CAP : interview Omar Mazri : Révolutions, contre-révolution dans le monde arabe et Palestine

Samedi 17 Mars 2012

Dans le cadre de la préparation du cycle de conférences-débats « [Résister au sionisme]url:http://www.comiteactionpalestine.org/modules/wfsection/article.php?articleid=89/ » organisé par le Comité Action Palestine du 23 au 29 mars 2012, Omar Mazri, qui sera l’un des intervenants sur la question « révolutions et contre-révolution dans le monde arabe », a accepté de répondre à l’interview que nous lui avons proposée. Vous pourrez y trouver une analyse approfondie des rapports de force politiques et géopolitiques qui agitent actuellement le monde arabe, des conditions sociopolitiques des phénomènes révolutionnaires, des obstacles internes et externes de l’avancée des mouvements populaires et de la nature des axes étatiques qui s’affrontent au Moyen-Orient. Le Comité Action Palestine ne peut que recommander très fortement cette réflexion rigoureuse et stimulante sur les forces et les faiblesses des mouvements populaires arabes et sur les mutations de l’équilibre régional qui à terme peuvent faire basculer les rapports de domination Nord-Sud localement et sans doute globalement.

Il est l’auteur de plus de 120 articles sur l’Islam, l’Algérie, la communauté musulmane de France, le sionisme et les révolutions arabes. Récemment, il a publié plusieurs ouvrages dont : « Le dilemme arabe et les 10 commandements US » (2012), « Islamophobia : Deus ex Machina » (2011), « Les « Révolutions arabes » : Mystique ou mystification?» (2011), « Gaza : La bataille du Forqane » (2010), « La République et le Voile : Symboles et inversions » (2010) tous aux éditions « Editions et Conseils ». 


Interview  de Omar Mazri

1-Comment analysez-vous les transformations politiques récentes dans le monde arabe ? Font-elles avancer la cause des peuples arabes ?

Il faut d’abord insister sur le fait que tout changement est une rupture avec l’immobilisme morbide, mortel et mortifère, même si le changement ne va pas dans le sens espéré. Que le monde arabe bouge et se transforme ou tente de se transformer est donc une rupture bénéfique qui va générer à terme une culture du changement sans laquelle il n’y aurait ni progrès ni salut. Il faut aussi insister sur le fait que les changements imposés au peuple par les armes, la dictature ou la pression de l’Empire ne sont pas des changements et à terme ils seront remis en cause par le peuple.

Pour l’instant au-delà du discours émotionnel et infantile, des déceptions ou des euphories, il faut que nous sachions que la conscience collective va imprimer durablement l’idée de la possibilité du changement et l’idée sur le mode de changement. Cette conscience imprimée par le changement va finir fatalement par exprimer le cap du changement qui à son tour sera de nouveau imprimé dans la conscience sociale et politique. Cela prend du temps et consomme de l’énergie. Les élites de demain devront gérer l’efficacité, c’est-à-dire réduire les énergies dissipées et mettre en synergie les efforts socialement et politiquement utiles pour un meilleur rendement. Il y a des gisements de travail à explorer et à activer pour aller plus vite et plus loin et en harmonie. Dans mon livre Les Révolutions arabes : mystique ou mystification ?, j’ai développé quelques axes pour disposer d’une grille de lecture méthodologique sur la nature et le mode des mouvements, à la lumière des récits coraniques sur les Prophètes.

Ces généralités n’occultent pas la réalité tangible : il y a eu des mouvements populaires dont les transformations politiques, sociales et économiques sont en attente de visibilité. La visibilité est caricaturée, rendant impossible une lecture objective. Ces mouvements, d’un pays à l’autre, sont hétérogènes en revendications, en mode d’expression et en indépendance par rapport à l’Empire et à ses vassaux. Au sein d’un même pays, comme en Egypte, le positionnement par rapport aux monarchies et à la Turquie ne s’est pas stabilisé et des revirements spectaculaires sont possibles. Certains de ces mouvements ont occupé le devant de la scène médiatique et d’autres ont été occultés, car l’agenda étranger intervient comme facteur d’amplification ou de réduction, de subversion ou de mobilisation de ces mouvements à son profit tactique, stratégique ou civilisationnel.

Indépendamment des acteurs endogènes et exogènes, on ne peut déboiter l’histoire des peuples arabes en relation avec la Palestine. À titre d’illustration, la Syrie a eu son indépendance en 46, l’Égypte sa révolution en 52 et l’Algérie en 54, autour du drame de 48. La révolution libyenne en 69 après 67. La révolution iranienne en 1979 après les Accords du Camp David de 78. 2011 et 2012 après la bataille du Forqane en décembre 2009. La Palestine subit et influence le monde arabe et musulman et elle sera l’un des critères d’analyse des mouvements arabes et musulmans en perdant cette fois la possibilité d’être instrumentalisée, comme par le passé, par les rentes du nationalisme arabe et de l’islamisme infantile.

En Égypte et en Tunisie, nous avons assisté à des soulèvements sociaux qui se sont transformés en désobéissance populaire menant à la chute des têtes du régime. Ces mouvements ont souffert de six lacunes.

La première lacune est l’absence de cadre idéologique qui fixe le cap et le rythme de la révolution ainsi que le clivage idéologique du moment historique, tant interne qu’externe.

La seconde est la confiscation du mouvement populaire par l’esprit partisan. Le mouvement populaire se trouve privé de l’exercice politique, économique et informationnel ainsi que de la force de proposition et d’initiative, pour être relégué à jouer le rôle de votant qui confie son destin aux élus instaurant la polyarchie au lieu de la démocratie.

La troisième est l’arrangement des appareils qui a permis de ralentir le rythme et le niveau des revendications, donnant ainsi le temps de coopération de l’ancien système et de l’impérialisme pour mener un mouvement contre-révolutionnaire.

La quatrième lacune est la médiocrité et la pensée unique cultivées par les gouvernants despotiques que les opposants ont héritées comme legs culturels et politiques qu’ils se transmettent et qu’ils cultivent.

La cinquième lacune est de s’inscrire dans l’économie mondiale et les règles du jeu géopolitique au lieu de fédérer le peuple sur la résistance et de se faire protéger par ce peuple. La méconnaissance de la géopolitique et l’absence de laboratoire de veille stratégique dans le monde arabe sont accentuées par une culture d’empire qui s’appuie sur la connaissance des idées, du terrain des idées, des hommes qui, s’appuyant sur les lacunes, a la compétence d’anticiper, de mettre plusieurs fers au feu et d’imaginer plusieurs scénarios avec la compétence et les moyens de les mettre en œuvre.

La sixième lacune est qu’en dehors de la revendication de faire tomber la tête du régime, il n’y a eu ni projet d’avenir énoncé ni travail pédagogique pour expliquer les mécanismes politiques et géopolitiques qui sont derrière les tyrans arabes qu’il faut détricoter. Je suis presque certain que les machines qui choisissent et nomment les commis de l’État sont toujours en place à ce jour, même s’il y a un ravalement de façade au sommet.

En Libye, nous avons vu la contre-révolution se mettre en place en réalisant la stratégie impérialiste. La stratégie avait quatre axes.

Le premier axe est la mainmise du prédateur sur l’objet de sa convoitise : ressources naturelles, finances et exportation de ses crises internes.

Le second axe est d’interdire toute possibilité d’émancipation hors du cadre idéologique et politique de l’Occident.

Le troisième axe est de procéder à une dislocation de la grammaire des civilisations en disloquant ses constituants : les mentalités collectives, les espaces, les histoires communes, les économies sur le plan de la considération historique (continuer la fragmentation commencée par Sykes Picot), sur le plan du présent des révolutions qui ne doivent pas faire jonction, sur le plan de l’avenir pour interdire toute situation pacifique et harmonieuse favorable à une émergence d’une aire civilisationnelle autonome, alternative.

Enfin, il s’agit de faire des islamistes, certains islamistes naïfs, cyniques, revanchards ou ignorants, les agents de la disharmonie, de l’entropie, pour bloquer l’émergence de l’Islam politique, social, libérateur et civilisateur et maintenir « l’Islam » rétrograde, réactionnaire, bigot, consumériste.

Dans les faits : l’Égypte et la Tunisie sont coupées, l’Égypte a maintenant un front ouest qui s’ajoute au front sioniste. Dans les faits, l’Algérie et le Maroc sont poussés à faire des concessions : passer en base coloniale après avoir été comptoir commercial, les peuples arabes sont traumatisés par l’issue entropique et ils sont isolés du processus de résistance contre l’Empire et le sionisme. Pour la Libye, il faut garder en tête la conjugaison d’au moins trois agendas : la subversion interne pour faire tomber un régime et changer les donnes en Libye et en Afrique ; la diversion pour déplacer le centre d’intérêt des révolutions égyptiennes et tunisiennes ; la lutte idéologique pour diaboliser l’Islam.

Dans mon livre Islamophobia : deus machina , j’ai montré quelques aspects de la lutte idéologique menée par l’Empire pour créer la méfiance envers l’Islam et créer la défiance entre les musulmans en jouant sur l’émotionnel et l’infantilisme d’un côté, et sur les techniques de guerre psychologique et de propagande médiatique. Il s’agit de détruire le capital de résistance, de libération et d’édification civilisationnel de l’Islam en profitant de la médiocrité politique et culturelle des Musulmans qui sont parvenus à se réveiller après un long cauchemar, sans pour autant voir la réalité dans sa globalité, sa complexité et sa dynamique. Il s’agit de détruire la confiance et les repères pour ne laisser que la défiance et la confusion qui ne favorisent pas la résistance quand elles s’ajoutent à la corruption et à la mal gouvernance.

Pour l’instant il n’y a donc pas de changement significatif ; mais les possibilités du changement réel deviennent plus impératives et seront davantage clarifiées une fois que l’expérience du vote et de la polyarchie sans programme de résistance et d’édification aura montré de nouveau ses limites en Egypte, en Tunisie, en Algérie, au Yémen et au Maroc.

2-Quels sont les enjeux politiques ou géopolitiques du conflit actuel en Syrie ?

En Syrie, nous sommes face au scénario libyen avec l’accent mis davantage sur la géopolitique. Il s’agit pour l’Occident de parachever Sykes Picot qui a donné la Syrie en démembrant le Cham, pour démembrer la Syrie sur des bases ethniques et confessionnelles et réaliser le nouveau Moyen-Orient. Étouffer la révolution égyptienne en l’encerclant avec deux guerres civiles, deux présences étrangères. Le troisième point est discréditer les islamistes pour liquider toute contestation islamique révolutionnaire dans les monarchies vassales. Le quatrième point est de briser l’axe Iran, Syrie, Palestine, Liban et Irak et de liquider la résistance contre l’entité sioniste poussant les Arabes et les Palestiniens à accepter la feuille de route américaine. Enfin, le dernier point est la guerre sunnite/chiite pour remettre en marge le monde musulman de cet ensemble Euro-Asie et faire face à la Chine dont l’Empire veut couper les sources et les voies d’approvisionnement avant de les agresser une fois que les Arabes ont montré leur vassalité à l’Empire dans l’agression contre l’Iran et le désarmement nucléaire du Pakistan appelé à poursuivre l’œuvre de fragmentation commencée par l’Empire britannique. Contrairement à la Libye, le régime syrien dispose d’une armée plus forte, d’une population moins ruraliste, de savants de stature internationale, de couches moyennes préférant le statu quo au changement incontrôlé. La Syrie dispose de l’appui de la Chine et de la Russie qui ont laissé les Occidentaux et les Arabes sortir déshonorés de l’agression par une stratégie cynique, mais payante.

Le régime syrien avait la possibilité hier de livrer la Palestine (les cadres vivant en Palestine, la logistique et le droit au retour) et de servir l’Empire. Les données ont changé et la Syrie sait qu’elle sera, à la moindre concession, sur la trajectoire du reniement envers le Hezbollah, l’arabité et la résistance et être disloquée car géographiquement et historiquement elle constitue la ligne de démarcation Orient-Occident. Elle a livré une bataille de survie et elle vient de remporter une victoire éclatante. L’axe Syrie-Iran remporte des victoires stratégiques contre l’Empire et ses vassaux ainsi que contre les défaitistes. Les médias minimisent le retrait des forces d’occupation de l’Irak et la disponibilité de l’Irak à venir renforcer l’axe de la résistance contre le remodelage de la région. La logique impérialiste est normale : elle exige de mener de front une campagne subversive, une opération de diversion et une lutte idéologique dans un cadre plus vaste et plus complexe que le cas libyen. La plus grande hantise est la jonction Syrie-Egypte avec pour conséquence l’encerclement d’Israël et la coopération avec l’Iran.

Le régime syrien doit se réformer et faire passer des mesures radicales et rapides contre la corruption et la marginalisation du peuple pour apporter le coup de grâce au projet du nouveau Moyen-Orient et faire porter la véritable révolution dans les pays du Golfe, celle que refusent les dix commandements américains : la révolution iranienne avec une ouverture vers l’Égypte. Les Frères Musulmans égyptiens doivent en contrepartie se libérer de leur esprit partisan. Les élections présidentielles en Égypte vont sans doute relancer le débat idéologique et géopolitique en Égypte.

3-Quels sont, selon vous, les effets des transformations politiques dans le monde arabe sur la situation en Palestine ?

Pour l’instant, on va assister à des maquillages et des instrumentalisations, mais sur le plan concret, les Palestiniens vont être relégués au second plan et ils vont faire des concessions de survie. La bataille est dans le camp arabe, mais aussi sur d’autres terrains de confrontation comme en Afghanistan. Par ailleurs, les Turcs ont su s’imposer comme nouvelle pièce majeure dans le conflit, et la Turquie est dans une situation instable face à l’axe Syrie-Iran.

La question palestinienne est passée de question d’occupation coloniale à une question humanitaire à Gaza et à l’indemnisation de quelques réfugiés. Pour l’instant, ces problèmes sont relégués à la réconciliation FATAH- HAMAS imposée par les conditions géopolitiques. Tous ces éléments dépendent de la conjoncture et de l’issue de la confrontation des axes arabes.

A terme les mouvements islamiques prendront de la consistance politique et géopolitique tout en favorisant l’émergence de nouvelles élites jeunes et intellectuellement compétentes qui vont fatalement reposer la question idéologique en interne pour la constitution d’un front national de résistance à l’impérialisme et d’édification nationale, ainsi que la constitution d’un front externe idéologique et diplomatique contre Israël, aboutissant inévitablement à une confrontation globale et au recentrage de la question palestinienne dans la conscience collective , avec ses effets tactiques et stratégiques sur des changements révolutionnaires plus soutenus, plus étendus et plus radicaux.

Dans mon livre Le dilemme arabe et les dix commandements américains, j’ai montré les axiomes de la géopolitique que les révolutions ont occultés et qui se retournent contre eux et contre la cause palestinienne. Ces commandements sont la nature idéologique de l’Empire et ils sont dévastateurs pour le reste du monde. Ce n’est pas le vote d’un parlement ici ou ailleurs qui va changer l’équation des rapports de force, de domination et d’intelligence, mais la remise du curseur sur les véritables défis, sur les véritables clivages et sur les véritables ingénieries politiques, économiques et informationnelles.

Les Musulmans non seulement ne donneront pas des solutions à la libération de la Palestine, mais ne se libéreront pas du formaliste, des slogans et de la vassalisation s’ils ne parviennent pas à hiérarchiser et à harmoniser la notion de souveraineté divine avec la souveraineté du peuple. Il en est de même de la notion (fi sabil Allah) qui doit être libérée du confinement au seul qualificatif islamique pour s’ouvrir à l’universel de sa vocation. Le premier pas de libération de la Palestine sera celui de la libération des concepts, des mots, des comportements hérités de la décadence musulmane qui a fait du musulman un minus habens errant sur son propre sol et gaspillant son temps et son énergie faute de stratégie autonome, de veille sur le monde…

Pour l’instant le chaos qui s’est emparé du monde arabe annonce des clarifications à venir. A titre d’illustration nous avons les fossoyeurs de la question palestinienne, qui sont la Ligue arabe, la conférence internationale islamique et les monarchies du Golfe, qui viennent d’être discrédités aux yeux de l’opinion arabe, dans leur rôle de vassal au Soudan, en Libye et en Syrie. La seconde illustration est le comportement erratique d’Ennahda et de Moncef Marzouki qui acceptent de faire de la Tunisie le pion avancé de l’Empire et de ses vassaux, moyennant quelques petro dollars, prouvant ainsi la confiscation de la révolution tunisienne non par des traitres comme le disent certains, mais par l’absence de cadre d’orientation idéologique qui permet tous les retournements et toutes les compromissions faute de cap, de veille, de boussole et de carte de navigation. La partie gagnée par le régime syrien va imposer de nouveau la ligne palestinienne radicale et fermer la porte aux compromis de Doha, d’Istanbul et de Tunis.

