Inquisition en Egypte

La condamnation à mort des militants des Frères musulmans qui ont refusé le coup d’état militaire est inquisitoriale. Elle ne repose ni sur la justice ni sur le droit ni sur la morale. C’est le comportement bête et méchant qui croit que l’exemplarité et la sévérité des peines contre un adversaire politique déchu par manipulation suffit pour reconquérir la légitimité politique perdue.

Les monstres sont en train de cultiver la haine et la violence qui vont emporter ce qui reste de vivable en Egypte pour le seul profit de l’Empire, du sionisme et des milieux d’affaires égyptiens. La gauche, les libéraux, les nationalistes et les bigots salafistes qui ont participé à ce scénario n’ont aucune envergure politique et morale pour gouverner l’Egypte avec ou sans les militaires. Ils viennent, une fois de plus de montrer leurs limites politiques et leur médiocrité intellectuelle.

La répression brutale et cruelle a déjà produit les ferments de la dislocation sociale et morale de la société. Ni le FMI ni les investisseurs étrangers ni les conseillers étrangers ne pourront redresser un pays de 85 millions d’habitants menés par l’intimidation et la menace.

Je ne pousserai pas le cynisme à charger les Frères musulmans, mais depuis la pseudo révolution contre Moubarak ils n’avaient fait que s’embarquer dans un processus qui a cherché l’embrasement de la région faisant du soulèvement légitime des pauvres et des exclus un prétexte, un écran et une mécanique diabolique.  Ils avaient l’obligation de déjouer le complot et de refuser la précipitation et la tentation du pouvoir. Non seulement ils sont tombés dans la Fitna, mais ils en sont devenus les instruments. Il ne s’agit pas de revenir sur les errements politiques et idéologiques des Frères musulmans, mais de dire que la compassion ne suffit pas pour prendre position et mettre fin à ces cycles d’insenséismes. Les arrangements d’appareils, les luttes « révolutionnaires »  et les archaïsmes des confréries montrent une fois de plus les impasses auxquels ils conduisent fatalement.

Dénoncer les militaires et  faire de cette dénonciation la seule arme de résistance n’est pas réjouissant. Il semble que la répression poursuit cet objectif  : mettre l’armée et une partie du peuple dans une guerre sans merci derrière laquelle le capital continue son oeuvre de déstructuration des territoires, des économies, des sociétés et des mentalités. Le Qatar et l’Arabie saoudite, leurs savants attitrés et leurs médias  mené le monde arabe et  l’Egypte vers le chaos programmé.

 

De l’appel des intellectuels et des universitaires algériens à la solidarité avec l’Egypte.

omar-mazriNous avons lu, tardivement, le communiqué du 4 aout publié par une centaine d’intellectuels et d’universitaires algériens,  et nous n’avons toujours pas compris de quelle solidarité, de quel salut, et de quelle  de Egypte s’agit-il.

Notre réaction de  colère est simple : Se taire sur l’agression de la Libye par l’OTAN est une honte pour ma génération. Se taire sur l’agression de la Syrie est une humiliation pour les futures générations car le feu de la Fitna les atteindra de nouveau. Faire une distinction entre le sang des Arabes et des Musulmans qui coule par haine des militaires algériens et égyptiens n’est pas ce qui est attendu des intellectunnels qui vivent de la rente de leurs titres universitaires comme les autres vivent de leurs grades, de leur savoir religieux ou de leur marché noir.

Alors nous nous posons un certain nombre de questions non intellectuelles et sans détours. Après quelques lectures rapides et non exhaustives,  nous soumettons quelques propositions à l’appréciation des braves gens.

Quelques questions

A – Est-ce qu’un  intellectuel viendrait à prendre position d’une manière sélective s’il n’était pas habité par un esprit partisan, sectaire, rancunier ou fixé comme une cristallisation sur une plaie sans pouvoir expliquer sa blessure, la panser ou proposer autre chose que la dénonciation d’un système algérien présenté comme moribond, sans alternative, en faisant le détour par  la question égyptienne.

B – Est-ce qu’il est impossible de ne  montrer le lien entre  le coup d’Etat consommé en Egypte et la guerre en Syrie.

C – Est-ce qu’il est possible d’expliquer notre drame par autre chose que la démocratie? L’histoire avance très vite, la démocratie est remise en cause en Occident, pourquoi cet attachement à la démocratie et l’attachement tardif et décalé à son processus?

D – Il est difficile de comprendre comment et pourquoi les indigènes de la République en Algérie ou en France se mettent à mille pour faire un communiqué comme s’ils étaient  parlementaires,  ONU,  ONG qui a une quelconque influence médiatique ou politique. Devant la puissance médiatique impériale et sioniste n’était-il pas simple et plus efficient de faire mille analyses, milles questions réponses pour occuper un tant soit peu le petit espace et élargir la résistance. Chacun des signataires a le talent de produire mille articles pourquoi alors s’enfermer dans un communiqué unique au lieu de multiplier les canaux de communication et les angles d’analyse.

E – Au lieu de viser par ricochet, il faut oser dire que l’Algérie risque de devenir une base coloniale après avoir été transformée en comptoir commercial par la faute de son personnel civil et militaire, de ses clercs religieux et intellectuels. Les militaires algériens ou égyptiens à l’instar des civils algériens ou égyptiens sont le produit de la même carence qui nous habite tous sans exception.

F – Il faut oser raconter nos maux et défier nos véritables adversaires. Il faut oser parler de l’échec des mouvements politiques et de l’incompétence des élites intellectuelle à initier ou à conduire le changement. Le militaire est là bien en place, il joue son rôle répressif comme le conçoit le système qu’il représente. Mais le jeune qui sort des universités et des écoles en faillite et qui n’a pas lu tous nos articles et tous nos  livres a besoin d’espérer, de faire des projets, de lutter.

G – Il est peut-être temps de mettre fin à notre délire bavard sur Smain, Lamari, Nezzar, Tewfik et tout uniforme qui passe alors que le jeune hittiste désœuvré ne le fait plus pour ne pas perdre son temps et son esprit. Depuis octobre 88 et tout particulièrement depuis janvier 92 la rente historique est remplacée par un autre fonds de commerce. Sur le plan concret les mères des disparus sont abandonnées à leur sort. Les soldats algériens, musulmans, qui ont tué des Algériens et se sont fait tués par des Algériens, n’émeuvent personne. Il est sans doute temps de passer à l’épilogue et de confier l’histoire tragique aux historiens pour se consacrer à construire différemment et ailleurs que sur la plaie le temps qu’elle cicatrice et sorte de la mémoire.

la  rhétorique, la subversion et la confusion de nos mots ne fait que laisser en place les maux anciens et ouvrir portes et fenêtres aux nouveaux maux.

Le combat déserté par les Algériens

a) Quelles sont les grèves et les communiqués des intellectuels et universitaires algériens pour améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants algériens?
Quels sont les cercles d’études initiés sur les programmes, la pédagogie et la didactique dans les écoles et l’université, combien d’heures d’enseignement gratuit ont été données aux enfants de ce pays pour les libérer d’un système qui ne donne sa chance qu’aux pistonnés et aux nantis?
Quels sont leurs projets pour la médecine, la science, l’agronomie, l’hydraulique, l’urbanisme, l’architecture, la défense d’un pays qui ne sait parler ni en arabe, ni en français, ni en berbère. Nous avons du mal à comprendre cette posture algérienne, celle du serpent qui se mord la queue.

b) A moins de se tromper, nous n’avons pas  souvenir d’avoir lu ou entendu, par le passé,  les  intellectuels algériens poser la question de l’Académie de langue en Arabe pour soutenir l’arabisation en Algérie autant qu’ils soutiennent le « cactus arabe » et le « printemps berbère »

La langue est le socle de notre identité, le canevas de nos idées, la fluidité et le sens de notre communication. La démocratie est moins importante. La première libère nos mentalités, la seconde libère nos pratiques. La seconde est inefficace lorsque la première est déficiente, mais lorsque la première a de la vitalité, elle peut imaginer la seconde et son alternative.  La première comme la seconde ont des référents. Quels sont nos référents par lesquels on construit notre devenir et notre ligne d’orientation, et avec quels référents on fédère nos forces ? Ce sont les réponses à ces questions qui permettent de se positionner sur les drames en Algérie et ailleurs dans le monde arabe.

c) L’Islam est utilisé par nos intellectuels  comme l’ Arabe ou le Berbère dans le dialecte FLE algérien, il n’est ni structurant ni structuré. Les référents français sont toujours  le creuset de notre culture, de notre idéologie, de notre terminologie. Lorsque nous parlons de l’Algérie c’est comme si nous parlions à des Pieds-noirs et non à des Algériens… Lorsque nous voulons résoudre nos problèmes c’est à la France et aux Etats-Unis que nous faisons référence et c’est eux que nous appelons pour arbitrer  comme si entre nous il n’y a pas de langue commune, de raison commune, de territoire commun, de destin commun…

Expériences et références
L’expérience nous a montré que les élites algériennes ne s’expriment que pour occuper des positions politiques lorsque le système est en crise afin de se faire coopter. Cela remonte bien loin. Mais nous savons aussi  que Boutef est fini ainsi que son règne, comme nous savons aussi que le nouveau système est déjà en place depuis déjà longtemps même s’il entretient le suspense.

Nous savons aussi que les élites et la bureaucratie sont hostiles à la solution islamique alors à quelle Egypte cet appel veut  apporter sa solidarité, de quelle Algérie il fait référence.  Ceux qui ont dénoncé l’Islam politique et qui ont appelé  à son échec,  à qui vont-ils exprimer leur solidarité en Egypte ? Aux frères musulmans qui sont persécutés, aux élites modernistes qui ont appelé l’armée, aux victimes futurs du terrorisme qui va les chercher dans les marchés et les places publiques fréquentées par la plèbe ?

Nous savons que la démocratie n’est qu’un savoir connu à travers les livres de l’Occident. Ce savoir livresque ne peut  apporter une réelle  contribution à l’éveil des sociétés musulmanes en clarifiant les notions de pouvoir temporel, de gouvernance, d’alternance politique dans la pensée musulmane ou dans le Coran et la Sunna. Les livres des islamistes et des non islamistes ont manqué de savoir cohérent et efficace. Tout nouveau savoir qui met fin aux confusions, qui ajoute des apport à la pensée musulmane  serait le bienvenu. Mais pour l’instant force est de reconnaître que l’intellectuel et l’universitaire algérien n’a pas de projet sur  l’algérianisation de l’Islam à opposer à ceux qui veulent islamiser une Algérie musulmane. Nous ne faisons que parler à l’Occident non seulement dans sa langue, mais dans ses schémas idéologiques. Lorsque nous parlons de l’Algérie, de l’Egypte ou de l’Islam nous reproduisons les mécanismes de servitude ou de confusion, car nous lisons notre réalité et nos valeurs à travers le prisme idéique et culturel de l’Occident ethnocentriste et hybrisique.

Bien entendu les cajoleurs, les professionnels de la dénonciation,  et les fascinés par les titres de professeur et de docteur vont s’indigner de mes critiques à l’encontre de l’intelligentsia algérienne. Alors il faut oser interpeller les intellectomanes  et les boulitiques de l’Algérie indépendante sur quelques thèmes qu’ils ont développer dans leurs livres et laisser l’esprit objectif  deviner l’avenir de l’Algérie si elle venait à leur être confiée.

Les titres universitaires et  les publications et les sujets sur l’Islam ou sur l’Algérie  ne nous intéressent pas dans l’absolu. Ce qui nous intéresse ce sont conclusions de l’analyse ainsi que les références idéologiques et politiques  affichées ou sous-jacentes dans le discours ou dans l’écrit d’un intellectuel qui le conduisent inéluctablement à telle conclusion.

Prendre comme maître de pensée Borhan Ghalioun, l’intellectuel au service de l’agression de la Syrie,ou un autre islamologue de la Sorbonne ou un philosophe politique du Journal le Monde dans l’analyse de l’Islam et de la société arabe non seulement n’est pas une référnce convaincante mais n’est pas un titre de vertu. L’intellectuel ne peut délaisser le  Coran qui est le Bayane, le   Borhane, le Forqane par lequel nous analysons le monde et nous construisons notre pensée pour s’aligner sur des pensées humaines produites dans un cadre civilisationnel qui veut non seulement imposer sa suprématie, mais montrer que le Coran est inapte à produire de la pensée rationnelle, du progrès.

Nous n’avons donc ni complexe ni fascination devant une pensée qui pose l’équation du monde musulman dans les limites idéologiques et culturelles de l’Occident judéo-chrétien, même si cette pensée se veut émancipatrice et si sa parole est parsemé des  mots Islam et Algérie. Il n’y a ni Islam ni Algérie, ni Egypte ni Syrie lorsque l’esprit partisan tolère l’effusion de sang et lorsque l’esprit formaté prend pour vrais les hypothèses et les conclusions de la lutte idéologique contre le monde arabe et musulman

Quel crédit intellectuel et religieux accorder à ceux qui parlent de l’Islam alors qu’ils le désignent comme troisième « rameau monothéiste » ou comme  « le tiers exclus de la révélation abrahamique ». Quel crédit accorder à ceux qui analysent l’Islam et le monde musulman sous la perspective orientaliste française ou anglo-saxonne alors que l’engagement pour ou contre l’Islam et ses rapports à la civilisation devrait objectivement partir de l’analyse de sa cohérence interne, de ses sources internes, de sa confrontation historique avec l’occupation, de la difficulté des musulmans a revenir vers l’Islam originel libéré de la pensée rétrograde produite par les siècles de la décadence et de la colonisation .

La plupart des intellectuels arabes et musulmans ont la fâcheuse manie de monologuer avec l’Occident lorsque ils se penchent sur les problèmes du monde arabe et musulman. Même si leurs discours et leurs thèmes sont « révolutionnaires », ils s’expriment comme les « interlocuteurs valides » de l’Empire.

L’intellectuel n’est pas celui qui manie les mots et les concepts des autres, mais celui qui forge les concepts ou qui apporte des grilles de lecture autonome pour comprendre le drame de son peuple. Nos professionnels de la pensée et de la plume  transposent les concepts, le  drame et l’histoire des autres sur notre  réalité façonnée par la convoitise et la prédation des autres.  Les étiquettes islam, impérialisme, progrès, civilisation, modernité ne sont pas signifiant par eux-mêmes. Il faut les transposer dans leur canevas idéologique, dans leur système de pensée. Les intellectuels musulmans, francophones ou arabophones, sont toujours marqués de l’empreinte franco musulmane.

Présenter  la modernité et la démocratie occidentale comme la quête ultime des musulmans sans faire l’effort de penser et d’expliquer la Choura, l’Etat, le Pouvoir, le despotisme, le salut dans la logique interne du Coran et à travers la démarche des Prophètes c’est servir les objectifs idéologiques stratégiques de l’Occident. Le service peut être inconscient, mais dangereux dans une sorte d’ébullition limbique qui ne voit  la réalité du monde qu’à travers les limites de la pensée. Jésus avait raison de dire  » Bien heureux les faibles d’esprit » pour désigner ceux qui se libèrent de la tempête d’idées confuses dans leur tête comme celles des docteurs des Bani Israël.

Les références lexicales à l’Islam ne sont pas significatives lorsque l’Islam n’est ni le moteur de la pensée ni la visée du cœur. En effet les égyptiens avaient déjà ouvert la voie médiatique, idéologique et politique pour donner l’illusion que les laïcistes et les modernistes ne sont pas ennemis de l’Islam. Ils ont poussé la ruse à  faire croire que les Frères musulmans allaient se dissoudre dans la démocratie occidentale pour les pousser à composer, à fauter tout en avançant dans le projet mondial de sécularisation de l’Islam.

Nous connaissons les prémisses et les suites que les intellectuels algériens occultent. Nous connaissons les auteurs occidentaux et leurs préjugés idéologiques sur les  implications de cette affirmation subversive que nous prenons pour exemple  : « Avec l’avènement de la modernité, la pensée politique arabe se trouve tiraillée entre deux angoisses : d’une part, la peur que les sociétés musulmanes soient exclues du processus de modernisation, et d’autre part, la crainte qu’elles soient obligées de renoncer à leur religion et donc à leur identité. »

Si Ali Belhadj veut nous situer dans la période médiévale de la décadence de la civilisation musulmane, les intellectuels algériens veulent se présenter comme l’alternative entre la « peste et le choléra » alors qu’ils ne font que traduire avec beaucoup de retard la chère idée de Jacques Berque : exporter en Afrique du Nord l’Islam de France. L’école anglo-saxonne a les moyens que l’école française n’a pas et offre plus de moyens d’exportation et plus d’expertise. Les intellectuels algériens ne sont pas des traîtres, mais ils participent, par excès d’intelligence et d’érudition,  à la lutte idéologique que nous mènent l’Empire et ses vassaux. Le Coran nous a montré que l’égarement le plus nocif est celui qui  est revêtu de science. Le Prophète (saws) a montré que le véritable savant est celui qui prend position contre la Fitna même si toute la terre est liguée contre lui.

Les intellectuels égyptiens et algériens se mettent par rapport aux intellectuels et aux médias occidentaux dans une posture  de miroirs déformants. Chacun se renvoie l’image de l’autre tel que ce dernier la véhicule auprès de l’autre sans lien avec la réalité ni la vérité, mais dans un processus itératif aliénant. Musulman, nous nous percevons et nous percevons l’Islam, l’Egypte et l’Algérie  à travers le regard du non musulman  qui nous renvoie sa propre perception sur nous ainsi que sa culture sur notre religion et notre pays avec bien entendu ses préjugés. Nous renvoyons à ce même étranger les biais qu’il nous a inculqué après les avoir intériorisé et enrichi. Il se retrouve face à lui même par un détour sur nous mêmes qui remodèle sa perception, ses fantasmes et ses préjugés. Les aller retour de l’un vers l’autre ne sont que des regards biaisés, tronqués qui finissent par devenir savoir académique, profil adapté et adopté, des occurrences d’illusion de savoir l’autre dans sa connaissance sur soi et vice versa sans objectivité et sans moyens de différencier.

Nous pouvons et nous devons prendre les outils conceptuels de l’Occident dans notre démarche visant à l’universel, mais nous ne pouvons les prendre d’une manière indifférenciée sans distinguer ce qui travaille au service de l’universel de ce qui oeuvre contre  éveil et contre notre émancipation. Nous nous interrogeons donc sur les références idéologiques et sur le  crédit à  accorder à ceux qui  annonce qu’expliquer la religion par la religion c’est tourner dans le cercle vicieux qui consiste à expliquer une chose par elle-même. Le phénomène religieux, le sentiment religieux, la sensibilité religieuse ne seraient, selon eux  que des exacerbations sociales, une quête de dignité. Marx et Engels n’ont jamais osé se prononcer aussi catégoriquement  sur ce qu’ils appellent le mode de production asiatique et les religions non chrétiennes.

L’école française, comme les médias français, sont une catastrophe autant pour la foi que pour l’esprit rationnel qui deviennent otage d’un prêt à penser idéologique, d’un comportement séculier.

Toutes les interventions « islamistes » des intellectuels algériens correspondent souvent à des périodes  de crise. Nos intellectuels en faisant le lien entre les aspirations démocratiques et technologiques des Arabes et des musulmans se sont interrogés, innocemment, sur Kadhafi resté trop longtemps au pouvoir au regard de la démocratie occidentale. Ils évacuent l’analyse sociologique, politique  et historique de la Libye et répètent ce que l’Occident voulait entendre dire pour  donner légitimité et soutien à son agression contre la Libye. Ils évacuent l’Islam dans leur raisonnement et dans leur discours sur l’agression de la Libye et deviennent des boites à musiques, des machines de citation de la propagande occidentale.

Nous avons analysé traité Tarek Ramadhan de Pygmalion dans sa manière de traiter « la révolution arabe » et de donner légitimité intellectuelle pour assassiner le « fou » de Libye. Ce n’est pas un cas isolé. La tragédie du monde arabe que nos intellectuels évacuent de leur champ d’analyse et de leurs discours est dans le nombre impressionnant de grands, de moyens et de petits pygmalions. On les trouve sous les étiquettes islamistes, socialistes, nationalistes, modernistes et autres camouflages. Les peuples arabes, et en particulier les Égyptiens et les Algériens, sont gavés de ce que Malek Bennabi appelle de la fausse monnaie intellectuelle.

Sans citer de noms et de lieux, nous étions agréablement surpris de voir, il y a quelques années,   des personnes, des livres et des articles se trouver ensemble alors qu’idéologiquement ils étaient ennemis irréductibles. Nous avions cru qu’enfin le curseur idéologique s’était déplacé pour se positionner sur l’universel et les dénominateurs communs des Algériens.

Nous avions vite déchanté, car le seul lien  qui les unissait et qui continue de les unir ést la haine du régime algérien et de ses généraux. On ne fait pas une politique crédible et on ne construit pas une gouvernance alternative par la haine, la rancune et la dénonciation. De la même manière on ne devient pas intellectuel en se taisant sur les agressions de l’Empire contre nos pays sous prétexte qu’ils sont mal gouvernés. Il y a une éthique qui doit transcender la quête de pouvoir. La politique n’est pas l’art de faire des  arrangements d’appareils pour accéder au pouvoir et se le partager, mais de servir des valeurs, un peuple. Allah octroie le territoire en héritage aux vertueux et Il l’octroie à titre d’épreuve.  Il y a une logique et un devenir : les tyrans finiront par partir en Enfer, devrions nous les y rejoindre ? Celui qui ne se pose pas cette question, il est préférable pour lui de ne pas être un intellectuel ou un  politique, car un homme du commun a au moins la chance de ne porter que son petit fardeau, mais un homme de religion ou de science porte le fardeau de tous ceux qu’il a mal influencé.

