Islam  : Libération des opprimés

L’intellectuel et le savant entre le Signe et le Sens

L’intellectuel et le savant entre le Signe et le Sens
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Pour répondre à la question sous-jacente au titre, en l’occurrence les aptitudes et la vocation de l’intelligence institutionnalisée, il faudrait  au préalable avoir une définition consensuelle sur la signification des termes « savant » et « intellectuel ».

Définitions d’usage

Il est très difficile de définir le terme « savant ». L’usage veut que le savant soit celui qui sait beaucoup de choses, qui a un grand savoir, une grande érudition, une grande expérience, une grande  compétence dans un domaine. Le terme compétence est complexe selon les écoles de pensées. La meilleure définition est celle de la capacité d’une personne qui est socialement reconnue. C’est donc la légitimité par la reconnaissance que nait la compétence. Celui qui n’est pas reconnu par ses pairs ou qui ne bénéficie pas d’une grande audience qui lui donne légitimité de parler au nom de cette audience ou parler au sein de sa corporation n’a aucune légitimité et par conséquent aucune compétence.

Il est encore plus difficile de définir le terme « intellectuel » eu égard à ses connotations idéologiques et philosophiques.  Nous allons nous contenter d’une définition générique : L’intellectuel est celui qui exerce une activité mentale, qui met en œuvre son intelligence (esprit), pour dépasser la perception qu’il a d’un phénomène ou l’émotion devant ce phénomène pour parvenir d’une manière objective et logique à une connaissance ou à un savoir sur ce phénomène. Il s’agit de parvenir  par l’intellect, qui n’exclut pas la perception (observation, manipulation, écoute), à la compréhension théorique ou pratique, mais prouvée, des causes, du  déroulement ou des conséquences d’un phénomène tangible ou abstrait. L’intellectuel manie des idées, des concepts, des représentations mentales de la réalité perçue dans le monde tangible ou de la réalité imaginée ou ressentie dans le monde  spirituel.

Mon cadre idéologique d’analyse étant le  Coran. Je vais tenter de définir le savant et l’intellectuel puis de montrer les attendus que le Coran et par conséquent le Musulman attend d’eux.

L’intellect coranique et le Taffakkor

Dans l’usage arabe on parle de mouffakir celui qui fait usage de sa pensée, de son intellect. Partant de cette définition (hypothèse de travail) nous arrivons à plusieurs termes coraniques. Le  « Taffakkor » qui consiste à  faire l’effort de penser, de raisonner, de réfléchir, le « Taddabbor » qui consiste à faire l’effort de méditer, de contempler, d’analyser, de saisir  les aspects cachés, de découvrir le sens qui est derrière l’apparent, le « ‘Akala » qui consiste à faire usage de sa raison pour identifier, connaitre, savoir, le « dhakara » qui consiste à se rappeler, à évoquer, et le « ‘Alima » qui consiste à savoir. La sunna prophétique évoque le terme « Ta’allom » qui est l’effort de partir en quête d’acquisition du savoir sans lequel il n’y pas de constitution de savoir ni de personnalité savante. Bien entendu le Coran évoque d’autres notions complexes qui doivent encore échapper aux neurosciences comme  le « Qalb » l’intelligence du cœur, le « Loub » l’intelligence intérieure,  le « ‘îlma al louddhouni » qui est moins que la révélation et plus que l’intuition….

Nous allons explorer, pour l’instant et pour des raisons méthodologiques,  le terme « Taffakkor » et délaisser les autres notions.

Le lecteur du Coran remarque que le Taffakkor se rapporte  à la création divine, aux phénomènes cosmiques, sociologiques, historiques, comportementaux, ainsi qu’aux révélations. Dans la majorité des cas il se rapporte au Signe (Aya) ou aux Signes (Ayat).

Aya (Ayayt)  et Signe (s)

La langue arabe donne au terme Ayat la signification de marque, d’insigne : آيةً = علامة

La langue arabe donne aussi au terme Aya le sens d’enseignement : آية= عِبْرَة. La ‘Ibra vient de ‘abara (passer) qui donne ‘oubour (passage ou passerelle) signifiant la commutation de sens, du particulier au général ; du caché à l’apparent, de l’allégorique à l’évident, du fait à sa cause…

Le signe a pour vocation de conduire vers un sens. Ainsi quand on lit sur un tableau ou sur un support quelconque le mot chaise ou le dessin de la chaise, le signe « chaise » me renvoie l’idée de la fonction de la chaise qui consiste à s’assoir et elle me renvoie aussi l’idée de l’artisan de la chaise et de ses instruments qui ont façonné cette chaise ainsi que tous les symboles culturels, religieux et sociaux liés à cette signification. Le signe a valeur de symbole, mais aussi de pouvoir évocateur par les images mentales (les signes) que le signe scriptural, sonore ou autre a fait évoquer dans la mémoire ainsi que dans l’attente silencieuse que l’évocation a généré. Il y a donc dans le signe une conjugaison spatiale de plusieurs signes et une conjugaison temporelle d’évocation de ces  signes dans la mémoire (le passé), l’attention (le présent) et le futur (l’attente).

Lorsque le Coran utilise le terme Aya au singulier 84 fois et le terme Ayat au pluriel 148 fois il montre l’étendue de la polysémie du Signe tout en lui donnant à chaque fois une définition propre au contexte de l’énoncé coranique. Il  montre aussi  la compétence singulièrement humaine à potentialiser les signes et à les conjuguer entre eux pour atteindre un « meta » signe c’est-à-dire un sens final, un sens abouti, un sens sublime.

  • Le  Signe désigne l’énoncé divin dans le Coran, l’Evangile, la Thora et autres Livres révélés :

{En fait, Nous t’avons révélé des Signes évidents et nul ne les mécroit que les pervertis.} Al Baqarah 99

Hélas nous avons introduit un biais sémantique dans notre lecture (francophone) du Coran par la confusion  d’Ayat avec verset. Le terme verset est un dérivé latin signifiant petit vers qui a été transposé pour les écritures bibliques. Pour Allah, pour le Prophète et pour nous les Musulmans Aya ou Ayat signifient Signes divins. Ces signes qui manifestent Dieu dans Sa Puissance  et Son Invincibilité prennent le nom de Borhane, de Soltane, de Bayina en fonction du contexte et de l‘importance du signe dans une hiérarchisation coranique précise.

Nous avons introduit un autre biais en croyant qu’il était nécessaire  de débattre sur la foi ou sur le  Coran avec  les prétendus savants Juifs et Chrétiens qui ignorent le Coran et qui veulent l’ignorer. Quelle est la signification d’engager un dialogue entre les religions, 15 siècles après que Mohamed (saws) et le Coran aient  clôt ce débat. Venir nous dire que l’Islam est le troisième rameau des religions monothéistes au même titre que le judaïsme et le christianisme en étant philosophe musulman spécialisé dans l’histoire des religions est non seulement une ineptie, mais une déclaration publique de son ignorance sur ses propres références religieuses.