En Egypte, une fois la devanture institutionnelle parachevée, deux questions vont émerger et imposer de nouveaux défis à la classe politique : les luttes sociales et la question palestinienne (notamment l’ouverture des frontières et le soutien plus consistant à Gaza)

4-Comment expliquez-vous la relative stabilité de l’Algérie dans le contexte de déstabilisation du monde arabe :

L’absence de clivage idéologique des révolutions arabes, les scénarios violents en Libye et en Syrie, la mémoire des stigmates de 20 ans, la gestion de la pénurie, du terrorisme résiduel et la distribution de la rente sociale avec l’absence de culture d’État et l’absence de culture d’opposition politique, le caractère non mécaniste de contagion des révolutions laissent le peuple livré à l’attente messianique.

Cette attente est mise à profit par les Eradicateurs pour faire du matraquage idéologique rappelant les événements depuis juin 90 à ce jour.

Cette attente est mise à profit par les « Réformateurs » pour imputer au FIS la responsabilité des événements et prendre les résultats en Egypte, Libye, Maroc et Tunisie comme la réalisation de l’axe de Washington et demander de ne pas voter pour les islamistes lors des prochaines législatives.

Les partis islamistes sont divisés, certains trop impliqués dans l’appui au CNT Libyen et au CNS syrien sans prise de distance, laissant l’émotionnel prendre le pas dans un pays en catastrophe politique, sociale et économique, qui a davantage besoin de clarification et d’assurances que de confusion ou d’aventurisme. Ils font peur à la classe moyenne et à la grande masse des fonctionnaires qui ne sont pas prêts de prendre le risque libyen. En Algérie Il y a eu 500 000 victimes, 20 000 disparus et 3 millions de personnes déplacées et il n’y a toujours pas de réponses ni de justice ni de clarification ni de vérité.

Le peuple vit sa révolution passive laissant la porte ouverte à l’inconnu. Pour l’instant il ne cible pas Bouteflika comme a été ciblé Moubarak ou Ben Ali. Le peuple algérien ne voit pas les occasions ratées et les ambitions de l’Algérie piétinées mais la « concorde civile », la rente sociale. Il ne voit pas l’Algérie comme cible dans le projet de dislocation des territoires musulmans, il ne voit pas l’esprit de revanche instrumentalisé par les Etats-Unis, il ne voit pas la lutte des appareils et des clans partisans des Etats-Unis, de la France ou de la monarchie saoudienne se livrer bataille comme il ne voit pas les luttes de clans pour la possession de la rente du pétrole. Il ne décode pas la signification de l’aveu des jeunes loups et des seconds couteaux de s’émanciper de la génération de novembre 54.

Le peuple algérien conserve encore intacte sa mémoire de peuple agressé par l’extérieur et par l’intérieur pour avoir choisi une solution islamique dans une conjoncture de réformes politiques et économiques qui ne siéent pas à l’impérialisme ni aux monarchies. Il a connu la tragédie et la solitude alors qu’il était agressé par des hordes ayant la garantie de l’impunité car elles entrent dans le plan de diaboliser l’Islam et de bloquer le potentiel de développement et de l’indépendance de l’Algérie. Le peuple algérien n’a trouvé ni l’ONU ni la communauté internationale « démocratique » ni la ligue arabe ni les monarchies du Golfe pour l’aider en tant que victime et faire face à l’agression ou pour l’armer juridiquement, médiatiquement et militairement contre ses agresseurs.

Le peuple algérien attaché à l’Islam sait par l’expérience et par la doctrine que la révolution est légitime sur le plan religieux si et seulement si elle ne se fait pas sous l’étendard de la confusion, si elle ne se réalise par une alliance stratégique avec les profanateurs et les prédateurs et si le mal qu’elle occasionne n’est pas supérieur au mal qu’elle est censée guérir.

Le peuple algérien n’a jamais revendiqué l’internationalisation du conflit ni l’ingérence étrangère par intuition politique, par expérience du colonialisme qu’il a vécu comme la forme la plus cynique et la plus humiliante de deshumanisation.

5-Le mot de la fin :

La culture d’empire nous a vendu son modèle politique, économique et médiatique. Maintenant, alors que l’Empire est en plein déclin, sa culture parvient à nous vendre la fin de l’Histoire et la fin de l’idéologie, alors que jamais l’équation idéologique n’a été au cœur de notre existence et de notre devenir.

L’idéologie ou l’art de production et de discours des idées est la seule démarche à répondre aux questions de sens de la grammaire des civilisations : comment conjuguer l’homme, le sol et le temps une fois que la finalité ultime a été définie et que le sens d’orientation a été tracé. Le monde arabe non seulement a fait de l’idéologie un discours creux et vague sans logique pragmatique, mais il est déchiré entre des idéologies antagonistes y compris au sein des mouvances islamiques. Sans idéologie commune, nous ne pouvons ni définir notre identité, ni notre appartenance, ni notre implication dans une cause en toute indépendance ou en résistance contre les autres idéologies.

Pour l’instant, la voie pacifique ou la voie armée n’ont pas de réponse à apporter sur le projet de société, sur le projet de civilisation, sur le projet d’édification de l’homme nouveau, faute de débat idéologique fédérateur pour faire émerger l’idée primordiale sur laquelle il y a consensus pour vivre ensemble, regarder l’avenir dans la même direction et résister pour défendre les mêmes valeurs.

L’Empire, spécialiste de la lutte idéologique, mène une œuvre de fragmentation idéologique pour empêcher toute continuité des mentalités collectives, des territoires géographiques, des idées, des économies et de l’histoire des peuples en opérant dans le Moi arabe des disharmonies, des intrusions, des incisions, des déchirures, des déchirements. L’impérialisme à l’avantage de connaitre notre état de décadence avant la colonisation, les fléaux qu’il nous a inoculé durant la colonisation, et les syndromes post indépendance qu’il a géré grâce à sa cinquième colonne et à notre ignorance de la lutte idéologique, politique et économique pour nous maintenir dans la posture de proie et se maintenir dans celle du prédateur.

Les Arabes n’ont pas d’autres voies que de se fédérer autour d’un axe de résistance et de libération pour décoloniser leur esprit et produire leurs idées en autonomie de pensée et de décision.

[Comité Action Palestine]

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http://www.comiteactionpalestine.org/modules/news/article.php?storyid=217/

 

http://www.alterinfo.net/Omar-Mazri-Revolutions-et-contre-revolution-dans-le-monde-arabe_a73147.html/

Regard sur les projets en Libye après Kadhafi et regard sur le projet apocalyptique contre la Syrie.

Nous avions interpellé les imposteurs de l’Islam d’Algérie et de France sur le caractère antinomique du Coran et du Prophète (saws) avec la doctrine et le comportement de l’Empire ainsi qu’avec l’agression de la Libye, pays arabe et musulman, par l’OTAN.

Nous avions montré à travers les schémas d’édification d’une civilisation comment l’Empire, le sionisme et l’ancien colonisateur sont en harmonie sur l’idée et l’action de provoquer des césures dans nos géographies, nos histoires, nos économies et nos mentalités collectives pour rendre impossible tout effort d’éveil civilisation dans nos consciences et nos organisations, et pour conserver intacte leur capacité de prédation sur nos territoires vus comme des proies faciles.

Nous avions montré les faillites morales, religieuses et politiques des Marabouts religieux et politiques qui conduisent le monde arabe à la disparition par leur inculture géopolitique, leur passion démesurée pour le pouvoir dont ils n’ont ni les moyens de conquérir ni la compétence de l’exercer. Leur esprit partisan et sectaire, contraire à l’unité et à la fédération que demandent  le Coran et le Prophète (saws),  ne les prépare ni à gouverner, ni à libérer, ni  à civiliser.

Hélas,  les fossiles ne sont pas capables de se remettre en cause, ni de faire l’inventaire objectif de leur parcours, ni d’évaluer la situation mondiale et ses conséquences sur le monde arabe en général et sur nos pays en particulier. Ils continuent de fabuler et de tirer des plans sur la comète.  Ils  se préparent à l’après agression sans avoir réellement servi leur dans le passé ni l’avoir pensé dans son avenir. La même fuite dans la même quête de pouvoir, dans la vassalisation à l’Empire…

En Syrie et sur la Syrie, ils continuent la même œuvre de sabotage qu’en Libye. Nous avions montré que les données de l’ONU sur l’indice humain de développement en Libye  étaient bonnes. La Libye pouvait certes, espérer être mieux gouverné et mieux profiter de ses ressources, mais le mieux ne pouvait être obtenu par la confusion et la Fitna.

Le temps a passé, mais l’équation reste posée. La bonne foi et l’enthousiasme ne suffisent pas pour faire une politique, une dawla islamiya, une entrée dans l’histoire comme les Compagnons du Prophètes. L’imitation de l’Occident ne suffit pas pour créer le sentiment démocratique. La confusion sur l’Islam et l’imitation servile sur l’Occident ont produit suffisamment d’impostures, d’échec, de démission qu’il est temps de se poser la question avant de voir la Syrie sombrer dans le chaos : est-ce que la voie des réformateurs peut être confondue avec celle des destructeurs, des empressés, des confus, des insensés.

Regardez l’Irak : chaque jour apportent ces cinquantaines de morts !

Regardez la Libye !

  • Guerre tribale
  • Mercenariat
  • Insécurité
  • Paupérisation
  • Quasi arrêt de la production du pétrole
  • Absence de l’Etat
  • Pas de service public
  • Corruption des élites « islamistes » et « démocratiques »
  • Rapine sur les ressources stratégiques
  • Vente du pétrole sur le marché noir
  • Pillage des côtes
  • Grèves transformées en insurrection
  • Mutinerie dans les casernes de police et de l’armée.
  • Revendications d’autonomie (territoriales, ethniques et linguistiques)
  • Assassinats politiques
  • Démolition et pillage du patrimoine archéologique
  • Fuite des étrangers (personnes physiques et morales)
  • Actes terroristes contre la population
  • Guerre civile larvée

Les pillages et les destructions systématiques en Libye et en Irak que nous voyons en Syrie montrent la haine et la volonté de saper les fondements culturels, économiques, sociaux et intellectuels des sociétés arabes.

Comme en Irak,  la Libye s’installe dans un chaos structurel où la notion d’Etat, de justice, de vie humaine n’ont plus de signification. Ni l’Empire, ni la France, ni le Qatar, ni l’Arabie saoudite, ni les intellectuels musulmans (religieux ou non) ne semblent concernés par ce drame. Ils lui tournent le dos et vont résolument vers d’autres drames en Syrie.

 

Lorsqu’ils évoquent la Syrie, ils font l’impasse sur la Libye et ils prennent des positions sectaires et partisanes (islamistes ou laïcistes) refusant de s’interroger sur la position à prendre face à l’arrogance et au bellicisme de l’Empire,  du sionisme et de leurs vassaux qui ont transformé la vie des Arabes et des musulmans en un enfer sur terre.

 

Où est la démocratie, la dignité de l’homme, la liberté en Libye ? Où est l’Islam, l’Etat islamique, la Charia en Libye ? Il faut répondre à ses questions avant de se lancer dans d’autres aventures qui ont pour prix l’effusion de sang

 

Lorsque les Arabes et les musulmans se focalisent sur les étiquettes (islamistes, démocratie) ou sur les noms des personnes (Assad, Kadhafi, Saddam), ils deviennent manipulables par l’affectif, par l’image, par les mots, par la précipitation et l’improvisation. La religion et la raison nous commandent pourtant de lire l’histoire, d’analyser les processus, puis de nous inscrire dans une pensée et une démarche qui donnent le primat à la globalité et à  la dynamique.

 

Cela semble difficile pour le non croyant, mais la globalité et la dynamique permises à l’homme ne concernent que le caractère variable du spatial des territoires et du temporel des sociétés et de leur histoire comme le souligne le Coran :

 

{Allah ne change point la situation d’un peuple tant que celui n’a point changé ce qui est en lui} Ar Raad 11

 

Le changement concerne l’être ontologique et l’être social dans le contenu de leur façon de croire,  de vouloir, de savoir, de pouvoir, de devoir, de dire, de s’émouvoir, d’imaginer et de faire qui transforment la globalité de l’être lui-même une expression globale et complexe. Se focaliser sur le pouvoir,  sur le changement de Bachar Al Assad ou sur l’assassinat de Kadhafi, ne fait que rendre plus complexe le changement car il éloigne de la ligne des Prophètes.

 

La ligne des Prophètes semble difficile pour ceux qui n’ont pas compris la signification du changement et qui s’imaginent être les « délégués » de Dieu sur terre pour parler en Son Nom et se croire les exécuteurs de Son Dessein au lieu de se concentrer à témoigner et à réformer dans le cadre des invariants qu’Allah a fixés :

 

{Et nul ne peut changer les Paroles d’Allah, et il t’est déjà parvenu une partie du récit des Envoyés} Al-An’âm 34

{Il n’y a pas de changement aux Paroles d’Allah} Younes 64

Nul ne peut changer la religion d’Allah. Nul ne peut engager le changement dans un cadre, une démarche, une éthique autre que celle qu’Allah (swt) a impartie aux Prophètes (saws). Il n’est pas de la tradition des Prophètes de fomenter des coups d’état, de provoquer des Fitna, ou de s’allier aux ennemis de l’Islam pour faire triompher la Parole d’Allah.

Il ne peut être compris ni admis qu’une révolution « islamique » ou un « Djihad » puisse s’édifier sur une bannière de confusion et viser les installations militaires stratégiques, les ressources stratégiques, les infrastructures de l’Etat et les lieux publics. Nous pouvons comprendre l’illusion du changement recherché ou l’illusion de l’instauration de la justice de l’Islam contre un régime totalitaire et répressif, mais nous ne pouvons comprendre l’aveuglement des élites intellectuelles et religieuses qui ne fixent pas de lignes rouges et qui ne prononcent pas pour condamner les abus, les dérives et les déviations ?

Pour qu’il n’y ait pas de fausses interprétations, le Coran est précis :

{Certes, des messagers avant toi ont été accusés de de menteurs. Mais ils ont supporté avec patience d’être traités de menteurs; et ils ont été persécuté  jusqu’à ce que leur vînt Notre secours. Nul ne peut changer les paroles d’Allah, et d’ailleurs il t’est déjà parvenu une partie du récit  des Envoyés.} Al-An’âm 34

{En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés. Ceux qui croient et qui prennent garde [à Allah], il y a pour eux une bonne annonce dans la vie d’ici-bas ainsi que  dans la vie ultime.  Il n’y a pas de changement aux paroles d’Allah. Voilà l’énorme triomphe!} Younes 64

La sourate Younes qui met en exergue un grand nombre d’invariants que nous transgressons, se clôture par :

{Conforme-toi donc à ce qui t’est révélé, et prends patience jusqu’à ce que Allah rende son verdict, car Il est le Meilleur des juges.} Younes 109

C’est la même Parole à laquelle se sont conformés Noé, Abraham, Moise, Salah, Choayb, Houd, le Messie (saws).

Salomon (saws) était gouvernant disposant des moyens de force pour trancher sans entropie l’horreur de la mécré&nce de la reine de Saba et de sa puissante armée.

David (saws)  était un berger qu’Allah a fait remarquer dans la résistance triomphante contre l’envahisseur et qu’Il a institué en gouvernant en dépit des Bani Israël qui cherchait un notable parmi les élites financières, marchandes, sociales, religieuses et militaires.

Ni David ? NI Mohamed (saws) n’ont porté les armes contre leur peuple. Celui qui dit le contraire doit assumer ses responsabilités.

Est-ce que Youssef (saws) s’inscrivait dans une autre démarche? A travers son récit nous verrons dans le prochain article, inchaallah,   les syllogismes fallacieux de ceux qui détruisent leur pays et répandent le sang des musulmans au nom de leur passion tout en se cachant derrière l’Islam.

Nous avons rappelé, pour une nième fois, la voix de la raison qui refuse l’effusion de sang. Ce rappel ne signifie pas que nous croyons que la Syrie aura la même fin que la Libye abandonnée de tous. Le destin a voulu que les enjeux en Syrie soient plus  grands qu’en Libye et qu’elle ait aussi d’autres voisins et d’autres alliances.

