Islam  : Libération des opprimés

Partie d’échec sur l’armement chimique : les bons et les mauvais joueurs.

Partie d’échec sur l’armement chimique : les bons et les mauvais joueurs.
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Après l’échec du scénario libyen, l’Empire avait activé le  scénario irakien en Syrie et il le réactive ces derniers jours sous d’autres arguments aussi fallacieux que les précédents :

1 – Exécution d’une guerre totale unilatérale immédiate.

2 – Mobilisation d’une coalition internationale après les conclusions des experts de l’ONU sur le «chimique » dans la Ghouta près de Damas et guerre différée.

Contre une  solution politique conditionnelle :

1 – Départ du président Assad

2 – Remise de l’armement chimique à la « communauté internationale ou à la Russie

3 – Engagement de ne plus fournir le Hezbollah en armes.

C’est une plateforme de négociation ou de capitulation selon l’art et la manière de céder sur tout ou partie de ces revendications qui nous rappellent celles tentées en vain contre le Hezbollah pour le désarmer après sa victoire en 2006.

La subversion psychologique-diplomatique-médiatique qui veut croire qu’elle peut gagner sans livrer bataille ou qui veut pousser l’adversaire à céder à la peur et à négocier en position de vassal est à l’œuvre dans l’analyse des prétendus alignements  de l’Union européenne sur la France ou des prétendues propositions de Poutine à la Syrie pour éviter  la guerre.  Il y avait des fuites ou des suppositions depuis quelques jours comme une prière secrète souhaitant que la Syrie fasse une faute comme celle du survol d’un escadrille syrienne sur une base anglaise et qui pourrait inverser la décision des parlementaires anglais, ou attendant un false flag pour déclencher une guerre de représailles s’instaurant comme un fait accompli et faisant taire la crise de pouvoir aux États-Unis.

L’illusion d’une guerre ciblée et limitée ne doit pas faire oublier que les bombardements contre la Libye ont duré sept mois alors que tout le monde connait la faiblesse libyenne de par son armée et sa topographie. Elle ne doit pas faire oublier que les bombardements contre Belgrade ont duré 70 jours et que les Serbes n’avaient capitulé qu’après avoir été poussés par les Russes en quête d’ouverture avec l’Occident. Ni la Syrie ni la Russie ne peuvent tomber dans ce piège et s’ils le font ils auront tout à perdre.

Les experts de l’ONU n’avaient pas pour mission de chercher les auteurs, mais de confirmer l’usage d’armes chimiques. Les rapports déclassifiés affirment sans rien prouver.

Les médias pré embarqués cherchent non seulement  à obtenir l’adhésion de leur opinion qui refuse la guerre, mais elles participent dans l’effort de guerre pour amener les Syriens, leurs alliés et leurs sympathisants à capituler. Les médias dévoilent à leur insu l’intensité de  la guerre diplomatique et politique menée contre Damas pour l’isoler et brouiller son message. Les médias expriment aussi leur peur de ne pas voir les élus américains accompagner leur Président. Ils s’emparent donc de n’importe quel os à ronger que leur envoie l’Administration américaine qui ressemble de plus en plus aux derniers instants du Titanic quelques jours après son inauguration ostentatoire et ostensible.

La confusion sur les objectifs de guerre,  les faux discours conciliant ou abrutissant et la diversion médiatique ne peuvent cacher le premier commandement fondateur des États-Unis que les crétins musulmans et arabes occultent  dans leur analyse sur la Syrie : la violence. Contre cette violence il n’y a pas d’autres choix que refuser de s’y soumettre si nous ne voulons pas tomber sous l’emprise totale et implacable des autres commandements fondateurs de l’Empire : la vassalisation des autres.

C’est dans cette ambiance où les lobbys sionistes se mobilisent pour jouer tous les atouts sur tous les fronts que la Russie, l’Iran et la Syrie réalisent le petit (ou le grand) roque comme le montre le fil des déclarations de la journée de ce lundi 9 septembre en annonçant le désistement de la Syrie sur son armement chimique par la voie de son MAE à Moscou :

« Le ministre Lavrov a mis en avant une initiative liée aux armes chimiques. Je déclare: la Syrie salue l’initiative russe, fondée sur les inquiétudes des dirigeants russes concernant la vie de nos citoyens et la sécurité de notre pays » […] salue la sagesse des dirigeants russes qui essaient d’empêcher une agression américaine contre notre peuple ».

