Déclaration du Président de la Rupture

بسم الله الرحمن الرحيم

Au Nom d’Allah le Miséricordieux, le Miséricordeur

J’ai accompli avec succès toutes les formalités de dépôt de ma candidature auprès du Conseil Constitutionnel, en conformité avec les lois et règlement en vigueur. C’est la fin d’une étape.

Ce fut un parcours relativement difficile semé d’embûches et d’obstruction, mais mission accomplie au-delà de ce qui est requis puisque nous avons obtenu le double de ce qui est exigé par la loi. Le nombre de signatures et le nombre de Wilayas confirment la grandeur de ce peuple. Ce peuple est grandiose, il a répondu à mon appel bien que je ne sois soutenu ni par un parti ni par un appareil.

J’exprime à ce peuple ma reconnaissance et ma gratitude. Je me suis engagé avec foi solide en ce peuple et avec une conviction forte pour une rupture avec ce système. Ce peuple a répondu à mon appel et a souffert en conséquence pour déployer tous les efforts et surmonter les entraves administratives.

Dites au Peuple : l’aube d’une nouvelle ère a commencé aujourd’hui.

Tu as été grandiose o peuple algérien ! Demeure toujours grandiose !

Tu as été pacifique, demeure pacifique ! Tu as été civilisé et tu as donné des leçons à tous ceux qui ont voulu te rendre handicapé, démissionnaire.

Tu as relevé le défi, tu leur montré que tu étais vivant et tu leur as donné la preuve de ta grandeur et de ton engagement. Demeure vivant, civilisé !

De la même manière que tu as triomphé hier sur le colonialisme, tu vas édifier aujourd’hui la Seconde République par la Rupture et le Changement.

سلام الله عليكم و رحمته وبركته

Paix d’Allah sur vous, Sa Miséricorde et Sa Bénédiction !

L’ARMÉE, LE PEUPLE, FRÈRES, FRÈRES

جيش شعب إخوة إخوة

Le peuple algérien confirme pour une million et demi de fois l’échec du complot international et des éradicateurs de la cinquième colonne que :

  • La personnalité algérienne est une et indivisible,
  • L’armée et le peuple sont du même creuset social et de la même identité
  • La Rupture est une voie irrévocable qui sera menée à son terme.
  • Le peuple algérien dispose conditions morales et matérielles pour reprendre son destin en main et parachever l’indépendance nationale

Contrairement aux souhaits de voir le peuple algérien verser son sang, ni le « printemps arabe » ni « le printemps berbère » ni « la révolution de cactus » n’ont prise sur la rue algérienne.

Le printemps arabe en Tunisie a permis de dégager Benali pour remettre la bourgeoisie aux commandes de l’Etat avec une façade démocratique qui « plait » à l’Occident qui conserve son contrôle sur le pays et maintient ses bases de renseignements sur l’Afrique du Nord. Les populations déshéritées proche des régions frontalières avec l’Algérie sont toujours des laissés pour compte.

Le printemps arabe en Egypte a permis de dégager Moubarak pour remettre l’appareil militaro industriel égyptien, les libéraux occidentalisés et la gauche bureaucratique aux commandes de l’Etat avec le soutien indigent du salafisme international et de l’Occident. Les Frères musulmans politiquement infantiles se sont laissés manipulés d’abord pour confisquer le mouvement insurrectionnel, arriver au pouvoir et ensuite le perdre en laissant décapiter leur organisation et leurs meilleurs cadres.

Les Algériens ont tiré leçon ! Ils veulent un changement pacifique. Ils connaissent les élites et les oppositions qui ont fait de la politique, de la culture et de la religion non seulement une rente, mais une instrumentalisation pour donne légitimité et longévité à ce système mortifère et sacrilège.

La mémoire collective n’oublie pas qu’elle a fait dégager un régime honni par le peuple en 1991, mais les « Janvieristes » éradicateurs, les « islamistes » immatures les bureaucrates de l’armée et les rentiers de tout horizon et de toute nature ont essayé de salir l’Islam, l’Algérie, l’ANP pour sa filiation à l’ALN, le FLN historique et les grandes figures algériennes comme Ait Ahmed et Boudiaf. Même si le prix du sang a été exorbitant, même si la méfiance et la défiance envers l’armée et les partis politiques sont fortes, même si la rente à humilié et asservi les populations, la conscience algérienne demeure lucide. Elle va faire dégager, de nouveau par les Urnes celles et ceux qui ont trahi ou qui ont déçu.

Les urnes c’est la voie pacifique vers le changement via une rupture symbolique. Par rupture symbolique nous entendons la rupture avec ce système, sa toile de mensonges et les symboles importés de la France. Par rupture symbolique nous entendons la reconstruction du lien solide avec nos symboles authentiques et nos principes fédérateurs et civilisateurs :

  • Algérianité
  • Liberté
  • République démocratique et populaire
  • Etat de droit et séparation des pouvoirs
  • Développement économique et social
  • Libérer la religion, la culture et le premier novembre de toute confiscation, de tout monopole
  • Moderniser et redéfinir les attributions des institutions et des corps constitués par une Constitution amendée par le peuple.
  • Relancer le pluralisme politique sur des fondements citoyens.

Le sang, les larmes et la sueur des Algériens non seulement ne seront plus versés pour des idoles et des totems, mais ils réclameront justice, ils imposeront aussi la reconnaissance par laquelle se fonde toute prétention à la légitimité (politique, culturelle, économique) et aux hautes responsabilités.

Chacun devra être réhabilité dans ce qu’il a versé et dans ce qu’il peut encore donner à sa patrie dans ce cadre sur lequel il n’y aura aucun marchandage :

Justice et Vérité.

Le peuple algérien ne se trompe pas sur ses slogans et en particuliers sur « L’ARMEE, LE PEUPLE, FRERES, FRERES », en effet la rupture avec le système diviseur et l’instauration d’une seconde République passent par un acte de fraternisation entre les principaux acteurs de la libération nationale. Tous les attributs de l’Algérianité se sont forgés dans l’épreuve de l’histoire par des actes de solidarité et de fraternité que la France coloniale a essayé de corrompre et de briser. Le chemin vers le parachèvement de notre indépendance passe par ces actes de symbolisation : aller vers l’autre, reconstruire le lien brisé et disposer des mêmes signes de reconnaissance et d’identification.

Le grand chantier va commencer dans quelques semaines inchaallah :

  • Voter pour un candidat de rupture,
  • Remettre sur pied les institutions démocratiques à tous les échelons locaux, régionaux et nationaux,
  • Engager des réformes politiques, économiques, financières et bancaires. Ces réformes devraient être dans un premier temps simples, rapides et efficientes
  • Mobiliser les conditions pour que les gens se remettent avec confiance et espoir au travail et enfin tourner le dos à la rente et à la prévarication.
  • Trouver les compétences occultées dans les décombres de la corruption ou dans l’exil,
  • Eviter de reconstruire sur les ruines (hommes et organes).

La vigilance doit être de rigueur et l’espoir doit se lever maintenant pour contrecarrer ce qui se prépare par les relais médiatiques français et les éradicateurs algériens :

  • Délégitimer les manifestations sous prétexte qu’il n’y a pas d’appareil politique ou de guide qui les caporalise.
  • Faire peur à la demande de changement sous prétexte que les islamistes sont aux aguets.
  • Ignorer le candidat de la Rupture et le confiner à son statut de militaire.

Nous continuerons de scander la rupture symbolique et de manifester notre attachement au peuple algérien, parce que n’avons jamais opéré, un instant une rupture avec ce qu’il est :

جيش شعب إخوة إخوة

 

Omar Mazri. 01-mars 1919

NON A L’EFFUSION DE SANG !

La fin de l’oppression est proche, le système est en train d’imploser, ses relais internationaux paniquent.
Bientôt une nouvelle Algérie Inchaallah !

Prenez garde à Dieu
et redoutez l’effusion de sang !

 أَنَّهُ مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا

Quiconque porte atteinte à la vie d’un être un homme, sans qu’il y ait eu meurtre ou violence commise sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes Al Maida 39

 

وَمَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ أَن يَقْتُلَ مُؤْمِنًا

وَمَن يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُّتَعَمِّدًا فَجَزَاؤُهُ جَهَنَّمُ خَالِدًا فِيهَا وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَلَعَنَهُ وَأَعَدَّ لَهُ عَذَابًا عَظِيمًا

Un croyant ne doit en aucun cas tuer un croyant…  Celui qui tue volontairement un croyant aura la Géhenne pour rétribution ; il y demeurera à jamais. Dieu exerce sur lui Son Courroux. Il l’a maudit et lui a préparé un châtiment terrible. An Nissa 92-93

Manifestation réelle contre manifestation fallacieuse du 22 février

L’appel à une contre-manifestation lancée par les fossiles du FLN pour le 22 février pourrait sembler à priori une vraie folie sur le plan de la communication ou une faute grave sur le plan politique ! Mais c’est plus qu’une folie, c’est le scénario probable que j’avais envisagé et qui a été traité de « fou ». J’ai invité les gens à  prendre en considération le jusqu’au-boutisme d’un système aux abois n’ayant plus de lucidité pour voir des portes de sortie. Ce système en panique, s’agrippant à ses rentes, refusant le changement et ayant donné aux étrangers les garanties de leur faire des concessions stratégiques veut aller à la confrontation, au chaos et à la répression. Sa règle est « c’est nous ou c’est le déluge ».

Nous sommes remis dans la même ambiance que celle de décembre 1991 et de janvier 1992 : monter les Algériens les uns contre les autres et créer les conditions pour que l’élection soit annulée et l’État de siège instauré. Ce qui se passe chez nous n’est pas étranger à ce qui se passe au Venezuela où on voit l’impérialisme perdre toute forme de diplomatie et d’artifices politiques pour montrer son visage hideux sans masque et afficher sa prédation sans honte ni retenue.

Il s’agit, pour vendredi 22 février, d’une opération d’intimidation pour que la masse des « caporalisés » fasse illusion d’un soutien à un clan devenu stupide et lui donner la possibilité de trafiquer les élections sous prétexte que les populations le soutiennent. Dans ce scénario, la possibilité de débordement voire de confrontation entre algériens est la solution idéale pour un clan de fous qui ne sait plus si son candidat va demeurer vivant jusqu’à réaliser les objectifs fixés par la France : un vice-président et une révision constitutionnelle pour faire durer ce régime et épuiser les ressources de l’Algérie.

L’ANP est remise face à ses responsabilités historiques : répondre une nouvelle fois par la répression ou accompagner le changement et offrir une voie de sortie sans violences. Elle risque cette fois-ci de se diviser ou de voir un groupe opérer pour forcer le destin avec tous les risques que nous connaissons si l’opération échoue : répression et épuration comme en Turquie.

Les jours sont sombres, les Algériens sont divisés sans cap, ni boussole ni vigie, ni gouvernail ni capitaine aux commandes d’un bateau battu par les flots et qui risque de sombrer.

Les Algériens ont été démolis par la rente, la hogra et l’école. Ils ont peur de réfléchir, ils ont peur d’agir, et ils ont perdu les moyens de l’autonomie. On leur a confisqué et interdit toute forme d’organisation sociale et d’action politique. Trois étudiants qui se réunissent pour travailler sur un projet de mémoire universitaire risque de paraitre comme des conspirateurs, des complotistes, des agents de la subversion. L’opposition les a habitués à dénoncer alors que le pouvoir les a contraint à la servitude. Avec l’internet et les moyens numériques de la communication, les animateurs sociaux et politiques n’ont pas joué leur rôle d’éducateur. Sur le Facebook algérien on parle cuisine et troc, mais rarement d’Algérie et lorsqu’on le fait c’est en insultant ou en dénonçant.

Les étrangers sont divisés. Trump et la CIA peuvent à la dernière minute imposer leurs hommes et refuser que l’Algérie demeure une chasse gardée de la France. Cela se fera dans une confusion telle que l’effusion de sang sera impossible à éviter. Les partis classiques d’opposition ne sont ni crédibles, ni compétents, ni populaires.

Le président en « exercice » par sa vacance ne peut ni faire un appel au calme comme Chadli l’a fait lors des émeutes d’octobre 88, ni assurer la responsabilité de la répression. Aucun leader n’émerge pour engager l’Algérie sur une solution négociée avec les Étrangers pour éviter l’effondrement. Il manque aux leaders virtuels la légitimité, c’est à dire la reconnaissance sociale qui ne peut être construite en quelques jours ou en quelques semaines.

S’il est triste de constater une fois de plus, la capacité de nuisance et l’irresponsabilité outrancière des rentiers en place, il est davantage plus triste de voir que les « poids lourds » de l’Algérie n’ont aucune initiative sur l’Algérie et aucune implication au milieu des Algériens. Ils porteront la même responsabilité sur le désastre passé, présent et à venir. Venir nous dire, plus tard, que ce sont les Français ou les Américains qui portent la responsabilité, c’est insulter nos intelligences et fuir ses responsabilités. Nous sommes de grandes gueules, mais dans les faits nous sommes déserteurs de la cause nationale. Les militaires savent que le terrain est ou bien occupé par l’ennemi ou par les alliés, leur incompétence ne leur sera d’aucune justification le jour où chacun sera jugé selon l’œuvre réelle accomplie dans cette existence.

Qu’Allah nous fasse miséricorde ! Comment attendre Sa Miséricorde lorsque les militaires « décideurs de circonstances » ou « instruments » du pouvoir occulte méprisent les civils, alors que les gouvernants et administrateurs civils méprisent le peuple algérien et n’offrent que la pax romana :

« domptez les superbes et épargner ceux qui se soumettent ».

S’il ne se passe rien, cela ne signifie pas que ce scénario est le récit d’un fou, mais que la menace et l’intimidation ainsi que l’emprise des réseaux de rente et de caporalisation sont telles que les résistances sont anesthésiées et annihilées. La crise de l’interrègne n’en sera pas pour autant réglée. La dialectique va aiguiser les contradictions et les oppositions et le conflit n’en sera que plus violent ou du moins plus radical. C’est ainsi et pas autrement :

« Où vous prenez le changement par la main, où il vous prend par la gorge » (W. Churchill).

Comme en 1991 les uns veulent sanctionner un régime, les autres veulent s’approprier le pouvoir à sa place, pensant qu’ils sont les mieux placés et les plus méritants, mais personne n’a travaillé sur l’adhésion populaire, ni placé le curseur idéologique sur la rupture sans exclusive ni exclusion, ni placé le débat au niveau requis pour décrire l’alternative et susciter l’enthousiasme des couches sociales. Nous continuons de réagir et d’improviser d’élection en élection.  Entre temps le système a démoli l’école et l’université, a sapé l’économique et le social, a mis en ruine L’État et la jeunesse…

Omar MAZRI

ALI GHEDIRI A LA JEUNESSE ALGÉRIENNE

Ce qui suit est la traduction de la vidéo de la rencontre entre Ali Ghediri et le Rassemblement de la Jeunesse Algérienne (RAJ) du 24 février.

Voir la vidéo

Préambule :

J’ai tenu à transcrire le plus fidèlement, sans littéralisme, les propos tenus par Ali Ghediri. J’ai exprimé mon intention de le soutenir comme candidat de la rupture et j’ai expliqué les raisons. Maintenant je m’exerce à un exercice d’appropriation de son discours pour mieux le comprendre et surtout tester mon adhésion sur le plan argumentaire. Homme d’écriture et d’analyse je vous livre ce que j’ai retenu de ses propos et qui me réconfortent davantage dans mon choix. Je ne donne pas de lettre de vertu, car ma conviction morale et religieuse m’impose de conserver une distance déontologique et un esprit critique voire une remise en cause lorsque je me trompe. L’appropriation s’est avérée facile, même si j’y ai passé plus de 24 heures de réflexion. Il s’agit du destin d’un pays, l’émotion et le sentiment doivent être subordonnés à la raison, les objectifs doivent être plus importants que les « éléments de langage » de communication. Ici il s’agit d’exposer les gros œuvres de l’édifice « Rupture » en attendant de voir les seconds œuvres comme l’économique et le social même si en dernière instance ils sont les plus déterminant en matière de réformes.

Omar Mazri

Voici le texte complet de l’intervention de Monsieur Ali Ghediri avec des libertés de traduction et d’interprétation :

Rupture avec le clientélisme, l’exclusion, la corruption, la bureaucratie, la gabegie, l’injustice…

Rupture avec le système, et renouvellement du serment national fait aux martyrs et réappropriation de l’esprit algérien de résistant au colonialisme. Non à ceux qui ont trahi la mémoire de ceux qui ont fait serment à Dieu, à la patrie et au peuple algérien de le servir et de mourir pour sa cause. Non à ceux qui ont asservi le peuple et abusé de l”appropriation illégitime et illégal des richesses nationales au détriment du peuple.

L’Algérie sera remise à la possession de tous ses enfants sans clivage idéologique, sans monopole ni exclusion ni exclusive.

Le Droit et la Justice au-dessus de tous. Nul ne sera protégé par l’impunité, le privilège et le passe-droit.

Séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Le juge libre et indépendant.

Ni la France coloniale ni le système répressif ne peuvent imposer leur matraque et bâillonner le peuple algérien lorsqu’il se décide à parler et à agir pour recouvrir sa liberté et sa dignité.

La responsabilité devant Dieu et devant le peuple algérien ainsi la honte qu’il fait endosser à ceux qui abusent de l’impotence du président en exercice pour ridiculiser l’Algérie et le peuple algérien.

Le devoir des autorités et du régime est de répondre rapidement à la manifestation pacifique et aux exigences du peuple algérien de choisir librement qui le gouverne et comment il veut être gouverné et comment il veut exercer sa souveraineté. Il cite le pète tunisien Abou Kacem Chebbi

إذا الشّعْبُ يَوْمَاً أرَادَ الْحَيَـاةَ فَلا بُدَّ أنْ يَسْتَجِيبَ القَـدَر

وَلا بُـدَّ لِلَّيـْلِ أنْ يَنْجَلِــي وَلا بُدَّ للقَيْدِ أَنْ يَـنْكَسِـر

Lorsque le peuple, un jour, exprime son désir de vivre (de liberté).
Forcément, le destin lui obéit
Et forcément, la nuit se dissipe
Et forcément, les chaines se brisent…

Le peuple algérien ne demande donc pas l’impossible… Il a attendu avec patience … Mais la patience a des limites et le flot a débordé. Stop ! Basta ! Changeons ! L’Algérie n’est pas un héritage à léguer à une poignée d’individus. L’Algérie a payé au prix de ses Martyrs et continuent encore à payer un lourd tribu d’effusion de sang pour la liberté et la dignité de son peuple. Ça suffit !

