L’islamophobie percée à la conférence de Nanterre

L’écrivain, ingénieur et pamphlétaire marseillais, Omar Mazri animait avec la modératrice et femme de lettres nanterroise, auteur de « Méditations musulmanes », – préfacées par le même Mazri -, Faouzia Zebdi-Ghorab présidant la Maison de la Fraternité créée par elle pour consolider l’existence morale de la communauté française musulmane, une conférence annoncée par lui-même sur le site de l’IRIB.

Ces « Méditations intimes, Cœur à Cœur » [1] relèvent de l’intellectualité mystique, et sont stylistiquement dans la tradition française dévote, ce qui anticipe déjà notre propos que l’effort du laïcisme actuel, ou des arrière-loges, est bien de continuer l’œuvre de déracinement de l’esprit religieux français défendu aujourd’hui par l’esprit français musulman.

Il s’agissait dimanche 13 mai, d’une table ronde suivie par la salle, essentiellement féminine, car la discrimination autoritaire touche les femmes en premier, essentiellement comme éducatrices : cela va de l’école « sans Dieu » – selon une expression du radicalisme laïque du tournant du 20ème siècle, à la vie professionnelle.

M. Mazri, entre autres études – dont celle sur « Révolutions Arabes, Mystique ou mystification ? [2], de « La République et le Voile » [3], a publié une « Islamophobia : Deus ex machina », ce dernier terme étant l’équivalent de « miracle soudain », comme dans ces dénouements où une machine théâtrale, à renfort de poulies et de cordes, fait descendre un dieu sur scène pour résoudre une situation délicate : l’on se rapportera à la conférence de Durban de l’été 2001 conduisant à une condamnation de l’entité sioniste et soudainement, le Deus ex machina du 11 septembre est venu sauver par l’islamophobie ainsi édifiée ceux qui étaient accusés d’une terreur réelle envers les Palestiniens.

Et cette campagne du voile, relève M. Mazri n’a-t-elle pas permis d’éloigner des Françaises de l’immigration, instruites des événements du Proche-Orient, du contact de leurs camarades dont les parents sont plus familiarisés avec les déclarations de BHL plutôt qu’avec celles des Evangélistes ?

La question a été soulevée par un homme d’expérience ; la jeunesse musulmane arabe française, en l’occurrence, est moins indépendante du contexte antireligieux actuel, que la génération d’Omar Mazri. Elle prend, comme nous l’avons constaté, pour planche de salut, ce qui est une piège glissant : ainsi en est-il de l’idée qu’une religion est créatrice d’une civilisation, et qu’il y aurait une civilisation chrétienne, musulmane, bouddhique, en rivalité mutuelle, expliquant ainsi la crainte de l’islam. Vraiment le Japon craint l’islam ? Japon qui comprend aujourd’hui plusieurs érudits musulmans !

Cela semble évident et pourtant l’islam, tout comme le christianisme épouse des formes culturelles, mais ne les crée pas, car il est universel et vient d’en haut ; sinon l’on confondrait la lune avec l’eau qui subit son attraction, s’il est permis d’offrir cette image.

M. Mazri n’a pas illustré les choses comme cela, mais il a insisté, en se reposant sur la vérité, sur l’universalité de la religion, en quoi il a parlé de la vérité en philosophe contre les sectaires, dont en premier ceux de la franc-maçonnerie ambiante inspiratrice de cette persécution ou terreur antiislamique, pour laquelle seul l’athéisme est universel, et la croyance ou la manifestation d’une révélation divine, facteur de discorde : un tel propos, malgré une occupation d’un demi-siècle par les armées communistes ou « alliées » de l’Allemagne, de la Hongrie etc. est encore incompréhensible par la majorité des peuples d’Europe centrale et orientale, et de la Russie restée orthodoxe, mais acceptée par une France affaiblie et endoctrinée depuis deux siècles de subversion antireligieuse.

Il a été relevé que l’accusation de communautarisme frappe la communauté musulmane, et que la seule initiative de venir au secours de ses coreligionnaires, pour leur assurer un emploi, en fondant des coopératives, est défendue par des inquisitions administratives, imposant un quotum de non musulmans !

La liberté n’est comprise que par une égalité qui soit celle de membres de la fraternité sectaire qui gouverne le pays et a secoué l’Europe et le monde, tout comme l’a fait la fille de la révolution française qu’aura été la révolution russe.

Mais il y a une différence : la foi a défait la seconde révolution athée matérialiste, mais non pas la première, car celle-ci impose un modèle d’homme abstrait, d’homme sans-Dieu Tout ceci est bien connu, dira-t-on, comme devrait l’être le fait que nous rappelâmes, que Jules Ferry (lequel parlait du devoir des races supérieures pour justifier la colonisation), devant la statue duquel, le Président Hollande, venait de s’incliner, la veille, à Paris, qui était entré le 8 juillet 1875 à la loge de « la Clémente Amitié », dépendant du Grand Orient, avait forgé le concept d’ « éducation nationale » pour exclure de la nouvelle éthique nationaliste, toute idée religieuse, en quoi nous nous opposions à toute l’Europe civilisée.

Cette Europe avait un niveau d’instruction – en matière technique en particulier, non seulement plus élevé (comme en Autriche et en Saxe), mais d’une qualité souvent dispensée, conjointement avec des laïques, par un clergé dévoué.

On prétend par le mot d’islamophobie, indique perspicacement un jeune intervenant, suggérer (car tout est dans la suggestion, puisque nous avons affaire au fleuron de la culture américanisée, qu’est la psychologie détrônant la réflexion philosophique appuyée sur la démonstration) que l’islam est menaçant, qu’on le craint comme on déteste l’homosexualité ; et effectivement, l’agitation des cerveaux sur l’homophobie précéda celle sur l’islamophobie.

De tels rapprochements découvrent l’entreprise d’intimidation des Musulmans. L’erreur serait – tel est le résultat de cette réflexion, qui était celle d’un collège islamico-chrétien avec la participation active et éloquente, spirituelle, intrépide, bref libanaise, ou afro-libanaise de M. René Naba – de prendre l’islamophobie comme on nous la présente ; elle n’est pas naturelle, mais artificielle, elle n’a – selon nous – rien à voir avec de la xénophobie ou toute autre réaction d’incompatibilité d’humeur : les « Roms » sont mal aimés, et cependant sont chrétiens, avec ostentation même comme le démontre leur pèlerinage, et leur conversion au protestantisme n’y fait rien non plus.

L’islamophobie est un thème de discorde, un brûlot entre les mains des revanchards de la guerre d’Algérie, ou des nostalgiques de l’Algérie française, comme M. Aliot dont une partie de la famille non chrétienne – ceci dit anecdotiquement – est de Bab-el-Oued, comme nous l’apprend Wikipedia !

Leur rêve est d’avoir une guerre d’Algérie intestine dans leur nouveau pays ; ce qui est plus facile que de garder le triple A ! Remarquer que cette tache antislamique s’étend dans des administrations qui ne sont pas nationalistes, ou populistes droitières, mais de gauche conservative ou ex communiste : tout aussi férocement déracineuses de la foi juvénile, et donc persécutrices.

« L’administration, c’est la révolution » écrivait en ce sens Gobineau, défenseur de l’islam, au XIXème siècle, dans une correspondance française avec l’orientaliste autrichien et diplomate, Prokesch-Osten.

Le résultat de cette réunion a été d’encourager d’abord le public qui a constaté que le mal dont il souffre est reconnu, diagnostiqué et dénoncé par Amnesty Innternational dans son dernier rapport sur les discriminations administratives et privées. Il a été relevé dans cette conférence, le caractère absurde et odieux de cette loi « antinounou » qui oblige les instituts privés de prévoir une clause d’expulsion d’aides soignantes ou de gardiennes d’enfants qui montreraient un signe distinctif de foi musulmane.

Faudra-t-il aussi effacer la couleur noire pour obtenir un emploi, précise un candidat originaire du Mali, aux élections législatives ?

Au profit de qui joue cette terreur antislamique ? Poser la question est déjà voir germer la réponse, et la conférence de Nanterre a été cet effort d’intelligence dont la présidente de la maison de la Fraternité, la soeur nanterroise, citoyenne de la Cité de Dieu, Faouzia peut être fière !

Pierre Dortiguier

Notes

[1] 73pp. 2011, Nanterre

[2] Edition & Conseils, Marseille, juin 20111, 25pp

[3] 400pp, 2010, Fagr Center

Source : http://www.dortiguier.fr/L-islamophobie-percee-a-la.html

Les cinq maitres du Tamkine (territorialisation)

ٱلَّذِينَ إِن مَّكَّنَّـٰهُمْ فِى ٱلْأَرْضِ أَقَامُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ وَءَاتَوُا۟ ٱلزَّكَوٰةَ وَأَمَرُوا۟ بِٱلْمَعْرُوفِ وَنَهَوْا۟ عَنِ ٱلْمُنكَرِ وَلِلَّهِ عَـٰقِبَةُ ٱلْأُمُورِ

Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj –  v41

Si nous devions étudier le sens et la mise en application de ces versets, nous y passerons notre existence sans épuiser le champ de leur possibilités et leur signification. Je vais juste montrer une application méthodologique et politique en terme de gouvernance moderne à travers le terme coranique de Tamkine (pouvoir sur terre, position territoriale) et ses impacts sur le plan de l’aménagement du territoire, de la planification économique, du développement urbain et industriel, et de l’indépendance nationale.

Définition globale

Le Tamkine ou la territorialisation au sens coranique, même si nous la traduisons par « pouvoir sur terre » a une signification plus large : Donner à la communauté l’autorité, les moyens et les facultés de s’établir sur un territoire et y exercer sa vocation sans rival, sans oppression, sans limites autres que celles fixées par la religion ou les membres de la communauté là où la religion lui a laissé le champ libre. Au delà de la domination sur la géographie et du pouvoir de l’État il s’agit davantage de l’établissement d’une société réformatrice et bien agissante (Mujtama’â Sàleh wa Mouslih) qui fait de son territoire de vie un cadre de déploiement de toutes les compétences et de tous les talents et de toutes les possibilités.

Un certain nombre d’exigences sont nécessaires pour faire du Territoire un espace de socialisation, un lieu de souveraineté, une appartenance à défendre, un exercice de  la politique, de  l’économique, de la culture et de l’aménagement du territoire dans une ligne d’orientation commune par l’adhésion  libre, contractuelle et respectueuse des diversités qui font l’harmonie du vivre ensemble et non les divergences du Wahn. C’est ce que nous allons voir à travers l’analyse du verset coranique et notre expérience praticienne de quelques aspects de l’Algérie.

Le Territoire (le Makane) : Ses cinq empreintes humaines

Le Tamkine c’est l’instauration de la communauté de croyants sur un territoire de vie pour lui marquer cinq empreintes.

La première empreinte est celle de l’Honorificat originel.

L’homme, croyant ou non croyant, porte en lui le besoin de considération et d’estime qui font de lui cette créature qui est passée d’un grain de poussière insignifiant ou de cette goutte de sperme fétide à une créature honorée et élue dans les Univers. Cet Honorificat est intrinsèque et il va s’exprimer sous forme de quêtes humaines pour réaliser toutes les dignités qui font la grandeur et la noblesse de l’Homme : Dignité humaine, dignité intellectuelle, dignité religieuse, dignité sociale, dignité morale, dignité politique, dignité économique, dignité culturelle, dignité écologique. L’homme n’est pas un animal religieux ou un animal parlant mais un être honoré et vertueux s’il ne transgresse pas lui-même ou s’il ne se soumet pas à ceux qui transgressent cet ensemble de dignité indissociables.

Il n’y pas de vertu à faire valoir ni à communiquer aux autres, y compris la vertu de la foi et de la religiosité, si l’homme n’a pas et garanti l’ensemble de ses dignités qui font de lui une humanité plurielle à partir de laquelle peut émerger la communauté de foi monothéiste qui rejette le Taghut sous ses formes d’idoles, de fétiches, de totems, de préjugés, d’immobilisme et d’aliénation qui le prive de ses dignités et de sa vertu. Le Prophète (saws) a posé l’équation en termes concis fermant la porte à toute spéculation religieuse, philosophique ou eschatologique sur le substrat de l’humanité qui donne l’islamité : « Les meilleurs d’entre vous dans la Jahiliya sont les meilleurs d’entre vous dans l’Islam s’ils font l’effort de connaitre leur religion (Taffakuh fi Dine) ». Il faut être un dépravé ou un polémiste pour penser que Mohamed (saws) par le terme – meilleur – ne visait pas ce qui donne à l’homme sa dignité, son respect, sa vertu et qu’il visait le pouvoir ou la richesse.

La seconde empreinte est la compétence de nommer : Comprendre, lire et désigner les choses, les concepts

L’homme est par excellence est un processus de quêtes, un ensemble de recherches, de demandes, d’aller à la découverte de ce qui fait l’homme dans son humanité et le libère de sa bestialité, de son animalité :

…et par l’être humain, et par Celui qui l’A Parfait, et lui A Donné son impudence et sa piété. A effectivement cultivé, celui qui l’a épurée ; et a effectivement perdu, celui qui l’a souillée. As Shams – v7

Dans le sens coranique la quête est une épreuve qu’Allah fait subir aux hommes pour les distinguer, les différencier en mérites sur le plan des intentions, des actes, de la morale, de la foi et des états spirituels en vue du Jugement dernier que sera un Jour de Rétribution :

Et Nous vous Éprouvons par le mal et par le bien : différenciation (des mérites). Al Anbiya – v35

L’homme, par son intelligence, sa capacité de parler, d’écrire et de lire, de fabriquer et d’utiliser des outils, est mû par plusieurs quêtes : Quête de Dieu, de liberté, de considération, de dignité, de savoir, de territoire, de pouvoir, de puissance, de justice, de vérité, de sens, de beauté, d’amour, de faire…

Pour exprimer ses attributs ontologiques, exercer ses capacités actantielles, tisser des relations sociales et interagir dans les relations économiques et politiques, il faut disposer d’un canevas idéique qui transporte les idées, qui configure les projets, qui exprime la volonté, le savoir, l’art de négocier et le sens. Ce sont les mots, quand ils ne sont pas bavardages futiles et diversion, qui sont les métiers à tisser des complexes de quêtes. Le langage est la voie de formation de l’intelligence et du remplissage des images mentales qui vont nourrir l’imaginaire, ce champ d’exploration mentale, et y laisser l’imagination chercher à former, déformer, assembler et désassembler pour construire des images qui ont du sens, qui sont innovatrices en matière d’idées et de projets de faire. La compétence originelle de l’homme et par conséquent la première et l’ultime quête de son existence est celle de pouvoir et savoir nommer pour désigner, exprimer, clarifier, préciser ses droits et ses devoirs, et éviter la confusion :

Et Il Apprit à Adam tous les noms, puis les Exposa aux Anges et Dit : « Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques ». Ils dirent : « Gloire à Toi! Nous ne connaissons que ce que Tu nous As Enseigné, Tu Es Toi L’ Omniscient, Le Sage ». Il Dit : « O Adam, informe-les de leurs noms ». Al Baqara – v31

La compétence de nommer nous la possédons tous car elle est le nécessaire dont avaient besoin Et Adam pour peupler leur solitude sur terre, se repérer, se rencontrer, peupler la terre, se déplacer, élaborer et réaliser les projets scientifiques, technologiques et techniques. Abandonné à sa solitude, l’homme se sent assailli d’un sentiment de vide cosmique. C’est sa façon de remplir ce vide qui déterminera le type de sa culture et de sa civilisation, c’est -à- dire tous les caractères internes et externes de sa vocation historique. Le Coran pour édifier notre compétence de nommer nous invite à lire les signes coraniques, les signes cosmiques et les signes historiques pour que la compétence de nommer soit un instrument de déploiement dans le territoire revisité par la mémoire et la pensée :

N’ont-ils donc pas été de par la terre, de sorte qu’ils aient des cœurs avec lesquels ils raisonnent ou des oreilles avec lesquelles ils entendent ? En fait, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce qui s’aveugle, ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines. Al Hajj – v44

Lire l’histoire pour être capable de distribuer le Bien en n’importe quel lieu, n’importe quel moment et partir en quête pour le chercher, le cultiver et le partager. C’est la vocation du Musulman dans sa compétence humaine de nommer. Il est important à la lumière de ce qui vient d’être dit jusqu’ici de souligner que l’œuvre, pour avoir un caractère islamique, n’a pas besoin de traiter exclusivement de l’Islam mais de traiter aussi de l’humanité et des quêtes de l’homme sous l’angle de l’éthique et de l’esthétique de l’Islam car sans humanité et sans territoire, il n’y a pas d’islamité. Il est encore une fois important de préciser que l’auteur musulman n’est pas confiné à ne parler que de l’Islam en tant que religion mais il doit parler de l’homme, de l’humanité, du monde, de la société en nommant leurs désirs, leurs tendances, leurs penchants, leurs contradictions.

La troisième empreinte est celle de l’exercice de la vocation de Khalife d’Allah.

Cette vocation de Khalife d’Allah sur terre consiste à mettre en action les talents et les facultés cognitives, psycho affectives, sociales sur le territoire (la terre et ses ressources assujetties à l’homme) pour s’y déployer en agent de peuplement, de civilisation, de réforme contre la corruption, et en résistant contre l’agression et l’effusion de sang sans droit ni justice. Pour mener cette vocation de Khalife, l’Homme, croyant ou non, est animé par des quêtes de liberté, de pouvoir, de puissance, de sens, d’appropriation, de jouissance, de considération, d’expression de sa compétence humaine de nommer et de manipuler les choses, les idées, les concepts, les technologies, les techniques et les savoirs…

Le Coran nous montre que le Croyant comme le Prophète ne peut se désister de son devoir de Khalife sur terre ni de l’humanité qui habite ce Khalife. Ce qui va le distinguer des autres est la finalité de son œuvre, l’espérance de la récompense, la vertu et le sens le plus raffiné et le plus noble des dignités humaines mises au service de la responsabilité individuelle (Masouliya) et de la responsabilité collective (Taklife).

Face à la corruption sur le territoire partagé, le Prophète face aux corrompus et à leur suiviste se met sur le plan de la foi mais aussi sur celui de l’humanité qui fédère la communauté plurielle car une concorde sur la justice et la paix laisse l’humain reconquérir ses dignités et reconstruire son islamité sur des bases saines loin du maraboutisme et de l’infantilisme. L’Islamité comme occupation du territoire avec le dessein d’adorer Allah et d’instaurer la justice sociale ne peut être en contradiction avec la vocation de l’humain qui est celle de se libérer, de se civiliser ou de réformer ce qui a été corrompu ou colonisé. Il ne s’agit pas d’aller contre l’humanité, la sienne ou celle des autres, mais de lutter contre la deshumanisation quelque soit la forme, hideuse ou enjolivée, de son visage ou de son discours ou de ses actes :

Invoquez votre Seigneur avec humilité et secrètement : Il n’Aime point les arrogants.

Et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée, et invoquez-Le par crainte et avec aspiration. Certes, la Miséricorde d’Allah est toute proche de ceux qui agissent au mieux. Al Aâraf – v57

Et aux Madian, leur frère Cho‘ayb. Il dit : « O mon peuple, adorez Allah, vous n’avez d’autre Dieu que Lui. Vous est parvenue une évidence de votre Seigneur. Acquittez donc les mesures et les poids, ne mésestimez pas aux gens leurs choses, et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée. Cela est mieux pour vous si vous êtes croyants. Et ne guettez point en tout chemin, menaçant et rebutant de la Cause d’Allah, quiconque croit en Lui, en la désirant tortueuse. Et rappelez-vous lorsque vous étiez peu nombreux et qu’Il vous accrut. Regardez quel ne fut le sort des corrupteurs ! Al Aâraf – v85

Et aux Thamùd, leur frère Saleh. Il dit : « O mon peuple, adorez Allah, vous n’avez d’autre Dieu que Lui. C’est Lui qui vous A Formés de la terre et vous y Installa pour la civiliser. Implorez-Le de vous Pardonner, ensuite, repentez-vous à Lui, car mon Seigneur Est Tout-Proche, Il Exauce. » Hùd – v61

Le Coran met en exergue «ذَ‌ٰلِكُمْ خَيْرٌۭ لَّكُمْ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ Cela est mieux pour vous si vous êtes croyants ». Le mieux est l’excellence du bien tant dans la conduite que le dessein du Musulman qui dépasse les faux clivages pour aller à l’essentiel de la bataille qui se déroule sur son territoire et son époque. Cette bataille n’est pas seulement religieuse et idéologique mais aussi et surtout politique, économique et sociale (éthique et esthétique de vie, de solidarité, de vivre ensemble harmonieux, de dignité, de liberté…). Cette excellence n’est pas en contradiction avec le fait religieux mais l’implique dans l’Islah du Prophète Cho’ayb (as) « Acquittez donc les mesures et les poids, ne mésestimez pas aux gens leurs choses, et ne corrompez pas de par la terre après qu’elle ait été civilisée ».

C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir un projet islamique sans grand projet non seulement politique et économique mais civilisationnel comme Cho’ayb l’appelle de sa force, de sa conviction, de son savoir éclairé par Allah loin des compromissions, des arrangements d’appareils et de la lutte politicienne :

Il dit : « O mon peuple, voyez-vous, si je tiens sur une évidence de mon Seigneur et qu’Il m’Ait Octroyé de Lui-même une bonne subsistance, je ne veux point faire le contraire de ce que je vous interdis. Je ne veux que la Réforme, autant que je peux. Ma réussite ne dépend que d’Allah. Je me fie entièrement à Lui, et c’est à Lui que je reviens. » Al Aâraf – v88

La quatrième empreinte est l’adoration d’Allah :

Et Je n’Ai Créé les djinns et les êtres humains que pour M’adorer. Je ne Veux d’eux nulle subsistance, et Je ne Veux point d’eux qu’ils Me nourrissent. Ad Dàriyàte – v56

Le caractère exclusif du verset « que pour M’adorer » suffit à témoigner que l’adoration d’Allah s’inscrit dans une dimension et un cadre sans limites. Il est impossible de fixer le contenu et les formes de l’adoration d’Allah. Les versets et les Hadiths sont tellement nombreux et les actes humains sont tellement multiples et divers que ni une bibliothèque ni une existence ne pourront énumérer ni les limiter. Les piliers fondamentaux de l’Islam portent l’édifice de l’adoration d’Allah et du service dans sa cause qui va du culte pur et monothéiste, à la libération de l’opprimé, à la civilisation de la terre en passant par la commanderie du bien et le blâme du répréhensible.

La Sourate Al Hajj évoque le pèlerinage, la prière et la zakat sous entendant la Chahada (Attestation de foi) et le Ramadan que le lecteur ajoute de lui-même par pratique du texte coranique et connaissance de la religion.

Le Coran se caractérise par l’ellipse qui donne au lecteur la liberté de construire le sens et qui entraine le lecteur à développer les mécanismes idéiques et imaginatifs pour faire des liens de sens au-delà de l’apparat ou du formalisme littéral car le projet coranique est un grand projet de libération et de civilisation qui repose sur l’homme libéré de l’aliénation, de la médiocrité, du prêt à penser, de l’inertie mentale, politique, sociale ou économique. Tous les énoncés coraniques sont à la fois allégorie, ellipses et mouvement dynamique qui transporte le Croyant dans le monde des idées, des actions positives et constructives sans atteinte à la cohérence, à la globalité et au réalisme à la fois du texte que du territoire dans lequel se meut le Musulman :

Et si Allah ne Faisait réagir les Hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah Est beaucoup Invoqué, ne seraient démolis ! Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj – v40

Il n’y a pas de place à l’attente messianique ni au comportement maraboutique ni à l’infantilisme qui conduisent un peuple ou un État, au Nom de la religion, à se désister de ses droits et de ses devoirs alors que leur Dieu leur demande de porter secours aux opprimés, de défendre les valeurs y compris celles des autres et des leurs quand ils sont persécutés ou visés par la prédation colonialiste.

