La Syrie et les Etalons (Fhoula) musulmans à la Mecque

Les étalons, énuques, et les principes, fallacieux, ont prononcé,  au sommet islamique de la Mecque, la suspension de la Syrie de l’Organisation de coopération islamique (OCI). Comme prévisible l’Iran se retrouve seul face à 56 pays dits musulmans.  On aurait pu dire que la souris accouche d’une souris,  que le serpent se mord la queue ou que le mulet ne peut être géniteur si la majorité de ces pays étaient  islamiques dans le sens où ils appliquent la Chariâ islamique à la lettre. Ils sont dans la situation de l’âne qui ignore le poids des responsabilités et la valeur des mots  qu’il transporte :

{L’exemple de ceux à qui on a fait porter la Torah, et qui ensuite ils ne l’ont pas portée, est comme l’exemple de l’âne qui porte des livres. Piètre exemple des gens qui ont démenti les Signes d’Allah ! Et Allah ne Guide pas les gens injustes.} Al Jumu’â  5

« Que celui qui n’a pas péché  jette la première pierre » est la réponse que Jésus a donnée aux pharisiens et aux hypocrites qui voulaient lapider une femme soupçonnée d’adultère. C’est la mauvaise réponse que les bédouins vassaux de l’impérialisme et illégitimes vis-à-vis de leurs peuples viennent de donner à  la Syrie pour la livrer aux visées américano sionistes comme si la tragédie de la Libye, de l’Irak et de l’Afghanistan et de la Palestine ne sont pas des plaies encore béantes attendant réponse.

La ligne droite, comme le Sirat al Moustaqim, aurait du s’établir directement entre la Mecque et Damas. Elle n’aurait pas du passer par le méridien de la Mecque via Qaradhawi, la Cia et le Pentagone pour compliquer la situation, mais aurait du passer par une invitation des dirigeants de la Syrie à venir exposer leurs points de vue car il n’est pas dans les traditions archaïques ni modernes d’écouter un clan séditieux contre le détenteur du pouvoir sans auparavant  mettre à l’épreuve le détenteur du pouvoir et le clan séditieux. La loi d’Allah pour les Serviteurs des lieux saints amputé du troisième lieu saint leur commande d’inviter les parties en conflit à effectuer une ‘Omra puis à s’assoir autour d’une table et trouver solution urgente pour mettre fin à l’effusion de sang puis se mettre d’accord sur un programme de sortie de crise :

{Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si alors l’un des deux groupes tyrannise l’autre, combattez celui qui tyrannise jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables. Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et prenez garde à  Allah : ainsi il  vous sera fait miséricorde.} Al Hujurate 9

Sinon il fallait  ou bien établir la preuve par l’image et le son sur celui qui persiste dans la mécréance et l’injustice, ou bien remettre l’affaire entre Allah en s’inspirant de la moubahala : la malédiction sur le menteur (المباهلة) :

{ فَمَنْ حَآجَّكَ فِيهِ مِن بَعْدِ مَا جَآءَكَ مِنَ ٱلْعِلْمِ فَقُلْ تَعَالَوْاْ نَدْعُ أَبْنَآءَنَا وَأَبْنَآءَكُمْ وَنِسَآءَنَا وَنِسَآءَكُمْ وَأَنْفُسَنَا وأَنْفُسَكُمْ ثُمَّ نَبْتَهِلْ فَنَجْعَل لَّعْنَتَ ٱللَّهِ عَلَى ٱلْكَاذِبِينَ } [عمران آل: 61 ]

 {La Vérité émane de ton Dieu, ne sois donc pas du nombre des sceptiques. Quiconque te dispute à son sujet, à partir de ce qui t’a été donné de la Science, alors dis : « Venez : convoquons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nos personnes et vos personnes, ensuite invoquons pour appeler la malédiction d’Allah sur les menteurs ».} Al Imrane 61

Ces gouvernants, ces savants musulmans et ces partis islamiques hystériques et insensés auraient ainsi prouvé au monde musulman que le régime syrien et à sa tête le Président Bachar Al Assad pratiquent le Kufr (bawàh) flagrant, évident, incontestable. Pour l’instant nous assistons à l’impensable.

La géopolitique et l’instinct de survie auraient du leur commander de ne pas livrer un régime en place à une opposition qui se prétend islamiste alors qu’elle affiche ouvertement  le soutien politique, militaire, médiatique et diplomatique qu’elle reçoit de ceux qui ont colonisé le monde musulman et qui veulent le démanteler  dans un Sykes Picot bis pour détruire ce qui pourrait encore faire le trait d’union d’une civilisation  qui attend son éveil en l’occurrence le ciment des mentalités collectives des peuples musulmans, de  l’histoire commune, la contigüité de  la géographie et l’impératif de constituer un front politique, économique et militaire contre l’hégémonie américano sioniste.

Comme toujours les Bédouins incultes  et insensés ratent l’occasion de se réconcilier avec l’histoire et la vérité et font prévaloir leurs opinions erronées et les instructions de leurs maitres.  Il ne leur suffit pas de porter l’injustice commise contre leur propre peuple, il faudrait qu’ils portent l’injustice  des autres.  Au nom de quel droit, de quelle légitimité et de quelle représentativité de l’Islam,  trahi et ignoré, ces vauriens prennent des décisions en notre nom au mois de Ramadhan et à la Mecque sacrée. Ces petits Dejjals (faux Messies) ne savent pas qu’entre le Halal (licite) évident  et le Haram (illicite)  évident il y a un espace de confusion et de doute qu’il faut éviter par l’abstention. Entre d’une part  le régime syrien,  une majorité du peuple et l’essentiel de l’armée qui le soutiennent, et d’autre part  les forces sionistes qui veulent la guerre civile et l’anéantissement du dernier axe  de la résistance, il ne peut y avoir confusion et s’il y a confusion il faut alors s’abstenir de prendre parti pour un camp ou pour l’autre.  La logique musulmane exige pourtant de ne pas soutenir les séditions armées  et encore moins les coalitions colonialistes qui veulent morceler le monde musulman et spolier ses richesses :

{O vous qui êtes devenus croyants, ne prenez pas Mon ennemi et votre ennemi comme protecteurs, quand vous sortez lutter pour Ma Cause et que vous recherchez Mon Agrément, en leur faisant preuve d’affection, alors qu’ils ont mécru en la Vérité qui vous a été révélée.} Al Mumtahana 1

Si en Egypte et en Tunisie nous voyons le scénario turc se mettre en place dans sa version islamiste comme il été déjà mis en place dans sa version laïque et nationaliste  alors  nous pouvons comprendre, sans pour autant la justifier ni l’approuver, la démarche opportuniste des Frères musulmans. Mais nous avons du mal à imaginer l’Algérie se ranger derrière les bédouins. Elle trahit sa révolution et ses martyrs, elle ne se réconcilie pas avec la tragédie de l’interruption du processus électoral, elle ne restaure pas les droits bafoués, et elle ne se libère pas de la voie qui la mène doucement mais surement de comptoir commercial français à base coloniale américaine.  Les gouvernants algériens et ses opposants, non islamistes et  islamistes,  sont, abstraction faite des multiples paradoxes qui les minent, en contradiction flagrante avec les grandes figures de la révolution algérienne telles que  Cheikh Al Ibrahimi qui a considéré le colonialisme comme un Satan à combattre :

« Le colonialisme dans sa globalité comme dans ses composants est une souillure provenant de l’œuvre de Satan, ses partisans se rencontrent sur ses propagations perverses celles-là même qui sont poussées par les instincts prédateurs voraces des colonisateurs et animés par les théories du colonialisme expertes dans la construction des instruments impitoyables de prédation et cultivées dans l’art de mettre en servitude les objets de leurs convoitises. Parmi ses moyens les plus redoutables, le colonialisme sape le moral des colonisés et anesthésie leurs sensibilités morales et spirituelles »

(…) L’Islam et le colonialisme sont deux antagonismes qui ne peuvent jamais se rencontrer. L’Islam est la religion de la liberté et de l’émancipation alors que le colonialisme est la religion de la servitude et de l’asservissement. L’Islam a instauré la miséricorde et la bienveillance et il ordonne la pratique du bien et de la justice alors que le colonialisme repose sur la dureté, la tyrannie et la transgression. L’Islam appelle à la paix et à la stabilité, pendant que le colonialisme appelle à la guerre, au meurtre, à la destruction et aux crises.

(…) le colonialisme est le pire ennemi de l’Islam et des Musulmans et par voie de conséquence il est de l’obligation de tous les gens de confession musulmane de considérer le colonialisme comme l’un de ses plus grands ennemis et par conséquent il ne peut y avoir acceptation de sa tutelle, de son alliance ou d’une allégeance à son égard.

(…) les Musulmans doivent comprendre tout ces enjeux et savoir que la vigilance la plus élémentaire leur recommande d’éprouver, par esprit d’équité et de réciprocité, pour le moins, les mêmes sentiments d’hostilité que leur ennemi éprouve envers eux. Leur allégeance loyale et leur alliance sous n’importe quelle forme envers le colonialisme, leur ennemi, est une transgression des principes sacrés de l’Islam. Celui qui accepte ou tolère la tutelle colonialiste signifie ici, qu’il a accepté de se détourner de sa religion et de faire triompher l’ennemi de sa religion sur sa propre personne, sa génération, son peuple et sa patrie.

(…)  Une des pires et infâmes alliances avec le colonialisme, c’est celle qui est faite au moment où il faudrait s’opposer à lui et de lui tendre la main au moment où il faudrait le combattre. Ce qui dépasse le comble de l’infamie c’est de pactiser avec ton colonisateur lorsqu’il livre bataille.

(…) Il ne peut y avoir exemple plus éloquent en matière de stupidité et de lâcheté que de voir l’opprimé faire alliance avec son oppresseur à moins que la réalité du monde et la logique de la raison nous prouvent l’alliance de la colombe avec l’aigle et celle de l’entente l’agneau avec le loup. »

Pourquoi faire allégeance aux puissants alors que les expériences prouvent qu’ils ne s’allient à nous que pour prendre nos enfants comme chair à canon, nos géographies comme zone de conflits et d’affrontements à leurs guerres coloniales, nos terres comme ressources pour asseoir leur puissance et leur domination. Puis lorsque la guerre s’achève, le plus grand perdant et le plus grand vaincu c’est toujours nous et ce quelque soient les mobiles ou les circonstances des guerres coloniales. Combien d’avertisseurs sont venus nous réveiller est-ce que parmi nous il y en a qui se souviennent ?

O musulmans ! O organisations musulmanes ! O gouvernements islamiques, ne manifestez aucun sentiment d’attachement pour le colonialisme, car ce serait commettre une rébellion contre Allah, une agression contre le genre humain et vous seriez des hérétiques séditieux envers l’Islam.  Ne soyez pas alliés à ses côtés, ni en temps de paix, ni en temps de guerre, car en temps de paix, il fait passer son intérêt avant les vôtres, et en cas de guerre ce sont vos patries qui seront son butin. Ne contractez aucune alliance avec lui car il ne respecte pas ses engagements ; n’attachez aucune foi en ce qu’il dit, car certainement sans foi ni loi il n’est garant d’aucune sécurité ou protection pour vous.

Le colonialisme laisse échapper ses derniers soupirs. Que l’histoire ne soit pas un témoignage contre vous en lui donnant par votre allégeance un jour supplémentaire d’existence sur terre. Ne vous alliez pas à lui, car sa nature bestiale le pousse à dévorer son allié avant de dévorer son ennemi.

Ces extraits de la Fatwa remontant à la guerre de libération sont toujours d’actualité :

  • Ils sont conformes à la situation du colonialisme qui agonise, mais qui reste en vie donnant des coups de cornes mortels à nos crétins qui lui donnent des perfusions de leur sang, de leur vitalité  au détriment de leur honneur et de leur vie
  • Ils témoignent contre nous et  prouvent que nous sommes toujours des insensés, des bavards impénitents, des insouciants, des traîtres qui vont une nouvelle fois subir l’humiliation  et  le châtiment par une nouvelle Fitna (le comportement hors de la droiture et les agissements en contradiction avec le Coran et la Sunna) :

{ وَٱتَّقُواْ فِتْنَةً لاَّ تُصِيبَنَّ ٱلَّذِينَ ظَلَمُواْ مِنكُمْ خَآصَّةً وَٱعْلَمُوۤاْ أَنَّ ٱللَّهَ شَدِيدُ ٱلْعِقَابِ }

{Et craignez une sédition qui n’atteindrait pas particulièrement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Je n’apprendrais à personne que le courage véritable de nos valeureux  gouvernants  et de nos élites « islamistes » s’est honorablement manifesté pour libérer l’Irak, l’Afghanistan, Gaza et la Palestine.  Nous leur souhaitons bonne fête de l’Aïd qui va se dérouler comme toujours, dans l’effusion de sang, l’effritement du monde musulman et l’impunité des sionistes et des colonisateurs.

Les Arabes et à leurs suite les Musulmans ont, à la veille de l’Aid, décrété, sur ordre du grand satan, un embargo sur la Syrie privant ses enfants, ses femmes et ses vieux de nourritures, de médicaments et de soutien, mais nous espérons d’Allah ce que n’espèrent pas les  faux étalons :

{certes, les manœuvres de Satan sont fragiles.} An Nissa 76

Ahmadinejad à la Mecque : « Nous sommes tombés dans le piège de nos ennemis »

Au cours d’une allocution, à la Conférence de l’OCI, à la Mecque, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a brossé un tableau pessimiste sur la situation régionale, allant jusqu’à vilipender certains rois arabes qui jouent le jeu des ennemis en Syrie alors que leur peuple les refuse! « J’ai un amer constat à faire : malheureusement, nous, les Musulmans, nous sommes tombés dans le piège que nos ennemis nous ont tendus! Nous entrons de plein pied dans une guerre totale, dévastatrice et vaine, une guerre à caractère fratricide, ethnique et tribale, qui pourrait durer des dizaines d’années. Malheureusement, certains pays jouent le jeu des ennemis a déclaré le président iranien » ! …

Et de poursuivre: « Ceux qui étaient arrivés au pouvoir, pour changer la politique hégémonique des Etats Unis envers notre région, ont tourné leur veste et ils veulent changer notre région, ils nous menacent de guerre…je vous renvoie à l’Afghanistan, à l’Irak, la Libye, la Syrie, à Bahrein, au Yémen ….dans ces pays qui tire sur qui ? « ….

« Si nous acceptons que la justice et l’égalité sont le droit de tout un chacun, alors, nous allons accepter que nous sommes tous dans le même bateau, nos destins sont liés. Nous devons nous serrer les coudes, nous entre-aider, pour faire face à l’ennemi commun; nous devons faire front commun face à nos ennemis », a encore affirmé Ahmadinejad.

« L’OTAN rêve de s’emparer de notre région et nous, au lieu d’affronter ce danger, sur la foi de faux arguments, inventés ou imaginaires, ethniques ou tribaux nous sommes devenus ennemis, sans savoir que ces hostilités gratuites offrent la meilleure occasion à nos vrais ennemis, pour nous envahir a regretté le président iranien. »

Mourir en France

premier cimetière musulman à strasbourg

Il n’y a pas un jour sans que ne soit évoquée la manière abjecte de profanation des tombes musulmanes ou de l’incinération des Musulmans. Chaque jour des Musulmans décédés en France sont mis dans des sacs en plastiques et jetés dans des fosses communes puis incinérés. D'autres sont plombés dans des chapes en béton. Il y en a rendent l’âme entourés de curés et qui reçoivent les sacrements du rite chrétien. La pauvreté, la solitude, l’abandon, l’ignorance et le mépris que nous inspirons sont quelques explications. Nous serons interrogés, moi compris, sur les droits bafoués du mort musulman, par Celui qui a créé la mort et la vie pour nous éprouver.

C'est bien d'en parler pour attirer l’attention mais le problème est plus complexe et plus ancien. Il est facile d’en imputer à la responsabilité aux autorités françaises comme si elle a la charge de conduire le Musulman au Paradis alors que le Musulman lui-même se conduit d’une manière insensé et inconséquente qui fait de lui un interlocuteur « valide » qui répond aux injonctions et aux prescriptions et non un être humain organisé, efficace.

L’insenséisme c’est nous faire subir chaque vendredi une invocation de soutien aux assassins islamo otanesques qui agissent en violeurs et en égorgeurs pour le compte de l’OTAN, du Mossad et des monarchies corrompues et vassales sans aborder les devoirs des vivants et les droits des morts en France.

Nous savons qu’Allah est Al Qadir et qu’il fera ressusciter les morts, tous les morts, les carbonisés, les engloutis au fond de l’océan, les pulvérisés par une bombe atomique, les dilués dans de la chaux, les fossilisés dans du béton, ou les dévorés par les vermines :

« Chaque personne sera ressuscitée dans l’état dans lequel elle se trouvait avant sa mort » Hadith

La prière pour le défunt ainsi que la défense de ses droits moraux est un devoir qui incombe aux Musulmans et non aux athées parce que le Messager de Dieu a ordonné aux musulmans de les faire et ceux-ci ont continué depuis son époque à l'exécuter. Dans les droits du défunt il y a  le doit à la toilette mortuaire et le droit à l'intégrité physique de son corps ainsi que le droit à préserver ses secrets et ce qui relève de son intimité (ni les voir ni les divulguer). Ce corpus de droits est une obligation (Fard Kifaya) dont le reste de la Communauté est exemptée dès lors qu'un groupe de musulmans s'en acquitte.

« Je suis plus proche du croyant qu'il ne l'est de lui-même. Les biens que vous laissez, à votre mort, passeront à vos successeurs. Les dettes, les familles et les orphelins seront à ma charge » Hadith

 

« Selon Abou Hourayra, une jeune noire (ou un jeune noir) avait pour charge de balayer la mosquée. Le Prophète remarqua un jour son absence et s'enquiert de ses nouvelles. On lui dit: «Elle (ou il) est morte (ou mort)». Il dit : «Que ne m'avez-vous annoncé sa mort ? ». (On dirait que les gens ne lui avaient pas donné grande importance). Il dit: «Montrez-moi sa tombe». On la lui montra et il pria sur elle (lui) puis dit: «Ces tombes sont pleines de ténèbres pour leurs occupants et Dieu le Très-Haut les leur illumine par ma prière sur eux». » Hadith

 

« Quiconque suit un convoi funèbre et accomplit la prière du mort, bénéficiera d'un qîrât ; quiconque y participe jusqu'à la fin des funérailles bénéficiera de deux qîrât, dont le plus petit est de la dimension de Uhud – ou dont l'un est de la dimension de Uhud ». Hadith

« Tout homme musulman à la prière mortuaire duquel assistent quarante hommes qui n'associent rien à Dieu, bénéficiera auprès de Dieu de leur intercession. » Hadith

 

Ces hadiths montrent que si les biens du défunt reviennent aux ayants droits, les droits du pauvre, du démunis, du musulman mort sont à la charge de la communauté musulmane, dans l’ordre de priorité suivant : le gouvernant musulman, les organisations structurées et dotées de moyens, les fondations pieuses et la communauté de croyants. Nul ne peut croire qu’un droit peut être bafoué impunément sans se poser la question si le déni de droit des uns n'a pas pour corolaire l’abandon des devoirs des autres.

Et pourtant dans le Fiqh musulman la tombe est le Waqf individuel, le bien inaliénable que chaque musulman possède réellement sur cette terre de passage et d'épreuves. La tombe est inviolable. Dans un pays laïc qui a profané le sacré et nié le divin y-a-t-il place à autre chose que la profanation? Profanation de la vérité, de la foi, de la tombe… La question que nous devons poser et ne pas esquiver : que faire pour dépasser l'indignation et la dénonciation? Que faire lorsque on sait que le Fiqh musulman accorde le dernier droit celui de la dignité d’être bien enterré et de bénéficier soit d’un soutien spirituel au moment de l’agonie soit d’une invocation de miséricorde et d’une présence compatissante qui intercède en sa faveur lors de la mise sous terre. Que faire et que dire lorsque s’inscrivant dans les recommandations du Prophète (saws) le Fiqh mortuaire exige de respecter ce principe :

« On prie pour l'avorton mort-né par c’est un souffle de vie exactement comme le fœtus qui naît vivant ». Hadith

Que dire et que faire lorsqu’il s’agit d’un homme ou d’une femme que les circonstances de vie et de mort ont amenée au dénuement et à l’anonymat le plus complet pour être jeté(e) dans une fosse commune, une chape de béton, un incinérateur, un rite chrétien ou une tombe profanée par des blasphémateurs profanateurs du droit ultime ? Pouvons-nous invoquer le Hadith qui dit que celui qui meut en terre étrangère est un martyr pour détourner notre conscience comme si le martyr n’a pas droit aux derniers honneurs et aux dernières invocations en sa faveur ? Ceci nous amène a nous poser la question de fond sur ceux qui meurent dans la misère et la solitude livrée à une cité païenne mais aussi sur ceux qui sont nés en France et qui doivent trouver une réponse à la question de leur enterrement : être enterré ou rapatrié vers leurs pays d’origine. Dans le cas du rapatriement quel est le sens de vivre et mourir ici et d’être enterré ailleurs ? Cette question ne remet pas en cause ni en débat les cinq Ghoyoub qui échappent à l’entendement et à l’action de tout être humain :

 

إِنَّ اللَّهَ عِنْدَهُ عِلْمُ السَّاعَةِ وَيُنَزِّلُ الْغَيْثَ وَيَعْلَمُ مَا فِي الْأَرْحَامِ وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ مَاذَا تَكْسِبُ غَدًا وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ بِأَيِّ أَرْضٍ تَمُوتُ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ

{Certes, Allah possède la connaissance de l’Heure, et Il Fait tomber la pluie abondante et Il Sait ce que contiennent les matrices. Et nul être ne sait ce qu’il gagnera demain, et nul être ne sait en quelle terre il mourra. Certes, Allah Est Tout-Scient, Omniconnaissant.} Luqman 31

L’ignorance du Ghyab est-elle une excuse pour manquer à nos devoirs fondamentaux. Les notables qui font étalage de leur succès seront-ils à l’abri de répondre des responsabilités que leur confère leur présentiel médiatique et leur capacité de mobiliser les Musulmans.

La Tunisie de Ben Ali faisait l'effort de rapatrier au compte de l'Etat tunisien les tunisiens décédés en France. C'est le paradoxe, un de plus de notre monde musulman en confusion et en contradiction sur ses morts et ses vivants. Quel est le devoir de l'Algérie, de son MAE et de son ministère des Affaires religieuses et des Habous eu égard à sa richesse et au poids de la population d'origine algérienne en France. Elle peut financer des fondations pour les futurs défunts et faire revivre la mémoire des Algériens, des Maghrébins et des Afrcains qui sont morts pour défendre l'intégrité du sol français. Le Qatar qui finance des terroristes agissant en Libye, en Syrie, au Mali, en Mauritanie et en Algérie devrait être invité par les associations musulmanes en France à participer à un enterrement descent en France des Musulmans au lieu  de participer à fabriquer des monstres que l'Islamophobie met en ruches de films et de vidéos pour les exploiter au moment opportun contre la violence des musulmans. L'arabie saoudite qui fait manger à ses pélerins des coqs et des poulardes françaises devraient avoir la pudeur de verser un pourcentage sur ses transactions au profit des musulmans morts ou vivants et qui sont besogneux d'une aide caritative… L'Algérie la plus impliquée pourrait par ce geste de compassion et de devoir en élérgissant son action à des oeuvre à destination de la jeunesse en plus de la miséricorde pour les malades et les défunts faire oublier les dignitaires qui viennent dépenser des millions pour mourrir en ouvrant la porte de compassionaux Haragas qui trouvent papiers, formation, travail puis retour au Bled avec un métier utile. Notre temps de vie, trop court, est dépensé en bavardage, notre argent est dilapidé en futilité et les occasions sont toujours là demandant des bras et des têtes pour aller vers davantage de dignité, de réconciliation nationale :

" Quiconque est dans l'assistance de son frère (necessiteux) Allah viendra à son secours"

 

"Soyez misericordieux envers les gens de la Terre, vous aureez la miséricorde de Celui (ceux) qui est (sont ) dans les Cieux".

Le CFCM, l'UOIF, la GMP, les autres collectifs et les brasseurs d’argent sont depuis longtemps dépassés pour mettre en place une ingénierie qui à travers la prise en charge du mort défend les droits du vivant. Je m’explique même si la pensée négative et l’inertie préférant la fascination à la réflexion me reprochent de mettre les pieds dans le plat et de briser le consentement. Je vais m’expliquer à travers non plus les références à l’Islam que nous avons bafoué mais à travers les références à l’humanité et ce qu’elle a produit comme humanisme qui est le terreau ou le socle où l’Islamité peut prendre racine quand elle a vocation à l’universel et non au folklore. Gabriel Garcia Marquez nous apporte la solution qui manque à notre islamisme ostentatoire mais vide d’efficacité : « On n'est de nulle part tant qu'on n'a pas un mort dessous la terre. »

Pour être précis sur le sens et la praxis qui en découle il faut citer le paragraphe suivant extrait de « Cent ans de Solitude »

 

« Nous ne nous en irons pas, dit-elle. Nous resterons ici parce que c`est ici que nous avons eu un enfant.

– Nous n`avons pas encore eu de mort, répliqua-t-il. On n`est de nulle part tant qu`on n`a pas un mort dessous la terre.

