Islamophobia et Turquie : Deus machina bis

Aujourd’hui on entend Bernard Henry Lévy appeler à une levée de boucliers pour ne pas dire une levée d’armées contre la Turquie. Cet appel n’est ni anodin ni fortuit lorsqu’on suit l’actualité de la région avec ses guerres et ses remodelages géopolitiques, lorsqu’on étudie la mise en œuvre implacable et sans relâche de la stratégie islamophobe.

BHL, surnommé  le  « VRP DE LA GUERRE », chantre de la philosophie du sinistre et du cynique, intervient toujours pour annoncer et accompagner la communication de guerre ou l’information de subversion militaro-idéologique dans le monde musulman.

Le rôle célèbre qui reste en mémoire est celui d’agent communicant dans le démantèlement de la Libye et l’assassinat de Kadhafi. Cette célébrité fut possible car les élites musulmanes indigentes sur le plan politique et cynique sur le plan moral avaient non seulement soutenu lâchement l’agression d’un pays arabe et musulman par l’OTAN, mais l’avait réclamé pour se débarrasser d’un dictateur et le remplacer par une confrérie musulmane qui servait de cobaye à l’expérimentation politico-sociale et géopolitique dans la nouvelle gestion du monde arabo-musulman. Youssef Qaradhaoui et Tarik Ramadan ont joué le rôle de pygmalion narcissique et d’interlocuteur valide sur le plan idéologique pour diaboliser l’image de Kadhafi et de Bachar Al-Assad.

BHL le « VRP DE LA GUERRE » a eu d’autres rôles de subversion militaire dans le monde musulman. Le premier et grand rôle fut celui de fabriquer médiatiquement le commandant Messaoud et lui donner la réputation mondiale de héros de la lutte contre l’empire soviétique.  Non seulement Qalb Edine Hikmathyar le véritable chef du « Jihad » fut dépossédé de son titre et de son influence dans la gestion politique et diplomatique de l’Afghanistan, mais les Pachtouns majoritaires furent exclus de la gestion de la paix et la gouvernance du pays. BHL avait réussi à mettre en place la communication subversive pour faire entrer l’Afghanistan dans une guerre civile, la montée en puissance des Talibans et l’invasion américaine. L’Afghanistan et sa région ne peuvent être gérés par la France alors se pose la question du rôle subalterne de BHL qui a agi donc pour le compte des Américains. Aujourd’hui encore on se pose la question sur l’intérêt de la France en Syrie et en Libye et les conséquences des flux migratoires qui déferlent sur l’Europe. On peut dire que la tête pensante est britannique, le corps est américain, le saltimbanque est français.

L’autre rôle maléfique sur le plan de la subversion est celui que le philosophe de la haine a joué en ex-Yougoslavie. La Yougoslavie était une mosaïque d’ethnies, de langues, de religions et de cultures adossée à l’Europe et proche de la Russie par sa composante slave et proche de la Turquie par sa composante musulmane. La Yougoslavie de Tito était presque un compromis de coexistence des grands empires européens avec l’empire ottoman. Cet ilot de pluralisme au sud-est de l’Europe ouvert à la Russie, à l’Italie et à la Turquie n’avait pas de chance de survie dans un monde dominé par la culture américaine monopoliste et hégémonique. Le démantèlement de la Yougoslavie et son atomisation puis l’intégration et la fusion de ses fragments dans l’Europe bureaucratique sous contrôle américain était donc programmé et son chemin passe par l’éclatement provoqué par une guerre civile, des nationalismes exacerbés et l’intervention de l’OTAN contre les Serbes. BHL s’est trouvé présent du côté musulman en Bosnie-Herzégovine. Il a donné une audience médiatique à Ali Izzat Begovic. On le voyait un peu partout dans les capitales européennes et on lui donnait la stature d’intellectuel puis celle d’homme politique et enfin celle de président intéressant.

Ce musulman mystique, pacifiste, philosophe, cultivé, artiste et multiculturel aimant l’Islam sans travers apologétique, respectueux du christianisme et de l’Europe, auteurs de plusieurs écrits dont notamment « L’Islam entre l’Orient et l’Occident » s’est transformé sous la houlette du philosophe agent de subversion idéologique en un partisan de la radicalisation musulmane et de l’autonomie que le wahhabisme saoudien revendiquait au Caucase (Tchétchénie) et dans d’autres parties du monde. Bien entendu les anciens conflits politiques des partisans de Izzat Begovic avec Belgrade ainsi que ses écrits de jeunesse sur l’État islamique à la lumière de l’expérience du Pakistan ont été instrumentalisés en vue de l’exacerbation du sentiment religieux et du nationalisme qui ont accompagné la volonté politique occidentale d’armer les Bosniaques puis de les présenter en victimes protégées de l’holocauste serbe sans véritable étatisation politique réelle.  BHL ainsi qu’Alain Finkielkraut qui avait pris position pour les nationalistes Croates appelleront à une levée de l’embargo sur les armes en direction des mouvements séparatistes de l’ex-Yougoslavie.

BHL a joué un rôle de subalterne médiatique, mais le chef d’orchestre était Warren Zimmermann, l’ambassadeur des États-Unis en Yougoslavie. Il avait poussé Izzet Begovic à appeler à un référendum populaire sur l’indépendance et à la reconnaissance de la Bosnie-Herzégovine en tant qu’État indépendant. Les États-Unis et l’Europe avaient reconnu l’État bosniaque née du référendum. Malgré les appels de Begovic à un État multiethnique et multiconfessionnel, la guerre avec Belgrade était inévitable. Le monde musulman avait ensuite fourni l’argent, les armes et les combattants sous le contrôle de la CIA. C’est toujours le même scénario : Les intellectuels musulmans, à l’exception de Malek Bennabi, n’ont jamais pu voir et comprendre l’absurdité et la dangerosité de la revendication d’un État islamique et tout particulièrement de celui véhiculé par le Pakistan (l’État des purs). L’incapacité à lire la géopolitique provient de l’indigence culturelle et politique qu’exploitent les Britanniques, les Français et les États-Unis. Lorsque cette incapacité se combine avec l’incompétence de comprendre l’Islam libéré des mythes et des visées politiques alors l’intellectuel musulman, le gouvernant, le peuple se trouve en danger de mort. Malek Bennabi dans la lutte idéologique a montré comment les idéologues de la colonisation cherchent et construisent l’interlocuteur valide colonisé qui va être manipulé pour servir les desseins stratégiques du colonialisme.  Izzat Begovic a été mis dans l’ambiance idéologique de l’audience médiatique qui formate les esprits et rend le formaté docile, indolent, incompétent à voir au-delà du spectacle qui cultive l’égo et nourrit les fantasmes. Il était devenu par les conditions géopolitiques et sociopolitiques un « interlocuteur valide » auprès duquel le philosophe de la mort distillait les conseils sages, avisés et bienveillants…

Après la fin de la guerre de Bosnie par l’accord de Dayton en novembre 1995, Izet Begovic est devenu membre de la présidence de la Bosnie-Herzégovine laquelle était subordonnée à un Haut représentant chargé de superviser les affaires de l’État nommé par la communauté internationale alors que la Serbie, la Slovénie, la Croatie et le Monténégro étaient devenus réellement indépendants avec une véritable présidence. Ce sont des centaines de milliers de morts et parfois des dizaines de milliers de morts issues des communautés musulmanes qui paient les déboires de leurs élites et réalisent l’ambition des communicants et des décideurs occidentaux. Izet Begovic a fini par démissionner écœuré de la supercherie.

Bien entendu on ne peut citer BHL sans citer le soutien inconditionnel qu’il avait apporté à la préparation de la guerre et à l’invasion de l’Irak par l’Amérique. Devant tant de zèle et de « réussites » de BHL on est en droit de s’interroger sur les pouvoirs de communication qu’il possède en France et sur les liens de renseignements et d’infiltration (avec les liens de logistique) qu’il possède dans les communautés musulmanes à travers le monde. Personne ne l’interpelle sur son silence au sujet du génocide des Rohingyas, des Yéménites,  et des Gazaouis. Personne ne lui demande des comptes sur le terrorisme surnommé islamique que son intervention a fait générer à grande échelle dans le monde musulman et à petite échelle en Europe.

Bernard Henri Lévy avait également défendu la « révolution » orange en Ukraine et pris position contre la Russie. Il s’est aligné sur les directives atlantistes.

Anti arabes et anti musulmans notoires en France, BHL n’existe « philosophiquement » que par son  apparition médiatique où il ne fait que valider les orientations et les politiques du sionisme et de l’impérialisme atlantistes. Si la proximité idéologique et financière de BHL avec les patrons médiatiques n’est plus à démontrer, reste alors posée la question du réseau qu’il réveille facilement et efficacement dans les pays subissant la subversion psychologique et la subversion militaire atlantiste.

Quel est le rôle assigné à Bernard Henry Levy pour saper le nationalisme et l’islamisme portés par la Turquie d’Erdogan ? La réponse est donnée par un article de BHL sur Wall Street Journal (proche de la droite ultra conservatrice américaine) du 13 août 2018 sous le titre de « NATO Should Give Turkey the Boot (L’OTAN devrait donner le coup d’envoi à la Turquie) – Ankara, helped by China and Russia, is vandalizing Western interests (Ankara, aidé par la Chine et la Russie, vandalisera les intérêts occidentaux).

Bernard Henry Lévy reprenait à son compte, avec un décalage de 10 jours, les thèses de l’américain Daniel Pipes.

Bernard Henry Lévy et Daniel Pipes à l’instar des diplomaties britanniques, américaines, françaises et israéliennes soutenaient sans retenue ni réserve Ankara participant à la guerre mondiale menée contre Damas. Ils soutenaient Erdogan présenté comme un démocrate musulman pouvant conduire la Turquie vers une intégration à la civilisation occidentale (économie du marché et de la globalisation). Il ne s’agissait pas en réalité d’un soutien, mais d’une stratégie de communication qui dévoilait son contenu et ses cibles selon les impératifs de pertinence géographique, d’opportunité temporelle et de cohérence géopolitique fixés par la gouvernance mondiale atlantisme.

Aujourd’hui et après les attaques de Trump, BHL décrit la Turquie comme pourvoyeur d’armes des groupes armées islamiques liés à Al Quaïda et DAECH, péril génocidaire contre les Kurdes… Elle ne devrait plus avoir sa place au sein de l’OTAN. Nous sommes en présence d’une communication orchestrée depuis les États-Unis. Le chef d’orchestre est Daniel Pipes.

J’ai écrit le livre « Islamophobia : Deus machina » et montré Daniel Pipes comme l’instigateur de l’Islamophobie véritable machine de guerre psychologique et militaire contre le monde musulman. J’ai notamment mis en exergue les points suivants de l’islamophobie :

  • Une haine ancienne et entretenue de l’Islam ;
  • Une mise en guerre des musulmans les uns contre les autres et les uns après les autres
  • Une connaissance de la mentalité des musulmans atomisés en fragments d’humanité errants sans orientation civilisationnelle vers l’avenir, sans culture géopolitique du présent, sans lecture lucide de leur passé
  • Une infiltration des mouvements islamiques qui demeurent infantiles et facilement manipulables du fait de la culture confrérique, du culte du chef, de l’absence de pratiques démocratiques transparentes, et de l’entêtement à refuser de tirer enseignement de leurs échecs politiques et de leurs limites intellectuelles
  • Une volonté de montrer le monde musulman et ses acteurs mis sous les feux de la rampe médiatique comme répulsifs afin de générer de la méfiance des non musulmans envers les musulmans et de la défiance des musulmans entre eux. C’est ce tableau psychologique qui permet aux armées occidentales d’ouvrir des fronts de combat contre un adversaire isolé, c’est ce même tableau qui permet de mener des combats terrifiants contre des populations civiles pour qui l’opinion occidentale ne va éprouver ni pitié ni respect ni ressentir une quelconque émotion.
  • Faire accepter l’idée du clash des civilisations entre l’Occident et l’Orient
  • Une audace de faire payer la facture de guerre et de subversion par les gouvernants musulmans eux-mêmes pour ne pas subir la « justice implacable » et conserver leur pouvoir oppressif sur les populations musulmanes.
  • Empêcher la jonction politique, économique et géostratégique entre la Russie, la Chine et le monde musulman pour que le monde demeure tel qu’il est : monopolaire sous l’hégémonie de l’oligarchie financière.
  • Réaliser les buts stratégiques : interdire toute idée d’indépendance, tuer dans l’œuf toute tentative de renaissance civilisationnelle, piller les ressources, détruire les mentalités collectives, disloquer les géographies, saper les embryons d’économie, intégrer les flux migratoires à la fois comme un procédé de guerre en vidant les pays de leur jeunesse laissant le pays sans bras armé pour la résistance (le cas syrien est le plus éloquent) et comme émergence d’un sous prolétariat en concurrence avec les prolétariats européens facilitant l’accumulation capitaliste des profits par la réduction du cout du travail.

L’accueil méprisant réservé à mon livre, l’acharnement et l’empressement des « indigènes » musulmans de France à vouloir montrer l’islamophobie soit comme une xénophobie envers les banlieues françaises soit comme une séquelle de la colonisation de l’Algérie m’a réconforté dans l’idée de l’indigence politique des musulmans, de leur quête de statut social d’intellectuel, de leur alignement idéologique qui leur permet de bénéficier d’une rente d’existence en devenant l’interlocuteur valide qui se focalise sur l’accessoire et qui évite le fondamental et les priorités.

Ceux qui veulent encadrer les populations musulmanes en Europe et aux USA ont certes des diplômes universitaires, mais il leur manque la culture politique et la vue lucide sans esprit partisan, sans démarche sectaire, et sans aliénation à la réussite mondaine. Ceux qui communiquent contre les musulmans disposent d’une culture islamophobe, d’un réseau d’informateurs et d’un savoir efficace sur le musulman africain, asiatique ou occidental. Ces communicants s’adressent aux populations occidentales non musulmanes pour les faire adhérer sinon les neutraliser dans leur combat idéologique et militaire contre les musulmans (islamistes, athées, laïques, arabes, berbères, persan, turcs et chrétiens ou juifs d’orient). La religion n’est pas le moteur, mais la civilisation qu’elle a portée ou qu’elle risque de porter. Le musulman qui entre dans le moule idéologique et qui se confine à prier, à faire le pèlerinage et à porter barbe et gandoura n’intéresse pas les laboratoires de la psychologie sociale et de la guerre subversive. Celui qui rêve ou qui porte un projet de réforme, d’éveil et de mise en travail des peuples est ciblé pour être mis en silence, mis à l’oubli ou mis à mort.

Daniel Pipes n’est pas un abruti, c’est un intellectuel hautement qualifié et très compétent qui apporte une efficacité sur le plan de la communication et des études orientalistes au service du sionisme et de l’Empire. Il est titulaire d’un doctorat en littérature à Harvard et d’une post graduation sur l’histoire médiévale de l’islam, il est également titulaire d’un doctorat en Charia islamique à l’université d’Al Azhar au Caire. Il parle anglais, français et arabe. Il enseigne dans plusieurs universités. Il collabore avec les Affaires étrangères et la défense des USA ; Il travaille avec les doctrinaires américains de la géopolitique tels que Robert Strausz-Hupé. A titre de comparaison, quelles sont les lettres de créances des conseillers des savantissimes religieux de l’Islam ? Quelles sont celles des musulmans militant en France ? Soient-ils ne parlent pas bien le français soient ils sont dans l’ignorance totale de l’histoire, de la culture, de la géographie, des mœurs, de la religion et de la sociologie de la société française.  Pour la majorité d’entre eux la France est un terrain vague sur lequel ils pensent pouvoir faire paître tranquillement le troupeau qui les suit.

Daniel Pipes mobilise, préside et anime des cercles d’intellectuels, de journalistes et d’artistes au service du sionisme et de l’Empire américain. Il intervient quotidiennement sur les plus grands titres de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Il est parrainé par les ultra conservateurs américains et israéliens à Washington et à Tel-Aviv. Comme Bernard Henry Lévy il est juif et tous les deux affichent leur judaïté, leur haine de l’Islam et leur mépris pour les Palestiniens et en particulier pour les mouvements indépendantistes palestiniens. Être Juif n’est ni une tare ni un châtiment divin, mais une garantie supplémentaire pour se protéger au nom de l’antisémitisme. On accuse facilement les Juifs de tous les maux de la planète, cela fait diversion et surtout cela cache l’oligarchie financière qui prend les décisions sérieuses. Les Chrétiens d’Orient et de Russie savent mieux que quiconque la puissance maléfique du Temple satanique et des évangélistes éradicateurs qui attendent l’Apocalypse et le retour de Jésus. Plus que le pouvoir de l’argent, il y a le pouvoir spirituel sur l’humanité avec à sa base l’usurpation et l’imposture du mythe rédempteur de Jésus Christ. Le général Greig, canadien, a écrit un livre, je crois qu’il s’appelle “l’échiquier” où il décrit la puissance et le maléfice de l’Église (ou de la Synagogue) satanique aux USA. L’idéologie satanique est la lutte contre l’humain dans ce qu’il a de plus noble et la promotion de ses vices les plus abjects. L’idéologie apocalyptique, d’inspiration biblique, vise à  gommer toutes les différences et à domestiquer une humanité pour qu’elle soit assujettie aux ordres et au service d’une élite « supérieure » (les élus). C’est revisiter le fascisme qui se libère du credo nationaliste pour celui de l’universel et de la mondialisation. Vatican II allait dans ce sens aussi avec des objectifs moins radicaux : évangéliser toute la planète et tolérer l’Islam comme religion païenne asiatique dans le cadre du dialogue des civilisations. DAECH est de la même idéologie donc de même inspiration…

Une parenthèse mérite d’être ouverte sur l’islamophobie de Daniel Pipes, ce n’est pas une islamophobie primaire, c’est une islamophobie élaborée et efficace comme il dit lui-même :

« … l’islam radical est le problème et l’islam modéré, la solution. Mon point de vue présente, entre autres avantages, d’envisager une coopération avec les musulmans anti-islamistes ».

C’est le schéma directeur de la lutte antiterrorisme islamique : rendre les musulmans des collaborateurs et des délateurs. C’est ce canevas qui a laissé les Frères musulmans parvenir au pouvoir en Égypte et en Turquie ou jouer un rôle majeur en Syrie et au Yémen. C’est ainsi que Daniel Pipes publiait des articles prônant le soutien à l’Irak contre l’Iran. Ce n’est pas l’Iran et le chiisme qui posent problème, mais la révolution islamique et l’éviction du Shah d’Iran.  C’est l’Amérique et ses idéologues qui décident qui est le bon et le mauvais musulman, qui est le modéré et l’extrémiste. Le musulman n’est pas autonome dans ses décisions ni libre dans son projet d’émancipation. Même l’athée et le laïciste du monde musulman ne doit voir que sous l’œil observateur et sous l’esprit inquisiteur de l’Amérique. C’est ce mode de pensée qui permet à l’intelligence américaine de trier entre la bonne gauche et la mauvaise, la bonne droite et la mauvaise. Tout est analysé du point de vue utilitaire et provisoire. C’est l’idolâtrie des temps post modernes… Cette idolâtrie est le creuset idéologique et spirituel de Daniel Pipes :

« L’ordre mondial qui se profile sera-t-il celui de l’empire universel américain ? … La mission du peuple américain consiste à enterrer les États-nations »

Toute la rhétorique de Bernard Henry Lévy est déjà conceptualisée et communiquée au préalable par Daniel Pipes qui a un réseau efficace en France pour mobiliser et communiquer sur tout projet de guerre impériale dans le monde musulman. C’est ce réseau qui a pris en charge Sarkozy pour la Libye, Hollande et Macron pour la Syrie et qui est en train de prendre la direction de la communication pour la Turquie. Ce n’est pas les propos de BHL qu’il faut suivre et analyser, mais bien ceux de Daniel Pipes. Le mieux serait de suivre et d’analyser les illuminés d’Amérique.  Ils sont les concepteurs et les communicants des mots d’ordre ravageurs et des feuilles de routes opérationnelles sous-jacentes à leurs concepts : « islamophobie », « Nouvel antisémitisme », « Militants de l’islam », « la théorie moyen-orientale du complot ». Avant que la France ait eu l’idée de créer le CFCM et le concept d’Islam de France, Daniel Pipes avait déjà lancé l’idée de création d’un « Institut américain de l’Islam Progressiste » début des années 2000 . Daniel Pipes a construit un réseau dense et efficace de musulmans zélés, arabes et non arabes, par le forum du moyen Orient qui permet de fédérer les opposants à l’Islam et les sympathisants idéologiques de l’Amérique. Il est aussi très influent dans la sphère intellectuelle et médiatique en Allemagne, en France et en Angleterre.

