Palestine occupée : la paix de la tombe ou de la corruption

Depuis la Révolution des Cactus et l’émergence des Pygmalions et après la Bataille du Forqane (Gaza), le plan de liquidation de la Cause palestinienne s’est mis en routine. Il s’agit :

  • De créer un Bantoustan pour les Palestiniens
  • De mettre sur place une OTAN arabo islamique jouant le rôle de gendarme dans le monde arabe et africain et de chair à canon dans une guerre contre l’Iran.
  • De préparer le retrait des Américains du monde arabe pour qu’ils se consacrent au Pacifique et à l’Eurasie pour contrer les géants chinois et russes
  • De consacrer l’entité sioniste comme gardien des « Dix commandements US » laissant les Arabes non seulement dans un dilemme insoluble, mais dans un état de ruines irréparables.

Il s’agit par la guerre ou par la violence d’une part et par la corruption et l’intimidation d’autre part de mettre fin à la Modernité et ses chimères de décolonisation et d’État-nation. Il n’y a qu’une force celle des USA, une seule loi celle du Dollar, une seule totalité celle du marché aux mains du complexe militaro-industriel-financier-médiatique qui contrôle les ressources, les mentalités et les planifications.

Ce phénomène, ni désolant ni révoltant, répond à la nature, à la logique et à la mécanique de l’empire. Il répond à notre mentalité de « tarés » incapables de connaitre la nature des choses, leur dynamique et leur devenir pour pouvoir résister en anticipant, en prenant l’initiative, en innovant nos moyens de lutte et de conscientisation.

Les élites arabes et musulmanes au lieu de se lamenter devraient se sentir humiliées. Les politiciens devraient se taire et ne plus faire diversion en dénonçant ce qu’ils ont contribué à se réaliser par leur corruption, leur lâcheté et leur médiocrité.

Les pseudo-savants de l’Islam se questionnent sur l’absence et le silence des masses arabes à chaque humiliation et à chaque catastrophe comme si leur incompétence à éduquer les gens et à parler vrai et avec responsabilité de la réalité n’était pas flagrante. Ils ont contribué à décerveler, au sens propre et figuré, les peuples musulmans en les poussant à croire aux miracles ou à s’entretuer.

Il nous reste une consolation voire un espoir : l’Iran. La nature a horreur du vide, là où les sunnites et les arabes ont été absents ou inconséquents, les Perses et les Chiites seront présents avec efficacité. Ils ont la culture de la minorité qui a appris à résister et le sens politique et géopolitique. Ils ont la profondeur civilisationnelle et la vision stratégique que l’esprit tribal ne peut posséder.

La loi de Dieu est inchangeable :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللَّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلَا يَخَافُونَ لَوْمَةَ لَائِمٍ ۚ ذَٰلِكَ فَضْلُ اللَّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاءُ ۚ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ

{O vous qui croyez êtes devenus croyant ! Si l’un d’entre vous s’écarte de sa religion, qu’il sache que Dieu Allah fera quelque jour venir des hommes gens qu’Il aimera et qui, eux aussi, L’aimeront. Ils seront humbles envers les croyants, durs envers les mécréants négateurs ; ils combattront dans le chemin de Dieu ; ils ne craindront pas le blâme du détracteur. Ceci est une grâce de Dieu : Il la donne à qui Il il veut. Dieu est omniprésent, omniscient.} al maida 54

Pour résoudre le dilemme proposé par l’Empire nous soumettre à la corruption ou finir dans des tombes communes sans linceuls ni Fatiha, nous avons le devoir de restaurer nos mentalités corrompues et ignorantes. Nous devons avoir la culture efficace et la conscience lucide sur au moins quatre aspects de ce verset :

  • La foi n’est pas un acquis antiquaire, mais un engagement renouvelé et sincère. Ce n’est pas une inertie, mais un devenir et une présence efficace au sein de l’humanité. La foi n’est pas un état hérité par la génétique ou la culture sociale, mais un devenir conditionnel subordonné à l’excellence morale et au désir de faire le bien et de bien le faire.
  • Le sempiternel discours misogyne opposant les sexes ou donnant le primat à l’un sur l’autre est un archaïsme faux et fallacieux. Le Rajal et les Rijal ne sont pas des mâles, mais des personnes humaines debout, dynamiques et fortes. La langue arabe du Coran distingue les faibles et les soumis par le terme Nissa des dominants et des résolus par le terme Rijal. Foutons la paix au sexe « faible » et concentrons-nous sur les arrogants et les transgresseurs qui spolient nos terres et humilient nos frères et sœurs.
  • La bataille réelle n’est pas religieuse, entre croyant et mécréant, mais politique et existentielle entre croyant à la paix et partisans irréductibles de la guerre et de la violence qui dénient à l’autre le droit à la différence.
  • Ce n’est pas le désir de Dieu d’aimer arbitrairement ou de haïr injustement, mais le désir des gens qui interprètent le texte pour lui donner un sens favorable à leurs préjugés ou à leurs intérêts par calcul ou par ignorance. Chacun est à la fois apte et libre de disposer de la Grâce divine s’il en manifeste le désir c’est-à-dire l’élan spirituel qui met en mouvement le corps (social ou individuel) en marche vers le bien de sa communauté et de l’humanité sans exclusive ni exclusion.
  • L’Islam n’est la propriété de personne et Dieu n’attend pas de nous d’être des chiites ou des sunnites, des musulmans, des juifs ou des chrétiens et encore moins d’être sectaires :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا ارْكَعُوا وَاسْجُدُوا وَاعْبُدُوا رَبَّكُمْ وَافْعَلُوا الْخَيْرَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ وَجَاهِدُوا فِي اللَّهِ حَقَّ جِهَادِهِ ۚ هُوَ اجْتَبَاكُمْ وَمَا جَعَلَ عَلَيْكُمْ فِي الدِّينِ مِنْ حَرَجٍ ۚ مِّلَّةَ أَبِيكُمْ إِبْرَاهِيمَ ۚ هُوَ سَمَّاكُمُ الْمُسْلِمِينَ مِن قَبْلُ وَفِي هَٰذَا لِيَكُونَ الرَّسُولُ شَهِيدًا عَلَيْكُمْ وَتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ ۚ فَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَاعْتَصِمُوا بِاللَّهِ هُوَ مَوْلَاكُمْ ۖ فَنِعْمَ الْمَوْلَىٰ وَنِعْمَ النَّصِيرُ

{O vous qui êtes devenus croyant ! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Peut-être Ainsi vous atteindrez certainement le bonheur Falah. Menez pour Allah le combat qui lui est dû. C’est Lui qui vous a élus sans vous imposer un fardeau dans la religion, la Tradition de votre père Abraham. C’est Lui lui qui vous a dénommés  » Mouslimines « , autrefois déjà, puis ici même, afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes. Accomplissez donc la prière, faites l’aumône, et attachez-vous fermement à Dieu : il est votre Maître Soutien (Rassembleur), et quel excellent Maître Soutien (Rassembleur), quel excellent Défenseur !} al hadj 77-78

Comment triompher des agresseurs et des occupants alors que ce qui façonne notre mentalité, nos relations sociales et notre devenir est déformé, caricaturé, décontextualisé, rendu inopportun, impertinent et incohérent.

  • Là où Dieu s’adresse à nous comme des responsables itinérants vers Lui, nous osons nous dépeindre comme des serviteurs et des esclaves comme s’Il était indigent.
  • Là où Il nous promet son soutien victorieux ou bien Il nous annonce le rassemblement pour rendre compte de nos actes le Jour de la Résurrection, nous le transformons en relation de servitude cultuelle.
  • Là où il nous dit soyez mouslimines dans le sens de confiant en Dieu, ayant foi en Lui, donnant crédit à Sa Parole et à Son Prophète, s’en remettant à Lui pour triompher de nos égoïsmes, de nos peurs, de nos aliénations et de nos faiblesses, nous parlons de soumission, de rite, de bavardage sans lendemain.
  • Là où Il nous interpelle en qualité de Hanif (qui ne penche jamais du côté de l’injustice et du reniement) nous nous inventons des qualificatifs sectaires.
  • Là où Il nous demande d’être des témoins agissant et authentiques comme l’a été le Messager dans le sens d’un témoignage présentiel comme mémoire, comme parole et comme acte pour accompagner et guider nous faisons du Prophète un apothicaire, un gastronome, un couturier, un cabinet d’épilation, une légende…

Ce n’est pas avec cette mentalité de déchets humains phagocytés par les parasites et les cupides que nous pouvons résister aux néo évangélistes éradicateurs et aux sionistes usurpateurs.

L’Empire est en voie d’effondrement, de dissolution et de suicide par sa nature insensée et satanique. Dieu est Juste et sa Justice ne nous laisse aucun doute sur l’issue finale :

  • Ou bien la mort de l’Empire va nous entrainer dans un cataclysme infernal comme le ferait un géant tombant foudroyé sur des Lilliputiens.
  • Ou bien l’émergence d’une force crédible et viable qui terrasse cet empire totalitaire qui décide de l’avenir des peuples sans les consulter juste par combine électorale.

En d’autres termes ou bien c’est l’Apocalypse ou bien la résurgence de la Civilisation avec une autre race d’hommes mettant leurs pas sur ceux des Prophètes des Évangiles, des Psaumes, d la Thora et du Coran :

وَلَقَدْ كَتَبْنَا فِي الزَّبُورِ مِن بَعْدِ الذِّكْرِ أَنَّ الْأَرْضَ يَرِثُهَا عِبَادِيَ الصَّالِحُونَ

{Déjà, Nous avons écrit dans les Psaumes (al-Zabûr), après le Rappel la Proclamation (Dikr) que la terre serait l’héritage de Mes serviteurs vertueux.}

Encore une fois il ne s’agit ni d’une utopie moderniste des laïcistes ni d’une légende des islamistes antiquaires, mais de la rencontre ou la conjugaison entre deux processus civilisateurs :

  • Al Kitab. La compétence à lire les préceptes philosophiques, religieux, historiques, sociaux, économiques et scientifiques : Al Kitan n’est ni le décret qui s’impose arbitrairement ni le destin qui s’abat avec déterminisme implacable, mais le mode opératoire, les prescriptions et les relations entre causes et effet
  • Al Islah : la vertu (éthique, intellectuelle, esthétique) par laquelle on se motive pour faire le bien et pour réformer sans lesquels il n’y a ni progrès ni libération ni témoignage.

Qu’on ne se trompe pas de lutte. Il ne s’agit pas d’une guerre de religion, mais de libération. Le Prophète Choâib n’avait pas réclamé l’extermination des mécréants, mais la réforme contre le système totalitaire qui faisait de ses vices un modèle de vertu pour tous :

وَمَا أُرِيدُ أَنْ أُخَالِفَكُمْ إِلَىٰ مَا أَنْهَاكُمْ عَنْهُ ۚ إِنْ أُرِيدُ إِلَّا الْإِصْلَاحَ مَا اسْتَطَعْتُ ۚ وَمَا تَوْفِيقِي إِلَّا بِاللَّهِ ۚ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ أ أُنِيبُ

{Je ne cherche pas à vous contrarier en vous défendant quelque chose ; je ne veux que vous amender autant que je le puis, et mon succès ne dépend que de Dieu. Je m’en remets à Lui et c’est vers Lui que je reviens (je me retourne) .} Houd 11

Amender c’est plus que réformer. Réformer c’est une action politique, économique, technique ou éducative confinée dans une logique presque mécanique de type institutionnel ou technique. Elle reste superficielle et conjoncturelle. Amender c’est réformer ce qui doit être réformé dans une démarche plus noble, plus étendue, plus durable et plus profonde : redonner de la dignité à la condition humaine, améliorer les relations sociales, humaniser les rapports politiques, donner de la vertu, fertiliser les possibilités, potentialiser les compétences… Amender c’est aussi éradiquer les germes de la maladie et de la contamination en épurant, en filtrant et en isolant.

Pris par le mimétisme de l’Étranger et l’alignement idéologique sur les Orientalistes nous avons confondu Al Islah avec le réformisme religieux ou les réformes politiques occultant l’Homme dans ce qui fait son humanité c’est-à-dire sa liberté, son intelligence, son rapport à Dieu et à la nature, ainsi que son droit à la différence. Chaque fois que nous parlons de monothéisme ou que nous agissons en monothéistes nous ne devons jamais perdre de vue que l’Unicité de l’Être divin signifie en corollaire la multiplicité de Ses créatures. Toute lutte contre l’oppression est une lutte pour la dignité de l’homme. Il ne s’agit pas de remplacer un totalitarisme par un autre, une pensée unique par une autre. Il suffit de porter une gandoura ou un bonnet pour devenir un réformateur, il suffit de parler en français et d’user des termes de la Révolution française pour se croire Mirabeau au pays des indigènes.

Le Prophète Choâib se dirige vers Dieu, retourne vers Lui, cherche le soutien auprès de Lui alors que nous, nous cherchons refuge auprès des anciens colonisateurs et nous cherchons consolation et conseil auprès des charlatans en costume ou en gandoura.

Hélas depuis Annapolis, les élites palestiniennes et la classe moyenne ont été happées par la corruption et le vivre sans dignité et sans liberté aux frais des dons occidentaux. Les bédouins arabes leur ont légué l’esprit de réconciliation avec l’ennemi confondant Solh avec Islah. Des siècles de décadence et de trahison ne s’effacent pas à coup de gomme magique.

Je ne suis pas devin, mais la folie américaine face à la résistance tenace des Iraniens va sans doute produire un choc salutaire en nous proposant un nouveau choix « le martyr ou la dignité » au lieu de la paix des zombies. Sinon on va continuer à commémorer les catastrophes faute de mémoriel ou de mémorial.

Omar MAZRI

La reconnaissance d’un Etat palestinien : un marché de dupes !

Plusieurs Etats européens s’apprêtent à reconnaître symboliquement un Etat palestinien. On peut se demander quelle motivation anime aujourd’hui ces Etats alors qu’aucun d’entre eux n’a eu le moindre geste symbolique pour dénoncer les massacres commis par les sionistes à Gaza au cours de l’été 2014.

