Islam  : Libération des opprimés

Al Qaradaoui : la parution des groupes de violence

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« Nous devons combattre pacifiquement pour le renversement des gouvernements en déroute »

« La plupart des gouvernements musulmans sont laïcs, mais la laïcité a des degrés »

Repris en arabe par islamonline par Mostafa Abdelméguide. Traduit et présenté en français par Dr Zeinab Abdelaziz et Omar Mazri

Le savant, docteur Youssef al Qaradaoui, président de l’Union Internationale des Savants Musulmans, assure que les groupes (jamaâtes) de la violence ont essayé la force, et ne sont pas arrivé à renverser un gouvernement ou à changer un système, considérant qu’il incombe aux musulmans d’apprendre des expériences du monde, pour changer les gouvernements qui échouent à leur mission, et qu’ils doivent combattre pacifiquement pour la réalisation de cet objectif.

Il fit l’éloge de l’expérience du parti turc « Justice et développement » dans son affrontement avec la laïcité, qui a sa mainmise sur le fonctionnement du parlement, en évitant l’affrontement, en ayant recours à la sagesse et à la graduation, jusqu’à la réalisation de résultats dont le monde en fit l’éloge.

Cela eu lieu durant le programme du lundi 7 septembre, « Le Fiqh et la vie », diffusé durant tout le mois de Ramadan, sur la chaîne « Ana » (12226 Hz Nile SAT), présenté par Akram Kassab, au cours duquel la discussion aborda les groupes de violence et ce à quoi ils aboutirent comme révisions, grâce auxquelles ils départirent de la violence et de l’expiation.

Al Qaradaoui considère que le Jihad ne s’arrête pas à l’épée, mettant en relief les innombrables autres aspects du Jihad, qui sont ouverts face à la jeunesse enthousiaste, parmi lesquels il dénombra, pour servir les gens : l’éducation, la culture et l’enseignement, l’annonce de l’Islam et la rectification des aspects trompeurs qui l’affectent de par le monde.

Q : – Quel est le moyen, à notre époque, à travers lequel la jeunesse, surtout l’enthousiaste, puisse faire quelque chose pour cette religion et sentir avoir accompli l’obligation du Jihad ?

R : – La jeunesse a le droit de s’enthousiasmer pour sa religion, et les ambitieux d’entre eux ont le droit d’aspirer à avoir part au Jihad pour l’amour d’Allah, d’être passionné pour le martyre, d’avoir une part de ce que les jeunes de parmi les Compagnons du Prophète (saws) avaient, tout cela c’est de l’enthousiasme légitime. Le problème se pose lorsque l’affaire est déplacée, alors ils s’engagent dans un combat qu’ils nomment Jihad mais qui n’a rien à voir avec le Jihad. Car toute chose a ses règles, ses normes et ses conditions. Des fois les conditions requises manquent, ou les normes nécessaires sont incomplètes. C’est pourquoi un Fiqh est indispensable. Ce programme télévisé d’ailleurs s’intitule « le Fiqh de la vie », car sans Fiqh tu ne peux rien présenter qui te soit agréé auprès d’Allah.

L’Imam Hassan al Bassary dit : recherchez la science de sorte à ne pas nuire au culte, et recherchez le culte de sorte à ne pas nuire à la science. Si des gens délaissent la science et prennent la route du culte, ils entrent avec leurs épées en dissidence avec la Oumma de Mohammad (saws), – il fait allusion aux Kharijites. Les Kharijites étaient de pieux adorateurs, qui jeûnent, qui sont constants, lisent le Qur’ân, se sacrifiant pour l’amour d’Allah. Leur défaut n’était point dans leur conscience ou leur cœur, mais dans leur tête, dans leur cerveau, puisqu’ils comprirent mal le Qur’ân et combattirent les musulmans, trouvèrent licite le sang d’autrui, au point de porter atteinte au Fils de l’Islam, le premier-né, Ali ebn abi Taleb (qu’Allah soit satisfait de lui). Une bonne compréhension du Fiqh est nécessaire, « Celui à qui Allah veut du bien Il le fait se pénétrer du Fiqh de la religion ».

