Subtilités coraniques sur la reconnaissance et la gratification

En lisant l’exégèse coranique sous l’angle sémantique puis sous l’angle grammatical, le croyant est rempli d’admiration et de compréhension  devant  la richesse d’un terme qui donne à la même phrase de  multiples sens qui se complètent sans se contredire.

 

  ٱعْمَلُوۤاْ آلَ دَاوُودَ شُكْراً وَقَلِيلٌ مِّنْ عِبَادِيَ ٱلشَّكُورُ

A’malou àla dawouda shoukran wa qaliloun min ‘ibadiya al chakourou

 

Il y a  douze significations contenues dans le même énoncé sur la tournures grammaticales du mot Chokr signifiant remerciement, reconnaissance et gratitude selon le contexte.

  •  Voici les six autres significations sur le mot Chokr dans  شُكْراً  choukrane

O famille de David, œuvrez avec beaucoup de gratitude. Peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

O famille de David, œuvrez pour que vous soyez très gratifiés. Peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

 O famille de David, réalisez des œuvres hautement gratifiantes, car  peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

 O famille de David, œuvrez  par quête de gratitude.  Peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

O famille de David, œuvrez  comme principe  de gratitude.   Peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

O famille de David, immense  gratification pour ce que vous faites.  Peu nombreux sont les hommes assidûment  très reconnaissants.

 

  • Voici les six autres significations sur le mot Chokr dans ٱلشَّكُورُ  chakour

 

O famille de David, œuvrez avec beaucoup de gratitude. Peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants.

 

O famille de David, œuvrez pour que vous soyez très gratifiés. Peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants.

 

 O famille de David, réalisez des œuvres hautement gratifiantes, car  peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants.

 

 O famille de David, œuvrez  par quête de gratitude.  Peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants.

 

O famille de David, œuvrez  comme principe  de gratitude.   Peu nombreux sont les hommes ahautement gratifiants.

 

O famille de David, immense  gratification pour ce que vous faites.  Peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants.

 

Si le Coran avait été révélé en langue française il aurait fallu 12 tomes au moins pour le contenir. Seule la langue arabe par sa richesse phénoménale  a cette possibilité de véhiculer autant de sens.

Il faut agir, bien agir, agir pour le bien, agir en respectant les priorités et agir en visant les fins ultimes. Très peu y parviennent et très peu trouvent les opportunités, les pertinences et les moyens d’agir avec cette éthique coranique qui exige grand effort et assiduité permanente.

En effet David et Salomon sont des modèles d’excellence dans la gouvernance et dans le travail. Allah les gratifie pour ce qu’ils font, mais leur demande en même temps de faire mieux et davantage, car Il les a gratifiés de moyens plus conséquents ainsi que des dons incomparables : foi, justice, équité, intelligence, esprit de sens, sagesse, niveau esthétique élevé, pouvoir…

Chacun doit viser l’excellence sans désespérer de ne pouvoir l’atteindre. Allah en disant « Peu nombreux sont les hommes hautement gratifiants ou assidûment  très reconnaissants » Il  rassure les croyants et leur dit : « Agissez convenablement et chercher toujours à mieux faire vous êtes alors assurés  d’avoir la  récompense de l’excellence.

Si nous voulons comprendre l’excellence de Salomon famille de  David (saws) lisons l’énoncé coranique qui précède et annonce la gratitude et la gratification par le contenu, la quantité et la qualité  de l’effort civilisateur et libérateur de ceux qui connaissent Allah et L’adorent  en cultivant les bienfaits de l’intelligence, de la foi et de la possibilité d’agir :

{Et à Salomon Nous avons mis à son service le vent : Son parcours le matin est d’un mois de marche, et son parcours le soir est d’un mois de marche. Et Nous avons fait couler la source d’airain. Et de parmi les djinns Nous en avons mis à son service œuvrant sous ses ordres, par le Vouloir de son Dieu. Et quiconque d’entre eux se serait esquivé à Notre Ordre, Nous lui aurions fait subir le châtiment du Feu embrasé. Ils lui fabriquaient tout ce qu’il voulait : sanctuaires, statues, chaudrons aussi grands que les abreuvoirs, et énormes marmites bien solides.}

Les paresseux de l’intellect,  les rentiers  de la religion, les biznassis de l’économie informelle assomment les musulmans chaque vendredi sur le Haram et les 10 invalidations de la foi par Ibn Abdelawahab promu au rang de savant. Ils ont déchiré ce qui reste de raisonnable et ce qui pouvait donner un peu d’espoir par leurs anathème et leur haine contre l’humanité  dont ses mécréants leur fournissent la nourriture, les habits, les tapis et les qamis. Au lieu d’avoir honte de sa misère, l’ignorant la proclame avec arrogance comme un trophée de guerre.

Lorsqu’on a compris les douze significations de l’énoncé coranique en rapport avec la gratitude et la gratification, nous pouvons facilement comprendre l’étendue illimitée des possibilités humaines. Allah (swt) nous a donné la foi et les ressources de territoires immenses, mais nous avons sapé notre intelligence et notre capacité de travailler pour devenir des handicapés, des moutons que la matraque d’un flic disperse et que le son d’une flûte ou d’un tambour rassemble.

Regard sur les projets en Libye après Kadhafi et regard sur le projet apocalyptique contre la Syrie.

Nous avions interpellé les imposteurs de l’Islam d’Algérie et de France sur le caractère antinomique du Coran et du Prophète (saws) avec la doctrine et le comportement de l’Empire ainsi qu’avec l’agression de la Libye, pays arabe et musulman, par l’OTAN.

Nous avions montré à travers les schémas d’édification d’une civilisation comment l’Empire, le sionisme et l’ancien colonisateur sont en harmonie sur l’idée et l’action de provoquer des césures dans nos géographies, nos histoires, nos économies et nos mentalités collectives pour rendre impossible tout effort d’éveil civilisation dans nos consciences et nos organisations, et pour conserver intacte leur capacité de prédation sur nos territoires vus comme des proies faciles.

Nous avions montré les faillites morales, religieuses et politiques des Marabouts religieux et politiques qui conduisent le monde arabe à la disparition par leur inculture géopolitique, leur passion démesurée pour le pouvoir dont ils n’ont ni les moyens de conquérir ni la compétence de l’exercer. Leur esprit partisan et sectaire, contraire à l’unité et à la fédération que demandent  le Coran et le Prophète (saws),  ne les prépare ni à gouverner, ni à libérer, ni  à civiliser.

Hélas,  les fossiles ne sont pas capables de se remettre en cause, ni de faire l’inventaire objectif de leur parcours, ni d’évaluer la situation mondiale et ses conséquences sur le monde arabe en général et sur nos pays en particulier. Ils continuent de fabuler et de tirer des plans sur la comète.  Ils  se préparent à l’après agression sans avoir réellement servi leur dans le passé ni l’avoir pensé dans son avenir. La même fuite dans la même quête de pouvoir, dans la vassalisation à l’Empire…

En Syrie et sur la Syrie, ils continuent la même œuvre de sabotage qu’en Libye. Nous avions montré que les données de l’ONU sur l’indice humain de développement en Libye  étaient bonnes. La Libye pouvait certes, espérer être mieux gouverné et mieux profiter de ses ressources, mais le mieux ne pouvait être obtenu par la confusion et la Fitna.

Le temps a passé, mais l’équation reste posée. La bonne foi et l’enthousiasme ne suffisent pas pour faire une politique, une dawla islamiya, une entrée dans l’histoire comme les Compagnons du Prophètes. L’imitation de l’Occident ne suffit pas pour créer le sentiment démocratique. La confusion sur l’Islam et l’imitation servile sur l’Occident ont produit suffisamment d’impostures, d’échec, de démission qu’il est temps de se poser la question avant de voir la Syrie sombrer dans le chaos : est-ce que la voie des réformateurs peut être confondue avec celle des destructeurs, des empressés, des confus, des insensés.

Regardez l’Irak : chaque jour apportent ces cinquantaines de morts !

Regardez la Libye !

  • Guerre tribale
  • Mercenariat
  • Insécurité
  • Paupérisation
  • Quasi arrêt de la production du pétrole
  • Absence de l’Etat
  • Pas de service public
  • Corruption des élites « islamistes » et « démocratiques »
  • Rapine sur les ressources stratégiques
  • Vente du pétrole sur le marché noir
  • Pillage des côtes
  • Grèves transformées en insurrection
  • Mutinerie dans les casernes de police et de l’armée.
  • Revendications d’autonomie (territoriales, ethniques et linguistiques)
  • Assassinats politiques
  • Démolition et pillage du patrimoine archéologique
  • Fuite des étrangers (personnes physiques et morales)
  • Actes terroristes contre la population
  • Guerre civile larvée

Les pillages et les destructions systématiques en Libye et en Irak que nous voyons en Syrie montrent la haine et la volonté de saper les fondements culturels, économiques, sociaux et intellectuels des sociétés arabes.

Comme en Irak,  la Libye s’installe dans un chaos structurel où la notion d’Etat, de justice, de vie humaine n’ont plus de signification. Ni l’Empire, ni la France, ni le Qatar, ni l’Arabie saoudite, ni les intellectuels musulmans (religieux ou non) ne semblent concernés par ce drame. Ils lui tournent le dos et vont résolument vers d’autres drames en Syrie.

 

Lorsqu’ils évoquent la Syrie, ils font l’impasse sur la Libye et ils prennent des positions sectaires et partisanes (islamistes ou laïcistes) refusant de s’interroger sur la position à prendre face à l’arrogance et au bellicisme de l’Empire,  du sionisme et de leurs vassaux qui ont transformé la vie des Arabes et des musulmans en un enfer sur terre.

 

Où est la démocratie, la dignité de l’homme, la liberté en Libye ? Où est l’Islam, l’Etat islamique, la Charia en Libye ? Il faut répondre à ses questions avant de se lancer dans d’autres aventures qui ont pour prix l’effusion de sang

 

Lorsque les Arabes et les musulmans se focalisent sur les étiquettes (islamistes, démocratie) ou sur les noms des personnes (Assad, Kadhafi, Saddam), ils deviennent manipulables par l’affectif, par l’image, par les mots, par la précipitation et l’improvisation. La religion et la raison nous commandent pourtant de lire l’histoire, d’analyser les processus, puis de nous inscrire dans une pensée et une démarche qui donnent le primat à la globalité et à  la dynamique.

 

Cela semble difficile pour le non croyant, mais la globalité et la dynamique permises à l’homme ne concernent que le caractère variable du spatial des territoires et du temporel des sociétés et de leur histoire comme le souligne le Coran :

 

{Allah ne change point la situation d’un peuple tant que celui n’a point changé ce qui est en lui} Ar Raad 11

 

Le changement concerne l’être ontologique et l’être social dans le contenu de leur façon de croire,  de vouloir, de savoir, de pouvoir, de devoir, de dire, de s’émouvoir, d’imaginer et de faire qui transforment la globalité de l’être lui-même une expression globale et complexe. Se focaliser sur le pouvoir,  sur le changement de Bachar Al Assad ou sur l’assassinat de Kadhafi, ne fait que rendre plus complexe le changement car il éloigne de la ligne des Prophètes.

 

La ligne des Prophètes semble difficile pour ceux qui n’ont pas compris la signification du changement et qui s’imaginent être les « délégués » de Dieu sur terre pour parler en Son Nom et se croire les exécuteurs de Son Dessein au lieu de se concentrer à témoigner et à réformer dans le cadre des invariants qu’Allah a fixés :

 

{Et nul ne peut changer les Paroles d’Allah, et il t’est déjà parvenu une partie du récit des Envoyés} Al-An’âm 34

{Il n’y a pas de changement aux Paroles d’Allah} Younes 64

Nul ne peut changer la religion d’Allah. Nul ne peut engager le changement dans un cadre, une démarche, une éthique autre que celle qu’Allah (swt) a impartie aux Prophètes (saws). Il n’est pas de la tradition des Prophètes de fomenter des coups d’état, de provoquer des Fitna, ou de s’allier aux ennemis de l’Islam pour faire triompher la Parole d’Allah.

Il ne peut être compris ni admis qu’une révolution « islamique » ou un « Djihad » puisse s’édifier sur une bannière de confusion et viser les installations militaires stratégiques, les ressources stratégiques, les infrastructures de l’Etat et les lieux publics. Nous pouvons comprendre l’illusion du changement recherché ou l’illusion de l’instauration de la justice de l’Islam contre un régime totalitaire et répressif, mais nous ne pouvons comprendre l’aveuglement des élites intellectuelles et religieuses qui ne fixent pas de lignes rouges et qui ne prononcent pas pour condamner les abus, les dérives et les déviations ?

Pour qu’il n’y ait pas de fausses interprétations, le Coran est précis :

{Certes, des messagers avant toi ont été accusés de de menteurs. Mais ils ont supporté avec patience d’être traités de menteurs; et ils ont été persécuté  jusqu’à ce que leur vînt Notre secours. Nul ne peut changer les paroles d’Allah, et d’ailleurs il t’est déjà parvenu une partie du récit  des Envoyés.} Al-An’âm 34

{En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés. Ceux qui croient et qui prennent garde [à Allah], il y a pour eux une bonne annonce dans la vie d’ici-bas ainsi que  dans la vie ultime.  Il n’y a pas de changement aux paroles d’Allah. Voilà l’énorme triomphe!} Younes 64

La sourate Younes qui met en exergue un grand nombre d’invariants que nous transgressons, se clôture par :

{Conforme-toi donc à ce qui t’est révélé, et prends patience jusqu’à ce que Allah rende son verdict, car Il est le Meilleur des juges.} Younes 109

C’est la même Parole à laquelle se sont conformés Noé, Abraham, Moise, Salah, Choayb, Houd, le Messie (saws).

Salomon (saws) était gouvernant disposant des moyens de force pour trancher sans entropie l’horreur de la mécré&nce de la reine de Saba et de sa puissante armée.

David (saws)  était un berger qu’Allah a fait remarquer dans la résistance triomphante contre l’envahisseur et qu’Il a institué en gouvernant en dépit des Bani Israël qui cherchait un notable parmi les élites financières, marchandes, sociales, religieuses et militaires.

Ni David ? NI Mohamed (saws) n’ont porté les armes contre leur peuple. Celui qui dit le contraire doit assumer ses responsabilités.

Est-ce que Youssef (saws) s’inscrivait dans une autre démarche? A travers son récit nous verrons dans le prochain article, inchaallah,   les syllogismes fallacieux de ceux qui détruisent leur pays et répandent le sang des musulmans au nom de leur passion tout en se cachant derrière l’Islam.

Nous avons rappelé, pour une nième fois, la voix de la raison qui refuse l’effusion de sang. Ce rappel ne signifie pas que nous croyons que la Syrie aura la même fin que la Libye abandonnée de tous. Le destin a voulu que les enjeux en Syrie soient plus  grands qu’en Libye et qu’elle ait aussi d’autres voisins et d’autres alliances.

Il est fort probable que le mensonge du 11 septembre et sa symbolique s’exprime de nouveau dans une inversion de territoire. Il est possible aussi  que ce soit la symbolique de Yom Kippour qui se déroulera, inchaallah, du 13 septembre, avant le coucher de soleil,  jusqu’au lendemain 14 septembre, après le coucher du soleil. C’est le jour du pardon. Pour les Juifs, après ce jour aucune demande de pardon ne peut alors parvenir à Dieu ni obtenir sa miséricorde. Quatre jours après Yom Kippour il y aura la célébration de Souccot ou «fête des cabanes » pour commémorer les quarante années d’errance dans le désert du Sinaï. A moins que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans ne se rencontrent autour de l’eschatologie et de l’Apocalypse, il y a de fortes chances pour que l’errance d’Obama et l’arrogance de son système ne finissent dans une accélération de fin de course. Que ce soit le cas ou non, seul Allah connait le Ghayb, il est n’est jamais trop tard de se repentir de l’effusion de sang et de la spoliation des terres et des biens d’autrui, car la Parole d’Allah est immuable :

{Nous avons créé l’homme et Nous savons ce que son ego lui susurre. Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire. Lorsque les deux anges envoyés à sa rencontre s’assoient à sa droite et à sa gauche, l’homme ne profère aucune parole sans que se tienne auprès de lui un observateur prêt à inscrire. L’ivresse de la mort survient en vérité : voilà ce à quoi tu voulais échapper ! On soufflera dans la trompette. Voici le jour de la menace ! Chaque être sera accompagnée d’un conducteur et d’un témoin. Tu restais insouciant à cela ; mais Nous avons levé ton voile de sorte que ta vue aujourd’hui est perçante ! Son compagnon dira :  » Voilà ce que je tiens prêt !  » Vous deux, jetez dans la Géhenne tout négateur endurci, qui s’oppose au bien, qui transgresse, qui doute. Celui qui plaçait une divinité à côté d’Allah, jetez-le dans le terrible châtiment ! Son compagnon dira :  » Notre Seigneur ! Je ne l’ai pas incité à la révolte, mais il était dans un profond égarement « . Allah dira :  » Ne vous querellez pas devant Moi ! Je vous avais bien prévenus de la menace.  La Parole, chez Moi, ne varie pas…}  Qaf 17 à 29

La Parole d’Allah est immuable  : tout négateur, tout transgresseur, tout fauteur de troubles, tout associateur qui met une divinité (idole, religion, idéologie ou Cheikh) qui fixe les règles à la place d’Allah ne connaîtra pas la Miséricorde, même s’il a prié, jeûné,  récité le Coran et combattu pour la cause d’Allah. L’effusion de sang est une transgression. Le sang qui a coulé dans le monde arabe et musulman n’est pas du pipi de chat qui va s’évaporer. Le pet de moustique en méditerranée peut provoquer une tempête dans le Pacifique, que dire alors des cris des innocents tués pour le pouvoir des médiocres et pour la survie de l’Empire ?

 

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

Retour à la première partie

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

Il est difficile de jouer à l’intellectuel et à l’érudit devant les événements tragiques qui déchirent  le monde arabe et tout particulièrement au Liban, Syrie, Yémen, Soudan, Irak, Tunisie, et Libye. Il est difficile de contenir son émotion devant  l’ampleur, la durée et l’intensité de la Fitna :

« L’homme intelligent et endurant sera dans le désarroi »

Tout semble tellement absurde qu’on est tenté de chercher la solution à n’importe quel prix et avec n’importe qui.  Tout semble tellement complexe qu’on est tenté de ne plus chercher à comprendre. Une voix intérieure parvient à se faire entendre et à se faire comprendre : se soumettre aux apparences du réel est la pire des épreuves. Il faut se libérer et expliquer, malgré les limites, le peu de moyens, l’épuisement des ressources…

Éprouvé par tant de sang versé, de temps gaspillé, de ressources dilapidées, je suis parti en quête du sens de la Fitna :

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 {Toute personne goûtera à la mort, mais Nous vous éprouvons par le mal et par le bien comme tentation, puis c’est vers Nous que vous serez ramenés.} Al Anbiya 35

Nous sommes amenés par le matraquage médiatique à être tentés de prendre position en faveur du dominant sans connaissance ni de la nature du bien ou du mal,  ni de ses conséquences à moyen et long terme. Le sensationnel nous manipule en idéalisant les uns et en diabolisant les autres, en cultivant l’émotion suscitée au détriment de la raison et des faits réels. Soumis à la tentation de la facilité et de la vitesse nous risquons  la confusion qui nous empêche de choisir librement et justement, mais nous risquons aussi de nous ranger derrière le mensonge et  contre la vérité. Pire que cela nous risquons de contaminer notre foi par le doute ou par le cynisme.

Le Prophète Mohamed (saws) nous a montré deux voies de salut contre la grande fitna. La première, lorsque nous sommes dans l’incapacité de discerner, est de refuser de prendre position et de polémiquer. La seconde est de donner les instruments de clarification pour lever les ambiguïtés sur la Fitna, ses origines, son processus et ses conséquences.

Aujourd’hui, la Fitna est alimentée par la conjugaison des facteurs internationaux et des facteurs nationaux que les élites arabes refusent de voir dans leur globalité et dans leur dynamique pour ne pas voir leur faillite morale et intellectuelle dans leur gestion des crises idéologiques, économiques, politiques et sociales.

Il ne s’agit pas de dire tout le monde est responsable pour n’imputer la responsabilité à personne. Il s’agit de dire la vérité : les gouvernants, l’opposition islamiste et non islamiste, les intellectuels et les savants religieux se sont enfermés dans des égoïsmes partisans et sectaires et se sont focalisés sur le pouvoir pour le conserver ou ne pas le céder et cela à n’importe quel prix au lieu de mettre le curseur sur la constitution d’un front national voire international de résistance contre la prédation impériale et contre l’agression sioniste.

Allah (swt) nous ordonne la vigilance, la lucidité, la probité pour voir les phénomènes dans leur genèse, leur déploiement et leur conséquences. La Fitna est ce phénomène que nous pouvons traduire, selon le contexte par subversion, persécution, troubles, discorde, sédition, guerre civile, litiges, conflit, épreuve de force, opposition, désordre. C’est est un cancer idéologique, politique et social qui ronge insidieusement le tissu social et le divise en factions divergentes  avant de le faire plonger soit dans la confusion globale , l’insenséïsme et l’insécurité, soit dans la dictature d’une faction sur une autre  en désacralisant la vie, la dignité, la croyance et les biens  en opprimant par la force physique ou par  la violence morale et idéologique :

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 {Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

On a l’habitude de traduire Taqwa par la crainte alors que celle-ci relève du domaine psychologique (individuel ou social) qui exprime son inquiétude face à un danger qui se manifeste. La lecture attentive montre que ceux qui se croient « justes » ne sont ni inquiets ni susceptibles de s’inquiéter d’un danger dont ils pensent être préservés. On traduit aussi le terme par redouter qui signifie avoir peur des conséquences d’une force qui se déploie ou d’un danger manifeste. Ce n’est pas un exercice de style. Les mots coraniques sont un canevas de sens et d’idées, ils ne sont ni interchangeables ni synonymes comme les mots de la langue courante.

La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte, la  crainte dans l’espérance, et le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah et de prendre garde à Ses prescriptions en développant la connaissance, la lucidité, la vigilance et le sens de l’ensemble des responsabilités qui rendent l’être scrupuleux dans toutes ses démarches, ses paroles et ses actes où il voit le salut ou la perdition selon ce qu’il a visé par son intention et ce qu’il a réalisé dans son existence en bien ou en mal. La crainte seule n’est ni la garantie ni le chemin exclusifs du salut.