Contentons-nous ici et maintenant de rapporter quelques analyses et quelques recommandations de Daniel Pipes pour rendre la Turquie obéissante et servile, et probablement faire partir Erdogan et changer de régime en redonnant à l’armée le pouvoir qu’elle a perdu sur injonction américaine qui avait besoin d’un allié conjoncturel sunnite pour mener sa guerre contre l’Iran,  pour partitionner la Syrie en quatre ou 5 émirats et régler définitivement la question palestinienne. Voici ce que dit Daniel Pipes en substance après avoir posé la question essentielle : « L’affirmation selon laquelle la Turquie s’éloigne de l’Occident appelle plusieurs questions : au-delà des beaux discours, quelle est la réalité de l’alliance atlantique en 2018 ? La Turquie devrait-elle rester membre de l’OTAN ? L’OTAN a-t-elle encore une mission à l’ère post-soviétique ? Et si oui, laquelle ? » : Son diagnostic est le suivant

  • Les réponses les plus pertinentes consistaient à dire que l’OTAN devait certes, continuer à exister et à mobiliser ses moyens de défense contre la nouvelle grande menace totalitaire qu’était l’islamisme. Les fascistes, les communistes et les islamistes diffèrent sur bien des points mais ils ont en commun ce rêve d’une utopie radicale fabriquant un être humain supérieur dont l’existence a pour but de servir son gouvernement. Le nouvel ennemi islamiste a acquis une importance planétaire au moment même où l’ennemi initial (URSS) était vaincu…
  • La menace islamiste : Cette menace était alors surtout le fait de deux pays, l’Afghanistan et la Turquie, qui représentaient pour l’OTAN deux défis sans précédent, le premier externe et le second interne… Le programme nucléaire iranien, qui est désormais en marche pour la fabrication de bombes dans les dix prochaines années, constitue le problème le plus funeste particulièrement quand on prend en compte la présence à Téhéran d’un régime apocalyptique et la possibilité d’une attaque à impulsion électromagnétique… Le gouvernement turc menace de faire déferler sur l’Europe des vagues de réfugiés syriens. Il entrave les relations de l’OTAN avec des alliés proches comme l’Autriche, Chypre et Israël. Il a soutenu le retournement de l’opinion publique turque contre l’Occident, particulièrement contre les États-Unis et l’Allemagne. À titre personnel, il m’est devenu impossible (à l’instar d’autres analystes observateurs de la Turquie) de ne serait-ce que changer d’avion à Istanbul par crainte d’être arrêté et jeté en prison pour servir d’otage et de monnaie d’échange avec un criminel turc réel ou imaginaire se trouvant aux États-Unis. Rendez-vous compte : la Turquie, un soi-disant allié, est le seul pays au monde où je crains d’être arrêté à mon arrivée…
  • Erdoğan a pratiquement rejoint l’Organisation de Shanghai qui fait office de pendant russo-chinois de l’OTAN. Les troupes turques ont participé à des exercices communs avec les armées russe et chinoise. Plus significatif, les forces armées turques sont en train de déployer le système de missiles antiaériens russe S-400
  • La Turquie anti-OTAN, anti-occidentale et dictatoriale : Le pouvoir d’Erdoğan s’est construit sur la nature despotique de l’islamisme : trucage d’élections, arrestations de journalistes dissidents sur présomption de terrorisme, création d’une armée privée, SADAT, usage de la torture par la police et organisation d’un coup d’État.
  • Le gouvernement turc soutient Téhéran de plusieurs manières : aide au développement du programme nucléaire iranien, soutien à l’exploitation des champs de pétrole iraniens, aide au transfert d’armes iraniennes vers le Hezbollah et soutien conjoint au Hamas.
  • La Turquie dénature l’OTAN : Outre son hostilité, la présence turque à l’OTAN dénature l’Alliance. L’OTAN devrait lutter contre l’islamisme. Or, avec des islamistes présents dans la place, comment l’Alliance atlantique pourrait-elle agir de la sorte ?

Les préconisations de Daniel Pipes : L’OTAN se retrouve face à un dilemme qu’il faut trancher : soit exclure la Turquie, option que je préconise, soit la garder, option que l’OTAN privilégie instinctivement.

  • Exclure la Turquie : Mon argumentation repose sur le fait qu’Ankara pose des actes hostiles à l’OTAN, qu’elle n’est pas un allié et qu’elle empêche le nécessaire recentrage de l’action atlantique sur l’islamisme. En somme, la Turquie est le premier État membre à passer dans le camp ennemi où il se peut qu’elle demeure longtemps… il faut se demander pendant combien de temps la Turquie restera islamiste et dictatoriale, et s’apparentera à un État voyou. Au vu du sentiment anti-occidental qui règne largement en Turquie, je pense qu’il faut que l’OTAN soit libre d’être ce qu’elle doit être.
  • Sinon… il existe plusieurs mesures propres à diminuer les relations avec Ankara et à réduire le rôle de la Turquie dans l’OTAN.
    • Abandonner la base aérienne d’Incirlik… Il existe une foule d’autres sites, par exemple, en Roumanie et en Jordanie. Selon certaines sources, ce processus est déjà enclenché…
    • Retirer l’arsenal nucléaire américain… Retirer l’arsenal nucléaire américain… stopper les ventes d’armes.
    • Ignorer l’article 5 et les autres demandes d’aide.
    • Garder l’OTAN à distance de l’armée turque.
    • Aider les opposants à la Turquie. Il faut soutenir les Kurdes de Syrie ainsi que le projet de plus en plus clair d’alliance entre la Grèce, Chypre et Israël. Il faut par ailleurs coopérer avec l’Autriche.

C’est un programme de guerre punitive contre la Turquie. BHL et les réseaux médiatiques français vont mâcher et recracher ce programme sans le digérer. Ils n’agissent pas pour les intérêts  de l’État français, mais pour le compte de l’Empire. Ils ne connaissent pas la feuille de route à long terme, ils communiquent à court terme et font office de vassalité envers leur donneur d’ordre avec qui ils partagent la même haine, celle de l’Islam, et le même amour, celui d’Israël. Daniel Pipes ne communique pas du fait de la complaisance ou de la proximité des médias américains, il analyse et conseille l’établissement politique et militaire américain ainsi que l’état profond américain ultra conservateur et messianique. Son organisation se réunit avec l’administration de l’OTAN. Les extraits que nous venons de citer sont l’analyse qu’il a développé pour le compte de l’OTAN et de la Maison Blanche.

Erdogan prisonnier de son narcissisme et de l’entrisme opportuniste des Frères musulmans n’avait pas compris que les États-Unis n’ont pas d’alliés, mais des vassaux. Ces vassaux ne sont pas égaux sur le plan de la servitude, ils doivent être regroupés par zone et mis sous le commandement d’un chef de zone. Pour le Moyen-Orient il y a un adjudant-chef c’est Israël, le second exécutant est le sergent-chef alias Arabie saoudite. La Turquie devrait se contenter de la troisième place de caporal-chef. Il n’y a pas de place à l’ambition néo-ottomane. Il est extraordinaire de voir comment la gauche dans les pays musulmans, via le trotskisme et autres organisations pseudo progressistes s’est mobilisé pour dénoncer l’empire ottoman et mettre en exergue le despotisme ottoman sans jamais remettre en cause les errements d’Erdogan en Syrie ni faire une analyse objective de la Turquie sur la dernière décade (économie, monnaie, société) et encore moins admettre le rayonnement civilisationnel de la Turquie ottomane sur le reste du monde. Atatürk est l’idole des progressistes arabes qui n’ont jamais mis les pieds en Turquie et qui ne connaissent pas l’humiliation du peuple musulman turc obligé de vivre son islamité en clandestinité et de porter contre son gré les vêtements européens et d’écrire sa langue natale avec des caractères latins. Les Frères musulmans n’avaient pas compris et ne comprennent toujours pas comment ils sont utilisés comme pion sur l’échiquier mondial dans ce que les Américains appelle le chaos fécondateur ou la régression féconde pour remodeler les nations et les régions par les contradictions et les violences.

L’ambition d’Erdogan ne repose pas principalement sur l’islamisme, mais sur le nationalisme turc. Le nationalisme turc est chauvin, mais efficace car il repose sur une population laborieuse, fière de son passé et désireuse de s’imposer dans la région en tant que nation prospère et civilisée. Dans cette crise avec l’Amérique c’est le nationalisme et l’anti américanisme très vivace dans la Région qui sont les moteurs du gouvernement turc pour juguler la crise monétaire et la guerre économique. Erdogan est un animal politique suffisamment cultivé et fortement ambitieux capable donc de transformer son pays en bloc de résistance et de former des alliances stratégiques préservant les intérêts de la Turquie et la survie de son régime. Il faudrait d’abord qu’il prenne conscience des véritables enjeux économiques et de la nature de la crise de sa monnaie qui est d’ordre structurel par son alignement à l’économie mondiale avec ses spéculations boursières et l’usage exclusif du dollar. Il devrait le plus rapidement possible trouver des solutions sérieuses et durables avec la Syrie et avec les Kurdes et s’ouvrir comme partenaire fiable à la Russie, à l’Iran, au Pakistan, à la Chine, à l’Inde. C’est au Européens de prendre leur avenir en mains : se maintenir bienveillant en Turquie avec un marché de 100 millions d’habitants et s’ouvrir avec courage et détermination à l’Iran avec un marché de 80 millions d’habitants ou bien suivre aveuglement l’administration américaine et les relais médiatiques européens des think tanks apocalyptiques.

Notre lecture de l’actualité à travers le regard de Daniel Pipes nous invite à aborder deux aspects du problème posé à la Turquie. Le premier problème est celui de Donald Trump. Lorsqu’on l’examine sérieusement et avec beaucoup de recul, il ne s’agit pas d’un problème, mais d’une providence, d’une aubaine, d’une chance : l’Amérique se dévoile tel qu’elle est sans les lissages diplomatiques et avec la brutalité de Trump. Cette brutalité devrait inciter les gouvernants sensés et les peuples éveillés à chercher des alliances régionales, à donner plus de liberté et de confiance à leurs peuples et à créer toutes les conditions pour l’émergence d’un monde bipolaire ou multipolaire s’ils veulent garantir la paix et la sécurité. Le second problème est celui posé par Daniel Pipes : l’OTAN est l’arme de la civilisation occidentale dans sa forme capitaliste et post moderne. Le maintien de la Turquie pose un problème de conscience morale et civilisationnelle : comment admettre que la Turquie l’un des plus grands pays musulmans et de surcroît émergent en termes de développement social et économique puisse être la seconde armée la plus puissante de l’OTAN alors qu’elle devrait être, par les principes islamistes, au service des opprimés ou du moins un renfort ou une alliance  pour les pays émergents de la Région. Il faut dire merci à Daniel Pipes de poser les problèmes d’une manière logique et merci à l’Europe de refuser l’intégration de la Turquie pour les mêmes motifs civilisationnels et idéologiques (religieux). Erdogan et les Frères musulmans dans tous les pays où ils sont fortement implantés ne veulent pas changer le monde, mais s’intégrer dans le monde du plus fort et servir la bourgeoisie d’affaires qui gravitent dans leur sillage confrérique et partisan. L’exemple le plus flagrant est celui des Frères musulmans en Algérie : un appétit mondain et un gout pour le pouvoir. Les États-Unis connaissent cet appétit et ce gout et  sont disposés à jouer la carte de l’islamisme « modéré » qui  facilite le jeu américain. Le jeu américain n’est pas subtile, il consiste à mettre en compétition le pouvoir en place et les Frères musulmans pour obtenir le maximum de concessions économique, politique et géostratégiques.

Ce qui se dit comme ce qui se passe est instructif et nous donne les repères pour voir l’évolution du monde musulman : libération ou aliénation.

Le jeu américain ne se limite pas aux Frères musulmans, il est ouvert aux libéraux et aux progressistes dont il connait le poids politique et l’influence sociale très limitée et à ce titre Daniel Pipes et les décideurs américains et leurs alliés européens ne leur suggèrent que des projets de socialité pour détruire la mentalité collective conservatrice : liberté sexuelle, homosexualité, théorie du genre, égalité des sexes, abolition du code de la famille. En direction de la  gauche anglaise ils suggèrent le Brexit, la fermeture des frontières aux réfugiés et la tolérance zéro vis à vis des communautés musulmanes.

Il n’ y a pas de complotisme, mais une politique d’actions et d’influences sur l’environnement pour l’adapter à ses impératifs politiques, économiques, culturels, financiers, juridiques, diplomatiques et géopolitiques. Est-ce que les gouvernants et les opposants sont prêts à faire une lecture des enjeux et de réfléchir aux réponses les plus adaptés pour se protéger et résister?

Omar MAZRI – liberation-opprimes.net

Norman Finkelstein : Charlie Hebdo est sadique

Norman Finkelstein, Juif américain, Professeur de science politique de renommée mondiale  dit ce que le musulman n’a pas le courage de dire et ce que le Français ne sait pas et ne veut pas savoir au sujet de Charlie Hebdo.

 

NEW YORK

Dans l’Allemagne nazie, il y avait un journal hebdomadaire antisémite appelé Der Stürmer.

Dirigé par Julius Streicher, il était réputé comme l’un des défenseurs les plus virulents de la persécution des Juifs pendant les années 1930.

Tout le monde se souvient des caricatures morbides de Der Stürmer sur les Juifs, le peuple qui était alors confronté à une discrimination et à une persécution généralisées.

Ses représentations validaient tous les stéréotypes communs sur les Juifs – nez crochu, avarice, avidité.

« Imaginons qu’au milieu de toute cette mort et de toute cette destruction, deux jeunes juifs aient fait irruption dans le siège de la rédaction de Der Stürmer, et qu’ils aient tué tout le personnel qui les avait humiliés, dégradés, avilis, insultés », se demande Norman Finkelstein, un professeur de sciences politiques et auteur de nombreux ouvrages dont « L’industrie de l’Holocauste. Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs  » et « Méthode et démence  » [consacré aux agressions israéliennes contre Gaza].

« Comment réagirais-je à cela ? » se demanda Finkelstein, qui est le fils de survivants de l’Holocauste.

Finkelstein dressait ainsi une analogie entre une attaque hypothétique contre le journal allemand et l’attaque mortelle du 7 janvier au siège parisien du magazine satirique Charlie Hebdo qui a causé la mort de 12 personnes, dont son éditeur et ses principaux dessinateurs. L’hebdomadaire est réputé pour sa publication de contenus controversés, y compris des caricatures dégradantes sur le Prophète Muhammad [Mahomet] en 2006 et en 2012.

L’attaque a déclenché un énorme tollé mondial, avec des millions de personnes en France et dans le monde qui ont défilé dans les rues pour soutenir la liberté de la presse derrière le cri de ralliement « Je suis Charlie » ou « I am Charlie ».

Ce que les caricatures du Prophète Muhammad [Mahomet] par Charlie Hebdo ont réalisé « n’est pas de la satire », et ce qu’ils ont soulevé n’était pas des « idées », a soutenu Finkelstein.

La satire authentique est exercée soit contre nous-mêmes, afin d’amener notre communauté à réfléchir à deux fois à ses actes et à ses paroles, soit contre des personnes qui ont du pouvoir et des privilèges, a-t-il affirmé.

« Mais lorsque des gens sont misérables et abattus, désespérés, sans ressources, et que vous vous moquez d’eux, lorsque vous vous moquez d’une personne sans-abri, ce n’est pas de la satire », a affirmé Finkelstein.

« Ce n’est rien d’autre que du sadisme. Il y a une très grande différence entre la satire et le sadisme. Charlie Hebdo, c’est du sadisme. Ce n’est pas de la satire. »

La « communauté désespérée et méprisée » d’aujourd’hui, ce sont les musulmans, a-t-il déclaré, évoquant le grand nombre de pays musulmans en proie à la mort et à la destruction, comme c’est le cas en Syrie, en Irak, à Gaza, au Pakistan, en Afghanistan et au Yémen.

« Donc deux jeunes hommes désespérés expriment leur désespoir contre cette pornographie politique qui n’est guère différente de celle de Der Stürmer, qui, au milieu de toute cette mort et de toute cette destruction, a décrété qu’il était en quelque sorte noble de dégrader, d’avilir, d’humilier et d’insulter les membres de cette communauté. Je suis désolé, c’est peut-être très politiquement incorrect de dire cela, mais je n’ai aucune sympathie pour [le personnel de Charlie Hebdo]. Est-ce qu’il fallait les tuer ? Bien sûr que non. Mais bien sûr, Streicher n’aurait pas dû être pendu. Je ne l’ai pas entendu dire par beaucoup de personnes », a déclaré Finkelstein.

Streicher fut l’un de ceux qui furent accusés et jugés au procès de Nuremberg, après la Seconde Guerre mondiale. Il a été pendu pour ses caricatures.

Finkelstein a également fait référence au fait que certaines personnes soutiendront qu’elles ont le droit de se moquer de tout le monde, même des gens désespérés et démunis, et elles ont probablement ce droit, a-t-il concédé. « Mais vous avez aussi le droit de dire : ‘Je ne veux pas publier ça dans mon journal…’ Lorsque vous le publiez, vous en prenez la responsabilité. »

Finkelstein a comparé les caricatures controversées de Charlie Hebdo à la doctrine des « propos incendiaires », une catégorie de propos passibles de poursuites dans la jurisprudence américaine.

Cette doctrine se réfère à certains propos qui entraîneraient probablement la personne contre qui ils sont dirigés à commettre un acte de violence. C’est une catégorie de propos qui n’est pas protégée par le Premier Amendement.

« Vous n’avez pas le droit de prononcer des propos incendiaires, parce qu’ils sont l’équivalent d’une gifle sur le visage, et ça revient à chercher des ennuis », a déclaré Finkelstein.

« Eh bien, est-ce que les caricatures de Charlie Hebdo sont l’équivalent des propos incendiaires ? Ils appellent cela de la satire. Ce n’est pas de la satire. Ce ne sont que des épithètes, il n’y a rien de drôle là-dedans. Si vous trouvez ça drôle, alors représenter des Juifs avec des grosses lèvres et un nez crochu est également drôle. »

Finkelstein a souligné les contradictions dans la perception occidentale de la liberté de la presse en donnant l’exemple du magazine pornographique Hustler, dont l’éditeur, Larry Flynt, a été abattu et laissé paralysé en 1978 par un tueur en série suprématiste blanc, car il avait publié des illustrations de sexe interracial.

« Je n’ai pas le souvenir que tout le monde l’ait glorifié par le slogan « Nous sommes Larry Flynt » ou « Nous sommes Hustler », a-t-il souligné. Est-ce qu’il méritait d’être attaqué ? Bien sûr que non. Mais personne n’a soudainement transformé cet événement en un quelconque principe politique. »

L’adhésion occidentale aux caricatures de Charlie Hebdo est due au fait que les dessins visaient et ridiculisaient les musulmans, a-t-il affirmé.

Le fait que les Français décrivent les musulmans comme des barbares est hypocrite au regard des meurtres de milliers de personnes durant l’occupation coloniale française de l’Algérie, et de la réaction de l’opinion publique française à la guerre d’Algérie de 1954 à 1962, selon Finkelstein.

La première manifestation de masse à Paris contre la guerre « n’a eu lieu qu’en 1960, deux ans avant la fin de la guerre », a-t-il rappelé. « Tout le monde soutenait la guerre française annihilatrice en Algérie. »

Il rappela que l’appartement du philosophe français Jean Paul Sartre a été bombardé à deux reprises, en 1961 et en 1962, ainsi que les bureaux de son magazine, Les Temps Modernes, après qu’il se soit déclaré absolument opposé à la guerre.

Finkelstein, qui a été décrit comme un « Radical Américain », a déclaré que les prétentions occidentales sur le code vestimentaire musulman révèlent une contradiction remarquable lorsqu’on les compare à l’attitude de l’Occident envers les indigènes sur les terres qu’ils occupaient durant la période coloniale.

« Lorsque les Européens sont arrivés en Amérique du Nord, ce qu’ils ont déclaré à propos des Amérindiens, c’est qu’ils étaient vraiment barbares, parce qu’ils marchaient tout nus. Les femmes européennes portaient alors trois couches de vêtements. Puis ils sont venus en Amérique du Nord, et ont décrété que les Amérindiens étaient arriérés parce qu’ils marchaient tous nus. Et maintenant, nous marchons tout nus, et nous proclamons que les musulmans sont arriérés parce qu’ils portent tant de vêtements », a-t-il affirmé.

« Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus barbare que cela ? Exclure les femmes qui portent le voile ? », a-t-il demandé, faisant référence à l’interdiction du voile dans les emplois de service public français promulguée en 2004.

Les travaux de Finkelstein, accusant les Juifs d’exploiter la mémoire de l’Holocauste à des fins politiques et dénonçant Israël pour son oppression des Palestiniens, ont fait de lui une figure controversée même au sein de la communauté juive.

Sa nomination en tant que Professeur à l’Université De Paul en 2007 a été annulée après une querelle très médiatisée avec son collègue académique Alan Dershowitz, un ardent défenseur d’Israël. Dershowitz aurait fait pression sur l’administration de De Paul, une université catholique de Chicago, afin d’empêcher sa nomination. Finkelstein, qui enseigne actuellement à l’Université de Sakarya en Turquie, affirme que cette décision fut fondée sur des « motifs politiques transparents. »

Par Mustafa Caglayan, pour Anadolu Agency 

Article original : http://normanfinkelstein.com/2015/01/19/norman-finkelstein-charlie-hebdo-is-sadism-not-satire/

Les indigents de la République, l’Islam et le terrorisme

Les indigents de la République étalent leur ignorance, leur arrogance et leur mépris à longueur de journée sur les colonnes des journaux et dans les studios. Ils se prennent pour le nombril du monde qui connait l’Islam et les musulmans mieux que Dieu lui même au point de les interpréter selon leur courte vue et leur imbécillité qui n’ont de mesure que leur narcissisme. Voilà des siècles que les orientalistes, les islamologues de service, les assimilationnistes et les intégrationnistes tentent en vain de réduire l’Islam à leur crasse ignorante et les musulmans à leur ethnocentrisme impudique. Ils n’ont même pas la décence d’interroger l’histoire sur les sources de leurs rapports pervers avec les musulmans ni comment ils ont fini lamentablement en rupture. Aujourd’hui il ne s’agit plus de rupture avec la colonisation et le colonialisme, mais avec la relative paix sociale. Ils cultivent l’amalgame, la haine et le mépris sans se rendre compte qu’ils touchent aux sensibilités des uns et aux exacerbations des autres et cela va finir par instaurer les ferments d’une guerre civile. Personne dans ce pays ne veut assumer ses responsabilités et dire ça suffit. Tous délirent atteint de la charlite. Même les gouvernants et les parlementaires de plus en plus charlot qui ne font pas rire règlent leur contentieux et étalent leur déboire à coup de Charlie par ci Charlie par ça.