Ursula lui répondit avec une douce fermeté :

– S`il faut que je meure pour que vous demeuriez ici, je mourrai. »

 

Pour rester dans l'esprit laïc derrière lequel se cache les ennemis de l'humain au nom de son incrédulité face aux prophétie je ne peux m'empêcher de constater l'accomplissement de celle d'André Malraux le ministre de la Culture du Général De Gaule : " Une civilisation qui ne sait plus construire une école, un temple ni un tombeau…. Est la mort des dieux… mais les diables sont bien vivants"

Pour vivre ici respecté il faut, comme je l’ai montré dans une des pistes de riposte à l’Islamophobie : poser ses valises et accomplir sa vocation de témoin auprès des hommes et contre les diables comme le Prophète a été témoin auprès de nous. On ne peut jouer ce rôle de témoin par l’infantilisme du verbe du comportement et l’oubli du devoir de trouver la solution à la demeure finale de nos morts. C’est en pensant à nos morts et à la mort que nous nous inscrivons réellement dans la vie, dans la vitalité conformément à la parole divine :

{Magnifié soit Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver : qui est le plus excellent en œuvre…} Al Mulk 1

Le sionisme et l'extrême droite pour des raisons qui convergent veulent notre départ ou notre parquement dans un ghetto. S'incrire entre l'enfant qui né ici et le proche qui meurt et qui soit enterré ici cultive l'ancrage irrévocable au sol d'existence, à la lutte pour les racines, à la continuité spatiale des générations et bien entendu à cette proximité entre le présent et le disparu que les distances rendent difficiles couteuses et faciles à laiser tomber. Par la mort, le lieu de recueuillement, l'entretien de la tombe et la visite de la tombe,  le vivant et le mort transforment le sol en  passerelle indéfectible  dans le temps et dans l'espace. Plus la vie et la mort sont dans un processus qui refuse l'indifférenciation plus l'intégration dans la reconnaissance de la diversité et de l'enrichissement mutuel en gardant ce qui fait sa différence de foi, de rapport à la mort, de valeurs tout en partageant ce qui fait l'intégration ; les interactions sociales, politiques, économiques, culturelles de territoire dans la trasparence et l'enrichissement mutuel.

L’excellence d’une communauté se réclamant de Mohamed et du Coran est non seulement dans la pratique de ses rites mais surtout dans sa compétence à produire ses idées, son argent, son élite, sa zakat ainsi que des fondations de Waqf mususlman qui se chargent, entre autres, de la défense des droits mortuaires du musulman en attendant que les Musulmans se réveillent et défendent les vivants et leur dignité. Ce Waqf aurait en charge d'acheter et d'entretenir des cimetières musulmans, de mettre sur place des pompes funèbres musulmanes efficaces, ou d'assurer des partenariats avec les pompes funèbres musulmanes existantes pour le rapatriement et l'enterrement au Maghreb ou en Afrique ou ailleurs quand il s’avère qu’il n’est pas possible de le faire en France. Le rapatriement devrait être l’exception et non la règle.

Si les 100 milles personnes qui se réunissent au Bourget avaient versé 1 euros pour la demeure ultime il était possible d’assoir une fondation avec un demi million d’euro qui fructifierait ce capital dans des opérations immobilières, agraires, agro alimentaire ou industriel dans le cadre des coopératifves pour disposer du capital circulant et gérer le Waqf. Une telle opération soutenue et planifiée aurait permis de mettre en application les principes de l’économie solidaire et participative islamique et en application les règles du Waqf islamique. La même opération multipliée en volume, en activité et en lieux d’actions dans le domaine de la viande halal ou de l’immobilier locatif aurait permis de financer d’autres fondations à vocation pédagogique, sanitaire, cultuelle et ainsi par effet d’entrainement nous aurions créé de l’emploi et nous aurions participé à la lutte contre les marchands de sommeil et les marchands de rêves qui exploitent les travailleurs musulmans, africains et les nouveaux migrants.

Est il permis d’envisager, ici ou ailleurs, la paix juste, durable et prospère sans justice sociale? N’est ce pas l’iman Ibn Hazm en Andalousie pourtant considéré comme un formaliste  qui a promulgué cette fetwa

« Si un homme meurt de faim, de froid ou d’injustice dans une cité c’est l’ensemble de la communauté de cette cité qui en assume individuellement et collectivement sa mort considérée comme un crime contre l’humanité »

Il y a un gisement de possibilités à exploiter si nous réalisons trois conditions fondamentales :

       –  L’amour sincère du Prophète,

       – La mobilisation des compétences hors de tout sectarisme et de toute division des rangs,

       – La définition des priorités. Cette dernière nous aurait montré que les tâches à faire pour émanciper et défendre la communauté musulmane en France contre ceux qui veulent les chasser ou les pousser au communautarisme et à la victimisation ont priorité sur un soutien inconditionnel et aveugle aux profanateurs de l’Islam au nom d’Allah Akbar en Libye et en Syrie.

Nous ne pouvons faire correspondre des conditions favorables à des possibilités fructueuses tant que nous n’avons pas pris conscience et trouver le remède du mal qui nous hante et qui nous laisse faire du surplace montrant aux autres notre insignifiance et notre bavardage incohérent. Si Allah (swt) est une vérité sans fausse pudeur envers l’envoyé infaillible que devrions-nous dire sur nous-mêmes et sur notre insolence flagrante :

 

مَا أَصَابَكَ مِنْ حَسَنَةٍ فَمِنَ اللَّهِ وَمَا أَصَابَكَ مِنْ سَيِّئَةٍ فَمِنْ نَفْسِكَ وَأَرْسَلْنَاكَ لِلنَّاسِ رَسُولًا وَكَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا

 

{Ce qui t’atteint de bien vient d’Allah, et ce qui t’atteint de mal vient de toi-même.} An Nissa 74

Depuis l’enseignement du revers lors de la bataille d’Ohod les Musulmans ont intériorisé le sens des responsabilité et le chemin vers la considération et le Tamkine (la territorialisation de la communauté, de sa religion et de sa vertu, de son efficacité civilisationnelle) et c’est davantage d’examen de conscience que d’auto satisfaction ou de quête de récompense pour un devoir que nous avons mal accompli et des droits que nous avons occulté y compris ceux des morts :

أَوَلَمَّا أَصَابَتْكُمْ مُصِيبَةٌ قَدْ أَصَبْتُمْ مِثْلَيْهَا قُلْتُمْ أَنَّىٰ هَٰذَا قُلْ هُوَ مِنْ عِنْدِ أَنْفُسِكُمْ إِنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ وَمَا أَصَابَكُمْ يَوْمَ الْتَقَى الْجَمْعَانِ فَبِإِذْنِ اللَّهِ وَلِيَعْلَمَ الْمُؤْمِنِينَ وَلِيَعْلَمَ الَّذِينَ نَافَقُوا

 

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ». Et ce qui vous a atteint, le jour où les deux troupes s’affrontèrent, fut par le Vouloir d’Allah, afin qu’Il Voie les croyants, et afin qu’Il Voie ceux qui furent hypocrites.} Al ‘Imrane 165

Les Musulmans peuvent et doivent se mobiliser pour réclamer aux municipalités, au Ministère de la Justice et au Ministère de l’Intérieur le « Carré des indigents » pour les Musulmans qui serait géré non plus comme une fosse commune mais comme un Waqf musulman. Si le terme Waqf fait peur le terme fondation est approprié. Je joue sur les mots de notre malheur car j'aurais pu dire le "carré des indigènes". Indigents ou indigènes nous restons musulmans que les épreuves du temps et les iniquités des hommes ne peuvent installer dans un procéssus victimaire ou dans une démarche démissionnaire. Comme le dit si bien l'Imam Ali :

"Il n'y aucun droit perdu tant qu'il y a un devoir qui le revendique"

C’est un combat dans lequel se sont déjà versés de jeunes associations dirigées par des jeunes musulmans qui ont très peu de moyens financiers et presque pas de réseau social, pas de parrainage politique et absence de mécénat. Je leur apporte ici ma gratitude et mon encouragement faute d’apporter un concours financiers substantiels.

Encore une fois les divergences mineures dans le Fiqh selon les écoles doctrinales de l'Islam ne sont que des différences de lectures et d'interprétation qui ne dispensent aucun musulman du fondamental qui est le respect du droit humain tout particulièrement celui du défunt qui est livré aux mains de sa communauté avant d'être remis à Allah qui le jugera ainsi que la manière dont sa communauté l'a honoré ou méprisé.

Allah, notre Dieu, nous avons été injuste envers nous-mêmes pardonne-nous et fais nous miséricorde.

 

Omar Mazri

 

PS : 1 – L'ancien président du CRCM Alsace, un jeune d'une grande probité morale et intellectuelle a pris contact avec moi sur cet article et me dit ceci : " nous avions travaillé sur le 1er cimetière musulman de Strasbourg qui est aujourd'hui opérationnel. Le droit local d'Alsace-Moselle permettait de contourner les restrictions liées à la laïcité pour entreprendre la réalisation d'un cimetière entièrement musulman. D'ailleurs il me semble que récemment un autre cimetière musulman en dehors de l'Alsace-Moselle a été réalisé, je n'arrive pas à retrouver le nom de la ville. Franchement cher frère, je ne vois pas pourquoi on ne se battrait pas pour avoir des cimetières entièrement musulmans et sortir de la logique des carrés, Il existe des cimetières privés, par dérogation du droit commun, tout à fait légaux. La plupart sont gérés par les consistoires israélites, quelques uns sont protestants. Aujourd'hui il est interdit d'en construire de nouveaux et même d'agrandir ceux existants. Le combat juridique et politique en vaut la peine."

2 – J'ai déja écrit sur ce sujet et j'y reviens à la lecture d'un l'article publié sur le Web concernant l'inhumation des musulmans dans des dalles ou des blocs  de béton à Avignon.

3 – J'ai eu l'honneur de rencontrer au cours d'une conférence en 2910 un jeune parisien des quartiers, Kamel, qui m'a fait part de son projet de cimetierre musulman et de solidarité sociale. Il s'agit de MouslimHelp dont voici les coordonnées : http://www.mouslimhelp.com/spip.php?article2

4 – En parlant de carré (iindigent ou indigène) on borne l'espace alors qu'Allah nous a dit que sa terre est vaste pour nous inviter à nous y déployer car telle est notre vocation d'humain, nous inscrire dans le mouvement de la création, du temps, de l'espace, des circonstances. C'est par ce mouvement que nous développons les capacités illimités d'adaption mais aussi d'innovation et comme dit Gustave Yung " deviens ce que tu dois devenir pour ne pas décevoir la vie"

Quel est notre devoir face aux schismes ?

La prescription coranique

{Certes, cette communauté qui est la vôtre est une communauté unique, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc.}  Al Anbiya 92

{C’est Lui (Allah) qui vous A déjà nommés musulmans, auparavant, et dans ceci (le Coran) : afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes.} Al Hadj 78

Le Coran nous ordonne d’être une communauté de musulmans sans esprit partisan ni confessionnel. Toute autre démarche est une transgression au Coran. Nous avons montré l’ineptie de ceux qui se cachent derrière un hadith faible et qui même s’il était authentique a un autre sens que la divergence est une miséricorde. C’est plus qu’une transgression c’est un Takkabur, une arrogance, une surenchère sur Allah qui nous a nommé Musulman et qui a voulu que nous soyons une seule communauté unie derrière un même Coran et un même Prophète.

 

La réalité

Nous nous comportons, de fait, comme les égarés et les fourvoyés que le Coran nous a interdit de suivre :

{Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », et ils récitent le Livre! Ainsi dirent aussi, les mêmes paroles, ceux qui ne savent pas. Mais Allah Jugera alors entre eux, le Jour de la Résurrection, sur ce dont ils divergeaient.} Al Baqarah 112

La réalité est en contradiction totale avec ce verset. Comment espérer la quiétude, la paix, la prospérité, la liberté et la dignité alors que nous sommes dans une réalité contradictoire avec  l’esprit et la lettre du Coran. Cette réalité n’est pas une imposition de l’extérieur qui peut donner justification à notre stupidité ou à notre pragmatisme, c’est un processus historique et idéique que nous avons réalisé depuis des siècles qui nous a amené à cette situation de Wahn, de divergences, d’obscurantisme ouvrant la porte au colonialisme qui a finit de détruire ce qui restait comme noblesse et lumière en nous. Libéré de ce colonialisme par la grâce de Dieu nous sommes revenus au même état qui a précédé le colonialisme : l’esprit atomiste et tribal que condamne l’Islam même s’ils prennent le nom de confessions, de doctrines, de nations…

Confrontant l’image de la réalité avec l’image du devoir coranique notre vision mentale devient floue par la superposition de l’espoir qui émane du Qur’àn et de celle du  « cynisme » qui habite notre imagination modelée par le regard qui ne voit que la laideur, le mensonge, l’hypocrisie,  l’ego narcissique dupliqué dans les élites et les peuples. Nous sommes fragmentés à l’image de ce puzzle issu de  Sykes Picot puis de l’implantation sioniste que Sheikh Azzedine Al-Qassam a décrit : «Sans l’Islam, nous ne sommes que des tribus sans lien, chacune préoccupée par ses propres considérations étroites. »

Comme en proie à des troubles oculaires nous sommes obligés de fermer un œil pour ne voir que d’un seul œil mais l’image qui  bouleverse notre vision  est  totalement incrustée en toile de fond : la réalité des schismes et du wahn qui nous enveloppent au quotidien.

A quelle perspective  s’attendre ? Faudrait-il tout  reconstruire pour éviter les mauvaises surprises ? Peut-on reconstruire sans déconstruire ? Peut-on déconstruire et reconstruire dans l’anarchie et les divergences ? Faut-il faire de l’attaque des schismes une priorité dans le travail de déconstruction reconstruction ?

Je  ne pense pas, honnêtement,   qu’il soit utile d’ouvrir le dossier des schismes au niveau intermédiaire des associations musulmanes. En plus de notre déficit de compétence il y a la douleur de la plaie qui rend difficile le regard froid et lucide sur les manifestations du mal qui nous ronge. Il y a  aussi l’expérience sociale, politique et professionnelle qui témoigne qu’il ne faut ni déblayer ni construire sur une plaie ontologique ou sociale ni dans son voisinage mais qu’il faut construire ailleurs le temps que…

Mohamed (saws) s’est trouvé confronté aux plaies béantes de l’idolâtrie et de l’injustice en Arabie pré islamique. Il ne s’est pas attaqué aux idoles ni au système oppressif avant d’édifier  l’homme qui s’en libère en construisant dans la partie intacte et saine (sa Fitra) l’amour de la vérité qui chasse le mensonge. Il y a un énorme travail de déconstruction de la décadene musulmane et de la mentalité de colonisé  puis de reconstruction de l’être musulman libéré du fétichisme des doctrines et de l’esprit partisan et sectaire :

{C’est Lui qui A Envoyé, parmi les analphabètes, un Messager d’entre eux, qui leur récite Ses Versets, qui les épure, qui leur apprend le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent sûrement, auparavant, dans un fourvoiement évident. Et d’autres, parmi eux, qui ne les ont pas encore suivis. Et Il Est l’Invincible, le Sage.} Al Jumu’a 2

{Et avertis ton clan : les plus proches, et sois modeste envers ceux qui t’ont suivi des croyants. S’ils se rebellent contre toi, alors dit : « Je suis innocent de ce que vous commettez ». Et fie-toi à l’Invincible, au Miséricordieux} As Chu’ara 214

S’appuyant sur une avant-garde de sacrifice et d’endurance  il a construit l’homme Mohammadien le civilisé et le civilisateur au Nom d’Allah. Cet homme nouveau est sorti de sa torpeur par « Lis ! Lis au Nom de ton Seigneur » pour entrer dans le monde de l’épreuve qui forge les volontés et trie les déterminations et les compétences au contact de l’oppression. Le musulman connaissant son Dieu est tout de suite confronté à sa  vocation et à ses missions : résister à l’oppresseur, nier la Jahiliya et fédérer d’autres avant-gardes jusqu’à faire émerger la communauté de foi libérée de l’oppression et de la « hamiyat al Jahiliya », le fanatisme de l’obscurantisme ante islamique. Ce ne sont pas les défis, les causes de résistances, la fondation communautaire sur le Tawhid qui manquent mais la volonté et le savoir. Ce n’est qu’une fois qu’on a fait triompher l’idée que les idoles tombent malgré leur parure, leur fardage, la surface de leur socle et la hauteur de leur mémorial. Il ne s’agit pas de reprendre à zéro mais de restaurer la foi en modifiant le système de représentation du monde : quelle est le sens de ma vie, quelle est la finalité de mon action, quel est le but de mon argent, de mes relations, de mon pouvoir et de mon intelligence, quel est le modèle de mon existence…

{Certes, Allah A Racheté des croyants leur vie et leurs biens, par le Paradis qui sera à eux. Ils combattent pour la Cause d’Allah} At Tawbah 111

Il y a derrière ces questions  plusieurs autres raisons multiples, objectives et subjectives, qui exigent la prudence et la circonspection avant de se prononcer sur les schismes et les divergences qui font que les réponses attendues sont en deçà ou hors sujet. Les idées de la Jahiliya étaient simples et primitives et ne portaient que les contradictions de la Jahiliya alors que celles d’aujourd’hui sont complexes structurées et portant les contractions d’une civilisation islamique infantilisée, dévoyée dissolue dans la civilisation occidentale elle-même en dissolution et en contradiction mais toujours puissante pour imprimer ses idées au monde dominé par sa technologie, sa technique, sa science, ses médias ; et stigmatisé par les séquelles de sa colonisation sur les territoires et sur les  mentalités. La situation est complexe car elle repose sur des mythes qui sont entretenus comme figures historiques, comme vérités islamiques, comme relevant du sacré indiscutable. Tant que le sang du musulman ne reprenne pas sa sacralité et tant que les priorités face à l’agresseur extérieur ne sont pas admis par tous pour faire front commun il serait vain de débattre des causes du schismes et des moyens de le surmonter. Comment le surmonter alors que nous voyons dans ces moments difficiles de Fitna interne et d’agression  externe les savants musulmans, les intellectuels musulmans et les médias musulmans faire l’apologie d’une école doctrinaire contre une autre,  accentuer le cliavage  confessionnel, ethnique et linguistique.

Nous allons passer en revue, d’une manière non exhaustive, les raisons qui militent de chercher autrement la solution aux problèmes des schismes et des divergences que dans les réponses simplistes et polémiques. Dans ce cadre nous avons choisi 6 axes :

1/ la distinction  entre diversité et divergences; 2/ les schismes et l’instrumentalisation du  religieux ; 3/ Les divisions sont profondes à l’intérieur des schismes;  4/  Se consacrer à la lutte idéologique menée contre l’Islam en exprimant l’islam authentique est la priorités; 5/ la liberté doit être notre préoccupation majeure; 6/ relais de communication des savants fédérateurs nous devons conserver notre objectivité et  nous déployer sur plusieurs  directions pour défendre l’Islam

Distinction  entre diversité et divergences.

Il est dramatique de confondre la richesse et la complémentarité dans la  diversité avec la pauvreté et la contradiction dans la divergence. Allah montre que la diversité gouverne les univers  dans l’unité et y croire fait partie de la foi monothéiste.

{Les Hommes ne formaient qu’une seule communauté, mais ils divergèrent. Et n’était-ce un Décret préalable de ton Seigneur, c’en aurait été fait entre eux sur ce dont ils divergeaient.} Younes 19

{Et parmi Ses Signes : la Création des Cieux et de la terre, et la diversité de vos langages et de vos couleurs. Certes, il y a en cela des Signes pour les savants.} Ar Rum 22

Contester cette loi c’est nier le monothéisme ou se rebeller contre la sagesse divine. La sagesse divine a voulu que la diversité des idées, des formes, des contenus, des cultures crée la complémentarité ou l’attraction/répulsion pour que la dynamique et le changement permanent soient  le moteur de la vie, du progrès ainsi que l’épreuve  pour distinguer le bien du mal, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le méritant du déméritant, le croyant du mécréant:

{C’est Lui qui Fit de vous des remplaçants sur terre, et Éleva certains d’entre vous au-dessus d’autres, de quelques degrés, pour vous Éprouver en ce qu’Il vous A Donné.} Al An’âm 165

{C’est Lui qui vous A Créés : il est parmi vous le mécréant, et il est parmi vous le croyant. Et Allah Omni-Voit ce que vous faites…} At Taghabun 2

{Si ton Seigneur Voulait, Il Aurait Fait les Hommes une seule communauté. Et ils continuent à diverger. Sauf ceux que ton Seigneur Prit en Sa Miséricorde. Et c’est pour cela qu’Il les A Créés.} Hud 118

Sur ce verset à titre d’exemple nous pouvons à la suite des savants et des exégètes avoir des interprétations différentes sur le sens de la création humaine : pour adorer Dieu, pour bénéficier de Sa Miséricorde ou pour être divergent sur la foi, le culte et la charia ? La diversité de lecture ne peut amener à la divergence. La divergence c’est de refuser l’inégalité dans l’intelligence, la sensibilité et la compétence de lire et tirer signification. La diversité c’est accepter toutes les lectures puisque l’essentiel n’est pas nié en l’occurrence : Allah est le Créateur, Allah est l’Adoré, Allah est le Miséricordieux ; l’homme est la créature devant adorer Allah, l’indigent qui a besoin de la miséricorde divine, l’intelligence qui cherche à comprendre et qui  se distingue  dans la manière,  le contenu  et la finalité de sa compréhension et de ses sources de savoir.

La divergence c’est quand il n’y a plus de convergence sur les références du savoir et de l’action, la finalité des buts et l’éthique des moyens. La divergence c’est quand il n’y a plus d’accord sur le sens à donner, la voie à emprunter, la solution à choisir du fait de l’ignorance ou de la confusion sur la compréhension des prescriptions divines et des enseignements mohammadiens allant à la fracture sociale, à la discorde, à la haine et à la violence verbale ou physique :

{Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences.} Al ‘Imrane 105

«  Ne devenez pas après moi des mécréants. Les uns tuant les autres » Hadith

{Que prennent garde alors ceux qui contreviennent à son ordre, qu’ils ne soient atteints d’une épreuve, ou qu’ils ne soient atteints d’un douloureux châtiment.} An Nur 63

La divergence n’est pas dans la diversité ou la différence de comprendre une partie du Qur’àn, de  la Sunna  et de la réalité sociale, économique  ou politique. La divergence est dans le refus de recourir aux évidences (les versets coraniques) et se contenter de répéter comme « parole d’évangile » l’avis d’un Sheikh ou d’un chef de parti et d’entrer en dissidence contre les intérêts stratégiques de la communauté musulmane. La divergence n’est pas contre l’orthodoxie sunnite ou chiite car l’Islam n’a pas de clergé mais des savants qui font effort intellectuel de comprendre, d’apporter des interprétations et des solutions. La divergence c’est de faire de ces savants une orthodoxie, un clergé, une référence infaillible et irréfutable. La divergence c’est donner plus d’importance aux différences tolérables sur les questions de Fiqh (jurisprudence) au point de nuire à l’unité sacrée des musulmans,  à occulter la parole de Dieu, à la confisquer comme une rente religieuse ou à l’instrumentaliser à des fins politiques et mondaines. L’union se fait sur des bases saines et claires :

{Attachez-vous tous au lien (habl) d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, qu’Il Unit entre vos cœurs et vous devîntes frères, par Sa Grâce; lorsque vous étiez au bord d’un abîme du Feu et qu’Il vous en Sauva. Ainsi Allah vous Démontre Ses Signes, pour que vous deveniez  guidés. Et qu’il y ait parmi vous une Communauté : qui incitent au bien, commandent le bon usage, et interdisent ce qui est répréhensible. Ceux-là sont ceux qui cultivent.} Al ‘Imrane 103

La communauté musulmane entre en divergence si elle perd le sens du Qur’àn et de la Sunna,  si elle perd la signification de sa vocation « al amr bil ma’rouf wal nahay ‘anil mounkar » et si elle perd la compréhension du « ma’rouf » (convenable) ou du « mounkar » (répréhensible). Sans références elle perd ses repères, ses membres se « sectarisent » et la divergence remplace la différence. Elle devient semblable aux communautés qui ont perdu leur vitalité civilisationnelle et dont chaque partie a voulu tyranniser l’autre au nom de la religion, de la morale, de l’ethnie, de la classe, du pouvoir, du savoir ou de l’idole :

{Les Hommes étaient une seule communauté. Alors Allah Envoya les Prophètes annonciateurs et avertisseurs, et Révéla avec eux le Livre, en Vérité, pour qu’il juge parmi les Hommes sur ce dont ils divergèrent. Et n’y divergea, par tyrannie entre eux, que ceux qui le reçurent, après que leur vinrent les évidences. Alors Allah A Guidé, par Son Vouloir, ceux qui devinrent croyants, vers la Vérité sur laquelle ils divergeaient. Allah guide qui Il Veut vers un chemin de rectitude.} Al Baqara 213

Ce n’est pas la servitude aux gens ou le mimétisme des gens qui est garant de la vérité mais la conformité aux évidences. C’est la tyrannie des despotes religieux ou politiques qui va saper la concorde sociale et corrompre le climat favorable au savoir, à la compassion, à la fraternité et à la miséricorde. Il ne s’agit pas de devenir savant mais de connaître l’essentiel de sa religion pour ne pas succomber au fanatisme et au chauvinisme comme l’a montré l’Imam Ali : « On ne connaît pas la vérité grâce aux gens ! Connais la vérité, et dès lors tu connaîtras ceux qui la suivent »

Ignorant la vérité et les réseaux de relation des versets coraniques les uns aux autres nous pouvons avoir des lectures différentes qui amènent à la divergence et aux schismes dans la lecture de quelques versets :

{O vous qui êtes devenus croyants, obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour Dernier. Cela est un bien et d’une meilleure interprétation.} An Nissa 59

« Celui qui m’a obéit, a obéit à Allah. Celui qui me désobéit, a désobéit à Allah. Celui qui obéit au dirigeant, m’a obéit. Et celui qui désobéit au dirigeant, m’a désobéit. »

« Il ne te faut absolument pas te séparer de la communauté des musulmans et de leur dirigeant. »

Que les musulmans ne soient pas d’accord sur la nature et la composition de l’élite constituée par  les détenteurs de l’autorité (awli al amr) : autorité politique, autorité religieuse, autorité sociale, autorité mixte cela ne pose pas de problème. Qu’ils aient des approches plurielles et diverses sur les formes institutionnelles de l’exercice de l’autorité et de sa représentativité ne pose pas de problèmes sur le plan idéique ou religieux. Le problème qui crée la divergence est l’aveuglement qui fait accepter l’absolutisme politique au point de ne reconnaître l’autorité que celle qui détient le pouvoir politique sans légitimité sociale et politique, sans recours à la Choura,  sans acceptation de débattre du sens de minkoum (l’élite détentrice de l’autorité ou du commandement d’entre vous, de parmi vous signifiant sa représentativité et sa conformité aux valeurs de la communauté musulmane). Ne pas comprendre et ne pas chercher à comprendre un sens consensuel sur la signification de « Awli al Amr) est catastrophique : détenteurs de l’autorité (laquelle), chargé des affaires publiques, gouvernant et sur cette confusion continuer de confondre les affaires privées avec les affaires publics, le despotisme avec l’islam c’est continuer à tolérer que la corruption, la malversation et la dignité du musulman soient bafouées par le despote et le colonisateur.