La cinquième empreinte est le témoignage

Il s’agit de faire du territoire un lieu de conjugaison, une grammaire de la civilisation, mettant en harmonie et en interaction de synergie les mentalités collectives, des expériences historiques et des lieux aménagés, urbanisés, mis en valeur pour témoigner de ce qui fait l’Islam parachèvement du monothéisme : l’Honorificat de l’homme, le Khalifat de Dieu sur terre et l’adoration d’Allah, l’Un, l’Unique sans rival ni associé :

C’est Lui [Allah] qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci [le Coran] : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les Hommes. Al Hajj – v78

Comment témoigner de ce qui fait l’Islam : L’anagogie et l’empathie. L’anagogie est cet élan spirituel vers Dieu avec la conscience de porter l’universel ou d’en être au moins l’écho dans tous les registres ontologiques, sociaux, territoriaux, politiques, économiques et médiatiques. Il ne s’agit pas de se soumettre à l’hégémonie impérialiste ni au despote car l’anagogie est antagoniste avec la culture d’empire et le culte du Taghut ou de Satan qui avilit l’humain, sape la foi, corrompt le territoire de vie et interdit toute expression de témoignage vivant autre que l’apologie stérile et la polémique des hypocrites et des ignorants. L’empathie est cet élan noble et généreux vers l’humanité dans sa pluralité et sa diversité comme élan miséricordieux pour témoigner, dans son cœur, son esprit et son acte de la présence du Miséricordeur Miséricordieux qui a donné existence à ce territoire avec ses ressources, ses hommes, ses bénédictions. C’est aller contre Allah que de faire de ce territoire un lieu de malédiction, un espace de domination de Satan et du Taghut, une corruption généralisée.

Le témoignage n’est pas un luxe ou un privilège pour intellectuel ou écrivain ou concepteur ou hommes politiques mais un devoir pour chaque musulman qui doit participer par ses moyens à produire ce qui donne sens à témoigner, à le diffuser, à le cultiver, à le promouvoir et à le défendre. Le territoire tel que le définit la sourate al Hajj est le lieu de lutte contre l’oppresseur, lieu de prière et lieu de redistribution équitable de la zakat, c’est-à-dire du produit national réalisé par le travail et l’exploitation des ressources. Il n’y a pas de territoire (Makane) si comme le dit le Prophète (saws) il n’y a pas de production de sa nourriture, de son habillement, de ses outillages et de son armement. Il a même précisé qu’il n’y aucun bien à attendre d’un peuple qui se contente de suivre les troupeaux sans but, sans projet de civilisation.

Le musulman ne peut exercer sa vocation et ses missions, dont celle de témoigner, alors que son territoire est profané (najass) par les souillures du colonialisme. Il ne peut y avoir Tamkine sans la consolidation du pouvoir social, politique, économique, urbain, foncier, culturel, industriel, commercial, agraire et intellectuel dans un territoire. Il ne peut y avoir Tamkine si ce pouvoir est entre les mains du colonialisme, des corrompus, des médiocres et des vassaux de l’impérialisme :

Certes, quand les tyrans s’emparent d’une Cité, ils la corrompent et rendent avilis les nobles de ses habitants. C’est ce qu’ils font toujours. An Naml – v34

Après l’indépendance, nous étions dans la possibilité de reconquérir notre territoire dans le sens global et non comme terre ou flotte un drapeau et il est du devoir de chaque musulman de lutter pour une appropriation politique, économique et sociale la plus large de ses ressources nationales pour le profit du peuple et de tous les agents œuvrant dans la transparence, la probité et l’effort méritoire de libérer et de civiliser le territoire :

Et le butin qu’Allah leur A Enlevé pour Son Messager, vous n’avez précipité dessus ni chevaux, ni chameaux, mais Allah Donne pouvoir à Ses Messagers sur qui Il Veut. Allah Est Omnipuissant sur toute chose. Le butin qu’Allah A Enlevé aux gens des Cités, pour Son Messager, revient à la Cause d’Allah, au Messager, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni : afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous. Et ce que le Messager vous a donné, prenez-le, et ce qu’il vous a interdit, abstenez-vous-en, et prenez-garde à Allah, car Allah Punit sévèrement. Et (revient) aux émigrés pauvres, qui furent chassés de leurs demeures et de leurs biens, recherchant une Munificence d’Allah et un agrément, et font triompher la Cause d’Allah et Son Messager. Ceux-là sont les véridiques.

Et (revient) à ceux qui s’installèrent en la demeure et dans la foi, avant eux, qui aiment ceux qui émigrèrent auprès d’eux, et ne trouvent, en leurs cœurs, nulle envie pour ce qu’ils ont reçu, et les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils souffrent de pauvreté. Et quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là alors sont ceux qui cultivent. Et (revient) à ceux qui vinrent après eux, qui disent : « Notre Seigneur, Pardonne-nous ainsi que nos frères qui nous devancèrent dans la foi, et ne Laisse pas de rancune dans nos cœurs contre ceux qui sont devenus croyants, notre Seigneur, Tu Es Compatissant, Miséricordieux ». Al Hashr – v 6 à 10

Ces versets ne sont pas abrogés et nous interpellèrent chaque jour eu égard à la corruption des uns et à la paupérisation des autres. Ils nous interpelleront individuellement et collectivement, le Jour où chacun viendra nu rendre des comptes et tout son corps ainsi que son existence viendront comme des témoins contre lui car il n’a pas témoigné dans ce monde et n’a pas fait de son territoire un lieu de témoignage par la dignité, la vertu, la prospérité, la justice, l’équité, le scrupule inspirant aux autres le respect, la considération et non la prédation et l’humiliation.

Le Prophète a laissé un contenu inégalé en termes de justice sociale sur le territoire où vivent les Musulmans en position de pouvoir sur le territoire s’ils ne veulent pas perdre leur territoire et devenir esclaves ou assistés sur leur territoires et sur les territoires des autres :

« Les gens sont associés en quatre : L’eau, le feu, le sel et les pâturages »

Il ne faut pas être un Mufti des monarchies du Golfe ou le grand communicateur d’al Jazeera pour comprendre le terme « butin » des versets d’Al Hachr et les ressources stratégiques ou vitales de la nation dans le hadith. Il n’y a pas de territoire si le Musulman suit sa passion, son opinion ou les inspirations de Satan, des Hommes ou des Djinns au lieu de se conformer à l’esprit de l’islamité qui l’habite sinon à celui de l’humanité qui l’habite.

L’islamité c’est la territorialisation de l’Islam qui sort du cœur pour s’inscrire dans la cité des hommes et le temporel de son existence. La mondialisation et les visées impériales et sionistes rendent les territoires musulmans des proies que les Musulmans eux-mêmes facilitent par l’abandon de leur souveraineté, la médiocrité de leur pensée et l’inertie de leurs moyens politiques, économiques, communicationnels et éducatifs. Nous sommes mis face au devoir d’actualiser notre lecture coranique et de rendre notre lecture du monde réaliste, globale et dynamique pour donner sens et consistance à notre territoire sinon nous le perdrons sous forme de conquêtes coloniales ou de gaspillage de ses ressources naturelles, financières et humaines. Les Musulmans doivent être cohérents avec la réalité du monde, les principes et les méthodologies coraniques puis prendre position sans confusion ni fuite des responsabilités : Résister comme le dit l’énoncé coranique sur le Makane ou désister de leur vocation et de leurs droits territoriaux et ainsi faire des concessions de plus en plus brutales qui vont non seulement toucher leur Makane mais toucher à l’avenir de leurs enfants et à la religion de leurs parents.

Les cinq maitres du Territoire (Makane)

Est-ce qu’après 15 siècles d’islamité nous avons encore besoin de Fatwas pour nous expliquer l’évidence du Coran et les luttes qu’ont mené les Anciens pour briser l’étroitesse du lieu et l’injustice des hommes et les ouvrir à la dignité de l’homme et à la grandeur de l’Islam ? Non ! Nous avons les fondamentaux de l’Islam qui sont des invariants. Avec ces fondamentaux nous devons cultiver notre être ontologique, social et notre territoire en actualisant nos connaissances et en mobilisant nos compétences.

La maitrise du territoire

Quand la Salat est terminée, déployez-vous de par la terre et recherchez de la Munificence d’Allah, et invoquez souvent le Nom d’Allah, afin que vous cultiviez. Al Jumu’a – v10

Nous sommes ordonnés de nous déployer sur notre territoire comme des agents économiques libres et entreprenants recherchant les Bienfaits d’Allah qu’Il a déposé dans les ressources de notre sol, les efforts de nos hommes. Il ne s’agit pas de vivre comme des rentiers, des experts en corruption, des cupides vivant du Riba déguisé en Halal ou en parasite s’enrichissant dans le marché noir et l’économie informelle qu’un système corrompu entretient pour ne pas aborder les questions des libertés et celles de la gestion du territoire et de ses ressources.

C’est en nous déployons sur notre territoire et en comptant sur Allah que nous pouvons alors espérer le Falah. Compter sur Allah ne signifie par être bigot mais agir libéré de la peur du Taghut et de la servitude à ce qui n’est pas Dieu et tout particulièrement à l’État déliquescent et ses maitres sionistes et impérialistes qui l’avilissent et le volent comme l’Idole de la Jahiliya humiliait les idées, confisquait la dignité et poussait à la perversion morale et sociale pour vivre comme des minus habens errant sans but, en marge de l’histoire des hommes.

Le Falah coranique n’est pas le succès mondain ou la réussite sociale éphémère que l’Islam ne prohibe pas si elles sont méritée et licites. Le Falah c’est la culture au sens propre et allégorique : Cultiver son esprit, sa foi, son efficacité sociale, son territoire, sa liberté, sa dignité, sa vertu, sa prospérité économique, son progrès social, son développement scientifique et technologique, les générations montantes, les droits des pauvres, les devoirs des compétents, l’avenir, l’espérance et l’attente de la Promesse divine dans l’au-delà.

Il ne peut y avoir déploiement dans le territoire et culture du territoire et de ses habitants sans l’émergence des maitres de la territorialisation :

La maitrise d’ouvrage

Il y a trois maitres d’ouvrages principaux : l’État, l’agent économique et la société civile qui investissent et s’approprient une œuvre, qui témoignent de leur présentiel temporel et territorial. Il ne peut y avoir maîtrise d’ouvrage sans légitimité. La légitimité se fait par la reconnaissance de l’autorité ou de la propriété qui a le pouvoir et la capacité de faire faire une œuvre, un témoignage, un acte. Quand le citoyen qui donne légitimité est absent ou occulté, il n’y a pas de maitrise d’ouvrage mais népotisme, gaspillage, gabegie, incurie, passe droits, privilèges, non droit et promotion de la médiocrité et de la corruption.

Sans légitimité, sans représentativité et sans droit, le maître d’ouvrage peut imposer sa légalité par le rapport de force, le rapport de corruption et le rapport de clientélisme. Mais il ne peut en aucun cas accomplir ce que ne peut se faire que dans la transparence, le droit et la légitimité. Ainsi :

  • Il va travailler sans contrat et imposer ses conditions sans négocier ni définir le terme du contrat lié à l’œuvre ni ses droits et ses obligations ainsi que ceux de ses partenaires.
  • Il va se démettre de ses obligations contractuelles.
  • Il va agir sans programme, sans calendrier, sans gouvernail, sans cap ni boussole ni consultation avec des partenaires qui ne peuvent exister car lui-même n’existe pas.
  • Il va être incapable de définir les besoins, leur priorité et encore moins les entités exprimant les besoins, ni celles portant les projets de satisfaction de ses besoins. Il va jouir de son pouvoir et de sa propriété illégitime sans partage de jouissance, de droit et d’intérêt avec ceux de l’utilisateur final de l’ouvrage qu’il ne connait pas et ne rencontre pas.
  • Sans légitimité donc sans normes et sans stabilité, il va cultiver la culture d’allégeance au lieu de celle de la maitrise d’ouvrage qui exige de s’entourer des compétences, juridiques, diplomatiques, économiques, politiques et géostratégiques.
  • Il va être dans l’incompétence totale de maitriser ses budgets et ses dépenses ni de les allouer convenablement.
  • Il sera dans l’incapacité morale, technique, administrative d’effectuer les opérations de recettes d’un ouvrage c’est-à-dire le réceptionner dans les délais, les prix et la qualité.
  • Ignorant tout du métier de maitre d’ouvrage, il va manquer à son devoir de garantir ou de se doter de compétences d’expertises, de garanties et de contrôle.
  • N’étant ni autorité ni propriétaire légitime, il sera dans l’incapacité d’assurer l’entretien, la rénovation, la restauration, la modernisation, la réhabilitation, la restructuration de ses ouvrages usés ou obsolètes. Il sera donc sémantiquement incapable de mener des réformes ou de conduire des projets de salut public.

Dans le schéma de représentation coranique il sera dans ces deux images :

Incapable de conduire des réformes :

Il est parmi les Hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et s’il se détourne, il s’évertue de par la terre pour y corrompre, détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption. Et si on lui dit : « Prends garde à Allah », il est pris d’orgueil par sa coulpe. Que la Géhenne lui suffise donc, et quelles piètres couches ! Al Baqara – v204

Les exemples concrets : Les Chantiers de l’Algérie, ses marchés en main, ses clés en mains, ses produits en main, ses chèques aux étrangers qui rédigent les contrats, les feuilles de route. L’Algérien paye et signe et exécute ensuite très mal, même en vendant son pays il le vend mal au point que les acheteurs ne parviennent pas à comprendre comment avec 200 milliards et une manne céleste, les Algériens sont tous des Haragas en puissance.

Ennemi de tout réformateur :

Et Nous avons Envoyé, en fait, aux Thamùd leur frère Salah : « Adorez Allah ». Mais les voilà deux groupes qui se disputent. Il dit : « O mes gens ! Pourquoi vous hâtez-vous dans la mauvaise action avant la bonne action. Que n’implorez-vous Allah de vous Pardonner, puissiez-vous bénéficier de Miséricorde ? » Ils dirent : « Nous t’accusons de mauvais augure, toi et ceux qui sont avec toi ». Il dit : « Votre mauvais augure est auprès d’Allah. Plutôt, vous êtes des gens qui succombent à la tentation ». Et il y avait dans la ville un groupe de neuf qui corrompaient de par la terre et n’amendaient point. Ils dirent : « Jurez par Allah de le tuer la nuit, lui et sa famille, ensuite nous dirons sûrement à son protecteur : “ Nous n’avons point vu le meurtre de sa famille, et nous sommes vraiment véridiques” ». Et ils ont élaboré une redoutable ruse, et Nous Avons Planifié un irrévocable stratagème sans qu’ils ne se rendent compte. An Naml 45 à 50

La maitrise d’usage

L’ouvrage, la réalisation, l’usine, la route, la nouvelle ville et même l’État, au niveau central ou communal, sont en principe destinés à un usage, à un utilisateur. Quand la maîtrise d’ouvrage n’est ni à l’origine de la conception ni en fin de réception l’expression des intérêts ou des besoins de l’utilisateur final de l’ouvrage où va exister la maitrise d’usage. Le maitre d’usage a pour vocation de témoigner son acceptation, manifester ses préoccupations, exprimer ses besoins, participer à la décision qui concerne sa compétence à utiliser.

Dépossédé de sa citoyenneté, il ne va ni participer à la définition de l’ouvrage ni à son utilisation rationnelle. Il va vivre comme un indu occupant sur d’autres espaces et d’autres ouvrages ou comme un vandale détruisant les ouvrages non conformes à ses besoins et pour lesquels ils ne retrouvent ni son âme, ni sa culture, ni son souci, ni son avenir. Il va zapper tout simplement le jour où on le convoque à renouveler son allégeance ou à applaudir pour témoigner devant la caméra de sa satisfaction d’utilisateur sur qui on a commis un déni de droit, un dol commercial, un fardage marketing, une imposture politique.

Le système de reconnaissance qui fonde la légitimité et qui donne à l’un le titre de maitre d’ouvrage et à l’autre le titre de maitre d’usage quand il est obsolète ou inexistant, l’usager n’est pas maitre d’usage mais esclave ou aliéné ou dépossédé de son droit de maitrise par la dépossession de son droit d’expression, de ses libertés, de ses dignités… La maitrise d’usage est indissociable de l’exercice de l’usager, associé à la décision de la maitrise d’œuvre en exerçant lui-même la souveraineté nationale par l’exercice responsable de la politique, de l’économique, de la culture, de l’information, du contrôle des ressources nationales. Tant que le citoyen n’est restitué dans ses droits et ses devoirs, il n’y aura pas de maitrise d’usage ni de maitrise d’ouvrage mais des antagonismes, des révoltes, des émeutes, de la corruption, de la résistance passive où chacun fait semblant d’être maitre de son territoire et pendant ce temps les conquérants prédateurs préparent tout le monde à entrer dans la préhistoire ou à devenir exilé dans son territoire où la seule culture est celle de la « préférence étrangère ».

Dépossédé de sa mémoire collective, de son histoire, de sa religion, instrumentalisées pour donner légitimité à une maitrise d’ouvrage illégitime, l’Algérien va non seulement ne pas exercer son droit et son devoir de maitre d’usage mais il va, par un processus psycho social, se retourner contre son histoire, son identité, son appartenance civilisationnelle et la compréhension saine de sa religion. Il va fuir dans le sensationnel, l’explication eschatologique de l’histoire, l’inertie des bigots et le mysticisme du néant que les successeurs interminables depuis Abou Faracha jusqu’à Sidi Abdelakader Boutef ont cultivés depuis 1992 pour fabriquer la machine à abrutir, à berner et à leurrer, faisant plus de dégâts que les éradicateurs ou les escadrons de la mort. En effet, le mort est auprès du Miséricordeur implorant Sa Miséricorde mais le vivant gangréné par la mythologie et le délire est un agent mortifère, un assassin de la personnalité, un négateur du territoire, et un ignorant en terme de maitrise d’ouvrage ou d’usage car il vit dans un monde d’illusionnistes sans responsabilité ni ouvrage ni utilisateur.

Le peuple ne peut indéfiniment voir son territoire confisqué et son devoir de maitrise d’usage nié. Il va irrévocablement trouver une solution pacifique ou violente mais il ne peut rester dans cette situation d’inertie qui le place ainsi que nous tous dans la situation de défaillants :

Certes, ceux qui se font injustice à eux-mêmes, les Anges leur disent en les rappelant : « Où en étiez-vous ! ». Ils dirent : « Nous étions des opprimés de par la terre ». Ils disent : « La terre d’Allah n’était-elle pas vaste pour que vous y émigriez ? ». Ceux-là alors leur refuge sera la Géhenne, vil destin ! Sauf les opprimés de parmi les hommes, les femmes et les enfants à court de moyens, et qui ne trouvent pas de voie. An Nissa – v97

Chacun de nous doit transcender ses peurs, son insouciance et ses divergences doctrinales ou politiques et prendre par la main, tôt et par nous-mêmes, le changement qui tarde à venir. Le Prophète (saws) nous a laissé face à nos responsabilités « L’image de celui qui ne reconnaît pas les interdits de Dieu et cherche à les abolir et l’image de celui qui les transgresse est celle d’un groupe de gens qui ont tiré au sort pour donner à chacun d’eux sa place dans un bateau. A certains revint le pont et à d’autres la cale. Ceux qui logeaient dans la cale étaient obligés de passer par le pont pour puiser l’eau (de la rivière). Ils dirent : « Si nous faisions un trou dans la partie qui nous revient, nous cesserons de déranger ceux qui sont au dessus de nous ». S’ils les laissaient réaliser ce désir, c’est leur perte à tous ; et s’ils les en empêchent, c’est leur salut à eux et à tous ».

Il s’agit de se prendre en charge avec responsabilité et ne pas faire l’erreur libyenne de s’engager sous un étendard de confusion qui fait triompher les causes des autres au détriment de nos intérêts stratégiques et de nos valeurs religieuses. Si nous manquons de lucidité et si nous tolérons de confier notre destin à d’autres, nous aurions trahi Allah et Son Prophète. Si nous devons faire tomber les criminels, nous le ferons mais avec nos moyens et pour nos intérêts.

Ce serait dramatique que nous versions notre sang, notre sueur et nos larmes pour d’autres tyrans, d’autres vassaux ou pour leurs maitres qui vont une fois de plus mal exercer la maitrise d’ouvrage et nous interdire d’exercer notre maitrise d’usage en faisant de notre territoire une vitrine de ce qu’on appelle le modernisme et qui peut fasciner à première vue. L’Algérie et les Algériens méritent mieux, par leur révolution et par leur jeunesse, que des villes spectacles de type Dubaï ou Las Vegas : Ils méritent de prendre en main leur territoire par eux-mêmes. A cet effet ils doivent être vigilants contre les chants de sirène de l’impérialisme et de ses marabouts, les mêmes qui ont servi le colonialisme français et qui sont prêts à servir n’importe quel maître pourvu qu’ils aient pitance de chien et comportement de pervers sous un habillage de dévots :

Et craignez une sédition qui n’atteindrait pas particulièrement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah Punit sévèrement. Et rappelez-vous lorsque vous étiez peu nombreux, opprimés de par la terre, redoutant que les Hommes ne vous arrachent, alors Il vous A Abrités, vous A Soutenus de Sa victoire et vous A Octroyé de bonnes subsistances, pour que vous deveniez reconnaissants. O vous qui êtes devenus croyants, ne trahissez point Allah et le Messager et ne trahissez pas ce qu’on vous a confié, tout en le sachant. Al Anfal – v24 à 27

La maitrise d’œuvre

Quand le maitre d’ouvrage est défaillent, absent ou illégitime et quand en face le maitre d’usage est occulté dans son existence et dans l’exercice de ses droits peut-on parler d’un maitre d’œuvre qui agit à la fois selon le cahier de charges fixé par le maitre d’ouvrage et les besoins du maitre d’usage dont il est logiquement chargé de concevoir, de planifier, de superviser la réalisation des ouvrages ? Non ! Sans une passerelle de concertation et de consultation entre la maitrise d’ouvrage, la maitrise d’œuvre et la maitrise d’usage, nous ne sommes pas en gestion de projet mais en administration de dossiers qui finissent par des appels d’offres à l’Étranger qui impose ses choix et ses prix.

Dans un système clientéliste et fondé sur l’illusion du paraitre, l’intelligence est cooptation et non compétence. Impossible dans ces conditions de créer ou de gérer un ouvrage national, une industrie nationale, une agriculture de subsistance, des logements conformes à notre éthique et à nos traditions. Il n’y a pas de bureau d’études car toutes les conditions en amont (l’éducation, l’enseignement, les finances et la justice) et les conditions en aval (les crises de confiance dans les marchés, les métiers, les usagers et les utilisateurs) sont rédhibitoires. Les compétences ont fuit et celles qui restent sont mise en concurrence dans un échange inégal et immoral : La corruption intérieure et la préférence à l’étranger.

Tous ces éléments font que la maitrise d’ouvrage est en déliquescence comme les magiciens de Pharaon avec l’esprit mercantile et la posture de courtisan devant un système de corruption :

Les magiciens vinrent à Pharaon. Ils dirent : « Aurons-Nous sûrement une rémunération si nous sommes, nous, les gagnants ? » Il dit : « Oui, et vous serez du nombre des rapprochés. » Al A’âraf – v114

Le maitre d’œuvre est une déontologie envers le maitre d’usage et le maitre d’ouvrage, des règles de l’art qui exigent d’être au fait des derniers savoirs et des derniers savoirs faire, mais aussi un talent de créativité. Il est impossible par l’expérience historique du colonialisme ou du despotisme de voir cohabiter l’oppression avec la créativité. La créativité repose sur une imagination sans limite et un stock d’images mentales belles et nouvelles. Un système médiocre et laid ne peut donner naissance à de l’intelligence vive qui produit des belles idées, de beaux comportements, de beaux projets, de beaux ouvrages. Il faut vivre dans un environnement qui produit de la beauté ou de la douleur qui attend l’espérance venant du ciel pour s’inscrire dans la Transcendance et devenir créatif, imaginatif, noble et généreux. Il faut aimer son territoire et ses habitants pour que l’amour se transforme en idées belles et que la production du beau devienne aimable à un maitre d’ouvrage légitime et à un maitre d’usage reconnaissant et participatif.