Répondant à la proposition du MAE :

« Nous appelons les dirigeants Syriens à non seulement accepter de placer sous contrôle international leur stock d’armes chimiques, et ensuite à le détruire, mais aussi à rejoindre pleinement l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques »

Il répondait au scepticisme de Kerry :

« Bien sûr, il pourrait remettre chaque élément de son arsenal chimique à la communauté internationale dans la semaine à venir – le remettre, tout cela sans retard et autoriser une vérification totale, mais il n’en a pas l’intention et c’est impossible à faire. »

Kerry – qui s’essouffle devant les voix qui contestent les objectifs et la légitimité de la guerre y compris au sein de l’armée et du renseignement américains – avait poussé son syllogisme jusqu’au paroxysme avec la certitude de ne pas se tromper :

« Les armes chimiques en Syrie (…) sont contrôlées de manière très étroite par le régime Assad. Bachar al Assad, son frère Maher al Assad et un général sont les trois personnes qui contrôlent le déplacement et l’usage des armes chimiques.

Dans cet emballement médiatique l’Iran par la voix de son envoyé à Moscou  intervient pour soutenir la proposition russe :

« Nous espérons que les efforts déployés au plus haut niveau en Russie permettront d’éviter la réalisation d’un scénario militaire », a déclaré M.Amir-Abdollahian lors d’une rencontre avec son homologue russe Mikhaïl Bogdanov.

Ban Ki-Moon saute sur l’occasion ainsi que les Allemands et les Anglais

Les médias déstabilisés un moment reprennent l’offensive pour soit mettre en doute la proposition russe et  l’accord des Syriens soit pour crier victoire et réclamer plus. Qu’est ce qui se passe au juste et que signifie ce retournement ?

Pour y répondre, on n’est pas obligé de faire de la politique ou des analyses militaires que nous laissons aux experts. Nous allons voir la signification du Roque dans une partie d’échecs pour dire la même chose que si c’était une zone de combat sans avoir l’angoisse de la vue du sang arabe et musulman coulant à flots.

Le roque est un déplacement spécial du roi dans le jeu d’échecs. C’est un dispositif de jeu non seulement technique, mais stratégique dans le dispositif de défense et dans l’imposition du changement de dispositif offensif de l’adversaire en modifiant le rapport des forces par la modification de la position des pièces. Il a valeur hautement stratégique pour ceux qui savent transposer l’échiquier sur une carte du monde et qui s’inspirent comme les Russes et les Iraniens, grands joueurs d’échecs, pour mettre en un seul coup le roi à l’abri de la concentration des forces tout en libérant et centralisant une tour qui se trouve mise dans l’axe central pour des opérations de renforcement de la défense ou de contre-offensive.

L’empire, habitué à ne pas trouver de résistance et de stratégie, se croyait seul à décider de la règle de jeu, en l’occurrence la sienne qui ne repose ni sur l’éthique ni sur l’esthétique de la victoire militaire.

Le jeu d’échecs se termine par l’abandon lorsque le roi est mis échec et mat ou lorsque le joueur très élégant et très lucide constate l’impossibilité de gagner la partie face à un adversaire plus fort. Il ne s’agit en aucun cas de tuer le roi ou de le mettre en prison. La bataille s’achève lorsque le roi n’a plus possibilité de se déplacer ou de se protéger. La beauté et l’humanisme du jeu d’échecs sont dans cet art subtil et intelligent de faire l’économie du temps en minimisant les  pertes de pièces maitresses et en élaborant des stratégies pour anticiper sur les coups de l’adversaire. Le Blitz est rarement utilisé, car il dénote un manque de savoir-vivre ou un affrontement entre deux parties inégales qui dans un cas comme dans l’autre n’honore pas le vainqueur. Le perdant qui n’a aucun respect pour ses pièces et qui joue dans la seule perspective de sauver le roi aura lui aussi manqué à la déontologie.

Gaspiller du potentiel et des ressources n’est pas dans l’esprit de la stratégie ni dans l’esprit de la vertu. S’exposer à des risques inutiles ou aller au suicide n’est ni la culture du jeu d’échecs ni celle de la guerre. Le roi peut et doit se déplacer et ne plus occuper l’axe central au profit de la tour latérale n’est pas lâcheté ou reculade, mais manœuvre de jeu. La manœuvre est loyale. Sa cohérence, son opportunité et son efficacité dépendent de trois facteurs qui sont son insertion planifiée ou improvisée dans le dispositif de combat (avant et après le Roque), la capacité de l’adversaire à prévoir ce coup et à lui trouver des parades, et bien entendu l’issue finale de la compétition.