Le verset qui parle d’obeissance aux awli al amr a t-il une portée portée politique stricte? Si c’est oui attribuer le pouvoir aux savants n’est-ce pas donner crédit à la théocratie? Si c’est non quelle est la place du savant religieux? Le verset ne pose-t-il pas un problème de gouvernance globale dans une société islamique qui ne fait pas de séparation entre le politique et le religieux, le profane et le sacré et qui exige la formation d’une élite plurielle dont la légitimité est davantage sociale que politique ou religieuse? La légitimité est une question de reconnaissance sur le plan de la probité, du mérité, du dévouement, de l’équité, de la compétence pour représenter dignement et fidèlement la communauté de foi! Qui doit trancher en cas de divergence ? Le Qur’àn ou le despote et ses courtisans ? Le Qur’àn a-t-il un énoncé équivoque sur le desptotisme

{Et lorsqu’ils se disputent dans le Feu, et que les faibles disent à ceux qui s’enorgueillirent : Nous, nous étions vos suiveurs, pouvez-vous alors nous préserver d’une part du Feu ? Ceux qui s’enorgueillir dirent : Nous y sommes tous. Allah A effectivement jugé entre les serviteurs} Ghafir, 47, 48.

Omar a-t-il été despote en demandant au peuple  lors de son élection : « Si ma conduite est irréprochable, aidez-moi ; si j’agis mal corrigez-moi ».

Le pire dans la divergence est de refuser  le droit au peuple à l’expression libre qui peut contester, sans entrer en sédition, la politique  sociale et économique. C’est  un principe islamique normal né de la diversité et de la légitimité de la représentativité qui peut être gagnée ou perdu. Il ne s’agit pas de fomenter une révolution sanglante ni un coup d’état ni une rebéllion pacifique ou armée, mais de pouvoir débattre et chercher ensemble la meilleure solution  par exigence de la vérité et pour les intérêts de la communauté  :

« Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager ».

Ce verset qui autorise la contestation montre que le détenteur de l’autorité religieuse, politique, sociale ou judiciaire n’est ni infaillible ni irréversible. Tout est sujet à débat et au libre choix  à l’exception des vérités scientifiques et des prescriptions de la religion. L’arbitrage par le recours au Qur’àn et à la Sunna sous-entend la recherche d’un nouveau  consensus politique et d’un nouveau pacte social. Si le consensus politique et le pacte social ne sont pas renégociés par la Choura il n’y a que deux voies possibles : la tyrannie ou l’épreuve de force. L’Islam refuse la tyrannie et refuse l’épreuve de force non par amour  des gouvernants ou des gouvernés mais par respect de la sacralité du sang des musulmans, de leur dignité et de leur paix sociale.   Les voies du despotisme et de la force pour s’imposer contre son peuple favorisent les dissensions idéologiques,  politiques et sociales et produisent de la violence.  Il en est de même  pour un parti ou une foule en colère qui veut s’imposer par le chantage ou la force aux gouvernants en place sinon les destituer même si celà doit mettre le pays à feu et à sang puis le soumettre à l’intervention étrangère. Toutes les catastrophes du monde musulman sont liées à cette incapacité à traduire la Choura (démocratie islamique) en institution alors que l’Islam en a fait la contigüité socio politique de la prière et de la Sunna :

{C’est grâce à la Miséricorde d’Allah que tu es doux envers eux. Si tu étais brutal, rude de cœur, ils se seraient détachés de toi. Pardonne-leur donc, implore pour eux l’absolution, et consulte-les dans l’affaire publique. Et si tu prends ta décision, alors fie-toi à Allah. Certes, Allah Aime ceux qui se fient à Lui.} Al ‘Imrane 159

{Et ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui devinrent croyants et se fient à leur Seigneur, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Seigneur, qui ont accompli la prière, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.}

Les Hadiths confirment le refus de la tyrannie et de l’erreur du savant qui conduisent aux schismes :

« Je crains pour ma Oumma de trois actes : l’erreur d’un savant, un gouvernant tyrannique, un caprice que l’on se met à suivre ».

« La pierre meulière de l’Islam tourne, tournez donc avec l’Islam où il se dirige. A savoir : le Qur’àn et le gouvernant se sépareront, ne vous séparez point du Livre. Vous aurez des gouvernants dévoyeurs, qui réalisent pour eux-mêmes ce qu’ils ne font point pour vous ; si vous leur obéissez ils vous égarent, et si vous leur désobéissez ils vous tuent ».

L’erreur du politique n’a de portée que sur le monde temporel et n’a d’étendue sur le plan de la durée et de l’espace qu’une portion limitée alors que celle du savant conduit à la catastrophe car elle est plus suivie mais aussi plus sujette à divergence vu les controverses théologiques instituées dans la communauté musulmane comme une innovation hérétique.

 

 les schismes, d’origine politique  et doctrinale instrumentalisent le religieux

les schismes, d’origine politique  et doctrinale instrumentalisent le religieux pour faire triompher une opinion ou une école sur une autre au lieu de servir la vérité comme l’ont fait les « fondateurs » des doctrines et des confessions. Les Malek, Ibn Hanbal, Abou Hanifa, As Shafi’i et Ja’âfar pour ce citer que ceux là n’ont sans doute jamais imaginé créer des écoles avec des adeptes fanatiques qui allient saper l’unité de la communauté musulmane. Ils ont produit un Ijtihad en quête de savoir et de vérité. Leur héritage scientifique est considérable mais sa valeur ne donne aucune légitimité religieuse à leurs adeptes de s’enfermer dans les écoles doctrinales traditionnelles réduisant ainsi la richesse de l’Islam et le présentant comme incapable de faire face aux défis du temps en rassemblant les énergies et en produisant un nouvel Ijtihad qui tiennent compte du lieu, du temps, des idées, des circonstances politico historiques, des conditions socio économiques et de la situation psycho spirituelle.

Il ne s’agit pas de fermer ou d’effacer les pages du passé des sciences religieuses mais il s’agit d’en ouvrir d’autres pages blanches pour y inscrire de nouveau sens comme d’actualiser aussi les vielles pages en adaptant le sens ou en actualisant la lecture aux nouveaux contextes et aux nouveau défis. Il ne s’agit pas de contester l’existence des divergences mais de se poser des questions comment se prétendre musulman et faire de la surenchère sur la Parole divine en se donnant des attributions et des titres alors qu’Allah lui-même a choisi depuis l’origine des temps de nous appeler « Musulman » ? Comment se diverger ou se donner les raison se divergences alors que le Tawhid repose sur le Tawhid de la divinité que sur celui de la communauté de foi ? Comment s’enfermer dans des traditions reposant sur une culture propre à des ancêtres qui ont épuisé leur capital de vie et sont déjà en train de répondre de leurs actes et de leurs paroles alors que le Qur’àn nous demande de ne pas nous conformer aux traditions et au mimétisme. Chacun de nous devra compte individuellement de sa foi et de son cheminement spirituel. Il ne s’agit pas de promouvoir l’anarchie mais de dénoncer le chauvinisme qui nuit à l’unité du monde musulman. Si l’unité « religieuse » comporte des biais l’unité politique et idéologique va comporter des biais plus grands et plus nombreux.

Le défi le plus grand est de mettre fin à la dislocation des rangs et à la perte d’autorité des savants religieux sur les gouvernants,  sur les élites politiques et intellectuelles, et sur les populaces. Tendre la main aux gouvernants et prôner la réconciliation sans tenir compte des conditions politiques et économiques qui ont mis en place les despotes dans le monde musulman et la vassalisation de celui-ci à l’Occident c’est faire un vœu pieu et rejeter les échéances inévitables : la libération des peuples qui est la condition fondamentale pour l’exercice d’un Islam authentique et celui-ci est la seule voie de mobilisation pour la  libération de la Palestine et des terres musulmanes occupées et pour l’édification d’une civilisation de spiritualité monothéiste, d’éthique morale, de liberté politique, de progrès social, et de prospérité économique.

Il est simpliste d’accepter le fait accompli de l’atomicité de la communauté qui réjouit ses ennemis et lui facilite la tâche de pénétration impérialiste par la colonisation ou par l’invasion culturelle ou par la création du chaos dans le domaine des idées y compris celles liées à la religion et ses impacts sur la vie sociale et politique. Quel sens donné à ce syndrome de soumission à l’ordre établi : « Al Ikhtilaf rahma » confondant la diversité dans la concorde sociale au sein d’une civilisation avec les divergences par la discorde au sein d’une régression ?

Il serait suicidaire pour nous qui n’avons ni autorité religieuse, ni légitimité sociale ni compétence intellectuelle d’intervenir au niveau de la base populaire ou des jeunes en quête de réponse et d’apporter une réponse ou un argumentaire qui met fin aux schismes dans la communauté musulmane. Il y a trop de déficit de dialogue, de liberté et de culture de la quête de la vérité sans qu’un mot, une phrase, une intention et une prise de position ne soit pas automatiquement mis en défiance et catalogués comme sectaire ou servant une doctrine voire servant le sionisme. Dire la vérité ne suffit pas il faut que la voix qui porte soit légitime et surtout qu’elle soit écoutée sinon la vérité dite ne fait qu’empirer les clivages idéologiques, les controverses thologiques et les confusions partisanes.  Il y a des moments historiques où ni la légitimé ni la probité ni la compétence ni la valeur des hommes ne peuvent résoudre les contradictions sociales et politiques qui prennent des formes religieuses et doctrinales. Le cas le plus flagrant est celui des valeureux et vénérables petits fils du Prophète (saws) les Imams Al Hussein et Al Hassan. Chacun a fait une lecture correcte des événements et chacun a répondu selon les circonstances particulières et selon la nature de sa personnalité conduisant l’un à la radicalité et au martyre et conduisant l’autre à la paix au détriment de ses droits. Ni l’un ni l’autre ne pouvait inverser le cours fatal de l’histoire d’un peuple qui s’est assoupi ou qui s’est mis en quête des choses au détriment des idées et des valeurs. Il y a une loi qui gouverne l’histoire : Al Istibdal, la substitution des générations

{Et si vous vous détournez, Il Substituera un autre peuple que vous, ensuite, ils ne seront pas comme vous.} Muhammad 38

Que signifie « ils ne seront pas comme vous » ? Sans inventer une lecture singulière du Qur’àn ou revendiquer une compétence en exégèse la différence va résider dans la qualité de la foi, dans la propension à faire don de soi pour le « Sabile Allah », dans la capacité à surmonter les divergences qui sapent l’unité et la cohésion, dans la vision lucide qui consiste à ne pas se tromper de cible ni de méthode en l’occurrence ne pas se contenter de vivre dans l’apologie du passé ou dans la polémique avec les adversaires de l’Islam mais de construire les instruments de force de la communauté en lui redonnant la conscience de ses devoirs, la connaissance sur ses déficit et la manière de les combler, et la globalité de l’approche islamique. L’histoire de l’Istibdal dans le lieu le plus symbolique de la civilisation musulmane est dans l’alternance et la fragmentation des dynasties d’Andalousie annonçant et puis donnant le coup fatal de la Reconquista espagnol et chrétienne qui correspond à la période post almohade.  Les divergences religieuses, les contradictions des intérêts économiques  et les divergences politiques s’auto alimentent et s’auto instrumentalisent.

Ibn Khaldoun en a dressé un tableau sans complaisance.  Les opposant parvenaient au pouvoir tant que leur revendication politico était fondée sur une noble et saine revendication religieuse visant la libération de la pensée islamique de la stagnation du Fiqh et de la dispersion de la communauté sur des détails juridiques et cultuels qui mettaient le Qur’àn et la a Sunna dans la périphérie de l’Islam au lieu d’en être le centre. Dès que les intérêts politiques et économiques prenaient le pas sur les intérêts de la communauté la préséance revenait aux jurisconsultes et aux détails et l’exclusion du Qur’àn et de la Sunna de l’âme de la cité confiné au monde des choses et des détails.  Ceux qui se réclament du Qur’àn ont eu la fâcheuse tendance de dériver vers la théosophie d’inspiration chrétienne et grecque et se mettre à spéculer dans le vide sans aborder les problèmes inédits et les défis du temps. L’Islam confisqué par les pouvoirs politiques, les théologiens et les Faqihs perdait son caractère social et sa dimension pédagogique d’éducation, de libération et de civilisation des peuples. Il devenait une banale religion, celle du dévot,  des confréries  maraboutiques, des  factions et des sectes. Le colonialisme a rencontré le monde musulman dans cet état et il a maintenu, entretenu et développé cet état en greffant sur les parasites traditionnels de l’Islam d’autres parasites inféodés aux choses de sa  modernité sans en avoir les concepts et les valeurs. Le temps d’un réveil il y a une insurrection, une guerre de libération mais l’esprit sectaire atomiste et schizophrène entre deux cultures l’une apologétique et l’autre polémiste vont coexister et se focaliser sur le passé islamique ou sur la modernité occidentale. Dans ce déchirement le monde musulman va se fragmenter territorialement, socialement, politiquement, idéologiquement et même sur le plan de la religion.

Les schismes présent surtout depuis la colonisabilité du monde musulman c’est-à-dire depuis déjà l’éclatement du monde musulman en principautés despotiques et en courants de pensée sectaires est trop ancien dans les mœurs culturelles pour qu’ils soient traités judicieusement. Trop anciens et trop durables  Les schismes sont devenus sédiments culturels, mémoire collective, inconscient collectif, pensée commune. Ni un article ni un livre ni une encyclopédie ni un savant ne changera les choses. Les schismes ne relèvent plus du conjoncturel ou du partiel mais du structurel c’est-à-dire d’une réponse globale et prolongée sur l’ensembles des sphères religieuses, intellectuelles, politiques, économiques, culturelles et sociales pour réhabiliter les principes fondamentaux de l’Islam sur lesquels il n’y a pour l’instant ni débat en interne ni communication à destination du non musulman. Une société malade comme un corps malade ne produit que de la faiblesse et des douleurs. Ce n’est pas un antalgique ou l’ablation d’un organe malade qui va redonner la vitalité. Il faut régénérer tout le corps ou produire une nouvelle génération avec ses élites, ses savants et ses couches sociales.

La régénération sociale peut se réaliser en opérant une rupture avec le statut quo et en changeant tout ce qui doit être changé : notre rapport au pouvoir, notre rapport au temps, notre rapport au savoir, notre rapport à l’autorité, notre rapport à la religion, notre rapport au savoir, notre rapport au passé et notre rapport aux autres. C’est se leurrer que de continuer à croire que nous pouvons continuer à vivre sur les deux rentes qui sont l’apologie du passé glorieux du Salaf As Salah et la polémique contre l’Occident ou contre ceux qui ne partagent ni notre foi ni nos idées. La rupture et le changement ne peuvent se réaliser que si et seulement si nous analysons sans complaisance la situation du Wahn qui nous habite. Il ne s’agit plus de rejeter la faute sur autrui mais de disséquer froidement notre Wahn comme le fait un médecin légiste sur un cadavre lors d’une autopsie. Ce travail s’appelle l’examen de conscience. Sur le plan individuel l’examen de conscience est difficile car il malmène l’ego qui se replie et se ferme. Il faut beaucoup de hauteur, de distanciation et de méthode pour fouiller dans ses propres méandres limbiques. C’est sans doute davantage plus difficile pour l’ego social, politique ou le corps religieux (si on admet qu’en islam il y a des dignitaires religieux et ceci est un autre problème)

Ceci c’est pour dire combien est complexe le problème des schismes et comment on peut involontairement faire une erreur. Le mieux est de laisser aux savants le devoir de prendre leur responsabilité et aux historiens de clarifier avec documents l’histoire musulmane y compris ses aspects sombres car elle reste l’histoire non de Mohamed ou du Qur’àn mais d’hommes qui sont venus après.

Les schismes sont enracinés dans l’élite versée dans les sciences religieuses qui à contrario des anciens qui avaient le Coran et la Sunna comme seuls référents ont des centaines de milliers de thèmes de Fiqh et chaque thème faisant l’objet de dizaines et de centaines de controverses. L’étudiant et le diplômé en sciences religieuses est par conséquent lui-même un véhicule de schisme par sa formation focalisée sur des particularismes controversées et non plus sur les fondamentaux de l’Islam tels qu’appris et mis en pratique par le Prophète et ses compagnons. Tout notre référentiel idéique ainsi que notre système universitaire et accadémique est à réformer de fond en comble pour retrouver la pureté et la simplicité de l’Islam ainsi que ses priorités dont l’union et la fédération de la communauté.

Les divergences et les controverses ont contaminé les  partisans à l’intérieur des schismes confessionnels ou doctrinaux sont divisés

Les partisans à l’intérieur des schismes confessionnels ou doctrinaux sont divisés en dizaine de sous famille à qui il est presque impossible de répondre d’une manière sereine et crédible sans soulever une tempête de controverses ou de critiques acerbes. Ce serait stupide que d’entrer dans un débat ou une lutte en marge de la marche de l’histoire ou hors des enjeux essentiels. La lutte idéologique menée contre les musulmans consiste à nous faire voir midi à quatorze heures, la marge comme le centre et le futile comme la priorité des priorités.

La communauté est difractée, dispersée et atomisée et cela n’est pas seulement au niveau des jeunes ou des musulmans lambda mais au niveau des élites. Rien n’arrive à se faire en entrainant l’adhésion de la majorité des musulmans. Tous les courants musulmans pour des raisons doctrinales, sentimentales, politiques et nationalistes (?!) concourent à rendre stériles les efforts et à multiplier et élargir les zones de divergence. Cela fait au moins un quart de siècle que je cherche à comprendre comment les savants musulmans et les élites puissent être leurrés par le nombre massif de réactifs convulsifs mais improductifs qui leur fait dire que la communauté musulmane se porte bien. La réalité sociale prouve le contraire. S’il y a des priorités ce sont celles-ci : les savants musulmans se doivent de régler leur divergence et de se montrer unifiés comme ils se doivent de prendre la tête du mouvement du changement social et politique dans un cadre démocratique pour que l’aventurisme et l’improvisation ne conduisent pas à des horizons bouchés, à des effusions de sang inutiles ou a des félonies qui ajoutent à la dispersion des efforts  et à la perte des énergies. Les partisans de la base ne trouveront plus d’alibi pour faire valoir des divergences doctrinales ou confessionnelles.

L’erreur à ne pas commettre : se focaliser sur les groupuscules minoritaires mais hyper visibles et occulter les causes qui ont donné naissance à la culture de la divergence et de l’anathème

Il serait faux de se consacrer à lutter contre les « déviances » et les sectes organisées. Il serait faux aussi de croire que les groupes de Musulmans fanatiques ou laxistes sont à l’origine de la fragmentation du monde musulman. Il est vrai que nous assistons ici et là à des extrémismes, des fanatismes et leurs corollaires des permissivités contraires à la lettre et à l’esprit de l’Islam. Ces dérives ne sont pas la cause principale mais l’effet le plus spectaculaire de la décomposition du monde musulman. L’arriération religieuse, intellectuelle, culturelle, sociale et politique est la cause principale qui rend le monde musulman inapte à comprendre l’Islam, son Qur’àn et sa Sunna. Dans cette inaptitude globale ce serait aller vers une autre errance que de se mettre à dénoncer et à combattre les « déviants ». Cette errance est l’objectif de la lutte idéologique menée contre l’Islam. La lutte idéologique veut nous occuper à nous déchirer et à n’aborder que les contradictions secondaires sans aller au fond de nos problèmes et réaliser la renaissance ou le réveil des consciences musulmanes. Il s’agit donc de nous empêcher de nous concentrer sur les problèmes majeurs qui sont la fédération des énergies, le développement social et économique, la résistance contre l’impérialisme et le sionisme, la lutte contre le despotisme politique et la protection des peuples musulmans de la prévarication et de la captation  économiques. Nous ne devons pas perdre le cap principal : régénérer les consciences musulmanes en interpellant leur Fitra par le langage le plus clair et le plus authentique sur l’Islam et sur la vocation des musulmans dans l’histoire de l’humanité. Au lieu de s’épuiser à répondre à tous les négateurs ou de chercher à concilier tous les divergents il est plus utile et plus urgent d’expliquer et de diffuser le contenu et la dimension de l’Islam pour que le musulman ne soit pris ni par le doute ni par la confusion :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux… Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Seigneur, et ceux-là sont ceux qui cultivent. } Al Baqarah 2 et 5

Cultiver et faire cultiver la foi dans le cœur et dans la cité ainsi que la piété, la vertu, l’intelligence, le travail, le progrès, la solidarité, la justice, la liberté sont les terrains que nous n’occupons que très peu tant dans l’action que dans la réflexion. La liberté de penser et de s’exprimer sans peur pour ses idées et sa personne est une vertu islamique qui ne s’accommode de la fermeture aux autres,  de la lâcheté de refuser de confronter ses arguments aux autres ou de se croire le seul à avoir raison. L’Islam par sa méthodologie du Taffakur (pensée méditative sur les signes de la création), du Taddabur (pensée contemplative sur le sens des versets coraniques et de leur liaison sémantique) et du Burhane (argumenter avec preuve et logique) ne craint aucun détracteur. Il ne s’agit pas de protéger l’Islam en faisant l’apologie du passé ou versant abusivement dans  la polémique contre l’Occident, et les sectes et le chauvinisme des partisans d’écoles ou de doctrines musulmanes. Il s’agit de lutter contre ceux qui portent préjudice à l’Islam en faisant justement la promotion de la foi et de la raison. Ce n’est pas en bridant la raison que les Musulmans ont triomphé mais en lui donnant tout son cadre d’expansion sans limites et en lui offrant le terrain fertile de son émergence et de son développement : l’authenticité et la sincérité de la connaissance.

Le problème n’est pas dans l’existence des différences mais dans trois problèmes qui relèvent de l’incompréhension de la diversité : Al Ijtihad, l’indifférenciation et le Taffakuf

Al Ijtihad : les écoles doctrinales sont nées de l’Ijtihad, l’effort intellectuel pour comprendre la réalité du monde et le questionnement des musulmans et leur apporter des réponses opportunes, pertinentes et cohérentes à la lumière du Qur’àn et de la Sunna. Cet Ijtihad ne doit ni répondre aux normes du Qiyas (analogie) ni du Ijma’â (consensus),  mais s’inscrire dans la conformité au Coran et à la Sunna du Prophète.  Si l’Ijtihad sans référents fixes est préjudiciables à la communauté musulmane alors lorsque la communauté de savant et d’intellectuels ne   produit plus de l’Ijtihad, mais  se contente du Taqlid aveugle (imitation servile) qui devient une forme de dogmatisme mais surtout une forme de paresse intellectuelle, sociale et politique. L’ironie du sort c’est que le Taqlid pour éviter l’Ijtihad trouve prétexte à se cacher derrière les schismes alors qu’il en est un  des  initiateurs par absence de probité intellectuelle et d’examen de conscience qui a caractérisé les compagnons du Prophète qui navaient pas peu de se désavouer et de reconnaitre publiquement leurs erreurs ou leurs oublis. Le schismes deviennent écran ou fuite pour ne pas s’engager dans la quête de la vérité en posant de nouveau la pertinence, l’opportunité et la cohérence du mode de lecture et de compréhension tant de la réalité que des référents religieux et idéologiques. Aujourd’hui la technologie et le savoir humain sont capables de ne plus se contenter de l’Isnad d’un hadith pour vérifier l’authenticité de sa chaine de transmission sans laquelle le Hadith devient douteux. Il est possible d’aller vers davantage d’exigence comme cela se fait dans les laboratoires de recherche les plus sophistioqués dans le monde pour conduire un projet de recherche : l’analyse de contenu, l’analyse du contexte et l’analyse des référents. Pour nous les référents sont les versets coraniques. Mohamed (saws) est l’incarnation du Coran, son explicitation, son modèle de mise en oeuvre. C’est la démarche globale avec la conscience d’agir pour Allah et Son Prophète qui peuvent nous faire sortir des controverses futiles, des pièges de l’interpréation de l’histoire écrite d’une manière contradictoire par les vainqueurs et par la minorité vaincue. Il est impossible de concilier les passions et les opinions sur l’histoire à  moins de fonder une véritable accadémie de recherche historique qui a vocation scientifique : servir la vérité avec méthode scientifique hors de tout esprit partisan, confessionnel ou sectaire. Cette accadémie ne verra le jour que lorsque les Musulmans épuisent leurs contradictions et prennent enfin conscience de la voie du salut.

Dans les phases de régression intellectuelle ou de despotisme politique  Il est plus simple et moins risqué d’engager une polémique avec son frère le musulman que d’aborder une réflexion autonome et innovatrice pour solutionner les problèmes des musulmans. Au lieu de réaliser al Ijtihad on pratique de la polémique, de la diversion ou de la surenchère idéologique ou religieuse. Parfois cela prend la forme de la culture de la rente qui investit le domaine religieux comme tous les domaines de l’activité humaine.

L’indifférenciation : Quand un avis religieux, juridique ou politique refuse la contradiction et ne pratique pas l’auto critique il sombre dans le processus d’indiférenciation qui consiste à refuser la différence et la diversité. L’indifférenciation est à la fois dans la banalisation d’une idée au point de lui faire perdre sa vitalité et son efficacité ou dans le despotisme d’une autre qui s’impose non par son argumentation mais par la force de ses adhérents. Le paradoxe veut que quand la culture de l’indifférenciation est dominante jusqu’à devenir exclusion ou marginalisation de l’autre, cet autre va exprimer son existence et son ipséité en se singularisant, en accentuant les diférences au point de devenir une minorité qui a la vitalité et l’instinct de conservation d’une minorité persécutée ou niée. C’est l’altérité qui est le rempart contre l’indifférenciation si elle est reconnaissance des différences idéiques. Les idées se déplacent, mutent, évoluent ou se fossilisent. La convergence est dans l’ouverture et non dans la fermeture ou le déni de reconnaissance de la différence et de la diversité.