L’Islam et l’Algérie ne sont pas des discours, ce sont des responsabilités religieuses et  morales devant Dieu et devant les Algériens. Les Algériens peuvent ne pas comprendre, ne pas lire, oublier ou s’en foutre. Allah n’oublie pas !

Par ailleurs parler de « régression féconde » pour annoncer ou souhaiter ce que l’Occident désire : l’échec de l’Islam politique n’est pas une conceptualisation, mais du Takharbite. Offrir à la machine médiatique algérienne « la régression féconde » inspirée du « chaos constructif »  des « think tanks » américains est quelque chose de génial. Même les neocons américains n’avaient rien inventé puisque ils avaient emprunté à la psychologie sociale et à l’urbanisme, qui remplacent la sociologie ancienne, les outils qu’elle a emprunté à la thermodynamique dans son analyse sur les déterminismes qui se cachent derrière le chaos apparent. Lorsque les mécanismes de l’entropie sont connus le psychologue, l’urbaniste et l’économiste peuvent anticiper sur la régression d’un système. Ces mêmes mécanismes ont été importés dans les finances internationales et dans la géopolitique et les résultats sont catastrophiques autant pour l’Empire que pour les peuples.

La théorie du chaos reconnait qu’il y a trop de facteurs et trop d’inconnues dans la production du chaos et de sa régression (résolution) alors que dire lorsqu’il s’agit de faire du Tamarbite sur les sensibilités d’un peuple et de son devenir. Le prix du sang et de la destruction est tellement saisissant que nos intellectuels n’osent pas le regarder en face et se dire qu’ils ont participé à sa production entropique et à la régression du peuple algérien et de l’Algérie pour cent ou mille ans.

Confondre islam politique dans le sens de participer à la gestion de la cité sous l’éthique de l’Islam et l’Islam partisan dans le sens d’instrumentaliser la religion à des fins politiciennes n’est pas une démarche sociologique car elle ignore la réalité idéologique, politique et sociale du mouvement politique algérien en général et des mouvements islamiques qui portent les mêmes tares que ce mouvement national. En général l’intellectuel algérien cache ses liens partisans et idéologiques avec un rescapé du mouvement politique national pour jouer un rôle de sape contre les autres mouvements.

Poser l’équation en opposant  l’école hanbalite « politique » de Sayed Qotb à celle de l’école moderniste de Mohamed Abdou c’est une fois de plus importer des clichés sociologiques à une réalité qui n’est pas celle de l’histoire du monde musulman ni de ses aspiration. Nous revenons toujours à cette posture intellectualiste algérienne et égyptienne non seulement simplificatrice, mais prisonnière des références occidentales qui sont la modernité, la démocratie, la sécularisation.

La vérité c’est que Sayd Qotb apologiste de l’Islam et polémiste contre les autres va habiller l’Islamité de la démarche révolutionnaire non musulmane et en faire un instrument de discrimination. Il est sorti de la logique interne de l’Islam en se focalisant sur le pouvoir et en idéalisant la société musulmane.  Cheikh Mohamed Abdou va faire la démarche contraire : il va considérer que l’Islam lui manque les instruments et les choses de la modernité qu’il va importer de l’Occident. Il va, influencé par l’orientalisme, croire entre autres à l’idée répandue que les musulmans étaient inapte à importer l’imprimerie alors qu’en réalité ils étaient devenus inaptes à produire de la pensée à la fois nouvelle et indépendante, car leurs référents coraniques étaient absents ou défaillants.  On veut opposer les deux démarches, alors que Sayed Qotb et Mohamed Abdou ont fait la même erreur en forgeant le renouveau de  l’islamité par référence à l’Occident : la violence révolutionnaire pour Qotb, et   l’importation des choses modernes  pour Abdou jusqu’à l’imitation servile du terme renaissance alors que les conditions idéologiques, politiques, sociales, morales et historiques de la Renaissance sont totalement différentes que celles du monde musulman dominé par la colonisation après qu’il ait consommé sa décadence.

Les multiples  démarches, wahabbiste, confréristes, modernistes, sont  fausses et  ne sont pas la démarche saine  de l’Islam vers l’Islam par l’Islam. Elles ne pouvaient que s’épuiser et finir comme des inachevés, des caricatures, des échecs. Ce n’est pas l’Islam qu’il faut réformer par l’importation en puisant dans les siècles décadents ou en puisant dans la domination impériale, mais ce sont les musulmans qu’il faut réformer par l’Islam.  Les intellectuels égyptiens et algériens s’inscrivent dans le confinement de cet échec qui intéresse l’Occident soucieux de faire de nos esprits, de nos bras,  et de nos ventres une machine d’importation clés en mains et produits en mains de sa technologie, de ses idées.

Nous ne pouvons devenir émancipés aptes à entraîner nos pays dans l’émancipation que si nous nous libérant de la dichotomie maladive qui place les uns dans une posture totalement   fermée  à l’Occident considéré comme l’ennemi, et les autres dans une attitude totalement ouverte à l’Occident considéré comme la panacée. Le paradoxe montre que dans les deux cas, l’Islam lui même n’est  pas le moteur structurant et intégrateur. Il n’est  qu’un ensemble de matériaux livré en vrac sans cohérence et sans dynamique par les uns, et un ensemble de mots pour habiller la lutte idéologique menée contre l’éveil islamique. Intellectuels et religieux, nous sommes des criminels, car nous sapons nos possibilités intellectuelles et nous rendons confuses nos conditions politiques d’émancipation.

Nous devons avoir le courage de  dire la vérité sur notre panne et de  faire l’effort de la rechercher en dehors des lieux communs que nous présente l’Occident. Il est légitime pour l’Occident de nous mépriser, de nous agresser, de nous imposer sa grille de lecture, car il nous convoite. Ce n’est pas légitime pour ceux qui parlent notre langue, pratique notre religion et ont la même couleur de peau que nous de se comporter en proies aveugles.

Nous ne produisons pas en quantité et en qualité suffisante des hommes de religion et  des intellectuels capables de lire  les problèmes de la société avec un mental lucide et pointu. Nous avons face à nous des instruments inconscients de la  lutte idéologique que les experts de l’Occident poussent vers de fausses  prises de  position, vers des arguments fallacieux et vers un bricolent des outils de « salut national ». On ne peut croire que le simple  hasard fait converger les rhétoriques opposées,  les discours divergents et les cynismes des pensées inconciliables sur les impératifs   de la lutte antiterroriste mondiale.

Les intellectuels algériens et égyptiens, lorsque la situation politique et sociale les arrange, ils appellent  l’armée  à la rescousse pour défendre la démocratie dont ils veulent être  les représentants ex cathedra.  Mais lorsque la situation semble « maîtrisée » par l’armée au prix d’une guerre civile, les voilà qui conteste le pouvoir des militaires et qui s’imaginent que leurs artifices vont convaincre l’armée et le peuple (algérien et égyptien) de leur donner le pouvoir.  Ils croient qu’en saupoudrant leurs paroles de quelques « islam » par ci et par là  ils peuvent construire une crédibilité intellectuelle et une confiance populaire.

Le jour où l’école algérienne produire sa propre pensée, autonome, sans influence du regard de  l’Occident sur l’Islam et sans asservissement à l’instrumentalisation de l’Islam par les bureaucraties d’Al Azhar et les rentiers des monarchies du Golfe alors nous pouvons parler d’efforts intellectuels en direction du salut national.

Quelques chantiers 

Pour ne pas sombrer dans la même rengaine de la dénonciation de l’opposition,  nous faisons quelques propositions  Elles n’ont rien à voir avec la démocratie,  les schémas classiques de la France et ses visées post coloniales :

1 – Libérons-nous des faux clivages et du conjoncturel. Inscrivons-nous dans la démarche prophétique de la Réforme et du devoir de bon conseil pour Allah, Son Prophète, Son Livre, les gouvernants et les gouvernés. Ne soyons  otages ni de l’esprit partisan ni de la démarche « classiste » de l’oppositionnel contre le pouvoir, du soutien critique à ce pouvoir ou de l’auxiliariat du système. Restons autonomes et prenons de la distance sur les faits passés ou présents.

2 – Analysons les processus et leur devenir sans passion ni parti pris.

3 – Disons  à celui qui a bien fait tu as bien fait, et à celui qui a mal fait tu as mal fait.

4 – Réalisons ce que quelques-uns d’entre nous ont tenté de faire sans jamais pouvoir le réaliser faute de moyens, de compétence, d’écoute et d’encadrement : des observatoires, des lettres d’analyses, des monographies, des rencontres,  des propositions, des idées, qui font éveiller les consciences, qui apportent des solutions, qui répondent aux interrogations, qui témoignent.

Si les Prophètes ne peuvent nous servir de guide alors nous pouvons trouver exemple dans l’histoire de l’Europe à laquelle nous nous identifions. Machiavel a été présenté comme un être diabolique animé par le pouvoir, mais  pourtant il avait consacré sa vie à l’unité et à la grandeur de l’Italie. Il avait laissé cette expression pour expliquer ses efforts de  mobilisation des compétences au service de l’Etat et de la nation :

« C’est ton devoir d’honnête homme si, par le malheur des temps et de la fortune, tu n’as pas pu faire toi-même le bien, d’en donner aux autres des leçons, à cette fin que, bien des hommes en étant capables, quelqu’un d’entre eux, plus aimé du ciel, puisse le réaliser. »

5 – Montrons nos capacités à gouverner sinon apprenons  à gouverner en montrant l’alternative. Les braves gens du peuple, les fonctionnaires et les techniciens ainsi que les cadres honnêtes et nationalistes doivent garder l’espoir et voir qu’il y a d’autres manières de faire, de penser que celles des cooptés et des abrutis qui encombrent les espaces économiques et politiques de l’Algérie, et qui conduisent l’Algérie vers sa ruine. Il ne s’agit pas de convoiter le pouvoir des insensés ni les privilèges des cooptés, mais de faire son devoir.

6 – Faisons notre devoir et laissons la liberté aux  gouvernants et  gouvernés assumer  leurs responsabilités de nous écouter ou non et de nous suivre ou non, sans  les matraquer idéologiquement et médiatiquement. Notre responsabilité est d’éclairer les uns et les autres pour le bien de tous. Nous ne pouvons être au-dessus du Prophète (saws) :

{Si ton Dieu le voulait, tous les habitants de la terre deviendraient croyants. Peux-tu, toi, contraindre les hommes à être croyants ? Aucune personne ne peut croire si ce n’est avec la permission d’Allah. Il jette l’opprobre sur ceux qui ne raisonnent pas.} Younes 99 – 100

Notre vocation de musulman et notre destin d’Algérien, abstraction faite de  nos sensibilités politiques, de nos titres universitaires  et de nos  performances intellectuelles,  est de faire le bien et de mettre vos privilèges de savoir et de raisonnement au service de la libération de notre peuple et de notre pays. Si les gouvernants ne veulent pas nous écouter, sachons  que les Prophètes n’ont pas été écoutés, mais ils n’ont pas baissés les bras, et ils ne se sont pas contentés de dénoncer. Ils ont éduqués les gens et leur ont appris à être endurants et espérant. Ils ont refusés tout les arrangements d’appareils et toutes les formes de corruption ou d’intimidation.

7 – Il ne s’agit pas de faire des communiqués, mais d’organiser la pensée et l’action sociale, économique, culturelle, technique et scientifique au service de l’Etat, même si le pouvoir est corrompu, au service du peuple, même si ce peuple est soumis au matraquage médiatique et à la culture de la rente. Allah a promis qu’il ne laisserait pas vaine l’œuvre d’une femme ou d’un homme faisant le bien et agissant en solidarité de foi.

Il est impossible de gagner de la crédibilité et de la probité morale et intellectuelle lorsque nous assistons à l’instrumentalisation corporatiste dans la santé publique, l’enseignement supérieur, l’éducation nationale, pour tirer profit de la rente et négocier la paix civile sans que cela ne s’accompagne de mesures positives pour le malade, le scolarisé et l’usager de la chose publique.

8 – L’occident que nous idéalisons ou que nous diabolisons  a la vertu que nous transgressons lorsqu’il s’agit de notre pays : Dès que 2 ou 3 universitaires se rencontrent ils ont objectivement et subjectivement réalisé les conditions de la recherche et de l’ingénierie, même si les moyens leur font défaut. Nous nous contentons de dénoncer le système sinon de colporter les dires des gourous de l’Orient et de l’Occident.

Musulmans et algériens, il est attendu de nous ce qui n’est pas attendu des gens au pouvoir ou des gens du commun, car c’est par notre manière de raisonner et par notre champ de préoccupations que se fera la rupture avec le système d’inertie,  la culture de la rente, la colonisation des esprits, et la décadence des mentalités et des territoires.

Si chacun de nous tous avait accompli son devoir national, moral et religieux envers l’Algérie et les martyrs jamais nous n’aurions contribué,  par nos prises de position insensées,  au naufrage de l’Algérie.

{D’où nous provient ceci ? Dis-leur : C’est l’oeuvre de vos mains}

8 – Prenons garde à Allah : L’école et l’université algérienne sombrent. Montrons  les voies du salut. Nous pouvons   édifier des centres de formation, des universités populaires, des projets de réforme de l’éducation, de l’enseignement, de la santé publique, de l’économie, de l’urbanisme et de la formation. Ceux qui sont  écoutés en Europe, peuvent mobiliser des fonds au profit de la formation professionnelle et des coopératives de jeunes. Les fonds doivent être  mobilisés pour l’amour du bien et pour le bien de l’Algérien, nous ne devons pas en faire un conditionnel idéologique ou un préalable politique :

{Agissez ! Allah fera voir vos œuvres ainsi que le Prophète et les Croyants}

9 – Ne parlons  pas au nom des militaires, laissons-les assumer les fautes de nos jugements,  de nos errances,  de nos mauvais conseils et de nos confusions. Que chacun assume ses propres responsabilités et implore Allah que lui et les autres soient sur la voie du repentir et de la réforme.

10  – Prenons  garde à Allah : Ne restons  pas silencieux sur le drame libyen que nous avons  cautionné, ne restons  pas silencieux sur l’agression impériale et sioniste contre la Syrie. Le silence sur l’effusion de sang aura un prix rédhibitoire sur nos devenirs à tous.

11 – Arrêtons  de croire que l’émeute, la révolution, le clivage idéologique ou que l’histoire française soit notre référence pour construire un Etat de droit.  L’Occident a achevé sa post modernité et va contre le mur alors arrêtons nos fabulations et nos fantasmes. Le Coran, le Prophète et l’histoire passé ou présente montrent que l’empressement à vouloir changer les choses n’about pas au changement escompté et que souvent ce sont les opprimés qui payent de nouveau le prix de la promotion des parvenus au pouvoir. Certes, il est difficile tant pour l’intellectuel nourri à la modernité française et à la Révolution française que pour l’algérien privé de citoyenneté de supporter l’oppression, mais pour atteindre le bon port il faut la patience des Prophètes (saws) et s’en remettre totalement à Allah (swt).

12 – Ne faisons  pas du particularisme affiché par certains  kabyles un problème principal. Nous ajoutons  de la confusion et de la complexité. Nul n’a le droit de se placer sur le terrain des sensibilités  religieuses, ethniques, linguistiques lorsqu’elles risquent de faire voler en éclats le vivre ensemble, les valeurs communes, l’histoire identique et le même territoire. L’Empire et le sionisme sont aux aguets :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

13 – L’Egypte c’est 85 millions de misérables affamés laissés à la merci des monarchies du Golfe. L’engagement humaniste et religieux c’est de demander que l’Algérie libère un ou deux milliards de dollars, bloqués à l’Etranger, pour venir en aide aux plus démunis, aux victimes de la répression. Nous aurons  fait œuvre humanitaire et acte politique hautement symbolique en interpellant l’Algérie qui semble avoir totalement disparue de la scène géopolitique. L’Algérie et ses intellectuels de l’intérieur ou de l’extérieur sont hors du monde. Ils ne pensent pas le monde et n’agissent pas sur le monde, ils sont pensés par le monde et phagocytés par lui.

14 – Il est vrai qu’un grand nombre de signataires apportent des éclairages « intéressants » sur l’Islamophobie, les caricatures blasphématoires, les symboles religieux. Mais la vérité, sans polémique, est que c’est le même schéma mental qui est dominant dans leurs analyses où l’Islam. Ainsi soit est renvoyé dans un enfermement spirituel de religion bouddhiste, soit on est mis dans un montage qui nous met en prises avec les problématiques séculaires de l’Occident. Impossible de nous émanciper de l’emprise idéologique de l’Occident et de sa production intellectuelle coloniale et orientaliste.

15 – Un concept, comme « la régression féconde » n’a de sens que si et seulement si il est vérifié par l’expérience des faits. Les faits montrent que vous vous êtes inscrits dans la régression de l’Occident et vous voulez faire féconder le monde arabe et musulman par son chaos. Les médias peuvent donner des titres de vertus, mais ils ne peuvent se substituer à la réalité du temps et de la géographie qui dévoile l’incohérence derrière la magie des mots, ses conséquences tragiques.

16 – Faisons un appel solennel pour mobiliser les Algériens contre le projet d’agression qui cible le monde arabe et qui  cible notre territoire, nos ressources, notre armée.

17 – Ouvrons un débat sérieux sur la réforme et le changement par la voie prophétique qui implique toute la société par des voies pacifiques, progressives et responsables.

 

Dernier mot

L’intellectuel est celui qui produit de la pensée inédite :

« Il ne s’agit pas d’apprendre des formalismes, mais d’apprendre à formaliser » Emmanuelle Kant.

Nous sommes loin de cette démarche.

 

 

 

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

Retour à la première partie

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

Il est difficile de jouer à l’intellectuel et à l’érudit devant les événements tragiques qui déchirent  le monde arabe et tout particulièrement au Liban, Syrie, Yémen, Soudan, Irak, Tunisie, et Libye. Il est difficile de contenir son émotion devant  l’ampleur, la durée et l’intensité de la Fitna :

« L’homme intelligent et endurant sera dans le désarroi »

Tout semble tellement absurde qu’on est tenté de chercher la solution à n’importe quel prix et avec n’importe qui.  Tout semble tellement complexe qu’on est tenté de ne plus chercher à comprendre. Une voix intérieure parvient à se faire entendre et à se faire comprendre : se soumettre aux apparences du réel est la pire des épreuves. Il faut se libérer et expliquer, malgré les limites, le peu de moyens, l’épuisement des ressources…

Éprouvé par tant de sang versé, de temps gaspillé, de ressources dilapidées, je suis parti en quête du sens de la Fitna :

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 {Toute personne goûtera à la mort, mais Nous vous éprouvons par le mal et par le bien comme tentation, puis c’est vers Nous que vous serez ramenés.} Al Anbiya 35

Nous sommes amenés par le matraquage médiatique à être tentés de prendre position en faveur du dominant sans connaissance ni de la nature du bien ou du mal,  ni de ses conséquences à moyen et long terme. Le sensationnel nous manipule en idéalisant les uns et en diabolisant les autres, en cultivant l’émotion suscitée au détriment de la raison et des faits réels. Soumis à la tentation de la facilité et de la vitesse nous risquons  la confusion qui nous empêche de choisir librement et justement, mais nous risquons aussi de nous ranger derrière le mensonge et  contre la vérité. Pire que cela nous risquons de contaminer notre foi par le doute ou par le cynisme.

Le Prophète Mohamed (saws) nous a montré deux voies de salut contre la grande fitna. La première, lorsque nous sommes dans l’incapacité de discerner, est de refuser de prendre position et de polémiquer. La seconde est de donner les instruments de clarification pour lever les ambiguïtés sur la Fitna, ses origines, son processus et ses conséquences.

Aujourd’hui, la Fitna est alimentée par la conjugaison des facteurs internationaux et des facteurs nationaux que les élites arabes refusent de voir dans leur globalité et dans leur dynamique pour ne pas voir leur faillite morale et intellectuelle dans leur gestion des crises idéologiques, économiques, politiques et sociales.

Il ne s’agit pas de dire tout le monde est responsable pour n’imputer la responsabilité à personne. Il s’agit de dire la vérité : les gouvernants, l’opposition islamiste et non islamiste, les intellectuels et les savants religieux se sont enfermés dans des égoïsmes partisans et sectaires et se sont focalisés sur le pouvoir pour le conserver ou ne pas le céder et cela à n’importe quel prix au lieu de mettre le curseur sur la constitution d’un front national voire international de résistance contre la prédation impériale et contre l’agression sioniste.