 

Dans les médias occidentaux, on nous présente cette initiative partie de Suède comme un enjeu majeur vers le règlement du conflit. Pourtant un Etat palestinien est déjà reconnu par l’immense majorité des pays du monde, sans que cela ne change absolument rien sur le terrain. Il semble alors nécessaire de s’interroger sur la signification d’une telle démarche de la part de quelques ex-puissances coloniales, qui soutiennent de manière fervente le sionisme et l’Etat d’Israël. Il faut aussi se demander pourquoi maintenant et quelles peuvent en être les conséquences.

 

Mais d’abord de quel Etat parle-t-on ? L’ « Etat palestinien » que s’apprêtent à reconnaître quelques Etats européens est un territoire aux frontières non définies englobant une portion minime du territoire de Palestine, sans aucune souveraineté, sous occupation militaire et truffé de colonies toujours plus nombreuses où sont installés près de 600 000 colons juifs. C’est un territoire administré par des dirigeants illégitimes et corrompus, non élus et non mandatés par le peuple palestinien pour négocier sur ce point sans tenir compte des revendications nationales. Il s’agit de donner le statut d’Etat à des portions de territoire sous administration de l’Autorité Palestinienne, donnant ainsi l’illusion que le processus d’Oslo a eu quelques effets bénéfiques. Mais quid d’al-Quds comme capitale, chaque jour plus isolée du reste de la Cisjordanie en raison de la colonisation galopante. Quid du retour des réfugiés, du démantèlement des colonies, de la libération des prisonniers politiques, lors de la reconnaissance de cet Etat fantôche? Nul ne le sait.

 

Par cette démarche, l’Europe croit encore pouvoir ressusciter un « processus de  paix » mort depuis longtemps et sauver l’Etat sioniste avant qu’il ne soit trop tard. Cette entité est la base avancée de l’impérialisme dans la région et tout doit être mis en œuvre pour protéger son existence. Les déclarations des dirigeants politiques, notamment en France, sont claires. Ils agissent pour la « sécurité d’Israël ». Cette reconnaissance vise aussi à apporter un soutien à Mahmoud Abbas et à ses acolytes collaborationnistes de l’Autorité Palestinienne qui se trouvent dans une posture particulièrement défavorable après la victoire de la résistance armée à Gaza.

 

Effectivement il n’est pas anodin que cette reconnaissance (ou non) apparaisse actuellement comme une priorité dans l’agenda politique des Etats européens alors que cette question n’avait pas engendré de réaction majeure de leur part lorsqu’ elle avait été soumise à l’ONU en 2011. Il faut dire que la situation sur le terrain a bien changé. Depuis cette date, l’entité sioniste s’est particulièrement affaiblie. Elle a multiplié les échecs militaires face à la résistance palestinienne qui a quant à elle, intensifié sa force de frappe, comme elle a pu le montrer au cours de l’été 2014. Jamais auparavant, l’entité sioniste n’avait été déstabilisée à ce point par la résistance. Il semble par ailleurs que la volonté d’unité palestinienne n’ait jamais été aussi forte que maintenant. Le peuple est unanimement aux côtés de la résistance armée et la coordination des organisations de la résistance a montré son efficacité sur le plan militaire, même si cela a du mal à se traduire pour l’instant en acquis politiques. En réponse à la poursuite de la colonisation sioniste en Cisjordanie, à la judéisation galopante d’al-Quds et aux menaces sur la mosquée al-Aqsa, la jeunesse palestinienne n’a plus rien à perdre face à l’occupant. Elle est déterminée à résister à la dépossession par tous les moyens à sa disposition. De plus, les puissances occidentales n’ont pas réussi à venir à bout des pays qui leur résistent comme l’Iran et la Syrie, ou des mouvements de résistance comme le Hezbollah libanais. La vitalité actuelle de la résistance palestinienne à Gaza, mais aussi l’éventualité d’une nouvelle Intifada en Cisjordanie et à al-Quds, représentent une menace centrale pour le camp impérialiste dans la région. Tout doit être mis en oeuvre pour empêcher la résistance de se structurer et d’agir.

 

Mais les considérations de politiques étrangères n’expliquent pas à elles seules la démarche. Au cours de l’été 2014, les Etats européens ont pu mesurer une nouvelle fois le fossé entre leur soutien indéfectible à l’entité sioniste et l’immense solidarité populaire envers la résistance palestinienne, exprimée notamment par les populations arabo-musulmanes. Ce fut particulièrement le cas en France où le gouvernement socialiste a interdit plusieurs manifestations de soutien et continue à menacer des militants de la cause palestinienne. La reconnaissance de l’Etat palestinien portée à l’Assemblée nationale par quelques députés de gauche ne semble être qu’une manœuvre politicienne pour tenter de séduire l’électorat populaire qu’elle a perdu cet été.

 

Il ne fait aucun doute que cette reconnaissance ne traduit en rien une soudaine prise de conscience de la justesse de la cause palestinienne pour les Etats européens. Qui plus est, la création d’un Etat palestinien fictif constituerait un véritable piège pour les Palestiniens. La création de cet « Etat » figerait une situation coloniale en violant le droit à l’autodétermination et au retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers. On peut parier que les Etats européens agissent en toute connaissance de cause au profit de l’entité sioniste car ils savent parfaitement que la création d’un Etat palestinien, même dans les frontières de 67, est impossible. Impossible car la puissance occupante n’en veut pas, et les faits sur le terrain révèlent ses véritables intentions. D’un côté, la colonisation se poursuit inexorablement et de l’autre, le parlement sioniste vote des lois définissant officiellement l’entité sioniste comme l’ « Etat-nation de tous les juifs du Monde ». L’objectif est clair : finir ce qui été commencé en 1948 !

 

Le mouvement de solidarité a la responsabilité de ne pas se laisser berner par ce marché de dupes et par des concepts vides imposés par les puissances occidentales. Toute autre posture relève de la naïveté ou de l’immaturité politique. Il faut se concentrer sur les strictes revendications nationales du peuple palestinien que sont le droit à l’autodétermination et le droit au retour des réfugiés. Il faut soutenir inconditionnellement la résistance pour la libération totale de la terre arabe de Palestine. La volonté palestinienne est là, et nulle part ailleurs !

sourceComité Action Palestine

(Décembre 2014)

http://www.comiteactionpalestine.org/word/la-reconnaissance-dun-etat-palestinien-un-marche-de-dupes/
COMITE ACTION PALESTINE

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33015 BORDEAUX

06 74 60 02 36

CAP : interview Omar Mazri : Révolutions, contre-révolution dans le monde arabe et Palestine

Samedi 17 Mars 2012

Dans le cadre de la préparation du cycle de conférences-débats « [Résister au sionisme]url:http://www.comiteactionpalestine.org/modules/wfsection/article.php?articleid=89/ » organisé par le Comité Action Palestine du 23 au 29 mars 2012, Omar Mazri, qui sera l’un des intervenants sur la question « révolutions et contre-révolution dans le monde arabe », a accepté de répondre à l’interview que nous lui avons proposée. Vous pourrez y trouver une analyse approfondie des rapports de force politiques et géopolitiques qui agitent actuellement le monde arabe, des conditions sociopolitiques des phénomènes révolutionnaires, des obstacles internes et externes de l’avancée des mouvements populaires et de la nature des axes étatiques qui s’affrontent au Moyen-Orient. Le Comité Action Palestine ne peut que recommander très fortement cette réflexion rigoureuse et stimulante sur les forces et les faiblesses des mouvements populaires arabes et sur les mutations de l’équilibre régional qui à terme peuvent faire basculer les rapports de domination Nord-Sud localement et sans doute globalement.

Il est l’auteur de plus de 120 articles sur l’Islam, l’Algérie, la communauté musulmane de France, le sionisme et les révolutions arabes. Récemment, il a publié plusieurs ouvrages dont : « Le dilemme arabe et les 10 commandements US » (2012), « Islamophobia : Deus ex Machina » (2011), « Les « Révolutions arabes » : Mystique ou mystification?» (2011), « Gaza : La bataille du Forqane » (2010), « La République et le Voile : Symboles et inversions » (2010) tous aux éditions « Editions et Conseils ». 


Interview  de Omar Mazri

1-Comment analysez-vous les transformations politiques récentes dans le monde arabe ? Font-elles avancer la cause des peuples arabes ?

Il faut d’abord insister sur le fait que tout changement est une rupture avec l’immobilisme morbide, mortel et mortifère, même si le changement ne va pas dans le sens espéré. Que le monde arabe bouge et se transforme ou tente de se transformer est donc une rupture bénéfique qui va générer à terme une culture du changement sans laquelle il n’y aurait ni progrès ni salut. Il faut aussi insister sur le fait que les changements imposés au peuple par les armes, la dictature ou la pression de l’Empire ne sont pas des changements et à terme ils seront remis en cause par le peuple.

Pour l’instant au-delà du discours émotionnel et infantile, des déceptions ou des euphories, il faut que nous sachions que la conscience collective va imprimer durablement l’idée de la possibilité du changement et l’idée sur le mode de changement. Cette conscience imprimée par le changement va finir fatalement par exprimer le cap du changement qui à son tour sera de nouveau imprimé dans la conscience sociale et politique. Cela prend du temps et consomme de l’énergie. Les élites de demain devront gérer l’efficacité, c’est-à-dire réduire les énergies dissipées et mettre en synergie les efforts socialement et politiquement utiles pour un meilleur rendement. Il y a des gisements de travail à explorer et à activer pour aller plus vite et plus loin et en harmonie. Dans mon livre Les Révolutions arabes : mystique ou mystification ?, j’ai développé quelques axes pour disposer d’une grille de lecture méthodologique sur la nature et le mode des mouvements, à la lumière des récits coraniques sur les Prophètes.

Ces généralités n’occultent pas la réalité tangible : il y a eu des mouvements populaires dont les transformations politiques, sociales et économiques sont en attente de visibilité. La visibilité est caricaturée, rendant impossible une lecture objective. Ces mouvements, d’un pays à l’autre, sont hétérogènes en revendications, en mode d’expression et en indépendance par rapport à l’Empire et à ses vassaux. Au sein d’un même pays, comme en Egypte, le positionnement par rapport aux monarchies et à la Turquie ne s’est pas stabilisé et des revirements spectaculaires sont possibles. Certains de ces mouvements ont occupé le devant de la scène médiatique et d’autres ont été occultés, car l’agenda étranger intervient comme facteur d’amplification ou de réduction, de subversion ou de mobilisation de ces mouvements à son profit tactique, stratégique ou civilisationnel.

Indépendamment des acteurs endogènes et exogènes, on ne peut déboiter l’histoire des peuples arabes en relation avec la Palestine. À titre d’illustration, la Syrie a eu son indépendance en 46, l’Égypte sa révolution en 52 et l’Algérie en 54, autour du drame de 48. La révolution libyenne en 69 après 67. La révolution iranienne en 1979 après les Accords du Camp David de 78. 2011 et 2012 après la bataille du Forqane en décembre 2009. La Palestine subit et influence le monde arabe et musulman et elle sera l’un des critères d’analyse des mouvements arabes et musulmans en perdant cette fois la possibilité d’être instrumentalisée, comme par le passé, par les rentes du nationalisme arabe et de l’islamisme infantile.

En Égypte et en Tunisie, nous avons assisté à des soulèvements sociaux qui se sont transformés en désobéissance populaire menant à la chute des têtes du régime. Ces mouvements ont souffert de six lacunes.

La première lacune est l’absence de cadre idéologique qui fixe le cap et le rythme de la révolution ainsi que le clivage idéologique du moment historique, tant interne qu’externe.

La seconde est la confiscation du mouvement populaire par l’esprit partisan. Le mouvement populaire se trouve privé de l’exercice politique, économique et informationnel ainsi que de la force de proposition et d’initiative, pour être relégué à jouer le rôle de votant qui confie son destin aux élus instaurant la polyarchie au lieu de la démocratie.

La troisième est l’arrangement des appareils qui a permis de ralentir le rythme et le niveau des revendications, donnant ainsi le temps de coopération de l’ancien système et de l’impérialisme pour mener un mouvement contre-révolutionnaire.

La quatrième lacune est la médiocrité et la pensée unique cultivées par les gouvernants despotiques que les opposants ont héritées comme legs culturels et politiques qu’ils se transmettent et qu’ils cultivent.

La cinquième lacune est de s’inscrire dans l’économie mondiale et les règles du jeu géopolitique au lieu de fédérer le peuple sur la résistance et de se faire protéger par ce peuple. La méconnaissance de la géopolitique et l’absence de laboratoire de veille stratégique dans le monde arabe sont accentuées par une culture d’empire qui s’appuie sur la connaissance des idées, du terrain des idées, des hommes qui, s’appuyant sur les lacunes, a la compétence d’anticiper, de mettre plusieurs fers au feu et d’imaginer plusieurs scénarios avec la compétence et les moyens de les mettre en œuvre.

La sixième lacune est qu’en dehors de la revendication de faire tomber la tête du régime, il n’y a eu ni projet d’avenir énoncé ni travail pédagogique pour expliquer les mécanismes politiques et géopolitiques qui sont derrière les tyrans arabes qu’il faut détricoter. Je suis presque certain que les machines qui choisissent et nomment les commis de l’État sont toujours en place à ce jour, même s’il y a un ravalement de façade au sommet.

En Libye, nous avons vu la contre-révolution se mettre en place en réalisant la stratégie impérialiste. La stratégie avait quatre axes.

Le premier axe est la mainmise du prédateur sur l’objet de sa convoitise : ressources naturelles, finances et exportation de ses crises internes.

Le second axe est d’interdire toute possibilité d’émancipation hors du cadre idéologique et politique de l’Occident.

Le troisième axe est de procéder à une dislocation de la grammaire des civilisations en disloquant ses constituants : les mentalités collectives, les espaces, les histoires communes, les économies sur le plan de la considération historique (continuer la fragmentation commencée par Sykes Picot), sur le plan du présent des révolutions qui ne doivent pas faire jonction, sur le plan de l’avenir pour interdire toute situation pacifique et harmonieuse favorable à une émergence d’une aire civilisationnelle autonome, alternative.