L’amalgame avec les musulmans et les terroristes et la confusion de la France avec « Charlie » non seulement n’expliquent pas la vraie crise, mais ils la cachent tout en l’entretenant. Ces voyous qui veulent jouer aux philosophes et aux cultivés savent que le terrorisme qui a détruit la Syrie et la Libye et qui se manifeste d’une manière infantile sur le sol européen est l’oeuvre de la politique insensée et criminelle de l’Occident à l’égard des musulmans. DAESH et consort sont une inspiration occidentale dont les premiers, les plus nombreux et les plus sévèrement touchés sont les musulmans. Si ces mêmes occidentaux et leurs interlocuteurs valides et leurs saltimbanques se réclamant de l’Islam ou de la communauté musulmane avaient réellement éprouvé de la compassion pour les musulmans et de l’intérêt pour les Coptes d’Egypte et les Chrétiens du Moyen-Orient, ils auraient cherché la paix et la coopération entre les peuples. L’intégrisme laïciste et l’implacable justice impériale savent raconter des histoires pour peuples abrutis par le crédit, le sexe et l’oisiveté ou peuples dépossédés de leur devoir par l’ignorance insouciante. Dans ces histoires les experts de la fabrication du consentement idéologique et de la fascination médiatique inventent des mythes, des totems et des fétiches pour cacher la fin de l’histoire, celle de leur monde en décomposition écologique, économique  et politique.

Les indigents et les indigènes de la République s’accordent pour dénoncer l’islamophobie après avoir pris la précaution de la vider de son contenu et de sa portée de machine de guerre médiatique, politique, idéologique et militaire au service de l’Empire qui tente de remodeler le monde alors que ce monde lui échappe de plus en plus le laissant dans la confusion et laissant les peuples qui subissent cette confusion dans l’horreur.

L’islamophobie n’est pas la xénophobie. Historiquement et anthropologiquement la xénophobie est une sorte de catharsis sociale et idéologique qu’une société en crise s’invente pour se guérir de ses peurs, de ses doutes, de ses malheurs. La société, ses idéologues et ses gouvernants refusent de voir la réalité qui a présidé au funeste destin pour se contenter d’un bouc-emissaire qui en général est l’étranger, cet autre qui est à la fois soi même qui fait peur car on lui retrouve les mêmes impulsions et les mêmes convulsions et l’autres différent de soi par sa religion, son ethnie, sa sociologie, sa langue et sa culture. Cet étranger n’est pas obligatoirement celui qui vient d’une autre contrée, il est souvent la minorité faible ou celle qui est montrée du doigt pour conjurer le mauvais sort. C’est le comportement infantile et irresponsable de toutes les sociétés en décomposition, en fabulation et en quête d’identité dans un malheur qu’elle refuse de comprendre ou d’assumer.

Les indigents et les indigènes de la République qui veulent confiner l’Islamophobie aux banlieues françaises et réemployer  les termes de « visibilité musulmane » que la France a utilisé pour monter des notables musulmans contre  l’Islah  badissien des Oulémas se trompent de lisibilité du monde. La France n’est plus la puissance coloniale. La banlieue ne produit pas encore sa visibilité car elle ne produit pas encore ses idées, son argent et son élite ou son projet. La communauté souffre davantage de xénophobie structurelle alimentée par le racisme, les stigmates de la venue  des travailleurs algériens et africains dans des conditions d’esclaves, l’inégalité des chances et l’assistanat social qui a produit le non citoyen soucieux de la rente et méconnaissant ses droits et devoirs, le déni de culture et la mise au ban. Tous ces ingrédients sont exponentialisés  par l’échec de l’intégration menée bureaucratiquement et par le mépris, les crispations sociales  de la crise économique, l’affectivité exacerbée de ceux qui pensent que leurs parents ont été exploités sans rien en contrepartie et que la France a été ingrate envers eux. Nous sommes au cœur du processus de xénophobie. Nous sommes au cœur du drame de la désintégration des populations par marginalisation, acculturation et déculturation, culture de l’échec scolaire et de l’exclusion. L’inégalité des moyens, des possibilités et des chances dans un monde de tarissement des ressources et des idées provoquent de la colère, du ressentiment, de la méfiance, de la violence, de la provocation sans plus. Le plus est dans l’abandon et la victimisation puis la criminalisation des plus fragiles. Dans ce tableau sombre l’identité revendiquée arabe, africaine ou musulmane des parents est dénigrée, culpabilisée, méprisée car la France est raciste, la France est contre la différenciation, elle est pour l’indifférenciation qui uniformise au nom de l’égalité des droits. La xénophobie est une donnée locale nationale  avec son rapport à l’histoire et la sociologie française ses solutions sont locales ou nationales : liberté, éducation, égalité de chances et respect de la différence. Les communautés ne sont pas imperméables à la doxa islamiste ni à l’islamophobie elles les vivent comme l’air du temps, comme la drogue, la réussite ou l’échec scolaire : des faits, des informations.

L’islamophobie c’est un autre registre, un autre objectif, une guerre de religion, une guerre de civilisation qui met le monde musulman avec ses juifs, ses chrétiens et ses musulmans face à la menace de dissolution ou d’agression par l’Empire qui vise leur position géopolitique, leurs ressources économiques et leur potentiel d’éveil civilisationnel pour les maintenir en marge du monde dans des guerres qui leur sont imposées par l’Empire et ses vassaux. Par l’islamophobie, les nostalgiques de l’Algérie française, des comptoires commerciaux de  la colonisation, de l’école franco musulmane sont appelés à contribution idéologique, mais ils n’en sont ni les concepteurs, ni les décideurs ni les agents. Ces derniers sont préoccupés par le réveil du monde musulman et sa jonction avec la Russie pour la construction du monde nouveau protégé de l’hégémonie anglo saxonne  et de leurs vassaux européens et arabes.

L’islamophobie et la russophobie intrumentalisent la xénophobie, mais ce sont des objectifs psycho-géopolitiques pour un Empire et ses vassaux en perte de puissance et qui veulent maintenir l’immobilisme mondiale et leur hégémonie en faisant la guerre hors de leurs frontières, en continuant la prédation des autres territoires, en aiguisant les paradoxes qui alimantent les peurs, les méfiances, les défiances, le recours à l’arbitrage ou à la domination du puissant du moment. Les politiques, les médias et leurs larbins participent au montage de la narrative dans un jeu de rôle de pervers narcissiques qui s’inspirent mutuellement pour entretenir la confusion. Dans la confusion et l’ignorance instrumentalisée, bien entendu on ne se chagrine pas pour l’Irak et la Syrie. Avant le gouvernorat américain l’Irak était un pays relativement paisible sans drogue ni terrorisme. Si le monde arabe et musulman était gouverné par des gens sensés jamais les insensés n’auraient eu l’idée de revendiquer un kalifat islamique au nom duquel et au nom du dieu qu’ils ont inventé dans leur délire il y aurait eu attentat à la vie humaine dans des conditions horribles. sans l’expédition punitive des français pour le compte des américains jamais la Libye ne serait devenu un sanctuaire du crime. Les imposteurs et les falsificateurs de l’Islam qui ont encouragé les folies occidentales ou qui ne les ont pas dénoncé sont pire que Charlie et ceux qui s’en réclament. Ces derniers peuvent toujours se réclamer d’être les produits d’une civilisation qui a perdu le sens de la mesure et de la morale. On peut les désaprouver, mais on ne peut manquer de reconnaitre leur cohérence et leur engagement pour ce qui leur a semblé être vérité.

Pour l’instant ce sont les insensés de tous bords et le sionisme qui tirent profit de la confusion en reprenant des positions perdues depuis des années.

Pour le moment le terrorisme subit par les Palestiniens n’émeut personne. L’idée de présenter les résistants palestiniens comme des terroristes islamistes est une idée vieille qui a besoin de criminaliser davantage l’Islam et les musulmans. La même idée vise également à contraindre les Chrétiens arabes à se désolidariser des causes arabes et tout particulièrement de la cause palestinienne. Les intelligents de l’Occident ont européanisé Jésus de Nazareth le fis de Marie, ils ne peuvent concevoir une autre idée du christianisme lors qu’enfin ils parviennent à « tolérer » le fait religieux après l’avoir vidé de sa transcendance et de son sacré pour une historicité profane qu’ils dessinent selon le centre et le rayon de leur propre compas idéologique. S’ils avaient conservé leurs repères chrétiens ils auraient vu la profanation de Jérusalem et la terrorisation des populations. On peut donc s’interroger sur la crédibilité et la sincérité de celui qui vogue sans repères ou qui œuvrent pour la suprématie des repères d’autrui au détriment de son propre pays.

Mieux qu’un discours, la fable « Les Animaux malades de la peste » de Jean de la Fontaine peut encore eclairer les membres du temple la République s’ils faisaient l’effort d’assiduité écolière :

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Si on devait se montrer plus intelligents, plus lucides et plus percutant on irait chercher la solution foudroyante : faire élire Martine au premier tour. Si les musulmans s’étaient organisés et avaient pris en main leur destin social et politique au lieu de se laisser conduire comme des veaux de France ils auraient la possibilité de provoquer le changement en faisant sauter le système en place. Le système en place instrumentalise les anciens clivages, les fausses peurs et la rente pour durer dans l’alternance de l’immobilisme. Un peu de courage et de sens de responsabilité ainsi qu’une alliance stratégique sur la famille, la morale, le travail, la lutte contre le capitalisme, les intérêts nationaux, la justice équitable, la liberté de culte et tant de valeurs humaines peuvent rapprocher des points de vues qui semblent paradoxaux.

La charia n’est pas cette caricature véhiculée par les infantiles et les handicapés de l’Islam ou par ses détracteurs et ses ennemis, mais la circonspection de l’intelligence du croyant pour s’assurer le salut dans l’au-delà ainsi que dans ce monde dans ses contradictions et ses épreuves. La charia nous ordonne, après la foi, de peser sur notre destin en témoignant avec justice et en agissant avec justesse pour notre bien et celui des autres. Elle nous ordonne de peser sur les événements en identifiant les priorités. Le pacte de Médine est un pacte citoyen par excellence. Même si nous n’avons ni les conditions ni les possibilités de le reconduire nous pouvons nous en inspirer pour définir ce qui serait le mieux pour nous et pour les autres sur le long terme et dans le  pire des cas. Le pire devient de plus en plus probable et il n’existe aucun lieu sur terre où l’homme peut prétendre  à la solitude ou à l’isolement. Demeurer insouciant et immobile, se contenter de dénoncer les autres ou de faire l’apologie de l’Islam sans contexte territorial et social c’est porter atteinte à la Charia. La Charia n’est pas la compilation des peines pénales et civiles du droit musulman, mais l’écologie morale, spirituelle, sociale pour bien vivre, pour vivre dans la dignité et la prospérité. La Charia c’est ma liberté et celle des autres sans transgression des droits des uns par la violence des autres. La violence n’est pas que policière ou militaire elle est aussi idéologique et médiatique. Extirper les membres de la communauté musulmane pour en faire des larbins de la gauche ou de la droite ou des auxiliaires de travail est une violence subie par les musulmans. Elle doit cesser par un nouveau positionnement et une prise de responsabilité. Ce serait encore de l’irresponsabilité suicidaire que d’aller fonder un parti se réclamant d’une singularité religieuse ou communautaire ou de se proposer comme candidat idiot utile. Il faut oser jouer la carte du changement radical, il faut la jouer politiquement et socialement, mais  non individuellement. Il est difficile d’être politique sans être partisan ou politicien et pourtant c’est que nous devons tenter si nous prenons le temps de méditer ce qui s’est préparé depuis le 11 septembre et ce qui se prépare est sans doute plus grave. Devant la gravité nous ne pouvons pas laisser les insensés parler en notre nom ni  les indigents agir contre nous.

Il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller...

 

Soyons circonspects

ٰيٰأَيُّهَا ٱلَّذِينَ آمَنُوۤاْ إِن جَآءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوۤاْ أَن تُصِيبُواْ قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُواْ عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ

{O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

 

A – La charte universelle

Cette Ayat s’inscrit dans la charte morale, intellectuelle et sociale du Croyant que la sourate al Hujurate énonce :

 1 – O vous qui êtes devenus croyants, ne devancez pas Allah et Son Messager dans le jugement. Prenez-garde à  Allah…

2 – O vous qui êtes devenus croyants, n’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne faites pas retentir la voix en lui parlant…

3 –  O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects…

4 – O vous qui êtes devenus croyants, qu’il n’y ait pas un groupe d’hommes qui  se moque d’un autre groupe…

5 –  O vous qui êtes devenus croyants, Evitez de conjecturer sur autrui : certaines conjectures  sont des péchés. Ne vous espionnez pas ! Ne médisez pas les uns des autres…

6 – O vous qui êtes devenus croyants : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance…

Cette charte est universelle, car elle s’adresse à toutes  les géographies, toutes les époques et tous les hommes. Son appel est trop riche pour être cerné par un article ou un discours. Nous allons tenter de  mettre en exergue certains de ses aspects  pour transcender l’actualité. Cette charte vient à un moment historique déterminant : les musulmans sont harcelés par des guerres incessantes que leur livrent les Arabes qui installent le doute dans le cœur des fragiles et réveillent l’ardeur des hypocrites. Ce sont ces moments les plus propices à la désertion, à la lassitude et même à l’aventurisme guerrier et revanchard.  Il faut un Prophète et une révélation pour voir plus loin et plus haut et y trouver la détermination, l’espoir et la lucidité.

B – Le cadre global :

Ces appels viennent à la suite de la sourate « Al Fatah » qui annonce le triomphe des Musulmans sur leurs ennemis et de la sourate « Mohammed » qui montre que l’ouverture, la victoire, la grandeur et l’établissement de la communauté musulmane passe par l’amour et l’obéissance du Prophète. Il  ne s’agit pas d’une attitude convulsive qui réagit comme un spectacle affligeant et en contradiction avec ce que Mohamed (saws) représente : « Miséricorde pour les univers ». La sourate al Fatah dit les choses sans équivoques :

{Mohammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, aspirant à une Munificence de la part d’Allah et un agrément. Leurs signes sont sur leurs visages, comme trace de la prosternation. Cela est leur exemple dans la Torah. Et leur exemple dans l’Évangile : comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs, afin qu’Il fasse exaspérer ceux qui sont devenus  mécréants. Allah A Promis à ceux qui sont devenus  croyants et ceux d’entre eux qui ont fait les œuvres méritoires, une absolution et une immense rémunération.} Al Fatah 29

Il ne s’agit pas de la violence de l’insenséisme des terroristes ou de l’infantilisme des intégristes, mais de la posture morale, spirituelle et intellectuelle des vertueux qui ne font aucune concession sur les valeurs, les principes et la foi dans leur rapport à Dieu, au Prophète, à leur communauté et  aux communautés humaines avec qui ils vivent en paix et en coopération pour les choses mondaines. La force triomphante de l’Islam est dans son empathie envers les créatures, dans son anagogie (élan spirituel) et dans son argumentation logique. Les apologues du crimes et les aventuriers de l’anarchie ne sont pas concernés par ce discours. Ils ont leur discours qui invente un Dieu et un Prophète à leur image. Ils sont la même face que les oppresseurs et les blasphémateurs. De la même manière que l’habillage libertaire, l’habillage religieux peut servir d’autres intérêts en contradiction avec l’islam et peut manipuler des consciences, des vies et des morts.

Le Prophète (saws) n’avait pas pour mission de combattre tous les mécréants de la planète, mais de se défendre,  préserver sa foi et sécuriser sa communauté en combattant en totalité c’est-à-dire avec les forces et les moyens disponibles, les agresseurs qui ont pris, en bloc soudé, les armes contre le Prophète et ses compagnons. Le Coran ne demande pas de déclarer la guerre aux peuples païens ou agnostiques, mais de résister aux Kouffars (pour leur interdire la parole et le culte. Les ignorants, les esprits vengeurs et les sectaires ne peuvent confisquer le Coran et lui donner le sens de leur médiocrité,  de leur soif de pouvoir ou de leur désir pour l’effusion de sang : {Combattez les Kouffars tous ensemble comme ils vous combattent en totalité et ne transgressez pas} n’est pas la même chose que « combattez tous les mécréants ».

La vocation du musulman est de témoigner :

  {O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Dieu et faites le bien, afin que  vous cultiviez. Et efforcez-vous  pour Allah par l’effort qui doit Lui être dû. Il vous a élus et ne vous a imposé nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran),   afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes. Accomplissez donc la Salàt, acquittez-vous de la Zakàt, attachez-vous à Allah, Il est votre Protecteur. Quel excellent  Protecteur et quel excellent  Secoureur.} Al Hajj 77 – 78

Pour témoigner il faut une présence vertueuse, forte et intelligente. Celui qui connait le potentiel civilisateur et libérateur de l’Islam et qui aime le triomphe du satanisme fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la présence musulmane soit insensée, stupide, violente et inefficace. Les imposteurs et les falsificateurs de l’Islam participent  à fabriquer une image caricaturale des musulmans. Celui qui refuse la vocation civilisatrice et libératrice de l’Islam refuse la vocation de témoignage du musulman.

Lorsque le salafiste se croit en devoir de dire que la visibilité de l’Islam dérange et qu’il faut montrer notre attachement au kamis, à la barbe et au jilbab, il n’exprime en réalité que son ignorance des enjeux géopolitique et psycho politiques ainsi que  sa méconnaissance de la vocation de l’Islam. Les mêmes stupidités et les mêmes raccourcis ont fait croire que le Prophète de l’Islam est un maître tailleur, un herboriste ou un exorciseur. Le musulman modernisant courre derrière les mêmes chimères lorsqu’il imagine  ses apparitions médiatiques ou ses prouesses bureaucratiques auprès du Maire, du Préfet ou du Président de je-ne-sais-quoi  une réponse adéquate à la panne intellectuelle ou une solution judicieuse qui peut faire l’impasse sur les conditions sociales, politiques et économiques Si la stupidité des autres est un alibi pour cultiver la nôtre, il ne faut pas espérer l’éveil de la communauté musulmane avant mille ans.

La sourate Al Fatah s’inaugure par une vérité que nos esprits médiocres et simplistes ne peuvent comprendre :

{Nous t’avons ouvert une ouverture divine, évidente, afin qu’Allah t’absolve ce qui a passé de tes péchés et ce qui est à venir, qu’Il parachève sur toi Sa grâce, qu’Il te guide vers un chemin de rectitude, et te faire triompher un triomphe invincible.} Al Fatah 1.

Si nous sommes incapables de comprendre la parole de notre Créateur et par cette incompréhension nous rendons la parole du Messager (saws) un contre sens de la parole divine alors il ne faut pas s’étonner que nous soyons méprisés, humiliés, menacés. La sourate Mohamed ne nous demande pas de vénérer notre Prophète (saws) comme le faisaient les anciennes communautés, mais de comprendre le Message qui lui a été révélé, son combat et sa morale :

 {Ceux qui sont devenus  mécréants et ont rebuté de la Cause d’Allah, Il condamne leurs œuvres au fourvoiement. Et ceux qui sont devenus  croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont eu foi en ce qui a été révélé à Mohamed, et c’est la Vérité de la part de leur Dieu, Il expie leurs mauvaises actions et les tranquillise. Cela, car ceux qui sont devenus  mécréants ont suivi le faux, et ceux qui sont devenus  croyants ont suivi le Vrai venant de la part de leur Dieu. Ainsi Allah Fournit aux hommes leurs exemples.} Mohamed 1

C’est le rapport au faux et aux vrai qui distingue le véridique de l’imposteur, le sincère de l’hypocrite, le vertueux de l’opportuniste et le croyant du mécréant. C’est ce rapport qui édifie la personnalité du musulman et lui donne la dimension de témoin sur le plan spirituel, moral, social, intellectuel, culturel, économique, politique. Il témoigne aux hommes du présent et aux générations à venir. Il étudie et prend modèle le témoignage de ceux qui l’ont précédé dans la foi.