Il est fort probable que le mensonge du 11 septembre et sa symbolique s’exprime de nouveau dans une inversion de territoire. Il est possible aussi  que ce soit la symbolique de Yom Kippour qui se déroulera, inchaallah, du 13 septembre, avant le coucher de soleil,  jusqu’au lendemain 14 septembre, après le coucher du soleil. C’est le jour du pardon. Pour les Juifs, après ce jour aucune demande de pardon ne peut alors parvenir à Dieu ni obtenir sa miséricorde. Quatre jours après Yom Kippour il y aura la célébration de Souccot ou «fête des cabanes » pour commémorer les quarante années d’errance dans le désert du Sinaï. A moins que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans ne se rencontrent autour de l’eschatologie et de l’Apocalypse, il y a de fortes chances pour que l’errance d’Obama et l’arrogance de son système ne finissent dans une accélération de fin de course. Que ce soit le cas ou non, seul Allah connait le Ghayb, il est n’est jamais trop tard de se repentir de l’effusion de sang et de la spoliation des terres et des biens d’autrui, car la Parole d’Allah est immuable :

{Nous avons créé l’homme et Nous savons ce que son ego lui susurre. Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire. Lorsque les deux anges envoyés à sa rencontre s’assoient à sa droite et à sa gauche, l’homme ne profère aucune parole sans que se tienne auprès de lui un observateur prêt à inscrire. L’ivresse de la mort survient en vérité : voilà ce à quoi tu voulais échapper ! On soufflera dans la trompette. Voici le jour de la menace ! Chaque être sera accompagnée d’un conducteur et d’un témoin. Tu restais insouciant à cela ; mais Nous avons levé ton voile de sorte que ta vue aujourd’hui est perçante ! Son compagnon dira :  » Voilà ce que je tiens prêt !  » Vous deux, jetez dans la Géhenne tout négateur endurci, qui s’oppose au bien, qui transgresse, qui doute. Celui qui plaçait une divinité à côté d’Allah, jetez-le dans le terrible châtiment ! Son compagnon dira :  » Notre Seigneur ! Je ne l’ai pas incité à la révolte, mais il était dans un profond égarement « . Allah dira :  » Ne vous querellez pas devant Moi ! Je vous avais bien prévenus de la menace.  La Parole, chez Moi, ne varie pas…}  Qaf 17 à 29

La Parole d’Allah est immuable  : tout négateur, tout transgresseur, tout fauteur de troubles, tout associateur qui met une divinité (idole, religion, idéologie ou Cheikh) qui fixe les règles à la place d’Allah ne connaîtra pas la Miséricorde, même s’il a prié, jeûné,  récité le Coran et combattu pour la cause d’Allah. L’effusion de sang est une transgression. Le sang qui a coulé dans le monde arabe et musulman n’est pas du pipi de chat qui va s’évaporer. Le pet de moustique en méditerranée peut provoquer une tempête dans le Pacifique, que dire alors des cris des innocents tués pour le pouvoir des médiocres et pour la survie de l’Empire ?

 

Tayhoudite, Takloubite et Takharbite : détruire la Syrie et le monde arabe.

Le dialecte algérien désigne par :

  • Tayhoudite, la nuisance sociale sous les apparences de bigoterie morale ; étymologiquement il signifie faire le Yahoudi qui s’est distingué des Bani Israël en transgressant les Prophètes et en les agressant pour s’émanciper de la loi mosaïque et devenir bigot anarchiste.
  • Takloubite, la ruse et la cruauté de l’hyène face à sa proie ; étymologiquement il signifie faire le vassal et l’opportuniste  en rampant et en haletant comme un chien. Il signifie aussi de s’ancrer dans le monde et de refuser de s’en libérer à moins d’en être violemment arraché comme un koulab (tenailles).
  • Takharbite, la diversion, l’amalgame et la casuistique d’un fauteur de troubles ; étymologiquement il signifie provoquer la mise en ruines (kharba) en mettant sens dessus, en brouillant les cartes.

Ensemble, ils sont le Tchitine c’est-à-dire l’implication, l’activation et l’interaction des processus sataniques subversifs et  destructeurs. Étymologiquement il signifie se comporter comme le serpent arabe du nom de Chaytane connu par sa capacité à se tapir, à se faufiler furtivement et à attaquer à l’improviste en injectant du venin mortel.  Le peuple algérien sait conjuguer le Berbère et l’Arabe lorsqu’il  évoque les intrigues et les efforts collaboratifs du maître colon et du colonisé auxiliaire  pour saper l’identité et le territoire de l’Algérien.

[dropcap]P[/dropcap]rofitant à la fois  de la confusion (Fitna)  qui règne dans le monde arabe et musulman et de la vassalité des Européens, le sionisme et l’Empire tentent de rééditer le « coup » irakien. Ils battent les tambours de guerre et sonnent le glas. Nul n’a les moyens d’anticiper sur l’agenda et les objectifs de guerre, sur  l’étendue du champ de bataille et ses conséquences. Les moyens médiatiques, les moyens psychologiques  et les moyens militaires sont mobilisés.

Cette fois-ci ils font preuve de moins d’imagination pour faire valoir leur « preuves » médiatiques. Il leur suffit de proclamer  leur verbe comme « paroles d’Evangile » pour trouver non seulement les capitales occidentales  et arabes consentantes et les opposants syriens empressés de voir leur pays et leur peuple sous le déluge de feu, mais la bénédiction de savants et d’intellectuels séniles et monstrueux. La hargne de la guerre contre la Syrie semble défier celle menée contre l’Irak.

Il faut être sénile ou monstrueux pour croire que le déluge de feu sur Damas, le Président syrien ou l’armée arabe syrienne va trancher un conflit que les séniles et les monstres ont attisé au lieu de régler par le dialogue, faute d’avoir la patience des Prophètes qui accompagnent la réforme globale. Il faut être un eunuque pour supporter de voir un général syrien déserteur ou un général  arabe qui n’a jamais gagné une guerre ni envisagé d’en livrer une contre l’entité sioniste venir expliquer la précision chirurgicale des frappes de l’armée américaine comme d’autres généraux arabes l’ont expliqué pour occulter le nombre de morts et la destruction en Libye.

Rompant avec la patience et l’effort assidu de la réforme, ils encouragent l’effusion du sang et la dislocation du territoire. Faisant fi de l’interdiction du Prophète (saws) de combattre sous un étendard de confusion (false flag) ils se félicitent de l’intervention de l’OTAN en Libye et appellent de tous leurs vœux  l’intervention américaine en Syrie. Sans culture géopolitique ni culture politique ils participent à la destruction d’un Etat croyant ainsi remporter la victoire sur un régime qu’ils ne sont pas capables de gagner politiquement, idéologiquement et militairement.

Prisonniers de leurs passions et de leur culte idolâtrique du chef ils refusent non seulement de voir l’absence d’arguments religieux, moraux et politiques  du recours à la violence armée dans le verbe des incitateurs à la guerre, mais de voir comment ils déchirent leur pays et répandent le sang des innocents au profit des luttes d’influence que se livrent les Bédouins et les Janissaires pour être les favoris du sionisme et de l’Empire.

Nous sommes plusieurs à avoir demandé depuis des mois des arguments religieux attestant de la véracité des Fatwas meurtrières. Nous sommes nombreux à avoir exposé les arguments coraniques et prophétiques contre le meurtre des innocents et contre la violence armée dirigée contre un Etat constitué dans un pays musulman tant que la Salat est respectée et tant que le Kofr n’est pas Kofr Bawah : flagrant, incontestable, admis par tous.

Nous sommes plusieurs à avoir dit qu’il est injuste et immoral, si on admet le recours extrême à la violence armée contre un gouvernant despote et illégitime, de diriger la violence contre la Libye, le Yémen et la Syrie et de la refuser en Arabie saoudite source des Fitna dans le monde arabe, au Bahreïn où on a assisté à une répression sanglante des manifestants, et en Algérie où un parti islamiste a été réprimé après avoir remporté démocratiquement les élections. En Egypte où la Constitution, l’Assemblée, le Sénat, le Président, le gouvernement, les partis politiques et les médias proches des Frères musulmans sont suspendus et réprimés  personne n’appelle au Jihad. Nous sommes en droit moralement, religieusement, intellectuellement et politiquement de nous questionner sur ce traitement discriminatoire.

Le frère Salaheddine est sans doute celui qui a fermé la porte à toute dérive affective et à toute subversion dès le début en refusant de croire que la révolution arabe née d’un acte de désespoir qui a poussé un jeune homme à s’immoler attentant à sa vie propre vie sacrée puisse ne pas donner autre chose qu’un suicide collectif. Tout ce qui est fondé sur le faux est faux et finit par s’écrouler pour le dommage de tous. Personnellement j’ai montré dans mon livre « Révolution arabe : mystique de l’histoire ou mystification », alors que la « révolution était à son commencement, qu’il y avait des possibilités de libération des peuples arabes, mais que l’inculture géostratégique des élites et l’absence de curseur idéologique allait se transformer en cauchemar et donner l’occasion à l’Empire de continuer à provoquer les césures dans nos géographies, nos mentalités, nos économies et nos politiques.

Qaradhawi qui a appelé au Jihad contre le régime syrien, qui donne caution aux assassinats de ceux qui refusent la Fitna et qui appelle ouvertement l’Amérique à bombarder la Syrie est interpellé par la logique : pourquoi épargner l’Egypte de l’appel au Jihad contre les éradicateurs ?

Pourquoi ce Takharbite qui fait fi de la réalité confessionnelle et de l’interaction sociale et spatiale dans le Cham (Palestine, Syrie et Liban). Une guerre menée par les Croisés occidentaux mettra fin à 14 siècle de vie commune entre musulmans et chrétiens avec des répercussions dont seul le Tchitine connait l’ampleur puisque dans ses plans de Takloubite et de Tayhoudite il prévoit plus tard de venir en aide aux populations chrétiennes après les avoir armées pour les sauver de la barbarie des musulmans. La majorité des Chrétiens d’Orient ne sont ni sionistes  ni occidentalistes. Ils font partie intégrale de la civilisation musulmane et de la culture arabe. Les hommes d’Eglise semblent être plus arabes, plus rationnels et plus humanistes que les docteurs en  Fiqh et en Charia. Les gens du Cham utilisent le terme  » la Kharbata » pour désigner le dérèglement hormonal, l’amalgame des mots, le jeu du désordre des choses. Quel que soit le dialecte utilisé,  les Arabes du Maghreb et du Machreq  partagent les mêmes jeux et les mêmes maux. Il était attendu des élites arabes, politiques, intellectuelles et religieuses, de contribuer à mettre de l’ordre dans la pensée, dans les émotions et dans les mots, mais ils n’ont ni le désir, ni la compétence, ni la vocation.

Pourquoi n’avoir jamais mobilisé des hommes, de l’argent et des tribunes pour soutenir les musulmans réprimés et violentés en Afghanistan, en Birmanie, au Nigéria ? Pourquoi criminaliser  la Chine,  la Russie et  l’Iran lorsqu’ils s’opposent à l’intervention américaine en Syrie alors que la religion, la raison et l’histoire nous demandent de voir la réalité et de prendre position en connaissance de cause et avec équité. Faire l’impasse sur les rapports de forces, sur les intelligences et les contradictions économiques en présence sur l’échiquier mondial n’est pas honnête pour un homme de religion.

Est-il possible qu’un savant musulman ait moins de conscience et redoute moins les conséquences d’une agression impériale sur un pays arabe et musulman que les parlementaires anglais et l’opinion mondiale.  Est-il possible qu’un savant musulman refuse d’écouter les arguments contradictoires et de jouer un rôle de juge et arbitre lorsque la justice est absente alors que la Russie est en train de montrer qu’elle conteste les « preuves » américaines, car elle dispose d’image satellites prouvant le contraire et qu’elle disposent d’informations mettant en cause le renseignement  de l’entité sioniste dans la fournitures d’écoutes amalgamées.

Est-il logique que le Tayhoudisme arabe ne soit pas perçu par les Arabes alors que leurs Tayhoudites se taisent sur la judaïsation de la Palestine par les Beni Yahouda ? Est-il normal d’offrir à l’Empire et au sionisme une paix durable,  inconditionnelle et sans contrepartie alors que la Palestine est vidée de ses terres, de son sang, de ses ressources, de son histoire, alors qu’on offre à la Syrie que la capitulation, la guerre civile et le démembrement ?

Est-il possible que le Takloubisme, ce comportement à la fois de chien enragé qui aboie et qui mord, et de chien sournois haletant en quête de rapine ne soit pas perçu par les Arabes qui vivent dans le Wahn qui les laissent comme des gamelles que tous les chiens galeux convoitent et dévorent ?

 Est-il possible que les experts en Fitnalogie, les docteurs en Takharbite, qui sèment la zizanie, la félonie et la confusion persistent à brouiller les cartes et à inverser les rôles sans que la conscience religieuse ne vienne à se ressaisir pour voir et expliquer le sacrilège commis au nom de la religion et de la liberté.

Est-il possible qu’un savant du niveau de Ramadhan Al Bouti soit assassiné pour avoir refusé de cautionner la Fitna sans que cela n’interpelle les hommes de religion.

Est-il possible que le frère Salah Eddine Abou Arfa d’Al Qods soit humilié et chassé de la mosquée sacrée par des excités se réclamant de l’islam parce que Salah Eddine  a assumé ses responsabilités religieuses en  rappelant aux Arabes de ne pas commettre le sacrilège de verser le sang et en osant dire la vérité qui dévoile les Tayhoudites, les Takloubites et les Takharbites dominants le monde arabe. N’est-il pas urgent d’apprendre à dialoguer et de consentir à dire et à écouter tant la parole n’incite pas au meurtre et à la corruption sans que que celui qui parle ne puisse mettre sa vie, sa liberté et sa dignité en périls?

Est-il possible de voir les Arabes et les Musulmans ne pas se réveiller et dénoncer la ligue arabe et l’Association internationale des Savants musulmans  qui non seulement se sont tus, mais qui coopèrent avec l’Empire pour lui donner finances, caution morale et religieuse, territoires, diplomatie, justifications politiques pour détruire les armées et les territoires arabes. Est-il possible que la tyrannie d’un gouvernant et de ses généraux puisse être invoquée pour verser le sang des musulmans, saper leur Etat déjà moribond, et servir les intérêts stratégiques de l’Empire et du sionisme.

Comment comprendre la haine que se portent les Arabes et les musulmans si ce n’est la rencontre entre deux cultures : celle du colonisé et celle du colonisateur qui ensemble tissent la toile idéologique, politique, économique et social du        Tayhoudite, Takloubite et Takharbite.

Comment ne pas voir l’œuvre des Arabes et des imposteurs de l’Islam dans le Tayhoudite, Takloubite et Takharbite lorsque l’Empire se venge du front du refus arabe (Irak, Syrie, Libye et Algérie) contre la normalisation de Sadate avec l’entité sioniste, lorsqu’il agresse l’axe de la résistance, et lorsqu’il sape ce que le Prophète (saws) a béni   :

  • Tabarani rapporte que le Prophète a dit :

« Les Anges d’Ar-Rahman étendent leurs ailes sur la Syrie »

Ceux qui acceptent pour des intérêts partisans et se montrent ingrats devant le sacrifice du peuple syrien à soutenir la résistance libanaise et palestinienne et maintenant encouragent ouvertement ou en cachette l’agression de la Syrie sont des monstres.

  • l’Imâm al-Boukhârî rapporte que Ibn Omar rapporte a le Prophète (saws) a dit :

 « O Allah mon Dieu ! Bénis pour nous la Syrie ! O Allah mon Dieu ! Bénis pour nous le Yémen ».

  L’assistance  lui dit  alors : « Et le Najd ? ».

 Il reprit : O Allah mon Dieu ! Bénis pour nous la Syrie ! O Allah mon Dieu ! Bénis pour nous le Yémen ».

 Ils lui disent de nouveau : « Et le Najd (Est de Médine)? ». Et je crois qu’à la troisième fois il leur dit :

« Dans cet endroit, il y a des tremblements de terre et des séditions. C’est à cet endroit que se lèvera la corne du diable (le fer de lance du mal)».

madinah1

(Le Najd est le territoire à l’Est de la province de Médine couvrant les provinces actuelles de Riyad, Al Qasim et Haïl.)

  • Tabarani rapport que le Prophète (saws) a dit :

« Par Allah, Je vous en conjure par Lui, vous devez vaincre les Egyptiens, car ils seront alors un soutien pour vous et des adjuvants dans la cause d’Allah »

 « Vous trouverez des armées (alliés) : une en Syrie, une autre en Egypte, une en Iraq et une autre au Yémen »

N’est-ce pas que l’Egypte, la Syrie et le Yémen sont sous l’œuvre démoniaque de la sionisation, de la prédation et de l’insenséisme. Je ne suis pas partisan des raccourcis, mais force est de constater que la Fitna en provenance de l’Est de Médine provient de pays et de mouvements œuvrant pour l’Empire et le sionisme. Il suffit de voir la carte du monde et de la projeter dans les temps passés et dans les temps présents pour voir les facteurs se conjuguer depuis des siècles pour détruire l’arabité et l’islamité comme l’avait prédit le Prophète (saws) :

« La fitna viendra de l’est »

 madinah12

Qui  cherche donc  à allumer le feu de la Fitna entre Sunnites et Chiites et entre Arabes et Iraniens, et à détourner la communauté musulmane de ses problèmes majeurs alors que la même carte de géographie et la même histoire impériale anglo-saxonne nous montrent les mêmes  pays et les mêmes régimes façonnés par le satanisme, la cupidité, et la stupidité.