Les longues pages de sang qui a coulé en Algérie doivent être écrites. L’histoire apportera son jugement, même si les élites culturelles ont une part de responsabilité par leur défaillance et leurs clivages. L’Algérie ne sera apaisée que si elle se réapproprie son histoire réelle sans maquillage ni oubli. La solution est l’instauration d’un cadre de dialogue responsable et pérenne pour régler tous les différends et toutes les contradictions. Nous ne pouvons avancer avec la haine, la rancune et les préjugés. Il faut tout clarifier pour éclairer la route du devenir…. Nous avons commis des erreurs dont les conséquences sont tragiques. Cela est plus qu’un problème d’écriture de l’histoire, c’est une affaire de conscience. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas parlé de changement, mais de rupture. La Rupture c’est la naissance d’une seconde République, c’est briser les liens avec les anciennes pratiques et les anciennes méthodes.

Les urnes doivent être le discriminant entre les différentes visions et les différents programmes et c’est au peuple algérien de décider en toute liberté et c’est aux autres de s’incliner devant le choix du peuple et de le servir. Cela n’est possible que si les élections se réalisent en dehors de la fraude, la fraude ne peut être évitée que le peuple est conscient et engagé. Les fraudes électorales en Algérie sont une invention de la France qui intervient pour faire dévier le choix du peuple algérien et le maintenir en otage. Ceux qui revendiquent le patriotisme doivent divorcer avec la France et son héritage de fraude et de confiscation. Ils doivent jeter un coup d’œil sur les pratiques anglo-saxonnes en matière électives et faire objectivement la différence d’appréciation et d’inspiration.

Cela fait 57 ans que nous utilisons le système frauduleux français malgré que nous ayons dit à la France dégage ! La fraude se conjugue avec la rapine et la corruption ! Ils relèvent de la même logique et de la même pratique. Ce sont des problèmes de fond, leurs solutions passent par une expertise et un dialogue ouvert et responsable.

Sur la question de son statut de serviteur du régime en sa qualité de général, Ali Ghediri a tenu à préciser qu’il avait passé 42 ans de sa vie comme commis de l’État en travaillant dans l’institution militaire ce qui ne fait pas de lui le serviteur d’un régime. Il assume son ancien statut de militaire et revendique son devoir de servir la République ni plus ni moins. Après mon bac je me suis engagé par la grande porte sans effraction ni clandestin pour servir une institution et défendre la patrie. Où est le mal ? J’ai été formé dans les écoles figurant parmi les plus prestigieuses au monde pour apprendre l’art de défendre mon pays. J’ai agi par conviction et j’ai œuvré dans la totale probité. Interrogez ceux qui savent comment j’ai servi ? J’assume pleinement l’étiquette de militaires. Je n’ai pas servi l’institution militaire uniquement à Alger, mais j’ai eu un long parcours dans les confins retirés de l’intérieur de pays et du grand sud. J’ai vécu proche des Djounouds et des populations. Je suis militaire ne signifie pas que j’ai du mépris pour le civil ou que je prétends à être plus méritant que lui. Cela ne signifie pas que le civil est plus patriotique que le militaire. J’ai servi une armée dont la composante humaine est populaire. Je suis un home issu du peuple et je continue à vivre à proximité du peuple. Cette proximité conjuguée au patriotisme me dicte ma conduite et m’invite à poursuivre mon militantisme patriotique sans exclusive ni monopole. Ma retraite de général et la retraite de mon épouse me permettent de vivre dans le confort sans attendre autre chose qui viendrait d’un poste politique. L’amour de l’Algérie doit être notre dénominateur commun.

L’ANP est une armée républicaine au service de la nation, sinon il faut la requalifier de milice d’un clan. S’il y a un jugement il doit être porté sur des hommes et leurs comportements ou leurs positions et non sur l’institution. L’ANP est l’héritière de l’ANP même si certains de ses membres ont fauté. Une institution est une organisation régie par des valeurs, les valeurs de l’ANP sont celles des authentiques révolutionnaires libérateur du joug colonial.

Il ne faut pas donner au terme révolution un sens péjoratif ou galvaudé, mais le placer dans son véritable contexte qui était le nôtre face au colonialisme. Chaque algérien a un père, fils, un frère ou un membre de la famille ou du voisinage dans les rangs de l’ANP et à ce titre elle ne peut être comparée à des mercenaires comme certains y compris dans les partis politiques veulent le faire croire.

On désigne l’armée algérienne par la « grande muette » et on lui reproche sa participation dans la vie nationale faisant des conditions historiques de sa genèse et de sa sociologie comme si cette armée était importée et ne faisait pas partie du corps national avec ses forces et ses faiblesses. Pourquoi créer une dichotomie entre le militaire et le civil alors que notre parcours historique n’en n’a pas fait. Tous les présidents algériens ne sont-ils pas des militaires y compris Bouteflika ? Ait Ahmed fondateur et commandant de l’Organisation Spéciale (chef d’Etat-major de l’OS) n’était-il pas le premier militaire algérien ? C’est l’OS qui a donné naissance à l’ALN et au FLN. Nul ne peut évoluer en dehors de son contexte historique, nul ne peut se mouvoir en faisant abstraction des déterminismes historiques qui dictent son comportement et ses décisions. L’histoire configure et écrit le destin d’un peuple et d’une nation. L’Algérie ne peut faire exception. Toutes les grandes figures historiques de l’Algérie, même indépendante étaient des militaires, les uns en tenue, les autres en civils à l’instar de Mehri ou de Messaâdia produits par l’ALN.

Depuis 1962 à nos jours, ce sont les mêmes qui président à la destinée de l’Algérie. Je ne parle pas des exécutants, mais des têtes pensantes. Cette génération, issue de l’ALN, n’a pas changé. Il n’y a pas eu de changement majeur pour renouveler les mentalités et les élites. Si d’autres avaient pris le pouvoir, peut-être que les choses auraient changé.

Imaginer que je suis un crabe du système du fait de mon grade de général major est un raccourci et un biais qui occultent la véritable problématique du pouvoir et de la crise en Algérie. Avec tous le respect dû à nos ainées, il ne faut pas confondre les générations et encore moins nier le problème qui se pose entre les générations. Il ne faut pas oublier que l’intervention (l’irruption) de l’armée dans la vie politique a toujours été une réponse conjoncturelle à un évènement grave pour éviter le pire. Si des militaires se permettent de parler de la vie politicienne et de prendre position, ils le font à titre personnel, mais l’armée dans sa structure organique reste « la grande muette » qui veut servir l’Etat et la Défense Nationale. Si on doit parler vrai, alors je dis à ces politiciens qui parlent sans retenue sur l’armée s’ils ont le courage et les moyens de faire rentrer l’armée dans les casernes ou de faire dégager ceux qui parlent en son nom pour promouvoir tel candidat au lieu et place du peuple. Je leur dis davantage : pourquoi faire les grosses gueules alors que devant un haut gradé militaire vous vous mettez au garde-à-vous ? Seul un général peut faire évacuer la « politique » des casernes et la confiner à la vie civile. Je ferais cette évacuation et ce retrait si tel est le destin voulu pour moi par Allah. Elu président je confierais à l’armée la mission qui est la sienne et je la mettrais hors du champ politicien. Afin de lui redonner sa vocation : l’expression du peuple, l’émanation de la souveraineté du peuple, la force du peuple…

Toutes les armées du peuple ont un rôle prépondérant, mais dans les limites légales : protecteur respectable, mais non tuteur du peuple ou rival des autres institutions. C’est la nouvelle Constitution qui va redéfinir la place et le rôle de l’armée. La nouvelle Constitution n’est pas l’apanage des deux chambres actuelles, mais l’affaire du peuple qui la débat et l’adopte.

Nous ne pouvons demander le retrait total de l’armée et son confinement dans les casernes que lorsque le peuple éveille sa conscience et prend en main la responsabilité de sa propre destinée. Le problème n’est pas spécifique à l’armée, mais à l’ensemble des institutions qui doivent prendre la place qui leur revient constitutionnellement : le parlement occupe sa place et exerce ses fonctions, la justice de même, l’exécutif de même, l’armée de même, le Président de même, le peuple de même. Le Président, la plus haute autorité ne peut déroger à l’exercice de ses missions et outrepasser le cadre de ses prérogatives et de son autorité.

C’est à la nouvelle Constitution algérienne (2ème République) de fixer les règles et les prérogatives et c’est à chacun de les débattre avant la promulgation de la Loi et de les respecter après sa promulgation. Cette nouvelle Constitution devra être en harmonie avec la marche de l’Histoire et notamment tenir compte des réalités algériennes dont celle du poids de la jeunesse dans la démographie et la société algérienne. Les jeunes sont par essence porteurs de modernité et de progrès. Il y a une nécessité impérieuse de modernisation retardée par le système et il faut la relancer et l’accélérer pour redonner à l’Algérie la stature qui lui sied. Nous avons toutes les ressources pour le faire, mais il nous manque la confiance et le cadre politique. Il faut les créer. Notre première crise n’est pas d’ordre économique, mais politique. La crise politique peut être surmonté si on parvient à recréer les liens de confiance et les passerelles qui en découlent. Il faut parvenir à mettre fin à la méfiance, à la défiance et à la détestation que le système a mis entre les Algériens.

La position géostratégique, le sacrifice et l’histoire ont décidé que l’Algérie est condamnée à être puissante et souveraine ou à ne plus être. Avec l’agrément de Dieu et la volonté du peuple nous pouvons lui donner la place qui sied à sa grandeur et à la valeur de ses hommes. La jeunesse algérienne est à l’avant-garde de la reconquête de la grandeur de l’Algérie.

Lorsque je me suis engagé très jeune dans l’armée, je ne l’ai pas fait pour massacrer des Algériens. Je me suis engagé pour défendre les Algériens, leur vie, leurs biens et leur dignité. Il faut prendre en considération notre engagement pour ce qu’il était : nous avons fait don à la patrie de notre sang qu’elle peut faire verser pour sa défense contre l’occupant et l’ennemi. Notre vocation est d’éviter que les Algériens ne se fassent massacrer. Je tiens à rappeler qu’en 1963 en pleine guerre en Kabylie, les insurrectionnels kabyles ont jeté les armes pour rejoindre l’ANP et défendre la patrie contre les visées marocaines en 1963 et rejoindre le front de résistance nationale contre la guerre déclenchée à notre frontière. Le militaire, ici ou ailleurs, s’engage et est formé pour défendre l’intégrité du territoire et protéger l’Etat et la Nation. Les conditions et les crises peuvent provoquer des manquements, mais la règle fondamentale des armées demeure : faire barrage à l’étranger ennemi. Il s’est passé des tragédies où l’Algérien a tiré sur un autre algérien, mais ceci revêt un caractère exceptionnel et conjoncturel qui ne remet pas en cause la vocation fondamentale de l’ANP et l’engagement des militaires algériens à servir l’Algérie par le métier des armes. En tous les cas je suis le dernier à cautionner non seulement le massacre des Algériens, mais le massacre de tous les hommes y compris les étrangers. Même dans la guerre les armées professionnelles ont des règles de déontologie qu’elles ne peuvent transgresser quel que soit le motif. Dans un champ de bataille, c’est balle contre balle, attaque et contre-attaque, mais lorsque l’adversaire lève les bras ou hisse le drapeau blanc plus personne n’a le droit de continuer à tirer. Que penser alors lorsque le champ de bataille oppose des adversaires unis par les liens du sang, de la religion, de la langue et de la patrie.

Au sujet des élections de 2014, Ali Ghediri précise que l’Algérie (du système) ne s’exprime pas en terme de votants, mais en termes d’absentions dont le taux atteint les 85%. Sur les votants on peut dire que la majorité est contre le système. Ceux qui prétendent représenter la majorité ne sont que l’expression de la fraude et du mensonge.

إِنَّ اللّهَ لاَ يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّى يُغَيِّرُواْ مَا بِأَنْفُسِهِمْ

Allah ne change point en la situation d’un peuple tant que celui-ci n’a pas changé ce qui est en lui.

Ce système a pour culture et pour pratique la fraude et le mensonge, soyez donc vigilants. Si vous décidez consciencieusement de la nécessité du changement il ne manquera pas inéluctablement de se produire.

A la question sur le mode du changement, Ali Ghediri précise que l’Algérie dispose du levier principal et du point d’appui pour opérer le changement : sa jeunesse. La révolution algérienne s’est appuyée sur la jeunesse, au début de l’indépendance elle s’est appuyé sur la jeunesse. Quelques années plus tard l’Algérie a commencé à tanguer et chavirer lorsqu’elle s’est appuyé sur les croulants qui se sont mis à stigmatiser la jeunesse, à la priver de ses droits et à lui interdire ses possibilités. Plus tard ils l’ont intimidé puis exercé sur lui la corruption et le chantage. On ose offrir un sandwich au jeune algérien à la Coupole d’Alger pour l’impliquer dans le soutien du candidat du système, quelle honte ! Le jeune algérien mérite mieux.

Le changement sera mené par un gouvernement de jeunes. Ils comprennent le langage de leur temps et sont aptes à tisser les ponts vers l’avenir. Ma génération et moi-même nous ne sommes qu’une passerelle transitionnelle, une période de transition.

Sur la compétition avec Bouteflika : je n’ai pas mis des conditions et je ne me suis pas positionné par rapport à sa candidature. Je le fais par conviction et responsabilité, les urnes doivent trancher. J’ai annoncé très tôt que je n’y allais pas pour jouer le lièvre ou pour faire illusion démocratique, mais pour gagner et faire gagner la jeunesse. Je porte un projet pour l’Algérie, et par conséquent les figures politiques et les devantures par personne interposée ne m’intéressent. Mon programme est un projet de rupture. Ce que le système de Bouteflika n’a pas fait en 20 ans avec 1000 milliards, il ne peut le faire aujourd’hui en si peu de temps et peu de moyens. Je dis donc non au projet d’une plateforme politicienne qui déciderait du destin de l’Algérie, il appartient aux Algériens de s’autodéterminer et de décider de leur avenir sans tutelle. La décision sur l’avenir ne peut être confisquée par ceux qui ont gaspillé les ressources nationales, qui ont hypothéqué l’avenir, qui ont méprisé le peuple, qui ont volé et corrompu.

Le boycott des élections n’est pas raisonnable, car ce régime s’en est accommodé depuis toujours et en profite pour accentuer la démission du peuple et la mise à l’écart de la jeunesse.

Sur la question des dettes, de la planche à billet, des finances publiques et du budget de la défense nationale, Ali Ghediri précise, sans détours, que lorsque les institutions sont démocratiques, le parlementaire et le maire des élus qui représentent légitimement et authentiquement le peuple et qui exercent leurs prérogatives légales, alors l’État peut non seulement exercer le contrôle transparent et efficace sur ses finances et ses budgets, mais veiller scrupuleusement aux intérêts du peuple. Celui qui n’a pas de foin dans le ventre ne craint pas le feu et celui qui accomplit son devoir sans corruption ne craint pas la casquette. C’est au peuple de décider des dépenses militaires. L’armée a pour vocation la défense de l’intégrité du territoire nationale, le citoyen celui d’exiger la défense de son pays et de contrôler les dépenses réalisées au nom de cette défense. La question primordiale n’est pas dans le montant des dépenses militaires, mais dans le pouvoir réel du peuple et dans sa jalousie à exercer ses prérogatives démocratiques y compris celle de son contrôle sur la Défense Nationale. Nos propos sont, par analogie, valables pour tous les secteurs d’activités et toutes les institutions qui doivent être sans exception soumises au contrôle populaire. L’exigence est double : rationalisation et optimisation des dépenses dans le cadre de la rigueur budgétaire avec en face exercice responsable du contrôle populaire dans le cadre de la rigueur démocratique. Ainsi on met fin à la gabegie. Cela signifie aussi l’exemplarité des gouvernants qui doivent être des modèles de vertu. Lorsque le peuple constate la modestie du train de vie des gouvernants et des élites alors il peut s’imposer à lui-même l’austérité et le refus du gaspillage. L’homme algérien est apte à se désister de son morceau de pain par solidarité si on lui donne l’exemple.

En ce qui concerne 92, Ghediri dit : ce n’est pas ma référence historique. Mon repère est le premier novembre 1954. C’est le manque de respect des idéaux de la révolution algérienne qui nous a conduit aux situations dans lesquelles on se débat aujourd’hui. L’effusion du sang algérien en 1963, 1965, 1967 et en 1988 nous interpelle aussi. Une nation pourrait-elle continuer à avancer avec les yeux rivés aux rétroviseurs. Edifier un Etat et une nation demande le règlement des contentieux et l’apaisement pour se remettre en état de marche vers l’avant et générer de l’espoir et de la confiance pour les nouvelles générations. Il n’est pas normal de continuer à livrer nos enfants en quête d’avenir aux flots de la mer qui les happent et les dévorent à 2 miles des côtes algériennes. Le drame c’est que nous dégustons à prix fort des crevettes et des crustacés qui se sont nourris de la chair de nos enfants. Ce n’est pas la quête d’avantages mondains qui a fait fuir les Algériens et particulièrement les meilleurs de son Elite, mais le désespoir.

En ce qui concerne la Ligue arabe : L’Algérie est membre de l’ONU, de l’OUA et de la Ligue arabe. Il est révoltant de voir notre position est notre rôle très en deçà des cartes stratégiques et des arguments politiques dont l’Algérie dispose et qu’elle aurait pu honorablement jouer, mais qu’elle n’a pas fait valoir. La présence algérienne dans les tribunes internationales n’a été ni suffisante ni efficiente. En matière de relations internationales, la politique de la chaise vide est-elle une attitude rationnelle et utile ? Dans la Ligue arabe nous devons avoir une voix forte et écoutée pour peser sur les décisions et exiger une réforme de ses structures et de ses prérogatives. Il en de même pour l’OUA et l’ONU. Pourquoi l’Algérie s’est exclue d’une présence influente et déterminante dans le concert des nations ? L’Algérie peut revendiquer une présence comme membre du Conseil de Sécurité. Les sacrifices, le potentiel et les ressources exigent le repositionnement de l’Algérie sur la scène internationale et régionale au niveau requis et lui permettent d’afficher de grandes prétentions politiques et de grandes dispositions diplomatiques et historiques. La puissance diplomatique et l’influence géostratégique passe d’abord par la maitrise des affaires nationales.

Le financement de la campagne médiatique : On prétend que je suis financé par Rebrab, celui-ci n’est-il pas un algérien ? Ne serait-il pas plus judicieux et honnête de se pencher sur les véritables financements des autres campagnes et en particulier celle du clan présidentiel. Où est la transparence du financement des meetings et des festivités organisées à travers l’ensemble du territoire national, quel est la source de leurs dépenses ? Le plus ironique dans l’affaire c’est que l’argent coule à flot alors que la campagne n’est pas encore lancée officiellement. Des moyens colossaux sont déployés : avion, bus, hôtels, terrains de jeux et salles de sport, collation… Notre campagne ne dispose d’aucun argent public, elle bénéficie de dons de particuliers en provenance du peuple algérien. Sans défendre Rebrab, je me pose la question sur leur attitude si Rebrab était partisan de leur clan ? Je vous invite donc à ne pas tomber dans le piège de la diversion. Plus grave que cela est le vol et le détournement de l’argent et des biens publics à des fins partisanes et personnelles.

