La Palestine est la boussole du monde.

Voici ma lecture du monde arabe et musulman en général et de la Palestine en particulier après les « révolutions arabes ». Cette lecture a très peu changé et elle explique tout en annonçant la confiscation de la question palestinienne comme celle de la volonté populaire. Je suis de plus en plus convaincu que le mal qui nous habite est plus profond pour qu’il soit réglé par la seule question de la légalité ou de la légitimité politique ou par un processus électoral abouti, dévoyé ou interrompu.

Ma lecture repose sur l’écoute des concepts ou des mots vides de concepts dans la parole et l’écrit de ceux qui font « l’histoire » ou par qui l’histoire s’écrit. Elle repose sur les prises de position dans des moments clés que la logique, l’histoire et les principes imposent, mais qui ne sont pas prises ou qui sont dévoyées. A titre d’exemple : l’engagement des négociations des Frères Musulmans avec Omar Suleyman sans pertinence ni opportunité et qui aurait dû les discréditer auprès de  la « révolution » qu’ils ont rejoint après des hésitations…

La Palestine est la boussole du monde, mais nous, les Arabes et les Musulmans, nous sommes des mécaniques détraquées, des aiguilles aimantées que fait bouger un champ magnétique selon la direction et la force qu’il veut… loin de la lucidité et de la vérité

 

Interview réalisée par le Comité Action Palestine – Bordeaux – 

 

1-Comment analysez-vous les transformations politiques récentes dans le monde arabe ? Font-elles avancer la cause des peuples arabes ?

Il faut d’abord insister sur le fait que tout changement est une rupture avec l’immobilisme morbide, mortel et mortifère même si le changement ne va pas dans le sens espéré. Que le monde arabe bouge et se transforme ou tente de se transformer est une rupture bénéfique qui va générer à terme une culture du changement sans laquelle il n’y aurait ni progrès ni salut.

Il faut aussi insister sur le fait que les changements imposés au peuple ne sont pas des changements et à terme ils seront remis en cause par le peuple.

Pour l’instant au-delà du discours émotionnel et infantile ou des déceptions ou des euphories il faut que nous sachions que la conscience collective va imprimer durablement l’idée de la possibilité du changement et d’un nouveau  mode de changement.

Cette conscience imprimée par le changement va finir par exprimer le cap du changement qui à son tour sera de nouveau imprimé dans la conscience sociale et politique. Cela prend du temps et consomme de l’énergie. Les élites de demain devront gérer l’efficacité, c’est-à-dire réduire les énergies dissipées et mettre en synergie les efforts socialement et politiquement utiles pour un meilleur rendement. Il y a des gisements de travail à explorer et à activer pour aller plus vite et plus loin et en harmonie. Dans « Les Révolutions arabes : mystique ou mystification ? », j’ai développé quelques axes pour disposer d’une grille de lecture méthodologique sur la nature et le mode des mouvements à la lumière des récits coraniques sur les Prophètes.

Ces généralités n’occultent pas la réalité tangible : il y a eu des mouvements populaires dont les transformations politiques, sociales et économiques sont en attente de visibilité. Ces mouvements sont hétérogènes en revendications,  en mode d’expression et en indépendance par rapport à l’Empire. Certains de ses mouvements ont occupé le devant de la scène médiatique et d’autres ont été occultés, car l’agenda étranger intervient comme facteur d’amplification ou de réduction, de subversion ou de mobilisation de ses mouvements à son profit tactique, stratégique ou civilisationnel. Indépendamment des acteurs endogènes et exogènes, on ne peut déboiter l’histoire des peuples arabes en relation avec la Palestine.

À titre d’illustration la Syrie a eu son indépendance en 46, l’Égypte son révolution en 52 et l’Algérie en 54 autour du drame de 48. La révolution libyenne en 69 après 67. La révolution iranienne en 1979 après les Accords de Camp David de 78. Les « révolutions arabes » 2011 et 2012 après la bataille du Forqane en décembre 2009. Je reviendrais plus en détail sur ce déterminisme historique lié à la Palestine et qui relève de la Transcendance. Il y a dans cette voie des pistes à explorer par nos étudiants en histoire, en sociologie et en sciences politiques.

La Palestine subit et influence le monde arabe et musulman et elle sera l’un des critères d’analyse (Al Forqane) des mouvements arabes et musulmans en perdant cette fois la possibilité d’être instrumentalisée comme par le passé par les rentes du nationalisme arabe et de l’islamisme infantile.

En Égypte et en Tunisie, nous avons assisté à des soulèvements sociaux qui se sont transformés en désobéissance populaire menant à la chute des têtes du régime. Ces mouvements ont souffert de six lacunes.

La première lacune est l’absence de cadre idéologique qui fixe le cap et le rythme de la révolution ainsi que le clivage idéologique du moment historique tant interne qu’externe.

La seconde est la confiscation du mouvement populaire par l’esprit partisan. Le mouvement populaire se trouve privé de l’exercice politique, économique et informationnel ainsi que de la force de proposition et d’initiative pour être relégué à jouer le rôle de votant qui confie son destin aux élus instaurant la polyarchie au lieu de la démocratie.

La troisième est l’arrangement des appareils qui a permis de ralentir le rythme et le niveau des revendications donnant ainsi le temps de coopération de l’ancien système et de l’impérialisme pour mener un mouvement contre-révolutionnaire.

La quatrième lacune est la médiocrité et la pensée unique cultivées par les gouvernants despotiques que les opposants ont héritées comme legs culturels et politiques qu’ils se transmettent et qu’ils cultivent.

La cinquième lacune est de s’inscrire dans l’économie mondiale et  les règles de jeu géopolitique au lieu de fédérer le peuple sur la résistance et de se faire protéger par ce peuple. La méconnaissance de la géopolitique et l’absence de laboratoire de veille stratégique dans le monde arabe sont accentuées par une culture d’empire qui s’appuie sur la connaissance des idées, du terrain des idées, des hommes qui s’appuyant sur les lacunes a la compétence d’anticiper, de mettre plusieurs fers au feu et d’imaginer plusieurs scénarios avec la compétence et les moyens de les mettre en œuvre.

La sixième lacune est en dehors de la revendication de faire tomber la tête du régime il n’y a eu ni projet d’avenir énoncé ni travail pédagogique pour expliquer les mécanismes politiques et géopolitiques qui sont derrière les tyrans arabes qu’il faut détricoter. Je suis presque certain que les machines qui choisissent et nomment les commis de l’État sont toujours en place à ce jour même s’il y a un ravalement de façade au sommet.

En Libye, nous avons vu la contre-révolution se mettre en place en réalisant sa stratégie. La stratégie avait quatre axes.

Le premier axe est la main mise du prédateur sur l’objet de sa convoitise : ressources naturelles, finances et exportation de ses crises internes.

Le second axe est d’interdire toute possibilité d’émancipation hors du cadre idéologique et politique de l’Occident.

Le troisième axe est de procéder à une dislocation de la grammaire des civilisations en disloquant ses constituants : les mentalités collectives, les espaces, les histoires communes, les économies sur le plan de la considération historique (continuer la fragmentation commencée par Sykes Picot, sur le plan du présent des révolutions qui ne doivent pas faire jonction, sur le plan de l’avenir pour interdire toute situation pacifique et harmonieuse favorable à une émergence d’une aire civilisationnelle autonome, alternative. Enfin il s’agit de faire des islamistes, certains islamistes naïfs, cyniques, revanchards ou ignorants, les agents de la disharmonie, de l’entropie pour bloquer l’émergence de l’Islam politique, social, libérateur et civilisateur et maintenir « l’Islam » rétrograde, réactionnaire, bigot, consumériste.

Dans les faits, l’Égypte et la Tunisie sont coupées, l’Égypte a maintenant un front ouest qui s’ajoute au front sioniste. Dans les faits l’Algérie et le Maroc sont poussés à faire des concessions pires : passer en base coloniale après avoir été comptoir commercial, les peuples arabes sont traumatisés par l’issue entropique et ils sont isolés du processus de résistance contre l’Empire et le sionisme. Pour la Libye il faut garder en tête la conjugaison d’au moins trois agendas :

la subversion interne pour faire tomber un régime et changer la donne en Libye et en Afrique ;

la diversion pour déplacer le centre d’intérêt des révolutions égyptiennes et tunisiennes ;

la lutte idéologique pour diaboliser l’Islam.

Dans «  Islamophobia : Deus machina » j’ai montré quelques aspects de la lutte idéologique menée par l’Empire pour créer la méfiance envers l’Islam et créer la défiance entre les musulmans en jouant sur l’émotionnel et l’infantilisme d’un côté et sur les techniques de guerre psychologique et de propagande médiatique. Il s’agit de détruire le capital de résistance, de libération et d’édification civilisationnel de l’Islam en profitant de la médiocrité politique et culturelle des Musulmans qui sont parvenus à se réveiller après un long cauchemar sans pour autant voir la réalité dans sa globalité, sa complexité et sa dynamique.

Pour l’instant il n’y a pas de changement significatif mais les possibilités du changement deviennent plus impératives et seront davantage clarifiées une fois l’expérience du vote et de la polyarchie sans programme de résistance aura montré de nouveau ses limites en Egypte, en Tunisie, en Algérie, au Yémen et au Maroc.

 

2-Quels sont les enjeux politiques ou géopolitiques du conflit actuel en Syrie ?

En Syrie, nous sommes face au  scénario libyen avec l’accent mis davantage sur la géopolitique.

Il s’agit pour l’Occident de parachever Sykes Picot qui a donné la Syrie en démembrant le Cham pour démembrer la Syrie sur des bases ethniques et confessionnelles et réaliser le nouveau Moyen-Orient.

Étouffer la révolution égyptienne en l’encerclant avec deux guerres civiles, deux présences étrangères.

Le troisième point est discréditer les islamistes pour liquider toute contestation islamique révolutionnaire dans les monarchies vassales.

Le quatrième point est de briser l’axe Iran,  Syrie, Palestine, Liban et Irak et de liquider la résistance contre l’entité sioniste poussant les Arabes et les Palestiniens à accepter la feuille de route américaine.

Enfin, le dernier point est la guerre sunnite, chiite pour remettre en marge le monde musulman de cet ensemble Euro Asie et faire face à la Chine dont l’Empire veut couper les sources et les voies d’approvisionnement avant de les agresser une fois que les Arabes ont montré leur vassalité à l’Empire dans l’agression contre l’Iran et le désarmement nucléaire du Pakistan appelé à poursuivre l’œuvre de fragmentation commencée par l’Empire britannique. Contrairement à la Libye, le régime syrien dispose d’une armée plus forte, d’une population moins ruraliste, de savants de stature internationale, de couches moyennes préférant le statu quo au changement incontrôlé. La Syrie dispose de l’appui de la Chine et de la Russie qui ont laissé les Occidentaux et les Arabes sortir déshonorés de l’agression par une stratégie cynique, mais payante.

Le régime syrien avait la possibilité hier de livrer la Palestine (les cadres vivant en Palestine, la logistique et le droit au retour) et de servir l’Empire. Les données ont changé et la Syrie sait qu’elle sera, à la moindre concession,  sur la trajectoire du reniement envers le Hezbollah, l’arabité et la résistance et être disloquée car géographiquement et historiquement elle constitue la ligne de démarcation Orient Occident.  La logique impérialiste exige de mener de front une campagne  subversive, une opération de diversion et une lute idéologique dans un cadre plus vaste et plus complexe que le cas libyen.

La plus grande hantise pour l’Empire est la jonction Syrie Egypte avec pour conséquence l’encerclement d’Israël et la coopération avec l’Iran.

 

3-Quels sont, selon vous, les effets des transformations politiques dans le monde arabe sur la situation en Palestine ?

Pour l’instant, on va assister à des maquillages et des instrumentalisations, mais sur le plan concret les Palestiniens vont être relégués au second plan et ils vont faire des concessions de survie.

La bataille est dans le camp arabe, mais aussi sur d’autres terrains de confrontation comme en Afghanistan.

Par ailleurs, les Turcs ont su s’imposer comme nouvelle pièce majeure dans le conflit et la Turquie est dans une situation instable face à l’axe Syrie Iran.

La question palestinienne est passée de question d’occupation coloniale à une question humanitaire à Gaza et à l’indemnisation de quelques réfugiés.

Pour l’instant, ces problèmes sont relégués à la réconciliation FATAH HAMAS imposée par les conditions géopolitiques.

Tous ces éléments dépendent de la conjoncture et de l’issue de la confrontation des axes arabes.

A terme les mouvements islamiques prendront de la consistance politique et géopolitique tout en favorisant l’émergence de nouvelles élites jeunes et intellectuellement compétentes qui vont fatalement reposer la question idéologique en interne pour la constitution d’un front national de résistance à l’impérialisme et d’édification nationale ainsi que la constitution d’un front externe idéologique et diplomatique contre Israël aboutissant inévitablement à une confrontation globale et au recentrage de la question palestinienne dans la conscience collective avec ses effets tactiques et stratégiques sur des changements révolutionnaires plus soutenus, plus étendus et plus radicaux.

Dans « le dilemme arabe et les dix commandements américains »  j’ai montré les axiomes de la géopolitique que les révolutions ont occultés et qui se retournent contre eux et contre la cause palestinienne. Ces commandements sont la nature idéologique de l’Empire et ils sont dévastateurs pour le reste du monde. Ce n’est pas le vote d’un parlement ici ou ailleurs qui va changer l’équation des rapports de force, de domination et d’intelligence, mais la remise du curseur sur les véritables défis, sur les véritables clivages et sur les véritables ingénieries politiques, économiques et informationnelles.

Les Musulmans non seulement ne donneront pas des solutions à la libération de la Palestine, mais ne se libéreront pas du formalisme, des slogans et de la vassalisation s’ils ne parviennent pas à hiérarchiser et à harmoniser la notion de souveraineté divine avec la souveraineté du peuple. Il en est de même de la notion (fi sabil Allah) qui doit être libérée du confinement au seul qualificatif islamique pour s’ouvrir à l’universel de sa vocation.

Le premier pas de libération de la Palestine sera celui de la libération des concepts, des mots, des comportements hérités de la décadence musulmane qui a fait du musulman un minus habens errant sur son propre sol et gaspillant son temps et son énergie faute de stratégie autonome, de veille sur le monde…

Pour l’instant le chaos qui s’est emparé du monde arabe annonce des clarifications à venir.

A titre d’illustration nous avons les fossoyeurs de la question palestinienne, qui sont la Ligue arabe,  la Conférence Internationale Islamique et les monarchies du golfe, qui viennent d’être discrédités aux yeux de l’opinion arabe dans leur rôle – de vassal à l’Empire – au Soudan, en  Libye et en Syrie. La seconde illustration est le comportement erratique d’Ennahda et de Moncef Marzouki qui acceptent de faire de la Tunisie le pion avancé de l’Empire et de ses vassaux, moyennant quelques petro dollars, prouvant ainsi la confiscation de la révolution tunisienne non par des traitres comme le disent certains mais par l’absence de cadre d’orientation idéologique qui permet tous les retournements et toutes les compromissions faute de cap, de veille, de boussole et de carte de navigation.

 

4-Comment expliquez-vous la relative stabilité de l’Algérie dans le contexte de déstabilisation du monde arabe :

L’absence de clivage idéologique des révolutions arabes, les scénarios violents en Libye et en Syrie, la mémoire des stigmates de 20 ans, la gestion de la pénurie, du terrorisme résiduel et la distribution de la rente sociale avec l’absence de culture d’État et l’absence de culture d’opposition politique, le caractère non mécaniste de contagion des révolutions laissent le peuple livré à l’attente messianique.

Cette attente est mise à profit par les Eradicateurs pour faire du matraquage idéologique rappelant les événements depuis juin 90 à ce jour.

Cette attente est mise à profit par les « Réformateurs » pour  imputer au FIS la responsabilité des événements et  prendre les résultats en Egypte, Libye, Maroc et Tunisie comme la réalisation de l’axe de Washington et demander  de ne pas voter pour les islamistes lors des prochaines législatives.

Les partis islamistes sont divisés, certains trop impliqués dans l’appui au CNT Libyen et au CNS syrien sans prise de distance laissant l’émotionnel prendre le pas dans un pays en catastrophe  politique, sociale et économique qui a davantage besoin de clarification et d’assurances que de confusion ou d’aventurisme. Ils font peur à la classe moyenne et à la grande masse des fonctionnaires qui ne sont pas prêts de prendre le risque libyen.

En Algérie  Il y a eu 500 000 victimes, 20 000 disparus et 3 millions de personnes déplacées et il n’y a  toujours pas de réponses ni de justice ni de clarification ni de vérité.

Le peuple vit sa révolution passive laissant la porte ouverte à l’inconnu. Pour l’instant il ne cible pas Bouteflika comme a été ciblé Moubarak ou Ben Ali. Le peuple algérien ne voit pas les occasions ratées et les ambitions de l’Algérie piétinées mais la « concorde civile », la rente sociale. Il ne voit pas l’Algérie comme cible dans le projet de dislocation des territoires musulmans, il ne voit pas l’esprit de revanche instrumentalisé par les Etats-Unis, il ne voit pas la lutte des appareils et des clans partisan des Etats-Unis, de la France ou de la monarchie saoudienne se livrer bataille comme il ne voit pas les luttes de clans pour la possession de la rente du pétrole.

Il ne décode pas la signification de l’aveu des jeunes loups et des seconds couteaux de s’émanciper de la génération de novembre 54.

Le peuple algérien conserve encore intact sa mémoire de peuple agressé par l’extérieur et par l’intérieur pour avoir choisi une solution islamique dans une conjoncture de réformes politiques et économiques qui ne siéent pas à l’impérialisme ni aux monarchies. Il a connu la tragédie et la solitude alors qu’il était agressé par des hordes ayant la garantie de l’impunité car elles entrent dans le plan de diaboliser l’Islam et de bloquer le potentiel de développement et de l’indépendance de l’Algérie.

Le peuple algérien  n’a trouvé ni l’ONU ni la communauté internationale « démocratique » ni la ligue arabe ni les monarchies du golfe pour l’aider en tant que victime et mettre fin à l’agression ou pour l’armer juridiquement, médiatiquement et militairement contre ses agresseurs.

Le peuple algérien attaché à l’Islam sait par l’expérience et par la doctrine que la révolution est légitime sur le plan religieux si et seulement si elle ne se fait pas sous l’étendard de la confusion, si elle ne se réalise par une alliance stratégique avec les profanateurs et les prédateurs et si le mal qu’elle occasionne n’est pas supérieur au mal qu’elle est censée guérir.

Le peuple algérien n’a jamais revendiqué l’internationalisation du conflit ni l’ingérence étrangère par intuition politique, par expérience du colonialisme qu’il a vécu comme la forme la plus cynique et la plus humiliante de deshumanisation.

 

5-Le mot de la fin :

La culture d’empire nous a vendu son modèle politique, économique et médiatique.

Maintenant, alors que l’Empire est en plein déclin, sa culture parvient à nous vendre la fin de l’Histoire et la fin de l’idéologie alors que jamais l’équation idéologique n’a été au cœur de notre existence et de notre devenir. L’idéologie ou l’art de production et de discours des idées est la seule démarche à répondre aux questions de sens de la grammaire des civilisations : comment conjuguer l’homme, le sol et le temps une fois que la finalité ultime a été définie et que le sens d’orientation a été tracé.

Le monde arabe non seulement a fait de l’idéologie un discours creux et vague sans logique pragmatique, mais il s’est déchiré entre des idéologies antagonistes y compris au sein des mouvances islamiques.

Sans idéologie commune, nous ne pouvons ni définir notre identité, ni notre appartenance, ni notre implication dans une cause en toute indépendance ou en résistance contre les autres idéologies.

Pour l’instant, la voie pacifique ou la voie armée n’ont pas de réponse à apporter sur le projet de société, sur le projet de civilisation, sur le projet d’édification de l’homme nouveau, faute de débat idéologique fédérateur pour faire émerger l’idée primordiale sur laquelle il y aurait  consensus pour vivre ensemble,  regarder l’avenir dans la même direction et résister pour défendre les mêmes valeurs.

 

L’Emirat islamique d’Alep et Gaza !

{Nous vous montrerons Nos Signes à l’horizon et en vous-mêmes, vous saurez alors que c’est la vérité} Coran

Harmonie, diversion et subversion

La loi de l’harmonie gouverne l’universel dans ses détails et sa globalité. Elle s’exprime par  une ou plusieurs manifestations qui se conjuguent dans le domaine des formes, des couleurs, des sons, des idées, du langage :

–        Pertinence ou adéquation spatiale (lieu, étendue et contiguïté de territoire)

–        Opportunité ou adéquation temporelle (moment, durée et continuité historique)

–        Rythme ou proportion, intensité, fréquence et correspondance dans les répétitions

–        Cohérence ou relation logique ou conformité à l’organisation générale ou au dessein global.

–        Contraste ou mise en relief des oppositions internes qui sont naturellement ou logiquement en relation par leur nature intrinsèque ou par leur composition dans l’effet global.

Ces facteurs structurant des agencements ne deviennent véritablement une harmonie que si et seulement si deux règles sont respectées : l’unité qui fédèrent les éléments  dans leur diversité pour que la diversité ne soit pas anarchie et la variation des éléments dans leur unité pour que l’unité ne soit pas uniformité monotone.

Lorsqu’un phénomène produit du bruit ou de la dissonance et ne vient pas ajouter de la douceur, de la vitesse ou de la dramatique dans ce que l’œil, l’oreille ou l’esprit a considéré comme harmonieux il y sans aucun doute une intrusion qui provoque ce qu’on appelle de la diversion ou de la subversion.

La diversion consiste à distraire, à détourner l’attention, à introduire des biais pour désorienter et faire changer de préoccupation. La diversion peut être agréable ou déplaisante. Lorsqu’elle est agréable, elle est difficilement perceptible comme diversion à moins d’avoir une grille de lecture sur l’harmonie et ce qui vient rompre son équilibre. Elle consiste aussi a introduire de la monotonie ou a rompre l’unité afin de fatiguer l’attention et la détourner

La subversion consiste à renverser ou à bouleverser l’ordre harmonieux et lui substituer un autre ordre harmonieux ou inharmonieux.  La substitution passe obligatoirement par   la rupture de l’unité, la fragmentation et la dispersion pour empêcher les forces anciennes de se réunir, de s’agencer et de produire l’unité.  Si la diversion peut être agréable, non destructive et trés étalée dans le temps et l’espace, la subversion est souvent violente, destructive, concentrée dans le temps et l’espace. Souvent, l’ordre nouveau, même s’il est inharmonieux,  est accepté faisant oublier l’ordre ancien s’il apporte une construction après la déconstruction, une stabilité après la perte des repères, une accalmie après  l’entropie… une trêve après l’agression.