La vision bureaucratique conjuguée au schéma courtisan et corrupteur du maitre d’ouvrage et au laisser-aller et au laisser-faire du maitre d’usage ne produisent pas une logique de conception et de créativité mais une logique d’appareil et d’organes administratifs statiques. La conception et l’ingénierie sont des process, des schémas à la fois globaux, abstraits et dynamiques tout en collant à la réalité du territoire et tout en exigeant la mise en réseau de processus agissant en synergie entre eux et en symbiose avec l’environnement. Où est la liberté et la reconnaissance qui donnent talent et légitimité à l’acte créatif ?

Dans l’acte créatif il y a la compétence symbolique de tisser du lien social, historique et civilisationnel dans un territoire pour le rendre mieux vivable, plus facile à cultiver dans le sens de Falah. Cette compétence ne peut s’exprimer dans ce qui fait l’homme, la compétence de nommer dans une langue et non dans un dialecte. Cette compétence ne peut s’exprimer sans le cadre imaginatif qui s’appuie sur la mémoire collective, les liaisons culturelles et socio-historiques et tout ce qui participe à la grammaire de la civilisation et à la conjugaison des compétences. La compétence ne peut s’exprimer sans le respect de cette loi universelle qui donne à chacun le droit de quêter dignement la considération et attendre la récompense méritée de son travail :

Dis : « Agissez, Allah Verra sûrement votre œuvre, ainsi que Son Messager et les croyants. At Tawbah – v105

A chacun, des degrés de ce qu’ils ont fait. Ton Seigneur n’Est point Inattentif à ce qu’ils font. Al An’âme – v132

Ces deux versets non seulement autorisent et recommandent l’instauration d’un système légitime de reconnaissance et de sanctions ou de récompenses mais rappellent la conscience et les scrupules qui doivent guider toute idée et tout projet car Allah est le Regard attentif et vigilant que ne surprend ni somnolence ni distraction ni dissipation. Ce regard est aussi celui de la conscience sociale et politique des citoyens qui sanctionnent par la reconnaissance de l’œuvre et de son maitre d’œuvre, faudrait-il encore que le citoyen existe par son exercice politique et économique qui peut faire ou défaire une renommée, un prestige, une fortune. Faudrait-il que ce citoyen existe par son sens esthétique qui suppose un système éducatif performant, un référentiel de valeurs identifié par tous comme étant la norme, et un sens du témoignage en agissant dans la mise en valeur et la protection de ce territoire qui est la cadre d’expansion du talent et des intelligences destinés à le façonner, à la reconfigurer selon l’harmonie et la concorde.

Si le système ne permet que l’émergence des courtisans, des corrompus sans désir de s’inscrire comme des témoins mais aussi comme des actants éducateurs, libérateurs et civilisateurs au service du territoire et de ses habitants alors ce sont les arrogants qui s’installent et instaurent leur valeurs d’opportunistes et de courtisans qui donne pérennité à la médiocrité et la déliquescence du territoire dans sa formulation de maitre d’ouvrage, de maitre d’usage et de maitre d’œuvre :

… ceux dont l’œuvre s’est fourvoyée dans la vie terrestre, et eux pensent qu’ils font le meilleur. Al Kahf – v104

La maitrise d’exécution

Avec un système où les maitres d’ouvrage, d’usage et d’œuvre sont sans prérogatives et sans implication dans le territoire avec des vocations et des exercices responsables de leurs droits et de leurs devoirs dans des espaces contractuels, il ne peut y avoir de maitres d’exécution au sens de respect des règles de l’art, de la déontologie. Il ne peut y avoir que corruption, cupidité, fraudes, bricolage et comme toujours le recours à l’Étranger ou à des chantiers titanesques confiés à des minables qui au nom de la maitrise d’exécution font de l’import et de la revente sur le marché parallèle. Les plus honnêtes sont en situation de faillite ou de reconversion en épiciers.

La maitrise d’expertise, de contrôle, de normalisation et de certification.

Cette méta-maitrise qui peut se trouver sous la forme d’un conseil constitutionnel ou sous la forme d’un contrôle technique de la construction ou d’un expert comptable ou d’un notaire n’est pas viable quand les quatre maitrises qui la sous tendent sont absentes pour lui donner légitimité et surtout la compétence d’être et de faire en matière d’arbitrage, d’homologation, de validation, tant dans l’ouvrage que dans les agents y intervenant. Cette compétence est complexe et sensible car elle est le fruit de l’accumulation des savoirs et des savoirs-faires tant dans chacune des maitrises que dans les rapports qu’entretiennent les différents maitres d’ouvrage, d’œuvre, d’usage et d’exécution.

Un système bureaucratique ou un esprit naïf pourrait se contenter du trompe-l’œil du diplôme – nécessaire mais insuffisant-. Il s’agit de trois compétences qui vont se sédimenter dans le temps et dans le territoire pour témoigner de la méta-compétence. La compétence théorique des savoirs, ; la compétence praticienne des savoirs faire ; et la compétence organisationnelle, communicationnelle et informationnelle des liens institutionnels, des exercices de pouvoir et d’autorité entre les quatre maitrises de compétences qui se déploient dans le territoire sous la supervision et le contrôle formel et parfois informel de la maitrise d’expertise, de contrôle, de normalisation et de certification.

Cette méta-maitrise touche l’ensemble des registres y compris le registre religieux. Il est inadmissible que les Musulmans disposant d’une religion aussi vraie, organisée, rationnelle et saine comme l’Islam puisse tolérer que n’importe qui lance des Fatwas sans consultation ni concertation ni représentativité tant de ses pairs que de la communauté de croyants. Cela n’est possible que si les croyants s’approprient leur religion et la connaissent davantage pour promouvoir une élite religieuse issue d’eux, ayant leurs soucis, portant en leur nom et exprimant leurs intérêts.

Quand le territoire est configuré par ces cinq compétences, quand l’habitant du territoire porte la vocation du Khalifat et de l’Honorificat, alors la communauté de musulmans citoyens peut disposer d’une vision géostratégique, d’une compétence d’anticipation et d’une gouvernance sensée.

« Si les affaires ne sont pas confiées à leurs ayants droits alors qu’ils attendent l’Heure (la fin de leur existence, de leur territoire, de leur civilisation, de leur monde) » Hadith

Mais si nous parvenons à conjuguer avec intelligence et efficacité les cinq pilliers de l’Islam et les cinq maitres de l’aménagement du Territoire et de l’Etat (Tamkine) nous seront non seulement sauvés mais nous aurions gagné les deux mondes.

L’appropriation du Territoire et l’exercice des 5 maitrises

Si nous reprenons l’énoncé de base nous voyons au moins 5 axes de travail collectif :

Et si Allah ne Faisait réagir les Hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah Est beaucoup Invoqué, ne seraient démolis ! Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible. Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj – v40

Le premier axe est la résistance

La résistance par la Sunna du Dafa’â « faire réagir les Hommes les uns par les autres » comme le spécifie le verset coranique du Tamkine et l’allusion à la Salat qui exige l’endurance et l’alliance des Musulmans et non leur subordination aux intérêts des corrompus, des colonisateurs

O vous qui êtes devenus croyants, ayez recours à la persévérance et à la prière. Certes, Allah est avec les persévérants. Al Baqara – v153

 

Le second axe est la culture de la vertu et de la dignité

La Salat et la Zakat ne sont pas des formalités de bigots mais occupation du territorial selon des normes éthiques et des programmes cohérents et efficaces pour instaurer la justice sociale sans laquelle la dignité n’a pas de sens et la fraternité islamique reste juste un slogan.

La bonne foi ne consiste pas à tourner vos visages vers le levant et le ponant. Mais la bonne foi désigne: celui qui croit en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux Prophètes; et qui donne de son bien – malgré l’amour qu’il lui porte – à ceux qui sont proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni, aux nécessiteux et pour l’affranchissement des captifs; qui accomplit la prière, s’acquitte de la Zakat; et ceux qui tiennent parole s’ils promettent ; et les persévérants lors du malheur et de l’adversité, et au moment du mal de la guerre. Ceux-là sont ceux qui ont été véridiques et ceux-là sont les pieux. Al Baqara – v177

Le troisième axe est l’unité

C’est un devoir de faire converger toutes les forces vives et saines sous un programme unificateur, fédérateur qui place le curseur du clivage idéologique sur les exigences qu’imposent le temps, le lieu et les circonstances, sans confusion ni fausse divergence. Dans les moments difficiles, les hommes sincères doivent mettre l’esprit partisan et les lignes idéologiques de divergences de côté et trouver un dénominateur commun pour défendre leur territoire ou l’aménager ou mettre en vie les maitrises de son aménagement :

Les croyants et les croyantes sont protecteurs les uns des autres. Ils commandent le convenable et interdisent le répréhensible, accomplissent la prière, s’acquittent de la Zakat, obéissent à Allah et à Son Messager. Ceux-là, Allah leur Fera Miséricorde. Certes, Allah Est Invincible, Sage. At Tawbah – v71

Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences. Ceux-là auront un immense châtiment. Al Maidah – v105

Le quatrième axe est l’exercice économique

Tous les versets que nous venons de citer s’articulent autour de la Salat et de la Zakat. La Zakat est bien entendu le droit du pauvre, du nécessiteux et du besogneux, du privé de liberté, du failli, du voyageur, du fonctionnaire participant à sa collecte et à sa redistribution. Il ne s’agit pas de la charité chrétienne mais d’une incitation à produire la richesse et à la redistribuer équitablement pour assurer sur des bases socio-économique la justice, l’égalité, la dignité, la liberté et la mise en dynamique de l’ensemble de la société. Cette position qui consiste à supporter un régime despotique ou à tolérer la présence étrangère tout en apportant des aides alimentaires ou à distribuer la Zakat des nantis, des rentiers, des corrompus et de ceux qui ont spolié et confisqué les richesses nationales est une attitude maladive, une posture hypocrite. L’Islam n’a pas institué la Zakat pour rendre la pauvreté une et le chômage fatalité.

Ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah, puis ne font pas suivre ce qu’ils dépensèrent de vantardise, ni de nuisance, auront leur rémunération auprès de leur Seigneur. Nulle crainte pour eux et ils ne seront point affligés. Un dire convenable et un pardon sont meilleurs qu’une aumône suivie de nuisance. Allah s’en Passe, Il Est Longanime. O vous qui êtes devenus croyants, n’annihilez pas vos aumônes par la vantardise et la nuisance, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les Hommes, et qui ne croit ni en Allah ni au Jour Dernier. Son exemple est comme l’exemple d’un rocher couvert de poussière, qu’une averse frappa et laissa tout aride. Ils n’ont aucune prise sur ce qu’ils ont acquis, et Allah ne Guide point les gens mécréants. L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens désirant l’agrément d’Allah et l’affermissement de leurs âmes est comme l’exemple d’un jardin sur une colline : l’averse l’atteint-il, sa production est deux fois plus grande. Et s’il n’est pas atteint par l’averse, il le sera par la bruine. Allah est Omnivoyant ce que vous faites. Al Baqara – v261 à 264

L’exercice libre et souverain du peuple suppose donc l’appropriation, l’usage et la jouissance des ressources du Territoire ainsi que la mise à sa disponibilité de toutes les facilitations juridiques, commerciales, économiques, institutionnelles, organisationnelles, technologiques et financières. Ce sont ces garanties de l’exercice économique du peuple sur son territoire qui vont assurer l’indépendance nationale et de la promotion d’un peuple qui dispose entre ses mains des facteurs de la dignité et des moyens du témoignage.

L’exercice économique orienté vers le monopole des privilégiés est banni dans l’Islam :

…afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous Al Hashr – v7

La nature et le mode d’exercice de l’exercice économique façonne un territoire et ses mentalités collectives. S’il est exercé par les oligarques et l’économie informelle excluant le peuple de son territoire et le privant de la satisfaction de ses besoins primaires nous avons le schéma actuel de l’Algérie :

… quand le mal le touche, il est affolé, et quand le bien le touche, il devient avare Al Ma’àrij – v21

Quand le peuple est souverain sur son territoire avec une conscience morale, sociale et religieuse il devient mohammadien au sens où l’économique est au service de sa prospérité sociale mais aussi de sa résistance contre l’oppression. La conscience économique d’un peuple résistant est dans la culture du don car l’offre de surplus économique est préférable à l’assistanat et à la mendicité que donne la rente ou l’aide étrangère. Cette conscience sociale ne cherche pas à acquérir mais à donner au point que le Coran les a immortalisés comme modèle de comportement lorsque l’adversité n’est pas en leur faveur pour qu’il puisse donner car ils considèrent que le don est un devoir alors les autres considèrent que prendre indument est un droit :

Nulle faute n’incombe aux faibles, ni aux malades ni à ceux qui ne trouvent de quoi dépenser, s’ils donnent conseils pour l’amour d’Allah et de Son Messager. Aucun blâme n’incombe à ceux qui font le meilleur. Allah Est Pardonneur, Miséricordieux. Ni pour ceux qui, quand ils vinrent te demander montures, tu dis : « Je n’ai de montures à vous donner », et ils s’écartèrent les yeux débordants de larmes, par affliction, de n’avoir pas de quoi dépenser. Le blâme n’incombe qu’à ceux qui te demandèrent dispense alors qu’ils sont riches. Ils se contentèrent d’être avec les défaillants et Allah A Scellé leurs cœurs, c’est pourquoi ils ne savent point. At Tawbah – v91

Il ne peut y avoir humanité ni islamité ni algérianité si les ressources stratégiques sont dilapidées ou confiées en concessions coloniales aux Etrangers pour ne rien laisser aux générations futures. Il ne peut y avoir de légitimité quand une gouvernance thésaurise le capital de la nation sous forme occulte sans garantie de retour. Allah a exigé que la ressource stratégique soit gérée dans un esprit de coopération intergénérationnelle au moment où Madinah se constituait comme Etat embryonnaire mais souverain. Il a ordonné de faire du premier revenu (Al Anfal) pris à l’ennemi mis en déroute à Badr une leçon pour toutes les générations de Musulmans qui se suivent, l’une léguant à l’autre le capital de ses efforts :

Et (revient) à ceux qui vinrent après eux, qui disent : « Notre Seigneur, Pardonne-nous ainsi que nos frères qui nous devancèrent dans la foi, et ne Laisse pas de rancune dans nos cœurs contre ceux qui sont devenus croyants, notre Seigneur, Tu Es Compatissant, Miséricordieux ». Al Anfal – v10

L’Algérien est mis face à des solutions « séduisantes » de crédit et de banques « islamiques » pour développer le consumérisme capitaliste sur la base du crédit et du fétichisme des choses au détriment de la dignité humaine, du travail, de l’investissement productif et de l’efficacité sociale. Ce n’est qu’en reprenenant en main l’exercice de l’économique qu’il peut refonder le système de production des richesses, de leur échange et de leur consommation. Notre Prophète (saws) en arrivant à Médine avait face à lui les puissances impériales qui l’encerclaient mais aucune possibilité de developpement et de liberté : Les finances, le foncier, le marché, l’industrie, l’armement, l’immobilier n’étaient pas aux mains des Musulmans qui venaient de plus en nombreux de la Mecque sans bien, sans métier et sans toit. Les acte symboliques après la construction de la mosquée et de l’asile pour les pauvres sont : La construction des écoles, le démantèlement de tous les monopoles, l’ouverture de grands chantiers à Médine conduits par des Musulmans. Il a transformé l’opprimé en civilisateur libérateur. De tout ses gestes sublimes, l’histoire retient celui où il s’inclina et embrassa la main calleuse d’un travailleur agraire : L’Islam honore le travail. Ce ne sont pas les fausses banques islamiques qui recyclent les pétrodollars dont a besoin l’Algérie mais des agences d’investissements s’appuyant sur une modernisation des finances et de l’économie libérées du Riba et des pratiques ribawi contre lesquels Allah a déclaré la guerre.

Le cinquième axe est l’exercice politique :

Si l’économique est l’enjeu réel, le politique compris comme œuvrer pour l’intérêt public est le plus déterminant car il va organiser les pouvoirs sinon mener la lutte pour que la résistance contre la dictature politique, économique et étrangère soit mobilisée et efficace. Nous voyons par exemple sur le plan économique comment le Coran a placé le politique pour que l’économique ne soit pas confisqué par les nantis et les opulents :

…afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous Al Hashr – v7

Et si Nous Voulons Faire périr une Cité, Nous accordons le pouvoir à ses opulents : ils s’y livrent à la perversité. Alors le châtiment lui incombe. Al Isra – v16

Sans exercice politique, le peuple ne peut donc s’approprier son territoire ni participer en tant que maitre d’usage et encore moins fournir des élus et des compétences pour conduire la maitrise d’ouvrage, la maitrise d’œuvre, la maitrise d’exécution et la maitrise d’expertise. Il restera juridiquement, économiquement et politiquement un incapable, un marginal. Comme les versets le montre, la lutte politique va arracher la confiscation des richesses par les parasites et les opulents et moraliser la vie sociale, politique, culturelle, communicationnelle, informationnelle, médiatique, commerciale et institutionnelle. La moralisation n’est pas un discours bigot moralisateur mais des praxis politiques, sociales et économiques où le peuple exerce sa souveraineté par la participation, par le contrôle et par sa reconnaissance qui donne légitimité ou rend illégitime un pouvoir, une propriété. C’est par l’exercice politique que le peuple va former sa conscience sociale et politique qui fera de lui le regard qui approuve ou désapprouve, encourage ou interdit telle pratique et tel comportement selon la conformité ou non à ses valeurs, à ses coutumes, à ses lois…

Revenons au verset sur lequel nous avons construit notre exposé sur les cinq maitres, les cinq piliers, les cinq exercices de souveraineté et d’aménagement sur le Territoire (Makane) sur lesquels se fondent la planification et la programmation urbaine, industrielle, agricole, technologique et scientifique :

Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses. Al Hajj – v40

Ce verset, qui définit la vocation du Musulman sur son territoire, a présenté, évoqué la Salat car elle est la quintessence de l’Islam, la moralisation ontologique et sociale qui garantit la vertu et l’exigence de respecter les dignités, ainsi que le caractère institutionnel de l’exercice de la politique comme le précise les versets suivants :

Et ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus croyants et se fient à leur Seigneur, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, Pardonnent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Seigneur, qui ont accompli la prière, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent. La punition d’un mal est un mal pareil. Quiconque pardonne et s’amende, sa rémunération incombe alors à Allah. Il n’Aime pas les injustes.

Et quiconque triomphe après avoir subi une injustice : Ceux-là alors ne leur incombe aucune responsabilité. Mais la responsabilité incombe à ceux qui sont injustes envers les gens, et qui tyrannisent de par la terre sans juste cause. Ceux-là auront un douloureux châtiment. Et quiconque persévère et Pardonne : Cela est vraiment de la haute détermination. As Choura – v36 à 43

Ces versets bien entendu renforcent le premier axe, celui de la résistance, en rendant obligation de triompher de l’injustice, de l’oppression sans outrepasser les limites morales ni transgresser les prescriptions divines ni demeurer dans un état de guerre à l’infini. Le Fiqh islamique est très éloquent et très détaillé même si nous voyons ces derniers temps des savants, des gourous se réclamant de l’Islam passer outre et imposer leurs opinions, leur esprit de revanche et l’agenda de l’OTAN, des États-Unis, de la France et de l’entité sioniste avant les intérêts de leurs peuples et les règles islamiques.

Ces versets instituent d’une manière formelle l’exercice politique du peuple avec cette remarquable conjugaison du spirituel, du politique et de l’économique « qui ont accompli la prière, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes ». Cette règle est renforcée par l’injonction faite au Prophète qui est notre modèle de référence :

C’est grâce à la Miséricorde d’Allah que tu es doux envers eux. Si tu étais brutal, rude de cœur, ils se seraient détachés de toi. Soit donc magnanime envers eux, implore pour eux le Pardon, et consulte-les dans la prise de décision. Et si tu prends ta décision, alors fie-toi à Allah. Certes, Allah Aime ceux qui se fient à Lui. Al ‘Imrane – v159

Tous ces versets traitent de la constance sur la méthodologie islamique qui a institué l’exercice politique en libérant l’homme du culte du Taghut et en refusant les cultures d’empires des Perses et des Byzantins ou le système des castes de l’Inde ou de la Chine ou le système des hiérarchies religieuses des Juifs et des Chrétiens. L’exercice politique est un devoir car c’est par lui que se fait le Tamkine de la Oumma (la territorialisation).

Il ne s’agit pas ici de débattre des controverses théoriques et méthodologiques ou doctrinales sur le vote, sur les institutions ou sur le rapport entre Choura et démocratie. Au-delà des mots, ce qui nous intéresse ici c’est l’affirmation de l’exercice libre et populaire de la politique pour garantir la souveraineté du peuple contre le monopole, les oligarchies, les polyarchies, les monarchies, les autocraties et l’anarchie. Ce qui nous intéresse est de donner un contenu et une finalité à l’exercice politique et aux institutions à travers lesquelles s’exerce la politique. Il ne s’agit pas d’imiter l’Orient ou l’Occident mais d’être capable de produire une pensée politique autonome et féconde pour imaginer un système inédit ou plus adapté à nos réalités sociales, culturelles, historiques, religieuses et territoriales dans la concertation responsable et transparente. Ce serait un faux débat que de mettre la souveraineté du peuple comme antinomique avec la Souveraineté d’Allah, de le rendre comparables ou de les confondre.

La priorité est de rendre l’exercice politique un acte populaire libéré des forces de l’argent, des appareils bureaucratiques et sécuritaire et à l’abri des manipulations médiatiques. C’est à ces conditions que le politique (l’homme) et la politique (la mise du territoire au service du Musulman et de ses dignités) prennent leur sens dans nos valeurs, dans notre histoire et dans l’avenir des générations montantes. Tout faux clivages, en ces moments, est de la diversion idéologique, de la subversion étrangère, de la confusion.