Le Taffakuf fi Dine : La communauté musulmane a la responsabilité de produire son élite verséé dans les sciences religieuses. Bien que je ne sois ni  arabisant ni linguiste je sens intuitivement la différence entre Tafqih (comme Ta’âlim, Tadkir, Tafkir) et Taffakur (comme Ta’âlloum, Taddakur et Taffakur). Le terme Taf’îl évoque à la fois l’idée d’horizontalité, d’extériorité, d’actualisation, de mise en vigueur d’un verbe d’action, de mobilisation de moyens au service d’une cause supérieure qui est la finalité de l’action et qui passe par le tafa’ul ou l’interaction des actants avec leur environnement. Le Tafa’ûl a davantage un sens de verticalité, d’intériorité, d’interactivité, de quête et de créativité en faisant l’effort sur soi et en produisant une nouvelle action ou un nouveau sens ou une  nouvelle portée à l’action et une nouvelle dimension à l’idée. Le Taf’il est l’accessoire du  tafa’oul. Les logiques ontologiques, intellectuelles et actantielles ne sont donc pas les mêmes entre Tafqih et Tafaqquh. Le sens coranique de Taffakuh dépasse le sens d’acquisition passive de la science religieuse  (Tafqih) et sa transmission horizontale il est l’obligation de produire un effort intellectuelle pour produire de la connaissance nouvelle pour faire face aux problèmes nouveaux. Le verbe Yataffaqahou fi Dine dans l’énoncé coranique est cité dans un contexte du Jihad. Face au destin de la communauté musulmane d’affronter en permanence des ennemis qui veulent la détourner de sa religion  et face à la vocation civilisatrice de la communauté musulmane il est dit clairement dans l’énoncé coranique que la communauté doit se spécialiser d’une part entre ceux qui fournissent l’effort économique et financier du Jihad et ceux qui fournissent l’effort physique et intellectuel du Jihad.

{Il n’appartenait pas aux habitants d’al-Madinah, ni aux nomades du désert qui sont autour d’eux, de rester à l’arrière du Messager d’Allah, ni de préférer leurs vies à sa vie. Cela, parce qu’ils ne seront saisis ni de soif, ni de fatigue, ni de faim, (en combattant) pour la Cause d’Allah ; ni ils ne fouleront aucun sol qui fasse enrager les mécréants, ni ils n’obtiendront nul avantage sur l’ennemi, sans que cela ne leur soit inscrit comme œuvre méritoire. Certes, Allah ne Perd point la rémunération de ceux qui font le meilleur. Et ils ne dépenseront nulle dépense, petite ou grande, ni ne franchiront nulle vallée sans que cela ne soit inscrit en leur faveur, afin qu’Allah les Récompense par le meilleur de ce qu’ils faisaient. Et il n’appartenait pas aux croyants de se ruer en totalité. Que ne se rua-t-il, de chaque troupe d’entre eux, un groupe : qu’ils soient versés dans le Dine, et pour avertir leurs gens, quand ils retournent à eux, pour qu’ils se méfient.} At Tawba 120

Quand on laisse son imagination entrer dans le champ de bataille et voir mentalement Mohamed (saws) et ses compagnons dans la pratique du Dine à la fois Tadayyun (investissement spirituel,  ferveur et implication religieuse, dévotion)  et Dounya (monde existentiel, social, écologique, politique, économique, militaire, scientifique et intellectuel) on ne peut une fois de plus comprendre le Fiqh qui découle du Taffaquh que comme production intellectuelle pour la sauvegarde et la promotion de la communauté musulmane. Il s’agit d’innovation qui ne va ni contre le credo islamique ni dans le sens de Bid’âa (innovation dans la pratique religieuse et la croyance).  Le débat focalisé uniquement sur le savant ou sur les sciences religieuses fausse la problématique sociale et idéologique des avantages et des inconvénients des diversités. Il faut revenir aux conditions sociales, économiques et politiques c’est-à-dire à l’opportunité, la pertinence et l’acuité des problèmes qui se posent à la société musulmane et voir s’il y a réponse ou non, s’il y a urgence à répondre ou non, s’il y a necesssité de produire de nouvelles connaissances, d’actualiser les anciennes ou d’imiter les anciens ? Le débat ne concerne pas seulement les sciences religieuses il concerne la science et les élites, toutes les élites de la société musulmane.

La gestion des problèmes liés à al Ijtihad, l’indifférenciation et le Taffakuf ne peut être heuristique, hasardeuse mais répondre aux normes coraniques,  à des critères scientifiques et surtout à une volonté de vivre ensemble comme communauté de foi et comme citoyens partageant la même religion et la même cité ou la même terre. Le vouloir vivre ensemble appartient à la société mais il appartient aussi au devoir des élites et des gouvernants, mais en particulier aux savants qui ont la lourde responsabilité de créer du lien fédérateur, de sauvegarder les valeurs qui donnent sens commun et orientation commune à la nation. Si l’état est illégitime, despote et en plus vassal aux ennemis de l’Islam le résultat ne peut qu’être Taqlid boiteux et tronqué, indifférenciation sociale et intellectuelle. On assiste même à l’anarchie entretenue pour que la communauté musulmane ne produise pas la diversité enrichissante et ne produisent pas de l’innovation. Nous maintenir dans un état de fossiles est un objectif fondamental dans la lutte idéologique menée par l’impérialisme. Nous voyons hélas des « Faqihs » demander l’uniformité des écoles de pensée dans le monde musulman et une certaine rigidité de la pensée mais ils font semblant de ne pas voir le fondement : la légitimité de celui qui va décider de l’uniformisation ou de donner le primat à tel courant sur un autre alors que la dynamique universelle veut que les idées les plus nobles, les plus généreuses et les plus efficaces s’implantent normalement quand elles trouvent un cadre favorable, celui de la liberté et de l’esprit en quête de savoir et de vérité. La question qui fait peur aux rentiers est  posée sans détours : quel  est  le mécanisme religieux, social, politique et intellectuel des Sahabas et des Tàbi’ines  qui leur a permis de produire une civilisation ? La réponse est dans l’unité mais aussi dans cette éthique morale de ne pas convoiter les autres.

La liberté et l’Etat de droit doivent  être notre préoccupation majeure

Je pense que la liberté doit être notre préoccupation majeure. Il ne s’agit pas de s’aligner sur les slogans libertaires occidentaux qui finissent en permissivité d’user et d’abuser sans morale. Il s’agit d’engager un processus de libération de l’homme pour que celui exerce sa liberté. La liberté est compromise par la  situation subjective de prendre une décision autonome (aliénation au marché,  aux médias et aux sectes). Elle est compromise par les conditions psycho cognitives (l’étendue, le contenu et la signification des savoirs et savoirs faire ainsi que les sentiments de peur ou d’oppression ou leur contraire). Elle est surtout compromise par les  conditions objectives (physiques, sociales et politiques) d’autonomie économique,  de dignité sociale, de droits politiques et de rationalité dans la prise de décision par l’ouverture, la perturbation ou la fermeture des accès à l’information fiables et à son traitement crédible, pertinent et opportun. La liberté favorise la sécurité et la confiance favorables à l’acquisition et au transfert des connaissances. Contre le repli sur soi qui favorise la méfiance et la défiance il n’y a pas d’autre attitude que l’ouverture d’esprit et la liberté. Les élites doivent pratiquer et montrer aux jeunes générations la culture du dialogue, la recherche du consensus par l’argumentation, la reconnaissance de l’erreur et la proclamation de la vérité (relative) même si elle provient d’autrui.

Plus l’objectif est noble et grand plus l’homme prend de la hauteur sur les détails insignifiants et inconséquents pour se consacrer à l’essentiel et ne pas être détourné par les futilités. L’imam Ali a montré la voie de l’excellence dans la distanciation pour se libérer du biais cognitif et du biais affectif qui faussent notre regard et nous font perdre l’objectivité : «…quiconque souhaite se garder des vices et des péchés devra chercher les vraies causes de l’infatuation et les vraies voies pour les combattre. Et pour trouver ces vraies voies, quelqu’un doit les chercher avec l’aide de la connaissance. Quiconque acquiert complètement plusieurs branches de la connaissance prendra des leçons de la vie et quiconque essaye de prendre des leçons de la vie est en réalité engagé dans l’étude des causes de l’élévation et de la tombée des civilisations précédentes. »

La vérité que nous possédons est relative et parcellaire car elle dépend de notre assise intellectuelle et morale ainsi que de culture qui fait que nous pratiquons la raison avec efficience ou nous la délaissons pour le conformisme et le suivisme. Le piège fatal pour notre intelligence et notre dynamisme social et politique c’est de se croire capable tout seul de  cerner la totalité. Nos erreurs et nos faiblesses exploitées par la lutte idéologique est l’atomicité des efforts qui fait que chacun est persuadé qu’il est de son devoir de répondre à tout et de donner réponse totale sur une problématique.  Il faut arriver à se libérer de la fascination y compris la sienne de croire apporter la détraction définitive aux sophismes qui sont alimentent les schismes. Des exemples simples de sophisme sur lesquels se construisent les sophismes dans le monde musulman montrent la difficulté de répondre. Nous pouvons  démontrer l’absence de logique et de vérité dans les assertions fallacieuses qui partent pourtant d’un esprit vrai mais qu’elles ont perverti :

L’islam est parfait.
Nous sommes musulmans.
Nous sommes donc parfaits.

 

La communauté mohammadienne se divisera en 72 factions.
Toutes les factions sont condamnées à l’Enfer sauf la faction sauvée.
Nous sommes la faction mohammadienne authentique
Nous sommes donc la faction sauvée.

 

Les lettres mystérieuses du Coran sont des nombres cachés
Les nombres sont la clé mathématique du secret coranique
Les versets et les lettres obéissent à des séries de nombres multiples
Les séries mathématiques dans le Coran auraient du être  parfaites
Il y a eu donc ajout ou retraits  de versets, de lettres ou d’erreurs syntaxiques
Par conséquent : déduisez le reste…

 

Mais que va nous apporter le raisonnement logique fallacieux  dans un système qui a perdu la logique de l’entendement et qui fonctionne sur la conjugaison de la rhétorique du verbe des prédicateurs  et de l’émotionnel des auditeurs ? Il nous faudrait d’abord posséder et partager les mêmes critères de vérité, de validité et de culture islamique… Si on se limite au territoire français et si on se met à l’étude des intérêts idéologiques, économiques et politiques il nous faudrait passer en revue l’histoire de la décadence du monde musulman et celle de la colonisation pour répondre  aux syllogismes qui sont derrière la fabrication de l’ islam des Bachagas et de l’aristocratie, l’islam festif, islam maraboutique, l’islam sionisant, l’islam de France, l’islam laïc, l’islam progressiste, l’islam boudhisant, l’islam salafiste anarchiste, l’islam salafiste monarchiste, les islam sectaires type  coraniste, l’islam sunnite, l’islam chiite, l’islam hanafite, l’islam malékite, l’islam hanbalite, l’islam ibadite…

Il nous faut redonner à la génération montante six motivations  en plus du gout de la vertu morale et de la probité intellectuelle et de l’ardeur spirituelle :

  • La lecture du Qur’àn et sa compréhension. Le Qur’àn met l’individu en situation de gymnastique des facultés cognitives et mnésiques
  • La logique par les mathématiques. Il ne s’agit pas de sombrer dans les arguments fallacieux de la prétention des défenseurs du miracle mathématique du Qur’àn et leurs dérives idéologiques et religieuses. Il s’agit d’éduquer l’esprit à la discipline de la pensée pour qu’il ne tombe pas dans les pièges de la raison ou dans les manipulations par les   faux syllogismes.
  • Le Taddabur ou  lecture méditative  pour développer la compétence visuelle à fouiller un texte et y trouver les signes et les indices pour construire un sens de plus en plus complexe qui dépasse le mot, la phrase, le paragraphe, le chapitre pour aller à l’idée, à sa genèse, à ses conséquences, à sa structuration et à ses articulations avec d’autres idées.  Dans ce cadre l’histoire des civilisations et le récit des Prophètes constituent les meilleures pistes.
  • Chercher la vérité pour la vérité conformément au hadith du Prophète qui dit que nous n’aurions point la foi tant que nous n’aurions pas inspiré aux autres l’amour de la vérité.
  • Mettre en application le savoir et les résultats dans la quête de la vérité pour changer mutadis mutandis ce qui doit être changé en chacun de nous à titre individuel et social et devenir ainsi receptif et réactif à l’appel du divin au lieux des appels partisans et sectaires.
  • Oeuvrer pour la fédération des  communautés musulmanes avec l’idée que cette oeuvre est un acte de dévotion, une obligation religieuse.

Nous qui sommes relais de communication des  savants fédérateurs nous devons conserver notre objectivité et agir sur au moins sept  directions :

a) appeler et pratiquer l’unité des rangs. Sortir de cette unité des rangs c’est mettre en cause l’Islam lui-même. Les fondateurs des grandes écoles qui perdurent ou des écoles éphémères qui ont accompli ou non accompli leur mission historique ont répondu à une problématique intellectuelle, religieuse, politique  ou sociale en produisant de la pensée. Cette pensée n’est pas totalement fossile, une grande partie est sans doute encore vive et il appartient aux spécialistes de puiser dans ce réservoir d’idées et dans ce patrimoine scientifique. Le condamnable est, par principe, l’idée anti coranique qui consiste à se donner ou à donner à un maitre des titres d’infaillibilité avec ses dérives démiurges.    Le Qur’àn refuse aux croyants le droit de se donner des titres de vertus. Pourquoi sacraliser un homme ou son œuvre alors que l’islam nous ordonne d’argumenter sans cesse pour arriver à la vérité et à mettre en ébullition notre pensée pour faire face aux défis de l’homme, du lieu et du temps. La raison humaine a été créée pour fonctionner dans des conditions extrêmes. Nos frères et nos sœurs qui préfèrent la polémique qui épuisent la langue et les nerfs sans mettre à dure épreuve la capacité de réfléchir ne sont pas dans le vrai mais s’épuiser à le répéter c’est faire preuve de déraison.

b) Considérer l’islam comme le cadre global qui permet de tenir un discours et une pratique qui met en valeur un seul Qur’àn, un seul Prophète, une seule Qibla, une seule destinée et un seul ennemi. Dans ce cadre la vision élitiste des microcosmes ne conduit pas à donner à l’Islam son prolongement social. La démarche populiste conduit aux mêmes dérives que la démarche élitaire avec peut-être plus de tapage médiatique pour montrer les « haillons » de l’Islam à la conquête du pouvoir et liguer contre eux tous les intérêts de classe y compris ceux de la bourgeoisie musulmane qui n’a paris de l’islam que le bigotisme des pharisiens juifs. Le modèle est devant nos yeux : Mohamed et ses compagnons. Les pauvres qui l’ont soutenu et vénéré n’étaient pas des anarchistes mais des civilisés, des projets de civilisation, des croyants que la foi a transcendé leurs conditions sociales. Les riches qui ont soutenu Mohamed (saws) ont transcendé leur appartenance sociale ou intellectuelle par la foi qui les mis au service de la fratrie de foi et non au service de leurs intérêts qui les auraient obligé à éprouver du mépris pour les pauvres et les « misérables ». Le problème est plus complexe que les schismes : il est dans la perte de vocation du musulman qui a permis l’émergence des schismes et des classes. S’attaquer aux apparences des schismes c’est vouloir redresser un tronc tordu en s’attaquant  à son ombre ou à ses rameaux. Il faut rester patient et disponible pour  s’ouvrir aux autres et les pousser à l’ouverture à condition qu’il y ait un avantage bénéfique mutuel sur le plan de la foi et non une polémique stérile.

c)- Se focaliser à corriger ce qui touche au credo de la foi, inviter à donner à la foi un contenu idéologique, social et politique, soutenir la libération des pays musulmans, défendre la dignité de la minorité musulmane et lui donner sa place en Europe, former les jeunes générations à avoir une pensée islamique globale qui conjugue la spiritualité et la raison et qui fuit à la fois l’apologie du passé et la polémique avec les autres. Construire maillon par maillon l’action sociale et politique tout en  tricotant le tissu idéique et idéologique des jeunes pour qu’ils puissent se faire leur propre opinion libérée de la manipulation et de la contrainte. La liberté de choisir se construit en cultivant le sens de la responsabilité. La responsabilité se construit sur le sens de la justice, de l’équité, de la probité et de l’éthique. Il ne peut y avoir liberté de choix, de renoncement ou de rupture si les conditions subjectives et objectives de la liberté sont inexistantes ou aliénées.

Quand la liberté et ses conditions sont clairement définies alors il reste à tracer le chemin et les étapes pour atteindre la liberté. Ce chemin s’appelle la libération. Si le Taghut désigne l’idolâtrie, la laideur, la servitude, l’oppression, la corruption, l’ignorance,  alors le « Sabile Allah » ou la voie de Dieu s’appelle le monothéisme, la liberté, la justice, l’équité, la science, la perfection, la beauté, la solidarité sociale, la paix. La libération est ce chemin qui consiste à passer du Taghut à Allah et à se maintenir dans la voie d’Allah sans fléchir ni faiblir ni dévier. C’est le discours et la praxis du changement c’est-à-dire de la libération qui fait défaut et sans doute ce sont ce discours et cette praxis qui vont réveiller, fédérer, mobiliser et faire agir d’une manière diverse mais harmonieuse et convergente non seulement toutes les énergies musulmanes mais toutes celles qui ne trouvent plus de justification morale, économique, sociale et politique au capitalisme, à l’impérialisme, à l’évangélisation et au sionisme… C’est la vocation de missionné missionnaire qu’il faut réhabiliter pour remettre le musulman dans la quête inscrite dans sa foi : se civiliser et civiliser pour un humanisme relevant du divin qui s’appelle l’Honorificat originel d’Adam et sa mission de Khalifa sur terre.

d) Dégager notre responsabilité envers Allah en agissant pour l’unité sans être de ceux « qui allument le feu de la Fitna » en croyant bien faire. Dégager notre responsabilité c’est rester sur le dénominateur commun et dans l’espace social et idéique de ce dénominateur commun défendre ceux qui le défendent et attaquer ceux qui le sapent. Nous pouvons nous tromper à notre niveau et l’erreur peut être réduite si nous inscrivons nos pas dans ceux des  Savants et des élites. Même s’il n’y a pas de voie unifiante chacun doit agir selon sa conscience religieuse, morale, sociale et politique pour se  fixer un cap réaliste et tenir le gouvernail sur ce cap. Avoir un bon cap et un gouvernail n’est pas suffisant pour conduire un bateau il faudrait se reporter à une boussole (mesurer par rapport à un référentiel unique), une carte de navigation (disposer d’un  parcours fixant les étapes et les écueils entre la provenance et la destination pour ne pas se croiser ni se télescoper ni dupliquer à l’identique) et une vigie (la veille stratégique pour voir de loin). La bonne et sincère volonté ne suffit pas à combler les lacunes, les rancœurs, les incompréhensions d’une culture musulmane décadente qui refuse le dialogue, l’écoute et surtout qui ne fait pas  le bilan de la situation d’une manière récurrente et stratégique pour  construire une prospective où chacun joue sa partition sur son terrain, sa spécialité, sa préoccupation et son niveau d’intervention ou de réflexion stratégique, tactique ou opérationnelle. Il ne faut pas se focaliser sur la dénonciation des gouvernants et des autres confessions encore moins tomber dans la discorde et la sédition armée car ces gouverants et ces confessions  sont le reflet de notre moi collectif. Jamais Allah ne donne suprématie d’un méchant sur un bon musulman sauf s’il a voulu éprouver le Musulman. Dans un cas comme dans l’autre nous sommes tenus de faire preuve d’endurance car l’ordre dans son intégralité relève d’Allah. Occupons-nous de ce qui relève de nos compétences : réformer la société en réformant notre moi individuel.

e) Former les élites dès leur jeune âge. Ceux qui ont en charge la formation et l’éducation des jeunes ne doivent pas perdre de vue que les remplir de connaissance sans développer en eux l’esprit de compréhension,  le sens critique et l’analyse contradictoire des sources c’est les livrer demain à la paresse intellectuelle, au formalisme et à la soumission à la voix la plus forte, la plus séduisante ou la plus médiatisée au lieu d’adhérer à la voix la plus raisonnable et la plus sincère. Voila plus de quarante que nous assistons au gaspillage des énergies : En effet des jeunes assoiffés de connaissance et de religion se trouvent embrigadées dans des voies maraboutiques ou charlatanesques qui leur font perdre le gout de l’effort intellectuel et le sens des défis. Cette nouvelle génération comme l’était la notre est une génération pure et saine qui veut accomplir son destin en faisant face non seulement à ses défis de travail de formation, d’étude et de dignité mais aux défis lancés à l’Islam partout dans le monde. Il est de notre devoir de lui montrer la fausseté des récits légendaires et des attitudes apologétiques ou polémistes, et des explications eschatologiques de l’Histoire humaine comme il est de notre devoir de lui apprendre aussi bien les voies de sa liberté que celles de son aliénation. Nous devons lui apprendre sa religion authentique et comment une fois armée d’une foi saine et pure elle peut construire dans le dialogue et l’argumentation la réfutation des détracteurs mais surtout les forces de propositions pour l’avenir d’une manière raisonnable, impartiale, équitable, objective et efficace.

Aucune religion aucune philosophie et aucune civilisation n’a cultivé la pratique de la raison comme l’Islam. Les seules limites à la parole et à la pensée sont le blasphème, l’hérésie et l’atteinte à la vie, à l’intimité, à l’honneur ou à la dignité des gens.  Mohamed al Ghazali dans « l’Islam et le despotisme politique » a indiqué une voie toujours d’actualité : « Veiller à l’éducation musulmane d’un être est une charge multi fonctionnelle : charge qui comprend : la rectitude personnelle, l’éveil de la conscience, l’esprit de fidélité sociale, l’élément de dévouement pour la réalisation du message divin ».

Pour cultiver l’amour de la vérité dans l’apprentissage des textes musulmans et en même temps apprendre le Qur’àn et le Hadith dans l’esprit islamique authentique toujours en quête de vérité il faut se libérer de la pression de ceux qui veulent limiter l’apprentissage aux seuls versets coraniques comme de ceux qui ont exclu le Qur’àn pour se contenter du Hadith. Mohamed (saws) ne faisait pas apprendre à ses compagnons le Hadith puisqu’il était le locuteur, le modèle, le pédagogue. Pour retenir ses paroles il fallait une grande dose d’amour, de vénération et d’implication. Sans ces dispositions, le jeune immergé dans le monde moderne de la facilité médiatique se fatigue et se lasse. La neuro pédagogie montre qu’en apprend mieux que si on est impliqué dans ce qu’on apprend d’abord en le comprenant ensuite en s’y projetant comme futur acteur qui va rejouer le rôle devant d’autres. Ainsi il est plus facile d’apprendre les contes de grand mère ou les blagues du copain que les récitations de l’école. Dans le premier cas il y a un projet d’évocation. Dans le second il y a une obligation qui trouve résistance mentale et oubli devant l’enseignant, la feuille d’examen ou l’épreuve du temps qui efface ce qui est appris superficiellement.  Dans le premier cas il y a un projet : faire plus tard, raconter à d’autres, être le narrateur ou l’actant qui interprète. La pédagogie moderne appelle ce principe de projet d’évocation, la sollicitation de l’imagination qui explore les possibilités du devenir et construit le personnage de l’ego qui va s’approprier le réel pour le revisiter plus tard. Nos savants, nos intellectuels et prédicateurs qui ont choisi le système  américain des shows évangélistes doivent se réveiller et comprendre que la formation d’une génération ne se fait pas par la fascination et l’hypnose mais par le parler vrai et par l’exemple qui se donne non en spectacle mais en pédagogue posant les problèmes, apportant les solutions et évaluant l’efficacité de ces solutions ainsi que leur conséquences afin de promouvoir des responsables et non des handicapés ou des mimétistes qui peuvent se faire du tort et porter préjudice à la communaité musulmane alors qu’ils s’imaginent être les héros de Badr ou de Tabouk.

Ce principe de projet et d’évocation Mohamed (saws) l’a appliqué durant les 23 ans sans relâche. Il récitait 10 versets, les expliquait et les faisait apprendre avec le projet d’évocation pour que chacun les fasse apprendre à d’autre et en même temps chacun en devenait le responsable qui mettait en exercice, en vie, en pratique. Il repassait dans la vie quotidienne et au sermon pour rappeler et fixer les repères pour ne pas oublier sur le plan de la mémoire mais surtout sur le plan de la pratique. C’est cette piste qu’il faut privilégier en l’adaptant au Qur’àn et à la Sunna pour raconter le monde, l’expliquer et explorer les solutions de changement ou d’adaptation. Il faut donc susciter le thème par les apprenants eux mêmes pour les impliquer dans la quête de sens et dans la construction de l’imaginaire. Sur le thème choisi il faut parvenir à faire revivre la stratégie pédagogique mohammadienne : un verset coranique avec une explication dans laquelle il y a un hadith qui explique accompagné d’un récit événementiel   ou biographique soit du Prophète soit un de ses compagnons ou de ses épouses. Les plus doués vont  comprendre,  retenir et en faire la norme de leur réflexion, les moins doués vont comprendre et appliquer, les plus faibles vont retenir l’essentiel c’est à dire la morale du récit, l’émotion de l’événement, les mots les plus signifiants et c’est pour eux assez suffisant pour construire une personnalité de base qui conjugue la mémoire et la réflexion, le passé et le présent, le réel et le devenir.