Que signifie la proclamation de l’Émirat islamique dans les conditions actuelles? Lisons d’abord  la carte de la victoire proclamée objectivement par la confrontation entre la résistance palestinienne et l’entité sioniste à la suite des analyses précédentes « Al Forqane II : Les brigades Al-Qassam et Al-Qods déjouent tous les complots » et  » Nouvelle Victoire de la Résistance » sans perdre de vue la réalité  des coups portés à l’encadrement de la résistance militaire par les assassinats ciblées.

L’harmonie de la résistance palestinienne dans la gestion de sa puissance de feu

Dans un rapport de forces incomparables, la résistance palestinienne a imposé sa loi de l’harmonie après sept jours nonobstant les grosses pertes dans ses rangs. Elle a résisté et a géré sa modeste puissance de feu avec harmonie. En effet si l’armée sioniste bombarde les civils à l’aveugle avec un excédent de force causant des pertes dans les rangs civils elle n’a pas d’objectifs militaires ou stratégiques, car elle ne parvient ni à imposer sa dissuasion par sa force destructrice ni à choisir de nouvelles cibles montrant la gradation de son effort de guerre. Il ne lui reste qu’à assassiner la population. Ce n’est pas un acte militaire, mais un acte terroriste.

La résistance palestinienne a montré sa maitrise de la loi de l’harmonie par sa maitrise de sa modeste puissance de feu. L’imprécision de son armement sommaire ne l’empêche pas d’opérer une planification et une exécution qui montrent la maitrise des éléments décisifs suivants :

–        Les cibles,

–        Le temps,

–        La fréquence,

–        La gradation

–        Le maintien d’une réserve de riposte

–        La diversité des dispositifs de riposte

Ces éléments sont orientés vers un but avoué et obtenu : la dissuasion.

L’entité sioniste cherche la dissuasion par des moyens de destruction face à une résistance et une population qui ne craignent ni la mort ni la destruction. La résistance et la population palestinienne ne disposent pas de moyens de destruction, mais disposent de moyens de riposte qui sèment le doute et la panique et les voilà se servant avec harmonie de leurs petits moyens.

La loi de l’harmonie et celle de l’éthique islamique ou universelle exigent qu’aucune voix ne vienne perturber cette harmonie héroïquement établie par le peuple palestinien. Cette harmonie a montré les dissonances dans le camp adverse,  elle a fait sortir l’Amérique de son silence complice, et elle a montré les contradictions du « printemps arabe » qui se trouve intermédiaire entre la résistance et l’entité sioniste au lieu d’être partie prenante du conflit.

L’harmonie a pour qualité de dévoiler les disharmonies. Elle a pour ennemi la disharmonie qui lui apporte la détraction, la diversion ou la subversion.

La signification de la proclamation de l’Émirat islamique à Alep

La loi de l’harmonie, de la justice, de l’éthique et de l’Islam veut qu’il n’y ait pas de surenchère sur le front principal ni de diversion ni de subversion. Tout autre action et tout autre discours doit verser dans l’enracinement et la suprématie de l’harmonie imposée par la résistance en lui donnant d’autres canaux d’expressions, d’autres fronts de continuité, d’autres échos médiatiques ou militaires ou idéologiques.

La proclamation de l’Émirat islamique d’Alep est un coup de poignard dans le dos de la résistance palestinienne, car il veut lui voler la « vedette », il veut détourner l’attention de la rue arabe  déjà amorphe par

–        son nihilisme politique et sa quête mondaine,

–        sa confiance aux  Frères Musulmans à qui elle a confié son destin comme elle l’avait confié aux despotes par le passé,

–        son attentisme des consignes des autres courants islamiques revanchards, mais confus entre rejoindre le pragmatisme des Frères Musulmans et leur arrangement d’appareil avec l’Empire ou rejoindre les maquis….

Que la France, la Grande-Bretagne et les Occidentaux choisissent ce moment pour reconnaitre l’opposition syrienne et refuser de reconnaitre les djihadistes cela se comprend lorsqu’on comprend leur alignement sur la politique de l’Empire pour imposer un nouveau Sykes-Picot 2, leur désir de briser l’axe de la résistance et d’isoler l’Iran, leur soutien inconditionnel à l’État sioniste et à sa politique génocidaire.

Nous pouvons comprendre la proclamation de l’État islamique dans ces circonstances comme une diversion et une subversion sur plusieurs niveaux.

Les niveaux de subversion et de diversion de la proclamation de l’Émirat islamique.

Il est important de placer cette proclamation dans son cadre idéologique, géostratégique et politique pour en comprendre les méfaits :

  1. Celui qui étudie le Coran verra l’erreur de proclamer un État islamique alors qu’Allah (swt) utilise deux termes conceptuels, méthodologiques sur le plan religieux, idéologique et politique : Le Tamkine ou la territorialisation de la religion,  l’Istkhlaf ou la succession du pouvoir sur le territoire et l’héritage des pays des oppresseurs par les opprimés. Je ne développe pas ce point dans le présent article.
  2. Il suffit de suivre les déclarations des cadres d’Ennahda, du Hizb Tahrir et des Frères Musulmans sur la difficulté de mettre en place un État islamique ou d’appliquer la Chariâ dans les conditions présentes.  Comment et pourquoi les djihadistes salafistes minoritaires peuvent prétendre à un Émirat islamique ?
  3. Il suffit de suivre le dossier de l’opposition syrienne qui passe de la Turquie au Qatar puis à l’Égypte. Les États-Unis ont décidé de composer avec l’Islam politique « modéré » et « pragmatique » dans un vaste programme planétaire : remodeler le Moyen-Orient en liquidant l’axe de la résistance, en montant les chiites contre les sunnites, et en préparant la liquidation de la Palestine par un projet qu’Israël ne parvient pas à réaliser par ses échecs militaires : Gaza est une épine sécuritaire qu’il faut confier à l’Égypte et la Cisjordanie un territoire de déploiement pour les colonies juives qu’il faut promouvoir en créant un Émirat Frère Musulman en Jordanie qui avale une partie de la Palestine. Une autre partie sera recomposée par le transfert des populations dans la recomposition du Liban et de la Syrie.
  4. Il suffit de voir dans ces bouleversements radicaux qui se préparent, la Turquie perd le rêve de conduire le monde sunnite comme Khalifat néo ottoman. Les Américains ont choisi l’Égypte. Les Turcs sont un dispositif rodé et ancré dans l’OTAN et Israël, ils peuvent bouder, mais ils ne peuvent remettre en cause la volonté américaine. Ils ne sont cependant pas les Bédouins du Qatar et de l’Arabie saoudite qui se contentent d’obéir aveuglément et de mettre leurs pétrodollars au service du jeu américain. Erdogan et son MAE sont trop impliqués militairement en Syrie et médiatiquement en désaccord pour reculer eu égard à leur parti et à leur nationalisme exacerbé. L’Émirat islamique est la réponse turque pour reprendre en main l’initiative au Moyen-Orient.

L’après proclamation de l’Emirat et le cessez-le-feu imposé par Clinton

Il est important de voir qu’après l’attentat au cœur de l’entité sioniste, au lieu d’aller vers une annonce des opérations terrestres contre Gaza et une radicalisation de la résistance palestinienne dont une de ses faction a relevé le niveau des revendications par ce type d’opération difficile à réaliser.

1 – Clinton a imposé  l’Egypte comme partenaire stratégique et c’est le président égyptien qui vient d’être promu au rang de Pro Consul romain de l’Empire dans la région.

2 – La Palestine est la chasse gardée de l’Empire.

3 – Les Acteurs anti Syrie, anti Hezbollah et anti Iran sont remis à la première loge : l’Egypte, le Qatar et la Turquie. Le Hezbollah fin stratège et fin diplomate en annonçant l’évaluation politique et stratégique à faire dans les jours et semaine à venir montre l’infantilisme d’une fête de la victoire dont les repères ne sont plus le terrain de combat, mais le terrain de la rhétorique et des logiques fallacieuses de la politique.

L’Emirat islamique d’Alep n’est pas qu’un épiphénomène dans la géostratégie du monde arabe et musulman qui n’a pas encore atteint la maturité pour avoir une lecture et une écriture harmonieuse de sa propre histoire et de son propre devenir. C’est un phénomène qui annonce la reconstruction du monde musulman, de l’Egypte et de  la Palestine sur plusieurs plans  :

–        La confiscation de la victoire de la résistance par les pragmatiques qui savent vendre « l’Islam est la solution » et qui vendent aujourd’hui le pragmatisme conciliateur

–        Le niveau lamentable du politique arabe qui trahi de nouveau la résistance comme il avait déjà trahi les armées arabes face à l’agression.

–        L’ingratitude des politiques qui montre comment la résistance armée et entrainée par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah se trouve impliquée dans un processus de compromis sous la conduite de Mach’âal,  de Morsi et d’Erdogan sans que l’axe arabe et musulman de la résistance ne tire un profit politique et médiatique.

–        La paix, la trêve ou le cessez-le-feu symboliquement est réalisé sous les accords du camp David et sous le même parrainage américain (tout particulièrement des Clinton).

–        Le primat de l’esprit partisan sur les considérations géostratégiques qui annoncent la fin du monopole et que l’Egypte a ramené de nouveau sous la couverture exclusive américaine.

–        Les champs pétrolifères off-shore à Gaza font que l’oligarchie financière a d’autres objectifs que seul le pragmatisme peut accélérer et réaliser. Les Palestiniens doivent concéder leurs terres et leurs plans d’eaux  sous une forme ou sous une autre.

Si les aristocraties vont s’emparer des richesses arabes sous couvert du même nombrilisme arabe : nationalisme, socialisme, islamisme les Kurdes et les Emirs d’Alep vont s’affronter alors que l’Empire investit sur les Frères Musulmans.

Pour l’Amérique, Israël et Netanyahu doivent se taire et respecter les consignes car les enjeux sont d’ordre planétaires, ces enjeux ne supportent pas des dissonances. L’Empire lui aussi a une feuille de route harmonieuse pour défendre ses intérêts et conserver on hégémonie.  L’harmonie américaine impose que les Frères Musulmans, ces islamistes pragmatiques et modérés, vivent en harmonie avec les chrétiens athées, dans la réalisation des dissonances qui brisent l’axe de la résistance. On trouve la même  configuration au Liban avec l’axe saoudien, franco-américain et vaticanais contre l’axe de la résistance.

La fin du blocus sur Gaza n’est pas pour demain. La victoire de la résistance palestinienne vient d’être volée une seconde fois. Je viens de lire les termes du cessez-le-feu. C’est une victoire pour l’Egypte des Frères Mususlmans. Ce qui relève de la souveraineté égyptienne et de son devoir islamique est donné comme pâture aux Palestiniens : l’ouverture des voies d’approvisionnement pour la nourriture. En contrepartie l’Egypte s’engage à interdire l’approvisionnement de Gaza en armes et munition. Les termes de la victoire de la résistance qui devaient se solder par la fin du blocus et la fin des assassinats ont été occultés. Les questions essentielles sont reléguées aux calendes grecques. La situation du statut quo est une forme de mort lente pour la résistance. En contrepartie le Qatar va sans doute prendre en charge le « confort » des Gazaouis.

Le grand perdant dans l’opération est Mahmoud Abbas. Il n’a  pas été associé à la décision en Egypte. Les Américains mettent tout leur poids pour donner de la crédibilité, du pouvoir et de l’avenir aux Frères Musulmans chargés de gérer la région. L’Amérique cherchait un partenaire crédible et organisé pour avoir l’interlocuteur valide qui parle au nom d’une région, d’une religion, elle le façonne par une logique de musicien de peintre, de scénariste qui maitrise  les lois de la composition, de la tragédie, et de l’harmonie dans un monde arabe et musulman qui n’a comme grille de lecture que l’émotionnel et les discours fascinants. Nous allons voir le FATAH commencer la danse du ventre devant le HAMAS.

L’Egypte gagne de la consistance idéologique et de la stature diplomatique.  Les Américains et le Qatar vont lui donner le répit sur le plan social et les moyens sur le plan économique pour affronter le FMI et son plan d’ajustement structurel qui demande à court terme de mettre fin aux subventions des prix de première nécessité. L’Egypte du printemps arabe était sur la voie de la révolution du pain.

Le grand absent au Caire est l’Arabie saoudite ! Est-ce la fin du Wahhabisme ? Est-ce la fin du rôle saoudien dans l’échiquier américain ? Est-ce la fin du Pétrole saoudien ? Est-ce le de début du printemps  bédouin ?

L’annonce du cessez-le-feu dans des conditions floues et avec des repères flous

L’Emirat islamique était une dissonance qui cachait d’autres dissonances plus graves et plus décisives dans l’avenir de la Palestine et du monde arabe déchirés par les loups et les brebis.  Les loups arabes sous l’habit des brebis se sont empressés à armer l’opposition libyenne et syrienne pour détruire ce qui reste du monde arabe et avec le même empressement ils ont contraint la seule harmonie dans le monde arabe à ne pas disposer des moyens de son rythme, de sa cohérence, de sa continuité, de sa pertinence, de son opportunité face aux monstres.

Bien avant de lire le contenu du cessez-le-feu il y aura deux questions à suivre dans les jours et semaine à venir :

La gestion de la nouvelle défaite israélienne et le devenir de HAMAS dans la real-politic une autre forme d’harmonie qui vient après la diversion et la subversion.

L’intelligence diabolique est justement de transformer une harmonie en diversion pour faire admettre une nouvelle construction qui donne l’illusion de l’harmonie que les Américains appellent la « régression constructive  » ou le « chaos fécond ».

Pour l’instant les média arabes évitent les problèmes de fond en entrant dans une nouvelle diversion idéologique et une nouvelle subversion médiatique par la spéculation  sur l’après Netanyahu oubliant que celui-ci n’a pas de prétendants puisque ce sont les mêmes figures et la même politique poursuivie alors que les Arabes sont en compétition à qui sera le plus vassal avant et après le « printemps arabe ».

Conclusion

L’apologie de Mech’âal envers Morsi,  Erdogan et Cheikh Qatar est langage de miel qui veut  cacher les dissonances que l’œil non partisan voit non seulement comme des contradictions, mais comme des agressions contre l’esprit lucide. On ne se lance pas dans des diatribes lyriques occultant le contenu de l’accord et flattant l’ego des uns et des autres alors qu’un peuple meurtri attend la fin de ses souffrances, la proclamation des buts atteints par sa résistance à moins que…

Cette agression n’est pas une erreur de stratégie ou une campagne électorale, mais une action minutieuse dans un dispositif complexe, subtile comme une partition de musique, une composition picturale ou un film de grande intrigue où les indices semblent  peu apparents justement par la force de leur éclat.  J’ai écrit et raconté l’agression de 2009 sous le titre « Gaza : la bataille du Forqane » non sous la forme de correspondant de guerre ou d’historien, mais d’analyste musulman. Dans cette guerre j’ai le sentiment d’inachevé,  de non-dit, de manipulation, de jeux de rôles avec des sacrifices humains. Toute proportion gardée et avec tout le respect que je dois aux martyrs je me trouve avec la même impression que celle que j’ai ressenti devant un film que j’étais amené à étudier et à commenter.

Pour que le lecteur partage avec moi les mêmes impressions, il s’agit du film culte « Usual Suspects » (1995) qui met en vedette Keyser Söze un personnage fictif écrit par Christopher McQuarrie,  réalisé par Bryan Singer et interprété par Kevin Spacey. Dans une mise en abime exceptionnel, le suspect Verbal Kint (synonyme  de  Kaiser (empereur) et de  Söze  (bavard ou locuteur) en turc)   dit au détective donne, après une narration complexe qui fait la trame du film, la clé de l’intrigue sous cette expression : « Le coup le plus rusé que le Diable ait jamais réussi, ça a été de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas ». Ce film est un chef d’œuvre toujours enseigné dans les écoles du cinéma et dans les écoles d’écriture. Ce qui est enseigné dans les laboratoires de diversion et de subversion est davantage plus ahurissant !

L’annonce de l’Emirat islamique n’est pas à déboiter de la demande turque du bouclier anti missiles. La guerre contre la Syrie est d’actualité. La Turquie dispose d’une armée plus forte et mieux équipée que celle de la Syrie, mais un affrontement avec une riposte à la palestinienne mettrait à terre tous les efforts de développement consentis par les turcs ainsi que leur plateforme touristique et surtout anéantirait  les opportunités et les pertinences qu’offre la Région aux Turcs et qu’Erdogan a sapé par manque de cohésion avec ce qui fait une civilisation prospère : l’harmonie dans les géographies, les histoires communes, les mentalités collectives et les interactions socio-économiques

Nous pouvons donc faire une autre lecture de la proclamation de l’Emirat islamique à Alep : Gaza et Israël sont des dissonances programmées  dans la refondation du Moyen-Orient qui peuvent générer des contradictions insolubles si le conflit n’est pas réglé à n’importe quel prix pour se consacrer à l’essentiel de la nouvelle harmonie impériale : L’Empire qui se décline avec pragmatisme à tous les temps et dans tous les tons et sur tous les territoires. Ce serait la fin de l’antagonisme Islam capitalisme !  Ce serait la fin de l’Empire ! Le capitalisme et l’Empire dispose encore de suffisamment d’intelligence et de ressources pour nous mener en bateau et nous offrir des héros sur mesure,  nous faire oublier rapidement nos martyrs, nous laisser dans la confusion ne sachant distinguer nos amis de nos ennemis, ni les fruits de la victoire avec les pertes dans la défaite…

Les dictatures arabes avaient fait de la Palestine un fonds de commerce et de l’Islam un instrument et une rente. Les régimes « démocratiques et islamiques sont en train de faire de l’Islam un formalisme pragmatique et de la Palestine un marchepied.

L’Islam et la Palestine sont innocents et le moment voulu ils se vengeront.

Nota bene :

Cet article a été écrit avant la proclamation du cessez-le-feu. Il a été brièvement remanié pour rester dans l’actualité. Il est compliqué et il  peut choquer les bonnes âmes qui aiment les choses simples.  C’est ma vérité, mon sentiment. Je suis sans doute excessif, mais je ne suis pas trop loin de la vérité.

La loi de l’harmonie gouverne l’universel dans ses détails et sa globalité. Elle s’exprime par  une ou plusieurs manifestations qui se conjuguent dans le domaine des formes, des couleurs, des sons, des idées, du langage. La loi de l’harmonie est universelle elle concerne l’histoire, la politique, la guerre malgré les bruits horribles des cris et les vues effroyables du sang : elle raconte une histoire et elle construit un monde nouveau. Le style, les omissions, le sublime ou le cynique de l’histoire dépend de la manière de raconter et du sujet du récit : un loup ou une brebis.

Ne perdez jamais de vue la loi de l’harmonie  raconte une histoire  qui construit ou décrit  un ordre et un monde dans un agencement qui ne heurte pas l’œil, l’oreille et la raison. Ne perdez jamais de vue les buts de la guerre qui consiste à faire taire les armes et la voix de l’ennemi. Ne perdez jamais de vue que la sécurité d’Israël fait partie des dix commandements américains. Ne perdez jamais de vue que l’Amérique n’a pas d’alliés mais des vassaux. Ne perdez jamais de vue que l’Empire ne traite pas avec les Etats, mais avec des régions confiées à des interlocuteurs valides.

Ne perdez pas  de vue que ce qui vient de se passer est un hold-up

Il est inadmissible que Gaza sous Moubarak puisse avoir plus de prestige et de gain politique que sous l’ère d’une gouvernance islamique d’autant plus  qu’elle vient de réaliser l’exploit que personne n’attendait. Il est inadmissible que ce soit l’Égypte qui en tire tout le profit. J’ai beaucoup d’affection et de considération pour les Égyptiens, mais la vérité est plus sacrée à mes yeux que les salamalecs.

Ne perdez jamais de vue que le Prophète (saws) est contre l’esprit partisan et sectaire car c’est par cet esprit que la Fitna pénètre dans le cœur de l’Oumma la détruisant en la soumettant aux appétits de pouvoir.

Que l’esprit partisan et confrérique confisque une révolution et la place sous la bannière de l’ennemi des peuples pour devenir un instrument de l’hégémonie de l’oligarchie impériale alors que l’Islam est antagoniste avec les principes et les comportements de l’Empire est insupportable, mais qu’il gère et récupère une victoire de la résistance contre l’Empire et son bras armé dans la Région pour la redonner à l’empire qui la confisque et la musèle est un suicide.

Ne perdez pas de vue que l’Emirat islamique d’Alep, dans la conjoncture de la bataille de Sijjil est une diversion, une subversion. Il s’agit de continuer à tisser le lien avec l’Emirat islamique de Benghazi, à envisager l’Emirat islamique de Jordanie. L’expérience tunisienne et égyptienne a donné des résultats plus qu’escomptés. C’est un modèle qui se prête donc à la reproduction, à la multiplication et au transfert… Le transfert harmonique qui rappelle les échos des ondes et les suites mathématiques doit nous faire rappeler l’esprit cartésien et artistique des Occidentaux qui annoncent la couleur et le ton : le transfert des Palestiniens est toujours à l’ordre du jour. Si le transfert des populations est impossible ou difficile il est facile de passer à la solution finale : transférer des portions de territoires comme des Emirats islamiques contigües à d’autres émirats islamiques. L’Empire est un chef d’orchestre et un excellent géomètre. Il a déjà façonné nos frontières modernes et nos esprits pragmatiques. L’Empire est une culture anglo saxonne efficace : elle  ne s’embarrasse pas des boulets idéologiques comme la culture  française.