Enfin, il s’agit de faire des islamistes, certains islamistes naïfs, cyniques, revanchards ou ignorants, les agents de la disharmonie, de l’entropie, pour bloquer l’émergence de l’Islam politique, social, libérateur et civilisateur et maintenir « l’Islam » rétrograde, réactionnaire, bigot, consumériste.

Dans les faits : l’Égypte et la Tunisie sont coupées, l’Égypte a maintenant un front ouest qui s’ajoute au front sioniste. Dans les faits, l’Algérie et le Maroc sont poussés à faire des concessions : passer en base coloniale après avoir été comptoir commercial, les peuples arabes sont traumatisés par l’issue entropique et ils sont isolés du processus de résistance contre l’Empire et le sionisme. Pour la Libye, il faut garder en tête la conjugaison d’au moins trois agendas : la subversion interne pour faire tomber un régime et changer les donnes en Libye et en Afrique ; la diversion pour déplacer le centre d’intérêt des révolutions égyptiennes et tunisiennes ; la lutte idéologique pour diaboliser l’Islam.

Dans mon livre Islamophobia : deus machina , j’ai montré quelques aspects de la lutte idéologique menée par l’Empire pour créer la méfiance envers l’Islam et créer la défiance entre les musulmans en jouant sur l’émotionnel et l’infantilisme d’un côté, et sur les techniques de guerre psychologique et de propagande médiatique. Il s’agit de détruire le capital de résistance, de libération et d’édification civilisationnel de l’Islam en profitant de la médiocrité politique et culturelle des Musulmans qui sont parvenus à se réveiller après un long cauchemar, sans pour autant voir la réalité dans sa globalité, sa complexité et sa dynamique. Il s’agit de détruire la confiance et les repères pour ne laisser que la défiance et la confusion qui ne favorisent pas la résistance quand elles s’ajoutent à la corruption et à la mal gouvernance.

Pour l’instant il n’y a donc pas de changement significatif ; mais les possibilités du changement réel deviennent plus impératives et seront davantage clarifiées une fois que l’expérience du vote et de la polyarchie sans programme de résistance et d’édification aura montré de nouveau ses limites en Egypte, en Tunisie, en Algérie, au Yémen et au Maroc.

2-Quels sont les enjeux politiques ou géopolitiques du conflit actuel en Syrie ?

En Syrie, nous sommes face au scénario libyen avec l’accent mis davantage sur la géopolitique. Il s’agit pour l’Occident de parachever Sykes Picot qui a donné la Syrie en démembrant le Cham, pour démembrer la Syrie sur des bases ethniques et confessionnelles et réaliser le nouveau Moyen-Orient. Étouffer la révolution égyptienne en l’encerclant avec deux guerres civiles, deux présences étrangères. Le troisième point est discréditer les islamistes pour liquider toute contestation islamique révolutionnaire dans les monarchies vassales. Le quatrième point est de briser l’axe Iran, Syrie, Palestine, Liban et Irak et de liquider la résistance contre l’entité sioniste poussant les Arabes et les Palestiniens à accepter la feuille de route américaine. Enfin, le dernier point est la guerre sunnite/chiite pour remettre en marge le monde musulman de cet ensemble Euro-Asie et faire face à la Chine dont l’Empire veut couper les sources et les voies d’approvisionnement avant de les agresser une fois que les Arabes ont montré leur vassalité à l’Empire dans l’agression contre l’Iran et le désarmement nucléaire du Pakistan appelé à poursuivre l’œuvre de fragmentation commencée par l’Empire britannique. Contrairement à la Libye, le régime syrien dispose d’une armée plus forte, d’une population moins ruraliste, de savants de stature internationale, de couches moyennes préférant le statu quo au changement incontrôlé. La Syrie dispose de l’appui de la Chine et de la Russie qui ont laissé les Occidentaux et les Arabes sortir déshonorés de l’agression par une stratégie cynique, mais payante.

Le régime syrien avait la possibilité hier de livrer la Palestine (les cadres vivant en Palestine, la logistique et le droit au retour) et de servir l’Empire. Les données ont changé et la Syrie sait qu’elle sera, à la moindre concession, sur la trajectoire du reniement envers le Hezbollah, l’arabité et la résistance et être disloquée car géographiquement et historiquement elle constitue la ligne de démarcation Orient-Occident. Elle a livré une bataille de survie et elle vient de remporter une victoire éclatante. L’axe Syrie-Iran remporte des victoires stratégiques contre l’Empire et ses vassaux ainsi que contre les défaitistes. Les médias minimisent le retrait des forces d’occupation de l’Irak et la disponibilité de l’Irak à venir renforcer l’axe de la résistance contre le remodelage de la région. La logique impérialiste est normale : elle exige de mener de front une campagne subversive, une opération de diversion et une lutte idéologique dans un cadre plus vaste et plus complexe que le cas libyen. La plus grande hantise est la jonction Syrie-Egypte avec pour conséquence l’encerclement d’Israël et la coopération avec l’Iran.

Le régime syrien doit se réformer et faire passer des mesures radicales et rapides contre la corruption et la marginalisation du peuple pour apporter le coup de grâce au projet du nouveau Moyen-Orient et faire porter la véritable révolution dans les pays du Golfe, celle que refusent les dix commandements américains : la révolution iranienne avec une ouverture vers l’Égypte. Les Frères Musulmans égyptiens doivent en contrepartie se libérer de leur esprit partisan. Les élections présidentielles en Égypte vont sans doute relancer le débat idéologique et géopolitique en Égypte.

3-Quels sont, selon vous, les effets des transformations politiques dans le monde arabe sur la situation en Palestine ?

Pour l’instant, on va assister à des maquillages et des instrumentalisations, mais sur le plan concret, les Palestiniens vont être relégués au second plan et ils vont faire des concessions de survie. La bataille est dans le camp arabe, mais aussi sur d’autres terrains de confrontation comme en Afghanistan. Par ailleurs, les Turcs ont su s’imposer comme nouvelle pièce majeure dans le conflit, et la Turquie est dans une situation instable face à l’axe Syrie-Iran.

La question palestinienne est passée de question d’occupation coloniale à une question humanitaire à Gaza et à l’indemnisation de quelques réfugiés. Pour l’instant, ces problèmes sont relégués à la réconciliation FATAH- HAMAS imposée par les conditions géopolitiques. Tous ces éléments dépendent de la conjoncture et de l’issue de la confrontation des axes arabes.

A terme les mouvements islamiques prendront de la consistance politique et géopolitique tout en favorisant l’émergence de nouvelles élites jeunes et intellectuellement compétentes qui vont fatalement reposer la question idéologique en interne pour la constitution d’un front national de résistance à l’impérialisme et d’édification nationale, ainsi que la constitution d’un front externe idéologique et diplomatique contre Israël, aboutissant inévitablement à une confrontation globale et au recentrage de la question palestinienne dans la conscience collective , avec ses effets tactiques et stratégiques sur des changements révolutionnaires plus soutenus, plus étendus et plus radicaux.

Dans mon livre Le dilemme arabe et les dix commandements américains, j’ai montré les axiomes de la géopolitique que les révolutions ont occultés et qui se retournent contre eux et contre la cause palestinienne. Ces commandements sont la nature idéologique de l’Empire et ils sont dévastateurs pour le reste du monde. Ce n’est pas le vote d’un parlement ici ou ailleurs qui va changer l’équation des rapports de force, de domination et d’intelligence, mais la remise du curseur sur les véritables défis, sur les véritables clivages et sur les véritables ingénieries politiques, économiques et informationnelles.

Les Musulmans non seulement ne donneront pas des solutions à la libération de la Palestine, mais ne se libéreront pas du formaliste, des slogans et de la vassalisation s’ils ne parviennent pas à hiérarchiser et à harmoniser la notion de souveraineté divine avec la souveraineté du peuple. Il en est de même de la notion (fi sabil Allah) qui doit être libérée du confinement au seul qualificatif islamique pour s’ouvrir à l’universel de sa vocation. Le premier pas de libération de la Palestine sera celui de la libération des concepts, des mots, des comportements hérités de la décadence musulmane qui a fait du musulman un minus habens errant sur son propre sol et gaspillant son temps et son énergie faute de stratégie autonome, de veille sur le monde…

Pour l’instant le chaos qui s’est emparé du monde arabe annonce des clarifications à venir. A titre d’illustration nous avons les fossoyeurs de la question palestinienne, qui sont la Ligue arabe, la conférence internationale islamique et les monarchies du Golfe, qui viennent d’être discrédités aux yeux de l’opinion arabe, dans leur rôle de vassal au Soudan, en Libye et en Syrie. La seconde illustration est le comportement erratique d’Ennahda et de Moncef Marzouki qui acceptent de faire de la Tunisie le pion avancé de l’Empire et de ses vassaux, moyennant quelques petro dollars, prouvant ainsi la confiscation de la révolution tunisienne non par des traitres comme le disent certains, mais par l’absence de cadre d’orientation idéologique qui permet tous les retournements et toutes les compromissions faute de cap, de veille, de boussole et de carte de navigation. La partie gagnée par le régime syrien va imposer de nouveau la ligne palestinienne radicale et fermer la porte aux compromis de Doha, d’Istanbul et de Tunis.

En Egypte, une fois la devanture institutionnelle parachevée, deux questions vont émerger et imposer de nouveaux défis à la classe politique : les luttes sociales et la question palestinienne (notamment l’ouverture des frontières et le soutien plus consistant à Gaza)

4-Comment expliquez-vous la relative stabilité de l’Algérie dans le contexte de déstabilisation du monde arabe :

L’absence de clivage idéologique des révolutions arabes, les scénarios violents en Libye et en Syrie, la mémoire des stigmates de 20 ans, la gestion de la pénurie, du terrorisme résiduel et la distribution de la rente sociale avec l’absence de culture d’État et l’absence de culture d’opposition politique, le caractère non mécaniste de contagion des révolutions laissent le peuple livré à l’attente messianique.

Cette attente est mise à profit par les Eradicateurs pour faire du matraquage idéologique rappelant les événements depuis juin 90 à ce jour.

Cette attente est mise à profit par les « Réformateurs » pour imputer au FIS la responsabilité des événements et prendre les résultats en Egypte, Libye, Maroc et Tunisie comme la réalisation de l’axe de Washington et demander de ne pas voter pour les islamistes lors des prochaines législatives.

Les partis islamistes sont divisés, certains trop impliqués dans l’appui au CNT Libyen et au CNS syrien sans prise de distance, laissant l’émotionnel prendre le pas dans un pays en catastrophe politique, sociale et économique, qui a davantage besoin de clarification et d’assurances que de confusion ou d’aventurisme. Ils font peur à la classe moyenne et à la grande masse des fonctionnaires qui ne sont pas prêts de prendre le risque libyen. En Algérie Il y a eu 500 000 victimes, 20 000 disparus et 3 millions de personnes déplacées et il n’y a toujours pas de réponses ni de justice ni de clarification ni de vérité.

Le peuple vit sa révolution passive laissant la porte ouverte à l’inconnu. Pour l’instant il ne cible pas Bouteflika comme a été ciblé Moubarak ou Ben Ali. Le peuple algérien ne voit pas les occasions ratées et les ambitions de l’Algérie piétinées mais la « concorde civile », la rente sociale. Il ne voit pas l’Algérie comme cible dans le projet de dislocation des territoires musulmans, il ne voit pas l’esprit de revanche instrumentalisé par les Etats-Unis, il ne voit pas la lutte des appareils et des clans partisans des Etats-Unis, de la France ou de la monarchie saoudienne se livrer bataille comme il ne voit pas les luttes de clans pour la possession de la rente du pétrole. Il ne décode pas la signification de l’aveu des jeunes loups et des seconds couteaux de s’émanciper de la génération de novembre 54.

Le peuple algérien conserve encore intacte sa mémoire de peuple agressé par l’extérieur et par l’intérieur pour avoir choisi une solution islamique dans une conjoncture de réformes politiques et économiques qui ne siéent pas à l’impérialisme ni aux monarchies. Il a connu la tragédie et la solitude alors qu’il était agressé par des hordes ayant la garantie de l’impunité car elles entrent dans le plan de diaboliser l’Islam et de bloquer le potentiel de développement et de l’indépendance de l’Algérie. Le peuple algérien n’a trouvé ni l’ONU ni la communauté internationale « démocratique » ni la ligue arabe ni les monarchies du Golfe pour l’aider en tant que victime et faire face à l’agression ou pour l’armer juridiquement, médiatiquement et militairement contre ses agresseurs.

Le peuple algérien attaché à l’Islam sait par l’expérience et par la doctrine que la révolution est légitime sur le plan religieux si et seulement si elle ne se fait pas sous l’étendard de la confusion, si elle ne se réalise par une alliance stratégique avec les profanateurs et les prédateurs et si le mal qu’elle occasionne n’est pas supérieur au mal qu’elle est censée guérir.

Le peuple algérien n’a jamais revendiqué l’internationalisation du conflit ni l’ingérence étrangère par intuition politique, par expérience du colonialisme qu’il a vécu comme la forme la plus cynique et la plus humiliante de deshumanisation.

5-Le mot de la fin :

La culture d’empire nous a vendu son modèle politique, économique et médiatique. Maintenant, alors que l’Empire est en plein déclin, sa culture parvient à nous vendre la fin de l’Histoire et la fin de l’idéologie, alors que jamais l’équation idéologique n’a été au cœur de notre existence et de notre devenir.

L’idéologie ou l’art de production et de discours des idées est la seule démarche à répondre aux questions de sens de la grammaire des civilisations : comment conjuguer l’homme, le sol et le temps une fois que la finalité ultime a été définie et que le sens d’orientation a été tracé. Le monde arabe non seulement a fait de l’idéologie un discours creux et vague sans logique pragmatique, mais il est déchiré entre des idéologies antagonistes y compris au sein des mouvances islamiques. Sans idéologie commune, nous ne pouvons ni définir notre identité, ni notre appartenance, ni notre implication dans une cause en toute indépendance ou en résistance contre les autres idéologies.