Allah (swt) nous ordonne la vigilance, la lucidité, la probité pour voir les phénomènes dans leur genèse, leur déploiement et leur conséquences. La Fitna est ce phénomène que nous pouvons traduire, selon le contexte par subversion, persécution, troubles, discorde, sédition, guerre civile, litiges, conflit, épreuve de force, opposition, désordre. C’est est un cancer idéologique, politique et social qui ronge insidieusement le tissu social et le divise en factions divergentes  avant de le faire plonger soit dans la confusion globale , l’insenséïsme et l’insécurité, soit dans la dictature d’une faction sur une autre  en désacralisant la vie, la dignité, la croyance et les biens  en opprimant par la force physique ou par  la violence morale et idéologique :

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 {Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

On a l’habitude de traduire Taqwa par la crainte alors que celle-ci relève du domaine psychologique (individuel ou social) qui exprime son inquiétude face à un danger qui se manifeste. La lecture attentive montre que ceux qui se croient « justes » ne sont ni inquiets ni susceptibles de s’inquiéter d’un danger dont ils pensent être préservés. On traduit aussi le terme par redouter qui signifie avoir peur des conséquences d’une force qui se déploie ou d’un danger manifeste. Ce n’est pas un exercice de style. Les mots coraniques sont un canevas de sens et d’idées, ils ne sont ni interchangeables ni synonymes comme les mots de la langue courante.

La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte, la  crainte dans l’espérance, et le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah et de prendre garde à Ses prescriptions en développant la connaissance, la lucidité, la vigilance et le sens de l’ensemble des responsabilités qui rendent l’être scrupuleux dans toutes ses démarches, ses paroles et ses actes où il voit le salut ou la perdition selon ce qu’il a visé par son intention et ce qu’il a réalisé dans son existence en bien ou en mal. La crainte seule n’est ni la garantie ni le chemin exclusifs du salut.

La taqwa englobe la peur d’un danger qu’on redoute, l’espoir en une miséricorde et en une promesse ainsi que le mode d’emploi praxique pour éviter la crainte et se remplir d’espoir. Jusqu’à l’instant présent je n’ai pas trouvé un terme plus signifiant que « prendre garde » qui englobe aussi bien  l’étendue des significations psychologiques et spirituelles de l’être ontologique et social que celle des procédures idéologiques et socio-politiques du faire individuel et collectif et les comportements qui s’y associent.

Effectivement l’expérience nous montre que depuis des siècles nous manifestons alternativement nos craintes et nos espoirs ou que les uns d’entre nous expriment des craintes et vivent des peurs alors que d’autres expriment des joies et vivent des espoirs. Mais, sans exagération, presque tous nous avons vécu toutes les formes de peur sans prendre garde aux causes et aux conséquences de nos émotions et de nos actes. La Taqwah a déserté nos cœurs remplis de haine, de mensonge ou de formalisme.

La Taqwah  est l’élan spirituel que confirment les pratiques sociales et qui témoigne de la vitalité, du scrupule de la communauté qui prendre garde à Allah, qui prend toutes les mesures de précaution et qui avance résolument dans sa quête de salut.

La Fitna est la consécration de la peur qui refuse de prendre ses responsabilités, de l’insenséïsme de l’improvisateur qui se laisse guider par les souhaits, de la subversion idéologique, sociale et politique que l’ennemi construit sur les peurs et les vains souhaits d’une société pour ne lui offrir que la peur et les espoirs qui conduisent à la capitulation.    Sans la Taqwah la Fitna non seulement bouleverse chaotiquement l’ordre social et politique de fond en comble, mais rend la religion otage des passions et source de discorde.

Encore une fois il ne s’agit pas d’un exercice de style, mais de  la posture la plus objective qu’il faut tenter de faire pour tirer enseignement de la crise vécue par le Prophète (sws) et ses compagnons face aux mêmes manipulations idéologiques et médiatiques des idolâtres transgresseurs contemporains. Où nous nous plaçons sur le terrain de la psychologie sociale et de la manipulation qui poussent à se soumettre pour se libérer de la crainte, où nous nous plaçons dans le système de précaution raisonnée qui analyse les données opérationnelles pour s’en prémunir et qui implore Allah de lui donner force et lucidité pour trouver patience et espoir à surmonter la crise. Il faut imaginer le Prophète (saws) exilé confronté aux stratagèmes des riches et puissants chefs de guerre arabes.

Nous avons vu en Egypte, ces derniers jours, comment les Salafistes supposés ne pas faire de politique investissent le champ politique, pour le compte de l’Arabie saoudite, et s’unir aux sans religion qui reprochent aux Frères musulmans l’Islam politique. En parallèle nous voyons les démocrates demander et soutenir un coup d’Etat. Chacun vit dans la peur de l’autre et dans la volonté de terroriser l’autre, mais très peu ont de la Taqwah qui leur permet de construire une feuille de route pour sortir de la crise. Joumaa, le grand Mufti d’Egypte, qui avait considéré la destitution de Moubarak comme une Fitna (sédition) contre un gouvernant légitime, considère que la destitution de Morsi et le coup d’Etat sont légitimes au regard de la chariâa. Comment les gens du commun vont-ils trouver leur chemin ?

Nous avons vu les positions diamétralement  opposées des savants sunnites sur la Syrie s’inverser sur l’Egypte comme ceux des partis islamiques et laïcs. La tendance dominante est de soutenir la répression contre les Frères musulmans et d’appeler à une intervention américaine pour renverser Bachar Al Assad qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple.

Nous avons vu en Algérie les militaires et les civils, les islamistes et les non islamistes, les gouvernants,  et leurs opposants participer à la Fitna qui a provoqué la sédition armée d’un côté et qui a enraciné la subversion idéologique et le terrorisme comme méthode de gouvernance et comme moyen d’existence politique à ceux qui n’ont pas d’existence sociale dans la société algérienne. Nous avons vu l’émergence du bigotisme infantile religieux et du paternalisme politique qui détourne les Algériens de leurs devoirs et de leurs droits.

Nous avons vu la collaboration des classes moyennes, des parvenus et des spoliateurs dans le partage de la rente et la paupérisation du peuple. La Fitna a mis en marge de l’histoire l’Algérie, malgré ses ressources, son emplacement géostratégique, son capital historique, son unité confessionnelle,  et le sacrifice de ses hommes pour se libérer du colonialisme.

Comme en Algérie, en Syrie et en Egypte nous voyons les Arabes et les Occidentaux refuser le dialogue qui aurait pu permet de surmonter la Fitna ou du moins la résoudre avec moins de dommages.

Dans l’histoire humaine, il n’y avait que les Juifs de Khaybar qui se soient attelés à détruire leur territoire et leur demeure avec autant d’énergie et de stupidité. Trahir ses idéaux et aussi tragique que traduire les serments faits aux martyrs ou trahir le pacte de vivre ensemble en paix. Les Arabes contemporains ont surpassé l’auto destruction des tribus de Khaybar sauf que celle des Arabes dessert leurs intérêts alors que celle de Khaybar les servait.

Nous voyons le même phénomène dans le monde arabe. L’aboutissement dramatique des calculs mesquins et irresponsables visant à s’appuyer sur l’Empire pour instaurer la démocratie (ou l’Islam), visant à attiser le sectarisme et l’esprit partisan pour faire valoir son clan, sa tribu, son école de pensée ou son parti,    visant à placer le curseur d’analyse et d’action sur des divergences idéologiques internes et oublier l’impératif de se fédérer contre l’Empire et le sionisme sur le plan militaire, diplomatique, économique et financier en construisant l’Etat de droit tout  en donnant aux peuples les possibilités de construire leur émancipation, de conjuguer les possibilités de leurs territoires contigus, de leurs mentalités similaires, de leur histoire commune, de leurs économies complémentaires, de leurs réseaux sociaux et culturels, et de mobiliser l’élan libérateur et civilisateur de leur religion.

La Syrie et le Liban plus au cœur du monde arabe, plus au cœur des divergences confessionnelles, plus à proximité de l’entité sioniste, plus impliqués dans la cause palestinienne, plus en relation avec l’Iran, dans la charnière géographique et historique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe subissent donc davantage les pressions tectoniques de la géopolitique impériale et sioniste.

Les savants musulmans et les élites politiques et intellectuelles se sont avérés minables devant la globalité et la dimension de la Fitna. Ils ont attisé la désintégration des territoires et des mentalités tout en amplifiant l’effusion du sang des musulmans. Ils ne parviennent toujours pas à voir les mêmes facteurs de régression et les mêmes causes de la Fitna qui opèrent en Egypte et en Syrie à titre d’illustration avec les mêmes vassaux du Qatar et de l’Arabie saoudite qui jouent au même jeu de destruction du monde arabe et pour les mêmes intérêts.

Il est remarquable de voir comment les Frères musulmans égyptiens ont été conduits, par leur inconséquence politique et leur esprit partisan, à devenir les amplificateurs de la dislocation de la Syrie et de la Libye et de la rivalité sunnites-chiites avant d’être jetés en pâture à la répression qu’approuvent et soutiennent les Salafistes Egyptiens travaillant pour l’agenda saoudien. Le gouvernement d’Ennahda, plus pragmatique et plus politique que celui des Frères égyptiens, est mis lui aussi dans le choix cornélien de se désister ou de subir la « contre révolution », malgré ses concessions. La gauche et les libéraux tunisiens,  plus immatures que les bigots islamistes, tombent dans l’imitation servile et mécaniste de l’expérience égyptienne au lieu d’en tirer les conséquences.

Il faut être sectaire ou sénile pour ne pas avoir vu et ne pas continuer de voir le « talent » de l’empire et du sionisme à récupérer les « révolutions » arabes menées  sans guide, ni idéologie, ni programme politique, ni planification ni cap, ni boussole, ni cartes de navigation… Il faut être inculte politiquement et pris sous les feux de sa passion pour ne pas voir   l’Empire et le sionisme disloquer la Syrie et la Libye après avoir disloqué le Soudan et l’Irak dans un plan transparent : maintenir le monde musulman et arabe dans les querelles internes le rendant incapable de voir les missiles  de l’Empire et du sionisme lui tomber sur le crâne, le démembrer et piller ses ressources. Il faut être un monstre pour ne pas voir l’acharnement des élites arabes à saper non seulement leur expérience démocratique, mais les fondements sociaux de l’existence de leur pays.

L’Empire et le sionisme ne complotent pas, ils planifient en analysant et en jouant sur nos contradictions internes, sur notre débilité. Ils ont l’intelligence, en plus de leur capacité de nuisance, de préparer tous les scénarios possibles et de s’y adapter. Nous ne préparons ni scénarios ni moyens, mais  nous improvisons, nous importons et nous confondons. L’art des autres est de voir clair dans nos confusions et  de nous conduire vers davantage de confusions. Le Hezbollah libanais semble échapper à cette règle, mais si l’environnement lui impose des choix difficiles, notre paresse intellectuelle et notre convulsion affective nous rendent impossible la compréhension de ses choix. Il faut juste lire les analyses sur les derniers attentats à Beyrouth et à Tripoli.  Certains d’entre nous refusent de se libérer de la Fitna et continuent de lire la tragédie comme des auxiliaires de la lutte idéologique que mènent l’Empire et le sionisme contre l’éveil du monde arabe et sa fédération en une force de résistance régionale.

Brezinski,  Bernard Levy et Daniel Pipes ont tracé les contours et les artifices de la guerre idéologique, médiatique, psychologique et militaire qui permettent à l’Administration américaine et sioniste de conduire les opérations et de fournir la logistique sans manifester leur présentiel sur le champ de bataille. L’Europe vassale joue son rôle traditionnel. L’innovation est de voir le Qatar et l’Arabie saoudite  intervenir d’une manière aussi forte et directe. Ils agissent comme deux rivaux qui veulent montrer à leur maitre qui est l’esclave le plus servile et le plus criminel méritant les faveurs exclusives du maitre.

Il faut suivre les déclarations d’Hussein Barack Obama pour voir que le Soft Powerment qui succède au Hard Powerment de Kissinger est une réalité : l’Administration américaine laisse ses vassaux se manifester donnant l’illusion qu’elle n’intervient que pour répondre à la demande des Européens et des Arabes. Ces derniers ont une capacité de subversion médiatique de l’ampleur des minutions à l’uranium appauvri lancés contre l’armée de Saddam Hussein. Les médias parviennent à réaliser l’effet blitz du jeu d’échec et que les Américains ont introduit dans leur doctrine de guerre après l’avoir importé et modernisé de l’Allemagne nazie : le Blitzkrieg ou effet de concentration massive des puissances de feux focalisées sur un petit point pour l’anéantir et interdire toute possibilité de résistance en terrorisant l’ennemi.

Dans la guerre subversive il s’agit de frapper le plus loin et le plus fort dans le dispositif des arrières de l’ennemi. Dans la guerre médiatique il faut frapper les esprits, les choquer et les maintenir sous un déluge informationnel propagandiste qui rend impossible l’écoute d’une autre voix ou la formulation d’un raisonnement lucide échappant au sensationnel. Dans toutes les guerres, militaires, subversives, médiatiques, psychologiques et idéologiques il faut frapper vite, fort, loin, concentré et avec surprise. Dans le jeu d’échec il s’agit de jouer contre la montre et de faire abandonner la partie à son adversaire en quelques coups. Il ne s’agit pas de faire mat, mais de faire tomber les pièces maitresses et de laisser le roi sans défense.

C’est sans doute une des  dernières batailles qui se jouent en Syrie. La plus grande organisation islamique dans le monde est mise « hors d’état de nuire » en Egypte après l’avoir poussée à la faute et livré au sensationnel médiatique,  Ben Laden est officiellement assassiné afin qu’aucune voix ne viennent dire non au Djihad sous la bannière de la confusion et de l’OTAN : l’Empire et le sionisme peuvent en finir avec la Syrie et commencer à réfléchir aux choses sérieuses : l’Iran, la Chine et la Russie.

L’histoire ne se déroule pas selon le rapport des forces. Il arrive qu’elle se déroule à contrario du rapport des forces et que le détenteur de la puissance et l’acteur offensif le plus déroutant se trouve lui-même dérouté par l’imprévisible et qu’il finisse par connaitre la déroute militaire et historique. Pour l’instant les Arabes et les Européens font tout pour faire oublier que le principal bénéficiaire de l’effort de guerre syrien est le Hezbollah qui a changé l’équation de la terreur non seulement en Palestine occupée, mais dans la région. Les Arabes et les savants musulmans refusent de voir en Syrie la réédition de plus en plus probable de l’intervention américaine en Irak et les mobiles avancés. Les sunnites et les chiites comme les islamistes et les nationalistes continuent de ne pas lire l’histoire, de ne pas regarder une carte de géographie, de ne pas méditer la biographie du Prophète (saws).

Les grands esclaves et les petits esclaves de l’ensemble du monde arabe, esclaves de l’Empire ou de leurs passions, préfèrent écouter et répercuter la voix de l’idole ou de leur inconscience au lieu de chercher à se réveiller et à se libérer de la Fitna. C’est plus facile de se conduire en bêtes animées par l’instinct de prédateurs ou de proies qu’en êtres humains raisonnables et consciencieux. Allah (swt) a montré le lien indéfectible entre d’une part la Fitna et d’autre part les insouciants qui refusent de voir la vérité et les  pervers qui se consacrent à cultiver le faux et l’injustice refusant de dire la vérité après avoir refusé de l’entendre :

{Certes, les pires des créatures, au regard d’Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Al Anfal  22

Ces animaux politiques non seulement ne veulent ni entendre la vérité ni la dire, mais préfèrent la falsifier et préfèrent devenir l’écho de l’Empire et du sionisme.  L’effusion du sang des musulmans écrit le récit, les causes et les conséquences de la Fitna dans le monde arabe : l’Islamophobie. L’islamophobie est la subversion totale qui présente le musulman non comme une victime agressée, mais comme un personnage hideux ne méritant pas la pitié aux yeux de ses prédateurs. L’Islamophobie c’est pire encore : rendre les musulmans méfiants et défiants les uns contre les autres pour les occuper à se déchirer et à déchirer toutes les possibilités de leur développement et à saper toutes les ressources de leur territoire que l’Empire et que le sionisme convoitent en qualité de prédateurs aguerris.

La stratégie d’institutionnaliser la méfiance envers les Musulmans et la défiance entre les musulmans pour les marginaliser après les avoir criminalisés puis les agresser après les avoir dispersés est le processus de l’Islamophobie. C’est une machination diabolique pour mener une guerre totale – idéologique, médiatique, politique, diplomatique, psychologique, culturelle, religieuse et militaire – contre toute forme et tout esprit de résistance, et contre tout espoir d’éveil civilisationnel. Là où notre esprit indolent voit ou trouve raison pour diverger, l’Empire et le sionisme voit et trouve opportunité et pertinence à diviser, à provoquer, à faire de la subversion idéologique, sociale et militaire.

N’est-ce pas que le Coran nous dit que la subversion est pire que la guerre :

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Lire la suite (Partie 2/2]

Nous avons besoin de la junte militaire !

En parlant de l’armée égyptienne, le général James Mattis, a déclaré au New York Times : « Nous avons besoin d’eux pour le canal de Suez, nous avons besoin d’eux pour le traité de paix à l’encontre d’Israël, nous avons besoin d’eux pour [les droits] de survol, nous avons besoin d’eux pour la poursuite du combat contre les extrémistes violents qui sont une menace à la fois pour la transition de l’Egypte vers la démocratie et pour les intérêts américains. »

En attendant de revenir sur le contenu détaillé de la relation entre l’Empire et son vassal  voici un article proposé par Mohand Tahar qui montre qu’il existe encore des femmes et des hommes  de gauche en Amérique qui éprouvent du respect pour le peuple arabe et pour les ouvriers dans le monde à contrario de la gauche arabe devenue ultra libérale et fasciste :

La junte militaire se prépare à libérer Moubarak

Par Alex Lantier
Mondialisation.ca, 22 août 2013

Après une semaine de massacres qui ont tué ou blessé des milliers de protestataires non armés, la junte militaire égyptienne se prépare à libérer l’ancien dictateur haï, Hosni Moubarak, qui se trouve en prison depuis que le soulèvement de la classe ouvrière de février 2011 l’avait contraint à démissionner.

Lorsque hier, un juge a blanchi Moubarak d’accusations de corruption, l’avocat de Moubarak, Farib el-Deeb, a dit à la presse : « Tout ce qui nous reste, c’est une simple procédure administrative qui devrait prendre moins de 48 heures. Il devrait être libéré d’ici la fin de la semaine. »

El-Deeb a prédit avec confiance que Moubarak serait disculpé d’autres accusations de corruption retenues contre lui. Il serait alors libéré sous caution et ferait appel contre l’accusation de n’avoir pas arrêté les massacres de manifestants par l’armée durant le soulèvement de 2011. La junte, qui comprend de nombreux feloul – des anciens éléments du régime Moubarak – dont les massacres, selon les chiffres officiels, ont causé la mort d’environ un millier de personnes, et blessé 6.000 personnes, chercheront aussi à tout prix à blanchir Moubarak de ces accusations.

La tuerie de masse commise par la junte et la réhabilitation du dictateur haï montre que le coup d’Etat du 3 juillet qu’elle avait organisé et qui a été soutenu par les forces de la pseudo-gauche dans la coalition Tamarod (« rebelle »), a été un complot contre-révolutionnaire mené contre la population. Il avait pour but d’empêcher les protestations grandissantes de la classe ouvrière contre le président islamiste à présent déchu, Mohamed Morsi, et de restaurer les conditions ayant existé avant la révolution.

Pendant deux ans, les feloul et leurs alliés de la classe moyenne avaient serré les dents en s’efforçant de dissimuler leur haine de classe à l’égard des protestations des travailleurs qui revendiquaient du travail, des droits démocratiques et la fin de la pauvreté. Ils ont simplement gagné du temps dans l’espoir de restaurer les conditions politiques leur permettant de jouir sans entraves de leur part des bénéfices tirés des empires commerciaux corrompus bâtis sous Moubarak. Maintenant que la junte a réimposé l’état d’urgence, restauré la police politique et envoyé les chars dans la rue pour massacrer des manifestants, ils tentent de saisir leur chance.

Hier, l’homme fort de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a fait planer la menace de nouvelles répressions contre une nouvelle opposition : « Nous ne resterons pas silencieux et sans agir face à la destruction du pays et du peuple ou à l’incendie de la nation et à l’acte de terroriser les citoyens. »

En fait, c’est la junte et ses alliés qui cherchent à terroriser le peuple égyptien en prévenant une éruption des luttes politiques de masse à l’encontre de sa politique réactionnaire. Non seulement ils ont réimposé les formes de régime dictatoriales qui avaient existé sous Moubarak, mais ils ont considérablement réduit les subventions à l’alimentation et au carburant dont dépendent des dizaines de millions de travailleurs égyptiens.

La junte a annoncé hier le meurtre de 36 autres manifestants qui avaient été capturés à la mosquée al-Fath près de la place Ramsès au Caire alors qu’ils se trouvaient en garde à vue par la police. Elle est également en train de procéder à des arrestations de masse de manifestants, dont celles de 1.004 manifestants après les protestations de vendredi.

Le ministre de l’Intérieur a aussi annoncé hier l’interdiction des « comités populaires de sécurité » et a exigé que les Egyptiens respectent le couvre-feu, à partir de 7 heures du soir, imposé par la junte. Ceci reflète en partie la multiplication des plaintes concernant les groupes de vigiles composés de sbires auxquels Tamarod a fait appel pour attaquer les manifestants pro-Morsi. Mais cela reflète aussi la peur profonde à l’égard de l’opposition de la classe ouvrière qui durant les soulèvements de 2011 avait formé des comités populaires d’autodéfense contre les sbires de la police.

Les Frères musulmans de Morsi, qui craignent aussi que de nouvelles protestations ne viennent encourager une explosion politique de la classe ouvrière, ont annulé toutes les neuf manifestations prévues, à l’exception de trois. Ils ont détourné ces manifestations des trajets prévus afin d’empêcher d’autres affrontements avec l’armée.