Ne perdez pas de vue la différence entre le réalisme de la résistance palestinienne qui a su s’adapter et se montrer cohérente, dynamique utilisant toutes les opportunités et toutes les pertinences possibles pour imposer sa volonté avec le pragmatisme opportuniste qui adapte ses principes aux conditions politiques pour accéder au pouvoir et le conserver même si cela se fait au détriment de la cohérence, de la dynamique.

 

Nouvelle Victoire de la Résistance

{Et lorsque les croyants ont vu les factions, ils dirent : « Cela est ce qu’Allah nous A Promis, ainsi que Son Messager. Allah a été Véridique, ainsi que Son Messager » Et cela n’a fait qu’augmenter leur foi et leur abnégation.  Il est parmi les croyants des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Il est d’entre eux qui (a accompli son vœu et) mourut (en martyr), et il  est d’entre eux qui attendent, et ils n’ont pas changé leur détermination, afin qu’Allah récompense sûrement les véridiques pour leur véracité, et châtie les hypocrites, s’Il veut, ou leur fasse Rémission. Certes, Allah A toujours Été Absoluteur, Miséricordieux.  Et Allah repoussa ceux qui sont devenus  mécréants, avec leur rage, ils n’obtinrent aucun bien.} Al Ahzab  22 à 25

Au moment où les négociations vont bon train aboutissant cette nuit à une trêve ou à la poursuite de l’agression sioniste contre Gaza je tiens à montrer, en dépit des mauvaises consciences arabes et occidentales que la résistance palestinienne a remporté la victoire dans sa nouvelle confrontation avec l’armée sioniste.

Pour prononcer cette annonce il faut mettre ses pas dans ceux des Prophètes (saws) et suivre avec attention les confrontations antérieures pour suivre leur évolution et tout particulièrement la confrontation Al Forqane contre Hanouka en décembre 2009.

Le but de l’opération « Hanouka » en hebreu et « Plomb durci » en français visait la mise au silence de la résistance palestinienne pour réaliser au moins six  objectifs :

–        Reconquérir  la crédibilité  de la dissuasion de la doctrine de guerre sioniste perdue face au Hezbollah.

–        Liquider politiquement et structurellement le HAMAS, et donner primauté au camp des dialoguistes pragmatiques perdus dans leurs contradictions après  l’accord d’Oslo.

–        Donner crédit à l’axe arabe défaitiste pour aller vers une reconnaissance de l’Etat sioniste avec pour préalable la liquidation de la cause palestinienne, sa  transformation en question humanitaire, la liquidation de la revendication du droit au retour des réfugiés palestiniens et démonter la vanité de la résistance armée considérée par une grande partie des officiels arabes comme une illusion voire un préjudice au processus de paix

–        Se débarrasser de Gaza en en faisant une province égyptienne

–        Faire taire les armes et les voix appelant à la résistance armée.

–        Ne plus être préoccupé par le harcèlement de la résistance palestinienne et par le soutien de la population arabe et musulmane à Gaza pour se consacrer au remodelage du Moyen-Orient qui passe par une guerre civile au Liban discréditant le Hezbollah, le démantèlement de la Syrie et l’attaque de l’Iran.

La résistance palestinienne est la charnière dans l’ensemble de ces objectifs. Cette charnière a résisté et continue de résister, elle s’exprime et fait parler d’elle. Elle a donc logiquement, sur le plan tant stratégique que tactique, remporté la victoire. Les jours à venir vont montrer l’acharnement médiatique arabe et occidental à tenter de prouver le contraire.

Nous allons donc montrer sur le court terme et sur le plan opérationnel comment la résistance a remporté la victoire à laquelle ne s’attendait pas l’agresseur sioniste. Pour cela il faut inscrire cette agression dans le même contexte que l’agression de 2009 avec la différence que l’acteur de la trahison n’est plus l’émissaire égyptien, mais l’émissaire arabe des États-Unis et d’Israël : le Qatar.

Quelques jours avant l’agression, les sources arabes  « bien informées » rapportent l’échec de la visite du Bédouin qatari qui a écourté sa visite et réduit le montant de son aide à Gaza car Ismaël Haniya, sous l’impulsion du martyr Al Jaabari, a refusé de prendre de répondre  favorablement à l’Emir du Qatar  sans consulter  la résistance qui détient la clé qu’il n’a pas.  Le message américain et israélien était sans ambiguïté : Aller vers une trêve inconditionnelle et accepter  la reconnaissance d’Israël par des mesures préparatoires en contrepartie de la reconstruction de Gaza et la levée partielle du blocus :

–        Désarmer la résistance.

–        Couper les relations avec l’Iran.

–        Couper les relations avec la Syrie et le Hezbollah.

–        S’engager dans le processus de paix.

Dans le climat de subversion en Syrie et de visite de l’émissaire arabe à Gaza, Israël a agressé par surprise et contre toute attente Gaza en assassinant Al Jaabari  se donnant ainsi prétexte de la riposte de la résistance pour mener l’opération « colonne de fumée » que les Français appellent, par parti pris, « Pilier de défense ».

Les premiers moments il faut reconnaitre que le coup porté à la résistance palestinienne et son onde de choc étaient terribles :

–        Décapitation de l’encadrement de la résistance.

–        Frappe et destruction des stocks de roquettes.

Dans un rapport de force incomparable qu’il ne faut pas comparer,  la résistance palestinienne a réalisé le miracle : riposter avec intelligence,  efficacité et effet de surprise modifiant les données comme cela s’est passé lors de la confrontation d’« Al Forqane » à « Hanouka ».  En ce moment, où les informations varient entre l’annonce d’une trêve imminente et l’annonce d’une confrontation plus intense et plus large nous montrons les premiers éléments de la victoire nonobstant les résultats immédiats ou futurs sur le terrain :

–        En lançant l’offensive le gouvernement sioniste a présenté Tel-Aviv comme ligne rouge qui engagerait les forces terrestres à envahir  Gaza.  La résistance a montré sa capacité à toucher, Tel-Aviv, montrant qu’elle est capable de frapper le cœur de l’entité sioniste. En frappant le cœur du sionisme, la résistance palestinienne vient de confirmer qu’Israël est vulnérable. Toute la doctrine militaire de l’Empire et de l’entité sioniste est mise à mort. Les missiles et les roquettes anti char, même de fabrication artisanale, peuvent changer l’équation et l’issue d’une bataille. Israël cherche une trêve et pousse les États-Unis à dépêcher leurs émissaires arabes, turcs et européens pour solliciter une trêve.

–        Le Liban, la Syrie, la Palestine et Égypte, sans devoir engager une guerre classique ou nucléaire,  peuvent, avec des moyens rudimentaires,  vider la population de l’entité sioniste en faisant changer la peur de camp.

–        Les premières  ripostes palestiniennes et leur impact sur le sol de la Palestine occupée montrent ce qui attend Israël lors d’une confrontation avec le Hezbollah, la Syrie ou l’Iran : un déluge de feu. L’issue ne sera pas dans la capacité à faire mal, mais dans la capacité à résister et à riposter. Le perdant est celui qui perdra ses nerfs et le contrôle de sa population. Les Musulmans, habitués à vivre dans l’âge de pierre n’ont rien à perdre dans la confrontation face à des peuples « civilisés » et consuméristes qui risquent de perdre leur vie, leur fortune, leur confort. Les Musulmans n’ont rien à attendre de ce monde, ils cherchent le Paradis. Les Musulmans et les Arabes ont un excédent démographique, ils peuvent consentir des sacrifices humains. Les palestiniens donnent mille des leurs pour 4 de leur ennemi.

–        L’équation du sacrifice humain est en faveurs des Arabes et des Musulmans. L’équation devient plus cruciale lorsque la résistance palestinienne réalise en 6 jours ce qu’elle n’a pas réalisé en quelques années : moins de perte dans ses rangs et plus de pertes dans les rangs de l’ennemi.

–        Toutes les factions armées et politiques palestiniennes sont aux premières lignes. Les combattants du HAMAS, du Jihad, du FATAH, du front démocratique coordonnent leurs opérations et donnent des martyrs. Les marxistes, les laïcs et les islamistes sont unis face à l’agression.  Les sunnites, les Chiites, les Frères Musulmans, les Salafistes, les sans doctrines sont unis. Le combat et le clivage est entre le camp de la résistance et le camp de l’agression et ses alliés arabes et musulmans abstraction faite de l’idéologie déclarée et de la doctrine pratiquée.

La question stratégique fondamentale se résume sur deux axes :

–        L’exigence de fédération de toutes les forces dans le monde arabe et musulman et son ouverture aux autres forces dans le monde qui refusent l’agression et l’oppression.

–        Le devoir de mobilisation pour faire échec au plan de l’Empire  et du sionisme.

En attendant le cessez-le-feu ou la trêve ou l’intensification et l’élargissement de la confrontation il faut noter les éléments suivants qui auront des répercussions sur les gains réels à court terme et à long terme :

Qui va imposer les conditions de la trêve ou du cessez-le-feu. L’état sioniste vise à parvenir à une trêve avec HAMAS  excluant le Jihad islamique et le Front populaire démocratique. Les Bani Israël sont connus pour leur compétence à ruser, à leurrer et à jouer sur les contradictions. Bibi joue sa carte politique et joue la crédibilité américaine il va donc s’appuyer sur la compétence des laboratoires occidentaux à  connaitre nos contradictions idéologiques et politiques. Ainsi le jeu va se porter sur le rapport des  Frères Musulmans  avec HAMAS et sur le rapport de la Ligue Arabe aux « arabes ».

Il faut donc s’attendre à voir et à entendre des choses horribles car la guerre psychologique et médiatique est aussi cruciale que le combat militaire sur le terrain de la confrontation.

Pour l’instant nous avons quelques marqueurs dans la grille de lecture de ce qui se passe ou de ce qui se trame dans les coulisses :

–        Le MAE qatari a fait avorter la réunion de la ligue arabe qui d’ailleurs n’attendait que l’occasion pour fuir ses responsabilités. Le peuple arabe et musulman ne manquera pas de voir que la ligue arabe avait accordé 48 heures à la Syrie pour répondre à ses injonctions alors qu’’elle fuit ses responsabilités envers Gaza et la Palestine. Le MAE irakien avait le projet de proposer le recours à l’arme du pétrole, mais au dernier moment il s’est rétracté. Le MAE qatari reconnait que nous sommes des « brebis » livrés au « loup » et qu’il faut baisser les bras. Il a dut baisser le pantalon pour satisfaire les désirs de Livni.  Le roi des bédouins saoudiens  appelle au langage de la raison et à calmer le jeu. La presse officielle saoudite dénigre la riposte palestinienne évoquant le proverbe arabe  » il n’est pire aveugle que l’aveugle qui se  frappe la tête avec sa petite canne en voulant frapper son ennemi plus grand que lui » et que la sagesse commande de laisser le temps à l’initiative de paix arabe de réaliser la normalisation avec Israël car toutes les armées arabes ne peuvent affronter Tsahal. La Turquie qui n’a pas défendu ses martyrs de Marmara est présenté comme un modèle de vertu et de sagesse. L’indien marxiste chrétien d’Amérique latine a plus de cœur et de dignité que ses pouilleux qui vivent confisquant  Mekka et Médina, et dénaturant l’arabité et l’islamité léguées par l’ultime Prophète (saws).

–        L’Égypte et la Turquie coordonnent leurs opérations de maquillage politique et médiatique pour faire aboutir un accord de cessez-le-feu qui sauve les apparences puis donne la victoire à Israël comme cela a été fait en 2009.

–        Les Frères Musulmans surfent sur une vague conciliante de la rue arabe en leur faveur qui leur permet de faire jouer leur aura « islamique » pour calmer le jeu avec l’Arabie saoudite en qualité d’intermédiaire, de garant de la paix, de conciliateur. Il est idéologiquement et religieusement parlant difficile d’imaginer un mouvement islamique atteindre ce niveau de pragmatisme alors qu’il est attendu de lui pas forcement  de déclarer la guerre, mais d’apporter l’aide logistique. Lorsqu’on on suit les déclarations des dirigeants islamistes, de leurs idéologues et de leurs propagandistes on remarque le changement de ton qui passe du triomphalisme et de la facilité déconcertante à un pragmatisme et une difficulté plus déconcertante qui prouve qu’il n’y a rien à attendre de ceux qui se sont empressés de prendre le pouvoir sans être préparés à l’exercer ni avoir la volonté de prendre tous les risques d’innover au prix de perdre ce pouvoir.

Le président Égyptien n’arrive pas à réaliser ce que Khomeyni a réalisé : fédération des forces comme un axe de résistance contre le Grand Satan et une force de libération de la Palestine. Khomeyni est venu après l’accord de camp David en 1978. Il est incontournable dans l’hégémonie organisée des Frères Musulmans dans le monde arabe. Même s’il ne fait pas ce qui est attendu de lui, il ne peut nuire aux Palestiniens comme Moubarak et Suleyman.  Il a donc des cartes à jouer dans le monde arabe et musulman, mais sa manière de jouer ses cartes va êtres déterminante à moyen et long terme.

La situation est complexe : Le Hamas était prisonnier des Frères Musulmans, il se trouve celui qui a pris en otage les Frères Musulmans et lui même otage de sa branche armée. Il faut suivre tous ses événements avec précision et prudence car la résistance palestinienne  va refonder tous les rapports dans le Moyen-Orient. Elle va annoncer de nouveaux rapports entre Netanyahu et l’Amérique.
Comme en 2009 je ne fais pas porter à Égypte toute la responsabilité. Ses gouvernants peuvent  invoquer l’état des lieux catastrophiques pour une population égyptienne de plus de 80 millions d’habitants. Les Arabes pouvaient et sont tenus d’apporter à Égypte les fonds que le FMI et l’Amérique lui donnent afin qu’elle puisse jouer son rôle :

  • Islamique : le devoir de secours
  • Géostratégique : Gaza est la profondeur stratégique tout ce qui se passe militairement, politiquement et idéologiquement a des répercussions à moyen et long terme sur la paix et la sécurité égyptienne. Même si l’Islam est « occulté » la raison d’Etat ne peut être occultée.

Égypte et ses Frères Musulmans sont une fois de plus mis devant les « plaisanteries » du destin que leur imposent la religion, la géographie, l’histoire, l’économie  et la mentalité collective. Si les Frères Musulmans avaient pris en considération ces éléments qui sont les facteurs de promotion ou de régression de la civilisation ils auraient rapidement mis une stratégie pour conserver l’initiative et non la subir. Au lieu de chercher à réaliser,  comme l’a fait Moubarak en 2009, un cessez-le-feu qui donne la victoire factice à l’agresseur frustrant  l’opprimé de sa victoire, Morsi aurait compris depuis longtemps qu’il y a trois  constantes qui sont apparues dans le rapport entre les Palestiniens et les sionistes depuis les accords de Camp David:

–        La nature belliqueuse et fallacieuse de l’entité sioniste qui rompt toute trêve et toute solution. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Empire d’avoir d’autres fronts ouverts alors qu’il est pris à l’étau en Irak, en Afghanistan et en Syrie.

–        L’Amérique n’est plus la force hégémonique dans le monde. Il faut consulter les forces en émergence et chercher leur alliance. Meê si l’Amérique n’est pas la force dominante, elle reste puissante et nuisible. Il faut connaitre ses limites pour les franchir avec courage et intelligence et non s’y soumettre avant d’avoir commencé la partie de jeu.

–        L’esprit partisan occulte les forces de la résistance en Palestine. HAMAS, à Gaza, est incontournable, mais il n’est pas hégémonique. Sur le terrain de la résistance, il ne peut non seulement prendre l’initiative sans consulter sa branche armée, mais il ne peut tourner le dos aux forces « silencieuses » ou mises en silence par les médias arabes : le Jihad Islamique et le Front démocratique. Il y a d’autres forces qui sont apparues sur la scène en Palestine et ailleurs dans le monde musulman.

Morsi a été contraint de renvoyer l’ambassadeur israélien et prend conscience que la rue arabe et égyptienne n’est plus absente comme par le passé, même si elle lui accorde encore la confiance. Il est appelé à se radicaliser ou à se discréditer. Les événements ne vont pas manquer de le pousser dans un sens ou dans un autre le poussant à sortir du gué et à choisir définitivement son camp. Il y a encore de nouvelles surprises.

En conclusion le mythe de l’invincibilité militaire et  de l’infaillibilité du renseignement de l’Etat sioniste sont  achevés, définitivement achevés. Ils ne peuvent ni imposer les conditions d’un cessez-le-feu ni le refuser à une communauté internationale qui le demande car ce conflit fausse tous les calculs du « printemps » arabe la grande arnaque du siècle.

Pour l’instant, en prémisse du cessez-le-feu, nous assistons à une nouvelle escalade car il s’agit pour l’entité sioniste de ne pas sortir défaite. Comme en 2009 et en 2006 l’entité sioniste veut marquer les esprit en accentuant les frappes  sur Gaza à partir de l’aviation, de l’artillerie et de la marine. Elle espère ainsi se venger, imposer ses conditions de négociations et espérer gagner un peu de temps qui verrait  l’épuisement des stocks de missiles palestiniens. C’est ce que attendent les Arabes pour se donner bonne conscience et criminaliser la résistance. L’observateur averti remarque que les bombardements et le pilonnage des armées sionistes  ne trouvent plus de cibles à détruire. les armées sionistes ne font que que bombarder pour la seconde et troisième fois les mêmes cibles prouvant l’inefficacité de leur stratégie et leur impasse militaire et politique. Il ne faut jamais perdre de vue le but de la guerre : éradiquer l’ennemi ou faire taire la voix de ses armes et la voix de ses revendications politiques et religieuses

La résistance  a remporté la victoire car elle a dévoilé  la fragilité des acteurs et a permis à ce que la magie se retourne contre les magiciens dans  tous les camps. La plus grande victoire est le changement des règles de la confrontation militaire. Cette victoire annonce trois autres victoires :

–        La reconsidération sur les défaites arabes antérieures. Il n’y a pas eu de défaite militaire mais politique. L’équation politique et le problème de la gouvernance vont aller vers un clivage plus aigu.

–        La victoire du génie arabe et iranien qui s’est montré  inventif. L’embargo et le blocus sont une épreuve : «  le marteau brise le verre, mais il forge l’acier »

–        La prochaine confrontation peut venir de n’importe où. La Jordanie peut devenir  un foyer de tension et rendre les terres occupées à visée de tirs de missiles des bédouins arabes. L’Occident en jouant sur les révolutions arabes jouent sur nos contradictions, mais jouent aussi sur ses contradictions.  Il est vrai que nous regrettons cette manière de confisquer les révolutions arabes ou de les instrumentaliser à des fins géostratégiques, mais nous sommes conscients que l’Occident ne maitrise pas les changements qui peuvent amener d’autres acteurs qu’il ne connait pas et qu’il n’a pas prévu. Il faut suivre la Tunisie, Égypte, la Syrie et la Libye dans une quinzaine d’année. Les véritables changements sont à venir. L’Occident et Israël vont se poser d’autres questions : l’origine des armes de fabrication occidentale qui semblent avoir été utilisé par la résistance palestinienne. Quelle est leur provenance : Libye ou Syrie ? Qui est le transitaire ? Le serpent va se mordre la queue et la France va se trouver une fois de plus confrontée à ses impasses et ses fantasmes…

Cette victoire qui vient après l’assassinat de l’ingénieur de la résistance armée, Al Jaabari, apporte une partie de la réponse sur le devenir idéologique du HAMAS après son retrait de l’axe Iran Liban et Syrie suite à la « révolution arabe  » en Syrie. Une partie de la réponse sur l’évolution du  HAMAS est dans la négociation du cessez-le-feu ou de la trêve. Il est fort significatif de voir que celui qui est en train de négocier, d’amender, d’accepter la proposition n’est pas le HAMAS, mais la résistance. La résistance est administrée par l’ensemble des factions palestiniennes ce qui laisse supposer que le HAMAS n’a plus l’hégémonie sur les questions de paix et de guerre et qu’il est contrait de revenir aux constantes de sa fondation. Si l’OLP se refonde sur les principes qui ont présidé à sa création en s’ouvrant à l’ensemble des acteurs politiques et militaires palestiniens, alors le HAMAS sera lui aussi contraint par la loi de l’adaptation à se ranger sur le nouvel ordre intérieur et à se repositionner entre les « agneaux » arabes et les « lions » arabes.

Avec l’hégémonie des Frères Musulmans et apparenté dans les deux grands pays que sont la Turquie et l’Égypte, lesquels optent pour le pragmatisme, le HAMAS a du mal à trouver ses marques. Il est obligé de s’adapter et de retrouver sa boussole car les épreuves sur le terrain imposent leurs lois et non le pragmatisme. Affaire à suivre

Cette victoire repose de nouveau et avec force, dans la conscience universelle, les trois  constantes de la Palestine :

–        La fin du blocus

–        L’éveil islamique

–        La fin de l’occupation

Cette victoire remet à l’ordre du jour la Palestine comme critère de vérité et curseur dans la grille de lecture du monde. Tous les grands mouvements dans l’histoire du monde sont annoncés en Palestine comme les Prophètes (saws) ont révélé la Parole divine.

Celui qui connait tant ou prou le Coran sait qu’au-delà de nos analyses conjoncturelles ou stratégiques il y a une vérité que la résistance palestinienne a pris en considération qui fait que cette vérité a enveloppé, protégé et donné de la force à cette résistance la rendant triomphante sur le mensonge, même si ce mensonge est puissant :

{Et ne considère point, ceux qui sont tués pour la cause d’Allah, comme morts, bien au contraire : ils sont vivants auprès de leur Dieu et reçoivent leur subsistance, réjouis de ce qu’Allah leur Accorda de Sa Munificence, et voient un augure favorable pour ceux qui ne les ont pas rejoints, derrière eux. Il n’y a aucune crainte pour eux et ils ne seront point affligés. Ils voient un augure favorable par une grâce d’Allah et une munificence. Et certainement, Allah ne perd point la rémunération des croyants, ceux qui ont favorablement réagi à l’appel d’Allah et du Messager, bien que la blessure les ait touchés. A ceux d’entre eux, qui firent le meilleur et sont devenus  pieux, une immense rémunération. Ceux à qui les hommes dirent : « Les hommes se coalisèrent contre vous, prenez donc garde ». Mais cela augmenta leur foi et dirent : « Allah nous suffit, c’est le meilleur Procurateur ».  Alors ils revinrent avec une grâce d’Allah et une munificence. Aucun mal ne les effleura, et ils suivirent l’agrément d’Allah. Allah Possède une Munificence immense. Seulement, tel est Satan : il fait peur à ses liges. Ne les redoutez point, et redoutez-Moi, si vous êtes croyants.} Al ‘Imrane 169 à 176

Ces versets sublimes nous remettent au cœur du défi de la communauté musulmane :  faire du monde notre préoccupation ultime au point de vivre humilié sous les exigences de ce monde ou bien faire de la Promesse divine notre unique intention et ainsi vivre avec un monde qu’Allah mettra sous nos pieds pour  faciliter notre existence dans Son adoration. Celui qui parvient à cette vérité a réalisé le grand triomphe qui ne connaitra aucune défaite.