Il est malheureux de prétendre qu’Allah (swt) ait modifié les Ayat dans le sens de modifier les « versets » coraniques comme si le Coran était d’abord un brouillon ou Allah un écrivain qui fait des ratures puis gomme tout en cherchant de l’inspiration. Sobhane Allah. Le sens de ce verset frappe  pourtant l’esprit :

{Nous n’abrogeons un Signe ou ne le faisons oublier sans en apporter un de meilleur ou de semblable. N’as-tu pas su qu’Allah est Omnipuissant sur  toute chose ?} Al Baqarah 106

Il s’agit de faire succéder les Révélations que le Coran nomme par le terme « Signes ». La signification est que pour Allah ainsi que  pour tous les Musulmans il y a le principe sacré et universel du monothéisme : un seul Dieu, une seule Parole divine, un seul Livre. Les feuillets d’Ibrahim, les Psaumes de David, la Thora de Moïse, l’Evangile du Messie sont issus d’un seul et même livre. En informatique on aurait dit les occurrences d’une seule et même entité, même si ces occurrences se manifestent dans des formes et des conditions différentes.

  • Le  Signe désigne la création divine :

{Il y a certes dans la création des Cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est profitable aux hommes, dans ce qu’Allah a fait descendre comme eau, du ciel, avec laquelle Il a ranimé la terre après sa mort et y a insufflé de tout être vivant, et dans les effets des vents et les nuages assujettis entre le ciel et la terre, des Signes pour des gens qui raisonnent.} Al Baqarah 164

  • Le signe désigne la parabole, l’allégorie, la métaphore

{Certes, l’exemple de la vie ici-bas est comme de l’eau que Nous faisons descendre du ciel qui se mélange aux  plantes de la terre dont se nourrissent  les hommes et le bétail. Jusqu’à ce que la terre ait pris sa parure et s’ornemente, et que ses habitants pensent qu’ils ont plein pouvoir sur elle, alors Notre Décret lui survient de nuit ou de jour. Ainsi  Nous la rendons toute fauchée, comme si elle n’a pas été florissante la veille. Ainsi, Nous détaillons les Signes pour les hommes qui méditent.} Younes 26

  • Le signe désigne les phénomènes existentiels :

{Quelqu’un d’entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les fleuves et qui contienne toutes sortes de fruits, puis, lorsqu’il est atteint de vieillesse en n’ayant que de faibles descendants, alors un ouragan avec du feu frappe et dévaste ce jardin ? Ainsi Allah vous détaille les Signes, afin que vous réfléchissiez.} Al Baqarah 266

{Certes, il est dans la création des Cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, des Signes pour les doués d’entendement.} Ali ‘Imrane 190

  • Les signes désignent les phénomènes existentiels, sociaux et psychologiques :

{Dis : « Dites-moi, si Allah vous supprimait votre ouïe et vos vues, et rendait vos cœurs insensibles à la vérité, quel autre dieu qu’Allah vous les rendrait ? » Vois comment Nous détaillons les Signes, mais eux s’esquivent !} Al An’âm 46

{Et  la bonne contrée, sa végétation pousse grâce au vouloir de son Dieu, alors que dans celle qui fut mauvaise, elle ne pousse que dépérie. Ainsi Nous détaillons les Signes pour des gens reconnaissants.} Al A’âraf 58

  • Les signes sont les catastrophes ou les voies de  salut qui parviennent aux hommes en récompense de leurs œuvres :

{Dis : « Qui vous sauve des ténèbres de la terre et de la mer  »  lorsque vous l’implorer humblement et secrètement : « S’Il nous sauve de celles-ci, nous Lui serons pour toujours du nombre des reconnaissants » ? Dis : « C’est Allah qui vous sauve, ainsi que de toute autre détresse, mais vous voilà devenus polythéistes ! »  Dis : « Il est le Tout-Puissant qui a le pouvoir de vous envoyer un châtiment d’au-dessus de vous, ou d’en dessous vos pieds, ou de vous confondre en sectes et ainsi  faire subir à  certains d’entre vous les brutalités des autres. » Vois comment Nous détaillons les Signes, afin de les amener à  comprendre !}

  • Les signes sont l’annonce ou les preuves tangibles de la manifestation divine contre les sceptiques :

{Et ils ont juré par Allah, de tous leurs serments, que s’il leur venait un Signe, ils y croiraient sûrement. Dis : « Les Signes dépendent d’Allah. » Mais, qui vous fait penser que s’ils leur parvenaient, ils n’allaient pas y croire ? Nous rendons leurs cœurs et leurs vues inconstants, comme ils n’ont pas eu foi la première fois. Nous les délaisserons s’aveugler dans leur tyrannie. Même si Nous faisions descendre les Anges vers eux, et que les morts leur parlaient, et que Nous leur rassemblions toute chose devant eux, ils n’auraient jamais eu foi, sauf si Allah le Voulait. Mais la plupart d’entre eux sont des ignorants.} Al An’âm  109 à 111

  • Les signes sont la manifestation du prélude au châtiment divin  imminent :

{Et Nous avons saisi les gens de Pharaon d’années catastrophiques et d’un manque de fruits, afin qu’ils se rappellent. Mais lorsqu’un bien leur parvient, ils disent : « Ceci est pour nous. »  Et si un mal les frappe ils accusent Moïse et ceux qui sont avec lui de mauvais augure. Cependant, leur mauvais augure dépend d’Allah, mais la plupart d’entre eux ne savent point. Et ils disent : « Quel que soit le Signe que tu nous apportes, pour nous ensorceler avec, nous ne croirons point en toi. » Alors Nous avons déchainé contre eux le déluge, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, comme Signes précis, mais ils s’enorgueillirent et furent des gens malfaiteurs. Et quand le supplice s’abattit sur eux ils dirent : « O Moïse ! Invoque pour nous ton Dieu en vertu de l’enseignement que  tu as : si jamais tu nous dissipes le supplice, nous croirons sûrement en toi et nous enverrons sûrement avec toi les fils d’Israël. » Et lorsque Nous avons dissipé  le supplice qui s’abattait d’eux, jusqu’au terme qu’il leur a été échu, et les voilà qui parjurent ! Alors Nous Nous sommes vengés d’eux : Nous les avons engloutis  dans la mer en raison de ce qu’ils ont démenti Nos Signes et y ont été  inattentifs.} Al A’âraf 130 à 136

{Et ceux-là, les ‘Ad, ils ont renié les Signes de leur Dieu, se sont rebellés contre Ses Messagers et ont suivi l’ordre de chaque oppresseur obstiné. Ils furent poursuivis par la malédiction dans ce monde et le jour de la Résurrection.} Houd 59 – 60

  • Les signes sont l’établissement des preuves :

{Et Nous n’avons envoyé de Messager, que dans la langue de son peuple, afin qu’il leur explicite. Allah alors Fourvoie celui qu’Il veut et guide celui qu’Il veut. Il Est l’Invincible, le Sage. Et Nous avons envoyé  Moïse avec Nos Signes : « Fais sans faute sortir ton peuple des Ténèbres vers la Lumière, et rappelle-leur les Journées d’Allah ». Certes, il y a en cela  des Signes pour chaque être constant en persévérance, constant en reconnaissance.} Ibrahim 4 à 5

  • Les Signes sont la manifestation  de la fin du monde et celle du Jugement dernier:

{Qu’attendent-ils ? Que les Anges leur viennent, ou que ton Dieu Lui-même vienne, ou que surviennent quelques Signes de ton Dieu ?  Le jour où viendront quelques Signes de ton Dieu, aucun être ne profitera de sa foi à moins qu’il n’ait eu foi, auparavant, ou qu’il n’ait acquis de bonnes œuvres grâce à sa foi. Dis : « Attendez ; nous    attendons ».} Al An’âm  158

  • Le pouvoir du signe : l’évocation

Dans le Coran là où il y a le(s) Signe(s) (Ayat) il y a la manifestation divine. Le Signe et  les Signes n’ont pas d’autre pouvoir évocateur que celui d’évoquer Allah. En toute logique donc le Coran s’appelle Dikr, mémoire, rappel, évocation.  L’évocation a pour pouvoir l’incitation à l’invocation d’Allah qui est la quintessence de la foi, même si elle est fugace :