Le Prophète a dit de ceux-là : « Ils lisent le Qur’ân mais il ne dépasse pas leur gorges ; l’un d’entre vous dédaigne sa prière par rapport à la leur, son Qiyâm (prière surérogatoire nocturne) au leur Qiyâm, son jeûne à leur jeûne, sa lecture (du Qur’ân) à leur lecture, et malgré cela ils dévient de la religion telle une flèche qui traverse la cible ». Ils font appel aux païens et tuent les gens de l’Islam. Il est donc important que le jeune homme comprenne bien le Fiqh de ce qu’il veut, pour l’amour d’Allah.

Q : – Vous êtes un des Cheikhs de l’éveil islamique des temps modernes, comment voyez-vous ces groupes qui portèrent les armes, versèrent du sang et chacun d’entre eux prenait comme prétexte des Versets du Qur’ân ou des Hadiths ?

R : – Les Kharijites faisaient de même aussi. Le problème de ceux-ci réside dans le fait de s’en tenir aux Verstes probables et de laisser les Versets précis. Tout le monde cite des Versets et prend comme argument des Hadiths, mais l’important est de mettre la citation dans son contexte, de ne pas altérer les mots de leur place. Ces jeunes ont une défectuosité dans leur Fiqh, ils ont leur propre Fiqh, qu’ils accumulèrent grâce à des lectures d’ici et de là, de certains cheikhs. Ce Fiqh a une défectuosité du côté de leur façon de voir les non-musulmans : ils considèrent le sang et les biens de tout non-musulman comme étant licite !

Partant de là ; certains d’entre eux trouvèrent licite de voler des magasins de bijoutiers appartenant à des coptes en Egypte, bien que ceux-là dépendent de Dar al Salam : il leur revient ce qui nous incombe et il leur incombe ce qui nous revient. Leur sang et leurs biens sont illicites. Bien plus, il nous est demandé de combattre pour la protection de leur sang, de leurs biens et de leur honneur. Le problème est qu’il existe une défectuosité dans ce Fiqh, dans le sens du Fiqh du changement du répréhensible, surtout quand il s’agit de changer ce répréhensible par force. Est-ce que toute personne qui voit quelque chose qu’elle considère comme répréhensible doit la changer par force, – bien que cette chose là ne jouisse point d’un consensus ?

Changement du répréhensible

Ces gens tirent leur argumentation d’un des Hadiths du Prophète (saws) : « Celui d’entre vous qui voit quelque chose de répréhensible qu’il le change avec la main, s’il ne peut le faire que ce soit avec la parole, et s’il ne le peut que ce soit avec le cœur, c’est le moindre de la foi ».

Mais cela a des conditions : 1e que ce soit du répréhensible, et pour qu’il le soit il faut qu’il y ait un consensus. S’il y a divergence, les savants disent : point de répréhension dans les questions à divergences. Prenons comme exemple, si je dis : le chant est licite, et toi tu dis illicite, tu n’as pas le droit de dire : c’est un concert de chant, et tu vas le détruire ! Pour les questions qui comportent une divergence on n’a pas le droit de lui imposer une répréhension, surtout par force.

Q : – Si c’était par exemple un théâtre où une danseuse performe sa danse presque nue, les jeunes doivent-ils changer cela ?

R : – Je n’ai pas terminé les conditions : 1e il faut qu’il y ait un consensus sur cette chose ; 2e il est indispensable que ce répréhensible soit devant toi, et non par supposition. Si ce théâtre est fermé, tu n’es pas censé y entrer. 3e tu dois être en mesure de changer ce répréhensible.

Ensuite, supposons qu’il y ait un répréhensible que l’Etat protège ou qui dépende de l’Etat, et que si toi tu le changes tu tombes en affrontement avec l’Etat. Qu’en serait le jugement en ce cas ? De parmi les conditions aussi : ne pas enrayer un répréhensible par un autre plus grand. Si par exemple tu vas dans un magasin de vidéos et tu provoques la mort de quelques personnes, l’emprisonnement de quelques autres, le dispersement de quelques familles, tout cela ne t’est point requis. Si le changement d’un répréhensif fait face à l’Etat, ce n’est pas chaque personne qui peut affronter l’Etat. Comme le dit justement Imam Ahmad : « Ne t’expose pas au pouvoir car son épée est tirée du fourreau ».

Q : – Ils disent mais nous avons recours à Allah ?

R : – Un répréhensif que l’état protège est éliminé par l’un des trois cas suivant les normes de notre époque : que tu aies un pouvoir sur l’armée, car l’armée est celle qui peut changer le système, – mais ce qui s’est passé de la part d’un groupe comme celui de l’école militaire en Egypte, il y a quelques décennies, n’est qu’un comportement enfantin, surtout dans un grand pays où il n’est pas facile de maitriser l’armée.