Pour l’instant, la voie pacifique ou la voie armée n’ont pas de réponse à apporter sur le projet de société, sur le projet de civilisation, sur le projet d’édification de l’homme nouveau, faute de débat idéologique fédérateur pour faire émerger l’idée primordiale sur laquelle il y a consensus pour vivre ensemble, regarder l’avenir dans la même direction et résister pour défendre les mêmes valeurs.

L’Empire, spécialiste de la lutte idéologique, mène une œuvre de fragmentation idéologique pour empêcher toute continuité des mentalités collectives, des territoires géographiques, des idées, des économies et de l’histoire des peuples en opérant dans le Moi arabe des disharmonies, des intrusions, des incisions, des déchirures, des déchirements. L’impérialisme à l’avantage de connaitre notre état de décadence avant la colonisation, les fléaux qu’il nous a inoculé durant la colonisation, et les syndromes post indépendance qu’il a géré grâce à sa cinquième colonne et à notre ignorance de la lutte idéologique, politique et économique pour nous maintenir dans la posture de proie et se maintenir dans celle du prédateur.

Les Arabes n’ont pas d’autres voies que de se fédérer autour d’un axe de résistance et de libération pour décoloniser leur esprit et produire leurs idées en autonomie de pensée et de décision.

[Comité Action Palestine]

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http://www.comiteactionpalestine.org/modules/news/article.php?storyid=217/

 

http://www.alterinfo.net/Omar-Mazri-Revolutions-et-contre-revolution-dans-le-monde-arabe_a73147.html/

Dr Ramadan A. Shallah : la nation vit les moments les plus critiques de son histoire

Extraits de l’allocution, à  l’occasion de la journée mondiale d’al-Qods du Dr. Ramadan Shallah, secrétaire général du mouvement du Jihad islamique en Palestine, invité par le Comité de Soutien à la Résistance (Liban)  :
Quelle que soit la durée du temps et quels que soient les événements, il ne faut pas oublier que la Palestine reste la cause des Arabes et des musulmans. La Palestine est même la cause première de toutes les autres causes.
1 – Notre peuple a été victime, il y a plus de 65 ans, d’un terrible processus de déracinement de sa terre, et même de la plus grande opération de rapine dans l’histoire, lorsque le projet occidentalo-sioniste s’est emparé de notre terre et notre patrie. En conséquence, notre peuple palestinien a été transformé en réfugiés, à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine. Et c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui.
2 – Malgré les nombreuses étapes historiques et les phases que le conflit sur la Palestine a traversées, quatre événements clés ont fondé la tragédie de la Palestine, ou plutôt ont dessiné ce qui fut appelé le Moyen-Orient du XXème et XXIème siècles : a) l’accord Sykes-Picot en 1916, b) la Promesse Balfour en 1917, c) la Nakba de la Palestine en 1948 et d) la seconde Nakba, avec la chute d’al-Quds et la défaite de juin 1967.
3 – Aujourd’hui, en cette étape délicate et complexe de l’histoire de la nation, nous assistons à une nouvelle recomposition de ces quatre événements, mais de manière plus grave et plus néfaste ; le monde arabe est face à un nouvel accord Sykes-Picot, plus grave que le précédent, car d’abord, il ne se limite pas aux pays du machrek mais peut atteindre l’Égypte et les pays au nord de l’Afrique. Ensuite, il est conçu pour effriter et diviser encore plus nos pays, en divisant ce qui est déjà divisé et en remplaçant le conflit avec l’ennemi sioniste par des conflits confessionnels et ethniques.
Puis il y a une nouvelle Promesse Balfour, pire que la première, qui porte un nom arabe, cette fois-ci. La nouvelle Promesse Balfour porte le nom de l’Initiative arabe, qui est bien pire, car lors de l’ancienne Promesse Balfour, celui qui ne possède pas a donné (la Palestine) à celui qui n’y a pas droit. Quant à la nouvelle promesse, et sur la base que la Palestine est une terre arabo-musulmane, c’est celui qui possède qui concède à celui qui n’y a pas droit. Quant à la Nakba de 48, il y a pire aujourd’hui : c’est lorsque le propriétaire de la terre cède sa terre, remettant en cause son droit sacré à y retourner.
A présent, le projet sioniste est en passe de récolter les dernières conséquences de la Nakba, en proclamant la Palestine comme un État juif et raciste, « épurée » des Arabes et des Palestiniens, et des gens. Ce qui ouvre la possibilité d’expulser ce qui reste de notre peuple sur la terre de Palestine, qu’ils soient les Palestiniens de 48 ou tous les autres Palestiniens.
Concernant le seconde Nakba, ou la défaite de 67, où l’ennemi a achevé l’occupation de la ville d’al-Quds, aujourd’hui, il n’y a même plus de Quds pour y verser les larmes. La ville a été judaïsée, et ses habitants sont en train d’être expulsés. La bataille à propos de la mosquée al-Aqsa tourne autour de son partage comme le fut la mosquée al-Ibrahimi dans la ville d’al-Khalil, ce que les sionistes n’avaient pas osé faire, alors qu’ils étaient au fait de leur victoire, lors de leur entrée dans al-Quds, en 1967.
4 – Nous assistons, en ce moment, à une activité fébrile, dans l’attente de la reprise des négociations entre l’entité sioniste et l’Autorité palestinienne, qui a abandonné plusieurs de ses conditions, suite aux pressions américaines. Qu’y a-t-il de nouveau, dans ce retour aux négociations, alors qu’il a été prouvé leur échec et leur inutilité ? Ce qui est nouveau, c’est le fait que le dossier palestinien va être proposé, non pas sur la table des négociations, mais sur celle du troc avec d’autres dossiers dans la région. Je pense que la direction palestinienne en est consciente et qu’elle ne tombera pas dans le piège. Sinon, le résultat sera, non seulement la liquidation de la cause de la Palestine, mais la destruction et l’effondrement d’autres entités dans la région. C’est pourquoi nous devons reconnaître que :
5 – la nation est dans un état des plus graves, sinon des plus néfastes, de toutes les étapes de son histoire. L’état de division et de l’alignement confessionnel dans la région risque de nous entraîner, tous, vers l’inconnu. La responsabilité de cela est partagée par tous. Il est réclamé de tous d’opérer une révision critique de tout ce qui se déroule et s’est déroulé dans la région.
Quant à nous, en tant que résistance palestinienne, le devoir légal et la responsabilité nationale nous imposent de protéger la Palestine en tant que dépôt que nous ne devons pas égarer. Il ne faut pas la jeter dans les conflits ou les querelles internes de toutes sortes, pour qu’elle reste chère aux yeux de tous, et qu’elle garde sa place dans les cœurs de tous. Et non qu’elle soit une accusation pour laquelle est jugé quiconque s’en approche ou qui demande des nouvelles de son peuple, sous le prétexte « d’échanger de renseignements », comme si les Palestiniens étaient des ennemis. Face à une telle situation, nous ne pouvons que patienter et endurer, en attendant que Dieu intervienne en notre faveur, pour que la Palestine revienne à nouveau et qu’elle soit notre boussole pour tous, la qibla de notre lutte, jusqu’à la victoire et la libération, par la volonté de Dieu.
En conclusion, malgré tous les défis et les dangers, nous sommes certains que notre nation saura surmonter cette étape difficile de son histoire comme elle a surmonté d’autres étapes similaires.

Mossad, monarchies arabes, Egypte et Palestine

La chaine Al Manar du Hezbollah libanais rapporte que la chaîne de télévision israélienne, Canal 2, a informé de la visite secrète  du chef des services de renseignements israéliens (Mossad), Tamir Bardo , il y a quelques semaines, aux Emirats-arabes-unis.

Selon l’expert des affaires arabes de Canal 2, Ehod Yaari, « la visite était officieuse » et « Bardo s’est réuni avec le prince héritier Mohamad ben Zayed alNahyan, ainsi qu’avec de haut responsables sécuritaires ».

Au cours de cette réunion, il a été surtout question de la situation en Egypte avant le coup d’état militaire et de la coopération dans les questions militaire et sécuritaire.

Toujours selon la même source, Bardo s’est réuni avec le responsable palestinien Mohammad Dahlan qui réside à Dubaï.

Le journal algérien arabophone As Chourouq a fait état de la coordination du Mossad avec  les services de sécurité des monarchies du Golfe, le palestinien Dahlan et les sphères d’affaires liées au régime de Moubarak  pour réaliser le coup d’état militaire. As Chourouq se rapportant à des sources égyptiennes (civiles et militaires) de haut niveau déclarent que Dahlan aurait piloté l’opération qui consistait à verser des milliards de dollars pour financer la chute de Morsi.

Tous les indices convergent vers ce qui est évident depuis longtemps : la liquidation de la question palestinienne. La liquidation  de la Palestine passe par la normalisation des Arabes avec Israël ou  par l’anarchie dans le monde arabe sinon la combinaison des deux. Dans tous les cas il faut criminaliser les mouvements islamiques  et les encadrer les amenant à faire des fautes ou à agir avec précipitation.

Les errements de l’association des savants musulmans présidée par Qaradhawi et la cécité des  Frères musulmans dans le dossier libyen et syrien ont facilité le jeu de l’Empire et du sionisme qui disposent d’une ingénierie prodigieuse pour connaitre nos faiblesses, nos divisions, et anticiper. La haine idéologique des libéraux et des gauchistes arabes qui s’empressent de proclamer  » les peuples arabes se soulèvent contre la terreur des Frères musulmans et des autres mouvements islamistes » ajoutent de la confusion. L’Empire sait manier la muleta devant les têtes baissées  des forcenés de la politique.

Les hommes sensés aimant la vérité et les hommes épris de liberté et de justice doivent reconnaître l’évidence flagrante : les putschistes égyptiens se sont emparés des difficultés politiques de Morsi à gouverner un pays « ingouvernable » par la mentalité confrérique et par le fardeau de l’héritage Moubarak pour lui adresser les griefs qui arrangent l’Empire et le sionisme. Morsi est accusé de soutenir le HAMAS un des principaux mouvements de la résistance après que le FATAH ait choisi Oslo comme Sadate a choisi Camp David. Celui qui ne voit pas l’inscription du Hezbolah dans la liste des terroristes par l’Union européenne et ne fait pas le rapprochement entre  les pressions américaines sur l’Autorité palestinienne pour faire des concessions à Israël doit avoir le cœur rempli de haine contre l’Islam ou doit avoir le crane rempli de moelle épinière sans limbes.

La gauche égyptienne tenté par l’économie de marché n’arrive plus à manier la dialectique historique :  elle  devrait relire le 18 Brumaire de Marx et revisiter le coup d’Etat du général Pinochet contre le président Salvador Aliendé . Pinochet a ce que les libéraux et les putchistes arabes n’ont pas :  une idée de la démocratie bourgeoise qui libère les forces productives lui permettant d’accumuler du capital sur des progrès sociaux et économiques. Prisonniers de leur délire de voir l’échec de l’Islam politique pour cacher leur propre échec ils ne sont pas en mesure de comprendre que l’échec est celui des mouvements islamiques partisans ou sectaire. L’échec de l’idéologie partisane annonce, inchaallah, la renaissance de l’Islam social et politique.

Palestine, Israël, Sahara occidental

Source l’expression sous le  titre « Mohammed VI fricote avec Israël, sur fond du Sahara occidental » par Mohamed Touati

Mohammed VI a-t-il vendu son âme au diable? Le souverain marocain est vraisemblablement prêt à tout pour garder sous sa coupe le Sahara occidental.

Fricoter avec un des tout-puissants groupes de pression pro-israélien qui soutient l’idéologie sioniste ne lui pose apparemment aucun problème de conscience.

Le Maroc et Israël «semblent travailler de concert pour saper les activités de la Commission des droits de l’homme du Congrès américain chargée de faire respecter l’engagement des Etats-Unis à défendre les droits de l’homme des Sahraouis», peut-on lire sur le site d’information juif américain Mondoweiss.

C’est au lobby pro-sioniste «American Israel Public Affairs Committee» (Aipac), basé à Washington qui soutient Israël et sa politique de colonisation des territoires palestiniens que le pouvoir marocain s’est adressé pour qu’il fasse basculer en sa faveur le Congrès américain en ce qui concerne la question sahraouie. Au mois d’avril 2013, Frank Wolf (républicain) et Jim McGovern (démocrate), coprésidents de la Commission des droits de l’homme de la Chambre américaine des représentants avaient alerté le secrétaire d’Etat, John Kerry, sur la violation des droits de l’homme des Sahraouis par le Maroc.

Leur requête penchait en faveur d’un élargissement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) à la surveillance des droits de l’homme. Un projet qui a mis le Makhzen dans tous ses états au point d’y voir la main d’Alger dans cette initiative (lire L’Expression du 27/07/2013).

Frank Wolf et Jim McGovern avaient appelé les Etats-Unis «à exhorter le Maroc à cesser immédiatement le harcèlement, l’intimidation, les arrestations arbitraires et la détention des pro-indépendantistes sahraouis, et à appeler à la libération des prisonniers sahraouis emprisonnés pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression et d’association».

«Quelques jours après que Frank Wolf et Jim McGovern eurent envoyé leur lettre à John Kerry, une délégation composée de hauts responsables des services de renseignement et de sécurité marocains se sont rendus à Washington pour rencontrer des responsables du puissant lobby pro-israélien Aipac», indique Mike Coogan, l’auteur de ces révélations.

Comble de l’ironie, c’est sous un gouvernement islamiste qu’est révélé ce rapprochement entre Rabat et Tel-Aviv qui rend encore plus plausible les critiques des Frères musulmans dirigées contre le «Comité Al Qods» qui a pour objectif de préserver la ville sainte contre les agressions israéliennes que Mohammed VI est censé présider.

Le deal israélo-marocain Le souverain marocain a-t-il négocié le gel des activités du «comité El Qods» qui ne s’est pas réuni depuis l’année 2000 contre un soutien du lobby sioniste américain au projet marocain de colonisation du Sahara occidental? L’a-t-il mis au service de la diplomatie marocaine? Deux questions qui coulent de source alors que cette thèse est loin d’être farfelue.