Les divergences doctrinales, idéologiques et politiques internes au monde arabe et au monde musulman ne permettent à aucun Arabe et à aucun Musulman, sous n’importe quel prétexte et sous la conduite d’aucune figure charismatique faisant autorité médiatique ou religieuse, d’accepter l’effusion de sang ou le chaos, lorsque la religion et les impératifs géostratégiques désignent le crime,  le criminel, son commanditaire  et ses complices.

Quelles les sont donc les motivations qui facilitent le Tayhoudite, le Takloubite et le Takharbite si ce ne sont les prétentions à se croire le meilleur rendant licite le sang sacré, les cupidités qui convoitent, et des confusions qui font perdre les repères religieux, moraux et nationaux. Notre Prophète (saws) qui nous a expliqué les petits et grands  détails pour ne pas nous  laissés sans cap et sans sens devant les partisans de la sédition et de la subversion :

Abû Saïd al-Khudri (ra) a dit :

«  Nous étions une fois en présence du Messager de Dieu  alors qu’il était en train de diviser l’aubaine de guerre. Dhu-l-Khuwaysira, un des hommes de la tribu de Tamim, s’approcha de lui et lui dit : « O Messager de Dieu, sois équitable ! ». Le Prophète répondit : « Malheur à toi ! Qui sera équitable si je ne le suis pas ? Tu es bien perdu si je ne suis pas équitable ! ». ‘Umar (ra) dit : « Messager de Dieu ! Permets-moi de me battre avec lui pour que je lui coupe la tête ! ».

Mais il dit : « Laisse-le, car il a aussi des compagnons ; et l’un de vous pourrait détester de faire sa prière en leur compagnie, ou de jeûner en leur compagnie. Ils prononcent le Coran, mais il ne va pas au-delà de leur clavicule. Ils passent à travers la religion comme une flèche passe à travers sa cible ». Abû Saïd continua : Je jure que j’étais présent lorsque ‘Ali ibn Abi Talib lutta contre eux. Il ordonna de ramener cet homme »

Dhu-l-Khuwaysira, est l’emblème personnifié de la Fitna, laquelle peut prendre des formes institutionnelles (pays, parti politique, groupe sectaire). Dans ce Hadith on voit les principales causes qui alimentant la Fitna autorisant le sacrilège :

  • Se considérer plus pieux, mieux informé et plus digne de servir l’Islam que ne l’est le Prophète lui-même. Cette psychologie mégalomaniaque et ce zèle bigot font plus de tort à la communauté musulmane que Satan lui-même. Les savants de la Fitna et leurs vassaux ne donnent ni argument religieux, ni argument moral ni argument politique ou géopolitique, ils se contentent de se poser comme parlant au nom de Dieu comme s’ils étaient dépositaires de  Sa Parole ou des  Justiciers exécutant Son Décret. Dhu-l-Khuwaysira se prétendait plus équitable et plus savant de l’équité que le Prophète. Le Prophète (saws) a annoncé les malheurs et la perdition qu’une telle prétention réaliserait tant au sein des illusionnés qu’au sein de la communauté.
  •  Omar exprime la conscience de la communauté qui doit couper la tête de la Fitna si elle ne pas veut en devenir otage.
  • Ali est leur victime. La nation musulmane fournira des victimes parmi ses plus illustres fils tant que l’ensemble de la communauté restera divisée et en proie aux séditieux qui imposent leur loi et leur idéologie. Le monde musulman et le monde arabe tout particulièrement sont otages de la bigoterie savante et infantilisante.
  • Le Prophète a décrit leur religiosité sans humanité et ses conséquences afin que la communauté ne soit pas otage des apparences et des discours qui instrumentalisent la religion et qui manipulent la crédulité.
  • Le facteur déclenchant est l’aubaine de guerre. La cupidité, la convoitise, la prédation se rencontrent pour désacraliser les valeurs sacrées et rendre nulle et non avenue la parole d’un Prophète même si cette parole est évidente.
    • Nous ne pouvons ignorer les énormes moyens financiers mis en œuvre pour la Fitna dans le monde arabe. Les Arabes stupides se sont empressés d’annoncer la manne qui donne légitimité au coup d’Etat en Egypte. La stupidité la plus grande c’est de voir le gourou des Frères musulmans se préoccupés davantage de la haine des Arabes et des sionistes contre Bachar Al Assad et ne pas voir que les haineux sont en train de détruire son propre pays et qu’ils ont réalisé un coup de maitre en créant de la Fitna en Egypte, en Libye et en Tunisie pour agresser militairement la Syrie. L’Empire et le sionisme n’ont pas oublié le rôle de la Syrie dans leur défaite face à Gaza et dans l’équilibre de la terreur que le Hezbollah a réalisé par l’équation  « Beyrouth /Tel-Aviv ».
    • Nous ne pouvons ignorer les enjeux stratégiques du pétrole et du gaz : les découvertes en Syrie et le transport des hydrocarbures russes via la Syrie.
    • Nous ne pouvons ignorer la manne financière que les Arabes n’arrivent pas à gaspiller dans l’achat de joujoux immobiliers et militaires et que l’Empire capte à son profit et fait dilapider pour laisser les futures générations arabes sans perspectives de développement.

Tayhoudite, Takloubite, Takharbite, et Tchitine œuvrent pour que  chaque clan arabe se fasse voir un ange à magnifier et glorifier, mais présenter les autres comme des démons à blâmer et à éradiquer, alors que la situation est plus complexe sur le plan social, politique, idéologique, et historique. La seule démarcation est géostratégique, pour ou contre l’Empire et le sionisme, pour ou contre la prise en main de la société arabe de son devenir moral, religieux et politique, pour ou contre l’Islam dans sa vocation originelle de libérateur et de civilisateur, pour ou contre  l’indépendance politique et économique, pour ou contre le dialogue et la solidarité des peuples.

Le manichéisme simpliste et infantile ne sert ni la vérité ni les peuples. Il sert Satan, l’Empire, le sionisme et leurs liges.

Il ne s’agit pas d’être pour ou contre un dictateur, contre un parti, ou contre une armée, mais de refuser l’agression d’un pays par une coalition impériale. Allah a promis qu’il ne donnera jamais suprématie des mécréants sur les Croyants, ni des injustes sur les justes. Si les Croyants sont défaits intérieurement ou extérieurement ils doivent chercher les causes de leurs malheurs autrement qu’en se focalisant sur la quête de pouvoir comme si le pouvoir était leur totem ou leur fétiche. Les jours à venir vont dévoiler l’ampleur des dégâts que la quête du pouvoir à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions a occasionné dans les mentalités, les mœurs, les économies et les géographies. J’implore Allah de protéger la Syrie et le peuple syrien d’une Fitna plus grande que celle qu’ils subissent actuellement.

Si jamais l’Etat syrien s’effondre alors imaginer comment les rivalités des pervers du Qatar et de l’Arabie saoudite vont se transformer en horreur sur le sol syrien. A moins d’un miracle ou d’une guerre mondiale,  il est difficile d’imaginer comment un petit pays avec 9000 missiles sol air et 4000 batteries antiaériennes, encerclé, sans continuité géographique avec son allié iranien peut trouver les ressources pour résister contre une coalition infernale qui a la maîtrise totale de l’air et de la mer et qui ne va sans doute pas livrer bataille au sol ni tenter de l’occuper et donner ainsi à la résistance nationale et régionale l’occasion de lui infliger de lourdes pertes.

Syrie

L’Iran n’a pas d’autre alternative que de frapper les territoires arabes, mais pour quells résultats et pour quelles conséquences. Est-ce que le Hezbollah peut supporter tout seul l’effort de guerre dans un Liban en proie à la Fitna. Tous les pays de la Région ont été conduit  sur un volcan de Fitna, de Takharbite, de Takloubite et de Tayhoudite, pour être neutralisés. Il n’y a pas de complot, mais la démonstration de la faillite des militaires et des civils, des gouvernants et des opposants, des islamistes et des non islamistes qui n’ont ni la morale ni l’intelligence de ne pas voir au delà de leur intérêts immédiaits.

La partie n’est pas encore jouée et le Tchaytine ne se réalise jamais comme prévu, lorsque l’on sait qu’un pet de moustique ou qu’un battement d’ailes de papillon peut provoquer une tempête dans l’océan, dans la mer, dans les terres, dans les airs ou dans les esprits. Il y a une loi statistique sur l’entropie de ce qu’on appelle le mouvement brownien, le mouvement chaotique, qui devient générateur de sa propre dynamique jusqu’à faire oublier par qui, par quoi et comment il est arrivé à ce stade de chaos. Le Takharbite entretenu depuis trop  longtemps est comme le mouvement browinien, il est une seconde nature qui va entraîner dans son sillage les intelligences impériales, sionistes et vassales jusqu’à la  confusion ultime ne voyant ni la finalité de leurs objectifs ni l’issue de leur épuisement et de leur fin qui sera dramatique car imprévisible et soudaine.

S’il y a doute il faut juste voit comment les dominants ont introduit le mouvement brownien observé dans la thermodynamique vers la finance internationale puis ont subi ses ravages sans avoir prise sur ce mouvement. La force impériale et sioniste est entrain d’activer ce phénomène à l’échelle des pays et ce mouvement de désordre programmé finira par n’obéir à aucune logique programmatique sauf la sienne qui engloutira ses auteurs. Le désordre planifié qui échappe à ses auteurs pour les ravager est une imposition historique que le destin exécute par des voies impénétrables et imparables. Qaradhawi avait promis de présider la prière à Damas, il se démène comme un sénile. Les Frères musulmans avaient ouvert les frontières égyptiennes du Jihad contre la Syrie, ils se retrouvent persécutés et emprisonnés.  Obama avait compté sur Camroun et ils se retrouve avec Hollande impuissant à gouverner la France.

Il y a  sans doute une réaction de l’Iran, du Hezbollah, de l’Irak et de la Russie planifiée pour avant, pendant et après l’agression. Personne n’en connait le contenu et la configuration spatiale et temporelle. Il est donc inutile de spéculer. Lorsque les Russes disent qu’ils ne veulent  être les ennemis de personne,  les spéculateurs leur font dire  Russes qu’ils ont abdiqué alors que peut-être ils ont voulu  sous-entendre qu’ils continueront de soutenir le régime syrien sur le plan logistique, diplomatique et informationnelle. Chacun y va de sa manière de broder l’écriture du monde. L’expérience a montré que Hassan Nassrallah est un homme lucide, compétent et crédible. Il ne manquera ni de s’exprimer ni de réagir. Il sait que c’est la résistance à l’Empire et au sionisme qui est visée au delà de la Syrie. Le HAMAS a perdu le cap lorsqu’il a laissé l’esprit partisan prendre le dessus sur les considérations stratégiques et tactiques

Nous implorons Allah le Maître des univers de nous donner un peu d’espoir et de montrer les Signes à l’Empire comme Il les a fait voir à Pharaon et à Hamana avant de les prendre de la manière la plus inattendue et la plus imparable.

Dans l’espoir qu’Allah fasse éteindre les feux de la Fitna et de la guerre et qu’on puisse entamer une réflexion sérieuse sur les signes de la fin de l’Empire,  du sionisme et de leurs vassaux. Il faut le faire car Allah (swt) nous a dévoilé les stratagèmes du Chaytan et l’expérience nous a enseigné comment finit le Tchitine.

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

Retour à la première partie

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

Il est difficile de jouer à l’intellectuel et à l’érudit devant les événements tragiques qui déchirent  le monde arabe et tout particulièrement au Liban, Syrie, Yémen, Soudan, Irak, Tunisie, et Libye. Il est difficile de contenir son émotion devant  l’ampleur, la durée et l’intensité de la Fitna :

« L’homme intelligent et endurant sera dans le désarroi »

Tout semble tellement absurde qu’on est tenté de chercher la solution à n’importe quel prix et avec n’importe qui.  Tout semble tellement complexe qu’on est tenté de ne plus chercher à comprendre. Une voix intérieure parvient à se faire entendre et à se faire comprendre : se soumettre aux apparences du réel est la pire des épreuves. Il faut se libérer et expliquer, malgré les limites, le peu de moyens, l’épuisement des ressources…

Éprouvé par tant de sang versé, de temps gaspillé, de ressources dilapidées, je suis parti en quête du sens de la Fitna :

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 {Toute personne goûtera à la mort, mais Nous vous éprouvons par le mal et par le bien comme tentation, puis c’est vers Nous que vous serez ramenés.} Al Anbiya 35

Nous sommes amenés par le matraquage médiatique à être tentés de prendre position en faveur du dominant sans connaissance ni de la nature du bien ou du mal,  ni de ses conséquences à moyen et long terme. Le sensationnel nous manipule en idéalisant les uns et en diabolisant les autres, en cultivant l’émotion suscitée au détriment de la raison et des faits réels. Soumis à la tentation de la facilité et de la vitesse nous risquons  la confusion qui nous empêche de choisir librement et justement, mais nous risquons aussi de nous ranger derrière le mensonge et  contre la vérité. Pire que cela nous risquons de contaminer notre foi par le doute ou par le cynisme.

Le Prophète Mohamed (saws) nous a montré deux voies de salut contre la grande fitna. La première, lorsque nous sommes dans l’incapacité de discerner, est de refuser de prendre position et de polémiquer. La seconde est de donner les instruments de clarification pour lever les ambiguïtés sur la Fitna, ses origines, son processus et ses conséquences.

Aujourd’hui, la Fitna est alimentée par la conjugaison des facteurs internationaux et des facteurs nationaux que les élites arabes refusent de voir dans leur globalité et dans leur dynamique pour ne pas voir leur faillite morale et intellectuelle dans leur gestion des crises idéologiques, économiques, politiques et sociales.

Il ne s’agit pas de dire tout le monde est responsable pour n’imputer la responsabilité à personne. Il s’agit de dire la vérité : les gouvernants, l’opposition islamiste et non islamiste, les intellectuels et les savants religieux se sont enfermés dans des égoïsmes partisans et sectaires et se sont focalisés sur le pouvoir pour le conserver ou ne pas le céder et cela à n’importe quel prix au lieu de mettre le curseur sur la constitution d’un front national voire international de résistance contre la prédation impériale et contre l’agression sioniste.

Allah (swt) nous ordonne la vigilance, la lucidité, la probité pour voir les phénomènes dans leur genèse, leur déploiement et leur conséquences. La Fitna est ce phénomène que nous pouvons traduire, selon le contexte par subversion, persécution, troubles, discorde, sédition, guerre civile, litiges, conflit, épreuve de force, opposition, désordre. C’est est un cancer idéologique, politique et social qui ronge insidieusement le tissu social et le divise en factions divergentes  avant de le faire plonger soit dans la confusion globale , l’insenséïsme et l’insécurité, soit dans la dictature d’une faction sur une autre  en désacralisant la vie, la dignité, la croyance et les biens  en opprimant par la force physique ou par  la violence morale et idéologique :

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 {Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

On a l’habitude de traduire Taqwa par la crainte alors que celle-ci relève du domaine psychologique (individuel ou social) qui exprime son inquiétude face à un danger qui se manifeste. La lecture attentive montre que ceux qui se croient « justes » ne sont ni inquiets ni susceptibles de s’inquiéter d’un danger dont ils pensent être préservés. On traduit aussi le terme par redouter qui signifie avoir peur des conséquences d’une force qui se déploie ou d’un danger manifeste. Ce n’est pas un exercice de style. Les mots coraniques sont un canevas de sens et d’idées, ils ne sont ni interchangeables ni synonymes comme les mots de la langue courante.

La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte, la  crainte dans l’espérance, et le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah et de prendre garde à Ses prescriptions en développant la connaissance, la lucidité, la vigilance et le sens de l’ensemble des responsabilités qui rendent l’être scrupuleux dans toutes ses démarches, ses paroles et ses actes où il voit le salut ou la perdition selon ce qu’il a visé par son intention et ce qu’il a réalisé dans son existence en bien ou en mal. La crainte seule n’est ni la garantie ni le chemin exclusifs du salut.

La taqwa englobe la peur d’un danger qu’on redoute, l’espoir en une miséricorde et en une promesse ainsi que le mode d’emploi praxique pour éviter la crainte et se remplir d’espoir. Jusqu’à l’instant présent je n’ai pas trouvé un terme plus signifiant que « prendre garde » qui englobe aussi bien  l’étendue des significations psychologiques et spirituelles de l’être ontologique et social que celle des procédures idéologiques et socio-politiques du faire individuel et collectif et les comportements qui s’y associent.