{N’as-tu donc pas vu que les navires voguent sur la mer, par la grâce d’Allah, afin qu’Il vous fasse voir de Ses Signes ? Certes, il y a en cela des Signes pour chaque constant en persévérance, constant en reconnaissance. Et si des vagues les couvrent comme des ombres, ils invoquent Allah de tout leur cœur. Puis lorsqu’Il les a sauvés vers le rivage, il en est parmi eux qui s’attiédissent. Et ne renie Nos Versets que chaque persistant dans la perfidie, persistant dans la mécréance.} Luqman 31 à 32

{Et, lorsqu’ils s’embarquent sur le navire, ils invoquent Allah de tout leur cœur, mais quand Il les sauve vers le rivage, voilà qu’ils deviennent polythéistes.} Al ‘Ankabout 64

  • Le signe est à la fois la preuve incontestable et le dernier ultimatum

{L’histoire de Moïse t’est-elle parvenue ? Lorsque son Dieu l’a appelé  dans la vallée sacrée Towà : « Va vers Pharaon, il a outrepassé, et dit : “ Es-tu prêt à te purifier, et que je te guide vers ton Dieu pour que tu Le redoute ?” » Alors il lui montra le grand Signe. Mais il a démenti et s’est rebellé,  ensuite, il tourna le dos pour se préoccuper. Alors il rassembla et appela : il dit : « Je suis votre dieu, le plus-haut » ! Alors Allah lui a infligé le châtiment de la vie future et de la vie terrestre. Certes, il y a en cela sûrement une leçon à méditer pour celui prend garde à Allah.} An Nàzi’ate  15 à 26

Dans cet énoncé ci-dessus on trouve également le pouvoir révélateur du signe. En effet le Signe a une autre signification qui vient s’ajouter à celle de l’annonce du châtiment et à celle de  l’évocation d’Allah : celle du dévoilement. Les Ayats ont pour vocation de dévoiler le sens ultime, la finalité de l’existence : l’épreuve dans la vie et la sanction de cette épreuve dans l’au-delà sous forme de Paradis ou d’Enfer qui sont la récompense ou le châtiment de Dieu.

  • Le signe est la manifestation de l’Omnipotence créatrice de Dieu :

Dans ce rapport au Signe et aux Signes nous sommes mis devant le sublime du Coran  qui parfois déroute certains savants musulmans qui se retrouvent poussés à  spéculer et à formuler des hypothèses farfelues ou même aller à puiser dans le répertoire religieux judéo-chrétien.  Lorsque le Coran évoque le grand Signe ou les grand Signes en plus des neuf signes qu’Allah a adjoints à la prédication de  Moise il y a une sorte de confusion qui fait dérailler la quête de sens pour la placer hors du Coran alors que le Coran est son cadre explicatif. Ainsi sur ces énoncés et leurs explicitations :

{Alors il lui montra le grand Signe} An Nàzi’ate  20

{Et qu’est-ce cela, en ta droite, ô Moïse ? » Il dit : « C’est mon bâton, je m’y appuie, j’abats du feuillage pour mes ovins et je m’en sers pour d’autres usages. » Il dit : « Jette-le, ô Moïse. » Alors il le jeta, et le voici un serpent qui se meut. Il dit : « Prends-le et n’aie pas peur, Nous le rendrons à son état premier. Et rapproche ta main de ton flanc, elle en sortira toute blanche sans défaut : c’est un autre Signe, pour te montrer de Nos grands Signes. Rends-toi chez Pharaon, il a outrepassé les limites. »} Taha 17 à  23

Nos savants, intellectuels et traducteurs  introduisent en arabe et en français la notion de miracle (I’jàz, mou’jiza) pour ce que Allah a nommé Aya ou Ayat al Kobra (les grands signes). Le foi en la science leur a fait perdre le respect du texte coranique comme si Allah ne sait pas faire la distinction entre Signe et Miracle ou prodige ou comme si quelque chose de plus grand que la vie, la notre, ou la création des Cieux et de la Terre pouvait être considéré, dans cette existence comme un miracle, alors que l’ensemble de la création et de la manifestation divine serait une banalité, un fait ordinaire à des « savants » musulmans  désabusés par leur existence ou fascinés par la science et la technologie des mécréants.

Est-ce que la transformation du bâton de Moïse en serpent est plus difficile que la création des univers ex nihilo ? N’est-ce pas qu’Allah dit :

{Êtes-vous plus difficiles à créer ou le Ciel ?} An Nàzi’ate

Le Coran s’auto explique. Il nous donne la réponse :

{Quand alors Nos Signes leur parvinrent visibles, ils dirent : « Cela est de la magie évidente ». Et ils les ont renié, injustement et orgueilleusement, alors qu’en eux-mêmes ils y croyaient fermement. Regarde alors quelle ne fut la fin des corrupteurs !} An Naml  13 à 14

Pharaon et ses courtisans refusent de reconnaitre les grands Signes et  se cachent derrière : « Cela est de la magie évidente ». N’est-ce pas une autre forme de négation des Signes divins que de venir prétendre aujourd’hui que ces Signes sont du miracle même si ces dires ne relèvent pas de la mécréance mais de l’excès d’intelligence et d’interprétation par omission du respect qui est dû à la Parole d’Allah qui n’a rien omis dans le Coran pour qu’un homme ait l’outrecuidance de venir le compléter.

Appeler  les Signes divins de magie est une chose, y croire ou les nier est une autre chose. Lorsqu’on  lit attentivement l’énoncé coranique  on comprend que Pharaon et ses courtisans ont parfaitement compris le sens des Signes et des grand Signes : la fin de Pharaon et de son royaume. Les poux,  le sang, les grenouilles annonçaient les signes précurseurs qui se manifestent d’une manière tangible sans symbolique : le tarissement de l’eau. Seul Allah a le pouvoir de tarir ou de rendre abondant l’eau dans un moment ou dans un lieu de Sa création. L’eau est la vie. L’absence de l’eau signifie la mort par une lente agonie et par l’humiliation des privilégiés qui se retrouvent assoiffés, affamés et pouilleux comme les misérables qu’ils ont mis en esclavage. L’énonce nous donne la clé de la situation : « Et ils les ont renié, injustement et orgueilleusement, alors qu’en eux-mêmes ils y croyaient fermement. ». L’orgueil du pouvoir et l’illusion du savoir et de l’avoir cachent ce qui frappe les yeux non par l’imagination ou par la métaphore, mais par le vécu, par la réalité du Signe qui se manifeste tangiblement.

Bien avant que cela ne se produisent Allah informe Moïse de la fin inéluctable : « Regarde alors quelle ne fut la fin des corrupteurs ».