Les soutiens : le peuple me soutien et j’y crois. Je ne dis pas que la manifestation du 22 février est l’expression d’un soutien en ma faveur, mais elle va dans le sens de ce que j’affiche : ma revendication de rupture converge avec celle du peuple. Pour moi le peuple est la grande force à mobiliser pour changer l’Algérie et il est l’artisan du changement. Ce peuple fait preuve de conscience politique élevée malgré qu’il soit tenu comme chose négligeable par le système.

Les promesses. Je n’ai pas de promesses électorales, comme celles de donner le Paradis aux Algériens, sauf celle de rendre la parole au peuple, de construire la seconde République. Je ne dispose pas de la manne de 1000 milliards de dollars qu’ils ont dilapidée par l’incompétence et la corruption. Avec mille milliard ou mois que cela une gouvernance sensée aurait édifié une seconde Algérie sur deux étages. Je ne dispose pas du sceau de Salomon pour réaliser des miracles, mais du constat de l’épuisement des caisses de l’État annoncé par les gouvernants qui ont recours à la planche à billets. Ce sont ces mêmes gouvernants en faillite qui annoncent la faillite de l’Algérie dans 2 ou 3 ans après l’épuisement des réserves monétaires placés à l’étranger. Le comble est qu’il ne propose aucune solution sauf recourir aux mensonges et aux promesses électoralistes. Je ne suis pas responsable de la faillite puisque ce sont eux qui sont aux commandes politiques, économiques et sociales.

La différence entre moi et ces gouvernants est dans le regard porté sur le peuple. Ils voient le peuple comme des pigeonneaux assistés et rentiers, moi je le vois à l’œuvre producteur de richesses. Les gens et la jeunesse, orientés dans la bonne direction et mobilisés pour la bonne cause, peuvent faire le miracle. Le problème fondamental et récurrent dans nos crises est d’ordre politique et non économique. L’urgence et l’esprit de sens consistent à reconsidéra le peuple algérien et à lui faire confiance en le laissant exercer ses responsabilités. L’habitant de n’importe quel quartier populaire, y compris le plus déshérité, doit se sentir concerné et participer à l’effort collectif de redressement du pays par une parole, un acte, une attitude d’autodétermination populaire.

Il faut juste imaginer la mise en valeur et l’occupation des terres algériennes de l’intérieur et du sud avec les conséquences en matière d’autosuffisance alimentaire et d’exportation. Il faut passer par la libération des forces productives et la mise en place d’un cadre efficient d’orientation populaire. Imaginez le potentiel d’édification rurale et urbaine que le territoire algérien permet et que le travail collectif peut réaliser. L’arrière-pays des Hauts plateaux jusqu’à Tin Zaouatine (située à Tamanrasset à la frontière avec le Mali) offre un gisement unique au monde pour le déploiement et la prospérité des Algériens. Imaginer le maillage de ce vaste pays en termes d’infrastructures et de voies de transport et de communication. Nous pouvons transformer ce pays, nous pouvons agir, il faut libérer les énergies qui vont transformer et réformer. Ceux qui ont la capacité d’apporter des valeurs ajoutées et des compétences qu’ils soient les bienvenus. Il faut mettre fin à cette dualité : le gouvernant qui méprise le peuple, et le peuple qui tourne le dos aux gouvernants en démissionnant.

Que faire en cas d’échec : Je n’envisage pas d’échec, la réussite doit être au rendez-vous pour réaliser la rupture que revendique le peuple. Je compte sur la jeunesse et je l’invite à ne pas avoir peur des intimidations et de la fraude. Si le peuple se mobilise pour voter et surveiller les bureaux de vote, ils ne peuvent pratiquer la fraude massive et confisquer le résultat des urnes ou le nier. Il faut assumer le sacrifice pour des élections transparentes, car l’urne est aujourd’hui la voie et la garantie de l’avenir de nos enfants et le devenir de notre patrie. J’appelle donc à une mobilisation de tous. Nous connaissons la nature de ce régime et la peur le fera reculer lorsqu’il voit que les Algériens sont prêts à défendre leur choix et à faire valoir le résultat des urnes. La balle n’est plus dans le camp du régime, ni dans celui d’un individu, mais dans celui du peuple qui doit prendre l’initiative et s’emparer de l’opportunité historique de se libérer et de devenir maitre de son destin. Que le peuple et la jeunesse assument leurs responsabilités historiques.

Face à la mobilisation populaire, le parti de la minorité ne peut rien oser, ne peut rien faire. Il est contraint de reculer, de se dérober et de perdre la partie. Les 10% ne peuvent ni terroriser ni vaincre les 90%. Hier ils n’ont pas autorisé la manifestation par amour et égard du peuple, mais par contrainte devant la déferlante populaire qu’ils ne peuvent plus arrêter. Ils sentent le Tsunami s’approcher. La manifestation du 22 février est une leçon de civisme et de responsabilité qui ne laisse personne insensible en Algérie et à l’Etranger. L’Algérien a montré sa grandeur d’homme civilisé, son sens des responsabilités et son esprit de dévouement. Ce peuple est capable de faire des miracles, alors arrêtez de le mépriser et de le maintenir dans l’exclusion. La France connait la valeur du peuple algérien et elle sait qu’il est capable de soulever des montagnes lorsque l’histoire exige de lui des sacrifices qu’il donne sans compter. Les Algériens après l’humiliation endurée se sont soulevés et ont assombri le visage de la France contrainte à la fuite.

Les signatures : Malgré la guerre menée contre moi, ma famille, mes proches et ceux qui m’ont soutenu, j’ai obtenu les signatures qui valident ma candidature et je peux donc les affronter sans peur. Les intimidations, les blocages bureaucratiques, les diversions n’ont pas pu me bloquer, c’est donc la première victoire avant la bataille ultime qui nous donnera à moi et au peuple algérien le triomphe pour libérer et édifier la patrie. Le peuple algérien est connu pour son entêtement et lorsqu’il s’entête il entre dans l’arène du combat et livre bataille avec âpreté et détermination pour gagner sans compter les coups et les sacrifices.

Le système : Le système on peut le définir d’une manière scientifique ou l’appréhender selon le sens commun que le peuple lui donne. Le système qui cesse de produire les conditions de sa propre reconduction (reproduction) est un système fini. Toute organisation inapte à garantir les moyens de sa survie est condamnée à disparaître.

Le système algérien, tel que nous l’avons connu, avait, comme tous les systèmes dans le monde, des règles, une idéologie et des acteurs, il disposait aussi d’attributs, de prérogatives et de données, il bénéficiait de cadre organique et de modes de gestion et d’administration, il planifiait des objectifs et définissait un cadre d’orientation, il avait recours à son code de déontologie, il était en phase avec ses input et ses output, il était en prise sur les facteurs internes et externes de son environnement. Indépendamment de notre jugement de valeur favorable ou défavorable, ce système fonctionnait et parvenait à garantir sa survie et à assurer sa reproduction. Il avait sa cohérence et sa logique que nous pouvons ne pas partager, mais il était présent et relativement efficace rendant difficile sa remise en cause ou sa contestation. Cependant ce système pouvait être soumis à l’étude, faire l’objet d’une évaluation et permettre à l’observateur interne ou externe de voir sa trajectoire, d’anticiper sur son devenir et d’entrevoir ses objectifs ou ses cibles. Maintenant c’est fini. Le système actuel est inerte depuis 20 ans.

Depuis 2014, l’inertie et la fin étaient visibles au commun et à l’expert, mais ce système est devenu opaque, stérile et incapable de se renouveler ou d’assurer les conditions de sa survie. Le plus grave c’est que ceux-là même qui étaient incapables de voir et d’annoncer sa fin et de chercher le salut par d’autres formes d’organisation, d’autres acteurs et d’autres idées continuent à réclamer de la pérennité contre le bon sens et contre la marche implacable de l’histoire. Ils veulent conserver le pouvoir alors qu’ils ont perdu les attributs qui font un système ainsi que l’idée et l’organisation qui le régénèrent ou le transforment et l’adaptent au nouvel environnement. Incapable d’assurer sa survie le système entre en crise d’existence. Parfois, faute d’idées et de conditions objectives, le système malade crée des crises pour faire diversion ou pour faire des blocages afin de demeurer au pouvoir alors qu’il n’est plus en situation de gouverner mettant cette fois ci en péril l’existence d’autrui pour donner l’illusion qu’il n’est pas en péril. Il y a un consensus scientifique dans les sciences politiques et sociales pour dire qu’on ne change pas de système par l’adoption d’un autre système en changeant les apparences, ou le discours ou les hommes.

Le changement de système est objectivement inévitable même si cela provoque une crise de coexistence à court ou moyen terme par les interférences entre les partisans du changement et les partisans du statu quo à l’intérieur du système finissant. Rester sans alternative de changement est mortifère pour tout système qui ne produit pas les conditions de son changement, de son évolution ou de son adaptation aux nouvelles données sociales et historiques. La crise algérienne est une crise du système dans le sens où l’Algérie a brisé l’ancien système sans donner naissance à un nouveau système générant ainsi une crise multiformes et étendue. Il n’y a pas d’Etat ou de nation humaine à travers la longue marche de l’humanité qui a émergé ou qui s’est maintenu sans système qui donne vocation, sens, orientation et idéologie. Il ne faut pas comprendre le système comme une donnée subjective ou péjorative, mais comme une réalité qui ne peut exister que dans un cadre, vivant fonctionnel, logique, cohérent et efficace abstraction faite de notre adhésion ou non à ce système. En Algérie le système a pris une dénotation négative, repoussante, car il a mal fonctionné et il n’a pas été changé.

La rupture c’est rompre avec ce système obsolète et mettre en place un autre système avec d’autres acteurs, un autre mode de fonctionnement, une nouvelle idéologie, un autre cadre d’orientation, une cohérence et une logique mieux adaptées à notre cadre d’existence. Le nouveau système a pour socle des mots à qui il faut donner un contenu vivant et un cadre efficace : Démocratie, Citoyenneté, Liberté individuelle, Droits de l’Homme.

La langue amazigh : Pas de surenchères idéologiques ou culturelles. Nous pouvons faire des erreurs et opposer la berbérité à l’Islam ou opposer d’autres aspects de l’identité algérienne. L’Algérianité est une et indivisible : berbérité, islamité et arabité. C’est plus qu’un dénominateur commun, c’est le socle de notre existence, c’est le fondement de la Nation algérienne. Personne n’a le droit de marchander, d’exercer un monopole ou de détruire ce que le peuple algérien considère comme étant ses fondamentaux. L’identité nationale n’est pas un produit marchand négociable, c’est un principe sacré inviolable. Nous sommes des Berbères que l’Islam a arabisés. Point final ! Évitons le sectarisme et l’exclusive. Cultivons ces traits d’union et refusons la désunion et le séparatisme. Sur ce point nous ne devons permettre ni la Ligue arabe ni à autre entité de faire irruption dans notre champ identitaire et fixer ses préférences ou nous imposer une ligne idéologique contraire à ce qui fait notre unité.

La diplomatie algérienne : Il nous faut être logique et cohérent dans nos attitudes et notre raisonnement. Faire partie de la Ligue arabe ne veut pas dire divorce avec notre berbérité. Se revendiquer de l’Africanité ne veut pas dire rompre avec notre cadre méditerranéen. Nous devons refuser la logique de l’exclusion et de l’isolement autarcique. Nous devons être présent là où notre présence est forte, respectable et utile sans concession sur nos principes, nos valeurs et notre identité nationale. Nous devons chercher la coopération et la complémentarité dans des cercles concentriques plus étendus dans lesquels nous devons nous déployer avec efficacité et intelligence. L’Algérie est ici avec le Maghreb et l’Afrique. Si le Pentagone américain a décidé de nous classe sur le plan géostratégique dans la zone du Moyen-Orient et nous situer sur ses cartes dans cette zone pourquoi alors nous exclure de ce que la réalité géographique et historique nous impose ? Ce serait insensé de considérer notre environnement naturel sous un angle étroit ! La responsabilité c’est agir dans le sens de nos intérêts et de se déployer dans le sens de notre influence qui doit dépasser le cercle immédiat. Nous devons raisonner en termes stratégiques de Nation et d’État et ne pas nous confiner dans le sectarisme idéologique ou culturel ou sociogéographique. Là où nous devons être présent par devoir ou par nécessité nous devons l’être en position de force. Nul ne doit nous imposer son existence au détriment de la nôtre ou nous placer dans des strapontins en marge de l’histoire. Notre place est au premier rang. Les places ne se distribuent pas comme une aumône, mais s’arrachent comme la reconnaissance légitime d’un mérite ou une exigence vitale pour exister et influer sur notre environnement maghrébin, africain et international. Pour occuper la place et le rang que nous méritons nous devons avoir un rempart national solide, ce rempart est la démocratie conjuguée à l’unisson gouvernants-gouvernés. Lorsque le peuple donne la légitimité à ses gouvernants sans peur, alors ils peuvent jouer leur rôle sans faiblesse. Avec des arrières fragiles et démobilisés, le front de lutte ne peut conserver un axe de résistance ni tenir une ligne d’offensive. La force est économique, sociale, politique et culturelle avec une fierté identitaire. Ce sont les facteurs de force qui vont imposer le respect et la considération.

Le Conseil constitutionnel : nous avons des convictions républicaines et démocratiques et nous voulons la promotion des institutions d’un Etat de droit, aussi nous espérons que l’actuel Conseil se hisse au niveau des attendus du peuple ; qu’il s’élève au-dessus des luttes partisanes et claniques ; et ne servir que l’Algérie. Sinon cela va conduire à une catastrophe dont les conséquences seront désastreuses.

Le consensus avec les partis politiques d’opposition : Ces partis ont leur cadre organique, leur mode de fonctionnement et leur politique politicienne que je ne partage pas. Je suis candidat indépendant et partisan de la rupture totale sans concession ni compromission. J’appartiens au peuple algérien et je revendique la souveraineté de ce peuple.

La justice

وإِنَّمَـا الأُمَـمُ الأَخْـلاقُ مَا بَقِيَـتْ***فَـإِنْ هُمُ ذَهَبَـتْ أَخْـلاقُهُمْ ذَهَبُـوا ( أحمد شوقي )

Les nations perdurent tant que perdure leur éthique.
Lorsque l’éthique disparait, les nations disparaissent.

Tant que la justice est rendue avec équité et impartialité une Nation peut être sauvée, mais lorsque la justice disparaît c’est l’anéantissement des Nations.

Nous sommes en principe tous innocents jusqu’à preuve du contraire, mais nous devons être tous potentiellement justiciables sans exception, personne ne doit donc être au-dessus des lois et à l’abri par l’impunité. La Justice doit être impartiale, équitable et exécutable pour tous les Algériens. Ce devoir de justice passe par l’indépendance de la Justice par rapport au pouvoir politique et par rapport à l’Exécutif. C’est la nouvelle Constitution débattue et adoptée par le peuple qui donnera les mécanismes et les garanties d’une Justice indépendante. Tout ce chantier de séparation des pouvoirs et de rééquilibrage des pouvoirs fait partie de l’édifice constitutionnel à reconstruire par la participation effective du peuple et par l’exercice plein de sa souveraineté. Ce que le peuple décidera sera !

Omar Mazri

Algérie Rupture

ÉTUDIANTS ALGÉRIENS VOUS AVEZ HONORÉ LA MÉMOIRE DE NOS MARTYRS.

Étudiants algériens vous êtes vivants et en bonne santé mentale. Que Dieu vous garde et éclaire votre lucidité. Que Dieu guide vos pas et raffermit votre détermination.

Vous avez mis à nu l’impotence de ce système, vous avez défié la peur qu’il vous inspire, vous avez rejeté la rente qu’il vous propose. Gardez intact votre vigilance et soyez mobilisés et unis pour la RUPTURE avec le système maffieux. Ce système cultive les clivages idéologiques, entretient l’esprit de clan, le régionalisme et le mépris des libertés individuelles. La pourriture est l’œuvre de Satan et de ses liges. Ils ont perdu la bataille. Ils vont être mis en déroute par la terreur qu’ils s’inspirent et qu’ils ont cultivé. L’Algérie sera enfin apaisée et réconciliée. Elle pourra se remettre au travail et récompenser dignement les méritants.

La rupture est proche inchaallah et chacun de vous apportera sa contribution à l’édification d’une République comprise au sens étymologique de chose publique, d’une Démocratie où chacun exerce ses responsabilités sans peur des blâmes ou de l’exclusion, à la réhabilitation de l’Islam débarrassé des marabouts qui ont instrumentalisé la religion à des fins politiciennes. Avec ces trois principes fédérateurs, vous pouvez vivre libres et prospères. Vous mettrez fin à l’incompétence, à la médiocrité et au sous-développement intellectuel et scientifique.

Par vous et pour le bénéfice de tous les Algériens, l’université algérienne produira ses idées, son argent et ses élites en autonomie. Elle produira ses méthodes pédagogiques, elle réalisera ses outils didactiques, elle maitrisera ses langues de communication, elle formera son encadrement politique et économique, elle enfantera des génies dans les arts, la philosophie, les techniques et les sciences. Elle édifiera des Académies et produira des lauréats de niveau international.

Elle fera de l’Islam un élan libérateur, cultivateur et civilisateur en faisant tomber les idoles, les fétiches et les totems.

Elle conjuguera l’Algérianité avec la Démocratie, la République, la Culture, le Progrès, la Modernisation, l’amour de la Patrie et le respect de l’Algérien.

Vous ne devez plus verser du sang et des larmes pour les traitres qui nous ont gouvernés. Vous serez une offrande de sueur, de raison et de spiritualité pour bénir la patrie amplement arrosée du sang de nos martyrs.

Accomplissez votre devoir de conscience et assumez vos responsabilités historiques. La rupture est en marche, plus rien ne peut stopper l’élan populaire. Ce que notre génération n’a pas pu faire vous le réaliser.

Vous êtes l’avant-garde de la liberté et de l’innovation.

Omar Mazri

Algérie RUPTURE

OUYAHIA, LA BUREAUCRATIE ET LA RENTE CONTRE LE CHANGEMENT

Nous n’allons pas gloser (critiquer ou commenter de manière malveillante quelqu’un ou sa conduite) sur l’appel et le soutien de Ouyahia à la candidature d’un homme, aussi historique ou noble qu’on veuille ou qu’on puisse l’admettre, frappé à l’évidence d’incapacité à gouverner par l’âge, la maladie et le cumul anticonstitutionnel des mandats. Nous allons être brefs et souligner la mauvaise gouvernance de l’exécutif algérien sur un dossier pris au hasard. Par exemple le dossier des importations.