En soutenant les organisations contre-révolutionnaires de Tamarod, les charlatans de la pseudo-gauche comme les Socialistes révolutionnaires (SR) ont montré qu’ils se trouvaient, par rapport à la classe ouvrière, de l’autre côté de la barricade. La prochaine offensive révolutionnaire de la classe ouvrière ne pourra se développer qu’en opposition à ces forces réactionnaires, que la junte vise à intégrer pleinement dans l’Etat, ainsi qu’à ses partisans impérialistes.

Kamal Abu Eita, le ministre de la Main-d’oeuvre et du Travail, est en train d’achever la rédaction d’un projet sur « les libertés des syndicats » qui octroie aux syndicats « indépendants », mis en place par des organisations telles que les SR, l’accès à des positions et à des fonds publics. (Voir : « How Egypt’s Revolutionary Socialists helped pave the way for military repression») Abu Eita collabore aussi étroitement avec les émirats pétroliers réactionnaires du Golfe persique. Il a obtenu du cheikh sultan bin Mohamed al Qasimi, le régent de Sharjan, un don de 2 millions de dollars destiné à des « programmes de développement pour la classe ouvrière égyptienne » afin d’aider le ministère du Travail et la bureaucratie syndicale à faire fonctionner les usines fermées durant la révolution.

L’objectif de cette opération est d’accorder à la bureaucratie syndicale et aux partis de la pseudo-gauche des positions lucratives comme exploiteurs de main-d’œuvre ayant un intérêt financier direct dans la répression des luttes de la classe ouvrière dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie. Abu Eita a précisé, « Nous avons l’intention de profiter de l’expérience de l’Amérique latine dans la réouverture d’usines fermées. »

Les puissances impérialistes financent elles aussi la contre-révolution. Bien que de nombreux responsables américains et européens aient exprimé leur manque d’aise à soutenir ouvertement la junte au moment où elle massacre des manifestants, craignant que ceci n’entraîne une opposition populaire dans leur propre pays, ils continuent de la soutenir. Le gouvernement Obama n’a pas supprimé son aide annuelle de 1,3 milliards de dollars que les Etats-Unis versent à l’armée égyptienne et continue encore effectivement à financer la répression de la junte.

La Maison Blanche est en train de signaler à la junte que si elle est en mesure d’écraser rapidement les protestations, elle ne rencontrera aucune opposition de Washington. Un responsable du gouvernement Obama a dit cyniquement au New York Times, « Bien que la violence soit intolérable, nous pourrions peut-être accepter ces décisions, et ce rapidement. »

L’armée égyptienne est un instrument crucial de l’intervention impérialiste américaine au Moyen-Orient. Elle accorde des droits de passage immédiats du canal de Suez aux navires de guerre américains et des droits de survol aux avions de combat américains pour bombarder des cibles au Moyen-Orient. Ceci réduit considérablement la durée de déploiement pour les forces américaines. Et ceci a joué un rôle primordial en facilitant l’invasion américaine de l’Irak en 2003 lorsque le refus de la Turquie de permettre aux forces américaines d’entrer en Turquie pour attaquer l’Irak avait contraint la marine américaine à redéployer ses porte-avions vers le sud et à passer par le canal de Suez.

Un autre signe indiquant que les relations de Washington avec la junte restent solides est le fait que le porte-avions USS Harry Truman et son escorte composée de deux croiseurs ont passé hier sans problème le canal de Suez.

En parlant de l’armée égyptienne, le général James Mattis, a déclaré au New York Times : « Nous avons besoin d’eux pour le canal de Suez, nous avons besoin d’eux pour le traité de paix à l’encontre d’Israël, nous avons besoin d’eux pour [les droits] de survol, nous avons besoin d’eux pour la poursuite du combat contre les extrémistes violents qui sont une menace à la fois pour la transition de l’Egypte vers la démocratie et pour les intérêts américains. »

source : http://www.mondialisation.ca/la-junte-militaire-se-prepare-a-liberer-moubarak/5346711

 

(Article original paru le 20 août 2013)

Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences.

Tout phénomène qui se produit bouleversant la réalité sociale, économique, politique ou militaire appelle les questionnements que la société est appelée à y trouver des réponses si elle ne veut pas basculer dans l’horreur de l’incompréhension et dans les ténèbres des crises qui s’accumulent  et s’alimentent mutuellement. Ces questions sont universelles : Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles  conséquences. Si les élites font l’impasse sur ces questions et si la société ne demandent pas des réponses à ces élites alors tous subissent la malédiction :

{Ceux des descendants d’Israël qui sont devenus renégats ont été maudits par la bouche de David et par celle de Jésus, fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient  et qu’ils agressaient. Et cela car ils ne s’interdisaient pas mutuellement le mal qu’ils commettaient. Que leurs agissements étaient donc exécrables !} Al Maidah 78

La justice ne peut résoudre un crime, la science ne peut comprendre un phénomène, l’histoire ne peut le cœur humain ne peut trouver résilience ou sérénité, s’ils ne répondent pas à ces question qui mènent à la vérité.  Restaurer la  justice est davantage plus complexe et plus exigeant en termes de quête de la vérité. Des médias sans éthique, sans amour de la vérité, sans esprit de justice et d’équité, sans devoir d’informer se transforment en armes qui assassinent les consciences, les esprits, les cœurs et les corps.

Les mathématiques modernes, la psychologie sociale, la linguistique et l’illusion optique ont découvert ce qu’ils appellent le « piège de la raison » qui introduit un biais dans  les conclusions d’une démonstration, d’une enquête ou d’une observation qui a manqué de vigilance ou qui s’est laissé dominer par les impressions,  les préjugés ou les routines.

Que dire alors de la déraison qui anime les médias à qui on a confié la mission du matraquage idéologique, psychologique et médiatique pour ne pas se poser les questions sur les auteurs et les motivations  d’une violence politique ou sociale, d’une agression militaire ou policière, d’un acte terroriste, d’une manipulation psychosociale, d’une subversion… pour criminaliser ceux qui veulent se poser les question, pour les intimider et les confiner au silence.

Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences sont des questions importantes pour comprendre une révolte affublée de révolution ou de printemps. Ces questions sont à poser en ce qui concerne la compétence de désinformer des médias nés des révoltes arabes. En Algérie, après octobre 1988, en Egypte,  après février 20011, la majorité des médias n’ont pas joué leur rôle d’informer, d’éduquer, d’accompagner la démocratie et de participer au débat d’idées. Elles sont venues confisquer la volonté du peuple et le manipuler. Par quoi, pour  qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences ces médias se sont avérés les ennemis de la démocratie. Avec quel argent ces médias sont devenus un escadron avancé pour saper les valeurs du peuple et ses espoirs. Au nom de quelle morale, de quelle idéologie et de quel peuple ces médias ont cultivé la haine et la discorde dans la société et ont poussé à l’affrontement entre militaires et civils.

A qui profite la guerre civile ? A qui profite la confusion ? A qui profitent la corruption des mœurs politiques et économiques, la pollution des esprits,  et la diabolisation de l’adversaire politique ?

Par qui, pourquoi, au profit de qui, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences est poursuivie  la guerre idéologique que menait le colonialisme contre les indigènes qui refusaient de demeurer ses axillaires de pensée, ses assistés, ses vassaux… contre la langue de l’indigène… contre la religion de l’indigène… contre la liberté et la dignité de l’indigène…

Est-ce qu’il est raisonnable et juste  d’imputer aux partisans de l’Islam politique les actes de vandalisme contre les édifices publics et les Eglises alors que le plus ignorant de l’histoire des Frères musulmans sait qu’il n’est ni de leur intérêt ni de leur culture religieuse, sociale  et politique de s’attaquer aux Coptes. Les mouvements sectaires et infantiles ont toujours reproché aux Frères musulmans leur rapport bienveillant envers les Chrétiens et en particulier envers les Chrétiens d’Orient qui partagent avec eux l’arabité, la citoyenneté et la civilisation musulmane.

Qui a intérêt à rompre le fil du vouloir vivre ensemble et du partage d’un certain nombre de dénominateurs communs dont le territoire et les interactions socio-économiques entre musulmans et non musulmans ?

J’ai pris position par écrit contre les Frères musulmans leur reprochant leur empressement à conquérir le pouvoir, leurs arrangements avec l’armée et leur démarche confrérique qui approfondit la discorde sociale et cela m’a permis de voir suffisamment tôt ce qui allait se produire et comment la presse arabe annexe de la presse islamophobe allait manipuler et exploiter la réalité. Voici quelques  extraits des pages 72 à 90 de mon livre «  Le dilemme arabe et les dix commandements américains » :

… La dérive démiurge s’auto justifie par l’illégitimité du pouvoir politique, par la prétention à être le seul détenteur de la vérité et par l’aura de l’Islam sur une population assoiffée d’Islam mais dépossédée des moyens d’appropriation de la vérité coranique. La dérive narcissique permet de jeter l’anathème sur les autres et de les traiter d’hérétiques alors qu’Allah n’a permis à aucun homme de percer le secret du cœur d’un autre ni admis qu’une secte se considère comme la secte du salut et les autres des condamnés à la perdition et à être perdus :

{Ne faites donc pas votre propre éloge. Il Est Plus-Scient de celui qui a été pieux.} (53, 32)

Allah a scellé les pensées intimes et les secrets des cœurs sinon la vie serait infernale ou dramatique. Les Salafistes bigots sont une césure dans les mentalités collectives et dans le corps social, mais ils veulent être une interposition entre le cœur de l’homme et son Créateur, entre sa liberté d’agir et leur conception sectaire et bornée du libre arbitre ou de l’exercice politique sans tutelle théocratique et sans bornage militariste. Ils sont loin de comprendre cette sagesse :

« Il se peut que Dieu te montre les mystères de Son Royaume céleste (malakût) et qu’Il ne permette pas de voir les secrets des hommes. Quiconque percevrait les secrets des hommes sans que son âme se soit conformée à la Miséricorde divine, cette perception serait pour lui une tentation (fitna) et pourrait lui attirer de graves dommages. » (Atta-Allah d’Alexandrie)

C’est cette dérive démiurge qui leur permet de juger à la place de Dieu et de se substituer à l’État. C’est dans cet esprit pervers que nous lisons la Fatwa d’Ahmad Farid cheikh d’Alexandrie autorisant l’armée à tirer à balles réelles sur les Manifestants. Moubarak et tous les tyrans du monde n’ont jamais eu la folie de le dire si ouvertement. Autoriser le meurtre de manifestants sous prétexte qu’ils troublent la paix civile ou qu’ils sèment la « Fitna » est une hérésie qui vient s’ajouter à celle de Qaradhawi demandant, en direct d’Al Jazzera, d’assassiner Kadhafi chef d’État.

Le nouveau ministre de la Justice installé par la Junte militaire lance les mêmes menaces contre les Manifestants qui en l’espace de quelques semaines ne sont plus des héros, mais des traitres, des agents de l’étranger.

Dans ce climat délétère, nous voyons les Frères Musulmans s’ériger en gardiens du temple : ils assurent la sécurité des Coptes d’Égypte au lieu et place de l’armée qui est au pouvoir. Nous sommes face à une théâtralisation, une dramatisation de la violence, pour occulter les arrangements d’appareils entre des « islamistes » infantiles, mais fourbes, et des militaires despotes.

La logique de la politique et de la responsabilité exige des Frères Musulmans de demander à l’armée, qui a le pouvoir réel, de garantir la sécurité à l’ensemble de la population égyptienne ou de céder le pouvoir aux civils. C’est participer à la confusion qu’inverser le rôle et se croire plus royaliste que le roi avant d’entrer dans la cour des courtisans du roi. C’est participer à la clarification que de dire au détenteur du pouvoir réel lorsqu’il assure son devoir de maintien de l’ordre tu as bien agis et le contraire lorsqu’il est défaillent au lieu de se substituer à son rôle. L’astuce politicienne devient vassalisation et le peuple qui a donné sa voix risque de voir que le mensonge continue sous le manteau de l’Islam et à ce moment il risque de pénaliser de la manière la plus inattendue ceux qui se réclament de l’islamisme. Je n’ai pas voulu publier ce livre achevé en 2011, car l’intuition me dit que le peuple égyptien et en particulier les jeunes ne vont pas se laisser duper et, de leur initiative ou poussés par les forces anti islamiques, ils vont revenir à la charge contre le Conseil militaire supérieur et puis se retourner contre les Frères Musulmans devenus otages des Qataris et des Turcs.

[…]

Mohamed Al Ghazali connaissait l’Islam, l’Égypte, les mouvements islamiques et la réalité du monde et par conséquent il avait osé s’attaquer à ceux qui croient défendre l’Islam et qui en réalité, consciemment ou inconsciemment le desservent :

« Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre […] D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires. Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la Prédication Islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères ».

[…]

Rien ne peut s’opposer à la volonté populaire : ni le pourrissement voulu par l’armée, ni le jeu maladroit de ‘Amr Khaled de remettre le peuple en état de travailler en proposant des arrangements d’appareils, des médiatisations de l’armée faisant du social, en galvanisant le patriotisme teinté d’Islam pour remettre l’appareil économique à produire alors que les antagonismes de classes sont toujours présents, l’injustice sociale est présente avec ses causes et ses processus…

[…]

Mais de la même manière que Malek Bennabi a vu le ferment de la révolution algérienne dans la sombre nuit du colonialisme nous observons le même ferment que le colonialisme tente de dénaturer en présentant la révolution arabe sous forme d’une simple « fermentation pour distiller certaines idées que le colonisateur recueille soigneusement pour en faire les idées directrices de la «boulitique». Astuce d’ailleurs cousue de fil blanc, et capable tout au plus d’abuser ses auteurs, qui sonnent inlassablement les douze coups fatidiques de minuit en croyant encore pouvoir assoupir la conscience musulmane. Naïf et entêté, le machiavélisme colonialiste ne se laisse abattre par aucun échec et mobilise encore et tous les jours des sonneurs de minuit, à qui l’on distribue des sommes importantes au lieu de les consacrer à des tâches plus utiles […] Le colonialisme et ses intellectuels font encore sonner minuit, mais dans le monde, musulman, l’heure du sommeil et des fantômes est passée, sans rémission…»

J’ai osé remuer le couteau dans nos plaies bien avant que ce couteau nous égorge de nouveau, mais  nous ne sommes pas encore dans une société apaisée qui cherche à comprendre ni dans un processus de clarification qui pose les questions et cherchent les réponses. Il est logique donc que les pratiques totalitaires et les agissements pour compte du colonialisme et du sionisme continuent de se manifester en revêtant des apparences fallacieuses de nationalisme, de modernité, de démocratie, d’islamisme.

Les Frères musulmans ont commis des erreurs stratégiques et politiques qui demandent à être traités par des voies politiques démocratiques. Leur criminalisation et leur répression ne servent ni la vérité,  ni la justice, ni les intérêts de la nation et du peuple. Il y a une volonté de conduire l’Egypte vers la guerre civile. Il faut reconnaitre que les Frères musulmans ont fait échouer cette volonté, jusqu’à présent, en refusant d’aller à la violence armée et en montrant qu’ils ont encore la capacité de mobiliser et d’être entendu pour que la violence ne soit pas une fatalité vers laquelle conduisent le matraquage médiatique  et la répression policière.

En brisant le principe pacifique et consensuel de l’alternance démocratique et en imputant aux Frères musulmans et au HAMAS des actes  terroristes contre l’armée et la police, le général Sissi, le  Ministre de l’Intérieur et les médias aux ordres ont signé un chèque à blanc aux sionistes. Voici ce que je notais dans mon analyse sur la « révolution » égyptienne :

« C’est le ministre chargé de la Défense passive, Matan Vilnaï, qui a exprimé son désespoir de ne pas voir le maréchal Tantaoui maîtriser le nouvel élan révolutionnaire : « La situation est problématique, sensible et pas claire. Tantaoui tente d’éviter le chaos et de transmettre le pouvoir de la façon la plus ordonnée possible. Nous espérons qu’il va réussir et les Égyptiens doivent aussi l’espérer, sinon ce sera le chaos général et ce sera très mauvais, pour l’Égypte » »

Les sionistes continuent d’appuyer le chaos en Egypte en décourageant l’Administration américaine à condamner les violences

Le Figaro : L’Aipac (American Israel Public Affairs Committee), le très influent lobby pro-israélien à Washington, participe à cette campagne. Dans un récent message adressé aux sénateurs, cette organisation affirme que le gel des subsides américains «pourrait aggraver l’instabilité en Égypte, affecter les intérêts américains et avoir un impact négatif sur Israël notre allié».

Mediapart : En Egypte le putchiste Sissi soutenu par Israël s’attaque aux journalistes occidentaux

Par hasard l’Arabie saoudite menace les Européens s’ils envisageaient de supprimer leur aide à l’Egypte.

Par hasard on active le front médiatique en guerre contre la Syrie en imputant au régime syrien le recours aux armes chimiques.  Diversion pour faire oublier l’Egypte ou provocation pour achever le plan de dislocation du monde arabe. Il suffit d’attendre la suite : opérations de l’OTAN sur Damas ou mouvement des pseudos Djihadistes et transfert des armes de la Libye vers l’Egypte. Le plan diabolique est en souffrance et il se dévoile même si la presse arabe veut lui donner une autre lecture.

Le mensonge et la paresse ne peuvent continuer de  cacher le piège médiatique qui a préparé la récupération de la « chute » de Moubarak,  la diabolisation des Frères musulmans une fois qu’ils aient retrouvé un semblant de cap politique, l’angélisation du coup d’Etat. Il faut juste taper  Mossadegh ou  Allende  pour retrouver le même scénario médiatique orchestré par la CIA et les mêmes objectifs de l’Empire. Cheikh Al Ibrahimi avait trouvé le meilleur qualificatif qui soit : « le pire sabotage contre l’humanité »

Quel que soit le résultat de la diversion ou de la subversion, la presse arabe ne peut pas continuer à vendre le mensonge qui consiste à dire que la gauche ou que les libéraux sont partie prenante et déterminante dans le conflit politique et idéologique en Egypte. Ils ne sont que des opportunistes qui jettent de l’huile sur le feu pour masquer la nature réel du conflit et en tirer bénéfices mondains et immédiats.

Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences est sans doute le chemin qui va éclairer les consciences, les discours, les analyses dans les prochaines semaines et les prochains mois, une fois que les arguments fallacieux auraient épuisé leur fonds de commerce ou qu’ils auraient atteint le seuil de saturation. Plus tôt ou plus tard les réponses aux principales questions s’imposeront à la conscience humaine et ni l’Administration américaine, ni le sionisme, ni  l’Arabie saoudite, ni les médias arabes,  ni les faucons dans l’armée et la police ne pourront les faire taire ni les cacher :

{Dis :  » La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent « .} Al Isra 81

Al Zahq signifie : arriver à l’article de la mort, affaibli sans chance de retrouver force, être à l’agonie, alangui,  tombé  assourdi par un coup mortel, arrivé à l’expiration, s’épuiser,  tomber comme un  moribond, devenir soudainement périclitant, assommé… disparaître…

L’école marxiste de Samir Amin continue de croire dans le déterminisme de la lutte des classes et ne voient pas les autres forces qui animent l’histoire et la conduisent à son aboutissement contraires à leurs souhaits.  L’alternance est la loi qui gouverne l’Univers. Vérité et mensonge s’affrontent jusqu’à la fin des temps avec des moments forts où la vérité frappe symboliquement le mensonge à la tête  comme un coup de bélier qui porte un coup fatal à son provocateur.

Ce n’est que lorsque l’opprimé et l’oppresseur se retrouvent réunis dans la quête des réponses du quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences de l’oppression qu’émerge de la conscience le refus de l’oppression et que Malek Bennabi appelle le sentiment démocratique. L’humain en refusant d’être la proie ou le prédateur peut alors construire la paix dans sa cité et envisager d’autres questions sur la gestion de la cité. Ce sont les réponses à ses questions lorsqu’elles sont consensuelles et respectées qui construisent le processus démocratique et l’alternance pacifique au pouvoir.

Ces réponses  exigent du courage, de la lucidité et de la morale. Elles exigent le respect du peuple,  l’amour de la vérité et la soif de justice. Ces qualités ne peuvent se manifester dans une société où les insensés et les irresponsables embusqués dans les médias confisquent en toute impunité la parole de la religion, de la justice, de l’histoire, de la politique, de la culture et de la morale pour en faire de l’audience marchande, de la haine idéologique, du spectacle sanglant… du mensonge.