En 2012, le président palestinien, Mahmoud Abbas, avait souhaité que ce «groupe» soit réactivé afin de tenir une réunion d’urgence pour faire barrage aux desseins israéliens de judaïsation de la ville sainte. Sans succès.

Pourquoi les activités du «comité Al Qods» ont-elles été mises en veilleuse? La réponse se trouve probablement dans cette collaboration qui se dessine entre ce groupe de pression pro-sioniste, l’«American Israel Public Affairs Committee», et les services marocains.«Le lobby le plus efficace sur les questions de politique étrangère des Etats-Unis» souligne Mike Coogan.

Les Frères musulmans d’Egypte ne se sont pas embarrassés avec cette question. Ils ont tout simplement remis en cause l’apport de cet instrument à la cause palestinienne et à la défense de l’identité de la ville sainte. La presse marocaine s’était empressée de relayer les remarques cinglantes du numéro deux du Parti des Frères musulmans en Egypte. Issam Al Aryan, cité par le quotidien cairote El Watan, s’était interrogé sur le rôle du comité El Qods lors d’une réunion de la Commission des affaires étrangères.

«Nous ne voulons pas travailler avec les anciens outils… Le comité Al Qods, présidé par Mohammed VI, un roi jeune et dynamique, n’a pas la moindre valeur ajoutée», avait déclaré le leader islamiste égyptien. Des propos qui ont fait mouche: «De telles déclarations constituent un déni irresponsable du rôle du comité et de l’Agence Bayt Mal Al Qods Acharif, dont l’action est supervisée personnellement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI…», s’indignait le MAE marocain dans un communiqué.

Ce nouveau rebondissement explique que la mise en veilleuse du «comité El Qods» est due aux accointances entre le Maroc et Israël. Il dévoile un plan machiavélique. Mohammed VI espère faire coup double: en assénant un coup de poignard dans le dos des Palestiniens il espère faire échec au droit du peuple sahraoui à se prononcer librement quant à son destin.

Mohamed Touati

L’expression

Résistance globale partie 2/2

Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

Résistance globale partie 1/2

Nommer

Comment qualifier ou nommer ce qui vient consacrer une nouvelle fois l’incurie des gouvernants arabes, la médiocrité des savants musulmans et l’anarchie des populations qui se déchirent et déchirent les derniers rêves ratés de l’Islah et de la Nahda que les élites n’ont su ni mesurer ni rendre efficients et irréversibles. Depuis des siècles nous sombrons dans le flot des maux produits par nos mots sans planification ni sens ni ingénierie.

Le Prophète Mohamed (saws) et ses compagnons, confrontés  à l’oppression, l’ont vaincu, car ils avaient le devoir de dire la vérité et d’agir comme ils étaient appelés à écouter les paroles et à en suivre l’excellent. Ils  étaient aussi appelés à ne dire que des paroles sensées et bien visées.  Les  mots sont viseurs  dans les batailles de sens, véhicules de symboles …   Ils disent : «j’existe, je résiste ».

C’est par la posture actancielle du verbe véridique que l’Arabe obscurantiste ante islamique s’est libéré de ses préjugés et de son isolat historique pour se donner vocation à exister comme civilisateur  et moyens de résister contre la marginalisation, les luttes intestines, l’esprit minus habens de l’errant sans projet pour l’homme ni pour l’humanité sauf celui de subsister. L’Islam lui a donné les mots, le désir, le devoir et la quête de rompre à son habitue de vivre en subsistant encerclé par les empires chinois, byzantins et perses. Subsister ou « sub » « sistere »  est étymologiquement un renoncement à l’existence au rang d’homme honoré par Dieu et à la résistance contre les empires qui ravalaient les humains au rang d’esclaves sans humanité,  d’humanité confiné dans la lutte de survie animale en sub-sistere c’est-à-dire en prenant position dans la posture du parfait soumis qui fait halte et qui prolonge sa halte en marge de l’histoire pour demeurer vivant en tenant tête à l’ordre des choses sans chercher à le comprendre ni à vouloir le changer. Khobsister ou Khobtsister, deux formes de subsistance des vaincus et des déserteurs refont surface dans un monde où prime la logique de force et d’intelligence sociale, culturelle, politique, militaire et économique.

En subsistant l’Arabe entretenait ses préjugés, ses limites, ses incohérences et son aveuglement. L’Islam a réintroduit la conscience et le sens des mots qui remettent debout l’humain et lui disent il est l’heure de se réveiller et de marcher debout et d’un pas alerte vers ce où « chacun est facilité pour ce qu’il a été créé » en l’occurrence exister sinon résister contre ce qui porte atteinte aux droits et aux devoir d’exister.

L’homme honoré par Allah et le Musulman élu par Allah ne peut se voir immobile et subissant les événements qui le mettent en infériorité, en domination par rapport aux positions des autres et en dehors de sa vocation d’être parfait ou perfectible pour se conduire et conduire les autres à exister en conformité avec l’humanité et l’islamité qui les invite à se promouvoir en responsable, prenant des positions qui siéent à leur humanitude. Le préfixe latin sub (sous)  et le verbe sistere (prendre position) qui consiste à subsister sous la tyrannie, l’idolâtrie est à rejeter car il place l’homme en situation de dominé, de soumis, de  démissionnaire, d’en dessous de ce que Allah attend de lui.

Les mots expriment un état, un sentiment, une pensée ou une action qui révèlent le rapport à l’autre :fraternité et solidarité ou agression et domination

Ils expriment la compétence d’Adam d’attribuer des noms à des êtres, des choses et des processus. La compétence humaine de tout nommer exprime le pouvoir de se déployer comme un champ de connaissances, un canevas d’idées, une ingénierie de processus et un réseau d’interactions.

Satan est intervenu comme un obstacle, une tentation, un danger, un ennemi, un leurre pour empêcher la compétence distinctive humaine de se déployer dans son aspiration au bien et au beau et lui interdire sinon lui compliquer les quêtes innées qu’elle porte en elle.

Nommer c’est exister et résister en racontant la mémoire du passé, l’attention de l’acte présent,  et l’espérance… Il faut nommer ses désirs, sa foi, ses projets, ses quêtes, ses amis, ses alliés, son projet de résistance et ses perspectives d’existence.

Les Palestiniens, privés de terres, continuent de nommer le retour à la terre comme la colombe de Noé symbolisait la fin du déluge et triomphe des résistants embarqués dans l’arche du salut. La Palestine continue d’offrir à l’humanité les racines spirituelles,  l’humus sociologique et le sédiment littéraire et intellectuel de la compétence de conjuguer  exister et résister.

Les verbes « exister » et  « résister » sont un même acte exprimé par le même verbe  « sistere » (se) positionner, faire face. Ce qui change c’est la commutation de sens  opérée par l’intention qui préside à l’acte et lui donne motivation, visée, symbole et  reconfiguration.

Exister ou « ex-sistere » consiste, à opérer un changement d’état en sortant  de soi, en allant vers l’extérieur, en cherchant de nouvelles issues ou en faisant rupture par rapport à un fait ou à une idée qui s’impose devant soi par un acte de repositionnement de soi et une reconfiguration de son face-à-face.

Résister ou « re-sistere » consiste à répéter des postures, à inverser des situations, à réagir contre des agressions, et à apporter des réponses aux intrusions par la reprise des positions perdues, la rupture avec l’inertie, le refus de s’aligner sur le sens imposé, la révision du face-à-face, l’apport de nouvelles réponses plus pertinentes et plus opportunes. Résister c’est continuer d’exister en redéployant ses actions après un changement de paradigme.

Il ne s’agit pas, ici,  de dicter une conduite à la résistance ou de parler au nom des résistants, mais de rappeler quelques évidences… Parmi ces évidences il y a les impostures qui font obstacle à la résistance dont les professionnels des négociations interminables, les diplomates du défaitisme de la paix arabe, les Pygmalion de « la résistance globale non violente » et les loups solitaires de la violence gratuite et implacable dans le monde arabe important « la résistance totale sans leader »…

Les invariants

Exister c’est affronter sans cesse les épreuves de vie ainsi que les oppositions intérieures et extérieures qui viennent contrarier le déploiement des possibilités de l’être ou rendre ce dernier réfractaire à toute idée de changement et de progrès.  L’être ontologique et social existe tant qu’il conserve son autonomie à se repositionner en permanence comme un sujet  en devenir dans son acte. Lorsqu’il perd son identité de sujet et le sens de ses actes, il cesse d’exister et devient objet soumis à des volontés contraires.

Exister est une manifestation de la globalité ontologique et sociale des croire, vouloir, savoir, devoir, pouvoir, faire et de leurs interactions dans les registres, invariants et singuliers, de la pensée et de l’activité politique, économique, intellectuelle, artistique …

Aussi vrai que l’être  et son acte sont  indissociables dans leur mutuelle détermination, la résistance et l’existence sont indissociables dans leur formulation et leur interaction. Il en est de même du croire (Amana) et de s’efforcer (Jahada).

Entre exister et résister,  la différence  est que dans un cas on prend davantage de position pour soi, et dans l’autre cas on prend davantage position contre le négateur de soi.  La différence actancielle est dans le rythme et le mode de changer de positionnement, de posture, d’actions, de dynamique, de consommation  du temps et  de l’énergie,   d’effusion de sang, de sueur et de larmes.

Confiner l’un ou l’autre dans un contenu, singulier  ou isolé, est en contradiction avec le principe de globalité. Ce principe  refuse les démarches taxonomiques simplificatrices et réductrices qui veulent confiner la résistance dans un cadre sectaire, une démarche partisane, ou dans une activité.  Le colonialisme est un moule axiomatique qui impose ses mots, ses valeurs, ses codes, ses concepts, ses symboles, ses produits, et ses interlocuteurs qu’il a produits, récupérés, recyclés et validés.

En déboitant l’existence de la résistance  et en négligeant leurs mécanismes globaux nous faisons l’impasse sur la lecture de la réalité et de sa dynamique la confinant dans un fait. Certains d’entre nous voudraient poser le problème palestiniens en termes de lobby faisant ainsi du conjoncturel et du singulier écran aux invariants du rapport colonisé-colonisateurs, opprimés-oppresseurs.

Division, dispersion, atomisation, diversion et subversion sont des armes que l’Empire pratique depuis toujours  pour saper les conditions d’exister et les possibilités de résister des peuples. La résistance globale c’est maintenir la dynamique et l’interaction de l’ensemble des idées et des activités qui expriment le  droit d’exister et le devoir de résister dans un projet de fédération, de cohésion et de coopération de toutes les forces sans exclusion ni exclusive.

L’esprit critique et la vision globale déconstruisent le formatage et renforcent  l’initiative crédible, viable et autonome contre l’oppression. Ils évitent de poursuivre un bouc émissaire désigné ou de s’enfermer dans le mimétisme.

Ni le retour aux sources ni le retour à la terre ne sont une réédition identique de ce qui fut sinon résister et exister finissent en  chimère, en utopie dans ce qui serait. La  loi universelle du changement impose de revisiter le Passé dans un devenir au lieu de vouloir l’importer comme une pièce d’archéologie, un fossile antédiluvien, un prêt-à-porter.

Le Prophète (saws) à Médine n’a pas distingué le Jihad contre l’oppresseur de ce qui donne existence globale à la communauté et à l’État : écoles, assainissement, forages, libération des marchés et du foncier des monopoles, interdiction de l’usure, socialisation des moyens de production, recapitalisation du commerce, de l’industrie et de l’agriculture par le travail et l’investissement, développement des réseaux de solidarité sociale, et asile pour les pauvres et les réfugiés.

 

Vérité immuable

Moïse (saws) nous apporte des éclaircissements magistraux sur les invariants de la résistance globale.

Il ne s’inscrit pas dans un rapport de force, mais il se positionne par rapport à la vérité. Il implique ses partisans et ses adversaires à se repositionner par rapport à la vérité. Il ne singularise pas l’acte d’exister de l’acte de résister. Il va poser les problèmes de l’existence et de la résistance de l’opprimé dans une même problématique et dans une seule et  même perspective. Exister et résister ne sont pas la juxtaposition d’actes linéaires successifs, mais le continuum d’un complexe de quêtes et d’actes faisant sens et contre sens avec la vérité, et faisant opposition ou alliance aux mensonges.

Il va dévoiler l’oppression dans ses deux formes de perversion. La première forme est l’abus dans la propre existence  de l’oppresseur du fait de sa cupidité vorace et de sa prétention narcissique à se croire meilleur ayant droit absolu.  La seconde  forme  est la transgression des droits d’autrui par la violence et les justifications.  Ces deux formes indissociables vont s’intérioriser comme mentalité collective ou fatalité.

Moïse va, sans formalisation juridique,  indiquer  les fondements iniques de l’oppression et des empires coloniaux : le droit d’abuser. Nous sommes donc interpellés, dans la pensée et l’acte de résistance globale,  sur les conditions morales, sociales, économiques et juridiques du capital et de la propriété. Il ne s’agit pas de brimer le capital et la propriété privée, mais de reposer les conditions de leur légitimité et de redéfinir les rapports sociaux à l’argent.  En vérité la question de l’oppression et celle de la résistance dépassent le champ matériel et économique. Le religieux, le culturel, l’idéologique, le psychologique, compris comme acte d’existence de l’homme honoré ou comme devoir de résistance pour restaurer ou préserver l’honorificat de l’homme, sont, selon leur emploi social et moral, des  obstructions ou des accélérateurs à l’existence digne et à la résistance efficace.

Moïse va donc amener tous les syllogismes fallacieux du camp dominant  à s’effondrer les uns après les autres. Il va amener toutes les fascinations, dans son propre camp, envers les symboles de l’oppresseur à se déconstruire.