Quels sont donc les deux grand Signes ? Le frère Salah Eddine Ibn Ibrahim Abou ‘Arafa de la Mosquée Al-Aqsa avance une explication plausible par sa logique sémantique, historique et  linguistique. Le Bâton de Moïse en se transformant en serpent répond au symbole du Cobra sur le haut de la coiffe de Pharaon : la terreur a changé de camp. Ou bien Pharaon se repent et libère les opprimés ou bien il va mourir en perdant sa puissance en l’occurrence son armée et lui-même. Ce qui s’est effectivement passé. Est-ce que le bâton de Moise est un miracle ? Non c’est un grand Signe qui annonce la fin de Pharaon le « grandiose ». La main de Moise répond symboliquement  au bâton  de commandement que  Pharaon tient dans sa main comme signe de son autorité et de sa puissance sur son royaume. La main de Moise en sortant blanche non comme une ampoule ou une main guérie d’une maladie de peau, mais comme une main sans chair, blanche comme une main de squelette, annonçant sans équivoque la fin de Pharaon et de son royaume. Pharaon avait compris et d’ailleurs le récit coranique montre que Pharaon n’a jamais tenté de porter atteinte à la vie de Moïse. Emporté par sa mégalomanie conjuguée à la peur de mourir et de perdre son royaume, il a tenté  en vain de créer de la diversion.

Comme pour Moïse on ne va pas voir les Signes en la possession du Messie comme des témoignages de la manifestation divine, mais on va chercher le miracle. Et pourtant l’énoncé coranique met en évidence le Vouloir divin et les Bayinat (Signes évidents) qui s’exercent à travers le geste prophétique pour faire de ce geste un signe indiquant  Celui qui se manifeste derrière ce Signe :

{Lorsque Allah Dit : « O Jésus fils de Marie, souviens-toi de ma Grâce envers toi et envers ta mère, lorsque Je t’ai soutenu par l’Esprit de Sainteté pour que tu parles aux hommes, au berceau, et dans la force de l’âge. Et lorsque Je t’ai enseigné le Livre, la Maitrise, la Torah et l’Évangile. Et lorsque tu créais de l’argile comme la forme de l’oiseau, par Mon vouloir, et en laquelle tu as insufflé et elle devint oiseau, par Mon vouloir. Et tu guérissais l’aveugle-né et le lépreux, par Mon vouloir. Et lorsque tu faisais ressusciter  les morts, par Mon vouloir. Et lorsque J’ai dissuadé les fils d’Israël loin de toi, quand tu leur es venu avec les évidences, alors ceux qui sont devenus  mécréants d’entre eux dirent : « Cela n’est que magie évidente ».} Al Maidah 110

Comme Abraham, les Apôtres du Messie vont solliciter Allah non pour voir le miracle mais comme Abraham avoir la sérénité du cœur. Les signes accompagnant le Messie  n’ont pas augmenté la foi et la détermination des Apôtres puisqu’elles étaient déjà là avec ou sans « miracle ». De la même façon le doute et la haine des sceptiques et des hypocrites n’ont pas changé qu’il y ait eu ou pas de « miracles ». La logique de la foi échappe à l’entendement humain car elle relève exclusivement du du pouvoir divin. Voici ce qui devrait mettre fin à toute explication excentrique  qui mène à la confusion entre le Signe et le miracle :

{Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager », ils dirent : « Nous y croyons, et témoigne que nous sommes vraiment musulmans ». Et lorsque les apôtres ont dit : « O Jésus fils de Marie, ton Dieu peut-Il nous faire descendre une table du Ciel ? » Il dit: « Prenez garde à Allah, si vous êtes croyants ! » Ils dirent : « Nous voulons en manger, pour que nos cœurs soient rassurés, et pour savoir que tu nous as dit la vérité, et pour que nous soyons du nombre des témoins».}  Al Maidah 111 – 112

Allah a voulu que les hommes croient en Dieu sans voir Dieu ni ses anges ni son paradis ni son enfer car ils n’ont pas été crées avec ces facultés de vision dans ce monde. Voir Dieu est la récompense suprême de l’au-delà.  Les Apôtres n’ont pas eu la foi,car ils avaient vu des miracles mais ils ont obtenu la foi, car la foi a été leur récompense : « Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager » »

Est-ce que la création de Jésus est plus difficile que celle d’Adam ? Est-ce que le pouvoir de guérison de Jésus est plus difficile que la ressuscitation des oiseaux d’Abraham ? Est-ce que pour Allah il y a une chose relevant de l’ordinaire et une autre relevant de l’extraordinaire ou du miracle ? Est-ce que nous avons le droit de faire de la surenchère lexicale, terminologique et sémantique  sur la Parole d’Allah ? Même si un homme d’un certain niveau peut et a le droit de tenter d’expliquer la Parole d’Allah selon sa propre assise intellectuelle et sa propre culture scientifique, il ne peut se donner pour vocation d’inventer ce qu’Allah n’a pas dit ou de substituer d’autres termes à ceux d’Allah qui  sont à la disposition de l’humanité  dans le Coran. Est-ce que la vocation d’un savant ne consiste-t-elle pas à se conformer le plus scrupuleusement à la Parole divine ? Est-ce qu’Allah a parlé de miracle mathématique ou de miracle scientifique ?

Voici ce qu’Allah dit :

{Certes, l’exemple de Jésus, auprès d’Allah, est tel l’exemple d’Adam, qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : «Sois !» et il est.} Ali ‘Imrane 57

Pour Allah toute création est aisée, Son acte est un verbe : « Soit ! Et il en est ainsi ». Aïssa (saws) n’est pas un miracle, mais le verbe d’Allah. Aïssa n’est ni un miracle ni une divinité, mais un Messager d’Allah :

{Le Messie fils de Marie n’est autre qu’un Messager, tout comme les Messagers qui passèrent avant lui. Sa mère est véridique, et tous deux mangeaient la nourriture. Regarde comment Nous leurs explicitons les Signes, puis regarde comment ils louvoient!} Al Maidah 75

On va jusqu’à dire que les « miracles «  du Messie (saws) sont un défi pour la communauté juive de l’antiquité versée dans les sciences médicales. J’avais personnellement réalisé en ma qualité de concepteur deux produits pédagogiques dans le domaine de l’enseignement médical (anatomie fonctionnelle pour la faculté de médecine de Bordeaux et maladie des yeux pour une association médicale du sud ouest de la France). Au cours de l’étude de conception j’ai été amené à me pencher sur l’histoire de la médecine et rien ne me permet d’affirmer, sans être un spécialiste, que les Juifs étaient versés dans les sciences médicales. La médecine étaient  l’apanage des égyptiens, des grecs, de l’école d’Alexandrie qui a cassé le dogme du Galien et enfin l’école arabo musulmane qui a porté les sciences médicales à leur apogée avant de disparaitre devant l’école occidentale. Les Juifs étaient connus, du temps du Messie, par la magie et la sorcellerie ainsi que par leurs divergences entre serviteurs du temple, intégristes en quête d’un roi, hellénisants et romanisants… Ni Allah ni le Messie ne peuvent être rabaissés au niveau d’êtres « inférieurs » qui défient leurs semblables. Sobhane Allah !