Il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : quand on étudie sommairement le Hadith on voit que souvent il répond à une question ou apporte une solution mais parfois il prévient ou annonce un problème qu’il faut traiter par anticipation. En tous les cas le verset coranique ou le hadith  était précurseur de la communication moderne dans le sens où autour d’une action majeure il y a trois messages : un  qui prépare, un qui accompagne et un qui conclut. Chaque message répond à la même préoccupation de base mais en adoptant des perspectives de vues différentes selon l’intérêt visé et le contexte. Il s’agit d’une pédagogie différenciée qui utilise la répétition pour éclairer un aspect  Mohamed (saws) maniant le Qur’àn et ce qui va constituer sa Sunna (ses paroles, ses postures, ses comportements, ses silences, son mode de vie…) était littéralement une parole bue ses compagnons. Son discours répondait à plusieurs  critères d’efficacité: la vérité, la compétence, la sincérité, la pertinence et l’opportunité sociale, politique, religieuse ou militaire en collant à la réalité du terrain. A l’amour et à la  vénération de Mohamed (saws) nous devons ajouter le réalisme social et politique pour projeter le Qur’àn et la Sunna sur le vécu. Ce vécu était présent au point que Mohamed de son Minbar répondaient aux interrogations ou sollicitaient les questions de ses compagnons qui  voyaient en lui le modèle incontestable de la miséricorde et de  la vérité.

Voici une des sentences de l’imam Ali qui témoigne d’une  justesse et d’une sagesse de vue née dans l’école mohammadienne qu’il a fréquenté avec Abu Bakr, Omar et les autres compagnons :

« Voici quatre causes d’infidélité et de perte de la croyance en Allah : le désir de caprices, la passion de contester tout argument, la déviation de la vérité, et la dissension, car quiconque a envie de caprices ne s’incline pas en direction de la vérité. Quiconque ne cesse de contester tout argument compte tenu de son ignorance restera toujours aveugle à la vérité. Quiconque dévie de la vérité en raison de l’ignorance prendra toujours pour bien le mal et pour mal le bien et il restera toujours intoxiqué avec égarement. Et quiconque crée une brèche (avec Allah et Son Messager), sa voie devient difficile, ses affaires deviendront compliquées et son chemin à la délivrance sera incertain.

De façon similaire, le doute a aussi quatre aspects : le raisonnement insensé, la vacillation et l’hésitation, et l’abandon irraisonnable à l’infidélité, parce que celui qui s’est accoutumé à des discussions déraisonnables et absurdes ne verra jamais la Lumière de la Vérité et vivra toujours dans l’obscurité de l’ignorance. Celui qui a peur de faire face à des faits (de la vie, de la mort et de la vie après la mort) s’éloignera toujours de la réalité absolue. Celui qui permet les doutes et l’incertitude de le faire vaciller sera toujours sous le contrôle de Satan. Et celui qui se rend à l’infidélité accepte la malédiction dans les deux mondes »

f) Mette en œuvre la fraternisation au lieu de se contenter des slogans de fraternité. Il faut donc favoriser le travail collaboratif et coopératif entre associations musulmanes pour cultiver la confiance et la connaissance réciproque hors des préjugés, des clichés et des stéréotypes qui ne reposent souvent que sur des spéculations de la lutte idéologique ou des vestiges de l’incompréhension héritée depuis trop longtemps. Il y a plusieurs facilitations que la mise en commun des efforts et des moyens peut apporter : Sortir de l’autarcie et de l’isolement en se libérant de la solitude de l’errance en vase clos qui a marqué la personnalité du musulman depuis la décadence de la civilisation musulmane et son corollaire la colonisation. Sortir de la culture de la défiance en se libérant de la peur et de la perte de confiance, héritée du despotisme politique, du matraquage idéologique et des schismes devenus phénomènes culturels voire des formes d’atavisme « islamique ». Le travail en commun élaboré dans un cadre « démocratique » crée de la transparence, le sens de la responsabilité collective et fait renaître la force fédératrice de l’Islam : la fraternisation et la solidarité. S’impliquer dans un travail planifié avec des objectifs clairs et des résultats mesurables et vérifiables permet de se libérer de la polémique des oisifs et des paresseux pour se consacrer au « ‘Amal Salah »

g) Se conformer à la voix des savants non seulement les plus représentatifs par leur conformité exemplaire au Coran et à la Sunna mais ceux qui établissent et diffusent  les cartes de navigation les plus pertinentes, les plus opportunes, les plus cohérentes, les plus fiables et les plus efficaces pour faire face aux défis de notre époque.

J’ai lu un article de feu Mohamed Fadhlallah qui a eu le courage d’aller au fond du problème en le situant dans le « zaïmisme » de la culture arabo musulmane décadente qui fait que chaque savant, chaque homme politique, chaque intellectuel se croit le Zaïm messianique, la référence absolue pour ses partisans et qui ne dialogue avec les autres Zaïms que par courtoisie ou par hypocrisie alors qu’il s’agit d’aller vers le peuple  et lui demander de dépasser les cadres partisans et de s’inscrire dans la grandeur et dans l’unité de l’Islam : « Si nous sommes convaincus du principe de l’unité islamique, nous devrions descendre vers nos bases. Mais il se pourrait que ces bases que nous avons éduquées avec la nourriture de la haine nous lancent des pierres et nous lapident. Nous devrions considérer ces pierres comme des médailles qui nous décorent car ce qui te lapide est l’arriération et non pas la conscience. L’arriération, c’est elle qui a lapidé les prophètes tout au long de l’histoire. »

J’ai lu le livre de Youssef Al Qaradhaoui «  al Ikhtilaf rahma » qui insiste sur insiste sur la règle d’or dans la vie intellectuelle et religieuse de l’Islam qui a favorisé la diversité : « Agissons de concert pour tout ce qui fait objet de notre accord et que chacun trouve en l’autre une excuse pour son opinion contradictoire dans l’attente d’un dialogue pour mettre fin au désaccord  et d’un cadre pour nous unir et nous réunir davantage.». La diversité qui donne naissance à la divergence et aux schismes n’est pas louable. Le temps a montré que devant l’épreuve les mots bien écrits s’effacent et ne restent que les prises de décision regrettables qui font couler le sang et provoquer la discorde.

J’ai lu aussi l’analyse du penseur  Al Ghanouchi  sur le fonctionnement et les contradictions au sein de la Fédération Internationale des Savants Musulmans. J’ai lu avec attention les réactions que son article a suscité qui vont de l’apologie à la déception en passant par la diversion. Il y avait  des questions légitimes et sérieuses qui demandent réponse et clarification. Parmi ces questions se trouvent en priorité la libération du monde musulman du colonialisme et du despotisme, la question palestinienne, l’émergence de la Turquie et de l’Iran comme forces régionales qui doivent se conjuguer par l’apport des Arabes pour fédérer les peuples musulmans et les engager sur la voie de la libération de l’hégémonie impérialisme et du développement socio économique. Là aussi il y a loin de la coupe aux lèvres. Ce ne sont pas les beaux discours mais les justes positions qu’on attend d’un guide musulman. Si Qaradhawi et Ghanouchi avaient pris une position juste et courageuse  sur la Libye et la Syrie en totale conformité avec les références islamiques qu’ils font semblant de ne plus connaitre alors on aurait eu sans doute des conséquences désastruses pour l’Empire et ses vassaux européens et arabes.

Dans ces conditions de contradictions, de changement en fonction des intérêts partisans comment prétendre qu’il y  a plus de raisons de s’unir que de raisons de se désunir?

Dans la perspective de voir des changements historiques dans le monde musulman – menés par les savants musulmans – l’imagination se trouve en exploration de sa mémoire et se met à produire des images d’espoir qui se superposent sur des images de déception sans les effacer. Elles peuvent s’effacer si nous nous impliquons tous dans une seule et même orientation comme une composition harmonieuse avec ses diversités et respectant la loi de l’unité et des accords :

{Qui donc est meilleur que celui qui incite vers Allah, qui fait œuvre méritoire et dit : « Je suis du nombre des musulmans ? ». L’œuvre méritoire et l’œuvre vile ne sont point égales. Avance celle qui est la meilleure (pour repousser le mal), et voilà que celui avec qui il y a une animosité entre toi et lui, devient comme s’il était un ami chaleureux. Et ne l’obtiendront que ceux qui ont persévéré, et ne l’obtiendra que celui qui a une chance immense.} Fussilat 34

 

Le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues.

Mohamed Al Ghazali a écrit dans la bataille du sens :

« Après quarante ans de travail dans la prédication islamique, je réalise que le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues. Cela englobe le travail pour les caprices et les illusions, ainsi que le travail pour les désirs et bénéfices personnels.

La foi est une conscience intellectuelle, mais ces gens sont intellectuellement et continuellement inconscients. La foi mène à un cœur pur, mais ces gens ont des cœurs malades. Leurs cœurs sont terriblement malades. Dévoiler des pratiques religieuses altérées nécessite une étude détaillée afin de cerner les raisons mentales et psychologiques les sous-tendant. Abû Hâmid Al-Ghazâli a dédié une grande partie de son livre, La  Revivification, pour donner le remède à ses maladies et en avertir les gens. Ibn Al-Jawzî écrivit la Déception d’Iblis pour dévoiler les différentes formes de pratiques religieuses altérées et pour prévenir les gens.

Certes, ces mauvaises pratiques greffées sur la religion conduisent à une image erronée de l’islam dans l’esprit de nombreuses personnes douées de sens. Ces gens découvrent l’Islam à travers le comportement et attitudes de ses adeptes. En effet, quelques musulmans — que ce soient dans les époques passées ou contemporaine — sont une disgrâce pour leur religion elle-même.

J’ai constaté que de nombreuses personnes, travaillant dans le champ de la Da`wah, font du tort à l’islam. Certains concentrent leurs efforts en permanence sur l’interdiction des choses. On entend d’eux que le fait que la religion interdit ceci ou cela. Ils ne se soucient même pas de donner une alternative dont les gens auraient besoin. Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre.

D’autres prédicateurs vivent encore dans le passé et non dans le présent ou le futur, comme si l’Islam était une religion historique. C’est un spectacle saisissant que de le voir débattre avec, par exemple, les Mu`tazélites ou les Jahmites. Il peut avoir raison dans ce qu’il dit, mais il ignore complètement que les ennemis de l’islam porte aujourd’hui d’autres noms et emploient d’autres méthodes et arguments.

D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires.

Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la Prédication Islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères. Travailler pour les valeurs islamiques est bien différent du travail pour des désirs personnels.

Mohamed Fadhlallah écrit dans la bataille pour l’unité islamique :

« Regardons cette réalité islamique. Nous avons tant et tant parlé de la Palestine, et la Palestine est perdue. Nous avons tant et tant parlé d’Afghanistan, et l’Afghanistan est perdu. Eux, ils planifient. Quant à nous, nous crions des slogans. Eux ils nous envahissent. Quant à nous, nous nous disputons. Notre problème c’est que nous flottons en surface. Nous nous laissons guider par des paroles…

Musulmans de toutes les confessions ! Vous voulez l’Islam ou vos égoïsmes ? Le monde déclare la guerre contre l’Islam. Nous devons nous apprêter au combat. L’unité islamique devrait constituer le sens de l’Islam en nous. Soyez des Musulmans sunnites et des Musulmans chiites, car en mettant de côté votre appartenance à l’Islam, vous ne faites que privilégier la confession au détriment de l’Islam. La place présente beaucoup de contradictions. Les perspectives s’ouvrent à beaucoup d’espoir. Accourez vers la réalité, pour planifier, œuvrer et craindre Dieu dans notre présent et notre avenir. Réfléchissons longuement et profondément à notre avenir ! »       

Je pense qu’il serait plus utile de se consacrer à l’étude et à la diffusion de la part de vérité à laquelle nous avons pu accéder par la Grâce divine que de s’épuiser à convaincre autrui de la fausseté de son argumentation ou de son école. L’Islam du temps du Prophète et des premiers Califes a été compris totalement comme si la communauté était un même esprit malgré quelques différences d’opinions et d’interprétations qui fondaient comme glace devant le rayonnement intellectuel et spirituel des illustres compagnons et successeurs. C’est cet esprit rayonant et diffus dans la société qui serait la garantie d’avoir un seul et grand  esprit anagogique et empathique refusant la prolifération des partis politiques et des pseudos écoles de pensée. Ce n’est pas la diversité des écoles de pensées qui est remise en cause c’est l’atomicité et les faux syllogismes qui naissent dans l’esprit des suiveurs qui se trouvent davantage au service d’une culture d’école qu’au service de l’Islam ou qui se trouvent davantage dans la reproduction d’une école et ses sources internes que dans l’étude du Qur’àn et de la Sunna à l’époque des nouveaux défis scientifiques et technologiques et des apports de la psychologie, de la psychologie sociale, de la sociologie, de l’histoire,  de la médecine et de tant de sciences qui apportent des éclairages nouveaux sur la lecture du monde et les comportements humains. Ce n’est pas l’association des hommes autour de problèmes politiques ou économiques à résoudre qui posent problèmes c’est l’esprit partisan qui devient lui même un clivage idéologique entre les différents partis politiques se réclamant de l’Islam et qui  paradoxalement se déchirent et trahissent le principe d’unité et d’union.

La priorité est de faire naitre l’amour du Qur’àn et de connaître les hadiths mais en les lisant dans le contexte de leur énonciation. Il s’agit bien d’énonciation et non d’énoncé. L’énonciation donne à un énoncé ses conditions socio historiques et politico culturelles. Le hadith se libère ainsi du caractère « fictif » de sa narration pour prendre en charge les aspects diégétiques c’est-à-dire l’évocation de l’univers du hadith en l’occurrence la psychologie du Prophète face aux événements et aux hommes qui l’ont poussé à adopter telle attitude. Il ne s’agit pas de le faire pour les dizaines de milliers de hadiths mais pour ceux dont la compréhension est difficile,  porte à confusion  ou dans la porté est limitée et le caractère singulier. Dieu est plus savant.  A titre d’illustration comment comprendre ce hadith « Écoute et obéis même si on te frappe et qu’on te prend tes biens. »  qui semble en apparence confirmer la négation du principe de la Choura coranique que le Prophète a appliqué ou avec la notion de martyr qu’il a expliqué en l’étendant  à celui qui est tué en défendant ses biens ? Il faut que les Musulmans comprennent qu’Allah et Son  Prophète (saws) n’aiment pas l’injustice mais la sacralité du Musulman, sa vie, son sang, ses biens, sa dignité, sa quiétude, sont plus précieux que la lutte pour le pouvoir mondain éphémère. Jamais  Allah et le Prophète ne donneraient raison à celui qui rend licite le sang versé d’un musulman quelque soit le prétexte.

C’est l’énonciation qui change le sens du hadith et malheureusement c’est autour du Hadith que se réalise les plus grandes divergences alors que le Prophète (saws) a été le rassembleur, l’unificateur et le fédérateur des Arabes divergents autour d’une idée fédératrice l’islam. C’est trahir ce Prophète que de diverger ou de traiter les uns les autres de mécréants au lieu de construire une communauté soudée qui a la compétence de l’aimer, de le vénérer et de le suivre dans l’esprit et la manière qu’il traitait les problèmes et les hommes. A titre d’illustration on voit des musulmans se haïr et ne plus se parler pour un problème de  longueur de pantalon, de Qamis ou de teinture des cheveux. Ali Ibn Abi Taleb fut questionné sur ce hadith : « Avec la coloration des cheveux, changez le vieil âge en jeunesse afin de ne pas ressembler aux Juifs ». Il donna cette réponse : «  A la première époque de l’Islam, il y avait très peu de Musulmans. Le Noble Prophète (saws) leur conseilla de paraître jeunes et énergétiques et de ne pas adopter la mode des (prêtres) Juifs ayant de longues barbes blanches effervescentes. Mais les Musulmans n’étaient ensuite plus en minorité, leur État était fort et puissant, ils pouvaient prendre le style qu’ils souhaitaient ». Qui empêche les musulmans de vérifier ces dires. Il ne s’agit pas de réfuter mais de préciser le contexte et la portée sociale ou politique d’un hadith. Il ne s’agit pas de ne plus  réaliser de nouvelles compilations sur les dizaines de milliers de hadiths mais de donner la priorité à l’étude sémantique et historique du hadith pour en faire de nouveau un « Qur’àn marchant entre les gens ».  Bukhari, Muslim, Malek et nos vénérables maitres ont prouvé leur compétence intellectuelle, leur probité morale et leur scrupule consciencieux pour sauver le Hadith de l’oubli et le protéger de la falsification. Il appartient aux spécialistes du Hadith de parachever ce travail en donnant au musulman l’exégèse scientifique et historique pour que le Hadith devienne une « science appliquée » et non une connaissance récitée.

Le scrupule (Al War’â) indispensable à la formation intellectuelle de qualité ne nait pas des fausses croyances mais des véritables certitudes qui naissent dans le doute non de la parole d’Allah mais dans le doute de soi, de sa compréhension, de sa compétence à donner un contenu, une dimension et une portée esthétique, sociale, politique et intellectuelle à la parole de vérité car nous restons des interprètes imparfaits et changeants. L’imperfection tient à notre nature humaine. La qualité du musulman n’est pas dans sa prétention à être parfait mais dans sa reconnaissance à être perfectible. N’est perfectible que celui qui reconnait son erreur et qui dans la pratique médiatique, sociale ou politique est plus interpellé par la faute à corriger et à en comprendre les origines, les mécanismes et les conséquences qu’à trouver le  fautif et se contenter de le blâmer ou de l’incriminer. N’est perfectible  que celui qui prodigue le bon conseil et l’accepte venant des autres si bien entendu le conseil ne vise pas à humilier ou à perturber mais à contribuer à la promotion de la vérité et du mérite.

Le changement que fait activer le scrupule tient à l’expérience personnelle et sociale ainsi qu’à l’effet du temps et du savoir sur la communauté dans laquelle nous vivons. C’est ce scrupule relativisant notre savoir et celui  des autres qui nous rend à la fois des communicants échangeant les informations pour chercher la vérité sans chauvinisme et des consciences vives qui réalisent l’auto critique pour se redéfinir dans le rapport à la vérité, à la quête de savoir et notre relation avec les autres. Pour que le scrupule soit la culture du salut il faudrait sans doute redonner au « Nafs al Lawàma » le sens de l’ego insatisfait dans l’accomplissement de son devoir et qui se met par la voie critique dans celle de la perfectibilité qui lui donne le rang de « Nafs Mutma’ina » l’être apaisé non dans cette vie mais dans la phase ultime de sa vie et dans sa ressuscitation.  « Nafs al Lawàma » ne sera pas opposée à « Nafs Mutma’ina » mais à « Nafs al Amàra bi Sou’ » l’ego incitateur au mal, inspirateur de la laideur sans conscience sans sens des responsabilités.

Nous inscrivant dans la perfectibilité et l’examen de conscience sans doute nous serions plus exigeants envers notre ego qu’envers les autres, plus indulgent avec ses contradicteurs qu’avec le fardage des complaisants envers le Moi. Une chose semble certaine, à la lumière du Qur’àn, nous serions des croyants dans leur dimension humaine qui peuvent espérer s’améliorer sans jeter l’anathème sur les autres pour le seul motif qu’ils ne partagent pas notre école de pensée ou notre doctrine ou notre association. Dans ce nouvel état d’esprit nous pouvons tous être des dispensateurs de savoir envers ceux qui ont le plus de disponibilités à recevoir le savoir et en faire un cadre d’expansion de leur vie, ou être des demandeurs de savoir qui vont le chercher auprès des élites du passé ou du présent, morte ou vivantes. Dans ce rôle double de « stratégie pédagogique » pour donner et de « stratégie d’apprentissage » pour recevoir que chaque musulman doit porter nous pouvons nous inscrire dans la hiérarchie du savoir et du don loin des faux  clivages doctrinaux, confessionnels, factionnels ou sectaires. Il suffit de revenir à la lettre et à l’esprit du Qur’àn : sous la même bannière de l’Islam Allah a distingué les croyants selon leur œuvre et non selon leur appartenance sociale ou doctrinale :

أورثنا الكتاب الذين اصطفينا من عبادنا فمنهم ظالم لنفسه ومنهم مقتصد ومنهم سابق بالخيرات بإذن الله ذلك هو الفضل الكبير

{Nous avons donné en héritage le Livre à ceux que Nous avons élus de Nos créatures. Il est alors, d’entre eux, celui qui se fait injustice à lui-même, il est d’entre eux  celui qui est passable, et il est d’entre eux qui s’empresse aux œuvres d’excellence par le Vouloir d’Allah, cela est la grande Munificence.} Fater 32

Le rapport des musulmans dans une communauté vivante n’est pas dans entre le riche et le pauvre, le fort et le puissant, l’instruit et l’analphabète ni entre partisans entre telle école ou telle confession. Le rapport est un rapport entre croyants actants sociaux confrontés dans le sens et la mise en application de la foi, du savoir, du pouvoir, du devoir, du vouloir et de l’action. Ce rapport n’est pas livré aux conjonctures de puissance politique ou économique sinon ce serait un rapport profane entre mécréants matérialistes. Ce rapport est subordonné aux finalités de la religion islamique et relativisé par sa confrontation au référentiel islamique : Le Qur’àn et la Sunna. Plus le monde musulman s’approche de son référentiel plus il s’implique dans une quête psycho temporelle qui l’élève et élève les autres vers le modèle mohammadien. Le riche qui n’enrichit pas autrui est pauvre mais le pauvre qui enrichit autrui est plus que riche il est enrichissant. Le fort qui ne soutien pas le faible est faible mais le faible qui soutient l’opprimé est un soutien. Le savant qui n’apprend pas à l’ignorant est un ignorant. L’ignorant qui cherche à apprendre est sur la voie de la sagesse, sur la voie du martyr. Quand la communauté est malade, désarticulée ou disloquée les rapports ne peuvent être ni construits ni évalués sur la vertu et la foi mais sur les conditions historiques, sociales et politiques qui ont corrompu la vertu et occulté la foi.

L’absence de quête vers la foi, la vertu et l’excellence rabaisse les gens vers les instincts primaires. La perte de conscience sociale conduit à la marginalité et la fragmentation qui sapent davantage la religion et sa morale. L’ennemi de l’Islam qui observe et mesure les mouvements sociaux et les phénomènes de la spiritualité sait où se situe le centre de gravité social, moral et intellectuel et agit avec intelligence subtil pour déplacer le centre de gravité vers le niveau le plus bas et c’est à ce niveau le plus fragile que les schismes vont être maintenus ou recréés. Le niveau le plus bas n’est pas à voir dans la hiérarchie formelle mais dans cette stratification coranique : les hypocrites, les injustices à eux-mêmes, les passables, et ceux qui s’empressent aux œuvres d’excellence.  Le centre de gravité tient davantage à la force d’expression et de pression sociale qu’au nombre numérique. Une communauté qui n’a pas de centre de gravité est non seulement instable mais sans repères pour s’analyser et fixer son cap et son mouvement du fait d’ailleurs de son instabilité qui lui fait changer son référentiel ou les coordonnées de son référentiel. Ainsi la majorité des membres peut se prétendre appartenir au Qur’àn et à la Sunna mais chacun dans son système mental et psycho social porte un regard différent sur le Qur’àn et la Sunna.

L’absence de centre de gravité qui donne un référentiel stable et commun fait que d’une part chacun s’imagine être lui-même la coordonnée et la seule et d’autre part la communauté ou bien cultive la défiance entre ses membres et la méfiance envers autrui ou bien tombe sous la fascination des idées et des choses étrangères à l’Islam. Comme les Pharisiens de Babel dans la Bible nous parlons une seule et  même langue mais celle-ci ayant perdu sa signification pour tous elle engendre l’incompréhension d’abord et la violence ensuite. Il suffit à l’ennemi de l’Islam de donner la voix à un mécréant ou à un membre de la minorité d’hypocrite et de les médiatiser pour que la communauté redéploye le centre de gravité de ses préoccupations. Nous passons ainsi de l’apologie du passé, à la polémique entre nous au dénigrement des autres sans discerner les priorités et surtout sans accepter de voir la priorité : nous reconstruire après un travail de déconstruction. Il suffit qu’un seul ose s’engager sur l’auto critique ou demander l’examen de conscience pour recentrer nos problèmes à l’intérieur de nous-mêmes pour que des voix s’élèvent et pratiquent l’intimidation et le totalitarisme qui ont miné la civilisation islamique : « qui est tu toi pour dire ceci ou cela ? ». La culture messianique de la décadence est dans la contradiction d’attendre le sauveur et refuser tout débat constructif, et de ramener un problème d’idée, de lecture, d’interprétation non à son argumentation mais à un problème de personne ou de rang social ou religieux.

C’est ainsi qu’seul coraniste en France disposant du soutien médiatique et bénéficiant du laxisme de la communauté fera plus de dégâts dans la communauté qu’un loup dans une bergerie. La véritable bataille n’est pas contre le coraniste et les autres sectes et encore moins contre les divergences doctrinales et confessionnelle mais dans l’effort de tous à mettre le curseur social au centre de gravité et le centre de gravité au cœur de l’élite celle que le Qur’àn a qualifié de « qui s’empresse aux œuvres d’excellence par le Vouloir d’Allah »

Le bien et le mal peuvent se trouver réunis avec une domination du mal sur le bien dans une strate sociale ou politique ou dans l’ensemble de la société comme l’a souligné Omar Ibn Al Khattab (que Dieu lui accorde Sa satisfaction) qui dit une fois à l’un de ses compagnons: « Sais-tu ce qui démolit l’Islam? » L’autre dit: « Non ». Il lui dit: la faute des savants, la polémique des hypocrites et le gouvernement des chefs qui détournent leurs administrés du droit chemin » – Riyad as-Salihin (Les Jardins des vertueux).