2e : Avoir mainmise sur le peuple, dans le sens où le peuple puisse te seconder, comme Khomeiny en Iran. Le Shah était autoritaire, oppresseur, encouragé par les américains, possédait une armée et un service de renseignement hautement équipé, le « Savak ». Mais Khomeiny a pu inciter le peuple à prendre son côté, poussa à une manifestation qui engloba des millions, le peuple se mit d’un côté et l’armée de l’autre. Ils s’entretuèrent durant des jours. Mais aucune armée au monde ne peut continuer à tuer ses familles et son peuple à l’infini. Elle s’est rendue. C’est ce qu’on appelle une révolution populaire.

3e : Le changement par l’intermédiaire de la démocratie, à travers les parlements, où tu te présentes aux élections, et si tu jouis d’une approbation populaire tu emportes la majorité. Grâce à cette majorité tu peux changer les règlements pour éliminer le répréhensible.

Révision de la violence

Q : – Certains jeunes enthousiastes, à un moment donné, surtout en Egypte, ont tué des touristes. Quel est le statut du meurtre de ces touristes ?

R : – Cela aussi revient à la défectuosité qui se trouve dans le Fiqh du jihad. Ils ont mal compris croyant que le sang du non-musulman est licite, et j’en ai prouvé la fausseté. La mécréance seule n’est pas une justification qui nécessite la mort des gens. Même les savants ont dits que le militaire, c’est-à-dire celui qui est attenant à des gens qui sont engagés dans une guerre contre les musulmans, s’il entre dans le pays des musulmans pour du commerce, il a droit à la sécurité, à être protégé. Si tu lui accorde l’aman, tu n’as pas le droit de lui nuire, – même si c’est une femme qui lui accorda cet aman, comme Om Hani, qui l’accordât aux parents de son mari, des voisins. Lorsque son frère Ali ebn abi Taleb voulu leur nuire elle porta plainte auprès du Prophète (saws). Il lui dit : « Nous protégeons ceux que tu as protégé, Om Hani ». Si telle était la protection du voisinage, de la part d’une femme, qu’en serait-il avec un visa livré par un Etat ?!

Q : – Cet Etat, ces jeunes le considèrent mécréant !

R : – Même s’il était mécréant, il gouverne des gens, et cette personne est entrée dans le pays en étant tranquille, croyant qu’elle est sauf dans un pays islamique et qu’il n’est point permis, en aucun cas, de lui porter atteinte. C’est pourquoi, lors du carnage de Louqsor, j’ai donné un sermon connu, où j’ai protesté foncièrement contre cet acte. Car cela porte atteinte à l’Islam et aux musulmans. Puis, quel est le tort d’un Suisse ou d’un Japonais que tu tues alors qu’il venait en touriste ? C’est une défectuosité dans leur compréhension du Fiqh du jihad, des relations entre humains, et une défectuosité dans la réaction contre les gouvernants, une défectuosité dans le Fiqh du changement du répréhensible, et une défectuosité dans le Fiqh de l’expiation. Ces cinq sortes de défectuosité poussèrent ces jeunes à tomber dans le crime. Je rends grâce à Allah que la plupart de ces jeunes, ou la tendance générale de parmi eux, prit connaissance de ces fautes.

Q : – Etes-vous d’accord sur cette révision ?

R : – Bien sûr. Personnellement, lors des révisions des groupes islamiques en Egypte, j’ai incité les autres groupes à faire de même. Ensuite, le groupe du jihad, en Egypte, les a rejoint, de même Dr Sayed Imam. J’ai aussi incité al Qaeda à se rétracter. L’être humain n’est pas infaillible. Chaque personne est tenue par sa parole et on lui réplique, sauf celui qui gît dans ce tombeau, comme dit Malik en pointant la tombe du Prophète.

Chaque être humain se doit de se réviser surtout s’il trouve que les gens autour de lui réprouvent ce qu’il fait. Est-ce que cela veut dire que tout le monde a tord et que lui seul a raison ? Ce groupe, le frère Nagueh Ibrahim et ses collègues, ils ont eu complètement raison de revoir leur Fiqh objectivement, et avouèrent qu’ils s’étaient trompés de route. C’est ce que nous devons encourager, faire l’éloge, car il n’y a rien de meilleur qu’une personne qui se rectifie elle-même.