La manne financière étant tributaire du cours des hydrocarbures, l’exécutif faute de politique économique et de compétence à réformer, ajuste les transactions internationales par décision administrative, sans prise réelle et compétence sur les lois de l’économie et du marché. Une fois, on ouvre le robinet des importations, une autre fois on le ferme, administrant les pénuries et les rentes, continuant les politiques qui ont conduit à la dépréciation de la monnaie algérienne, au marasme économique et à l’achat de la paix sociale par corruption déguisée.

Les partisans de l’économie administrée et de la rente ne peuvent opérer une rupture avec la mentalité de monopole et de tutelle sur la pensée et la pratique sociale, politique et économique.

Dans une économie de marché, de transparence des prix et de régularité des transactions, l’importateur est un agent économique qui agit dans le cadre suivant :

  • Prise de risque
  • Concurrence
  • Esprit d’entreprise
  • Gains et rémunérations en contrepartie de l’effort réel (productivité du travail et valeur réelle produite par l’activité compétente du commerçant, de l’importateur, du distributeur qui se font payer leur prestation effective et leur compétence réelle sur le marché d’échange des biens et des services
  • Transparence et vérité des prix
  • Absence de Dol et de fardage
  • Toute sanction doit être prononcée par un juge et relever du code du commerce
  • Toute autorisation doit être accordée par le tribunal de commerce et conformément aux lois et règlements
  • Tout financement doit se faire sur les fonds propres du commerçant qui peut disposer de crédits bancaires ou de crédits fournisseurs. Les organes bancaires, normalement, vérifient la solvabilité, la transparence et la légalité de leurs clients.
  • S’acquitter des taxes douanières et des impôts.

L’Etat moderne n’est ni épicier, ni comptoir commercial ni administrateur des transactions : il met le cadre juridique et fait contrôler par des agents assermentés la fraude, la qualité et les prix, et bien entendu, il régule par la fiscalité et la redistribution des revenus afin de relancer la production nationale et protéger les faibles revenus.

Au lieu de limiter les importations à 800 produits, un gouvernant responsable et compétent, en rupture avec la rente et les privilèges occultes, aurait ouvert le marché à tous les Algériens pour instaurer une véritable concurrence, donner légitimité à l’appropriation et à l’enrichissement par la légalité, la non exclusivité et le refus d’exclusive ou d’exclusion.

Bien entendu, les mesures de relance de l’économie nationale ne sont pas prises. Bien entendu, on continue de pratiquer la rente de l’emploi jeune, gaspilleur d’argent et incitateur à la paresse et aux combines. Les gisements d’emploi en termes de coopératives et avec des microcrédits pour rendre fluide, concurrentiel et efficace les circuits de distribution ne sont jamais étudiés et favorisés. On préfère administrer l’économie, protéger les « milieux d’affaires » issus de la pénurie et adossés au non droit et aux clans « boulitiques ». Dans la même voie d’inepties économiques, financières, juridiques et commerciales, on laisse le marché aux mains de l’économie informelle et des monopoles. A titre d’exemple, et cela n’existe qu’en Algérie, à la Foire internationale d’Alger, vous ne trouvez aucune maison mère étrangère, mais des distributeurs algériens. Le comble de l’ironie, c’est que vous trouvez des grandes marques étrangères présentes sur trois ou quatre stands, comme si la culture occidentale est de se mettre en rivalité avec soi-même.

Chaque algérien devrait avoir le droit et les moyens de réaliser une ambition commerciale et économique s’il a les compétences requises et s’il œuvre dans la transparence et la concurrence.

On peut faire appel à Bouteflika pour un millième mandat et une millième rente, la réalité ne peut être masquée : aucun concessionnaire sérieux qui met son argent, son organisation et son savoir-faire dans une activité commerciale n’est réellement présent en Algérie pour exercer son métier comme il le fait en Europe ou aux Etats-Unis. Il accepte de présenter une vitrine qui ne sied pas à son image de marque et de cautionner des « dépositaires et des distributeurs » pourvu qu’il prenne une part de la rente. Il faut juste voir le marché de l’automobile et l’industrie mécanique. En 1962 Berliet, Citroën et Renault produisait des véhicules ; dans les années 70 et 80 SONACOME produisait des engrenages mécaniques complexes, de pièces de forge et remportait le prix Paris Dakar sur le camion en projet de fabrication nationale avec un partenariat allemand. Nous sommes revenus à la situation précoloniale…

La rente et l’intimidation ont transformé les organisations syndicales en grandes muettes. Les professeurs d’université, les imams, les médecins n’élèvent la voix que pour demander des avantages matériels. Les conditions sanitaires, pédagogiques et sociales du peuple sont méprisées et occultées. Voilà le système réalisé par la bureaucratie algérienne. Ils nous ont inculqué la culture de la préférence étrangère. Les éveillés doivent voir comment les pays démocratiques soutiennent les soulèvements contre les élections. Ils ne doivent pas perdre de vue que ces pays sont les parrains de nos élites, les corrupteurs de notre économie et les artisans du désordre mondial et que cela est en train de se retourner contre eux, dans leurs propres pays. Nos élites ont peur, parce qu’ils ressentent comme des reptiliens qu’il n’y a plus de refuge pour eux. Contrer les forces occultes, des forces sont en train d’agir et saper ce qui met en péril le devenir de l’humain.

Ouyahia ne nous affiche pas son soutien à Bouteflika et son refus de la rupture pour des raisons que personne n’ignore et que la décence doit taire, mais il annonce l’effondrement de l’Algérie. Imbu de leur suffisance et de leur incompétence, ils ne parviennent pas à voir qu’ils sont la risée du monde et qu’ils vont entrer dans le néant où il n’y a pas de retour en arrière. On peut mourir et ressusciter (dans cette vie après un coma ou dans l’autre vie après le Hashr), mais l’anéantissement (Al Halak) c’est l’exclusion totale et définitive de l’existence…

L’effondrement ne doit pas faire peur, car le peuple algérien n’est pas condamné par une fatalité absurde à devenir néant à cause des insensés qui le gouvernent. Il a survécu au colonialisme et à la décennie rouge et noire, il peut résister à d’autres catastrophes. Ceux qui seront sacrifiés seront portés au compte des pertes et profits de l’Histoire, les autres relèveront les défis historiques s’ils ne veulent pas rejoindre le déchet humain (al Wahn).

Le candidat de la rupture ne doit pas se contenter de dire que la crise est politique, car les dictatures économiques, culturelles et sociales sont plus perverses et plus durables. L’économique et la justice (sociale et judiciaire) doivent être remis à l’ordre du jour sur le plan pédagogique et sur le plan de l’engagement politique. Pour l’instant et depuis l’indépendance, l’économique est sous la tutelle de l’administration : cette pratique est le summum de l’arbitraire et de l’oppression. Boumediene a certes construit des usines et réalisé des plans quinquennaux, mais il a détruit l’homme. Al Mounadil de 1954 s’est transformé en vassal de 1967, les organes militaires, judiciaires et sécuritaires se sont transformés en instruments de domination et en agents du pouvoir. L’ANP a été expurgée de son encadrement et de sa doctrine ALN. Le FLN est devenu un appareil d’applaudissement et d’opportunisme.  Les structures qu’il a laissées ont fait émerger des appareils administratifs à la française et un jacobinisme bureaucratique qui ont écrasé le peuple algérien, lui confisquant ses libertés et son esprit d’initiative. L’Algérien non seulement n’est pas allé au paradis le ventre repu, mais il a oublié l’idée même de paradis. On ne peut pas construire l’Algérie sans les Algériens, ni la liberté sans la libération, ni le progrès sans effort laborieux récompensé. Les « Industries industrialisantes » du français De Bernis restaient une importation. Un peuple qui aspire à la pérennité et à la civilisation doit pouvoir produire et exporter ses idées. La meilleure idée que nous pouvions exporter et faire rayonner dans le monde était le capital de sympathie pour la Révolution algérienne. Nous lui avons préféré la clé en mains et la préférence étrangère qui a permis l’émergence de ces élites calamiteuses. L’Algérie avait besoin de militants de la cause nationale, on lui a donné les Énarques à l’image de l’ENA française qui savent réciter les formalises appris dans les écoles, mais incapables de formaliser une solution ou de tenir un engagement.

Une élection n’est donc pas la garantie nécessaire et suffisante pour mettre fin à l’arbitraire et à l’oppression. Il faut changer ce qui est en l’état d’un peuple pour que Dieu change la situation d’un peuple. Les gens aiment des recettes toutes faites pour le changement alors que celui-ci est d’abord un changement de paradigme, c’est à dire un changement dans la représentation du monde, une manière de voir les choses différemment, un modèle de comportement différent. Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais de la capacité de penser, de débattre. Il ne s’agit pas de débattre en politicien ou confiné au politique, mais de débattre sur tout et quitter sa zone de confort intellectuel. La Renaissance européenne s’est faite sur une accumulation d’idées dans les arts, la philosophie, les savoirs. La Nahda musulmane n’a pas pu aboutir, car elle n’a fait que plagier le modèle occidental sans disposer de la quête de liberté de l’Occident et du désir de progrès. Elle ne pouvait qu’être un avortement idéologique et méthodologique, car elle ne s’est pas libérée des schémas mentaux de la décadence musulmane. L’action politique ou partisane n’est que l’étincelle d’une bougie d’allumage, mais l’ambiance sociale, culturelle, philosophique est le moteur du changement. L’ambiance sociale ou ontologique qui édifie le changement est complexe : changer la manière, la finalité et les méthodes de Croire, Savoir, Désirer, Pouvoir,Vouloir, Devoir et Agir. C’est ainsi que nous pouvons opérer une rupture avec nos limites, nos peurs et nos faiblesses et libérer une dynamique nietzschéenne : « Sortir du désespoir le plus profond, l’espoir le plus indicible »….

Le système en place, se découvre sans masques et il fait de l’élection d’Avril 2019 un événement historique majeur, car il panique faute de candidat et surtout faute d’idées et de probité. Comme al manchar, talegh yakoul wa yahgar, habet yakoul wa yahgar jusqu’à ne plus trouver de branches à scier et de rentes à distribuer.

Il faut bien qu’un jour on puisse avoir le comportement des gens normaux : travailler et rendre des comptes.  Nous avons trop souffert du culte de la personnalité et des rentiers. Cela ne peut plus continuer.

Il faut entamer la rupture la plus profonde. Cette rupture doit se faire non seulement en matière de programme politique, mais en termes d’idées et de symboles. Il faut avoir l’audace de rompre avec le discours du système et ses mots galvaudés. Heybat Ad Doula, l’autorité de L’État, n’est pas l’État, mais le régime de répression et de terreur que les « Janvieristes » et les partisans de l’alignement idéologique et sécuritaire sur la lutte antiterroriste menée par l’OTAN contre les peuples pour les intimider, les faire entrer de force dans l’ordre mondial et détruire ce qui restait de règlements sociaux, politiques et économiques en faveur des plus faibles. L’Etat n’est pas une affaire d’autorité, mais de compétence socialement reconnue c’est à dire de légitimité. Cette légitimité ne sera jamais remise en cause lorsque la Justice exerce ses prérogatives en toute équité, sans laisser quiconque sous l’impunité ou sous l’abus de pouvoir. Pour rompre avec Bouteflika, Nezzar, Sellal et Ouyahia, il faut rompre avec leur argumentaire et donner un sens aux mots. Du sens des mots non seulement dépend la liberté, mais la justice, voire l’existence… De nos objectifs et de leur noblesse dépend le salut. Il nous faut de grands desseins :

« Le plus grand danger pour la plupart d’entre nous n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons. » – Michel-Ange

En observation, je note que le Général en retraite Ali Ghediri vient de déclarer son patrimoine. C’est un acte de transparence qui mérite d’être souligné et qui confirme une fois de plus ce que j’ai toujours défendu dans mes écrits : l’ANP dispose de cadres intègres et leur intégrité témoigne que le pouvoir réel est ailleurs. La confusion entretenue sur l’ANP doit être levée et bien entendu cet éclaircissement va déranger les tenants de la rente et de l’effondrement qui agissent et communiquent pour qu’aucune institution et aucun homme intègre ne puissent s’élever au-dessus des décombres pour dire sa vérité et éclairer le chemin de la reconstruction.

OMAR MAZRI

LES GARANTIES QUI MANQUENT

Comment caractériser les élections dans une ambiance rose en surface et apocalyptique en profondeur au regard du chaos institutionnel, de la diversion politicienne, de l’exclusion, du retrait des poids lourds politiques, du discrédit incontestable des autorités, des crispations sociales avec des révoltes larvées, climat de fin de règne, contexte international chargé de menaces et d’imprévus politiques et géostratégiques. Nous revenons à la case de décembre 1991 : absence de garanties avec cette fois-ci absence du chef de l’État qui peut donner sa caution dans le sens d’une répression ou dans le sens de l’apaisement et du dialogue. En plus de la vacance au sommet de l’État, il y a un effritement des partis politiques qui ne peuvent se prévaloir du rôle d’interlocuteurs valides ou de relais au pouvoir. Les grandes puissances étrangères par leur silence médiatique semblent montrer un désintérêt manifeste pour l’Algérie la considérant ingérable pour faire d’une manière crédible et durable valoir leurs positions stratégiques sinon elles sont en attente de l’aboutissement du scénario de désintégration bien entamé qui arrange bien leurs affaires et au moment opportun ils viendront imposer une solution ou partitionner la géographie et le pouvoir politique pour continuer ce qu’ils n’ont pas réussi à faire en Syrie. Notre chaos n’est ni inédit, ni isolé, ni fortuit : il accompagne le désordre mondial qui annonce la fin de la modernité et l’émergence de la post modernité. Nos principaux partenaires, la France et les USA sont en décomposition, ils ne peuvent apporter ni secours ni feuille de route sauf le désordre, la voracité et l’incompétence…

One two tree viva l’Algérie ou Chaâb et Djeich tahya al Djazaïr ne seront plus un rempart contre l’efficacité de la subversion extérieure et la prédation des rentiers intérieurs qui sont appelés objectivent à converger puis à se coordonner. On peut tuer le général d’une armée mais non l’ambition dans le cœur des hommes enseignait Confucius. Où est notre ambition, où sont nos hommes ? La loi de l’existence des peuples et des nations est implacable et immuable : effondrement et disparition ou salut et renaissance. Oui le pire comme le meilleur sont des possibilités selon les conditions psycho-morales et les conditions matérielles du lieu et du moment. On ne peut pas dire que nos conditions sont bonnes ou en voie d’amélioration à moins de se mentir ou de croire aux fables. Ni le bouc-émissaire jeté en pâtures aux crédules ne nous donnera l’illusion de catharsis ni d’ailleurs l’homme messianique ou le Mahdi mountadar ne donnera l’illusion salutaire. Nous sommes une virtualité de désintégration, une entropie en puissance, une réalité morbide à qui manque le temps de réalisation pour qu’elle soit un réel actuel, une réalité tangible dans les faits sociaux, politiques, économiques et géostratégiques. Ce temps ou plus exactement le délai et le terme échappent à notre entendement humain, mais son processus est suffisamment avancé et ancré pour que les plus lucides le ressentent dans leur chair et le vivent déjà comme un cauchemar avec les yeux ouverts.

Le Coran nous enseigne que la défaite et les catastrophes ne sont pas un destin, mais l’œuvre des hommes mal pensant ou mal agissant. La catastrophe peut être évitée si les Algériens, tous sans exception, refusent l’écœurement actuel et acceptent le changement même s’il est difficile et confus. Ce qui se trame dépasse Bouteflika, l’armée algérienne et les élites civiles. Nous sommes sur le plan socio-politique dans ce que Antonio Gramsci a décrit comme un interrègne cette phase historique « où l’ancien meurt et où le nouveau ne peut pas naître… Une grande variété de symptômes morbides sont observés ». Dans de telles périodes, pour les tenants de la rente, le nouveau est non seulement insensé et dangereux mais impensable. Pour les partisans du changement, il est difficile de montrer la voie et de faire des promesses à un peuple nourri à la gamelle de la rente et à la fascination du zaïme. Nous sommes dans la phase de l’effondrement de la morale la plus basique qui montre que ce n’est plus Hizb frança qui gouverne, mais Hizb as Chaytane.

Jamais ne nous aurions imaginé, dans une situation « normale » que les seconds couteaux humilient, intimident et menacent publiquement et médiatiquement avec une ardeur de démons et avec l’assurance d’impunité des hommes de grand talent et de grande probité comme Hamrouche et le Général Ali Ghediri. Ceux qui croient encore que l’ANP est détentrice du pouvoir réel qu’ils s’interrogent comment un homme instruit, de bonne éducation, discipliné, laborieux ayant servi quarante ans puisse être traité de cette manière sans que ses pairs ne réagissent ? Combien d’officiers et de civils ont été contraints à l’exil ou à la réclusion à domicile. J’ai toujours pensé qu’on a fait payer à l’ANP le prix de la bravoure impardonnable de l’ALN. Le FLN a payé le prix. Le peuple a payé aussi le prix et ils vont continuer à payer le prix jusqu’à être discrédités pour effacer la mémoire de la résistance populaire et du sacrifice des martyrs. Ceux qui affichent leurs insultes ne sont pas le pouvoir réel, ils sont l’ombre de l’ombre de la revanche.

Que le président Bouteflika soit candidat, que l’armée ait son candidat, que tel parti ait son candidat, il n’y a pas de problème, nul ne doit être exclu tant qu’il est transparent et qu’il cherche la légitimité par les urnes, même si les urnes ne sont pas garant de la légitimité et ne peuvent donner la véritable légitimité lorsque les conditions et les garanties de l’expression sont noyés par la confusion, la suspicion, la haine et la panique pour certains.

