagerie, d’où ne pouvaient que s’ensuivre d’abominables conséquences colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.

Cela réglé, j’admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des mondes différents est excellent ; qu’une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s’étiole ; que l’échange est ici l’oxygène, et que la grande chance de l’Europe est d’avoir été un carrefour, et que, d’avoir été le lieu géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d’accueil de tous les sentiments en a fait le meilleur redistributeur d’énergie.

Mais alors je pose la question suivante : la colonisation a-t-elle vraiment mis en contact ? Ou, si l’on préfère, de toutes les manières d’établir contact, était-elle la meilleure ? Je réponds non. Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir une seule valeur humaine.

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et «interrogés», de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Et alors, un beau jour, la bourgeoisie est réveillée par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. On s’étonne, on s’indigne. On dit : «Comme c’est curieux ! Mais, bah ! C’est le nazisme, ça passera !» Et on attend, et on espère ; et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême, celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries ; que c’est du nazisme, oui, mais qu’avant d’en être la victime, on en a été le complice ; que ce nazisme-là, on l’a supporté avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que, jusque-là, il ne s’était appliqué qu’à des peuples non européens ; que ce nazisme-là, on l’a cultivé, on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte, avant de l’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne.

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’un Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.

J’ai beaucoup parlé d’Hitler. C’est qu’il le mérite : il permet de voir gros et de saisir que la société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s’avère impuissante à fonder une morale individuelle. Qu’on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l’Europe d’Adenauer, de Schuman, Bidault et quelques autres, il y a Hitler. Au bout du capitalisme, désireux de se survivre, il y a Hitler. Au bout de l’humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.

Et, dès lors, une de ses phrases s’impose à moi : «Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi.»
Cela sonne net, hautain, brutal, et nous installe en pleine sauvagerie hurlante. Mais descendons d’un degré. Qui parle ? J’ai honte à le dire : c’est l’humaniste occidental, le philosophe «idéaliste». Qu’il s’appelle Renan, c’est un hasard. Que ce soit tiré d’un livre intitulé : La Réforme intellectuelle et morale, qu’il ait été écrit en France, au lendemain d’une guerre que la France avait voulue du droit contre la force, cela en dit long sur les mœurs bourgeoises.

«La régénération des races inférieures ou abâtardies par les races supérieures est dans l’ordre providentiel de l’humanité. L’homme du peuple est presque toujours, chez nous, un noble déclassé, sa lourde main est bien mieux faite pour manier l’épée que l’outil servile. Plutôt que de travailler, il choisit de se battre, c’est-à-dire qu’il revient à son premier état. Regere imperio populos, voilà notre vocation. Versez cette dévorante activité sur des pays qui, comme la Chine, appellent la conquête étrangère. Des aventuriers qui troublent la société européenne, faites un ver sacrum, un essaim comme ceux des Francs, des Lombards, des Normands, chacun sera dans son rôle. La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise, d’une dextérité de main merveilleuse sans presque aucun sentiment d’honneur ; gouvernez-la avec justice, en prélevant d’elle, pour le bienfait d’un tel gouvernement, un ample douaire au profit de la race conquérante, elle sera satisfaite ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre ; soyez bon pour lui et humain, et tout sera dans l’ordre ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. Réduisez cette noble race à travailler dans l’ergastule comme des nègres et des Chinois, elle se révolte. Tout révolté est, chez nous, plus ou moins, un soldat qui a manqué sa vocation, un être fait pour la vie héroïque, et que vous appliquez à une besogne contraire à sa race, mauvais ouvrier, trop bon soldat. Or, la vie qui révolte nos travailleurs rendrait heureux un Chinois, un fellah, êtres qui ne sont nullement militaires. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait, et tout ira bien

Hitler ? Rosenberg ? Non, Renan.

Mais descendons encore d’un degré. Et c’est le politicien verbeux. Qui proteste ? Personne, que je sache, lorsque M. Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’École coloniale, leur enseigne qu’il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation «un prétendu droit d’occupation et je ne sais quel autre droit de farouche isolement qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi.» Et qui s’indigne d’entendre un certain R.P. Barde assurer que les biens de ce monde, «s’ils restaient indéfiniment répartis, comme ils le seraient sans la colonisation, ne répondraient ni aux desseins de Dieu, ni aux justes exigences de la collectivité humaine» ?