Ce hadith de Omar est le vaste chantier qui attend la jeune génération montante si elle se donne le courage et l’intelligence de le préparer avant de l’aborder. Il  implique un effort massif assidu et conséquent sur plusieurs années, sur tous les domaines d’activités ; sur tous les registres  de formation de la conscience, religieuse, morale, sociale et politique ; et sur toutes les sphères de la décision politique et sociale. Il s’agit du changement :

{Certes, Allah ne Modifie rien en un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes.} Ar Ra’âd 11

Sur la voie de la libération de Jérusalem Salah Eddine a compris les raisons du Wahn et de la débâcle devant les croisés et il a agit sur les causes et non sur les effets pour obtenir des résultats tangibles. Voici une partie de la lettre de Salah Eddine envoyée au calife et que rapporte l’ historien égyptien Qassem Abdou Qassem :

« Si les affaires de la guerre trouvaient solution dans la pluralité des  participations   on n’aurait pas manqué sans doute la gloire qui nous fait défaut au vu de l’importance du nombre de prétendants autonomes chacun réclamant pour lui l’autorité. On n’aurait pas été amené à subir des préjudices s’il était naturel que le monde supporte la coexistence de plusieurs autorités contradictoires. Mais la vérité que nous ne pouvons ni occulter ni fuir sans préjudices et dommages et que les affaires de la guerre exigent une longue préparation et une excellente planification qui ne peuvent se passer de l’unité de commandement militaire et de l’unité de décision politique. Si la question du commandement est réglée et la planification politique tranchée il ne reste alors que la mise en place des organes consultatifs sur les questions de mobilisation  des moyens pour mener les combats victorieux… »

Conclusion :

Quand j’étais jeune j’entendais Cheikh Qaradhawi dire que la communauté se portait bien (oumma bi khayr) et que la Sahwa (l’éveil islamique) s’étendait  sur l’ensemble du monde musulman. La réalité pourtant dans le lieu de travail, dans la famille, dans la cité, dans la culture, dans l’université et dans l’économie et la politique montrait le contraire. Qui avait raison : la réalité objective ou les souhaits d’un savant coupé de la réalité. Le temps est toujours là pour témoigner de notre réalité morbide, cette fois-ci il témoigne contre nos savants qui ont vendu du vent et des faux rêves à des jeunes épris de liberté, de connaissance et du désir de servir l’Islam.

Il nous faut dépasser les clivages religieux et revenir au « Nous » de la sourate Al Fatiha qui inaugure le Coran pour le résumer et fixer les normes que nul ne peut transgresser. La sourate al Baqarah qui décrit l’humanité et ses défauts à travers le récit détaillé sur Bani Israël  nous met en garde contre le schisme des Juifs et des Chrétiens  et leur prétention à faire d’Abraham leur icone religieuse sans avoir de lien religieux ni spirituel ni moral avec lui.  Abraham (saws)  dont les Musulmans se réclament comme héritiers à la suite de Mohamed (saws)  et qu’ils citent à chaque salat est cité au début de la sourate Al Baqarah ainsi que d’autres Prophètes (as) comme porteurs du titre exclusif de Musulmans :

{Et lorsque Abraham élevait les assises de la Maison ainsi qu’Ismaël : « Notre Seigneur, Agrée de nous, Tu es Toi L’Omni-Audient, Le Tout-Scient ; notre Maitre, fais que nous nous remettions à Toi, et fais de  notre descendance  un peuple qui Te soit musulman. Montre-nous nos rites, Fais-nous Rémission, Tu Es Toi Le Rémissif, Le Miséricordieux. Notre Maitre envoie-leur un Messager d’entre eux, qui leur récite Tes Versets, qui leur apprenne le Livre et la Sagesse, et qui les épure. Tu Es Toi L’Invincible, Le Sage ». Qui donc ne voudrait pas de la Confession d’Abraham à moins d’avoir perdu son âme ? Effectivement, Nous l’avons élu dans le monde, et dans la vie Future il sera certainement du nombre des Vertueux. Et lorsque son Seigneur lui Dit : « Adopte l’Islam », il dit : « Je me remets au Maitre des Univers ». Et c’est ce qu’Abraham a recommandé à ses enfants; Jacob en fit de même : « O mes enfants, certes, Allah A Choisi pour vous la religion, ne mourez donc pas sans que vous soyez musulmans ».} Al Baqarah 127

Voici la controverse des Juis et des Chrétiens qui les a conduit au schisme religieux et doctrinaires : nous sommes entrain d’adopter le même comportement et les mêmes qualificatifs qu’ils choisissent pour leurs sectes, leurs écoles et leur clergé. Allah nous donne la réponse salutaire :

{Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous sommes devenus  croyants en Allah, en ce qui nous a été Révélé, et en ce qui a été Révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Maitre. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme} Al Baqarah 133

 

Omar Mazri

 

Les élites musulmanes en France : vrais problèmes et fausses solutions

Ce vendredi, à Marseille, nous avons eu la visite des satellites de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) et du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) dont un des membres a présidé la Salat. Ayant le privilège d’être un homme libre je vais, une fois de plus, jouer le rôle du manchar (scie) qui élague les branches mortes. Je n’ai pas le sentiment de faire de la calomnie, de la diffamation ou de la discorde, mais de faire œuvre utile pour éveiller les crédules et réconforter ceux qui savent et gardent le silence sur l’insoutenable et l’inacceptable de la discorde et de la manipulation des musulmans par les appareils religieux.

Ces appareils n’ont à leur actif aucune œuvre qui réalise le Tamkine des Musulmans de France malgré la confiance que leur ont accordé les Musulmans et qu’ils ont trahis, se mettant en situation de :

ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمُ اتَّبَعُوا مَا أَسْخَطَ اللَّهَ وَكَرِهُوا رِضْوَانَهُ فَأَحْبَطَ أَعْمَالَهُمْ أَمْ حَسِبَ الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِمْ مَرَضٌ أَنْ لَنْ يُخْرِجَ اللَّهُ أَضْغَانَهُمْ وَلَوْ نَشَاءُ لَأَرَيْنَاكَهُمْ فَلَعَرَفْتَهُمْ بِسِيمَاهُمْ وَلَتَعْرِفَنَّهُمْ فِي لَحْنِ الْقَوْلِ وَاللَّهُ يَعْلَمُ أَعْمَالَكُمْ وَلَنَبْلُوَنَّكُمْ حَتَّىٰ نَعْلَمَ الْمُجَاهِدِينَ مِنْكُمْ وَالصَّابِرِينَ وَنَبْلُوَ أَخْبَارَكُمْ

{Cela, en raison de ce qu’ils ont suivi ce qui suscite la colère d’Allah et ont haï Son agrément, alors Il a rendu vaines leurs œuvres. Ou bien ceux qui ont une malveillance aux cœurs ont pensé qu’Allah ne dévoilerait pas leurs rancunes ! Et si Nous voulions, Nous te les montrerions, alors tu les aurais reconnus à leurs traits ; et tu les reconnaîtras sûrement à la mélodie dans leur parole. Et Allah connait vos actions. Et Nous vous éprouverons certes afin que Nous voyions ceux qui font effort d’entre vous et les persévérants, et Nous éprouverons vos nouvelles.} S – Mohamed, v31

Tout d’abord précisons qu’Allah est Omniscient et Omnivoyant, le Créateur des actes, des agents, des causes et de leurs effets : Il a vu déjà dans la prééternité les œuvres de Ses créatures et a déjà entendu leurs paroles secrètes ou avouées. Le sens réel est double : Sa parole est vérité, elle confirme la vérité antérieure, elle met en évidence en faisant voir et en faisant entendre aux croyants les comportements et les secrets des hypocrites et des ignorants qui se cachent derrière lahn al qawl (propos de miel pour anesthésier la conscience et cacher la vérité).

Quelles sont donc la vérité et les nouvelles de ces pigeons voyageurs qui ont pris leur bâton de pèlerin pour discourir dans les mosquées ? Comment Allah a déjà dévoilé leurs nouvelles ?

Ils nous invitent à délaisser nos caves, faisant office de mosquées, pour venir accomplir la salat de l’Aïd au parc Chanot, l’équivalent marseillais du Bourget parisien. A priori il n’y a pas de mal à réunir le plus grand nombre d’orants dans la salat al Jama’â. Le mal est mis en évidence par les versets précédents projetés sur la réalité des nouvelles annoncées et de la vérité du comportement sur les décades passées. Je vais, sans ménager aucune partie, mettre à plat ce que la communauté pense tout bas de ces appareils politico-religieux :

1 – Pourquoi le silence pour ne pas dire le soutien et la complicité de l’agression de l’OTAN et de la France contre la Libye et la Syrie alors qu’Allah a interdit l’alliance stratégique avec les Mécréants agresseurs et interdit le meurtre délibéré d’un musulman ? Pourquoi ne pas rappeler aux pseudo révolutionnaires et aux autorités françaises que notre bien aimé Prophète condamne le combat sous un étendard de confusion dont personne n’ignore les conséquences et les issues ou la sédition armée qui provoque la mort des musulmans et la terreur des populations ? Au nom de quel principe musulman se permettre de donner caution au démembrement et au chaos d’un pays musulman sous prétexte que son gouvernant est despote ou qu’il est mécréant. Où sont les preuves de la mécréance (Kufr Bawah) de Kadhafi ou de Bachar al Assad ? Si ces derniers méritent un traitement que réprouve l’Islam pourquoi votre silence devant la tragédie algérienne et l’abandon du peuple algérien livré aux égorgeurs, aux violeurs ? Pouvons-nous faire confiance à ceux qui se taisent alors qu’Allah les dévoile et les met à l’épreuve de prendre position juste et équitable car ils ont accepté d’être au devant de la scène et en charge des responsabilités.

2 – Pourquoi cet empressement à réunir les Musulmans sous une seule bannière et faire étalage d’une démonstration de « force » par le nombre alors que tout le monde (dans la communauté musulmane et dans les officines et les médias français) sait que les Musulmans de France sont divisés. Les instances officielles de l’Islam de France sont tellement discréditées et sans vocation de rassembler pour les intérêts bureaucratiques et idéologiques de l’Etat français laïciste que les laboratoires français ont envoyé au casse pipe l’imam de Drancy le « pauvre » Chalghoumi. En réalité c’est une opération de subversion dont un des buts est d’envoyer un message clair aux instances officielles de l’Islam de France : soyez efficaces sinon on vous substituera d’autres valets et d’autres auxiliaires.

3 – Plus que Chalghoumi, c’est Sarkozy lui-même qui a détruit le peu de crédibilité sur lequel vous aurez pu, dans une prise de conscience courageuse et sincère, repartir à la conquête et à la mobilisation des Musulmans pour des échéances politiques et des luttes sociales qui leur donnent plus de droits, plus de respect et plus de chances. Les discours lénifiants ont porté Sarkozy qui étaient tranquilles du côté des Musulmans muselés par leurs coreligionnaires partagés entre les complaisants et les extrémistes fanatiques qui se rejoignent dans le même objectif : maintenir la communauté musulmane en marge de son devenir confié à d’autres. Les Musulmans non concernés par le vote et ne pouvant peser sur le résultat des élections, Sarkozy et l’UMP se sont orientés vers une posture islamophobe pour conquérir l’électorat du front national avec comme conséquence une stigmatisation des Musulmans et en contrepartie la situation paradoxale du mutisme et de la confusion des appareils religieux musulmans qui ont perdu toute crédibilité.

4 – A cette perte de crédibilité sur le plan des appareils politiciens s’ajoute l’absence des instances musulmanes sur trois dossiers sensibles qui concernent le vécu existentiel et spirituel du musulman : la viande halal, le cimetière musulman et la mosquée. Pour continuer d’exister, il ne s’agit pas dans l’esprit des élites religieuses de gagner la confiance des musulmans et d’ouvrir des chantiers de réflexion, des débats d’idées et de l’ingénierie de réponse à leurs problèmes car ceci n’est pas dans la culture de ses élites, de se remettre en cause ou d’être remises en cause par une population sans culture citoyenne ni culture musulmane qui imposent le jugement critique, l’examen de conscience et la demande des comptes aux responsables qui ont failli. La solution simpliste est de manœuvrer pour faire une démonstration de force (par le nombre) pour s’imposer contre les concurrents nouveaux qui sentent un terrain libre et facile à conquérir et pour se remettre en selle auprès des autorités françaises.

5 – Pour étayer mes propos de faits simples mais réels, je pose à titre d’illustration le problème de la grande mosquée de Marseille. Pour des raisons politiciennes et économiques (il est plus facile de donner à des associations des locaux que de démolir ou de restructurer des infrastructures vielles et décentrées), les infrastructures du projet de la grande mosquée sont disponibles, mais ce sont les instances musulmanes qui sabotent le projet pour quatre raisons que tout le monde connait. La première est la lutte de pouvoir et de représentativité auprès des autorités françaises. La seconde est le contrôle de la rente et des réseaux clientélistes que chaque entité veut conserver pour elle-même. La troisième raison est le refus inavoué de gérer la Mosquée car sa gestion, eu égard à sa symbolique et à sa taille, va imposer deux règles que les instances musulmanes ne sont pas prêtes à assumer : la transparence et la responsabilité devant les fidèles qui sont antinomiques avec le système de cooptation qui est fondateur de l’Islam français.

Je ne veux pas faire le procès de gens innocents et compétents, mais je ne peux m’interdire de me poser des questions simples dont l’absence de réponses depuis toutes ces années rend ces gens suspects dans leur intention et dans leur agenda. En effet j’ai déjà montré l’inefficacité religieuse, sociale et idéologique de rassembler 100 000 personnes au Bourget sans conscientisation ni consignes ni projet à faire partager. Un euro versé par chaque visiteur et sur cinq ans aurait permis de doter une fondation pieuse (Waqf) d’un demi million d’euros pour réaliser des cimetières musulmans ou des instituts de formation des Imams. Une délégation représentative aurait arraché à l’Algérie le financement intégral de la Mosquée de Marseille car la communauté musulmane est majoritairement algérienne et les relations franco algériennes sont complexes, mais liées. Il n’est pas normal que la France déploie ses écoles et ses instituts culturels en Algérie sans que l’Algérie ne dispose de la réciprocité sur le plan cultuel. Il ne s’agit pas de répéter l’expérience de la Grande Mosquée de Paris, mais d’innover en faisant jouer à l’Algérie ses devoirs et ses droits sachant que les Mosquées appartiennent à Allah et seul Son Nom doit y être évoqué.

Dans le même ordre d’idées se pose la question de la priorité des instances musulmanes : réunir les Musulmans au parc Chanot de Marseille pour exposer leurs bruits, leurs maqroud et leur gentillesse auprès d’une population française de plus en plus islamophobe ou faire une souscription auprès de la plus grande communauté musulmane de France, celle de la région PACA qui pourrait en en seule levée de fond, à raison de 5 euros par personne, réunir 15 millions d’euros. Il y a de quoi construire une grande mosquée avec une université islamique, un centre culturel et une fondation pieuse de solidarité aux pauvres, aux démunis et aux sans bourses d’études. Il ne faut pas avoir peur de dire ce qui fache chez nous et ce qui fait la joie des autres : nos enfants sont mal élevés, nous ne produisons pas d’idées ni d’union ni de force ni d’actions, nous ne faisons que déambuler, exposant à ceux qui nous connaissent mieux que nous nous connaissons notre misère sociale, morale et notre Wahn. Quel est le bénéfice idéologique, politique, social, économique de nous afficher en symbole d’insenséisme et d’inconséquences alors que la priorité est d’éveiller nos consciences à exercer ses devoirs, à construire sa fierté et à imposer le respect à la face du monde de la manière la plus intelligente, la plus discrète, la plus efficace. C’est ce sens des priorités et de l’efficacité qui nous fait défaut et qui continue de nous conduire à notre perte :

قُلْ هَلْ نُنَبِّئُكُمْ بِالْأَخْسَرِينَ أَعْمَالًا

الَّذِينَ ضَلَّ سَعْيُهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَهُمْ يَحْسَبُونَ أَنَّهُمْ يُحْسِنُونَ صُنْعًا

{Dis: «Voulez-vous que Nous vous apprenions lesquels sont les plus grands perdants, en œuvres? Ceux dont l’effort, dans la vie présente, s’est dissipé, alors qu’ils s’imaginent faire le bien.} Al Kahf 103

Je ne peux pas évoquer la construction de la Mosquée sans rappeler que dans l’histoire de la civilisation musulmane la Mosquée a davantage était l’œuvre collective des Musulmans que l’affaire des gouvernants. Un verset coranique que nous lisons avec un cœur dissipé et un esprit distrait nous oblige à trouver la solution par nous-mêmes et à ne pas compter sur un Etat mécréant pour construire et gérer nos lieux de culte :

مَا كَانَ لِلْمُشْرِكِينَ أَنْ يَعْمُرُوا مَسَاجِدَ اللَّهِ شَاهِدِينَ عَلَىٰ أَنْفُسِهِمْ بِالْكُفْرِ أُولَٰئِكَ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ وَفِي النَّارِ هُمْ خَالِدُونَ إِنَّمَا يَعْمُرُ مَسَاجِدَ اللَّهِ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَأَقَامَ الصَّلَاةَ وَآتَى الزَّكَاةَ وَلَمْ يَخْشَ إِلَّا اللَّهَ فَعَسَىٰ أُولَٰئِكَ أَنْ يَكُونُوا مِنَ الْمُهْتَدِينَ

Le verbe ya‘mourou Masàdjid Allah (يَعْمُرُوا مَسَاجِدَ اللَّهِ) est souvent traduit par peuplent, fréquentent ou visitent les Mosquées d’Allah oubliant que la langue arabe du Coran et le sens des versets coraniques lui donnent une signification plus large et plus vraie que la restriction de l’interprétation et de la traduction. Il s’agit d’édifier, d’entretenir, de purifier, de restaurer et de fréquenter le lieu de culte uniquement pas par les Croyants. Il n’est ni logique ni conforme à l’esprit du Coran ni à celui de l’esprit laïciste de construire, de restaurer, de fournir ou de fréquenter une mosquée destinée à l’adoration d’Allah (swt) et à l’étude de Sa Parole. Le contraire serait suspect ou peu crédible ou visant un objectif de cooptation pour endiguer la liberté des Musulmans et confiner leurs devoirs. La preuve de ce que je dis n’est pas mon opinion ni celle d’un linguiste ou philologue arabe, mais celle du Coran qui s’auto explique ou s’auto explicite donnant ainsi le sens le plus judicieux aux versets en amont ou en aval :

أَجَعَلْتُمْ سِقَايَةَ الْحَاجِّ وَعِمَارَةَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ كَمَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَجَاهَدَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ لَا يَسْتَوُونَ عِنْدَ اللَّهِ وَاللَّهُ لَا يَهْدِي الْقَوْمَ الظَّالِمِينَ

{Avez-vous considéré qu’assurer l’eau au pèlerin et entretenir la Mosquée Sacrée, est égal (au mérite) de celui qui croit en Allah et au jour Dernier, et qui s’est efforcé pour la Cause d’Allah ? Ils ne sont point égaux auprès d’Allah. Allah ne Guide point les gens injustes.} At Tawba 19

Imara (عِمَارَةَ) est le substantif du verba ‘amara () et il concerne ici la Mosquée déjà construite dans laquelle les polythéistes veillent au traditions anciennes de son entretien et de la gestion de l’eau Zemzem sans y adorer le Dieu Un et Unique, le Maitre de la Maison sacrée et le Souvcerain des Univers. Comment donc traduire avec fidélité le terme polysémique de ya’mourou et lui trouver l’équivalent en français qui veut dire en même temps édifier, entretenir, restaurer, fréquenter, venir pour y prier, visiter ? Le terme « être astreint » est le plus proche sans contenir l’essentiel qui est l’amour et la dévotion qui se font sans contrainte, sans ostentation. Pour l’instant faute d’avoir trouvé le terme, je préconise une note en bas de page de la traduction

{Il n’appartenait pas aux polythéistes de fréquenter(*) les Mosquées d’Allah, témoignant de mécréance contre eux-mêmes. Ceux-là vaines ont été leurs actions, et ils s’éterniseront dans le Feu. Mais ne fréquente (*) les Mosquées d’Allah que celui qui devint croyant en Allah et au jour Dernier, qui accomplit la prière, qui acquitte la Zakat, et qui ne craint qu’Allah. Ainsi ceux-là seraient du nombre des biens guidés.} At Tawbah 17

(*) Edifier, entretenir, restaurer, purifier, servir, fréquenter, peupler et visiter la Mosquée

6 – Nous savons qu’il faut avoir recours aux sources de la Révélation pour comprendre et traduire le Coran puis le mettre en application selon le Dessein d’Allah et non selon l’opinion des élites religieuses savantes ou ignorantes. Le Prophète a indiqué le cadre de notre réflexion : le Coran, la Sunna et les dires ou décisions des Califes biens guidés ou des compagnons versés dans la science du Coran et de la Sunna. Notre opinion n’a de place que pour « broder » et mettre en liaison les liens qui donnent sens global. Notre tribun du vendredi a justifié la nécessité de délaisser nos caves et nos mosquées de quartier et d’aller tous ensemble prier au parc Chanot de Marseille sans nous donner une référence religieuse authentique qui institue cette pratique. Il s’est contenté de nous raconté son expérience de vie aux Etats-Unis où les Musulmans parcouraient jusqu’à 30 km pour accomplir en groupe les festivités de l’Aïd. Si des prédicateurs se permettent de citer des savants qui deviennent écran voire substitut au Coran et au Prophète, le tribun de ce vendredi va plus loin, il nous prend en exemple une pratique aux Etats-Unis. Nous avons trois questions à lui poser :

La première est celle du Coran qui nous demande de ne pas nous fier aux coutumes des gens, mais de disposer de preuves religieuses incontestables. Chaque nation sera interrogée sur ses mobiles y compris religieux.

Le Croyant ne peut se contenter de dire j’ai eu la foi et de faire comme il veut, il doit montrer les preuves de sa foi et de ses allégations sur le Fiqh et la religion :

وَنَزَعْنَا مِنْ كُلِّ أُمَّةٍ شَهِيدًا فَقُلْنَا هَاتُوا بُرْهَانَكُمْ

{Et Nous avons extrait un témoin de chaque communauté, puis Nous avons dit : « Apportez votre preuve ! »} Al Qasas 75

Quelles sont les preuves qui vont inciter les Musulmans à quitter leur quartier et leur mosquée pour rejoindre une manifestation festive et ostensible dans un climat d’islamophobie ? En cherchant dans les sources, nous trouvons l’avis de savants anciens et modernes qui avancent la recommandation de prier dans une moussalat, le jour de fête, et non dans le Masjid. On attribue cette recommandation au Prophète qui aurait prié des fois dans la mosquée et d’autres fois dans des lieux de prières (moussalat) sans avancer une preuve irréfutable : un hadith authentique ou un avis consensuel des compagnons du Prophète. Il est possible qu’il existe une référence incontestable. Le tribun n’en a pas fait référence et mes connaissances limitées en Hadith ne m’ont pas permis d’infirmer ou de confirmer catégoriquement la prière en un seul lieu pour une même ville, une région ou un grand quartier.

En faisant des recherches, je n’ai trouvé qu’un hadith rapporté par Abou Horeyra qui dit que le Prophète (saws) avait fait une prière de fête dans la mosquée un jour pluvieux. Ce hadith qui sous entend que toutes les prières étaient faites hors de la Mosquée est rapportée par Ibn Màja, Abou Dawoud et Hàkim, mais Al Hafiz a dit que sa chaine comporte un anonyme alors que Dhahabi l’a considéré comme faux (munkar). Si quelqu’un a des références authentiques qu’il nous éclaire, qu’Allah éclaire son visage.

Je vais pousser la logique contradictoire jusqu’à ses extrêmes : en supposant qu’il existe une norme religieuse qui rend obligatoire la prière de l’Aïd en une assemblée dans une ville ou dans un village est-ce que cette norme donne crédit pour se réunir comme des moutons derrière un objectif plus politique que religieux ? Est-ce que l’existence de la preuve religieuse donne caution morale pour aller prier derrière un imam dans un parc ou dans une salle d’exposition où le nom d’Allah est profané chaque jour ? Est-ce que l’existence de la référence irréfutable pour une pratique que les madhahib (écoles doctrinaires) examinent avec divergence sur son obligation alors que l’obligation sur laquelle il n’y a aucune divergence est bafouée : ne pas encourager la sédition armée, ne pas cautionner l’agression d’un pays musulman par un agresseur musulman ou non musulman, ne pas se ranger derrière ceux qui ne font la cause des musulmans leur cause principale comme est le cas de la cause de la Palestine où rien de concret n’est fait pour expliquer, dénoncer et refuser les crimes sionistes ?

La seconde est celle de la comparaison la plus judicieuse en l’absence de références religieuses irréfutables. La majorité de la communauté musulmane en France est d’origine maghrébine et la question se pose : pourquoi aller au Etats-Unis et laisser l’Algérie voisine musulmane à 100% ? Le peuple algérien a un problème avec ses gouvernants despotiques, mais n’a pas de problème avec la pratique de sa religion. Pour des raisons culturelles et sociologiques le Musulman en France est plus sensible à ce qui se passe en Algérie, au Maghreb ou en Arabie saoudite qu’aux Etats-Unis.

La troisième question est sans doute la réponse : La référence aux Etats-Unis n’est qu’une manière détournée de faire référence au monde anglo-saxon. Il s’agit en quelque sorte de mettre en exergue le communautarisme anglo-saxon contre le non communautarisme français. Je suis obligé de pousser cette logique non dite jusqu’à ses limites en posant d’autres questions qui montrent que les instances religieuses musulmanes veulent présider la destinée des Musulmans alors qu’elles ignorent les grands enjeux de société dans le monde occidental et qu’elles ignorent l’histoire de sécularisation de la France considérée comme le pays le moins religieux dans le monde. La première question –  est-ce que vraiment le communautarisme anglo-saxon est profitable aux communautés musulmanes vivant en Angleterre et aux Etats-Unis ou n’est-ce pas plutôt une forme de discrimination très subtile que l’Empire britannique a construit durant sa longue domination du monde qui lui permet hier comme aujourd’hui de faire gérer les communautés par les élites de la communautés qui œuvrent pour la sécurité et la prospérité de l’Empire tout en économisant l’effort de répression directe et brutale que les Français ne savent pas réaliser par différence culturelle avec les Anglais ? Qui nous dit que la France ne pratique pas le communautarisme ? Il faut lire l’histoire de l’Algérie, des migrants en France et de leur parcage dans des ghettos urbains et socio professionnels pour voir qu’au nom de l’intégration après l’assimilation, la France a toujours pratiqué le communautarisme qu’elle occulte en termes de communication pour avoir bonne conscience avec ses symboles et ses déclarations.