La sourate al Hujurate dévoile le comportement hypocrites qui ont fait de l’islam un culte sans foi, une pratique sociale de conformisme sans amour pour le Prophète (saws), une bigoterie qui fait dire au Prophète ce qu’il n’a pas dit se contenant d’amalgamer quelques hadiths hors de leur contexte, de leur signification et en contradiction avec la lettre et l’esprit du Coran :

{Les bédouins disent : « Nous sommes devenus croyants ». Dis leur : « Vous n’êtes pas devenus pas croyants, mais dites : “Nous sommes devenus musulmans ”, car la foi n’est pas encore entrée en vos cœurs ». Mais si vous obéissez à Allah et à Son Messager, Il ne vous diminuera rien de vos œuvres. Certes, Allah Est Absoluteur, Miséricordieux. Les croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son Messager, et après cela ils n’ont point douté, et ont combattu avec leurs biens et par leurs personnes, pour la Cause d’Allah. Ceux-là sont les véridiques. Dis : « Allez-vous apprendre à Allah quelle est votre religion, alors qu’Allah sait ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la Terre ? » Allah Est Tout-Scient de toute chose. Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous fait une faveur en vous guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ». Certes, Allah Sait l’Occulte des Cieux et de la terre. Et Allah Omnivoit ce que vous faites.} Al Hujurate 14 à 18

Chacun de nous est une vocation de témoignage. Témoins, nous rendrons compte, individuellement et collectivement à Dieu,  de la responsabilité envers le temps de vie, l’intelligence, son émotion, la perception, l’action et  acte. Si les élites musulmanes préfèrent discourir sur l’eschatologie au lieu du témoignage c’est parce qu’elles fuient leurs responsabilités et cachent leur incompétence. Elles ne pourront jamais cacher indéfiniment la réponse que vont se poser  les  jeunes générations si elles se mettent  à lire le monde avec des interrogations sur leur mission et leur devenir, et si elles se mettent à lire le Coran pour le méditer, le comprendre, l’interroger. N’est-ce pas qu’Allah est Témoin ! En sa qualité de Créateur nous sommes des créatures, en sa qualité de Témoin (Chahed) nous sommes des témoins envers Lui, entre nous et auprès des autres. C’est ainsi que la fin de la sourate al Fatah se clôture pour annoncer la sourate al Hujurate :

 {C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la Direction infaillible et la Religion du Vrai, pour la faire manifester avec évidence, sur toutes les croyances. Il suffit d’Allah comme Témoin.} Al Fatah  28

 C  – Le contenu.

Lorsque on a compris le devoir de témoignage on comprend alors la portée et le sens de l’énoncé coranique :

  يٰأَيُّهَا ٱلَّذِينَ آمَنُوۤاْ إِن جَآءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوۤاْ أَن تُصِيبُواْ قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُواْ عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ

{O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

a – Dans d’autres écrits j’ai montré que « ceux qui ont cru » est un passé achevé sur le plan historique et comportementale comme le désiraient les hypocrites et les orientalistes  alors que « vous êtes devenus croyants » est plus conforme à la signification coranique. La foi n’est pas achevée, elle continue dans l’histoire pour façonner les esprits, les mentalités et les sociétés humaines. La foi est un mouvement vers l’absolu, elle ne peut être ni achevée ni finie ni accomplie. Comme l’amour elle est sa propre mesure, incommensurable. Elle n’est pas un état acquis par héritage, mais une conviction qui se forge, qui évolue et se transforme. Elle est un devenir non seulement parce qu’elle est réversible et dynamique, mais surtout parce qu’elle est actancielle modifiant l’être ontologique et sociale changeant son vouloir, son devoir, son pouvoir, son savoir, son croire, sa vertu  et son faire.

b – Par la foi, le sens de témoignage s’inscrit dans la transcendance. On témoigne pas seulement pour bien vivre, pour avoir bonne conscience, par convenance sociale, pour laisser sa trace dans l’histoire à travers un monument, une œuvre, une idée ou un fait, mais pour gagner le double salut, le salut dans l’au-delà pour une vie éternelle et heureuse ainsi que le salut ici-bas pour jouir de la liberté, de la prospérité, de la dignité, de la santé, de la sécurité, de la paix,  de l’intelligence, de la beauté, de la bénédiction divine… en partageant, en offrant son talent, en faisant valoir ses compétences et ses différences.

c – Le témoignage et le devenir de la foi et de la vertu qui l’accompagne ne peuvent se faire dans l’anarchie ou se comprendre comme du romantisme sans vie d’épreuves et de lutte. L’existence est une épreuve pour tous les hommes, elle est plus éprouvante pour les hommes de foi. La communauté appelée à jouer sa vocation de témoin,  à accomplir son destin de « pôle de rayonnement : Oumma wassata  et à disposer des attributs de grandeur « khayra oumma » qui rendent son tamkine (établissement sur terre) possible et durable doit nécessairement construire sa résistance intellectuelle et comportementale pour ne pas être emportée par les luttes idéologiques et les machinations médiatiques et politiques de ses ennemis.

Une communauté appelée à représenter l’Islam, à le défendre et à le diffuser doit donc se démarquer du Fassiq. Le Fassiq est l’individu ou le groupe de personnes qui détourne intentionnellement quelque chose de sa vraie nature ou de son vrai sens.  C’est donc le mal intentionné, l’incitateur au mal, le  corrompu, le débauché, le dépravé, le dévoyé, le perverti, le pervers qui agit avec l’intention de nuire en diffusant de fausses nouvelles, ou qui agit pour le compte d’autrui en colportant leurs mensonges, leurs menaces et leurs intimidations pour effrayer, pousser à un comportement ou à une action…

La conscience d’être témoin exige de traiter l’information, le renseignement, l’observation, l’intention, le comportement ou l’action à destination de la communauté avec circonspection. Le bayane et le tibyane sont le procédé de  mise en évidence de la vérité. Le bayane  (Nom donné au Coran) est la manifestation endogène de la vérité qui s’impose par elle-même par sa propre nature à être évidente quelle que soit la volonté des hommes à la nier ou à l’oublier. Le Coran se nomme aussi le Forqane pour se définir comme le Critère par excellence et par lequel le questeur de vérité distingue le vrai du faux. Le Coran n’est pas seulement l’affirmation de la foi, mais une construction de la personnalité et de la pensée pour faire face aux faux syllogismes et au doute. Le tibyane est l’effort exogène pour que la vérité se cristallise (hasshassa al Haq comme cité dans la sourate Youssef) que chacun accomplit ou se doit d’accomplir pour découvrir la vérité ainsi que l’effort d’enlever tous les obstacles qui se dressent contre la vérité et les écrans qui l’occultent. Le premier acte de foi après la reconnaissance du Dieu unique Créateur, est un acte de témoignage compris comme un devoir de justice, un devoir de vérité envers soi et envers les autres.

La communauté appelée à jouer sa vocation de justice par le témoignage se doit d’être circonspecte. La circonspection, du latin circumspectio « action de regarder autour, inspecter ses alentours… »  consiste à se prononcer sur la fiabilité d’une information ou d’un fait. Aucun projet, aucune étude, aucune science ne se fait sans cette démarche de retenue prudente que l’on doit observer dans ses intentions, ses paroles et ses actions en les pesant et en les combinant pour leur donner justesse, fiabilité, crédibilité, viabilité, pertinence (adéquation avec l’espace) , opportunité (adéquation avec le temps), et cohérence. L’islam n’est pas la religion des charlatans, des improvisateurs, des dissimulateurs  et des insensés. Il n’est pas aussi la religion des comploteurs et des terroristes. Il est la religion de la vigilance de l’esprit et de la responsabilité. L’islam refuse de porter du tort et des préjudices tant aux siens qu’aux autres qui restent sien dans le sens où ils sont les destinataires de son message.  Le Prophète (saws) n’affichait pas l’arrogance des parvenus de la foi de notre temps qui se croient les incarnations de la vérité et de la pureté, mais témoignait de l’amour pour l’humain et souffrait de voir le mécréant dans sa perdition. Il souffrait pour les autres par compassion et ne souffrait pas des autres pour leur manque d’égard envers lui :

{Vas-tu alors te tuer de chagrin, de leur comportement, s’ils ne croient pas en ce discours ? Nous, Nous Avons Fait ce qu’il y a sur la terre pour l’embellir afin de les éprouver : lequel d’entre eux agit au mieux.} Al Kahf 6

La compassion du Prophète (saws) ne lui interdisait pas d’être un pédagogue qui différencie son discours et son style. Elle ne lui interdisait pas de préparer sa communauté à réfléchir et agir avec vigilance, clairvoyance, lucidité, discernement et circonspection. L’Islam est la religion d’Allah, ce n’est pas une affaire personnelle qui permet à chacun de l’imaginer comme il veut ou de la défendre comme il veut par les moyens qu’il veut. L’Islam a discipliné les Arabes, les Perses puis les Mongols et les Tartares lorsqu’il était représenté par des croyants refusant l’anarchie et la paresse. Lorsque les musulmans n’ont plus de projet de civilisation et de conscience de témoignage, ils parviennent à perdre la vigilance au profit de  l’arrogance, le savoir au profit de l’ignorance.

Le Coran ne se limite pas à souligner le devoir de vigilance et de circonspection en toute chose, il donne l’explication du manquement à ce devoir : l’ignorance. Il aurait pu dire inadvertance, oubli, erreur ou faute, mais il cible l’ignorance. Quel est le mystère ?

La pédagogie coranique met l’accent sur l’ignorance pour nous dire deux choses. La première est que notre défaut d’attention (dans notre vigilance) et notre manque d’application (dans notre devoir envers les autres ou dans ce que l’on fait) peut porter du tort aux autres qui peuvent ne pas savoir que nous agissons par insouciance et cela est grave car les conséquences peuvent être dramatiques pour tous. La seconde chose est qu’agir d’une manière inconsidérée,  penser d’une manière insensée, traiter l’information d’une manière superflue et non fiable relève de la pire des fautes qui est l’ignorance des devoirs et des règles de l’art imputables au métier que l’on exerce, à la fonction que l’on occupe et à la charge dont nous sommes investis. Moralement c’est une trahison, politiquement c’est une faillite. La jahiliya, l’obscurantisme, et le Jahl, l’insouciance,  sont des tares incompatibles avec la lumière de l’Islam et les enseignements du Prophète, car ils font rétrograder la communauté non seulement à un niveau inférieur de celui de l’islamité, mais inférieur à celui de l’humanité. C’est l’insouciance des Arabes avant l’Islam qui a façonné leur inconsistance et leur insenséisme. L’ignorance au sens coranique n’est pas l’absence de savoir, mais l’acquisition et la promotion de faux savoirs, de fausses représentations sur la réalité. Cette ignorance ne sied pas à l’être humain :

{… ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et ils ont des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme le bétail, ils sont même plus fourvoyés. Ceux-là sont les inattentifs.} Al Aâraf 179

{Certes, les pires des bêtes, pour Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point.} Al Anfal 22

L’insouciance, l’indifférence, est une atteinte à l’intelligence, une sape contre le devoir de témoigner. Lorsqu’une communauté est insouciante, elle devient insensible à la voix de la raison lui préférant les discours qui anesthésient sa responsabilité et cultivent sa paresse. Le Coran n’a pas blâmé les poètes, car ils faisaient des vers, mais parce qu’ ils produisaient des paroles fascinantes pour détourner les hommes de la vérité et les aliéner à leurs désirs immédiats et futiles. Voilà plus de cinq siècles que le monde produit en excès ses poètes  bonimenteurs  :

{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés.} As Chouâra 222

Bien entendu, les charlatans ont fait croire que la poésie et les arts c’est haram pour conserver le monopole de l’envoûtement des peuples musulmans déjà abrutis par la sédimentation de l’oppression et de l’ignorance.

Dans cet ordre d’idées, non seulement il y a mise en garde contre l’insouciance  ou le cas échéant blâme contre les insouciants, mais il y a annonce d’un châtiment durable :

{… et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

L’expression arabe coranique utilise le futur pour désigner une action qui dure et qui se répète inlassablement signifiant par-là que les conséquences sont graves par leur dimension sociale, religieuse et politique ou militaire, mais par leur portée dans le temps et la géographie. Une communauté dont les élites manquent de circonspection et de sens des responsabilités historiques finit par subir son insenséisme et  sa précipitation. L’Algérie, à titre d’exemple a subit la bleuite la peur de l’infiltration française dans les rangs de l’ALN et du FLN qu’elle a sacrifié un grand nombre d’intellectuels dans ses maquis et ses réseaux de résistance. C’est ce sacrifice inhumain et inutile qui a décimé la révolution algérienne et a permis aux incompétents de prendre en otage la libération. C’est la même incompétence qui a permis à la décennie noire de vider l’Algérie de ses cadres et de ses ressources. Partout, on assiste au même phénomène qui dure et perdure.

Le Coran nous dit que l’insouciance n’est pas une tare spontanée, elle est structurelle et de ce fait elle est récurrente. Les grandes catastrophes dans le monde musulman sont récurrentes et relèvent de l’insouciance. Les musulmans fabriquent leurs propres malheurs et de la même manière récurrente ils en imputent la responsabilité à autrui. La spirale de l’humiliation ne prend pas fin en désignant un responsable, mais en faisant l’effort de lucidité pour voir le devenir que nous avons mis en panne et que nous continuons de saboter. Encore une fois, les autres ne sont que les amplificateurs de nos malheurs et les réducteurs de nos possibilités. Ils ne peuvent être tenus pour les uniques et principaux agents de notre décadence.

{Certes, Allah ne Modifie rien en un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes. Et si Allah veut quelque mal à un peuple, rien ne peut le repousser et ils n’ont, à l’exclusion de Lui, aucun protecteur.} Ar Raâd 11

d ) Le Coran utilise le terme nàdimine (pluriel de nàdim) qu’on traduit abusivement par avoir le remord ou le regret alors que le terme désigne aussi la persistance coutumière qui devient rituelle et dogmatique, la démarche mécaniste qui refait inlassablement les mêmes gestes, prononce les mêmes paroles et obéit aux mêmes injonctions sans leur opposer résistance ni leur apporter un changement. Le nadim, dans la poésie arabe, est l’échanson c’est à dire celui qui avait la charge de présenter rituellement la coupe royale dans les cérémonies officielles et de gouter aux boissons pour éviter que le roi ou la reine ne soit empoisonné. C’est aussi le serviteur assidu servant du vin dans les banquets.

La conclusion de l’insouciance ne serait pas seulement le regret  »   et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait. » mais l’émergence d’une culture et d’une mentalité structurelle enracinées dans la confusion et l’insenséisme par manque d’esprit vigilant, par servilité et par manque d’enseignement des expériences. C’est l’un des pires châtiments qui puisse arriver à une communauté ou à une nation dans cette existence.

{… et que vous ne  persistiez  dans ce ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6.

Lorsque le musulman fait de l’attachement aux apparences son credo au lieu de faire de la vérité sa quête il se prive des moyens de sa libération et de son émancipation. Lorsque le musulman n’utilise pas son intelligence et sa compétence de raisonner il devient otage du  mimétisme servile, de la casuistique religieuse et de la reproduction des mêmes schémas mentaux et des mêmes fausses représentations que rien ne vient corriger ni redresser. C’est ainsi qu’il faudrait sans doute traduire les conséquences du manquement à l’appel divin à faire usage de son humanité et de son islamité comme il convient :

{… et que vous ne  persistiez  dans ce ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6.

  D – Quelques dangers et impasses de fausse lecture immédiate :

  • La première impasse est de croire que la communauté juive est la communauté ennemie des musulmans. Les Juifs ont été persécutés par les européens et dans ce contentieux historique nous n’avons ni part de responsabilité ni culpabilité. Nous compatissons à leurs souffrances et aux souffrances de tous les persécutés et de tous les opprimés. Nous refusons que ces souffrances soient instrumentalisées pour des exacerbations sociales, politiques, idéologiques et religieuses.  Nous refusons que la souffrance soit le monopole des uns contre les autres. Le Prophète de l’Islam, Mohamed (saws), avait eu un contentieux historique et politique avec les Juifs de Médine qui ont pris l’initiative de le persécuter en faisant alliance avec les Arabes païens. Le Coran et la Sunna du Prophète sont  sans ambiguïté sur ce sujet.
  • La seconde impasse est d’identifier la communauté juive à Israël ou au sionisme et de ne pas tenir compte des faits et des idées qui ont façonné les hommes et les territoires.  La question palestinienne n’est un conflit religieux ou ethnique. Si les « représentants » de la communauté juive disent le contraire il ne faut pas s’en offenser, les représentants officiels et officieux ainsi que les impostateurs des communautés musulmanes disent eux aussi des choses insensées et inacceptables.
  • La troisième impasse est de croire que toute la communauté laïque est islamophobe. La laïcité et son intégrisme laïciste doivent être revus dans leur contexte historique et politique. Qu’ils se se permettent de dire ou de faire ce qu’ils veulent à notre égard est leur problème. Nous devons leur opposer des réponses efficaces, mais nous ne pouvons cependant occulter les dimensions géographiques, sociales, culturelles, historiques, économiques et religieuses qui ont façonné les mentalités collectives. Notre vocation n’est pas de juger, mais de comprendre pour être une force de proposition dans la voie prophétique :

{Je ne veux que la réforme, autant que je peux. Ma réussite ne dépend que d’Allah. Je me fie entièrement à Lui, et c’est à Lui que je reviens.}  Houd 88.

  • La quatrième impasse est celle de la Hijra, l’exil en sens inverse. Le malaise social conjugué au désordre mondial pousse les communautés juives, chrétiennes et musulmanes à chercher explication dans l’eschatologie. Ceci n’est pas nouveau. A côté du catastrophisme, on cultive l’eldorado du retour, de la Hijra vers les terres d’Islam. Je n’ai ni vocation à parler de halal et de haram, ni mission de parler au nom des gens, mais responsabilité d’éveiller. Tout projet est intéressant y compris celui du retour au pays de ses ancêtres tant que ce projet réponde à une démarche intelligente comme celle exigée par tout autre projet : viabilité, faisabilité et finalité. Chacun sera seul dans son choix et il devra se poser beaucoup de questions  particulièrement  celles sur ses motivations profondes, ses attendus, ses moyens, sa perception de la terre d’islam et enfin de sa responsabilité de témoin auprès des autres. Bien entendu l’islamophobie, le sionisme et le populisme chauvin seraient satisfaits de voir les musulmans partir. Ceux qui pensent que là-bas ils vont rejoindre l’armée de Mohamed pour combattre les mécréants d’ici ont certainement une lecture imparfaite de la réalité d’ici et de là-bas.

Sur le plan conceptuel et méthodologique, faire valoir un hadith déboîté de son contexte d’énonciation ou se référer à des mots tels que Dar al Harb et Dar Al Islam qui n’ont plus de cadre historique  et géographique c’est aller contre le projet fédérateur de l’humanité plurielle qui fait partie intégrale et indissociable  de la sourate al Hujurate qui doit mobiliser notre attention en ces moments de Fitna (troubles et désordres) :

{O vous qui êtes devenus croyants : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance…} Al Hujurate 6

Pour le capitalisme, dans sa version contemporaine, le consommateur et le marché n’ont ni territoire ni  religion. La meilleure preuve c’est avec ses produits que les musulmans pratiquent l’effusion de sang de leurs semblables en terres d’islam pour le compte de l’islamophobie impériale. Pour les gouvernants français et les intellectuels de France c’est aussi le moyen de se ressaisir et de tisser les ponts pour une longue coexistence pacifique et mutuellement bénéfique avec les Musulmans sur un contenu clair et engageant.

  •  La cinquième impasse est l’imposture.  Les imposteurs qui parlent au nom de l’islam cherchent souvent une place au soleil, une reconnaissance mondaine au lieu de l’agrément d’Allah. Les uns égorgent les musulmans et les innocents, les autres font allégeance aux médias pour se démarquer ou pour offrir leurs services d’auxiliaires de polices ou d’idiots utiles. S’ils avaient un peu de coeur et d’esprit ils auraient compris que la reconnaissance ne viendrait ni d’une communauté amorphe ni d’un système aliénant ni de l’effusion de sang. Lorsque le musulman proclame « Kafa bi Allah chahid : Allah me suffit comme Témoin » il se libère de toute quête de reconnaissance, de salaire, de soumission. Il accomplit son devoir sans rien attendre. Il agit par amour pour son Prophète et par respect de  son message et non en réponse à un  intérêt ou à une  injonction C’est cet amour qu’exprime le comportement de celui pour qui Allah lui suffit comme Témoin, comme Guide, comme récompense. C’est cette trajectoire qui fait que le musulman est toujours insatisfait, en devenir car il cherche l’absolu. Rien ne peut le satisfaire ni les titres, ni les honneurs ni le prestige ni l’argent, ni la jouissance. Il est libre, rien ne peut le prendre en otage ni aliéner sa liberté et sa lucidité. Ce sont les critères coraniques qui ont éduqué Mohamed (saws)

{Nous t’envoyons aux hommes comme Messager. Allah suffit comme Témoin.} An Nissa 79

{Allah Témoigne de ce qu’Il te révèle. Il le révèle en toute connaissance, et les Anges en témoignent. Allah suffit comme Témoin.} An Nissa 166

Les justifications, les réponses empressés aux exigences d’allégeance inconditionnelle, les démonstrations de sa bonne foi qui se font d’une manière conjoncturelle et spectaculaire ne participent pas à l’émancipation de la liberté ni à la lucidité de la pensée ni à la promotion de la citoyenneté. L’ingénierie sociale et politique sous l’angle islamique exige de ses acteurs la circonspection et l’anticipation pour chercher les dénominateurs communs à partager avec le reste de l’humanité sur le plan de la liberté, de la justice, des savoirs, des arts et de la culture sans se démettre de ses valeurs ni céder au chantage, à l’intimidation et à la rumeur.