Effectivement l’expérience nous montre que depuis des siècles nous manifestons alternativement nos craintes et nos espoirs ou que les uns d’entre nous expriment des craintes et vivent des peurs alors que d’autres expriment des joies et vivent des espoirs. Mais, sans exagération, presque tous nous avons vécu toutes les formes de peur sans prendre garde aux causes et aux conséquences de nos émotions et de nos actes. La Taqwah a déserté nos cœurs remplis de haine, de mensonge ou de formalisme.

La Taqwah  est l’élan spirituel que confirment les pratiques sociales et qui témoigne de la vitalité, du scrupule de la communauté qui prendre garde à Allah, qui prend toutes les mesures de précaution et qui avance résolument dans sa quête de salut.

La Fitna est la consécration de la peur qui refuse de prendre ses responsabilités, de l’insenséïsme de l’improvisateur qui se laisse guider par les souhaits, de la subversion idéologique, sociale et politique que l’ennemi construit sur les peurs et les vains souhaits d’une société pour ne lui offrir que la peur et les espoirs qui conduisent à la capitulation.    Sans la Taqwah la Fitna non seulement bouleverse chaotiquement l’ordre social et politique de fond en comble, mais rend la religion otage des passions et source de discorde.

Encore une fois il ne s’agit pas d’un exercice de style, mais de  la posture la plus objective qu’il faut tenter de faire pour tirer enseignement de la crise vécue par le Prophète (sws) et ses compagnons face aux mêmes manipulations idéologiques et médiatiques des idolâtres transgresseurs contemporains. Où nous nous plaçons sur le terrain de la psychologie sociale et de la manipulation qui poussent à se soumettre pour se libérer de la crainte, où nous nous plaçons dans le système de précaution raisonnée qui analyse les données opérationnelles pour s’en prémunir et qui implore Allah de lui donner force et lucidité pour trouver patience et espoir à surmonter la crise. Il faut imaginer le Prophète (saws) exilé confronté aux stratagèmes des riches et puissants chefs de guerre arabes.

Nous avons vu en Egypte, ces derniers jours, comment les Salafistes supposés ne pas faire de politique investissent le champ politique, pour le compte de l’Arabie saoudite, et s’unir aux sans religion qui reprochent aux Frères musulmans l’Islam politique. En parallèle nous voyons les démocrates demander et soutenir un coup d’Etat. Chacun vit dans la peur de l’autre et dans la volonté de terroriser l’autre, mais très peu ont de la Taqwah qui leur permet de construire une feuille de route pour sortir de la crise. Joumaa, le grand Mufti d’Egypte, qui avait considéré la destitution de Moubarak comme une Fitna (sédition) contre un gouvernant légitime, considère que la destitution de Morsi et le coup d’Etat sont légitimes au regard de la chariâa. Comment les gens du commun vont-ils trouver leur chemin ?

Nous avons vu les positions diamétralement  opposées des savants sunnites sur la Syrie s’inverser sur l’Egypte comme ceux des partis islamiques et laïcs. La tendance dominante est de soutenir la répression contre les Frères musulmans et d’appeler à une intervention américaine pour renverser Bachar Al Assad qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple.

Nous avons vu en Algérie les militaires et les civils, les islamistes et les non islamistes, les gouvernants,  et leurs opposants participer à la Fitna qui a provoqué la sédition armée d’un côté et qui a enraciné la subversion idéologique et le terrorisme comme méthode de gouvernance et comme moyen d’existence politique à ceux qui n’ont pas d’existence sociale dans la société algérienne. Nous avons vu l’émergence du bigotisme infantile religieux et du paternalisme politique qui détourne les Algériens de leurs devoirs et de leurs droits.

Nous avons vu la collaboration des classes moyennes, des parvenus et des spoliateurs dans le partage de la rente et la paupérisation du peuple. La Fitna a mis en marge de l’histoire l’Algérie, malgré ses ressources, son emplacement géostratégique, son capital historique, son unité confessionnelle,  et le sacrifice de ses hommes pour se libérer du colonialisme.

Comme en Algérie, en Syrie et en Egypte nous voyons les Arabes et les Occidentaux refuser le dialogue qui aurait pu permet de surmonter la Fitna ou du moins la résoudre avec moins de dommages.

Dans l’histoire humaine, il n’y avait que les Juifs de Khaybar qui se soient attelés à détruire leur territoire et leur demeure avec autant d’énergie et de stupidité. Trahir ses idéaux et aussi tragique que traduire les serments faits aux martyrs ou trahir le pacte de vivre ensemble en paix. Les Arabes contemporains ont surpassé l’auto destruction des tribus de Khaybar sauf que celle des Arabes dessert leurs intérêts alors que celle de Khaybar les servait.

Nous voyons le même phénomène dans le monde arabe. L’aboutissement dramatique des calculs mesquins et irresponsables visant à s’appuyer sur l’Empire pour instaurer la démocratie (ou l’Islam), visant à attiser le sectarisme et l’esprit partisan pour faire valoir son clan, sa tribu, son école de pensée ou son parti,    visant à placer le curseur d’analyse et d’action sur des divergences idéologiques internes et oublier l’impératif de se fédérer contre l’Empire et le sionisme sur le plan militaire, diplomatique, économique et financier en construisant l’Etat de droit tout  en donnant aux peuples les possibilités de construire leur émancipation, de conjuguer les possibilités de leurs territoires contigus, de leurs mentalités similaires, de leur histoire commune, de leurs économies complémentaires, de leurs réseaux sociaux et culturels, et de mobiliser l’élan libérateur et civilisateur de leur religion.

La Syrie et le Liban plus au cœur du monde arabe, plus au cœur des divergences confessionnelles, plus à proximité de l’entité sioniste, plus impliqués dans la cause palestinienne, plus en relation avec l’Iran, dans la charnière géographique et historique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe subissent donc davantage les pressions tectoniques de la géopolitique impériale et sioniste.

Les savants musulmans et les élites politiques et intellectuelles se sont avérés minables devant la globalité et la dimension de la Fitna. Ils ont attisé la désintégration des territoires et des mentalités tout en amplifiant l’effusion du sang des musulmans. Ils ne parviennent toujours pas à voir les mêmes facteurs de régression et les mêmes causes de la Fitna qui opèrent en Egypte et en Syrie à titre d’illustration avec les mêmes vassaux du Qatar et de l’Arabie saoudite qui jouent au même jeu de destruction du monde arabe et pour les mêmes intérêts.

Il est remarquable de voir comment les Frères musulmans égyptiens ont été conduits, par leur inconséquence politique et leur esprit partisan, à devenir les amplificateurs de la dislocation de la Syrie et de la Libye et de la rivalité sunnites-chiites avant d’être jetés en pâture à la répression qu’approuvent et soutiennent les Salafistes Egyptiens travaillant pour l’agenda saoudien. Le gouvernement d’Ennahda, plus pragmatique et plus politique que celui des Frères égyptiens, est mis lui aussi dans le choix cornélien de se désister ou de subir la « contre révolution », malgré ses concessions. La gauche et les libéraux tunisiens,  plus immatures que les bigots islamistes, tombent dans l’imitation servile et mécaniste de l’expérience égyptienne au lieu d’en tirer les conséquences.

Il faut être sectaire ou sénile pour ne pas avoir vu et ne pas continuer de voir le « talent » de l’empire et du sionisme à récupérer les « révolutions » arabes menées  sans guide, ni idéologie, ni programme politique, ni planification ni cap, ni boussole, ni cartes de navigation… Il faut être inculte politiquement et pris sous les feux de sa passion pour ne pas voir   l’Empire et le sionisme disloquer la Syrie et la Libye après avoir disloqué le Soudan et l’Irak dans un plan transparent : maintenir le monde musulman et arabe dans les querelles internes le rendant incapable de voir les missiles  de l’Empire et du sionisme lui tomber sur le crâne, le démembrer et piller ses ressources. Il faut être un monstre pour ne pas voir l’acharnement des élites arabes à saper non seulement leur expérience démocratique, mais les fondements sociaux de l’existence de leur pays.

L’Empire et le sionisme ne complotent pas, ils planifient en analysant et en jouant sur nos contradictions internes, sur notre débilité. Ils ont l’intelligence, en plus de leur capacité de nuisance, de préparer tous les scénarios possibles et de s’y adapter. Nous ne préparons ni scénarios ni moyens, mais  nous improvisons, nous importons et nous confondons. L’art des autres est de voir clair dans nos confusions et  de nous conduire vers davantage de confusions. Le Hezbollah libanais semble échapper à cette règle, mais si l’environnement lui impose des choix difficiles, notre paresse intellectuelle et notre convulsion affective nous rendent impossible la compréhension de ses choix. Il faut juste lire les analyses sur les derniers attentats à Beyrouth et à Tripoli.  Certains d’entre nous refusent de se libérer de la Fitna et continuent de lire la tragédie comme des auxiliaires de la lutte idéologique que mènent l’Empire et le sionisme contre l’éveil du monde arabe et sa fédération en une force de résistance régionale.

Brezinski,  Bernard Levy et Daniel Pipes ont tracé les contours et les artifices de la guerre idéologique, médiatique, psychologique et militaire qui permettent à l’Administration américaine et sioniste de conduire les opérations et de fournir la logistique sans manifester leur présentiel sur le champ de bataille. L’Europe vassale joue son rôle traditionnel. L’innovation est de voir le Qatar et l’Arabie saoudite  intervenir d’une manière aussi forte et directe. Ils agissent comme deux rivaux qui veulent montrer à leur maitre qui est l’esclave le plus servile et le plus criminel méritant les faveurs exclusives du maitre.

Il faut suivre les déclarations d’Hussein Barack Obama pour voir que le Soft Powerment qui succède au Hard Powerment de Kissinger est une réalité : l’Administration américaine laisse ses vassaux se manifester donnant l’illusion qu’elle n’intervient que pour répondre à la demande des Européens et des Arabes. Ces derniers ont une capacité de subversion médiatique de l’ampleur des minutions à l’uranium appauvri lancés contre l’armée de Saddam Hussein. Les médias parviennent à réaliser l’effet blitz du jeu d’échec et que les Américains ont introduit dans leur doctrine de guerre après l’avoir importé et modernisé de l’Allemagne nazie : le Blitzkrieg ou effet de concentration massive des puissances de feux focalisées sur un petit point pour l’anéantir et interdire toute possibilité de résistance en terrorisant l’ennemi.

Dans la guerre subversive il s’agit de frapper le plus loin et le plus fort dans le dispositif des arrières de l’ennemi. Dans la guerre médiatique il faut frapper les esprits, les choquer et les maintenir sous un déluge informationnel propagandiste qui rend impossible l’écoute d’une autre voix ou la formulation d’un raisonnement lucide échappant au sensationnel. Dans toutes les guerres, militaires, subversives, médiatiques, psychologiques et idéologiques il faut frapper vite, fort, loin, concentré et avec surprise. Dans le jeu d’échec il s’agit de jouer contre la montre et de faire abandonner la partie à son adversaire en quelques coups. Il ne s’agit pas de faire mat, mais de faire tomber les pièces maitresses et de laisser le roi sans défense.

C’est sans doute une des  dernières batailles qui se jouent en Syrie. La plus grande organisation islamique dans le monde est mise « hors d’état de nuire » en Egypte après l’avoir poussée à la faute et livré au sensationnel médiatique,  Ben Laden est officiellement assassiné afin qu’aucune voix ne viennent dire non au Djihad sous la bannière de la confusion et de l’OTAN : l’Empire et le sionisme peuvent en finir avec la Syrie et commencer à réfléchir aux choses sérieuses : l’Iran, la Chine et la Russie.

L’histoire ne se déroule pas selon le rapport des forces. Il arrive qu’elle se déroule à contrario du rapport des forces et que le détenteur de la puissance et l’acteur offensif le plus déroutant se trouve lui-même dérouté par l’imprévisible et qu’il finisse par connaitre la déroute militaire et historique. Pour l’instant les Arabes et les Européens font tout pour faire oublier que le principal bénéficiaire de l’effort de guerre syrien est le Hezbollah qui a changé l’équation de la terreur non seulement en Palestine occupée, mais dans la région. Les Arabes et les savants musulmans refusent de voir en Syrie la réédition de plus en plus probable de l’intervention américaine en Irak et les mobiles avancés. Les sunnites et les chiites comme les islamistes et les nationalistes continuent de ne pas lire l’histoire, de ne pas regarder une carte de géographie, de ne pas méditer la biographie du Prophète (saws).

Les grands esclaves et les petits esclaves de l’ensemble du monde arabe, esclaves de l’Empire ou de leurs passions, préfèrent écouter et répercuter la voix de l’idole ou de leur inconscience au lieu de chercher à se réveiller et à se libérer de la Fitna. C’est plus facile de se conduire en bêtes animées par l’instinct de prédateurs ou de proies qu’en êtres humains raisonnables et consciencieux. Allah (swt) a montré le lien indéfectible entre d’une part la Fitna et d’autre part les insouciants qui refusent de voir la vérité et les  pervers qui se consacrent à cultiver le faux et l’injustice refusant de dire la vérité après avoir refusé de l’entendre :

{Certes, les pires des créatures, au regard d’Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Al Anfal  22

Ces animaux politiques non seulement ne veulent ni entendre la vérité ni la dire, mais préfèrent la falsifier et préfèrent devenir l’écho de l’Empire et du sionisme.  L’effusion du sang des musulmans écrit le récit, les causes et les conséquences de la Fitna dans le monde arabe : l’Islamophobie. L’islamophobie est la subversion totale qui présente le musulman non comme une victime agressée, mais comme un personnage hideux ne méritant pas la pitié aux yeux de ses prédateurs. L’Islamophobie c’est pire encore : rendre les musulmans méfiants et défiants les uns contre les autres pour les occuper à se déchirer et à déchirer toutes les possibilités de leur développement et à saper toutes les ressources de leur territoire que l’Empire et que le sionisme convoitent en qualité de prédateurs aguerris.

La stratégie d’institutionnaliser la méfiance envers les Musulmans et la défiance entre les musulmans pour les marginaliser après les avoir criminalisés puis les agresser après les avoir dispersés est le processus de l’Islamophobie. C’est une machination diabolique pour mener une guerre totale – idéologique, médiatique, politique, diplomatique, psychologique, culturelle, religieuse et militaire – contre toute forme et tout esprit de résistance, et contre tout espoir d’éveil civilisationnel. Là où notre esprit indolent voit ou trouve raison pour diverger, l’Empire et le sionisme voit et trouve opportunité et pertinence à diviser, à provoquer, à faire de la subversion idéologique, sociale et militaire.

N’est-ce pas que le Coran nous dit que la subversion est pire que la guerre :

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Lire la suite (Partie 2/2]

LSF analyse le processus du coup d’Etat militaire en Egypte

J’apporte un petit commentaire sur un  article fort intéressant par son niveau de  crédibilité et de  gravité  publié par  Liberté Sans Frontière (LSF)  (Alwihda Info) Sadam Ahmat – 6 Août 2013

 

Avant le coup d’état militaro-populaire de l’Egypte du 3 juillet, il y a eu plusieurs mois d’acrimonie entre Morsi et son ministre de la défense le général Sissi. Certes, Sisi n’est pas stupide. Ancien patron de renseignement militaire , il a fait appel à ses instincts pour comprendre que la faiblesse et la naïveté de Morsi lui vont bien. Il a lui-même dorloté le mouvement de révolte (Tamarroud) qui l’a conduit à destituer, le 3 juillet, le président Mohamed Morsi.

1ère partie

En raison de leurs différends, Alsissi avait prévu depuis des mois le renversement du régime de son président Morsi. Mais il attendait l’occasion et des préparatifs sont engagés dans ce cens. Les officiers supérieurs qui se sont sentis humiliés par le printemps égyptien qui a emporté le Raïs Hosni Moubarak en 2011, sont restés aux aguets pour attendre les islamistes au tournant. Pour combattre le régime islamiste, l ’armée a entreprit une panoplie de démarches basée sur le sabotage et la manipulation de la population. Appuyé par les hommes d’affaires, des industriels et des libéraux proches de l’ancien régime de Hosni Moubarak, il a été décidé de faire subir à la population le délestage d’électricité, la coupure intempestive de l’eau et du Gaz, surtout provoquer la pénurie du carburant…

Pour bien préparer la chute « légale » du régime islamiste, rien n’a été laissé au hasard. Cinq chaînes de télévision et plusieurs nouveaux journaux ont été crées pour médiatiser les manifestations et diaboliser Morsi et les islamistes. Ces organes de presse étaient trop agressifs envers Morsi accusé de tous les noms d’oiseaux pour le salir.