Est-ce que les conditions actuelles de programmation des élections hâtives et presque clandestines ne vont-elle pas cristalliser les frustrations, les méfiances et les défiances et les transformer en rancunes, en contestation et en confrontation avec tous les débordements possibles et toutes les déflagrations possibles. La responsabilité morale, civile et politique est que sur le plan politique, sociale et sécuritaire l’élection ne soit pas l’exacerbation des contradictions, affichées ou occultées, mais l’instauration de la confiance pour préparer la fondation d’un nouveau pacte républicain. Entretenir l’illusion d’un nouveau premier novembre est une faute politique car la génération montante ne connait du premier novembre 54 que le récit scolaire tronqué et le triomphalisme chauvin. L’ancienne génération ne connait le premier novembre qu’à travers son prisme idéologique. Pour les uns c’est l’Etat-nation à la lumière du jacobinisme français, pour d’autres c’est l’islamisme de Benbadis, pour d’autres c’est le libéralisme américain. Chacun s’approprie une date comme un clocher de paroisse idéologique ou de secte partisane avec ses arrières pensées. Nous savons tous que l’impérialisme mène une guerre d’usure contre notre existence comme il mène une prédation sans limite contre nos ressources, nous savons aussi l’ampleur et l’intensité de nos clivages culturels et idéologiques et ce n’est pas en jetant des anathèmes que nous allons les surmonter. Le seul dépassement est de participer tous pour l’émergence du citoyen et que celui-ci ait non seulement le droit, mais les moyens de participer à la conduite des affaires publiques…

N’est-ce pas que Hamrouche et Ghediri sont dénoncés comme usurpateurs par des « partisans » du premier novembre alors qu’ils se réclament du premier novembre. Il y a volonté de brouiller toutes les cartes et toutes les représentations mentales sur l’avenir, le présent et le devenir de l’Algérien. Cette date historique et bénie fut paradoxalement à la fois l’élan libérateur contre le colonialisme et le socle fédérateur de tous les clivages idéologiques pour affronter le colonialisme en laissant en suspens l’édification nationale, la citoyenneté. L’Algérie était fracturée avant la révolution de libération nationale par des imaginaires incompatibles. L’incompatibilité est toujours ancrée dans notre imaginaire collectif. Nous pouvons envisager une nouvelle appropriation sociale, idéologique, culturelle et politique du premier novembre si nous prenons le temps de lui donner un nouveau contenu, une nouvelle perspective et surtout un nouveau socle rassembleur et résistant. Les mots, plus que jamais doivent coller à notre réalité actuelle et à nos défis présents : « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté » disait Confucius. Ce chantier de réappropriation historique et de remise à niveau idéologique n’est pas ouvert, car il n’y a ni débat ni conditions pour débattre. Il n’y a que des passions sur la culture, l’idéologie, le pouvoir et la rente.

La politique consiste à pratiquer l’État et à gérer le bien-être de la cité investie par des citoyens c’est-à-dire des hommes libres, consentant à vivre ensemble malgré leurs diversités, à exercer leurs devoirs de solidarité et à trouver un dénominateur commun qui transcende les clivages idéologiques. A deux mois avant l’élection – de tous les dangers – nous n’avons pas de débat autre que des déclarations d’intentions qui sont trainées dans la boue lorsqu’elle suggèrent la rupture, une nouvelle république. Je ne pense pas que la rupture avec Bouteflika soit l’essentiel de nos préoccupations, l’homme a accompli son temps et celui-ci sera témoin en sa faveur ou contre lui le Jour de la Justice suprême.

Pour l’instant nous n’avons pas d’engagement solennel de respecter le résultat des élections. Nous n’avons pas une vision philosophique, mais réaliste et partagée, sur l’État. Avec qui faire la rupture et contre qui débattre. Il n’y a rien de consistant, de cohérent, de sensé à part le cynisme et la méchanceté de ceux qui se sont imposés tuteurs des Algériens…

Pour le débat il est trop tard, par contre si on veut aller vers une élection sans grand enjeu civilisationnel ou stratégique, mais honnête et respectable en tant que processus « formel », il nous faut des garanties. Il nous faut admettre que le processus électoral n’est pas la démocratie et que la démocratie n’est pas la liberté. Un jour ou l’autre nous devons les débattre sereinement non plus sous la perspective de l’État nation hérité de la modernité française ou américaine qui arrive à son échéance historique et à sa décadence sur le plan civilisationnel. Ni dans celle de l’État islamique qui n’existe que dans le fantasmes de ceux qui pensent que « la solution islamique » peut faire l’économie d’une culture politique et d’une gouvernance scientifique. Dans les conditions actuelles de rente, d’arbitraire et d’inculture politique un tel débat finirait par le ridicule ou par la violence. Pour débattre, on ne vient pas avec l’idée d’éradiquer l’autre, d’imposer des solutions du passé des autres ou de s’accaparer un butin de guerre, mais communiquer, partager, tenter de convaincre avec empathie et responsabilité sur la vision qu’on a de l’avenir. Il y a un minimum procédurier à respecter faute de plateforme démocratique : présenter donc plusieurs garanties pour garantir la sécurité, la stabilité et la viabilité du processus qui semble non seulement improvisé, mais confus voire vicié et vicieux :

  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués que l’expérience de 1991 ne sera pas reconduite et qu’il faut accepter et collaborer avec le président élu. Le candidat élu n’est pas autorité de droit divin, mais homme faible qui peut être révoqué par le peuple dans certaines conditions à définir juridiquement lorsqu’il met en péril l’existence de l’Algérie, sa souveraineté et sa cohésion sociale.
  • L’engagement formel par l’ensemble des candidats d’accepter le résultat des urnes. Si l’abstention dépasse un seuil intolérable alors le résultat devra être invalidé et les élections refaites dans un délai acceptable.
  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués de servir l’État dans la forme institutionnelle qu’il a actuellement ou dans celle qu’il aura plus tard et non de servir des hommes, des clans, des rentes…
  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués de laisser voter leurs personnels en public.
  • La mise en place d’une commission électorale indépendante et souveraine.
  • La liberté de parole, d’écriture et de rassemblement des Algériens libres de débattre, de s’organiser et d’exprimer leur soutien sans crainte pour leur vie et leur sécurité.
  • L’interdiction de la violence sous toutes ses formes. Toute forme d’éradication politique ou idéologique doit être interdite et punissable par la loi.
  • Donner le temps aux candidats de former leurs états- major, de débattre, de lever leur financement dans la transparence. L’État devra rembourser les dépenses de campagne au prorata des résultats. Aucune personnalité morale ne doit financer les candidats. Les dons relèvent des personnes physiques et doivent être plafonnés par la loi et sous le contrôle d’un organisme transparent.
  • Donner le temps aux candidats d’éditer leurs journaux ou de constituer une presse alternative.
  • Mettre fin aux rentes de publicité des médias actuels et mettre en place un comité indépendant d’éthique et de contrôle de l’information pour que chaque candidat ait le temps de parole équitable sans exclusivité ou exclusive.
  • Permettre aux algériens poursuivis pour motifs politique de rentrer en Algérie et de s’engager activement dans la vie politique.
  • Trouver un autre mécanisme de validation des candidatures, car l’administration et la rente omniprésentes vont invalider les candidats ou falsifier les parrainages. L’administration et les réseaux de rentes sont suffisamment établis et structurés pour rendre impossible la collecte des 60 mille voix.
  • Faire endosser aux corps sécuritaires et aux préfets de police la responsabilité du maintien de l’ordre pour éviter les dépassements et les intimidations. Les réseaux de l’argent noir peuvent entrer en contact avec la délinquance de toute nature et engager des épreuves de force contre ce qui reste de l’État ou contre les candidats. L’expérience égyptienne de la Baltajiya et du non-droit ne doit pas être sous-estimée en termes de violences et de nuisance.
  • Toutes les garanties doivent être données sous formes de lois, de décrets et d’arrêtés et relever de la Justice sous l’autorité d’un haut magistrat dont la nomination doit être transparente et à qui on donne les moyens d’exercice et les protections pour sa sécurité.
  • Dans un délai court convenu et sous les mêmes garanties l’élection présidentielle devra être élargie à toutes les représentations populaires en commençant par les échelons locaux. Les nouvelles élections effectuées doivent permettre la révision constitutionnelle qui ne doit pas être une affaire d’experts de droits dont la charge est de donner une forme juridique, mais une affaire de peuple qui donnera le contenu. Sur ce temps de deux ou trois ans les assises républicaines et démocratiques pour relancer l’Algérie devraient être réunies c’est à dire un cadre pour donner un contenu, une forme, des mécanismes et des garanties tant pour la définition de la République que de la Démocratie.

C’est un travail de titans qui exige la responsabilité, la liberté, la solidarité. Dans ce cadre apaisé alors les grandes questions d’identité peuvent être élaborées ainsi que la forme de gouvernance la plus adaptée à notre culture, à notre histoire et à notre vision de l’avenir. C’est ce cadre qui servira l’apaisement, par sa portée pédagogique et par sa dimension démocratique. Nul ne devrait être exclu et c’est le consensus qui doit primer sinon il faut faire des référendums ou recourir à la justice séparée de l’exécutif. Le président nommé devrait alors relancer sa propre candidature en compétition avec d’autres pour couronner le recadrage institutionnel et engager les grandes réformes sociales, éducatives, juridiques, économiques, la séparation des pouvoirs, ainsi que la révision des traités internationaux etc. … Chacun devrait sentir que l’Algérie lui appartient et qu’il a la responsabilité de s’engager à la servir ainsi que la légitimité de s’approprier des biens, des statuts et des compétences. Il faut souligner que la véritable légitimité qui résiste au temps et aux crises est celle de la reconnaissance sociale de la compétence. La compétence ne peut s’exprimer et se faire valoir que dans la transparence et la compétition équitable. Le contraire de la rente c’est le travail et la justice.

  • Les corps intermédiaires ne doivent pas interférer dans la campagne électorale, leur vocation est de défendre les intérêts sociaux et professionnels des corporations et non de désigner le personnel politique. Plus tard les Algériens doivent rompre avec toute forme de monopole pour promouvoir le principe de libre adhésion ou de contrat dont les fondements sont la liberté et la justice. La vocation de L’État et d’apporter les garanties à la liberté et à la justice ainsi que de réprimer toute atteinte à la liberté et à la justice.
  • Interdire et réprimer toute forme d’ingérence étrangère….
  • Sur le plan social et économique, la rente et le monopole sont les poumons du système algérien. La vraie politique c’est de s’engager à mettre fin à la rente, de mettre fin à l’effondrement du dinar et à l’absence de productivité du travail et d’efficacité économique et financière. Pour commencer, il faut déjà arrêter la planche à billet qui sert à financer la rente et octroyer des marchés aux rentiers. Sur ce terrain est ce que le futur président, en supposant qu’il est honnête et militant de la cause nationale, est capable de décider de la fiscalité, de la planche à biller, de nommer les cadres supérieurs, de nommer le directeur général de la douane…

Où sont les garanties de laisser l’élu ou le désigné de finir son mandat. L’expérience de Boudiaf n’est pas loin. Il avait naïvement l’intention de redresser l’Algérie, mais pour le système c’était le dernier personnage que le destin a offert pour cultiver la rente historique du premier novembre. Il a été effacé de notre mémoire. Le général Ali Ghediri est un retraité de l’armée, il est libre de disposer de son temps et de disposer de sa vision pour continuer à servir l’Algérie. Il devrait exiger un minimum de garanties sinon un maximum de solidarité de ses pairs devenus civils ou toujours en activité. Le soutien des militaires actifs ou en retraite pose cependant le problème du risque de division de l’armée et des implications négatives de l’armée dans ce qui n’est ni sa vocation ni son rôle. L’idéal serait que l’armée exprime son refus de s’impliquer dans les processus électoraux. Le peuple doit exercer sa souveraineté sans tutelle et dans le cadre du multipartisme. Cela ne veut pas dire que l”ANP n’a aucune mission politique. Sa mission devrait être transparente et constitutionnelle sans être partisane. Construire une doctrine de défense nationale, une économie de résistance nationale civile et militaire ainsi qu’une stratégie de sécurité nationale est une tâche éminemment politique et exigeant une grande expertise. Le soutien des pairs signifie une protection contre les menées subversives venant de l’intérieur du système. Il ne nous importe pas de savoir ou de distinguer les statuts des hommes, mais leur programme et leur désir.

Je n’aurais pas l’indélicatesse de donner un conseil, mais il devrait aller au-delà de l’intention et ne pas chercher les appuis des puissants ou des riches pour mener campagne, mais partir en campagne comme un militaire qui livre bataille en allant chercher renfort et soutien auprès des Algériens sans dents et sans grades. C’est le peuple qui doit décider en premier de son devenir.

« Malheur à ceux qui nous portent secours, nous serons leur tentation » aimait dire Malek Bennabi lorsqu’il méditait la tragédie de l’Algérie. En effet il aurait fallu plus d’un an de préparation pour apporter le minimum de garanties sinon nous sommes dans la stratégie du fait accompli c’est à dire du choix entre nous et le chaos. Les diables sont experts en matière de chaos.

Omar MAZRI, auteur et écrivain

Livres parus :

La République et le voile : Symboles et inversions

Aimer : la voie coranique

Les dix commandements US et le dilemme Arabe

Béni soit-il ?

Révolution arabe : mythe ou mystique ?

Gaza : La bataille du Forqane

Islamophobie : Deus Machina

Coûts de production : méthodologie d’analyse

L’art pédagogique : Etre et Faire.

Scénario de création des coopératives

En cours d’édition :

Abel et Caïn : Coran, mobile du crime et psychologie de l’assassin.

Territoires de civilisation ou Etat islamique ?

LE CHANGEMENT ET L’UNIVERSEL

إن الله لا يغير ما بقوم حتى يغيروا ما بأنفسهم، وإذا أراد الله بقوم سوءا فلا مرد له وما لهم من دونه من وال  – الرعد 11.

Dieu ne change rien à la situation d’un peuple tant que les Hommes ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Quand Dieu décide un mal pour un peuple, rien ne peut le repousser et il n’existe en dehors de Lui aucun protecteur.

ذلك بأن الله لم يك مغيرا نعمة أنعمها على قوم حتى يغيروا ما بأنفسهم وأن الله سميع عليم  – الأنفال 53

Dieu ne change rien au bienfait dont Il a gratifié un peuple tant que ces gens ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Dieu, certes, entend tout, Il sait tout. Tel fut le sort des gens de Pharaon et de ceux qui les ont précédés. Ils ont nié les signes de leur Dieu, alors Nous les avons fait périr à cause de leurs péchés et Nous avons englouti les gens de Pharaon : tous étaient iniques.

Il est difficile de trouver le terme exacte pour rendre  plus significative l’Irada al Ilahiha ( الإراضة الإلاهية). Il ne s’agit pas d’élan volontaire, mais de parole actée, de sentence qui sanctionne, de lois qui s’exécutent, de justice qui s’exécute… Acceptons  le verbe décider en attendant meilleure inspiration. Ce n’est pas de la rhétorique (Ilm al Kalam), mais de la rigueur, la même que s’impose un professeur de mathématiques ou de philosophie dans son argumentaire. Ce n’est pas du bavardage, mais de la communication pour dire que nous sommes partisans du changement et de la rupture et que chaque mot devra être analysé avec justesse et que le débat ne puisse être contenu dans une chapelle idéologique aussi éclairée soit-elle. Il s’agit du devenir d’un peuple, celui dont nous sommes issus et celui que nous voulons servir.

Il faut changer ce qui est en l’état d’un peuple pour que Dieu change la situation d’un peuple. Il faut non seulement conserver intact la gratitude envers les bienfaits de Dieu, mais l’entretenir et la cultiver en partageant ses bienfaits avec l’ensemble de Ses créatures, en devenant responsables, refusant la corruption et l’injustice et en produisant de la pensée positive et de l’action efficace.

Comme les gens paresseux aiment des recettes toutes faites et faciles, ils attendent que le changement leur tombe du ciel ou qu’il sorte des urnes. Le changement est d’abord un changement de paradigme, c’est à dire un changement dans la représentation du monde, une manière de voir les choses différemment, un modèle de comportement différent. Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais de la capacité de penser, de débattre. Il ne s’agit pas de débattre en politicien ou confiné au politique, mais de débattre sur tout sans tabou, sans exclusion en acceptant de quitter sa zone de confort intellectuel et social.

Le changement dont parle le Coran n’est pas le changement de Zaïm politique ou de marabout idéologique. Il n’est pas dans l’adoption d’une morale islamique confinée à des sociocodes et à des géocodes importés du monde des bédouins pour uniformiser la manière de se vêtir, de manger, d’échanger de petites politesses, de prier sans spiritualité, et de commercer sans transparence et sans payer ses impôts. Cheikh Al Qaradhaoui, prisonnier du paradigme des anciens et de l’idéologie fréristesoutient que nous avons besoin de morale islamique comme le pensaient Ibn Thaymiya et tous les anciens traumatisés par la chute de l’Empire Abbasside dont ils n’ont jamais cherché à comprendre le processus sociologique, politique et économique de son anéantissement historique.

Le problème n’est pas de l’ordre de la morale religieuse, mais de l’Éthique comprise comme réflexion (philosophie) qui analyse les principes régulateurs de l’action et du comportement dans une société et dans une époque pour comprendre les motivations et les possibilités du changement ou de la régression. C’est aussi une science sociologique et politique qui étudie la réalité sociale et les conditions économiques et techniques de l’activité humaine pour en dégager les valeurs normatives et les référentiels culturels et idéologiques de la tribu, de la société, de l’État constitué… Il faut noter que le principe relève du sacré transcendant alors que la valeur est l’appropriation subjective et sociale de ce principe à un moment singulier de l’histoire. Le principe est structurant, fédérateur et fondateur alors que la valeur est un paradigme changeant. Le changement exige donc de voir l’essence des choses et leur interprétation à travers l’usage et l’appropriation. Lorsqu’on parle d’Islam, on doit distinguer le principe universel des valeurs historiques, culturelles et sociales. Il en est de même en matière de berbérité, d’arabité, d’algérianité, de liberté, d’humanité, de droit, de justice. Le principe est en quelque sorte l’archétype et la valeur l’interprétation de ce principe dans un territoire, une période, une mentalité, une praxis sociale… Se placer sur le terrain des valeurs c’est se placer sur le conjoncturel historique ou géographique et par conséquent se placer sur les paradigmes du dominant qui dispose de l’avantage médiatique et du rapport des forces. Se placer sur l’éthique, c’est se placer sur les principes universels sans frontières, sans restriction, sans tutelle, sans exclusive ni exclusivité. L’universel réside dans la diversité, la pluralité et la différence au service de la liberté et de la justice.

Le changement est donc un changement de valeur, un changement de paradigme, une refonte de l’Être pensant et agissant.  Changer la manière, la finalité et les méthodes de Croire, Savoir, Désirer, Pouvoir, Vouloir, Devoir et Agir. C’est ainsi que nous pouvons opérer une rupture avec nos limites, nos peurs et nos faiblesses et libérer une dynamique de rupture avec les valeurs acquises et périmées ou viciées. Seule la déconstruction de ces valeurs et de leurs édifices sociologiques, culturels, institutionnels, juridiques et économiques peut faire émerger de nouveau le principe universel commun à tous les hommes, toutes les croyances, toutes les religions, toutes les ethnies. L’acte libérateur et civilisateur en même temps est un témoignage présentiel au monde c’est-à-dire une présence authentique et communicative dans la pensée et l’activité humaine. Cette présence est un témoignage de gratitude c’est-à-dire une anagogie spirituelle et une empathie universelle (harmonie et bienveillance dans le monde). C’est avec cette disposition éthique que les hommes de bien construisent une dynamique de vertu qui terrasse les forces maléfiques.