La maitrise du territoire et le pouvoir politique despotique

Il serait faux de croire que le soulèvement armé,  la désobéissance civlile ou  la compétition politique à travers des partis politiques est la garantie dans un pays musulman d’emergence et d’exercice des cinq maitres du territoires et des cinq maitrises du territoires qui édifient la prospérité et la souveraineté du peuple sur son destin et ses ressources. Tout ce qui provoque la sédition et l’atteinte à la vie humaine est facteur de regréssion et de perdition. Même si le pouvoir en place est despote, corrompu et injuste il suffit de respecter les lois coraniques pour que Allah transforme la peur en quiétude,  la faim en abondance de bien, l’injustice en justice, l’oppression en liberté. La réforme politique, économique et religieuse n’est pas l’oeuvre des partis politiques ni l’imposition par la force mais le résultat de l’effort des réformateurs qui agissent au sein de la société et des rouages de l’Etat, de l’administration et des centres de décision ou d’éxécution des maitrises d’ouvrage, d’oeuvre, de certification,  d’exécution et d’usage dans tous les domaines. Nous avons cité l’exemple des réformateurs comme Salah et Cho’aïb face à à la corruption des valeurs mais aussi face à la force maléfique des corrupteurs qui sèment lme désordre et la terreur. C’est l’acte réformateur accompli par des réformateurs agrées par Allah qui apporte le développement,  la propspérité du territoire et la souverainté d’un peuple sur son territoire. Ces réformateurs vont impulser une dynamique de réformes qui va se généraliser et s’accélérer dans l’Etat, les administrations, les institutions, l’économie et la société. Lorsque Allah agréé ces Réformateurs il leur donne promotion pour conduire les réformes ou Il leur donne le pouvoir sinon il chatie le peuple et ses gouvernants qui ne veulement pas suivre les réformateurs qu’Il a agréé. Ces réformateurs n’ont aucune visée mondaine ni politique, leur dessein est de servir Allah et la communauté de musulmans. Tout musulman qui sape l’unité des musulmans ne peut être réformateur. Tout musulman qui agit pour briguer un poste ou une parcelle du pouvoir n’est pas réformateur car il va à l’encontre de la volonté d’Allah qui choisit ceux qui luttent sincèrement dans sa voie et pour sa cause. Ceux-là sont préoccupés par l’obeissance à Allah (swt)  et à Son Prophète (saws) :

وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا مِنْكُمْ وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ لَيَسْتَخْلِفَنَّهُم فِي الأَرْضِ كَمَا اسْتَخْلَفَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ وَلَيُمَكِّنَنَّ لَهُمْ دِينَهُمُ الَّذِي ارْتَضَى لَهُمْ وَلَيُبَدِّلَنَّهُمْ مِنْ بَعْدِ خَوْفِهِمْ أَمْنًا يَعْبُدُونَنِي لا يُشْرِكُونَ بِي شَيْئًا وَمَنْ كَفَرَ بَعْدَ ذَلِكَ فَأُوْلَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ

{Dis : « Obéissez à Allah et obéissez au Messager ». Si alors ils se détournent, il ne lui incombe que ce dont il fut chargé, et il ne vous incombe que ce dont on vous a chargés. Et si vous lui obéissez vous serez guidés, et il n’incombe au Messager que la transmission évidente. Allah promet à ceux qui sont devenus  croyants d’entre vous, et ont fait les œuvres méritoires de faire d’eux, véritablement, les successeurs sur la terre, comme Il a fait de ceux qui furent avant eux, des successeurs, et d’accorder plein pouvoir à leur religion, qu’Il a agréée pour eux, et qu’après leur inquiétude, Il la leur changera en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent  absolument rien. Et quiconque renie après cela, alors ceux-ci sont les pervertis.  Alors accomplissez la Salàt, et acquittez-vous de la Zakàt, et obéissez au Messager, ainsi il  vous sera  fait miséricorde.} An Nour 52 à 56

الَّذِينَ إِنْ مَكَّنَّاهُمْ فِي الْأَرْضِ أَقَامُوا الصَّلَاةَ وَآتَوُا الزَّكَاةَ وَأَمَرُوا بِالْمَعْرُوفِ وَنَهَوْا عَنِ الْمُنْكَرِ وَلِلَّهِ عَاقِبَةُ الْأُمُورِ

{Ceux qui, lorsque Nous leur accordons autorité sur un territoire, accomplissent la Salàt, s’acquittent de la Zakàt, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’ultime décision.} Al Hadj 41

 

La préférence étrangère et la maitrise du territoire

Ceux qui pourraient être alléchés par un scénario libyen, croyant naïvement ou hypocritement, que l’OTAN, les États-Unis et la France sont des œuvres de charité et de bienfaisance internationale et qu’ils n’ont pas des objectifs stratégiques et géopolitiques, devraient peut-être relire la carte du monde et relire le Coran ou méditer la Fatwa de Cheikh Al Ibrahimi contre le colonialisme :

Ceux qui prennent les mécréants comme protecteurs au lieu des croyants, recherchent-ils auprès d’eux l’invincibilité ? Certes, l’invincibilité en totalité appartient à Allah. An Nissa – v139

Quiconque recherche de la considération, c’est à Allah qu’appartiennent les égards en totalité. Vers Lui monte la bonne parole, et l’œuvre vertueuse, Il l’Élève. Et ceux qui édifient des stratagèmes de nuisance auront un sévère châtiment. Et la ruse de ceux-là se perdra d’elle-même. Fatir – v10

Le Territoire perd sa vocation coranique quand le colonialisme externe et le despotisme interne profanent et souillent ce qui donne sens et consistance : Les hommes, les idées, l’exercice politique et économique, l’organisation et le vivre ensemble. Désacralisé et souillé l’homme devient un fragment de Wahn mis en reproduction pour faire éclater son territoire et donner la préférence à l’Etranger. Ceci n’est pas nouveau. C’est ainsi que la regression et la décadence du monde musulman a commencé comme l’explique Ibn Khaldoun : « on voit toujours la perfection dans la personne d’un vainqueur (…) Le vaincu adopte alors les usages du vainqueur et s’assimile à lui : C’est de l’imitation pure et simple.».

La dégradation morale et idéique du mimétisme pousse à une dépendance idéologique, politique, économique et culturelle des dominés envers le dominant les réduisant à l’impuissance et au Wahn. Ibn Khaldoun explique : « quand un peuple perd le contrôle de ses propres affaires, est réduit comme en esclavage et devient un instrument aux mains d’autrui, l’apathie le submerge. […] Les vaincus s’affaiblissent et deviennent incapables de se défendre. Ils sont victimes de quiconque veut les dominer et la proie des gros appétits (…) Lorsqu’un peuple perd le contrôle de ses propres affaires et devient l’instrument d’autrui ».

Le colonialisme et le despotisme souillent le Territoire et le brisent par un processus de détéritorialisation qui fait fuir les valeurs, la spiritualité, les idées, les compétences, le vivre ensemble, l’argent… Il devient un comptoir commercial ou une base coloniale : Un lieu de pillage des ressources et d’excursion des agressions contre les indigènes et les voisins. Ce sont deux schémas qui produisent un territoire artificiel qui fait fuir et qui désintègre. L’artificiel, même sous des apparats sensationnels, est un phénomène de détéritorialité car l’homme est accessoire. Ces sont les idées des autres qui s’exercent contre les valeurs du peuple poussé au rempli, à la fuite, à la corruption ou à l’exil.

Aujourd’hui nous sommes confrontés comme en 1954 et en 1962 à la même loi coranique du changement :

Allah ne Modifie rien en un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes.} Ar Ra’âd – v11

Nous devons réaliser une nouvelle territorialisation fondée sur un changement ontologique et un consensus social qui donne à la société et ses valeurs le pouvoir libre de fédérer, de codifier, de normaliser et d’arbitrer sur le plan politique, économique et culturel. Changer sous l’impulsion du colonialisme et lui ressembler, ou changer par nous mêmes et ressembler à nous-mêmes? Nous pouvons être libres si nous redonnons de la considération à l’Homme qui habite le Territoire et lui permettre de reconstruire son autonomie dans ses idées, son argent, son organisation,ses hommes et son sol.

En brisant tous les liens de dépendance et de servitude avec le despotisme et avec la colonisation, nous pouvons alors opérer le processus de territotalisation qui consiste à faire du territoire une force d’attraction.  La Wasatiya, comme centre de gravité des forces centripètes qui produisent de la richesse, de la liberté, de la culture, des idées et de la résistance contre l’oppression et l’injustice. La Wasatiya comme reseau de centres de rayonnement civilisateur.

Le Territoire n’a de réalité et de devenir que dans sa capacité interne et autonome à être structurant et captivant pour ses membres : Être fédérateur, intégrant, rassurant, stabilisant et promoteur. C’est dans ce cadre que faire du retour à l’héritage arabo-islamique devient signifiant car il s’inscrit dans une ingénierie libératrice et civilisationnelle confiée à tous, et non dans l’apologie d’un passé révolu confiée à des charlatans.

وَالَّذِينَ هَاجَرُوا فِي اللَّهِ مِنْ بَعْدِ مَا ظُلِمُوا لَنُبَوِّئَنَّهُمْ فِي الدُّنْيَا حَسَنَةً وَلَأَجْرُ الْآخِرَةِ أَكْبَرُ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ

Et ceux qui se sont exilés pour Allah après avoir subi injustice, Nous les Établirons certainement dans une position prééminente dans le monde. Et sûrement, la rémunération de la vie Future est plus grande, s’ils le savaient An Nahl – v41

 

Omar Mazri

Table ronde à Nanterre sur l’Islamophobie

 Islamophobie : définition, rétrospective et perspectives de luttes citoyennes

Comme annoncé avant le premier tour des élections présidentielles nous entamons une table ronde sur l’islamophobie ce dimanche 13 mai 2012 dans un haut lieu historique et social de l’émigration algérienne, de ses souffrances et de ses stigmatisations qui perdurent 60 ans après la fin des « hostilités ». Ouverte au public cette table ronde devrait aboutir à la création de groupes de réflexions ad hoc non partisans et hors des arrangements classiques d’appareils. Il s’agit de réfléchir à la possibilité réelle et à la promotion authentique d’un un vivre ensemble apaisé, responsable dans lequel la communauté musulmane exerce ses devoirs et revendique ses droits sans complexe, ni vassalisation, ni repli identitaire, ni bouc émissaire, ni concession au sionisme et à l’impérialisme, ni négation ou abandon des fondamentaux de l’Islam. Bien avant le lancement de la campagne présidentielle nous avons pris acte des enjeux, des clivages, des manipulations et symboliquement nous prenons l’initiative de reposer la question de l’intégration, du rapport à l’Islam ou à l’étranger loin des appareils et des officiels car vivre ensemble ne se décrète pas ni ne s’impose par des lois ni ne se dessine par un jeu de bougnouls en quête de reconnaissance ou par un jeu de pervers en quête de victimes. Le droit à la différence est partie indivisible du droit à l’égalité, à la justice et à la dignité. Ce droit se vit au quotidien, dans les cités, le travail, l’université, l’espace publique et l’esprit de la Res publica (chose publique) où les gens mettent en commun, en unité, à l’unisson, en communauté, en ensemble cohérent ce qui les unit et les renforce sans gommer la loi universelle de la pluralité et de la diversité.

Au-delà du bavardage traditionnel sur l’intégration, la laïcité et sur l’Islam nous avons la conviction qu’ il y a une dynamique idéologique, sociale, politique à mettre en œuvre pour affronter les maux au delà de l’enfermement des mots et des syllogismes fallacieux : musulmans français, français musulmans, musulmans de France, Musulmans en France, Islam et démocratie, Islam dans la démocratie, allogènes et indigènes, et autres dérives ou oppositions sémantiques falsificatrices, réductrices et négatrices qui ouvrent la porte aux impostures et aux imposteurs de tous bords qui participent à la fabrication de l’Islamophobie.

L’islamophobie n’est pas une pathologie psychosociale, une phobie de psychopathe qui se sent étouffé par la proximité de Musulmans conquérants ou agressifs, mais c’est une véritable guerre idéologique, médiatique, psychologique, culturelle s’ajoutant au droit d’ingérence humanitaire, au droit de guerre préventive pour assoir la domination et l’exploitation du sionisme et de l’impérialisme au détriment des Musulmans et des Hommes rebelles au nouvel ordre impérial. Le Français doit prendre conscience que derrière les attaques visant l’autre on cultive en lui la peur et la soumission à un ordre qui le prive de ses libertés comme il prive les autres peuples de leurs richesses et de leur droit au développement et à la dignité. L’Islamophobie – s’appuyant sur les préjugés historiques, les contentieux de la colonisation , les stéréotypes, la stratégie du choc émotionnel, les replis identitaires en période de crise économique ou politique qui provoquent la répulsion des cultures et le rejet de l’autre – est l’art satanique de fabriquer de la méfiance des non musulmans envers les Musulmans et de la défiance entre les Musulmans en jouant sur les facteurs endogènes, en l’occurrence les facteurs qui ont mené le monde musulman à être colonisable par le Wahn (faiblesse et insignifiance) qu’il a hérité de la décadence musulmane, et en jouant sur les facteurs exogènes, en l’occurrence les facteurs de prédation du colonialisme qui ne laissent aucun espace de liberté au Musulman pour se libérer et se reconstruire et ainsi ils le maintiennent dans l’état d’esprit du colonisé, dans la posture de l’auxiliaire de la colonisation, dans la reproduction de la colonialité et dans le maintien des comportements qui poussent à la fragmentation et à la marginalisation hors de l’histoire du monde et de la conscience de l’universel.

Ce n’est pas la posture victimaire contre l’islamophobie qui va libérer le musulman ou lui donner sa place honorable dans le monde en attendant de jouer son véritable rôle de libérateur civilisateur, mais l’identification et l’éradication des facteurs endogènes et exogènes qui ont prise sur la formation de sa personnalité, la configuration de ses actions et la trajectoire de son devenir. Ce n’est pas la posture d’indignation ou de dénonciation de l’islamophobie qui va donner du sens au non musulman écœuré par la manipulation du musulman dans le processus de destruction des libertés individuelles et publiques de tout le monde, ici et ailleurs. Sans une voie d’effort sur lui-même l’humain va se porter préjudice et handicaper le devenir des nouvelles générations en les confinant dans une schizophrénie culturelle ou dans un autisme religieux : ils doivent s’ouvrir les uns aux autres et s’impliquer dans un partenariat avec les femmes et les hommes d’autres confessions, d’autres convictions et qui souffrent de la même exclusion, de la même marginalisation, de la même impuissance. Au-delà du changement proclamé par les officiels le véritable changement se pratique à la base là où les gens se côtoient pour partager un morceau de pain ou débattre d’une idée. Il y a urgence à travailler de concert pour un changement salutaire pour tous selon la formule partenariale qui refuse l’exclusive et l’exclusion : « aidez-moi à vous aider ».

Après le crédo du monothéisme les fondamentaux de l’Islam sont le réalisme, la dynamique et la globalité. Ces fondamentaux, bien compris, doivent nous donner une nouvelle grille de lecture du monde et de la France plus adapté mais aussi plus complexe. Les jugements de valeur, les polémiques, les apologies sont suicidaires en ces temps de crise où les irresponsables, les revanchards et les haineux poussent à la confrontation au lieu de trouver des solutions sur le plan éducatif, social, économique, foncier pour créer et partager les richesses d’une manière transparente et équitable sinon donner à chacun la liberté d’entreprendre sans le contraindre à vivre dans l’assistanat dans une posture qui n’inspire pas dans le regard de l’autre de la compassion et du respect et qui n’inspire pas dans son propre regard autre que l’envie du frustré ou la haine et le désespoir de l’abandonné.

En quelques heures de rencontre nous n’avons ni le temps ni la compétence de détricoter et de trouver tous les fils pour tricoter de nouveau l’histoire et le tissus social, politique et économique. Nous avons par contre le devoir d’exprimer une conscience lucide et saine et une compétence à faire un appel aux bonnes volontés à se questionner sur les ratages mais aussi sur les possibilités non explorées même si la crise dans sa dimension comptable semble exclure toute solution crédible.

Musulman j’ai la culture de l’espérance et de la bonne augure et je me réjouis à l’avance eu égard à la qualité et la à diversité des intervenants qui ont confirmé leur désir de participer à la table ronde sur l’Islamophobie. Leur niveau intellectuel, leur engagement politique, leur qualité d’écriture et de réflexion témoignent de la complexité des facteurs et des enjeux ainsi que de la volonté plurielle à travailler ensemble sur des dénominateurs communs mais aussi à trouver un clivage idéologique plus humaniste qu’hélas les pseudos partisans de l’Islam comme les partisans de la laïcité, ici ou ailleurs ont oublié. La réalité du monde nous démontre pourtant que ce clivage est réel, car on assiste un peu partout dans le monde des majorités se former comme alliance de fait au sionisme et à l’impérialisme dans lesquelles on trouve des islamistes, des libéraux, des progressistes, des nationalistes, des conservateurs. Le même réalisme nous fait voir des minorités qui ont la même diversité de sensibilité idéologique et religieuse mais avec la même perception des ennemis de l’humanité. Leur faiblesse est dans leur incapacité à trouver la ligne de clivage pour créer un front de résistance.

Le fort potentiel du présentiel qui sera à Nanterre aura une valeur symbolique mais aussi pédagogique même si le grand nombre d’intervenants pénalise le temps de parole à des femmes et des hommes d’expérience qui ont sans doute de grandes propositions et de grandes interrogations. Qu’Allah bénisse nos efforts et les mette au service de Ses créatures :

{Agissez! Allah verra vos œuvres ainsi que Son Prophète et les Croyants}.

Omar Mazri

 

Algérie : Changement choisi sinon imposé

Depuis quelques jours la situation en Algérie et la situation au sein des partis politiques et au sein de l’opposition – qui tous ne représentent pas le peuple – sont en effervescence et en état de guerre les uns contre les autres avec les mots d’ordre suicidaire des années 80 et 90 : L’éradication et le refus de la Charia pour les uns, la démocratie est koufr pour les autres. Tous semblent répondre aux convocations de l’Ambassade américaine à Alger. Tout semble indiquer que la France et les États-Unis sont derrière cette effervescence pour au moins huit raisons ou péchés capitaux :

1 – Revenir à la théorie des dominos pour la reconfiguration du Moyen-Orient, cette fois au niveau de l’Afrique du Nord qui recèle les réelles potentialités d’avenir en faveur mais aussi contre le nouvel ordre mondial selon la perspective du regard.

2 – Récupérer ce qu’ils appellent le printemps arabe et changer leurs pions vieillis, usés, stupides qui n’arrivent plus à gérer et à dégager des élites qui pensent en terme de région car les États-Unis ne sont pas intéressés à gérer pays par pays mais région par région. L’Afrique du Nord est une région qui pourrait être rattaché à l’Afrique subsaharienne après avoir été fragmentée car l’empire sait que le nationalisme arabe et l’internationalisme islamique sont des opposants à sa vision césarienne du monde. A l’abri par la distance ils peuvent déstabiliser et investir sur le plus vassal, le plus cupide et le plus impitoyable… Il ne faut jamais perdre de vue que l’impérialisme a plusieurs fers dans le feu en même temps et plusieurs pédales : il peut accélérer, ralentir ou freiner ici ailleurs nous secouant de telle manière que nous n’ayons aucun repère et aucune capacité de résistance ou d’anticipation.

3 – Profiter du coup en Libye. Les analyses simplistes y voient une affaire de pétrole ou de base militaire mais l’arsenal technologique industriel et militaire est tel que le pétrole leur appartient déjà et qu’ils sont militairement présent partout. La Libye, c’est créer une entropie pour contrer la révolution Égyptienne, par la diversion, la subversion et la bloquer. Sans l’argent, le territoire et l’influence de la Libye de Kadhafi, la révolution égyptienne avec les bureaucraties toujours en place et une économie sous contrôle américain reviendrait au giron du FMI et de la Banque mondiale. L’entropie est en Libye une déstabilisation de toute la région car pour les malheurs des arabes, ils n’ont pas de cadre d’orientation idéologique fédératrice alors que la France et les États-Unis exacerbent les clivages idéologiques pour rééditer en Algérie le scénario libyen et stopper toute imagination de changement.

4 – L’Otan sait que l’armée algérienne est divisée d’une manière profonde. Elle est divisée sur son alignement aux Janviéristes éradicateurs qui lui a coûté en capital confiance et respect de la part du peuple. Elle est divisée sur la tutelle du DRS. Elle est divisée entre les courants qui la composent : Pro américains, pro français, pro marocains, nationalistes issus de l’ANP et recrutés depuis les années 60 à partir des écoles algériennes, elle est divisé sur le lâchage du Général et Président Liamine Zéroual et d’autres généraux de prestige issus des écoles de guerre d’URSS, de Chine, d’Irak et d’Égypte. Ces généraux auraient pu apporter la paix et la concorde au début des années 90 et éviter au pays cette horrible hémorragie. Sur ce sujet il faut avouer que les nationalistes, les islamistes et les pseudos démocrates n’ont pas été à la hauteur pour soutenir le moindre mal et mettre fin précocement à la guerre civile fomentée par les services et les médias français ainsi que leurs valets algériens. Sur ces divisions accumulées vient s’ajouter la position sur la Libye. Les officiers algériens, professionnels et nationalistes, ne pouvaient et ne peuvent toujours pas tolérer la présence et l’agression d’un pays frère dans ce qu’on appelle la profondeur stratégique de son territoire alors qu’une autre poignée d’officiers rompus aux intrigues, aux compromis d’appareils et à l’alignement sur l’axe Paris-Washington. Il s’agit d’une opération chirurgicale pour se débarrasser d’un tyran, d’un fou, d’un gêneur. Le temps et la résistance des loyalistes de Kadhafi a donné raison aux nationalistes. Ces derniers peuvent contribuer à l’échec lamentable de l’OTAN. Je ne suis pas au sein de l’armée pour le savoir, il suffit de lire la presse algérienne et de connaitre sa ligne idéologique pour deviner ce qui n’est pas dit.

5 – Israël n’a pas abandonné ses deux projets : S’étendre géographiquement et faire de la rive latine de la méditerranée la rive dominante sur la rive musulmane et arabe pour lui garantir sa suprématie militaire, culturelle, idéologique et économique dans une confrontation avec l’Iran. Dans ce cadre, l’armée égyptienne est sous la tutelle américaine et même si la révolution égyptienne réussie, le maréchal et ses généraux depuis Camp David n’ont plus de doctrine de guerre ni de possibilité de confrontation avec Israël. Dans le monde arabe il ne reste que deux armées celle de la Syrie avec son bras le Hezbollah et son soutien logistique iranien, et celle de l’Algérie. Toute attaque contre l’Iran ou la Syrie mettra les forces américaines, les installations de pétrole et Tel Aviv sous un déluge avec la règle œil pour œil et dent pour dent mais surtout avec la population arabe en situation insurrectionnelle capable de s’engager pour frapper les intérêts occidentaux sans parler de l’Afghanistan et du Pakistan. Erdogan serait renversé par les islamistes et les nationalistes turcs. Pour l’instant il ne reste que frapper l’armée algérienne. La frappe peut être symbolique.

Cette frappe symbolique nous l’avons lue symboliquement quand les Janviéristes poussés par la France et les Etats-Unis ont annulé la première expérience démocratique. Certes leurs valets ont perdu dans cette défaite, l’impérialisme opportuniste et intelligent a profité de l’occasion pour frapper le FIS car il y voyait la réincarnation du FLN historique et salir l’ANP en lui collant du sang sur sa mémoire et en l’éloignant du peuple dont sont issus ses officiers subalternes, ses sous-officiers et ses djounouds. Ils sont parvenus en impliquant l’armée dans des opérations de répression et de défense d’un système moribond et haï par le peuple à frapper, à travers l’ANP, l’ALN qui a vaincu, avec l’appui du peuple algérien, la France coloniale et le pacte de l’Otan qui soutenait sa barbarie contre le peuple algérien. La France a gagné, elle partage avec l’armée algérienne et les élites algériennes les mêmes exactions contre le peuple algérien. Cela a été possible car la France sait que le FIS n’avait pas la maturité pour construire des alliances stratégiques avec le FLN, le gouvernement Hamrouche et une partie de l’armée.

Le FIS avec la rhétorique de ses chefs incompétents et l’émotionnel de ses troupes indisciplinés ne pouvait pas voir la ligne d’horizon et d’ailleurs il continue de ne pas la voir, ni de faire son examen de conscience et rendre compte à ceux qui ont voté pour lui, ni aux victimes de ses errements. Rester sur cette position victimaire de confiscation du vote et de la répression sur ses cadres est suicidaire car le monde change et il faut savoir écrire de nouvelles pages de l’histoire. Tous les partis politiques algériens portent cette tare du culte du chef et de la pensée unique même si elle les conduit à l’impasse, à la trahison ou au suicide. Etre vicitme n’exonère pas de ses devoirs.

Dans ces moments fébriles nous voyons Anwar Haddam annoncer son retour des Etats-Unis et dire des imbécilités gravissimes du genre : Ou le changement ou le soutien à la lutte armée alors que le Jihad en Algérie contre l’armée algérienne, à tort ou a raison, n’a pas été promulgué par la seule autorité religieuse crédible en Algérie : Mohamed Sahnoun. Les savants musulmans comme Al Albani, Al Bouti et Al Qaradhawi n’ont pas émis de Fatwas. Le peuple algérien n’a pas suivi et a payé un prix cher juste pour avoir donné ses voix au FIS. Par ailleurs la réalité est là et il faut composer avec : L’improvisation des maquis a fait perdre définitivement au FIS sa victoire politique car son mutisme a laissé l’armée algérienne mener une guerre anti-insurrectionnelle et criminaliser les Djihadistes et remporter militairement, politiquement et socialement la victoire. Si Haddam n’est pas capable de voir la défaite cuisante, il faudrait qu’il reste aux États-Unis et n’ajoute pas de la confusion à la confusion.