Enfin la dernière question, la plus subversive, mais la plus pertinente, si ces élites veulent conduire la communauté musulmane à bon port et œuvrer pour l’Islam authentique : Est-ce que l’intérêt de la communauté musulmane et la promotion de l’Islam comme alternative à l’impasse civilisationnelle est dans le communautarisme et les démonstrations communautaristes stériles et ostensibles ?

Dans ces non-dits survolés sur le communautarisme, nous avons eu droit à ce qui fait mode aujourd’hui dans la communauté musulmane : la création d’écoles musulmanes. On dirait que le même mot d’ordre est lancé : l’école musulmane apporterait une plus value car elle va enseigner l’arabe, la civilisation islamique et le Coran. Il faut avoir le courage de dénoncer cette approche simplificatrice que l’expérience met en exergue les fausses allégations et ses limites. La communauté commorienne plus pauvre et plus stigmatisée que la communauté maghrébine a mis en place depuis sa présence, plus récente que celle des Algériens en France, des écoles coraniques et des écoles de langue arabe qui sont fréquentées avec assiduité. L’école en marge de la société n’est valide que si elle est destinée à un corps diplomatique ou des résidents de passage et qui veulent conserver l’éducation, la culture, la langue et les diplômes de leur pays d’origine. L’expérience a montré que la famille et les associations peuvent apporter le complément culturel, religieux et pédagogique qui manquent aux élèves si la société s’investit dans ces associations d’une manière efficace, soutenue et durable. La problématique de l’école que les Musulmans ne veulent pas voir par précipitation, par activisme ou par intérêt lucratif est dans l’excellence que cette école ou ce collège ou ce lycée doit apporter en terme de pédagogie, de didactique, de docimologie, de plateau technique et de participation des parents dans le suivi de la progression de leur progéniture. Si les Musulmans de France ont le souci de ne pas se confiner dans une posture schizophrénique et s’ils ont conscience que leur devoir est au-delà du communautarisme car ils ont pour vocation de témoigner aux autres, alors toute séparation des autres est une faute.

Les Musulmans peuvent créer des établissements à l’instar des écoles juives ou catholiques, mais ils doivent prendre garde à trois choses. Comment financer ces écoles pour ne pas connaitre une nouvelle fois des expériences avortées. Comment être ouvert sur le corps enseignant pour recruter les meilleurs enseignants. Ce serait mortel de faire le choix en mathématique ou en physique chimie ou autre matière sur des critères religieux alors qu’il s’agit d’aligner des compétences pédagogiques qui amènent l’apprenant vers la compétence à être d’actualité dans les défis scientifiques et technologiques de demain. Ce serait intéressant avant de se lancer de faire l’étude des expériences des établissements des jésuites dans le monde arabe et voir leur capacité de gestionnaires et leur compétence pédagogique de fournir un enseignement de qualité et des promotions de hautes performances sans que les Musulmans ne soient agressés par un culte étranger à leur culture. Dans cet ordre d’idées ce serait commettre une erreur irréparable que de faire de l’école privée musulmane un lieu réservé pour les Musulmans. La valeur ajoutée est dans la performance et non dans le ghetto ou le sectarisme religieux. Enfin, en termes de valeurs ajoutées, il y a lieu comme lors d’une création d’entreprise de faire une étude marché entre l’offre et la demande d’une part et de faire l’étude des besoins et des manques à combler.

Je n’apporte pas de réponse mais je pose la question au vu de la situation catastrophée de l’école française, de son marché du travail et de la sociologie pédagogique de la communauté musulmane, s’il n’est pas plus judicieux d’aller vers la création d’établissements de formation professionnelle qui assurent des débouchés à un marché demandeur et à une population tenue en échec scolaire que vers les formules classiques de reproduction d’un système scolaire qui demande à être rénové. Adjoindre des matières islamiques à un système en détresse ne va pas changer l’équation fondamentale de l’échec ni répondre à la question : quelle école pour quel public ?

7 – Tous ces problèmes relèvent davantage du politique que du religieux et les erreurs peuvent coûter cher en termes politiques sans avoir des répercussions graves sur la religion et la pratique de la religion. Cependant, quand l’assistance qui vient encadrer l’Imam de circonstance a dans son sillage des instituts, des conférences, des appareils et autres représentations de notoriété sociale, intellectuelle et religieuse, j’ai le devoir de m’interroger sur le transfert aux jeunes de l’amour de la vérité, de la justice et de l’exactitude ainsi que de l’inspiration de l’amour pour Allah et Son Noble Prophète lorsque le Coran est mal traduit dans des passages censés être des rituels de chaque jour, de chaque heure. En effet quand on entend la traduction de ce verset :

إِنَّ اللَّهَ وَمَلَائِكَتَهُ يُصَلُّونَ عَلَى النَّبِيِّ يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا صَلُّوا عَلَيْهِ وَسَلِّمُوا تَسْلِيمًا

{Certes, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez [lui] vos salutations.} Al Ahzab 56

Quand on vient donner des leçons de religion, l’important n’est pas la rhétorique ou l’érudition affichée devant un auditoire qui a appris depuis trop longtemps à ne pas contester le tribun ni à méditer ses paroles, mais la considération et la vénération de la parole d’Allah. Un verset ou un mot du Coran n’est pas la parole d’un poète, d’un journaliste ou la répétition d’un homme pris dans l’engrenage de l’habitude à dire sans ressentir le sens de ce qu’il dit ni sa portée religieuse. Tout manquement à la parole d’Allah par insouciance, habitude, ignorance est condamnable et par ce fait il ne donne pas le droit ni la prétention à conduire la destinée de la communauté.

Comment prétendre conduire la destinée de la communauté alors qu’en manquant de justesse et de vérité sur la Parole d’Allah on tombe sous le coup de ce verset réprobateur :

مَا قَدَرُوا اللَّهَ حَقَّ قَدْرِهِ إِنَّ اللَّهَ لَقَوِيٌّ عَزِيزٌ

{Ils n’ont pas considéré Allah comme Il le mérite ; Allah est certes Fort et invincible.} Al Hadj 74

En effet Allah ne prie pas sur Son Prophète, les Anges ne prient pas sur le Prophète, nous ne prions pas sur le Prophète. Le verbe prier en Arabe (Salla) ne doit pas être traduit littéralement et automatiquement. Tous, y compris le Prophète (saws) nous prions Allah dans le sens où nous lui vouons le culte pur et sincère exclusivement dévoué à lui et dans le sens aussi où nous l’invoquons de nous accorder Sa Miséricorde et tout ce qui entre sous les propriétés de la miséricorde comme l’amour, la clémence, la protection, l’absolution, le salut, le paradis… Nous l’invoquons aussi de nous accorder la bénédiction de nos efforts, de nos biens et de notre famille ainsi que tout ce qui entre sous les propriétés de la bénédiction comme la santé, la réussite, la prospérité, l’abondance, la science, la satisfaction de nos désirs, le comble de nos manques, et la mise à notre disposition des moyens…

Allah ne prie pas sur nous, mais Il répond globalement et par sagesse à tout ce que nous pouvons désirer ou redouter sous forme « générique » de miséricorde et de bénédiction. Il est de même pour les Anges qui ne prient pas sur nous, mais qui invoquent Allah en notre faveur pour qu’Il nous accorde miséricorde et bénédiction.

Allah ne prie pas sur le Prophète, mais Il l’assure de lui accorder Al Maqam Al Mahmoud (la station de la grâce, la posture louable), Al Wassila ( l’intercession pour la communauté et la place la plus honorable du Paradis , al Fadila (l’excellence) et ad Daraja ar rafi’â (rang élévé au Paradis et excellente renommée jusqu’à la fin des temps). Sur un plan « générique » Allah lui accorde sa Miséricorde et Sa bénédiction.

Les Anges et les Croyants ne prient pas sur le Prophète (saws), mais invoquent Allah de lui accorder Miséricorde et Bénédiction dans le sens où le Prophète a explicité ces deux notions pour lui.

Par ailleurs nous envoyons nos salutations au Prophète car il est vivant dans nos cœurs et vivant à travers le Coran qu’il nous a révélé et la Sunna qu’il nous a laissée. Il répond à nos salutations et à nos évocations de sa personne.

La traduction qui correspond au mieux au sens des versets coraniques est la suivante :

Certes, Allah Est Tout-Miséricorde envers le Prophète, et les Anges implorent pour lui le bien. O vous qui êtes devenus croyants, invoquez Allah pour lui et adressez-lui vos salutations.(*)} Al Ahzab 56

(*) Lorsque le nom du Prophète est évoqué, le Coran et la règle prophétique exigent – par considération pour sa noblesse, son sacrifice et son œuvre par lesquels nous sommes devenus par la grâce d’Allah musulmans – que l’on accompagne son nom ou son évocation de la formule :

صلى الله عليه و سلم

« Qu’Allah lui Accorde miséricorde et bénédiction, et qu’Il lui transmette nos salutations ».

Conclusions :

Le Coran nous donne le chemin à suivre si on se donne le temps de le lire avec des yeux de vivants, de lire le monde avec des yeux de responsables et si on accepte enfin de renoncer à la stratégie du serpent qui se mord la queue ou de la montagne qui accouche d’une souris : Mobilisons nous pour un authentique Jihad compris comme s’efforcer de faire le maximum d’effort pour plaire à Allah sans chercher la complaisance et les jeux d’appareils. L’islam et le Jihad doivent primer sur toute autre considération, mais pour celà il faut commencer à renoncer aux faux fuyants et aux faux brillants :

{Avez-vous considéré qu’assurer l’eau au pèlerin et entretenir la Mosquée Sacrée, est égal (au mérite) de celui qui croit en Allah et au jour Dernier, et qui s’est efforcé dans la Cause d’Allah ? Ils ne sont point égaux auprès d’Allah. Allah ne Guide point les gens injustes.} At Tawba 19

Avons-nous tiré leçon des Juifs qui se sont imposés en France pour le compte de l’entité sioniste sans faire des démonstrations festives de masse ? Ils ont construit leur force, alors qu’ils étaient des bouc-émissaires et des populations stigmatisées en s’impliquant dans la mise en place de réseaux efficaces pour que chaque Juif instruit et compétent apporte ce qui manque au Juif moins compétent et moins instruit. Par la culture du réseau et la même idéologie qui rassemble les religieux et les non religieux, ils ont étendu leur réseau progressivement sans bruit sur le commerce, l’économie, les universités, les médias, les partis politiques. Contre tous les préjugés et tous les stéréotypes du Juif riche, radin et puissant mais méprisables, ils ont construit leur grandeur et leur invulnérabilité qui les rend au dessus des Français de « souche ».

Avons-nous appliqué les règles de bienséance et de préséance de l’Islam qui veulent que le maitre des lieux préside la prière même si son invité est plus savant que lui ? S’il y avait stratégie de communication, volonté d’efficacité pour le compte de la communauté et confiance entre « chefs », l’imam de la mosquée de notre quartier a les compétences de tenter de nous convaincre de rejoindre le bain de foule à Chanot pour l’Aid prochain. Les anciens et les jeunes attachés à leur cave faisant office de moussalat n’iront nulle part et tout le monde le sait. Tout le monde sait que ce serait une sortie festive. Les mères de familles iront à Chanot comme elles avaient l’habitude d’aller à Mac Donald ou à Quick.

Est-ce que les organisateurs de ce genre de festivités ne savent pas que les jeunes et moins jeunes instruits et politisés connaissent la vérité ? La vérité est dans le rituel de faire de ce rassemblement une tribune politique pour donner la parole non seulement à des élites en manque de représentativité pour asseoir leur autorité, mais aussi à des politiciens français non musulmans (maires, députés etc…) qui ont l’occasion de travailler le clientélisme électoral et travailler sur le mental réceptif des musulmans en leur faisant  la leçon civique profitant de leur position agenouillée.

Enfin, en salle d’exposition ou dans une cave, l’essentiel qui est le sermon ne suit ni l’actualité ni les soucis ni le reveil des consciences indolentes et personne ne semble encore voir l’ennui des orants qui attendent avec impatience la fin des longs discours creux et redondants.

Omar Mazri

Hadith – Divergence et diversité : Miséricorde ou malédiction ?

La divergence de ma communauté est une miséricorde اختلاف أمتي رحمة

Ce hadith est l’un des  plus controversés. Certains savants réfutent son authenticité alors que d’autres citant Al Albani le considèrent comme authentique. Sans entrer dans le débat de la chaine de transmission et des transmetteurs qui peuvent être authentifiés comme crédibles alors que le contexte du hadith qui éclaire son sens, sa portée et ses circonstances n’est pas mis en exergue, laissant la communauté en divergence sur un hadith qui traite de la divergence. C’est la pire des catastrophes quand on a à l’esprit le hadith où le Prophète implore Allah de ne pas infliger de catastrophe dans la religion de sa communauté (mauvaise compréhension et mauvaise application de l’Islam).

A – Raisonnement logique

Si on utilise le raisonnement logique on voit que le  syllogisme qui s’est construit sur le vrai ou faux hadith est fallacieux en posant les règles logiques élémentaires qui vont nous mettre en évidence ou bien la fausseté du hadith ou l’imposture intellectuelle de son interprétation :

  • Divergence  >>>>>  Miséricorde
  • Miséricorde  >>>>>> Divergence
  • Convergence >>>>>>  Malédiction

Ce qui est absurde pour l’esprit sensé. Mais pour l’esprit insensé cela n’est pas absurde car il se contente par formalisme et bigoterie de répéter ce qu’il a entendu sans chercher à imprimer dans sa conscience l’idée vraie ou le principe du sens. Cet esprit insensé est l’esprit qui règne en maitre dans l’univers des idées, des comportements du savoir et de la gouvernance du monde musulman et que Malek Bennabi décrit dans le faux syllogisme : «  l’Islam est parfait ; nous sommes musulmans ; nous sommes donc parfaits … parfait comme le néant». A partir de ce constat fondé sur un énoncé faux et des prémisses fausses,  nous ne faisons plus l’effort de réfléchir à notre régression ni la voir ni entreprendre des solutions.

La logique élémentaire nous montre l’erreur et met en évidence l’énoncé coranique qui doit nous faire interroger sur notre statut de musulman sans que moi ou quelqu’un d’autre ne devienne un censeur sur les consciences puisqu’il lui suffit de se comparer à l’esprit du  bédouin réfractaire à l’Islam car il ne veut ni être libéré ni être civilisé ni  donner primat du spirituel sur le temporel :

{Les réfractaires des nomades du désert te diront : « Nos biens et nos familles nous préoccupèrent, implore pour nous l’absolution ! » Ils disent par leurs langues ce qui n’est pas dans leurs cœurs.} Al Fatah – v11

{Les nomades du désert sont plus forts en mécréance et en hypocrisie, et plus aptes à ne pas connaître les normes de ce qu’Allah A Révélé à Son Messager} At Tawbah – v97

{Les bédouins dirent : « Nous sommes devenus  croyants ». Dis : « Vous ne êtes devenus pas croyants, mais dites : “Nous sommes devenus Musulmans [en apparence] ”, car la foi n’est pas encore entrée en vos cœurs ».} Al Hujurate –  v14

La même logique élémentaire nous montre dans le Coran la seconde erreur qui consiste à se croire parfait alors que si nous étions musulmans nous aurions pris conscience que nous sommes des êtres qui sommes perfectibles en quête de perfection.

{Ne faites donc pas votre propre éloge. Il Est Plus-Scient de celui qui a été pieux.} An Nadjm – v32

Nous vivons tous, savants ou étudiants, gouvernés ou gouvernants, hommes ou femmes, loin de l’éthique des Salafs : L’examen de conscience et l’auto critique qui rendent l’esprit vigilant et la crainte des sensualités des plaisirs mondains, des rentes de pouvoir politique ou d’autorité religieuse que la sourate An Nadjm interdit. Sinon nous aurions pris conscience d’une manière dramatique que si nous sommes en divergence dans la compréhension de notre religion et du monde dans lequel nous vivons c’est que nous sommes toujours en régression. Notre régression relève  soit de notre foi imparfaite soit de notre système de représentation du monde erroné du fait de notre système éducatif et formatif, soit de notre comportement futile qui confond les priorités et entretient la confusion,  soit tout simplement de l’obsolescence de nos références  bibliographiques ou socio historiques dans l’étude de la religion, de la société et de l’avenir car nous importons des problèmes et des solutions d’un passé révolu à un présent dont les contradictions sont loin d’être résolues par nos mentalités rétrogrades. Nous faisons le contraire de nos Salafs. Eux ils ont évolué et progressé en imitant personne car en faisant du Prophète leur modèle et du Coran leur méthodologie, ils ont été des pionniers, des édificateurs, des facilitateurs.  Nous revenons en arrière piétinant le passé en faisant son apologie ou en entrant dans la polémique sur ce qui ne peut pas changer le cours de notre destin, brisant ainsi le fil conducteur vers l’avenir :

{Et ne soyez pas comme celle qui a défait son filage, à rebours, après l’avoir solidement filé} An Nahl – v92

Par le raisonnement logique élémentaire et une culture musulmane basique nous parvenons à mettre en doute ou la  validité du hadith ou la crédibilité de sa signification.

B – L’attitude du Musulman face aux divergences :

Si nous sommes divergents sur ce hadith, Allah (swt) nous ordonne en cas de divergence de revenir au Coran en priorité car le Coran est le moule qui a formé le Moi Mohammadien et l’a fait parler comme véhicule d’expression, comme modèle d’impression dans les consciences et  agent de facilitation et d’explicitation et non l’inverse :

{Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour Dernier. Cela est un bien et d’une meilleure interprétation. N’as-tu donc pas vu ceux qui prétendent qu’ils croient en ce qui te fut Révélé et en ce qui fut Révélé avant toi ? Ils veulent recourir au Taghut comme juge, alors qu’il leur a été commandé de mécroire en lui, et Satan veut les fourvoyer un profond fourvoiement. Et si on leur dit : « Venez-en à ce qu’Allah Révéla et au Messager», tu verras les hypocrites te rebuter de vrais rebuts. Qu’en sera-t-il alors si un malheur les frappe, en raison de ce que leurs mains ont commis, et qu’ils viennent à toi ensuite, jurant par Allah : « Nous n’avons voulu que faire le meilleur, et une réconciliation ! » Ceux-là, dont Allah Sait ce qui est en leurs cœurs, détourne-toi d’eux, exhorte-les, et dis-leur sur eux-mêmes des paroles persuasives.} An Nissa, v59 à v63

Le texte coranique, son contexte et son exégèse mettent la lumière non sur une différence ou une diversité admissible mais sur un désaccord majeur et inadmissible car mettant en jeu des croyances, des comportements, des postures et des intérêts diamétralement opposés. Dans ce cas évident, ce n’est pas la divergence qui est miséricorde mais l’arbitrage qui tranche pour concilier, réconcilier ou donner droit à l’ayant droit et mettre fin à la divergence, qui est la Miséricorde. Isoler le fabricant de divergence et le combattre intellectuellement, politiquement et socialement pour éviter la discorde et la subversion dans les rangs des musulmans est un devoir donc une miséricorde pour les Musulmans.

Si jamais nous lisons ces versets d’une manière sélective, hâtive  et  farfelue nous aurions alors commis un grand pêché car nous serions allés contre le sens évident de ces versets et contre le dessein du Coran. Le dessein Divin exprimé dans le Coran n’a pas fait du Coran une divergence ni n’a toléré la divergence pour que nous fassions d’un hadith du Prophète (saws) une divergence ou pire encore une invitation à la divergence. Comment imaginer le Prophète inviter à la divergence ou imaginer un Musulman sensée croire qu’il puisse inviter à la divergence ou mieux encore la considérer comme une divergence alors qu’elle sape l’unité de la communauté et sa fraternité :

Comment tolérer cette confusion alors que 17 fois par jour, au moins, nous répétons :

{Guide-nous vers le chemin de rectitude} Al Fatiha  – v6

Comment tolérer cette confusion alors que le Coran lui-même s’affiche dès les premiers versets comme « sans aucun doute » ne tolérant aucune posture idéique ou spirituelle menant vers l’embarras, la confusion, l’obscurité, l’absurde, l’insensé, le scepticisme, l’indétermination, l’incertitude, l’équivoque, l’ambigüité, la suspicion et tout facteur qui puisse semer la contradiction, l’erreur, la confusion ou  l’égarement :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux} Al Baqara – v1

Comment tolérer cette confusion alors qu’il est la norme de notre raisonnement, de notre comportement, de notre jugement et qui s’affirme comme évidence, clairvoyance, critère, rectitude, infaillibilité, vérité, réalité incontestable :

{Et Nous te Révélâmes le Livre explicitation de toute chose, et Direction infaillible, et Miséricorde, et bonne nouvelle pour les musulmans.} An Nahl – v89

L’Islam est venu mettre fin au doute, à la confusion et aux divergences en apportant les clarifications et à cet effet il a accordé l’infaillibilité à Son Prophète (saws) qui allait affronter jusqu’à la nuit des temps les détracteurs, les contradicteurs, les négateurs et les sceptiques jusqu’à la nuit des temps :

{Par l’étoile quand elle tombe, votre compagnon  n’a été ni fourvoyé ni induit en erreur, et il ne prononce rien de sa propre passion. Ce n’est qu’une inspiration  inspirée. L’a instruit le fort-puissant(Gabriel), doué d’une perspicacité authentique, accompli, alors qu’il se trouvait à l’horizon supérieur, puis il s’approcha et se pencha. Il fut alors comme le centre d’un arc ou plus près encore. Alors Il Inspira à Son dévoué ce qu’Il A Inspiré.} An Nadjm – v1

C – Différenciation  sémantique dans le Coran entre diversités et divergence.

1 – Le terme اختلاف signifie différence, diversité ou alternance.

Toute la création témoigne de la loi de l’harmonie où on voit la diversité et les variations dans l’unité et où on voit en même temps l’unité se manifester par des différences pour témoigner de l’Unicité d’Allah :

{Votre Dieu est un Dieu Unique. Il n’y a d’autre Dieu que Lui, le Miséricordeur, le Miséricordieux. Il y a certes dans la création des Cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est profitable aux Hommes, dans ce qu’Allah Fit Descendre d’eau, du ciel, avec laquelle Il Ranima la terre après sa mort et y Insuffla de tout être vivant, et dans les effets des vents et les nuages assujettis entre le ciel et la terre, des Signes pour des gens qui raisonnent.} Al Baqara – v164

{Et parmi Ses Signes : la Création des Cieux et de la terre, et la diversité de vos langages et de vos couleurs. Certes, il y a en cela des Signes pour les savants.} Ar Rum – v22

Que le hadith soit authentique ou faux il ne change rien à la réalité du monde. Allah est Un. Tout ce qui n’est pas lui est multiple, divers. Il serait par contre absurde de donner au terme Ikhtilaf  le sens de divergence alors que le sens de diversité, de différenciation, de variétés, d’alternance et de différences est là pour signifier la bénédiction, la richesse, la miséricorde. Sans cette différence, il ne pourrait y avoir miséricorde, amour, attraction et quête de complémentarité pour former le couple dans l’humain et dans toute la création :

{Et parmi Ses Signes : qu’Il A Créé pour vous, de vous-mêmes, des conjoints afin que vous y trouviez quiétude, et A Mis entre vous affection et miséricorde. Certes, il y a en cela des Signes pour des gens qui méditent.} Ar Rum – v21

2 – Le terme اختلاف signifie divergence, contradiction, opposition

Allah envoie un Prophète pour remettre les communautés humaines sur le droit chemin, la concorde et la saine Fitra. Jésus a été envoyé à un peuple éclaté, fragmenté et dispersé. Il y avait les romanisant ceux qui étaient fascinés par l’administration et la force militaire de l’empire romain à qui soient ils prêtaient allégeance, soit ils cherchaient à s’en libérer et à trouver un roi de leur race et de leur religion pour les gouverner et partir à la conquête des autres peuples. Il y avait les hellénisants qui voyaient dans la rhétorique, la philosophie et l’esthétique grecque le summum de la culture et qui parlaient le grec alors que les autres parlaient le latin. Il y avait les Pharisiens ces bigots hypocrites et formalistes serviteurs du temple et amis des marchands et des pouvoirs et qui cherchaient à instrumentaliser la religion à des desseins personnels. Il y avait les intégristes qui voulaient revenir à la loi de Moise et l’appliquer à la lettre et avec rigorisme dans une société devenue licencieuse. Cette communauté  fragmentée comme la notre en ces temps étaient en divergence de vision doctrinale, civilisationnelle, sociale, politique, culturelle avant, pendant et après Jésus :

{Et quand Jésus vint avec les évidences, il dit : « Je suis venu à vous avec la sagesse, et pour vous montrer un peu de ce sur quoi vous divergez ; craignez donc Allah et obéissez-moi. Certes, Allah Est mon Seigneur et votre Seigneur, adorez-Le donc, cela est un chemin de rectitude ». Alors les factions divergèrent entre elles. Malheur à ceux qui furent injustes du châtiment d’un Jour douloureux !} As Zukhruf – v63

Ainsi la divergence sur Jésus s’est maintenue jusqu’à notre temps : Sur sa déité, sa mort, sa crucifixion, son Évangile entre les Juifs et les Chrétiens, entre les Chrétiens et les Musulmans et entre les Chrétiens eux-mêmes

{Lorsque Allah Dit à Jésus : « Je Vais te Rappeler, Je t’Élèverai vers Moi, Je te Purifierai de ceux qui sont devenus  mécréants et Je Mettrai ceux qui t’ont suivi, au-dessus de ceux qui sont devenus  mécréants, jusqu’au Jour de la Résurrection. Ensuite vers Moi sera votre retour et Je Jugerai parmi vous sur ce dont vous divergiez.} Al ‘Imrane – v54

Sur les voies doctrinales, méthodologiques, idéologiques et religieuses entre les Juifs, les Chrétiens, les Mécréants et les Musulmans, il y une divergence fondamentale car elle touche le dogme et le credo de la foi. Sur le plan de l’arbitrage par la loi ou par le recours à une norme, il y a jugement impartial que s’il y a divergence qui rend les convictions et les intérêts inconciliables ce qui n’est pas le cas dans la diversité et la différence où la coexistence est possible et ce n’est pas le cas dans  l’alternance ou la succession dans le temps fait que l’un disparait ou devient dominé alors que l’autre émerge et devient dominant le temps d’accomplir son cycle de vie et de le mener au terme prescrit. Le verset suivant est dans un contexte de divergences, d’opposition et de positions inconciliables :

{Juge donc entre eux d’après ce qu’Allah A Révélé. Ne suis pas leurs passions au lieu de ce que tu as reçu de la Vérité. A chacun d’entre vous Nous Fîmes une Loi et une Méthode. Si Allah le Voulait, Il vous Aurait Fait une seule communauté, mais c’est pour vous éprouver en ce qu’Il vous A Donné. Concourez donc en œuvres de bienfaisance. Vers Allah sera votre retour en totalité. Il vous Informera alors sur ce dont vous divergiez.} Al Maida – v48

Le Coran est un miracle et un de ses miracles est la polysémie et le niveau d’intelligibilité. Il forme l’intelligence et la démarche de tisser des réseaux de sens pour que le Musulman affronte un monde d’épreuves, de contradictions et de confusions et l’intelligence est nécessaire pour clarifier et ne pas se tromper ni sur les enjeux ni sur les alliés ou les ennemis. Par ailleurs il s’ouvre comme un accordéon : Il est accessible à tout un chacun pour lui donner le sens juste mais il réserve les sens complexes et le ravissent intellectuel et spirituel à ceux qui le parcourent avec amour et intelligence leur dévoilant ses joyaux de sens sans fin faisant de la méditation sur le Coran un appétit insatiable et exigeant à la fois.