La taqwa englobe la peur d’un danger qu’on redoute, l’espoir en une miséricorde et en une promesse ainsi que le mode d’emploi praxique pour éviter la crainte et se remplir d’espoir. Jusqu’à l’instant présent je n’ai pas trouvé un terme plus signifiant que « prendre garde » qui englobe aussi bien  l’étendue des significations psychologiques et spirituelles de l’être ontologique et social que celle des procédures idéologiques et socio-politiques du faire individuel et collectif et les comportements qui s’y associent.

Effectivement l’expérience nous montre que depuis des siècles nous manifestons alternativement nos craintes et nos espoirs ou que les uns d’entre nous expriment des craintes et vivent des peurs alors que d’autres expriment des joies et vivent des espoirs. Mais, sans exagération, presque tous nous avons vécu toutes les formes de peur sans prendre garde aux causes et aux conséquences de nos émotions et de nos actes. La Taqwah a déserté nos cœurs remplis de haine, de mensonge ou de formalisme.

La Taqwah  est l’élan spirituel que confirment les pratiques sociales et qui témoigne de la vitalité, du scrupule de la communauté qui prendre garde à Allah, qui prend toutes les mesures de précaution et qui avance résolument dans sa quête de salut.

La Fitna est la consécration de la peur qui refuse de prendre ses responsabilités, de l’insenséïsme de l’improvisateur qui se laisse guider par les souhaits, de la subversion idéologique, sociale et politique que l’ennemi construit sur les peurs et les vains souhaits d’une société pour ne lui offrir que la peur et les espoirs qui conduisent à la capitulation.    Sans la Taqwah la Fitna non seulement bouleverse chaotiquement l’ordre social et politique de fond en comble, mais rend la religion otage des passions et source de discorde.

Encore une fois il ne s’agit pas d’un exercice de style, mais de  la posture la plus objective qu’il faut tenter de faire pour tirer enseignement de la crise vécue par le Prophète (sws) et ses compagnons face aux mêmes manipulations idéologiques et médiatiques des idolâtres transgresseurs contemporains. Où nous nous plaçons sur le terrain de la psychologie sociale et de la manipulation qui poussent à se soumettre pour se libérer de la crainte, où nous nous plaçons dans le système de précaution raisonnée qui analyse les données opérationnelles pour s’en prémunir et qui implore Allah de lui donner force et lucidité pour trouver patience et espoir à surmonter la crise. Il faut imaginer le Prophète (saws) exilé confronté aux stratagèmes des riches et puissants chefs de guerre arabes.

Nous avons vu en Egypte, ces derniers jours, comment les Salafistes supposés ne pas faire de politique investissent le champ politique, pour le compte de l’Arabie saoudite, et s’unir aux sans religion qui reprochent aux Frères musulmans l’Islam politique. En parallèle nous voyons les démocrates demander et soutenir un coup d’Etat. Chacun vit dans la peur de l’autre et dans la volonté de terroriser l’autre, mais très peu ont de la Taqwah qui leur permet de construire une feuille de route pour sortir de la crise. Joumaa, le grand Mufti d’Egypte, qui avait considéré la destitution de Moubarak comme une Fitna (sédition) contre un gouvernant légitime, considère que la destitution de Morsi et le coup d’Etat sont légitimes au regard de la chariâa. Comment les gens du commun vont-ils trouver leur chemin ?

Nous avons vu les positions diamétralement  opposées des savants sunnites sur la Syrie s’inverser sur l’Egypte comme ceux des partis islamiques et laïcs. La tendance dominante est de soutenir la répression contre les Frères musulmans et d’appeler à une intervention américaine pour renverser Bachar Al Assad qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple.

Nous avons vu en Algérie les militaires et les civils, les islamistes et les non islamistes, les gouvernants,  et leurs opposants participer à la Fitna qui a provoqué la sédition armée d’un côté et qui a enraciné la subversion idéologique et le terrorisme comme méthode de gouvernance et comme moyen d’existence politique à ceux qui n’ont pas d’existence sociale dans la société algérienne. Nous avons vu l’émergence du bigotisme infantile religieux et du paternalisme politique qui détourne les Algériens de leurs devoirs et de leurs droits.

Nous avons vu la collaboration des classes moyennes, des parvenus et des spoliateurs dans le partage de la rente et la paupérisation du peuple. La Fitna a mis en marge de l’histoire l’Algérie, malgré ses ressources, son emplacement géostratégique, son capital historique, son unité confessionnelle,  et le sacrifice de ses hommes pour se libérer du colonialisme.

Comme en Algérie, en Syrie et en Egypte nous voyons les Arabes et les Occidentaux refuser le dialogue qui aurait pu permet de surmonter la Fitna ou du moins la résoudre avec moins de dommages.

Dans l’histoire humaine, il n’y avait que les Juifs de Khaybar qui se soient attelés à détruire leur territoire et leur demeure avec autant d’énergie et de stupidité. Trahir ses idéaux et aussi tragique que traduire les serments faits aux martyrs ou trahir le pacte de vivre ensemble en paix. Les Arabes contemporains ont surpassé l’auto destruction des tribus de Khaybar sauf que celle des Arabes dessert leurs intérêts alors que celle de Khaybar les servait.

Nous voyons le même phénomène dans le monde arabe. L’aboutissement dramatique des calculs mesquins et irresponsables visant à s’appuyer sur l’Empire pour instaurer la démocratie (ou l’Islam), visant à attiser le sectarisme et l’esprit partisan pour faire valoir son clan, sa tribu, son école de pensée ou son parti,    visant à placer le curseur d’analyse et d’action sur des divergences idéologiques internes et oublier l’impératif de se fédérer contre l’Empire et le sionisme sur le plan militaire, diplomatique, économique et financier en construisant l’Etat de droit tout  en donnant aux peuples les possibilités de construire leur émancipation, de conjuguer les possibilités de leurs territoires contigus, de leurs mentalités similaires, de leur histoire commune, de leurs économies complémentaires, de leurs réseaux sociaux et culturels, et de mobiliser l’élan libérateur et civilisateur de leur religion.

La Syrie et le Liban plus au cœur du monde arabe, plus au cœur des divergences confessionnelles, plus à proximité de l’entité sioniste, plus impliqués dans la cause palestinienne, plus en relation avec l’Iran, dans la charnière géographique et historique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe subissent donc davantage les pressions tectoniques de la géopolitique impériale et sioniste.

Les savants musulmans et les élites politiques et intellectuelles se sont avérés minables devant la globalité et la dimension de la Fitna. Ils ont attisé la désintégration des territoires et des mentalités tout en amplifiant l’effusion du sang des musulmans. Ils ne parviennent toujours pas à voir les mêmes facteurs de régression et les mêmes causes de la Fitna qui opèrent en Egypte et en Syrie à titre d’illustration avec les mêmes vassaux du Qatar et de l’Arabie saoudite qui jouent au même jeu de destruction du monde arabe et pour les mêmes intérêts.

Il est remarquable de voir comment les Frères musulmans égyptiens ont été conduits, par leur inconséquence politique et leur esprit partisan, à devenir les amplificateurs de la dislocation de la Syrie et de la Libye et de la rivalité sunnites-chiites avant d’être jetés en pâture à la répression qu’approuvent et soutiennent les Salafistes Egyptiens travaillant pour l’agenda saoudien. Le gouvernement d’Ennahda, plus pragmatique et plus politique que celui des Frères égyptiens, est mis lui aussi dans le choix cornélien de se désister ou de subir la « contre révolution », malgré ses concessions. La gauche et les libéraux tunisiens,  plus immatures que les bigots islamistes, tombent dans l’imitation servile et mécaniste de l’expérience égyptienne au lieu d’en tirer les conséquences.

Il faut être sectaire ou sénile pour ne pas avoir vu et ne pas continuer de voir le « talent » de l’empire et du sionisme à récupérer les « révolutions » arabes menées  sans guide, ni idéologie, ni programme politique, ni planification ni cap, ni boussole, ni cartes de navigation… Il faut être inculte politiquement et pris sous les feux de sa passion pour ne pas voir   l’Empire et le sionisme disloquer la Syrie et la Libye après avoir disloqué le Soudan et l’Irak dans un plan transparent : maintenir le monde musulman et arabe dans les querelles internes le rendant incapable de voir les missiles  de l’Empire et du sionisme lui tomber sur le crâne, le démembrer et piller ses ressources. Il faut être un monstre pour ne pas voir l’acharnement des élites arabes à saper non seulement leur expérience démocratique, mais les fondements sociaux de l’existence de leur pays.

L’Empire et le sionisme ne complotent pas, ils planifient en analysant et en jouant sur nos contradictions internes, sur notre débilité. Ils ont l’intelligence, en plus de leur capacité de nuisance, de préparer tous les scénarios possibles et de s’y adapter. Nous ne préparons ni scénarios ni moyens, mais  nous improvisons, nous importons et nous confondons. L’art des autres est de voir clair dans nos confusions et  de nous conduire vers davantage de confusions. Le Hezbollah libanais semble échapper à cette règle, mais si l’environnement lui impose des choix difficiles, notre paresse intellectuelle et notre convulsion affective nous rendent impossible la compréhension de ses choix. Il faut juste lire les analyses sur les derniers attentats à Beyrouth et à Tripoli.  Certains d’entre nous refusent de se libérer de la Fitna et continuent de lire la tragédie comme des auxiliaires de la lutte idéologique que mènent l’Empire et le sionisme contre l’éveil du monde arabe et sa fédération en une force de résistance régionale.

Brezinski,  Bernard Levy et Daniel Pipes ont tracé les contours et les artifices de la guerre idéologique, médiatique, psychologique et militaire qui permettent à l’Administration américaine et sioniste de conduire les opérations et de fournir la logistique sans manifester leur présentiel sur le champ de bataille. L’Europe vassale joue son rôle traditionnel. L’innovation est de voir le Qatar et l’Arabie saoudite  intervenir d’une manière aussi forte et directe. Ils agissent comme deux rivaux qui veulent montrer à leur maitre qui est l’esclave le plus servile et le plus criminel méritant les faveurs exclusives du maitre.

Il faut suivre les déclarations d’Hussein Barack Obama pour voir que le Soft Powerment qui succède au Hard Powerment de Kissinger est une réalité : l’Administration américaine laisse ses vassaux se manifester donnant l’illusion qu’elle n’intervient que pour répondre à la demande des Européens et des Arabes. Ces derniers ont une capacité de subversion médiatique de l’ampleur des minutions à l’uranium appauvri lancés contre l’armée de Saddam Hussein. Les médias parviennent à réaliser l’effet blitz du jeu d’échec et que les Américains ont introduit dans leur doctrine de guerre après l’avoir importé et modernisé de l’Allemagne nazie : le Blitzkrieg ou effet de concentration massive des puissances de feux focalisées sur un petit point pour l’anéantir et interdire toute possibilité de résistance en terrorisant l’ennemi.

Dans la guerre subversive il s’agit de frapper le plus loin et le plus fort dans le dispositif des arrières de l’ennemi. Dans la guerre médiatique il faut frapper les esprits, les choquer et les maintenir sous un déluge informationnel propagandiste qui rend impossible l’écoute d’une autre voix ou la formulation d’un raisonnement lucide échappant au sensationnel. Dans toutes les guerres, militaires, subversives, médiatiques, psychologiques et idéologiques il faut frapper vite, fort, loin, concentré et avec surprise. Dans le jeu d’échec il s’agit de jouer contre la montre et de faire abandonner la partie à son adversaire en quelques coups. Il ne s’agit pas de faire mat, mais de faire tomber les pièces maitresses et de laisser le roi sans défense.

C’est sans doute une des  dernières batailles qui se jouent en Syrie. La plus grande organisation islamique dans le monde est mise « hors d’état de nuire » en Egypte après l’avoir poussée à la faute et livré au sensationnel médiatique,  Ben Laden est officiellement assassiné afin qu’aucune voix ne viennent dire non au Djihad sous la bannière de la confusion et de l’OTAN : l’Empire et le sionisme peuvent en finir avec la Syrie et commencer à réfléchir aux choses sérieuses : l’Iran, la Chine et la Russie.

L’histoire ne se déroule pas selon le rapport des forces. Il arrive qu’elle se déroule à contrario du rapport des forces et que le détenteur de la puissance et l’acteur offensif le plus déroutant se trouve lui-même dérouté par l’imprévisible et qu’il finisse par connaitre la déroute militaire et historique. Pour l’instant les Arabes et les Européens font tout pour faire oublier que le principal bénéficiaire de l’effort de guerre syrien est le Hezbollah qui a changé l’équation de la terreur non seulement en Palestine occupée, mais dans la région. Les Arabes et les savants musulmans refusent de voir en Syrie la réédition de plus en plus probable de l’intervention américaine en Irak et les mobiles avancés. Les sunnites et les chiites comme les islamistes et les nationalistes continuent de ne pas lire l’histoire, de ne pas regarder une carte de géographie, de ne pas méditer la biographie du Prophète (saws).

Les grands esclaves et les petits esclaves de l’ensemble du monde arabe, esclaves de l’Empire ou de leurs passions, préfèrent écouter et répercuter la voix de l’idole ou de leur inconscience au lieu de chercher à se réveiller et à se libérer de la Fitna. C’est plus facile de se conduire en bêtes animées par l’instinct de prédateurs ou de proies qu’en êtres humains raisonnables et consciencieux. Allah (swt) a montré le lien indéfectible entre d’une part la Fitna et d’autre part les insouciants qui refusent de voir la vérité et les  pervers qui se consacrent à cultiver le faux et l’injustice refusant de dire la vérité après avoir refusé de l’entendre :

{Certes, les pires des créatures, au regard d’Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Al Anfal  22

Ces animaux politiques non seulement ne veulent ni entendre la vérité ni la dire, mais préfèrent la falsifier et préfèrent devenir l’écho de l’Empire et du sionisme.  L’effusion du sang des musulmans écrit le récit, les causes et les conséquences de la Fitna dans le monde arabe : l’Islamophobie. L’islamophobie est la subversion totale qui présente le musulman non comme une victime agressée, mais comme un personnage hideux ne méritant pas la pitié aux yeux de ses prédateurs. L’Islamophobie c’est pire encore : rendre les musulmans méfiants et défiants les uns contre les autres pour les occuper à se déchirer et à déchirer toutes les possibilités de leur développement et à saper toutes les ressources de leur territoire que l’Empire et que le sionisme convoitent en qualité de prédateurs aguerris.

La stratégie d’institutionnaliser la méfiance envers les Musulmans et la défiance entre les musulmans pour les marginaliser après les avoir criminalisés puis les agresser après les avoir dispersés est le processus de l’Islamophobie. C’est une machination diabolique pour mener une guerre totale – idéologique, médiatique, politique, diplomatique, psychologique, culturelle, religieuse et militaire – contre toute forme et tout esprit de résistance, et contre tout espoir d’éveil civilisationnel. Là où notre esprit indolent voit ou trouve raison pour diverger, l’Empire et le sionisme voit et trouve opportunité et pertinence à diviser, à provoquer, à faire de la subversion idéologique, sociale et militaire.

N’est-ce pas que le Coran nous dit que la subversion est pire que la guerre :

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Lire la suite (Partie 2/2]

Oumma Wasstà : communauté de rayonnement !

Partie 1 – Wassatiya : communauté de juste milieu ?

Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !

 

Le terme coranique Wasstà

Le terme Wasstà est un terme coranique qui pose le clivage entre communautés humaines sur la base de la foi agissante : monothéisme et œuvre de bien d’un côté et culture mécréante et impériale de l’autre. Il ne s’agit pas de la Wassatiya comprise comme juste milieu entre des contradictions ou des confusions.

Nous ne pouvons comprendre le sens véritable de ce mot et tout particulièrement dans son contexte moderne que par le respect de la méthodologie de lecture du Coran en l’occurrence  le Tartil et le Taddabbur. Le Tartil  n’est pas seulement la psalmodie musicale du Coran, mais la lecture attentive et méditative qui prend l’énoncé coranique comme un convoi de sens, un cortège de paraboles, un défilé de récits se suivant les uns les autres et s’auto expliquant. Le Taddabbur c’est de chercher le sens en cherchant à comprendre l’amont de l’énoncé et à découvrir les liaisons de sens permettant de faire sortir le véritable sens qui aurait pu ne pas être apparent si le terme ou l’énoncé était pris comme un isolat lexical ou sémantique . De la même manière qu’on lit une carte en la déployant,  en comparant le relief, en suivant les réseaux, en faisant des agrandissements ou des réductions d’échelles nous lisons l’énoncé coranique comme une topographie permettant de situer le récit et le sens.

Ainsi le terme Wassata :

{Nous avons fait de vous une communauté du « juste milieu »} Al Baqara 143

S’inscrit dans une succession d’énoncés qui font référence à Ibrahim (as) et à sa milla (confession), à la Sibghat Allah (couleur d’Allah) nous permettant ainsi de comprendre que le Wassat signifie l’adoption de l’Islam dans son caractère universel de Dine d’Allah pour l’humanité. Cette succession d’énoncés met en valeur la vocation cardinale du musulman : le témoignage. Cette succession d’énoncés met en exergue le véritable clivage entre monothéisme et polythéisme. Cette succession d’énoncés montre des communautés se réclamant des Prophètes alors qu’elles transgressent la conduite de ces Prophètes. La communauté Wassat est celle qui se conforme à la voix prophétique. Les Prophètes ont appelé à l’adoration d’Allah (swt), à la fédération d’une communauté œuvrant pour la foi et pour le bien. Les Prophètes n’ont pas revendiqué le pouvoir. Les Prophètes et les communautés qui ont bénéficié du pouvoir ne l’ont obtenu que comme un don divin qui vient récompenser les uns devenus héritiers des civilisations anéanties ou qui vient soumettre les autres à l’épreuve de l’existence et de la gouvernance.

Nous pouvons commencer la lecture avant ou à partir de cet énoncé :

{Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », et ils récitent le Livre! Ainsi ceux qui ne savent pas disent aussi les mêmes paroles. Mais Allah tranchera alors entre eux, le Jour de la Résurrection, sur ce dont ils divergeaient.} Al Baqarah  113

Puis l’achever après ou juste après  cet énoncé

{Nous vous avons envoyé un Messager de parmi vous, vous réciter Nos Ayats, vous épurer, vous apprendre le Livre et le sens, et vous apprendre ce que vous ne saviez pas, de même, évoquez mon Nom, Je vous garderai; soyez reconnaissants envers Moi et ne mécroyez point. O vous qui êtes devenus croyants , ayez recours à la persévérance et à la prière. Certes, Allah est avec les persévérants.} Al Baqarah  151

Le terme coranique du Wassat appelle donc à l’universel de l’Islam et à la voix immuable des Prophètes alors que le terme qaradhawien de la wassatiya appelle au confinement dans les frontières mentales, sociales et historiques léguées par le colonialisme et par la pensée héritée de la décadence musulmane avec ses déchirements partisans et sectaires. Cet héritage ne parvient toujours pas à se hisser au niveau de l’Islam en se débarrassant de l’esprit d’errance et d’isolement. Cette pensée stérile ne parvient pas à s’inscrire dans un projet de civilisation ou dans une alternative à l’Empire. Et pourtant le Coran fixe le curseur idéologique et les enjeux stratégiques qui nous  permettent de voir les clivages principaux :

{Et ils disent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ».

Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».

S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme. Certainement Allah sûrement te Prémunira contre eux, car Il est L’Omniaudient, L’Omniscient.} Al Baqarah 135 à 137

Quelle est notre voie : contre ceux qui ont la même Qibla que nous ou contre ceux qui luttent contre notre foi et qui convoitent nos territoires et nos ressources au détriment de notre existence et de notre dignité ?

{De même, Nous avons fait  de vous une Communauté du centre afin que vous portiez témoignage auprès des hommes, et que le Messager vous soit témoin. Nous n’Avions établi la Qibla vers laquelle tu t’orientais que pour voir qui suit le Messager de celui qui retourne sur ses pas, bien que ce soit une lourde obligation, sauf pour ceux qu’Allah A Guidés. Il n’est pas de mise qu’Il vous Fasse perdre votre Foi : Certes, Allah Est sûrement Compatissant, Miséricordieux, envers les hommes.

Nous te Voyons vraiment chercher du visage dans le ciel. Nous t’Orienterons vers une Qibla qui t’agrée : tourne ton visage vers la Mosquée Sacrée. Et où que vous soyez, tournez vos visages vers sa direction : Certes, ceux à qui le Livre a été Révélé savent bien que c’est la Vérité venue de leur Dieu, et Allah n’Est point Inattentif à ce qu’ils font.

Et même si tu produisais tout miracle, à ceux qui reçurent le Livre, ils ne suivront pas ta Qibla et tu ne suivras pas leur Qibla, ni certains d’entre eux ne suivront la Qibla des autres. Et si jamais tu suis leurs passions, à partir de ce qui t’a été donné de la Science, tu seras sûrement du nombre des injustes.} Al Baqarah 143 à 145

Est-ce-que notre véritable problème ne consiste-t-il  pas à ce que nous soyons devenus des  insensés incapables de savoir que nous sommes atteint d’insenséïsme. Est-il sensé d’être  incapables de discerner nos agresseurs de ceux qui suivent la même Qibla que nous :

{Les insensés d’entre les gens diront : « Qu’est-ce qui les a détournés de leur Qibla vers laquelle  ils s’orientaient ? » Dis : « A Allah appartiennent le levant et le ponant, Il Guide qui Il Veut vers un chemin de rectitude ».} Al Baqara 142

N’est-il pas urgent de chercher le dénominateur commun pour fédérer nos peuples et canaliser nos ressources et nos énergies vers ce qui est le plus efficace et le plus sensé. Allah(swt) accorde le pouvoir à celui qui obéit à Ses ordres et à ceux de son Prophète et qui œuvre pour la cohésion de la communauté et la réforme des mœurs sans viser autre chose que plaire à Allah :

{Leur Prophète leur dit : « Allah vous A Envoyé Saül comme roi ». Ils dirent : « Comment donc peut-il avoir le pouvoir sur nous, alors que nous avons plus de droits que lui au pouvoir, et qu’il n’a même pas l’avantage de la fortune ? Il dit : « Allah l’a élu sur vous et l’a favorisé d’une une étendue de science et de vigueur ». Allah Accorde Son Pouvoir à qui Il Veut.} Al Baqara 247

Le critère islamique n’est pas dans la prétention diabolique à dire je suis mieux que lui donc je mérite sa place, attitude qui ouvre le chemin vers la convoitise et la spoliation des droits d’autrui, mais à agir au mieux en accomplissant son devoir tout en escomptant d’Allah le salut et la récompense. La première chose que le Musulman apprend est la malédiction pour cette  prétention de Satan, créé de feu, à se croire meilleur que Adam (as), créé d’argile puante.