Leïla Shahid : « Notre stratégie non-violente face à Israël est un échec »

La déléguée générale de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne,  Leïla Shahid,  a accordé un entretien  à la RTBF :

Leïla Shahid, l’armée israélienne a mobilisé 75 000 réservistes. Les blindés se déploient petit à petit. Vous craignez un conflit terrestre ?

– Oui, je pense que cette situation absolument tragique, parce que c’est la répétition de ce que la population de Gaza a vécu il y a à peine 4 ans, c’est une guerre annoncée. C’est presque indécent de prétendre qu’on est surpris que ça recommence puisque, depuis l’offensive de 2008-2009, rien n’a changé à Gaza et qu’une population occupée depuis 45 ans ne peut pas continuer à vivre humiliée comme elle l’est et qu’il était évident que la communauté internationale aussi est responsable parce qu’elle n’a rien fait de tout ce qu’elle a promis, Union européenne incluse.

Et je pense que l’arrière-pensée de Monsieur Netanyahou dans cette nouvelle guerre qu’il prépare est vraiment beaucoup plus électorale qu’autre chose. Il n’a pas le scrupule d’en faire payer le prix ni à la population civile israélienne, qui est bien sûr incessamment terrorisée par les missiles et les obus que les Palestiniens tirent de Gaza, ni à une population palestinienne encore plus terrorisée…

– Donc, pour vous, on est dans un contexte électoral ?

– Mais bien sûr ! Le 22 janvier, le Premier ministre israélien a décidé qu’il voulait faire des élections anticipées. Il a pris comme partenaire dans sa coalition, Monsieur Lieberman, l’actuel ministre des Affaires étrangères israélien, qui est un homme qui ne cache pas ses positions très radicales. Monsieur Netanyahou a essayé de convaincre le Président Obama de partir en guerre contre l’Iran, il n’a pas réussi. Donc il choisit de faire la guerre contre l’ennemi le plus faible, le moins équipé sur le plan militaire, qui est la population civile de Gaza. Vous n’allez pas me dire que le Hamas, avec les quelques obus qu’ils fabriquent dans les petits ateliers locaux, va tenir tête à une armée nucléaire et aussi puissante que l’armée israélienne. Et ça va être un nouveau massacre.

– Alors, justement, le gouvernement israélien dit défendre sa population. Les Occidentaux pointent, eux aussi, la responsabilité du Hamas dans cette affaire, dans le déclenchement de ce conflit. Quelle est la position de l’Autorité palestinienne sur cette question justement ?

– Ecoutez, nous, nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux Etats. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué. La solution préconisée par le Président Mahmoud Abbas, par le Premier ministre, par Yasser Arafat avant son décès, ça fait 20 ans que nous négocions soi-disant une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis 45 ans. Et qu’est-ce que nous avons fait ? Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est. Donc regardons la réalité en face : la communauté internationale est responsable aussi de notre propre échec, parce qu’il est évident que nous avons un déséquilibre de forces total en faveur d’Israël.

– Et le Hamas, lui, il est responsable ? Le Hamas en lui-même ?

– Oui, mais le Hamas, qui n’est pas le parti que je représente, mais le Hamas représente une population. D’ailleurs, je vais vous dire : ce n’est pas le Hamas qui tire, ce n’est pas vrai que c’est le Hamas. C’est le Jihad islamique et les autres organisations. Le Hamas, ça fait 5 ans, pour des raisons tout à fait évidentes d’opportunisme, a fait respecter un cessez-le-feu intégral, il n’y a plus eu de tirs. Le Hamas a vraiment imposé un cessez-le-feu. Les tirs, ils ont sûrement un peu à voir avec la situation régionale. Mais ils sont possibles parce que la population est excédée que rien n’ait changé dans sa vie.

La tragédie de la Palestine, c’est que la communauté internationale est de mauvaise foi, d’un côté, y compris d’ailleurs l’Union européenne et les Américains, ou incapable de se mettre d’accord sur une vraie politique. Israël est traité comme l’Etat le plus démocratique, le plus gentil, il a les meilleures relations. L’Union européenne vient de lui accorder tous les privilèges au niveau des accords d’association. Et la population palestinienne a le droit aussi de se défendre comme elle pense qu’elle peut le faire. Nous, autorité, nous pensons qu’on peut le faire sur le plan politique, mais on n’a pas vraiment acquis beaucoup de crédibilité, à vous dire vrai, depuis 20 ans, puisque nous avons échoué. Les organisations comme le Hamas et le Jihad islamique, eux, préconisent qu’il faut revenir à une lutte armée.

– Ce point de vue du Hamas, ça vous inquiète ?

– Ça ne me surprend pas mais ça m’inquiète. Je vais vous dire pourquoi ça m’inquiète : ça m’inquiète parce que la disproportion du rapport de force est telle que c’est encore une fois la population civile de Gaza qui va payer le prix. Qui est mort il y a 4 ans ? 1400 femmes, enfants, et vieillards qui ont été bombardés. Qui est en train de mourir depuis maintenant 3 jours ? Ce sont 30 civils palestiniens, ce ne sont pas les combattants qui meurent. Lorsque Israël tire avec des avions F16, ce n’est pas le Hamas ni le Jihad islamique qu’on punit, c’est la population de Gaza qui ne peut même pas fuir parce que toutes les frontières de Gaza sont fermées par Israël.

– On a assisté, avant-hier, à des scènes assez rares en Cisjordanie. On avait certaines personnes qui brandissaient sur le territoire de la Cisjordanie des drapeaux en signe de ralliement au Hamas.

– Mais c’est normal parce que je vous dis que moi, je suis l’ambassadeur de Palestine, et je vous dis que, malheureusement, la stratégie de ma direction, la mienne, celle que je défends maintenant depuis 45 ans, elle a échoué. Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans ? Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990. On a continué en 1993, on a arrêté la lutte armée, on a voulu montrer qu’on était respectueux du droit international, et Israël nous a donné une claque.

Nous avons des résolutions qui obligent Israël depuis maintenant 45 ans, c’est-à-dire la résolution 242, à quitter les territoires occupés parce que l’occupation de territoires par la force armée est illégale. Qui a fait appliquer ça dans les territoires palestiniens ? Personne. Donc ne donnez pas de leçon de morale à une population qui est excédée. Et nous devons, nous, faire une autocritique de dire que, malheureusement, nous n’avons pas réussi à mettre fin à l’occupation par des moyens non-violents, donc nous allons voir encore plus que Monsieur Netanyahou utilise cela pour son agenda électoral. Il va se mettre comme candidat, lui et Monsieur Lieberman, dans un mois comme le héros, je dirais, de l’unité nationale israélienne contre soi-disant les ennemis. Et il revient vers la guerre des civilisations et il reprend le discours de Monsieur Bush d’ » axe du bien contre le mal « , et bien sûr il diabolise le Hamas et tout ce qui est islamique pour se faire lui le chantre de la liberté.

– Et d’après vous, quel rôle peut jouer l’Egypte ?

– Tout front militaire, à côté de la frontière de l’Egypte et de Gaza, va déstabiliser aussi le président Morsi. C’est pour ça qu’il a été très vite mobilisé et, bien sûr, il a une relation, en tant que parti politique, avec le Hamas. Mais je vous dis, le Hamas a pratiquement respecté intégralement le cessez-le-feu pendant 5 ans. Pourquoi aujourd’hui ça reprend ? Je pense que c’est aussi le contexte national israélien et les élections. Et Morsi va voir, et il a déjà appelé deux fois le président Obama pour essayer aussi de dire aux puissances internationales qu’il faut qu’elles l’aident à calmer les visées de Monsieur Netanyahou qui ne mettent pas seulement en danger les Palestiniens, mais aussi toute la région.

Propos recueillis par Pierre-Yves Meugens

Ecoutez ici l’entretien avec Leïla Shahid

Source : rtbf0info

http://www.rtbf.be/info/monde/detail_violences-a-gaza-entretien-exclusif-avec-leila-shahid?id=7876355

 

Al Forqane II : Les brigades Al-Qassam et Al-Qods déjouent tous les complots

La résistance palestinienne qui a réalisé l’exploit de mettre en échec l’« Opération plomb durci » a montré la supériorité du faible lorsqu’il est déterminé à se défendre contre l’arrogant. Dans la bataille militaire la symbolique Al Forqane « le critère » a triomphé de « Hanouka » le nom de code de l’agression de décembre 2009.

Trois après, nous sommes entrés dans la phase de Forqane II avec un nouvel embrasement du front. Cette fois-ci, les enjeux symboliques qui s’affrontent sont les mêmes « le critère de vérité » comme « le mythe de Hanouka ». Mais, aujourd’hui si les enjeux sont les mêmes avec plus d’acuité et de perversion, d’autres mythes vont tomber.

En 2009, le mythe de l’invincibilité de l’armée sioniste a été pour la seconde fois mis à terre par les David arabes du Liban et de Palestine.

En 2009, Moubarak et les rois arabes se sont rangés du côté de Goliath.

Allah a voulu que la Palestine soit la respiration historique du monde, le pouls cardiaque du monde arabo-musulman. Elle est le berceau des Prophètes. Tout ce qui arrive de profond en Palestine se répercute nécessairement sur le monde et vice versa. Voir à ce sujet mon livre « les révolutions arabes et la Palestine » réalisé à la suite de la conférence que j’ai donnée au Comité Action Palestine de Bordeaux. Moubarak a été emporté comme un débris en quelques semaines pour sa complicité dans les crimes odieux et impardonnables commis contre la population de Gaza.

Les « révolutions arabes » nées à la suite de la résistance héroïque Al Forqane ont été confisquées par les appareils du mouvement islamiste au profit de l’Amérique qui ont fait de ce « moment mystique de l’histoire » une trahison pour donner caution morale et religieuse à l’OTAN d’intervenir masquée ou dévoilée en Libye et en Syrie laissant l’impression que l’heure du triomphe est arrivée pour les Bédouins Arabes et le « néo Ottoman » Erdogan qui se voyaient conduire le monde musulman et arabe au consumérisme capitaliste, à la liquidation de la cause palestinienne, et au Sykes Picot bis. C’était sans compter sur la résistance palestinienne et ses traditions de lutte.

Tout le monde voyait la fin de la Syrie, la liquidation de la cause palestinienne, le démembrement du monde arabe, la guerre contre l’Iran et l’invasion de l’Algérie sous la bénédiction des Frères Musulmans qui se croyaient les nouveaux maitres des lieux.

Le déplacement de l’émir du Qatar, PDG de la plus grande base américano pétrolière  dans le monde, à Gaza devait sceller la fin de la résistance que le HAMAS sous l’impulsion des Frères égyptiens avait commencé à liquider en se montrant traitre envers la Syrie, en s’ouvrant au Qatar et en proposant une trêve unilatérale sans contrepartie.  L’Empire, aux abois, tenu en échec en Syrie avait besoin de plus de temps et le front en Palestine devait être mis sous anesthésie. Le Qatar et les Frères Musulmans égyptiens croyaient corrompre la résistance palestinienne avec les milliards de dollars et la Dawla islamiya oubliant que les Gazaouis ont oublié la faim et le désir de manger après un long blocus, et la signification de « l’Islam est la solution » après plus d’un an de gouvernance islamique aussi infantile qu’incompétente.

Au moment où les uns désespéraient de voir la fin qu’ils attendaient alors que les autres attendaient avec impatience la levée des obstacles qui les empêchaient d’avancer vers une étape nouvelle, les brigades AlQassam et AlQods déjouent tous les complots et faussent tous les calculs : Al Forqane est de nouveau en vigueur.

Al Forqane, le critère de vérité, la discrimination entre le faux et le vrai, entre le juste et l’injuste va s’imposer à tous. Il y a un Dieu au-dessus de toutes les créatures qui met à néant tous les stratagèmes.  Soumis au Décret divin, l’Empire et le sionisme sont faillibles et se comportent contre leurs propres intérêts par précipitation et par  arrogance. Soumis au Décret divin les Arabes traitres à leur cause sont mis devant leur responsabilité. La question syrienne ne peut plus occulter leur nature perfide. Les Frères Musulmans sont dévoilés devant le monde musulman et sont contraints de prendre une position douloureuse avec des conséquences qu’ils n’ont pas prévues comme ils n’avaient pas prévues de révolution ni de prendre les clés des tyrans et agir comme eux.

Les Frères Musulmans, plus tôt que prévu, sont tenus de choisir leur camp : la cause palestinienne et la résistance avec comme conséquence l’anéantissement des faux espoirs avec les monarchies, les pseudo révolutions et le flirt avec l’Empire et son dauphin. Sinon ils seront exposés à la rue arabe, à leurs opposants arabes nationalistes et laïcs. Plus personne ne peut jouer son avenir politique sur le dos des Palestiniens et de la Palestine sans se faire brûler les ailes et la cervelle.

Dans «  Le dilemme arabe et les dix Commandements US » j’ai montré l’impasse de la confiscation de la « révolution » et l’empressement insensé d’applaudir à la mort de Kadhafi ou à l’appel à la mort de Bachar Al Assad. J’avais considéré que ces comportements sont absurdes et dénotent l’affrontement dans le monde musulman, indépendamment du qualificatif islamiste ou non islamiste, de deux écoles de pensée : l’école du pragmatique et du réalisme cynique qui est prête à composer et à détruire l’axe de la résistance pour des considérations partisanes, et l’école des principes qui refuse de composer car sa culture n’est pas une culture d’appareil, mais une philosophie de résistance, de dignité pour les peuples arabes et musulmans.

Il est vrai que les opportunistes et les cyniques ont pris le train en marche, mais ce train est en train de dérailler car c’est un train qui va à contre-courant de l’histoire. L’histoire annonce la naissance d’un Nouveau Monde multipolaire et la fin de l’hégémonie impériale et sioniste. Une partie des Frères Musulmans ne savent pas lire l’histoire, la grammaire des civilisations et les germes du futur qui sont en train de pousser sous nos yeux.

 

Ce que l’Empire, le sionisme, l’Occident agonisant et les Français en particulier ne savent pas ou ne veulent pas voir c’est que dans l’Islam il y a et il y aura toujours une faction qui restera sur la voie de la vérité, cette faction sera invincible jusqu’à la fin des temps. Elle consentira des sacrifices et donnera des martyrs sans s’impliquer dans les fausses querelles et les faux combats.

Cette faction est diluée dans le monde musulman, mais elle est présente au sein des Frères Musulmans, des Salafistes, des nationalistes et même au sein de certains laïcs ou marxistes arabes qui ne connaissent pas l’Islam, mais qui en portent le potentiel : le désir de changer, le désir de se libérer, le désir de résister, le désir de construire un autre monde où règne la liberté, la justice, la justice sociale…

La Palestine est le signe annonciateur…

Al Forqane II annonce la fin des anciens et des nouveaux mythes. La fin de l’invincibilité des puissants. La fin des rêves des Bédouins arabes et du Khalife ottoman, la fin de l’insenséisme de ceux qui se réclament de la Sunna. C’est le début du cauchemar pour la frange aristocratique et élitiste des Frères Musulmans et des « Thouars » de l’OTAN. Al Jaabari rejoint ses frères de combat  après avoir accompli son devoir sans changer de principes.

Allah a voulu que chacun soit l’épreuve de l’autre :

{Si Allah voulait, Il les réduirait à l’impuissance, mais Il veut vous  éprouver les uns par les autres.} Mohammed 4

L’épreuve est l’instrument du Forqane qui sépare le grain de l’ivraie. L’épreuve va unifier de nouveau le HAMAS qui a intérêt pour sa crédibilité, son efficacité à s’inscrire dans un cadre non partisan. Comme pour l’ensemble de la confrérie, l’issue de l’affrontement violent et sanglant pour la nouvelle invasion de Gaza va déterminer quelle est l’école de pensée qui va conduire le monde musulman dans ses rapports aux autres.

L’épreuve est une conscientisation qui met la lumière sur les rentiers qui ont fait de l’Islam une rente religieuse, politique et sociale permettant à l’Empire et au sionisme de l’instrumentaliser en la mettant au service de l’effusion du sang des musulmans, effusion sacrilège. Jamais Allah ne donnera primat religieux ou idéologique  à ceux qui ont transgressé la vie humaine qu’il a rendu sacrée. Nous les voyons se déjuger, se discréditer en tentant de minimiser la résistance héroïque des Palestiniens. Nous les voyons chercher à réconcilier la résistance avec le projet de pax américaine au Moyen-Orient.

Nous espérons ne pas voir d’autres trahisons, d’autres compromissions. Chaque musulman est comptable de chaque goutte de sang qui tombe  sur cette terre. Elle lui donnera de la gloire et de la dignité ou de l’humiliation et des malheurs selon qu’elle soit versée pour la justice et la vérité ou non.

De la trahison ou de la fidélité des uns et des autres Gaza sera non seulement le cimetière des combattants des uns ou des autres, mais la lueur d’espoir ou de malédiction pour les uns et les autres.

Celui à qui Allah accorde  la victoire, nul ne peut le vaincre.

Celui qui a choisi Hijarat Sijjil comme symbole de résistance voit la victoire devant ses yeux, même si l’ennemi et le défaitiste la voit impossible ou lointaine :

{ أَلَمْ تَرَ كَيْفَ فَعَلَ رَبُّكَ بِأَصْحَابِ ٱلْفِيلِ } * { أَلَمْ يَجْعَلْ كَيْدَهُمْ فِي تَضْلِيلٍ } * { وَأَرْسَلَ عَلَيْهِمْ طَيْراً أَبَابِيلَ } * { تَرْمِيهِم بِحِجَارَةٍ مِّن سِجِّيلٍ } * { فَجَعَلَهُمْ كَعَصْفٍ مَّأْكُولٍ }

{N’as-tu donc pas vu comment ton Dieu A fait des gens de l’éléphant ?

N’a-t-Il pas détourné leur ruse en fourvoiement ?

Et Il envoya contre eux des volatiles par volées,

leur lancer des pierres de marne entassées.

Il les a rendu  comme de la paille rongée.}

Al Fil

La pierre peut faire tomber le F16, le résistant isolé peut faire déjouer tous les complots et ainsi dire aux hommes que jamais la question palestinienne ne sortira de l’équation humaine : elle restera le critère, l’indice, l’annonce, la mesure de l’état du monde. La bataille de la Palestine sera la bataille des volatiles de feu contre les mastotondes de l’occupation si les spoliés en Palestine et ceux qui leur apportent soutien moral et matériel se hissent au niveau requis, sur le plan général à  faire du combat pour la libération de la Palestine un combat pour la liberté et la dignité des peuples, sur le plan islamique  un combat entre le Haqq et le Bàtel, un chemin sur la quête du salut dans la vie future. Allah ne donnera aux croyants  la géographie, le territoire, la dignité, la prospérité, le pouvoir que si et seulement si ils font de la quête de la rencontre de Dieu leur principale préoccupation :

{Certes, la terre sera héritée par Mes Dévoués vertueux.} Al Anbiya 105

{ Et Nous voulons faire don à ceux qui furent opprimés de par la terre, en faire des modèles, faire d’eux les héritiers,   leur donner pouvoir de par la Terre, et montrer à Pharaon, à Hàmàne, et à leurs soldats ce qu’ils appréhendaient de leur part.} Al Qassas 5

Il n’y a pas de place à l’esprit partisan et sectaire pour ceux qui veulent fonder une civilisation à visage monothéiste qui enfante des libérateurs et des civilisateurs car elle ne peut être enfantée que par des libérés et des civilisés en rupture avec tout ce qui est contraire à la vertu, au dévouement, à l’adoration d’Allah et à la fédération des forces, toutes les forces qui refusent l’exclusion et le monopole.

Chaque bataille et chaque épreuve viennent comme des gifles frapper les Arabes et les Musulmans somnolents : il est temps de se réveiller et de mettre fin à l’esprit sectaire et partisan; il est urgent de s’unifier et d’avoir une seule et même boussole pour ne pas rester encore comme des débris de détritus humains emportés comme des proies faciles vers les gueules des prédateurs insatiables.

Pragmatisme des Frères musulmans et du HAMAS

Sobhane Allah comme le monde est devenu petit et le temps raccourci. J’avais dans une de mes analyses sur les « révolutions arabes » vu le danger des prises de position partisane sur la résistance palestinienne et sur l’association des savants musulmans dans leur devenir et leur orientation idéologique.  J’avais montré la carte perdante que les Frères musulmans et le HAMAS allaient jouer au sommet d’Istanbul où il a été question d’envisager plus de pragmatisme politique compris comme rapprochement du Chaytan al Akbar comme l’avais désigné Cheikh Bachir al Ibrahimi. La Turquie, Qaradhawi et les Frères sont le cheval de Troie qui va bouffer ce qui reste de nationaliste dans les pays musulmans et les pousser à l’alignement consumériste et affairiste.