Toutes les formes de despotisme économique, intellectuel, technologique, financier, militaire, territorial et politique s’épuisent par rapport  à la vérité qui s’énonce et qui dévoile le contenu et la logique des mensonges. Dénoncer le colonialisme ou faire l’apologie de la résistance ne suffit pas. Il faut saper l’arrogance et l’abus dans leurs fondements idéologiques tout en opposant  à leurs instruments de domination des alternatives globales de libération : idéologiques, morales, sociales, économiques, politiques et organisationnelles.

La vérité portée par Moïse porte Moïse. Elle est transcendance et immanence. Elle s’énonce comme évidence absolue, immuable, indivisible, inaliénable et irréversible. Elle est intrinsèque, elle se suffit à elle-même. Elle est une, inaliénable, indivisible,  sans dérogation ni condition suspensive ou limitative…

Moïse va conjuguer re-sistere et ex-sistere en aidant son peuple à devenir endurant et patient tout en lui apprenant les postures intellectuelles, morales, sociales et économiques qui lui permettent de se  tenir debout, de poser les assises de la libération, d’établir l’ossature de la communauté pour exister et résister. En écoutant le récit coranique on peut sans peine imaginer Moise et ses compagnons en train de  soutenir, de remettre debout, d’affermir, de fortifier, de consolider, de se mettre en quête de l’unité et de la Qibla annonciatrices de la fin de l’épreuve.

Si élever, construire, ériger, avancer sont des actes de résistances et d’existence qui fédèrent un peuple longtemps humilié et mis en situation de subsister sous les oppresseurs gaspilleurs, détruire, faire du mal se venger déshumanise davantage l’oppresseur et le rende vulnérable face à l’oppressé qui découvre enfin l’impasse totale de son tyran et entrevoit l’aboutissement dialectique de la contradiction entre l’oppresseur qui va épuiser ses moyens de répression et l’opprimé qui va se remplir de Sabr : endurance, constance avec espérance.

La perversion du rapport à la vérité par  la corruption, la tyrannie, l’injustice, l’atteinte des droits des autres, l’arrogance, la dérive démiurge ou la soumission à l’idole introduit des biais, des confusions ou des aveuglements dans le regard individuel et collectif qui ne perçoit que ses illusions et ses justifications mensongères. Le rapport à la vérité est indissociable du  rapport au savoir et aux références incontestables. Le despotisme est l’imposition d’un mensonge déclamé comme étant une « vérité ».

L’opprimé armé de vérité, non seulement ne voit pas le déficit de ses moyens comme un handicap, mais mobilise les moyens les plus judicieux pour sa résistance tout en se libérant  des limites du rapport des forces. Il va se libérer de ses résidus, de ses corps étrangers et de ses parasites pour se voir dans une perspective et une dynamique sans limites. L’oppresseur va faire le changement inverse en devenant plus vicié, plus vulnérable et sans perspective autre que celle de la spirale infernale de sa machine répressive. Pharaon est contraint de solliciter ses magiciens, ses armées, ses bâtisseurs, ses courtisans, ses vassaux. Il perd le monopole de la représentation et de l’initiative de la puissance. Il amplifie les conditions objectives et subjectives de sa contestation y compris au sein de son camp.

Le processus de confrontation à la vérité et au savoir conduit irrévocablement à l’effondrement des mensonges et de leurs appareils.

Les Palestiniens sont sur cette voie, il ne faut pas les en détourner, il faut les accompagner et dénoncer les tentations et les chantages qui veulent les conduire aux renoncements dans cette phase de confusion. La Turquie, le Qatar, l’Egypte et Mousaylima le grand gourou agissent de concert pour corrompre les Palestiniens  et les pousser à se dessaisir de leur devoir de résistance et de leur désir d’existence.

 

Priorité

Le Messie (saws) ne s’est pas focalisé sur l’occupation romaine et  son administration coloniale. La domination militaire et politique des Romains était secondaire  par rapport à la décomposition religieuse, idéologique, morale, économique, politique et sociale des Bani-Israël, ce concentré d’humanité que le Coran nous présente comme parabole sociohistorique.

La communauté des Bani-Israël du temps du Messie (saws) ressemble étrangement à notre communauté dans ses confusions et ses divisions.  Une communauté fragmentée entre intégristes, romanisants, hellénisants, commerçants cupides, doctes corrupteurs, adeptes de  Satan, seigneurs de guerre en quête d’un roi, populations sans repères.  Les véridiques, les justes  et les vertueux étaient en minorité.

Le peuple accablé par l’injustice, l’impôt, et l’usure ainsi que par l’instrumentalisation de la religion à des fins mondaines et politiques ne pouvait ni produire son argent, ni son élite, ni ses moyens d’émancipation.

Dans ces conditions, l’insurrection populaire contre l’Empire et ses vassaux politiques ne va pas libérer la société des causes profondes de l’oppression. Jésus a dénoncé le système qui rendait impossible la restauration de la vérité, la production des idées, la moralisation de la vie économique  et l’émergence des élites sociales préalables à la libération.

Il ne s’agit pas de prôner le désistement et la résignation comme réponse à la violence faite aux Palestiniens, mais de rappeler aux Arabes l’impératif de hiérarchiser les priorités et de refuser l’impertinence, l’inopportunité et l’incohérence des idées et des actes de  l’atomicité sociale et religieuse.

La confusion et la divergence sont des mouroirs. La confusion sur la vérité n’est pas produite par l’ignorance et l’erreur, mais par une volonté délibérée et préméditée de masquer la vérité, de propager l’ignorance  et d’induire le peuple en erreur pour usurper des privilèges et spolier des biens. La division est systématiquement entretenue par la culture du mensonge délibéré afin de garantir l’impunité  de la spoliation  et sauvegarder le pouvoir de l’imposture. La rente religieuse, historique, politique et économique annonce, accompagne et poursuit l’œuvre du colonialisme.

Si l’Empire romain cherchait la domination militaire, politique et économique du territoire, les castes religieuses cherchaient la domination absolue sur les consciences par la falsification des rapports à la vérité et par la corruption des savoirs.

Si Moïse était confronté à l’arrogance de Coré  et au désir mimétique qui viennent compliquer le rapport au despotisme de Pharaon, le Messie était confronté à un système d’aliénation  économique et idéologique produit par l’élite religieuse se réclamant de  Moïse. Les opposants au pouvoir en place se réclament eux aussi de Moïse sans être une alternative crédible et authentique pour porter la vérité, produire le savoir et libérer le peuple.

Le Messie nous montre que décoloniser les esprits est plus complexe que libérer la terre.

Le Messie n’a pas dissocié les causes de l’oppression de ses conséquences. Il s’est consacré, parallèlement à la proclamation de la vérité et au dévoilement des mécanismes intérieurs de l’aliénation à apporter des remédiations et des soulagements aux souffrances du peuple.

Les Romains et leurs alliés juifs empêchaient le Messie de nommer la vipère vipère et faisaient toutes les combines pour le faire tomber, l’obliger à s’arrêter, le contenir, le réprimer afin de circonscrire sa prédication et sa parole de vérité. Circum-sistere est l’art militaire  romain de  s’arrêter autour des villages et  auprès des populations pour les entourer avant de les attaquer et prendre par la force leurs positions. Circum-sistere est l’art de la casuistique religieuse et sociale pour vendre le faux à la place du vrai en montrant souvent le faux comme du vrai et le vrai comme du faux par la force de la persuasion des rhéteurs religieux. Entouré,  assiéger ou dénigré, le Messie avait adopté une autre posture il s’est consacré à assister les pauvres et les malades. Assister ou a-sistere consiste à devenir absent de la position, à marcher dans le sens imprévu de l’ennemi qui croyait comprendre la posture de son ennemi. La beauté de la situation c’est qu’il a été préservé de posture  tissée par l’ennemi interne et externe en prenant une autre posture qui consiste à assister les démunis et les esseulés. As-sistere prend aussi le sens d’être présent sur place, d’être à côtés pour secourir et aider.

Le jeu de mots ne peut montrer l’étendue du destin qui se jouait en ces moments-là, mais il témoigne de la force des mots et de l’ironie de ces mots lorsqu’ils sont rapportés à l’histoire des us et des autres. La plus grande ironie c’est que ces mots continuent de se jouer des uns et des autres car les médiocres qui répètent des mots religieux sans en comprendre le sens ou la portée et ont l’outrecuidance de parler au nom de Dieu et des Prophètes. L’ironie est cruelle car l’effusion du sang musulman au profit des ennemis des musulmans ne semble pas s’arrêter.

Les imposteurs de l’Islam et les otages palestiniens à Yarmouk

{Dites la vérité}

 » Le véritable savant est celui qui dit la vérité dans les moments de troubles (fitane). Dites la vérité. Cela ne retarde ni n’avance le terme de vie comme cela ne diminue ni n’augmente la subsistance » Hadith

Les événements tragiques qui montrent l’armée syrienne loyaliste prendre d’assaut le camp palestinien Yarmouk et l’exil dans l’exil des réfugiés palestiniens doivent nous inviter à réitérer nos sentiments de solidarité avec le peuple palestinien qui souffre de l’injustice mondiale, de  l’incompétence de ses élites et de l’imposture des Arabes et des Musulmans qui poussent l’outrecuidance à faire commerce de la misère au lieu de la régler.

A première vue la vision des conditions de vie misérable à laquelle s’ajoute la fuite humiliante des Palestiniens du camp de Yarmouk  soulève le cœur et fait perdre le peu d’estime pour l’armée syrienne qui se permet de prendre d’assaut des réfugiés sans armes, sans biens, sans destin.

C’est ce que la coordination entre la guerre subversive, la guerre psychologique, le matraquage médiatique  et la haine des musulmans en armes contre d’autres musulmans veut montrer : une armée inhumaine qui ne respecte ni réfugiés ni pacte ni civils. Cette armée dont on montre les atrocités tout en occultant son devoir de défendre sa patrie et tout en niant ses morts et ses blessés est pratiquement la principale visée du plan impériale et sioniste. Bachar Al Assad à l’instar de Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi  n’est que l’arbre qui cache la forêt visée par l’incendie.  Le monde arabe et musulman ne doit aspirer ni à construire un état de droit, ni à construire une armée de défense nationale, ni à vivre en paix pour régler ses contentieux avec l’histoire de sa décadence et de sa colonisation. Il est condamné à vivre dans les turbulences pour le profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux occidentaux et arabes.

Et pourtant  notre religion nous met en garde contre la transgression en portant atteinte à la vie, aux biens et à la sécurité des personnes :

« Celui qui tue une personne qui a conclu un pacte avec les musulmans (Mou’âhad) ne sentira pas l’odeur du paradis, alors que son odeur est sentie d’une distance équivalente à quarante années. » Rapporté par Boukhâry.

Les imposteurs de l’Islam sous la conduite d’un savant sénile et d’un prince parricide et régicide qui reçoivent les commandes de Tel-Aviv et Washington  ont décidé de recourir à l’horreur : prendre en otage les Palestiniens :

Ils ont cultivé suffisamment l’esprit infantile et partisan  auprès des Palestiniens  fanatiques de l’Islam qui ne connaissent de l’Islam que le superficiel et l’émotionnel. Ces stupides ne tirent pas leçon de l’aventurisme du FATAH au Liban au début des années 80 et se laissent piéger de la même manière pour se retrouver impliqué dans un conflit intérieur dont ils seront toujours les victimes s’ils prennent position. La seule position légal et légitime est de rester loyale et reconnaissant envers la main qui t’a secouru et abrité. Si tu désapprouves où tu supportes avec silence et dignité ou tu plies bagage et tu t’en vas ailleurs chercher un autre lieu d’asile. Lorsque l’esprit partisan et infantile l’emporte sur la raison et l’éthique alors le Palestinien devient l’artisan de son propre malheur et de la honte des siens. Plus personne n’ignore que des combattants palestiniens ont rejoint la sédition armée ajoutant  complexité et complication à leur situation déjà  confuse. Ces ingrats qui retournent leurs armes contre ceux qui les ont armés et entrainés  devront répondre à la question du pourquoi. Pour l’instant ils ont permis de transformer le camp de réfugiés de Yarmouk en zone d’opération des combattants mercenaires de l’OTAN : islamistes djihadistes en panne d’imagination, marxistes chrétiens en alliance avec les islamistes, Frères Musulmans adorateurs  des guides, des savants et de l’argent. Toutes ces fripouilles n’ont aucune honte à servir l’agenda impériale et à lui obéir au doigt et à l’œil, mais ils poussent le cynisme assassin et fourbe à prendre en otage un camp de réfugiés.

YARMOUK2Ce camp de Yarmouk, l’un des plus grands dans le monde, est une place stratégique dans Damas par ces cinq entrées. Il offre un abri pour la logistique de subversion (voitures piégées, tireurs d’élites, postes d’observation) et une population jeune désœuvrée, frustrée et désespérée donc manipulable et mobilisable pour devenir chair à canon de l’insurrection. L’armée syrienne, comme toute autre armée mise dans la même situation, n’avait pas d’autre alternative que de tenter par tous les moyens d’assiéger et de reconquérir  le camp et d’en reprendre le contrôle des accès stratégiques. La perte de ce camp c’est la perte de Damas. Jusqu’à preuve du contraire l’armée loyaliste syrienne est l’armée légale et en aucun cas un esprit juste et avisé n’irait lui interdire  de reprendre par la force des armes ce qui menace la sécurité intérieure du pays et l’effondrement de l’Etat. Le caractère islamiste ou non islamiste ne change rien à la nature du problème. Si nous devions prendre en considération le caractère islamique il serait contre les groupes séditieux car le Coran et la Sunna du Prophète interdisent la sédition armée et lui réserve le châtiment le plus humiliant et le plus implacable :

{Nous Avons Prescrit aux fils d’Israël que : « Quiconque tue une personne sans qu’elle ait tué ou corrompu de par la terre, serait comme s’il avait tué les hommes en totalité, mais quiconque la laisse vivre, serait comme s’il avait laissé vivre les hommes en totalité ». Nos Messagers leur sont venus, en fait, avec les évidences. Ensuite, beaucoup d’entre eux, après cela, sont des dissipateurs de par la terre. Toutefois, la punition de ceux qui font la guerre à Allah et à Son Messager, et sèment la corruption de par la terre, est qu’ils soient massacrés, ou crucifiés, ou que soient coupés leurs mains et leurs pieds opposés, ou qu’ils soient bannis du pays. Cela sera pour eux un avilissement dans le monde ; et dans l’au-delà, ils auront un immense châtiment. Sauf ceux qui se sont repentis avant que vous n’ayez pouvoir sur eux. Sachez qu’Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.}

La casuistique de Qaradhawi, le bavardage insensé des Ali Belhadj, les appels au meurtre par Arrour et compagnie  ne changent rien à la signification de ces Ayat. On ne réalise pas le dessein d’Allah par le Haram, l’effusion de sang et l’insécurité.