Les textes sont clairs et il appartient aux partisans de la sédition et de la licité  de verser le sang des musulmans pour changer les régimes à n’importe quel prix et puis se trouver dans l’incapacité de gouverner faute d’encadrement et de vision stratégique d’apporter leurs arguments. Je ne suis  ni dans le camp du pouvoir ni dans celui des opposants, je ne fais qu’apporter la détraction à ceux qui parlent au nom de l’Islam et dégager ma responsabilité sur l’effusion de sang qui ne semble pas s’arrêter.

Wastà et l’universel 

Lorsque le musulman lit le Coran et lit le monde, il ne doit pas perdre de vue que les phénomènes physiques, historiques et sociaux à l’instar du texte coranique sont des Signes d’Allah (swt) par lesquels Il manifeste Sa Présence, Sa Justice et Son Ordre. Le long énoncé coranique qui définit, institue et configure le sens et les dimensions de la Oumma wassata est une référence à l’universel dans lequel nous devons nous insérer et nous inspirer si nous voulons que nos pensées et nos actions soient sensées et efficaces :

{Il y a certes dans la création des Cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est profitable aux hommes, dans ce qu’Allah a fait descendre comme eau, du ciel, avec laquelle Il a ranimé la terre après sa mort et y a insufflé de tout être vivant, et dans les effets des vents et les nuages assujettis entre le ciel et la terre, des Signes pour des gens qui raisonnent.} Al Baqara 164

L’universel, la connaissance de ses lois et le devoir de porter l’ultime Message de l’Ultime Prophète à l’humanité plurielle nous obligent à sortir de nos étroitesses de vues et de pensées.

a-  Nous devons garder en vue que jamais Allah ne donnera le pouvoir à celui qui le convoite :

  {Et lorsque Nous avons conclu Alliance avec vous : « Ne répandez pas votre sang, ne vous expulsez pas les uns les autres de vos demeures », vous y avez souscrit en apportant votre témoignage. Puis, voilà que vous vous entre-tuez, vous expulsez un groupe d’entre vous de leurs demeures, vous vous liguez contre eux par la transgression et l’agression; et s’ils vous échoient en captifs, vous les rançonnez, alors qu’il vous est interdit de les expulser. Croirez-vous donc en une partie du Livre et rejetterez-vous en une partie ?} Al Baqara  84 à 86

b-  Je ne peux prétendre connaitre le dessein d’Allah, mais Allah n’accorde le pouvoir, pour qu’il soit exercé à Son Nom, qu’à ceux qui sont préparés à gouverner non en son nom, mais selon ses principes en l’occurrence faire régner l’ordre, la justice, la paix et la cohésion sociale. L’énoncé coranique dans lequel est insérée la communauté Wassat cite des Prophètes qui n’ont ni exercé le pouvoir ni revendiqué le pouvoir. Cet énoncé ne pose pas l’équation humaine ou musulmane en termes de pouvoirs politiques, mais en termes d’universel qui concerne tout le monde et toutes les activités humaines :

 {A chacun une direction vers laquelle il se dirige. Concourez donc en œuvres de bienfaisance} Al Baqara  148

c-  Il ne peut y avoir d’universel, d’humanité ou d’islamité si l’amour mondain est plus fort que l’amour de la vérité  ou si la dévotion à un Cheikh, à un parti ou à une idée est plus intense que l’amour d’Allah :

{Il est parmi les hommes ceux qui adoptent, à l’exclusion d’Allah, des émules qu’ils aiment comme l’amour d’Allah, mais ceux qui croient sont plus ardents dans l’amour d’Allah.} Al Baqara  148

d-  Peut-on raisonnablement croire qu’il suffit de se réclamer de l’Islam et de s’appuyer sur des crédules pour gouverner avec aisance alors que l’époque est celle de la globalisation exigeant une démarche globale et complexe faisant appel à toutes les compétences et à toutes les expériences. L’État confisqué par les maffias arabes s’est entouré de médiocres sur la base du clientélisme et de la cooptation. Les partis dits islamiques, sans expérience de gouvernance,  sans alliés stratégiques  et sans ressources se permettent le luxe insensé de ne pas faire appel aux compétences de la communauté sous prétexte que ces compétences ne partagent pas leur vision ( ?). Nous avons vu que contrairement à la vision aveugle des islamistes, l’énoncé coranique sur la Oumma wassat déroule  l’histoire, sa dynamique et ses conséquences :

{Cette communauté-là a disparu. Elle a ses acquis et vous avez vos acquis; et vous n’aurez pas à répondre de ce qu’ils faisaient.} Al Baqarah 134

{Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».} Al Baqarah 136

{Cette Communauté-là a disparu. Elle a ses acquis et vous avez vos acquis, et vous n’aurez pas à répondre de ce qu’ils faisaient.} Al Baqarah 141

e-   Agir et laisser les actes témoigner. Depuis leur arrivée au pouvoir les Frères Musulmans comme les dirigeants du FIS avant leur triomphe électoral ont continué d’escamoter les mesures sociales et économiques leur préférant la rhétorique facile et irresponsable. Le FMI, la dette, l’investissement, le marché, la monnaie, l’économique, les ressources stratégiques, les besoins et les attentes du peuple sont relégués au profit d’un discours partisan. Le Prophète (saws) avait pourtant fait de la subsistance, de l’édification,  du plein emploi, de la scolarité, de l’assainissement urbain et de la libération du marché du monopole financier des Juifs une priorité et un destin qu’il a accompli en peu de temps. L’énoncé coranique sur la Oumma Wassat montre les mesures qui donnent vitalité à cette communauté et à cette « wassatiya » :

{O Hommes ! Mangez de ce qu’il y a sur la terre de licite et de bon, et ne suivez point les pas de Satan : il est pour vous un ennemi évident.} Al Baqarah 168

Au nom d’Allah (swt), de Mohamed (saws) et de l’Islam non seulement les charlatans fuient leurs responsabilités, mais ils continuent de tourner le dos à la réalité amère qu’ils ont fabriquée : les tués sans raison, les orphelins, les invalides, les déscolarisés, les prostitués, les affamés, les sans-logis, les sans-patrie par dizaine de milliers en Syrie. Les Palestiniens en première ligne dans la résistance contre l’Empire et le sionisme sont oubliés et trahis.

Est-ce que c’est ainsi que doit se comporter la Oumma se réclamant du Wassatà

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{Nous avons fait de vous une communauté du « juste milieu »} Al Baqara 143

 

Quel est le sens coranique du Wassat ?

Les énoncés coraniques évidents qui se suivent mettent en exergue le caractère universel de l’Islam dans la succession des Prophètes dans l’humanité,  dans ses valeurs immuables inscrites l’histoire des hommes et dans la confrontation de ses hommes, dans la vocation globale des Musulmans à témoigner de la vérité et de la vertu contre les oppresseurs par amour d’Allah à l’instar d’Ibrahim, de Moïse et du Messie qui ont vécu confrontés à la puissance impériale et à l’idolâtrie.  Mohamed (saws) est l’ultime Prophète, il nous a tracé le chemin : la lutte contre les empires agresseurs. La oumma Wassat est cette continuité historique et civilisationnelle de la vocation de l’Islam qu’Ibrahim a transmis à Mohamed (saws) :

{Et lorsque Abraham élevait les assises de la Maison ainsi qu’Ismaël : « Notre Dieu, Agrée de nous, Tu Es Toi L’Omni-Audient, Le Tout-Scient ; notre Dieu, Fais que nous nous remettions à Toi, et de  notre descendance : un peuple qui Te soit musulman. Montre-nous nos rites, Fais-nous Rémission, Tu Es Toi Le Rémissif, Le Miséricordieux ; notre Dieu, et envoie-leur un Messager d’entre eux, qui leur récite Tes Signes, qui leur apprenne le Livre et le Sens, et qui les épure. Tu es Toi L’Invincible, Le Sage ».} Al Baqarah 127 à 129

Ou bien nous sommes la réponse d’Ibrahim(as), la communauté de réponse à Mohamed (saws), la communauté de continuité des Prophètes, ou bien  nous sommes des insensés. Insensés ou sensés nous ne sommes pas à l’abri de l’épreuve à laquelle est soumise l’humanité pour distinguer le bon du mauvais, le juste de l’injuste, le vertueux du vicieux, l’endurant de l’empressé désespéré :

{Certes, Nous vous éprouvons,  de temps à autre, par la peur, la faim, et la perte dans les biens, les personnes et les récoltes. Mais annonce une bonne nouvelle aux persévérants} Al Baqarah 155

La communauté Wassat est une fratrie de foi vivante. Elle vit et surmonte les épreuves avec une finalité suprême : rencontrer Allah (swt) après avoir accompli son devoir de faire le bien et sa vocation de témoigner. Il s’agit de vivre comme moteur de l’histoire humaine et non comme parasite ou comme marginal ou comme un intrus provoquant corruption, désordre et effusion de sang. Bien entendu l’idée de juste milieu telle que nous la racontent Qaradhawi et les traducteurs du Coran est en deçà du sens coranique.

Suivons les linguistes arabes qui font  la différence entre Wastà et moutawassita

الوسطى #  المتوسطة

Al moustawassita signifie médiane, milieu, moyenne, intermédiaire entre deux entités. Wastà signifie vertueuse, meilleure, excellente au-dessus des autres. Dans le premier cas nous sommes dans un alignement, dans le second cas nous sommes dans une élévation, une aspiration. C’est exactement le sens et le contenu du Coran lorsqu’il qualifie la communauté musulmane de Wasstà. Elle est au-dessus des contingences, des petitesses et des arrangements conjoncturels par sa référence invariable à la Transcendance. Elle est meilleure, elle est élue par la qualité de ses œuvres, la qualité de sa foi, la qualité de son engagement et par sa conformité stricte au sens véhiculé par le terme « Musulman » qui a été porté par tous les Prophètes et tous les Croyants. Toute dérive religieuse, idéologique et culturelle qui met la communauté musulmane dans la même impasse que celle empruntée par les Juifs et les Chrétiens la fait sortir du critère d’évaluation coranique de Wassat ou Wastà :

{Et ils disent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme} Al Baqarah 135 à 137

Sur le plan sémantique et logique on ne peut concevoir que l’énoncé coranique puisse situer la communauté musulmane comme une communauté médiane se situant au milieu d’un schisme religieux, doctrinal ou idéologique à moins qu’elle n’ait perdu ses repères et ses références. Il ne s’agit pas d’un schisme entre Sunnites et Chiites mais d’un schisme sur le credo de la foi, sur la Qibla, sur la vérité ultime du Jugement dernier, sur la vocation des Prophètes.

Sur le plan historique et civilisationnel, on ne peut déboiter l’énoncé et ses références à l’universel de la notion de centre de gravité que doit jouer la communauté de foi dans la guidance de l’humanité, dans la proposition de solutions. En effet le terme Wassat signifie aussi le centre. On dit Wassat al Madina pour désigner le centre-ville même si géographiquement cela n’est pas exact. Il s’agit du centre vital, du centre historique, du centre commercial, du centre urbain, du centre de l’animation, du centre d’attraction, du centre commercial, du centre administratif …

La notion de Wassat est conforme à la nature humaine et à ses quêtes de sens, de liberté, d’amour, de justice, de gloire, d’excellence… En effet, par son choix l’homme peut faire partie d’un mouvement centrifuge qui lui fait chercher son centre de gravité, lui fait trouver ses repères et lui donne cette compétence d’être une force d’attraction qui invite et attire vers lui les bonnes dispositions et les bons comportements ou qui ramène vers lui les conflits et les divergences pour les arbitrer, les aplanir, les régler :

{Il y a cependant, parmi ceux que Nous avons créés, une communauté dont les membres s’attachent à la vérité et jugent avec équité.} Al-A’raf 181

L’islam veut que la communauté de foi soit un pôle de rayonnement spirituel, mais aussi un poids géostratégique qui exerce une influence positive sur le monde et une force de coercition contre le mal et le blâmable :

{Puissiez-vous former une communauté qui prêche le bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est répréhensible. Ce sont ceux qui agissent ainsi qui seront les bienheureux !} Al-’Imrane – 104

{Vous êtes la meilleure communauté qui n’ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Allah.} Al-i’Imran – 110.

{Nous avons fait de vous une Communauté du centre afin que vous portiez témoignage auprès des hommes (sur les hommes), et que le Messager vous soit témoin.} Al Baqara 143

Cette communauté n’est pas celle du  « juste milieu », mais celle de ce que la littérature moderne appelle l’avant-garde ou l’élite. Il ne s’agit pas du comportement élitiste ou élitaire du prétentieux et de l’arrogant, mais du don, du sacrifice, de l’offre, du dévouement. Les Prophètes ont ouvert les voies, ils ont surmonté les difficultés, ils ont donné leur vie au service de l’humanité. Bergers, artisans ou gouvernants, ils ont forgé des outils et édifié des communautés. Ils n’ont pas cherché le juste-milieu politicien, le centre tactique. Ils ont été avec ceux qui les ont accompagnés, des forces de répulsion contre le mal et des forces d’attraction du bien. Les mots ne sont pas un gargarisme bavard, mais un canevas d’idées, de comportements et ils doivent être précis et rapportés à leur contexte réel pour ne pas générer de la confusion.

Cette communauté centrale, de rayonnement, de centre de gravité, de foi, de vertu et d’action bienfaitrice ne peut être un électron libre que chacun impulse ou neutralise selon ses intérêts, mais une oumma al wassat, la communauté du centre de gravité qui pèse dans le déroulement de l’histoire. Il ne s’agit pas d’une masse bruyante, mais d’effort consciencieux, assidu et permanent à tous les niveaux et dans toutes les activités.

La notion d’universelle me semble plus pertinente dans une communauté se déployant comme un atome avec son noyau pesant et ses électrons pleins d’énergie gravitant autour sur des couches d’énergies que d’une vision linéaire d’un milieu entre des parties extrêmes. C’est aussi l’image  que nous avons des astres et des galaxies dans le ciel. La balance, elle-même n’est pas obligatoirement une chose linéaire avec un milieu ou une médiane.  Il est évident que la balance est davantage un principe dynamique qu’un instrument chosifié.

La communauté Wasstà ou wassata signifie bien cette force centrifuge qui doit caractériser la communauté musulmane  dans les attractions et les répulsions entre communautés. Elle devrait être le pivot sur lequel s’appuie toute l’humanité pour instaurer la justice et lutter contre l’injustice. Le wassat permet de bien situer la communauté musulmane sur le terrain qu’elle doit investir et sur lequel se fait la démarcation avec les autres communautés et sur lequel se fait la démarcation intellectuelle, politique et sociale en son sein. Ce terrain lorsqu’il est configuré par la foi, l’idée, le comportement, l’histoire et l’acte, il est forcément  celui de la civilisation. Il est particulièrement remarquable de voir la dynamique de l’émergence ou de l’anéantissement des civilisations. La succession des communautés, la succession des Prophètes et le rapport  de ces prophètes avec les civilisations de leur époque invite à voir la question de la communauté wasstà comme un pôle de rayonnement civilisationnel ou comme une alternative à la civilisation en voie de disparition. Il est difficile de voir dans ces références une quelconque crédibilité ou une quelconque validité à ces prétentions confrériques sectaires, du frérisme ou du salafisme,  qui se réclament davantage du maraboutisme politico-religieux et de l’errance socio culturelle que de la démarche. L’expérience vient de confirmer qu’ils ne peuvent pas répondre aux attentes, malgré qu’ils soient dans une posture messianique. Il leur manque non seulement le soutien populaire, mais il leur manque surtout la dimension prophétique qui leur fait voir la vocation de l’Islam et de la communauté centrale.

La symbolique Wasstà dans la Sourate Al Baqarah

Le terme coranique Wasstà se trouve au verset 143 de la sourate Al Baqarah qui comporte 286 versets. Nous ne sommes pas au milieu scriptural de l’énoncé, mais nous sommes au cœur du sens véhiculé par la première sourate du Coran. Cette architecture complexe avec ses signifiants en rhizome exclut la simplification de « juste milieu » qui vide le contenu de la vocation du musulman de toutes ses charges. Nous sommes au cœur du moteur de la foi, nous sommes au cœur du drame humain, nous sommes au cœur des préoccupations du musulman.

La sourate Al Baqara tire son nom de l’immolation d’une génisse dont un des quartiers devient un instrument par lequel Moïse, sur instruction divine, fait  ressusciter un homme assassiné afin qu’il renaisse et dévoile son assassin caché au milieu d’une communauté d’incrédules, de pervers et de transgresseurs. Le sens de la vie et de la mort, la résurrection après la mort, la foi vivifiée par les Prophètes face à la foi pétrifiée par les préjugés, mériter ou démériter l’élection divine selon ce qu’on fait de sa foi et de ce qu’on fait pour sa foi. La sourate al Baqarah construit la foi et l’enracine dans le profond du cœur pour devenir le moteur, le critère, la finalité de l’existence du croyant. La foi est le cœur de l’homme. La vertu est le cœur de la cité humaine. Le savant et les appareils religieux et politiques lorsqu’ils transgressent l’esprit et la lettre de l’enseignement véhiculés par la sourate Al Baqarah, ils deviennent des symboles de discorde et de confusion.

Procédons à une brève analyse lexicale des verbes Baqara et Abqara

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La sourate Al Baqara tire son nom du verbe arabe « BAQARA ». Il  signifie « creuser la terre et y  fouiller profondément et méticuleusement  ». Il signifie aussi immoler un animal et examiner ses entrailles comme le fait un chirurgien vétérinaire. Il s’agit de disséquer un corps et de chercher dans ses entrailles pour faire sortir à l’extérieur tout ce qui est dedans et ensuite l’exposer à la lumière du jour. Les Arabes désignent le savant de « Baqer » car « baqara al ‘Ilm » signifie se consacrer à la science d’une chose par la recherche minutieuse de ses signes, la quête de ses sources et la mise en évidence des faits, des lois et de leurs interactions. Encore une fois il s’agit de références au témoignage avisé et impartial qui ne doit  rien cacher ni rien ménager de l’effort à entreprendre pour puiser au fond des choses, des phénomènes, des problèmes, de l’histoire. Il est attendu de l’homme de foi la vigilance et l’examen attentif, afin d’extirper le mal à sa racine et de mettre en évidence la vérité même si elle est cachée au fond des fonds. Les démarches superficielles et intempestives compliquent l’accès à la vérité par leur capacité réductrice et simpliste des phénomènes ou par l’introduction de biais cognitifs ou de confusion sentimentale ou idéologique.

L’analyse lexicale nous met face à un autre signifiant qui ne contredit pas les sens de la sourate Al Baqara, mais vient les renforcer :

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Baqara signifie aussi s’exiler. La sourate Al Baqarah met en évidence toutes les idées, tous les comportements et tous les faits des Bani Israël présentés comme un spécimen réduit de l’humanité. Il nous invite à prendre pour modèle la vertu des Prophètes, et il nous ordonne de nous détourner des insensés, des pervers et des manipulateurs de la religion qui faisaient légion dans les Gens du Livre et en particulier chez les Descendants d’Israël et chez les Juifs. Il ne s’agit pas de chercher un hypothétique et improbable juste milieu entre des extrêmes et des transgressions, mais de chercher l’alternative quitte à s’exiler. Affronter idéologiquement et militairement le bloc représentant, dans les temps modernes,  le comportement dénoncé par le Coran à travers Bani Israël, exige un travail de reconnaissance, d’identification, d’analyse minutieuse. La rhétorique discursive ne suffit pas.  L’opinion personnelle qui se passe du Coran ou qui lui donne une autre lecture n’apporte que confusion dans le projet de renaissance de la communauté Wasstà.

Dans mes recherches je suis tombé sur une explication qui mérite le respect. Le frère palestinien Salah Eddine Ibn Ibrahim Abou Arafa fait le rapprochement entre Baqara (ou Aqbara) et Qabara (ou Aqbara) qui consiste à enterrer, à mettre sous tombe. Il s’agit donc de déterrer, de redonner vie, de faire resurgir ce qui a été enfouie, de redonner existence à a été occulté. Nous sommes dans le cœur de la Sourate al Baqara : redonner vie à la vérité, ressusciter la foi oubliée,  faire émerger de la torpeur de  l’humanité une communauté de vertu, dynamique et vivifiante.

En examinant toutes ces définitions et en les comparant au sens lexical, sémantique et symbolique, il me semble que le cœur du message coranique se focalise sur le verbe Baqara dans son rapport intrinsèque au témoignage que doit porter la communauté de foi aux autres communautés.  Les Bani Israël ont perdu l’excellence lorsque ils ont perdu le sens du témoignage. Le témoignage est vidé de sa valeur, de son contenu, de son impartialité et de son efficacité lorsque le témoin et le communicant perdent le sens de la vérité au profit de la confusion, de l’amalgame et de l’esprit partisan. Le témoin ne peut être écouté ou entendu s’il vit en marge de l’existence :

{Ne confondez pas le Vrai avec le faux, et ne taisez pas la Vérité alors que vous savez.} Al Baqarah 42

Bien entendu, je n’ai pas épuisé et je ne pourrais pas épuiser toutes les possibilités que permet la langue arabe. Bien entendu ma lecture reste imparfaite et limitée. Je peux me tromper. Je prends le risque de me tromper au lieu de garder le silence, car il y a une vocation que le Prophète (saws) a tracé et que nous semblons ignorer malgré que nous nous gargarisons de versets et de hadiths.