Ce principe de polysémie fait que le Hadith sur al Ikhtilaf  اختلاف أمتي رحمة   –  qu’il soit authentifié ou non authentifié – ne peut et ne doit être compris que comme « la diversité de ma communauté est une miséricorde »

D –  Le sens authentique

Allah a parachevé cette religion par l’ultime Révélation et l’ultime Prophète et de plus Il l’a rendue facile pour qu’il n’y ait point de divergences qui sapent l’unité, la grandeur et la fraternité d’une communauté appelée à coordonner ses efforts en synergie, à coopérer chacun apportant sa grande ou modeste contribution, à fédérer les différences et les diversités comme une bénédiction :

{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Seigneur, adorez-Moi. Mais ils divergèrent entre eux. Ils seront tous ramenés vers Nous.} Al Anbiya – v92

Il vous Légiféra de la religion ce qu’Il Avait Commandé à Noé. Et ce que Nous t’Avons Inspiré, et ce que Nous Commandâmes à Abraham, à Moïse et à Jésus : instaurer la religion et n’y divergez point. As choura – v13

Si à ces versets éloquents on ajoute le hadith qui affirme que jamais la communauté musulmane ne se réunit sur un égarement nous sommes dans la consécration de la diversité et la réfutation totale de la divergence.

Pour se donner une compréhension de la diversité dans l’Islam il faut voir la divergence comme des véhicules marchant à sens opposé sur une route étroite et qui finissent pas se télescoper. Il faut voir la diversité et les différences comme des véhicules différents allant dans le même sens sur une autoroute à sens unique et assez large permettant une certaine autonomie dans la vitesse et le dépassement. La différence autorise des niveaux de compréhension différents. C’est comme des vecteurs colinéaires sur une même direction et de même sens mais à des intensités et des positions différentes du fait de l’assise intellectuelle et de l’expérience différente. C’est un peu le sens du verset :

{Ceux qui ont lutté en nous nous les guiderons vers nos voies. Certes Allah est avec ceux qui agissent au mieux} Al ‘Ankabout – v69

En effet on ne doit pas trouver des voies opposées car ce ne serait plus une communauté mais des communautés en opposition ou plutôt deux sectes. Il est entrain de nous arriver ce qui est arrivé aux Gens du Livres comme le dit le Coran diverger non par ignorance mais diverger en possession de science et de savants :

{Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences. Ceux-là auront un immense châtiment.} Al ‘Imrane – v105

{Et ils ne se désunirent, par tyrannie entre eux, qu’après avoir reçu la Science. Et ne fût-ce un Décret préalable de ton Seigneur, jusqu’à un terme fixé, c’en aurait été fait parmi eux.} As Choura – v14

E – Pourquoi ces contradictions et ces divergences

Nous sommes fragmentés par le Wahn à l’image de la colonisation qui nous a habités faisant de nous ce puzzle issu de  Sykes-Picot et de l’implantation sioniste que Sheikh Azzedine Al-Qassam a décrit : «Sans l’Islam, nous ne sommes que des tribus sans lien, chacune préoccupée par ses propres considérations étroites. »

{Si ton Seigneur Voulait, Il Aurait Fait les Hommes une seule communauté. Et ils continuent à diverger. Sauf ceux que ton Seigneur Prit en Sa Miséricorde. Et c’est pour cela qu’Il les A Créés.} Hud 118

Sur ce verset à titre d’exemple nous pouvons à la suite des savants et des exégètes avoir des interprétations différentes sur les quêtes de sens que nous devons effectuer  pour comprendre la création humaine, la portée et la dimension de l’adoration d’Allah, sur les missions à réaliser pour bénéficier de Sa Miséricorde. Si nous nous inscrivons dans une logique insensée pour être divergent sur la foi, le culte et la charia c’est que les mots ne signifient plus rien. La diversité de lecture d’un hadith ou d’un verset ne peut amener à la divergence car celle-ci est le refus  de l’inégalité dans l’intelligence, la sensibilité et la compétence de lire et tirer signification. La diversité c’est accepter toutes les lectures puisque l’essentiel n’est pas nié en l’occurrence : Allah est le Créateur, Allah est l’Adoré, Allah est le Miséricordieux ; l’homme est la créature devant adorer Allah, l’indigent qui a besoin de la miséricorde divine, l’intelligence qui cherche à comprendre et qui  se distingue  dans la manière,  le contenu  et la finalité de sa compréhension et de ses sources de savoir. C’est la prérogative et le sage dessein divin de créer les différences et de faire de ces différences l’expression de Sa Miséricorde et de Sa Bénédiction pour l’humanité :

{Ces Messagers-ci, Nous Avons Préféré certains d’entre eux à d’autres : il en est à qui Allah A Parlé, et Il Éleva certains d’entre eux quelques degrés} Al Baqara 253

{Nous Élevons qui Nous Voulons de quelques degrés. Certes, ton Seigneur Est Sage, Omniscient.} Al An’âme 83

{C’est Lui qui Fit de vous des remplaçants sur terre, et Éleva certains d’entre vous au-dessus d’autres, de quelques degrés, pour vous Éprouver en ce qu’Il vous A Donné. Certes, ton Seigneur Est Prompt à la punition et Il Est sûrement Pardonneur, Miséricordieux.} Al An’âme 165

La divergence c’est quand il n’y a plus de convergence sur les références du savoir et de l’action, la finalité des buts et l’éthique des moyens. La divergence c’est quand il n’y a plus d’accord sur le sens à donner, la voie à emprunter, la solution à choisir du fait de l’ignorance ou de la confusion sur la compréhension des prescriptions divines et des enseignements mohammadiens allant à la fracture sociale, à la discorde, à la haine et à la violence verbale ou physique.

La question qui frappe l’esprit est celle de la divergence des savants censés représenter la communauté et la fédérer au lieu la fragmenter et de la dissiper. La réponse est complexe car il faut revisiter notre histoire et notre patrimoine intellectuelle et remettre de l’ordre aussi bien dans notre passé que dans notre pensée. Dans cette obsolescence intellectuelle Il y a le poids de l’acquisition et des institutions du savoir qui produisent d’un côté le savant et de l’autre qui produisent le consommateur de son savoir et qui sont tous deux frappés des mêmes carences celles de la décadence du monde musulman qui a produit le colonisable incapable de produire une pensée saine, celle de l’effraction du colonialisme qui a produit le colonisé incapable de réfléchir en termes de libération et de civilisation et celles de l’importation mimétique des choses de l’Occident sans voir les idées perverses qui sont derrière et qui produit la colonialité ou le maintien de la décadence sous un habillage moderne.

La technique et la science ne sont pas neutres. Le compagnon du Prophète libéré de toute forme d’aliénation produisait son savoir. Il avait deux clés : Mohamed (saws) comme modèle vivant et la langue arabe, celle du Coran, qu’il maniait avec art même s’il était illettré et lui rendait facile l’écoute et la compréhension du Coran sans maitre à penser ni gourou.  Pris dans le despotisme politique qui fait du savant un fonctionnaire, un rentier, un courtisan ou un rebelle qui provoque pour avoir la considération le savoir non seulement a perdu son objectivité et son efficacité mais il est devenu stérile car il transporte toutes les carences et toutes les défaillances de la société dont le savant ou l’intellectuel est issu.

Il y a  derrière la différence linguistique une différence méthodologique entre les termes coraniques ou les termes du Prophète comme Ta’âllum ou Taffakuh ou Taddabur qui sont l’effort entrepris par celui qui fait effort de partir à la recherche du savoir (Jihad ou Ijtihad) et du Ta’âlim, tafkir ou tadbir qui est le procédé institutionnel de délivrer du savoir. Ce sont deux notions différentes. Le monde musulman a délaissé le musulman et a sanctifié la chose et ainsi  il a  placé l’homme comme être végétatif passif qui s’enflamme, par une main habile, dès qu’on lui donne la divergence, le sectarisme et le Zaïmisme comme os à ronger, écran de diversion. Nos savants produits des institutions morbides et privés du Waqf ou du métier qui leur donne indépendance deviennent bon gré mal gré des instruments de la reproduction élargie du système stérile et confus. Ils n’ont pas la dimension spirituelle et intellectuelle pour activer les mécanismes idéiques, pédagogiques, didactiques et psychosociaux  de l’acquisition, du transfert et de l’accumulation des savoirs, des savoirs faire et des savoirs être. Sinon comment débattre sur la discorde et lui trouver un aspect miséricordieux si en nous il n’y a pas une rupture non seulement dans la personnalité mais dans notre rapport à Dieu et au monde :

{Attachez-vous tous au Câble d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, qu’Il Unit entre vos cœurs et vous êtes devenus frères, par Sa Grâce} Al ‘Imrane 103

Le   Habl (câble ou corde) est le  Coran, selon les dires du Prophète. Il  exprime le lien indéfectible entre Allah et Ses Créatures.  Ce verset signifie par déduction logique que s’il y a divergence c’est que le câble est implicitement rompu. La rupture est  le Wahn, l’incompétence des savants,  le délaissement du Coran,  l’arrogance de l’opinion personnelle, l’inexistence de lien d’amour, de respect et de considération pour Allah. Nous sommes des bigots formalistes ou pire nous sommes devenus comme l’allégorie coranique des  ânes qui portent des livres sans en connaitre la valeur ni le sens. En coupant le lien (le Habl) nous redevenons des ennemis c’est à dire des êtres qui divergent sur le plan de la connaissance, des intérêts, de l’idéologie et de la compréhension de la réalité du monde politique, économique, géopolitique. Il n’y a pas d’autres destins pour les Musulmans que le choix entre le Habl d’Allah avec la fraternité et la concorde qui vont  avec ou la rupture du Habl avec la haine et la divergence qui vont avec.

Si sur la religion il ne doit pas y avoir de divergences car  le Coran est clair et évident même si la profondeur du Tafsir (commentaire) et du Ta’wil (interprétation) diffèrent en fonction du niveau intellectuel et spirituel. La divergence  peut être d’ordre temporel sur le plan politique et économique et même sur ce plan là  Allah nous ordonne de régler nos différents en prenant position éclairée et franche pour ne pas laisser s’installer la discorde et la haine :

{Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si alors l’un des deux groupes tyrannise l’autre, combattez celui qui tyrannise jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables.   Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et prenez garde à Allah, afin qu’Il  vous Fasse  miséricorde.} Al Hujurate 9

Pour que la divergence exceptionnelle ne devienne pas Fitna et habitude sociale les Musulmans sont tenus de revenir au Coran comme arbitre et de combattre celui qui refuse l’arbitrage équitable. Ceci ne s’est pas passé entre Muawiya et Ali et ceci ne s’est pas passé entre Kadhafi et ses rebelles. Les musulmans ont préféré se taire et se joindre au plus fort du moment au lieu de se joindre au plus légitime. Ce n’est plus de la divergence mais de  la trahison envers le Coran et le Prophète. Nous sommes dans mille et une divergences car nous avons rompus avec Allah car nos cœurs ont tellement divergé qu’ils ne peuvent voir le lien (Habl) qui nous unit tous malgré nos différences à un Seul Dieu. Le Coran nous montre que la divergence des cœurs est dû à la mise en panne de nos facultés cognitives que nous dissipons dans le superflu ou dans le sens que veut la lutte idéologique menée contre l’Islam faute de discernement, de consultation, de concertation, d’abstraction du Moi et des intérêts mondains :

{Tu les crois unis, mais leurs cœurs sont dispersés, cela du fait qu’ils sont des gens qui ne raisonnent point.} Al Hashr 14

{Et quand ils dévièrent, Allah Fit dévier leurs cœurs. Allah ne Guide point les gens pervertis.} As Saff 5

Comment oser dire que nous ne sommes pas des déviants alors que nous faisons des surenchères sur Allah manifestant notre manque d’égard envers lui. La divergence entre dans le cœur du Musulman quand il se croit plus apte qu’Allah à se nommer Sunnite ou Chiite, ou malékite ou hanballite ou Takfiiriste ou Ikhwaniste ou  Tablighiste ou Salafiste et qu’il s’imagine être  plus important, plus complet, plus honorable que ce qu’Allah a voulu pour lui :

{O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur et faites le bien, afin que vous cultiviez. Et luttez pour Allah comme il se doit de lutter pour Lui. Il vous A Élus et ne vous Imposa nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui [Allah] qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci [le Coran] : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les Hommes. Accomplissez donc la prière, acquittez-vous de la Zakat, attachez-vous à Allah, Il Est votre Protecteur, le meilleur Protecteur et le meilleur Défenseur.} Al Hadj 77

Nous sommes dans le délire du wahn et du sectarisme  qui fabrique de la divergence, des clans, des ennemis dans sa propre communauté. Cela n’est pas nouveau. C’est un indicateur de la santé et de l’éveil des Musulmans. La civilisation musulmane n’a pas été linéaire mais elle s’est comportée comme une fonction sinusoïdale qui change d’amplitude et de fréquence. Dans ses moments de crise elle s’invente la fin du monde, Gog et Magog, le Dejjal, le Coran créé ou incréé, s’allier avec l’ennemi ou le désavouer, se soumettre au Taghut ou le combattre, recourir à l’exorcisme ou au fatalisme. Dans ses moments elle perd non seulement son islamité mais son humanité et entre en autarcie vivant ses crises intestinales et ses divergences alors qu’elle est assiégée de toute part par ses adversaires qui convergent en rangs unis et serrés vers ses ressources pour la déposséder et la démembrer comme une carcasse sans vie. L’habit qu’elle porte, burnous, qamis ou costume cravate ne change rien à la nature du mal qui la ronge et aux solutions qui l’attendent depuis trop longtemps déjà.

Le jour où on parviendra à  comprendre que c’est nous qui avons besoin de l’Islam et que l’Islam n’a pas besoin de nous car il est préservé par Allah alors le destin s’accomplira inexorablement comme un Ikhtilah al hadharate (alternance des civilisations) :

{Et si vous vous détournez, Il Substituera un autre peuple que vous, ensuite, ils ne seront pas comme vous.} Muhammad 38

 F- la position du Prophète et des compagnons

On attribue à l’événement de la prière du ‘Asr avant et après son moment par certains compagnons qui ont interprété différemment son ordre  » La prière du ‘Asr à Khaybar » la légalité et la légitimité de la divergence de la communauté. Le palestinien Salah Eddine Abou ‘arfa a montré la fausseté de cette interprétation et il a démontré que le Prophète a prié la prière du ‘Asr la nuit tombée en disant malheurs à ces maudits de Juifs de Khaybar qui nous ont fait retarder la prière du ‘Asr rendant ainsi le Sawab (le sensé) pour ceux qui ont respecté son injonction. Le Prophète ne pouvait laisser sa communauté sur une divergence qui ferait jurisprudence faisant voler en éclat l’unité de la communauté et instituant la liberté de chacun d’interpréter la religion quitte à provoquer la scission dans la communauté de foi qui ne peut exercer son témoignage, sa centralité, sa préférence pour la commanderie du bien et l’interdiction du mal alors qu’elle est divisée et divergente.
On rapporte qu’Ibn Mass’oud considéré comme l’un des plus grands savants a maudit toute pratique, toute parole, toute personne et tout acte qui favorisent la divergence de la communauté. En effet en disant que la divergence est un châtiment, une souffrance, une punition il lui donne le sens de malédiction qui est le contraire de miséricorde.
On rapporte que Omar s’est montré menaçant lorsqu’il a trouvé deux compagnons plongés dans la controverse sur la manière de prier en portant un seul habit ou deux habits. La communauté musulmane ne peut diverger sur les éléments de sa religion car le Coran et le  Prophète ont explicité ce qui devait l’être et ont tu ce qui devait l’être non par oubli ou incompétence mais par miséricorde.
Les compagons du Prophète n’ont jamais formé de clans, de partis, d’écoles de Fiqh, de doctrines qui puissent les mettre en divergence et ils n’ont jamais donné un prolongement à une controverse au point qu’elle devienne une divergence. Chaque fois qu’il y avait un différent d’entendement la règle du bon conseil ou l’intervention d’uine tierce personne qui fait valoir le Coran et la Sunna sur l’opinion personnelle se manifestait pour interdire la divergence. Tout Ijtihad individeul ou collectif sur une question religieuse était considéré comme une innovation  hérétique car la religion était complète et parachevée avant le décès du Prophète (saws). Le développement du Fiqh, l’apparition de savants fétiches,  l’injustice des gouvernants et l’ig,norance des Musulmans ont favorisé l’emergence de doctrines divergentes, de clergés contraires à l’esprit et à la lettre de l’Islam.

G –  la position sur la divergence entre les Compagnons

Est-ce que les controverses entre les Madhahibs (école doctrinaires et jurisprudendtielles) sont une miséricorde ou une malédiction? Est-ce que les divergences ou les différences sur les horaires de prière entre Madhahab est une miséricorde? Une heure d’écart entre les hannafites et les hanballites pour la prière du ‘Asr est-elle une différence miséricordieuse ou une divergence insoutenable et inacceptable quand on sait que les compagnons durant la présence et après le décès du Prophète n’avait qu’un seul moment de prière du ‘Asr et qu’il est impossible de les imaginer se séparer en deux groupes accomplissant la prière selon leur opinion et non selon la tradition du Prophète. Est ce qu’Allah qui a fait de la salat un Kitab mawqout (une prescription temporelle) et Son Prophète qui a mis en application cette temporalité et cette sacralité de la Salat vont-ils agréer ces divergences sur les temps de prière, sur les dates de fixation du Ramadan et des fêtes religieuses?
Nos savants et nos intellectuels ont justifié et étendu les divergences à partir des divergences entre les écoles du Fiqh et des divergences entre les compagnons oubliant que ces divergences sont des opinions et non l’absolu de la religion révélée par Allah et porté par Mohamed (saws) l’infaillible. Tous oublient la position de l’imam Malek qui est plus savant que nos savants des temps modernes sur la divergence des compagnons :
 » La divergence des compagnons n’est pas une chose sensée à suivre. La vérité est que certains compagnons ont dit des choses sensées et d’autres ont dit des choses insensés inconliables car la vérité est une indivisible » [ je traduis le sens de mémoire .]

Relance du débat

Quand on étudie en détails l’authenticité de ce hadith on trouve une version considérée comme non authentique car elle a pour transmetteurs un fou et un athéé, mais pourtant c’est cette version qui semble s’appliquer à notre régression et à nos divergences :

اختلاف أمتي رحمة للناس

La divergence de ma communauté est une miséricorde pour les gens

 Au-delà donc de l’authenticité des hadiths « La diversité de ma communauté est une miséricorde » et «  La divergence dans ma communauté est une miséricorde pour les autres » il y a un travail d’Islam, une réforme, qui doit conduire à l’éveil des esprits et à la vigilance des consciences pour que les Musulmans soient soit une anagogie et une empathie dans l’univers :

–    Appropriation du Coran par le plus grand nombre par le Taffakur et le Tadddabur même si tous les sens des mots ou des phrases restent inaccessibles à certains. Cette voie élève le niveau spirituel de la communauté et pousse les savants à s’élever vers l’essentiel et le difficile surmontant les divergences et les futilités.

–    Appropriation de la raison par le plus grand nombre par le Ta’âlum et le Taffakuh afin que l’intelligence collective produisent des élites et que le peuple ne soit pas crédule car plus le peuple est éduqué et instruit moins il est vulnérable aux mythes, aux fabulations, aux sensationnels et aux vedettariats de certains intellectuels, prédicateurs ou savants. Chacun devenant le Mufti de lui-même par la connaissance de la religion et la mise au travail de l’intelligence va contribuer au débat serein et avisé au sein de la société et devenir bouclier contre les sectaires et les artisans des divisions, des divergences et de la confusion. Il ne peut y avoir un savoir efficace si les supports de ce savoir ne sont pas actualisés et mis à jour.

–    La Choura est comme le Jihad un pilier de l’Islam. Depuis longtemps les savants musulmans ont admis le principe du consensus qui met fin aux divergences. Ce principe n’a de portée pratique que si la Choura est appliquée à tous les niveaux. Ce qui implique la participation massive, la consultation des plus compétents, la concertation responsable la plus élargie, la transparence totale  et la définition des priorités pour la réforme, l’éveil et l’édification civilisationnelle. Il ne peut y avoir priorité plus grande que de revenir au Coran et à la Sunna du Prophète en se pliant à leur vocation de fédérer la communauté. Cette communauté perd la vocation de se fédérer quand elle perd la compétence de comprendre ses références religieuses et la remplace par la facilité et l’absurdité de suivre aveuglement les sots, les insensés et les narcissiques qui s’imaginent au dessus d’Allah et de Son Prophète en devenant des Awthane (fétiches, totems, attraction qui fascine les gens et fait écran à la vérité).

– La fin de l’esprit partisan, sectaire, tribal, nationaliste ainsi que la fin du fétichisme des savants et des prédicateurs qui font écran à Allah et au Prophète poussant les Musulmans à les aimer plus qu’Allah et son Prophète et à entrer en divergence du fait des controverses des savants ou des allégeances  à ces savants  ou des Fatwas controversées de ces savants.

Conclusion

La question finale s’articlue sur deux pivots :

Faut-il admettre la divergence? Non !

Allah a dit dans le verset 78 de la sourate al Hajj :

C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran),   afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes.

Le Prophète (saws) a dit :

 » les communautés qui vont ont précédés ont subies des catastrophes car elle posaient trop de question (au lieu de se contenter du halal évident et du haram évident) et ont suivi les divergences après les Prophètes (qu’ils ont délaissés)

Que faire en présence de divergence?

Il faut surtout éviter de tomber dans l’erreur de faire valoir son Madhab ou son Cheikh sur le Coran et la Sunna et se laisser aller à des controverses ou des polémiques qui creusent le fossé entre les membres de la communauté. Allah nous demande de revenir à Son Livre et à son Prophète (saws) en cas de contestation sur des problèmes de justice et de gestion de la cité et il n’est pas question donc de diverger sur des questions religieuses :

 {Allah vous Commande de restituer ce qui vous est confié à leurs ayants droit, et si vous jugez entre les hommes de juger avec justice. Certes, ce à quoi Allah vous Exhorte est un bienfait. Allah A toujours Été Omni-Audient, Omnivoyant.    O vous qui devîntes croyants, obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent le commandement. Et si vous êtes en contestation sur quelque chose, référez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour Dernier. Cela est un bien et d’une meilleure interprétation.} An Nissa 59

Une fois la décision prise, après recours à nos références religieuses, il ne devrait plus y avoir de divergences ni de polémiques ni de controverses :

{Les paroles des croyants, quand ils sont appelés vers Allah et Son Messager pour qu’il juge entre eux, sont : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». Ceux-ci sont ceux qui cultivent. Et quiconque obéit à Allah et à Son Messager, et craint Allah et s’efforce d’être pieux, ceux-ci sont les gagnants.} An Nour 52

{Quand Allah Décide d’une chose, ainsi que Son Messager, il n’est pas de mise qu’aucun croyant, ni aucune croyante, aient le choix dans leur affaire. Et quiconque désobéi à Allah et à Son Messager, il s’est fourvoyé un vrai évident fourvoiement.} Al Ahzab 36

Mais, un homme du commun peut ne pas avoir toutes les connaissances pour trancher tout seul et se retrouver prisonnier des avis contradictoires des écoles de Fiqh. L’Islam n’a pas laissé le croyant  se perdre dans les divergences et la confusion qui anesthésie la pensée et stoppe l’action. Le Prophète (saws) a dit que :

« le bien (le juste) se trouve dans ce qui apporte tranquilité au coeur et ce vers quoi l’être se penche avec certitude  alors que le mal (le faux) se trouve dans ce qui apporte le trouble du coeur et l’hésitation de l’être. Délaisse ce qui provoque en toi hésitation et incertitude au profit de ce qui t’apporte certitude et quiétude même si les gens (les savants) te donnent des Fatwas »

« La Fatwa est ton coeur »

« Jamais ma communauté ne se réunit autour d’un égarement »

Dans l’hésitation entre des avis contradictoires, le musulman doit laisser son coeur se décider librement et en toute confiance car nul ne portera à sa place le fardeau même si le savant prétentieux lui dit que c’est lui qui porte la responsabilité. Notre religion est aisance même si les divergences des savants l’ont rendu difficile et compliquée.

 

Omar Mazri