L’hérésie de l’expiation

Q : – Ceux-là ont versé du sang, ont tué, est-ce que tout le monde a cette audace ?

R : – Tout le monde est capable de cela, et chaque personne est capable de réviser ses actes. Pourquoi alors Allah demande la repentance (Repentez-vous, revenez vers Allah). Que veut dire la repentance ? La rétraction d’un passé vers un présent nouveau. La rétraction peut se rapporter pour le comportement, et peut l’être pour un mode de pensées et de conceptions. C’est un courage moral qu’il faut reconnaître à ceux qui le peuvent.

Je saisi cette occasion pour exprimer mon admiration et mes éloges pour ces jeunes, et j’incite tous les autres groupes dans les différents pays, comme l’Algérie, le Maroc, l’Arabie Saoudite, le Yémen, le Pakistan et l’Iraq, à récapituler, à craindre Allah pour le sang versé des musulmans. Le Prophète (saws) a prohibé même si un homme fait signe à son frère avec son arme, rien qu’un signe, fut-il sérieux ou pour rire, qu’en est-il alors de celui qui l’égorge ? Il a aussi mis en garde de cela dans le discours d’adieu : « Ne redevenez pas mécréant après ma mort en vous entrecoupant la gorge », et dit « Blasphémer le musulman est une immoralité, le combattre est une mécréance », et aussi « Si deux musulmans se font face avec leurs épées, le tué et le tueur iront au feu ». Il dit ceci pour le tueur, mais le tué, Prophète ? Il dit : « Il veillait à tuer son copain ». As-tu pareille incitation à la Oumma pour se réviser et se réconcilier ?

Q : – Est-ce que vous trouvez que ces jeunes, lorsqu’ils ont commis ces actes, leur but était que la gouverne revienne à l’Islam ou bien avaient-ils d’autres intentions ?

R : – Nous ne pouvons pénétrer leur conscience, et supposons qu’elle était entièrement vouée à servir l’Islam. C’est ce qui est apparent dans leur affaire. Mais comme je l’ai dit, la bonne intention seule ne suffit pas. Allah n’Accepte l’œuvre à moins qu’elle ne soit pure et juste. L’intention seule ne suffit que si elle s’accorde avec le système de la Loi (Charia). Les exemples de défectuosité, l’expansion dans l’expiation qui eut lieu, de sorte que certains disaient : après le quatrième siècle de l’Hégire tous les musulmans étaient des mécréants. Cette affaire d’expiation est très grave : « Qui accuse son frère de mécréance, l’un des deux l’encoure ». Lorsqu’un musulman dit à un autre : tu es mécréant, c’est une coulpe religieuse, une coulpe scientifique, une coulpe de mouvement et une coulpe politique. C’est pourquoi il faut se dresser face à cette vague expiatrice.

Les gouvernements laïcs

Q : – Certains jeunes regardent les gouvernements d’une façon pessimiste, accusent certains d’entre eux de mécréance, accusent d’autres d’hypocrisie. Comment voyez-vous actuellement les gouvernements arabes ou musulmans ?

R : – Les gouvernements arabes ou les gouvernements musulmans sont des degrés et des niveaux. On ne peut généraliser ces choses. Il y a des gouvernements qui croient en l’Islam, en la Charia de l’Islam, mais ils appliquent une part et laissent le reste. Il y a un gouvernement qui ne croit pas en l’Islam comme référence et ne croit pas que la Charia islamique puisse être la base essentielle pour la vie des musulmans. Bien plus, il y en a qui haïssent l’Islam et les musulmans, il y en a des gouvernements laïcs. La plupart de ceux qui gouvernent les pays des musulmans et des arabes sont des laïcs. Mais il y a une laïcité apprivoisée, et une laïcité sauvage, tyrannique. Une laïcité qui coexiste avec la religion, et une autre qui la refuse catégoriquement. J’ai deux ouvrages sur la laïcité, l’un est intitulé : « L’Islam et la laïcité face à face », et l’autre « L’extrémisme laïc ». L’extrémisme laïc est très périlleux car il vise à expulser l’Islam de la vie.