Pour l’instant, rares sont les Arabes, dans le camp islamiste ou non islamiste, qui font du questionnement objectif sur ce qui s’est passé, sur ce qui se passe et sur ce qui va se passer leur priorité. Chacun dénigre l’autre et s’imagine que le dénigrement travaille à son avantage. Le dénigrement n’a jamais été une politique de sortie de crise ni une méthode  de conscientisation  du peuple. Les Frères musulmans ne doivent pas  croire  que leur position de victime sauvagement réprimée aujourd’hui  fasse amende honorable à leur posture blâmable lorsque Saïd Ramadha al Bouti a été assassiné ou lorsqu’ils ont donné caution morale et religieuse à l’OTAN et aux pseudos Djihadistes de détruire la Syrie et la Libye. La vérité est au dessus de toute considération partisane ou conjoncturelle.  Se réclamer de l’Islam n’est pas suffisant pour se croire à l’abri des mêmes fautes que ceux qui ne s’en réclament pas :

{Ceux des descendants d’Israël qui sont devenus renégats ont été maudits par la bouche de David et par celle de Jésus, fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient  et qu’ils agressaient. Et cela car ils ne s’interdisaient pas mutuellement le mal qu’ils commettaient. Que leurs agissements étaient donc exécrables !} Al Maidah 78

Les Frères musulmans doivent donc répondre aux questions : Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences ils ont facilité la mission de l’Administration américaine pour approfondir les césures dans les géographies, les cultures, les politiques, les économies et les mentalités collectives des Arabes alors que l’urgence était de fédérer… S’ils ne clarifient pas les phénomènes dont ils ont été les acteurs, les témoins ou la victime, ils seront l’otage des autres qui ne manqueront pas de noircir le tableau et de les accuser justement ou injustement.

L’Egypte de Samir Amin et les patriotes de l’Algérie : des syllogismes fallacieux !

Le site « Algérie patriotique » expert de la désinformation des Algériens sur la situation en Algérie et Egypte se fait l’écho du professeur d’économie politique Samir Amin. Les éradicateurs et les falsificateurs idéologiques se renvoient l’ascenseur. Pour comprendre le nationalisme de l’« Algérie patriotique » il faut juste voir le nombre de musulmans, d’Arabes ou de Berbères qui sont affichés en première : Douganov, Maurice, Bernard et l’athée Samir Amin qui n’a jamais caché sa haine pour l’Islam politique.  Les intellectomanes d’Algérie et d’Egypte ne ratent jamais l’occasion d’exprimer leur haine de l’Islam et de s’afficher comme des auxiliaires de la pensée importée d’ailleurs.

Comme je suis un de leurs détracteurs les plus affichés des Frères musulmans,  je m’autorise moralement à répondre aux mensonges des pseudos démocrates qui ne finissent pas de faire couler le sang des musulmans en terres musulmanes, car les peuples musulmans ne veulent pas leur donner mandat pour  les gouverner, car ils savent les haïssent et qu’ils haïssent leur religion.

Q : Les médias évoquent un deal conclu entre Morsi et les Américains qui consistait à céder 40% des territoires du Sinaï aux réfugiés palestiniens. En contrepartie, les Frères musulmans auraient empoché huit milliards de dollars. Qu’en est-il réellement ? R : Oui, cette information est exacte. Il y avait un deal entre Morsi, les Américains, les Israéliens et les acolytes riches des Frères musulmans de Hamas à Ghaza

Où est le document qui prouve ces assertions frauduleuses qui vont saboter l’avenir d’un pays pour des décades. Nous pouvons écrire des analyses simples ou sophistiquées, mais nous ne pouvons construire ou déconstruire une nation sans preuves juridiques, sans arguments scientifiques, sans jugement de l’histoire.  Sur le plan logique nous avons vu comment les Frères musulmans ont eu du mal à gouverner un pays en faillite  et comment ils ont eu du mal à affronter les campagnes médiatiques qui les diabolisaient et aussi nous nous interrogeons s’ils avaient réellement imaginé vendre une partie du Sinaï ou s’ils étaient inconscients pour croire qu’ils n’allaient pas toucher un tabou. Nous ne sommes pas dans une concession de pétrole de Sahara que Sonatrach gère sans rendre compte au peuple algérien nous sommes dans un territoire avec sa sensibilité, sa mentalité collective, son histoire, sa symbolique religieuse et ses populations écartées du développement. Nous sommes dans une zone sensible où il ne s’agit pas seulement de profondeur stratégique, mais de terrain de confrontation.

Nous ne sommes pas dans une épicerie, mais dans ce qui donne justification à l’existence de la rente militaro industrielle égyptienne. Il est difficile de voir les Frères musulmans franchir ces lignes rouges. Samir Amir sait que plus c’est gros et sensationnel plus c’est crédible d’autant plus que les esprits sont fermés. C’est une accusation grave qu’un homme sensé ne peut porter sans risquer de se trouver devant les tribunaux s’il y avait la démocratie et la légalité. Un journaliste d’investigation aimant son métier et respectant ses lecteurs aurait donné la parole à l’accusé et à d’autres analystes sur un sujet aussi sensible.

« L’armée est entrée en jeu et a réagi de manière patriotique, ce qui est tout à fait à son honneur, et a dit : «On ne peut pas vendre le Sinaï à quiconque, fussent-ils des Palestiniens et faciliter le plan israélien.» C’est à ce moment-là que l’armée est rentrée en conflit avec Morsi et les Américains »

Je lis la presse égyptienne et la presse palestinienne anti Morsi, elles avancent d’autres arguments : le désaccord de l’armée sur le rapprochement de Morsi avec le HAMAS, avec l’Iran. Il y a un général  en retraite qui a soutenu que le général Sissi voulait imputer l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï en juillet 2012 au HAMAS alors que Morsi l’imputait à Israël. Les premiers jours du coup d’Etat la presse égyptienne, à l’unanimité, a informé d’une  plainte pour que la justice juge pour haute trahison Morsi, car il s’est évadé de prison lors de l’insurrection populaire contre Moubarak. On lui reproche tout et rien à la fois que la véritable question est escamotée : il a été démocratiquement élu et il est donc illégal et illégitime de le destituer en le gardant otage. S’il y avait une preuve du deal, elle aurait été publiée dans la presse et Morsi aurait été lynché haut et court.

Enfin tout le monde s’accorde à dire que le pouvoir réel était au sein de la confrérie et non au sein du parti de Morsi ou de son cabinet. Il aurait été plus simple et plus efficace de viser le chef de la confrérie pour ce montage que Morsi. Par ailleurs le montage géostratégique de ce deal exige la collaboration de plusieurs chefs d’Etat, de plusieurs diplomates et de plusieurs agences de renseignement. Même si Morsi voulait extorquer des milliards à l’administration américaine ou rendre services aux riches palestiniens la décision finale revenait aux grandes puissances.

Je ne suis ni journaliste ni expert en dialectique ou en droit, mais un homme qui déteste le mensonge et le crime. Je me documente sur les raisons qui motivent l’horreur aux yeux des éradicateurs au lieu de me contenter à nier les uns  ou à approuver les autres. Je me suis rappelé un débat des plus malhonnêtes qui me soit permis de voir dans le monde arabe. Ce débat (http://www.youtube.com/watch?v=5k20uL5FOSE) qui a eu lieu avant le référendum sur la Constitution se focalisait sur l’article 57 qui stipulait :

Projet de la Constitution : article 57

L’État accorde l’asile aux étrangers privés dans leur pays d’origine des droits et libertés garantis par la Constitution.

L’extradition des réfugiés politiques est interdite.

Ceci en conformité avec les dispositions légales.

Le droit international, le droit européen, et la Constitution française accordent aux réfugiés le droit d’asile avec un certain nombre de droits moraux et matériels qui assurent leur protection et leur dignité. Les grands pays à tradition d’accueil, comme la France, énonce ce droit comme un principe fondateur de la République en le proclamant dans le préambule de leur Constitution. La loi et les institutions  explicitent et régulent le code de séjour des étrangers, le code de la nationalité, le droit d’asile. Ce sont des traditions humanistes que la Charia islamique a instauré depuis  l’avènement de l’Islam. On le retrouve dans la paix offerte par l’Eglise aux réfugiés dans son enceinte. Voici ce qu’on reproche à la nouvelle Constitution égyptienne :

 » Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République «   (Article 53.1 de la Constitution de 1958).

Les Coptes, les libéraux et les nationalistes se permettent de jouer sur les mots pour faire peur à la population et exacerber son nationalisme. Ainsi ils font l’amalgame entre Gantanamo, Palestine, terrorisme, apatrides délinquants, accords commerciaux avec l’Union européenne, accords secrets avec Israël…  Je n’ai jamais entendu des propos aussi racistes et aussi négateurs des droits de l’homme que dans cette émission où les traditions totalitaires avec leur montage et leur exclusion de la partie adverse ne peuvent trouver place dans l’extrême droite française qui perdrait tout crédit politique.

Samir Amin et les comparses de l’éradication et de la diabolisation se taisent pourtant sur le résultat du référendum populaire malgré la mobilisation de tous les moyens médiatiques.  Ils continuent de nous servir leurs arguments fallacieux et leur haine de l’Islam au lieu d’affronter leurs adversaires politiques et idéologiques sur le champ des élections  et sur le terrain des idées.

Le premier argument de Samir Amin et des souteneurs du coup d’Etat sur « Algérie patriotique » :

« La seule et véritable raison est que Morsi était rejeté par le peuple égyptien. La preuve en est donnée par la campagne de signature de Tamaroud qui avait réuni, avant le 30 juin, vingt-six millions de signatures demandant le départ de Morsi. Ces signatures n’ont pas été ramassées n’importe comment. Elles représentent un chiffre vrai. La manifestation du 30 juin était bel et bien attendue. Seulement, elle a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Les chiffres indiquent que dans toute l’Egypte, et non seulement à la place Tahrir, il y avait trente-trois millions de manifestants, le 30 juin. Pour un pays de 85 millions…  Face à cela, évidemment, le commandement de l’armée a été très sage ; il a déposé Morsi et confié la présidence intérimaire à qui de droit, c’est-à-dire au président du Conseil constitutionnel, Adli Mansour, qui est un juge, mais pas un juge révolutionnaire ; c’est un homme conservateur, connu pour être parfaitement honnête et démocrate… Morsi qui se comportait comme un brigand et sans aucun respect des règles les plus élémentaires de la démocratie. »

Comment un professeur d’économie politique et un journaliste grand démocrate vont-ils nous faire avaler leur couleuvre ? Par ce que la subversion appelle le syllogisme fallacieux : fausses prémisses, faux raisonnement et fausses conclusions masquées par des affirmations tautologiques qui s’affirment comme vraies et qui deviennent référence pour faire des mensonges à venir des vérités que rien ne vient confirmer. L’esprit et la rhétorique des démocrates arabes auraient été  des curiosités s’il n’y avait pas les conséquences dramatiques que l’on sait. Les faux démocrates annoncent une fausse vérité et la suivent pas d’autres fausses vérités :

« Tout le monde le sait en Egypte. Et la preuve va être donnée par la justice bientôt. »

Les démocrates arabes, au nom de la démocratie (souveraineté du peuple) assassinent le choix du peuple, assassinent le peuple dans l’espoir que la justice de l’Etat d’exception va leur donner les arguments et les preuves. Et pourtant, un apprenti ouvrier de 14 ans (niveau BEP ou CAP) apprend au collège français que la démocratie se mesure par le scrutin, se respecte par le respect du résultat des urnes et se pratique par l’exercice de l’alternance politique. Les manifestations du Front de Droite ou du Front de Gauche, les manifestations contre ou en faveur de Sarkozy ou de Hollande, ne font pas le choix populaire et ne peuvent remplacer une élection.

Etre républicain ou démocrate commence par le respect du choix du peuple et l’engagement à œuvrer pour que le respect du choix populaire soit ancré dans la culture politique. Cette posture est davantage attendue dans les pays arabes qui n’ont pas ces traditions. Celui qui se prétend le plus démocrate devrait montrer l’exemplarité, mais les élites arabes ne sont pas à leur première contradiction, ni à leur premier parjure, ni à leur première trahison.  Ils ne peuvent voir le ridicule et le faux de leur argumentation ni leur référence qui n’est pas le peuple arabe, mais l’Etranger dont il cherche l’agrément :

« L’ambassade des Etats-Unis a proclamé Morsi vainqueur d’élections «démocratiques» et, évidemment, trois minutes après, les ambassades de Grande-Bretagne, de France et des autres pays européens ont suivi. La commission des soi-disant observateurs étrangers, principalement des Européens, a entériné ces élections-farce. Le régime ne bénéficiait, donc, d’aucune légitimité. »

C’est lamentable comme argument, ridicule comme justification, cynique comme mensonge. La vérité la plus élémentaire est d’interroger les comptes rendus de la presse égyptienne sur les aller venue des officiels du pouvoir et de l’opposition à Washington. Tous vont chercher la bénédiction de l’Administration américaine, et tous cherchent et rendent compte de la position des élites américaines et européennes à l’égard de leur pays. Les indigènes sont considérés comme des faire-valoir, ils ne sont sollicités que pour verser leur sang faute de n’avoir pas donné leurs voix. Les faux démocrates et les faux progressistes sollicitent  l’Empire et le boudent comme des prostitués lorsque l’Empire poursuit ses objectifs qui dépassent leur stupidité infantile et leurs ambitions démesurées.

Un enfant attardé mental sait que jamais l’Amérique et Israël ne laisseront leurs vassaux se faire massacrer ou se faire déposséder de cette façon. Nous voyons l’Arabie saoudite mettre tous ses  moyens diplomatiques et financiers pour empêcher que l’Europe ne puissent, par égard à ses citoyens, condamner la répression en Egypte. Nous voyons, de la manière la plus éclatante, comment le monde arabe et musulman met son curseur distinguant  les partisans de la vérité des partisans du faux. Le syllogisme des démocrates opposés aux islamistes ne tient plus depuis plus de 20 ans. Les rentiers de tout bord veulent maintenir le statut quo idéologique des années cinquante à soixante dix.

Un journaliste instruit et démocrate dispose des archives des médias. Un professeur d’économie marxiste connait l’importance du traitement statistique des données et il sait que Lénine a mené un travail colossal et objectif de collecte et de traitement des chiffres  pour réaliser ses monographies sur la situation réelle de la Russie. Lorsqu’on entend les inepties du professeur Samir Amin on comprend la faillite morale et politique de ses élèves dans le monde arabe. Ils sont prisonniers de leurs clichés idéologiques et de leurs syllogismes fallacieux. La dialectique chez les marxistes arabes c’est juste de l’intellectualisme ostentatoire et un gagne-pain dans les universités du tiers monde.

3 ou 30 millions d’opposants en Egypte il faudrait les prouver. Plus le mensonge est répété  plus il parait plausible. Plus le mensonge est gros plus il frappe les esprits. Ces pygmalions adorateurs de leurs syllogismes fallacieux savent la vérité : seule une élection permet de mesurer en grandeur réelle le poids électoral d’une force politique.  Même si les opposants de Morsi sont plus de 30 millions rien ne dit que les partisans de Morsi ne sont pas autant sinon plus, et rien ne dit que les « forces » pseudo libérales qui ont obtenu moins de 0,01% et qui ont échoué à faire boycotter le référendum sur la Constitution puissent avoir une voix dans l’avenir. Il faut revenir à l’arbitrage du peuple qui s’est déjà exprimé selon les règles de la démocratie moderne :

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Ce sont les chiffres  officiels de l’Etat égyptien. Faut-il contester ces chiffres,  changer de peuple, ou se remettre de nouveau  au peuple et attendre les nouveaux chiffres. Les falsificateurs savent qu’ils n’ont aucune chance de remporter une élection transparente et honnête. La solution est la fuite en avant en programmant un bain de sang et en tentant de le vendre puis de le justifier par des élites qui se comportent moralement et socialement pire que les Baltagis et les mercenaires. Même si vous n’avez ni religion, ni respect du pacte, ni esprit démocratique, le sang versé vous poursuivra dans ce monde et dans l’autre. L’illusion de réussite vous fermera la porte au repentir et à l’autocritique. Les militaires que vous avez entrainés dans votre chute ne vous donneront jamais la moindre  parcelle de ce pouvoir tant convoité.

Quelle est la signification de ces 3 millions de voix à la place Tahrir ? Où sont les  études réalisées par les ingénieurs, topographes, urbanistes, géographes et cartographes pour estimer le nombre de personnes pouvant se réunir à la place Tahrir et dans ses périphéries ?  J’ai cherché à comprendre la signification des chiffres qui occultent la sacralité de la vie humaine et la valeur de la pratique démocratique ? J’ai trouvé deux démonstrations que deux ingénieurs  égyptiens sur You Tube pour réfuter la valeur des chiffres.  Je vous conseille de recourir à Google Earth pro (ou plus) sinon à Google Earth grand public et de vous faire assister par le logiciel gratuit GE-Path. Même s’il y a des erreurs de l’ordre de 0,01 les résultats restent probants pour des estimations.

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Il est vrai que l’œil humain est toujours impressionné par le fantastique et qu’il est sujet aux phénomènes d’illusion optique,  il est vrai que les images sont impressionnantes.

 

 

 

 

 

 

 

Place-Tahrir2Ces images impressionnantes occultent les images aussi impressionnantes des partisans de la légalité constitutionnelle et du respect du processus électoral. Je me suis rappelé la citation d’Umbero Ecco sur les symboles et la puissance de l’image : « Dans une société démocratique, l’image doit inviter à la réflexion et non à l’hypnose ».  J’ai toujours pensé et dit que les pseudo modernistes arabes sont otages de la mythologie grecque et qu’ils sont les plus grands paresseux en matière de processus dans un monde arabe qui ne partage pas leurs symboles et leur réfutation de la foi et de la démocratie.

 

 

Il faut parvenir à évaluer la surface de cette marée humaine. Les pécheurs de l’Occident parviennent à évaluer la quantité de sardines dans l’océan, alors que les vertueux du monde arabe jouent sur la fascination.  Combien de personnes peuvent être contenues dans les espaces pouvant théoriquement les contenir si on part de l’hypothèse extrême que 4 personnes peuvent rester debout et longtemps sur 1 m2 dans une ville aussi insalubre et aussi étouffante que le Caire ? Il faut faire un tracé qui épouse les contours de cette marée humaine :

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A partir de plusieurs tracés il faut faire confiance à la technique de Google Earth et non aux idéologues éradicateurs pour évaluer, noter et additionner les superficies calculées par le  logiciel  :

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Dans le meilleur des cas nous arrivons à la même conclusion des Egyptiens qui contestent les chiffres : Au maximum 400 milles personnes si on fait abstraction de l’espace occupé par les bâtiments. En tenant compte du turn over, du renouvèlement des manifestants, nous pouvons admettre le chiffre de  600 mille. En partant de ce chiffre  et en faisant une extrapolation sur l’ensemble de l’Egypte, nous pouvons arriver à une mobilisation anti Morsi de 5 millions. Même si nous supposons qu’il a plus de 4 personnes au m2 et qu’il n’y a pas d’arbres ni de bâtiments nous arrivons au chiffre d’un millions au Caire et par extrapolation de 10 millions en Egypte. Nous sommes loin des chiffres avancés par le syllogisme fallacieux. Nous sommes loin du rapport démocratique aux chiffres officiels de l’élection présidentielle et du référendum sur la Constitution.

Il doit y avoir une haine idéologique qui transcende la rivalité politique. Elle est focalisée sur l’Islam politique. Les Français qui ont des traditions démocratiques et qui font des manifestations une expression sociale et politique normale dans le jeu démocratique ont du mal à trouver une autorité crédible et impartiale qui expertise le nombre des manifestants qui varient toujours de 1 à 10 selon la police et les organisateurs. Comment donner foi à ceux qui n’existent en poids politique dans un pays qui de surcroit n’a pas d’appareil statistique fiable.

Si nous oublions les calculs que permet Google Earth nous ne pouvons occulter le nombre impressionnant des Egyptiens qui se sont mobilisés contre le coup d’Etat. Si les démocrates avaient la certitude de remporter des élections futures ils n’auraient pas couru le risque d’occulter le nombre des partisans de Morsi et des partisans de la légalité qui continuent de se manifester malgré la terreur recherchée par la répression et la mise au silence.

Notre professeur de dialectique ou plutôt de rhétorique fallacieuse et de casuistique idéologique continue sans honte ni pudeur à déverser ses mensonges et à trouver des insensés qui le diffusent devenant  ainsi complice dans la mise à mort d’un pays frère et la fin d’une expérience démocratique :

« Il y a eu trente-trois millions de manifestants au Caire contre Morsi, lequel avait le pouvoir de l’Etat et les milliards de dollars du Golfe. Seulement, il n’a même pas pu mobiliser deux millions de partisans. On parle de danger de guerre civile quand l’opinion est véritablement divisée et partagée. Ce n’est pas le cas en Egypte. Ce qu’il y a, par contre, ce sont des actions terroristes. En Egypte, tout le monde sait que les Frères musulmans sont au nombre de cinq cent mille à six cent mille. Parmi eux, il y a une centaine de milliers qui est armée. Ce sont ceux-là qui peuvent créer des troubles, non une guerre civile. D’ailleurs, dans les manifestations populaires, ceux qui arrêtent les Frères musulmans et les battent à plate couture, ce ne sont pas les forces policières, mais plutôt les manifestants eux-mêmes. »

Les monarchies absolutistes viennent de mettre 20 milliards sur la table pour accompagner le coup d’Etat, le temps va dévoiler les dessous de table pour préparer le coup d’Etat et inciter les militaires à le faire. Le Qatar vient d’envoyer quatre bateaux de gaz. Ce n’est pas moi qui l’affirme. Les télévisions et les journaux du monde entier témoigne du mensonge sans vergogne de la gauche égyptienne et de la gauche algérienne qui se fait écho de leur mensonge sans respect ni pour  la vérité des faits, ni pour la démocratie, ni pour la sensibilité du peuple algérien et ses souffrances. Le complot contre la jeune et fragile démocratie égyptienne a réuni toutes les crapules de gauche comme de droite, de l’intérieur comme de l’extérieur, du camp islamiste comme de leur éradicateurs.