Notre combat n’est pas pour disposer de quelques strapontins, de quelques miettes ou de quelques mesurettes, mais pour insuffler l’élan libérateur et civilisateur qui est la nature primordiale de l’Homme honoré par Dieu et qu’on appelle la Fitra et que les bigots ont confiné à la religiosité (religion primordiale) faute de se hisser à l’universel. Lorsque le Coran dit qu’Allah est Al-Fater (الفاطر) et qu’il a « initié » (فطر) les Cieux et la Terre, nous devons comprendre aisément qu’Il a doté chaque créature inerte ou vivante avec une nature singulière, diverse et obéissant à des lois objectives d’existence, de mouvement, d’évolution et de finitude. Croire ou ne pas croire ne modifie en rien l’état de la nature, par contre s’en inspirer donne un contenu non seulement spirituel, mais scientifique à notre regard sur le monde pour être plus humble et plus cohérent avec ce qui nous est donné à contempler, ce qui est nous est octroyé comme ressources pour vivre et partager. La nature de toute chose créée est à l’image de la balance : l’équité, la justice, l’équilibre sinon c’est l’entropie. La nature humaine ontologique et sociale n’échappe pas aux lois qui régissent l’universel du Rab Al 3Alamine (رب العالمين).

L’éthique est du domaine de l’intelligence en symbiose avec la spiritualité et en cohérence avec l’action. La morale est le formalisme discursif de l’inertie. L’énoncé coranique sur le changement ne s’adresse pas à des inerties ontologiques ou sociales, mais à des forces en mouvement en quête de progrès, de vérité, de justice et de beauté. A titre d’exemples, toutes les morales, religieuses, athées, ou agnostique, condamnent le mensonge, le vol, la corruption, le faux témoignage, l’abus de confiance, le viol, l’usurpation, la falsification. Ce sont des sermons de circonstances, des routines verbales qui ne s’impriment ni dans les consciences ni dans les pratiques sociales. L’éthique en tant qu’ingénierie sociale, juridique et économique va aller au-delà de la notion de bien ou de mal et de celle de Haram ou Halal pour étudier les circonstances du crime ou de la faute, comprendre les mécanismes psychologiques du criminel ou du délinquant, dérouler les mécanismes socio-économiques qui produisent et alimentent les crimes et délits non seulement pour les réprimer, mais pour les empêcher en promouvant d’autres pratiques ou en exigeant plus de transparence. Bien entendu la meilleure garantie est l’éducation qui donne le sens du beau et du laid, du bien et du mal, du juste et du faux. Il ne s’agit pas de remplir la tête des enfants de hadiths hors de leur contexte ou d’instruction civiques glorifiant le chauvinisme national et religieux. Quand on parle d’éducation, on parle d’ingénierie pédagogique et didactique. Il est illusoire d’amener l’enfant ou l’adolescent à bien s’éduquer avec des programmes surchargés et des livres mal faits qui fatiguent visuellement le regard et distraient l’attention. On devrait éduquer l’enfant comme un être libre et reconnaitre son droit à la différence, comme un être responsable à qui nous offrons au sens étymologique de la pédagogie un terrain à chaque fois plus fertile et plus grand pour son développent et son épanouissement. Nous pouvons dire la même chose sur la religion, la culture, les arts, l’urbanisme, la politique.

Les termes قيّم اخلاق (moralité, valeurs morales et morale) sont absents de la terminologie coranique du changement pour signifier que le changement n’est pas d’ordre bigot, mais un processus global, complexe qui demande une expertise, une ingénierie et une réalisation exigeant l’effort de tous, dans les registres ontologiques et dans tous les domaines d’activité. On ne peut pas être de bonne moralité dans la Mosquée et un tyran pour sa femme, ses enfants ou ses administrés. On ne peut pas être un dévot la nuit et un commerçant escroc ou un fonctionnaire véreux le jour. La société plurielle a ses escrocs, ses tyrans et ses névrosés, mais l’Éthique sociale et politique les empêche de nuire ou de demeurer impunis.  L’imam qui lit ses prêches ne fait que discourir sur des réalités d’une époque révolue et il n’a aucune influence sur la mentalité collective. Il les occupe un moment et leur vend des fantasmes à valeur de monnaie de singe, car il n’a ni connaissance ni prise sur la réalité du monde. Le changement est une affaire d’abord sociale (prise de conscience de la laideur et de l’oppression) et intellectuelle (pédagogie politique et philosophique) puis politique et institutionnelle (État) pour donner forme et consistance au désir collectif de changement.

En se focalisant sur la morale religieuse, sur la morale révolutionnaire et sur la morale libérale, la majorité des intellectuels n’ont pas vu comment le sionisme et le satanisme se sont appropriés les mots, les ont galvaudés puis les ont investis d’une mission de subversion idéologique et militaire contre les peuples. C’est ainsi que les notions de démocratie, de droits de l’homme, de peuple, de liberté, de progrès, d’humanitaire et d’égalité sont devenus des instruments de domination politique, de perversion morale et de manipulation médiatique. Le mot peuple est devenu une abstraction qui occulte l’humanité dans chaque individu, qui nie sa différence et en fait une entité à la fois indifférenciée par les tutelles et indifférente à ce qui l’opprime.  Derrière chaque mot, chaque idée, chaque projet et chaque concept nous devons trouver le contenu véhiculé et la finalité visée. L’universel est confiné à l’idéal sioniste raciste ou à l’idéal du bourgeois occidental décadent, immoral et avide.

Partout c’est le règne de la médiocrité et de la méchanceté qui se réclament des valeurs universelles c’est-à-dire de leurs représentations de la réalité ajustée à leurs appétits et à leur nuisance. En Algérie, les partis déliquescents et non représentatifs du peuple se mobilisent pour soutenir un sénile moribond en affichant les règles de leur partis fantoches : « القيم التي أنشا لأجلها ». Ils ont grandi dans une culture de narcissisme pervers qui leur masque la réalité et la vérité et les autorise impunément à mépriser l’intelligence et à humilier l’humain. La perversion narcissique va les conduire à l’effondrement après avoir commis d’autres crimes et d’autres monstruosités.

Nous aurons l’occasion de revenir, dans de prochains articles, sur les formes de l’oppression sociale, culturelle, idéologique, économique, car la question de la liberté et de la justice comme celle du changement ne peuvent se résumer au seul domaine politique. Nous reviendrons sur les formes post modernes à donner à l’État, à la démocratie et à la République.

Le changement comme la civilisation se réalise par la conjugaison des conditions subjectives et objectives. Le principal levier subjectif est l’âme d’un peuple. Un peuple vivant n’est pas une catégorie abstraite et inerte, mais un désir collectif, c’est-à-dire une volonté consciente, un imaginaire et un mouvement vers ce qu’il aime et ce dont il a besoin. Tout homme est originellement épris de sa liberté, de sa dignité et naturellement porté par sa quête de reconnaissance, de légitimité, de progrès, de responsabilité, de perfection. Les conditions objectives relèvent des circonstances historiques, du savoir, de l’ingénierie (c’est-à-dire de la technologie intellectuelle et organisationnelle) pour s’adapter et évoluer. C’est l’ingénierie qui rassemble les hommes compétents et mobilise les outils les plus efficaces. Sur ce terrain nul ne put faire l’économie de l’homme local ou se contenter d’importer des solutions du passé ou des voisins. L’État et l’homme d’État doivent justement apporter les garanties et les mécanismes tant politico-économiques que juridico-institutionnel pour que les conditions morales (subjectives) et matérielles (objectives) de la rupture avec ce qui s’oppose à la promotion de l’Homme puissent être réunies, respectées et améliorées avec efficacité et durabilité. Quelle que soit la manière de poser le problème ou de choisir la solution nous n’avons qu’une seule méthode et une seule voie : produire de la pensée avec la finalité de libération de l’homme de toute forme d’oppression y compris de l’oppression religieuse.

Les Algériens devraient choisir avec conscience le candidat qui peut provoquer la rupture. Ce candidat seul et isolé du peuple ne peut rien faire pour se hisser à son destin historique ni faire face à l’Étranger menaçant. La Syrie, hier, et le Venezuela, aujourd’hui, montrent qu’il faut redouter le pire et s’y préparer. Voilà pourquoi ces élections sont capitales pour nous.

Ceux qui veulent maintenir le statuquo et ceux qui ne s’engagent en faveur du changement vont porter la responsabilité de l’effondrement qui obéît à une loi universelle imparable et immuable :

{وإن من قرية، إلا نحن مهلكوها قبل يوم القيامة و مذبوها عذابا شديدا، كان ذلك في الكتاب مسطورا}. الإسراء 58.

Il n’est pas de Qaria que Nous ne détruirons avant le Jour de la Résurrection ou que Nous ne châtierons d’un châtiment sévère. C’est là un arrêt consigné dans le Livre.

{وكأين من قرية أمليت لها وهي ظالمة ثم أخذتها وإلي المصير}. الحج 48.

Combien de Qaria n’avons-Nous pas octroyé de l’abondance, mais elles étaient iniques (tyranniques). Nous les avons anéantis : elles sont maintenant désertes et ruinées. Que de puits sont abandonnés et de palais écroulés ! Ne parcourent-ils pas la terre ? N’ont-ils pas des intelligences avec lesquels comprendre et des oreilles avec lesquelles entendre ? Mais, en vérité, ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles ; ce sont les entendements, sis dans les cranes, qui sont aveugles.

إِذَا أَرَدْنَا أَن نُّهْلِكَ قَرْيَةً أَمَرْنَا مُتْرَفِيهَا فَفَسَقُوا فِيهَا فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ فَدَمَّرْنَاهَا تَدْمِيرًا –   الإسراء (16)

Nous n’avons jamais châtié un peuple avant de lui avoir préalablement envoyé un Messager (Avertisseur). Et quand Nous décidons d’anéantir une Qaria, Nous laissons les tenants de l’ordre inique se multiplier puis systématiser l’outrance. Alors la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons totalement.

Nous avons l’habitude de présenter la recherche lexicale, sémantique et contextuelle par laquelle nous faisons la traduction et l’interprétation souvent en rupture avec l’orientalisme, l’islamologie officielle et le tafsir traditionnel des Anciens. Nous allons nous contenter de souligner quelques mots : Al-Kitab (لكتاب)« Qarya (قرية), Ammara (أمّر) et Moutrafoun (مثرفون), Dine Allah (دين الله), Qawm (قوم), Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَ), Jahad (جهد), Al Hobb, l’Amour (الحب) Fassaqou (فَفَسَقُوا), Al-Kitab (لكتاب) difficiles à traduire sauf d’utiliser des périphrases. Derrière l’interprétation erronée des mots, il y a souvent des non-sens et des paradoxes inconciliables entre l’appel à la foi et l’appel au progrès et à la séparation de l’État et de la religion (nous reviendrons une autre fois sur la place du religieux dans l’édification de l’État de droit).

Ce sont des concepts qui expliquent des phénomènes complexes et qui invitent à méditer la dimension historique d’un événement et les lois sociologiques qui le gouvernement. Hors de la métaphysique ou de l’eschatologie, nous pouvons tous, croyants ou agnostiques, nous pencher sur le processus d’effondrement d’une civilisation et d’une nation ou de la disparition d’un peuple de la surface de la Terre.

Al-Kitab (لكتاب) ce sont les lois qui gouvernent l’existence et l’anéantissement et qui s’accomplissent selon les conditions et les possibilités que Dieu connait et qu’Il nous invite à découvrir. Parler de Livre, c’est réduire la Parole de Dieu à n’être qu’un Verbe alors qu’elle est Acte qui s’accomplit en toute justice et qui se déroule parfaitement. Le nombre incalculable de possibilités est plus impressionnant que l’exécution d’un décret ou d’un destin. La part de liberté humaine est en conséquence plus grande et plus responsable qu’un destin aveugle ou arbitraire.

« Qarya (قرية) n’est ni la cité ni le village ni la ville, c’est une entité humaine formant un pays ou un royaume qui a perdu les conditions morales et matérielles de la Civilisation par la domination systématique de l’injustice et du monopole. Elle s’oppose à la Madina (مدينة) qui exerce le pluralisme et la liberté sur tous les plans actanciels et sur tous les registres ontologiques. La Qarya porte en elle les germes de son anéantissement, Halak (هلاك) alors que la Madina porte en elle les ferments de la prospérité et du développement. Le Halak est la destruction totale, l’effacement de l’histoire humaine, l’éradication de l’existence sans espoir de retour. C’est ce qui nous attend si nous persistons dans l’aveuglement et la tutelle arbitraire et sans fondement. Il ne s’agit pas d’une question de foi ou de religiosité, mais soit du positionnement par rapport à l’universel (principes) sinon par rapport à l’utilité sociale ou anthropologique (développement économique, raffinement artistique, et progrès sur le plan éthique et scientifique). Celui qui est nuisible au genre humain et à l’environnement écologique mettant en péril l’existence du vivant est condamné à disparaitre. Sa disparition prendra toutes les formes possibles : guerre, cataclysme, effondrement social et économique. L’archéologie et l’anthropologie sociale montrent la loi de l’anéantissement des cités et des civilisations.

Moutrafoun (مثرفون) ne sont pas les riches opulents et ostentatoires ou la classe possédante comme il est admis dans le marxisme, mais les tenants du système idéologique, économique et politique de la Qarya. Ce sont les partisans de la rente, du privilège, de l’immobilisme, du monopole, de l’exclusion.  Les opprimés et les pauvres qui se soumettent à l’ordre établi inique font partie des Moutafroun et sont destinés à connaitre la même fin dans ce monde et la même punition dans l’autre monde, car ils se sont fait du tort en leur qualité de créature ingrate et démissionnaire de l’Honorificat originel qui a octroyé à l’Homme la parole, l’intelligence, la liberté, la responsabilité, la conscience, le sens éthique et esthétique… Leur situation est plus laide que celle de leur oppresseur qui peut trouver une excuse mondaine par la quête de jouissance et de puissance. La faiblesse de l’opprimé n’est pas une excuse pour sa lâcheté et sa soumission servile. L’opprimé, vaincu ou faible, mais qui ne se soumet pas à l’ordre inique au minimum par le cœur et la conscience, même s’il ne se soulève pas faute de courage ou de moyens, sera anéanti avec les autres, mais il sera racheté le Jour du Jugement dernier pour l’humanité qu’il a su conserver par son refus de l’arbitraire.  L’insouciant et le paresseux qui s’accommode de l’injustice et de la rente sans désirer s’émanciper et sans tenter d’exercer son devoir d’être socialement utile est coupable sur le plan éthique. Le Prophète nous a légué une sentence qui trouve tout son sens dans nos contrées :

« Le perdant (le perdu) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine, le pire des perdants (perdus) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine des autres ».

Ammara (أمّر) : Il ne s’agit pas de croire que Dieu donne aux Moutrafoune le pouvoir de répandre la perversion ou qu’il ordonne de commettre des turpitudes, mais il nous indique le processus socio-historique de ce que la pensée marxiste appelle la « reproduction élargie » c’est-à-dire la reconduction à plus grande échelle et à plus grande intensité de l’appropriation illégitime par les pratiques socio-économiques malsaines et arbitraires. Il nous indique le processus de « la spirale infernale du désir » qui provoque la violence politique et sociale que l’anthropologue René Girard a décrit dans les mécanismes de la rivalité mimétique entre les tenants de l’ordre et les aspirants aux acquis de la bourgeoisie, aux comportements outranciers et aux signes ostensibles d’opulence.

Le Coran, l’histoire des civilisations et la loi de l’évolution humaine nous montrent que le devenir peut se conjuguer à l’espoir s’il y a rupture avec la laideur, l’immobilisme et la méchanceté :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللَّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلَا يَخَافُونَ لَوْمَةَ لَائِمٍ ۚ ذَٰلِكَ فَضْلُ اللَّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاءُ ۚ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ   المائدة: 54

Cet énoncé sublime a été vidé de sa signification et il faut redonner aux mots leur sens dans leur contexte et dans l’élan spirituel et libérateur qui les sous-tend :

Dine Allah (دين الله) n’est pas la religion ou la confession au sens strict, mais l’éthique de Dieu, c’est-à-dire l’ensemble de ses Attributs de divinité donnés à notre libre arbitre comme prescriptions à suivre ou à ne pas suivre, mais aussi des principes universels imposés par la Souveraineté de Dieu à notre nature originelle ainsi qu’à la totalité de ce à qui Il a donné existence.

Qawm (قوم) ne désigne pas les gens ou un peuple au sens commun, mais un territoire, une unité d’orientation, une unité linguistique, des ressources partagées et des principes communs. Ce Qawm est le peuple qui a vocation à se libérer de l’oppression et à libérer les opprimés, à se civiliser et à civiliser. Son fondement est la Madina. Si la Madina entre en décadence et devient Qaria, les hommes redeviennent des peuplades, des tribus, des errants, des tubes digestifs, des moelles épinières, des végétatifs…. L’inverse se produit lorsque les hommes se fédèrent et luttent pour des principes universels dont celui de la liberté de croire ou de ne pas croire, du partage des richesses équitablement et du triomphe de la justice sur l’arbitraire. Al Qawmiya comprise comme nationalisme en référence à l’État-nation occidental est une limitation symbolique et une réduction sémantique. Il ne s’agit pas d’afficher notre islamité, mais l’importance des concepts et du rôle fédérateur des concepts dans l’édification d’une Algérie estropiée par l’injustice, mais aussi par l’importation de concepts fabriqués par notre colonisateur dans nos géographies et nos mentalités. La rupture civilisationnelle doit être totale et sans concessions.

Jahad (جهد), c’est faire effort sur soi et lutter contre l’ennemi du Dine Allah c’est-à-dire lutter contre ceux qui s’opposent à la liberté, à la justice, à la miséricorde, à l’équité qui sont les Attributs de Dieu. L’homme est créature honorée et responsable par les attributs qu’il partage avec Dieu. Le seul Attribut qui est sans doute la nature de L’Être divin plus qu’un attribut est d’Être, sans existence, immuable, immortel, parfait, suffisant, totalement libre et absolument souverain.