Je ne connais pas et je n’ai pas à connaitre les intentions ni les visées du cœur des acteurs politiques. Il m’intéresse de suivre un processus dans la durée et de marquer les jalons qui permettent de voir la tendance. Pour le HAMAS à qui j’ai consacré un livre   » Gaza : la bataille du Forqane » et ensuite j’ai suivi la suite. Voici quelques  balises de lecture :

  • Refus d’Oslo, mais implication du HAMAS dans le processus « démocratique ». Il forme un gouvernement sous occupation (?) avec, tenez-vous bien, 24 ministres dont un charé du tourisme (?)
  • Arafat en voie de liquidation, mais le HAMAS ne se propose pas de lui apporter un soutien.
  • HAMAS liquide FATAH par le recours aux armes et le chasse  de Gaza…
  • Qaradhawi ne prend pas des positions « wassatiya », mais se montre partisan penchant d’une manière trop flagrante envers le HAMAS, alors que l’intelligence est de ne pas tomber dans les jeux de la discorde et de la scission entre le FATAH et le HAMAS.
  • L’opération plomb durci a liquidé les deux cadres intransigeants sur la résistance armée : le stratège Said Seyam et le prédicateur Nizar Rayan
  • Istanbul 2010 : Mohammed Nezzal se fait apostropher par le Stratège Kowétien Nafissi sur l’insignifiance de la lutte armée
  • Les allées et venues des délégations du HAMAS au Qatar
  • Le congrès du HAMAS met hors du bureau politique Mohammed Nezzal
  • Lors du soulèvement des Thouars en Libye et en Syrie le HAMAS a manifesté son appui aux « révolutionnaires » niant l’aide officielle libyenne et syrienne
  • Le HAMAS annonce une trêve unilatérale avec l’entité sioniste
  • Mahmoud al-Zahar est reçu à Téhéran alors que les cadres du HAMAS sont en Turquie
  • Le front démocratique de Jibril et le Jihad islamique annoncent leur alignement à la Syrie officielle et la mise à sa disposition de leurs moyens militaires.
  • Le guide iranien Khamenei reçoit le Djihad islamique sans la présence du HAMAS
  • Le ministre des affaires étrangères du HAMAS, Mahmoud al-Zahar semble largué dans un processus qui lui échappe et où il ne semble pas jouer un rôle décisif
  • La direction du HAMAS est favorable à ce que la direction du HAMAS revienne à un membre de l’intérieur (intérieur de quoi?)
  • Les Arabes réitèrent la proposition de Mahmoud Abbas de la proclamation d’un état palestinien (sans territoire, sans souveraineté) reconnu par l’ONU lui faisant perdre son statut de mouvement de libération nationale
  • Les fuites du journal londonien « el arab » sur l’installation de Mechaal au qatar pour remplacer Youssef Qaradhawi qui prendrait sa retraite. La bataille se joue entre Ghénouchi le tunisien et al ‘Aouda qui ne sont pas reconnus comme savant par la communauté de savant qui ne fait pas partie de l’Association des Savants Musulmans
  • – Le Hamas ne rouspète pas sur les tunnels détruits par l’armée égyptienne ni sur la fermeture du poste fronytalier de Rafah (?)
  •  Clinton met dehors le maréchal Tantaoui et ses adjoints pour faire de l’Egypte une seconde Turquie
  •  Morsi honore la mémoire de Sadate (?) comme si c’était la priorité des égyptiens (!)

La Palestine est à la fois le point de chute des contradictions ou des cristallisations du monde arabe et l’incubateur qui fait bouger le monde arabe. Tout indique un processus de normalisation qui se prépare avec l’abandon des revendications territoriales, du retour des réfugiés et de la souveraineté palestinienne. Il faut espérer que l’axe de résistance tienne bon et longtemps.

Voici ce que dit la télévision syrienne d’un homme que la Syrie a hébergé et choyé et qui finalement se montre ingrat.  comme étant un changement de stratégie et non un retournement opportuniste et partisan.  Les sionistes ont encore de bons jours à vivre dominants sur nos terres : la maladie est en nous. Les sionistes sont le châtiment qu’Allah nous a envoyé  :

 

Damas a attaqué le chef du bureau politique du mouvement Hamas Khaled Mechaal, le qualifiant de traitre et d’ingrat, et d’avoir « vendu » la résistance pour arriver au pouvoir.

Dans son bulletin du soir, la télévision officielle syrienne a dit : « Mechaal a renoncé à la résistance pour le compte d’Israël et des Etats-Unis. Toutefois, la Syrie ne regrette pas de l’avoir aidé, parce qu’elle ne s’est jamais attendue à des faveurs en échange de ses obligations nationales et patriotiques envers un combattant vagabond auquel elle a fourni tout le soutien pour poursuivre sa lutte ».
« La Syrie est heureuse de voir partir celui qui a échangé la résistance en contrepartie du pouvoir. C’est votre choix de résistance qui vous a donné ce statut chez le peuple palestinien, non pas votre appartenance aux Frères musulmans », a poursuivi la télévision syrienne, condamnant ses propos tenus aux côtés du Premier ministre turc Recep Tayib Erdogan.

Et d’ajouter à l’adresse du chef du bureau politique du Hamas : « Rappelle-toi de ton vagabondage dans le monde avant que Damas ne t’assurât sa protection ».

Lors du congrès annuel du Parti de justice et développement turc, Mechaal a salué la révolution du peuple syrien, en quête de la liberté et de la dignité, considérant que la liberté, la démocratie et les réformes ne s’opposent pas à la résistance contre l’occupation.

« Comment acceptes-tu la poursuite du blocus sur Gaza du côté égyptien alors que tes frères ont accédé au pouvoir ? Comment participes-tu à la destruction des tunnels de la liberté et de la vie comme tu les appelais ?, s’est interrogée la TV syrienne, demandant si les promesses américaines de le nommer président alternatif au pouvoir sont derrière ce changement de position.

Les Etats-Unis seraient impliqués dans les massacres de Sabra et Chatila

Le quotidien américain le «New York Times» a publié des documents secrets prouvant l’implication des États-Unis dans les massacres de Sabra et Chatila en 1982!

Dans son article intitulé « Le massacre qui aurait pu être évité», Seth Anziska, chercheur à l’Université de Columbia États-Unis, a réussi à se procurer des documents historiques dévoilant le contenu de converstations aynat eu lieu entre des responsables israéliens américains au cours de cette période.

Il cite un document datant du 17 Septembre 1982, rapportant une réunion qui s’est tenue entre le ministre de la guerre israélien, à l’époque, Ariel Sharon et l’émissaire du président américain au Moyen-Orient Morris Draper.
Selon le document, Sharon aurait assuré qu’Israël évitera d’impliquer les États-Unis dans le massacre, en disant: «Si vous avez peur de vous trouver impliquer dans cette affaire, aucun problème, il suffit que les États-Unis nient toute implication ou leur connaissance dans ce massacre, et nous ferons autant »!

Le document souligne que ce dialogue confirme que les Israéliens étaient parfaitement au courant que leurs alliés libanais avaient pénétré dans le camp, et qu’une opération de liquidation barbare avait commencé, commente l’auteur de l’article.

Un autre document révèle une deuxième réunion qui a eu lieu entre l’émissaire américain Draper et Sharon , à laquelle ont participé l’ambassadeur américain Sam Lewis, le chef état-major israélien Rafael Eitan et le chef des services de renseignement militaire Yehuda Sagi.

A cette réunion, l’émissaire amèricain a réiteré la position de son pays exigeant le retrait des forces de Tsahal de Beyrouth, alors Sharon lui répond: « »Les terroristes sont toujours dans la capitale et nous avons leurs noms; leur nombre varie entre 2000 et 3000″.. Alors Morris Draper demande: « Et qui se chargera de la sécurité des camps palestiniens? » Sharon répond: « l’armée et les forces de sécurité libanaises s’en chargeront ».

Après des négociations, les deux parties sont parvenues à un accord pour le retrait des forces israéliennes du Liban durant les prochaines 48 heures mais après le «nettoyage» des camps.

Sharon n’a pas quitté la réunion avant de s’assurer que l’accord ne contient aucune confusion sur la sélection des camps qualifiés de terroristes qu’il faut liquider et qui sont : Sabra et Chatila, Bourj Barajneh.

Puis Draper a souligné «mais certains affirmeront que l’armée israélienne est restée à Beyrouth afin de permettre aux Libanais de tuer des Palestiniens ».

Sharon lui répond:  » Alors nous les tuerons nous-mêmes, il n’est pas question de garder l’un d’eux en vie; et nous vous permettrons pas de sauver ces terroristes ».

Draper s’en presse de dire: «Nous ne sommes pas intéressés à sauver l’un d’eux ».

Sharon réitère « Si vous ne voulez pas que les Libanais les tuent nous le ferons »!

Du coup, Draper conclut la réunion an affirmant:  » Nous aimerions que vous vous retirez de Beyrouth.. laissez cette mission aux Libanais »!

 

Source :

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=79461&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=23&s1=1

Ahmadinejad à la Mecque : « Nous sommes tombés dans le piège de nos ennemis »

Au cours d’une allocution, à la Conférence de l’OCI, à la Mecque, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a brossé un tableau pessimiste sur la situation régionale, allant jusqu’à vilipender certains rois arabes qui jouent le jeu des ennemis en Syrie alors que leur peuple les refuse! « J’ai un amer constat à faire : malheureusement, nous, les Musulmans, nous sommes tombés dans le piège que nos ennemis nous ont tendus! Nous entrons de plein pied dans une guerre totale, dévastatrice et vaine, une guerre à caractère fratricide, ethnique et tribale, qui pourrait durer des dizaines d’années. Malheureusement, certains pays jouent le jeu des ennemis a déclaré le président iranien » ! …

Et de poursuivre: « Ceux qui étaient arrivés au pouvoir, pour changer la politique hégémonique des Etats Unis envers notre région, ont tourné leur veste et ils veulent changer notre région, ils nous menacent de guerre…je vous renvoie à l’Afghanistan, à l’Irak, la Libye, la Syrie, à Bahrein, au Yémen ….dans ces pays qui tire sur qui ? « ….

« Si nous acceptons que la justice et l’égalité sont le droit de tout un chacun, alors, nous allons accepter que nous sommes tous dans le même bateau, nos destins sont liés. Nous devons nous serrer les coudes, nous entre-aider, pour faire face à l’ennemi commun; nous devons faire front commun face à nos ennemis », a encore affirmé Ahmadinejad.

« L’OTAN rêve de s’emparer de notre région et nous, au lieu d’affronter ce danger, sur la foi de faux arguments, inventés ou imaginaires, ethniques ou tribaux nous sommes devenus ennemis, sans savoir que ces hostilités gratuites offrent la meilleure occasion à nos vrais ennemis, pour nous envahir a regretté le président iranien. »

la voie de libération de Jérusalem (suite 2/2)

Jérusalem est un symbole

La marche épique de Salah Eddine vers la libération de Jérusalem, a commencé par des événements sanglants à l’issue desquels Jérusalem est tombé injustement aux mains de la horde des croisades au cours de la dernière année du dixième siècle de notre ère.

Jérusalem est un symbole pour les Croisades : le royaume de Jérusalem ou le royaume latin d’Orient.

Salah Eddine est un symbole de la résistance contre les croisades et du Djihad islamique contre l’agression. Il a consacré sa vie à la libération de Jérusalem, comme nous le verrons dans la Partie II de la présente étude qui va tenter d’approfondir le récit sur d’édification de la stratégie de bataille contre les croisés jusqu’à la récupération de Jérusalem et des territoires arabes occupés.

Le début des manœuvres militaires des deux côtés, se déroula comme un jeu d’échecs où chacune des parties essaye de deviner la stratégie de l’adversaire tout en déployant la sienne par l’occupation tactique du terrain et par l’utilisation des ressources disponibles de la meilleure façon possible, avec audace et intelligence.

Dans le camp des Croisés les choses semblent un peu plus compliqués car il était difficile de trouver un compromis entre la prudence du comte de Tripoli, Raymond III, et la fougue belliqueuse des Templiers .

Dans le camp des musulmans, le génie militaire de Salah Eddine va se manifester comme prolongement des manœuvres militaires et des méthodes de guerre utilisés dans la bataille de Hattin et les batailles connexes qui ont suivi cette bataille et qui toutes ont été menées dans une seule visée : récupérer Jérusalem et la libération de la mosquée Al-Aqsa.

Dans la période antérieure à la bataille de Hattin, Salah Eddine a consacré environ treize mois dans la lutte contre les croisés par des combats intermittents, alors qu’il a passé trente-trois mois, depuis l’automne de l’an 570 AH / 1174, dans des combats sporadiques contre les arabes, afin de construire un front uni arabe. Ce n’est qu’en 581 AH / 1186, qu’il parvint à un traité avec l’émir de Mossoul qui parachève la souveraineté totale de Salah Eddine sur le monde arabe et lui donne les forces militaires manquantes pour envisager sérieusement une bataille décisive contre les Croisés (36).

On peut d’ores et déjà sortir avec la conclusion que le Sultan était pleinement conscient que la construction d’un Front uni est très importante dans son dispositif de combat contre les Croisés. Dès qu’il a réalisé l’unité de front arabe il s’est aussitôt déployé sur la seconde phase de sa stratégie à long terme murement réfléchie, patiemment et intelligemment mise en place pour la libération de Jérusalem.

David Jackson a écrit : … Je crois que l’analyse des motivations religieuses et de sa dévotion mérite d’être évaluée avec soin pour voir qu’en dépit de tout, son attachement à son idéal religieux a été irréversible, en dépit de l’existence des différents points de vue des autres. Je reste persuadé que la motivation première qui a guidé toute la vie et toute l’ouvre de Salah Eddine était le Jihad jusqu’à la libération totale de Jérusalem qui passe aux yeux de Salah Eddine nécessairement par la destruction de la puissance militaire du Royaume des croisades. Le Jihad était pour lui la condition nécessaire pour atteindre l’objectif de libérer Jérusalem.

On a essayé de montrer la lutte de Salah Eddine contre les princes rivaux comme une lutte d’intérêts et de pouvoir pour son clan et sa famille mais cela ne tient pas à l’analyse de ses biographies. J’ai l’intime conviction que sa vie a été consacrée à l’objectif qu’il avait choisi, la libération de Jérusalem, et toutes ses luttes internes se focalisaient sur la réalisation de cet objectif (37).

Face à Salah Eddine on peut dire que la stratégie des Croisés a constaté essentiellement à éviter l’affrontement avec les musulmans autant que possible en se focalisant sur une planification de guerre purement défensive (38). Depuis la création du royaume des Croisés, les Franques ont toujours consacré leurs efforts à la fragmentation des arabes et à l’évitement d’une confrontation qui pouvait donner une rapide victoire aux armées musulmanes.

Raymond III était persuadé que si l’armée des Croisés livrait bataille dans la chaleur de l’été elle n’aurait pas la haute main dans la lutte, et a tenté de persuader le roi croisé, Guy de Lusignan, de ne pas prendre l’initiative de livrer bataille et de sa cantonner à la défensive. Mais le chef des chevaliers Renaud de Châtillon accuse Raymond de lâcheté et convainc les Croisés de lancer assaut contre les musulmans et battre l’armée de Saladin.

Comme le Roi des Croisés n’avait pas l’envergure d’un chef il a finit par se ranger à l’avis de Renaud de Châtillon. Dans leur sortie à la rencontre des musulmans les Croisés ont campé dans la région de Sophoria verdoyante avec arbres et cours d’eau et Raymond insistât pour y rester sans aller plus loin dans la rencontre des musulmans préconisant une fois de plus qu’il n’était pas sage de chercher à livrer combat contre les musulmans.

 

À propos de Galilée

Salah Eddine n’a pas hésité à recourir à une diversion militaire pour forcer les Croisés à sortir de leur campement de Sophoria qui leur assurait la sécurité et les ressources. Au début du printemps de l’année 583 AH / 1187, il a lancé une forte attaque sur la forteresse de la Galilée où résidait la femme du comte Raymond III. Soumettant le château a des assauts qui allaient le faire tomber, Salah Eddine parvient à pousser la femme du comte, retranchée dans le château assiégé, à solliciter l’aide du roi des Croisés pour mettre fin au siège de Salah Eddine (39). La manœuvre militaire de Salah Eddine réussit : contre l’avis de RAYMOND III qui était conscient des risques de l’affrontement meurtrier avec l’armée des musulmans d’une part, et qui pensait qu’il valait mieux laisser tomber le château et payer la rançon pour libérer sa femme d’autre part, le chef de l’Ordre des Chevaliers, s’introduisit auprès du roi des Croisés et le convaincu d’aller à la rencontre de Salah Eddine pour l’empêcher de s’emparer de la Galilée.

Vendredi, 24 rabiâ 583 Hijri / 3 Juillet 1187, en pleine chaleur, l’armée des croisades quitta les jardins couverts de Sophoria pour prendre le chemin des collines nues à destination de Tibériade (40). Comme à l’habitué les forces de renseignement et de reconnaissance de l’armée de Saladin démontrèrent leur intelligence et leur compétence dans le suivi et les prévisions des manœuvres des armées des croisés. Salah Eddine était mis au courant du déplacement des armées ennemies et de l’état de leurs forces.

Et Salah Eddine redéploya son armée en lui faisant faire marche du camp de « Kfar Sabbat » au village de Hattin, qui était été riche en pâturages et en eau abondante. A hattin son armée fit jonction avec les troupes musulmanes qui revenaient de Galilée mettant fin à leur siège. La situation logistique a changé : c’est maintenant les troupes musulmanes qui sont à l’aise et au repos tandis que les troupes croisées sont en marche exposées à la chaleur et au soleil de plomb.

Dans cette situation de combat les troupes musulmanes harcelaient les flancs et les arrières des armées par des coups de main et des embuscades en s’appuyant sur la cavalerie légère. On assiste à de nouvelles techniques de combat auxquelles les armées des croisées n’étaient pas préparées : harcèlement et attaques surprises éclair.

Il était difficile voire impossible pour les armées croisées de modifier leur dispositif de combat et de déplacement pour s’adapter aux nouvelles techniques de guerre éclair utilisée par les musulmans. Maintenant leur dispositif traditionnel de blocs compacts et de rangs serrés les croisés ont péniblement souffert du harcèlement type guérilla. Devant les pertes subies et la désorganisation de leurs dispositifs, les Croisés ont été contraint d’arrêter leur déplacement et d’organiser un camp de stationnement pour tenter de repousser les attaques poursuivies tout au long d’une longue et pénible journée qui a vu des attaques violentes perpétrées par des musulmans sur les flancs et le dos de leur armée et entamant la résistance morale et physique des troupes(41).

Les Croisés ont installé leur campement sur une colline surplombant le lac de Galilée. Mais ils ne sont pas en mesure d’atteindre l’eau car des détachements musulmans leur font obstruction en s’interposant entre eux et les berges du lac.

Et pour le malheur des croisées, la soif du jour se conjugua à la fumée émise par les feux que les soldats de Salah Eddine, infiltrés dans les avants postes, allumaient dans les broussailles sèches autour du campement. Les croisés étaient en plus démoralisés par les prières et les Allah Akbar prononcés par les musulmans. Le matin, à l’aube dès l’appel à la prière des musulmans, les croisés avec un moral fortement perturbé, firent le constat qu’ils étaient encerclés de tous les côtés. Il ne leur restait que la tentative d’ouvrir une brèche par l’infanterie à destination des points d’eau mais ce fut pour eux la plus grande débâcle de l’histoire des croisades. Après d’âpres combats une partie des troupes croisées fut dispersée et une autre partie fut tuée ou capturée.

Le samedi, rabiâ 25 583 Hijri / Juillet 4, 1187, l’Armée islamique réalisa la plus grande victoire contre l’existence du royaume des croisades. Toute l’armée conduite par les Chevaliers fut décimée. Ne survécut à cette défaite que Raymond III, le comte de Tripoli, qui avaient fui pendant la bataille, avec un certain nombre d’amis. Salah Eddine a réussi à décimer une partie de l’élite des Croisés (42). Jérusalem devenait de plus en plus un objectif proche et réalisable dans la stratégie patiente et savante de Salah Eddine.

A la suite de ce combat qui fut une destruction catastrophique des forces principales des Croisés qui ont perdu des hommes et du matériel ne restaient comme résistance principale sur la route vers Jérusalem que de petites garnisons retranchées dans les forteresses, les châteaux et les villes occupées qui tombèrent les unes après les autres au main des musulmans peu de temps après la bataille de Hattin.

 

Plus qu’une défaite, une série de défaites

Certes, il est vrai qu’avant la bataille de Hattin les Croisés ont connu des catastrophes militaires, il est vrai aussi qu’un certain nombre de leurs dirigeants ont été tués ou faits prisonnier par les combattants musulmans, mais la bataille de Hattin est plus qu’une défaite ou une catastrophe militaire c’est l’effondrement du système idéologique, militaire, politique et psychologique des croisades.

Le plus important dans cette bataille décisive est que Salah Eddine est réconforté dans sa vision de libération de Jérusalem qui dictait de rendre les croisés vulnérables détruisant le mythe de leur invincibilité militaire et de la puissance de leur royaume. Il a été en mesure, à la tête de son armée, de détruire la plus grande armée des Croisés, et il est maintenant convaincu plus que jamais que la défaite totale des Croisés est faisable et que c’est leur défaite militaire qui mettra fin au royaume latin en Orient et réalisera la libération définitive des territoires arabes de la domination étrangère.

Il est vrai que la bataille de Hattin n’a pas mis de fait fin aux Croisades et s’il y a eu une durée plus grande à l’existence des Croisades et plus tard à la présence coloniale cela est imputable à la faiblesse politique des successeurs de Salah Eddine qui ont laissé ressurgir les anciennes rivalités politiques et s’installer de nouveau l’esprit tribal avec ses convoitises et sa vision étroite et à court terme.

Il faut souligner aussi que les Croisés ont perdu par la suite de leur vitalité et n’ont tien réalisé de grand ou de spectaculaire se contentant de gérer leur royaume que Salah Eddine a laminé et fortement réduit.

Le plus grand fait, du côté musulman, de la bataille de Hattin, est la participation, pour la première fois depuis des siècles, au combat ensemble, sur un même front et contre un seul et même ennemi, l’ensemble des forces officielles arabes venant de Syrie, d’Irak, d’Egypte et même des bénévoles venant du Maghreb. Elle donne à l’histoire le repère véritable et la stratégie authentique de libération des terres occupées : un front uni dans l’action politique et militaire. Ce front n’était pas le résultat d’une improvisation ou d’un accident de l’histoire mais l’effort inlassable, permanent et continu d’Imad Eddin Zinced, de Noor Eddin Mahmud et puis de Salah Eddine Ayouby. La victoire de Hattin contre le colonialisme des Croisades est le point culminant et logique des efforts de la construction du Front uni de résistance politique et militaire.