Parmi les accusations propagées par le média pro Sisi :

Morsi est incapable de gérer le pays ;
Morsi apporte un soutien aux Djihadistes du Sinaï ;
Morsi propose la vente de 7 km du territoire égyptien à Israël ;
Morsi complote avec Hamas contre l’Egypte ;
Morsi a vendu le carburant et l’électricité à Hamas en créant de pénurie en Egypte ; Morsi céde la bande égyptienne de Halaïb au Soudan. Morsi est tout sauf un être humain. Il est d’origine palestinienne et ses enfants sont des américains. Pire, il a la bénédiction des Etats unis d’Amérique…

Le sabotage suivi d’une campagne de dénigrement contre Morsi a très bien marché et la population a commencé par grogner. Selon Dr. Bassim Oda, l’ancien ministre égyptien des vivres, « la proposition du ministre de la défense Elsissi concernant les votes était une farce stratégique car l’armée égyptienne ne fait pas quelque chose d’improvisée, le coup d’état militaire a été minutieusement préparé depuis plus de six mois (…) Personnalité charismatique, Elsissi pense incarner la personnalité de Nasser mais je lui dirai cette époque est révolue à jamais et le peuple n’acceptera pas le fait accompli»

Alsissi semble avoir pactisé avec un groupe d’activiste nommé Tamarod. L’armée a aidé Tamarod dès le début, en communiquant avec elle par des tiers. Ce groupe constitué de jeunes a lancé une campagne de manifestation à Altahrir pour exiger le départ du président Morsi.
Des millions d’égyptiens ont envahi les rues ce qui semble avoir fourni une occasion en or pour El-Sissi d’avancer dans son plan pour se débarrasser du président.

Lorsque le président Morsi s’est rendu compte vers le 20 juin des intentions d’Al Sisi, il était déjà trop tard pour lui de faire changer les cours des événements. Mais il a décidé d’évincer quand même son ministre de la défense.

Le 23 juin 2013, le ministre de l’intérieur que Morsi croyait travailler pour lui, a discrètement informé le ministre de la défense que le président s’apprêtait à le remplacer. Elsissi déforme le rapport parvenu en impliquant tous les chefs de l’armée. Il les réunit et les informe des intentions de Morsi à vouloir se débarrasser de tous les chefs de l’armée. Ainsi Elsissi reçoit le feu vert des chefs militaires et passe à l’étape suivante pour prendre le président Morsi de cours. Il lance un ultimatum aux deux parties, les appelant à trouver une solution dans les deux prochaines semaines, sinon l’armée prendra sa responsabilité. Furieux, Morsi demande des explications pour ce communiqué militaire. Mais les chefs militaires qui sont tous, désormais, unanimes, pour le renversement, informent le président que le communiqué n’est autre qu’une manière d’apaiser la situation et pas plus. Morsi est alors anesthésié mais pas rassuré.

Les conseillers du président Morsi l’ont déconseillé de remplacer le ministre de la défense car il est trop tard et s’il le fait, il lui donnera l’occasion d’être un héros. Morsi se trouve les mains liées et Elsissi saute de joie lorsqu’il constate la réussite de la manifestation du 30 juin sur la place Altahrir et à Al itihadia ( palais présidentiel). Les rues étaient noires du monde. Pour impressionner Morsi et consorts, l’armée a fait défiler au dessus des manifestants des hélicoptères en les aspergeant d’une pluie des drapeaux égyptiens. Une copie des images est remise aux télévisions pro Elsissi. C’est une sorte d’avertissement au président Morsi et à tous ceux qui se doutent encore, dans l’armée, de l’intention de Sissi.

Le jour du coup d’état

Selon l’Emir de Qatar Cheikh Tamim, « nous avons entretenus des contacts avec le président Morsi jusqu’au jour de son écartement par l’armée (…) nous avons proposé un plan de sortie de crise de huit points que le président Morsi a acceptés, excepté la modification de la constitution. Quelques minutes après, le général Mahammat Al-Assar, le vice ministre de la défense nous a appelé pour exiger le referendum ou le vote. Tout s’est passé le même jour de la destitution de Morsi,» C’est comme si l’armée a déjà décidé du sort de son président.

Deuxième partie

Après le coup d’Etat

Dès le lendemain du 3 juillet, la police, qui n’assurait plus la sécurité, a repris son travail ; les distributeurs d’essence ont été à nouveau approvisionnés ; les coupures d’électricité sont devenues plus rares. Comme par enchantement ! Comme si l' »Etat profond » s’était, un an durant, soigneusement attaché à torpiller la présidence Morsi – premier chef d’Etat égyptien civil et premier démocratiquement élu.
Toutefois, le coup d’état a eu lieu sans tenir compte des réactions des islamistes qui était virulente. Les partisans du président déchu ont envahi les rues de toutes les villes égyptiennes. Cette démonstration de force a surpris les putschistes qui se sont réunis d’urgence. Pour les islamistes, il est désormais clair que les manifestations qui ont précédé le coup d’Etat du 3 juillet n’ont été qu’une façade. Elles ont été organisées en sous main par l’ arm ée et soutenues par les institutions de l' »Etat profond » restées en place : police, justice, services secrets, complexe militaro-industriel. En un mot, l’ancien régime s’est vengé.

Le vendredi 5 juillet à 9 H, soit 48 H après le coup d’état, et la réaction des islamistes dans les rues, le ministre de la défense s’est réuni dans son bureau avec tous les commandants de l’armée, excepté celui de la deuxième armée empêché par la situation au Sinaï. Après trois heures de discussion, les généraux ont estimé nécessaire de négocier une porte de sortie avec Morsi. Le chef d’état major de l’armée de l’air le général Sidkhi Soubhi et le chef d’état major de l’armée de l’air le général Younes Alseid Hamid sont chargés de diriger les négociations avec Morsi.
A 2 heures du matin (samedi 6 juillet), les deux généraux ont rencontré le président pour lui présenter un plan de sortie de crise qui se résume en deux points : Se retirer simplement et purement de la présidence, soit désigner comme premier ministre Albarad-i en lui attribuant tous les pouvoirs exécutifs et s’interdire de s’ingérer dans les affaires de l’armée, ni dans son armement, ni dans sa gestion. Le président a ri en rejetant fermement cette offre. « vous me faites rire (…) Que Dieu vous bénisse vous m’avez perdu le sommeil dans le vide. » La réponse du président a énervé le général Sidkhi le chef d’état major de l’armée qui a riposté en ces termes : « on peut vous exterminer pour faire de vous un ilot de sang. Rendez vous compte que vous ne pouvez plus diriger ce pays qu’en marchant sur nos cadavres. »
Le même jour à 6 h du matin, Sissi se retrouve avec tous les commandants militaires pour analyser les derniers rapports des services militaires. Les rapports indiquent qu’il ya un mécontentement au sein de l’armée. Elsissi fut soumis à un feu roulant de critiques. On reprocha explicitement au général Elsissi de n’avoir pas réussi à prévoir la réaction rapide et forte des partisans du président déchu.
Prenant la parole, le commandant de la 3ème armée le général Oussama Askar s’est attaqué à Elsissi pour la rapidité de sa décision de démettre Morsi. La décision a été prise au moment où l’Emir de Qatar Cheikh Tamim a réussi à convaincre le président Morsi d’accepter son plan de sortie de crise en huit points, excepté la modification de la constitution.
Elsissi a rappelé que la décision a été prise à l’unanimité et qu’il n’est pas question de la remettre en cause maintenant. La réunion s’est vidée en queue de poisson.
Le même jour à midi, Alsissi se réunit avec le chef d’état major, le général Soubhi et le général Ahmat Abouldahab, directeur de sensibilisation. A l’ordre du jour, analyser les rapports des services de renseignement militaire et revoir le plan. Il a été décidé de :
– Tous les organes de presse anti Morsi sont sollicités pour répandre de fausses rumeurs, diaboliser les islamistes et noircir leur réputation.

– Coordonner avec le ministère de l’intérieur pour la provocation, les attaques, l’incendie des sièges des frères musulmans et la manipulation des images,
– Organiser une manifestation grandiose contre les frères musulmans,
– Renforcer la manifestation par des milliers des soldats et policiers en civil.
– Le dimanche dans l’après midi, les services de renseignement militaire alertent le ministre de la défense Elsissi sur l’augmentation de l’effectif des frères musulmans dans les rues et sur le mécontentement de certains officiers supérieurs. -Les services de renseignement militaire disent avoir intercepté une communication téléphonique du Directeur du génie militaire le général Tahir Abdallah qui a qualifié la destitution de Morsi est irréfléchie et rapide et qu’il appelle à une sortie de crise rapide.

Le 26 juillet, à la demande du nouvel homme fort, les anti Morsi sont sortis en masse pour charger l’armée de combattre le terrorisme et la violence ! Cette démonstration n’a pas été du goût de plusieurs hauts responsables égyptiens. L’ancien conseiller démissionnaire du président déchu, Mohammed Fouad Jadallah a indiqué que l’appel par le général Sissi à une manifestation de soutien dans les rues a fait perdre l’occasion de se réconcilier. Car, les frères musulmans ont déjà accepté un projet de médiation dirigée par Cheikh Al-Azhar. Cette manifestation a fait au moins 82 morts pro-Morsi lors d’affrontements avec la police anti-émeutes égyptienne et des hommes en tenue civile. De nombreux manifestants ayant reçu des coups de feu mortels à la tête ou à la poitrine, a déclaré Human Rights Watch. Ils ont été tués le 27 juillet lors d’affrontements ayant duré plusieurs heures sur une route à proximité d’un sit-in des Frères musulmans devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans l’est du Caire.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec sept témoins des violences, et examiné plusieurs vidéos montrant les incidents. Les violences ont eu lieu quelques heures après l’annonce par le président intérimaire Adly Mansour que « l’État doit imposer l’ordre avec toute la force et la détermination». Le même jour, le ministre de l’Intérieur, le général Mohammed Ibrahim, a averti que les forces de sécurité allaient « bientôt » disperser les sit-ins pro-Morsi sit-in sur les places Rabaaal-Adawiya et Al-Nahda.

Liberté Sans Frontière (LSF)
A suivre

 

Commentaires Omar Mazri :

1 – Le différend entre le général Sissi et Morsi est sur le rapport de l’Egypte envers le HAMAS. Une partie de l’armée voulait imputer la responsabilité de l’assassinat des soldats au HAMAS alors que Morsi refusait ce scénario sans preuves et ses conséquences politiques et militaires sur Gaza.  J’avais annoncé très tôt la bataille contre le HAMAS et la résistance palestinienne dans la récupération de la « révolution arabe »  et dans son dévoiement. Sur cet vidéo le général à la retraite, Tahar Azzzedine, héros de la guerre d’octobre, fait des révélations graves :

[youtube id= »5z9PppceOXQ  » width= »620″ height= »360″]

2 – Depuis  novembre 2012 des mouvements hostiles à Morsi se sont manifesté sur la place publique  au seins des officiers supérieurs de la police sous la conduite du  ministre de l’intérieur.   Le Ministre de l’Intérieur de Morsi , le général Ibrahim Nadjib, qui a organisé le coup d’Etat avec les forces armées, a succédé au Ministre de l’Intérieur, le général Ahmed Jamal Eddine qui a été limogé par Morsi suite à son refus de protéger le palais présidentiel contre les voyous dénommés Baltaji ( mot  turc signifiant  ramasseurs de pelles) qui ont tenté à plusieurs fois de pénétrer dans le palais présidentiel. Il semble que Morsi au lieu d’engager des réformes profondes et de mener la « révolution » à son terme en l’épurant des cadres de l’ancien système ait choisi de composer, de tenter de s’attirer les bonnes grâces de la police et de l’armée pourtant discréditées. L’idée de faire appel a un politique réformateur pour gérer la politique sécuritaire et administrer l’Intérieur au lieu de faire appel à un ancien directeur général de sûreté  régionale ou nationale ne semble pas encore faire partie de la culture politique. 

Sous le règne de ces deux  mandarins de la police les Frères Musulmans ont vu, alors qu’ils « gouvernaient » l’Egypte,  leurs locaux saccagés et leurs archives pillées sans tirer les conséquences politiques ni prendre les mesures de prévention contre le coup d’Etat flagrant (?) 

 

Mossad, monarchies arabes, Egypte et Palestine

La chaine Al Manar du Hezbollah libanais rapporte que la chaîne de télévision israélienne, Canal 2, a informé de la visite secrète  du chef des services de renseignements israéliens (Mossad), Tamir Bardo , il y a quelques semaines, aux Emirats-arabes-unis.

Selon l’expert des affaires arabes de Canal 2, Ehod Yaari, « la visite était officieuse » et « Bardo s’est réuni avec le prince héritier Mohamad ben Zayed alNahyan, ainsi qu’avec de haut responsables sécuritaires ».

Au cours de cette réunion, il a été surtout question de la situation en Egypte avant le coup d’état militaire et de la coopération dans les questions militaire et sécuritaire.

Toujours selon la même source, Bardo s’est réuni avec le responsable palestinien Mohammad Dahlan qui réside à Dubaï.

Le journal algérien arabophone As Chourouq a fait état de la coordination du Mossad avec  les services de sécurité des monarchies du Golfe, le palestinien Dahlan et les sphères d’affaires liées au régime de Moubarak  pour réaliser le coup d’état militaire. As Chourouq se rapportant à des sources égyptiennes (civiles et militaires) de haut niveau déclarent que Dahlan aurait piloté l’opération qui consistait à verser des milliards de dollars pour financer la chute de Morsi.

Tous les indices convergent vers ce qui est évident depuis longtemps : la liquidation de la question palestinienne. La liquidation  de la Palestine passe par la normalisation des Arabes avec Israël ou  par l’anarchie dans le monde arabe sinon la combinaison des deux. Dans tous les cas il faut criminaliser les mouvements islamiques  et les encadrer les amenant à faire des fautes ou à agir avec précipitation.

Les errements de l’association des savants musulmans présidée par Qaradhawi et la cécité des  Frères musulmans dans le dossier libyen et syrien ont facilité le jeu de l’Empire et du sionisme qui disposent d’une ingénierie prodigieuse pour connaitre nos faiblesses, nos divisions, et anticiper. La haine idéologique des libéraux et des gauchistes arabes qui s’empressent de proclamer  » les peuples arabes se soulèvent contre la terreur des Frères musulmans et des autres mouvements islamistes » ajoutent de la confusion. L’Empire sait manier la muleta devant les têtes baissées  des forcenés de la politique.

Les hommes sensés aimant la vérité et les hommes épris de liberté et de justice doivent reconnaître l’évidence flagrante : les putschistes égyptiens se sont emparés des difficultés politiques de Morsi à gouverner un pays « ingouvernable » par la mentalité confrérique et par le fardeau de l’héritage Moubarak pour lui adresser les griefs qui arrangent l’Empire et le sionisme. Morsi est accusé de soutenir le HAMAS un des principaux mouvements de la résistance après que le FATAH ait choisi Oslo comme Sadate a choisi Camp David. Celui qui ne voit pas l’inscription du Hezbolah dans la liste des terroristes par l’Union européenne et ne fait pas le rapprochement entre  les pressions américaines sur l’Autorité palestinienne pour faire des concessions à Israël doit avoir le cœur rempli de haine contre l’Islam ou doit avoir le crane rempli de moelle épinière sans limbes.

La gauche égyptienne tenté par l’économie de marché n’arrive plus à manier la dialectique historique :  elle  devrait relire le 18 Brumaire de Marx et revisiter le coup d’Etat du général Pinochet contre le président Salvador Aliendé . Pinochet a ce que les libéraux et les putchistes arabes n’ont pas :  une idée de la démocratie bourgeoise qui libère les forces productives lui permettant d’accumuler du capital sur des progrès sociaux et économiques. Prisonniers de leur délire de voir l’échec de l’Islam politique pour cacher leur propre échec ils ne sont pas en mesure de comprendre que l’échec est celui des mouvements islamiques partisans ou sectaire. L’échec de l’idéologie partisane annonce, inchaallah, la renaissance de l’Islam social et politique.

Bain de sang en Egypte

Le général Sissi appuyé par les cercles d’affaires liés à la prébende internationale, économique, médiatique et culturelle, agissant sous les impostures de gauche révolutionnaire ou agissant sous les impostures de l’Islam apolitique et bigot, vient d’entrer dans l’histoire comme assassin de son peuple. Ni lui ni ses soutiens apparents et cachés ne sortiront indemnes de l’épreuve de force qui tente de maintenir le système Moubarak et Sadate aux commandes de l’Egypte.

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Il est impossible aux nouveaux-anciens maîtres  de gagner la confiance des gens du commun, ni d’imposer leur légitimité, ni d’appliquer leur programme politique devant tant de sang versé et tant de colère accumulée depuis des décennies de gabegie et de despotisme.