Les termes de Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَne doivent pas être lus au sens de dévotion, de foi en Dieu ou de croyance. Allah (swt) n’a pas besoin de notre foi ou de notre mécréance, ni de notre soumission ou liberté pour rendre le combat de nature religieuse ou faire de l’homme un formalisme dogmatique. Il s’agit de la foi en l’Islam restauré, c’est-à-dire la conformité au Dine d’Allah que personne ne peut s’approprier ni utiliser à des fins politiciennes, ni interpréter comme sa vérité absolue autocratique. Le Dine Allah, c’est la liberté de croire ainsi que la réunion des conditions morales et matérielles pour libérer l’homme de l’idolâtrie et de la servitude qui sont une atteinte à la dignité humaine. Ces conditions d’ordre éthiques, juridique et institutionnel sont à la charge de l’Homme, de tous les hommes épris de bien, de liberté et de justice. Le bien, la liberté et la justice ne peuvent être confinés à un pays ou à une doctrine. Ils sont le patrimoine humain que chaque génération et sur toute géographie doit protéger et préserver. La vie sur terre sera toujours une confrontation entre Hizb Allah et Hizb as Chaytane, les uns symbolisant les attributs de Dieu et les autres ceux de Satan. Quiconque revendique ou exerce une domination arbitraire ou un pouvoir absolu est hors du cadre divin. Ici-bas, notre responsabilité est collective, là-bas, la responsabilité est individuelle. Dans ce monde nous récoltons ce que nous avons semé ensemble comme groupement humain vivant sur un territoire donné, à une époque donnée avec les ressources données. Ici-bas où bien le triomphe de la Justice de la Madina ou le chaos de la Qaria. Là-bas chacun sera son propre défenseur et son propre accusateur selon la responsabilité individuelle et les moyens dont il disposé ici-bas.

Fassaqou (فَفَسَقُوا est souvent présenté comme la pratique de la perversion morale (sexualité, luxure et autres vices). Toutes les sociétés ne sont pas parfaites et connaissent donc des périodes de vertu et des périodes de vice selon les conditions éthiques, sociales et économiques. La vertu n’est pas le propre du religieux et le vice n’est pas aussi le propre du non religieux.  Ainsi l’alcool, la drogue, la prostitution peuvent se développer sur un terrain de pauvreté, de frustration comme ils peuvent se développer dans des cercles opulents et oisifs en quête de nouvelle sensation même s’ils affichent la vertu comme façade sociale. Ce n’est cela qui met en péril l’existence sociale voire l’existence territoriale. Le péril est le Foussouq(الفسوق) compris comme pratique outrancière, exagération, excès, dépassement des limites. L’outrance est souvent dans l’accaparement illégitime et illégal du licite.

L’outrance est dans le monopole qui détruit la propriété individuelle et s’approprie les fruits d’autrui. Il est dans la rente, dans le gaspillage des ressources, dans la dilapidation des biens publics. A titre d’exemple, une société qui ne produit ni biens ni services ni savoir, mais qui vit au-dessus de ses moyens, qui répartit mal ses revenus, qui ne pratique que le négoce, qui imprime ses billets sans contrepartie de productivité de travail est une société outrancière qui va aller à sa ruine. L’outrance c’est persister dans l’extrême sans désir ni prise de conscience de la nécessité de réformer mutandis mutandis ce qui doit l’être sans attendre et sans se tromper de chemin ou de méthode.  La phase finale est lorsque le Messager, qui peut être l’éducateur, l’honnête homme ou le militant politique, avertit, mais que le regard social ou institutionnel ignore le message et continue de ne pas voir la ruine, ne pas entendre les bruits de l’effondrement. Le Foussouq c’est aussi l’entêtement à demeurer dans la transgression jusqu’à l’élimination de ceux qui refusent le dépassement des limites. L’entêtement est diabolique par son aspect narcissique et pervers qui refuse l’autre et fait tout pour le démolir croyant qu’il est le meilleur, le pur :

وَمِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي ٱلْحَيَٰوةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ

Parmi les gens, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Dieu à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il te tourne le dos, il s’en va dans le pays pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail alors qu’Allah n’aime pas la corruption. Lorsqu’on lui dit : ” Prends garde à Dieu ! “, la superbe s’empare de lui et le pousse au péché. Ne lui suffit que la Géhenne : quel détestable lit de repos !

C’est dans cette insouciance générale que la loi de l’effondrement des civilisations s’accomplit. Ni le FMI, ni la Banque mondiale, ni le modèle démocratique occidental ne seront d’un quelconque secours, surtout en cette période qui annonce la fin des mythes et des utopies. Nietzche disait que « L’histoire ne s’écrit pas toujours à coup de cataclysme », car l’Homme poussé par son instinct de survie peut faire l’effort surhumain et sortir de l’abime. Dieu accorde toujours Sa Miséricorde à celui qui fait amende honorable. Il ne s’agit pas d’un comportement de bigoterie, mais d’un acte de Libération- Civilisation. On ne construit pas une civilisation, alors qu’on est privé de liberté, on ne se libère pas pour changer de maitre, mais pour un idéal de liberté et de justice c’est à dire pour un projet de civilisation.  La civilisation est un long chemin, souvent il est emprunté comme voie de salut.  Nous sommes dans cette alternative : sombrer ou se sauver par notre libre arbitre.

Al Hobb, l’Amour (الحب) ne signifie ni l’idolâtrie aveugle, ni la soumission dogmatique, ni une représentation anthropomorphique de Dieu. Il est incompatible avec l’idée que l’amour partagé, du fait de la dévotion, garantisse au dévot la détention de la vérité, la vision lucide de la réalité, ni l’idée de triompher en improvisant ou en vivant l’insouciance de la béatitude. Le contexte des versets et le sens des mots montrent qu’il s’agit de graines qui germent et qui montent vers le haut. Il s’agit de l’élan spirituel, de ce que Malek Bennabi appelle l’aspiration psycho-temporelle. Il s’agit en termes modernes d’anagogie et d’empathie universelle : répondre au bien et au beau et se mettre à disposition du vrai et du juste. La génération des libérateurs civilisateurs n’est pas une génération ex-nihilo, mais un édifice qui se construit, se consolide et s’exprime d’une manière visible et évidente comme les paraboles coraniques de l’arbre ou de l’épi de blé. C’est l’engagement solennel et efficace de faire le bien, de rendre justice, de dire la vérité, de témoigner avec preuves authentiques. Il s’agit de faire fusion avec les attributs divins jusqu’à devenir l’instrument de Sa Miséricorde. Nous devons nous interdire de dire que nous sommes l’instrument de Sa Puissance ou de Sa Justice, car nous prendrons le chemin de l’égarement et de la dérive démiurge. Notre voie est celle de l’universel que partage tous les hommes.

C’est l’engagement sur le respect de l’universel qui fera de nous un peuple civilisateur et une nation civilisée ou une horde de barbares qui, par complaisance à Rome et avidité du butin, a détruit Carthage et chassé Hannibal. Ce n’est pas de l’histoire ancienne : Libéraux, progressistes, islamistes, nous avons, hormis quelques hommes lucides, donné notre caution à l’OTAN pour détruire la Libye qui est sur le plan de la grammaire des civilisations notre profondeur stratégique du point de vue historique, géographique, économique et mental… Notre risquons de cautionner la destruction de notre pays.

Parler de changement et d’universel c’est s’engager pour la rupture la plus crédible.

Omar Mazri

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

YOUSSEF LA RUPTURE AVEC LA SÉDUCTION ET LA TRAHISON, ET LA COMPÉTENCE À ÊTRE UTILE

Devant le consensus fragile et éphémère, l’Etranger exige une plateforme politique comme une astuce institutionnelle pour réformer la Constitution et placer un « vivant » aux commandes du pays sans élections ni légitimité afin de poursuivre la prédation et la rente et le système qui les alimente et les sauvegarde. Cette plateforme a autant de chances de donner des fruits que le régime à se réformer. Il ne s’agit pas d’une opinion politique, mais d’une analyse à la lumière des principes universels d’émancipation des peuples et d’édification des civilisations ou de leur effondrement et disparition. Ici nous sommes en présence d’un anéantissement, car les facteurs négatifs et nuisibles sont plus nombreux que les facteurs positifs et bénéfiques.

Prenons l’exemple sur une loi mise en exergue dans le récit coranique sur Youssef et l’obligation donnée aux hommes d’en tirer enseignement (عبرة  ‘Ibra ou passerelle de sens) non sur le plan religieux, mais sur le plan civilisationnel et eschatologique c’est-à-dire sur le salut ici-bas et là-bas. Cette loi s’énonce ainsi :

« Le Dhalem ne fructifiera pas… Le juste ne perdra pas les fruits de son labeur. »

Le Juste qui va modifier le cours de l’histoire ne s’improvise pas en quelques semaines. Il est une semence en maturation. Il est préparé à intervenir sans fracas et sans escroquerie pour modifier le cours de l’Histoire au profit des Hommes :

{Nous lui donnâmes la Hikma et le Savoir. De cette façon Nous récompensons ceux qui font le bien.}Coran 12-22

C’est plus qu’un projet politique, une réforme constitutionnelle, un Etat-nation, un soutien populaire ou un rang au sein de l’élite.

Ce n’est pas une hikma (حكمة) comprise comme sagesse, mais une disposition cultivée qui donne la compétence de résoudre les problèmes (de décider, d’arbitrer, de discerner) pour promouvoir une civilisation, sinon la restaurer lorsque la question de son devenir et de son salut se pose sur le plan existentiel. Nous sommes sur le plan de la vertu et de la probité qui rendent la compétence au changement un virtuel c’est-à-dire un réel en potentiel que le temps va actualiser et concrétiser lorsque les conditions sont réunies.

Le Ilm (علم) n’est pas la science qui consiste à connaitre les moyens techniques, les processus d’un phénomène ou les formalismes profanes ou religieux, mais le Savoir et la haute intuition par lesquels on perçoit lucidement la réalité, la conscience par laquelle on accède à la vérité qui donne les principes, la vision par laquelle on voit à l’horizon le devenir qui donne l’élan, enfin le sens des finalités qui procure la motivation et la constance. L’aptitude à réaliser le changement est donc une vocation civilisatrice, du moins réformatrice. Cette aptitude, cultivée par l’éducation et un sens aigu des responsabilités, peut ne demeurer qu’un germe en hivernation ou devenir une véritable compétence si elle venait à être reconnue socialement. C’est l’aptitude d’être socialement utile conjuguée à la reconnaissance sociale qui donne la légitimité sur laquelle vont se fédérer les légitimités auxiliaires : territoriales, historiques, économiques, culturelles, religieuses et intellectuelles…

Chez nous, on fait le contraire du civilisé et du civilisateur : on place les impostures, les usurpations et les syllogismes fallacieux et on les incarne dans des personnages de circonstance puis on les accrédite d’une légitimité par la force des armes, des médias, des rentes et de la validation étrangère.

Chaque jour que Dieu fait, chaque projet, chaque dépense, chaque réalisation et toute conscience vive témoignent de cette loi universelle :

 

إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ 12 -23

« Les Dhalimouns ne fructifieront jamais…

Le Dholm (ظلم) ce n’est pas seulement faire preuve d’injustice ou de manquer d’équité dans l’application du droit (constitutionnel, administratif, pénal, fiscal, travail, douanier…) et le respect des lois.

الــظلم: وضع الشيء في غير موضعه، وفي الشريعة: عبارة عن التعدي عن الحق إلى الباطل، وهو الجور، وقيل: هو التصرف في ملك الغير ومجاوزة الحد.

Le Dholm (ظلم): mettre la chose à son mauvais endroit, porter atteinte à la vérité, violer les droits d’autrui, mentir, manipuler, s’accaparer les biens d’autrui, nuire à la dignité humaine, transgresser les limites éthiques et substituer la laideur à la beauté, le nuisible à l’utile, la médiocrité à l’intelligence.

Le Dholm (ظلم), c’est donc  mettre les choses et les hommes dans les places qu’ils ne méritent pas, de donner des significations fausses, d’avoir des représentations mentales erronées, de mal distinguer la réalité de la fiction, de confondre la vérité et le mensonge.  Le Dholm (ظلم), c’est aussi l’outrance et l’exagération par lesquelles on heurte la sensibilité des braves gens, on gaspille les ressources et on rend stériles les forces productives et les idées créatives. Tous les mécanismes et toutes les pratiques qui fabriquent la dictature sociale, politique, économique, culturelle, idéologique, religieuse. Toute forme de dictature est une aliénation de la liberté humaine et une atteinte à son droit naturel, celui de la différence et de la diversité. Le monopole, l’exclusive et l’exclusivité sont les formes les plus abouties du Dholm, car elles engendrent la tyrannie.

Le faux témoignage est sans doute le pire des Dholms après le crime. Sur le plan des principes (universels), le faux témoignage non seulement est punissable par la loi par l’emprisonnement et les amendes, mais par la déchéance de la personnalité juridique qui fonde un citoyen ou un sujet dans un Etat – gouvernant ou gouverné, administré ou administrateur. Toutes les Révélations excluent le parjure de la vie sociale, juridique et économique : Dans cette existence, il n’a pas le droit de témoigner ou d’être mandaté, dans l’autre existence, il n’a pas la possibilité de racheter ses péchés. La plus grande puissance « démocratique » du monde, l’Etat-onusien, peut pardonner les fautes vénales, mais ne pardonnent pas le parjure. L’Algérie est une grande supercherie et une grande trahison, elle n’a pas de problème de conscience.

Le summum du faux témoignage en matière de foi et de croyance, c’est bien entendu d’adorer une divinité autre que Dieu, de donner à Dieu un émule, de lui attribuer des attributs anthropomorphiques : c’est le Dholm.

Le summum du faux témoignage en matière idéologique, politique et culturelle, c’est promouvoir des valeurs opposées aux principes universels permettant ainsi de parer le mensonge comme s’il était vérité, le vice comme s’il était vertu, la transgression comme si elle était légale. Dans cette manipulation le vrai, l’utile, le réel, le beau et le juste sont présentés comme des monstruosités, des humiliations… Comme c’est vilain.

إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ 12 -23

Certes, les Dhalimouns ne fructifieront jamais

L’affirmation de ce principe, non comme verbe sermonneur dans un prêche pour endormis ou une narrative fascinante lors d’un meeting électoral à bestiaux en quête du festif (Zerda et Tamina), mais comme conscience vive, qui frappe à la porte du destin comme les coups de la 5ème symphonie de Beethoven qui parvient « au royaume spirituel de l’infini » en sortant de « l’ombre de l’anonymat à la célébrité universelle ». Ce n’est qu’après avoir suscité la curiosité intellectuelle, artistique, sociale et culturelle que l’œuvre est parvenue à s’inscrire dans l’histoire des hommes et dans le sommet du gout esthétique. L’interrogation ou la curiosité est la première étape du changement, l’annonce que la conscience se recueille dans l’attention qu’elle porte à ses problèmes et dans l’attente de la réalisation du projet qu’elle fait émerger.  Sans cette conscience et le temps de maturation, la célébrité sera une imposture, un éphémère, une autre catastrophe. Sans la rencontre entre les conditions matérielles dont le savoir-faire et les conditions morales dont la vertu et la justesse, il n’y a ni talent ni changement ni créativité.

Youssef a été jeté dans l’ombre des geôles pour un principe : ne pas trahir celui qui lui a donné asile en succombant aux tentations de la belle éprise de lui d’un fol amour et pour laquelle il éprouvait un penchant. Le récit est authentique, mais sa portée est symbolique, il s’agit moins d’afficher une vertu sur le plan de la morale sexuelle que de prendre position contre la traitrise et la trahison au prix de sa vie et de sa liberté.

Quel est le coût de la confiance ? Quel est le prix de la forfaiture ? Quelle comparaison entre la séduction d’une belle et la convoitise prédatrice d’un pays ? Quel rapport entre la trahison d’un homme et la trahison envers un peuple, une nation ou une guerre de libération ?

Le récit de Youssef et l’Histoire des hommes nous livrent leur contenu et leur étendue. Regardez les trottoirs et les poubelles des grandes villes, regardez les cités dortoirs, regardez les hôpitaux, regardez les manuels scolaires, regarder le drame des Haragas, regardez les loques humaines, regardez l’intérieur du pays, regardez les médiocres qui nous gouvernent et écoutez les moqueries des médias et des chancelleries occidentales pour savoir que le Falah est impossible pour ceux qui ont confisqué les libertés, qui ont rendu impossible le développement social et humain, qui ont dilapidé les ressources, qui ont rendu stérile la pensée et l’imagination de l’Algérie.

N’ayez pas peur de voir l’horreur de l’indépendance confisquée : les veuves de Chouhada devenant une armée de femmes de ménage, les filles algériennes amenées à la prostitution, les Moudjahidines ravalés au rangs de détenteur de licences de tenanciers de bars ou de taxi, les plus nantis détenteurs de licences d’importation. Les plus honnêtes sont jetés dans l’ombre de l’anonymat et de l’oubli. Le sang, les larmes et la sueur de la révolution algérienne ont été occultés et effacés. On a cultivé la haine du Harki et du Colon pour faire diversion sur l’administration indigène de type coloniale qui a pris le pouvoir en Algérie. Les véritables Harkis sont la manifestation de la machine infernale de la subversion psychologique, du colonialisme qui a créé les conditions de nécessité vitale à la trahison ou à l’engagement dans les rangs de l’armée française comme auxiliaires de répression des peuples ou de libération de la France. Lorsqu’on parle de Harkis, on doit voir le drame algérien dans son aspect le plus humiliant de la dignité humaine que le colonialisme a entrepris après qu’il ait affamé le peuple algérien et maintenu dans l’ignorance. On doit voir les menaces sur les familles de Harki comme une manœuvre visant à éviter les procès contre les colons et les Algériens ayant participé à l’effusion du sang des Algériens ; ces procès auraient dévoilé la nature des traitres et des opportunistes qui ont exclu les Algériens et donné la préférence aux étrangers.

J’invite les jeunes algériens à faire des recherches sur le douar Soustara (ex Cathena) entre Jijel et Skikda et voir ce que l’enclavement d’un territoire peut donner comme résultat. C’est ce que le sionisme tente de faire en transformant Gaza en une enclave coupée du reste du monde. Ceux qui nous gouvernent actuellement sont pires que le Hizb frança dont on peut comprendre les mobiles et les motivations. Il s’agit du Hizb du Chaytan qui vise la destruction de la moindre parcelle de lucidité, de bien et de bonté dans la personnalité humaine afin de le rabaisser au rang de bête tout en cultivant son ego pervers et narcissique.

Lisez avec des yeux de vivants le récit, ne fantasmez pas sur le nom du roi ou celui de la belle, ne vous focalisez pas sur la fornication et le sexe :

إِنَّهُ لَا يُفْلِحُ الظَّالِمُونَ 12 -23

Certes, les Dhalimouns ne fructifieront jamais

Imaginez toutes les formes d’oppression, de dictatures, de trahisons, de monopoles, de faux témoignages, de rentes dans le domaine ontologique, social, politique, économique, administratif, culturel. L’Algérie et l’incarnation de tous les fléaux et de tous les Dholms. Presque 60 ans d’indépendance et on se retrouve dans le même état de délabrement moral et social qui a donné socle au Wahn annoncé par le Prophète (saws) et à la colonisabilité de Malek Benabi.  Mouloud Hamrouche évoque le retour au 16ème siècle qui a consacré la décadence de l’Empire musulman. Je pense que notre décadence remonte beaucoup plus loin, nous sommes sur le plan anthropologique des fossiles humains sans vestiges archéologiques, c’est à dire des peuplades en quête de chefs et de clans se contentant d’errer sur un territoire trop grand pour notre ambition reptilienne. En 2019, nous n’avons toujours pas de langue nationale :  nous demeurons analphabètes trilingues.