C’était du point de vue purement religieux. Mais si tu regarde le côté humain, les gouvernements sont sensés protéger les droits de l’homme, veiller à trouver de l’emploi pour les chômeurs, à la formation professionnelle des ouvriers, à nourrir les affamés, à éduquer les ignorants, à soigner les malades, à veiller sur les gens. Mais ce genre de gouvernements n’assume pas ce droit. C’est pourquoi nos peuples sont égarés et nous sommes à la queue de la caravane, après avoir été à la tête. Nous faisons tous partie des pays sous développés, ou du tiers-monde, et s’il y avait un quarto-monde certains de nos pays s’y seraient affiliés ! Malheureusement la situation de nos gouvernants est insatisfaisante, mais comment faire face à cela ? C’est-à-dire n’avons-nous d’autre moyen que d’essayer de tuer ce souverain ou de l’assassiner ? Nous avons essayé ces moyens et ils n’aboutirent à rien.

Q : – Qui est celui qui a essayé ?

R : – Les groupes islamistes ont eut recours depuis longtemps, mais la violence n’a jamais pu changer un système, renverser un gouvernement ou éliminer un répréhensible. Tout au plus ils ont pu tuer un chef de gouvernement ou un ministre, mais la situation demeure la même. Des fois celui qui a été éloigné s’en va et celui qui le remplace est pire. Il faut que la Oumma se trouve d’autres moyens pour profiter des expériences de l’histoire, des expériences du monde, car le monde a pu se mettre d’accord sur des moyens précis pour destituer un gouvernement s’il échoue à assumer sa mission. Nous devons combattre pacifiquement pour arriver à ce point. Sans cela nous n’y pourrons rien.

L’expérience turque

Q : – Vous refusez de faire la guerre au monde, et maintenant vous refusez de vous insurger contre les gouvernants, quel serait donc le jihad que la jeunesse pourrait assumer en ces temps modernes ?

R : – Les portes ouvertes pour le jihad sont innombrables. Il y a le jihad à l’intérieur, coopérer avec les peuples pour l’éducation, la formation en Fiqh, l’enseignement, l’unification pour un dénominateur commun pour le bien et pour le vrai. Il faut distribuer des rôles variés à la jeunesse. Il y a le travail à l’extérieur pour inviter les non-musulmans à l’Islam. Il y a des milliards de gens qui vivent et meurent sans rien connaître de l’Islam. D’autres qui connaissent un Islam déformé, que c’est une religion de guerres et d’épées, que Mohammad n’a cessé de tuer les gens d’un côté et d’entasser les jolies femmes de l’autre ! Il nous est demandé de faire connaître la vraie face de l’Islam.

Cette jeunesse, si elle voulait servir sa religion, sa Oumma, faire triompher la Charia, les portes sont larges ouvertes. L’homme ne peut être incapable de trouver un moyen pour établir la justice, résister à l’injustice, inciter au bien et réfuter le mal. L’homme ne peut rester complètement incapable pour toujours. Cela ne serait que par peu de moyens.

Je cite en exemple une tentative réussie de nos confrères en Turquie. Face à la laïcité autoritaire qui put éliminer le Califat islamique et remporter la victoire sur le peuple turc pieux, par le feu et par le fer, par la violence et par le sang, et d’édifier un Etat laïc depuis 1924 jusqu’à nos jours, de sorte qu’à un moment donné il a empêché l’Appel à la prière, imposa l’exhibitionnisme par la loi, fit que toute la législation soit hors de la Charia, comme l’égalité en héritage entre homme et femme.

Puis vinrent nos confrères du Parti de Justice, et avant eux le Parti de la Concorde, et celui du Bonheur… Ce sont des musulmans dans l’essence, mais ils eurent recours à la raison, car l’affrontement direct ne mène à rien. Ils usèrent de sagesse et de graduation : « Dieu n’a pas créé le monde en un jour mais en six ». Ils ont pu réaliser d’immenses acquis au service de l’Islam et du peuple turc, et finirent par avoir une place dans le monde entier, même dans le monde occidental.

Q : – Vous trouvez qu’à l’intérieur le changement doit se faire graduellement et pacifiquement, mais en ce qui concerne l’extérieur, trouvez-vous que les médias assument actuellement le rôle nécessaire du jihad ?

R : – Ce que je viens de dire, nous n’avons plus besoin d’armées déchainées, de soldats enrégimentés, d’épées hors de leur fourreau, ou de porter des mitraillettes pour faire parvenir l’Islam au monde. Peut-être cela aurait été valable au temps de Kesra et de César qui séquestraient les gens.