Le scénario est diabolique. Moralement, politiquement, médiatiquement  et intellectuellement, nous assistons à l’effondrement du scénario qui dévoile  l’ampleur de son mensonge et de son horreur.  Nous ne voyons ni juge ni organisation non gouvernementale indépendante recevoir les copies des 20 ou 30 millions de signataires demandant la destitution du président Morsi. Même si cela venait à se réaliser et j’en doute comme je doute que le chameau puisse entrer par le chas d’une aiguille, il faudrait prouver que ces signataires voulaient la fin de tout le processus démocratique.

Je ne suis ni journaliste, ni professeur de dialectique, ni partisan de la démocratie ou de l’islamisme, mais un homme qui refuse le mensonge et le meurtre. J’ai donc rédigé un article sur la Baltagiya fort documenté. Il y a des images, des chiffres et des analyses. Un professeur d’économie politique peut faire de la boulitique dans sa tour d’ivoire et auprès de ses pairs, mais il ne peut cacher la vérité flagrante au peuple égyptien qui vit à proximité des milices de délinquants promus en justiciers et en vitrine politique fasciste.

Le journaliste algérien, même s’il n’a pas la culture démocratique et l’esprit sportif,  il aurait pu avoir la présence d’esprit de se rappeler que les Algériens ont souffert de la Baltagiya égyptienne lors des rencontres de football et qu’ils ne risquent pas n’oublier les appels au meurtre et la falsification des faits d’un certain Dib qui conduit toujours le tapage médiatique des canailles qui trouvent refuge dans le nationalisme des frustrés et des prédateurs. Lorsqu’on analyse les commentaires on comprend que l’esprit partisan n’écrit pas pour afficher ses arguments ou pour montrer la vérité à laquelle il est parvenu, mais pour gagner son pain et plaire à ses lecteurs acquis à la même cause que lui et ses commanditaires.

Il faut bien, un jour ou l’autre, dans ce monde ou dans l’au-delà, que chacun apporte ses preuves et ses témoins et rendre compte sur ce qui a conduit à l’atrocité des crimes commis contre un peuple et un pays et comment et pourquoi avoir informé et manipulé la réalité de cette façon et non de telle autre. Il ne s’agit pas de statistiques ou de syllogismes pour s’amuser ou jouer de la passion humaine et de sa crédulité, mais de la sacralité de la vie humaine et du droit à un peuple de décider de son devenir. Un professeur « dialecticien » ou un journaliste « patriote » n’a pas plus de droit qu’un paysan, qu’un ouvrier ou qu’un exclu dans le choix de ses gouvernants et de la façon à être gouverné. Il a plus de devoir par sa compétence à raisonner et sa possibilité à communiquer. Moralement et intellectuellement parlant le professeur et le journaliste partage la même ignorance du peuple et de sa religion et fondent leur idéologie sur le même fantasme et les mêmes méthodes de mensonge. C’est lamentable.

C’est tellement lamentable qu’ils nous font croire que l’Amérique et l’Europe ne peuvent pas venir en aide à leurs  vassaux islamistes mis en Egypte pour le profit d’Israël.  Personnellement j’ai attaqué les Frères musulmans et Qaradhawi pour leur politique insensée en Syrie et en Libye disant qu’elle sert les intérêts de l’Empire et du sionisme qui déchire les musulmans entre eux pour continuer de démanteler la région. L’Empire et le sionisme poursuivent  le même objectif contre le monde arabe et le monde musulman par la stratégie du soft-powerment de Brezinski et l’attisement des luttes idéologiques entre musulmans de Bernard Levy. Sur ce terrain les islamistes et les non islamistes ont été lamentables.

Les erreurs de gouvernance ou de vision stratégique ne permettent pas d’affirmer qu’il y avait une trahison ou une collusion d’intérêt contre la souveraineté nationale. J’ai exprimé mes craintes qu’en Algérie ou qu’en Egypte  l’administration américaine puisse manipuler l’esprit de revanche, l’appétit de pouvoir et l’inculture géopolitique que les systèmes despotes ont développé y compris au sens de l’opposition islamiste. J’ai par contre refusé de croire que les Frères musulmans puissent agir  en traitres pour le compte de l’OTAN ou de l’administration sioniste. Leur combat pour la Palestine et ligne idéologique ne leur permettent pas la mutation sur les principes et les valeurs.

La mauvaise gestion du dossier syrien par les Frères musulmans et par le HAMAS, a permis de cultiver le doute, puis de  d’en faire un objectif idéologique et politique contre l’expérience démocratique égyptienne et palestinienne tout en sapant la résistance en la déchirant de l’intérieur. Ma principale crainte était de voir les Frères musulmans tomber dans des  arrangements tactiques et hypocrites avec l’armée ou avec l’Administration américaine ou de se disperser dans des faux clivages idéologiques. Les éradicateurs ont souhaité la collusion et ont focalisé leurs efforts pour lui donner une réalité médiatique. Ils n’ont pas joué seulement à la Boulitique, ils ont œuvré dans le sens de la stratégie sioniste et impériale puis ils font semblant de se présenter comme la conscience nationale par des mensonges et des manipulations. C’est mesquin et criminel !

La politique comprise comme consécration de soi au service de la cité ( le but de la démocratie n’est-ce pas) ne se fonde ni des approximations, ni sur des jugements de valeur ni sur le triomphe de l’ego au détriment des citoyens.  Le professeur du centralisme démocratique et de la dialectique historique ainsi que le journaliste patriotique auraient pu nous informer sur les revendications des 3, 10, 22, 30 ou 52 millions ligués contre Morsi. Au-delà de l’éviction de Morsi quel est leur projet, leur désir, leur ambition : économie libérale, augmentation de salaire, sécurité, élections présidentielles anticipées, révision constitutionnelle.

Si tout ce monde était rassemblé autour d’un seul et même objectif pourquoi aller vers un coup d’Etat militaire, pourquoi ce bain de sang, pourquoi ce chaos, pourquoi l’absence de ce peuple et la présence des Baltagiyas. Si ce rassemblement est divergent politiquement, socialement et idéologiquement pourquoi un retour au pouvoir de l’armée, de la police et du système Moubarak. Comment connaitre la nature réelle de ce rassemblement : le poids réel des partis dans un parlement élu démocratiquement. Pour l’instant, le choix est l’éradication pour ne pas être confronté de nouveau au choix populaire.

Les éradicateurs experts en syllogismes fallacieux ne peuvent dire à leurs relais médiatiques que la Constitution égyptienne, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher  comme erreur de formalisme juridique, a apporté des avancées démocratiques et des garanties de justice sociale que la gauche française n’ose pas imaginer voir inscrites dans la Constitution française.  Je ne suis pas naïf au point de ne pas voir que les Islamistes  ne parviennent pas à traduire leurs bonnes intentions en praxis sociale et politique.

L’honnête homme devrait vérifier ses sources et écouter toutes les parties en conflit avant de se prononcer et devenir complice de crimes. S’il l’avait fait il aurait vu que les Frères musulmans ont inscrit dans la Constitution égyptienne le refus du licenciement des travailleurs, le principe de l’économie coopérative, la subordination de l’état d’urgence ou de la déclaration de guerre à l’accord préalable des 2/3 des parlementaires. La Constitution est perfectible par la pratique démocratique, mais les démocrates arabes refusent que la Charia islamique soit inscrite comme source du droit dans les pays arabe.

Leur haine idéologique est cachée sous leurs les arguments fallacieux qui sont alignés les uns après les autres comme des torpilles de Satan le maudit  :

« D’ailleurs, les actions contre le Mali et l’Algérie sont venues de Libye. »

N’est-ce pas que la gauche arabe a été plus stupide que les islamistes dans les tragiques événements en Libye. Est-ce qu’ils ont contesté  l’agression de l’OTAN ? Non ! On a vu des cadres des services français avec des cadres patriotes algériens se mobiliser davantage contre les Islamistes en Libye pour des raisons idéologiques que pour des questions de droit et de souveraineté nationale.

Les élites égyptiennes et algériennes ont-elles condamné l’intervention française au Mali ? Ont-elles analysé  la gestion stratégique du chaos en Libye dans le redéploiement du colonialisme français aux frontières de l’Algérie et dans ses rivalités ou dans ses collaborations avec la pénétration américaine qui confisque les ressources des peuples africains.

Le capitalisme stade suprême de l’impérialisme est une vue de l’esprit lorsque les élites arabes sont confrontés à la réalité du capitalisme et de l’impérialisme  et aux luttes idéologiques qu’ils imposent à notre système de pensée toujours incapable de penser par lui-même son drame et son devenir.

La dialectique marxiste est  l’analyse des contradictions sociales, économiques et historiques en vue de dépasser la crise et produire une nouvelle réalité et ainsi de suite. Pour les marxistes arabes c’est une série d’affirmations sans preuves, sans analyse des tenants et aboutissants. J’ai longuement écrit sur le projet américano sioniste soutenu par les Bédouins qui envisage de régler la judaïsation définitive  des terres  par le déplacement des populations palestinienne et de ce qui reste de territoires autonomes vers la Jordanie et l’Egypte.

La guerre en Syrie et les erreurs de Qaradhawi ont été  utilisé pour l’affaiblissement de la Résistance et le miroitement d’un khalifat islamique comme solution finale pour liquider la résistance palestinienne avant de liquider les mouvements islamiques par des luttes internes ou par une agression externe. J’ai montré comment Qaradhawi, devenu sénile  manipulé par le Qatar et les taupes infiltrés dans l’association internationale des savants musulmans, contribuait à la réalisation d’un plan qui dépassait la Syrie et dont, lui les savants sous sa présidence et les Frères musulmans allaient être les premières victimes. Nous sommes dans un projet, un processus, un scénario complexe, mais nous ne sommes pas dans un contrat négocié entre Américains et Frères musulmans comme veulent nous le faire gober les patriotes égyptiens et algériens.

C’est triste de voir les dialecticiens faire l’impasse sur Sykes Picot 2 et se focaliser sur l’Islam politique qui peine en Tunisie et en Egypte à financer son budget,  à ramener la sécurité et à tracer un cap.

Les rouages de l’Etat étaient encore aux mains de l’ancien régime. Samir Amin ne peut ignorer les contradictions de la « révolution égyptienne » ! Il ne peut ignorer ni les enjeux de pouvoir ni les clivages idéologiques. Pour les hommes de ma génération, Haykal et Samir Amin sont de grandes déceptions. Ils ont marqué des générations dans le mauvais sens de l’histoire. Ils vont quitter l’histoire du monde arabe lamentablement. Chacun est en train de dévoiler ses cartes à une vitesse effarantes.

Nous voyons comment les modes opératoires médiatiques et intellectuels,  sans foi ni loi, se rencontrer sur le terrain du mensonge, de la désinformation, de la criminalisation de l’adversaire politique. Ces voyous osent insulter la charia alors qu’elle leur demande d’être juste, équitable et probe. La charia qu’ils dénigrent énonce clairement que :

«  La preuve doit être établie par l’accusateur, le serment  pour l’accusé qui réfute les charges contre lui ».

Les « démoncrates » se révèlent dans les grands événements de petits usuriers  délateurs qui accusent  sans apporter la moindre preuve ni la moindre argumentation scientifique.

L’intellectualisme « anti impérialiste » véritable fond de commerce idéologique et véritable rente politique a figé les nationalistes arabes, chrétiens et athées, dans une posture qui les rend incapables de comprendre le monde et de conduire les peuples arabes vers la liberté. Voici ce que Samir Amin dit de son livre (« Le monde arabe dans la longue durée, le printemps arabe. Le Temps des Cerises » septembre 2011) sur les révolutions arabes en Tunisie et en Egypte et que le processus historique ancien et en cours dément catégoriquement :

« La victoire électorale des Frères Musulmans et des Salafistes en Égypte (janvier 2012) n’est guère surprenante. La dégradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entraîné un gonflement prodigieux des activités dites « informelles », qui, en Égypte, fournissent leurs moyens de survie à plus de la moitié de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Frères Musulmans, sont fort bien placées pour tirer profit de cette dégradation et en perpétuer la reproduction. Leur idéologie simple donne une légitimité à cette économie primitive de marché/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis à leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d’action efficaces : avances financières à l’économie informelle, charité d’accompagnement (centres de soins et autres).

C’est par ce moyen que les Frères s’implantent dans la société réelle et la place sous leur dépendance. Mais ce succès aurait été difficile s’il n’avait pas répondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d’Israël. Ces trois alliés intimes partagent la même préoccupation : faire échouer le redressement de l’Égypte. Car une Égypte forte, debout, c’est la fin du triple hégémonisme du Golfe (la soumission au discours de l’islamisation de la société), des États Unis (l’Égypte compradorisée et misérabilisée reste dans leur giron) et d’Israël (l’Égypte impuissante laisse faire en Palestine).

L’avortement planifié de la « révolution égyptienne » garantirait donc la continuité du système mis en place depuis Sadate, fondé sur l’alliance du commandement de l’armée et de l’Islam politique.

 

Celui qui veut comprendre et deviner les mots des « intellectuels » algériens il faudrait qu’il lise Samir Amin tricotant sur l’Afrique du Nord et lui transposant les théories marxistes latino américaines alors  Marx lui-même n’a a jamais osé transposer la problématique du capitalisme européen et du prolétariat dans ses analyses sur l’Asie et le monde musulman. La jeunesse arabe a fuit le marxisme et le nationalisme des Arabes pour leur  dogmatisme simpliste et pour leur haine de l’Islam. Un jour on fera la lumière sur la collusion des évangélistes avec les marxistes arabes. Ces derniers ont été les instruments de la lutte idéologique contre l’Islam mené par les évangélistes eux mêmes instruments de la lutte idéologique du sionisme pour la domination mondiale. Les documents et les témoignages existent… Ils peuvent se présenter en image  comme les défenseurs de l’humanité, mais cela ne change rien à leur nature inhumaine, ni à leur fonction d’intellectuels organiques au service des dictatures militaires.

Baltagiya et Boulitique

En Egypte et après l’effusion de sang programmée par un coup d’Etat qui a déjà montré sa faillite politique et morale, nous voyons la connivence de la Baltagiya et de la Boulitique s’étaler dans les places publiques et les petits écrans égyptiens et occidentaux. Il leur faut montrer les partisans de la solution islamique dépossédés de leurs droits en position de terroristes à abattre et leurs adversaires en un peuple uni contre le terrorisme. La pilule ne passe pas. Pour comprendre il faut aller plus loin que la lecture immédiate des images et des discours.

La Baltagiya est étymologiquement (du turc) la corporation de voyous à la pelle (en masse). C’est un terme qui est entré dans les mœurs et le lexique de l’Egypte avant la chute de Moubarak. Lors des élections de 2005 et 2007qui donnaient Moubarak usé, lui et son parti, les voyous sont entrés en scène pour intimider les électeurs et donner la victoire de plus de 90% au Président et à son  parti au pouvoir. Nous avons assisté au remake en 2011 comme acte de subversion sociale et politique contre les manifestants. Nous assistons au relookage en 2013 avec plus de sang et davantage de violences.

La Boulitique, terme introduit par Malek Bennabi,  est l’activité politicienne déraisonnée qui gère la vie publique par l’affectif et qui gère la cité comme si c’était une épicerie familiale que le dernier rejeton familial peut mettre en faillite sur un coup de tête ou qu’il peut faire prospérer sans comptabilité ni de comptes à rendre ne comptant que sur la générosité de ses clients, leur imbécilité  et sa bonne étoile. L’un et l’autre se rencontre dans une sorte de malédiction qui enlève à l’humain son humanité et à la société sa raison de faire de la politique et d’édifier une voie de progrès.

La Boulitique a recours à des analyses et des analystes déraisonnées qui jouent sur la fibre occidentale de la lutte anti-terroriste contre l’Islam et les musulmans pour continuer à naviguer à vue, à jouer le rôle de comparse dans le plan occidental qui ne veut pas d’alternative civilisationnelle islamique à son projet de domination sur les ressources et les consciences mondiales.

La Baltagiya est présentée, depuis quelques jours, comme la réaction honorable  du peuple qui apporte son soutien au régime militaire et qui exprime sa colère contre les « islamistes » qui portent atteinte à la sécurité nationale, à la sécurité publique, aux biens privés et publics, à la vie des paisibles citoyens. On prend tous les gens pour des tarés qui ne comprennent ni la similitude des images entre l’ère Moubarak et le projet de Sissi ni la collusion entre les forces de sécurité avec les organisations de voyous.
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Dans les pays arabes on voit ce phénomène de délinquance s’organiser autour du football qui devient un exutoire de haine, de défoulement psychotique d’une population névrosé, sans repères et en quête de violences gratuites pour donner sens à une vie d’insensés. Bien entendu ce phénomène coïncide avec l’instrumentalisation boulitique des sports de masse pourtant censés éduquer. Il coïncide avec la « démocratisation » des ghettos sociaux et de la perdition scolaire qui fournissent des contingents de désœuvrés, d’exclus, de rancuniers, de repris de justice récupérés, de gens sans foi ni loi. Ils sont à la fois produits par le système d’exclusion et déchets de récupération d’un système qui les recycle dans ses basses besognes, mais aussi produits et déchets d’une société en errance, en panne, en décomposition…

Avec la réintroduction du politique dans le champ social arabe, La Baltagiya est devenue une organisation politique de voyous qui agit pour le compte des appareils sécuritaires et des réseaux d’affaires affiliés aux services pour terroriser la population civile, intimider les partis politiques et les associations de la société civile, et pour casser les grèves et les manifestations. Les voyous et leur instrumentalisation par les services de police ou par d’autres officine n’est pas un fait nouveau dans l’histoire des sociétés humaines.

Souvent ils interviennent pour transformer une marche pacifique en un affrontement violent avec les forces de l’ordre faisant ainsi diversion sur les objectifs de la manifestation, de sa capacité à rassembler et à communiquer. C’est un procédé condamnable par sa malhonnête morale et intellectuelle et sa capacité de nuisance politique et sociale. Dans les pays arabes et tout particulièrement en Egypte ce phénomène prend des proportions effrayantes car ce mouvement des voyous n’est pas une manœuvre secondaire dans la diversion comme cela se passe dans les grandes démocraties, c’est une procédure systématique que le pouvoir en place utilise non seulement contre ses opposants lorsqu’ils deviennent crédibles et « menaçants », mais dirigé comme un instrument de terreur contre les populations livrées sans défense à des individus sans conscience pour empêcher que les populations ne trouvent la stabilité et les repères qui leur permettent de faire des projets autres que consommer, copuler  et voir la télévision.

Ce que nous voyons en Egypte et que tente d’expliquer d’une manière  maladroite et  malhonnête la pensée hostile à la libération des peuples traduit en réalité un phénomène infernal qui ligue tous les démons de la terre contre une confrérie islamique qui a osé gouverner au nom de l’Islam faisant fi de sa capacité ou nom à bien gouverner. Il est indécent de faire étalage des erreurs de la victime alors qu’elle est sous l’emprise de son bourreau qui ne lui donne aucun chance ! Encore une fois il s’agit d’intimider, de terroriser, de diaboliser, de frapper non seulement les islamistes réfractaires à l’ordre mondial, mais tous les partisans de la liberté, de la dignité de l’homme,  et de l’indépendance nationale dans le monde arabe.

Les stratégies de violence et de contre violence que l’administration américaine et le sionisme ont développé  aux Etats-Unis dans la lutte contre la gauche et contre l’extrême droite, dans la lutte contre les résistances arabes et palestiniennes en particulier, dans la lutte contre les mouvements révolutionnaires sud-américains sont mis en œuvre en Egypte et ce depuis longtemps. Encore une fois il s’agit de ne pas montrer le lien de déstabilisation qui frappe le monde musulman et en particulier le monde arabe où la violence et les révoltes sont fomentées puis instrumentalisés pour détruire les musulmans et les arabes par les musulmans et les arabes eux-mêmes.

Il est pitoyable de voir comment on met en scène le peuple arabe défenseur violent du coup d’Etat et le même peuple arabe rebelle violent contre un Etat constitué. Il n’y a que les bédouins qui affichent publiquement leur sénilité politique et qui soutiennent en même temps les rebelles contre Assad et les Baltagis favorables à Sissi. L’administration sioniste  et l’administration impériale ne tirent aucune balle et ne pointent aucune oreille et pourtant ils accomplissent leur œuvre de destruction. Les médias sionistes peuvent les accompagner et c’est de bonne guerre. Les Bédouins du Golfe peuvent payer la facture du coût de la répression et de ses conséquences économiques pour rendre service au sionisme et au satanisme qui veillent sur leurs trônes.

Les Algériens, les Syriens, les Irakiens, les Soudanais, les Libanais, les Afghans, les Tunisiens, les Égyptiens payent la trahison et l’immoralité des Bédouins qui contrôlent  leurs gouvernements. En faisant croire qu’il s’agit de deux peuples qui s’affrontent, encore une fois, il s’agit de masquer l’échec politique et moral d’un coup d’Etat de militaires qui ont peur de perdre leurs privilèges et de pseudo démocrates affiliés à la rente politique de l’ancien régime qui ont perdu toute chance d’accéder au pouvoir. Il s’agit de faire apparaître cet échec  en un triomphe légal et légitime de la  force violente légale contre la force  barbare.