Le sieur Chekib poursuivi pour corruption par ses comparses, ose étaler son ignorance politique et linguistique en proposant l’anglais comme langue nationale et les USA comme partenaire stratégique au lieu de la France. Plus vassal que ça tu meurs ! Ce sont des expressions de Dholm structurel : notre mentalité est focalisée sur des choses, des ambitions personnelles, des mythes qui font obstacle à l’élévation vers des notions abstraites éthérées et sublimes comme le Droit, la Liberté, la Justice, la Spiritualité, la Civilisation, l’Homme et son sens du beau, du vrai et du juste…

Après avoir passé en revue les formes et les symptômes du Dholm que nous voyons, examinons maintenant le terme sublime du Coran que les arabisants modernes et les pieux anciens occultent : Al Falah (الفلاح)

L’exégèse coranique le confine au sens mondain ou métaphysique :

أَفْلَحَ = يوم القيامة فازوا في الدنيا وسعدوا

Triomphe dans ce monde et récompense dans l’autre.

Cette explication est insuffisante tant sur le plan sémantique que sur le contexte du récit coranique. Les encyclopédies arabes font la différence entre le succès mondain, la réussite sociale et la prospérité économique qu’expriment les termes arabes Najah et Dhafr النجاح  الظفر.  Le Falah évoque davantage le salut contre l’anéantissement ici-bas et l’enfer là-bas, ainsi que la pérennité du bien et du bon contre l’instauration du mal et du mauvais :

البقاء على الخير والنجاة من الشر –  الْفَوْزُ وَالْبَقَاءُ وَالنَّجَاةُ

Le Falah, c’est plus que cultiver son environnement humain et social ainsi que se cultiver sur le plan ontologique pour se hisser au rang du juste et du vertueux utile à l’humanité. C’est s’engager dans la voie du bien avec détermination, y demeurer avec constance et âme égale dans l’attente de la promesse divine : sanction des manquements et récompense des méritants.

Pour une meilleure traduction du sens nous avons eu recours aux dictionnaires français et à l’analogie lexicale entre le verbe arabe AFLAHA et les verbes Labourer, Cultiver. Nous sommes agréablement pour rester dans les sens étymologiques les plus proches entre l’Arabe et le Latin :

الفلاّح للحارث، لما هو يفرق التراب عند الحرث  – يفلحون الأرض أي يسقونها

Labourer du verbe laborer c’est-à-dire faire effort, travailler… Faire des sillons dans la terre pour l’ensemencer…

Cultiver du verbe Cultivarer : Travailler la terre ou un champ pour lui faire produire des végétaux utiles aux besoins de l’homme, défricher, labourer, faire de l’agriculture. Prodiguer des soins à une plante en vue de favoriser sa venue puis de la faire pousser. Élever les espèces animales dans le milieu le plus favorable à leur croissance et à leur santé. Cultivarer signifie aussi –  en plus de « travailler » la terre –   « vénérer » une divinité et rendre culte à une idole ou à un dieu. Initialement le lieu de culte est le lieu des offrandes et des sacrifices en gratitude à la divinité pour l’abondance ainsi que des invocations pour repousser les malédictions (du verbe mal dire) et s’attirer les bénédictions (du verbe bien dire). L’effort physique, la pensée rationnelle et l’élan spirituel sont conjugués dans la pratique de la culture lorsqu’elle n’est pas comprise comme divertissement.

L’architecture lexicale a permis de forger dans les langues latines les significations suivantes : Entretenir et exploiter les qualités d’un être vivant à des fins utilitaires ou esthétiques.
Faire fructifier les dons naturels permettant de s’élever au-dessus de sa condition initiale et d’accéder individuellement ou collectivement à un état supérieur.

Mise en valeur du patrimoine et des arts : (s’)Éduquer, (s’)l’instruire, (s’) entourer de soins et de conseils en vue d’assurer le développement harmonieux et durable de la personnalité humaine.

Fructification des dons naturels permettant à l’homme de s’élever au-dessus de sa condition initiale et d’accéder individuellement ou collectivement à un état supérieur.

Réunir l’ensemble des moyens et des conditions mis en œuvre par l’homme pour augmenter ses connaissances, développer et améliorer les facultés de son esprit, notamment le jugement et le goût.

Travail assidu et méthodique (collectif ou individuel) qui tend à élever un être humain au-dessus de l’état de nature, à développer ses qualités, à pallier ses manques, à favoriser l’éclosion harmonieuse de sa personnalité.

Les Arabes, en rupture avec leur socle linguistique, ont pris le sens de Culture dans le sens de divertissement, de folklore ou d’activités « culturelles » en forgeant le néologisme Thakafa ( ثقفة),mouthaqaf pour désigner la culture (activité) et le cultivé (compris comme instruit). Ils ont oublié le sens et la valeur des mots dans leur effort mimétique de l’Occident dont ils voulaient importer les choses de la Modernité par leur Nahda sans l’esprit moderne occidental qui a fondé la Renaissance. Nous avons le verbe Aflaha et les substantifs Falah et Fellah. Le plus triste est que le terme forgé Thakafa est antinomique avec notre esprit tordu et nos pratiques malsaines et malveillantes. En effet le terme signifie faire l’effort de se redresser et de rester droit.

Ce ne sont pas les mots qui nous font défaut, c’est le sens de ces mots et la conscience qui leur donne contenu social, politique, institutionnel, juridique, esthétique et éthique… De la même manière que nous ignorons la différence entre le Ilm (le Savoir) et le Tha’lim (faire l’effort d’acquérir le savoir et la connaissance sur de longues années d’études et de recherche). Nous voulons le résultat sans l’effort qui va avec. Nous livrons nos enfants à des tuteurs pédagogiques sans que l’école publique ou privée ne dispose d’une véritable stratégie pédagogique qui fait apprendre à l’élève et à l’étudiant comment apprendre, c’est-à-dire comment acquérir ou développer sa propre stratégie d’apprentissage. Nous sommes des creux vides que les tuteurs remplissent de formalités et de chimères sans voie vers la virtualisation, c’est-à-dire la mise en puissance et en orbite des jeunes talents qui seront aptes à produire de la pensée ou à gouverner une fois qu’ils auront acquis la légitimité de la reconnaissance sociale.

Le Falah ne provient pas du verbe Falaha qui peut être un résultat soudain, limité, fortuit, mais du verbe Aflaha qui ne peut être qu’un processus structuré, progressif, pensé, soutenu et provenant d’un dur labeur qui ne donne ses fruits que si l’œuvre est agréé par son capital de bienfaisance, c’est-à-dire par son investissement social et sa compétence à produire de l’utile et du bénéfique pour les hommes, tous les hommes sans distinction. Cet effort ne peut aboutir que s’il est agréé par Dieu, par la justesse et la bienveillance des intentions qui l’ont présidé ainsi que par l’efficacité du travail qu’il a entrepris. Au nom de la loi du Falah qui gouverne l’univers, nous pouvons affirmer que l’effort et l’œuvre ne peuvent être validés lorsqu’ils sont pilotés par des fainéants, des corrompus, des indigents et des minables en quête de privilèges, de dérogations, de rentes et d’autres formes de Dholm….

Pour qu’il n’y ait aucune équivoque tant dans l’énoncé de l’antinomie entre le Dholm et le Falah que de leur véritable sens respectif ainsi que dans l’analyse objective de la situation algérienne sans esprit partisan, nous allons nous référer à l’énoncé coranique. La règle vérifiée et mise en pratique est que le Coran s’auto explique, le contexte de ses énoncés est une explicitation du sens des mots et des phrases :

{قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا وَقَدْ خَابَ مَنْ دَسَّاهَا}

{فَمَنْ ثَقُلَتْ مَوَازِينُهُ فَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ وَمَنْ خَفَّتْ مَوَازِينُهُ فَأُولَئِكَ الَّذِينَ خَسِرُوا أَنْفُسَهُمْ}

{قَدْ أَفْلَحَ الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ هُمْ فِي صَلَاتِهِمْ خَاشِعُونَ}

{أُولَئِكَ هُمُ الْوَارِثُونَ الَّذِينَ يَرِثُونَ الْفِرْدَوْسَ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ}

A l’opposé du verbe AFlaha nous avons le verbe Khaba (خَابَ) signifiant :
Déconcerter, déranger des projets, empêcher leur réalisation
Perdre l’assurance de son jugement et être confus dans la conduite à tenir.
Voir ses efforts devenir vains et inutiles.
Se trouver déçus, frustrés, mis en échec d’une manière honteuse et humiliante et contre toute attente.

A l’opposé du Mouflih nous avons le khafat mawazinouhou ( خَفَّتْ مَوَازِينُهُ ) signifiant :
Inconsistant, sans valeur, sans poids, sans mérite, sans récompense.

L’arrogant, le transgresseur bruyant et l’outrancier ne peut être un partisan du Falah car il lui manque l’attribut essentiel de la culture : le Khouchou’ ( خشوع ) signifiant humilité, recueillement, concentration et contemplation pris dans le sens littéral d’entrée dans le Temple, celui de la ferveur spirituelle, de la quête de lumière, de la quête de vérité, de la proximité sociale avec les humbles.

La récompense du Mouflih qui conjugue le verbe cultiver à tous les temps et sur tous les registres de l’activité humaine est appelé à l’éternité heureuse de l’au-delà et à l’éternité de la mémoire humaine comme symbole du bien, du vrai et du juste selon l’autre loi divine :

{Ce qui est utile aux homme, demeure sur terre, mais l’écume est condamnée à disparaître}

Poursuivons l’analyse de quelques aspects sur la Sourate Youssef :

Le Mouflih (cultivé au sens de civilisé, cultivateur au sens de civilisateur) ne sollicite pas une faveur, il est sollicité pour le salut sinon pour la résolution des crises :

{” O Youssef, toi qui es véridique, dis-nous ce que signifient sept vaches grasses que dévorent sept vaches maigres, et sept épis verts et les autres desséchés afin que je puisse revenir vers ceux qui m’ont envoyé et ainsi pourront savoir ce qu’il en est. ”
Youssef  dit : ” Vous sèmerez de la façon habituelle durant sept années. Ce que vous aurez moissonné, laissez-le en épis, sauf le peu que vous consommerez.
Viendront ensuite sept années arides, qui mangeront les provisions faites dans leur attente, laissant subsister une petite partie de vos réserves.
Puis viendra une année durant laquelle les gens recevront une pluie abondante et se rendront au pressoir “.}

Il n’y a ni improvisation des hommes ni arbitraire du destin mais conjugaison des conditions morales (incarnées dans Youssef avec ses qualités de digne de confiance, de visionnaire, de véridique) avec les conditions matérielles (incarnées dans le gouvernant juste, disposant d’autorité légitime et surtout prévoyant et anticipant sur la crise qu’il a pressenti et dont il veut le règlement).

{Le roi dit : ” Amenez-moi Youssef ! Je vais l’attacher à ma personne “. Après lui avoir adressé quelques mots, le roi poursuivit : ” Te voilà dès aujourd’hui auprès de nous, investi d’autorité et de confiance “. Youssef dit : ” Confie-moi l’intendance des magasins du pays, j’en serai le gardien averti}

Pour qu’il n’y ait place à aucune ambiguïté sémantique et à aucune confusion philosophique sur le plan historique, le Coran nous met au milieu de la sourate cet énoncé magistral :

{Et maintenant la vérité-réalité s’est cristallisée}

Hasshassa c’est entasser de petits cailloux, Al Haqq c’est à la fois la vérité et la réalité indissociable l’une de l’autre. On ne peut pas voir la réalité si nous pratiquons le mensonge qui omet, déforme ou ajoute. On ne peut pas parler de vérité comme une abstraction sans prise sur la réalité de la situation et sans observation du devenir des faits et leurs corrélations. La vérité n’éclate pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, ou comme un artifice de cinéma ou de théâtre. Cristalliser le gaz vaporeux en solide tangible exige une réaction chimique complexe. Amener la Vérité-Réalité à se cristalliser, dans le cas qui nous intéresse, c’est :  fixer, concrétiser, donner de la cohérence et rendre sensible et visible le phénomène de réalisation (actualisation) du potentiel (virtuel). Ce phénomène a pris trois dimensions. La première, c’est un gouvernant qui a conscience de la crise à venir et de la nécessité de la régler très tôt. La seconde c’est une communication qui cherche la vérité en s’informant des faits réels et non en fabriquant des narratives. La troisième, c’est le repentir de la femme séductrice et instigatrice du complot qui a mis Youssef en prison. La quatrième c’est l’acte de justice impartiale et équitable du gouvernant qui réhabilite. La cinquième, c’est la personnalité de Youssef le sauveur potentiel qui refuse toute revanche et tout compromis d’appareil, mais qui exige la justice dans la transparence. La sixième, c’est l’autorité du gouvernant qui choisit l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Il n’y a pas d’ordre chronologique ni de primat d’un facteur sur l’autre, mais une opération de cristallisation qui donne consistance à la réalité et à la vérité.

Enfin le terme maintenant (الآن ) signifie qu’il y a un long processus, c’est-à-dire un avant où se réunissent les conditions de la réaction de cristallisation, un pendant durant lequel se réalise la réaction et un après où on voit non seulement le produit de la réaction et les applications en termes d’utilité sur le plan de la connaissance, de la prospérité humaine et de l’incitation à maintenir pérenne le mouvement des faits et des idées. Le pendant, l’avant et l’après sont des pensées cristallisées en actions concrètes et sont aussi des communications qui précédent (pour annoncer ce qui va être fait), accompagnent (pour expliquer ce qui est en train de se faire) et suivent (pour évaluer et ajuster ce qui a été fait et les suites projetées ainsi que les devenir possibles). Nous entamons chaque processus électoral, initié comme une continuité, sans que les partisans du changement n’alimentent un véritable débat d’idées, ne poussent les contradictions à la rupture dialectique, ne communiquent sur la rupture et ses mécanismes. Les intentions et le temps imparti à la campagne présidentielle de 2019 ne sont pas suffisant pour amorcer le changement, exiger des garanties, et motiver les hommes qui doivent aller au charbon s’ils veulent le Falah.

C’est à travers ces prismes que je tente de lire le monde en y cherchant ce qui est universel dans ses lois historiques et le distinguer de ce qui est narratif ou expressif d’un socio code ou d’un géocode non déterminant dans la réaction chimique de ce qui secoue notre monde.

En Algérie, on fait de la reproduction élargie à la sénilité et à la médiocrité. Il ne peut donc y avoir de Falah, même si ces gens-là détiendraient toutes les richesses du monde. Il ne s’agit pas d’une opinion de revanchard, mais l’expression d’une loi universelle qui nous dit que la pérennité et la prospérité sont destinées pour les plus utiles et les plus justes. Le reste finira en déchets dans les poubelles de l’Histoire et en malédiction dans les pensées des vivants qui auront survécu à l’absurde le plus cynique et le plus mortifère de notre époque.

Dans tous les récits coraniques, il n’y a pas de lutte pour le pouvoir et encore moins pour le fantasme d’un Etat nation ou d’une République islamique. Il y a l’autorité et la confiance. L’autorité ce n’est pas Heybat Ad Dawla au sens de pouvoir, mais au sens d’Auteur et d’Autoritas, c’est-à-dire en termes de compétence à produire des idées et des actions utiles ainsi qu’à créer de nouvelles organisations, de nouveaux scénarios, de nouveaux concepts. Inspirer confiance et obtenir l’adhésion libre et volontaire des gens sont incompatibles avec la manipulation médiatique. Cela exige comme préalable le Savoir et le discernement. Youssef en a fait la démonstration alors qu’il était dans l’ombre. Ce ne sont pas les feux de la rampe qui vont établir la confiance et la compétence, mais la vision lointaine, même si on ne dispose pas encore des instruments de pouvoir. Tenir ce discours c’est bien entendu être taxé de réactionnaire ou de manque de pragmatisme.

Pour que la vérité se cristallise dans la vie mondaine, il faut qu’elle soit présente dans l’intimité de la conscience. Ceci nous ramène à la disposition de Youssef lorsqu’il fut tenté par la séduction et mis face à l’épreuve de la trahison :

مَعَاذَ ٱللَّهِ

{Que Dieu me garde !}

Ce cri de lucidité et de résistance n’est possible au moment précis de la tentation que si l’homme qui le prononce a enraciné en lui l’éthique de Dieu. L’éthique de Dieu, c’est l’élan spirituel qui pousse l’homme à chercher la perfection dans les attributs de beauté d’Allah tels que la Justice, la Paix, la Miséricorde…. Ce n’est pas une foi de bigot, mais une force spirituelle et une empathie pour les créatures de Dieu qui donnent une résonnance ainsi qu’une couleur éthique et esthétique dans la pensée, le sentiment, le regard, l’audition et l’action. Le mal et le nuisible sont perçu intimement comme vilain à éviter, antipathie à fuir. Celui qui assassine, emprisonne et complote ne peut se réclamer de cette éthique, même s’il affiche tous les apparats de la religiosité et tous les signes de la dévotion.

Disposition éthique et processus historique en déroulement sont nécessaires pour la mise en évidence de la vérité et du Falah qui l’accompagne :

{C’est ainsi que Nous avons solidement établi Youssef dans ce pays. Il pouvait s’y installer là où il voulait. Nous accordons Notre Miséricorde à qui Nous voulons, et Nous ne laissons pas perdre la récompense des hommes de bien.}

L’épreuve de la séduction (mondaine) est un révélateur pour distinguer le traitre du loyal, l’ingrat du digne de confiance, le fasciné du lucide. Le pouvoir est la pire des séductions, il fait couler le sang des innocents. Le peuple qui ne sait pas produire ses idées, ses élites, son argent et choisir librement son gouvernant ne peut mériter autre que l’oppression ou la rente qui font perdre non seulement la liberté et la dignité, mais le sens des réalités et l’appréciation de la vérité et de la justice.

{Certes, le récit sur les Envoyés contient des enseignements pour les hommes doués d’entendement.}

Intimidation, escroquerie, mensonges, corruption, plateforme fictive, révision constitutionnelle, rente, vice-président, directoire présidentiel, homme providence et autre caprice de sénile ou d’infantile ne changeront rien à la nature des choses. L’attendu est la rencontre de la Vérité et de la Justice sur le terrain de la Réalité non pas sur le plan abstrait ou discursif, mais dans la confrontation des idées incarnées dans des hommes vivants, concrets, vertueux et désirant le changement par idéal et non par calcul politicien. C’est de cette confrontation que la commutation de sens s’opère du simple au complexe, du statique au dynamique pour enfin devenir une passerelle de changement quittant l’ancien monde et se dirigeant résolument vers le nouveau.

Omar MAZRI – algerie-rupture.com