Le Coran nous montre le caractère universel du Signe coranique en exprimant la problématique  de la quête de sens que tout signe doit impulser même si le terme signe est absent parce qu’en réalité tout est signe et tout signe conduit vers Dieu :

{N’ont-ils donc pas observé comment les chameaux, ont été créés ? Comment le ciel, a été élevé ? Comment les montagnes ont été  dressées ? Et comment la terre a été nivelée ? } Al Ghàchiya  17 à 20

Conclusion préliminaire :

A la lumière de la signification des Signes dans le Coran comme passerelle de sens qui amène l’observateur et le méditant vers la manifestation divine qui est en amont de ce signe  je peux conclure, même si cela n’est pas académique sur cette vérité : quiconque  œuvre par la parole, l’esprit et l’action à expliciter les Signes et à les rendre signifiants c’est-à-dire menant vers Allah et Son Dessein est un intellectuel, un savant, même s’il n’a pas fait d’études universitaires et même s’il n’occupe pas de rang honorifique dans les médias ou dans les assemblées scientifiques. Œuvrer par la parole, l’esprit et l’action au service de l’explicitation du signe ne veut pas dire absolument qu’il faut se situer sur le seul terrain du religieux. Tous les signes, cosmiques, phénoménologiques, anatomiques, scientifiques, historiques, sociologiques, ontologiques, sociaux, psychologiques, géologiques, artistiques qui conduisent au sens ultime, à la vérité, à Dieu sont un acte intellectuel un acte de savoir… C’est à ce niveau que se trouvent le savant et l’intellectuel. Le reste n’est que littérature, effet de mode…

Signes et Taffakkor

Il est remarquable de voir qu’au(x) Signe(s) (ٱلأيَٰتِ- آيَةً – خَلَقَ) va correspondre  le Taffakur (تَتَفَكَّرُونَ  –  يَتَفَكَّرُونَ – يَتَفَكَّرُوا – تَتَفَكَّرُوا)

Le Taffakur, le travail intellectuel qui prospecte mentalement les Signes de la création a donc pour vocation de transformer la perception de valeur tangible, esthétique, temporel, matériel en un sens spirituel voire métaphysique. Le Signe (Ayat) est un commutateur de sens, Le Taffakur dans l’homme libéré de l’aliénation de l’idole, du fétiche et du totem est également un commutateur. Ensembles, le Signe et l’interprétation du signe convergent vers une unique quête, celle du sens. Cette quête aboutit à  la découverte de  Dieu. Celui qui ne mène pas cette quête ou la mène dans une direction inversée il abouti fatalement à la perdition dans ce monde et à la perte de soi dans l’autre monde.

Sur des dizaines d’énoncés où les Ayats sont contigües au Taffakur nous avons celui-ci qui résume tout ce que nous venons de dire d’une manière évidente :

{Certes, il est dans la création des Cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, des Signes pour les doués d’entendement. Ceux qui ne cessent d’évoquer  le Nom d’Allah debout, assis ou couchés sur le côté, et de méditer sur la Création des Cieux et de la terre : « Notre Dieu, Tu n’as point créé cela en vain, gloire à Toi. Préserve-nous du châtiment du Feu.} Ali ‘Imrane 190 à 192

Le paysan, le boulanger, l’universitaire, la femme au foyer, le forgeron, l’astronome et tout être humain qui atteint ce niveau de conscience du divin et de  l’universel  dans la contemplation ou la médiation du signe qui le poussent à une quête vers Dieu est coraniquement  un doué d’entendement c’est-à-dire un savant, même s’il n’a ni doctorat en théologie ni en fiqh ni en Hadith.

Celui qui parvient par son âme, son esprit et son cœur à se rapprocher de cette vérité coranique  « Sache ٱعْلَمْ » est un savant. Nous allons l’étayer par plus de détails

{Et lorsqu’Abraham dit : « Dieu, Montre-moi comment Tu Fais Revivre les morts ». Il Dit : « N’es-tu donc pas croyant ? » Il dit : « Assurément, mais pour que mon cœur soit tranquille ». Il Dit : « Prends quatre volailles et dépèce-les, pour toi-même, puis mets-en un morceau sur chaque montagne, ensuite appelle-les : elles s’empresseront vers toi. Et sache qu’Allah est, certes, Invincible, Détenteur de la Maitrise ».} Al Baqara   260

{Et que tu juges entre eux d’après ce qu’Allah a révélé, ne suis pas leurs passions, et méfie-toi qu’ils ne te séduisent dans une partie de ce qu’Allah t’a révéla. S’ils s’en écartent, sache donc qu’Allah veut les frapper en raison de certains de leurs péchés. Certes, beaucoup d’hommes sont des pervertis.} Al Maidah 49

{Sache donc qu’il n’y a point de Dieu sauf Allah} Mohamed 19

En résumé le savoir impératif et sans faute qui pourrait donner le titre de savant et d’héritier du Prophète est articulé sur :

  • Le monothéisme pur qui consiste à savoir qu’Allah est le seul créateur et le seul maitre de la création,
  • Les Noms d’Allah et tout particulièrement sur les Noms Al Aziz (l’Invincible) et Al Hakim (Celui qui maitrise) qui montrent la Puissance et la gouvernance d’Allah dont rien de crée ou de décidé ne sa fait sans sa connaissance, sans sa volonté et sans lui en rendre compte.
  • La justice : il s’agit de rendre justice selon la loi d’Allah et cette mission incombe à ceux qui sont dans la position du Prophète en l’occurrence les juges et les gouvernants qui nomment les jugent et les savants dont la mission est de rappeler la loi de Dieu et le devoir de justice. La foi et la connaissance de la  Justice divine interdit au Musulman et tout particulièrement au savant  de recourir à la violence gratuite, à la vengeance et au désespoir qui souvent pousse à commettre des actes précipités causant plus de maux que  ceux qu’ils pensaient régler.

Ces trois savoirs relèvent  d’une foi en Dieu et d’un savoir  sur Dieu. Cette foi et ce savoir ne s’acquièrent pas seulement par l’étude, les titres universitaires, les publications, mais ils sont un don de Dieu qu’Il accorde à ceux dont les cœurs sont remplis de Taqwah. La Taqwah n’est pas la piété au sens chrétien ni la crainte révérencielle ou révérencieuse de Dieu des traducteurs du Coran elle est ce que le Coran a voulu qu’elle soit : crainte espérant la rémission et espérance craignant l’insuffisance et l’arrogance. Cette crainte et cette espérance qui se conjugue engendrent le scrupule et l’observance des prescriptions divines. Le savoir n’est  par conséquent ni livresque, ni académique, ni pragmatique,  ni théorique ni pratique, mais un ensemble de savoir être, de savoir faire, de savoir penser qui met l’individu dans cette situation de savant qui connait les limites de ce monde et la justice qu’il faut y rendre, le monothéisme et les Noms d’Allah qu’il faut exalter et transmettre avec le cœur rempli de Taqwah.  Ainsi le savant correspond à cette description coranique sublime :

{Mais ne craignent Allah, parmi Ses Dévoués, que les savants. Certes, Allah Est Invincible, Absoluteur.} Fater 28

Parfois il ne s’agit pas de Signes au sens cosmique, historique ou sociologique, mais de référence à la Révélation divine qui est un signe car elle indique que le Prophète ne peut avoir la compétence, le temps et le lieu pour la rédiger puis la transmettre mémorisée dans son cœur et son esprit :

{Et Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes que Nous avons inspirés avec les évidences et les textes sacrés.  Interrogez donc les gens de la science si vous ne savez pas.  Et Nous ne t’avons révélé le Coran que pour que tu explicites aux hommes ce qui leur a été révélé, afin qu’ils réfléchissent.} An Nahl 43 à 44

Il est important de souligner la subtilité sémantique de « Ahl ad Dikr » que les savants et musulmans contemporains confisquent à leur profit pour se donner une position de rente religieuse et de référence politico religieuse. Allah a qualifié les Rabbins et les docteurs de la foi comme Ahl ad Dikr car la Thora et l’Evangile authentiques sont appelés Dikr dans le Coran comme le Coran lui-même est appelé Dikr.