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Je ne suis pas partisan de l’explication eschatologique de l’histoire, mais je ne peux croire qu’un gouvernement qui inaugure son règne par tant de sang versé puisse bénéficier de miséricorde et de bénédiction comme je ne peux croire que ceux qui soutiennent ce bain de sang puissent jouir en paix de la vie mondaine ou espérer un salut le Jour du Jugement dernier.

Le monde est en cours de changement, les méthodes classiques de gouvernement par l’intimidation et la répression ont épuisé leur énergie et leur stratagème.  l’histoire s’accélère au détriment des inerties léguées par la conjugaison de la décadence interne et de la colonisation externe.

Les musulmans sont condamnés  fatalement à réviser leur culture partisane et à repositionner leur curseur idéologique. Le sang des musulmans ne doit pas être versé en vain, le temps des musulmans ne doit pas être gaspillé dans les futilités, le territoire des musulmans doit être préservé des prédateurs locaux et internationaux. Le sang versé  nous indique la voie du devoir si nous voulons prétendre à un quelconque devenir dans la dignité et la prospérité : l’unité.

Au lieu de dilapider notre temps à chercher les compatibilités et les incompatibilités entre Islam et démocratie, entre civils et militaires, entre obéissance et sédition, entre califat et théocratie,  il est temps plus que jamais de faire de l’édification de l’Etat de droit et de l’émergence du musulman citoyen une priorité qui préserve sa vie, sa liberté et sa dignité sans lesquelles son islamité n’est qu’une vue tronquée de l’esprit ou un débordement affectif…

Il ne s’agit pas de chanter une révolution improvisée, de la confisquer ou de la continuer pour se retrouver, une fois de plus, dépouillé et trahi.  Il s’agit de tisser le lien social et de fédérer  toutes les forces de résistance contre l’injustice et l’oppression. Il s’agit de l’unité autour des valeurs :  partager  la  foi sinon  refuser ensemble  l’autocratie

{Dis : ô Gens du Livre, élevez-vous à  une parole normative entre vous et nous. Nous n’adorons qu’Allah et nul d’entre nous ne prendra l’autre comme maître}

Pour l’instant il faut se rassembler et dire non à ceux qui veulent jouer au maître et  faire verser le sang des musulmans.  Le coup d’Etat et l’effusion de sang dans le monde arabe ne doivent pas être une fatalité. Il faut garder le cap celui de la lutte entre deux projets de civilisation, l’un en voie d’achèvement de son histoire et l’autre en voie de renaissance. Les Frères musulmans ne sont ni le monopole ni l’idéal dans ce projet de renaissance, mais ils en font partie car ce projet est inachevée, en ébullition, en quête d’unité et de méthodologie.

Je ne peux lire les événements comme une lutte de classes, une lutte entre laïcs et islamistes,  une lutte entre impérialistes et libérateurs, une lutte de pouvoir même si partiellement on y retrouve quelques ingrédient et quelques motivations. Ces lectures simplistes et réductrices cachent les enjeux civilisationnels que l’histoire est entrain de déployer.  Les pays arabes et musulmans sont en train de s’effondrer politiquement, socialement, économiquement, moralement et idéologiquement afin de repousser l’échéance de leur éveil et de leur entrée de nouveau dans l’histoire avant la fin de l’Histoire.

Les salafistes   infantiles et  formalistes reprochent aux Frères Musulmans de ne pas respecter les conditions du Tamkine en faisant de la politique partisane. C’est une vérité qui devient mensonge et diversion, car elle vient à un moment où la priorité et la justice commandent de dire ou de  montrer comment  les conditions et les possibilités du Tamkine sont sapées par les vassaux de la civilisation occidentale et sont fragilisées par les discours sectaires et les comportements irresponsables des imposteurs de l’Islam qui ont accaparé les tribunes pour détourner les musulmans de  leur vocation et de  leurs missions :

{Ils ne se sont divisés, s’acharnant les uns contre les autres, qu’après que la science leur eut été donnée. Si une sentence de ton Seigneur n’avait pas déjà fixé un terme irrévocable, leurs différends auraient été réglés.} 

Il y a une grande différence entre ceux qui refusent de voir la dynamique d’éveil islamique se transformer en clocher partisan et politicien et ceux qui veulent interdire  la voix (voie) de l’Islam et qui se réjouissent de l’échec de l’Islam politique alors qu’ils sont ignorants de l’Islam et des aspirations des musulmans se contentant de reproduire le discours des années cinquante tout en s’intégrant dans le marché mondial. Il y a aussi une différence entre celui qui convoite le pouvoir croyant – ainsi parvenir à œuvrer pour la gloire de l’Islam et le bien des musulmans – et celui qui destitue un gouvernant légitime. Il est regrettable d’oublier que le Prophète (saws) a interdit d’entrer en sédition contre le gouvernant. Morsi a été élu comme président et à ce titre il doit être traité comme tel, même si la critique contre son programme social et  économique est légitime. Tolérer ou trouver excuse à sa destitution est une atteinte à la religion,  à la raison humaine et à la stabilité politique de l’Egypte.

Les nuances et les exigences historiques ne semblent pas faire partie de la culture des apologues de la servitude et de l’auxiliariat. Il ne s’agit pas seulement de se libérer de la dictature de quelques généraux, mais de se libérer du système qui produit de la dictature pour le compte  d’un autre projet de civilisation que celui auquel est destiné le monde arabe :

« Le perdant est celui qui a échangé son Paradis contre la vie ici-bas, mais le plus perdant est celui qui a échangé son Paradis pour la vie ici-bas d’autrui »

Il ne s’agit pas de prendre les armes ni de conduire les musulmans à la guerre civile comme cela a été fait en Libye et en Syrie, mais de triompher des causes de l’injustice, de la transgression et de l’agression et de surmonter les contentieux :

Dans la sourate la Choura qu’on pourrait traduire par démocratie islamique, consultation ou concertation nous avons une solution aux problèmes que les bigots et les libéraux ne veulent pas voir :

{Tout ce qui vous a été donné n’est que jouissance de la vie de ce monde. Mais ce qui se trouve auprès de Dieu est meilleur et plus durable, pour ceux qui croient et s’en remettent à leur Seigneur} As Choura 42

Allah (swt) a qualifié ceux qui croient et s’en remettent à Lui par trois qualificatifs :

– le premier qualificatif est d’ordre comportemental et moral :

{ceux qui évitent les péchés graves et les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère} As Choura 37

– le second qualificatif est d’ordre praxique incluant tout ce qui donne vie, cohésion  et stabilité à la cité sur le plan religieux, social et politique :

{ceux qui répondent aux exhortations de leur Seigneur, s’acquittent de la prière, se consultent réciproquement au sujet de leurs affaires et dépensent [en aumônes] une partie de ce que Nous leur avons accordé} As Choura 38

– le troisième qualificatif est la résistance globale contre l’oppresseur et l’agresseur pour défendre sa patrie, sa religion, sa liberté et sa dignité :

{ceux qui, si violence leur est faite injustement, triomphent.}  As Choura 39

L’excellence est dans la réconciliation. Il ne peut y avoir réconciliation sans désir réciproque de se réconcilier, sans pardon de l’opprimé et sans réparation équitable par l’oppresseur. Seule la justice peut réparer durablement :

{La sanction pour un tort subi est un tort identique ; mais pour celui qui pardonne et se réconcilie, sa récompense est auprès de Dieu, car Dieu n’aime pas les iniques.} As Choura 40

La concision et la force de structuration de l’énoncé coranique mettent en évidence le rapport indissociable entre la justice et la Choura qui consiste à consulter les gens et à les faire participer aux affaires de la Cité. Ni les militaires, ni les salafistes ni les prétendus démocrates n’ont l’intention de donner crédit et voix aux populations musulmanes chacun se croyant le dépositaire exclusif du savoir, de l’autorité et du progrès faisant fi du sang qu’ils font verser ou qu’ils appellent à verser.

Si nous ne sommes pas capable de voir l’injustice et l’iniquité dans un coup d’Etat ni  l’horreur dans la répression sanglante, ni le déni de démocratie,  alors il ne faut  espérer ni la réconciliation entre les hommes ni l’amour de Dieu.

L’appel du général

Quel sens donner à l’appel du  général Abdel Fattah al-Sissi :

« J’appelle tous les égyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme »

Appel à l’aide d’un homme en proie au doute ou appel à la violence institutionnelle dans un climat de tension politique?

Celui qui a réalisé le coup d’Etat contre un président démocratiquement élu et qui a installé sous  la « légitimité » de la rue des figures et des organes de transition censés masquer le coup d’Etat et qui bénéficie du soutien des milliards des bédouins, des éradicateurs et des salafistes, a-t-il besoin du soutien du peuple civilisé pour lutter contre le peuple terroriste? Il y a des fausses donnes qui semblent fausser les pronostics. Sinon comment expliquer que le général s’exprime en faisant de la surenchère sur le président désigné et en appelant le peuple non à soutenir le gouvernement, mais à le soutenir personnellement.

Les évènements semblent indiquer que :

–          1 – Le général Sissi – plus influencé par le général Boulanger que par la Révolution française –  se trouve confronté à une grogne au sein des officiers de l’armée qui désapprouve le coup d’Etat et qui redoute ses conséquences. Le général  appelle le peuple à venir trancher dans l’arbitrage qui oppose  les « faucons »  éradicateurs  et les « colombes » réconciliatrices au sein de l’armée.

–          2 – Les  officiers ainsi qu’une partie des nationalistes viennent de prendre  conscience des risques réels de guerre civile et ont réévalué la situation nationale et internationale qui demeure défavorable pour un coup d’Etat. Il ne s’agit pas comme on pourrait le croire de la crainte de la suspension de l’aide américaine ou du désir européen de voir revenir l’Egypte à la légitimité des urnes. Il s’agit de quatre grands facteurs.

  • Le premier facteur c’est que le retour aux urnes promis par l’armée  pourrait s’avérer une véritable boite de pandore  maintenant que la contestation dans la rue  est devenu le « recours révolutionnaire » et le moyen d’imposer ou de déposer un gouvernant. La victoire n’est garantie pour aucun prétendant et elle demeure soumise au refus qui peut entrainer l’embrasement. Il est impossible que la crise sociale et politique ne soit jugulée avant la tenue des élections annoncées.
  • Le second facteur est la réalité politique des opposants aux Frères musulmans. Ils ne sont pas un gage de soutien ni un facteur de stabilité ni une force de gouvernance. Ils sont hétéroclites et ils ne sont parvenus à un consensus sur les figures de la transition que par le jeu opportuniste des salafistes qui restent une force imprévisible et sans cap politique pouvant donner lieu à des alliances durables.  La redistribution des aides et le partage du fardeau de la crise sociale et économique peuvent faire voler en éclat les forces unifiées dans leur refus des Frères musulmans.
  • Le troisième facteur réside  paradoxalement dans l’aide financière octroyée par les bédouins.  Le nationalisme égyptien exacerbé et utilisé à la fois comme rente sociale et refuge idéologique ne peut tolérer de se voir confié aux vassaux de l’Amérique. Une fois consommées la rhétorique et la propagande sur les collusions d’intérêts entre l’Amérique et les Frères musulmans, l’éveil est humiliant pour les partisans nombreux et irrationnels de Misr wa bess ou de Misr oum edounya.
  • Le quatrième facteur est dans la conséquence du risque de l’alignement  de l’Egypte sur l’Arabie saoudite et ses voisins satellites. Tout le monde connait la rivalité idéologique, politique et culturelle entre l’Egypte et l’Arabie saoudite depuis Djamel Abdel Nasser. Les nationalistes, dans l’armée et dans le civil, attachés à Nasser et au nationalisme arabe et habitués à si tuer dans la lutte entre le bloc Ouest et le bloc Est ne peuvent ne peuvent tolérer se voir des figurants dans les luttes rivales entre monarchies bédouines. Ni le Qatar ni l’Arabie saoudite ni leurs voisins ne peuvent jouer un rôle stabilisateur pour l’Egypte. Ils sont perçus pour ce qu’ils sont : des facteurs de régression, de désordre et de conflit.  Leur histoire moderne, la nature de leur pouvoir et leurs interventions dans la région témoignent de leur vassalité aux USA qu’ils ne sont pas capables de bien réaliser faute de culture politique. Leur intervention en Syrie est catastrophique. Leur intervention en Egypte sera pire. Ils peuvent apporter la manne financière, mais ils ne peuvent apporter ce qu’ils n’ont pas : la vision du monde et un plan de développement. Les 12 MD $ ne peuvent empêcher les échéances difficiles avec le FMI et le règlement de la crise politique, sociale et morale. Dans les conditions actuelles, la manne devient un fardeau dont il faut se débarrasser si on veut éviter le naufrage du navire égyptien dans la tourmente de ses politiciens et de ses militaires.

–          3 –  Le choix du vendredi vise à rassembler les salafistes contre les Frères musulmans surfant sur l’esprit partisan et sectaire dominant dans les mouvements islamiques qui obéissent à des logiques d’identité formaliste et non à des logiques religieuses, géostratégiques ou politiques. Si ce choix venait à se confirmer, alors la rumeur faisant état de la rencontre entre les corrompus de  l’armée égyptienne et les corrupteurs des pays du Golfe, tous ennemis des Frères musulmans, va devenir réalité. Personne n’ignore que l’apolitisme et l’individualisme du salafisme exporté par l’Arabie saoudite a une capacité de déstructuration des imaginaires et des consciences dans le monde arabe. Personne n’ignore aussi que les salafistes, par leur infantilisme simplificateur et par leur inertie face au changement, sont les alliés des régimes despotiques comme le sont d’ailleurs les prétendus démocrates et progressistes laïcs qui refusent le changement tant  par peur de perdre leur rente politique que par mépris pour la religion du peuple.

Ce vendredi sera décisif tant pour les ambitions politiques du général que pour  le devenir de l’Egypte. Ce sera une confrontation et l’approfondissement de la déstructuration entamée de l’Egypte ou bien un réveil et l’obligation pour tous de trouver un terrain pour la réconciliation nationale. La réconciliation est difficile car elle exige un désir de se réconcilier et le recours à la justice et à l’équité.

Ce vendredi sera décisif car il pose en filigrane la question du rapport des forces politiques à l’armée ainsi que du positionnement du clivage idéologique dans le monde musulman et arabe qui n’est pas entre islamistes et non islamistes, mais entre conscience universel s’opposant au chaos mondial et inconscience sombrant dans le chaos au nom de la religion, de la démocratie, de la souveraineté nationale et d’autres termes galvaudés ou instrumentalisés.

Les Frères musulmans confinés dans leur esprit partisan et engagés dans leur lutte contre le régime syrien n’avaient ni l’envergure ni le recul pour lire la carte du monde et se hisser au niveau de l’universel de l’Islam dont ils se réclament. Toutes les critiques contre les Frères musulmans sont objectives si elles ne font pas l’impasse sur les errances de l’ensemble de la classe politique dans le monde arabe et en Egypte. Il s’agit de chercher à comprendre et d’apprendre à anticiper pour ne pas rester éternellement otage des autres et victimes de notre propre inconséquence.

Le destin est ironique, tragiquement ironique pour ceux qui ne lisent pas correctement l’histoire et le mouvement du monde. En effet dans une semaine les Iraniens installent leur nouveau président démocratiquement élu et continuent d’avancer sans perdre leur cap dans un monde de contradictions et de déchirements, alors que les Égyptiens, les uns se croyant les tombeurs d’Israël, les autres de Bachar Al Assad, sont renvoyés dos à dos à leurs contradictions internes et à leurs faux clivages.

4 – Le général a choisi la confrontation. Le peuple sera-t-il son allié,  son instrument, ou son désaveu public ? Sera t-il isolé ou aura-t-il les moyens de « mater » les Frères musulmans et d’imposer son « agenda » ? Personne n’a de réponse et même si demain et les jours à venir nous donnent une réponse, elle sera incertaine car les actants, prisonniers de leur ego, n’ont aucune prise sur les événements et ne sont pas à l’abri de retournements bouleversants comme l’a si bien dit le grand poète arabe Al Moutannabi :

« Tajri ar riyah bi ma la tachtahi as soufoun : les vents ne soufflent pas toujours au gré  des voiliers« 

Ce qui est par contre sur et certain c’est la double volonté du général Sissi et de  son clan éradicateur de :

– criminaliser et diaboliser les Frères Musulmans sinon les pousser à l’épreuve de force en faveur des militaires partisans de l’éradication de l’Islam politique et social. Depuis le premier jour du coup d’Etat la feuille de route contre Morsi était tracé : l’envoyer devant une juridiction pour légaliser le coup d’Etat. La même feuille de route prévoyait la décapitation « juridique », médiatique et sécuritaire de l’encadrement des Frères musulmans. Ces derniers disposent d’une expérience de près d’un siècle de lutte et de clandestinité. Est-ce que la « transparence » démocratique à  donné au pouvoir réel la cartographie de leurs réseaux ou non est la question de fond qui vient s’ajouter à celle sur les mesures de précaution que les Frères musulmans ont pris ou non face au traditionnel retournement des militaires contre eux ( Nasser et  Sadate). Ces questions posent la question sur l’urgence et la gravité de l’appel du général : est-ce que les Frères se sont constitués des réseaux au sein de l’armée ? Est-ce que Sissi annonce une chasse aux sorcières pour épurer l’armée fort d’un soutien populaire et politique ?

