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Coopérative : Définition

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Fondements des principes coopératifs
Par Michel Lafleur,
directeur de l’Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives de l’Université de Sherbrooke (
IRECUS)

«Il existe depuis plus d’un siècle une autre façon que celle proposée par les écoles d’administration de concevoir la gestion des organisations et le développement: les coopératives. Une vision basée sur les besoins des gens, où le capital sert de moyen et où les excédents (ou profit dans le langage capitaliste) ne sont pas redistribués selon le capital investi.

La coopérative est «une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement». 1 Ce type d’entreprenariat est né suite aux critiques faites par certains penseurs sur les lacunes du capitalisme naissant. La première coopérative à connaître le succès, la Société des équitables pionniers de Rochdale, en Angleterre, est le résultat d’une synthèse de certains penseurs de l’époque (Fourrier, King, Owen, Saint-Simon, Buchez, Plockboy, Proudhon, etc. ). Les pionniers de Rochdale ont ainsi réussi à appliquer concrètement des principes de développement dans une dynamique entrepreneuriale.

Ces critiques des lacunes du capitalisme naissant et leur transposition sous forme de principes découlent d’une vision novatrice du développement. Une vision qui s’incarne dans les valeurs fondamentales des coopératives; la prise en charge et la responsabilité personnelle et mutuelle, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité. Fidèles à l’esprit des fondateurs, les membres des coopératives ont adhéré à une éthique basée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme. Ces valeurs fondamentales se sont ensuite transformées en principes, qui ont évolué avec le temps, pour former aujourd’hui les sept principes coopératifs qui constituent les lignes directrices devant permettre aux coopératives de mettre leur vision du développement en pratique.

De façon générale, ces critiques tournaient autour de deux grands thèmes. Le premier touche le rôle du capital. Les auteurs reprochent au système capitaliste naissant d’accorder aux seuls détenteurs de capitaux tous les bénéfices de l’entreprise grâce uniquement à leurs investissements financiers sans que ces derniers participent réellement à la création de cette richesse. Pour ces penseurs, ce n’est pas dans le capital (investissement) que se situe la vraie richesse d’une nation, mais dans le travail (les coopératives de travail, point de vue de l’école française) ou dans la consommation (les coopératives de consommation, point de vue de l’école anglaise). La célèbre parabole de Saint-Simon sur les industriels (ou détenteurs de capitaux) résume bien cette pensée 2. Ces auteurs dénoncent ainsi les revenus sans travail (coopérative de travail) ou le fait que les intermédiaires facturent une surcharge aux prix des produits sans que ceux-ci n’ajoutent une réelle valeur au produit (coopérative de consommateurs).