La vengeance idéologique et la rancune politique ont un gout de sang que les Baltagiya appelés à la rescousse sont censés effacer dans une sorte de nationalisme de canailles et de voyous. Les Occidentaux sont censés ne pas faire de différence dans nos faciès et nos comportements supposés représenter le mal et la laideur. Le général Sissi et ses comparses civils boutiques et médiatiques sont parvenus à mobiliser des centaines de milliers de personnes à la place Tahrir finissant par croire à leur propre  mensonge : répondre à des millions de personnes opposés à la légitimité d’un président et de parlementaires issus d’un processus démocratique. Ils ne parviennent plus à mobiliser les crédules, malgré leur appel et leurs moyens médiatiques. La Baltagiya est le dernier secours.

Tant qu’il y avait deux acteurs politiques majeurs, le mensonge et la manipulation pouvaient se faire, mais maintenant qu’il n’y a qu’un acteur politique qui conteste le système répressif sécuritaire les stratagèmes ne tiennent plus. Sissi n’est plus le  lion qui ne dévore pas ses petits, comme il a aimé se présenter,  mais une araignée qui dévore ses géniteurs et qui va être dévoré à son tour par ses petits. Cette araignée est  fragile dans sa demeure comme nous le dit le Coran lorsqu’il nous présente les comploteurs.

La Baltagiya fait illusion qu’il y a encore un peuple contre les Frères musulmans alors que dans la réalité il y a les forces de répression contre une partie du peuple qui rejette le coup d’Etat et le système fasciste qui est en train de se mettre en place.  Le reste du peuple a peur. Sa peur est légitime. Il est livré aux tribunaux militaires et aux accusations de terroristes sans moyen de défense. La Baltagiya donne l’illusion d’être le peuple qui veut lyncher les terroristes tout en étant la menace et l’intimidation du peuple fragilisé et contraint au repli. Les images ne peuvent être cachées indéfiniment. Les peuples savent par instinct. La technologie qui permet de maquiller la vérité permet aussi de conserver intacte la mémoire de la réalité.

 

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La Baltagiya a déjà fait irruption sur la scène politique dans ce que les romantiques appellent la révolution arabe. Elle a montré ses capacités d’organisation et ses nuisances, mais elle a pu être contenue par l’effet révolutionnaire et par l’armée qui a lâché Moubarak pour ne pas tomber avec lui dans une épreuve de force qui avait tourné aux avantages de la population. Aujourd’hui la contre révolution s’est organisée et l’armée a tiré leçon de son échec et ensemble ils s’appuient sur la Baltagiya qui agit davantage comme une milice fasciste organisée comme un parti de terreur que comme une organisation de petits voyous. Le phénomène n’est pas nouveau.

Le président Morsi avait changé de ministre de l’intérieur et de Chef de la police car le siège de la présidence au Caire était devenue la cible de la Baltagiya qui a ensuite attaqué les sièges de la confrérie et assassiné dans des conditions horribles plusieurs membres de la confrérie en prélude comme elle avait intimidé les électeurs lors des élections égyptiennes sur la Constitution adoptée à 57% malgré le refus des opposants qui se sont montrés inféodés à l’ancien régime et qui ont appelé l’armée à mettre fin à l’expérience démocratique. En décembre 2012 il a été a demandé à l’autorité religieuse officielle de se prononcer sur la Baltagiya. Le secrétariat de l’instance égyptienne de la    Fatwa a publié ce  communiqué pour  condamner ce phénomène. Voici la traduction de la synthèse de cette Fatwa que j’ai faite pour préparer la rédaction de cet article :

« La Baltagiya est un terme signifiant le recours délibéré à la force et à violence pour terroriser la population et la spolier de ses biens. A ce titre c’est un péché qui peut être considéré comme un péché capital. Ce péché s’il vient à se généraliser et à s’étendre il mettrait en péril la sécurité publique que la Charia islamique a pour dessein de préserver dans sa vocation à défendre à défendre la vie, l’intelligence et la propriété des hommes sur terre.

La Charia dans sa vocation à préserver l’intégrité de la personne humaine et de sa dignité anticipe en interdisant et en punissant sévèrement tout acte et tout comportement  qui  provoquent la frayeur et l’inquiétude de la population et cela même si cet acte et ce comportement n’avaient pour intention que la plaisanterie ou s’ils résultaient de port d’objet pouvant susciter de la peur ou de la violence chez autrui. Le Prophète (saws) a dit :

« Que nul d’entre vous ne pointe son arme sur son frère, car Satan pourrait pousser son bras à commettre le répréhensible et à devenir ainsi l’hôte de l’Enfer. » « Qui pointe son  arme (ou son outils en fer) pour montrer son frère est maudit par les Anges tant  qu’il pointe sur son frère même s’il était son frère de sang » « N’effrayer pas les musulmans car l’effroi d’un musulman est une énorme injustice. »

Lorsque le comportement effrayant vise ou devient  l’intimidation pour porter atteinte à la vie, aux biens et à la dignité de l’homme cela entre sous les peines légales prévues par la Charia contre la sédition et le brigandage en bandes organisées : Le Coran a considéré les brigands qui portent atteinte à la vie d’autrui, à ses biens et à sa dignité comme Ses ennemis et les ennemis de Son Prophète qui ne méritent donc ni pitié ni excuse : {En vérité, il n’y aura qu’une seule rétribution pour ceux qui font la guerre à Dieu et à Son Envoyé et qui sèment la corruption sur la terre : ils seront mis à mort ou crucifiés, ou on leur coupera la main droite et le pied gauche – ou inversement -, ou ils seront expulsés du pays. Tel sera leur sort : une honte en ce monde et un châtiment terrible dans l’Au-delà, sauf pour ceux qui se seront repentis avant de tomber en votre pouvoir. Sachez que Dieu est Pardonneur, Miséricordieux.} Al Maidah 33

Le Prophète (saws) a considéré les brigands et les séditieux comme des criminels apostats : « Quiconque porte les armes contre nous n’est pas des nôtres »

Tous les juristes et toutes les écoles de l’Islam sont unanimes pour ne trouver ni circonstance atténuante ni réduction de peine pour le brigandage et la sédition qui mettent en péril la vie des gens et qui portent atteinte à leurs droits fondamentaux dont celui de vivre en sécurité et en paix. Les juristes musulmans considèrent que le brigandage en bandes organisées et la sédition armée mettent en péril l’existence de la communauté ainsi que ses droits et sa prospérité et qu’il faut donc les combattre avec force et détermination. C’est la seule situation pénale dans le droit musulman où la victime ne peut pas user de son droit de pardon ou de son désistement d’une partie de sa plainte si la justice venait à prouver le crime. La Charia islamique donne à l’agressé le droit à la légitime défense  pouvant causer la mort à l’agresseur s’il ne trouve pas d’autre voie que la violence contre la violence.

Celui qui tue en état de légitime défense n’a pas de Diya (tribu de sang) à verser aux ayants-droits ni de Kaffara (purification par le jeune ou l’aumône) La Charia islamique oblige le musulman à  porter secours à l’agressé et d’empêcher l’agresseur de commettre son acte. Si l’agressé ou celui qui lui porte secours meurt à la suite de l’agression ils sont considéré comme des martyrs car ils ont défendu le droit à la vie. Celui qui ne peut porter assistance doit appeler  au secours sinon aider la justice pour mettre fin à la Baltagiya et restaurer les droits de la victime.

Le Prophète a fait partager la responsabilité de l’agression également à celui qui a la possibilité de porter assistance à la victime  et ne le fait pas préférant le silence ou la démission. Il a dit : « Que l’un de vous ne reste pas impuissant devant un homme (ou ne prenne pas position en faveur) qui porte atteinte à la vie d’autrui. Celui qui se dérobe sera poursuivi de malédiction. Que l’un de vous ne reste pas impuissant (ou ne prenne pas position en faveur) devant un homme qui frappe un autre. Celui qui se dérobe sera poursuivi de malédiction. » L’islam et sa Charia ordonne aux individus et à la société de s’opposer vigoureusement à ceux qui agressent injustement les autres et leurs portent torts et préjudices. Si la société ne le fait pas alors ses membres courent le risque de voir l’anarchie s’installer en son sein et se trouver dans le malheur et l’adversité sans qu’Allah ne réponde à leur invocation.

Le Prophète (saws) a dit : « Lorsque les gens délaissent l’injuste commettre ses injustices sans l’en empêcher alors ils ne sont plus à l’abri d’un châtiment de Dieu qui les frappera à l’improviste » « Le pays où les gens commettent impunément l’injustice et assassinent devient une terre perverse (ardh khabitha). Dans une autre version : Il ne restera alors à celui qui cherche le repentir  qu’à fuir cette terre de mal » La charia islamique fait de la défense des membres de la société un devoir qui incombe à l’ensemble de la société. Tout individu ou groupe qui subit une injustice ou une exaction de la part d’autres individus ou d’autres groupes entraine l’engagement de la responsabilité morale et religieuse de l’ensemble de la société qui a failli à ses devoirs d’instaurer et de garantir la sécurité à ses membres.

Le juge musulman lorsque il est devant un crime dont il ne parvient pas à identifier les auteurs a l’obligation de faire témoigner 50 personnes du quartier où a eu lieu le meurtre et de leur faire prêter serment qu’ils ne sont ni auteurs ni complices de l’auteur et qu’ils ne connaissent pas son identité. La vie humaine est sacrée. Même s’ils ne sont pas les auteurs du crime, ils sont tenus de verser le tribut du sang à un juge qui se car ils portent la responsabilité sociale d’avoir permis par leur laxisme le meurtre dans leur cité. La loi musulmane considère que le criminel n’a pu commettre son crime dans un lieu que parce qu’il  bénéficie de la complicité de quelques-uns de ses membres ou parce qu’il connait le relâchement des liens sociaux ou de la conscience morale.

La Baltagiya est un comportement criminel qui relève des grands péchés que l’Instance  de la Fatwa tient à rappeler la gravité de son existence et la responsabilité de la société dans son apparition et sa  persistance.  L’Islam considère la Baltagiya une corruption grave (Fassad fil ardh) qui mérite donc une riposte sociale des plus vigilantes et des plus responsables ainsi les peines pénales les plus lourdes comme le prévoit le code pénal dans ses articles 6 de 1998, 10 de 2011. L’Instance de la Fatwa rappelle le principe: « La lourdeur des peines est fonction de l’ampleur des crimes »

La Baltagiya que le droit condamne a plusieurs manifestations : intimidation par la force et la violence physique et morale, démonstration de force pour effrayer,  menaces et atteintes à l’intégrité des personnes,  de leurs biens et de leur dignité, mise en danger de la vie d’autrui, troubles de l’ordre et de la sécurité publique, contraintes et harcèlement, port d’armes, d’objets, de substances ou d’animaux, susceptibles de tuer, de blesser ou d’effrayer… L’attention doit être attirée sur les nouveaux comportements et phénomènes récents qui portent atteinte aux biens publics, à la vie normale des citoyens… »

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Ce texte appelle des observations pour améliorer nos connaissances sur ce qui se passe et enseigner à nos enfants et petits enfants la valeur de la paix et de la dignité humaine. La première observation c’est la lourdeur des peines et le peu de compassion de la Charia envers les brigands qui portent atteinte à la vie et à la sécurité des innocents. Il faut avoir une idée de l’horreur des crimes et de l’ampleur de la violence infernale pour admettre que les auteurs baltagiyas ne méritent aucune compassion. Il faut avoir en mémoire que le Prophète n’a pas imaginé ni mis en exécution ces peines, mais qu’ils s’imposaient à une société musulmane naissante qui a garanti la paix, la sécurité, la justice, l’équité, la solidarité sociale et la fraternité entre ses membres. Toute intrusion violente et criminelle dans une société qui aspire à se civiliser doit être sévèrement punie, car non seulement elle sape la concorde civile, mais pousse la société à revenir à ses instincts tribaux et à sa dislocation.

A ce titre je laisse deux vidéos exprimer l’horreur des victimes et la lâcheté de la société qui assiste impuissante sans parler de la monstruosité de ceux qui appellent au lynchage. Ame sensible s’abstenir. L’internet est rempli de séquences sur  l’indicible et l’insupportable de ce que endure l’opprimé en terres d’Islam :

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La seconde observation c’est que celui qui suit les révolutions arabes constate avec effroi ce qu’elles ont produit comme violence et comme terreur. En Egypte cette terreur était devenue un phénomène banalisé qui prenait de l’ampleur lors des élections pour intimider les électeurs. Les candidats aux élections se sont montrés extrêmement violents dans leurs discours, leurs comportements et leurs menaces contre leur adversaire sans que la justice, la police, les médias, les partis politiques  et les autorités religieuses n’en fassent une préoccupation majeure. Autant la violence en Syrie et en Libye montait en crescendo sur le terrain militaire, autant elle montait en Egypte sur le plan social, politique et idéologique. Le même diable semblait agir partout, encourageant les uns et les autre à s’entre-tuer… en  donnant les justifications religieuses et idéologiques à ce que l’Islam et la morale universelle rejettent pour que chacun ne cherche qu’à fuir pour sauver sa vie :

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Cette spirale de la violence semble même être  cotée dans la bourse des salaires de la terreur et de la mort tant chez les Jihadistes en Syrie que les Baltagiyas en Egypte, œuvrant chacun pour objectifs paradoxaux, mais se retrouvant réunis par la même finalité : saper le monde arabe.

Certains journalistes égyptiens avaient avancé le montant de l’intervention « technique » des Baltagis évaluée entre 40 et 200 euros par personne et par opération. Le salaire mensuel moyen en Egypte est de l’ordre de 70 euros. Le marché du mercenariat est donc florissant en termes de revenus et en termes d’offres de services. La violence inter parti constitue la demande. C’est un sans doute le plus grand employeur du monde. Des experts évaluent à 450 mille personnes le nombre de Baltagis.

Un expert criminologue égyptien (le colonel Rafat Abdelahamid) soutient que le revenu du Baltagi peut atteindre jusqu’à 1000 euros couvrant son salaire et les frais techniques de son opération, les soins s’il est blessé, les frais de justice et l’amélioration de ses conditions de détention. Il soutient que le Baltagi est aussi employé dans les opérations de surveillance, de garde rapprochée des hautes personnalités. C’est un véritable business que n’offrent pas les tours opérators. Cette expertise a été menée en 2005. Nous sommes en 2013 : le marché s’est structuré et s’est politisé.

Celui qui suit le devenir des révolutions arabes a sans doute suivi le déroulement du coup d’Etat en Egypte qui a commencé par la mobilisation des Baltagis semant la terreur dans le pays et « prouvant » aux égyptiens qu’ils sont otages et qu’ils n’ont que le choix : se débarrasser de Morsi et des Frères musulmans incapables d’assurer leur sécurité ou subir la terreur organisée et impitoyable.

La baltagiya n’est plus un mouvement de voyous que les services utilisent pour les sales besognes. C’est une véritable institution du crime politique et de l’intimidation sociale que les régimes totalitaires n’ont pas su inventer, mais que l’esprit arabe dictatorial a produit dans le plus grand pays arabe et dans l’une des plus anciennes civilisations du monde.  Le colonel Badaoui Abdelatif ancien conseiller du Ministre de l’intérieur avait avancé dans les colonnes du plus grand quotidien arabe Al Ahram, en 2011 ou 2012,  le chiffre effarant de 50 officiers supérieurs et de 150 officiers subalternes qui étaient chargés de superviser et de coordonner la Baltagiya.

Pour les rares analyses et juristes égyptiens qui ont voulu écrire ou répondre aux questions des rares journalistes intéressés par le sujet après la chute de Moubarak l’explication de l’existence et de la puissance de la Baltagiya est que la sécurité nationale et intérieure était focalisée sur la protection du président et des principaux cadres du parti du président qui administraient le territoire. Le peuple était livré à lui-même et aux voyous. Je n’ai pas trouvé de documents de références, mais il semble que le Président Morsi a été confronté à l’énigme de l’organisation secrète et puissante de la Baltagiya et de son infiltration dans les rouages de l’Etat. Le limogeage du chef de la police, du ministre de l’intérieur et les mesures prises au sein de l’appareil de justice ont trouvé une résistance des appareils et des médias toujours au service de l’ancien régime.

Ce phénomène dépasse donc le politique et le sécuritaire au sens logique des termes : il y a une opération  terrorisante internationale qui reproduit le même modèle en Irak, en Syrie et en Egypte sous des slogans différents. Guerre confessionnelle entre sunnites et chiites, guerre idéologique entre islamistes et baasistes,  guerre de pouvoir entre démocrates nationalistes et Frères musulmans.

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La troisième  observation c’est que le   texte de la Fatwa crée  l’amalgame entre le justiciable et le politique. Défendre la légalité ou la légitimité n’est pas de la Baltagiya. Se contenter de citer des références qui font l’unanimité dans le monde musulman, arabe et non arabe, sunnite et chiite,  depuis 14 siècles, sans impliquer la responsabilité de l’Etat, du Ministre de l’intérieur, de la Justice, et sans demander une enquête criminologique ou une étude sociologique  c’est prendre les gens pour des vessies.  Jamais dans un pays démocratique, un curé, un rabbin, un citoyen, un gouvernant, un opposant, un militaire ou un policier ne viendrait confondre une association de malfaiteurs avec une marche pacifique qui réclame des droits sociaux ou qui exprime une opinion politique.

L’autorité religieuse qui se permet de telles confusions participe à la crise sociale et politique en mettant le curseur là où il ne doit pas être mis. Ce sont ces confusions et cette absence de vision lointaine sur le devenir des choses qui ont mis Qaradhawi et les Frères musulmans dans une fausse posture dans la conduite de la révolution égyptienne et ses implications en Libye et en Syrie sans parler de leurs dérives vers le sectarisme religieux dans la région.

La quatrième   observation c’est que le   texte de la Fatwa s’il met en évidence la profondeur du phénomène semble pourtant montrer les limites d’analyse sociale, politique et psychologique des autorités religieuses officielles de ce phénomène destructeur. Les sociologues et les psychologues ont des champs d’études sur cette « espèce humaine » qui se conduit en prédateurs contre les opprimés.

Nous connaissons tous les grandes causes que sont l’effondrement social, le climat de violence généré par le despotisme politique, le non droit,  l’absence de démocratie, le désespoir social, le mimétisme du marginal qui est prêt à n’importe quoi pour  s’enrichir et  acquérir du pouvoir qui lui donnent sens, l’ignorance, l’absence de conscience sociale et politique de ce que les marxistes appelle le lumpenprolétariat ou sous-produit de la bourgeoisie d’affaires  mafieuse vassalisée au grand capital internationale et aux mafias régionales du grand capital.

Il faut aller plus loin dans l’étude des mécanismes sociaux, psychologiques, économiques et policiers, car le phénomène, en Egypte s’installe durablement et risque de faire école dans le reste des pays arabes en quête de changement ou en échec de changement. En effet, l’Egypte offre un champ social, politique et économique et une proximité particulière avec l’entité sioniste et l’administration américaine qui font que l’expression de la Baltagiya est plus violente qu’ailleurs, plus organisée, et plus présente dans la vie sociale et politique. Elle aura des répercussions irréversibles sur le reste du monde arabe.

A terme les Chrétiens d’Orient seront les plus perdants. Les Coptes égyptiens sont une minorité qui a un niveau d’instruction et de revenu supérieur à celui des musulmans dans la majorité sont paupérisés. Ils ajoutent au mécontentement populaire et se placent en cibles lorsqu’ils soutiennent un coup d’Etat  et pavanent dans les plateaux de télévision occidentaux pour exprimer leur haine des Frères musulmans et leur refus de la Charia. Il faut rappeler qu’en Egypte la Charia est, sur le plan formel, toujours en vigueur et les Coptes ont leur propre loi en matière de code de la famille. Le sionisme et l’impérialisme veulent justement expurger le monde arabe de la présence chrétienne pour des raisons stratégiques que j’ai expliqué dans mon livre sur l’Islamophobie.

La Fatwa souffre du littéralisme des élites musulmanes qui se contentent du verbe alors qu’elles ont le devoir de mobiliser les moyens d’études et de résolution des problèmes. Elle ne met pas fin à la confusion en Egypte qui vit depuis longtemps une violence que la révolution a exacerbée sans lui apporter réponses et solutions. Les facteurs anciens et les acteurs anciens sont toujours présents s’affrontant pour un avenir de plus en plus incertain. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’incertitude n’est pas seulement politique et économique, mais elle est sociale et sécuritaire.

Par ailleurs, pour comprendre la gravité de cette incertitude il faut se rappeler  les scandales de la République française dans la collusion entre les services et les intérêts mafieux sur les questions de gestion de la rente coloniale, et il faut imaginer la collusion des services et des intérêts en Egypte, pays pauvre, colonisé, surpeuplé et doté d’élites bavardes, surdiplômées, mais hyper ignorantes des règles politiques et démocratiques. La France ou un autre pays occidental a les moyens de surmonter sa crise et de balayer dans ses services. Dans les conditions égyptiennes, la promotion de la petite délinquance en partenaire sécuritaire et en allié politique va détruire ce qui reste de l’Etat et de la société. Il faut interroger l’histoire. L’Etat ne peut survivre ni renaître dans les conditions de domination de la Baltagiya ou de la Boulitique. Lorsque ces deux fléaux se rencontrent c’est la société elle-même qui est mise à mort ou qui se corrompt et finit par devenir une malédiction pour elle-même. On comprend l’effroi du Prophète devant la vision du monde musulman se déchirant :

« Malheur aux arabes à cause d’un mal qui approche…
Allons-nous périr alors qu’il y a les gens pieux parmi nous ?
Oui si le mal augmente (se répand) ! Dans une autre version il a dit : Ils n’interdisent pas le blâmable »

La situation est catastrophique car les élites dites civilisées instrumentalisent la nature humaine qui se révèle ou qui est conduite à devenir lamentablement mauvaise et inconsciente de la gravité de ses péchés. Les élites deviennent le cœur de l’abîme, le moteur de l’abime,   lorsque ces élites se laissent guider par la passion et par l’idéologie aveugle alors qu’elles sont déjà enracinées dans la boulitique, c’est-à-dire lorsqu’elles interviennent dans le champ public  sans analyse scientifique, sans inscription dans le long terme, sans nobles et généreuses aspirtations.