– criminaliser le HAMAS en l’impliquant dans un pseudo complot de Morsi contre la souveraineté de l’Egypte et ainsi offrir à l’entité sioniste et à l’administration américaine la garantie de la poursuite des accords de Camp David. Le retournement tactique et opportuniste des Frères Musulmans vis-à-vis de l’administration américaine et leur mauvaise gestion de l’affaire syrienne ne font pas oublier leur lutte en faveur de la Palestine.

Le général Sissi gère ce dossier, tambour battant, comme les magiciens de Pharaon faisant illusion pour s’attirer les bonnes grâces de l’Empire alors que dans la famille de Pharaon des voix silencieuse sortent de leur mutisme s’élèvent pour défendre Moïse et se reconnaître dans son message.

Conclusion : La confusion et le chaos servent les intérêts et les ambitions de l’Empire, du sionisme et des cercles d’affaires. Il faut continuer à explorer les pistes et à valider le sensé et  invalider l’insensé au delà de l’actualité.

 

PS : Je ne suis pas partisan des Frères musulmans car je ne crois pas en l’efficacité de leur méthode ni dans le recours à l’esprit partisan. Je suis conscient de leurs erreurs monumentales. Je me dois de comprendre autant que rejeter le coup d’Etat car non seulement il n’apporte rien de bien, mais il empêche l’enracinement de l’alternance politique par des voies pacifiques et le dialogue. L’armée comme les politiques doivent être une force de proposition pour défendre la patrie et les citoyens s’ils n’ont pas la compétence de défendre la religion de leur peuple. Ils ne doivent pas être moralement et politiquement le problème et l’obstacle. l’appel du général « pour en finir avec la violence et le terrorisme » aurait trouvé crédit et efficacité s’il s’inscrivait dans une démarche citoyenne qui construit l’Etat de droit et de prospérité. Tous les indicateurs annoncent l’Etat d’exception…

Conflit entre l’armée et Morsi sur le HAMAS

Abstraction faite des erreurs d’évaluation et des manquements aux principes de HAMAS sur la Syrie qui posent avec force la crédibilité du mouvement à conserver l’initiative,  l’unité et le soutien dans sa résistance contre l’occupant sioniste de la Palestine, d’autres questions plus graves se posent après le coup d’Etat   contre Morsi.  Des analyses arabes, citant le général en retraite conférencier à l’académie militaire du Caire, Aymane Salama, lors de son interview à la BBC, soutiennent que l’armée égyptienne a agi dans l’intérêt d’Israël. D’autres soutiennent que les Frères Musulmans allaient céder le Sinaï comme solution aux Palestiniens en échange d’une aide américaine de 12 milliards. Le temps va sans doute montrer la véracité et le mensonge. Pour l’instant les Bédouins arabes livrent 20 milliards de dollars aux juillétistes et on pourrait s’interroger pour qui roulent les pétromonarchies?  Beaucoup de questions, d’accusations graves, et d’incertitudes pèsent sur le devenir de l’Egypte !

Pour saisir ces questions et leur gravité il faut se rappeler que les révolutions arabes ont été récupérées par l’Empire qui a une capacité de manœuvre redoutable. Cette capacité s’appuie sur une connaissance du monde arabe et des relais actifs au sein des élites arabes qui alimentent la base de connaissances et agissent dans le sens attendu de l’Empire. Il faut aussi se rappeler que l’esprit partisan et la précipitation à conquérir le pouvoir ont conduit les Frères musulmans à devenir les instruments de leur propre échec. Ils se sont attaqués à des formalismes secondaires et simplistes négligeant les enjeux stratégiques et la nécessité de formaliser les contradictions et les crises en ingénierie politique, sociale, idéologique et militaire pour les surmonter et les résoudre dans une démarche fédérée et efficace au niveau régional et local.

Il était légitime pour le président Morsi de menacer militairement l’Ethiopie qui est en train d’assoiffer l’Egypte, mais l’art et la manière de le dire ou de le faire étaient illogiques et dangereux car le Président n’avait ni le cadre politique, ni l’encadrement militaire, ni la lucidité géopolitique pour le faire. Depuis Sadate et Moubarak l’Egypte a perdu la culture de défendre la souveraineté nationale et de rayonner sur sa profondeur stratégique. Elle a produit une génération de fonctionnaires civils et militaires davantage impliqués dans la gestion de la rente que procuraient la paix avec l’entité sioniste et la vassalisation aveugle à l’Administration américaine que par la gestion de la cité et de la nation. Tous les experts disent que les futures batailles stratégiques vont se focaliser autour de l’eau et qu’Israël est un grand consommateur d’eau. L’Egypte avec le Soudan et derrière la Libye et l’Algérie fait partie de la plus grande nappe phréatique  dans le monde apte à fournir plus de mille ans d’eau potable à plus de 200 millions d’habitants. Ces pays disposant de 40 mille milliards de m3 d’eau sont naturellement convoités par la prédation internationale et par l’occupant étranger en Palestine.

Les déclarations intempestives sont donc inutiles. L’urgence était de mobiliser les experts et les capitaux pour disposer de cette eau et de ses bénéfiques retours d’investissements sur le plan écologique, social, économique, touristique et agraire.

Pour cela il fallait un cap, beaucoup de travail et un réenchantement des peuples abusés et désabusés. Ces chantiers sont l’oeuvre d’une génération et non celle d’un parti ou d’une confrérie. La bonne gouvernance consistait à préparer ce chantier en créant les conditions pour une ingénierie politique, sociale, financière  et technique tant sur la  conception que sur la réalisation en comptant sur ses propres forces. L’Etranger doit être réduit à sa juste mesure : un partenaire, un auxiliaire, un facilitateur ou un obstacle, mais jamais le maître d’ouvrage, le maître d’oeuvre qui décide des plans, des agendas et des priorités… Les Chinois et  les Iraniens sont des témoignages vivants et bien réels.

Dire que l’Islam est la solution est une tautologie sur le plan de l’énoncé qui n’apporte rien sur le plan de la praxis. Le modèle turc qu’on veut présenter comme modèle islamique par excellence alors qu’il est d’essence capitaliste semble gérer la ressource rare au détriment des musulmans et des Arabes : la Syrie et l’Irak souffrent des barrages turcs. Israël par contre semble recevoir de l’eau turque pour produire les fruits et les produits industriels destinés aux Arabes. Les experts parlent d’un accord pour la construction d’un tunnel sous la mer pour que la Turquie approvisionne Israël en eau en abondance. Les eaux d’Egypte semblent moins chères et plus facile à transporter comme le gaz égyptien. Les « révolutionnaires » égyptiens ne semblent pas pressés de se poser les bonnes questions : ils surfent sur le mécontentement « populaire » envers Morsi et les Frères musulmans. Les Frères musulmans n’ont pas voulu poser les bonnes questions et impliquer toutes les compétences. Ils croyaient manœuvrer facilement avec l’armée et avec l’Empire comme ils croyaient que l’appartenance à l’Islam allait leur ouvrir les portes du Paradis sur terre.

Il était légitime pour le président Morsi de conserver son titre et son poste de président eu égard aux préceptes de l’Islam qui refuse la sédition contre le gouvernant et eu égard au principe démocratique qui l’a amené au pouvoir. Toucher ces deux principes n’est pas un acte révolutionnaire ou une morale, mais une atteinte des principes. Le peuple est devenu otage des manipulateurs et une jurisprudence pour l’anarchie. Morsi, président légitime, a eu raison de refuser de démissionner, mais il aurait dû, pour éviter l’effusion de sang et pour éviter le coup d’Etat facilitateur à la réalisation d’un plan plus grand que l’Egypte, imaginer des solutions inédites et prendre les mesures adéquates pour mettre fin aux conséquences de ce qui est annoncé avant que les Frères musulmans ne se lancent aveuglement à la conquête du pouvoir : l’anarchie et la guerre civile dans le monde arabe et musulman.

Il était légitime pour le président Morsi de soutenir le HAMAS, d’ouvrir le poste frontalier avec Gaza et d’envisager un autre redéploiement militaire au Sinaï, mais l’esprit partisan a empêché que la perception du HAMAS se fasse dans le cadre de l’évaluation globale de la résistance au projet de refondation du Moyen-Orient et du monde arabe par les Américains. L’illusion du Khalifat islamique  en Syrie, en Jordanie et en Egypte, était un leurre que les Américains et les idiots utiles de l’islamisme infantile ont cultivé comme un pavot d’opium faisant oublier les peurs, les paniques et les réactions de rejet de l’armée qui est garante de la paix avec Israël et qui ne veut ni se lancer dans une guerre ni perdre ses privilèges politiques, sociaux et économiques dans une guerre à laquelle elle ne se prépare plus. Les mêmes peurs, les mêmes paniques et le même rejet ont été entretenus dans les communautés coptes, les laïcs libéraux et nationalistes.

Les dissidents des Frères musulmans et les intellectuels nationalistes se rejoignent pour décrire l’incompétence des Frères musulmans à gouverner, mais le fait le plus marquant est celui des médias qui ont commencé à lancer une campagne de dénigrement contre le HAMAS quelques semaines avant la destitution du Dr Morsi. Cette campagne prend des proportions alarmantes ces derniers jours. Il y a une volonté de criminaliser, de diaboliser le HAMAS et de le faire montrer comme le facteur de déstabilisation non seulement en Egypte, mais dans le monde arabe. Certes, l’encadrement du HAMAS a fait des erreurs politiques graves, mais il ne peut être considéré comme un traître à la solde d’Israël, ni un agent américain, ni un facteur de subversion pour l’Egypte. La précipitation dans la lecture de l’actualité et l’alignement idéologique derrière Qaradhawi les ont leurré.

La campagne orchestrée contre le HAMAS de concert avec celle menée contre Morsi explique sans doute l’emprisonnement de Morsi après sa destitution comme le résultat d’un bras de fer entre Morsi et le commandement militaire sur la conduite à adopter envers le HAMAS dans le cadre de la politique de défense nationale égyptienne. Le système Sadate-Moubarak défenseur d’Israël et pourfendeur du HAMAS, toujours en place et en force dans les institutions égyptiennes, semble être la cause majeure qui a conduit à la destitution puis à l’emprisonnement de Morsi. La mauvaise gouvernance est un prétexte. Ni l’Egypte ni le monde arabe n’ont produit une gouvernance sensée ou un espoir de référence, ces derniers siècles, pour que le peuple égyptien se mobilise contre un « insensé » de type Morsi lui préférant un « sensé » de type Baradei ou Sissi.

Ce qui s’est passé et se passe en Egypte, en Libye, en Syrie, au Soudan et  dans tout le monde arabe est la conjugaison de l’insenséisme interne avec la rationalité de la prédation externe qui cherche à briser la résistance contre l’empire et le sionisme,   à évacuer la question palestinienne de la préoccupation politique, sociale et religieuse, et à occulter l’émergence de l’Islam et sa dimension civilisationnelle dans l’alternative au mondialisme matérialiste.

Au moment où chaque pays musulman et arabe est occupé par ses problèmes internes sombrant dans la confusion la plus inimaginable les plans de l’Empire se réalise en Palestine où l’Administration américaine impose sa feuille de route au détriment des Palestiniens, et se réalise non seulement en Syrie, mais dans la région la plus sensible du monde musulman avec  l’émergence d’une nation kurde autonome. Les Kurdes de Syrie viennent d’annoncer leur gouvernement autonome. Le problème n’est pas dans l’autonomie des Kurdes, mais dans notre incapacité à résister aux césures géographiques, historiques, mentales, politiques et économiques que l’Empire mène depuis des siècles. Le Kurdistan n’est pas en soi une revendication illégitime pour les Kurdes syriens, iraniens, irakiens et turques, il est un problème lorsqu’on jette un coup d’œil sur la carte géographique et puis on imagine la genèse de son morcellement ainsi que le devenir des conflits qui vont émerger en périphérie de la nouvelle entité rendant la paix impossible et l’agrégation des « nations » impossibles pour faire front contre l’Empire.

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Dans sa partie asiatique l’Egypte est confronté au morcellement et aux conflits (Irak et Syrie), dans sa partie africaine elle est confrontée au morcellement et aux conflits en Libye, au Soudan et en Afrique subsaharienne. Que les Égyptiens viennent à prendre parti dans les conflits puis viennent à devenir une source de conflit cela dépasse l’entendement lorsqu’on imagine la quantité d’armes et le nombre des sources d’approvisionnement en armes juste en jetant un coup d’œil sur la carte des conflits  :

EGYPTE

 

Il faut faire le moindre effort : lire une carte de géographie pour voir comment le monde musulman est une zone de conflits et de prédation où se joue le devenir du monde jusque là sous la domination totale du colonialisme occidental. Cette domination s’accentue comme le râle d’un prédateur essoufflé, mais l’alternative est absente.

Les problèmes sont complexes par leur enchevêtrement historique, politique, économique, sociologique, culturel, idéologique, géographique. Leur complexité impose de ne pas perdre les liaisons réelles entre le local et l’international, entre le passé et le devenir. Ce qui se passe en Egypte, en Syrie ou ailleurs dépasse leurs intérêts nationaux. Les Frères musulmans, confinés dans une démarche partisane, ont fait preuve de cécité.  Les libéraux et progressistes arabes, prisonniers de leur clivage idéologique importé de l’Occident n’ont plus de repères. Ils oublient qu’ils ont gouverné et que leur modèle est en faillite. Les peuples arabes et musulmanes leur ont retiré leur confiance. Les armées arabes gérant le système de rente et s’accaparant les privilèges n’ont plus vocation à défendre le territoire dans ses frontières immédiates ou dans sa profondeur stratégique. Il n’est pas surprenant que l’armée égyptienne et les élites arabes occidentalisées fassent référence  à la Révolution française pour se donner contenance idéologique et masquer leur faillite ancienne pour revenir dans la gestion des coups d’Etat.

Il est toujours « drôle » de voir les élites de l’indépendance nationale dans le monde arabe se réclamer des référents idéologiques et culturels de l’Occident colonisateur. Dans leur alignement aveugle, ils ne parviennent plus à placer la Révolution française dans son contexte historique et géographique européen : la bourgeoisie qui s’affranchit de la féodalité et qui libère les forces productives pour impulser le progrès technique, le marché et l’expansion du capital marchand puis industriel qui sont le substrat de l’industrialisation de la colonisation. Nos élites ne produisent que de la féodalité et de l’importation. Lorsqu’ils sont acculés à l’échec ils appellent l’armée à la rescousse et recourent aux terminologie de la « modernité » et de l’Etat jacobin.  Il est par contre ahurissant de voir certains « islamistes » confiants dans le soutien européen et espérant leur attachement à la légitimité des urnes. La démocratie par les urnes est une illusion que la culture musulmane a depuis longtemps démasqué en montrant la voie prophétique : le pouvoir n’est pas à convoiter, mais le devoir est à accomplir.

La raison de la destitution de Morsi a été annoncée puis commentée à grand fracas par la presse arabe : échec de l’Islam politique et criminalisation du HAMAS. Nous sommes en réalité au cœur de deux enjeux : l’éveil du monde musulman comme alternative civilisationnelle et la résistance à l’Empire et au sionisme.

Les forces extérieurs  ont la capacité d’anticiper et de manipuler les civils et les militaires, les gouvernants et les gouvernés, les islamistes et les non islamistes. Ils ne sont pas forts, mais nous sommes faibles. Nous sommes loin, très loin, de nous hisser au niveau des véritables défis par notre dispersion et par notre inconséquence. Les forces intérieures ne parviennent pas à trouver un dénominateur commun ni à définir les lignes rouges que ni l’intérieur ni l’extérieur ne doivent franchir pour préserver la paix civile et engager le développement. Est-ce qu’elles vont avoir, un jour,  le courage de chercher à dévoiler la nature du conflit réel entre l’armée qui voulait imputer à HAMAS l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï au mois d’août 2012 et Morsi qui a refusé de croire à l’implication du HAMAS dans une opération qui lui aliène la population égyptienne et qui est illogique et immorale.

Le système égyptien a pris l’habitude de défendre Israël contre les Palestiniens. Il va tenter d’entraîner un peuple miné par la crise sociale et morale générée par ce système qui se croit le Messie le sauveur, le rédempteur. Contre ce système et contre l’ordre mondial donneur d’ordre de ce système il est impossible de voir réussir un système confrérique partisan et otage de ses marabouts.