En résumé, est critiqué le fait que les détenteurs de capitaux obtiennent tout le bénéfice de l’entreprise pour eux seuls. Les auteurs proposent que le capital ne soit pas l’unique moteur, décideur et bénéficiaire du développement. Ainsi naissent les principes coopératifs suivants: • Les décideurs seront ceux qui participent à l’objet de la coopérative, soit les travailleurs (coopérative de travail), les consommateurs (coopérative de consommation) ou les producteurs (coopérative de producteurs). Ces personnes éliront des représentants qui seront responsables devant elles. Seule la qualité de membre donne accès à ce droit de vote qui n’est donc pas proportionnel à l’argent investi. Conséquemment, ce n’est pas l’argent qui sera la finalité des décisions mais les besoins des membres. C’est le principe coopératif du pouvoir démocratique exercé par les membres (un membre = un vote).
• L’argent nécessaire au démarrage et au développement de la coopérative doit provenir de ses membres. Comme ce capital n’est pas la raison d’être de la coopérative, chacun recevra une rémunération limitée décidée par les membres. De plus, les surplus de fin d’année seront redistribués en proportion de l’usage que font les membres de la coopérative et non de l’argent investi; les membres créeront une réserve impartageable qui rendra une partie de la coopérative inaliénable et patrimoine de la communauté et, finalement, une partie des surplus de fin d’année pourra être affectée à différentes activités de la communauté. C’est le principe coopératif de la participation économique des membres.
• La coopérative, dans toutes ses activités et tous ses partenariats éventuels avec l’État ou avec d’autres organisations doit préserver le pouvoir démocratique des membres et assurer l’indépendance de la coopérative face à ces organisations. En aucun temps, ses partenariats doivent compromettre la capacité de la coopérative de prendre ses décisions en fonction de son objet. C’est le principe coopératif de l’autonomie et de l’indépendance.
Les critiques portent en deuxième lieu sur l’organisation de ce changement. On réfléchit sur la meilleure forme possible d’organisation pour amener les changements nécessaires à la solution des problèmes de développement. On peut regrouper les différentes solutions proposées autour de trois écoles. Une première porte sur la défense des droits des travailleurs par le moyen de l’organisation syndicale. La deuxième prône des changements politiques majeurs de la société par une organisation politique de type socialiste ou communiste. Une troisième école, celle du coopératisme, propose une solution entrepreneuriale, soit l’organisation coopérative.
• Les auteurs de l’école entrepreneuriale décriaient la situation de pauvreté dans laquelle vivaient les classes laborieuses malgré la richesse des industriels et de la classe bourgeoise; ils dénonçaient l’exploitation de l’homme par l’homme. Selon eux, seule une révolution par cette classe laborieuse pouvait renverser la situation; on ne pouvait se fier aux gouvernements en place ou aux détenteurs de capitaux. Ces exploités devaient prendre eux-mêmes leur propre développement en main, être solidaires et permettre à tous, dans une dynamique démocratique, de participer à ce développement. Il fallait donc créer une organisation entrepreneuriale qui reposerait sur ces bases. D’où les autres principes coopératifs suivants:
• L’idée de base de la coopérative est de regrouper librement des gens qui ont un besoin commun, soit obtenir un produit ou un service (coopérative de consommateurs), vendre une production (coopérative de producteurs) ou se trouver un emploi (coopérative de travailleurs). Ce faisant, ces personnes regroupées en coopératives veulent bâtir un projet selon les valeurs du coopératisme et solutionner un problème que le marché traditionnel ne solutionne pas à leur pleine satisfaction (salaire trop faible, mauvais approvisionnement, prix trop élevé, faible retour sur la production, etc.). Mais, il ne faut pas qu’un groupe de personnes au sein d’une coopérative en viennent à garder uniquement pour eux un avantage au détriment d’autres personnes qui voudraient contribuer positivement au projet de la coopérative. L’entrée à la coopérative doit être toujours ouverte et libre. Également, aucune discrimination ne peut servir d’excuse pour refuser l’entrée d’une personne au sein d’une coopérative. C’est le principe coopératif de l’adhésion volontaire et ouverte à tous.
• Comme la coopérative est une forme d’organisation avec des valeurs et des principes particuliers, elle doit s’assurer que ses membres, dirigeants, gestionnaires et employés comprennent bien sa nature et sa dynamique afin d’obtenir un apport optimum de chacun. La coopérative doit aussi s’assurer d’informer le grand public sur la nature du projet coopératif. C’est le principe coopératif de l’éducation, la formation et l’information.
• La coopérative ne doit pas évoluer en vase clos, au contraire, elle doit se regrouper sous forme de fédération et de confédération dans le but de mieux servir ses membres et de renforcer le mouvement coopératif. C’est le principe de la coopération entre coopératives.
• Avec l’émergence des problématiques liées à l’environnement, les coopératives doivent contribuer, à leur façon, au développement durable de leur communauté. C’est le principe coopératif, datant de 1995, de l’engagement envers le milieu.
Voilà en résumé le projet coopératif: sept principes qui résument la vision du développement et qui guident la gestion de ce type d’entreprise.»


Notes
1. Alliance coopérative internationale, Déclaration sur l’identité coopérative, 1995
2.Voir sur le site de l’Université Lumière de Lyon

Source: MICHEL LAFLEUR, « Gestion et développement: les coopératives au cœur du développement durable« , L’Agora, vol 10 no 2, automne 2003

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