Attendu, comme l’affirme son confrère en christianisme, le R. P. Muller : «… que l’humanité ne doit pas, ne peut pas souffrir que l’incapacité, l’incurie, la paresse des peuples sauvages laissent indéfiniment sans emploi les richesses que Dieu leur a confiées avec mission de les faire servir au bien de tous». Personne. Je veux dire : pas un écrivain patenté, pas un académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un croisé du droit et de la religion, pas un «défenseur de la personne humaine». Et pourtant, par la bouche des Sarraut et des Barde, des Muller et des Renan, par la bouche de tous ceux qui jugeaient et jugent licite d’appliquer aux peuples extra-européens, et au bénéfice de nations plus fortes et mieux équipées, «une sorte d’expropriation pour cause d’utilité publique», c’était déjà Hitler qui parlait.

Où veux-je en venir ? À cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation — donc la force — est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment.

Colonisation : tête de pont dans une civilisation de la barbarie d’où, à n’importe quel moment, peut déboucher la négation pure et simple de la civilisation.

J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir. Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est tirer de vieux squelettes du placard. Voire ! Était-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants de l’Algérie : «Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes.»
Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson : «Il est vrai que nous rapportons un plein baril d’oreilles récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis.»
Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de foi barbare : «On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres.»
Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres : «Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths.»
Fallait-il rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes mémorable du commandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre : «Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas une femme, pas un enfant… À la fin de l’après-midi, sous l’action de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil couchant.»
Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les innombrables jouissances qui vous frisselisent la carcasse de Loti quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre d’Annamites ? Vrai ou pas vrai (1) ? Et si ces faits sont vrais, comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-t-on, pour les minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?

Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons brûlées, ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler.

Partialité ? Non. Il fut un temps où de ces mêmes faits on tirait vanité, et où, sûr du lendemain, on ne mâchait pas ses mots. Une dernière citation ; je l’emprunte à un certain Carl Sieger, auteur d’un Essai sur la Colonisation (2) : «Les pays neufs sont un vaste champ ouvert aux activités individuelles, violentes, qui, dans les métropoles, se heurteraient à certains préjugés, à une conception sage et réglée de la vie, et qui, aux colonies, peuvent se développer plus librement et mieux affirmer, par suite, leur valeur. Ainsi, les colonies peuvent, à un certain point, servir de soupape de sûreté à la société moderne. Cette utilité serait-elle la seule, elle est immense.»
En vérité, il est des tares qu’il n’est au pouvoir de personne de réparer et que l’on n’a jamais fini d’expier. Mais parlons des colonisés. Je vois bien ce que la colonisation a détruit : les admirables civilisations indiennes et que ni Deterding, ni Royal Dutch, ni Standard Oil ne me consoleront jamais des Aztèques et des Incas. Je vois bien celles — condamnées à terme — dans lesquelles elle a introduit un principe de ruine : Océanie, Nigéria, Nyassaland. Je vois moins bien ce qu’elle a apporté.

Sécurité ? Culture ? Juridisme ?

En attendant, je regarde et je vois, partout où il y a, face à face, colonisateurs et colonisés, la force, la brutalité, la cruauté, le sadisme, le heurt et, en parodie de la formation culturelle, la fabrication hâtive de quelques milliers de fonctionnaires subalternes, de boys, d’artisans, d’employés de commerce et d’interprètes nécessaires à la bonne marche des affaires.

J’ai parlé de contact. Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production.

À mon tour de poser une équation : colonisation = chosification. J’entends la tempête. On me parle de progrès, de «réalisations», de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.

On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d’économies naturelles, d’économies harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.

On se targue d’abus supprimés. Moi aussi, je parle d’abus, mais pour dire qu’aux anciens — très réels — on en a superposé d’autres — très détestables. On me parle de tyrans locaux mis à la raison ; mais je constate qu’en général ils font très bon ménage avec les nouveaux et que, de ceux-ci aux anciens et vice-versa, il s’est établi, au détriment des peuples, un circuit de bons services et de complicité.