Conclusion :

C’est un ensemble d’idées, de concepts, de comportements et de valeurs que nous livrent la lecture de la sourate al Hujurate et  ses annonces contextuelles : Mohamed (saws) et l’ouverture (la fin de crise et le triomphe des humbles sur les arrogants). Le tibyane coranique, la circonspection du croyant  n’est pas la réserve prudente de l’attentiste, le calcul de l’opportuniste, l’indolence du fataliste, ou les convulsions de l’anarchiste. C’est la posture intellectuelle de l’homme civilisé qui veut accomplir sa vocation de civilisateur en s’ouvrant aux possibilités du monde et en faisant don de ses possibilités sans jamais ignorer les conditions réelles – sociales, psychologiques, historiques, économiques et culturelles –  du déploiement ou de restriction de ces possibilités, de leur libération ou de leur oppression. Le musulman qui tue ou qui offre sa vassalité a perdu la lucidité et ainsi il a perdu la compétence de témoigner ne laissant derrière lui que l’horreur et la stupidité de son acte qui viendra témoigner contre lui le jour du témoignage ultime. Le tibyane coranique, la démarcation  du croyant, consiste à fixer les limites de l’expansion des autres sur son territoire  et elle consiste aussi à se libérer de l’emprise des autres, de leurs préjugés et de leurs injonctions. C’est une prophylaxie sociale, une écologie intellectuelle, une épuration morale qui exige la présence de repères solides, identifiables, invariants et d’un curseur mobile qui s’adapte pour montrer l’urgence, la priorité, la vérité et ne pas demeurer sans cap ni boussole dans la tempête.  Le meurtrier et le vassal seront, dans cette vie, conduit vers l’accoutumance à  la confusion, car la lucidité qui leur permet d’y mettre fin est absente et le devoir de témoigner est anéanti par un acte ou un comportement insensé, sans limite, sans curseur.

 

 

Hérésie syntaxique des daeshistes ou agencement islamophobique ?

Je reprends ci-dessous intégralement l’article de  Léon KÉMAL en rappelant que  :

1 – l’islamophobie consiste à créer de la défiance entre les musulmans et de la méfiance envers les musulmans pour combattre idéologiquement, médiatiquement et militairement  l’éveil islamique. L’islamophobie est l’art de manipuler les ignares, les imposteurs, les opprimés et les oppresseurs et d’instrumentaliser leur religion (qu’il ne faut pas confondre avec le Dine d’Allah) pour cultiver leur violence et la diriger contre les musulmans eux-mêmes sous n’importe quel prétexte pourvu que que la gouvernance des insensés perdurent et que la prédation des ressources se prolongent. Les Daesh et consorts servent admirablement bien la géopolitique de l’hyperpuissance et les appétits de puissance de ses vassaux.

2 – L’emblème  du Prophète (saws) que  la lutte mondiale antiterroriste veut criminaliser et combattre sous prétexte qu’il fait l’apologie du terrorisme est graphiquement faux. Cette fausseté a fait un buzz dans la communauté musulmane francophone suite à l’article de Léon Kamel alors que cette même communauté semble ne pas s’émouvoir de l’effusion de sang des innocents. Je ne parviens pas à comprendre la logique de celui qui voit la faute graphique et en parle sans la montrer aux autres. Quel est le secret de cette  occultation ? Ne pouvant sonder les cœurs et les intentions il faut se contenter de montrer la version « normale de l’Emblème » :

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3 – Quel est la motivation et le but de l’inversion graphique ? contaminer l’Islam et le Prophète par  l’ignorance et la délinquance des fanatiques imposteurs confiscatoires de l’Islam. Depuis déjà trop longtemps les imposteurs de l’Islam et leurs contradicteurs « pseudo laïcs » ont formé un couple démoniaque contre les peuples musulmans en cultivant l’inversion des sens, des symboles, des valeurs. Les extrémistes islamistes et les islamophobes sont parvenus à faire croire que l’Islamité est antinomique avec la liberté, l’humanité, la paix, le savoir et la culture. Le Prophète (saws) avait annoncé la venue des ‘awaribda » les sectes des insensés qui agissent et parlent au  nom de l’Islam pour le saper par intention ou par ignorance. Ces sectes ne sont pas des générations spontanées, mais le fruit de l’oppression et de l’incurie des gouvernants et des gouvernés.

Le pseudo étendard du Prophète au mains des imposteurs est mal calligraphié alors que leurs revendications mondaines et leur soif de pouvoir sont bien lisibles sur le plan idéologique, politique et scriptural comme le montre cette affiche à l’angle  d’une rue :

WILAYA

4 – Que penser et quoi dire au sujet d’un ignare assoiffé de vengeance et de pouvoir qui trouve dans la dérive sectaire et le fanatisme religieux ce qui alimente son narcissisme et sa perversion lorsque le musulman qui se prétend intellectuel parce que , issu de la Sorbonne, raconte des inepties sur les symboles de l’Islam et les sens du Coran ?

5 – Que penser et quoi dire au sujet des paniques médiatiques sur l’Islam et les musulmans lorsque la réalité nous montre au delà des narratives sur l’actualité que les scénarios de destruction du monde arabo musulman ont eu un effet destructeur sur les populations arabes et musulmanes au delà des limites gérables. Dans ce chaos il ne reste à l’Hyperpuissance et à ses vassaux qu’à provoquer davantage de chaos par les hordes mises en place et qui vont fatalement exporter leur savoir faire en matière de chaos lors des opérations d’infiltrations et d’exfiltration d’agents de subversion et de diversion dans les laboratoires- bourbiers idéologiques et militaires des anciennes colonies françaises et britanniques.

6 –  C’est sans doute l’annonce de la fin d’une époque, de ses charlatans et de ses puissants. Elle sera tragiquement ridicule et insensée sur une longue période….

Islamisme radical : Des ignares, on vous dit!

Publié le 

Leur drapeau comporte une faute de syntaxe induisant une innommable hérésie

Par Léon KÉMAL

Le drapeau noir, tout en écriture, des islamistes radicaux suscite quelques graves questions. Il comporte, au niveau du texte, une incroyable faute syntaxique, dont on se demande comment elle a pu s’y glisser, au nez et à la barbe de soi-disant champions de l’arabité et de l’islam.

Trois mots écrits en noir figurent sur disque blanc au centre du drapeau de l’islamisme radical mondial, l’un au-dessus de l’autre. Ce sont, en commençant naturellement par le haut : Allah – Messager – Mohamed. Ainsi lus en français, ces trois mots ne poseraient apparemment aucun souci. Encore que, moyennant deux sous de jugeote, on se demanderait à quoi rime un tel alignement de mots…

En arabe, c’est autre chose. Ça donne, ni plus ni moins, ceci : « Allah est le Messager de Mohamed » (الله رسول محمد)*. Une aberration d’autant plus inouïe et invraisemblable qu’elle est le signe de ralliement de supposés exaltés de la foi…

Il est certain que le responsable de cette bourde, concepteur en communication s’il en est, ne peut pas être quelqu’un maîtrisant un tant soit peu la langue arabe… Pour le reste, on ne peut que conjecturer. Et la première idée qui vient à l’esprit est celle-ci : comme ce zig-là doit savoir, comme tout le monde, que l’arabe s’écrit de droite à gauche, il a peut-être pensé aussi qu’il n’y avait pas de raison que la lecture ne se fasse pas également de bas en haut. Ce qui donnerait,certes, une phrase juste (محمد رسول الله), et même artistiquement fondée vu l’état sens dessus-dessous dans lequel se trouve aujourd’hui le monde dit arabo-musulman… Sauf que, manque de chance pour lui, ça ne passerait pas non plus…

Plus sérieusement, cette espèce de bannière est brandie, en quantité impressionnante, exactement à l’identique, par des égarés de toutes sortes passant pour des fous de Dieu, dans des contrées aussi éloignées les unes des autres que l’Afrique de l’Ouest et le Cham. Que ce soit, à l’évidence, une boîte internationale qui est derrière (même non-arabe, comme c’est probablement le cas ici), il n’y a rien de plus normal. Que les sponsors d’une telle commande s’en tapent, au final, du contenu même de leur soi-disant message comme de l’an mil, c’est une autre affaire. Cela signifie rien moins qu’en fait de leaders fanatiques, on a plutôt affaire à des escrocs de haut vol, capables tout au plus d’ânonner le Coran, peut-être intégralement et sur le bout des doigts, mais ignorant, non seulement l’histoire de leur religion, mais aussi le b.a.-ba de leur grammaire.

Votre serviteur s’est amusé, des journées entières, à relire la phrase en question, en variant, autant que possible, rythme et intonation, histoire de voir – sait-on jamais ! – s’il est une déclamation particulière pouvant induire un sens autre que celui signalé ici. Rien à faire : il n’en est pas d’autre, à part, du point de vue de n’importe quel croyant honnête, l’abominable hérésie. Des millions d’Arabes et de musulmans arabisants ont dû lire aussi, des dizaines de fois sur leurs petits écrans, cette énormité. Et cependant, aucune voix ne s’est élevée jusqu’à l’heure actuelle pour s’en émouvoir. Il faut dire que pour une énormité, c’est une énormité : elle crève tellement les yeux…

En réalité, il n’y a rien d’étonnant à cela. L’absence de réactivité salutaire, censée venir des esprits les plus éclairées de la société, serait, au fond, la cause originelle de cette espèce de décomposition funeste du monde dit arabo-musulman à laquelle on assiste aujourd’hui. Une décomposition, dont des guignols autoproclamés califes et leurs hordes de misérables divers et variés se repaissent avec une délectation nauséeuse comme des vers et autres charognards sur un cadavre…

L.K.

Le verbe « être » n’existant pas en arabe, c’est la juxtaposition immédiate du sujet et de la qualité (attribut), qui induit le rapport entre les deux, de sorte que « Allah Messager » = « Allah est le Messager ». Il en est de même du rapport d’appartenance, qui s’établit en français au moyen de la préposition « de », dont l’équivalent n’existe pas en arabe, d’où : « Messager Mohamed » = « Messager de Mohamed ».

 

G20 Saint-Petersbourg : Le jour d’après

En quinze ans, les États-Unis ont mené dix guerres contre huit  pays arabes et musulmans. Ils ont gagné, par leur supériorité militaire et technologique, toutes ces guerres en un temps record. Un grand nombre de ces guerres a été mené avec la collaboration des Arabes dont le devenir  à l’existence et la survie sont liés à ceux de l’Empire et du sionisme.

Les pays arabes et musulmans n’ont, à ce jour, réalisé aucune alliance contre l’Empire ni échafaudé une stratégie de défense ni une doctrine militaire sauf acheter du matériel à l’Empire. La Syrie a des alliances et aurait une stratégie de riposte contre une agression sioniste de grande ampleur. Chacun attend de voir la suite.

Dans cette attente il est bon de rappeler que les États-Unis n’avaient atteint aucun objectif de guerre ni réalisé un gain stratégique autre que semer la mort et la désolation dans les populations arabes et musulmanes qui haïssent de plus en plus l’Amérique.  Lorsqu’Allah (swt) hait un homme ou une nation, il rend ses œuvres et son comportement haïssables. La haine que suscitent l’oppresseur et l’arrogant chez les opprimés puis dans l’ensemble de l’humanité est en soi le signe de leur fin proche et dramatique en dépit de leur puissance sans qu’ils se rendent compte, aveuglés par leur hybris, cette folie arrogante, cette démesure, cette violence passionnelle qui habite les damnés de la terre et de l’Enfer.

Leur guerre meurtrière leur avait couté cinq mille milliards de dollars (5 000 000 000 000 $), les a plongés dans une crise financière, économique et morale sans qu’ils ne prennent conscience que le désordre qu’ils ont semé va fatalement les engloutir comme Pharaon, les pousser au suicide collectif comme l’Empire romain ou les anéantir comme Ad et Tamoud. Ils continuent de tromper les insouciants, les nihilistes et les cyniques en parlant d’une guerre en Syrie ciblée, propre et peu couteuse en vie humaine et en argent dont ils sortiront victorieux. Ils sont menés vers leur fin :

{L’exemple de ce qu’ils dépensent dans cette vie terrestre est comme l’exemple d’un vent chargé de crissement : il frappa la récolte de quelques gens, qui se sont fait injustice à eux-mêmes, et l’a détruite. Allah n’est  point injuste envers eux, mais ils sont injustes envers eux-mêmes.} Al Imrane 119

L’âne de Buridan

La topographie de la région, la défense syrienne et le renseignement russe obligent l’armée américaine à déverser son stock de munitions sur la Syrie et rendent ainsi rédhibitoire le cout de la guerre pour des objectifs que personne ne sait et pour des conséquences que personne ne connait. Nous sommes dans le comble de la confusion entretenue dans la région qui va fatalement se déplacer (elle l’est déjà) dans le cœur du système américain et dans le corps de leurs alliés. Toute résistance et toute riposte syrienne (et ses alliés) sera un facteur d’entropie dans le dispositif de l’Empire qui doute psychologiquement malgré sa supériorité technologique. L’engrenage de la violence sans gain économique et politique sera un désastre pour les Etats-Unis. La question paradoxale n’est plus de savoir si l’Amérique va aller en guerre et si elle va gagner, mais est-ce que la Syrie va accepter la confrontation sans capituler et résister suffisamment.

L’Empire connait cette équation et y va à contre cœur poussé par son arrogance et par des alliés qui ne pèsent rien en termes de stratégie et de combat. Le destin est ironique.

La Syrie et ses alliés ont une autre carte stratégique : décider d’impliquer l’entité sioniste dans la guerre à n’importe quel moment de la bataille. Il leur suffit de résister pendant les 90 jours de guerre et de ne pas s’effondrer puis d’élargir le front ou de cibler l’entité sioniste dès les premières frappes. L’armée syrienne et ses alliés ont des cartes à jouer, des petites cartes qui peuvent changer la règle du jeu. La première et grande carte jouée par l’Empire et ses vassaux avait déjà échoué : faire tomber le régime syrien et livrer la Syrie aux « rebelles » avant de la partager en 3 ou cinq entités.

Le Hezbollah avait apporté la surprise en s’engageant en Syrie. Il peut réserver d’autres surprises. C’est la carte maitresse qui peut éviter le conflit sunnite chiite et faire basculer la guerre médiatique et psychologique. Cette carte peut entrainer des bouleversements dramatiques pour l’Empire qui sera confronté à un assaut sanglant et répété contre ses intérêts au Moyen-Orient et en Asie.

La troisième carte serait l’entrée en jeu de cellules subversives dormantes iraniennes et syriennes dans les pays du Golfe et aux Etats-Unis. Les pays du BRICS et l’Amérique latine auraient alors toute la latitude pour mener à leur tour leur guerre subversive médiatique et économique contre l’Empire ou contre ses périphéries pour l’affaiblir et l’isoler en le présentant comme Néron le suicidaire. Il est impossible d’imaginer la Russie et la Chine se retirer de ce conflit ou de croire que les forces russes en Syrie sont en tourisme. La pauvre Libye et Kadhafi étaient peut-être l’appât que les Russes et les Chinois ont laissé au travers de la gorge de l’OTAN. Les Anglais semblent l’avoir compris.

Le congrès américain peut prendre conscience et refuser cette guerre avec la possibilité d’une guerre intérieure entre les centres de décision aux Etats-Unis. Il peut l’encourager ou exiger plus, mais il va aller vers une impasse lorsqu’on connait l’ampleur du déficit budgétaire, les rivalités économiques mondiales, et la volonté des BRICS de se passer du dollar. Ils ne seront jamais épargnés de la Fitna qu’ils ont semée dans le monde arabe et musulman. Jamais les monarchies arabes ne s’en sortiront indemnes de cette Fitna.

Dans cette Fitna, j’ai eu l’occasion de m’interroger sur les buts de guerre que l’opposition armée avait cherché à obtenir en s’attaquant au système de défense anti aérienne  de l’Etat syrien qu’il a commencé à construire pour passer à la phase de dissuasion contre l’entité sioniste par une doctrine et des installations qui reposent sur les missiles au lieu de l’aviation. Les sabotages réussis ne changent pas grand chose dans le rapport de forces, mais posent de nouveau le rapport à la morale, à l’intelligence, à l’Islam et à la nation d’une opposition qui ne sait pas construire sa révolution ni sa lutte armée et qui sape les capacités défensives de la nation arabe et qui assassinent les généraux qui ont encadré la résistance palestinienne et libanaise contre les agressions de 2006 et 2009. Beaucoup de questions que le temps va poser et leur donner des réponses.

Le compte à rebours a commencé. Les Occidentaux sont confrontés à leurs vieux démons de la mythologie, l’âne de Buridan qui hésite entre boire ou manger et qui finit mort de soif et de faim, le roi grec qui a volé un trésor aux Dieux et qui a été condamné à manger sans satiété, et qui a fini par bouffer son royaume avant de manger sa propre chair pour satisfaire ses appétits.

Obama est dans cette posture contradictoire et hésitante. Il est dans la psychologie du Pharaon qui voit les Signes et les comprend, mais qui continue à défier la vérité et à philosopher avant de prendre en chasse les petites gens conduits par Moïse (saws) qui le mènent au lieu de sa noyade et de ses armées, lieu inscrit dans le Dessein d’Allah (swt).

Même si tout ce bruit médiatique a pour dessein d’amener le régime syrien à capituler, à faire des concessions, ou à partager le Moyen-Orient entre la Russie et les États-Unis, il y a des signes qui ne sont pas trompeurs et qui remontent bien avant la crise syrienne et les révolutions arabes. Ils sont dans la nature même de l’Empire appelé à décliner et dans la nature de la résistance appelée à triompher.

Nous allons voir plus loin que le Coran nous donne la clé pour comprendre ce qui se passe et deviner la suite : la mise en abîme graduelle.

Les deux questions à surmonter :

Bien entendu, les empressés et les désespérés se posent des questions et doutent.

Est-ce qu’Allah donnera la victoire à Bachar Al Assad le tyran? Question fallacieuse qui se focalise sur un homme pour faire oublier l’origine du problème : l’Emprise, le sionisme et leurs vassaux qui s’imposent devant l’incompétence des musulmans à s’éveiller à l’universel de leur religion et au drame de l’humanité se contentant de subir leurs tragédies et celles des autres une fois que le Wahn de la décadence et de la colonisation les a habités.

Pourquoi Allah nous laisse-t-il dans cet état ? Question des ignorants qui refusent de voir leurs responsabilités dans les malheurs qui les accablent ! Question des ignorants qui ne voient pas le Dessein de Dieu se réaliser dans l’histoire humaine selon Sa Volonté et non selon notre volonté. La mystique de l’Histoire que j’ai expliqué dans le livre « Les révolutions arabes : Mystique ou mystification ? » et que nous avons bafouée par des arrangements d’appareils et par la transgression du sacré s’accomplit sur l’hyperpuissance.

La réponse attendue demain ou dans quelques années :

Je n’aime pas recourir aux explications eschatologiques de l’histoire, car le Coran nous donne le cadre suffisant que la raison peut plus ou moins interpréter ou transposer à une réalité semblable :

{Et ceux qui ont démenti Nos Signes,  Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte) par où ils ne se  savent pas. Mais Je leur accorde un délai, car certainement Ma manœuvre est infaillible.} Al Aâraf 182-183

La perte inéluctable est vraie. C’est du concret, ce n’est pas de l’abstrait même si les conditions et la manière sont énoncées d’une manière abstraite pour signifier que tout est possible et de la manière la plus inattendue et à laquelle le savoir des transgresseurs, leur intelligence, et leur perception ne peuvent prévoir ni anticiper ni parer. Le Croyant voit, par le regard de la foi, les Signes. Il parvient parfois à un niveau d’abstraction à contracter le temps et l’espace. Il devine les Signes écologiques, psychologiques, politiques, moraux, économiques, géostratégiques et autres qui témoignent de l’entraînement progressif de l’Empire vers sa destruction, destruction qui échappe au contrôle des mégas intelligences de l’Empire comme Catherine leur a échappé.

La Syrie n’a pas les moyens de résister à la force de destruction de l’Empire qui peut frapper de loin sans s’exposer à une riposte qui pourrait  le mettre en échec. Les alliés immédiats de la Syrie (Russie, Hezbollah et Iran) peuvent changer le rapport de force en entrant dans le conflit et en lui donnant les moyens de s’élargir et de se prolonger faisant entrer le système dans une accélération de sa crise.

Même si la Syrie se fait écraser et ses alliés se font contenir, l’Empire commence déjà à manifester les signes de son déclin. Les BRICS qui représentent 50% de la planète s’opposent à l’Empire et vont agir de telle manière que cette agression soit la dernière, car il y va de la survie de la planète. Diplomatiquement, politiquement, idéologiquement, financièrement, économiquement et militairement l’Empire va se trouver dans l’obligation de la retraite.

Paradoxalement que cela puisse se présenter, en Syrie comme à Stalingrad, les experts pensent que le Blitz sur un champ de bataille peut donner un résultat contraire à son effet dévastateur immédiat. Le bombardement de l’entité sioniste contre le HAMAS et le Hezbollah ont montré non seulement  ses limites, mais son effet inverse : le plus puissant a perdu, en ne réalisant pas ses objectifs de guerre à court terme et en donnant l’espoir à la résistance de le vaincre dans une prochaine confrontation. Une fois surmonté l’effet de choc, l’instinct de survie du faible qui refuse le mutisme peut pousser le puissant à l’impuissance.