Cet énoncé détruit la fausse idée que nous nous faisons du religieux, de l’intellectuel et du savant dans la communauté musulmane.  Il ne s’agit pas de croire stupidement par mimétisme social et conformisme culturel, et pour cela il faut  soumettre  le texte religieux à la méditation pour le comprendre et en tirer l’usage le plus efficace sur le plan intellectuel, spirituel, idéologique et  religieux.  Le Coran n’est pas un simple livre religieux ou un traité philosophique : c’est la Parole divine qui s’adresse à l’esprit créé par la Puissance divine pour que cet esprit comprenne et forme son intelligence ainsi que sa lucidité sur les réalités des mondes.

Cet énoncé démystifie le savant religieux. La phrase « Interrogez donc les gens de la science si vous ne savez pas » n’est pas un ordre donné aux musulmans pour aller consulter les savants comme s’ils étaient des rabbins de synagogues,  des  prêtres d’églises ou des membres d’un clergé ou d’un temple d’une secte ou d’une religion inventée par les hommes. Cette phrase demandait aux Arabes (païens, juifs ou chrétiens) contemporains de Mohamed (saws) de confronter ce que Mohamed dit aux dires des savants et des docteurs des Gens du Livre qui ont caché à ces Arabes leur savoir pour en garder le monopole et la rente sociale et religieuse d’une part et pour cacher leurs falsification d’autre part.  Il est évident que nous devons consulter plus instruit, plus probe et plus scrupuleux que soi, mais sans que cela ne fasse de ceux qu’Allah a privilégie de savoir, de piété et d’érudition devienne une institution cléricale dans l’Islam. L’Islam par la parole de son Dieu et par la voix de son Prophète (saws) exige du musulman d’être un homme savant qui partage son savoir ou un homme en quête de savoir qui part à la quête de plus savant que lui comme Moussa (saws) est parti à la recherche de Khadr (saws)

En effet il y va de notre salut en procédant à la démystification du Savant et de l’intellectuel dont les titres relèvent d’études académiques  ou d’aura médiatique qui se rapprochent davantage de l’esprit scolastique judéo-chrétien que de l’esprit islamique originel. Il est navrant de voir des « savants » ou des « intellectuels » contemporains adorés comme des idoles, des fétiches, des marabouts allant jusqu’à mourir pour eux ou du moins prendre leur parole comme parole sacrée, incontestable, au dessus de celle de Dieu (swt) et de celle du Prophète (saws). Allah a opposé les savants judéo-chrétiens aux analphabètes qui ont suivi le Prophète analphabète. Il ne s’agit pas d’analphabétisme ou d’illettrisme au sens  scolaire comme on l’entend aujourd’hui, mais d’ignorance des textes des Juifs et des Chrétiens ainsi que des philosophies byzantines et perses qui entouraient l’Arabie.  Il s’agit aussi d’ignorance complète de la foi et des préceptes moraux de  la Hanifiya, réminiscence de la religion islamique d’Abraham. Voici comment Allah a distingué cette génération d’élus :

{C’est Lui qui a envoyé, parmi les analphabètes, un Messager d’entre eux, qui leur récite Ses Signes, qui les épure, qui leur apprend le Livre et la Maitrise, bien qu’ils fussent sûrement, auparavant, dans un fourvoiement évident. Ainsi que d’autres, parmi eux, qui ne les ont pas encore suivis. }  Al Jumou’â 2

Au sens coranique le « si vous ne savez pas » est évident. Le recours au savoir d’un autre n’est pas la règle. La règle pour le musulman est de constituer son savoir pour vivre en autonomie de pensée et en être responsable qui assume ses responsabilités sans confier son destin à un homme qui est le produit d’une gestation de neuf mois comme lui. Plus une communauté acquiert, produit du savoir et échange le savoir, mieux se porte cette communauté dans sa vitalité, dans sa compréhension de sa religion et de son existence, ainsi que de sa vocation de témoignage aux autres. Il ne s’agit pas de faire gouverner le monde musulman par des ignorants, mais de renouer avec l’esprit sain des Compagnons qui étaient producteurs de savoir sinon consommateurs de savoir mais jamais des assistés qui avaient besoin d’une tutelle religieuse qui leur dicte leur conscience et leur Fatwa sur mesure. Le « « si vous ne savez pas » n’est pas la règle mais l’exception. Cette exception ne signifie pas l’existence d’un savant clérical ou d’un institution qui monopolise le savoir au nom d’un académisme qui ressemble davantage à une rente qu’à un devoir. Le Prophète (saws) a répondu de la manière la plus magistrale aux ignorants qui se complaisent dans leur ignorance et leur insouciance ainsi qu’aux détenteurs de savoirs qui font de la rétention de connaissance ou qui se place au dessus des autres comme s’ils étaient la science infuse :

« Les meilleur d’entre vous dans l’obscurantisme ante islamique  sont les meilleurs d’entre vous dans l’Islam s’ils font l’effort de connaitre leur religion (taffakkoh fil Dine) »

Parfois il ne s’agit pas de Signes au sens cosmique, historique ou sociologique, mais de paraboles ( ٱلأَمْثَالُ ) au sens intellectuel, car l’homme créé  être doué d’intelligence et d’esprit de quête de sens est sensé se mettre à l’abri de tout comportement insensé et de toute dérive contre la raison objective provoquée par la passion, la haine ou l’idéologie. En effet il faut être un sot, un insensé ou un psychopathe pour porter atteinte à l’image et à la réputation de  Mohamed (saws)   alors qu’il est connu par tous et depuis toujours par sa bonne moralité, sa probité, son intelligence, sa bravoure, sa générosité et sa magnanimité envers les humains :

{Dis : « Je ne vous dis pas que je possède les Trésors d’Allah, et je ne connais pas le Ghayb. Je ne vous dis pas que je suis un Ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est Révélé ». Dis : « L’aveugle serait-il égal au voyant ? »  Ne méditez-vous donc pas ?} Al An’âme 50

Si on peut douter d’un homme car on est jaloux de lui ou haineux envers lui car il met en péril notre rente illégitime sociale, économique  ou religieuse, on ne peut faire le parallèle entre ce que dit cet homme sur son Dieu et ce que montre son Dieu qui se manifeste à travers ce qu’Il montre dans la création :

{N’ont-ils donc pas médité ? Leur Compagnon n’a aucune folie : il n’est qu’un avertisseur évident.  N’ont-ils donc pas contemplé le Royaume des Cieux et de la terre, et toutes les choses qu’Allah A Créées, et que peut-être leur terme s’est rapproché ? En quel discours après cela croiront-ils ?} Al Aâraf 184 à 185

Au sens coranique pourrait-on qualifier d’intellectuel celui qui cherche la complaisance des mécréants pour avoir une belle image ? Pourrait-on qualifier d’intellectuel un dévergondé alors que notre Prophète a interdit de qualifier de « monsieur » un voyou, un dévergondé ? Pourrait-on qualifier d’intellectuel celui qu’Allah a désigné de chien, d’âne et de bétail parce qu’il a gommé la quête de sens que lui impose son intelligence ? Pourrait-on faire le beau, le gentil et  le savant devant des ignorants qui poussent l’outrecuidance non seulement à nous utiliser comme des faire valoir médiatiques, mais à mépriser l’Islam et les Musulmans ? Le Coran nous invite à réfléchir en nous décrivant  celui qui ne voit pas les Signes divins aveuglé par ses théories, ses croyances et ses idéologies ? Allah en nous montrant l’usage convenable de la raison qui ne peut être confinée dans l’obtention de titres universitaires ou de fonctions honorifiques nous montre le caractère odieux de celui qui se prétend détenteur de savoir et  d’intelligence alors qu’il  ignore d’où il est venu, quelle est sa vocation dans cette existence et vers où il se dirige inéluctablement.