On me parle de civilisation, je parle de prolétarisation et de mystification. Pour ma part, je fais l’apologie systématique des civilisations para-européennes. Chaque jour qui passe, chaque déni de justice, chaque matraquage policier, chaque réclamation ouvrière noyée dans le sang, chaque scandale étouffé, chaque expédition punitive, chaque car de C.R.S., chaque policier et chaque milicien nous fait sentir le prix de nos vieilles sociétés. C’étaient des sociétés communautaires, jamais de tous pour quelques-uns. C’étaient des sociétés pas seulement anté-capitalistes, comme on l’a dit, mais aussi anti-capitalistes. C’étaient des sociétés démocratiques, toujours. C’étaient des sociétés coopératives, des sociétés fraternelles.

Je fais l’apologie systématique des sociétés détruites par l’impérialisme. Elles étaient le fait, elles n’avaient aucune prétention à être l’idée, elles n’étaient, malgré leurs défauts, ni haïssables, ni condamnables. Elles se contentaient d’être. Devant elles n’avaient de sens, ni le mot échec, ni le mot avatar. Elles réservaient, intact, l’espoir.

Au lieu que ce soient les seuls mots que l’on puisse, en toute honnêteté, appliquer aux entreprises européennes hors d’Europe. Ma seule consolation est que les colonisations passent, que les nations ne sommeillent qu’un temps et que les peuples demeurent. Cela dit, il paraît que, dans certains milieux, l’on a feint de découvrir en moi un «ennemi de l’Europe» et un prophète du retour au passé anté-européen.

Pour ma part, je cherche vainement où j’ai pu tenir de pareils discours ; où l’on m’a vu sous-estimer l’importance de l’Europe dans l’histoire de la pensée humaine ; où l’on m’a entendu prêcher un quelconque retour ; où l’on m’a vu prétendre qu’il pouvait y avoir retour.

La vérité est que j’ai dit tout autre chose : savoir que le grand drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industrie les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est «propagée» ; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontré sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire.

Par ailleurs, jugeant l’action colonisatrice, j’ai ajouté que l’Europe a fait fort bon ménage avec tous les féodaux indigènes qui acceptaient de servir ; ourdi avec eux une vicieuse complicité ; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n’a tendu a rien de moins qu’à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu’ils avaient de plus pernicieux. J’ai dit — et c’est très différent — que l’Europe colonisatrice a enté l’abus moderne sur l’antique injustice ; l’odieux racisme sur la vieille inégalité.

Que si c’est un procès d’intention que l’on me fait, je maintiens que l’Europe colonisatrice est déloyale à légitimer a posteriori l’action colonisatrice par les évidents progrès matériels réalisés dans certains domaines sous le régime colonial, attendu que la mutation brusque est chose toujours possible, en histoire comme ailleurs ; que nul ne sait à quel stade de développement matériel eussent été ces mêmes pays sans l’intervention européenne ; que l’équipement technique, la réorganisation administrative, «l’européanisation», en un mot, de l’Afrique ou de l’Asie n’étaient — comme le prouve l’exemple japonais — aucunement liés à l’occupation européenne ; que l’européanisation des continents non européens pouvait se faire autrement que sous la botte de l’Europe ; que ce mouvement d’européanisation était en train ; qu’il a même été ralenti ; qu’en tout cas il a été faussé par la mainmise de l’Europe.

À preuve qu’à l’heure actuelle, ce sont les indigènes d’Afrique ou d’Asie qui réclament des écoles et que c’est l’Europe colonisatrice qui en refuse ; que c’est l’homme africain qui demande des ports et des routes, que c’est l’Europe colonisatrice qui, à ce sujet, lésine ; que c’est le colonisé qui veut aller de l’avant, que c’est le colonisateur qui retient en arrière.

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, éd. 1955, Présence Africaine, p. 7-23

 

Notes

(1) Il s’agit du récit de la prise de Thouan-An paru dans Le Figaro en septembre 1883 et cité dans le livre de N. Serban : Loti, sa vie, son œuvre. «Alors la grande tuerie avait commencé. On avait fait des feux de salve-deux ! et c’était plaisir de voir ces gerbes de balles, si facilement dirigeables, s’abattre sur eux deux fois par minute, au commandement d’une manière méthodique et sûre… On en voyait d’absolument fous, qui se relevaient pris d’un vertige de courir… Ils faisaient en zigzag et tout de travers cette course de la mort, se retroussant jusqu’aux reins d’une manière comique… et puis on s’amusait à compter les morts…» etc.
(2) Carl Sieger : Essai sur la Colonisation, Paris, 1907.