Dans mon livre « Gaza : la bataille du Forqane », j’ai longuement expliqué ce phénomène et ses conséquences tant sur la résistance que  sur les alliés de l’Empire et du sionisme. Dans « Le dilemme arabe et les dix commandements US », j’ai analysé comment l’Empire allait confisquer les « révolutions «  arabes et semer le chaos dans le monde arabe et tout particulièrement en Libye et en Syrie pour finalement se retourner en Égypte et remettre le chaos. L’Empire est comme un organisme agonisant, mais disposant de moyens titanesques qu’il ne sait plus utiliser et qu’il finira par retourner contre lui-même.

Pour comprendre la logique coranique  et  faciliter sa transposition dans le cas historique contemporain, il nous faut relier les Ayat 182-183 de la sourate Al Aâraf  avec d’autres énoncés coraniques  qui vont éclairer davantage leur sens selon la règle qui dit que le Coran explique ou explicite le Coran :

A –  Les deux énoncés qui viennent en amont disent :

{A Allah appartiennent les plus beaux Noms, invoquez-Le par eux. Laissez ceux qui déforment Ses Noms. Ils seront punis de ce qu’ils faisaient.}  Al Aâraf 181

Ni l’Empire, ni le sionisme ni leurs valets arabes et européens ne sont conscients qu’ils sont en train de bafouer et de déformer les Noms d’Allah en s’attribuant des attributs démiurges de grandeur, de justicier, de puissance, de vengeance contre les peuples et les petits États. Ils s’exposent de plus en plus au Châtiment divin.

Les élites musulmanes et arabes, politiques, intellectuelles et religieuses, parlent au nom d’Allah et se donnent le droit de déclarer un tel croyant et un tel autre mécréant se réservant droit de vie et de mort sur les peuples, accordant légitimité ou illégitimité au pouvoir aux uns et aux autres. Ils rendent licite ou illicite ce que leur dictent leurs opinions,  leurs  intérêts, leurs « médiatiseurs »   et leurs financiers. Chaque jour qui passe, nous les voyons, désavoués par l’intelligence qui analyse et par les faits qui s’imposent.

{Et de ceux que Nous avons créés, il est une communauté : ils guident par la vérité, et grâce à elle ils sont justes.} Al Aâraf  182

Parmi les créatures d’Allah il y a les musulmans et les non-musulmans, les Croyants et les non-croyants, les bons et les méchants. Tous sont soumis à l’épreuve de vérité. La Vérité est absolue lorsqu’il s’agit de la Parole d’Allah, de Son Décret, de Son Dessein que nous pouvons connaitre que partiellement et imparfaitement. Le musulman dispose du Coran, de sa foi et de sa vertu pour accomplir l’effort de se rapprocher de la Vérité. La vérité est aussi relative et globale. Dans ce cas, elle est celle que toute l’humanité partage et qui permet de distinguer le bien du mal, le beau du laid, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le sensé de l’insensé. La vérité globale peut être singulière, c’est celle de la vérité que partage l’humanité qui vient à être éduquée et spécialisée par la science ou par la foi.

C’est dans ces multiples rapports à la vérité et dans leurs manifestations dans la réalité sociale et intellectuelle que les Signes de la fin de l’Empire sont mis à la portée du plus grand nombre. Dans l’article « Abou Amama et la future dernière guerre de l’Empire », j’ai analysé les scénarios probables et les positions des différents acteurs à la veille du G20 ainsi que la confusion sur le vote des élus américains. Il faut les reprendre à la lumière de ce rapport à la vérité et à la réalité sachant que le terme coranique Al Haqq désigne à la fois la réalité et la vérité.

Nous voyons que le Pape,  l’Église russe et les Églises arabes d’Orient se sont mobilisés pour refuser l’imposition d’une guerre injuste. Le président français qui est dans les traditions cléricales un officiel de l’Eglise catholique refuse de se joindre à l’appel de paix lancé par les chrétiens du monde comme il refuse d’écouter les 70% de son peuple opposé à la guerre. Il préfère servir l’Amérique et son projet destructeur faute de projet de gouvernance et de rôle à jouer dans le monde. Ce sont des signes qui ne sont pas trompeurs. Ils auront sans doute des répercussions sur la fin de l’Empire qui va se trouver de plus en plus haï, isolé et menacé dans le monde.

Dans ce rapport (vrai ou maquillé)  à la vérité des Églises sur la guerre et ses faux alibis, nous constatons le silence affligeant des élites religieuses et intellectuelles musulmanes et  arabes. Les seules voix sont celles des sunnites syriens qualifiés de savants de palais par les opposants. La grande voix de Palestine, de la Mosquée sacrée d’Al Qods, a été interdite de parole par les infantiles se réclamant des Frères musulmans ou des mouvements djihadistes. Les autres voix ne sont pas crédibles, car elles ne posent pas le problème de témoignage dans un rapport à la vérité, mais un clivage idéologique et dans une vengeance politique : incriminer l’Islam politique.

La vérité est effrayante : les partisans de l’Islam politique sont silencieux. Les vassaux du sionisme et les insensés infantiles et incultes ne se taisent pas, ils parlent au nom de Dieu pour défendre l’Empire et le supplier de détruire un pays arabe et musulman.

Cela fait des années que moralement et intellectuellement je me suis préparé à voir l’inculture géostratégique et la culture d’intrigue saper  nos intelligences et nos émotions comme elles avaient déjà sapé nos territoires avant et après la colonisation.

Louange à Allah qui m’a permis de me questionner,  d’écrire et de faire des conférences sur l’Islamophobie et de la montrer dans ce qu’elle est c’est-à-dire « Deus Machina », une machination diabolique, une fabrication diabolique, un engrenage idéologique, médiatique, diplomatique, psychologique pour mener une subversion et une guerre contre nos mentalités et nos territoires pour le compte de l’Empire et du sionisme qui s’imaginent que la fin de leur déclin est synonyme de la fin de notre éveil. Ils ont bien imaginé et bien exécuté le scénario qui rend l’humanité méfiante envers les musulmans et les musulmans défiants les uns contre les autres. Il n’est pas fortuit que l’appel de paix des Eglises soit suivi et accompagné des exactions contre les chrétiens et tout particulièrement contre  Maaloula en Syrie abritant le site religieux et historique le plus ancien de la Chrétienté. Aucun musulman croyant en Dieu ne peut transgresser le sacré des autres ni attenter à leur vie. Aucun musulman ne peut se taire devant cette transgression. Les officiels et les imposteurs de l’Islam se taisent. La vérité les dévoile, mais comme leurs maitres, ils ne sont plus capables de distinguer la vérité du mensonge.

Lorsque j’ai vu l’acharnement mis pour transformer l’Islamophobie en fonds de commerce et pour la focaliser sur le racisme à l’encontre des banlieues françaises et la déboiter des enjeux stratégiques, j’ai compris combien l’emprise idéologique de l’Empire et de ses vassaux sur les esprits et les sentiments des musulmans était grande. Je dis et je le répète ici ce que j’ai écrit : l’association internationale des savants musulmans confiée à un sénile, financée par les Qataris, impliquée dans l’esprit partisan,  et noyauté par quelques Libyens qui ont conduit leur pays à la ruine, a été mené vers sa ruine pour perdre sa crédibilité dans la gestion des grands dossiers du monde arabe et musulman qui pouvaient rendre  difficile la tâche de l’Empire de mener ses guerres et de se maintenir en vie : la Palestine comme projet de libération, l’éveil islamique comme projet de civilisation,  et le rapport sunnites chiites comme projet de fédération.

Je ne suis pas en train de faire dire au Coran ce qu’il n’a pas dit, mais je décris comment il colore mon imagination et élargit mes évocations lorsque  je tente de lire la réalité, libéré des influences idéologiques et médiatiques. Pour l’instant, je me suis très peu trompé dans mes analyses sur la « révolution » arabe et sur les Pygmalions islamistes et non islamistes à qui l’Empire accorde des tribunes et des honneurs.

Dans ce rapport à la vérité nous voyons la Russie de Poutine, malgré une opposition intérieure pro occidentale, maintenir sa position par rapport au droit international et son soutien à la Syrie. À l’opposé, nous voyons Erdogan s’impliquer dans un délire de fou pour une guerre totale en Syrie. Il est impossible que la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les autres bédouins puissent nourrir une telle haine pour le Président Bachar Al Assad jusqu’à prendre le risque de détruire la Syrie et de se trouvé impliqués dans un conflit qui va mettre en danger la stabilité de leur pays ? Nous pouvons trouver explication dans cette haine dans les mécanismes de l’Islamophobie.

Nous ne pouvons pas comprendre comment un musulman se réclamant du Coran peut s’impliquer dans la haine ou peut avoir de la haine pour un musulman plus que pour l’Empire et le sionisme. Nous ne pouvons toujours pas à comprendre comment un acteur de la vie politique et intellectuelle du monde arabe peut imaginer qu’il y a possibilité d’arrangement avec l’Empire ou de ruse avec le sionisme justifiant la destruction d’un pays arabe comme la Syrie ou la Libye. Nous ne pouvons toujours pas comprendre comment les limbes d’un Arabe et d’un musulman peuvent oublier facilement le colonialisme et ne pas voir l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie et tous ces pays marqués par la cruauté et la régression de l’Empire.

En citant ces versets et en les méditant nous comprenons aussi que jamais Allah ne fera tomber un Tyran et son Empire si face à eux la vérité ne se manifeste pas comme alternative crédible et puissante. Dans la résistance globale, j’ai montré comment Moïse a mené le combat contre Pharaon et l’a gagné sur le terrain de la foi et de la vérité qui a dévoilé les mensonges de Pharaon et de son système économique, politique, médiatique et militaire. Le monde musulman et les mouvement islamiques ne sont pas encore prêts à assumer la vérité. Ils cèdent à l’émotionnel, aux arrangements d’appareils, à la dénonciation simpliste ou  à la violence.

B – L’énoncé coranique en aval

L’énoncé coranique en aval de celui que nous venons d’évoquer apporte d’autres clarifications sur ce qui se passe et risque de se passer :

{N’ont-ils donc pas médité ? Leur Compagnon (le Prophète Mohammed)  n’a aucune folie : il n’est qu’un avertisseur évident.  N’ont-ils donc pas contemplé le Royaume des Cieux et de la terre, et toutes les choses qu’Allah A Créées, et que peut-être leur terme s’est rapproché ? En quel discours après cela croiront-ils ? Celui qu’Allah Condamne au Fourvoiement n’a point de guide. Il les Laisse s’aveugler dans leur tyrannie.}

Ainsi dans la crise graduelle qui conduit l’Empire à sa fin nous sommes interpellés sur trois éléments essentiels dans notre foi et dans notre démarche :

Le Prophète (saws) est notre guide. Prendre les conditions politiques et historiques pour justifier la transgression des paroles de Mohamed (saws) c’est le considérer comme un fou, un insensé, un homme du passé révolu, un être qui a oublié de nous transmettre l’intégralité de notre religion, et de nous avertir des conséquences des transgressions. Mohamed (saws) a interdit de porter atteinte à la vie sacrée ou de convoiter le pouvoir.

L’univers, l’Histoire et les Signes témoignent de la fin de toute chose. La fin de l’Empire est inscrite dans l’ordre des choses. La fin du monde et le Jugement dernier sont vérité absolue. Il ne s’agit pas d’en débattre ou d’en faire des émissions qui cultivent la fascination, mais de construire la vigilance et le sens des responsabilités par la quête du salut ultime. Quel est le sens de se salut lorsque le musulman fait alliance avec celui qui opprime les musulmans et les agresse,  lorsqu’il se permet de verser le sang d’un innocent, ou lorsqu’il devient une caricature hideuse, mais fausse de l’Islam.

Les égarés, affichant leur arrogance impériale ou leur bigoterie de vassal, ne peuvent lire et comprendre les signes qui témoignent de leur tyrannie au sens propre du terme ou au sens symbolique.

C’est ce cadre coranique qui nous permet d’entrevoir les évènements comme signes annonciateurs de la fin des uns et de l’émergence des autres. C’est dans ce cadre que nous avons annoncé que la tyrannie de l’Empire risquait de se retourner contre lui et faire en quelque sorte que le vote attendu des élus américains ne devienne un autre signe marquant de la  déroute du système ou le début d’une guerre intérieure, politico idéologique et militaro administrative, accélérant la décomposition et la fragmentation du système. Pour l’instant la presse américaine présente la majorité du  non comme le plus probable. Le oui minoritaire serait par contre extrêmement radical. Le oui et le non peuvent isoler le Président et faire entrer le système en crise prolongée pendant, avant et après la guerre imminente ou différée.

C – L’énoncé de la sourate Al Qalam

Comment seront les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois ? La loi de l’Istidraj est vraie, ses circonstances de temps, de lieu et de modalités d’action  ne relèvent que du savoir du vouloir  et du pouvoir d’Allah. La sourate Al Qalam  confirme et explicite la loi de la graduation et ses conséquences :

{Laisse-moi donc avec ceux qui démentent ce Coran, Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte)  par où ils ne se savent pas.  Mais, Je leur accorde un répit, car certainement Ma manœuvre est infaillible. Leur aurais-tu jamais réclamé, pour ta mission, un salaire qui aurait pu leur peser? Ou détiendraient-ils le Ghayb pour les inspirer quoi écrire? Persévère donc,  soumets-toi au Décret de ton Dieu et ne sois pas comme l’homme au poisson, lorsqu’il appelait (Dieu) en étant en colère. S’il n’eut été sauvé par une Grâce de son Dieu, il aurait été rejeté et réprouvé sur la côte aride.} Al Qalam  44 à 50

1 – Allah est le seul et véritable agissant.

2 – Ceux qui sont conduits progressivement à leur perte ne peuvent deviner le moment et le lieu de leur perte.

3 – Le Dessein d’Allah est écrit, infaillible et imparable ; Nul ne peut le consulter ou le modifier.

4 – Le Prophète (saws) et ses adeptes doivent attendre la Promesse avec patience, constance, endurance et persévérance. Nul n’est autorisé à se laisser dominer par ses sentiments et croire que le destin s’accomplit selon ses désirs au risque de se voir rejeté et méprisé.

Ceux qui se sont empressés de semer le chaos et à appeler l’Empire pour régler un contentieux politique interne ou réaliser un Khalifat islamique régional au prix de l’effusion du sang et du désordre ne sont ni aptes à gouverner ni aptes à donner des titres de vertu. Ils ne représentent pas la ligne du Prophète. A ce jour, ils n’ont toujours pas fourni des arguments religieux ou politiques pour justifier leur sédition et leur Fitna. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre Bachar, pour ou contre la solution islamique,  mais de s’inscrire dans la vérité coranique, sinon dans celle que partage l’humanité qui ne diffère pas de celle du Coran.

Il s’agit de guerre, d’enfants,  de soldats et de combattants musulmans qui vont mourir alors il faut dire la vérité que les arguments fallacieux tentent de masquer en faisant des jeux de mots ou en se cachant sur des hadiths tel que celui qui dit qu’Allah frappe le tyran par le tyran et l’injuste par l’injuste et que par conséquent Kadhafi et Bachar Al Assad comme Saddam Hussein sont des tyrans frappés par d’autres tyrans, et c’est ainsi. Ceux qui réfléchissent et parlent ainsi ont désacralisé la vie humaine et se considèrent comme des pieux, des vertueux, des justes, alors qu’ils sont des fauteurs de troubles qui n’ont aucun crédit moral, religieux ou intellectuel à faire valoir. L’expérience a montré qu’ils sont pires que les tyrans qu’ils veulent combattre quitte à détruire un pays,  exterminer un peuple, et renforcer un Empire pourtant agonisant.

 Graduation et science dans la marche de l’Empire vers sa fin inexorable

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{Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte) par où ils ne se  savent pas.}

L’Isdiraj, la gradation, est le passage de marche en marche dans un sens ascendant ou descendant. L’Empire peut évoluer jusqu’à atteindre l’apogée de sa puissance puis imploser ou se désintégrer comme il peut évoluer progressivement vers la décadence et disparaître en perdant de sa puissance, de son rôle et de sa place dans le monde. Il peut aussi être soumis aux deux mouvements le rendant totalement désorienté, confus et incohérent, présentant le paradoxe d’une puissance en expansion et d’une faiblesse en expansion aussi. Soumis à des forces contradictoires il finit soit par se déchirer de l’intérieur aidé en cela par les  effets extérieurs  de sa force ou de sa faiblesse ou soit se briser à l’extérieur ne pouvant plus compter sur ses forces intérieurs contradictoires. C’est une fin tragique sur le plan historique. L’Amérique porte les symptômes de tous les scénarios de  fin tragique et lamentable.

L’Isdiraj c’est aussi la mise en séquence pour signifier un mouvement qui devient moteur de sa propre dynamique. L’empire est conduit par son propre élan vers l’accomplissement de plus en plus accéléré de l’épuisement de son énergie avant de finir épuisé, sans ressources, sans dynamique. Allah les fait donc courir vers ce qui va provoquer fatalement leur perte.  Allah ne dit pas si ce qui va provoquer la fin de l’Empire sera grand ou petit, dominant ou dominé. Le contexte ainsi que le sens du Coran laisse comprendre qu’il s’agit d’un rapport de force disproportionné entre  le Tyran et son adversaire.

L’Isdiraj c’est aussi l’enroulement. Il faut voir mentalement et symboliquement l’image d’une feuille enroulée sur elle même puis transposer le signe sur une civilisation, une société, un moment historique.

L’Isdiraj c’est aussi une référence à la proportionnalité dans le sens où le châtiment divin qui survient toujours à l’improviste frappe les cités injustes selon le degré de perversités et de crimes commis. Plus les crimes sont grands en nature, en intensité, en durée,  en étendue et en masse de participants plus le châtiment vient différé et dévastateur. Si Allah se comportait avec empressement il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de vie sur terre.

Enfin L’Isdiraj appelle du temps. Allah est Créateur du temps et de l’Espace, Il accorde des étendues d’espaces et des délais de temps que nous pouvons appeler répit, répit d’épreuves des hommes les uns face aux autres, et répit de preuves par le principe de justice et d’équité qu’Allah a décrété. Plus la civilisation est grande, plus la mise en abîme est profonde dans le temps, dans l’espace et dans le rapport entre les dons qu’Allah accorde et le mauvais usage que les tyrans en font contre d’autres hommes et d’autres peuples, et bien entendu plus le Châtiment d’Allah est terrible.

Savoir (ya’lamoun) et percevoir, se rendre compte, s’apercevoir, prendre conscience ou ressentir (yach’ouroun) sont deux notions différentes. Le Coran les distingue ;  les traductions ou les commentaires qui  ne le font pas occultent la dimension du Coran et limite la portée de l’analyse sur la réalité.

Le terme savoir est primordial pour comprendre la crise et son issue. Par le savoir on recense,  mesure,  analyse,  compare,  juge et  décide en vue de comprendre, anticiper et  agir pour faire un gain ou se protéger d’une perte dans le domaine scientifique, politique, économique et militaire. L’absence de savoir laisse le ressenti par l’instinct prisonnier de l’inconnu et du doute qui naît de l’impossibilité de comprendre les composants et les circonstances d’un phénomène redouté d’une manière confuse.

Nous savons que le savoir humain est relatif. La construction de ce savoir relatif exige une abstraction sur les facteurs et sur leurs interactions. Le savoir devient nul lorsque les facteurs et leurs interactions ne sont plus contrôlable soit par leur complexité soit par le nombre de leurs inconnues, soit par leur déroulement échappant à la logique humaine et à ses instruments de mesure et de calcul. Sans parti pris, force est de constater que le système mondial est entré dans une logique d’entropie qui le rend incapable de voir l’ensemble des facteurs et  d’agir sur leurs interactions…

{sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent plus} Coran

Par une ellipse, le Coran nous dit que sur le plan cognitif, affectif, idéologique, économique, politique, scientifique, technique, technologique et organisationnel, le système impérial dispose des moyens de puissance, de manipulation et de savoir qui vont s’avérer  impuissants à stopper sa chute et son déclin. Contre le Décret divin tous les stratagèmes s’effacent et contre le Châtiment divin les plus grandes civilisations s’effondrent.

Par ailleurs en se plaçant sur le savoir, le Coran renforce la dramatique de la chute de l’Empire qui se croit invulnérable par sa puissance et son savoir, car le système tyrannique perçoit le danger, vit dans l’inquiétude, subit l’angoisse du haut de sa puissance contre un danger qui le guette et qu’ il a du mal a mesurer scientifiquement et dont il a du mal a s’en prémunir. Il vit dans la confusion totale.

Pour comprendre le rapport de l’Istidraj au savoir  dans cette Aya il faut imaginer un homme, une société, une armée, une civilisation, un phénomène pris dans une torsion, une accélération, un enroulement, une séquence sur laquelle il n’a plus prise et dont il ressent le danger, mais dont il ne sait ni la fin ni la réalité. Le Décret divin avait opéré une « mise en abîme » des Arabes qui avaient persécuté le Prophète (saws) et élaboré des machinations diaboliques contre lui et ses compagnons. C’est le même Décret divin qui gouverne l’histoire humaine.

Pour comprendre le rapport de l’Istidraj au savoir il faut savoir que l’injuste va se déplacer de la sécurité et de la puissance vers l’insécurité et la faiblesse sans savoir comment se fait ce déplacement ni vers où il conduit tout en ressentant de l’inquiétude au fur et à mesure de la vitesse et de la durée du déplacement qui font perdre les repères traditionnels sécurisant sur le plan psychologique sans apporter des réponses objectives.