Il y a le dessein du grand Satan qui se réalise en Syrie, dans la continuité de ce qui s’est réalisé en Libye : disloquer de  qui reste du monde arabe pour l’empêcher de tisser ce qui fait une civilisation capable de se réveiller et de présenter aux peuples comme alternative par la conjugaison progressive et pacifique des mentalités arabes collectives, des histoires communes de vie ensemble et de confrontation aux mêmes impérialismes et aux mêmes défis,  des élans trop certes mais qui ne manqueront pas de faire émerger la conscience de la liberté, du droit, de la légitimité et de la collaboration démocratique, des possibilités objectives de complémentarités des ressources, des métiers et des projets économiques. C’est ainsi que se construit une aire civilisationnelle qui peut donner naissance à une sorte de confédération musulmane, visage moderne du Khalifat ou autre forme de l’esprit de solidarité inter peuples et gouvernants musulmans. Nos apprentis religieux ne connaissent ni la stratégie, ni la construction de l’état, ni la grammaire de la civilisation, ni la réalité du monde et commettent un crime en s’impliquant dans des conflits dont ils ignorent les enjeux, les conséquences et les centres de décisions.

La bataille pour le contrôle du camp palestinien de Yarmouk n’est pas un fait isolé ni fortuit. C’est une construction diabolique qui doit être remise dans le contexte de la terreur internationale que mène l’Empire contre la Syrie s’appuyant sur ses vassaux européens, ses financiers arabes, et ses « révolutionnaires islamo otanesques dont la crainte de Dieu les autorise à massacrer les créatures de Dieu et à faire semblant de ne pas voir les diables qui les manipulent et qui les armes.  La Syrie est visée pour que sa mosaïque ethnique et confessionnelle disparaisse et qu’à sa place s’installe une guerre sans merci et sans fin entre toutes les composantes de la société laissant la Syrie aux mains des forces occultes qui peuvent désigner les seigneurs de guerre qui acceptent de travailler pour l’agenda sioniste et la normalisation avec l’empire et le sionisme contre l’Iran, le Hezbollah, la Russie et la Chine. Le même scénario appliqué en Irak et en Afghanistan est reconduit en Syrie sous la bénédiction des savants de l’égarement et des prédicateurs de la Fitna. Ces insensés portent sur la conscience et les mains le sang des innocents et les ruines du monde arabe. S’ils avaient un grain de sel de raison et de Taqwah ils auraient vu le plan diabolique impériale et l’aurait combattu sinon dévoilé. Ce plan vise à épuiser et à faire effondrer l’armée syrienne sans qu’il n’engage un homme ou un dollar américain. Il ne fournit que le renseignement et l’ordre de combat. Le sale travail est fait par les Arabes et les Turcs. Pour l’instant l’armée syrienne, malgré ses déboires, résiste miraculeusement au prix de la destruction de la Syrie? Seul Allah sait combien de temps cette résistance sera encore debout et quel sera le prix de cette résistance. Si jamais la résistance syrienne s’épuise alors le scénario diabolique qui a déjà été appliqué en Afghanistan sera mis en place : liquidation de tout l’islam djihadiste et politique qui s’est constitué en force de combat sous un étendard de confusion. Les États-Unis et leurs alliés européens auront réussi le double exploit de liquider d’une part l’axe de la résistance et de laisser la question palestinienne orpheline adoptée par les traitres arabes qui vont l’achever définitivement, puis d’autre part de liquider encadrement et exécutants qui seront le moment voulu qualifiés de terroristes et de criminels contre l’humanité. Qaradhawi et son association de séniles cyniques seront considérés comme des terroristes et interdit de fonds, d’antennes et traduits devant les tribunaux occidentaux pour crimes envers les Juifs,  les Chrétiens et les laïcs. Ils perdront ainsi le fruit de leur vie de trahison et le retour à Dieu sera plus humiliant et plus dur en châtiment.  Les dirigeants arabes qui ont servi le plan américain seront envoyés dans la fosse de l’histoire. L’empire a déjà la liste des pièces de rechange :

« Comme vous faites aux autres il vous sera fait de même »

Le camp de Yarmouk est sous le contrôle du front démocratique – commandement général qui est resté loyal envers la Syrie. En prenant en otage le camp de Yarmouk on attise les luttes intestines entre factions palestiniennes, on crée de la diversion dans leur feuille de route en déplaçant le problème non plus sur continuer la résistance contre Israël ou collaborer avec le sionisme et s’intégrer dans le nouvel ordre mondial dans la région ou le refuser, mais être avec ou contre le régime syrien et être avec ou contre l’illusion du khalifat Khwanji.  Les événements du camp de Yarmouk sont la manifestation flagrante de la dérive maffieuse, cynique et absurde de ceux qui rêvent de construire un Khalifat fondée sur la bonne gouvernance alors qu’ils sont insensés, incompétents et criminels :

{Dis : « Vous informerons-Nous des plus perdus en œuvres ? » : ceux dont l’œuvre s’est fourvoyée dans la vie terrestre, alors qu’ils s’imaginent avoir agi au mieux.}

S’il est triste de voir ceux qui appellent à Dieu recourir à des procédés qui cultivent la haine  entre des factions devant combattre contre le même ennemi il est encore plus affligeant de voir que ce scénario n’est pas étranger au scénario qui s’est déja passé dans le camp Nahr al Bared au Liban où l’armée libanaise a employé l’artillerie et l’aviation pour déloger un « groupe ». Quelle est la stratégie dans ce type d’opération et pourquoi la réitérer. La réponse est effarante si elle ne répond à aucune logique et elle est horrible lorsqu’on lui donne l’explication rationnelle la plus plausible : faire admettre dans l’opinion palestinienne, l’opinion arabe et l’opinion mondiale favorable que les armées arabes traitent les réfugiés d’une manière plus dure et plus humiliante que ne le font les sionistes. C’est un procédé connu qui s’appelle « l’effet contamination » qui permet de contaminer une image relativement correcte et de décontaminer une image laide pour la rendre plus présentable. Dans le cas présent du camp de Yarmouk l’effet est scandaleux : l’autorité palestinienne réagit vite en demandant à l’ONU de trouver une solution aux réfugiés de Syrie et de faire tout le nécessaire pour les faire transférer en Palestine. Quelques milliers de réfugiés ont été habilement orientés vers les camps de Turquie.  L’opération marketing pour désavouer l’armée syrienne était rodée. Encore une fois je dois avouer que les Arabes, dans l’état de décomposition sociale et politique et dans l’état de putréfaction intellectuelle et morale sont prêt à tout pour arriver à leur conquête de pouvoir, mais ils sont dans l’incapacité de produire des scénarios si bien élaborés. Ce sont des médiocres que l’armée syrienne aurait pu nettoyer en quelques semaines si elle n’avait pas affaire à un complot international. Ce complot dépasse la Syrie dans ses objectifs et sa mise en œuvre.  L’Iran, la Russie et la Chine semblent pour l’instant avoir compris le scénario.

Dans ce conflit mondial, la question palestinienne est d’importance cruciale. Elle est la boussole du monde . L’empire et le sionisme veulent que cette boussole ne reflète que leur réalité enchanteresse qui fait l’impasse sur la justice et les droits des Palestiniens. Dans la stratégie de l’enchantement et de la fabulation nous avons le Khalifat allié de l’Empire qui se dessine péniblement. Dans ce Khalifat où on voit les déchirement à venir entre les Émirs du Qatar,  les Ottomans, les Rois bédouins et les Mamelouks d’Egypte  se dessine un rattachement de Gaza à Égypte et celui de Ramallah à la Jordanie. La bataille du camp de Yarmouk intervient dans un moment où Mechaal a achevé son opération marketing à Gaza volant à la résistance palestinienne sa victoire et la plaçant dans une allégeance au Qatar, Abbas annonce sa décision de création d’une confédération jordano palestinienne, Netanyahu lance un vaste programme de colonisation réduisant davantage les territoires arabes. Le HAMAS ne doit pas gaspiller son capital de sympathie ni nuire à ses nombreux martyr à cause du culte la personnalité que la confrérie frériste cultive au lieu de cultiver le réalisme, la loyauté et l’islam originel.

La plus grande victoire que nous pouvons réaliser sur nos ennemis est celle que nous réalisons sur nous-mêmes. Elle passe par l’impératif de garder la tête au-dessus des eaux troubles et de trouver des jalons et des points de fuite pour construire une perspective de vue à même de voir un semblant de réalité se dessiner dans la confusion et la convulsion. Devant l’emballement jouissif des journaleux embarqués pour le compte de l’empire nous ne pouvons que dire la vérité même si elle heurte les bonnes consciences musulmanes qui rêvent d’un khalifat pour ne pas voir l’horreur de ses partisans. La plus grande victoire c’est de dire nous refusons que cela se passe en Algérie  même si nous devons encore supporter les médiocres qui nous gouvernent et qui n’ont pas l’honneur et la dignité de tourner le dos aux tombeurs de la Libye et de la Syrie au lieu de leur dérouler le tapis rouge. Comme la vérité, le tapis rouge ou le dos tourné ne changera pas à l’équation algérienne grand chose. Notre maladie est profonde, elle nous emportera tous comme un cancer incurable dont on ressent les métastases

Les malheurs qui frappent les Musulmans  sans distinction ont leur origine, selon le Prophète (saws) dans  la généralisation de la malveillance dans les cœurs, les esprits et les comportements des Musulmans. Quelle pire malveillance que de verser le sang des innocents ou de débattre avec passion du futile et de l’accessoire et rester insouciant devant l’imposture et la trahison. Le Khabat est la malveillance. La langue algérienne a su trouver le mot juste pour désigner le cancer et le Malin nuisible : le Khabith. Comme Satan il frappe ceux qui n’ont plus de défense immunitaire ou qui se sont trop longtemps exposés aux nuisances. Qu’Allah nous protège du Khobt et des khoubata   au sens propre et figuré. Amin !

Ces Khoubata qui parlent notre langue, pratiquent notre religion et règnent en maitres sur nos esprits, nos cœurs et nos destins ne sont pas ceux qui se réclament éradicateurs ennemis de l’Islam, mais ceux qui se sont autoproclamés détenteurs de la vérité suprême et de la science infuse leur donnant  le droit non de parler de Dieu et d’agir pour Dieu, mais de parler au nom de Dieu et d’agir pour Satan. Il est de notre salut moral et public de les dénoncer et de leur tourner le dos.  Il n’est pas normal que depuis le mouvement de décolonisation nous les voyons exprimer leur allégeance à des monarques séniles, rétrogrades, agents de l’empire et du sionisme contre le bon sens et le sens logique de l’histoire et qu’ils jettent l’anathème sur Boumédienne, Kadhaffi, Assad et Nasser qui ont tenté, mal tenté, de lutter contre l’impérialisme et de mettre en place les bases du développement industriel, agraire et social qui fait défaut. Le temps a montré en Tunisie et en Égypte que les Charlatans n’ont aucun programme de justice sociale, de développement social et économique et encore moins de réformes et de modernisation de l’État. Ils font plus de tort à l’Islam et aux Musulmans que les laïcs et les athées dont la nuisance est confinée aux microcosmes et non à l’ensemble de la société musulmane qui est sous le charme du mensonge des assoiffés de pouvoir et des docteurs de la casuistique religieuse que l’Islam condamne.

Je ne suis pas un opposant de l’Islam, je suis un opposant à la bêtise qu’elle prenne habit de nationalisme ou d’islamisme. Il y a suffisamment de souffrance, mais aussi de talent dans le monde arabe et musulman pour que nous puissions nous libérer des mimétisme aliénants et inventer une nouvelle voie de développement et de gouvernance qui respecte notre religion, nos intérêts et la pluralité de nos différences. Nous avons trop souffert du colonialisme pour le tolérer de nouveau et lui donner excuse pour se jouer de nous à cause de l’infantilisme des uns et de la surenchère idéologique et démagogique des autres. Al Ibrahimi a considéré à juste titre que le colonialisme est une des souillures de Satan confirmant l’antagonisme religieux et idéologique entre le coran et la doctrine impériale. Se soumettre à cet empire c’est trahir le Coran et trahir nos martyrs ainsi que décevoir les peuples en quête d’espoir et de salut.

décolonisation WAYL1

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Combien il avait raison le Prophète (saws) de refuser que le pouvoir et l’autorité soient confiées à des insensés ou à des gens qui réclament le pouvoir se croyant les plus méritants ou les plus capables à l’exercer. S’il avait dit le contraire chacun aurait construit son émirat au seuil de son gourbi et chacun aurait tué le reste de l’humanité pour une parcelle de jouissance de ce monde  qui aux yeux d’Allah n’a même pas  la valeur d’une aile de moustique.  Bouteflika et consorts au lieu de cultiver le baise main ils devraient tirer leçon de l’actualité et engager des réformes structurelles et profondes en redonnant l’Algérie aux Algériens avant que les insensésde part et d’autre ne liquident la vie et l’avenir du peuple algérien  pris  en otage  et mis en assistance comme un inapte.

{Allah ne nous châtie pas à cause de ce qu’ont commis les insensés d’entre nous}

 

Ce que le hold-up confrérique ne peut voler aux Palestiniens

Le gain politique et les buts immédiats ne sont pas à inscrire à l’ordre du jour de la résistance palestinienne lorsque nous lisons le contenu de l’accord auquel l’Egypte est parvenu. Nous avons montré le hold-up que les Américains et les Frères Musulmans ont réalisé en mettant en avant le rôle de conciliateur et d’intermédiaire de l’Egypte alors qu’idéologiquement, religieusement et géo-stratégiquement  sa place était à côté de la résistance palestinienne.