De ces considérations découle l’importance historique de la bataille de Hattin. Elle reste une épine au gout amer et cruel dans toute l’histoire des Croisades et de l’Europe catholique …

Lorsque le temps d’apaisa et la poussière de la bataille se dispersa, le roi des croisés Guy de Lusignan accompagné de Renaud de Chatillon et de hauts dirigeants furent amenés captifs dans la tente où les attendaient Salah Eddine. Le chroniqueur musulman Îmad al-Esfahani raconte comment le Sultan Salah gronda Renaud de Chatillon et lui reprocha ses actions belliqueuses et son odieux manque de respect pour les pactes et les conventions. Jusqu’à la fin Renaud de Chatillon se montra arrogant, menteur et perfide allant jusqu’à affirmer que la faute incombait aux rois des Croisés. Salah Eddine a tué le prince transgresseur comme accomplissement d’un vœu qu’il avait fait à lui-même lorsqu’il a pris conscience des horreurs commises contre les musulmans à cause des agissements et des intrigues de Renaud de Chatillon.

A la vue de la décapitation du prince Renaud de Chatillon le Roi des Croisés fut pris d’une crise d’épilepsie qui ne s’arrêta que lorsque Salah Eddine le réconforta et lui donna le serment qu’il était sous sa protection. Il donna l’ordre de décapiter tous les Templiers considérés comme responsables des massacres commises contre les populations musulmanes, à l’exception de leur commandant en chef à qui il accorda la vie (43).

Après la victoire de la bataille de Hattin les forces de Saladin avancent en douceur sans précipitation faisant tomber les uns après les autres cinquante-deux villes, châteaux et forteresses des Croisés.

Les places fortes des croisés tombaient facilement car d’une part elles étaient dans un rapport de force défavorable et d’autre part ses occupants avaient la garantie de la vie sauve et de la sécurité s’ils se rendaient sans opposer résistance. Salah Eddine avaient la réputation de ne jamais manquer à ses promesses ni à ses engagements.

Les armées de Saladin sont parvenus jusqu’à Acre (Akka en Palestine), qui était le plus important port des Croisés sur la Méditerranée. C’est un port militaire bien protégé avec des forteresse presque invulnérables et qui s’est préparé à l’arrivée des armés musulmanes qui l’ont attaqué le premier jeudi du mois de Joumada I AH 583 / 1187. La population croisée d’Acre, en quête de sécurité, a demandé de négocier avec Salah Eddine qui leur a donné le choix de rester ou de partir loin de la zone de combat. Ayant fait le choix de partir il s’engagea à leur laisser la vie sauve et à leur laisser leurs richesses qu’ils pouvaient transporter avec eux comme serment de Salah Eddine inviolable et sacré.

Comme ils s’imaginaient qu’après la prise de la ville ils allaient tous être tués ainsi que leurs femmes et leurs enfants il décidèrent pour la plupart d’abandonner la ville à son sort…( 45). L’attaque contre la ville permis la libération des prisonniers musulmans à Acre (Akka) dont le nombre dépassait quatre mille(46). Acre remis les clés de la ville à Salah Eddine au cours du mois de Joumada I 583 AH / 10 Juillet 1187. A partir d’Acre Salah Eddine récupéra en quelques mois Jaffa, Nazareth, Sforep, kissaria, Naplouse, et Tibnine, Sidon, Beyrouth, Byblos, Ashkelon, Gaza, Toron, Aldarom (à proximité du territoire égyptien). Le but était d’empêcher le débarquement de renforts venus d’Europe. Il pouvait maintenant se mettre en marche sur Jérusalem à la fin de Joumada II 583 AH / Septembre 1187 (47).

 

Récupération d’Ashkelon

Ashkelon est la plus importante des forteresses que Salah Eddine a fixé comme objectif à reconquérir avant de se diriger sur Jérusalem. Ashkelon a été un grand enjeu militaire et stratégique tant pour les croisés que pour les musulmans : c’est une base à la fois navale et terrestre dont la maîtrise permettait de lancer des expéditions redoutables tant navales que terrestres le sol peuvent être avancées pour ceux qui possédaient eux pour lancer des attaques efficaces contre l’ennemi au sol ou sur mer. Cette base est resté 35 ans sous la domination des croisés avant d’être libérée par Salah Eddine qui a ordonné la destruction de ses murailles et de ses forteresses pour qu’elle ne puisse plus servir de base ennemi dans le cas où elle serait reprise par l’ennemi dans le futur.

Le Sultan met son armée, victorieuse, en marche sur Jérusalem pour la faire tomber par l’épée (48). Sans doute il eut l’idée et le désir de venger le sang des musulmans massacrés par les croisés lors de la Première Croisade en Juillet 1099.

A ce moment là, dans la marche sur Jérusalem, Al-Nasser Salah Eddine Yusuf Ayouby, avait sous son commandement toutes les armées arabes qui avaient combattu sur tous les fronts et toutes les villes et forteresses le long de la côte syrienne et palestinienne où se trouvait la forte présence des coalisés. Il imposa l’embargo totale contre la ville sainte, le dimanche, le 15 Rajab, 583 AH / Septembre 1187 ….

Le dernier et court chapitre de l’histoire de la libération de Jérusalem, doit toujours être vu comme l’aboutissement d’un long processus historique et le résultat d’une complexe maturation politique et militaire et non un simple fait d’armes épique. Le siège de la sainte ville a duré seulement vingt jours, mais le conflit a été l’histoire de longs et pénibles chapitres qui s’est étalée sur quatre-vingt-huit ans de luttes sur plusieurs générations depuis que la ville tomba aux mains des Franques Croisés la dernière année du dixième siècle jusqu’à sa libération par les musulmans le 27 du mois de Rajab de l’année 583 AH / II d’Octobre 1187.

La scène finale a été, comme une ironie du sort, plein de contrastes, plein de panoramas impressionnants. Elle demeure comme contradiction générale avec la scène brutale et cruelle qui a eu lieu quatre-vingt-huit ans auparavant. Elle demeure un rapport de confrontation entre le fanatisme agresseur et la culture d’une civilisation qui défend son existence et ses valeurs, entre l’arrogance impitoyable du colonisateur et l’éthique de la résistance et entre la barbarie du dominateur et la fierté et la noblesse du triomphe de la libération.

Enfin l’assaut final contre la sainte ville fut donné et les catapultes des armées musulmanes ciblèrent les murailles et les tours fortes par un pilonnage intensif de lourdes pierres et de boulets de feu. Bien protégés derrière les murailles les croisés opposèrent une résistance farouche et obstinée sous le commandement du Prince croisé Balian de Laplaine. La résistance de la ville conjugué à la chaleur du jour contraint le Sultan Salah Eddine à déplacer son camp et à changer de site de bataille. Il se dirigea alors le 25 Rajab vers la partie nord de la ville.

Les croisés pensaient que l’Armée islamique a dû lever le siège de la ville, mais ils ont déchanté de leur optimisme lorsqu’ils vu apparaitre les forces de l’Islam sur le Mont des Oliviers, qui surplombe Jérusalem du côté de la Vallée de l’Enfer (49).

 

Etranges rituels

À l’intérieur de la ville, la reine Isabella Sybila prend la défense de la ville avec le concours du patriarche catholique Héraclius et du Prince Balian. Les femmes de l’aristocratie des Croisés, sous la direction d’Isabella, eurent recours à une étrange procession, un rituel inédit, dans l’espoir que le sort soit plus clément en faveurs des Croisés qui ne se faisaient plus d’illusion sur l’issue de la bataille. Les dames de l’aristocratie se sont mises à tondre les cheveux de leurs filles, puis à les déshabiller les laissant nues prendre un bain en public et en plein air sur une colline de Jérusalem (50).

Mais la ville assiégée n’est pas dans le besoin de ces rituels frivoles, mais dans des combattants, des armes et une volonté de combattre qui font défaut… Et le prince Balian proposa de remettre les clés de la ville en échange d’un pacte de paix qui garantit leur vie et leur sécurité. Mais le sultan Salah Eddine, refusa l’offre car il voulait une victoire totale par les armes pour achever définitivement la présence étrangère sur les territoires arabes et clore un chapitre de l’histoire du monde arabe : la ville devrait être libérée de la même façon qu’elle a été prise.

Sur ce sujet le chroniqueur musulman Imad al-Din al-Asfahani raconte : » Le Prince des croisés a dit que si le Sultan n’acceptait pas l’offre d’échanger la ville contre leur sécurité, il allait donner l’ordre aux croisés de détruire la ville, y compris la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, et abattre toutes les femmes et les enfants vivant dans la ville « … Votre intérêt n’est pas dans notre défaite mais dans un traité de paix, vous perdrez tout si vous obtenez totale victoire. La déception vous est venue par la porte de l’espérance, le moins pire pour vous se trouve dans le traité de paix même s’il contrarie votre victoire … ». La décision finale fut prise par un conseil de guerre qui accepta la capitulation des croisés et l’arrêts des combats par les troupes musulmanes (51).

Ils devaient être heureux ce jour là les défenseurs Croisés dirigés par le Prince Balian de Laplaine. Ils étaient heureux parce qu’ils sont à la merci d’un vainqueur qui jouit de hautes qualités morales et des attributs de miséricorde et de compassion. Personne n’ignorait la vertu de la parole et des actes de Nasser Salah Eddine. Sa miséricorde et sa sagesse ainsi que celle de son conseil de guerre ont évité une effusion de sang inutile et ont confirmé une fois de plus l’humilité des musulmans dans la victoire et le primat de la raison sur le désir de vengeance. L’histoire des Croisades ne retient ni contre Salah Eddine ni contre les musulmans les atrocités qui étaient courantes dans le monde à cette époque … »(52).

En effet le Sultan était connu de ses contemporains, par son comportement humain, loyal, fidèle à ses promesses. Quand le prince Balian a proposé ses conditions de reddition Salah Eddine n’a pas hésité longtemps avant d’aller à la solution la plus charitable et la plus économie en vie humaine. Il a vaincu la rage portée dans le cœur quand les yeux voient la sainte ville à la portée de ses armes et que le souvenir est hanté par le massacre des s musulmans lors de la prise de la ville par les croisés et par les longues et cruelles souffrances des peuples arabes plongés sous le joug du colonialisme des croisés qui a duré quatre-vingt-huit ans .

Les musulmans ont accepté que soit versée une rançon pour chaque homme de dix dinars, chaque femme de cinq dinars, et chaque enfant de deux dinars (53).

 

Entrée victorieuse à Jérusalem

Les Musulmans entrent à Jérusalem le vingt-septième jour du mois de Rajab en 583 AH / II de Octobre 1187. Ne sont restés dans la ville que les autochtones, les arabes musulmans et les arabes chrétiens de l’Eglise orientale. Tous les croisés ont quitté sains et saufs la ville, ceux qui pouvaient payer leur rançon et ceux que Salah Eddine a accordé dérogation de ne pas payer leur rançon pour une raison ou une autre.

Le patriarche Héraclès est parti sain, sauf et libre d’emmener avec lui les reliques religieuses, l’argent et tous les objets en or et en argent ainsi que les coffres remplis d’objets précieux qui étaient dans l’église de la Résurrection, sous les yeux et la protection des soldats musulmans, sans être exposé à un vol ou une vexation de la part de la population arabe. Un pacte est sacré, inviolable, quelques soient les blessures et les humiliations subies par le passé.

Le dernier à partir fut le princpe Balian qui avait déployé toute son énergie pour maintenir la ville sous domination des croisés et qui avait fait tout son possible pour négocier la livraison de la ville contre la vie sauve de ses défendeurs croisés chevaliers, soldats et civils. Il est parti libre accompagné de son épouse et des princes et chevaliers qui étaient avec lui à Jérusalem. Ils sont partis empruntant une route sécurisée pour eux et leurs biens conformément aux garanties données par le Sultan Nasser Salah Eddine Youssouf al Ayoubi.

Pour l’époque, la reconquête de Jérusalem, reste, sur le plan humanitaire, une image singulière. La libération de Jérusalem a provoqué un rayonnement de bonheur , de liesse populaire et de ferveur religieuse dans l’ensemble du monde musulman. La nouvelle de la libération de Jérusalem attira des foules innombrables du monde musulman pour la visite de la ville sainte et la mosquée Al Aqsa (54).

L’oraison et le sermon du vendredi ont été restaurés à la mosquée Al-Aqsa, après une longue pause de presque un siècle, le quatrième vendredi du mois de Sha’ban en 583 AH. La chaire du sermon de (al minabar) qui a été réalisée depuis longtemps, depuis Nur al-Din Mahmoud, a pris sa place lors de cette célébration historique de l’oraison du premier vendredi de la libération.

L’historien Ibn Athir raconte : Salah Eddine ordonna la construction de la tribune (minabar) pour l’offrir à la mosquée Al-Aqsa le jour de la libération de Jérusalem à laquelle il se préparait et y croyait. Lorsqu’on lui dit que Nur al-Din Mahmoud avait déjà donné des instructions à des artisans d’Alep de fabriquer le Minbar en mettant toute leur ingéniosité artistique pour qu’il soit la plus belle tribune jamais réalisée dans le monde islamique. Les menuisiers syriens ont mis des années pour réaliser ce chef d’œuvre d’ébénisterie. Salah Eddine ordonna que cette chaire soit ramenée à Jérusalem pour l’inauguration de la prière du vendredi dans Jérusalem qui allait être libérée. C’est donc cette chaire qui pris sa place dans la mosquée al Aqsa.

L’imam qui a présidé à la prière était le juge Mohieddin Ibn Zaky. Il portait la tunique noire emblème de la dynastie des Abbassides et prononça des éloquents sermons et des discours plein de ferveur religieuse à cette occasion historique (56).

 

L’oraison et le sermon du vendredi dans Jérusalem libérée

Il s’agissait ce jour là, dans la prière, dans le sermon, dans la chaire et dans la foule des orants, des images symboliques du processus du jihad qui a duré plusieurs générations, afin de libérer Jérusalem des Croisés (57).

Salah Eddine s’est donné suffisamment de temps pour évacuer la ville de tous les Croisés, pour remettre la ville en état de fonctionner normalement sur le plan administratif, social et économique. Il a autorisé l’entrée de la ville aux populations juives. Les juifs ont été expulsées des abords de la ville par les Croisés et n’étaient pas autorisés à pénétrer dans la ville sainte durant les longues années d’occupation croisée sous le prétexte qu’ils étaient responsables des souffrances de Jésus-Christ. Pour l’histoire il faut souligner que les juifs en Palestine étaient peu nombreux par rapport aux autres villes d’Orient et que la majorité de la minorité juive en Palestine, vivaient traditionnellement en dehors de la ville de Jérusalem comme en témoignent le Benjamin Alttili et d’autres nombreuses sources historiques. Salah Eddine leur a accordé le privilège de résider dans la ville comme tous les autochtones de la région arabe.

Le Sultan ordonna la restauration du Mihrab de Omar devenu vétuste et son revêtement en marbre. Il ordonna le retrait des icônes et des images placées par les Templiers et les Chevaliers dans les maisons qu’ils avaient spoliés et dans les bâtiments et cours de la mosquée Al-Aqsa.

Le Dôme du Rocher est lavé avec de grandes quantités d’eau de rose, puis son air purifié par les meilleurs encens. Il supervisa le recrutement du personnel responsable du service de la mosquée Al-Aqsa. L’église de la Résurrection a été fermée pendant plusieurs jours, puis elle a rouvert ses portes aux fidèles chrétiens. Autorisation fut donnée aux princes des croisés de la visiter et d’y venir faire leurs prières et leur pèlerinage.

Ce bref aperçu sur le rôle historique de Saladin et sur sa stratégie pour la libération de Jérusalem, révèle une biographie d’un homme qui mérite une noble appréciation et une grande vénération à la lumière de sa réussite dans la libération de Jérusalem. Toute sa biographie témoigne qu’il a dirigé son attention tout au long de sa vie pour atteindre cet objectif, et qu’il a estimé, sans faillir un jour ou douter un instant, que le jihad est la seule façon, au niveau politique et militaire, pour parvenir à la libération des territoires occupés.

Il faut retenir que Salah Eddine a construit le projet de libération de Jérusalem sur la base préalable de la reconstruction de l’unité morale, politique et religieuse du monde musulman sous la bannière du djihad contre les Croisés. Sa biographie révèle qu’il a consacré la plus grande partie de sa vie dans ses efforts pour former l’unité politique et mettre fin aux luttes entre les factions dans la région arabe. Les combats contre les Croisés n’ont occupé qu’un tiers du temps consacré à l’action militaire contre les princes Al zenkyines et autres brigands et voyous arabes.

Il faut garder conscience vigilante que la fragmentation confessionnelle et doctrinaire, l’égoïsme des intérêts mesquins, le sectarisme ethnique et la division politique des dirigeants et le silence des populations musulmanes de l’époque, était la raison de la réussite de l’arrivée et de l’implantation des Croisades au cœur du monde arabe. Il ne faut pas perdre de vue que la présence continue et trop longue des croisés sur le sol arabe n’est pas la résultat de leur supériorité mais la conséquence dépend objective de la dégradation continue ,morale et politique, de la personnalité arabe qui est devenu, de ce fait, otage des convoitises et faille vulnérable face aux appétits colonialistes. Le monde arabe otage de la gouvernance insensée des dirigeants arabes et de leurs divergences politiques scandaleuses se transforme inévitablement en proie facile pour les prédateurs colonisateurs comme les croisés.

Salah Eddine ne doit pas être vue dans une vision messianique. Il est à la fois le produit et le continuateur d’un long processus libératoire qui a commencé par imad Eddine zinqi et Noor Mahmoud qui avaient en tête le projet révolutionnaire de libération de Jérusalemen, de la Palestine et du monde arabe. Les prédécesseurs de Salah Eddine engagé sur la voie de la libération l leur manquait les deux conditions de réussite : l’unité des rangs politiques et l’unité de commandement militaires qui permettaient de réaliser cet objectif de grande envergure. Aucune ambition légitime et noble ne peut se concrétiser dans des conditions de déliquescence morale et politique et sans planification qui met en place la stratégie, les moyens et les programmes d’actions.

Salah Eddine avait l’avantage d’avoir la vision lucide et la conscience religieuse et politique de cette situation anormale, politiquement et moralement. Il avait aussi la compétence d’agir avec savoir, intelligence et prudence trouver l’opportunité et la pertinence pour surmonter les obstacles, les affronter ou les contourner sans perdre de vue l’effort stratégique des efforts tactiques, les visées lointaines des visées à court et moyen terme. Il a montré que la planification intelligente conjugué à a la volonté permettent de se renforcer progressivement contre l’occupant et de rendre faisable la libération dont la concrétisation est rendue de plus en plus proche et de plus en plus évidente tant pour lui que pour ses proches et les populations musulmanes.

Salah Eddine en écrivant au Calife abbasside al Moustandi billah :  » Si les affaires de la guerre trouvaient solution dans la pluralité des participations on n’aurait pas manqué sans doute la gloire qui nous fait défaut au vu de l’importance du nombre de prétendants autonomes chacun réclamant pour lui l’autorité. On n’aurait pas été amené à subir des préjudices s’il était naturel que le monde supporte la coexistence de plusieurs autorités contradictoires. Mais la vérité que nous ne pouvons ni occulter ni fuir sans préjudices et dommages et que les affaires de la guerre exigent une longue préparation et une excellente planification qui ne peuvent se passer de l’unité de commandement militaire et de l’unité de décision politique. Si la question du commandement est réglée et la planification politique tranchée il ne reste alors que la mise en place des organes consultatifs sur les questions de mobilisation des moyens pour mener les combats victorieux … »( 58).

Ces quelques mots résument la doctrine de Salah Eddine sur l’Etat moderne et sur la guerre de libération. Ils sont le meilleur témoignage sur la stratégie victorieuse de Nasser Salah Eddine Youssef al Ayoubi dans la reconquête de Jérusalem.

 

Auteur : l’écrivain et historien égyptien Qassem Abdou Qassem

Traduction Omar Mazri

Notes du traducteur :

Celui qui veut faire un travail comparatif qu’il lise par exemple les Croisades sur Wikipédia. Vous aurez plus de détails mais une vision de l’histoire du côté occidental. Ici c’est une lecture non apologétique mais du côté arabe et musulman. Le francophone peut trouver dans cette traduction, malgré ses fautes, une autre source d’information et une autre lecture de la libération de Jérusalem. L’auteur égyptien, Qassem Abdou Qassem, historien et écrivain, est allé à l’essentiel : montrer les causes de la défaite et de la victoire qui sont exactement les mêmes au Xème ou au  XXIsiècle.

J’aimerais ajouter trois  élément d’appréciation qui font partie de la culture islamique et que l’auteur n’a pas soulevé dans son excellent article.

Le premier est l’espérance que doit garder le croyant, même dans les situations les plus tragiques, car l’espérance fait partie intégrante de la foi. Le rapport de force politique et militaire est important dans l’issue d’une bataille mais il n’est pas déterminant. La foi et la vertu du combattant et de son environnement social sont l’autre élément décisif dans la victoire ou la défaite. C’est la loi de Dieu qui s’est appliquée et qui s’appliquera car Il est créateur de l’homme, de ses actes et des conséquences de ses actes et elle s’applique selon la loi de la causalité et du mérite et selon d’autres lois qui échappent à notre entendement :

{Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi, Dieu fera surgir d’autres hommes qu’Il aimera et qui L’aimeront. Humbles avec les croyants, durs envers les négateurs, ils combattront au service de Dieu, sans la crainte d’aucun reproche.} Al-Maidah 54.