J’interroge ici Ali Belhadj qui soutient le CNT libyen et Haddam qui soutient la lutte armée sur une question d’ordre tactique : La politique c’est comme un combat militaire avec cependant des moyens pacifiques : On ne prend une position qu’avec un ordre de combat, un renseignement, un poste d’observation, un choix des armes conformes au terrain et au rapport des forces et bien entendu une ligne de repli. Tout ça était absent. Si cela n’était pas absent, on aurait pas eu cette tragédie et on n’aurait pas vu Haddam partir aux États-Unis car il ne viendrait jamais à l’esprit d’un combattant entrainé à faire du camp de son ennemi le camp de son retrait. Quand cela arrive par stupidité ou par erreur, les lois de la guerre, de la politique exigent que celui qui vient, libéré ou en fuite, du camp de l’ennemi, qu’il soit mis au silence un certain temps, le temps de l’éprouver, d’éprouver sa solidité psychologique, sa loyauté. L’impérialisme sait tout ça sauf les Algériens qui accumulent faute sur faute, improvisation sur improvisation et ils croient qu’Allah va donner la victoire ou la gouvernance à ceux qui vont faire pire que les autres au nom de l’Islam.

Par rapport à Israël il est important de voir que les sionistes judéo-chrétiens et arabes misent sur le retour du Messie dans un rôle de Rédempteur. Leurs croyances, fondées sur le messianisme politique qui vit sur le culte du sang versé ou du cataclysme vengeur, veulent des guerres de conquêtes pour exterminer les païens et les infidèles que nous sommes (les Musulmans) et imposer la suprématie d’une religion qui n’a pas d’adeptes car elle refuse les conversions et ainsi faire dominer le monde par quelques millions d’individus fanatiques et sataniques. Si Israël et ses spécialistes de la communication ont besoin de se donner des alibis religieux fallacieux pour magnifier la puissance nucléaire militaire américaine et la caporaliser au service du Grand Israël, il est surprenant voire suspicieux d’observer des Musulmans détenteurs d’un Livre qui décrit les mécanismes de libération de l’oppression et de l’édification civilisationnelle se lancer dans des explications eschatologiques et métaphysiques de l’histoire allant dans le sens de la culture talmudique et rabbinique sioniste.

En Algérie, le champ social est dominé par les confréries maraboutiques qui traditionnellement ont été au service de la colonisation et du despotisme politique. Il est dominé par les salafistes infantiles apologétiques de la monarchie saoudienne et colporteurs de la désinformation et de la propagande défaitiste. Le champ politique est vide. Il n’est peuplé que de monstres qui cherchent la revanche, faisant le jeu des sionistes et de l’empire. Les uns affichent de plus en plus fort que la démocratie est Koufr alors que les autres affichent plus fort encore qu’ils sont prêts à prendre les armes contre l’instauration de la chari’a islamique. Dans cette cacophonie qui fait penser à la fable de la peste de la Fontaine où chacun cherche un bouc émissaire pour lui faire porter l’épidémie en faisant de lui un étranger dans son propre pays, nous voyons la télévision algérienne exprimer la plus haute trahison. Elle donne la parole à Yves Bonnet, ancien patron de la DST, pour répondre à Canal + sur l’affaire des moines de Tibhérine et sur la Libye.

Nous savons que le clan Asloui, Benhabilès et compagnie sont engagés dans la lutte anti islamique avec les services français, mais que ça se dise dans des communiqués, celà témoigne de l’indigence politique et morale ou au contraire du cynisme qui pousse à l’exacerbation sociale et politique en Algérie pour aller à la confrontation par émeutes ou par voies armées ? Nous savons aussi qu’entre la CIA et la DST il y a une lutte sur la prise de pouvoir en Algérie. Il ne s’agit pas seulement du pouvoir sur Al Mouradia ou les Tagharins mais sur les esprits de tous les Algériens, sur leurs biens, sur leur économie, sur leur religion. L’ambassade américaine à Alger dépense des fortunes en réceptions et organise des voyages d’affaires dans le monde occidental au profit de jeunes et petits cadres qui croient bénéficier de privilèges ou se voient des « lumières » d’intelligence rayonnant au milieu des Hittistes et des victimes de la Hogra. L’Occident en faillite morale, politique et économique a besoin de nouvelles guerres, de nouvelles conquêtes, de nouveaux partages coloniaux.

Quand l’ancien patron de la DST répond à Canal+, on comprend que deux factions des renseignements et du pouvoir français se battent et expriment leur divergence sur la crise libyenne et sur le passé algérien, mais quand cela se passe à Alger et sur la chaine de télévision algérienne cela veut dire que le complot est plus grave : Nous sommes otages de la politique étrangère et sécuritaire française, nous sommes un terrain d’opération des divergences internationales, de la France avec ses alliés de l’Otan, nous sommes les Pinocchio manipulés par les services français. Mais là aussi il faut rendre hommage à la France de Sarkozy et à l’Amérique d’Obama de montrer leur niveau de bassesse. Nous sommes loin de ce qu’on lisait dans notre jeunesse sur l’intelligence des services et de la diplomatie. Nous sommes face à des chiffonniers, des tueurs, des tortionnaires, des cupides, des agresseurs.

Mais pour l’Algérie et les Algériens c’est la preuve par l’image et le son en direct à l’ENTV et en différé à canal + que c’est la DST française qui gouverne l’Algérie. Que cela se fasse avec autant de tapage et de visibilité n’est pas anodin. Il faut revenir à l’effervescence du monde depuis que l’Égypte a entamé sa révolution qui peut mener des Islamistes au pouvoir, alliés à la gauche nassérienne, laissant les Frères Musulmans en seconde position, mais laissant surtout Israël hors de l’épicentre du monde arabe, une fois repris par l’Égypte.
Quand on islamise les voyous du CNT dans la télévision algérienne, c’est bel et bien pour gérer en Algérie les conséquences géopolitiques à venir et préparer le chaos avant l’émergence d’un front islamo nationaliste révolutionnaire altermondialiste en Afrique du Nord.

6 – Quand on sait que l’Algérie est passée de la légitimité historique à la légitimité révolutionnaire de 67, puis de la légitimité des seconds couteaux ou des jeunes loups de l’armée qui ont vaincu par les armes une légitimité démocratique, on s’attend donc à ce que ces nouveaux promus ne cèdent ni leur pouvoir ni leurs privilèges et encore moins ce sentiment de mépris envers le civil qui peut sembler sectaire mais acceptable au regard de l’histoire moderne de l’Algérie construite autour de l’ALN puis de l’ANP, et au regard des irresponsabilités des civils qui demandent non seulement à l’armée d’arbitrer mais de reprendre ce qu’ils sont incapables de gagner ou de conserver. Quand on sait que le patron de la DRS est vieux et malade et que dans son entourage l’intelligence de son niveau est inexistente. Quand on sait que Bouteflika a modifié une constitution qui donne des pouvoirs exhorbitants qu’il ne peut exercer à cause de son âge.

7 – Quand on voit comment le FFS avec ses relais dans les autres partis y compris dans la mouvance islamiste a fait admettre l’idée d’une Constituante, on doit se poser des questions sur l’opportunité et la pertinence de cette revendication. Ce n’est pas une imitation de la Tunisie ni de l’Egypte. Pour que le lecteur comprenne la place de cette question dans une architecture complexe qui remonte aux années 80, il faut se rappeler que tous les « démocrates » algériens réclament avec le FFS une constituante, comme si l’Algérie était sans constitution ou sans prolongement idéologique avec Washington, Paris et Tel-Aviv. Nous allons entrer de nouveau dans la remise en cause de l’identité et de l’appartenance algérienne. Pour un pays meurtri et trahi comme l’Algérie, toute atteinte ou toute confusion sur sa personnalité ne fait qu’empirer la situation idéologique, politique, sociale et culturelle. La constitution algérienne est « moderne » même si elle ne répond pas aux aspirations des lignes dures des islamistes ou des laïcs. C’est pour l’instant un compromis tolérable même si le Président Bouteflika y a introduit des arrangements inacceptables, donnant au futur président un pouvoir autocratique. Pour les démocrates algériens, il faut une constituante. Pourquoi ? La réponse est d’ordre idéologique et d’ordre subversif voulu ou non voulu :

La réponse idéologique. En 1976, le Président Boumediene a lancé ce qui devait être la troisième révolution – la révolution culturelle – après la révolution agraire et la révolution industrielle. La charte nationale a connu un engouement des Algériens dans le FLN, l’UGTA, l’UNPA, l’ANP, les écrivains et artistes algériens et tous les intellectuels de l’époque et notamment Mouloud Kacem, le Kabyle, polyglotte, défenseur de l’Arabe et de l’Islam, un pur Amazigh à l’image d’Ibn Badis et des chefs des grandes confréries (les Chorafa) comme celle dont descend le père d’Aït Ahmed, le Président du FFS. La charte nationale a révélé, il faut consulter les archives, l’expression de la personnalité algérienne à travers son islamité, son arabité, sa guerre de libération contre le colonialisme et sa revendication de se démarquer de l’ex-puissance coloniale. La Révolution culturelle, posée formellement sous forme de charte nationale était une des revendications du penseur Malek Bennabi qui demandait lui et son cercle de réflexion une unité idéologique, une direction d’orientation politique, l’affirmation d’une culture nationale exprimant la personnalité algérienne. Le courant islamiste algérianiste qui n’a rien à voir avec les Frères Musulmans et les Salafis a appuyé ce débat malgré qu’il soit idéologiquement en désaccord avec le Président Boumediene. Le destin ou un plan bien orchestré a fait disparaitre le président algérien et occulté ce chantier. Ce chantier est d’actualité maintenant plus que jamais car c’est de ce chantier que se dessinera les configurations idéologiques, culturelles, politiques et économiques de l’Algérie de demain à condition de se libérer du ponctuel, du sensationnel et de la diversion.

La lutte contre le peuple algérien sera une lutte idéologique féroce pour déconstruire son désir et ne pas le laisser construire sa personnalité détruite par 132 ans de colonialisme. Si la colonisabilité a amené la colonisation. Celle-ci nous a légué la colonialité, cet esprit d’indigène qu’on retrouve dans les bureaucraties et chez les intellectuels arabophones ou francophones qui voit l’avenir que dans la confusion et la servitude à l’Occident.

La réponse subversive sous forme politique et autre : Au-delà de l’attachement à la culture des mots de la révolution française, il s’agit en réalité de demander une assemblée constituante pour contrer l’esprit algérien qui s’est exprimé dans la charte nationale. Il faut une assemblée constituante pour réaliser un des deux projets :

Projet 1 – Éliminer toutes références à l’Islam et à la lutte de libération nationale. Les spécialistes de la diversion ont déjà fait capoter la charte de Tripoli qui donnait une configuration révolutionnaire et islamique avec une dose de socialisme (davantage en référence à l’Égypte de Nasser et son soutien à la révolution algérienne qu’à l’URSS). La voie est ouverte pour reprendre le projet colonial : Séculariser l’Algérie. Ce n’est pas sans raison que le modèle turc et le modèle tunisien étaient la référence prisée dans les microcosmes algérois. Parmi ces laïcs, on retrouve des arabisants et des nationalistes qui ont fait la révolution algérienne mais on oublie de mentionner qu’ils sont les purs produits de la lutte idéologique menée par le colonialisme à travers les associations et les lycées franco-musulmans qui visaient l’assimilation et la « libération de la femme algérienne » du voile. Ce travail était supervisé par les catholiques et les communistes français qui trouvaient dans des élites égarées ou admiratives de l’émancipation à l’occidentale matière à faire. Ce projet est toujours d’actualité. Je ne suis pas Dieu pour sonder les cœurs et me prononcer sur l’intentionnalité naïve, morbide ou traitresse de ce projet chez les démocrates algériens qui vivent l’islamisation de l’Algérie comme un drame personnel.

Pour leur malheur, ils ne voient pas que cette islamisation est infantile, sans devenir. Pour leur intelligence, ils ont peur du retour de l’Islam politique qui va poser les problèmes en termes civilisationnels et qui va dévoiler leur manigance avec le néo-colonialisme et leur vassalité à ce néo-colonialisme qui se sont nourries mutuellement de l’illusion de la mort de l’Islam politique. Le nouveau drapeau libyen, le vert avec l’inscription Allahu Akbar, et la force du mouvement islamique en Égypte fortement politisée, dévoile le retour en force de l’Islam politique. La confiscation de la révolution de jasmin, de BHL, des printemps arabe ne cachent pas les transformations des sociétés arabes et le désarroi des démocrates qui rejettent déjà la sanction des urnes et qui préfèrent le chaos à toute solution islamique…

Projet 2 – La Constituante a fait miroiter des alouettes à certains islamistes et nationalistes algériens, y voyant une panacée alors que d’après tous les experts la constitution algérienne est bonne sur le plan de son écriture. Le problème est dans sa non exécution. Pourquoi alors choisir une solution compliquée : Une constituante au lieu d’activer et de réviser l’actuelle Constitution. L’assemblée constituante élue « démocratiquement » va fatalement se trouver confrontée à des expressions pluralistes sur l’identité algérienne en l’occurrence : l’islamité, l’arabité, la souveraineté nationale par rapport à l’Occident et le fédéralisme. Toutes les combinaisons de clivage sont possibles dans cette assemblée où chacun se dit légitime et représentant du peuple pour imposer un dilemme ou l’impossible renoncement entre Islam et sécularisation, l’Arabe comme langue nationale ou le Français ou le Berbère, le régionalisme ou l’État central, l’appartenance au monde arabo musulman et africain ou appartenance à la rive latine (sous entendant l’aire civilisationnelle judéo-chrétienne et la reconnaissance d’Israël). Dans un pays en crise, en exacerbation sociale et politique, en clivage idéologique, en déchirement par les influences étrangères nous sommes dans un scénario type d’éclatement du pays.

La logique citoyenne, intellectuelle et morale exige pourtant que les conflits ou les clivages relevant du culturel sont complexes et n’obéissent souvent pas à des logiques objectives. Ils doivent être relégués à un débat non politique et dans un cadre apaisé, c’est-à-dire une fois la sérénité retrouvée, la confiance obtenue, la reconnaissance de l’autre confirmée, l’absence d’armes et de milices garantie… Ce climat n’est possible que dans le cadre d’une autorité de l’État avec des institutions représentatives et reconnues par la majorité du peuple dont la souveraineté sur les gouvernants et les élus est respectée à travers l’exercice de son choix libre et le respect de ce choix.

La souveraineté du peuple ne se pose pas en termes d’opposition avec la souveraineté d’Allah. L’ignorance d’Allah fait qu’on parle de Lui et de Sa Charia comme si c’était le copain du coin ou le rival dans les élections du bled. L’ignorance de la Charia fait qu’on la présente comme un corpus de lois décrites et appliquées d’une manière caricaturale et amputée de son cadre social et culturel. La Chari’a est étymologiquement la voie, la méthodologie. Notre référence n’est pas l’Arabie saoudite mais le Coran. Si vous ne voulez pas de ce Coran arrêtez de louvoyer, dites-le et affichez votre athéisme ou votre agnosticisme ou votre religion et entrez en compétition loyale dans des élections démocratiques puis soumettez-vous au verdict des urnes. J’espère que l’armée algérienne a tiré toutes les leçons de l’inconséquence de ses chefs sans foi ni morale ni dignité, qui ont fait le sale travail pour d’autres qui vont la conduire à affronter l’Otan ou à s’y soumettre :
« Le perdant est celui qui a vendu sa vie future pour sa vie mondaine, mais le pire des perdus est celui qui a vendu sa vie future pour la vie mondaine des autres ».

Si nous voulons une assemblée constituante pour fonder une nouvelle République qui s’inscrit dans un projet civilisationnel et dans une autre configuration démocratique, instaurons d’abord la paix et la concorde ainsi que la légitimité du pouvoir. Une fois réglés les problèmes culturels dans le cadre culturel et non idéologique, alors une assemblée constituante peut voir le jour et reposer les questions de fond de la Choura islamique : Exclure l’argent de la vie politique, réduire le pouvoir médiatique à son rôle d’éducateur et d’informateur, faire élire le conseil des formes armées et de sécurité par le peuple pour éviter que les forces de sécurité et les forces armées soient un instrument de répression ou de confiscation du pouvoir. Élire les grands magistrats par le peuple pour que la justice soit rendue au Nom d’Allah mais pour le peuple. Bannissons les postes de ministre de l’information, de la jeunesse, de la culture de l’exécutif pour protéger le peuple de l’emprise idéologique du pouvoir. Supprimons le ministre du culte pour que la religion ne soit pas instrumentalisée par le pouvoir. Rendons l’Islam au peuple. Les comités populaires élisent leur imam et l’Etat redonne à la Mosquée les fondations pieuses et les biens Waqf inaliénables pour que l’activité de dévotion ne soit pas financée par l’Etat et que l’imam comme le savant musulman vive autonome du pouvoir. Mettons en place une démocratie directe dans une décentralisation qui fait de la commune le cœur du dispositif démocratique. Créons au ministère de l’économie et des finances une direction générale de la Zakat et de la justice sociale. Supprimons le Riba et les produits financiers. Rendons les terres des terres ‘arch communautaires, inaliénables, incessibles et indivisibles. Rendons les musulmans propriétaires usagers et associés à la gestion des plans d’eau, de l’énergie, des ressources stratégiques et des zones de parcours pour l’élevage. Nationalisons les banques et protégeons notre monnaie nationale. L’Islam a des réponses a apporter sur ces sujets.

La constituante pourrait et devrait, plus tard, définir les principes fondamentaux qui définissent les droits du pauvre sur l’état et sur le possédant ainsi que le devoir constitutionnel du riche et du gouvernant sur le faible, l’opprimé et le pauvre. Encore une fois nous n’en sommes pas encore là. L’urgence est de garantir les libertés individuelles et publiques, le droit à l’expression multiple, l’interdiction de toucher aux valeurs sacrées du peuple, de sa religion et de sa souveraineté. L’Islam prospère dans la liberté car ses arguments sont moraux, idéiques et persuasifs. La liberté, la justice et la miséricorde sont la citadelle de l’Islam imprenable et prospère. Les haineux, les revanchards et les fabricants d’opacité et de confusion sont poussés par le désir de ne pas créer de conditions au débat sur l’Islam par l’Islam mais de créer les conflits et la provocation pour que les plus émotifs, les moins instruits et les manipulés entrent dans la danse créant un sentiment d’insécurité favorable au maintien des choses en l’état.

8 – Une info est passé sur anb et elhiwar tv et parle de policiers en nombres dans Alger pour faire face aux possibles affrontements dus à une scission dans le FLN. Il y aurait des mouvements violents entre partisans du FLN à Draria. L’événement montre le niveau de déliquescence du système et il dévoile les partis pris de certains analystes et de certains observateurs proches des milieux de l’opposition officieuse et pose la question : A quelle logique politicienne ou autre, ces prises de postion s’affichent et donnent légitimité ou justification à un corrompu au détriment d’un autre ?

L’affaire de Draria est grave. Elle appelle plusieurs remarques. Cette chaine proche des Frères Musulmans transmet la vérité sous un angle partisan. L’angle partisan des Frères Musulmans est de s’inscrire dans les révolutions arabes d’une manière mécaniste sans analyse objective et subjective. Ils ont l’appui de Qaradhawi qui peut à travers al Jazeera rééditer la tragédie de la Libye. Ils sont pour une solution islamique qui peut s’arranger avec la mondialisation, le FMI, la Banque mondiale, les aristocraties, les États-Unis et la France ou l’impérialisme pourvu qu’on préserve les clichés de l’Islam. Ils sont loin des principes d’Hassan al Banna le fondateur du mouvement ou de Sayyed Qutb le théoricien du mouvement. Leur entrisme politique en Égypte et en Algérie montrent les dégâts sur la société. Le modèle par excellence est Erdogan, gouverner sous l’étiquette islamique tout en étant allié stratégique d’Israël et de l’Otan. La politique des Frères Musulmans qui consiste à dire « embrasse le chien par la gueule si cela doit te faciliter la tâche » ou de « négocier avec le diable comme Allah a dialogué avec Satan » a montré ses limites en Algérie et ses dérives en Syrie et en Libye. Perdu dans les affaires et le partage de la rente, les Frères Musulmans d’Algérie doivent entretenir la lutte au sein du FLN pensant affaiblir un adversaire et ramasser la mise sans subir l’épreuve populaire.

Ces 8 points conjugués ensembles et les souvenirs du silence qui a entouré la mort du Président Boumediene avec toutes les conséquences de rééquilibrage du pouvoir au profit d’un clan nous laisse face à un scénario alarmant qui peut se décliner sous une des deux formes tout de suite ou dans un avenir proche :

1 – Bouteflika sentant la fin proche et le repentir (Wikileaks l’a présenté selon les sources américaines comme membre d’une confrérie religieuse maraboutique) a peut être présenté un projet de réforme et comme en 88, l’aile pourrie du FLN réagit en mettant le conflit politique à la rue pour prendre en otage le Président et le peuple. Octobre 88 n’était pas un évenement déclencheur d’une révolte contre le système mais une orchestration par les caciques du FLN qui préssentaient la rencontre entre des réformes inévitables et la marche progressive d’une volonté de changement qui a commencé dans les acieries de Annaba en 85, puis à Constantine en 87, puis à Rouiba dans le secteur industriel en 88. Les jeunes d’octobres ont été les victimes bouc emissaires pour stopper une révolution en maturation et une réforme en préparation. En 89-90, le FIS a aussi été manipulé en allant se battre contre les réformes au lieu d’en discuter le contenu et de dire la vérité à Hamrouche : Nous sommes pour certaines et contre certaines de tes réformes. Pour celles dont nous sommes d’accord tu ne peux les mener seul sans parti politique qui te soutient et encore moins avec le soutien d’un FLN dont les réformateurs sont minoritaires. Allons ensemble à une réforme institutionnelle et à un processus démocratique et puis ensemble avec le peuple, travaillons pour un minimum démocratique pour nous libérer du FMI, du désinvestissement, de la bureaucratie, de la rente, de la vassalisation à la France… Chadli n’était pas l’obstacle aux réformes ni au FIS, il manquait d’envergure et de pouvoir. L’obstacle était le cabinet de Larbi Belkheir. Abassasi Madani et Ali Belhadj auraient du voir la situation avec lucidité tant nationale qu’internationale (la première guerre du Golf). Qu’ils se trompent une fois c’est pardonnable mais qu’ils ne puissent se ratraper avec le général Liamine Zéroual devient le syndrôme morbide de l’égarement.

Hamrouche et le FLN réformateur auraient du voir les contradictions du système et ne pas mener une réforme qui en étant dévoyé par Ghozali et ses successeurs a, au nom de la réforme, introduit des distorsions graves dans l’économie et les médias. Les appareils du FIS et du FLN ont été des facteurs de blocage d’une démocratie naissante mais les faux culs dans le rang des réformateurs ainsi que l’absence d’un soutien politique et populaire ne pouvaient que mener à une crise dont nous payons les conséquences comme un homme qui s’arrête à gué dans une rivière en crue. Cette rivière s’appelait le nouvel ordre mondial qui charissait avec lui le RCD et l’économie informelle, alliés inconditionnels du capitalisme prédateurs.
Bouteflika réformateur repenti serait donc un scénario romantique mais probable et incertain…

2 – Bouteflika Serait déjà mort ou agonisant ou dans un long coma comme Sharon. Il y a déjà plusieurs mois qu’on évoque son assassinat sous couvert médical pour mettre fin à son projet de réforme, à la concorde nationale que les éradicateurs refusent ou l’empressement de l’empire et de ses vassaux de se débarrasser de lui. Ce n’est pas leur ennemi mais un allié devenu encombrant par son âge et par l’unanimité populaire derrière lui qui a trouvé quelques réponses à son désir de trouver un toit, un logement, une consommation. Bouteflika a redistribué quelques miettes de la rente à un peuple paupérisé. Mort, agonisant ou malade incapable de gouverner, le feu vert pour sa succession est intéressant pour faire voler en éclat ce qui reste de l’Algérie quand on sait qu’au nom de l’autorité de l’État (haybat ad dawla) on a détruit ce qui restait de l’État et le peuple qui pouvait donner sens et légitimité à cet état comme émanation de la souveraineté populaire. Tous les partis politiques sont décapités, noyautés. Les gens compétents sont mis au silence ou contraints à l’exil.