L’évidence de l’énoncé coranique

{ سَيَقُولُ ٱلسُّفَهَآءُ مِنَ ٱلنَّاسِ مَا وَلَّٰهُمْ عَن قِبْلَتِهِمُ ٱلَّتِي كَانُواْ عَلَيْهَا قُل للَّهِ ٱلْمَشْرِقُ وَٱلْمَغْرِبُ يَهْدِي مَن يَشَآءُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ }

{ وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطاً لِّتَكُونُواْ شُهَدَآءَ عَلَى ٱلنَّاسِ وَيَكُونَ ٱلرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيداً وَمَا جَعَلْنَا ٱلْقِبْلَةَ ٱلَّتِي كُنتَ عَلَيْهَآ إِلاَّ لِنَعْلَمَ مَن يَتَّبِعُ ٱلرَّسُولَ مِمَّن يَنقَلِبُ عَلَىٰ عَقِبَيْهِ وَإِن كَانَتْ لَكَبِيرَةً إِلاَّ عَلَى ٱلَّذِينَ هَدَى ٱللَّهُ وَمَا كَانَ ٱللَّهُ لِيُضِيعَ إِيمَانَكُمْ إِنَّ ٱللَّهَ بِٱلنَّاسِ لَرَءُوفٌ رَّحِيمٌ }

{Les insensés d’entre les hommes disent :  » Qu’est-ce donc qui les a détournés de la Qibla vers laquelle ils se tournaient auparavant ?  » Dis :  » Le Ponant et le Levant appartiennent à Dieu ; Il guide qui Il veut dans une voie droite. Ainsi, Nous avons fait de vous une Communauté du juste milieu pour que vous soyez témoins envers les hommes et pour que le Prophète soit un témoin envers vous. Nous n’avions établi la Qibla vers laquelle tu te tournais que pour distinguer celui qui suit l’Envoyé de celui qui tourne les talons. Cela [le changement de Qibla] a été une épreuve pénible, sauf pour ceux que Dieu a guidés ; car ce n’est pas Dieu qui rendra vaine votre foi ! Dieu, en vérité, est compatissant et clément envers les hommes.« } Al Baqara 142

L’Orient et l’Occident, le Ponant et le Levant, dans une Terre ronde et mobile, ne sont pas des extrémités spatiales dont il faut chercher le centre médian. Ils sont des Ayat qui témoignent de la Présence, de la  Grandeur et de la Puissance d’Allah que les insensés ne voient pas. La communauté wassatà ne se situe pas par rapport à des axes géographiques ou par rapport à des étendues  territoriales ou par rapport à des références temporelles, mais dans son ancrage par la foi et par la raison à ce que les insensés ne comprennent pas : la Qibla. Cette Qibla n’est pas un lieu géographique, mais une histoire permanente depuis l’apparition de l’homme sur terre et qu’Abraham a restauré : la lutte entre le monothéisme et l’idolâtrie dans leurs formes et leurs contenus religieux, sociaux, culturels…  Nul ne peut témoigner aux hommes s’il n’occupe pas une position centrale, une posture dominante, un rôle rayonnant sur le plan spirituel, moral et civilisationnel. Accomplir sa vocation de témoignage et jouer son rôle d’avant garde pour l’humanité  éprouvant, tragiquement éprouvant lorsque les insensés tournent en dérision les sensés.

Conclusion

Le sujet n’est pas épuisé. Louange à Allah qui m’a permis de suivre quelques pistes et de les soumettre pour étude à ma communauté. Bien entendu les erreurs et les fautes dans ce texte sont imputables à moi-même.

Partie 1 – Wassatiya : communauté de juste milieu ?

Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !

Résister aux préjugés et au désordre

Une lectrice m’a fait la remarque pertinente sur l’omission d’une partie de la traduction de l’énoncé coranique dans  » Préjugés et ruines de l’esprit  « . J’avais réalisé une ellipse pour laisser  au lecteur le soin de continuer sa propre lecture sur le canevas que j’avais tracé ou sur un autre canevas que mon article aurait inspiré. Je reviens donc sur le sujet en tissant d’autres liens et en dévoilant d’autres sens que j’avais omis ou réduits. Je reviens donc sur l’énoncé coranique et sur ce qu’il m’inspire :

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{Si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si alors l’un des deux groupes tyrannise l’autre, combattez celui qui tyrannise jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables.} Al Houjourate 9

Est-ce que les Musulmans peuvent prendre des armes et entrer en guerre les uns contre les autres ?

Une minorité le pense en faisant cas du contexte social et historique de ce verset. La majorité réfutent cette hypothèse et se référant aux Hadiths et à l’histoire du monde musulman.

Les livres du Hadith ne rapportent aucune guerre entre les musulmans du temps du Prophète (saws). Ils expliquent ce verset en rapportant  les incidents sociaux qui ont poussé deux groupes de musulmans à se quereller et à en venir aux mains.

Pour Moslem et  Boukhari il s’agit de quolibets que se sont renvoyés deux musulmans après que  l’un s’est moqué de l’autre en le  voyant marcher derrière un âne puant. Le  bruit et la violence des mots ont fini par  attirer la foule qui s’est divisée en deux. Chacune prenant parti pour un homme puis pour un groupe puis pour un clan. La moquerie entre deux individus avait dégénéré en partis pris sociaux comme du temps de la Jahiliya.  Pour d’autres narrateurs,  il s’agissait d’un problème de couple qui avait dégénéré en querelles de famille pour aboutir finalement  en un complexe de problèmes compliqués entre clans ou entre tribus.

Il est possible que le Coran aborde plusieurs phénomènes sociaux de même nature, mais d’expressions différentes.  Cependant tous les narrateurs d’accordent à dire qu’il n’y a jamais eu de port d’armes ou d’usages d’armes entre les musulmans du temps du Prophète. Le Coran dépeint cette dispute comme un combat guerrier.

Le  Coran dépeint les préjugés et l’esprit de clan – qui n’avaient pas encore été gommés par l’Islam – à l’origine de la dispute entre croyants comme un combat meurtrier pour montrer leur  gravité et leurs conséquences qui peuvent être horribles comme ceux d’une guerre fratricide. Lorsque les préjugés s’installent et deviennent coutume ils provoquent la rupture avec l’esprit de l’Islam et sapent l’unité du monde musulman qui se trouve déchiré par des guerres fratricides. L’unité des musulmans est sacrée. Les préjugés font oublier la sacralité de cette unité et la font voler en éclat. Le déchirement social qui peut être provoqué par une dispute entre gens du commun dans une société qui cultive le chauvinisme et l’esprit tribal devient un volcan de violences et une effusion de sang lorsque ses artisans sont des « savants » écoutés et vénérés ou des chefs de partis politiques démagogues et irresponsables.

C’est pour prévenir cette guerre dont la probabilité dépend du manque de vigilance et du chauvinisme que le musulman doit lutter contre les préjugés hérités de l’obscurantisme et les comportements malsains qui cultivent le moi égocentriste incitateur au mal et dépréciateur des autres. Le Coran fixe un certain nombre de règles dont :

–          Le musulman est le frère du musulman : sa vie, son honneur et ses biens sont sacrés

–          Le musulman doit éviter de recourir à la médisance, à l’insulte et à l’espionnage.

–          Le Coran ne demande pas de réconcilier deux antagonistes qui ne veulent pas se réconcilier, il demande de prendre position en faveur de celui qui tyrannise l’autre dans le sens de celui qui refuse la réconciliation. Celui qui connait l’Islam sait que la réconciliation pour être durable et authentique doit se construire sur la vérité, la justice, la morale et l’adhésion.

Il ne s’agit pas de réciter ces règles, mais d’en faire une culture c’est-à-dire le canevas de nos comportements sociaux, politiques et idéiques. L’insenséïsme c’est de proclamer ces règles en vue d’obtenir dans le fait social le contraire de ces règles. Les insensés semblent être de plus en plus nombreux dans un monde qui a perdu ses références morales, religieuses, sociales et historiques.

Ce verset a été utilisé comme référence par certains empressés et par certains chauvins, dans le passé et aujourd’hui, pour prendre parti et s’engager dans un clan contre l’autre favorisant ainsi l’esprit de clan, la fitna, la lutte fratricide interconfessionnelle, la prise de pouvoir, l’effusion de sang…

Le préjugé partisan et sectaire ainsi que l’ignorance qui fonde le préjugé sont le voile qui donne à ce verset un sens autre que celui donné par son contexte, son objectif et son mode opératoire de fondation et de fédération de la communauté musulmane appelée à jouer un rôle de libération des préjugés et d’édification de civilisation morale. Le verset montre comment cimenter la communauté musulmane et comment elle doit agir, en amont et en aval d’une crise, pour ne pas en devenir l’otage. Les partisans de la Fitna ont voulu et veulent toujours lui donner un autre sens, celui qui sied à leur lecture partisane contraire à la démarche prophétique.

L’esprit partisan se croit détenteur d’une voix plus forte, plus juste et plus compétente que celle du Prophète (saws). Il va jusqu’à s’inventer des artifices pour détourner le sens de la parole coranique et de la parole prophétique. Et pourtant  le Prophète (saws) a interdit de lever une arme contre le musulman. Il a préconisé dans les temps de troubles au marcheur de s’arrêter, à celui qui est debout de s’assoir, à l’assis de de coucher. Il a demandé de rentrer chez soi et de se tenir loin de la Fitna. A la question que faire face à un agresseur il a préconisé de se réfugier chez soi et si l’assaillant nous poursuit de nous réfugier dans notre lieu de prière et s’il nous poursuit sur le lieu de prière de se couvrir la tête. Il s’agit du choix de mourir en martyr et de sauver son âme de l’Enfer que de la perdre en donnant la mort à un musulman même si ce musulman a perdu la tête par sa quête de pouvoir ou par son esprit chauvin qui lui fait comprendre le Coran et la Sunna comme des terreurs contre les musulmans et non comme une miséricorde pour l’humanité.

Nul n’ignore que la majorité des Sahàbas et des Tàbi’ines avaient refusé de rejoindre Ali dans sa confrontation avec Mou’awiya. Ali (ra) était pourtant dans son droit religieux et possédait la légitimité politique. Ceux qui ont refusé de combattre à ses côtés (ou contre lui) ne l’ont pas fait par lâcheté ou par trahison. Pour eux  il ne s’agissait pas dans le contexte social et politique de leur époque  de mettre en application la réconciliation entre musulmans et de lutter contre celui qui tyrannise comme le stipule la sourate Al Houjourate, mais de donner crédit à l’esprit partisan qui allait saper l’Islam, de donner légitimité à la lutte armée pour le pouvoir, et de participer à l’effusion du sang des musulmans. Il ne s’agit pas de réveiller des douleurs historiques ou de soulever un débat politique ou  théologique sur le schisme idéologique dans l’Islam , mais de dire que les grandes figures de l’Islam, proches de l’esprit et du temps du Prophète (saws) refusaient les arguments religieux à visée politique et refusaient de prendre part à l’effusion de sang. Dans le doute ou dans l’embarras ils ont préféré le désistement, le renoncement. C’est un héritage lourd que nous devons porter et surmonter si  nous voulons nous libérer  de nos préjugés. Il y a eu un déficit de communication et d’études historiques sur une partie sombre de l’histoire musulmane. Le Prophète (saws) avait prédit cette fitna et son issue.

A la lumière du Coran et de l’Histoire il serait sans doute intéressant de se prononcer sur le plan religieux, moral et géopolitique sur la nature de la transgression que nous devons désavouer et le cas échéant combattre.  Le régime qui superficiellement se revendique de l’Islam, mais dans les faits épuisent les ressources du monde musulman et les soumet à l’Empire et au sionisme est-il préférable à un régime qui se revendique « laïc », mais dans les faits tentent de se libérer de l’emprise de l’Empire et soutient la résistance palestinienne et libanaise. Je n’ai ni la compétence ni l’autorité  pour le faire. Je me positionne par rapport à ce que je sais du Coran. Mon savoir est limité. Devant les avis divergents j’ai recours ma raison et à mes sentiments comme le stipule le Hadith :

« Le bien est ce qui tranquillise l’esprit et apaise le cœur, le mal est ce qui met la confusion dans l’esprit et tourmente le cœur. Délaisse ce qui apporte la confusion et le doute pour ce qui apporte la certitude et la sérénité. Et celà même si les gens t’apportent d’autres conseils (Fatwas) »

Nous ne pouvons pas tous être des insensés et même si le nombre des sensés est un petit nombre avec des voix faible il y a suffisamment de référence à la vérité ou du moins le vraisemblable. Jamais la communauté musulmane  ne se réunira sur un égarement et il y aura toujours des musulmans qui porteront l’étendard de la vérité très haut et ce jusqu’à la fin du monde. Pour l’instant et dans les circonstances actuelles il faut garder en tête qu’ Ibn Massoud, que le Prophète (saws) a qualifié de savant de l’Islam, a explicitement interprété ce verset comme le devoir des musulmans de porter assistance au pouvoir lorsqu’il lutte pour rendre justice ou lorsqu’il réprime l’injustice. Il n’a jamais été question de lutter armes à la main pour s’emparer du pouvoir considéré comme chose mondaine éphémère. La vie du musulman est plus sacrée que la Kaaba. Le Prophète (saws) a parachevé sa mission lors du sermon d’adieu :

« Ne devenez par renégats après moi, vous tuant les uns les autres »

Et pourtant on enseigne dans nos mosquées  les dix manquements à la foi du Cheikh Mohammed Ibn Abdelwahhab qui n’évoque pas l’attentat à la vie du musulman. Nous pouvons par souci pédagogique expliquer les règles qui invalident la foi (il y a plus de dix) afin de préserver la foi et la communauté, mais je ne pense pas qu’il faille en faire des instruments pour apostasier des Musulmans et les exclure de la communauté ou de porter atteinte à leur vie :

« Qui apostasie un croyant c’est comme s’il l’avait tué »

Les partisans du Cheikh délaissent le Coran et la Sunna. On peut comprendre sa préoccupation : son époque était dominée par la magie et par le fétichisme des Arabes redevenus païens. On ne peut pas comprendre la préoccupation de ses partisans. Comme on ne peut pas comprendre les partisans des Frères musulmans qui mettent leur confrérie au-dessus de ceux de  la communauté musulmane ou qui confondent leur idéologie avec l’Islam. Les uns et les autres font une lecture partielle et partisane du Coran. Ils accusent d’apostasie ceux qui ne suivent pas leur voie, mais ils ne voient pas l’apostasie de celui qui tue un musulman ou qui tue un être humain hors du droit légal et de son appareil de justice. On ne peut pas comprendre que ceux qui se réclament du consensus et qui ne citent que les références qui appuient leurs thèses puissent diviser la communauté musulmane au lieu de chercher la réconciliation entre musulmans et la fédération de toutes les couches et de toutes les énergies du monde musulman.

Lorsque l’on se met à étudier ces versets, juste pour comprendre, les comprendre et comprendre le monde, on est frappé par l’exigence qu’ils réclament : Al Qist (l’équité).

taifa2 ALLAH AIME LES ÉQUITABLES

 

L’équité c’est non seulement rendre justice, mais rendre justice de la manière la plus parfaite, la plus juste et  de la manière qui puisse être exécutée de la manière la plus efficace et la plus judicieuse pour mettre fin aux agissements du malfaiteur et rétablir les droits des ayants droit. L’équité ne permet pas de rendre une justice dans le désordre, ou de commettre d’autres injustices en rendant justice, ou de rendre justice par le recours à la lettre   du texte de référence sans tenir compte de son esprit et des conditions réelles de sa mise en application. L’équité (Al Qist) est également rendre justice sans léser le coupable en lui faisant porter des responsabilités qui ne sont pas de son ressort ou lui faire subir des peines pour des faits non prouvés.

Les savants musulmans étaient soucieux de la justice et de l’équité. Ils n’étaient ni les savants du palais ni les savants de l’opposition. Ils cherchaient la vérité et l’équité. Dans cette recherche ils ne pouvaient tolérer qu’au nom de la vérité, de la justice ou de la religion on puisse provoquer l’effusion de sang ou fracturer la communauté musulmane et la laisser s’atomiser en partis et en sectes. La majorité des exégètes disent qu’il est du devoir des musulmans d’assister le gouvernant à rendre justice avec équité contre un coupable qui touche à l’intégrité du musulman ou à l’intégrité de la communauté musulmane.   L’équité exige un État et un pouvoir par lequel s’exerce l’appareil de justice et de sécurité.

Lorsque le pouvoir politique est défaillent ou lorsque lui-même est coupable, les exégètes préconisent le recours au principe du bon conseil. Il ne s’agit donc pas de tolérer ou de se soumettre à l’injustice du gouvernant, mais de le mettre devant ses responsabilités morales, religieuses et politiques et le cas échéant de refuser de lui obéir lorsque l’obéissance conduit à la transgression de ce qui fait l’Islam : la foi, les principes du Coran et de la Sunna, et la constitution de la communauté. Celui qui tolère la transgression est complice. Celui qui participe à la sédition armée semant le désordre et provoquant l’effusion de sang a perdu le sens de l’équité et devient coupable car il a participé à l’attentat contre la vie humaine, contre l’existence d’une communauté unie et en sécurité, il a transgressé le Coran et la Sunna en semant le désordre sur terre croyant lutter contre l’injustice et l’oppression.

Les termes coraniques « Al Baghyou » et « Bagha » ne signifient pas tyrannie et tyranniser, mais transgression et transgresser. Le consensus des anciens  n’est pas celui que les médias nous présentent comme mobilisation armée et séditieuse  contre un gouvernant  musulman rejeté par une faction. Le consensus sur la transgression est établi contre celui qui refuse de se soumettre à la justice rendue, de se conformer au jugement établi en référence argumentée au Coran et à la Sunna, de se joindre à la communauté des musulmans (Al Jam’âa). La jama’â est l’assemblée des musulmans, l’ensemble des musulmans. Il ne s’agit pas d’une faction ou d’une secte qui s’autoproclame le « Messie sauveur » ou le « Messie rédempteur ».

La réconciliation, la lutte contre la transgression ont pour but de conserver intact les liens religieux, sociaux et économiques qui fédèrent une communauté humaine sur des valeurs partagées, un territoire commun, un vouloir vivre ensemble, un partage mutuel des droits et des devoirs. Celui qui casse ses principes, même s’il le fait au nom de la Jama’â ou au nom de l’Islam ou au nom de la lutte contre l’oppression, a cassé l’unité que le Coran a signifié comme valeur sacrée.

Il est remarquable de constater le futur hypothétique et le conditionnel du « Inn » dans cette sourate :

taifa5

{si un perverti vous apporte une nouvelle} Al Houjourate 6

taifa4

{Et si deux groupes de croyants se combattent}  Al Houjourate 9

Pour le Coran ces deux possibilités dramatiques sont limitées par la foi et le sens communautaire qui ont le pouvoir de les confiner dans le temps et dans l’espace à n’être que des épiphénomènes, des accidents, des pertes de vigilance passagers. Si ces possibilités deviennent des phénomènes c’est-à-dire des faits installés dans le temps et dans l’espace, le savant musulman doit se montrer vigilant, car l’exception gravissime s’installe comme une règle et le problème de fond est posé. Ce problème est au niveau de la foi et de la communauté : quelle est leur sens,  leur vocation et leur devenir. La fuite en avant ou la référence à des situations de catastrophes qui poussent à répondre au désordre par le désordre n’apportent ni réponse ni solution. Elles contribuent à la transgression et au déchirement de la communauté.

Le salafisme, le frérisme, le coup d’État militaire, l’émeute, la démocratie et tout autre artifice ne vont rien apporter de bien si le changement ne se fait pas comme l’a annoncé Allah : un changement global. Le changement dans l’être ontologique et dans l’être social  : dans leur façon de penser, de croire, de vouloir, de faire, de devoir, de savoir…

{Allah ne change point en la situation d’un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui} Ar Raâd 13

Nous sommes condamnés à réviser notre  foi et à revoir sa dimension sociale et idéologique dans la communauté et dans ce qui lui donne existence : le territoire, la mentalité, l’économie, la représentation du devenir…

Nous sommes condamnés à revoir notre système d’éducation, notre système de représentation du monde et notre lecture du Coran et de la Sunna pour rendre impossible ou plutôt  inopérant ce qui nous pousse à transgresser et à nous déchirer au lieu d’édifier et de fédérer. Le Coran nous a donné trois clés :

La première consiste à disposer des instruments de connaissance, d’observation et de veille pour analyser, juger et choisir libérés de l’illusion, du préjugé et de la manipulation. Il faut agir en amont et ne pas se laisser surprendre par la subversion :

{O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, examinez-la pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance…} Al Houjourat 6

{O vous qui êtes devenus croyants, évitez beaucoup de conjectures : certaines conjectures sont des péchés.} Al Houjourat 12

La seconde consiste à réparer. La meilleure réparation est la réconciliation juste et équitable :

{Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les} Al Houjourat 9

La troisième est de prendre position et d’agir avec détermination contre le transgresseur qui refuse la réconciliation, la justice et l’unité de la communauté sans que l’action porte atteinte à l’État ou  nuise à la sécurité et à la paix des citoyens :

{Si alors l’un des deux groupes transgresse l’autre, combattez celui qui transgresse jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables.} Al Houjourat 9

L’ordre d’Allah ce n’est pas seulement la Charia islamique comprise dans son sens étroit de lois, c’est aussi la paix, la justice, la sécurité, la nourriture, le savoir, l’unité fraternelle, la solidarité sociale,  et en priorité la fin de l’effusion de sang et la dispersion des efforts. Impossible de ramener la paix, la sécurité et de faire régner la justice et l’équité qui sont les fondamentaux de l’Islam avec un esprit partisan ou sectaire. Croire au pouvoir politique comme la voie miracle c’est se croire au dessus de la voie prophétique. Le pouvoir n’est qu’un instrument parmi tant d’autres. Ces instruments ne sont efficaces que si leur usage se fait dans les conditions favorables,  s’appliquent sur des possibilités réelles et avec le concours de l’ensemble de la communauté musulmane dans toute sa diversité.