Le second élément est l’aspect épique ou charismatique qu’on attribue au commandant victorieux ou au dirigeant  qui s’est particulièrement illustre dans   une situation politique ou géopolitique oubliant le rôle de tous ses anonymes dont on ignore le sacrifice, les souffrances et le rôle déterminant dans la préparation et l’exécution du destin et de l’histoire. Nous devons nous libérer du culte du chef et de l’attente messianique car le destin c’est vous, moi, nous tous si nous agissons avec sincérité, intelligence et de concert sans chercher la fausse gloire. Mohamed (saws) a fait éloge des exilés. On lui a demandé qui étaient les éxilés (al Ghouraba) il a expliqué que ce sont des gens dont le comportement est si humble et si effacé qu’ils paraissent des étrangers insignifiants parmi les leurs mais dont l’action n’est connue efficace et méritoire n’est connue que de Dieu. Leur récompense auprès de Dieu n’aura d’égale que leur anonymat dans ce monde:  » les exilés sont ces gens quand ils sont parmi vous vous ne faites pas cas de leur présence et quand ils sont loin de vous vous ne remarquez pas leur absence mais dont les oeuvres auprès de Dieu sont considérables »

Le troisième est aux  amateurs de berbérité, d’arabité ou de kurdité, de chiisme et de sunnisme :  il faut juste rappeler que la civilisation musulmane même dans sa décadence a toujours posé le problème de l’arabité en terme de culture et non en terme d’ethnie. Salah Eddine était Kurde par sa naissance mais sa culture était arabe et il a combattu tous ceux qui favorisaient la fragmentation de la nation musulmane au nom de la confession, de la doctrine ou de l’ethnie. Les chrétiens du monde arabe se considèrent comme arabe faisant partie de la vaste culture musulmane. Les chrétiens et les juifs  de l’orient musulman se considèrenent comme partie intégrale et indissociable de la culture musulmane. Tout sectarisme pratiqué par un musulman est condamnable.


(36) ديفيد جاكسون، « معركة حطين » ، ص86 – ص87.

(37) نفسه، ص92- ص93.

(38) سميل، الحروب الصليبية ، ص152- ص153.

(39 ) نفسه، ص176- ص177.

(40) ابن شداد، النوادر السلطانية، ص60 – ص73؛ العماد الأصفهاني، الفتح القسي، ص17- ص45؛ مجهول، البستان الجامع لجمع تواريخ الزمان (نشره كلود كاهن) انظر:

Claude Cahen ،  » Une Chronique Syrienne de VI- XII Siecle: Le  » Bustan Al Jami  » ، en Bulletin d، Etudes Orientales ، toms. VI-VIII، (Annees 1937-1938 ) ، pp. 146-ff.

(41) سميل، الحروب الصليبية، ص179- ص180.

(42) عن معركة حطين، انظر: ابن الأثير، الكامل، ج9 ، ص177- ص179 وقد ذكر ابن الأثير ما نصه « .. وكان من يرى الأسرى لكثرتهم لا يظن أن هناك قتلى، فإذا رأى القتلى حسب أنه لم هناك أسرى… »، انظر أيضا: ابن شداد، النوادر السلطانية، ص60- ص73؛ الأصفهاني ، الفتح القسي ، ص17- ص45؛ ابن واصل ، مفرج الكروب ، ج2، ص187- ص192المقريزيي، السلوك، ج1، ص93؛ ميخائيل زابوروف، الصليبيون في الشرق (دار التقدم، موسكو 1986م ) ، ص191- ص192.

Mayer،op. cit. ، pp. 131-132 ; Runciman ، op. cit. vol. II ، pp. 450 -460.

(43) الأصفهاني، الفتح القسي في الفتح القدسي، ص80- ص81.

(44) المقريزي، السلوك، ج1، ص93.

Mayer، op، cit.، pp. 131- 132.

(45) الأصفهاني، الفتح القسي في الفتح القدسي، ص89 – ص91.

(46) ابن تغري بردي، النجوم الزاهرة في ملوك مصر والقاهرة (طبعة مصورة عن طبعة دار الكتب المصرية – الهيئة العامة قصور الثقافة 2008م) ،ج6 ، ص35.

(47) الأصفهاني، الفتح القسي، ص92- ص115؛ ابن الأثير، الكامل، ج9 ، ص176 – ص178، ابن تغري بردي، النجوم الزاهرة، ج 6، ص35 – ص67؛ ابن واصل، مفرج الكروبي، ج2 ، ص209 – ص 211؛ المقريزي، السلوك، ج1، ص95؛ ابن شداد، النوادر السلطانية، ص80 –ص81؛ أبو شامة، ج2 ، ص95.

Runciman ، op. cit. ، vol. II ، pp.461- 462.

(48) ابن واصل، مفرج الكروب، ج2 ، ص209- ص211.

(49) ابن تغري بردي، النجوم الزاهرة ، ج6، ص36؛..Mayer،op.cit.p.132.

(50 ) Ibid ، pp.131-132.

(51) الأصفهاني، الفتح القسي، ص127.

(52) مونتجومري وات، « الحملات الصليبية: تصورات مختلفة » في كتاب ، 800 عام – حطين والعمل العربي الموحد (دار الشروق 1989م)، ص80.

(53) ابن شداد، النوادر السلطانية، ص 129؛ الأصفهاني، الفتح القسي، ص127- ص137؛ المقريزي، السلوك، ج1، ص97؛ ابن تغري بردي، النجوم الزاهرة ، ج6، ص36- ص37؛

Runciman ، op. cit. ، vol. II ، pp. 264-266.

(54) المقريزي، السلوك، ج1، ص97.

(55) ابن الأثير، الكامل، ج 9، ص182 وما بعدها.

(56) ابن شداد، النوادر السلطانية، ص235 – ص237؛ الأصفهاني، الفتح القسي، ص138- ص140؛ البستان الجامع، ص146 – ص147؛ المقريزي، السلوك، ج1، ص96- ص99؛ ابن تغري بردي، النجوم الزاهرة، ج6، ص37؛ انظر أيضا:

Mayer ، op. cit. p132; Runciman ، op. cit. vol. II ،pp.446- 447.

(57) قاسم عبده قاسم، في تاريخ الأيوبيين والمماليك (دار عين للدراسات والبحوث 2007م) ، ص62 – 63.

(58) أبو شامة، الروضتين، ص48؛ ابن واصل، واصل، مفرج الكروب ، ج1، ص15

la voie de libération de Jérusalem 1/2

Scènes de Jérusalem du temps des croisades

Scène I:
Le concile de Clairmont (ou Clermont) — aujourd’hui Clermont-Ferrand — s’est tenu en Auvergne en 1095. Le pape Urbain II l’avait convoqué pour traiter des problèmes de discipline ecclésiastique, à la suite du concile de Plaisance qui s’était tenu six mois plus tôt, mais l’un des faits notables de ce concile est l’appel qu’Urbain II à la noblesse de la chrétienté, lui demandant de lutter contre les Turcs qui selon lui menacent l’empire byzantin et de délivrer les Lieux Saints occupés par les Musulmans. Le pape Urbain II  d’origine française, a été enthousiaste de lancer une « déclaration de guerre » contre les musulmans (1 ).
Après avoir évoqué les malheurs et souffrances des chrétiens d’Orient, le pape adjure les chrétiens d’Occident de cesser leurs guerres fratricides et de s’unir pour combattre les musulmans païens et délivrer leurs frères en Orient qui est une cause plus juste. En même temps les Chrétiens pourront expier leurs péchés une fois arrivés à Jérusalem. Cet appel de Clermont qui est considéré comme une véritable opération médiatique mensongère contre les musulmans est  considéré comme la cause directe de la première croisade.
L’engagement et la réponse enthousiaste de la part du public chauffé à blanc par des manipulateurs de spectateurs dans une  pièce de théâtre dont chacun avait son rôle à jouer pour mobiliser les foules ignorantes. Ainsi il y eut des cantiques, des appels à la guerre et des chœurs répétant les mots « Dieu veut … il veut le Seigneur » (2). … Ainsi a commencé les croisades …

Journée du massacre


Scène II:

Dans un jour de chaleur torride de ce  mois de Juillet 1099 la ville de Jérusalem est tombé entre les mains des Croisés après un siège de cinq semaines. La prise de Jérusalem par les Croisés donna lieu à un terrible massacre de la ville sainte qui fut livrée et ses habitants à  trois jours de pillage, de vol, de viol, de meurtre. Les corps des morts, des brulés et des  mutilés restèrent exposés dans les rues et places publiques plusieurs jours.
Dans cette  atmosphère de tristesse et de désolation, la ville est restée enfermée dans une immense fumée et un épais champs de poussière et d’odeurs de corps carbonisés ou en décomposition. La rencontre de Jérusalem avec les Croisés fut le symbole de l’horreur. Dans l’horreur les Croisés étaient en extase dans l’église de la Résurrection qui recueillaient les  prières et les mots de remerciements adressés au Seigneur. Les   les échos de « Merci Seigneur » qui sortaient de la vielle Église (3) pour s’engouffrer dans dans la ville  donnaient un aspect sinistre et apocalyptique de la présence chrétienne européenne sur les terres arabo-musulmanes.
Scène III:

Un jour de ce mois d’ Octobre 1187 (27 Rajab en 538 AH), Salah eddine libère Jérusalem qui est restée otage des Francs Croisés un peu plus de  quatre-vingts ans.
La reprise de Jérusalem témoigne de l’humanisme des musulmans à l’opposé des  scènes brutales lors de l’ invasion barbare des Francs. Enfin l’oraison du  vendredi était restaurée à Jérusalem libérée après une longue période interdite (4).

Ainsi a commencé la fin de la présence des Croisés sur les terres arabes …

Ces trois scènes  ont marqué l’histoire de Jérusalem à l’époque des croisades; Cependant, la scène finale, celle de  la libération par Saladin est celle à laquelle je me consacre dans cette étude. Nous retenons que l’épopée de la libération, qui était dirigé par Saladin a commencé après  des moments sanglants qui ont vu Jérusaleme tomber sous la domination de la la horde barbare des Croisés au début du 11 ème siècle.  Jérusalem est un symbole perverti en « symbole de croisade », « le royaume de Jérusalem ».  « Saladin » a été et reste un symbole, le  symbole de la résistance contre la domination étrangère, le symbole du  Djihad islamique contre l’agression.Salah Eddine  a consacré  sa vie à la libération de Jérusalem, comme nous le verrons dans cette étude.

Les causes de la victoire et la défaite


Il serait faux de considérer la victoire  des Croisés contre les musulman lors de la première croisade comme l’expression d’une réelle supériorité du rapport de forces militaires  des Croisés. Sur le plan strictement militaire ils étaient numériquement, logistiquement, techniquement et scientifiquement inférieurs aux musulmans mais les combats ont été à leur avantage. Les Croisades ont été rendus possibles par la faiblesse politique du monde musulman et le déchirement intestinal entre les principautés qui favorisaient la  fragmentation politique et territoriale déja avancée de l’empire musulman. Cette fragmentation politique avait des conséquences sociales et culturelles dont l’héritage de l’amertume et de la méfiance des populations arabes envers les dirigeants dans  la région arabe. Ces dirigeants aveuglés par l’égoïsme et le manque de considération politique, anesthésiés par  l’inertie et l’absence de vigueur, privés de la vision stratégique des intérêts de la nation musulmane ne pouvaient exercer le pouvoir ni entraîner leurs peuples à combattre.

Dans la région arabe et du temps des Croisades les principales forces politiques et institutionnelles dans la région (le califat sunnite abbasside de Bagdad et le califat chiite fatimide du Caire)  se contestaient  le pouvoir et l’existence tout en  participant  à la manifestation de la faiblesse politique et sociale et de la vulnérabilité militaire dans le monde arabe. Dans cette bipolarité belliqueuse coexistaient dans la région de l’Orient musulman une mosaïque de principautés naines qui participaient à l’émiettement de l’ensemble et à la dispersion des énergies. Tout était facteur de division : les doctrines confessionnelles, les appartenances ethniques ou tribales, les intérêts matériels…

Du point de vue sociologique et historique c’est la fragmentation politique des musulmans qui est la cause de la victoire des  Croisés pourtant moins nombreux, de plus faible niveau de civilisation et de la tactique militaire que les  Musulmans et les Arabes.

Du point de vue religieux et spirituel cette victoire des Croisés n’était ni le résultat de l’intervention du Seigneur ni des  saints chrétiens ni l’esprit de foi des  Croisés, comme le prétendent les historiens des Croisades, qui eux mêmes sont les idéologues de   l’Église catholique et les admirateurs des Croisades. La victoire sans force réelle militaire ou spirituelle des Croisés a coïncidé avec l’atomisation politique conjuguée à la faiblesse morale et spirituelle des musulmans véritable cause de la défaite et de la perte des arabes et des musulmans devant leur agresseur.
Le succès inattendu des Croisés et leur  création du « Royaume latin de Jérusalem  » et trois Émirats sur les terres arabes en Palestine et en Syrie a provoqué un traumatisme psychologique énorme sur les populations arabes qui se sentaient trahies et humiliées. Les populations arabes avaient d’abord considéré les Croisés, au début des Croisades, comme de vulgaires  mercenaires au service de l’Empire byzantin qui finiraient par partir un jour. Mais la prise de Jérusalem et les opérations colonialistes qui ont eu lieu à partir de 1099 et au-delà  leur ont faite comprendre que les Croisés sont venus à leur pays pour y demeurer toujours comme conquérants. Face à eux une nouvelle réalité politique, économique militaire et religieuse, s’est douloureusement imposée à eux comme fait accompli (5).

Il était dans la logique historique que la réaction des musulmans contre le colonialisme des Croisés se fasse voir assez tôt, dès sa prise de conscience. Ainsi au Nord les  Turcs Seldjoukides, le Nord ont commencé de de mener des attaques violentes sur les Croisés. La résistance turque a permis de capturer le gouverneur d’Antioche, le prince de Boimond , le comte  Baudouin  et Jocelyne tout en infligeant plusieurs lourdes défaites aux armées croisées.

Dans le sud, les Égyptiens ont lancé des attaques à partir de leur base à Ashkelon, en Palestine, et ont infligé de lourdes  défaites dans les années 1101, 1102, 1105, mais ils n’ont pas poursuivi l’effort de résistance après ces dates en raison de problèmes internes, (6), en l’an 548 AH / 1153 les Croisés parviennent à s’emparer de la forteresse d’Ashkelon, dernier bastion de la résistance égyptienne en  forteresses en Palestine contre les Croisades.

La faiblesse de l’Etat fatimide

Les Croisades coïncident avec la décadence de l’état fatimide qui avait atteint un état de vulnérabilité, qui avait déja attiré les principautés musulmanes voisines à convoiter son héritage. Il était déjà perçu comme « l’homme malade » endormi sur   sur les rives du Nil, dont ne restait de sa gloire d’antan que des souvenirs et une ombre que plus personne ne craint ni ne respecte.
Ainsi a commencé la compétition entre Mahmoud Nour al-Din (qui a succédé à son père, Imad Eddin Zinqui qui avait réussi à libérer Alraha en 1144) et Amaury Ier de Jérusalem premier roi croisé de Jérusalem (1163 – 1174) (7), nommé par les sources historiques arabes  « le gagnant » puisqu’il a pu instaurer son protectorat sur le Caire et l’Égypte privant Nour al-Din d’une assistance des arabes du Sud. En effet les états latins d’Orient  confrontés à une Syrie musulmane puissante et unifiée vont sous la direction d’Amaury  trouver soutien auprès de l’Égypte fatimide, tombé dans les derniers degrés de la décadence et en proie à des luttes de pouvoir. Dirgham fut l’homme clé d’Amaury.

La lutte de contrôle de l’Égypte dans l’échiquier des Croisades s’est cristallisé sur le poste et la personnalité du premier ministre (al wazir)  qui détient les véritables leviers de commande réelle du Caire(8). Il y eut en parallèle aux affrontements armées une lutte pour le contrôle du  pouvoir en Égypte entre les Croisés et la Syrie.  Le premier ministre  Shawir installé par Nur al-Din Mahmoud et Dirgham  l’homme clé d’Amaury se livrèrent à une véritable lutte à mort qui connut de spectaculaires et incessants renversements jusqu’à la morts des deux hommes. Après six épisodes de rapports de force changeant d’un camp à l’autre Shirkuh finit par s’imposer et imposer en Égypte l’allégeance à la Syrie.  Amaury attaque et remporte plusieurs succès sur Shirkuk, mais Nur ad-Din envahit à son tour les états latins en guise de diversion pour protéger son lieutenant, prend les places fortes d’Arim et de Paneas et capture Bohémond III d’Antioche à Harrim le 11 août 1164. Seule l’intervention des byzantins empêche les musulmans de prendre Antioche. Shirkuh fut nommé par la population arabe le « Lion », le grand émir des armées mais il mourut quelques semaines après ses succès militaires et politiques  le jour de l’an 22 Joumada II 564 AH / 1169.

A partir de ce moment là le sultan fatimide al Aâded resta fidèle au pacte avec la Syrie  et déterminé dans la lutte contre les Croisés. Il nomma à la place de Shirkuh décédé un jeune nommé  Salah al-Din, comme premier ministre sans tenir compte de l’opposition des princes,  des dignitaires et des courtisans du régime. Salah al-Din était l’étoile brillante dans le ciel arabe et de la politique arabe.

Stratégie de libération

Cette étude n’a pas pour but de présenter la biographie de Saladin, mais de montrer  sa politique et sa stratégie militaire dans la volonté de  libérer Jérusalem des Croisés (Al franj : les Francs). Saladin a commencé la consolidation de son pouvoir politique et de ses prérogatives de premier ministre  en Égypte, les yeux ouverts sur le front de lutte anti Croisés, au Caire, d’une part, et sur l’évolution  de Nur al-Din Mahmoud, à Damas,  dont il reconnaissait  la souveraineté et la  légitimité politique sur le monde arabe dans l’attente de l’apport que chacun pourrait faire envers l’autre pour la grande cause arabe : libérer Jérusalem.

A l’intérieur Saladin était confronté à un problème épinieux : l’armée. L’armée avait deux problèmes majeures qui rendaient l’Egypte instable et vulnérable. D’une part elle pratique depuis trop longtemps la culture du complot et des contre complots dans les luttes intestines du palais. D’autre part elle n’était pas loyale envers le Sultan fatimide, elle pouvait le trahir, le détrôner ou se ranger du côté de ses ennemis par culture du complot ou par absence de conscience nationale.

L’occasion pour la destruction de l’armée fatimide que cherchait  à Salah al-Din s’est présenté d’elle même. Dans le palais du sultan fatimide un eunuque a fait circuler une pétition inspirée par les Croisés dans laquelle il se réclame comme « l’essence et la légitimité du pouvoir sur le palais ». L’enquête menée par Salah Eddine a prouvé la collaboration avec l’ennemi et l’implication de certains chefs militaires dans un complot visant à le renverser. Salah Eddine a fait exécuter les comploteurs pour le motif de conspiration avec les Croisés à envahir l’Égypte et à éliminer Salah Eddine . Dans la foulée les proches de Salah Eddine ont maitrisé le corps de l’infanterie constitué par les  soldats soudanais dans l’armée fatimide armée. Ce fut un  terrible massacre qui a duré  deux journées entièrement dans le nettoyage de l’armée (11).

Cet incident donna à Salah Eddine une légitimité populaire et un plus grand pouvoir politique et militaire au détriment non seulement des dignitaires mais au détriment du sultan lui même. Salah Eddine eut la maîtrise totale sur les affaires intérieures lorsqu’il fut nommé  « Baha’eddin Qracoc Asadi superviseur des affaires de la gouvernance du royaume  »  au lieu de l’ancien titre   » chargé de confiance du Khalife ». Il s’attela à reconstruire les fondations de la nouvelle armée qui remplaça de droit et de fait l’armée fatimide traditionnelle. Sa relation à Nour Eddine en Syrie  est demeurée au point mort entre le doute et la certitude.

L’attention de Salah Eddine était au fait des risques posés par la présence des Croisés dans la région arabe, dans le processus d’alliance militaire conjoint mené par les croisés du roi  « Amuri premier » avec les dirigeants de l’empereur byzantin « Comninos Manuel » (1143 – 1180). Son attention fut aiguisée en l’an 565 AH / 1169  lors du lancement de l’attaque de la marine de la coalition franco byzantine contre  Damiette, qui était  le principal port égyptien sur la mer Méditerranée.

Au mois de Safar de l’année 565 AH / 1169 , la coalition franco byzantine assiégea,  Damiette avec une flotte militaire de  deux cents navires. Le siège fut levé après cinquante jours sans donner des résultats positifs pour les Croisés. La  résistance  de la ville non seulement fut héroïque et violente mais elle a  révélé l’hostilité sous-jacente entre les Byzantins et les Francs. En levant le siège les Francs ont sabordé leurs navires de matériels et ont laissé la flotte byzantine subir de lourdes pertes en hommes et en navires avant qu’ils ne se retirent pour revenir à leur (12).
La débâcle de la coalition franco byzantine a augmenté le prestige et le pouvoir de Salah Eddine. Cette bataille défensive victorieuse  marquait  un bon début pour une série d’actes politiques et militaires prises par  Salah Eddine pour former une stratégie globale et assidue pour la libération de Jérusalem …

L’année suivante, 566 AH / 1170 Salah Eddine lance sa première et véritable offensive contre les Croisés. Il libère et  récupère Gaza. Il attaque et provoque des dégâts dans les rangs ennemis à  Ashkelon. Au début du printemps de la même année il attaqua les Croisé dans la mer Rouge au Port de l’actuelle Aqaba. Il faut savoir qu’il transporta sa flotte en pièces détachées et à dos de chameaux pour les remonter avant la marée haute et ainsi interdire à la flotte des Croisés l’accès  à la mer rouge (13).

Ainsi, Salah Eddine pris le contrôle du commerce maritime des produits précieux en provenance de l’océan Indien et s’assura la sécurité militaire dans la mer Rouge.
La stratégie de Salah Eddine pour libérer Jérusalem commençait à prendre forme dans ses aspects politiques, militaires et économiques. Toutes ses actions étaient concertées, progressives et à visée globale.