Le jeu d’échec exige de la concentration et de la faculté d’adaptation. Le caractère du jouer, l’accord tacite, ou les impératifs de la partie jouée, peuvent imposer un rythme plus rapide, des sacrifices et une démolition spectaculaire pour que les adversaires puissent s’affronter sur un terrain dégagé et élaboré des stratégies singulières. Quel que soit le cas de figure, il y a des règles et une éthique, il y a des objectifs qui peuvent aller du plaisir de jouer à la gymnastique intellectuelle.

L’Empire et les révoltés partagent la même rage de destruction et le même mode de transgression des règles les plus élémentaires. Le jeu d’échecs, la guerre, la politique se rencontrent pourtant sur de multiples vérités où nous pouvons voir la faillite des révolutions arabes et des politiques américaines dans le monde arabe et musulman :

  • La démarche qui pousse à produire des kamikazes n’est pas la culture  de ceux qui ont à la fois conscience d’avoir de hautes responsabilités et lucidité sur les capacités de l’adversaire. L’acte d’héroïsme isolé et inconséquent ne change pas à l’équation. L’acte violent qui déshumanise ne produit pas toujours des soumis et des vaincus, mais des fragments de haine dont la seule stratégie et le seul désir de vie sont la terreur même si cette terreur ne touche que les mosquées et les souks.
  • L’échange sacrificiel d’entrée de jeu est l’affaire des non-initiés et des machines qui calculent vite sans émotion ni inspiration
  • La perte ou le gain militaire n’a aucune signification si le champ de bataille est un champ de désolation sans perspective politique, économique ou idéologique.
  • Le cynisme et le nihilisme du réalisme politique n’ont pas de place lorsque l’échiquier est une nation et les pièces des êtres humains.
  • Le pouvoir exercé dans l’isolat et la solitude sans gouvernés pour lui donner légitimité symbolique et continuité territoriale et sociale est une chimère.
  • Le respect des règles, l’esthétique et l’esthétique des joueurs sont aussi importants sinon plus que l’issue de la partie elle-même.
  • La mesure et l’humilité tant du gagnant qui ne se montre ni arrogant ni méprisant que du perdant qui surmonte la douleur de son échec en cherchant objectivement les faiblesses de son dispositif de jeu et les forces de celles de son adversaire.

Je dois reconnaitre que le Prophète Mohamed (saws) reste un modèle exemplaire pour celui qui veut comprendre l’efficacité et l’humanisme du vertueux obligé de livrer bataille avec l’art de la rendre économe en temps et en vie humaine. Je dois avouer que les enseignements philosophiques de Sun dans « l’art de la guerre » sont une éthique que l’Occident matérialiste ne peut comprendre. Je dois dire que nous venons d’assister à un Roque (petit ou grand) qui a dérouté les certitudes des uns et qui a confirmé la stupidité des autres. Il faut voir les médias arabes et français experts en manipulation pour évaluer l’impact psychologique de ce Roque politique. Il faut attendre les réactions de la presse américaine et celle des élus américains pour en saisir toute la portée.

Ceci dit on peut comprendre le désappointement du  secrétaire d’État, John Kerry, lorsqu’il réagit de cette manière : «Bien entendu, Bachar Al-Assad pourrait restituer l’intégralité de son arsenal chimique à la communauté internationale (…). Mais il n’est pas prêt à le faire, et il ne peut pas »,

Dans la foulée on peut comprendre la réaction de l’Arabie saoudite et des sionistes par la déclaration précipitée du chef d’état-major de l’Armée syrienne libre, le général Salim Idriss, dans un entretien à Al-Jazeera : « Nous appelons à des frappes et nous avertissons la communauté internationale que le régime d’Assad  dit des mensonges, et que le menteur Poutine est son professeur » […]  « Le régime (syrien) veut gagner du temps pour se protéger » […] « Je dis aux décisionnaires que nous connaissons ce régime, que nous l’avons expérimenté, et nous vous mettons en garde: ne tombez pas dans le piège de supercherie et de malhonnêteté » […] « Ils savent qu’un vote au Congrès américain arrive, et ils (Damas et Moscou)  savent que de telles frappes entraîneront la chute du régime d’Assad.

Je ne crois pas que le régime russe, syrien et iranien  soient des enfants de chœur et des personnes élégantes ayant la haute vertu morale de l’Islam ou l’éthique du jeu d’échecs, mais je suis persuadé qu’ils viennent de réaliser un Roque au sens technique, stratégique et symbolique du terme. L’Empire et le sionisme ainsi que leurs valets n’ont ni vertu ni élégance, et les alliés de la Syrie le savent.

Quel est le sens de ce Roque ?