Si on peut faire attribuer  l’horreur de ce qui se produit à des milices de voyous sanguinaires, ou à des militaires mus par l’esprit de corps et la discipline militaire, ou à des policiers excités,  comment comprendre les déraisons des élites qui  appellent au meurtre, à l’éradication de l’autre, au fascisme, à l’approbation et à l’encouragement de la Baltagiya qui tente de  lyncher  ou  de brûler les citoyens évacués par la force des armes de la mosquée Al Fath devant les forces publiques  pour ne pas dire sous leur protection ?

Pour l’œil exercé à voir, le siège de la Mosquée Al Fath par l’armée, la police et la Baltagiya signifiait que des dirigeants de l’opposition au coup d’Etat y siégeaient ou y avaient trouvé refuge.  La foule, les téléphones portables et les accords entre les officiers et les assiégés ont sans doute permis aux évacués de ne pas se faire lyncher par la Baltagiya comme il était prévu, mais cela ne leur a pas sauvé la vie sur la route de leur prison où ils ont été assassinés dans une opération rocambolesque maquillant le crime en tentatives d’évasion.  Depuis 2011, les Égyptiens savent que dans la   police  il y a des fonctionnaires  au rang de sous-officiers et d’officiers affiliés à la Baltagia.  Si les écoles arabes ont produit des crétins Les écoles coloniales et en particuliers les écoles anglo-saxones ont produit des monstres.

 

Pour comprendre où va l’Egypte conduite par les faux démocrates il faut imaginer un pays du tiers monde dont la police est du sommet à la base constituée par des réseaux affiliés aux cartels de la drogue, de la prostitution, du racket et du crime organisé. Ces réseaux disposent autant d’hommes que l’armée égyptienne. Que dire lorsque ces appels au meurtre et à la violence hors de la légalité et hors du contrôle de la justice sont prononcés par des académiciens, des scientifiques, des juristes qui se prétendaient des humanistes, des démocrates, des dialoguistes.

Les pays occidentaux qui couvrent les crimes commis contre nos peuples assurent la protection, dans leur société, aux assassins et aux violeurs pour les conduire sains et saufs devant les juridictions. Tant que la justice ne s’est pas prononcée ils demeurent des présumés coupables. Les élites arabes ne parviennent pas à cette conscience morale, intellectuelle  et sociale  du droit et de la dignité humaine.

Est-ce que les souteneurs du coup d’Etat vont prendre conscience que l’interruption de la Baltagiya dans le phénomène politique était le coup fatal donné à Moubarak et à son parti de fonctionnaires, d’affairistes et de journalistes. Le peuple égyptien a été lourdement choqué et a rompu définitivement et totalement avec Moubarak, son armée et sa police. Cela n’a pas duré longtemps car les arrangements d’appareils et la course au pouvoir étaient plus forts que la construction de l’Etat de droit et l’assainissement psychosocial. Y aurait-il un sursaut de conscience, un autre choc salvateur ? Est-ce que les souteneurs du coup d’Etat vont prendre conscience  des ravages sociaux et culturels commis par les milices des Baltagiyas promus en  « comités populaires » faisant la loi.

Les Egyptiens, en vérité, n’ont pas tiré leçons de la grave collusion entre sécurité, médias, Boulitique et Baltagiya lors d’un match de football à petit enjeu de prestige sportif régional. Est-ce qu’ils vont tirer la sonnette d’alarme et se réveiller cette fois qu’il s’agit d’enjeux plus grands ? Est-ce qu’ils vont réaliser l’horreur qui les attend lorsque cette meute de loups sanguinaires et impitoyables va prendre le contrôle définitif des appareils, des cités, des esprits et s’installer dans l’impunité totale.

La baltagiya, au-delà de son nom, de son lieu et de son époque, détruit ce qui reste d’humanité dans les cœurs et les esprits après avoir sapé tous les fondements de la civilisation.  Il y a une loi immuable et implacable qui échappe aux criminels et à leurs commanditaires :

{Aux Thamoud Nous avons envoyé leur frère Sâlih pour les exhorter à adorer Dieu ! Mais voilà qu’ils se scindèrent en deux groupes qui se querellaient.   » O mon peuple !, leur dit Sâlih, pourquoi vous hâtez-vous d’accomplir le mal plutôt que le bien ? Si seulement vous demandiez pardon à Dieu, peut-être vous serait-il fait miséricorde… «   Ils dirent :  » Nous avons tiré un mauvais augure de toi et de ceux qui sont avec toi « . Il dit :  » Votre augure relève de Dieu ; mais vous êtes un peuple mis à l’épreuve « .  Il y avait dans la ville neuf individus qui semaient la corruption sur la terre et qui ne s’amendaient pas.  Ensemble, ils firent par Dieu ce serment :  » Nous l’assaillerons de nuit, lui et sa famille ; puis nous dirons au vengeur de son sang : « Nous n’avons rien vu du massacre de sa famille ; certes, nous disons vrai ! » «   Ils ourdirent un stratagème, mais Nous en avons ourdi un autre, sans qu’ils s’en rendent compte.  Vois quel a été le résultat de leur ruse : Nous les avons exterminés, eux et tout leur peuple.  Leurs demeures sont aujourd’hui désertes parce qu’ils ont été iniques. Il y a vraiment là un signe pour l’édification des hommes. } [An Naml 45 à 52]  

Fascisme en Egypte : les évidences

On peut faire coller à n’importe qui une étiquette idéologique pour détruire ses arguments ou pour le salir dans un monde où il est interdit de penser librement. On ne peut nier l’évidence des textes promulgués, des discours, des faits qui témoignent de leur mensonge, de leur caractère fasciste et totalitaire.

Voici ce que les médias refusent d’analyser comme fondement juridique et idéologique du bain de sang : l’atteinte aux libertés. Les pseudos démocrates peuvent se cacher derrière les mots vides de sens sur la modernité, la  lutte contre le terrorisme et tout leur jargon fallacieux, mais ils ne peuvent effacer de la mémoire collective le bain de sang ni les testes liberticides et anti démocratiques qu’ils soutiennent se cachant derrière les militaires qui prennent fait et position en faveur de ceux qui ont échoué lamentablement à se faire élire par le peuple.

Article 3 de la loi sur l’Etat d’urgence

Le Président de la République, dès la proclamation de l’état d’urgence, est chargé de prendre, par écrit ou par voie orale, les mesures suivantes :
Premièrement:
– La restrictions aux liberté de réunion, de déplacement, et de résidence et de circulation des personnes dans certains lieux ou certains moments,
– L’arrestation des suspects ou des personnes dangereuses pour l’ordre et la sécurité publique et de les mettre en détention,
– Le contôle et la fouille des personnes et des lieux, sans être restreint par les dispositions du Code de procédure pénale.

L’article énumère ensuite toutes les mesures immorales, illégales de censure, de violation du courrier et de la correspondance privés ou médiatiques, de contrôle des organes et des bâtiments de presse et de télévision se donnant le droit de fermer et d’autoriser sans justification et sans référence à la justice ou à la loi.

L’article 4 donne existence et attribution aux tribunaux d’exception qui ont droit de vie et de mort, droit d’interner ou de libérer sans référence à la loi ni au droit.

Dans un article précédent, j’ai décrit ce qui se passait en Egypte comme l’instauration du fascisme. Ce n’est pas un jeu de mots.

Si les textes et les mesures rappellent le retour à l’ère Moubarak, les appels demandant de lyncher ou de brûler les opposants politiques au coup d’Etat et à la répression sanglante rappelle les tribunaux d’inquisition du Moyen-age contre ceux désignés comme hérétiques pour avoir pensé différemment ou pour avoir contesté l’ordre inquisitorial. Le fascisme est une forme « civilisée » de l’inquisition. Ce qui se passe en Egypte est pire que l’inquisition.

Le temps va montrer que le Takfir religieux dans sa forme chrétienne ou musulmane est un enfant de chœur devant le Takfir politico idéologique. Ce dernier a pour soutien l’armée, la police, les élites et les médias. J’ai dénoncé l’insenséisme du chauvinisme nationaliste et laïc qui annonçait triomphalement l’échec et la fin de l’Islam politique ne voyant pas ou refusant de voir qu’ils sont les instruments de l’échec et de la fin de la politique et les artisans du désastre de leur pays. La haine idéologique et la revanche contre le peuple qui les as boudés les conduit au nom du libéralisme, du marxisme, du salafisme, et de n’importe quoi qui donne appartenance à tout ce qui n’est pas peuple, de se venger du peuple.

Je ne suis pas juriste et encore moins un constitutionnaliste, mais je suis certain que n’importe quel étudiant français de troisième année de droit, à condition de ne pas lui situer l’enjeu politique et idéologique en Egypte, vous dira qu’il n’a jamais lu un texte aussi mal écrit , aussi confus, aussi arbitraire et aussi liberticide. Il ne peut permettre d’espérer une ouverture démocratique, une réconciliation nationale ou un progrès social tant que ses commanditaires, ses écrivains et ses exécutants restent aux commandes du pouvoir politique et militaire.

Les Arabes, nés dans l’oppression et grandis dans la soumission, ne réagissent pas, mais les latino américains qui ont la conscience des dictatures et du rôle de l’administration américaine dans l’émergence et le maintien de ses dictatures ont réagi et ont fait écouter leur voix disant non au coup d’Etat, non au bain de sang, non à l’Etat d’urgence, non au fascisme.

Crime contre l’humanité et malédiction en Egypte

Il est difficile d’imaginer voir de ses yeux cette boucherie même si intellectuellement nous y étions préparés eu égard aux enjeux idéologiques et stratégiques.

Il est difficile d’imaginer un appareil d’Etat, même au tiers monde, tirer à balles réelles sur la foule sans légitime défense et sans tirs de sommation.

Il est  difficile d’imaginer voir ces images en Egypte qualifié par le Prophète (saws) de carquois de l’Islam.

Il est difficile d’imaginer l’hôpital de fortune des occupants de la place Rabiâ al Adawiya devenir un brasier allumé par les forces de l’ordre dans une capitale qui dispose de l’université islamique Al Azhar qui veut rayonner spirituellement et intellectuellement sur le monde arabe et musulman.

Il est difficile d’imaginer que des êtres humains puissent réaliser ce carnage avec autant de cynisme et de détermination. Il est encore plus difficile d’imaginer d’autres humains encourager et soutenir le carnage commis contre leurs concitoyens et coreligionnaires.

Et pourtant cela s’est produit et va se répéter. Les militaires et les éradicateurs savent sur le plan objectif que les Frères musulmans restent la force la plus organisée et la plus conséquente en matière de mobilisation sociale pour faire face au coup d’Etat et ses conséquences politiques lorsqu’il faut revenir à la vitrine démocratique. Ni Djamel Abdel Nasser et son charisme révolutionnaire ni Sadate et Moubarak et leur alignement à l’administration américaine et sioniste n’ont pu éradiquer ni affaiblir la confrérie qui dispose de près d’un siècle d’expérience de résistance contre l’oppression. Ils tentent d’instaurer le chaos et la violence armée qui discrédite définitivement l’organisation des Frères musulmans et livrent la population au fascisme.

Les GIA égyptiens ont depuis longtemps révisé leur position sur le recours à la violence armée et ont finalement éradiqué idéologiquement, socialement  et politiquement l’organisation secrète armée dans la société égyptienne. La violence horrible ne vise qu’à pousser les égyptiens à prendre les armes et à se donner bonne conscience pour exterminer toutes les élites, toutes les forces de propositions et toutes les alternatives qui peuvent faire de l’ombre au cercle des initiés. Dans la foulée ils réactivent les réseaux terroristes dormants et les résidus des GIA, tous infiltrés, par les services égyptiens, les milieux mafieux et les officines étrangères. Les pseudos attentats contre les églises, les pseudos attaques contre l’entité sioniste et les actes de vandalismes contre les édifices publics sont les scénarios traditionnels.

Le scénario le plus cynique et le plus satanique est celui du coup d’Etat qui consiste à donner raison idéologiquement aux détracteurs salafistes jihadistes des Frères musulmans qui considèrent la démocratie comme hérésie et qui prônent le changement radical par la violence et l’islamisation par la force. Dans la conjoncture internationale le coup d’Etat est un choix délibéré pour promouvoir la violence et faire sombrer le monde arabe et musulman dans la « régression féconde » préconisé par l’administration américaine pour maintenir son hégémonie et interdire l’éveil islamique latent.

 Dans mon livre sur l’islamophobie j’ai montré comment et pourquoi se met en place le scénario de diabolisation des musulmans et comment fonctionne la machine infernale médiatique, idéologique, militaire et psychologique pour installer durablement le monde arabe  et musulman dans une instabilité où se cultive la méfiance envers les musulmans et la défiance entre les musulmans.

Les indigènes de la république continuent à se croire le centre du monde et à identifier l’islamophobie à un acte raciste ou à un profilage raciale et occultent la guerre de civilisation qui se joue en terres d’islam et où des dizaines de millions de musulmans en Afrique et en Asie se font occire ouvertement depuis le 11 septembre.

Les musulmans conscients et lettrés doivent garder à l’esprit que les courants infantiles, violents, sectaires et nombrilistes travaillent en faveur de la stratégie occidentale qui connait son ennemi véritable qu’elle doit abattre, intimider ou faire taire. Il n’est pas étonnant de voir les insensés, imposteurs de l’Islam, s’acharner  sur la démocratie, alors que l’expérience démocratique, certes imparfaite, en Tunisie et en Egypte commence à se poser les bonnes questions qui vont la conduire à produire de la pensée politique, de la liberté, de l’islamité libérée de la tyrannie et civilisatrice. Il est triste de voir le principe de l’alternance politique remis en cause de cette façon aussi tragique. Il est plus triste de constater l’inconscience et le niveau lamentable des « Arabes » qui ne parviennent pas à être réveillés par tant d’effusion de sang, de ruines, de malédiction. Ce qui se passe en Egypte et en Syrie est le processus visé par l’islamophobie américano-sioniste : diviser le monde musulman, le faire entrer en guerre civile, le rendre haïssable et méprisable pour justifier toute intervention militaire pour liquider le groupe vainqueur de l’affrontement intérieur. L’islamophobie est plus que la haine raciale ou confessionnelle : elle est une stratégie préméditée et efficace pour saper le monde musulman et en particulier le monde arabe qui fait la jonction entre l’Asie et l’Afrique.

Il y avait une volonté de présenter le courant islamique comme un vassal de Washington, ce que démentent les événements tragiques, pour faciliter sa repression. Et pourtant la vitrine actuelle des initiés, qui ont fait le coup d’Etat et qui terrorisent le peuple, est fondamentalement constitué des amis de l’Amérique : les officiers formés par le Pentagone et les Libéraux en affaire avec les milieux américains directement ou par l’intermédiaire des capitaux arabes. Cette vitrine vient d’être renforcé par la nomination au Caire de Robert S. Ford ex ambassadeur américain en Syrie et organisateur de la guerre civile en Syrie.  La presse spécialisée décrit Robert S. Ford comme étant l’ancien assistant de l’ambassadeur John Negroponte à Bagdad,  Pour ceux qui ont oublié, John Negroponte est l’installateur du chaos en Irak et la mise sur place des Blacks waters à l’image des escadrons de la mort qu’il avait crées et développées au Nicaragua pour appuyer la CIA et le régime militaire dans ses opérations répressives  de contre révolution et de subversion idéologique.

L’aveuglement idéologique veut montrer Robert S. Ford comme l’allié des Frères musulmans pour détruire l’armée égyptienne oubliant que l’armée égyptienne n’a plus de doctrine de guerre et ne considère plus Israël comme son ennemi principal.

Les élites civiles et militaires des systèmes arabes  haïssent le peuple et sont animés des mêmes désirs  de  puissance de Corée,  Hamana et  Pharaon.  Ils agissent méthodiquement et avec science : plus le nombre de victimes est nombreux plus le sentiment d’injustice est fort et large avec le risque plus grand de voir un plus grand nombre basculer dans l’action armée tout en étant certain que la majorité choquée par la violence et la contre violence sera contrainte au mutisme, au sauve-qui-peut social, à la corruption… C’est une politique diabolique qui s’apparente au terrorisme d’Etat et au fascisme.

Roland Barthes  a donné une excellente définition du fascisme : « Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. »  Elle rejoint  la définition  de Bertollucci sur le nationalisme fasciste : « le nationalisme est le dernier refuge des canailles ». Les despotes arabes  ont l’art de cultiver le nationalisme chauvin et de se présenter comme le rempart pour protéger la démocratie des ennemis de la démocratie.  Le fascisme est essentiellement la dictature qui s’instaure sur la base du  mépris pour le peuple et pour sa liberté. Le fascisme ne se contente pas de triompher par la force de ses adversaires, mais veut les humilier avant de purifier la société de leur présence en les diabolisant puis en les exterminant. En Egypte il a commencé par effacer de la mémoire un fait extraordinaire : Morsi est le premier président civil en Egypte. Même s’il a failli dans sa gouvernance, jamais au grand jamais la classe politique n’aurait du permettre l’atteinte à la fonction symbolique de président élu. Sur le plan démocratique et sur le plan islamique porter atteinte à cette fonction par des voies séditieuses est un sacrilège qui ouvre la porte à l’effusion de sang. Les partis politiques qui ont cautionné le coup d’Etat porte la responsabilité morale du sang versé. Le fascisme a la capacité médiatique et l’art de la propagande pour maquiller la réalité et présenter le coup de force comme volonté populaire pour ne pas dire volonté divine.

Non seulement le fascisme s’installe en Egypte recouvrant de son horreur les horreurs passés de la dictature de Moubarak, mais la malédiction de Dieu fera fuir toute miséricorde, toute bénédiction des limbes, des mains et des appareils qui ont planifié, exécuté et approuvé ce crime contre l’humanité. Les images sont horribles, mais l’annonce de ce qui attend les coupables, leurs complices et les insouciants qui se taisent devant l’effusion du sang des musulmans   est pire :

{Quiconque tue un croyant intentionnellement, sa punition sera la Géhenne où il s’éternisera ; Allah le frappera de Sa Colère, le maudira et lui préparera un immense châtiment.} An Nissa 93

Aucune Ayat dans le Coran ne comporte autant de châtiments réunis. Le sang et la vie du musulman sont sacrés et nul ne peut se donner justification pour les violer et porter atteinte à leur sacralité et à leur intégrité.

Aucun hadith n’est aussi redoutable que ceux condamnant le meurtrier qui a prémédité son crime :

verset-meurtre2

Le Jour du Jugement dernier, la victime  se présentera   retenant  par la main son meurtrier.
Allah demandera alors : Pourquoi l’as tu tué ? Il dira : Pour que la gloire soit à Toi ! Allah lui dira : Mais elle est à moi.
Se présentera une autre victime tirant  par la  main de son meurtrier. Allah lui demandera alors : Pourquoi l’as tu tué ? Il dira : Pour que la gloire soit à Untel ! Allah lui dira : Mais elle n’est pas à lui. Endosse alors le fardeau de ses péchés…

verset-meurtre3

Par Allah, le monde ici-bas et tout ce qu’il contient ne valent rien en égard à l’attentat contre la vie du musulman sans raison de justice.

Le croyant demeure dans une aisance de son Dine tant qu’il pas porté atteinte à la vie sacrée.

verset-meurtre4

Quiconque aide à l’assassinat d’un musulman ne serait-ce que par une bribe de parole, rencontrera Allah le Jour de la rencontre avec Allah portant sur son front l’inscription nul espoir en la Miséricorde d’Allah.

Tout être pourrait être absous par Allah pour ses péchés à l’exception de celui qui meurt mécréant ou de celui qui tue un croyant avec préméditation.

verset-meurtre5

Le croyant demeure embrassant sa foi et bon (faisant le bien) tant qu’il ne porte pas atteinte à la vie sacrée. S’il commet un attentat contre autrui alors il s’est fermé toutes les possibilités ( de faire le bien, de se repentir).

Les caméras occidentales sont braqués sur les assassinés et le sang versé pour vendre de l’audience à la publicité. Elles ont les moyens d’estimer le nombre des victimes comme elles ont les moyens d’estimer le nombre des partisans de Morsi et le nombre des partisans du coup d’Etat. Elles n’utilisent pas ces moyens car ils risquent de réveiller la conscience humaine qui pourrait demander des comptes contre les auteurs de l’hécatombe. Combien de temps va t-on se taire  sur le nombre réel des victimes et combien de temps va t-on occulter l’autre vérité horrible : les milliers de disparus, les milliers d’internés, les milliers de torturés?

Allah répond certainement à l’invocation de l’opprimé même s’Il diffère Sa réponse

disparus