Par le conflit interne entre le bien et le mal, l’Empire perçoit son  inquiétude ; par la cupidité et la convoitise, il  redoute la fin de ses privilèges. Par l’absence de savoir sur les moyens, les circonstances et les modalités de sa fin, l’Empire est confronté au châtiment de tous les égarés dans cette existence : la perte de sens, l’absence de finalités… Lorsque le savoir qui se construit sur l’étude de faits réels déserte les élites, alors la politique, la sociologie, l’économie et les médias s’inventent des faits tenant lieu de savoir s’impliquant dans le faux et tombant dans le piège de leurs mensonges et de leurs falsifications.

Nous pouvons facilement imaginer le système américain cultivant à son détriment le paradoxe de l’hyperpuissance impuissante,  de l’impuissance dévastatrice, du savoir vain, de la science sans conscience, d’une armée sans objectifs de guerre, sans budget, sans enthousiasme populaire. Nous pouvons voir comment les appareils idéologiques et médiatiques de l’Empire et du sionisme qui façonne la configuration, le contenu et la portée du savoir se trouvent emballés, excités, incapables de délivrer un message cohérent et crédible pour garder sous leur emprise les esprits de l’humanité.

Obama l’élu du système qui a joué au Pygmalion-Homme providence se trouve dans la confusion totale, à la fois  exprimant et entretenant la confusion d’un système qui perçoit sa confusion et sa fin, mais ne sait pas comment conjurer ce qu’il craint alors qu’il déclinant  au sommet de sa grandeur ou agonisant au bas de sa chute.

D’après ce que j’ai lu, personne ne sait d’où viendrait la force de résistance de l’armée syrienne, car nul ne sait de quel armement elle dispose,  ni de quelles fortifications elles disposent, ni de quelle technicité et technologie elles disposent. Les experts non alignés sur l’Empire, le sionisme et les Bédouins arabes avancent l’idée que l’armée syrienne n’a pas mobilisé toutes ses forces contre la rébellion armée car elle savait qu’elle devait faire face à une agression de l’Empire, du sionisme, de la Turquie, des Arabes ou d’une coalition internationale. Nous allons connaitre le dénouement dans quelques jours, quelques semaines ou quelques années, si Allah nous prête longue vie.

l’explication eschatologique de l’Histoire n’est pas un savoir

L’Internet regorge d’explication eschatologique juive, chrétienne et musulmane sur ce qui va se passer. Chaque partie et chaque partisan pro Assad ou anti Assad s’attribuent les bénéfices de la confrontation apocalyptique et du retour du Messie (saws).

Je reste extrêmement prudent pour quatre raisons :

La première est spécifique au lexique et à la sémantique du Coran. Allah (swt) lorsqu’Il évoque la fin du monde, Il utilise le terme avoir conscience, se rendre compte, ressentir (yach’ouroun) pour montrer la fin foudroyante et fulgurante de la fin qui survient sur une humanité totalement ivre et bestiale. Nous avons la différence  lorsqu’il s’agit de la fin des Arabes idolatres et par extension des Tyrans et des Empires.

La seconde  est que nous croyons au  Ghyab y compris dans sa formulation sur le retour du Messie (saws), mais nous croyons selon les termes du Coran que l’heure ultime n’est connu que d’Allah (swt). Certains exégètes citent un hadith où le Prophète (saws) nous demandent de démentir les Waqàtoun, ceux qui fixent une date aux événements futurs annoncés par le Coran ou par la Prophétie.

La troisième est que les Musulmans ont eu recours à ces explications pour expliquer ce qui dépassait leur savoir. Eux même pris dans une forme d’Istidraj du  système de leur époque avaient perdu toute démarche scientifique et ont préféré se réfugier dans les mythes et le fantastique ou faire dire à Allah et à Son Prophète ce qu’ils n’ont pas dit.

La quatrième est que nous assistons à une confrontation militaire possible en Syrie (voire au Moyen-orient) sur un fond de rupture tant  au sein de l’Empire qu’entre l’Empire et le reste du monde qui provoquera des ruptures majeures dans le monde arabe et musulman. Nous n’assistons pas à la préparation ou au lancement d’une guerre mondiale. Nous ne voyons pas la minorité de croyants se fédérer et affronter l’oppression et la perversité mondiale annonçant la venue du mahdi ou le retour du Messie. La crise syrienne dans l’échiquier mondial ou sur la carte du monde arabe et musulman n’est ni la crise majeure ni la crise ultime.

Al Istidraj est cette mise en abîme historique par un séquentiel de rhizomes de crises  non résolues qui échappent de plus en plus à l’entendement de leurs acteurs jusqu’au point de non retour c’est à dire jusqu’à la résolution tragique : la fin du fauteur de troubles. L’Empire américain et le sionisme sont des fauteurs de troubles. La violence et le désordre sont une composante structurelle et essentielle de leur existence.

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

Retour à la première partie

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

Il est difficile de jouer à l’intellectuel et à l’érudit devant les événements tragiques qui déchirent  le monde arabe et tout particulièrement au Liban, Syrie, Yémen, Soudan, Irak, Tunisie, et Libye. Il est difficile de contenir son émotion devant  l’ampleur, la durée et l’intensité de la Fitna :

« L’homme intelligent et endurant sera dans le désarroi »

Tout semble tellement absurde qu’on est tenté de chercher la solution à n’importe quel prix et avec n’importe qui.  Tout semble tellement complexe qu’on est tenté de ne plus chercher à comprendre. Une voix intérieure parvient à se faire entendre et à se faire comprendre : se soumettre aux apparences du réel est la pire des épreuves. Il faut se libérer et expliquer, malgré les limites, le peu de moyens, l’épuisement des ressources…

Éprouvé par tant de sang versé, de temps gaspillé, de ressources dilapidées, je suis parti en quête du sens de la Fitna :

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 {Toute personne goûtera à la mort, mais Nous vous éprouvons par le mal et par le bien comme tentation, puis c’est vers Nous que vous serez ramenés.} Al Anbiya 35

Nous sommes amenés par le matraquage médiatique à être tentés de prendre position en faveur du dominant sans connaissance ni de la nature du bien ou du mal,  ni de ses conséquences à moyen et long terme. Le sensationnel nous manipule en idéalisant les uns et en diabolisant les autres, en cultivant l’émotion suscitée au détriment de la raison et des faits réels. Soumis à la tentation de la facilité et de la vitesse nous risquons  la confusion qui nous empêche de choisir librement et justement, mais nous risquons aussi de nous ranger derrière le mensonge et  contre la vérité. Pire que cela nous risquons de contaminer notre foi par le doute ou par le cynisme.

Le Prophète Mohamed (saws) nous a montré deux voies de salut contre la grande fitna. La première, lorsque nous sommes dans l’incapacité de discerner, est de refuser de prendre position et de polémiquer. La seconde est de donner les instruments de clarification pour lever les ambiguïtés sur la Fitna, ses origines, son processus et ses conséquences.

Aujourd’hui, la Fitna est alimentée par la conjugaison des facteurs internationaux et des facteurs nationaux que les élites arabes refusent de voir dans leur globalité et dans leur dynamique pour ne pas voir leur faillite morale et intellectuelle dans leur gestion des crises idéologiques, économiques, politiques et sociales.

Il ne s’agit pas de dire tout le monde est responsable pour n’imputer la responsabilité à personne. Il s’agit de dire la vérité : les gouvernants, l’opposition islamiste et non islamiste, les intellectuels et les savants religieux se sont enfermés dans des égoïsmes partisans et sectaires et se sont focalisés sur le pouvoir pour le conserver ou ne pas le céder et cela à n’importe quel prix au lieu de mettre le curseur sur la constitution d’un front national voire international de résistance contre la prédation impériale et contre l’agression sioniste.

Allah (swt) nous ordonne la vigilance, la lucidité, la probité pour voir les phénomènes dans leur genèse, leur déploiement et leur conséquences. La Fitna est ce phénomène que nous pouvons traduire, selon le contexte par subversion, persécution, troubles, discorde, sédition, guerre civile, litiges, conflit, épreuve de force, opposition, désordre. C’est est un cancer idéologique, politique et social qui ronge insidieusement le tissu social et le divise en factions divergentes  avant de le faire plonger soit dans la confusion globale , l’insenséïsme et l’insécurité, soit dans la dictature d’une faction sur une autre  en désacralisant la vie, la dignité, la croyance et les biens  en opprimant par la force physique ou par  la violence morale et idéologique :

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 {Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

On a l’habitude de traduire Taqwa par la crainte alors que celle-ci relève du domaine psychologique (individuel ou social) qui exprime son inquiétude face à un danger qui se manifeste. La lecture attentive montre que ceux qui se croient « justes » ne sont ni inquiets ni susceptibles de s’inquiéter d’un danger dont ils pensent être préservés. On traduit aussi le terme par redouter qui signifie avoir peur des conséquences d’une force qui se déploie ou d’un danger manifeste. Ce n’est pas un exercice de style. Les mots coraniques sont un canevas de sens et d’idées, ils ne sont ni interchangeables ni synonymes comme les mots de la langue courante.

La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte, la  crainte dans l’espérance, et le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah et de prendre garde à Ses prescriptions en développant la connaissance, la lucidité, la vigilance et le sens de l’ensemble des responsabilités qui rendent l’être scrupuleux dans toutes ses démarches, ses paroles et ses actes où il voit le salut ou la perdition selon ce qu’il a visé par son intention et ce qu’il a réalisé dans son existence en bien ou en mal. La crainte seule n’est ni la garantie ni le chemin exclusifs du salut.

La taqwa englobe la peur d’un danger qu’on redoute, l’espoir en une miséricorde et en une promesse ainsi que le mode d’emploi praxique pour éviter la crainte et se remplir d’espoir. Jusqu’à l’instant présent je n’ai pas trouvé un terme plus signifiant que « prendre garde » qui englobe aussi bien  l’étendue des significations psychologiques et spirituelles de l’être ontologique et social que celle des procédures idéologiques et socio-politiques du faire individuel et collectif et les comportements qui s’y associent.

Effectivement l’expérience nous montre que depuis des siècles nous manifestons alternativement nos craintes et nos espoirs ou que les uns d’entre nous expriment des craintes et vivent des peurs alors que d’autres expriment des joies et vivent des espoirs. Mais, sans exagération, presque tous nous avons vécu toutes les formes de peur sans prendre garde aux causes et aux conséquences de nos émotions et de nos actes. La Taqwah a déserté nos cœurs remplis de haine, de mensonge ou de formalisme.

La Taqwah  est l’élan spirituel que confirment les pratiques sociales et qui témoigne de la vitalité, du scrupule de la communauté qui prendre garde à Allah, qui prend toutes les mesures de précaution et qui avance résolument dans sa quête de salut.

La Fitna est la consécration de la peur qui refuse de prendre ses responsabilités, de l’insenséïsme de l’improvisateur qui se laisse guider par les souhaits, de la subversion idéologique, sociale et politique que l’ennemi construit sur les peurs et les vains souhaits d’une société pour ne lui offrir que la peur et les espoirs qui conduisent à la capitulation.    Sans la Taqwah la Fitna non seulement bouleverse chaotiquement l’ordre social et politique de fond en comble, mais rend la religion otage des passions et source de discorde.

Encore une fois il ne s’agit pas d’un exercice de style, mais de  la posture la plus objective qu’il faut tenter de faire pour tirer enseignement de la crise vécue par le Prophète (sws) et ses compagnons face aux mêmes manipulations idéologiques et médiatiques des idolâtres transgresseurs contemporains. Où nous nous plaçons sur le terrain de la psychologie sociale et de la manipulation qui poussent à se soumettre pour se libérer de la crainte, où nous nous plaçons dans le système de précaution raisonnée qui analyse les données opérationnelles pour s’en prémunir et qui implore Allah de lui donner force et lucidité pour trouver patience et espoir à surmonter la crise. Il faut imaginer le Prophète (saws) exilé confronté aux stratagèmes des riches et puissants chefs de guerre arabes.

Nous avons vu en Egypte, ces derniers jours, comment les Salafistes supposés ne pas faire de politique investissent le champ politique, pour le compte de l’Arabie saoudite, et s’unir aux sans religion qui reprochent aux Frères musulmans l’Islam politique. En parallèle nous voyons les démocrates demander et soutenir un coup d’Etat. Chacun vit dans la peur de l’autre et dans la volonté de terroriser l’autre, mais très peu ont de la Taqwah qui leur permet de construire une feuille de route pour sortir de la crise. Joumaa, le grand Mufti d’Egypte, qui avait considéré la destitution de Moubarak comme une Fitna (sédition) contre un gouvernant légitime, considère que la destitution de Morsi et le coup d’Etat sont légitimes au regard de la chariâa. Comment les gens du commun vont-ils trouver leur chemin ?

Nous avons vu les positions diamétralement  opposées des savants sunnites sur la Syrie s’inverser sur l’Egypte comme ceux des partis islamiques et laïcs. La tendance dominante est de soutenir la répression contre les Frères musulmans et d’appeler à une intervention américaine pour renverser Bachar Al Assad qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple.

Nous avons vu en Algérie les militaires et les civils, les islamistes et les non islamistes, les gouvernants,  et leurs opposants participer à la Fitna qui a provoqué la sédition armée d’un côté et qui a enraciné la subversion idéologique et le terrorisme comme méthode de gouvernance et comme moyen d’existence politique à ceux qui n’ont pas d’existence sociale dans la société algérienne. Nous avons vu l’émergence du bigotisme infantile religieux et du paternalisme politique qui détourne les Algériens de leurs devoirs et de leurs droits.

Nous avons vu la collaboration des classes moyennes, des parvenus et des spoliateurs dans le partage de la rente et la paupérisation du peuple. La Fitna a mis en marge de l’histoire l’Algérie, malgré ses ressources, son emplacement géostratégique, son capital historique, son unité confessionnelle,  et le sacrifice de ses hommes pour se libérer du colonialisme.

Comme en Algérie, en Syrie et en Egypte nous voyons les Arabes et les Occidentaux refuser le dialogue qui aurait pu permet de surmonter la Fitna ou du moins la résoudre avec moins de dommages.

Dans l’histoire humaine, il n’y avait que les Juifs de Khaybar qui se soient attelés à détruire leur territoire et leur demeure avec autant d’énergie et de stupidité. Trahir ses idéaux et aussi tragique que traduire les serments faits aux martyrs ou trahir le pacte de vivre ensemble en paix. Les Arabes contemporains ont surpassé l’auto destruction des tribus de Khaybar sauf que celle des Arabes dessert leurs intérêts alors que celle de Khaybar les servait.

Nous voyons le même phénomène dans le monde arabe. L’aboutissement dramatique des calculs mesquins et irresponsables visant à s’appuyer sur l’Empire pour instaurer la démocratie (ou l’Islam), visant à attiser le sectarisme et l’esprit partisan pour faire valoir son clan, sa tribu, son école de pensée ou son parti,    visant à placer le curseur d’analyse et d’action sur des divergences idéologiques internes et oublier l’impératif de se fédérer contre l’Empire et le sionisme sur le plan militaire, diplomatique, économique et financier en construisant l’Etat de droit tout  en donnant aux peuples les possibilités de construire leur émancipation, de conjuguer les possibilités de leurs territoires contigus, de leurs mentalités similaires, de leur histoire commune, de leurs économies complémentaires, de leurs réseaux sociaux et culturels, et de mobiliser l’élan libérateur et civilisateur de leur religion.

La Syrie et le Liban plus au cœur du monde arabe, plus au cœur des divergences confessionnelles, plus à proximité de l’entité sioniste, plus impliqués dans la cause palestinienne, plus en relation avec l’Iran, dans la charnière géographique et historique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe subissent donc davantage les pressions tectoniques de la géopolitique impériale et sioniste.

Les savants musulmans et les élites politiques et intellectuelles se sont avérés minables devant la globalité et la dimension de la Fitna. Ils ont attisé la désintégration des territoires et des mentalités tout en amplifiant l’effusion du sang des musulmans. Ils ne parviennent toujours pas à voir les mêmes facteurs de régression et les mêmes causes de la Fitna qui opèrent en Egypte et en Syrie à titre d’illustration avec les mêmes vassaux du Qatar et de l’Arabie saoudite qui jouent au même jeu de destruction du monde arabe et pour les mêmes intérêts.

Il est remarquable de voir comment les Frères musulmans égyptiens ont été conduits, par leur inconséquence politique et leur esprit partisan, à devenir les amplificateurs de la dislocation de la Syrie et de la Libye et de la rivalité sunnites-chiites avant d’être jetés en pâture à la répression qu’approuvent et soutiennent les Salafistes Egyptiens travaillant pour l’agenda saoudien. Le gouvernement d’Ennahda, plus pragmatique et plus politique que celui des Frères égyptiens, est mis lui aussi dans le choix cornélien de se désister ou de subir la « contre révolution », malgré ses concessions. La gauche et les libéraux tunisiens,  plus immatures que les bigots islamistes, tombent dans l’imitation servile et mécaniste de l’expérience égyptienne au lieu d’en tirer les conséquences.

Il faut être sectaire ou sénile pour ne pas avoir vu et ne pas continuer de voir le « talent » de l’empire et du sionisme à récupérer les « révolutions » arabes menées  sans guide, ni idéologie, ni programme politique, ni planification ni cap, ni boussole, ni cartes de navigation… Il faut être inculte politiquement et pris sous les feux de sa passion pour ne pas voir   l’Empire et le sionisme disloquer la Syrie et la Libye après avoir disloqué le Soudan et l’Irak dans un plan transparent : maintenir le monde musulman et arabe dans les querelles internes le rendant incapable de voir les missiles  de l’Empire et du sionisme lui tomber sur le crâne, le démembrer et piller ses ressources. Il faut être un monstre pour ne pas voir l’acharnement des élites arabes à saper non seulement leur expérience démocratique, mais les fondements sociaux de l’existence de leur pays.

L’Empire et le sionisme ne complotent pas, ils planifient en analysant et en jouant sur nos contradictions internes, sur notre débilité. Ils ont l’intelligence, en plus de leur capacité de nuisance, de préparer tous les scénarios possibles et de s’y adapter. Nous ne préparons ni scénarios ni moyens, mais  nous improvisons, nous importons et nous confondons. L’art des autres est de voir clair dans nos confusions et  de nous conduire vers davantage de confusions. Le Hezbollah libanais semble échapper à cette règle, mais si l’environnement lui impose des choix difficiles, notre paresse intellectuelle et notre convulsion affective nous rendent impossible la compréhension de ses choix. Il faut juste lire les analyses sur les derniers attentats à Beyrouth et à Tripoli.  Certains d’entre nous refusent de se libérer de la Fitna et continuent de lire la tragédie comme des auxiliaires de la lutte idéologique que mènent l’Empire et le sionisme contre l’éveil du monde arabe et sa fédération en une force de résistance régionale.

Brezinski,  Bernard Levy et Daniel Pipes ont tracé les contours et les artifices de la guerre idéologique, médiatique, psychologique et militaire qui permettent à l’Administration américaine et sioniste de conduire les opérations et de fournir la logistique sans manifester leur présentiel sur le champ de bataille. L’Europe vassale joue son rôle traditionnel. L’innovation est de voir le Qatar et l’Arabie saoudite  intervenir d’une manière aussi forte et directe. Ils agissent comme deux rivaux qui veulent montrer à leur maitre qui est l’esclave le plus servile et le plus criminel méritant les faveurs exclusives du maitre.

Il faut suivre les déclarations d’Hussein Barack Obama pour voir que le Soft Powerment qui succède au Hard Powerment de Kissinger est une réalité : l’Administration américaine laisse ses vassaux se manifester donnant l’illusion qu’elle n’intervient que pour répondre à la demande des Européens et des Arabes. Ces derniers ont une capacité de subversion médiatique de l’ampleur des minutions à l’uranium appauvri lancés contre l’armée de Saddam Hussein. Les médias parviennent à réaliser l’effet blitz du jeu d’échec et que les Américains ont introduit dans leur doctrine de guerre après l’avoir importé et modernisé de l’Allemagne nazie : le Blitzkrieg ou effet de concentration massive des puissances de feux focalisées sur un petit point pour l’anéantir et interdire toute possibilité de résistance en terrorisant l’ennemi.

Dans la guerre subversive il s’agit de frapper le plus loin et le plus fort dans le dispositif des arrières de l’ennemi. Dans la guerre médiatique il faut frapper les esprits, les choquer et les maintenir sous un déluge informationnel propagandiste qui rend impossible l’écoute d’une autre voix ou la formulation d’un raisonnement lucide échappant au sensationnel. Dans toutes les guerres, militaires, subversives, médiatiques, psychologiques et idéologiques il faut frapper vite, fort, loin, concentré et avec surprise. Dans le jeu d’échec il s’agit de jouer contre la montre et de faire abandonner la partie à son adversaire en quelques coups. Il ne s’agit pas de faire mat, mais de faire tomber les pièces maitresses et de laisser le roi sans défense.

C’est sans doute une des  dernières batailles qui se jouent en Syrie. La plus grande organisation islamique dans le monde est mise « hors d’état de nuire » en Egypte après l’avoir poussée à la faute et livré au sensationnel médiatique,  Ben Laden est officiellement assassiné afin qu’aucune voix ne viennent dire non au Djihad sous la bannière de la confusion et de l’OTAN : l’Empire et le sionisme peuvent en finir avec la Syrie et commencer à réfléchir aux choses sérieuses : l’Iran, la Chine et la Russie.