1 – Acculer l’Empire dans ses propres contradictions et ses mensonges

2 – Gagner la bataille médiatique décisive sachant que les lobbies partent à la conquête des voix du Congrès dont ils connaissent l’importance, cette fois-ci, dans l’échiquier de la guerre du fait de la crise de confiance, d’autorité et de moyens de l’Empire lui permettant de gagner une guerre longue et ruineuse. Dans cette bataille l’armement chimique est comme une pièce dans l’échiquier sacrifiée pour continuer la partie sur un autre souffle, une autre stratégie

3 –  Le Président Assad sait que s’il fait les mêmes erreurs que Saddam Hussein et Kadhafi d’ouvrir ses portes aux experts de la CIA, de livrer son arsenal ou de se mettre à négocier en position de faiblesse, l’armée  et la Syrie, avec ou sans Assad connaitront le même sort irakien. Poutine doit savoir aussi que s’il plie il perdra ses gains internes et externes, car l’Empire lui demandera davantage jusqu’à l’humilier.

4 – Les Russes prennent l’initiative de placer la balle dans le camp américain en  demandant à l’Agence internationale atomique de procéder à une analyse des risques que présenteraient  les frappes américaines sur un petit réacteur nucléaire en Syrie.

5 – Les Russes, les Iraniens, les Syriens, les sionistes et les Américains savent que l’armement chimique syrien était une option ancienne choisie par la Syrie dans l’équilibre de la terreur face au nucléaire. Le pouvoir de dissuasion a le paradoxe de ne pas être d’un grand recours eu égard à ses effets. S’en débarrasser est à la fois se débarrasser de quelque chose qui ne va pas peser dans le rapport des forces, répondre implicitement au Pape François et gagner la communauté chrétienne d’Orient et d’Occident puisque la communauté sunnite semble en marge du conflit, acculer l’opposition qui subit des revers militaires, politiques et médiatiques.

6 – Les amalgames des médias français et arabes sur des arrangements de dernière minute ne peuvent changer la nature des problèmes ni la logique des conséquences de la confrontation ou des armées sur le sol syrien : défaite de l’axe de la résistance ou défaite de l’axe de l’Empire. Celui qui suit le monde arabe et l’entité sioniste sait que l’armée syrienne a changé de doctrine de guerre depuis longtemps : le nombre et la multiplicité des types de missiles embarqués sur véhicules terrestres et sur petites embarcations navales. Il n’est ni dans sa stratégie ni dans son intérêt de gazer des civils ou de faire subir le risque à la population  arabe syrienne, libanaise et palestinienne.

C’est ainsi que j’ai compris la partie qui se joue dans un temps qui avance inexorablement vers la guerre ou vers la paix aux risques et périls de l’Amérique et de la France… Poutine avait déjà gagné la partie symbolique et politique contre le génie champion du monde Kasparov.

Les Français hors du temps semblent planer sur un nuage de certitude scélérate. Ils ne voient toujours pas le monde changer et ils s’enfoncent de plus en plus dans le ridicule. Le dernier vaudeville de la charte de la laïcité comme symbole de la rentrée scolaire témoigne de l’absence de projet, de dimension politique, de consistance intellectuelle. Marie, la poire, et le pot au lait…  à la veille d’une guerre mondiale ! Hier, pourtant, la télévision française nous a gratifiés de reportages fictions romantiques et pathétiques sur le Jihad islamique en Syrie donnant l’envie aux jeunes ingénieurs séduits par le « martyr » sous la bannière de confusion  d’oublier leurs droits et leur devoir en France.  Il faut le faire.

Le grand Roque c’est d’avoir mis la Russie en première position comme garant de la paix mondiale et laisser les autres accoucher d’un serpent qui se mord la queue.

Le jour d’après Saint-Pétersbourg va  montrer toute sa splendeur et dévoiler les bons et les mauvais joueurs dans cette  partie d’échec sur l’armement chimique syrien. En ce qui me concerne, j’ai l’intime conviction que l’Empire et le sionisme ont perdu ce qui faisait leur force redoutable : l’art de cacher leur jeu. Ils sont dans une confusion telle qu’ils ont perdu l’initiative qui faisait leur puissance et leur supériorité. Dans ce jeu, les Chinois et les Iraniens annoncent chacun qu’ils vont lancer leurs plus grandes manœuvres militaires.

Le Congrès américain n’a pas toutes les pièces en main, mais il a la possibilité de changer le rythme  du milieu de la partie qui se joue tant en Syrie qu’aux Etats-Unis : déflagration dramatique ou négociation. Dans un cas comme dans l’autre le roi Obama est dans une position d’échec. Dans un cas comme dans un autre la fin de partie est échec et mat du système.

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