Lorsque la communauté musulmane dispose de ses trois clés alors elle peut jouer le rôle qui lui est impartie : témoigner auprès des hommes et fédérer l’humanité sur des valeurs autres que celles des empires et des démons : la fraternité adamique

{O vous qui êtes devenus croyants : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance. Certes, le plus élevé d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux.}  Al Houjourat 13

Cette communauté musulmane prospère par sa foi agissante et par sa solidarité fraternelle avec l’humanité exige l’effacement du Moi arrogant qui se croit dépositaire du savoir divin et exécuteur du dessein divin. C’est ce que nous dit la fin de la sourate :

{Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous fait une faveur en vous guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ».}  Al Houjourat 17

L’esprit de Taifa, le sectarisme politico religieux, a sapé le monde musulman depuis longtemps le privant ainsi de sa dimension universel. Privé de la dimension universelle, le musulman s’enferme dans des asiles politiques  et des confrériques de discrimination et les plus excités s’imaginent réaliser Hokm Allah en instaurant un Etat islamique par la force des armes contre une population qui ne veut pas de leur pouvoir ou qui ne veut plus de l’Islam car elle a confondu, par le comportement des insensés, l’islam avec l’obscurantisme et le sectarisme.  Ces émirs prolongent la vie des tyrans en donnant à ces tyrans la légitimité de les combattre par les armes et de soumettre le peuple a davantage de répression. Si on autorise un futur émir à recourir à la violence armée il faut être logique et accepter que le gouvernant puisse recourir à la violence armée pour conserver son pouvoir.  Les uns et les autres sont le pile et le face de la même fausse monnaie idéologique et  de la même déliquescence politique. Ils sont les pervers décrits par la sourate Al Houjourat.

Il faut parvenir à garder le cap dans ce monde que le Prophète (saws) a décrit comme une grande Fitna :

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« Après moi il y aura des gouvernants qui se combattront  pour le pouvoir, les uns tuant les autres. »

Il ne s’agit pas de guerre de religion, mais de luttes pour le pouvoir…  Il ne s’agit pas de défendre l’Islam et le monde musulman, mais d’exprimer  rancœurs,  revanches, frustrations. Dans un camp comme dans l’autre Satan et l’Empire sont aux aguets pour attiser les flammes de la haine et de la convoitise.

La logique veut que ce soit le gouvernant qui régule les rapports sociaux, politiques et économiques pour éviter l’anarchie. Il dispose de la justice et de la police. S’il est défaillent aucun groupe ne peut se prévaloir sur les autres pour s’imposer comme justicier ou comme référence ou autorité en matière de définition de la réconciliation ou de la maesure à prendre contre la transgression car s’il le fait il va saper l’Etat et la communauté poussés à la dispersion et à l’éclatement. Le musulman ne doit pas détruire l’Etat et la société, mais agir pour que l’Etat reprenne ses prérogatives et que la société reprenne ses forces. Il n’y a pas de place à l’esprit partisan ni à l’esprit « révolutionnaire » nihiliste.

Si nous ne revenons pas à la logique de la réhabilitation de l’Etat et si nous ne militons pas en faveur d’un Etat de droit chacun de nous s’imaginerait être la référence à suivre et se positionnerait comme le plus méritant et le plus légitime à disposer du pouvoir, du savoir, de la religion et des ressources économiques. Il deviendrait un tyran? Il suffit qu’il y ait plusieurs groupes avec l’ esprit tyrannique et éradicateur refusant la réconciliation avec les autres et considérant tous les autres comme des transgresseurs pour que la guerre civile s’instaure ou reprend de nouveau pour davantage d’effusion de sang et de dislocation du territoire.

 

Préjugés et ruines de l’esprit

J’ai cherché une raison ou une argumentation – religieuse, politique ou géopolitique – dans le discours, le comportement et les actions des islamistes (takfiristes, freristes et salafistes wahabbistes) pour justifier la Fitna en Syrie et la confrontation armée entre confessions musulmanes, je n’ai pas trouvé. Je ne trouve que la vague d’insenséisme qui englouti l’ensemble du monde arabe. Les insensés livrent aux peuples incultes et crédules des préjugés et des opinions sans fondements religieux et en contradiction avec les intérêts moraux et stratégiques du monde musulman. Il y a longtemps que j’ai exprimé mon positionnement religieux : je suis musulman comme Allah m’a nommé dans le verset 78 de la sourate Al Hajj.

Formatés par leur inculture politique et imbus de leurs savoirs remplis de préjugés, les savants et les élites sabordent l’Islam et sapent toute perspective de renaissance de la société musulmane. Ils refusent tout débat sur le curseur idéologique dans cette étape cruciale.  Ces imposteurs de l’Islam non seulement ils ont confisqué les tribunes pour propager leur préjugés et en faire une idéologie de combat au service d’un esprit partisan qui sert les intérêts d’Israël et de ses vassaux arabes, mais ils sont devenus Dieu ou ses mandataires ayant droit de vie et de mort sur les pauvres créatures qui ne s’insèrent pas dans leur nouvel ordre mortifère.

Je vous livre quelques citations de notre ami Albert Einstein et sans préjugés religieux et idéologiques essayer d’y retrouver quelques figures charismatiques du désordre qui sévit de plus en plus dans le monde musulman en parallèle à celui du despotisme politique des gouvernants en place (y compris ceux portés par la « révolution arabe ») :

Rares sont les gens capables d’exprimer avec impartialité des opinions qui diffèrent des préjugés qu’on a dans leur milieu social. La plupart des gens sont même incapables de concevoir pareilles opinions.

Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.

Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.

Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.

Bien entendu  je vais être traité  de sioniste par les uns et d’ignorant par les autres sous prétexte qu’Einstein était sioniste et qu’en qualité de musulman je dois me contenter de dire « Allah a dit et le Prophète a dit » sans tenir compte de nos préjugés qui pourtant détournent le sens du Coran et de la Sunna. Au Nom d’Allah (swt),  les fabricants et les rentiers de préjugés nous   poussent à faire de la diversion ou de la subversion selon le schéma tracé  par l’Empire et le sionisme. En tous les cas faire entendre ou faire voir une certaine lecture du Coran ou des Hadiths déboîtés de leur contexte socio-historique et de leur enchaînement logique textuel puis faire valoir une opinion à une époque comme étant le consensus de la Oumma  est la manifestation la plus  stupide et la plus tragique de ce qu’on appelle le préjugé et en même temps l’instrumentalisation la plus éhontée de la religion pour cultiver le préjugé dans une société qui a perdu tout sens critique et tout effort de connaissance.

Voici la définition la plus répandue (sur le net) du préjugé :

 Comme le mot l’indique, un préjugé est un jugement porté d’avance, « avant ». Avant quoi ? L’examen, la vérification ou le constat qui le justifieraient. Préjuger signifie donc : tenir pour acquis quelque chose qui, objectivement, ne l’est pas ; ou tenir pour vraie une affirmation qui, en fait, reste douteuse. C’est pourquoi  le préjugé semble bien être illégitime par définition : il consiste en une précipitation de l’esprit dans le jugement, opérée plus ou moins de bonne foi, et peu importe à cet égard qu’il soit « favorable » ou « défavorable ».

Opinion hâtive et préconçue souvent imposée par le milieu, l’époque, l’éducation, ou due à la généralisation d’une expérience personnelle ou d’un cas particulier

Le Coran a interdit le préjugé (Dhan = Ithm » et a exigé d’apporter preuve (Borhane) et de distinguer le vrai du faux avant de prendre position ou de prendre la parole  (Tabayyanou).

{O vous qui êtes devenus croyants , évitez beaucoup de conjectures : certaines conjectures sont des péchés.} Al Houjourat 12

La pédagogie et le sublime du Coran ne consistent pas à interdire ou à recommander, laissant ainsi la place au littéralisme froid et à l’interprétation erronée des insensés, mais à brosser l’image la plus complète de la situation à laquelle conduit le préjugé, l’opinion ou la conjecture :

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{O vous qui êtes devenus croyants , évitez beaucoup de conjectures : certaines conjectures sont des péchés. N’espionnez pas et ne médisez pas les uns des autres. Est-ce que l’un d’entre vous aimerait manger la chair de son frère  mort ? Cela, vous l’avez haï. Et prenez garde à Allah. Certes, Allah est Rémissif, Miséricordieux. O vous qui êtes devenus croyants  : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance. Certes, le plus élevé d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Certes, Allah Est Tout-Scient, Omnisavant.} Al Houjourat 12

Le préjugé et l’opinion conduisent à des catastrophes et rompent l’unité qu’Allah a voulu entre musulmans et entre musulmans et autres communautés. Les versets sont évidents et ils ne demandent pas de tafsir ou de recours à un savantissime clerc de l’Islam.  La pédagogie et le sublime du Coran montrent non seulement définissent le préjugé et étalent ses conséquences mais montrent comment éviter le préjugé par l’esprit de sens et le principe  de justesse qui consistent à analyser, à évaluer et à faire preuve de discernement par la connaissance des faits réels au delà des rumeurs, des opinions. Le Coran nous montre que  lorsque l’esprit de sens disparaît chez les élites et s’installe la confusion dans la société alors domine  la culture de l’insenséisme, de la rumeur,  de la propagande et de la casuistique religieuse qui conduisent à l’anathème, au déchirement et au clivage idéologique partisan ne tenant  compte ni des réalités, ni des priorités, ni de la vérité…

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{O vous qui êtes devenus croyants , si un perverti vous apporte une nouvelle, examinez-la pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait.} Al Houjourat 6

Le pervers est , dans les temps contemporains, celui qui déchire la communauté ou qui refuse sa fédération et se laisse tenter par les sirènes  qui appellent à une guerre de religion à l’intérieur de l’Islam pour le bon heur de Satan, du sionisme et de l’Empire. Les mêmes qui ont organisé la lutte fratricide et nuisible entre l’Irak et l’Iran sont les mêmes qui appellent aujourd’hui à une guerre entre sunnites et chiites ou qui veulent donner un caractère confessionnel à l’anarchie qui règne en Syrie lui occultant sa véritable dimension qui est géopolitique.

L’Islam est la culture de la responsabilité. Il ne tolère ni improvisation, ni anarchie, ni recours aux arguments fallacieux pour se justifier. La pédagogie et le sublime du Coran ont montré que le suivi du Coran et de la Sunna sont les garants de l’esprit de sens, du devoir de justice et du principe de justesse que doit posséder le musulman, gouvernant ou gouverné, dans l’aisance ou dans la difficulté, face à ses amis ou en guerre contre ses ennemis. Ainsi le discours coranique sur le préjugé et ses conséquences s’ouvrent par l’énoncé d’une règle que nul ne doit transgresser :

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{O vous qui êtes devenus croyants , ne devancez pas Allah et Son Messager dans le jugement. Craignez Allah. Certes, Allah Est Omni-Audient, Tout-Scient. O vous qui êtes devenus croyants , n’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne faites pas retentir la voix en lui parlant, comme le retentissement de voix que vous vous faites les uns aux autres, afin que vos œuvres ne soient pas vaines, sans vous en rendre compte. Certes, ceux qui baissent leurs voix auprès du Messager d’Allah, ceux-là sont ceux dont Allah A Éprouvé les cœurs pour la piété. Ils auront une absolution et une immense rétribution. Certes, ceux qui t’appellent par derrière les chambres, la plupart d’entre eux ne raisonnent pas.} Al Houjourat 1

Sur le plan de la métaphore « devancer Allah (swt) » ou « élever la voix au dessus de celle de Son Prophète (saws) » c’est non seulement tourner le dos à l’Islam, mais émettre des opinions contraire à la lettre et à l’esprit de l’Islam. Le pire c’est de saper l’Islam en donnant des contre sens au Coran et aux Hadiths ou de faire valoir l’opinion d’un homme, vivant ou décédé, pour occulter la vérité, servir des intérêts partisans ou conduire la communauté musulmane au sectarisme, au déchirement, à la marginalisation, à l’insenséisme des divergences et des fausses querelles qui  épuisent le monde musulman  incapable de faire face face à ses prédateurs organisés et impitoyables.

Sur le plan du contexte de la Révélation certains exégètes relatent le contentieux qui a opposé Omar Ibn Al Khattab et Abou Bakr qui voulaient faire valoir leurs arguments pour la désignation d’un gouverneur autre que celui que le Prophète avait choisi. Omar et Abou Bakr ne sont pas des gens du commun, ils représentent l’excellence de l’élite musulmane, les authentiques Khalifes du Prophète (saws) qui ont gouverné selon la vertu et la compétence des mahdiyines ( bien guidés et bien sensés). Les gens de l’élite peuvent avoir des opinions différentes, mais jamais ils ne doivent laisser leurs opinions les dominer au point d’oublier les préceptes coraniques et les enseignements prophétiques. Si Omar et Abou Bakr sont tenus à l’humilité devant le Prophète et à l’obéissance stricte , il ne peut être permis de croire que le savoir ou la réputation d’un savant, d’un intellectuel ou d’un homme politique autorisent des innovations ou des libertés qui vont à l’encontre des règles de l’Islam.

Il y a bien longtemps qu’on ne se fait plus d’illusions sur les ignorants et les incultes qui nous gouvernent et nous trahissent, mais nous pouvons leur trouver des excuses : l’ignorance, le despotisme, la vassalisation, la rente. Le cactus arabe a montré toutes ses épines. Les élites religieuses sont celles qui provoquent le plus de dégâts. Les premiers souillent les territoires, les seconds nos esprits et notre devenir.  Nous ne pouvons trouver aucune excuse à nos docteurs en foi. L’Islam et les Musulmans doivent se libérer de toutes les rentes et de tous les totems. Le chemin est long, il exige de la patience et de la constance dans nos efforts et l’espérance dans la Miséricorde divine :

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{Et s’ils avaient patienté jusqu’à ce que tu sortes vers eux, cela aurait été meilleur pour eux. Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Houjourat 5

Ceux qui devancent Allah et précèdent le Prophète perdent patience et ne se résignent pas au Jugement d’Allah. Ils croient qu’il peuvent impunément contourner, détourner, retourner ou faire accelerer  l’histoire à n’importe quel prix. Observez les révolutions arabes confisquées par les insensés et les assoiffés de pouvoir, au nom de l’Islam, et vous verrez  la vérité coranique se manifester sans voile : les imposteurs ne cherchent ni le bien des musulmans ni celui de l’humanité, mais la revanche sur les gouvernants et le triomphe de leur parti sectaire et inculte :

{Dis : « Allez-vous apprendre à Allah quelle est votre religion, alors qu’Allah Sait ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre ? » Allah Est Tout-Scient de toute chose. Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous fait une faveur en vous guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ». Certes, Allah Sait l’Occulte des Cieux et de la terre. Et Allah voit tout ce que vous faites.} Al Houjourat 16

C’est ainsi que se termine la sourate Al Houjourat.

 

Résistance globale partie 2/2

Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

Résistance globale partie 1/2

Nommer

Comment qualifier ou nommer ce qui vient consacrer une nouvelle fois l’incurie des gouvernants arabes, la médiocrité des savants musulmans et l’anarchie des populations qui se déchirent et déchirent les derniers rêves ratés de l’Islah et de la Nahda que les élites n’ont su ni mesurer ni rendre efficients et irréversibles. Depuis des siècles nous sombrons dans le flot des maux produits par nos mots sans planification ni sens ni ingénierie.

Le Prophète Mohamed (saws) et ses compagnons, confrontés  à l’oppression, l’ont vaincu, car ils avaient le devoir de dire la vérité et d’agir comme ils étaient appelés à écouter les paroles et à en suivre l’excellent. Ils  étaient aussi appelés à ne dire que des paroles sensées et bien visées.  Les  mots sont viseurs  dans les batailles de sens, véhicules de symboles …   Ils disent : «j’existe, je résiste ».

C’est par la posture actancielle du verbe véridique que l’Arabe obscurantiste ante islamique s’est libéré de ses préjugés et de son isolat historique pour se donner vocation à exister comme civilisateur  et moyens de résister contre la marginalisation, les luttes intestines, l’esprit minus habens de l’errant sans projet pour l’homme ni pour l’humanité sauf celui de subsister. L’Islam lui a donné les mots, le désir, le devoir et la quête de rompre à son habitue de vivre en subsistant encerclé par les empires chinois, byzantins et perses. Subsister ou « sub » « sistere »  est étymologiquement un renoncement à l’existence au rang d’homme honoré par Dieu et à la résistance contre les empires qui ravalaient les humains au rang d’esclaves sans humanité,  d’humanité confiné dans la lutte de survie animale en sub-sistere c’est-à-dire en prenant position dans la posture du parfait soumis qui fait halte et qui prolonge sa halte en marge de l’histoire pour demeurer vivant en tenant tête à l’ordre des choses sans chercher à le comprendre ni à vouloir le changer. Khobsister ou Khobtsister, deux formes de subsistance des vaincus et des déserteurs refont surface dans un monde où prime la logique de force et d’intelligence sociale, culturelle, politique, militaire et économique.

En subsistant l’Arabe entretenait ses préjugés, ses limites, ses incohérences et son aveuglement. L’Islam a réintroduit la conscience et le sens des mots qui remettent debout l’humain et lui disent il est l’heure de se réveiller et de marcher debout et d’un pas alerte vers ce où « chacun est facilité pour ce qu’il a été créé » en l’occurrence exister sinon résister contre ce qui porte atteinte aux droits et aux devoir d’exister.

L’homme honoré par Allah et le Musulman élu par Allah ne peut se voir immobile et subissant les événements qui le mettent en infériorité, en domination par rapport aux positions des autres et en dehors de sa vocation d’être parfait ou perfectible pour se conduire et conduire les autres à exister en conformité avec l’humanité et l’islamité qui les invite à se promouvoir en responsable, prenant des positions qui siéent à leur humanitude. Le préfixe latin sub (sous)  et le verbe sistere (prendre position) qui consiste à subsister sous la tyrannie, l’idolâtrie est à rejeter car il place l’homme en situation de dominé, de soumis, de  démissionnaire, d’en dessous de ce que Allah attend de lui.

Les mots expriment un état, un sentiment, une pensée ou une action qui révèlent le rapport à l’autre :fraternité et solidarité ou agression et domination

Ils expriment la compétence d’Adam d’attribuer des noms à des êtres, des choses et des processus. La compétence humaine de tout nommer exprime le pouvoir de se déployer comme un champ de connaissances, un canevas d’idées, une ingénierie de processus et un réseau d’interactions.

Satan est intervenu comme un obstacle, une tentation, un danger, un ennemi, un leurre pour empêcher la compétence distinctive humaine de se déployer dans son aspiration au bien et au beau et lui interdire sinon lui compliquer les quêtes innées qu’elle porte en elle.

Nommer c’est exister et résister en racontant la mémoire du passé, l’attention de l’acte présent,  et l’espérance… Il faut nommer ses désirs, sa foi, ses projets, ses quêtes, ses amis, ses alliés, son projet de résistance et ses perspectives d’existence.

Les Palestiniens, privés de terres, continuent de nommer le retour à la terre comme la colombe de Noé symbolisait la fin du déluge et triomphe des résistants embarqués dans l’arche du salut. La Palestine continue d’offrir à l’humanité les racines spirituelles,  l’humus sociologique et le sédiment littéraire et intellectuel de la compétence de conjuguer  exister et résister.

Les verbes « exister » et  « résister » sont un même acte exprimé par le même verbe  « sistere » (se) positionner, faire face. Ce qui change c’est la commutation de sens  opérée par l’intention qui préside à l’acte et lui donne motivation, visée, symbole et  reconfiguration.

Exister ou « ex-sistere » consiste, à opérer un changement d’état en sortant  de soi, en allant vers l’extérieur, en cherchant de nouvelles issues ou en faisant rupture par rapport à un fait ou à une idée qui s’impose devant soi par un acte de repositionnement de soi et une reconfiguration de son face-à-face.

Résister ou « re-sistere » consiste à répéter des postures, à inverser des situations, à réagir contre des agressions, et à apporter des réponses aux intrusions par la reprise des positions perdues, la rupture avec l’inertie, le refus de s’aligner sur le sens imposé, la révision du face-à-face, l’apport de nouvelles réponses plus pertinentes et plus opportunes. Résister c’est continuer d’exister en redéployant ses actions après un changement de paradigme.

Il ne s’agit pas, ici,  de dicter une conduite à la résistance ou de parler au nom des résistants, mais de rappeler quelques évidences… Parmi ces évidences il y a les impostures qui font obstacle à la résistance dont les professionnels des négociations interminables, les diplomates du défaitisme de la paix arabe, les Pygmalion de « la résistance globale non violente » et les loups solitaires de la violence gratuite et implacable dans le monde arabe important « la résistance totale sans leader »…

Les invariants

Exister c’est affronter sans cesse les épreuves de vie ainsi que les oppositions intérieures et extérieures qui viennent contrarier le déploiement des possibilités de l’être ou rendre ce dernier réfractaire à toute idée de changement et de progrès.  L’être ontologique et social existe tant qu’il conserve son autonomie à se repositionner en permanence comme un sujet  en devenir dans son acte. Lorsqu’il perd son identité de sujet et le sens de ses actes, il cesse d’exister et devient objet soumis à des volontés contraires.

Exister est une manifestation de la globalité ontologique et sociale des croire, vouloir, savoir, devoir, pouvoir, faire et de leurs interactions dans les registres, invariants et singuliers, de la pensée et de l’activité politique, économique, intellectuelle, artistique …

Aussi vrai que l’être  et son acte sont  indissociables dans leur mutuelle détermination, la résistance et l’existence sont indissociables dans leur formulation et leur interaction. Il en est de même du croire (Amana) et de s’efforcer (Jahada).

Entre exister et résister,  la différence  est que dans un cas on prend davantage de position pour soi, et dans l’autre cas on prend davantage position contre le négateur de soi.  La différence actancielle est dans le rythme et le mode de changer de positionnement, de posture, d’actions, de dynamique, de consommation  du temps et  de l’énergie,   d’effusion de sang, de sueur et de larmes.

Confiner l’un ou l’autre dans un contenu, singulier  ou isolé, est en contradiction avec le principe de globalité. Ce principe  refuse les démarches taxonomiques simplificatrices et réductrices qui veulent confiner la résistance dans un cadre sectaire, une démarche partisane, ou dans une activité.  Le colonialisme est un moule axiomatique qui impose ses mots, ses valeurs, ses codes, ses concepts, ses symboles, ses produits, et ses interlocuteurs qu’il a produits, récupérés, recyclés et validés.

En déboitant l’existence de la résistance  et en négligeant leurs mécanismes globaux nous faisons l’impasse sur la lecture de la réalité et de sa dynamique la confinant dans un fait. Certains d’entre nous voudraient poser le problème palestiniens en termes de lobby faisant ainsi du conjoncturel et du singulier écran aux invariants du rapport colonisé-colonisateurs, opprimés-oppresseurs.