{Et lorsque ton Dieu Prit des fils d’Adam, de leurs dos, leur descendance, et les a fait  témoigner contre eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Dieu ? » Ils ont dit : « Bien sûr, nous témoignons. »  Afin que vous ne disiez point  le Jour de la Résurrection : « Nous étions inattentifs à cela. » Ou que vous ne disiez : « Mais nos ancêtres ont déjà été polythéistes et nous étions une progéniture après eux. Nous Ferais-Tu donc périr en raison de ce qu’ont fait les    détracteurs ? » Ainsi  Nous détaillons les Signes, afin qu’ils reviennent. Et raconte-leur l’histoire de celui auquel Nous avons fait parvenir Nos Signes et qui s’en départit. Alors Satan l’a  poursuivi et il fut du nombre des égarés. Et si Nous l’avions Voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il eut un penchant pour la terre et a suivi sa propre passion. Son exemple est comme l’exemple du chien : si tu l’attaques, il halète, ou si tu le laisses, il halète. Cela est comme l’exemple des gens qui ont démenti Nos Signes.  Raconte donc le récit, afin qu’ils puissent réfléchir. Vil exemple que les gens qui ont démenti Nos Signes, et c’est envers eux-mêmes qu’ils étaient injustes.}  Al Aâraf 172 à 177

{Et Nous faisons croître pour la Géhenne beaucoup de djinns et  d’humains : ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et ils ont des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme le bétail, ils sont même plus fourvoyés. Ceux-là sont les inattentifs.}  Al Aâraf 179

Est-ce celui qui ressemble à un chien haletant qui cherche à être complaisant et servile, un baudet transportant une charge dont il ignore la valeur et le contenu, ou à du bétail, vache, mouton ou chèvre, paissant et ruminant en toute insouciance peut-il être un porteur de savoir, un défenseur de vérité, une lumière éclairante ?

Dans le Coran,  Allah nous fait connaitre d’autres états de la connaissance et du savoir qui rendent  le statut du connaissant, du savant  ou de l’intellectuel plus rare, mais aussi moins confiné dans la sphère scolastique et académique : Un savoir et une miséricorde en provenance de Lui comme un don divin sur qui Il veut et comme Il veut :

{Ils trouvèrent un Dévoué d’entre Nos Dévoués, à qui Nous avons donné de Notre part une Miséricorde,  et Nous lui avons enseigné de chez Nous une Science. Moïse lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes de ce qui t’a été enseigné de sensé ? »} Al Kahf

Certains de nos « savants » contemporains veulent conserver le monopole du savoir et le privilège de leur titre comme une rente qui leur est due allant jusqu’à distinguer le Dà’îy (prédicateur) du penseur (moufakkar), du Khatib (imam à la mosquée), du Savant. Pratiquant l’exclusion et la distinction ils tombent dans la  faute envers le Coran qui a qualifié  le Prophète de prédicateur :

{O Prophète, Nous t’avons Envoyé comme témoin, annonciateur, avertisseur,  prédicateur appelant vers Allah, par Son Vouloir, et une lumière éclairante.} Al Ahzab  45-46

Le Prophète Mohamed (saws)  est  notre modèle parfait : il appelle à Dieu, il n’appelle pas à un parti, à une doctrine, à une école ou à un clan. Je ne pense pas sincèrement que celui qui appelle à autre qu’Allah puisse mériter le titre de savant même son érudition est phénoménale et son prestige fascinant.

Il reste à la lumière du Coran de dire ce qu’il est attendu de l’intellectuel et du savant dans ses moments de troubles et de doute.

Ils doivent longuement étudier et réfléchir aux injonctions divines au Prophète Mohamed (saws) : « Dis ». Nous avons un travail énorme d’explication du Coran dans la mise en évidence du sens des dires du prophète.

La vocation de l’intellectuel et du savant est donc de dire ce qu’Allah a ordonné à Son Prophète de dire.  Leur vocation est aussi de réfléchir et de faire réfléchir. Dans les versets appelant  au Taffakor (réflexion, pensée, méditation) nous avons la réponse :

{Dis : « Je ne vous exhorte qu’à une chose : d’agir pour Allah, par deux, ou individuellement, ensuite de réfléchir : Votre compagnon n’est point atteint de folie. Il n’est qu’un avertisseur pour vous, face à un sévère châtiment ». Dis : « Ce que je vous ai demandé comme profit, gardez-le pour vous ! Certes, Ma rémunération n’incombe qu’à Allah, et Il est Témoin sur toute chose ». Dis : « Certes, mon Dieu Lance la Vérité, l’Omniscient des Occultes ».}  Saba 46 à 49

Il faut libérer les gens de leur torpeur, de leur insouciance et de leur aliénation. Pour cela il faut les déconstruire et les libérer du système qui les empêche de réfléchir et de s’éveiller à la vérité. Cela passe par le contenu de l’énoncé coranique : libérer l’homme de la foule et des habitudes de groupe et de clan pour l’amener à s’interroger seul ou a débattre avec un autre loin du sensationnel des médias, des foires, des marchés et des fabriques de l’illusion. De la même façon qu’il n’y a pas d’éveil pédagogique dans une classe surchargé, bouillante et dissipée, il n’y a pas de procès de conscientisation dans le cadre du mimétisme ambiant et du cirque forain.  Le prédicateur pour être crédible et percutant dans l’éveil des consciences il ne peut être lui-même embrigadé dans un système partisan ou mercantile ou dans un cadre de propagande ou de médiatisation où la forme et le rendu de la scène importe plus que le contenu du message et la qualité de la communication. Le message pour qu’il parvienne, il doit être vrai. Il ne peut être vrai que s’il parle de la vérité avec sincérité sans louvoiement. Il ne s’agit pas d’acheter les consciences des gens ni de mobiliser pour une armée de révolutionnaires ni pour remplir une salle de conférence pour un chef de parti politique, ni de plaire aux téléspectateurs.  Il s’agit d’être un projectile de vérité entre les mains de la vérité lancée contre le mensonge avec bien entendu bonne éducation, intelligence, respect de la dignité humaine, et savoir que Celui qui guide est Allah, car les cœur sont entre ses mains.

Allah (swt) nous montre plusieurs cas de cœurs fermés à la raison, à la logique, à la foi… Il est remarquable de noter que parmi ces cas celui qui est contigüe à la pensée est inscrit dans le rejet du Signe (ici le Coran) et hors du Taffakor. Il exerce une pensée sans faire l’effort de penser, de produire de la pensée. Le Taffakor est un effort, c’est une quête, une partance vers le sens, la vérité, l’idéal. Le Fikr est un remue méninge à vide ou une pensée autarcique qui ne pense qu’à soi, qu’à l’instant présent, qu’à ce monde ci, qu’aux avantages matériels et sociaux. Prisonnier du ici, du maintenant et de la matérialité de ce monde et de ses formes il ne peut faire l’effort de réfléchir. Il peut vomir ce qu’il a appris à l’école ou ce qu’il a entendu auprès d’un intellectuel ou d’un savant car son but n’est pas d’accéder à la vérité, mais de vivre par des pseudos vérités, des illusions idéiques :