Nous sommes donc dans une situation favorable à l’implosion du système au profit de l’impérialisme. L’impérialisme a la vocation de détruire et de reconstruire selon son agenda et ses intérêts. Il sait que les islamistes sont décapités sans chef et prêts à en découdre avec le régime, poussés par l’esprit de revanche et la disponibilité des armes en circulation en Libye. Il sait que les Laïcs ont échoué lamentablement leur politique d’éradication et il sait qu’ils savent qu’avec les révoltes arabes ils seront inévitablement repris par l’histoire que ce soit par des élections libres et démocratiques ou par une révolution populaire et par conséquent ils doivent passer à l’action en faisant exploser toutes les mines qu’ils ont semé ces dernières années jusqu’à rendre impossible l’arrivée au pouvoir des islamistes. L’impérialisme a en main l’agenda et la stratégie : Ou bien pousser les uns et les autres à une lutte fratricide ou à un arrangement d’appareils pour hériter ensemble du legs de Bouteflika et faire de l’Algérie le centre de ses opérations, le poste de commandement pour diriger l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne et liquider Kadhafi sinon le maintenir dans un niveau de combativité tel qu’il ne gagne pas mais qu’il ne permet pas à la Libye de revenir à la normale tant que le sort de l’Égypte et de l’Iran ne sont pas définitivement réglés.

Pour l’instant il semble que la lutte soit déjà engagée entre deux crapules du système, Belkhadem, l’ancienne garde du FLN, l’islamo nationaliste incompétent, et Ouyahiya, le chef des éradicateurs, la nouvelle garde laïque issue de l’école nationale d’Administration fondée par Larbi Belkheir pour former les commis apolitiques de l’État algérien. Cette lutte peut être régulée par la France, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis ou dépasser le seuil tolérable car chacun se croit investi de la mission messianique de remplacer Bouteflika et chacun a son réseau clientéliste national et ses souteneurs étrangers. Faute de trancher entre les deux, le système peut choisir une autre calamité islamo-nationaliste avec ses réseaux dans l’armée, les affaires, le FLN et l’ancienne équipe de Hamrouche : Ali Benflis. C’est ce qui semble pour l’instant se déssiner. Pour celui qui connait l’Algérie, ce choix est provisoire et d’autres luttes sont en perspectives. Comme dans l’empire Romain, les élites et les généraux doivent se réunir en conclave et arbitrer entre les prétendants au trône.

Ces trois dauphins sont le produit de la continuité d’un système qui a fait de son existence une errance erratique au nom du peuple, loin du peuple, contre le peuple et se protégeant de ce peuple derrière l’armée issue du peuple. Ces trois dauphins ont bradé les richesses de l’Algérie au capital international et aucun des trois n’a tenté de résister ou de dénoncer cette braderie de l’économie nationale ni préserver les hydrocarbures, ni préserver la productivité du travail algérien contre la concurrence déloyale des économies organisées, performantes et prédatrices. Le Chômage, la fuite des cerveaux, l’importation de tout à partir des mêmes monopoles internationaux et par les mêmes monopoles nationaux, le désinvestissement, la fraude fiscale et douanière, le crédit sélectif et clientéliste, le transfert colossal des fortunes, l’affaiblissement de la monnaie nationale, l’alignement sur le Riba et les banques internationales d’un côté et le délabrement de l’appareil éducatif et scientifique national avec plagiat des pôles urbains et technologiques français, vides de contenus, de cohérence et de compétences nationales, d’autre part sont le résultat de ce triumvirat archaïque et anti national. Ce même trio d’incompétents avec ceux qui les ont succédés et accompagné ont permis le montage de joint venture où le capital industriel national a été sous évalué, non recapitalisé.

Les incompétents du FIS mettent en avant un économiste oubliant que celui-ci sous injonction des États-Unis et d’une partie de l’armée a mis fin à l’investissement productif en le remplaçant par les investissements de valorisation du potentiel existant qui devenaient un pipi de chat dans une industrie nationale restructurée à l’emporte pièce alors qu’il fallait lui redonner une nouvelle impulsion managériale et une nouvelle doctrine économique. On ne peut faire valoir ses titres universitaires et toucher à l’économique quand on ignore que le politique est le plus déterminant en dernière instance. Tous ces incompétents sont dans le pouvoir et dans l’opposition alors que le peuple est hors pouvoir et hors opposition souffrant des uns et des autres.

Nous sommes dans une phase décisive d’un moment de l’histoire et tout semble se rassembler avec le mouvement désordonné pour la prise du pouvoir ou pour l’éclatement de l’Algérie.
Dans ce flou, Bouteflika n’a apporté aucune mesure digne d’intérêt, sauf à donner du pouvoir et du matériel à la police pour faire sortir l’armée du bourbier sécuritaire et pour contrer le DRS, mais l’armée se dit – Je suis légitime sur le plan historique, révolutionnaire et anti-terroriste ? Qui va prendre l’initiative ? Qui va affronter l’autre ? Est-ce l’empire à un Tantaoui égyptien ou un Djérid Ammar tunisien ?
Pour sortir du flou et trouver une issue nous devons reposer la question non seulement en termes de légitimité politique mais en termes de légitimité médiatique et économique.

Sur le plan médiatique l’Algérien est désinformé par des médias au service des intérêts occultes et des prédateurs. L’Algérien est mis dans une situation de l’âne de Buridan dans l’impossibilité de choisir ou de renoncer. Ceux qui se présentent comme information d’opposition ne lui donnent pas les clés de comprendre pour anticiper mais le soumettent à une autre forme de désinformation le poussant à quitter le champ politique et à ne pas voir le champ économique. A cet effet tout est mis sur le compte du DRS ou de Bouteflika alors qu’il s’agit d’un système dominé par la culture du partage mafieux de la rente des hydrocarbures, de l’économie informelle, de la prédation que permet un système bureaucratique et un système managérial qui a exclut l’idée de faire des études d’ingénierie par des Algériens et de confier petits et grands travaux au capital international par le clé en main ou le produit en main avec des commissions et des rétro commissions. Les dauphins de Bouteflika, comme lui-même, sont l’émanation du non Etat qui permet la prédation économique, l’injustice sociale, l’absence d’arbitrage par le peuple sur l’utilisation des ressources nationales, l’absence d’esprit d’initiatives créatrices de valeurs, d’emplois et de richesses nationales par le fait du monopole des dérogations et de la servitude aux réseaux du Bakchich en Algérie et hors d’Algérie.

L’équation économique est davantage pire : Nous devenons le terrain où le capitalisme, non seulement continue l’échange inégal par le commerce ou par la prédation coloniale mais le dépotoir de leur technologie obsolète et de leurs nuisances sur l’environnement (déchets nucléaires, produits périmés, idées mortifères…). Il est impossible de mettre sur place une économie moderne quand l’État n’a pas de politique et quand les agents économiques forment une famille au double sens de mafieux et d’alliances matrimoniales. Ce n’est pas la loi de Lavoisier mais la loi de Brown : Tout est en mouvement entropique, chaotique, au détriment du peuple et de l’économie nationale.
Une chose est sure, l’Algérie est rentrée dans une phase d’instabilité d’un nouveau genre. Elle n’est pas maitresse de son agenda. Il appartient aux Algériens conscients des enjeux de partager avec moi deux règles :

La première : Notre miséricorde pour le peuple que nous recommande l’Islam, elle doit être supérieure à la haine des haïssables pour ne pas nous déshumaniser et être entrainés dans leur haine. Nous devons refuser la voie de la violence aveugle, sans projet, sans cap. La révolution est nécessaire, juste et inévitable mais elle ne peut et ne doit être confiée à des aventuriers, des incompétents et des faillitaires. La miséricorde et l’empathie que nous commande l’Islam nous ordonne de nous poser la question déterminante : Allons-nous au nom de notre désir de libération encourager les criminels impérialistes et les revanchards islamistes ou les éradicateurs laïcs à réaliser leurs dessins de guerre civile comme en Lybie et en Syrie ? Avons-nous la lucidité et la compétence de fédérer les probités morales et politiques, intellectuelles et populaires, civiles et militaires pour rassembler les Algériens et les conduire pacifiquement mais sans concessions, sans arrangements d’appareils et sans présence de l’OTAN, de la CIA et de la DST pour enfin parachever l’indépendance qui a été confisquée et retrouver la souveraineté dans la paix, la liberté, la prospérité ? N’est-ce pas que notre Prophète nous a interdit de combattre derrière un étendard confus et que celui qui meurt derrière cet étendard meurt comme un mécréant. N’est ce pas lui qui nous a demandé d’être lucide et d’empêcher les insensés de nous conduire à la noyade collective :

D’après Annou’mân Ibn Bachir (RA), le Prophète(sws) a dit : « L’image de celui qui ne reconnaît pas les interdits de Dieu et cherche à les abolir et l’image de celui qui les transgresse est celle d’un groupe de gens qui ont tiré au sort pour donner à chacun d’eux sa place dans un bateau. A certains revint le pont et à d’autres la cale. Ceux qui logeaient dans la cale étaient obligés de passer par le pont pour puiser l’eau (de la rivière). Ils dirent : « Si nous faisions un trou dans la partie qui nous revient, nous cesserons de déranger ceux qui sont au dessus de nous ». S’ils les laissaient réaliser ce désir, c’est leur perte à tous ; et s’ils les en empêchent, c’est leur salut à eux et à tous ». (Rapporté par Al Boukhari)

La seconde : Nous devons d’inviter l’armée algérienne à relire avec responsabilité et nationalisme la plateforme de Rome de 1995 et d’inviter rapidement les plus sages et les plus influents à y adhérer et à faire bloc contre la marche vers l’inconnu. Sinon il y a le projet de Plateforme proposé par Abdelhamid Mehri qui doit être débattu, enrichi et mis sur pied pour en faire un programme de transition autour duquel se rangerait les femmes et les hommes épris de liberté, d’algérianité et des idéaux de novembre 54. J’invite les militants et les sympathisants d’une idée noble, généreuse, compétente et réaliste du FLN historique, du FIS, du FFS et de l’ANP à s’engager hors de l’esprit infantile et partisan de leurs appareils sectaires et à défendre l’indépendance de l’Algérie et à la redresser politiquement, économiquement et socialement.
Encore une fois il faut avoir le courage de dire la vérité : Ne perdons pas de temps. Monsieur Abdelhamid Mehri a fait une bonne proposition au Président Bouteflika. En mon humble avis, il est trop âgé et trop intelligent pour aspirer à autre chose qu’à une réconciliation qui réunit les lucides de ce pays avant le déluge. Le silence occultant sa proposition par l’opposition algérienne et ses chantres reste suspect quand on connait la valeur de l’homme, ses positions invariantes et surtout l’initiative d’ouvrir le champ politique et social. L’opposition algérienne islamistes et laïcs semblent être d’accord pour éviter le seul événement réellement politique depuis presque 20 ans.

Pour nous il ne s’agirait pas d’un moment d’émotion et d’applaudissement mais d’une nouvelle théorie de l’État, d’un nouvel énoncé de principes constitutionnels, d’une nouvelle doctrine de gouvernance, de la restauration de la politique comme disait Malek Bennabi un acte scientifique. Il ne peut être scientifique au sens sociologique si la société est absente ou si l’état-pouvoir dans tout ce qu’il entreprend est à la fois le maitre d’ouvrage, le maitre d’œuvre et le maitre d’usage ne laissant place à aucune inventivité, à aucune expression plurielle, à aucune responsabilité qui s’assume dans son domaine de métier et de compétence. Il ne peut y avoir Plateforme de sortie de crise si le peuple n’est pas impliqué dans ce débat au niveau des quartiers, des villes, des communes, des wilayas, de la nation, des corporations, sans fusil sur la tempe et sans argent sale mis dans les mains. Le peuple est le seul garant de l’Etat de droit à ériger, de la protection de cet Etat, de ce peuple et de leur territoire des visées impérialistes.
C’est en cassant, en Algérie, le système laïc, usuraire et monopoliste et en promouvant à sa place un système civilisationnel inédit mais s’inscrivant dans la logique de continuité territoriale, historique et psycho mentales de la civilisation islamique que nous pouvons nous préserver de l’impérialisme et du sionisme.

Contrairement aux apparences, l’Algérie dispose de ressources et d’hommes compétents alors que l’impérialisme dispose d’un capitalisme en voie d’effondrement. Dans les mois à venir tout le capital industriel, foncier et financier réel ou fictif passera entre les mains du capitalisme chinois ou israélien. L’Algérie est capable de résister et de porter la voix des opprimés d’Afrique du Nord et d’Afrique. Sinon tous nous serons des pré retraités qui vivoterons d’une rente du comptoir commercial américano franco israélo saoudien en Algérie. Nos limbes deviendrons des kleenex jetables, le temps de pleurnicher sur la grandeur et la dignité de nos aïeux avant 1830, puis comme une mémoire volatile d’un poisson rouge dans un bocal nous vivrons avec l’impression du déjà vu.

Ancien cadre supérieur, ancien dirigeant d’entreprise et ancien pédagogue je sais par expérience qu’il ne faut jamais construire sur une blessure qui n’est pas cicatrisée et qu’il faut redresser l’échec en réussite en réalisant de véritables réussites, même si elles semblent petites, ces réussites si elles sont celles des principaux acteurs du changement, ceux qui peinent et qui attendent un meilleur avenir, alors elles facilitent les grandes réussites, les grands apprentissages et la cicatrisation des plus grandes douleurs, des plus grandes déceptions et des plus grandes pertes. Même si les apparences entretenues par les intellect-écuelles et les médias invitent au pessimisme et à l’abandon, il y a de l’espoir et d’immenses chantiers à entamer pour reconquérir notre dignité, notre islamité et notre algérianité. On nous impose l’Apocalypse et les Croisades, soyons à la foi le plant de palmier que le Prophète a recommandé de planter même si la fin du monde survient et soyons tous Salah Eddine pour nous libérer de ce Wahn.

« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne vous prenne par la gorge » W. Churchill

Allah soit témoin que j’ai transmis en mon âme et conscience.

Omar Mazri – Auteur, Ecrivain

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La Libye, un cas d’école de la lutte idéologique

Saint Augustin l’évêque berbère d’Hippone en Algérie qui a façonné la pensée chrétienne a laissé cette définition du temps qui laisse les philosophes, les théologiens et les psychologues en émoi :

« le temps est le déchirement de la conscience entre le souvenir, l’attention et l’attente ».

L’homme vivant en harmonie avec le passé (la mémoire), le recueillement et la concentration sur le travail au présent tout en attendant la récompense de la terre et l’espérance du ciel, vit en harmonie avec lui-même, sa société et le temps historique, psychologique, spirituel, social… Il ne peut être un insouciant ni un irresponsable ni un colporteur de fausseté…

La tragédie humaine est dans ce paradoxe : Retrouver l’harmonie avec le monde et son Créateur n’est possible qu’au prix du déchirement du moi par lequel vient la vigilance. Il nous faut beaucoup de vigilance pour comprendre la tragédie libyenne et celle du monde musulman…

Le Musulman qui dispose de la Sourate Al ‘Asr où Allah fait le serment sur cette créature qu’est le temps, vit hors temps, privé de mémoire, privé d’un projet et loin de toute espérance. Il est comme un débris de liège que fragmentent les flots ininterrompus et les vagues successives du temps comme des assauts de moments, de durées et d' instants qui ne trouvent pas une consistance humaine ou idéique à façonner mais trouvent du Wahn, de l’insenséisme, de l’inconséquence, de l’incohérence, de la faiblesse.

Sur notre mémoire aussi volatile que celle d’un poisson rouge qui tourne en rond dans un bocal, on rapporte une anecdote qui fait le tour du monde sans nous émouvoir. Ariel Sharon disait qu’il ne faut pas avoir peur des arabes car ils n’ont pas de mémoire : Ils ne lisent pas et s’ils lisent, ils ne comprennent pas, et s’ils leur arrivent de comprennent, ils oublient vite. Cela fait des siècles qu’on répond à ces critères peu honorables mais dramatiquement vrais. Notre rapport ces derniers jours suite à l’assassinat de Kadhafi et la traque de Seyf Al Islam ces derniers jours confirment notre enlisement dans cette incompétence à lire, à comprendre et à mémoriser, à nous inscrire dans le temps du réel. La lutte idéologique menée par l’impérialisme contre l’ancienne aire de civilisation islamique connait nos problèmes de mémoire et d’anachronisme et elle sait les exacerber pour faire diversion sur ses objectifs et ses visées. Elle joue sur les mots comme l’aimante du prince des poètes Ahmed Chawki qui jouait sur ses maux en jouant avec les noms :

On l'a leurrée en vantant son charme

Car la belle est sensible aux compliments.

Elle a donc oublié mon nom dès que les noms

Sont devenus dans son amour trop nombreux.

Dès qu’elle me voit elle me renie

Comme s’il n’y eut entre nous nul sentiment.

Le sang des martyrs n’est pas encore évaporé, la sueur des résistants à l’OTAN n’est pas séchée et leur voix ne s’est pas tue que l’ont voit déjà nos sentiments changer et notre mémoire s’effacer. En effet des voix arabes innocentes et naïves se mettent à répéter à l’unisson dans les forums sur Internet ou dans les médias arabes et musulmans ces deux « vérités » : Kadhafi à été réduit au silence pour empêcher ses révélations ; Seyf Al Islam doit se rendre à la Cour pénale internationale pour sauver sa vie et faire les révélations que son père n’a pas fait afin de dévoiler la France et les États-Unis.

Ce qui est frappant c’est l’unanimité soudaine des arabes quand ont connait leur nature polémiste qui n’arrive pas à les mettre d’accord sur le sens d’un verset coranique ou sur la recette d’un gâteau oriental. Chacun y va de sa « vérité » qui lui a été insufflée à son détriment par la lutte idéologique menée contre la résistance libyenne : Donner une quelconque justification à l’agression et appeler au mutisme total. Je vais encore blesser des gens et me faire d’autres ennemis mais je dois avouer qu’en lisant ce qu’écrivent les arabes je m’incline devant Borges et je me surprends à répéter inlassablement sa citation dans mes derniers articles : «Les dictatures fomentent l’oppression, la servilité et la cruauté ; mais le plus abominable est qu’elles fomentent l’idiotie».

La pire idiotie est de croire qu’une guerre de 40 nations mobilisant l’arsenal le plus sophistiqué et les Fatwas les plus meurtrières c’est pour empêcher les révélations de Kadhafi alors qu’il n’y a pas longtemps on a vu Saddam Hussein face à un Jury où il n’a livré aucun secret et finir lynché devant les caméras du monde. C’est ce lynchage qui fait suite à une destruction massive, impitoyable et criminelle qui doit occuper nos esprits pour y voir la haine d’une civilisation en déclin et nous obliger à trouver des parades car cette machine de tuerie collective est bien lancée et elle se ne s’arrêtera pas avec ou sans prétendues révélations. Si la lutte idéologique met la lumière sur ce qu’elle veut, nous devons lui retourner ses projecteurs pour la dévoiler. Le célèbre metteur en scène Berthold Brecht a compris la nature de l’idéologie impérialiste en disant dans la métaphore de la mise en scène : « On voit ceux qui sont mis sous la lumière mais on ne voit pas ceux qui sont dans l’ombre ».

André Malraux a compris le drame du nihilisme de la société occidentale : « L'absence de finalité donnée à la vie est devenue une condition de l'action ». Il a compris son cynisme qui va la mener selon ses propres termes à ne plus savoir construire un temple ni enterrer un mort car elle est entrée dans le cycle de la fabulation satanique et de la mythologie maléfique : « Le destin de notre civilisation c'est la lutte entre deux imaginaires: D'une part celui des machines à rêver, avec leur incalculable puissance, et d autre part, ce qui peut exister en face de lui et qui n est pas autre que I 'héritage de la noblesse du monde… Nous sommes dans une civilisation qui devient vulnérable dans ses rêves, car ce qui est le plus puissant sur le rêve des hommes ce sont les anciens domaines sinistres qu'on appelait démoniaques – le domaine du sexe et le domaine du sang ‑ et dans ces domaines, les dieux sont morts mais les diables sont vivants. ». Les médias occidentaux et arabes se sont appuyés sur ce que Bourdieu appellent les « idiots utiles » pour enraciner l’idée de Scipion l’Africain allant chercher Hannibal pour le détruire car c’est un barbare sanguinaire. L’histoire nous dit que le reproche à Hannibal est d’avoir défié la grandeur impériale de Rome. Elle nous fera des révélations sur Scipion l’Américain et les troupes d’élites sur le sol libyen venant des bases de l’OTAN et des monarchies arabes. Sans attendre l’histoire, nous avons vu en direct l’assassinat d’un chef d’état commandité par l’OTAN.

Faute de compétences mnésiques sur le colonialisme, faute de présence attentive sur les tragédies qui s’accomplissent contre nous et faute d’attente de l’espoir qui ne peut venir que d’une résistance que nous devons impérativement semer et cultiver pour changer nous-mêmes et faire changer l’ordre inique des dominants, nous devenons otages de la lutte idéologique. Et ainsi nous lisons ce genre d’analyses pour Kadhafi et Seyf Al Islam :

« Il fallait le tuer pour ne pas qu’il puisse faire de déclarations compromettantes, son silence est salvateur pour plusieurs dirigeants car toute cette histoire n’est qu’une vaste fumisterie, un simple arbre qui cache une forêt. »

« Il serait alors judicieux pour lui de tout faire pour ne pas se faire assassiner à son tour. Le combat change maintenant de visage. Il s’agit maintenant pour lui de SE RENDRE à la « justice internationale », afin de faire toute la lumière sur les raisons de l’implication meurtrière de l’OTAN dans le conflit libyen et des circonstances de l’assassinat de Kadhafi par les agents français et de la CIA. C’est juste une QUESTION DE STRATÉGIE. »

La lutte idéologique est sournoise, comme la belle de Chawki, la scène éclairée de Brecht ou les machines à rêver de Malraux, elle nous fait chavirer dans l’émotionnel et le sensationnel que rapportent d’ailleurs si bien Libération, France Soir, Paris Match, autres médias et leurs relais dans les médias arabes et dans les forums fréquentés par les Musulmans. Si on cherche bien, on trouve dans ces organes de la désinformation et de la propagande les vérités que notre mémoire défaillante ne peut pas voir car elle est comme le regard fasciné par le magnétisme visuel du serpent ou les illusions des magiciens de Pharaon :

Pharaon dit : « Je ne vous montre que ce que je vois, et je ne vous guide qu’au chemin de la droiture ». Ghafir 29

L’impérialisme s’est exprimé par un de ses diplomates français donnant la note et la mesure que doit chanter le chœur, conscient ou inconscient de la véracité des paroles :

«Ce nouvel ami de l’Occident [Kadhafi] aurait pu rappeler ses excellentes relations avec la CIA ou les services français, l’aide qu’il apportait aux amis africains de la France, et les contrats qu’il offrait aux uns et aux autres. Voire plus grave, sait-on jamais?»

Le colonialisme s’est exprimé par le CNT libyen qui a fait dire aux médias occidentaux qui agissent comme les bureaux arabes du temps de l’indigénat :

« Seyf al-Islam Kadhafi souhaitait se rendre à la Cour Pénale Internationale. »

Ceci dit, il faudrait que d’autre voix s’élèvent contre ce matraquage idéologie de diversion et de subversion.

1 – Le simple fait que les médias et les diplomates veulent vendre cette idée de révélations de Kadhafi pose plusieurs problèmes aux commanditaires de l’OTAN. Le premier problème est de faire diversion sur l’agression sans droit et sur l’assassinat non seulement de Kadhafi mais des populations libyennes et de l’épuration ethnique contre les noirs et les Africains pour créer un nouveau Rwanda relooké en Libye. Le second problème est qu’il ne suffit pas d'assassiner un homme, de l’enterrer en cachette ou de bruler son corps et de le jeter à la mer mais d’effacer sa mémoire en la salissant. En salissant sa mémoire, on fait taire la résistance qu'il symbolisait à Syrte devenu Fallouja l'irakienne ou Stalingrad la soviétique. Au delà de Kadhafi, c'est le mutisme qu'on veut imposer à son peuple en changeant la nature du conflit : De conflit d'agression on passe en parodie de juridisme auprès d'une institution, le CPI, au service de l'agresseur. On a fait la même chose pour les Palestiniens : De cause palestinienne mondiale on est passé à une cause humanitaire à Gaza. On a fait la même chose pour les causes arabes et musulmanes : Nous devons nous confiner à nous rendre puis à aller pleurer nos droits aux institutions internationales au service de l’empire.