Division, dispersion, atomisation, diversion et subversion sont des armes que l’Empire pratique depuis toujours  pour saper les conditions d’exister et les possibilités de résister des peuples. La résistance globale c’est maintenir la dynamique et l’interaction de l’ensemble des idées et des activités qui expriment le  droit d’exister et le devoir de résister dans un projet de fédération, de cohésion et de coopération de toutes les forces sans exclusion ni exclusive.

L’esprit critique et la vision globale déconstruisent le formatage et renforcent  l’initiative crédible, viable et autonome contre l’oppression. Ils évitent de poursuivre un bouc émissaire désigné ou de s’enfermer dans le mimétisme.

Ni le retour aux sources ni le retour à la terre ne sont une réédition identique de ce qui fut sinon résister et exister finissent en  chimère, en utopie dans ce qui serait. La  loi universelle du changement impose de revisiter le Passé dans un devenir au lieu de vouloir l’importer comme une pièce d’archéologie, un fossile antédiluvien, un prêt-à-porter.

Le Prophète (saws) à Médine n’a pas distingué le Jihad contre l’oppresseur de ce qui donne existence globale à la communauté et à l’État : écoles, assainissement, forages, libération des marchés et du foncier des monopoles, interdiction de l’usure, socialisation des moyens de production, recapitalisation du commerce, de l’industrie et de l’agriculture par le travail et l’investissement, développement des réseaux de solidarité sociale, et asile pour les pauvres et les réfugiés.

 

Vérité immuable

Moïse (saws) nous apporte des éclaircissements magistraux sur les invariants de la résistance globale.

Il ne s’inscrit pas dans un rapport de force, mais il se positionne par rapport à la vérité. Il implique ses partisans et ses adversaires à se repositionner par rapport à la vérité. Il ne singularise pas l’acte d’exister de l’acte de résister. Il va poser les problèmes de l’existence et de la résistance de l’opprimé dans une même problématique et dans une seule et  même perspective. Exister et résister ne sont pas la juxtaposition d’actes linéaires successifs, mais le continuum d’un complexe de quêtes et d’actes faisant sens et contre sens avec la vérité, et faisant opposition ou alliance aux mensonges.

Il va dévoiler l’oppression dans ses deux formes de perversion. La première forme est l’abus dans la propre existence  de l’oppresseur du fait de sa cupidité vorace et de sa prétention narcissique à se croire meilleur ayant droit absolu.  La seconde  forme  est la transgression des droits d’autrui par la violence et les justifications.  Ces deux formes indissociables vont s’intérioriser comme mentalité collective ou fatalité.

Moïse va, sans formalisation juridique,  indiquer  les fondements iniques de l’oppression et des empires coloniaux : le droit d’abuser. Nous sommes donc interpellés, dans la pensée et l’acte de résistance globale,  sur les conditions morales, sociales, économiques et juridiques du capital et de la propriété. Il ne s’agit pas de brimer le capital et la propriété privée, mais de reposer les conditions de leur légitimité et de redéfinir les rapports sociaux à l’argent.  En vérité la question de l’oppression et celle de la résistance dépassent le champ matériel et économique. Le religieux, le culturel, l’idéologique, le psychologique, compris comme acte d’existence de l’homme honoré ou comme devoir de résistance pour restaurer ou préserver l’honorificat de l’homme, sont, selon leur emploi social et moral, des  obstructions ou des accélérateurs à l’existence digne et à la résistance efficace.

Moïse va donc amener tous les syllogismes fallacieux du camp dominant  à s’effondrer les uns après les autres. Il va amener toutes les fascinations, dans son propre camp, envers les symboles de l’oppresseur à se déconstruire.

Toutes les formes de despotisme économique, intellectuel, technologique, financier, militaire, territorial et politique s’épuisent par rapport  à la vérité qui s’énonce et qui dévoile le contenu et la logique des mensonges. Dénoncer le colonialisme ou faire l’apologie de la résistance ne suffit pas. Il faut saper l’arrogance et l’abus dans leurs fondements idéologiques tout en opposant  à leurs instruments de domination des alternatives globales de libération : idéologiques, morales, sociales, économiques, politiques et organisationnelles.

La vérité portée par Moïse porte Moïse. Elle est transcendance et immanence. Elle s’énonce comme évidence absolue, immuable, indivisible, inaliénable et irréversible. Elle est intrinsèque, elle se suffit à elle-même. Elle est une, inaliénable, indivisible,  sans dérogation ni condition suspensive ou limitative…

Moïse va conjuguer re-sistere et ex-sistere en aidant son peuple à devenir endurant et patient tout en lui apprenant les postures intellectuelles, morales, sociales et économiques qui lui permettent de se  tenir debout, de poser les assises de la libération, d’établir l’ossature de la communauté pour exister et résister. En écoutant le récit coranique on peut sans peine imaginer Moise et ses compagnons en train de  soutenir, de remettre debout, d’affermir, de fortifier, de consolider, de se mettre en quête de l’unité et de la Qibla annonciatrices de la fin de l’épreuve.

Si élever, construire, ériger, avancer sont des actes de résistances et d’existence qui fédèrent un peuple longtemps humilié et mis en situation de subsister sous les oppresseurs gaspilleurs, détruire, faire du mal se venger déshumanise davantage l’oppresseur et le rende vulnérable face à l’oppressé qui découvre enfin l’impasse totale de son tyran et entrevoit l’aboutissement dialectique de la contradiction entre l’oppresseur qui va épuiser ses moyens de répression et l’opprimé qui va se remplir de Sabr : endurance, constance avec espérance.

La perversion du rapport à la vérité par  la corruption, la tyrannie, l’injustice, l’atteinte des droits des autres, l’arrogance, la dérive démiurge ou la soumission à l’idole introduit des biais, des confusions ou des aveuglements dans le regard individuel et collectif qui ne perçoit que ses illusions et ses justifications mensongères. Le rapport à la vérité est indissociable du  rapport au savoir et aux références incontestables. Le despotisme est l’imposition d’un mensonge déclamé comme étant une « vérité ».

L’opprimé armé de vérité, non seulement ne voit pas le déficit de ses moyens comme un handicap, mais mobilise les moyens les plus judicieux pour sa résistance tout en se libérant  des limites du rapport des forces. Il va se libérer de ses résidus, de ses corps étrangers et de ses parasites pour se voir dans une perspective et une dynamique sans limites. L’oppresseur va faire le changement inverse en devenant plus vicié, plus vulnérable et sans perspective autre que celle de la spirale infernale de sa machine répressive. Pharaon est contraint de solliciter ses magiciens, ses armées, ses bâtisseurs, ses courtisans, ses vassaux. Il perd le monopole de la représentation et de l’initiative de la puissance. Il amplifie les conditions objectives et subjectives de sa contestation y compris au sein de son camp.

Le processus de confrontation à la vérité et au savoir conduit irrévocablement à l’effondrement des mensonges et de leurs appareils.

Les Palestiniens sont sur cette voie, il ne faut pas les en détourner, il faut les accompagner et dénoncer les tentations et les chantages qui veulent les conduire aux renoncements dans cette phase de confusion. La Turquie, le Qatar, l’Egypte et Mousaylima le grand gourou agissent de concert pour corrompre les Palestiniens  et les pousser à se dessaisir de leur devoir de résistance et de leur désir d’existence.

 

Priorité

Le Messie (saws) ne s’est pas focalisé sur l’occupation romaine et  son administration coloniale. La domination militaire et politique des Romains était secondaire  par rapport à la décomposition religieuse, idéologique, morale, économique, politique et sociale des Bani-Israël, ce concentré d’humanité que le Coran nous présente comme parabole sociohistorique.

La communauté des Bani-Israël du temps du Messie (saws) ressemble étrangement à notre communauté dans ses confusions et ses divisions.  Une communauté fragmentée entre intégristes, romanisants, hellénisants, commerçants cupides, doctes corrupteurs, adeptes de  Satan, seigneurs de guerre en quête d’un roi, populations sans repères.  Les véridiques, les justes  et les vertueux étaient en minorité.

Le peuple accablé par l’injustice, l’impôt, et l’usure ainsi que par l’instrumentalisation de la religion à des fins mondaines et politiques ne pouvait ni produire son argent, ni son élite, ni ses moyens d’émancipation.

Dans ces conditions, l’insurrection populaire contre l’Empire et ses vassaux politiques ne va pas libérer la société des causes profondes de l’oppression. Jésus a dénoncé le système qui rendait impossible la restauration de la vérité, la production des idées, la moralisation de la vie économique  et l’émergence des élites sociales préalables à la libération.

Il ne s’agit pas de prôner le désistement et la résignation comme réponse à la violence faite aux Palestiniens, mais de rappeler aux Arabes l’impératif de hiérarchiser les priorités et de refuser l’impertinence, l’inopportunité et l’incohérence des idées et des actes de  l’atomicité sociale et religieuse.

La confusion et la divergence sont des mouroirs. La confusion sur la vérité n’est pas produite par l’ignorance et l’erreur, mais par une volonté délibérée et préméditée de masquer la vérité, de propager l’ignorance  et d’induire le peuple en erreur pour usurper des privilèges et spolier des biens. La division est systématiquement entretenue par la culture du mensonge délibéré afin de garantir l’impunité  de la spoliation  et sauvegarder le pouvoir de l’imposture. La rente religieuse, historique, politique et économique annonce, accompagne et poursuit l’œuvre du colonialisme.

Si l’Empire romain cherchait la domination militaire, politique et économique du territoire, les castes religieuses cherchaient la domination absolue sur les consciences par la falsification des rapports à la vérité et par la corruption des savoirs.

Si Moïse était confronté à l’arrogance de Coré  et au désir mimétique qui viennent compliquer le rapport au despotisme de Pharaon, le Messie était confronté à un système d’aliénation  économique et idéologique produit par l’élite religieuse se réclamant de  Moïse. Les opposants au pouvoir en place se réclament eux aussi de Moïse sans être une alternative crédible et authentique pour porter la vérité, produire le savoir et libérer le peuple.

Le Messie nous montre que décoloniser les esprits est plus complexe que libérer la terre.

Le Messie n’a pas dissocié les causes de l’oppression de ses conséquences. Il s’est consacré, parallèlement à la proclamation de la vérité et au dévoilement des mécanismes intérieurs de l’aliénation à apporter des remédiations et des soulagements aux souffrances du peuple.

Les Romains et leurs alliés juifs empêchaient le Messie de nommer la vipère vipère et faisaient toutes les combines pour le faire tomber, l’obliger à s’arrêter, le contenir, le réprimer afin de circonscrire sa prédication et sa parole de vérité. Circum-sistere est l’art militaire  romain de  s’arrêter autour des villages et  auprès des populations pour les entourer avant de les attaquer et prendre par la force leurs positions. Circum-sistere est l’art de la casuistique religieuse et sociale pour vendre le faux à la place du vrai en montrant souvent le faux comme du vrai et le vrai comme du faux par la force de la persuasion des rhéteurs religieux. Entouré,  assiéger ou dénigré, le Messie avait adopté une autre posture il s’est consacré à assister les pauvres et les malades. Assister ou a-sistere consiste à devenir absent de la position, à marcher dans le sens imprévu de l’ennemi qui croyait comprendre la posture de son ennemi. La beauté de la situation c’est qu’il a été préservé de posture  tissée par l’ennemi interne et externe en prenant une autre posture qui consiste à assister les démunis et les esseulés. As-sistere prend aussi le sens d’être présent sur place, d’être à côtés pour secourir et aider.

Le jeu de mots ne peut montrer l’étendue du destin qui se jouait en ces moments-là, mais il témoigne de la force des mots et de l’ironie de ces mots lorsqu’ils sont rapportés à l’histoire des us et des autres. La plus grande ironie c’est que ces mots continuent de se jouer des uns et des autres car les médiocres qui répètent des mots religieux sans en comprendre le sens ou la portée et ont l’outrecuidance de parler au nom de Dieu et des Prophètes. L’ironie est cruelle car l’effusion du sang musulman au profit des ennemis des musulmans ne semble pas s’arrêter.

L’intellectuel et le savant entre le Signe et le Sens

Pour répondre à la question sous-jacente au titre, en l’occurrence les aptitudes et la vocation de l’intelligence institutionnalisée, il faudrait  au préalable avoir une définition consensuelle sur la signification des termes « savant » et « intellectuel ».

Définitions d’usage

Il est très difficile de définir le terme « savant ». L’usage veut que le savant soit celui qui sait beaucoup de choses, qui a un grand savoir, une grande érudition, une grande expérience, une grande  compétence dans un domaine. Le terme compétence est complexe selon les écoles de pensées. La meilleure définition est celle de la capacité d’une personne qui est socialement reconnue. C’est donc la légitimité par la reconnaissance que nait la compétence. Celui qui n’est pas reconnu par ses pairs ou qui ne bénéficie pas d’une grande audience qui lui donne légitimité de parler au nom de cette audience ou parler au sein de sa corporation n’a aucune légitimité et par conséquent aucune compétence.

Il est encore plus difficile de définir le terme « intellectuel » eu égard à ses connotations idéologiques et philosophiques.  Nous allons nous contenter d’une définition générique : L’intellectuel est celui qui exerce une activité mentale, qui met en œuvre son intelligence (esprit), pour dépasser la perception qu’il a d’un phénomène ou l’émotion devant ce phénomène pour parvenir d’une manière objective et logique à une connaissance ou à un savoir sur ce phénomène. Il s’agit de parvenir  par l’intellect, qui n’exclut pas la perception (observation, manipulation, écoute), à la compréhension théorique ou pratique, mais prouvée, des causes, du  déroulement ou des conséquences d’un phénomène tangible ou abstrait. L’intellectuel manie des idées, des concepts, des représentations mentales de la réalité perçue dans le monde tangible ou de la réalité imaginée ou ressentie dans le monde  spirituel.

Mon cadre idéologique d’analyse étant le  Coran. Je vais tenter de définir le savant et l’intellectuel puis de montrer les attendus que le Coran et par conséquent le Musulman attend d’eux.

L’intellect coranique et le Taffakkor

Dans l’usage arabe on parle de mouffakir celui qui fait usage de sa pensée, de son intellect. Partant de cette définition (hypothèse de travail) nous arrivons à plusieurs termes coraniques. Le  « Taffakkor » qui consiste à  faire l’effort de penser, de raisonner, de réfléchir, le « Taddabbor » qui consiste à faire l’effort de méditer, de contempler, d’analyser, de saisir  les aspects cachés, de découvrir le sens qui est derrière l’apparent, le « ‘Akala » qui consiste à faire usage de sa raison pour identifier, connaitre, savoir, le « dhakara » qui consiste à se rappeler, à évoquer, et le « ‘Alima » qui consiste à savoir. La sunna prophétique évoque le terme « Ta’allom » qui est l’effort de partir en quête d’acquisition du savoir sans lequel il n’y pas de constitution de savoir ni de personnalité savante. Bien entendu le Coran évoque d’autres notions complexes qui doivent encore échapper aux neurosciences comme  le « Qalb » l’intelligence du cœur, le « Loub » l’intelligence intérieure,  le « ‘îlma al louddhouni » qui est moins que la révélation et plus que l’intuition….

Nous allons explorer, pour l’instant et pour des raisons méthodologiques,  le terme « Taffakkor » et délaisser les autres notions.

Le lecteur du Coran remarque que le Taffakkor se rapporte  à la création divine, aux phénomènes cosmiques, sociologiques, historiques, comportementaux, ainsi qu’aux révélations. Dans la majorité des cas il se rapporte au Signe (Aya) ou aux Signes (Ayat).

Aya (Ayayt)  et Signe (s)

La langue arabe donne au terme Ayat la signification de marque, d’insigne : آيةً = علامة

La langue arabe donne aussi au terme Aya le sens d’enseignement : آية= عِبْرَة. La ‘Ibra vient de ‘abara (passer) qui donne ‘oubour (passage ou passerelle) signifiant la commutation de sens, du particulier au général ; du caché à l’apparent, de l’allégorique à l’évident, du fait à sa cause…

Le signe a pour vocation de conduire vers un sens. Ainsi quand on lit sur un tableau ou sur un support quelconque le mot chaise ou le dessin de la chaise, le signe « chaise » me renvoie l’idée de la fonction de la chaise qui consiste à s’assoir et elle me renvoie aussi l’idée de l’artisan de la chaise et de ses instruments qui ont façonné cette chaise ainsi que tous les symboles culturels, religieux et sociaux liés à cette signification. Le signe a valeur de symbole, mais aussi de pouvoir évocateur par les images mentales (les signes) que le signe scriptural, sonore ou autre a fait évoquer dans la mémoire ainsi que dans l’attente silencieuse que l’évocation a généré. Il y a donc dans le signe une conjugaison spatiale de plusieurs signes et une conjugaison temporelle d’évocation de ces  signes dans la mémoire (le passé), l’attention (le présent) et le futur (l’attente).

Lorsque le Coran utilise le terme Aya au singulier 84 fois et le terme Ayat au pluriel 148 fois il montre l’étendue de la polysémie du Signe tout en lui donnant à chaque fois une définition propre au contexte de l’énoncé coranique. Il  montre aussi  la compétence singulièrement humaine à potentialiser les signes et à les conjuguer entre eux pour atteindre un « meta » signe c’est-à-dire un sens final, un sens abouti, un sens sublime.

  • Le  Signe désigne l’énoncé divin dans le Coran, l’Evangile, la Thora et autres Livres révélés :

{En fait, Nous t’avons révélé des Signes évidents et nul ne les mécroit que les pervertis.} Al Baqarah 99

Hélas nous avons introduit un biais sémantique dans notre lecture (francophone) du Coran par la confusion  d’Ayat avec verset. Le terme verset est un dérivé latin signifiant petit vers qui a été transposé pour les écritures bibliques. Pour Allah, pour le Prophète et pour nous les Musulmans Aya ou Ayat signifient Signes divins. Ces signes qui manifestent Dieu dans Sa Puissance  et Son Invincibilité prennent le nom de Borhane, de Soltane, de Bayina en fonction du contexte et de l‘importance du signe dans une hiérarchisation coranique précise.

Nous avons introduit un autre biais en croyant qu’il était nécessaire  de débattre sur la foi ou sur le  Coran avec  les prétendus savants Juifs et Chrétiens qui ignorent le Coran et qui veulent l’ignorer. Quelle est la signification d’engager un dialogue entre les religions, 15 siècles après que Mohamed (saws) et le Coran aient  clôt ce débat. Venir nous dire que l’Islam est le troisième rameau des religions monothéistes au même titre que le judaïsme et le christianisme en étant philosophe musulman spécialisé dans l’histoire des religions est non seulement une ineptie, mais une déclaration publique de son ignorance sur ses propres références religieuses.

Il est malheureux de prétendre qu’Allah (swt) ait modifié les Ayat dans le sens de modifier les « versets » coraniques comme si le Coran était d’abord un brouillon ou Allah un écrivain qui fait des ratures puis gomme tout en cherchant de l’inspiration. Sobhane Allah. Le sens de ce verset frappe  pourtant l’esprit :

{Nous n’abrogeons un Signe ou ne le faisons oublier sans en apporter un de meilleur ou de semblable. N’as-tu pas su qu’Allah est Omnipuissant sur  toute chose ?} Al Baqarah 106

Il s’agit de faire succéder les Révélations que le Coran nomme par le terme « Signes ». La signification est que pour Allah ainsi que  pour tous les Musulmans il y a le principe sacré et universel du monothéisme : un seul Dieu, une seule Parole divine, un seul Livre. Les feuillets d’Ibrahim, les Psaumes de David, la Thora de Moïse, l’Evangile du Messie sont issus d’un seul et même livre. En informatique on aurait dit les occurrences d’une seule et même entité, même si ces occurrences se manifestent dans des formes et des conditions différentes.