L’histoire ne se déroule pas selon le rapport des forces. Il arrive qu’elle se déroule à contrario du rapport des forces et que le détenteur de la puissance et l’acteur offensif le plus déroutant se trouve lui-même dérouté par l’imprévisible et qu’il finisse par connaitre la déroute militaire et historique. Pour l’instant les Arabes et les Européens font tout pour faire oublier que le principal bénéficiaire de l’effort de guerre syrien est le Hezbollah qui a changé l’équation de la terreur non seulement en Palestine occupée, mais dans la région. Les Arabes et les savants musulmans refusent de voir en Syrie la réédition de plus en plus probable de l’intervention américaine en Irak et les mobiles avancés. Les sunnites et les chiites comme les islamistes et les nationalistes continuent de ne pas lire l’histoire, de ne pas regarder une carte de géographie, de ne pas méditer la biographie du Prophète (saws).

Les grands esclaves et les petits esclaves de l’ensemble du monde arabe, esclaves de l’Empire ou de leurs passions, préfèrent écouter et répercuter la voix de l’idole ou de leur inconscience au lieu de chercher à se réveiller et à se libérer de la Fitna. C’est plus facile de se conduire en bêtes animées par l’instinct de prédateurs ou de proies qu’en êtres humains raisonnables et consciencieux. Allah (swt) a montré le lien indéfectible entre d’une part la Fitna et d’autre part les insouciants qui refusent de voir la vérité et les  pervers qui se consacrent à cultiver le faux et l’injustice refusant de dire la vérité après avoir refusé de l’entendre :

{Certes, les pires des créatures, au regard d’Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Al Anfal  22

Ces animaux politiques non seulement ne veulent ni entendre la vérité ni la dire, mais préfèrent la falsifier et préfèrent devenir l’écho de l’Empire et du sionisme.  L’effusion du sang des musulmans écrit le récit, les causes et les conséquences de la Fitna dans le monde arabe : l’Islamophobie. L’islamophobie est la subversion totale qui présente le musulman non comme une victime agressée, mais comme un personnage hideux ne méritant pas la pitié aux yeux de ses prédateurs. L’Islamophobie c’est pire encore : rendre les musulmans méfiants et défiants les uns contre les autres pour les occuper à se déchirer et à déchirer toutes les possibilités de leur développement et à saper toutes les ressources de leur territoire que l’Empire et que le sionisme convoitent en qualité de prédateurs aguerris.

La stratégie d’institutionnaliser la méfiance envers les Musulmans et la défiance entre les musulmans pour les marginaliser après les avoir criminalisés puis les agresser après les avoir dispersés est le processus de l’Islamophobie. C’est une machination diabolique pour mener une guerre totale – idéologique, médiatique, politique, diplomatique, psychologique, culturelle, religieuse et militaire – contre toute forme et tout esprit de résistance, et contre tout espoir d’éveil civilisationnel. Là où notre esprit indolent voit ou trouve raison pour diverger, l’Empire et le sionisme voit et trouve opportunité et pertinence à diviser, à provoquer, à faire de la subversion idéologique, sociale et militaire.

N’est-ce pas que le Coran nous dit que la subversion est pire que la guerre :

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

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Préjugés et ruines de l’esprit

J’ai cherché une raison ou une argumentation – religieuse, politique ou géopolitique – dans le discours, le comportement et les actions des islamistes (takfiristes, freristes et salafistes wahabbistes) pour justifier la Fitna en Syrie et la confrontation armée entre confessions musulmanes, je n’ai pas trouvé. Je ne trouve que la vague d’insenséisme qui englouti l’ensemble du monde arabe. Les insensés livrent aux peuples incultes et crédules des préjugés et des opinions sans fondements religieux et en contradiction avec les intérêts moraux et stratégiques du monde musulman. Il y a longtemps que j’ai exprimé mon positionnement religieux : je suis musulman comme Allah m’a nommé dans le verset 78 de la sourate Al Hajj.

Formatés par leur inculture politique et imbus de leurs savoirs remplis de préjugés, les savants et les élites sabordent l’Islam et sapent toute perspective de renaissance de la société musulmane. Ils refusent tout débat sur le curseur idéologique dans cette étape cruciale.  Ces imposteurs de l’Islam non seulement ils ont confisqué les tribunes pour propager leur préjugés et en faire une idéologie de combat au service d’un esprit partisan qui sert les intérêts d’Israël et de ses vassaux arabes, mais ils sont devenus Dieu ou ses mandataires ayant droit de vie et de mort sur les pauvres créatures qui ne s’insèrent pas dans leur nouvel ordre mortifère.

Je vous livre quelques citations de notre ami Albert Einstein et sans préjugés religieux et idéologiques essayer d’y retrouver quelques figures charismatiques du désordre qui sévit de plus en plus dans le monde musulman en parallèle à celui du despotisme politique des gouvernants en place (y compris ceux portés par la « révolution arabe ») :

Rares sont les gens capables d’exprimer avec impartialité des opinions qui diffèrent des préjugés qu’on a dans leur milieu social. La plupart des gens sont même incapables de concevoir pareilles opinions.

Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.

Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.

Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.

Bien entendu  je vais être traité  de sioniste par les uns et d’ignorant par les autres sous prétexte qu’Einstein était sioniste et qu’en qualité de musulman je dois me contenter de dire « Allah a dit et le Prophète a dit » sans tenir compte de nos préjugés qui pourtant détournent le sens du Coran et de la Sunna. Au Nom d’Allah (swt),  les fabricants et les rentiers de préjugés nous   poussent à faire de la diversion ou de la subversion selon le schéma tracé  par l’Empire et le sionisme. En tous les cas faire entendre ou faire voir une certaine lecture du Coran ou des Hadiths déboîtés de leur contexte socio-historique et de leur enchaînement logique textuel puis faire valoir une opinion à une époque comme étant le consensus de la Oumma  est la manifestation la plus  stupide et la plus tragique de ce qu’on appelle le préjugé et en même temps l’instrumentalisation la plus éhontée de la religion pour cultiver le préjugé dans une société qui a perdu tout sens critique et tout effort de connaissance.

Voici la définition la plus répandue (sur le net) du préjugé :

 Comme le mot l’indique, un préjugé est un jugement porté d’avance, « avant ». Avant quoi ? L’examen, la vérification ou le constat qui le justifieraient. Préjuger signifie donc : tenir pour acquis quelque chose qui, objectivement, ne l’est pas ; ou tenir pour vraie une affirmation qui, en fait, reste douteuse. C’est pourquoi  le préjugé semble bien être illégitime par définition : il consiste en une précipitation de l’esprit dans le jugement, opérée plus ou moins de bonne foi, et peu importe à cet égard qu’il soit « favorable » ou « défavorable ».

Opinion hâtive et préconçue souvent imposée par le milieu, l’époque, l’éducation, ou due à la généralisation d’une expérience personnelle ou d’un cas particulier

Le Coran a interdit le préjugé (Dhan = Ithm » et a exigé d’apporter preuve (Borhane) et de distinguer le vrai du faux avant de prendre position ou de prendre la parole  (Tabayyanou).

{O vous qui êtes devenus croyants , évitez beaucoup de conjectures : certaines conjectures sont des péchés.} Al Houjourat 12

La pédagogie et le sublime du Coran ne consistent pas à interdire ou à recommander, laissant ainsi la place au littéralisme froid et à l’interprétation erronée des insensés, mais à brosser l’image la plus complète de la situation à laquelle conduit le préjugé, l’opinion ou la conjecture :

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{O vous qui êtes devenus croyants , évitez beaucoup de conjectures : certaines conjectures sont des péchés. N’espionnez pas et ne médisez pas les uns des autres. Est-ce que l’un d’entre vous aimerait manger la chair de son frère  mort ? Cela, vous l’avez haï. Et prenez garde à Allah. Certes, Allah est Rémissif, Miséricordieux. O vous qui êtes devenus croyants  : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance. Certes, le plus élevé d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Certes, Allah Est Tout-Scient, Omnisavant.} Al Houjourat 12

Le préjugé et l’opinion conduisent à des catastrophes et rompent l’unité qu’Allah a voulu entre musulmans et entre musulmans et autres communautés. Les versets sont évidents et ils ne demandent pas de tafsir ou de recours à un savantissime clerc de l’Islam.  La pédagogie et le sublime du Coran montrent non seulement définissent le préjugé et étalent ses conséquences mais montrent comment éviter le préjugé par l’esprit de sens et le principe  de justesse qui consistent à analyser, à évaluer et à faire preuve de discernement par la connaissance des faits réels au delà des rumeurs, des opinions. Le Coran nous montre que  lorsque l’esprit de sens disparaît chez les élites et s’installe la confusion dans la société alors domine  la culture de l’insenséisme, de la rumeur,  de la propagande et de la casuistique religieuse qui conduisent à l’anathème, au déchirement et au clivage idéologique partisan ne tenant  compte ni des réalités, ni des priorités, ni de la vérité…

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{O vous qui êtes devenus croyants , si un perverti vous apporte une nouvelle, examinez-la pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait.} Al Houjourat 6

Le pervers est , dans les temps contemporains, celui qui déchire la communauté ou qui refuse sa fédération et se laisse tenter par les sirènes  qui appellent à une guerre de religion à l’intérieur de l’Islam pour le bon heur de Satan, du sionisme et de l’Empire. Les mêmes qui ont organisé la lutte fratricide et nuisible entre l’Irak et l’Iran sont les mêmes qui appellent aujourd’hui à une guerre entre sunnites et chiites ou qui veulent donner un caractère confessionnel à l’anarchie qui règne en Syrie lui occultant sa véritable dimension qui est géopolitique.

L’Islam est la culture de la responsabilité. Il ne tolère ni improvisation, ni anarchie, ni recours aux arguments fallacieux pour se justifier. La pédagogie et le sublime du Coran ont montré que le suivi du Coran et de la Sunna sont les garants de l’esprit de sens, du devoir de justice et du principe de justesse que doit posséder le musulman, gouvernant ou gouverné, dans l’aisance ou dans la difficulté, face à ses amis ou en guerre contre ses ennemis. Ainsi le discours coranique sur le préjugé et ses conséquences s’ouvrent par l’énoncé d’une règle que nul ne doit transgresser :

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{O vous qui êtes devenus croyants , ne devancez pas Allah et Son Messager dans le jugement. Craignez Allah. Certes, Allah Est Omni-Audient, Tout-Scient. O vous qui êtes devenus croyants , n’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne faites pas retentir la voix en lui parlant, comme le retentissement de voix que vous vous faites les uns aux autres, afin que vos œuvres ne soient pas vaines, sans vous en rendre compte. Certes, ceux qui baissent leurs voix auprès du Messager d’Allah, ceux-là sont ceux dont Allah A Éprouvé les cœurs pour la piété. Ils auront une absolution et une immense rétribution. Certes, ceux qui t’appellent par derrière les chambres, la plupart d’entre eux ne raisonnent pas.} Al Houjourat 1

Sur le plan de la métaphore « devancer Allah (swt) » ou « élever la voix au dessus de celle de Son Prophète (saws) » c’est non seulement tourner le dos à l’Islam, mais émettre des opinions contraire à la lettre et à l’esprit de l’Islam. Le pire c’est de saper l’Islam en donnant des contre sens au Coran et aux Hadiths ou de faire valoir l’opinion d’un homme, vivant ou décédé, pour occulter la vérité, servir des intérêts partisans ou conduire la communauté musulmane au sectarisme, au déchirement, à la marginalisation, à l’insenséisme des divergences et des fausses querelles qui  épuisent le monde musulman  incapable de faire face face à ses prédateurs organisés et impitoyables.

Sur le plan du contexte de la Révélation certains exégètes relatent le contentieux qui a opposé Omar Ibn Al Khattab et Abou Bakr qui voulaient faire valoir leurs arguments pour la désignation d’un gouverneur autre que celui que le Prophète avait choisi. Omar et Abou Bakr ne sont pas des gens du commun, ils représentent l’excellence de l’élite musulmane, les authentiques Khalifes du Prophète (saws) qui ont gouverné selon la vertu et la compétence des mahdiyines ( bien guidés et bien sensés). Les gens de l’élite peuvent avoir des opinions différentes, mais jamais ils ne doivent laisser leurs opinions les dominer au point d’oublier les préceptes coraniques et les enseignements prophétiques. Si Omar et Abou Bakr sont tenus à l’humilité devant le Prophète et à l’obéissance stricte , il ne peut être permis de croire que le savoir ou la réputation d’un savant, d’un intellectuel ou d’un homme politique autorisent des innovations ou des libertés qui vont à l’encontre des règles de l’Islam.

Il y a bien longtemps qu’on ne se fait plus d’illusions sur les ignorants et les incultes qui nous gouvernent et nous trahissent, mais nous pouvons leur trouver des excuses : l’ignorance, le despotisme, la vassalisation, la rente. Le cactus arabe a montré toutes ses épines. Les élites religieuses sont celles qui provoquent le plus de dégâts. Les premiers souillent les territoires, les seconds nos esprits et notre devenir.  Nous ne pouvons trouver aucune excuse à nos docteurs en foi. L’Islam et les Musulmans doivent se libérer de toutes les rentes et de tous les totems. Le chemin est long, il exige de la patience et de la constance dans nos efforts et l’espérance dans la Miséricorde divine :

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{Et s’ils avaient patienté jusqu’à ce que tu sortes vers eux, cela aurait été meilleur pour eux. Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Houjourat 5

Ceux qui devancent Allah et précèdent le Prophète perdent patience et ne se résignent pas au Jugement d’Allah. Ils croient qu’il peuvent impunément contourner, détourner, retourner ou faire accelerer  l’histoire à n’importe quel prix. Observez les révolutions arabes confisquées par les insensés et les assoiffés de pouvoir, au nom de l’Islam, et vous verrez  la vérité coranique se manifester sans voile : les imposteurs ne cherchent ni le bien des musulmans ni celui de l’humanité, mais la revanche sur les gouvernants et le triomphe de leur parti sectaire et inculte :

{Dis : « Allez-vous apprendre à Allah quelle est votre religion, alors qu’Allah Sait ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre ? » Allah Est Tout-Scient de toute chose. Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous fait une faveur en vous guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ». Certes, Allah Sait l’Occulte des Cieux et de la terre. Et Allah voit tout ce que vous faites.} Al Houjourat 16

C’est ainsi que se termine la sourate Al Houjourat.

 

CFCM, Hollande et l’islamophobie ?

Une délégation du Conseil français du culte musulman (CFCM) a sollicité,  lors d’un entretien avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Matignon, que le Président François Hollande fasse une déclaration solennelle contre l’islamophobie. Les officiels « musulmans » sont froissés que la France officielle fasse de la lutte contre l’antisémitisme une “cause nationale” et qu’elle accueille  « Bibi »  pour rendre hommage aux victimes de l’attentat de l’école juive de Toulouse.

Je ne voudrais pas engager une polémique, car nous sommes déjà suffisamment dispersés et fragmentés, mais la vérité doit être dite même si elle dérange.

Si les Musulmans de France avaient la compréhension claire de l’islamophobie, de ses motivations, de ses objectifs, de son institutionnalisation et de son processus, jamais ils n’iraient demander au Président Hollande ou à un autre une déclaration solennelle pour qu’ils soient « aimés » et respectés. S’ils se mettaient à méditer sérieusement et scientifiquement la trame idéologique, psychologique, politique, religieuse et socio-historique de l’islamophobie ils mettraient fin à ce comportement infantile et irresponsable de réclamer des droits alors qu’ils n’ont pas accompli leur devoir envers Allah, Son Prophète et la communauté de foi.

Cela fait plus de 60 ans que les Arabes et les Musulmans demandent leur droit à l’ONU pour la libération de la Palestine et plus de deux siècles qu’ils demandent à leurs colonisateurs de les respecter en vain. Walou !

Cela fait des siècles que les musulmans vivent à proximité des Juifs et ils se connaissent mutuellement. La sédimentation de la culture judéo-chrétienne hostile à l’Islam   remonte loin dans le passé. Le principe injuste et inéquitable du double collège fait partie de notre mémoire de colonisés, son injustice n’a pas de signification devant plus injuste en l’occurrence le fait colonial, son racisme et sa spoliation. Cela fait partie de la culture politique et intellectuelle de la France de chercher à réparer sa persécution des Juifs tout en stigmatisant la communauté musulmane et africaine.

Cela fait longtemps aussi que nous continuons de répondre comme les marionnettes ou les souris de Pavlov aux stimuli extérieurs oubliant que le mal est en nous. Solliciter une réponse qui satisfasse notre ego ou qui donne justification à notre inconséquence et à notre peu de représentativité et d’efficacité n’est que le signe éloquent que nous donnons aux Juifs et aux officiels français de notre morbidité et de notre Wahn. Jamais dans les moments les plus sombres de leur histoire sous la colonisation française en Algérie ou sous l’occupation allemande  les Juifs n’ont demandé de cette manière inconséquence, stupide et humiliante d’être reconnus. Ils ont imposé leur présence par des moyens que nous ne sommes obligés de suivre, mais de connaitre et de comprendre.

La communauté de vivants ou  la minorité agissante dans un monde bâti sur les rapports de force,  de puissance médiatique et d’argent ne va pas gaspiller son temps à se leurrer et à abuser les jeunes. Les Musulmans comme toute communauté qui se respecte et qui a un avenir ici et ailleurs doit produire son argent, son élite, ses idées et une voix qui pèsent dans l’échiquier social et politique.

 Le jour où les Musulmans prendront conscience qu’ils peuvent faire ou défaire un maire ou un Président par la force et l’unité de leur voix ainsi que par  la qualité de leur expression sociale, politique et intellectuelle tout en restant fidèle à l’Islam alors le Président de gauche, de droite ou du front national viendrait non les protéger ou les reconnaitre, mais quérir avec empressement et déférence  leur soutien et leur reconnaissance pour administrer la commune ou gouverner le pays.

Ce jour-là les musulmans seront par leur nombre et par leurs œuvres ainsi que  par la qualité de leurs représentants une voix qui pèse dans la politique étrangère de la France et dans son rapport à la question palestinienne.

Ce jour n’est possible que si et seulement si les musulmans reprennent leur vocation de représenter l’Islam et de témoigner aux autres la vocation de l’Islam.

Ce jour-là les chancelleries algérienne, marocaine et tunisienne seront à côtés de leurs citoyens de l’autre côté de la Méditerranée comme l’est Bibi.

Ce jour ne semble pas encore arrivé. Depuis Djamel Eddine Al Afghani nous déclamons que la crise engendre la fierté et la gloire, mais elle n’engendre pour les perdants, les improvisateurs et les gesticulateurs sans projet, sans cap, sans boussole, sans carte de navigation que crises après  crise, ténèbres sur ténèbres et fracassement  contre les récifs mis devant nos yeux somnolents par les marionnettistes qui parviennent, le comble de l’ironie, à nous dicter ou nous inspirer nos idées, nos paroles et nos revendications.

Nous sommes encore des axillaires  de la pensée des autres et des réminiscences de la servitude qui nous empêchent de voir  la réalité comme l’endormi qui ne veut pas se réveiller de son cauchemar, car il n’ose pas regarder  l’éclat du jour et les formes du réel qui exigent  du vivant l’effort conscient et responsable.

La langue française par laquelle nous sollicitons les autorités à nous accorder un peu d’importance est elle même la réponse au peu d’importance que nous représentons aux yeux des autres car nous sommes des inertes  dont seul le ventre et la langue témoignent de leur maintien en vie.   Solliciter  signifie  mettre un corps en mouvement, en action, soumettre un corps à des forces et couples extérieurs qui sont d’ordre mécanique. Est-ce que nous avons suffisamment de force, de désir et de visée pour donner une impulsion au corps social ou politique pour les mettre en mouvement et en émotion vers nous. La langue française nous taquine en nous disant qu’émouvoir ou émotion ont pour racine latine  » movere  » mettre en mouvement. Il faut être soi même en mouvement comme un astre dans le ciel pour que la loi de la gravitation s’exerce en attirant ou en repoussant. Nous sommes inertes comme  les débris du Wahn emportés par les rigoles, malgré que nous soyons nombreux…

La même langue de Molière et de Voltaire utilise sans complexe et sans visée péjorative les termes marxisme, bouddhisme, hindouisme, modernisme, judaïsme, christianisme, sionisme. Lorsqu’il s’agit du monde musulman le  terme islamisme devient obscène, dangereux, malsain. Les mots ne sont pas neutres, ils sont le canevas de nos idées et de nos sentiments, ils sont le lapsus révélateur freudien qui dévoile les pulsions des malades du cœur. Dans « Islamophobie : Deus Machina »  j’ai montré comment la scénarisation idéologique et militaire instrumentalise les mots et les comportements pour créer  de la méfiance envers le musulman et comment créer de la défiance entre les musulmans. Le but du jeu est de les présenter comme risibles, stupides, arrogants et belliqueux, des victimes transformées en bourreaux pour lesquels il ne doit y avoir ni estime ni respect ni compassion.  Voilà que les représentants de la communauté musulmane, les seuls à ne pas être désignés démocratiquement, mais cooptés par les appareils, se font dire, sans réagir, par  Jean-Marc Ayrault  que les termes « islamisme » et « islamiste » peuvent « être source d’amalgames et de confusions préjudiciables à la religion musulmane ».

Le reste, que monsieur François  ou madame la France nous méprise ou réponde formellement  à nos doléances, n’est que littérature ou vue de l’esprit  pour que nous-mêmes soyons les artisans pour faire distraction et diversion dans notre monde, celui des insouciants et des mal aimés.