Pour salir la mémoire du Résistant on fait circuler et on fait colporter par des gens braves mais un peu naïfs que Kadhafi avait des révélations supposant par le syllogisme fallacieux auquel la rhétorique occidentale est habituée à manier qu’il était de mèche avec le colonialisme et le sionisme. Il aurait été un traitre qui a agit contre son peuple. Cette astuce de dénaturation de la vérité sur la vie d’un homme ne tient pas à l’analyse lucide et documenté. En effet la logique de la trahison exige que le traitre qui détient une vérité compromettante sur ses commanditaires et ses compromissions cherchent une porte de sortie pour sauver sa vie et préserver sa mémoire et sa dignité après sa mort. Cela n’a pas été le cas. Kadhafi a accepté de négocier sous couvert de l’OUA et a refusé de se rendre. Kadhafi, selon les dires d’Hugo Chavez, a été contraint de livrer bataille pour ses idées en faveur de l’Afrique et pour prémunir la Syrie et l’Algérie. Il est vrai qu’il a composé avec l’impérialisme pour sauvegarder son pays, son règne et trouver un espace de liberté mais s’il y a trahison, elle est ailleurs. Laissons ce soin au peuple libyen de se prononcer par les armes de la résistance ou par le bulletin de vote si les élections se déroulent un jour et si elles se déroulent correctement.

En admettant comme vraies ce genre d’inepties et en les colportant, les partisans des « révélations » semblent se recruter chez les partisans du complot et de la conspiration internationale comme si l’impérialisme et le sionisme ne sont pas suffisamment visibles, hégémoniques et maléfiques pour aller chercher dans l’occulte les maux du monde. C’est une insulte à la mémoire d’un résistant qui a mené tant bien que mal, en avançant et en reculant contre l'impérialisme et contre l'orthodoxie sunnite qui a fermé la porte de l'Ijtihad sauf celui de trouver la meilleure servitude envers les occupants. En colportant ce genre d’idioties, nous portons atteinte à la longue liste des résistants africains et arabes assassinés car ils ont tenus têtes à l'agresseur.

Est-ce que Patrice Lumumba avait des révélations ou des secrets partagés avec le colonisateur ? Benbarka a disparu, Ben M'hidi a disparu, Benboulaid a disparu, tous assassinés et l'Occident a toujours trouvé un motif par ses médias et ses taupes pour se disculper. L’autre problème de l’Occident est son échec militaire et moral dans cette agression avec, en latence, son échec économique sur les dividendes de plus en plus incertain du fait de la barbarie de l’agression, de la résistance qui va se former, du rôle que vont jouer les Russes, les Chinois, les Iraniens ainsi que les Algériens et les Égyptiens pour contrer la main mise de l’Occident sur le trésor libyen (pétrole, eau, or monnaie, réserves halieutiques et frontières communes). Il se doit donc d’inventer de faux combats, de fausses retraites et de faux gains. Par ailleurs il a une bonne raison de duper son opinion en lui suggérant des intérêts d'Etat à défendre dans une culture ethnocentrique et égoïste et lui faire accepter l'idée de la nécessité d'assassiner un "dictateur" sanguinaire pour préserver la liberté, la prospérité et la vertu de l’Etat jacobin. Qu’on le veuille ou non les batailles de succession ont commencé en France, en Russie et aux États-Unis avec le niveau de délabrement moral, économique et politique, l’assassinat politique sera un argument supplémentaire pour empoisonner la campagne politique.

2 – Le simple fait que le CNT demande à l’OTAN de prolonger ses opérations pendant encore au moins un mois prouve bien que la résistance est soit encore forte, soit qu’elle est en train de s’organiser et que sans l’OTAN, le CNT serait vite chassé car la population reste attachée à ses acquis sociaux et à son indépendance et elle n’est pas prête à s’embarquer pour n’importe quelle aventure y compris celle se cachant derrière une Charia sans contenu, enveloppée dans une démocratie à l’occidentale, faisant faillite morale, institutionnelle et populaire en France, en Angleterre et aux États-Unis et montrant son échec lamentable en Algérie, en Afghanistan, en Égypte, en Tunisie et en Irak.

Il ne peut venir à l’idée d’un homme sage et connaissant les enjeux de se faire le porte voix d’un appel à la reddition à l’ennemi. Il appartient au combattant en son âme et conscience de décider de continuer, de suspendre ou de différer la lutte selon son propre agenda et les impératifs du terrain qu’il connait mieux que nous qui sommes assis à l’abri et dans le confort dans nos fauteuils. Nous pouvons faire des invocations pour qu’Allah lui donne du courage, de la fermeté, de la constance, de la foi authentique mais nous ne pouvons lui dicter la conduite à tenir. Nous ne pouvons dire au combattant traqué par 40 nations avec ses armées, ses services secrets, ses technologies de surveillance et de détection, et ses vassaux de prendre du temps d’écrire ses mémoires, de se faire beau et persuasif ou de se rendre au CPI pour faire éclater la vérité. Les cours pénales internationales, depuis Nuremberg, sont l’expression de la volonté des vainqueurs en l’occurrence les États-Unis. Ceux qui ignorent ou font sembler d’ignorer cette réalité sont condamnés à brasser du vent et à tendre l’autre joue. Cet emballement médiatique de demander à Seyf Al Islam de se rendre et de chercher la clémence du CPI tout en rendant service à son père n’est pas une idée ingénieuse mais une posture ingénue qui ne connait pas le terrain d’affrontement militaire, de lutte de survie. Il appartient aux Libyens de tirer enseignement du Hezbollah avec sa machine idéologique, médiatique, politique, militaire, logistique et d’espionnage et contre-espionnage. Il nous appartient d’ouvrir les yeux et de voir la victoire du Hezbollah et du HAMAS devant l’agression sioniste comme il nous appartient d’ouvrir les yeux et de voir la résistance héroïque du peuple libyen. Résister pendant sept mois de bombardement et de pilonnage massif et incessant soutenu par une guerre médiatique et psychologique est un acte héroïque. Ni Bagdad ni Belgrade n’ont tenu autant de semaines et de mois.

C’est un coup donné dans le dos à cet héroïsme historique que d’évoquer l’idée d’un combattant se défendant se rendre à Interpol, à la CIA ou au CPI. Je descends d’une grande famille qui a donné des martyrs, des déportés et des disparus durant la guerre de libération nationale. Un de mes oncles a été le secrétaire particulier du Renard des Aurès, Cheikh Mustapha (Colonel Benboulaïd) et il est mort chahid avec lui après avoir refusé de continuer ses études d’ingénieur métallurgiste en RFA pour rejoindre les maquis algériens. Ayant vécu dans cette ambiance de sacrifice, partagée par beaucoup d’algériens, je comprends la souffrance de la résistance mais je ne comprends pas ces appels insensés. Aïcha est avocate, elle est capable d’écrire ou de haranguer le peuple libyen pour la lutte. Elle est capable d’inviter les résistants à se réconcilier avec une partie du CNT qui accepte de se repentir et de réviser leur position stratégique sur l’ingérence étrangère, la souveraineté nationale et le système de gouvernance spécifique aux us et coutumes libyens qui connaissent la culture de la démocratie directe celle de l’Islam initial et des tribus berbères du Maghreb.

3 – La lutte idéologique est une lutte de discours des idées, des représentations mentales, de production des images mentales en faisant triompher les mots, les concepts et l'imaginaire de l'agresseur sur ceux de l'agressé pour effacer sa mémoire, rendre son présent confus et son avenir incertain sinon vassalisé aux oligarchies impérilo-sionistes. Dans cette lutte nous voyons en parallèle à celle donnant justification à l'assassinat d'un chef d'Etat et à la demande de rédition des résistants, la mise en scène médiatique et humanitaire pour faire oublier Syrte, ville martyr. L'Occident impose ses images, ses commentaires et ses appareils militaro-humanitaire et idéologico-médiatique pour montrer Misrata comme ville martyr. Ce sont les montages que vont vendre les kiosques à journaux,  les plateaux de télévision  et Youtube, et que va relayer la chaîne des idiots utiles, ces colporteurs naïfs et de bonne foi qui vont sans examen critique devenir communicateurs au service de la lutte idéologique amplifiant et élargissant le mensonge.

Avec tous les respects que je dois aux auteurs arabes ou africains et aux commentaires entre l'approbation et la désapprobation de se rendre, je me permets d’insister sur notre devoir musulman de Basira (lucidité et perspicacité) que nous devons avoir sur la lutte idéologique que mène l'agresseur otanesque et ses vassaux et qui consiste à souffler des solutions comme on souffle le vent sur le feu ou plutôt le sable sur les braises pour les éteindre. Ne soyons pas la cendre qu’on éparpille au gré des vents. Mêmes les vents qui soufflent ne soufflent que par la volonté d’Allah comme une bénédiction et un secours ou une malédiction et un châtiment. Ne soyons pas le souffle que nous inspire Satan et ses liges.

Dis : « Voici ma voie : j’appelle à Allah, en toute clarté, moi et quiconque me suit, Gloire à Allah, et je ne suis point du nombre des polythéistes. » Nous n’Avons Envoyé, avant toi, que des hommes, des gens des Cités, auxquels Nous Inspirons. N’ont-ils pas été de par la terre afin qu’ils voient quel ne fut le sort de ceux qui étaient avant eux ? La demeure Future est sûrement meilleure pour ceux qui ont été pieux, ne raisonnez-vous donc pas ? Youssef 108

La Bassira, lucidité, clairvoyance et perspicacité, exprimée en fin du récit sur les souffrances de Joseph pour confirmer qu’elle est acquisition qui ne s’apprend pas dans les universités mais dans l’école des épreuves. Elle éduque le Prophète et ses compagnons à disposer d’une foi transparente, sans confusion, sans doute en faisant de leur esprit une dynamique critique et analytique pour construire la vérité, dévoiler le mensonge et voir la réalité telle qu’elle dans sa difficulté et sa complexité. On ne peut porter la Religion d’Allah avec un complexe d’infériorité ou de complexité qui fausse l’analyse objective ni un esprit revanchard et haineux qui fausse l’analyse subjective et psycho-affective et encore mois prendre les illusions des insouciants, les simplifications abusives des paresseux ou les leurres des ennemis comme vrais mais comme embuscade, diversion ou subversion idéologique.

Chaque musulman est tenu à être lucide pour désamorcer les guerres et les complots des médias occidentaux contre les musulmans. Refusons cette fatalité qui veut que la braise ardente donne naissance à la cendre inerte… La braise peut rester un feu ardent ou un phénix qui renait de ses cendres si la vérité brulante est alimentée par des arguments vrais et sincères en dépit de la haine et de la rage de nos détracteurs et de nos agresseurs. La lucidité nous commande d’être à côté des avocats Vergès, Dumas et Ceccaldi même si pour le moment nous ne voyons pas de noms musulmans. Nous restons des minus habens en tout avec la différence des autres minus habens qui peuplent la planète, c’est que nous sommes les plus arrogants, les plus incultes et les plus diffamateurs.

Dans les mois et les années à venir on verra l’Occident agresseur et en particulier la France confronté à la théorie des grands qu’elle a enfanté et qu’elle bafoue. Nous verrons la véracité du pamphlet de Maurice Joly qui, dans « Le Dialogue aux enfers entre Machiavel & Montesquieu », fait parler les morts pour répondre aux vivants qui étaient Napoléon III réalisant son coup d’état soutenu par les milieux d’affaires et de la presse mais refusé par Victor Hugo. Dans la servitude morale de la gauche à la droite au sarkozisme belliqueux et agresseur, nous verrons bientôt à quelle raison le peuple français va répondre. Pour l’instant ni Victor Hugo ni l’avocat Joly ne sont sur le champ médiatique et intellectuel occupé par Bernard Henry Lévy mais les jours qui s’alternent selon la loi de Dieu nous mettront face à ce texte sublime sur le sens et les conséquences de l’intérêt étatique suprême :

« Ne savons-nous pas que l’intérêt de l’État, c’est le plus souvent l’intérêt du prince en particulier, ou celui des favoris corrompus qui l’entourent ? Vous ne songez donc pas qu’avec des maximes pareilles, il n’y a pas de société qui puisse vivre ; vous croyez que le sujet tiendra longtemps ses serments quand il verra le souverain les trahir ; qu’il respectera les lois quand il saura que celui qui les lui a données les a violées, et qu’il les viole tous les jours ; vous croyez qu’il hésitera dans la voie de la violence, de la corruption et de la fraude, quand il y verra marcher sans cesse ceux qui sont chargés de le conduire ? Détrompez-vous ; sachez que chaque usurpation du prince dans le domaine de la chose publique autorise une infraction semblable dans la sphère du sujet ; que chaque perfidie politique engendre une perfidie sociale ; que chaque violence en haut légitime une violence en bas […] Le silence du peuple n’est que la trêve du vaincu, pour qui la plainte est un crime. Attendez qu’il se réveille : Vous avez inventé la théorie de la force ; soyez sûr qu’il l’a retenue. Au premier jour, il rompra ses chaînes ; il les rompra sous le prétexte le plus futile peut-être, et il reprendra par la force ce que la force lui a arraché. La maxime du despotisme, c’est le perinde ac cadaver des jésuites ; tuer ou être tué : voilà sa loi ; c’est l’abrutissement aujourd’hui, la guerre civile demain. C’est ainsi, du moins, que les choses se passent sous les climats d’Europe : dans l’Orient, les peuples sommeillent en paix dans l’avilissement de la servitude. »

Au lieu de semer le doute et la confusion dans notre camp, portons-les dans celui qui nous a agressés dans notre dignité et demandons à son excellence monsieur Alain Juppé, ce spécialiste de Montaigne, s’il est en phase avec la pensée de Montaigne et demandons aux amis de Montaigne d’appeler à la trahison de ceux qui n’ont pas respecté ses idées. Je vais emprunter quelques idées de l’agrégation de madame Béatrice PERIGOT de l’Université de Nice-Sophia-Antipolis) : « Le politique chez Montaigne ». Elle nous dit en 2003 à travers son étude sur Montaigne que la politique française nationale et étrangère est à l’opposé de celle de Montaigne.

Elle nous dit que Montaigne répète à plusieurs reprises qu'il refuse de se mêler de politique car elle corrompe et qu’il lui répugne déjà à se mêler ne serait-ce que des affaires de son ménage : « Ce n'est pas un mespris philosophique des choses transitoires et mondaines […] ; mais certes c'est négligence inexcusable et puérile. » Pourquoi un partisan de Montaigne irait s’occuper de la politique intérieure des Afghans, des Algériens, des Syriens ou des Libyens. La politique française n’est-elle pas suffisamment corrompue et contradictoire ?

Elle nous dit que ce qui affligeait le plus Montaigne, c’était la société (l'homme privé et non l’homme d’état) qui souffrait de la situation morale à laquelle la conduisait l’homme publique : « Je me consolerois ayséement de cette corruption pour le regard de l'interest public, mais pour le mien, non ». Charité bien ordonné commence par soi même et devant sa porte et non aller chez les autres leur apporter votre corruption et votre sens macabre et cynique de l’existence.

Elle nous dit que pour lui, le désordre civil et le renversement des valeurs morales ont surtout des effets sur les hommes privés. Il ne croit ni à la constitution ni à l'état mais à la coutume des peuples fondée sur leur morale et leur vivre ensemble : « La société des hommes se tient et se coust à quelque pris que ce soit… En quelque assiette qu'on les couche, ils s'appilent et se rengent en se remuant et s'entassant, comme des corps mal unis qu'on empoche sans ordre trouvent d'eux mesmes la façon de se joindre et s'emplacer les uns parmy les autres, souvent mieux que l'art ne les eust sçeu disposer… nous ne pouvons guieres les tordre de leur ply accoustumé que nous ne rompons tout». Les spécialistes de Montaigne semblent ignorer ses préconisations sur l’interventionnisme étatique qu’il voyait comme un générateur de chaos dans la société. Ni la France ni les États-Unis n’ont la grandeur morale ni la détention des valeurs universelles pour se croire les Rédempteurs de l’humanité et la Parole d’Évangile qui dicte, sous la force des armes et l’intervention des moyens de l’État idole, la messe à un peuple qui ne veut pas être converti à la nouvelle religion :

Elle nous montre enfin que Montaigne mettant au centre de ses préoccupations la morale, l'usage et les coutumes, il affirme que la meilleure république est celle qui existe et qu'il ne faut pas rêver de changer car le changement par l'extérieur est producteur de chaos. Le changement doit se faire de l’intérieur et en douceur car il s’agit d’un changement des coutumes que les peuples ont mis du temps à élaborer. Elle nous dit que le « conservatisme » de Montaigne n'est nullement idéologique mais se veut de l'ordre du bon sens. Montaigne refuse la posture qui consisterait à juger de l'extérieur et en dehors de toute situation concrète la matière politique. Il substitue à une posture intellectuelle, une posture fondée sur l'expérience, n'attribuant de ce fait à ses propos aucune autorité au sens ancien de garantie, tout en cherchant en même temps à conférer à ce qu'il avance un statut de vérité de fait, plus incontestable : « la descharge du mal présent n'est pas guarison, s'il n'y a en general amendement de condition ».

Sur quelle logique humaine, ethnologique, diplomatique et militaire vous êtes allés imposer par la force une reconfiguration politique d’un état souverain ? Au nom de quelles valeurs vous êtes allés prendre position en faveur d’une minorité bruyante contre une majorité qui a montré son attachement à son guide, à ses coutumes, et semer la mort, la désolation, la haine au nom de principes humanitaires et démocratiques bafoués dans votre propre pays. Les intellectuels français ne sont plus capables de faire baisser le son des sophistes et des partisans des syllogismes fallacieux hyper médiatisés pour dire ne parler plus en notre nom ni profaner les grandes figures de la France comme Montaigne, Montesquieu et Voltaire qui auraient désapprouvé cette agression peu honorable. Corneille vous aurait tourné en dérision : « A vaincre sans périls on triomphe sans gloire ». A gagner les faibles en les humiliant alors qu’ils sont agonisant nous verrons l’humiliation de la France face aux Allemands dont la négociation sur l’avenir de l’Europe ainsi que sur la vocation européenne (tirée vers la Russie) ou méditerranéenne (tirée par la France) de l’Europe avec toutes les conséquences en termes politiques, économiques et culturelles.

Les Africains et les Arabes ne doivent pas laisser une porte de sortie idéologique à ceux qui ont assassiné les enfants, les femmes et les vieillards de Libye qui ne leur ont rien fait ni rien demandé. Vous devez arrêter de colporter ou de soutenir les astuces que vous livre le colonialisme. Ceux qui se font l’écho de la lutte idéologique menée contre le monde musulman, ils portent la même cécité et la même médiocrité que le despotisme religieux, culturel et politique qui a cultivé leur regard mental et qui les rend comme des mouches qui gobent tout sans ouvrir les yeux sur les armes de diversion et de subversion de leurs adversaires dont les dégâts sur les limbes et la dignité sont pires que les dégâts sur les bâtiments, les infrastructures et les installations de l’Irak ou de la Libye :

Certes, quand les tyrans s’emparent d’une Cité, ils la corrompent et rendent avilis les nobles de ses habitants. C’est ce qu’ils font toujours.

Ce serait désastreux de tomber dans le matraquage idéologique, de donner un crédit sur la tyrannie, la mauvaise gouvernance ou sur des révélations de Kadhafi même si elles étaient vraies car la priorité n’est plus Kadhafi mais l’agression de l’OTAN qui peut et qui veut agresser d’autres peuples dans le monde poussé par la cupidité du capitalisme et la foi en sa force invincible et en son impunité. Si Allah blâme les Musulmans qui ont prêté oreille à un arabe hypocrite ou insouciant comment croire qu’Il va nous pardonner notre infantilisme envers le colonialisme :

O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez discernant pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne soyez pris par le remords par ce que vous avez fait.

Comment se taire quand un Musulman nourri à l’école du Coran, de la Sunna et de la civilisation musulmane, qui a fait face avec détermination triomphante contre de grandes détresses militaires, socio-politiques et naturelles, se met à dire : « Vivement que l’ Imam Al Mahdi arrive pour stopper cet empire du mal ». J’ai lu un livre de l’Abbé Pierre qui racontait qu’un homme malheureux s’est mis à blasphémer et à lui dire « Mais que fait le bon Dieu ? » et l’Abbé lui a répondu tout simplement « Mais Il t’a fait toi ». Aller vers des solutions relevant du Ghayb, c’est trahir notre Prophète. Il n’y a que trois voies possibles et relevant du champ des possibilités humaines. Ou les pays musulmans refondent leur pays sur des bases islamiques saines et civilisées et se donnent les autorités légitimes pour gouverner et équiper leurs armées en mesures électroniques et contre mesures électroniques pour faire face à l’hyper sophistication des systèmes d’armes occidentaux ou ils rejoignent un mouvement altermondialiste qui soulèvent les peuples contre l’hégémonie sioniste et impériale dans un seul clivage : être pour ou contre le salut de l’humanité contre la domination des oligarchies sataniques. Ou revenir aux idées mixtes qu’ont défendues Malek Benabi et Roger Garaudy. Les Iraniens ne sont pas entrain d’attendre leur treizième imam en attendant la fin du monde : Ils construisent tous les moyens pour se défendre en cas d’attaque et riposter en élargissant le conflit de telle manière à le rendre planétaire donc dissuasif. Il faut déconstruire tout notre système idéologique façonné sur la fascination et la paresse :

« Lorsque ma Communauté exaltera le dinar et le dirham, lui sera ôté le prestige de l'Islam, et lorsqu'elle cessera de commander le bien, elle sera privée de la bénédiction de la Révélation » Hadith

Lorsqu’on prendra conscience de notre Wahn alors la parole sera d’or et le temps sera efficacité en mémoire, en présence et en construction d’un avenir libéré et civilisé par des hommes de la trempe des anciens dont Hassan al Bassri qui a invité les Musulmans faisant face au sanguinaire et despote Al Hajjaj a s’en prendre à eux-mêmes pour les malheurs qui les frappent et à faire du temps un allié ou un ennemi pour l’au-delà « Le jour qui arrive est une créature qu’Allah t’envoie pour toi ou contre toi et qui te dit : je suis un nouveau jour pour toi si tu ne fais pas cas de moi sache que je ne reviendrais plus jamais mais ce sera un autre jour qui viendra. Quand à moi je ne reviendrais te voir qu’au jour du jugement dernier pour témoigner en ta faveur ou contre toi selon ce que tu as fait de moi »

Omar Mazri – Auteur, Ecrivain

  • Déontolgie et actes pédagogiques
  • La République et le Voile : Symboles et inversions
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Aimer : « la Voie coranique »
  • Les « Révolutions arabes » : Mystique ou mystification ?

Livre : Le Dilemme arabe et les Dix Commandements US

Auteur : Omar Mazri
ISBN 978-1-4716-2569-5
Edition & Conseil
176 pages 
Dimensions : 14.8 de X 21.0

Présentation du livre

Quels sont les buts atteints par les révolutions arabes un an après le soulèvement populaire ?
En cours de soulèvement j'ai proposé une lecture qui mettait les révolutions entre un moment mystique de l'histoire et une mystification des hommes. J'y reviens en les confrontant aux dix commandements américains qui n'acceptent que les vassaux soumis à leur hégémonie.
 
Les élites confrontées à la réalité géopolitique qu'elles ont occultées faute de cadre d'orientation idéologique font le dur apprentissage du serpent qui se mord la queue au lieu de poursuivre la révolution vers un exercice souverain du peuple sur la politique et l'économique. Pour celà il fallait se libérer non seulement de l'oppression des dictateurs mais de l'ego partisan rancunier ou assoiffé de pouvoir. Pour se libérer de soi et se hisser à la grandeur de l'Islam il faut prendre de la distance par le recours aux concepts, à des grilles de lectures, à la grammaire des civilisations,  à la géopolitique et à ce que
l'Islam impose comme méthodologie de lecture : le réalisme, la dynamique dialectique, la globalité et le refus de s'aligner.
 