{Laisse-Moi avec celui que J’ai créé tout seul. Et à qui J’ai donné des biens sans fin, et des enfants sous les yeux, et Je lui ai tout facilité. Ensuite, il est avide que Je lui augmente ! Jamais ! Il était hostile à Nos Signes. Je le tourmenterai en lui accroissant. Il a réfléchi, et il a résolu. Maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Ensuite, maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Puis, il a pensé. Ensuite, il fronça les sourcils et s’assombrit. Ensuite, il tourna le dos et s’enorgueillit, alors il dit : « Cela n’est que de la magie transmise, ce ne sont que les paroles des êtres humains ! » Je l’ enfoncerai dans Saqar} Al Moudattir 11 à 26

Nous avons en la personne de Walid Ibn Al Moughira le spécimen humain des réfractaires à tout éveil de conscience, à toute réflexion qui incite à la quête de vérité. Nous avons un tableau psychologique d’une rigueur telle que nous sommes capables d’imaginer la scène et de reconnaitre par ce personnage tous les comportements et postures des sceptiques. Le personnage ici a réfléchi longuement en pesant le pour et le contre puis a pris sa décision sur un aspect matérialiste et dans un cadre mimétique par rapport à ses traditions et à son rang social dans la tribu  { إِنَّهُ فَكَّرَ وَقَدَّرَ }

Conclusion :

A la lumière de cette lecture sommaire sur le Fiqr que dire sur l’aptitude mentale et cognitive ainsi que sur la vocation du  savant et de l’intellectuel ? Nous allons dire ce qui est conforme à l’esprit coranique et à son Dessein : le salut dans ce monde et dans l’au-delà. Ce salut se concrétise non dans une foi tiède et passive, mais dans le Jihad compris comme l’effort moral, intellectuel et actanciel, ontologique et social,  de résistance contre sa décadence, son insouciance et l’oppression politique, économique, idéologique, culturel et militaire des ennemis de l’Islam :

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à  Allah et soyez avec les véridiques. Il  n’appartenait pas aux habitants d’al-Madinah, ni aux bédouins qui sont autour d’eux, de rester à l’arrière du Messager d’Allah, ni de préférer leurs personnes à sa personne. Cela, parce qu’ils ne seront saisis ni de soif, ni de fatigue, ni de faim, pour la Cause d’Allah ; ni ils ne fouleront aucun sol qui fasse enrager les mécréants, ni ils n’obtiendront nul avantage sur l’ennemi, sans que cela ne leur soit inscrit comme œuvre méritoire. Certes, Allah ne Perd point la rémunération de ceux qui font le meilleur. Et ils ne dépenseront nulle dépense, petite ou grande, ni ne franchiront nulle vallée sans que cela ne soit inscrit en leur faveur, afin qu’Allah les Récompense par le meilleur de ce qu’ils faisaient. Et il n’appartient pas aux croyants de partir tous en expédition. Que reste de chaque troupe d’entre eux, un groupe pour qu’ils fassent l’effort de connaitre la Religion, pour en faire bénéficier  leurs gens après leur retour à eux  afin qu’ils prennent garde.} At Tawbah 119 à 122

C’est cet ensemble de règles qui a permis l’émergence d’une élite dans tous les domaines de l’existence en temps de paix et en temps de guerre. Cette élite est impliquée dans l’existence sociale comme une dynamique qui se renouvelle et s’alterne sans jamais s’enfermer dans des microcosmes en marge de la réalité sociale. Cette élite s’est consacré à servir sa communauté, mais non à chercher la posture de star du système qui combat l’Islam. Cette élite à livré bataille contre les ennemis de l’Islam, contre la faim et le sous développement, mais n’a pas provoqué des troubles entre les Musulmans ni n’a donné caution à l’effusion de sang des Musulmans ou des Juifs et des Chrétiens vivant citoyens parmi les Musulmans…

Inchaallah nous reviendrons sur d’autres aspects de la question dans le prochains article

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5 Commentaires

  1. Chahine 23 octobre 2012 at 19:02

    Salam.

    Encore merci pour cette article de grande qualité qui vient temoigner l’infini richesse de la Parole Divine.

    J’ai remarqué,( et ce n’est pas la premiére fois que vous l’ecrivez)que vous n’êtes pas
    d’accord avec le concept d’abrogation dans le Quran. J’aimerai savoir si cette position a été défendu par un savant par le passé( à ma connaissance il y avait le Cheikh Mohammed al Ghazali mais je ne pourrais en dire plus).

    • Omar MAZRI 23 octobre 2012 at 20:13

      @ Chahine

      Salam mon frère,
      Sur l’abrogation j’ai constitué un dossier sans avoir eu le temps de le consulter, mais malheureusement lors d’un crash suite à une attaque pirate j’ai perdu mes données. J’ai prévu dans mon agenda d’approfondir la question car j’ai du mal à imaginer l’abrogation. Pour moi c’est une « hérésie ». Allah est témoin que si on se met à faire une étude comparative des Tafasirs on revient effrayé comme ceux qui aurait vu Ahl Al Kahf vu le nombre d’extravagances et les positions partisanes qui poussent à faire dire au Coran ce qu’il n’a pas dit. Je n’ai jamais voulu écrire sur ce sujet car ce n’est pas ma vocation de fouiller dans les tombes et je n’aimerais pas qu’on fouille dans mes défauts et mes incompétences. Cela suffit à démystifier les savants. L’infaillible est Mohamed (saws)

      A ma connaissance il n’y pas de hadith (ou du moins je n’en ai pas eu connaissance) sauf des opinions de savants.

      J’ai eu le privilège de lire et de corriger une traduction du Coran pour sa seconde et troisième édition et je rends grâce à Allah qui m’a inspiré pour voir ce que je ne voyais pas dans la langue arabe. L’effort de traduction oblige à chercher le sens avant de trouver le mot et la tournure de phrase.

      En tous les cas dès que je reconstitue mon dossier je te tiendrais au courant inchaallah.

      Barak Allah fik

  2. Maicha 30 avril 2013 at 22:45

    Salam aleikoum

    @ Chahine:Pour ce qui est du concept d’abrogation du Coran,le Cheikh Imran Hossein en donne l’explication et je la trouve logique et sensée.

    Allah ne peut pas avoir révélé un verset puis l’abroger car cela reviendrait à dire qu’Il s’est trompé or Allah ne peut pas se tromper.

    Il explique donc que quand on parle d’abrogation ,cela veut dire que le Coran est venu abroger des versets antérieurs ,soit de la Thora ,soit de l’Évangile mais en aucun cas ,il ne s’agit des versets du Coran qui est et reste un et indivisible.

    Il me semble que si des versets de révélations antérieures ont du être abrogés ,c’est parce qu’ils ont été détournés ou mal compris ou falsifiés.

    Wa Allah aalem!

    • Omar MAZRI 1 juin 2013 at 14:09

      Oui ! il faut prendre le temps de lire l’énoncé coranique dans son contexte pour comprendre que par ayat il ne s’agit pas du terme impropre de verset mais de signe dont la vocation est de manifester d’une manière évidente la présence d’Allah (swt). La création est en perpétuelle créativité. Le Coran est le même livre que la Thora ou l’Evangile, tous ce sont des copies (naskha) de l’original préservé (al lawh al mahfoudh). Al nassekh et al mansoukh ne se rapportent pas au sens de l’abrogeant et de l’abrogé comme si Allah improvisait, mais de la réinitialisation du message divin qui reste invariant et inaltérable ( la tabdil li kalimati Allah : pas de chjangement à la parole d’Allah). Nous sommes dans le contexte de l’immuabilité et non dans celui de la perfectibilité.

      Je cherche à comprendre les raisons qui ont poussé certains savants musulmans à aller dans l’insenséisme de l’abrogation. Certains hallah ont été abrogés comme punition aux bani israïl.

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