  • Le  Signe désigne la création divine :

{Il y a certes dans la création des Cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est profitable aux hommes, dans ce qu’Allah a fait descendre comme eau, du ciel, avec laquelle Il a ranimé la terre après sa mort et y a insufflé de tout être vivant, et dans les effets des vents et les nuages assujettis entre le ciel et la terre, des Signes pour des gens qui raisonnent.} Al Baqarah 164

  • Le signe désigne la parabole, l’allégorie, la métaphore

{Certes, l’exemple de la vie ici-bas est comme de l’eau que Nous faisons descendre du ciel qui se mélange aux  plantes de la terre dont se nourrissent  les hommes et le bétail. Jusqu’à ce que la terre ait pris sa parure et s’ornemente, et que ses habitants pensent qu’ils ont plein pouvoir sur elle, alors Notre Décret lui survient de nuit ou de jour. Ainsi  Nous la rendons toute fauchée, comme si elle n’a pas été florissante la veille. Ainsi, Nous détaillons les Signes pour les hommes qui méditent.} Younes 26

  • Le signe désigne les phénomènes existentiels :

{Quelqu’un d’entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les fleuves et qui contienne toutes sortes de fruits, puis, lorsqu’il est atteint de vieillesse en n’ayant que de faibles descendants, alors un ouragan avec du feu frappe et dévaste ce jardin ? Ainsi Allah vous détaille les Signes, afin que vous réfléchissiez.} Al Baqarah 266

{Certes, il est dans la création des Cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, des Signes pour les doués d’entendement.} Ali ‘Imrane 190

  • Les signes désignent les phénomènes existentiels, sociaux et psychologiques :

{Dis : « Dites-moi, si Allah vous supprimait votre ouïe et vos vues, et rendait vos cœurs insensibles à la vérité, quel autre dieu qu’Allah vous les rendrait ? » Vois comment Nous détaillons les Signes, mais eux s’esquivent !} Al An’âm 46

{Et  la bonne contrée, sa végétation pousse grâce au vouloir de son Dieu, alors que dans celle qui fut mauvaise, elle ne pousse que dépérie. Ainsi Nous détaillons les Signes pour des gens reconnaissants.} Al A’âraf 58

  • Les signes sont les catastrophes ou les voies de  salut qui parviennent aux hommes en récompense de leurs œuvres :

{Dis : « Qui vous sauve des ténèbres de la terre et de la mer  »  lorsque vous l’implorer humblement et secrètement : « S’Il nous sauve de celles-ci, nous Lui serons pour toujours du nombre des reconnaissants » ? Dis : « C’est Allah qui vous sauve, ainsi que de toute autre détresse, mais vous voilà devenus polythéistes ! »  Dis : « Il est le Tout-Puissant qui a le pouvoir de vous envoyer un châtiment d’au-dessus de vous, ou d’en dessous vos pieds, ou de vous confondre en sectes et ainsi  faire subir à  certains d’entre vous les brutalités des autres. » Vois comment Nous détaillons les Signes, afin de les amener à  comprendre !}

  • Les signes sont l’annonce ou les preuves tangibles de la manifestation divine contre les sceptiques :

{Et ils ont juré par Allah, de tous leurs serments, que s’il leur venait un Signe, ils y croiraient sûrement. Dis : « Les Signes dépendent d’Allah. » Mais, qui vous fait penser que s’ils leur parvenaient, ils n’allaient pas y croire ? Nous rendons leurs cœurs et leurs vues inconstants, comme ils n’ont pas eu foi la première fois. Nous les délaisserons s’aveugler dans leur tyrannie. Même si Nous faisions descendre les Anges vers eux, et que les morts leur parlaient, et que Nous leur rassemblions toute chose devant eux, ils n’auraient jamais eu foi, sauf si Allah le Voulait. Mais la plupart d’entre eux sont des ignorants.} Al An’âm  109 à 111

  • Les signes sont la manifestation du prélude au châtiment divin  imminent :

{Et Nous avons saisi les gens de Pharaon d’années catastrophiques et d’un manque de fruits, afin qu’ils se rappellent. Mais lorsqu’un bien leur parvient, ils disent : « Ceci est pour nous. »  Et si un mal les frappe ils accusent Moïse et ceux qui sont avec lui de mauvais augure. Cependant, leur mauvais augure dépend d’Allah, mais la plupart d’entre eux ne savent point. Et ils disent : « Quel que soit le Signe que tu nous apportes, pour nous ensorceler avec, nous ne croirons point en toi. » Alors Nous avons déchainé contre eux le déluge, les sauterelles, les poux, les grenouilles et le sang, comme Signes précis, mais ils s’enorgueillirent et furent des gens malfaiteurs. Et quand le supplice s’abattit sur eux ils dirent : « O Moïse ! Invoque pour nous ton Dieu en vertu de l’enseignement que  tu as : si jamais tu nous dissipes le supplice, nous croirons sûrement en toi et nous enverrons sûrement avec toi les fils d’Israël. » Et lorsque Nous avons dissipé  le supplice qui s’abattait d’eux, jusqu’au terme qu’il leur a été échu, et les voilà qui parjurent ! Alors Nous Nous sommes vengés d’eux : Nous les avons engloutis  dans la mer en raison de ce qu’ils ont démenti Nos Signes et y ont été  inattentifs.} Al A’âraf 130 à 136

{Et ceux-là, les ‘Ad, ils ont renié les Signes de leur Dieu, se sont rebellés contre Ses Messagers et ont suivi l’ordre de chaque oppresseur obstiné. Ils furent poursuivis par la malédiction dans ce monde et le jour de la Résurrection.} Houd 59 – 60

  • Les signes sont l’établissement des preuves :

{Et Nous n’avons envoyé de Messager, que dans la langue de son peuple, afin qu’il leur explicite. Allah alors Fourvoie celui qu’Il veut et guide celui qu’Il veut. Il Est l’Invincible, le Sage. Et Nous avons envoyé  Moïse avec Nos Signes : « Fais sans faute sortir ton peuple des Ténèbres vers la Lumière, et rappelle-leur les Journées d’Allah ». Certes, il y a en cela  des Signes pour chaque être constant en persévérance, constant en reconnaissance.} Ibrahim 4 à 5

  • Les Signes sont la manifestation  de la fin du monde et celle du Jugement dernier:

{Qu’attendent-ils ? Que les Anges leur viennent, ou que ton Dieu Lui-même vienne, ou que surviennent quelques Signes de ton Dieu ?  Le jour où viendront quelques Signes de ton Dieu, aucun être ne profitera de sa foi à moins qu’il n’ait eu foi, auparavant, ou qu’il n’ait acquis de bonnes œuvres grâce à sa foi. Dis : « Attendez ; nous    attendons ».} Al An’âm  158

  • Le pouvoir du signe : l’évocation

Dans le Coran là où il y a le(s) Signe(s) (Ayat) il y a la manifestation divine. Le Signe et  les Signes n’ont pas d’autre pouvoir évocateur que celui d’évoquer Allah. En toute logique donc le Coran s’appelle Dikr, mémoire, rappel, évocation.  L’évocation a pour pouvoir l’incitation à l’invocation d’Allah qui est la quintessence de la foi, même si elle est fugace :

{N’as-tu donc pas vu que les navires voguent sur la mer, par la grâce d’Allah, afin qu’Il vous fasse voir de Ses Signes ? Certes, il y a en cela des Signes pour chaque constant en persévérance, constant en reconnaissance. Et si des vagues les couvrent comme des ombres, ils invoquent Allah de tout leur cœur. Puis lorsqu’Il les a sauvés vers le rivage, il en est parmi eux qui s’attiédissent. Et ne renie Nos Versets que chaque persistant dans la perfidie, persistant dans la mécréance.} Luqman 31 à 32

{Et, lorsqu’ils s’embarquent sur le navire, ils invoquent Allah de tout leur cœur, mais quand Il les sauve vers le rivage, voilà qu’ils deviennent polythéistes.} Al ‘Ankabout 64

  • Le signe est à la fois la preuve incontestable et le dernier ultimatum

{L’histoire de Moïse t’est-elle parvenue ? Lorsque son Dieu l’a appelé  dans la vallée sacrée Towà : « Va vers Pharaon, il a outrepassé, et dit : “ Es-tu prêt à te purifier, et que je te guide vers ton Dieu pour que tu Le redoute ?” » Alors il lui montra le grand Signe. Mais il a démenti et s’est rebellé,  ensuite, il tourna le dos pour se préoccuper. Alors il rassembla et appela : il dit : « Je suis votre dieu, le plus-haut » ! Alors Allah lui a infligé le châtiment de la vie future et de la vie terrestre. Certes, il y a en cela sûrement une leçon à méditer pour celui prend garde à Allah.} An Nàzi’ate  15 à 26

Dans cet énoncé ci-dessus on trouve également le pouvoir révélateur du signe. En effet le Signe a une autre signification qui vient s’ajouter à celle de l’annonce du châtiment et à celle de  l’évocation d’Allah : celle du dévoilement. Les Ayats ont pour vocation de dévoiler le sens ultime, la finalité de l’existence : l’épreuve dans la vie et la sanction de cette épreuve dans l’au-delà sous forme de Paradis ou d’Enfer qui sont la récompense ou le châtiment de Dieu.

  • Le signe est la manifestation de l’Omnipotence créatrice de Dieu :

Dans ce rapport au Signe et aux Signes nous sommes mis devant le sublime du Coran  qui parfois déroute certains savants musulmans qui se retrouvent poussés à  spéculer et à formuler des hypothèses farfelues ou même aller à puiser dans le répertoire religieux judéo-chrétien.  Lorsque le Coran évoque le grand Signe ou les grand Signes en plus des neuf signes qu’Allah a adjoints à la prédication de  Moise il y a une sorte de confusion qui fait dérailler la quête de sens pour la placer hors du Coran alors que le Coran est son cadre explicatif. Ainsi sur ces énoncés et leurs explicitations :

{Alors il lui montra le grand Signe} An Nàzi’ate  20

{Et qu’est-ce cela, en ta droite, ô Moïse ? » Il dit : « C’est mon bâton, je m’y appuie, j’abats du feuillage pour mes ovins et je m’en sers pour d’autres usages. » Il dit : « Jette-le, ô Moïse. » Alors il le jeta, et le voici un serpent qui se meut. Il dit : « Prends-le et n’aie pas peur, Nous le rendrons à son état premier. Et rapproche ta main de ton flanc, elle en sortira toute blanche sans défaut : c’est un autre Signe, pour te montrer de Nos grands Signes. Rends-toi chez Pharaon, il a outrepassé les limites. »} Taha 17 à  23

Nos savants, intellectuels et traducteurs  introduisent en arabe et en français la notion de miracle (I’jàz, mou’jiza) pour ce que Allah a nommé Aya ou Ayat al Kobra (les grands signes). Le foi en la science leur a fait perdre le respect du texte coranique comme si Allah ne sait pas faire la distinction entre Signe et Miracle ou prodige ou comme si quelque chose de plus grand que la vie, la notre, ou la création des Cieux et de la Terre pouvait être considéré, dans cette existence comme un miracle, alors que l’ensemble de la création et de la manifestation divine serait une banalité, un fait ordinaire à des « savants » musulmans  désabusés par leur existence ou fascinés par la science et la technologie des mécréants.

Est-ce que la transformation du bâton de Moïse en serpent est plus difficile que la création des univers ex nihilo ? N’est-ce pas qu’Allah dit :

{Êtes-vous plus difficiles à créer ou le Ciel ?} An Nàzi’ate

Le Coran s’auto explique. Il nous donne la réponse :

{Quand alors Nos Signes leur parvinrent visibles, ils dirent : « Cela est de la magie évidente ». Et ils les ont renié, injustement et orgueilleusement, alors qu’en eux-mêmes ils y croyaient fermement. Regarde alors quelle ne fut la fin des corrupteurs !} An Naml  13 à 14

Pharaon et ses courtisans refusent de reconnaitre les grands Signes et  se cachent derrière : « Cela est de la magie évidente ». N’est-ce pas une autre forme de négation des Signes divins que de venir prétendre aujourd’hui que ces Signes sont du miracle même si ces dires ne relèvent pas de la mécréance mais de l’excès d’intelligence et d’interprétation par omission du respect qui est dû à la Parole d’Allah qui n’a rien omis dans le Coran pour qu’un homme ait l’outrecuidance de venir le compléter.

Appeler  les Signes divins de magie est une chose, y croire ou les nier est une autre chose. Lorsqu’on  lit attentivement l’énoncé coranique  on comprend que Pharaon et ses courtisans ont parfaitement compris le sens des Signes et des grand Signes : la fin de Pharaon et de son royaume. Les poux,  le sang, les grenouilles annonçaient les signes précurseurs qui se manifestent d’une manière tangible sans symbolique : le tarissement de l’eau. Seul Allah a le pouvoir de tarir ou de rendre abondant l’eau dans un moment ou dans un lieu de Sa création. L’eau est la vie. L’absence de l’eau signifie la mort par une lente agonie et par l’humiliation des privilégiés qui se retrouvent assoiffés, affamés et pouilleux comme les misérables qu’ils ont mis en esclavage. L’énonce nous donne la clé de la situation : « Et ils les ont renié, injustement et orgueilleusement, alors qu’en eux-mêmes ils y croyaient fermement. ». L’orgueil du pouvoir et l’illusion du savoir et de l’avoir cachent ce qui frappe les yeux non par l’imagination ou par la métaphore, mais par le vécu, par la réalité du Signe qui se manifeste tangiblement.

Bien avant que cela ne se produisent Allah informe Moïse de la fin inéluctable : « Regarde alors quelle ne fut la fin des corrupteurs ».

Quels sont donc les deux grand Signes ? Le frère Salah Eddine Ibn Ibrahim Abou ‘Arafa de la Mosquée Al-Aqsa avance une explication plausible par sa logique sémantique, historique et  linguistique. Le Bâton de Moïse en se transformant en serpent répond au symbole du Cobra sur le haut de la coiffe de Pharaon : la terreur a changé de camp. Ou bien Pharaon se repent et libère les opprimés ou bien il va mourir en perdant sa puissance en l’occurrence son armée et lui-même. Ce qui s’est effectivement passé. Est-ce que le bâton de Moise est un miracle ? Non c’est un grand Signe qui annonce la fin de Pharaon le « grandiose ». La main de Moise répond symboliquement  au bâton  de commandement que  Pharaon tient dans sa main comme signe de son autorité et de sa puissance sur son royaume. La main de Moise en sortant blanche non comme une ampoule ou une main guérie d’une maladie de peau, mais comme une main sans chair, blanche comme une main de squelette, annonçant sans équivoque la fin de Pharaon et de son royaume. Pharaon avait compris et d’ailleurs le récit coranique montre que Pharaon n’a jamais tenté de porter atteinte à la vie de Moïse. Emporté par sa mégalomanie conjuguée à la peur de mourir et de perdre son royaume, il a tenté  en vain de créer de la diversion.

Comme pour Moïse on ne va pas voir les Signes en la possession du Messie comme des témoignages de la manifestation divine, mais on va chercher le miracle. Et pourtant l’énoncé coranique met en évidence le Vouloir divin et les Bayinat (Signes évidents) qui s’exercent à travers le geste prophétique pour faire de ce geste un signe indiquant  Celui qui se manifeste derrière ce Signe :

{Lorsque Allah Dit : « O Jésus fils de Marie, souviens-toi de ma Grâce envers toi et envers ta mère, lorsque Je t’ai soutenu par l’Esprit de Sainteté pour que tu parles aux hommes, au berceau, et dans la force de l’âge. Et lorsque Je t’ai enseigné le Livre, la Maitrise, la Torah et l’Évangile. Et lorsque tu créais de l’argile comme la forme de l’oiseau, par Mon vouloir, et en laquelle tu as insufflé et elle devint oiseau, par Mon vouloir. Et tu guérissais l’aveugle-né et le lépreux, par Mon vouloir. Et lorsque tu faisais ressusciter  les morts, par Mon vouloir. Et lorsque J’ai dissuadé les fils d’Israël loin de toi, quand tu leur es venu avec les évidences, alors ceux qui sont devenus  mécréants d’entre eux dirent : « Cela n’est que magie évidente ».} Al Maidah 110

Comme Abraham, les Apôtres du Messie vont solliciter Allah non pour voir le miracle mais comme Abraham avoir la sérénité du cœur. Les signes accompagnant le Messie  n’ont pas augmenté la foi et la détermination des Apôtres puisqu’elles étaient déjà là avec ou sans « miracle ». De la même façon le doute et la haine des sceptiques et des hypocrites n’ont pas changé qu’il y ait eu ou pas de « miracles ». La logique de la foi échappe à l’entendement humain car elle relève exclusivement du du pouvoir divin. Voici ce qui devrait mettre fin à toute explication excentrique  qui mène à la confusion entre le Signe et le miracle :

{Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager », ils dirent : « Nous y croyons, et témoigne que nous sommes vraiment musulmans ». Et lorsque les apôtres ont dit : « O Jésus fils de Marie, ton Dieu peut-Il nous faire descendre une table du Ciel ? » Il dit: « Prenez garde à Allah, si vous êtes croyants ! » Ils dirent : « Nous voulons en manger, pour que nos cœurs soient rassurés, et pour savoir que tu nous as dit la vérité, et pour que nous soyons du nombre des témoins».}  Al Maidah 111 – 112

Allah a voulu que les hommes croient en Dieu sans voir Dieu ni ses anges ni son paradis ni son enfer car ils n’ont pas été crées avec ces facultés de vision dans ce monde. Voir Dieu est la récompense suprême de l’au-delà.  Les Apôtres n’ont pas eu la foi,car ils avaient vu des miracles mais ils ont obtenu la foi, car la foi a été leur récompense : « Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager » »

Est-ce que la création de Jésus est plus difficile que celle d’Adam ? Est-ce que le pouvoir de guérison de Jésus est plus difficile que la ressuscitation des oiseaux d’Abraham ? Est-ce que pour Allah il y a une chose relevant de l’ordinaire et une autre relevant de l’extraordinaire ou du miracle ? Est-ce que nous avons le droit de faire de la surenchère lexicale, terminologique et sémantique  sur la Parole d’Allah ? Même si un homme d’un certain niveau peut et a le droit de tenter d’expliquer la Parole d’Allah selon sa propre assise intellectuelle et sa propre culture scientifique, il ne peut se donner pour vocation d’inventer ce qu’Allah n’a pas dit ou de substituer d’autres termes à ceux d’Allah qui  sont à la disposition de l’humanité  dans le Coran. Est-ce que la vocation d’un savant ne consiste-t-elle pas à se conformer le plus scrupuleusement à la Parole divine ? Est-ce qu’Allah a parlé de miracle mathématique ou de miracle scientifique ?

Voici ce qu’Allah dit :

{Certes, l’exemple de Jésus, auprès d’Allah, est tel l’exemple d’Adam, qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : «Sois !» et il est.} Ali ‘Imrane 57

Pour Allah toute création est aisée, Son acte est un verbe : « Soit ! Et il en est ainsi ». Aïssa (saws) n’est pas un miracle, mais le verbe d’Allah. Aïssa n’est ni un miracle ni une divinité, mais un Messager d’Allah :

{Le Messie fils de Marie n’est autre qu’un Messager, tout comme les Messagers qui passèrent avant lui. Sa mère est véridique, et tous deux mangeaient la nourriture. Regarde comment Nous leurs explicitons les Signes, puis regarde comment ils louvoient!} Al Maidah 75

On va jusqu’à dire que les « miracles «  du Messie (saws) sont un défi pour la communauté juive de l’antiquité versée dans les sciences médicales. J’avais personnellement réalisé en ma qualité de concepteur deux produits pédagogiques dans le domaine de l’enseignement médical (anatomie fonctionnelle pour la faculté de médecine de Bordeaux et maladie des yeux pour une association médicale du sud ouest de la France). Au cours de l’étude de conception j’ai été amené à me pencher sur l’histoire de la médecine et rien ne me permet d’affirmer, sans être un spécialiste, que les Juifs étaient versés dans les sciences médicales. La médecine étaient  l’apanage des égyptiens, des grecs, de l’école d’Alexandrie qui a cassé le dogme du Galien et enfin l’école arabo musulmane qui a porté les sciences médicales à leur apogée avant de disparaitre devant l’école occidentale. Les Juifs étaient connus, du temps du Messie, par la magie et la sorcellerie ainsi que par leurs divergences entre serviteurs du temple, intégristes en quête d’un roi, hellénisants et romanisants… Ni Allah ni le Messie ne peuvent être rabaissés au niveau d’êtres « inférieurs » qui défient leurs semblables. Sobhane Allah !

Le Coran nous montre le caractère universel du Signe coranique en exprimant la problématique  de la quête de sens que tout signe doit impulser même si le terme signe est absent parce qu’en réalité tout est signe et tout signe conduit vers Dieu :

{N’ont-ils donc pas observé comment les chameaux, ont été créés ? Comment le ciel, a été élevé ? Comment les montagnes ont été  dressées ? Et comment la terre a été nivelée ? } Al Ghàchiya  17 à 20

Conclusion préliminaire :

A la lumière de la signification des Signes dans le Coran comme passerelle de sens qui amène l’observateur et le méditant vers la manifestation divine qui est en amont de ce signe  je peux conclure, même si cela n’est pas académique sur cette vérité : quiconque  œuvre par la parole, l’esprit et l’action à expliciter les Signes et à les rendre signifiants c’est-à-dire menant vers Allah et Son Dessein est un intellectuel, un savant, même s’il n’a pas fait d’études universitaires et même s’il n’occupe pas de rang honorifique dans les médias ou dans les assemblées scientifiques. Œuvrer par la parole, l’esprit et l’action au service de l’explicitation du signe ne veut pas dire absolument qu’il faut se situer sur le seul terrain du religieux. Tous les signes, cosmiques, phénoménologiques, anatomiques, scientifiques, historiques, sociologiques, ontologiques, sociaux, psychologiques, géologiques, artistiques qui conduisent au sens ultime, à la vérité, à Dieu sont un acte intellectuel un acte de savoir… C’est à ce niveau que se trouvent le savant et l’intellectuel. Le reste n’est que littérature, effet de mode…

Signes et Taffakkor

Il est remarquable de voir qu’au(x) Signe(s) (ٱلأيَٰتِ- آيَةً – خَلَقَ) va correspondre  le Taffakur (تَتَفَكَّرُونَ  –  يَتَفَكَّرُونَ – يَتَفَكَّرُوا – تَتَفَكَّرُوا)

Le Taffakur, le travail intellectuel qui prospecte mentalement les Signes de la création a donc pour vocation de transformer la perception de valeur tangible, esthétique, temporel, matériel en un sens spirituel voire métaphysique. Le Signe (Ayat) est un commutateur de sens, Le Taffakur dans l’homme libéré de l’aliénation de l’idole, du fétiche et du totem est également un commutateur. Ensembles, le Signe et l’interprétation du signe convergent vers une unique quête, celle du sens. Cette quête aboutit à  la découverte de  Dieu. Celui qui ne mène pas cette quête ou la mène dans une direction inversée il abouti fatalement à la perdition dans ce monde et à la perte de soi dans l’autre monde.

Sur des dizaines d’énoncés où les Ayats sont contigües au Taffakur nous avons celui-ci qui résume tout ce que nous venons de dire d’une manière évidente :

{Certes, il est dans la création des Cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, des Signes pour les doués d’entendement. Ceux qui ne cessent d’évoquer  le Nom d’Allah debout, assis ou couchés sur le côté, et de méditer sur la Création des Cieux et de la terre : « Notre Dieu, Tu n’as point créé cela en vain, gloire à Toi. Préserve-nous du châtiment du Feu.} Ali ‘Imrane 190 à 192

Le paysan, le boulanger, l’universitaire, la femme au foyer, le forgeron, l’astronome et tout être humain qui atteint ce niveau de conscience du divin et de  l’universel  dans la contemplation ou la médiation du signe qui le poussent à une quête vers Dieu est coraniquement  un doué d’entendement c’est-à-dire un savant, même s’il n’a ni doctorat en théologie ni en fiqh ni en Hadith.