Lorsque nous disons à côté de la résistance palestinienne cela ne veut pas dire l’aventurisme d’entrer dans une confrontation militaire classique avec une armée égyptienne privée de doctrine de guerre et ployant sous l’aide logistique, technique et financière américaine. Etre à côté de la résistance c’est fournir la profondeur stratégique à la résistance palestinienne dans sa continuité militaire en lui apportant la logistique militaire et dans sa continuité populaire en lui apportant le soutien populaire. A l’unité peuple-résistance armée du côté palestinien qui avait  fait face à l’agression nous espérions retrouver la même unité peuple et soutien logistique.

Le pragmatisme politique a remporté une victoire médiatique sur le  réalisme  de la cohésion et de l’harmonie peuple-résistance. Le pragmatisme est dangereux car il installe le statut quo qui peut générer de la lassitude, et  donner de la voix à la subversion idéologique et à la diversion politique pour distiller insidieusement  la question cynique sur les apports de la résistance en termes de gains militaires, politiques et sociaux.

N’est-ce pas le retour à l’immobilisme et aux contradictions des points de passage sous le contrôle des autorités sionistes et des autorités égyptiennes ? N’est-ce pas l’Amérique qui dicte ses conditions sur ce qui devrait relève de la souveraineté égyptienne sur son territoire ? N‘est-ce pas que la résistance a marqué  plus de points qu’en 2009 pour n’en obtenir que moindre ?

N’est-ce pas que nous allons voir de nouveau le déchirement entre Gaza et la Cisjordanie facilitant l’idée de la solution du  transfert des populations par une forme nouvelle : le transfert administratif des territoires entre l’Egypte, la Jordanie et l’extension-intensification de la colonisation et de la judaïsation de la Palestine.

Le pragmatisme va tenter de faire de la question palestinienne un dossier parmi tant d’autres de  l’agenda freriste de la Dawla islamiya qui compose avec le capitalisme et l’Empire. Le réalisme américain et le cynisme sionisme vont faire de ce pragmatisme  un mode opératoire pour tiédir et diluer la question palestinienne qui recule dans la conscience humaine pour devenir un feu d’artifice et un holocauste de commémoration sans perspective sur la libération.

Dans les semaines à venir le hold-up qui a remis en scène le Qatar et la Turquie, artisans du démembrement contemporain du monde arabe, l’Amérique  va tenter d’appliquer le même scénario qu’à Ramallah. A Ramallah la résistance est bâillonnée par un semblant de mieux être socio-économique qui vient faire oublier la répression qui s’abat sur les  figures et les idées de la résistance. A Ramallah règne en maitre le général américain Dayton sur le plan sécuritaire et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair sur le plan idéologique, économique et politique.  L’idée est d’isoler les deux entités palestiniennes l’une de l’autre et chacune du territoire palestinien historique.

L’Amérique dispose de ce qu’elle n’avait pas en 2009 : l’Egypte et la Turquie. Le Qatar est toujours présent dans le rôle inchangeable d’émissaire américain et d’agent financier. L’Egypte sort de cette guerre avec le statut renforcé qu’elle avait déjà par les Accords de Camp David : le centre de gravité de la normalisation avec Israël. La Turquie consolide sa position mais perd le rôle de locomotive. Elle aura à jouer un rôle face à la Syrie et à l’Iran. Pour Gaza je la vois dans trois rôles : assistant de l’Egypte sur le plan sécuritaire et politique, opérateur économique dans Gaza avec le Qatar et peut être un rôle inédit : elle serait le seul pays à amarrer à Gaza pour donner l’illusion de la fin du blocus.

 Les Arabes politiques, médias et peuples sont, pour l’instant et dans les semaines à venir, dans l’euphorie de la victoire,  le gaspillage de temps  entre réjouissance et festivités pour commémorer leur victoire faisant l’impasse sur le hold-up, et la perte d’intelligence et de vigilance dans leur spéculation sur la défaite politique de Netanyahu.

Poser  la question de l’avenir politique de Netanyahu et débattre des clivages et des oppositions au sein de l’entité sioniste c’est faire de la diversion. Aucun homme sensé n’ignore ces trois constantes : Israël et le monde occidental perdant ou victorieux ont la culture de l’évaluation et de l’auto critique, leur système et leur culture  politique ne leur permettent pas le nombrilisme partisan. Le changement tactique  dans la continuité stratégique est leur essence. Quels que soient la couleur politique du gouvernant et la tonalité de son discours médiatique la politique menée envers la Palestine est invariante. Par ailleurs le Coran nous a appris que « leurs cœurs sont dispersés » : cela fait partie de leur comportement normal.

L’anormal dans l’affaire est notre comportement qui fait de leur normalité une fascination, une dérision, une diversion… Alors que chacun de leurs mots, de leurs idées, de leurs actes envers notre capacité de résistance est une subversion dans nos mentalités et notre unité, une dislocation dans notre tissu, dans notre géographie, dans notre histoire, dans notre devenir…

L’anormal c’est d’aller vers un comportement festif et euphorique qui ne sied pas à celui qui se réclame de Mohamed (saws) qui s’est toujours montré humble et recueilli y compris dans les plus grandes victoires comme celle de Badr ou de Mekkah. L’indécent c’est de se montrer bruyant alors que l’odeur du sang des martyrs, des blessés, des disparus et des ruines fumantes impose le recueillement. Dans ce lieu béni par le Ciel qu’est la Palestine nous ne pouvons manquer de faire le rappel entre le désir de vivre et de triompher des incrédules et des agresseurs avec ces deux qualificatifs par lesquels Allah a qualifié Son Prophète Yahya (le vivant)  dans la sourate Mariam :

{Récit de la Miséricorde de ton Dieu envers Son Dévoué Zacharie. Lorsqu’il a appelé  son Dieu en L’invoquant intimement pour lui dire  : « Mon Dieu, mes os se sont affaiblis, la tête flamboie  de cheveux blancs, et je ne fus jamais malheureux en t’invoquant ; et moi je redoute les proches, après moi, ma femme étant stérile. Accorde-moi donc, venant  de Toi, un successeur, qui hérite de moi et qui hérite de la famille Jacob. Et fais, mon Dieu, qu’il soit agréé ». O Zacharie, Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un garçon qui s’appelle Yahia auquel Nous n’avons pas donné d’homonyme auparavant. Il dit : « Mon Dieu, comment aurai-je un enfant alors que ma femme est stérile et que j’ai atteint l’extrême vieillesse ? » Il dit : « Au sujet de tout cela, ton Dieu a dit : “Pour Moi c’est chose facile, n’est-ce pas que je t’ai  déjà créé auparavant alors que  tu n’étais rien.” » Il dit : « Mon Dieu, désigne-moi un Signe. » Il dit : « Ton signe : tu ne pourras parler aux hommes pendant trois nuits, quoique en bonne santé. » Alors il sortit du mihrâb vers ses gens et leur fit signe : « Exaltez Dieu à l’aube et au soir ». } Mariam 2 à 11

Sans entrer dans tous les détails et le sens des Signes (Ayat) nous allons retenir quelques éléments qui clarifient notre lecture du présent focalisé sur la Palestine. C’est la première fois que le nom Yahya apparait dans l’histoire des nominations. C’est la première fois qu’un verbe « il vivra » est utilisé pour désigner un nom ou un prénom. La nomination devient Signe car le signe a pour vocation d’annoncer un autre signe ou un sens plus subtile et plus important que ce qu’il représente en sonorité ou en image mentale : l’annonce du Messie le fils de Marie, le Verbe d’Allah.

Ces signes et ce récit sont évoqués symboliquement par ce qui se passe actuellement dans le monde arabe : jamais le retour du Messie n’est ressenti aussi proche que maintenant, jamais la lutte entre le Messie fils de Marie et le faux Messie le Dajjal n’est ressentie voire souhaitée devant tant d’injustice, de mensonge, de confusion. Jamais la résistance palestinienne n’a porté autant de vitalité, de potentiel de vie, d’annonce comme ces dernières années. Si nous nous confinons à la seule analyse géo politique nous devenons pessimistes et cyniques. Le Coran est le printemps de notre vie, la guérison de notre esprit, la miséricorde pour notre fragilité, la perspective de l’avenir qui nous est promis lorsque tous les chemins semblent mener à des impasses.

La clé n’est pas dans la démonstration festive ni dans la diversion ni dans l’espoir ou le désespoir que peuvent amener les Frères Musulmans ou d’autres idéologies. La solution est le retour à l’Islam  c’est-à-dire se remettre en totale confiance au Décret d’Allah et attendre de Lui la victoire et l’issue heureuse.  

La clé est la  fidélité aux principes :

{Exaltez Dieu à l’aube et au soir}  Mariam 11

La clé n’est pas dans le pragmatisme et l’attente messianique d’une solution qui viendrait des Frères Musulmans, de l’Egypte, de Turquie ou du Qatar.  Le Hold-up n’est pas une clé c’est un détournement,  une effraction !

La clé est dans la sourate Mariam qui vient compléter l’énoncé qui  annonce la vie, l’immortalité, la remise totale en Allah :

{O Yahia, prends le Livre avec force} Mariam 12

 O Allah notre Dieu et le Dieu de tous les Univers quelle est la signification de cette force ? Elle est dans le Livre d’Allah qui dicte la manière de se comporter face aux agresseurs. Il ne peut y avoir triomphe pour les gens bruyants et dissipés ou arrogants ou calculateurs. La force au sens coranique demande l’engagement total du croyant et l’éthique du Coran que Zacharie a incarné :

{Il a appelé son Dieu en L’invoquant intimement}

Elle dénote l’intimité du cœur qui vit dans la proximité de Dieu, le recueillement de l’être qui s’adresse humblement au Maitre Souverain, le mutisme devant  l’indicible audible par la seule oreille qui a compris le sens de la Grandeur de Dieu et de son Omnipotence, le comportement secret et furtif de l’indigent qui mendie sa subsistance, son devenir auprès du Riche, le  Donateur et le Propriétaire exclusif. S’il y a du bruit c’est que le cœur est absent,  l’esprit est détourné ou les sens perturbés par les apparences trompeuses.

Yahia –  le verbe « vivre » qui témoigne d’Allah le Vivant et qui annonce le Messie que les Juifs,  l’Empire et l’idolâtrie ne peuvent tuer ou crucifier – est l’incarnation de cette force tranquille qui donne victoire au faible et au vieux Zacharie et perpétue son sang, sa foi et les nobles traditions de la famille de Prophètes (saws) :

{Et Nous lui avons octroyé la maitrise de soi alors qu’il n’était encore qu’un enfant, ainsi qu’une tendresse et une épuration par effet de Notre grâce. Il était pieux, affectueusement dévoué envers ses père et mère, et il n’était point un oppresseur rebelle.} Mariam 12 à 14

 La clé pour la Palestine n’est pas dans le positionnement idéologique ou partisan des uns et des autres, mais dans l’affirmation des constantes. Le réalisme consiste à donner de la faisabilité, de la viabilité, de la cohérence, de l’efficacité à ces constantes. Aux constantes traditionnelles qui sont la fin de l’occupation et le retour des réfugiés il y a une nouvelle constante qui vient s’imprimer dans la conscience et le sol : l’unité peuple résistance armée, l’unité de la résistance palestinienne comme facteur décisif dans l’axe de la résistance contre l’Empire et le sionisme.

Ni Zacharie, ni Yahia, ni Marie, ni le Messie fils de Marie n’ont fait des concessions sur les principes ou n’ont été partisan d’une faction ou d’un groupe combien nombreux ils étaient dans la société juive à cette époque. La société juive était partagée entre les hellénisants, les instrumentalisant la religion à des fins mondaines….

Le Coran a montré la rupture qui doit s’opérer :

{Elle (Marie) dit : « Moi, j’ai recours au Miséricordeur contre toi, si tu es pieux ».} Mariam 18

{Il dit : « Je suis le serviteur d’Allah, Il m’A Donné le Livre, et Il m’A Fait Prophète, et Il m’a rendu  béni où que je sois, et Il m’a ordonné la prière et la Zakàt tant que je serai vivant, et d’être affectueusement dévoué envers ma mère. Il ne m’a  point rendu  un oppresseur malheureux. Que  la paix soit avec moi : le jour où je suis né, le jour où je mourrai et le Jour où je serai ressuscité vivant. » Tel est Jésus fils de Marie. Parole de Vérité sur laquelle ils divergent.} Mariam 30 à 34

 De fil en aiguille ces énoncés se sont imposés à moi non comme des ornements décoratifs comme le feraient des citations, mais comme des repères religieux et historiques montrant que le conflit dans lequel nous sommes une partie prenante dépasse la géographie et le temps du présent. Il est enraciné dans la conscience humaine, dans la conscience musulmane, dans la confrontation entre le mensonge et la vérité. La question palestinienne, indépendamment des calculs politiciens des uns et des craintes légitimes des autres, est préservée  par sa présence dans l’intérieur de toute existence passée, présente et à venir.

Si nous ne doutons pas de la vérité et de l’efficacité de ces énoncés coraniques ainsi que de leur portée sur ce qui se passe et va se passer en Palestine, nous ne pouvons aussi douter que dans le camp palestinien il y a des réalistes fidèles aux principes qui ne se laisseront pas bercer par autre chose que la réponse à la force ne peut être que la force comme dans le camp sioniste il y une constance intrinsèquement lié à la nature de l’Etat sioniste : l’arrogance, l’agression et l’impunité qui vont pousser à une autre agression.

La question reste posée pour les Palestiniens, les Egyptiens et le reste du monde : comment reconstituer les stocks d’armes et de munitions pour la prochaine confrontation et comment aider les Palestiniens à ne pas subir les pressions politiques et économiques qui leur feront concéder des concessions inacceptables eu égard à leurs sacrifices.

Cette fois-ci nous attendons de voir une nouvelle génération de missiles sol air qui brise la suprématie aérienne de l’armée sioniste.