L'Islam porte en lui les compétences de virtualisation et d'actualisation qui permettent à ses adeptes d'être des forces de propositions et à ses organisations et ses idées d'être des alternatives crédibles et viables au mondialisme. Est-ce la voie choisie par les révolutions arabes? Est-ce la voie montrée par les Frères Musulmans et les Salafistes qui dominent aujourd'hui la scène politique et médiatique en Egypte et en Tunisie? Est-ce que la solution de l'Islam consiste à dire " l'Islam est la solution" ou "Allah a dit et son Prophète  a dit" au lieu de faire du Coran de la Sira et de la Sunna le canevas des idées, le metier à tisser de  l'ingénierie politique et économique? Est-ce qu'il fallait conduire une révolution à son terme ou s'en approprier les premiers fruits en occupant les postes de commande des insitututions sans programme politique et économique qui mène vers l'Islah global et la Nahda tant attendus par les grandes figures de l'Islam et par le commun des Musulmans?
 
Est-ce que les braises de la révolution arabe sont encore actives pour se soulever, cette fois-ci, dans un cadre idéologique fédératif, libérateur et civilisateur non seulement pour les Musulmans et les Arabes mais pour l'humanité épuisée par l'aliénation capitaliste, l'individualisme et l'absence de perspectives humaines ?
 
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Le Phénomène Coranique – Malek Bennabi

Dans l’effort d’éveil des consciences contre la dérive de l’explication eschatologique de l’histoire qui nous rend semblables à des êtres atteint de démence et de paralysie intellectuelle n’attendant la fin de nos tourments que dans l’attente de l’apocalypse ou la venue du Messie ou du Mahdi version talmudique de l’Islam voici un livre qui explique du point de vue phénoménologique, sociologique, psychologique, historique et linguistique la Révélation coranique et son impact sur Mohamed Modèle universel de miséricorde sur lequel nous devons calquer nos comportements. Le Ghayb est trop compliqué pour qu’il sot révélé dans ses détails et ses termes à des créatures dotées de raison limitée pour le comprendre mais apte à agir sur la réalité des faits tangibles et dialectiques.

Dans l’effort d’éveil des consciences contre le travail de débilisation et d’infantilisation des Fatwas venant du Moyen-Orient archaïque fidèle serviteur du sionisme et de l’Empire voici la puissance cognitive et imaginative de Malek Bennabi qui apporte l’éclairage juste et sensé sur l’apparition de l’Islam et sa capacité à transformer l’homme et son milieu pour en faire des libérateurs et des civilisateurs. Nous sommes à l’opposé de la tristement célèbre et récente Fatwa   » Un homme et une femme peuvent cohabiter dans un même bureau à condition que l’homme tète le sein de sa collègue femme afin qu’elle puisse être considérée comme sa sœur de lait.« 

Voici la réponse magistrale d’un homme qui a consacré sa vie à l’éveil du Musulman pourqu’il affronte avec des idées et des concepts  la lutte idéologique menée contre sa religion et sa civilisation. Il avait tranché depuis plus de 60 ans un débat qui continue de passionner les apprentis musulmans sortants des écoles franco musulamnes acquises aux thèses des orientalistes falisificateur du sens des versets coraniques et de l’histoire de la biographie du Prophète par leur capacité à s’imposer à nous comme prescripteurs de lecture et comme modèles de formatage des esprits nous amenant non seulement à démissionner mais à nous installer dans le confort perfide de l’auxilliaire de service de la pensée coloniale et post coloniale qui a façonné notre mentalité de colonisé.

Lisez ce livre vous sortirez rajeunis, transformés et libérées du mimétisme et de la redondance ennemis de la créativité et de l’adaptation aux problèmes de notre temps. Vous y verrez l’esprit moderne qui apporte  en filigrane la réponse claire et définitive sur la modernité de l’Islam comprise comme effort cognitif, méta cognitif et psychosociale pour produire ses idées, ses matériaux et ses hommes les plus aptes à répondre aux défis de leur époques avec les normes et les références immuables de leur Créateur et de leur Prophète. Les Musulmans, en lisant ce livre prendront conscience de la différence entre les idées qui font la modernité comme un processus permanent de civilisation et l’accumulation des choses produites par la modernité occidentale que nous confondons faute de repères et de référentiel stable sur notre identité, notre implication dans les causes justes, notre rôle dans l’histoire universelle.

Le Maghreb a produit de grands hommes au service de l’Islam et de la lutte contre l’oppression. Il est de notre devoir de leur donner vie. Ce n’est pas un appel au sectarisme contre le Machreq mais un devoir de mémoire, de justice et de libération tout particulièrement en ces moments où la pensée rétrograde des islamo otanesques et des pétro dollars ruine plus que jamais notre personnalité et notre apport allant jusqu’à nous imposer leur socio code et leur géo codes produits par leur décadence comme vérité islamique contrairement à tout bon sens religieux et historique. C’est notre devoir que de nous inscrire dans le processus de rayonnement de l’Islam qui a quitté assez tôt l’Arabie pour être repris par les Perses, les Indiens, les Egyptiens, les Berbères et les Asiatiques qui ont profité et ont fait profiter l’humainté des Lumières de l’Islam et de l’efficacité de la langue arabe pour développer de la pensée, des arts et de la spiritualité que l’Arabie ne sait toujours pas développer car l’esprit du bédouin autarcique a pris le pas sur l’ouverture et la mobilité de la pensée islamique. Le Maghreb de rite malékite a matière suffisante en terme de fiqh rigoureux sans éprouver le besoin d’importer elui des autres. Les autres ainsi que le Maghreb ont besoin de revifier ou de produire de la pensée universelle à l’image de celle de Malek Bennabi.

Malek Bennabi est aussi un espoir pour la génération musulmane née ou vivant en France. En effet, de culture francophone, produit de l’école coloniale, issu des grandes écoles françaises il n’était pas destiné à servir l’Islam et l’Algérie mais à servir la France. Seule la conscience de la tragédie algérienne mise dans le puzzle de la tragédie humaine confrontée à la colonisation peuvent conduire un homme à refuser les hautes fonctions de l’administration coloniale pour consacrer sa vie à chercher la vocation de l’Islam, celle du libérateur et du civilisateur de l’humanité. C’est davantage l’attachement à une cause qu’à une identité qui conduit vers l’excellence de l’Islam car l’Islam est le courronnement de l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur en noblesse, en beauté, en générosité, en foi. La langue française peut donner des grandes figures à l’Islam comme Malek Bennabi et plus tard Roger Garaudy même si à un moment de leur vie ils comprennent que pour être compris par le peuple arabe et pour mieux comprendre l’Islam le recours à la langue arabe est un passage obligé. Ce passage est une clé, un enrichissement.

Malek Bennabi, qu’Allah t’accorde Miséricorde auprès de Lui et grande considération dans ce bas-monde, et qu’Il nous fasse bénir par la compréhension de ton oeuvre magistrale et de sa transmission au plus grand nombre.

Omar Mazri

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Le Phénomène Coranique – Malek Bennabi

Livre sur l’islamophobie – Islamophobia : Deus ex Machina

Auteur : Omar Mazri
ISBN-978-1-4710-2643-0
Edition & Conseil
Format A5 – 232 pages

L’analyse des discours islamophobes et des discours sur l’islamophobie met en exergue une réalité alarmante : il ne s’agit pas d’une attitude xénophobe ni raciste « classique ». Les circonstances et conditions de ce phénomène ainsi que les réalités géopolitiques et historiques militent en faveur d’une diversion, d’une subversion et d’une conspiration conduites par les trois principales forces dominantes du monde qui ont peur de perdre leur hégémonie perverse sur le monde.

Voici donc une description des mécanismes, des leviers, de la dimension, et de la portée de l’instrument nommé « Islamophobie ». C’est une véritable et diabolique machine de guerre idéologique, politique, psychologique et médiatique contre l’Islam et le Musulman…

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Extraits du livre Islamophobia ex Machina

 

 

 

 

Islamophobie – La République et le Voile : Symboles et Inversions

Le livre « La République et le Voile : Symboles et Inversions » de Omar Mazri et Zeinab Abdelaziz s’ouvre sur la citation plaidoirie d’Alphonse de Lamartine : « Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute ! » Elle annonce le ton, le style et les véhicules pour naviguer dans 21 chapitres de dénonciations, d’explications et de prises de positions en faveur de la femme ni supérieure, ni inférieure, ni égale, ni différente de l’homme mais un autre sens de l’humain, le sens au féminin. Ce féminin souffre de persécutions au nom de la liberté et de l’émancipation de la femme, liberté décidée par l’homme et ses clones travestis…

Ce livre montre que le voile qu’on veut présenter comme symbole islamique n’est pas un symbole religieux au sens « péjoratif » du terme mais un archétype du vêtement féminin qui a traversé toutes les coutumes, toutes les époques, toutes les contrées et toutes les religions. C’est un vêtement de la pudeur et de la décence qui disparaît dans certaines sociétés primitives ou dans les sociétés en régression morale et dans les civilisations en voie de disparition comme celles de l’Égypte et de Rome à titre d’exemple.

En jouant sur les mots des couleurs et les maux de société les auteurs ont montré la problématique du symbole, sa naissance, son déplacement et ses défis dans les luttes sociales entre le maniement et la manipulation du symbole qui prend sens conventionnel, iconique, cosmique, fantasmagorique, imaginatif dans la création du lien de la socialité et du monde des idées ou du déchirement du lien et de la diabolisation de l’autre. Manier le symbole, c’est fédérer et construire un vouloir-vivre ensemble dans toutes les interactions sociologiques, économiques, culturelles et sociales d’une nation ou d’une civilisation. Manipuler le symbole, c’est aiguiser les crispations sociales, favoriser le repli identitaire et briser les liens pour mobiliser les populations comme on mobilise des armées dans une lutte partisane, sectaire, colonialiste contre l’autre.

Le symbole évolue en se conjuguant avec d’autres symboles ou d’autres signes pour donner d’autres symboles car les référents idéologiques, culturels et religieux changent du fait des conditions objectives socio économiques, des nouveaux savoirs ou des conditions subjectives. Le Bleu chez les grecs a désigné l’autre, le barbare, puis a muté pour désigner la chasteté, la pureté, la grâce et le sublime du voile incarnant la Vierge Marie mère de Jésus.

Les pseudos sémiologues et philosophes de salon ont poussé la République à se fourvoyer sur le terrain du symbole qui est un terrain de sensibilités qui dépasse le domaine du rationnel et de l’apparat. En les suivant la République s’est trompée de débat en se focalisant sur le foulard, le voile et le Niqab et tout particulièrement en les présentant comme un symbole ostensible.

Prenant en contre pied les « intellectuels négatifs », les fonctionnaires organiques de la pensée unique, les auteurs ont poussé le jeu en caricaturant les faux débats « sensationnels » et à sens unique, les acculant à leurs limites idéologiques en leur empruntant leur style décousu et piquant jusqu’à l’os qu’ils ont utilisé contre la sensibilité des jeunes musulmanes privées d’écoles par une loi témoignant de l’insenséisme laïciste et par une volonté délibérée de continuer à stigmatiser de la manière la plus ignoble qui soit la femme musulmane allant jusqu’à la traiter de « sac à patates » soumises à la phallocratie des misogynes musulmans qui sont le père, le frère ou le mari. La femme musulmane voilée serait analphabète, moche, soumise et anachronique dans le monde du voyeurisme sexiste friand de nues et de dénudées.

Mettant à nu le cynisme des uns et la complaisance des autres, les auteurs, piqués dans leur amour propre, se sont attelés à coudre et découdre, à faire et défaire les empiècements et les oripeaux des acteurs et des metteurs en scène pour les tourner en dérision colorée et les mettre en pièces chromatiques en voilant et en dévoilant selon le gré de l’écriture les non-dits qui symbolisent le combat symbolique de la République contre un tissu désigné comme ostensible.

Démontrant que les Commis de l’État se sont mélangés les pinceaux, en allant sur le terrain de la pudeur et d’un autre sens au féminin différent du sexisme intégriste, les auteurs ont montré qu’il y a confusion entre le symbole, le socio code et l’archétype du vêtement féminin. Cette confusion fausse le débat en voulant le placer au niveau religieux alors qu’il devrait être situé, en France laïque, sur le plan démocratique c’est-à-dire celui des libertés et de la construction du vouloir vivre ensemble dans un monde en mouvement où les repères traditionnels de la vielle Europe s’effondrent face à l’américanisme mondialiste.

Il y a une volonté de rendre symboliquement ostensible ou ostentatoire la pudeur et l’éthique musulmane qui prône la pudeur et la chasteté en manipulant le vêtement et les accessoires costumiers de la femme musulmane. Le combat symbolique dans lequel on a fourvoyé la République avec son corps pédagogique, sa magistrature et ses forains du « Panem Circenses » n’est pas nouveau, il s’inscrit dans une islamophobie dont nous voyons un acte hautement symbolique : Oblitérer la communauté de la « voilée » en présentant le voile comme ostensible ou ostentatoire sans afficher la volonté réelle qui vise à diaboliser sa religion. Pris dans leur ardeur fervente de servir la bigoterie du laïcisme, les adeptes du culte islamophobe et les revanchards nostalgiques de l’Algérie française se sont renvoyé les maux dans un monologue de surenchères sur les mots ostensible et ostentatoire sans jamais trouver intelligence ni finesse à montrer au peuple décervelé où se trouve le caractère distinctif entre ostensible et ostentatoire dans la langue de Molière qui semble rompre avec la sémantique en se confinant dans l’insulte et la médiocrité du discours médiatique.

La diabolisation de l’islam n’est pas nouvelle comme n’est pas nouvelle la haine portée contre les Prophètes et les vertueux. Les auteurs sont allés plus loin que le constat global sur l’attaque inavouée contre l’islam en cherchant à comprendre le pourquoi de la forme symbolisée de ce combat et à décrypter ses enjeux stratégiques et tactiques. Ces questions doivent être posées non seulement par les musulmans mais par tout esprit libertaire car la Postmodernité appelle à l’expression libre des différences et à la promotion de l’esprit de finesse contre l’esprit des lois ou de géométrie et contre l’indifférenciation sociale et culturelle qui nie la diversité ?

Les esprits lucides et responsables doivent aider la République à dépasser son contentieux lié à la colonisation et surmonter sa phobie de l’islam. Le lien ostensible et ostentatoire entre la levée à l’unanimité des boucliers, contre le vêtement de la pudeur et le conformisme politique et culturel, contre le droit des Algériens à disposer d’eux-mêmes en se décolonisant est symboliquement frappant. Les référents idéologiques et politiques sont les mêmes : L’ethnocentrisme qui n’envisage qu’une seule vision du monde, la sienne, et l’inconscient qui n’a pas fini ses Croisades et qui les poursuit contre des gamines en les assiégeant à la maison privées de sorties vers l’école publique.

Tous les pourquoi ne mettent pas seulement en cause les tenants intégristes de la laïcité gréco romaine et judéo chrétienne de la France, faisant impasse sur mille ans d’apport de la civilisation islamique, mais mettent en cause les rentiers de l’islam de France qui ont adopté un profil bas pour ne pas dire complaisant. Les auteurs n’ont pas jugé utile de signaler le laxisme des Rois et Gouvernants des pays musulmans car ils ne sont ni représentatifs ni témoins ni acteurs d’un monde dans lequel ils ont le rôle du vassal, du comparse ou de l’insouciant en marge de l’histoire.

Les auteurs ne s’enferment pas dans un discours bigot sur le port du voile et sur la controverse entre partisans du voile, du foulard ou du Niqab car le Qur’àn ne s’est pas étalé sur le sujet puisqu’ il le considère comme vérité axiomatique, archétypale, ne nécessitant aucun débat, ni en interne, ni en externe. Ils insistent par contre sur l’absence du débat démocratique en France qui aurait mis fin à l’instrumentalisation d’un bout de tissu utilisé pour aiguiser les crispations sociales et cacher les incohérences, les inconséquences d’une République qui continue de rêver comme un empire colonial avec les indigènes, comme sujets, alors qu’elle n’a ni les moyens de son rêve passé ni les solutions d’aujourd’hui pour répondre aux exigences nouvelles du nouveau millénaire à une société de plus en plus atomisée sans projet de vie qui ait sens et finalité…

Les auteurs n’ont pas manqué de poser la question qui peut déranger les bigots et les pharisiens du monde musulman : Existe-t-il un vêtement islamique ? Il ne s’agit pas de remettre en cause ou de controverser le port du voile, du Jilbab, de la mantille, de la cape ou du vêtement pudique de la femme. Il s’agit de se questionner sur les socio codes et sur les géo codes qui définissent la couleur, le tissu et le façonnage de l’habit, une mode ou un costume dans le sens de respect de la coutume locale. C’est la manière de porter l’habit et de se comporter socialement qui donnent à la vertu une forme vestimentaire et à la pudeur un code d’habillement qui ne va pas à l’encontre de l’esprit et de la lettre coranique. Le port du vêtement féminin de la pudeur et du comportement de la décence est institué, notamment, par un verset de la Surah An Nour (la Lumière).

Cette Surah a des particularités distinctives. Elle est la seule à s’inaugurer par la mise en exergue de l’obligation, de l’explicitation et de l’évidence des versets coraniques. Elle est la seule qui soit réservée exclusivement à codifier, organiser et réguler les relations sociales en générale, les relations familiales et les relations singulières homme femme. Elle explicite les comportements de pudeur, de vertu et de chasteté aussi bien de la femme que de l’homme. Elle prend la défense de la femme calomniée, diffamée dans son honneur, personnifiée en la personne de Aicha, l’épouse du Prophète. Dans cette architecture rhizomique de comportements et de lois protégeant la femme et la société, la Surah annonce que « Allah Est la lumière des Cieux et de la terre ». La société des Lumières et les personnes éclairées sont celles qui sont illuminées par Allah et par leur conformité à Ses préceptes. Une fois de plus il ne s’agit pas de symbole dans son autre définition de signe conventionnel que le vêtement de la pudeur islamique fait référence mais au sacré. Contrairement au profane, le sacré est indiscutable, inviolable, intouchable au risque de générer des violences sociales.

L’Occident souffrant d’une crise du sacré, la transcendance monothéiste lui échappe totalement. Il ne peut comprendre que le symbole qui se manifeste dans les rites magico rituels païens ne peut trouver place dans l’islam car le monothéisme islamique par sa définition même ne peut se contenir dans les limites du muable, du relatif, du réversible et de la finitude que portent le symbole et le processus de symbolisation. Le musulman vit en harmonie avec le sacré mais il n’a pas compétence à donner une sacramentalité à un objet ou à un signe pour en faire un symbole. Si nous prenons le symbole dans sa méta définition comme déplacement de significations pour créer du sens et fédérer une communauté autour de ce sens nous pouvons dire que les musulmans portent ce potentiel de fédération dans l’universel par leur harmonie avec le sens de l’Unicité qui gouverne les univers. De la même manière que les notions de Liberté, Égalité et fraternité galvaudées, on assiste depuis longtemps au galvaudage des symboles et des identités. Refusant la diabolisation qui sépare l’homme de son identité religieuse et citoyenne les musulmans de France lancent le même le même cri d’alerte, celui de l’Émir Abdelkader, lancé ni comme un défi ni comme une soumission mais comme un appel à l’unisson symbolique : « Comprenez ma religion ! »

Contrairement au triomphalisme de l’esprit colonial et de la surenchère dans la soumission de l’esprit indigène toujours vivaces, le livre présente en annexe quelques costumes féminins témoignant de l’archétype du vêtement féminin qui se prend des modulations formelles et chromatiques pour témoigner non du symbole mais du géo code. Il présente les résultats du sondage réalisé par oumma.com prouvant que contrairement aux péroraisons des esprits sur médiatisés qui ont confisqué la parole et l’opinion de la population musulmane, celle-ci dans son écrasante majorité refuse l’idée d’une loi anti voile considérée comme stigmatisation des musulmans et atteinte à la dignité de la femme et à sa liberté d’être pudique. S’il faut défendre le vouloir vivre ensemble il faut le faire dans la différence et non dans l’indifférence, l’indifférenciation ou le choc des cultures.

De la même manière que la symbolisation est un processus d’unification des différences issues d’une même déchirure, d’une même séparation antérieure le vouloir vivre est un processus de conjugaison des diversités issues d’autres horizons, d’autres religions, d’autres cultures. Le vouloir vivre ensemble – fondé non sur la démagogie de l’assimilation ou de l’intégration mais construit au quotidien sur le terrain des interactions sociales, économiques, politiques et culturelles – est l’enjeu que la société doit imposer à ses politiques, à ses parlementaires et à ses médias.

Le livre « La République et le Voile : Symboles et Inversions » conclue par un appel à la compétence de discernement qui semble manquer aux parlementaires appelés à la votation contre le port du vêtement de la pudeur. Ces lois sont en contradiction avec l’histoire de France qui s’est distinguée sous la monarchie ou la République par des lois contre le vêtement dites lois somptuaires. Ces lois étaient contre le luxe ostentatoire et les vêtements somptueux, masculins et féminins, imposés par la mode et qui mettaient en danger l’existence des manufactures françaises concurrencées par les manufactures italiennes, hollandaises et anglaises.

C’est cette compétence de discernement qui permet de faire d’un tissu vierge, d’un comportement, d’une proposition de loi ou d’une feuille blanche, comme le dit le philosophe français Michel Serres, à la fois toutes les couleurs et l’absence de couleur. Toutes les couleurs peuvent donner du noir ou une palette chromatique juxtaposant des couleurs vives contiguës et d’autres mélangées en des tons et nuances prêtes à servir, sous une main talentueuse et humaniste, à la réalisation d’une belle fresque sociale. Tel est le défi que la France en panne d’avenir ne semble pas voir dans le présent brumeux des querelles de clocher alimentées par les sectaires qui cachent leur idéologie de prise d’otage de la République et du monde occidental derrière un voile rendu ostensible ou ostentatoire pour rendre visible ceux qui sont sous la lumière et cacher ceux qui sont dans l’ombre selon l’expression du célèbre metteur en scène de théâtre Berthold Brecht.

Le temps est le révélateur de l’histoire, celle des sombres tragédies d’un système inquisitoire ou celle des sublimes épopées toutes en couleurs comme en Andalousie qui a donné à l’Occident, par le recours à l’Islam, sa Renaissance…

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TITRE : La République et le Voile : Symboles et Inversions

AUTEURS : Omar MAZRI et Zeinab Abdelaziz

NB PAGES : 403 | Format : PDF

 

La stratégie du choc par Naomie Klein

En 2007, Naomi Klein publiait – La Stratégie du choc.

Un traumatisme collectif, une guerre, un coup d’état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste plongent chaque individu dans un état de choc. Après le choc, nous redevenons des enfants, désormais plus enclins à suivre les leaders qui prétendent nous protéger. S’il est une personne à avoir compris très tôt ce phénomène, c’est Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976.
Friedman, soutenant l’ultralibéralisme, conseilla aux hommes politiques d’imposer immédiatement après une crise des réformes économiques douloureuses avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de traitement de choc.
Naomi Klein la qualifie de « stratégie du choc ».
En utilisant de nombreuses images d’archives, Michael Winterbottom et Mat Whitecross démontrent la puissance du texte de Naomi Klein et la nécessité de résister.

Celui qui n’a pas la possibilité de lire son livre et ses multiples articles sur la diversion, la manipulation et les guerres menées par le nouvel ordre mondial peut en visionnant cette vidéo faire un lien avec  la stratégie du choc utilisé en Algérie durant ce qu’on appelle la décénie noire, en Libye et maintenant en Syrie pour disloquer les mentalités collectives et imposer les volontés des dominants même si elles sont insensées et absurdes. Pour résister il faut connaitre et faire des liens entre ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient et ce qui s’est passé en Amérique latine.