Celui qui parvient par son âme, son esprit et son cœur à se rapprocher de cette vérité coranique  « Sache ٱعْلَمْ » est un savant. Nous allons l’étayer par plus de détails

{Et lorsqu’Abraham dit : « Dieu, Montre-moi comment Tu Fais Revivre les morts ». Il Dit : « N’es-tu donc pas croyant ? » Il dit : « Assurément, mais pour que mon cœur soit tranquille ». Il Dit : « Prends quatre volailles et dépèce-les, pour toi-même, puis mets-en un morceau sur chaque montagne, ensuite appelle-les : elles s’empresseront vers toi. Et sache qu’Allah est, certes, Invincible, Détenteur de la Maitrise ».} Al Baqara   260

{Et que tu juges entre eux d’après ce qu’Allah a révélé, ne suis pas leurs passions, et méfie-toi qu’ils ne te séduisent dans une partie de ce qu’Allah t’a révéla. S’ils s’en écartent, sache donc qu’Allah veut les frapper en raison de certains de leurs péchés. Certes, beaucoup d’hommes sont des pervertis.} Al Maidah 49

{Sache donc qu’il n’y a point de Dieu sauf Allah} Mohamed 19

En résumé le savoir impératif et sans faute qui pourrait donner le titre de savant et d’héritier du Prophète est articulé sur :

  • Le monothéisme pur qui consiste à savoir qu’Allah est le seul créateur et le seul maitre de la création,
  • Les Noms d’Allah et tout particulièrement sur les Noms Al Aziz (l’Invincible) et Al Hakim (Celui qui maitrise) qui montrent la Puissance et la gouvernance d’Allah dont rien de crée ou de décidé ne sa fait sans sa connaissance, sans sa volonté et sans lui en rendre compte.
  • La justice : il s’agit de rendre justice selon la loi d’Allah et cette mission incombe à ceux qui sont dans la position du Prophète en l’occurrence les juges et les gouvernants qui nomment les jugent et les savants dont la mission est de rappeler la loi de Dieu et le devoir de justice. La foi et la connaissance de la  Justice divine interdit au Musulman et tout particulièrement au savant  de recourir à la violence gratuite, à la vengeance et au désespoir qui souvent pousse à commettre des actes précipités causant plus de maux que  ceux qu’ils pensaient régler.

Ces trois savoirs relèvent  d’une foi en Dieu et d’un savoir  sur Dieu. Cette foi et ce savoir ne s’acquièrent pas seulement par l’étude, les titres universitaires, les publications, mais ils sont un don de Dieu qu’Il accorde à ceux dont les cœurs sont remplis de Taqwah. La Taqwah n’est pas la piété au sens chrétien ni la crainte révérencielle ou révérencieuse de Dieu des traducteurs du Coran elle est ce que le Coran a voulu qu’elle soit : crainte espérant la rémission et espérance craignant l’insuffisance et l’arrogance. Cette crainte et cette espérance qui se conjugue engendrent le scrupule et l’observance des prescriptions divines. Le savoir n’est  par conséquent ni livresque, ni académique, ni pragmatique,  ni théorique ni pratique, mais un ensemble de savoir être, de savoir faire, de savoir penser qui met l’individu dans cette situation de savant qui connait les limites de ce monde et la justice qu’il faut y rendre, le monothéisme et les Noms d’Allah qu’il faut exalter et transmettre avec le cœur rempli de Taqwah.  Ainsi le savant correspond à cette description coranique sublime :

{Mais ne craignent Allah, parmi Ses Dévoués, que les savants. Certes, Allah Est Invincible, Absoluteur.} Fater 28

Parfois il ne s’agit pas de Signes au sens cosmique, historique ou sociologique, mais de référence à la Révélation divine qui est un signe car elle indique que le Prophète ne peut avoir la compétence, le temps et le lieu pour la rédiger puis la transmettre mémorisée dans son cœur et son esprit :

{Et Nous n’avons envoyé, avant toi, que des hommes que Nous avons inspirés avec les évidences et les textes sacrés.  Interrogez donc les gens de la science si vous ne savez pas.  Et Nous ne t’avons révélé le Coran que pour que tu explicites aux hommes ce qui leur a été révélé, afin qu’ils réfléchissent.} An Nahl 43 à 44

Il est important de souligner la subtilité sémantique de « Ahl ad Dikr » que les savants et musulmans contemporains confisquent à leur profit pour se donner une position de rente religieuse et de référence politico religieuse. Allah a qualifié les Rabbins et les docteurs de la foi comme Ahl ad Dikr car la Thora et l’Evangile authentiques sont appelés Dikr dans le Coran comme le Coran lui-même est appelé Dikr.

Cet énoncé détruit la fausse idée que nous nous faisons du religieux, de l’intellectuel et du savant dans la communauté musulmane.  Il ne s’agit pas de croire stupidement par mimétisme social et conformisme culturel, et pour cela il faut  soumettre  le texte religieux à la méditation pour le comprendre et en tirer l’usage le plus efficace sur le plan intellectuel, spirituel, idéologique et  religieux.  Le Coran n’est pas un simple livre religieux ou un traité philosophique : c’est la Parole divine qui s’adresse à l’esprit créé par la Puissance divine pour que cet esprit comprenne et forme son intelligence ainsi que sa lucidité sur les réalités des mondes.

Cet énoncé démystifie le savant religieux. La phrase « Interrogez donc les gens de la science si vous ne savez pas » n’est pas un ordre donné aux musulmans pour aller consulter les savants comme s’ils étaient des rabbins de synagogues,  des  prêtres d’églises ou des membres d’un clergé ou d’un temple d’une secte ou d’une religion inventée par les hommes. Cette phrase demandait aux Arabes (païens, juifs ou chrétiens) contemporains de Mohamed (saws) de confronter ce que Mohamed dit aux dires des savants et des docteurs des Gens du Livre qui ont caché à ces Arabes leur savoir pour en garder le monopole et la rente sociale et religieuse d’une part et pour cacher leurs falsification d’autre part.  Il est évident que nous devons consulter plus instruit, plus probe et plus scrupuleux que soi, mais sans que cela ne fasse de ceux qu’Allah a privilégie de savoir, de piété et d’érudition devienne une institution cléricale dans l’Islam. L’Islam par la parole de son Dieu et par la voix de son Prophète (saws) exige du musulman d’être un homme savant qui partage son savoir ou un homme en quête de savoir qui part à la quête de plus savant que lui comme Moussa (saws) est parti à la recherche de Khadr (saws)

En effet il y va de notre salut en procédant à la démystification du Savant et de l’intellectuel dont les titres relèvent d’études académiques  ou d’aura médiatique qui se rapprochent davantage de l’esprit scolastique judéo-chrétien que de l’esprit islamique originel. Il est navrant de voir des « savants » ou des « intellectuels » contemporains adorés comme des idoles, des fétiches, des marabouts allant jusqu’à mourir pour eux ou du moins prendre leur parole comme parole sacrée, incontestable, au dessus de celle de Dieu (swt) et de celle du Prophète (saws). Allah a opposé les savants judéo-chrétiens aux analphabètes qui ont suivi le Prophète analphabète. Il ne s’agit pas d’analphabétisme ou d’illettrisme au sens  scolaire comme on l’entend aujourd’hui, mais d’ignorance des textes des Juifs et des Chrétiens ainsi que des philosophies byzantines et perses qui entouraient l’Arabie.  Il s’agit aussi d’ignorance complète de la foi et des préceptes moraux de  la Hanifiya, réminiscence de la religion islamique d’Abraham. Voici comment Allah a distingué cette génération d’élus :

{C’est Lui qui a envoyé, parmi les analphabètes, un Messager d’entre eux, qui leur récite Ses Signes, qui les épure, qui leur apprend le Livre et la Maitrise, bien qu’ils fussent sûrement, auparavant, dans un fourvoiement évident. Ainsi que d’autres, parmi eux, qui ne les ont pas encore suivis. }  Al Jumou’â 2

Au sens coranique le « si vous ne savez pas » est évident. Le recours au savoir d’un autre n’est pas la règle. La règle pour le musulman est de constituer son savoir pour vivre en autonomie de pensée et en être responsable qui assume ses responsabilités sans confier son destin à un homme qui est le produit d’une gestation de neuf mois comme lui. Plus une communauté acquiert, produit du savoir et échange le savoir, mieux se porte cette communauté dans sa vitalité, dans sa compréhension de sa religion et de son existence, ainsi que de sa vocation de témoignage aux autres. Il ne s’agit pas de faire gouverner le monde musulman par des ignorants, mais de renouer avec l’esprit sain des Compagnons qui étaient producteurs de savoir sinon consommateurs de savoir mais jamais des assistés qui avaient besoin d’une tutelle religieuse qui leur dicte leur conscience et leur Fatwa sur mesure. Le « « si vous ne savez pas » n’est pas la règle mais l’exception. Cette exception ne signifie pas l’existence d’un savant clérical ou d’un institution qui monopolise le savoir au nom d’un académisme qui ressemble davantage à une rente qu’à un devoir. Le Prophète (saws) a répondu de la manière la plus magistrale aux ignorants qui se complaisent dans leur ignorance et leur insouciance ainsi qu’aux détenteurs de savoirs qui font de la rétention de connaissance ou qui se place au dessus des autres comme s’ils étaient la science infuse :

« Les meilleur d’entre vous dans l’obscurantisme ante islamique  sont les meilleurs d’entre vous dans l’Islam s’ils font l’effort de connaitre leur religion (taffakkoh fil Dine) »

Parfois il ne s’agit pas de Signes au sens cosmique, historique ou sociologique, mais de paraboles ( ٱلأَمْثَالُ ) au sens intellectuel, car l’homme créé  être doué d’intelligence et d’esprit de quête de sens est sensé se mettre à l’abri de tout comportement insensé et de toute dérive contre la raison objective provoquée par la passion, la haine ou l’idéologie. En effet il faut être un sot, un insensé ou un psychopathe pour porter atteinte à l’image et à la réputation de  Mohamed (saws)   alors qu’il est connu par tous et depuis toujours par sa bonne moralité, sa probité, son intelligence, sa bravoure, sa générosité et sa magnanimité envers les humains :

{Dis : « Je ne vous dis pas que je possède les Trésors d’Allah, et je ne connais pas le Ghayb. Je ne vous dis pas que je suis un Ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est Révélé ». Dis : « L’aveugle serait-il égal au voyant ? »  Ne méditez-vous donc pas ?} Al An’âme 50

Si on peut douter d’un homme car on est jaloux de lui ou haineux envers lui car il met en péril notre rente illégitime sociale, économique  ou religieuse, on ne peut faire le parallèle entre ce que dit cet homme sur son Dieu et ce que montre son Dieu qui se manifeste à travers ce qu’Il montre dans la création :

{N’ont-ils donc pas médité ? Leur Compagnon n’a aucune folie : il n’est qu’un avertisseur évident.  N’ont-ils donc pas contemplé le Royaume des Cieux et de la terre, et toutes les choses qu’Allah A Créées, et que peut-être leur terme s’est rapproché ? En quel discours après cela croiront-ils ?} Al Aâraf 184 à 185

Au sens coranique pourrait-on qualifier d’intellectuel celui qui cherche la complaisance des mécréants pour avoir une belle image ? Pourrait-on qualifier d’intellectuel un dévergondé alors que notre Prophète a interdit de qualifier de « monsieur » un voyou, un dévergondé ? Pourrait-on qualifier d’intellectuel celui qu’Allah a désigné de chien, d’âne et de bétail parce qu’il a gommé la quête de sens que lui impose son intelligence ? Pourrait-on faire le beau, le gentil et  le savant devant des ignorants qui poussent l’outrecuidance non seulement à nous utiliser comme des faire valoir médiatiques, mais à mépriser l’Islam et les Musulmans ? Le Coran nous invite à réfléchir en nous décrivant  celui qui ne voit pas les Signes divins aveuglé par ses théories, ses croyances et ses idéologies ? Allah en nous montrant l’usage convenable de la raison qui ne peut être confinée dans l’obtention de titres universitaires ou de fonctions honorifiques nous montre le caractère odieux de celui qui se prétend détenteur de savoir et  d’intelligence alors qu’il  ignore d’où il est venu, quelle est sa vocation dans cette existence et vers où il se dirige inéluctablement.

{Et lorsque ton Dieu Prit des fils d’Adam, de leurs dos, leur descendance, et les a fait  témoigner contre eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Dieu ? » Ils ont dit : « Bien sûr, nous témoignons. »  Afin que vous ne disiez point  le Jour de la Résurrection : « Nous étions inattentifs à cela. » Ou que vous ne disiez : « Mais nos ancêtres ont déjà été polythéistes et nous étions une progéniture après eux. Nous Ferais-Tu donc périr en raison de ce qu’ont fait les    détracteurs ? » Ainsi  Nous détaillons les Signes, afin qu’ils reviennent. Et raconte-leur l’histoire de celui auquel Nous avons fait parvenir Nos Signes et qui s’en départit. Alors Satan l’a  poursuivi et il fut du nombre des égarés. Et si Nous l’avions Voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il eut un penchant pour la terre et a suivi sa propre passion. Son exemple est comme l’exemple du chien : si tu l’attaques, il halète, ou si tu le laisses, il halète. Cela est comme l’exemple des gens qui ont démenti Nos Signes.  Raconte donc le récit, afin qu’ils puissent réfléchir. Vil exemple que les gens qui ont démenti Nos Signes, et c’est envers eux-mêmes qu’ils étaient injustes.}  Al Aâraf 172 à 177

{Et Nous faisons croître pour la Géhenne beaucoup de djinns et  d’humains : ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et ils ont des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme le bétail, ils sont même plus fourvoyés. Ceux-là sont les inattentifs.}  Al Aâraf 179

Est-ce celui qui ressemble à un chien haletant qui cherche à être complaisant et servile, un baudet transportant une charge dont il ignore la valeur et le contenu, ou à du bétail, vache, mouton ou chèvre, paissant et ruminant en toute insouciance peut-il être un porteur de savoir, un défenseur de vérité, une lumière éclairante ?

Dans le Coran,  Allah nous fait connaitre d’autres états de la connaissance et du savoir qui rendent  le statut du connaissant, du savant  ou de l’intellectuel plus rare, mais aussi moins confiné dans la sphère scolastique et académique : Un savoir et une miséricorde en provenance de Lui comme un don divin sur qui Il veut et comme Il veut :

{Ils trouvèrent un Dévoué d’entre Nos Dévoués, à qui Nous avons donné de Notre part une Miséricorde,  et Nous lui avons enseigné de chez Nous une Science. Moïse lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes de ce qui t’a été enseigné de sensé ? »} Al Kahf

Certains de nos « savants » contemporains veulent conserver le monopole du savoir et le privilège de leur titre comme une rente qui leur est due allant jusqu’à distinguer le Dà’îy (prédicateur) du penseur (moufakkar), du Khatib (imam à la mosquée), du Savant. Pratiquant l’exclusion et la distinction ils tombent dans la  faute envers le Coran qui a qualifié  le Prophète de prédicateur :

{O Prophète, Nous t’avons Envoyé comme témoin, annonciateur, avertisseur,  prédicateur appelant vers Allah, par Son Vouloir, et une lumière éclairante.} Al Ahzab  45-46

Le Prophète Mohamed (saws)  est  notre modèle parfait : il appelle à Dieu, il n’appelle pas à un parti, à une doctrine, à une école ou à un clan. Je ne pense pas sincèrement que celui qui appelle à autre qu’Allah puisse mériter le titre de savant même son érudition est phénoménale et son prestige fascinant.

Il reste à la lumière du Coran de dire ce qu’il est attendu de l’intellectuel et du savant dans ses moments de troubles et de doute.

Ils doivent longuement étudier et réfléchir aux injonctions divines au Prophète Mohamed (saws) : « Dis ». Nous avons un travail énorme d’explication du Coran dans la mise en évidence du sens des dires du prophète.

La vocation de l’intellectuel et du savant est donc de dire ce qu’Allah a ordonné à Son Prophète de dire.  Leur vocation est aussi de réfléchir et de faire réfléchir. Dans les versets appelant  au Taffakor (réflexion, pensée, méditation) nous avons la réponse :

{Dis : « Je ne vous exhorte qu’à une chose : d’agir pour Allah, par deux, ou individuellement, ensuite de réfléchir : Votre compagnon n’est point atteint de folie. Il n’est qu’un avertisseur pour vous, face à un sévère châtiment ». Dis : « Ce que je vous ai demandé comme profit, gardez-le pour vous ! Certes, Ma rémunération n’incombe qu’à Allah, et Il est Témoin sur toute chose ». Dis : « Certes, mon Dieu Lance la Vérité, l’Omniscient des Occultes ».}  Saba 46 à 49

Il faut libérer les gens de leur torpeur, de leur insouciance et de leur aliénation. Pour cela il faut les déconstruire et les libérer du système qui les empêche de réfléchir et de s’éveiller à la vérité. Cela passe par le contenu de l’énoncé coranique : libérer l’homme de la foule et des habitudes de groupe et de clan pour l’amener à s’interroger seul ou a débattre avec un autre loin du sensationnel des médias, des foires, des marchés et des fabriques de l’illusion. De la même façon qu’il n’y a pas d’éveil pédagogique dans une classe surchargé, bouillante et dissipée, il n’y a pas de procès de conscientisation dans le cadre du mimétisme ambiant et du cirque forain.  Le prédicateur pour être crédible et percutant dans l’éveil des consciences il ne peut être lui-même embrigadé dans un système partisan ou mercantile ou dans un cadre de propagande ou de médiatisation où la forme et le rendu de la scène importe plus que le contenu du message et la qualité de la communication. Le message pour qu’il parvienne, il doit être vrai. Il ne peut être vrai que s’il parle de la vérité avec sincérité sans louvoiement. Il ne s’agit pas d’acheter les consciences des gens ni de mobiliser pour une armée de révolutionnaires ni pour remplir une salle de conférence pour un chef de parti politique, ni de plaire aux téléspectateurs.  Il s’agit d’être un projectile de vérité entre les mains de la vérité lancée contre le mensonge avec bien entendu bonne éducation, intelligence, respect de la dignité humaine, et savoir que Celui qui guide est Allah, car les cœur sont entre ses mains.

Allah (swt) nous montre plusieurs cas de cœurs fermés à la raison, à la logique, à la foi… Il est remarquable de noter que parmi ces cas celui qui est contigüe à la pensée est inscrit dans le rejet du Signe (ici le Coran) et hors du Taffakor. Il exerce une pensée sans faire l’effort de penser, de produire de la pensée. Le Taffakor est un effort, c’est une quête, une partance vers le sens, la vérité, l’idéal. Le Fikr est un remue méninge à vide ou une pensée autarcique qui ne pense qu’à soi, qu’à l’instant présent, qu’à ce monde ci, qu’aux avantages matériels et sociaux. Prisonnier du ici, du maintenant et de la matérialité de ce monde et de ses formes il ne peut faire l’effort de réfléchir. Il peut vomir ce qu’il a appris à l’école ou ce qu’il a entendu auprès d’un intellectuel ou d’un savant car son but n’est pas d’accéder à la vérité, mais de vivre par des pseudos vérités, des illusions idéiques :

{Laisse-Moi avec celui que J’ai créé tout seul. Et à qui J’ai donné des biens sans fin, et des enfants sous les yeux, et Je lui ai tout facilité. Ensuite, il est avide que Je lui augmente ! Jamais ! Il était hostile à Nos Signes. Je le tourmenterai en lui accroissant. Il a réfléchi, et il a résolu. Maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Ensuite, maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Puis, il a pensé. Ensuite, il fronça les sourcils et s’assombrit. Ensuite, il tourna le dos et s’enorgueillit, alors il dit : « Cela n’est que de la magie transmise, ce ne sont que les paroles des êtres humains ! » Je l’ enfoncerai dans Saqar} Al Moudattir 11 à 26

Nous avons en la personne de Walid Ibn Al Moughira le spécimen humain des réfractaires à tout éveil de conscience, à toute réflexion qui incite à la quête de vérité. Nous avons un tableau psychologique d’une rigueur telle que nous sommes capables d’imaginer la scène et de reconnaitre par ce personnage tous les comportements et postures des sceptiques. Le personnage ici a réfléchi longuement en pesant le pour et le contre puis a pris sa décision sur un aspect matérialiste et dans un cadre mimétique par rapport à ses traditions et à son rang social dans la tribu  { إِنَّهُ فَكَّرَ وَقَدَّرَ }

Conclusion :

A la lumière de cette lecture sommaire sur le Fiqr que dire sur l’aptitude mentale et cognitive ainsi que sur la vocation du  savant et de l’intellectuel ? Nous allons dire ce qui est conforme à l’esprit coranique et à son Dessein : le salut dans ce monde et dans l’au-delà. Ce salut se concrétise non dans une foi tiède et passive, mais dans le Jihad compris comme l’effort moral, intellectuel et actanciel, ontologique et social,  de résistance contre sa décadence, son insouciance et l’oppression politique, économique, idéologique, culturel et militaire des ennemis de l’Islam :

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à  Allah et soyez avec les véridiques. Il  n’appartenait pas aux habitants d’al-Madinah, ni aux bédouins qui sont autour d’eux, de rester à l’arrière du Messager d’Allah, ni de préférer leurs personnes à sa personne. Cela, parce qu’ils ne seront saisis ni de soif, ni de fatigue, ni de faim, pour la Cause d’Allah ; ni ils ne fouleront aucun sol qui fasse enrager les mécréants, ni ils n’obtiendront nul avantage sur l’ennemi, sans que cela ne leur soit inscrit comme œuvre méritoire. Certes, Allah ne Perd point la rémunération de ceux qui font le meilleur. Et ils ne dépenseront nulle dépense, petite ou grande, ni ne franchiront nulle vallée sans que cela ne soit inscrit en leur faveur, afin qu’Allah les Récompense par le meilleur de ce qu’ils faisaient. Et il n’appartient pas aux croyants de partir tous en expédition. Que reste de chaque troupe d’entre eux, un groupe pour qu’ils fassent l’effort de connaitre la Religion, pour en faire bénéficier  leurs gens après leur retour à eux  afin qu’ils prennent garde.} At Tawbah 119 à 122

C’est cet ensemble de règles qui a permis l’émergence d’une élite dans tous les domaines de l’existence en temps de paix et en temps de guerre. Cette élite est impliquée dans l’existence sociale comme une dynamique qui se renouvelle et s’alterne sans jamais s’enfermer dans des microcosmes en marge de la réalité sociale. Cette élite s’est consacré à servir sa communauté, mais non à chercher la posture de star du système qui combat l’Islam. Cette élite à livré bataille contre les ennemis de l’Islam, contre la faim et le sous développement, mais n’a pas provoqué des troubles entre les Musulmans ni n’a donné caution à l’effusion de sang des Musulmans ou des Juifs et des Chrétiens vivant citoyens parmi les Musulmans…

Inchaallah nous reviendrons sur d’autres aspects de la question dans le prochains article