Maintenant les portes sont ouvertes, c’est un monde ouvert, la radiodiffusion, les chaînes télévisées qui s’adressent au monde en toutes les langues, l’internet et son immense possibilité de renseignement, les découvertes scientifiques qui nous offrent la possibilité de nous adresser aux gens à leurs domiciles, dans leurs chambres à coucher, dans leur voitures et dans les rues. Mais, avons-nous eu recours à tout cela ? Malheureusement pas.

Q : – Lorsque vous avez formez le site « Islam on line », vous dites que c’est le jihad des temps modernes. Sur quoi vous êtes vous appuyé ?

R : – Comment faire parvenir le message ? Mais on ne va pas ouvrir leur bouche pour le leur ingurgiter ! L’invitation consiste à dire aux gens que l’Islam a apporté le monothéisme d’Allah, la fraternité humaine, les valeurs morales, le côté humanitaire. Faire connaître les qualités de cette religion. Les gens réfléchissent, peut-être au début ils vont refuser puisque c’est le contraire de ce avec quoi ils ont grandi, mais petit à petit les réactions changent.

Comment l’Islam s’est-il répandu dans le monde ? S’est-il répandu par l’épée comme ils disent ? Il y a des pays musulmans où l’armée n’a point pénétrée. L’Indonésie, le plus grand pays islamique actuellement est-ce qu’une armée a été en Indonésie ? En Malaisie, aux Philippines ? La plupart des pays de l’Afrique ?

L’Islam s’est répandu grâce au commerçants, aux soufis, car l’islam c’est le bien-savoir de l’invitation : « Appelle à la Cause de ton Seigneur par la sagesse et la bienveillante exhortation, et discute avec eux de la façon la meilleur ». Le dialogue avec bienveillance veut dire s’dresser aux gens avec leur langue.

Et l’expression « avec leur langue » Je la comprends d’une façon bien plus large que le sens d’inviter un Anglais en langue anglaise ou un Russe en langue russe. Elle veut dire : s’adresser aux spécialistes en langage de spécialistes, aux communs des gens en langage des communs. Aux gens de l’Est avec le langage de l’Est, aux gens de l’Occident avec le langage de l’Occident. Adresse-toi aux Chinois en un langage autre que celui que tu parles avec les Britanniques. Ceux-ci ont une façon pour que tu puisses atteindre leur pensée, et ceux-là en ont une autre.

Nous voulons entraîner des dizaines de milliers de partisans qui puissent bien présenter l’Islam, ce message céleste, humain, moral, international, à tous les gens à travers le monde, afin que la Miséricorde d’Allah puisse s’étendre à tous. Il est dit : « Et Nous ne t’Envoyâmes que Miséricorde pour les Univers ».

Commentaire de Omar Mazri sur cette interview :

Cette interview de Qaradhawi et son livre « l’Islam politique »  qui date de quelques années sont en porte à faux avec ses positions récentes sur la Libye et la Syrie où il devient un fanatique extrémiste terroriste incitant au meurtre, promulguant des Fatwas meurtrières et incendiaires et allant contre le bon sens géopolitique et transgressant les fondamentaux de l’Islam : la sacralité du sang musulman, le refus de prendre les armes contre le gouvernant musulman sauf s’il interdit la salat ou déclare son apostasie, le refus de s’allier avec les mécréants colonisateurs qui agressent un pays musulman. Qaradhawi et son institution qu’il préside comme un tyran et qui le suit comme un troupeau soumis n’ont produit aucun argument religieux pour justifier la violence armée en Libye et en Syrie ni répondre à la question qui sera posée : qui sera moralement responsable de ces morts, de ces handicapés, de ces veuves et de ces  orphelins.

Une autre question reste en suspens si on se dit que Cheikh Qaradhawi n’est pas atteint de sénélité ou d’isolement qui lui déforment la réalité : pour quel agenda est-il en train de parler et d’agir : pour Allah et les Musulmans ou pour l’OTAN et les monarchies arabes vassales des USA?

Une dernière question est adressée à cette grande dame Zeineb Abdelaziz : pourquoi rester dans cette association qui est passée de celle de savants oeuvrant pour Allah à celle d’incitateurs à la haine et à la Fitna. Votre devoir est de démissionner comme l’a fait avant vous le Dr ‘Arwa l’ancien secrétaire général qui accuse Qaradhawi de despotisme.

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