L’influence politique de Salah Eddine


Au Caire, Salah Eddine a commencé par renforcer son influence politique puis il a usé de son pouvoir politique pour prendre les mesures nécessaires pour prendre le contrôole de l’armée, de l’épurer et de la moderniser. Toutes ces mesures politiques et militaires l’ont amené à détruire le système économique féodal des castes du régime fatimide en Égypte. Sur le plan géo stratégique il a remplacé dans les postes névralgiques de l’état les seigneurs de  guerre et les féodaux de l’Egypte fatimide par  par les princes qui sont venus avec lui de Syrie.
Toutefois, Salah Eddine  ne s’est pas empressé de mettre fin ou d’annoncer la fin du régime fatimide. Il a attendu patiemment le temps le plus propice. ce moment est arrivé, le premier vendredi du mois de Muharram de l’année 567 AH / 1171, le jour de l’agonie du dernier Khalife fatimide. Il a ordonné que l’oraison et le sermon du vendredi ne mentionnent plus le nom du Calife fâtimide, qui était alors malade et cloué au lit, mais le nom du Calife `abbâside. Cela signifiait en fait la chute de la dynastie fâtimide et l’avènement d’une nouvelle ère.  La prise du pouvoir était symbolique. Le Calife fatimide décéda onze jours plus tard (14).

Ainsi, l’arène nationale est entièrement libre devant Salah Eddine. La relation tendue et le conflit latent avec Nour Eddine  Mahmoud émergent à la surface. Mais sa priorité était la politique des complots et des troubles fomentés par le roi des Croisés, Amaury qu’il lui fallait traiter avec prudence car le monde musulman n’était pas encore suffisamment fort et unifié pour mener une guerre de front contre les Croisés. Amaury avec l’age et la maladie restait attiré   par le mirage de l’Égypte, mais cette fois, il préférait ne pas suivre la voie de la guerre, mais celle de la division des arabes, de la gestion des crises entre musulmans. Maître en intrigues il a comploté avec le « Sultanat du Yémen» et les vestiges des forces fidèles aux Fatimides en Egypte pour  affaiblir Salah Eddine au Caire. Toutes les intrigues des Croisés  n’ont pas réussi a entamé la stratégie patiente et victorieuse de Salah Eddine.

Salah Eddine victorieux contre les comploteurs du Yémen qui furent crucifiés avec leur chef devint une hantise pour Amoury qui resta pétrifié devant les défaites de ses alliés, de ses comploteurs et de la flotte qu’il a financé et équipé  pour soutenir le complot du Yémen et la diversion à Alexandrie contre Saladin (15). La popularité et le pouvoir de Salah Eddine ne faisait que s’accroître.
La mort de Nur al-Din Mahmoud, le 11 Chaoual, l’année 569 AH / 15 Mai 1174 fut la réponse du destin comme  solution au problème de la relation critique entre les deux hommes. Le destin se manifesta encore dans le décès du roi des Croisés Amoury. SSalah Eddine venait d’être débarrassé en même temps  d’un adversaire politique redoutable et d’un ennemi militaire plus inquiétant.
Salah Eddine se trouvait par le choix du destin face à l’héritier « Amoury » un garçon de dix ans d’âge et atteint de la lèpre, Baudouin, et de l’autre côté, face à l’héritier de Nour Eddine Mahmoud un autre enfant, Ismail, incapable de gouverner. Il ne pouvait y avoir une opportunité plus favorables pour  conduire Salah Eddine  sur la voie de la réalisation de son objectif: Jérusalem.
La dégradation des différends politiques au sein de l’entité des Croisades ne pouvait  être ni atténuée ni éliminée par le recours à  une alliance au sein du monde musulman, forte et capable de donner un souffle nouveau aux Croisés contre Salah Eddine. Les facteurs de division sont encore présents mais à ce moment précis des croisades il n’y avait pas un contemporain arabe ou musulman des croisades capables par sa force militaire ou par sa représentativité politique et populaire à être un allié crédible contre Salah Eddine. L’Europe divisée et épuisée ne pouvait plus continuer  d’envoyer l’aide nécessaire aux Croisés francs.

Dans ces conditions il ne restait à Salah Eddine  que  prouver qu’il est l’homme de cette étape, et de tirer profit du  vent favorable pour mener un Jihad de grande envergure contre les Croisés à la fois comme objectif de libération de Jérusalem et comme voie  de reconstruction de l’unité et de la puissance de l’état musulman  disloqué et affaibli.
Alors que les princes qui se sont emparés des pays musulmans sont encore plongés dans dans les litiges autour d’intérêts mesquins et de préoccupations minables tout en luttant entre eux sur qui pourrait gagner la faveur d’être le tuteur du petit Prince Ismail Saleh bin Nur al-Din Mahmoud (16), Salah Eddine  n’est pas rentré dans leur jeu. Il a agit avec une  remarquable intelligence; En l’an 570 AH / 1174, est venu à Hama (qui a été  jointe à son État depuis une courte période) pour accueillir des émissaires du calife abbasside accompagné d’une délégation honorifique portant drapeaux noirs (l’emblème de la dynastie abbasside), lui présentant la lettre signée par le Calife, le nommant  Sultan de l’Égypte, sultan  de la Syrie ainsi que des autres sultanats (17).

De la libération et de la reconstruction

Son habileté politique et son intelligence de manœuvre l’ont placé de fait et de droit comme légitime souverain  alors que les comploteurs se sont trouvés faisant figure de violeurs de la  loi. La libération de Jérusalem passait par l’unité politique et l’unité de commandement militaire et pour cela Salah Eddine  a axé sa stratégie à réaliser la première partie de son projet : l’unification du monde arabe en récupérant sous son commandement politique et militaire Damas, Homs et Hama. Ce projet réalisé il s’est empressé de se rendre à Alep qui demande l’aide de  « Raymond  III, » le gouverneur de Tripoli. Il a barré la route aux troupe des Croisés leur faisant marche retour après les avoir ventilé aux quatre coins de la terre par le Jihad (18). Et l’année suivante 571 AH / 1176, Salah al-Din est retourné pour imposer un embargo sur  Alep, sans résultat.

Dans le camp des Croisés rien ne semble arrêter la détérioration continue des conditions morales et des divergences politiques. Il n’a y avait  aucun espoir que les problèmes internes des   Croisés puisse trouver solution par la tutelle de Raymond III  comte de Tripoli sur le trône occupé par un roi malade. La tutelle du roi malade ou  l’intronisation d’un nouveau roi ne trouvaient ni consensus ni compromis au sein des Croisés. A ces problèmes de règne s’ajoutait le problème des colons croisés en terres arabes qui ne trouvaient plus écho ou préoccupation prioritaire en Europe confrontée à d’autres problèmes internes.

L’aide aux  Coalisées ne pouvait pas venir des byzantins car L’empereur byzantin, Manuel Comninos se trouve lui-même en position de faiblesse devant l’empire « Turcs Seldjoukide. Il est dans l’incapacité de négocier ou de manœuvrer face au sultan seldjoukid  Arslan II, qui lui infligea une  catastrophique défaite à la bataille de Myriocephalon en 1176, après avoir brisé les lignes défensives de l’armée byzantine, cette armée construite par la famille impériale  » Comninos »  sur plusieurs générations (19).

Salah Eddine a construit un service de renseignement efficace et compétent. Il connaissait le niveau de crise morale, politique et militaire des Coalisés. Sur les renseignements de ses agents il a lancé une attaque sur les Croisés dans la région du Sahel dans les territoires palestiniens au moins de Jamadi premier l’an 573 AH / 1177, et fut la seule fois que  Salah Eddine pécha par excès de confiance en soi et par un relâchement de l’armée dont  les troupes ont été autorisés à être moins en deçà des  des règles établies par Salah Eddine. Le résultat ne se fit pas attendre : son armée connut la pire et la plus lourde défaite de son histoire. Mais globalement cette défaite n’est pas déterminante pour changer le rapport des forces militaires et l’équilibre des pouvoirs politiques  dans la région qui devenaient de plus en plus en  sa faveur(20).

Salah Eddine ,  a passé les années suivantes au sein de l’armée qui menaient des  escarmouches mineures dans les  batailles contre les Croisés et  contre les princes Alzenkyines concurrents dans l’orient arabe, à la fois en Syrie et en Irak. Il a ouvert deux fronts de luttes en même temps mais sa stratégie n’a pas changé : il avait deux axes de combat : l’un sur la consolidation du front arabe et l’autre sur la préparation  à la guerre décisive contre les Franques. Ces deux axes sont indissociables, ils concourent ensemble à la libération de Jérusalem.
En l’an 578 AH / 1182, Salah Eddine à la tête de son armée est sortie d’Égypte allant vers la Syrie, l’Égypte ne pouvant plus être  menacée par les Croisés. Les années suivantes ont été cruciales dans la préparation de la lutte contre les Croisés. Salah Eddine a consacré son temps a organiser la résistance contre l’occupant, à mener des batailles contre ses postes et à lutter sur le font intérieur à unifier le rang des musulmans sous une seule bannière loin des convoitises des princes et des opportunistes.

Dans le camp des Croisés, les conditions vont de mal en pire, la peste fait rage, les divergences politiques s’accentuent, l’incapacité de la chrétienté à trouver une solution à l’enlisement au moyen orient et la disparition de l’allié stratégique des croisés le roi byzantin Manuel Comninos mort en Septembre 1180. L’empire byzantin a perdu de sa force et de son influence au moyen-orient (21).

la guerre psychologique

Salah Eddine a su tirer profit des circonstances pour se faire conduire vers son objectif stratégique. Contre les Croisés il a utilisé cet étonnant mélange de diplomatie, de  propagande, de guerre psychologique et de confrontation militaires en transformant en sa faveur le rapport de forces. C’est la même stratégie  qu’il va utiliser  contre Ses rivaux arabes les princes Alzenkyines.
Il conclue avec les Croisés une  trêve en l’an 1180. Mais la faiblesse du roi Baldouin IV à cause de sa maladie et à cause de la convoitise et du bellicisme du prince de Kerak Reynald de  Chatillon qui ne comprenait pas l’avantage réciproque de la trêve allaient pousser les événements à leur paroxysme ultime (22). L’année 578 AH / 1182, fut l’année de l’affrontement décisif dans l’histoire de l’Islam face aux Croisades.

A ce moment précis de l’histoire, l’État de Salah Eddine  comprend presque l’ensemble de la Syrie, de l’ Égypte et de l’ Irak, à l’exception des provinces d’Alep et de Mossoul. Pour Salah Eddine inclure ces deux sultanats dans l’État unifié était une priorité avant de livrer la bataille décisive pour ne pas prêter flanc à des coalitions comme par le passé. Cependant, ses tentatives pour saisir par la force Alep n’ont pas abouti (23).

Dans le même temps, Reynald de chatillon a lancé une attaque contre la ville portuaire Ayila l’automne de cette même année,  ensuite il a brûlé plusieurs navires des opérateurs musulmans dans la mer Rouge, et a envoyé  de nombreuses troupes croisées qui commençaient à s’approcher de la ville sainte  Medina. La flotte militaire égyptienne mit fin à l’expédition des Croisés et libéra les soldats musulmans et leurs familles mis en esclavage par les troupes croisées qui   avait débarqué sur la terre du Hijaz. Le Prince Hassam Eddine loulou (la perle de l’islam) qui commandait la flotte égyptienne, exécuta deux croisés sur le port libéré et le reste des prisonniers fut exécuté à leur retour au Caire (24).

Cette rupture de la trêve par Chatillon et la colère des masses musulmanes devant la tentative d’expédition contre les lieux saints et la victoire remportée par la flotte égyptienne donna à Salah Eddine al Ayoubi davantage de conviction pour unifier les rangs des musulmans et restaurer l’unité territoriale et politique de la nation musulmane. Le double danger des Croisés et de la division des musulmans s’est encore accentuée même s’il  n’a jamais quitté l’esprit de Saladin alors qu’il n’était qu’un simple soldat dans l’infanterie de Shirkuh en Egypte (25 ).
De l’avis du professeur David Jackson, le sultan Salah Eddine  faisait preuve d’une grande intelligence sur le plan de l’analyse et de la pratique politique,  de l’ingéniosité dans la gestion des affaires de l’État, et  dans l’art raffiné de la préparation du terrain politique et des mesures  diplomatiques avant de prendre toute action militaire (26).
En tout état de cause, l’année 579 AH / 1184 les eforts de Salah Eddine furent sanctionnés par l’allégeance de la province d’Alep dans le cadre de la Convention sur la paix. Le renforcement politique du Sultan Salah Eddine est tel que l’historien Stephen Ransiman déclare qu’au cours des deux  siècles précédents, l’histoire de la région n’a jamais  vu un état arabe aussi fort et unifié comme celui de  Saladin (27).

Cette année, il déploya des troupes de Damas vers la forteresse  imprenable de Karak fief de Chatillon le haineux. Il assiège le fort sans pouvoir s’en emparer(28). On pense que Salah Eddine  avait voulu par cette sortie provoquer juste quelques escarmouches pour montrer sa puissance militaire à des fins politiques et de propagande dans le contexte de la guerre psychologique qu’il avait décidé depuis longtemps dans sa campagne de déstabilisation des Croisés dans l’attente de l’opportunité de mener la bataille décisive pour libérer Jérusalem.
Dans la stratégie de Salah Eddine il n’est pas envisageable de mener une  guerre totale contre les Croisés tant que l’émirat de Mossoul continuait de  constituer une menace pour lui. Il avait la conviction  que l’unité des forces politiques et militaires dans la région arabe est nécessaire, elle est la condition essentielle pour garantir la victoire en cas de guerre totale contre les Croisés. Il savait aussi par son longue expérience de combat et de gestion des affaires de la région que les forces des croisés allaient vers l’affaiblissement et qu’il fallait les harceler sans répit pour accélérer leur affaiblissement et donner à ses troupes plus d’expériences militaires avant l’heure H. Son intelligence était de rester lucide et de construire la victoire d’une manière décisive et pour cala il fallait ne pas perdre l’objectif final, la libération de Jérusalem , et les objectifs intermédiaires,  accroître la vulnérabilité des croisés d’une part et parvenir à l’unité arabe politique, militaire d’autre part, avant la confrontation finale.

le siège de Kerak

Salah Eddine  connaissant le caractère belliqueux et irrespectueux des traités et conventions de Chatillon et l’importance  de la forteresse de Kerak dans le dispositif militaire, économique et commercial concentra ses efforts au harcèlement de Kerak. Il assurait ainsi la sécurité des convois routiers entre l’Égypte et la Syrie et fissurait la défense de son ennemi par l’usure.
En l’an 579 AH / 1183, le Sultan Salah Eddine recevant des renforts d’Égypte est passé du siège  à l’assaut de Kerak la soumettant sous un déluge de tirs de catapultes et de flèches. Les armées musulmanes ont  fait battre en retraite à l’intérieur de la forteresse le prince de Chatillon et son armée  sortis à la rencontre des troupes de Salah Eddine.  Chatillon n’a sauvé sa vie que dans la fuite abandonnant une partie de ses troupes à leur sort.

L’assaut final a été retardé à cause de la célébration du mariage de deux princes. La mère de la princesse a demandé à Salah Eddine de ne pas gâcher leurs fêtes et lui a envoyé des mets et des gâteaux. Il agréa la demande la mère et tint promesse de ne pas bombarder la tour où se déroulait la cérémonie montrant une fois de plus son esprit chevaleresque et son humanité. Il a donc maintenu le siège qu’il a été contraint de lever pour aller à la rencontre des renforts des  croisés venant de Palestine. Il mit en déroute les armées croisées à Naplouse et Jénine, libérant déjà une partie des territoires palestiniens (29) … Il est ensuite retourné à Damas. Si nous avons décidé de  parler de cet aspect militaire en dépit de l’absence de victoires significatives, c’est dans le but de clarifier l’intérêt de Salah Eddine  des questions tactiques et stratégiques qui pourraient affecter la réalisation de ses objectifs suprêmes. Dans ces objectifs la  forteresse de Karak est une grave menace qu’il faut contenir et en même temps il faut sécuriser le transport des  convois commerciaux et des forces militaires entre l’Egypte et la Syrie.

La conjugaison du politique, du militaire et de l’économique dans une vision stratégique claire et une prise d’initiative toujours en avance sur l’ennemi apporte ses fruits et donne à Salah Eddine  davantage de force politique : Baldouin IV » le roi croisé de Jérusalem, en 1185,  contraint les Croisés à la signature  d’un traité de paix avec Saladin pour un mandat de quatre ans. Ce temps était suffisant pour Salah Eddine de parachever l’oeuve d’unification des Arabes. Il avait donc le temps et la liberté d’action militaire et de  manœuvre politique contre l’émirat de Mossoul. Le gouverneur de Mossoul  a répondu, sous la  pression sans relâche de Salah Eddine, de signer tenir un traité reconnaissant l’extension du pouvoir du Sultan Salah Eddine sur la province de Mossoul.

L’interprétation de ce traité sur le plan militaire s’est soldé par l’accroissement de la force militaire de Salah Eddine  de  six mille cavaliers de l’émirat de Mossoul. Pour l’époque c’était une  force militaire conséquente (30). Au niveau stratégique le rapport des forces  a résolument changé en faveur des musulmans qui venaient enfin de réaliser la cohésion sociale et l’unité politique et militaire. Salah Eddine venait de réaliser une partie de son rêve et concrétiser un  objectif principal: la réalisation de l’unité politique et militaire.
Ensuite est venu l’an 581 AH / 1185 le point culminant du génie stratégique de Salah Eddine  qui a  utilisé avec art et efficacité la combinaison de la force militaire, de la manoeuvre politique, de la guerre psychologique, et de la bonne planification de tous ses plans et de ses  mouvements contre l’ennemi.

Il n’est pas inutile de souligner quelques faits marquants. Il a été le Sultan qui a reconstruit  la flotte égyptienne faisant d’elle une marine militaire crainte   dans la mer Rouge et la Méditerranée. Il a mené une action diplomatique isolant les Croisés et les empêchant de construire des alliances tant avec les arabes qu’avec les européens. Ainsi il a  persuadé les villes italiennes de tirer profit économique en faisant un transfert direct de leur centres  commerciaux sur le sol égyptien en leur garantissant la  paix et la sécurité. Il a ouvert une passerelle diplomatique avec l’empire byzantin qui a permis la signature d’un accord avec l’empereur byzantin « Ondronicos » le libérant des intentions de l’Europe de l’Ouest  dont la culture des Croisades  jetaient le doute, la méfiance  et la suspicion sur toute relation avec le monde arabe et musulman (31).

Les signes de la guerre

L’année 582 AH / 1186 annonce les  signes de la guerre et les signes de la défaite des croisés: les Croisés se sont divisés divisés en deux groupes après la mort de leur roi  Baudouin IV « , et son successeur», Baudouin V  » un enfant sous tutelle, qui décédera  l’été de la même année.

Intelligente et capable de manœuvre, Izabela la  fille du roi Amauri I est arrivée à surmonter les rivalités au sein des Croisés pour imposer son époux Guy de Lusignan  roi du royaume des Croisés de Jérusalem.  Le premier camp des croisés s’articulait autour de la reine, Isabelle, de son mari, qui était un modèle dans le genre de  combiner  la beauté des traits physique et la laideur du comportement moral et des  faucons pour qui   la guerre et la violence sont les seules méthodes à avoir envers avec les musulmans. Le second camp des croisés représentait  été un certain nombre de princes dont Raymond III  Comte de Tripoli, qui étaient d’avis qu’il vaut mieux chercher l’apaisement avec  les musulmans, tant que les conditions ne permettent pas de combats décisifs en leur faveur(32).

Voila en gros le panorama politique dans la région arabe à l’approche de la libération de Jérusalem et s’inscrivant dans une lutte longue et acharnée entre les deux parties du conflit. C’est dans cette configuration politique et militaire que Renaud de Chatillon entre de nouveau en scène pour remettre en cause le traité de paix entre Salah Eddine et les Croisés dans des conditions défavorables aux coalisés dont une partie des troupes souffraient de maladies, de faim et de nostalgie. Agissant de concert avec les faucons Renaud de Chatillon a quitté la forteresse de Kerak pour attaiquer, en violation des accord signés, des convois commerciaux musulmans, assassinant les uns et faisant captifs les autres. Il a donné l’occasion à Salah Eddine d’ouvrir de nouveau les hostilités militaires contre les Croisés.

De l’avis de l’historien allemand Hans Meyer « Salahaddin »   ne pouvait pas se taire sur les menaces de Chatillon sur la sécurité de  la route commerciale entre l’Égypte et l’Orient et du traffic maritime  de la mer Rouge et de l’Océan Indien (33). A  mon avis, cette attaque était attendue par Salah Eddine et elle lui a donné  prétexte de se délier de son pacte et de lancer une guerre décisive contre les Croisés maintenant qu’il a unifié le monde arabe et achevé la préparation des plans stratégiques de la guerre.

Les Croisés furent  embarrassés  par les nouvelles alarmantes qui leur annoncent les préparatifs militaires des musulmans en vue de les attaquer. Ils étaient dans un désaroi tel qu’ils ont failli aller au dela du clivage politique  à la guerre civilele (34). Finalement le sentiment général du dnger imminent mit fin aux divergences et souda les Coalisés en un bloc uni pour faire face aux musulmans avec vigueur et détermination. Près de la ville de Nazareth en Palestine les Franques parviennent à lever la plus grande armée de l’histoire des Croisades. Ils ont mobilisé sur pied de guerre environ  dix-huit mille soldats d’infanterie et de cavalerie dont mille deux cent équipés d’armement lourds et quatre mille chevaliers, et cette avec son nombre et son équipement est pour l’époque quelque chose de colossale.

La force de l’armée franque ne pouvait cacher l’état psychologique de ses soldats ramassés à travers toutes les colonies sous leur domination : la panique et le manque de préparation.
Les forces du Sultan, Nasser Salah Eddine al Ayoubi étaient constituées de trois corps d’armée, un corps syrien dont il était lui-même le commandant en chef, le corps des forces égyptiennes et le corps des forces  irakiennes. Les corps d’armées égyptiennes et irakiennes étaient réparties en brigades chacune sous le commandement des princes venus d’Égypte et  d’Irak et sous le commandement des propres frères et des propres fils de Salah Eddine.

Nous devons avouer qu’il n’existe aucune statistique pour évaluer le nombre et l’équipement des forces musulmanes. A mon avis le nombre devrait presque le même que celui des Croisés. La différence résidait dans la motivation au combat, la stratégie de combat et dans les armes et les équipements.

Au  mois d’ Octobre 1187 (27 Rajab en 538 AH), Salah Eddine libère Jérusalem.

 

Qassem Abdou Qassem

Traduction : Omar Mazri

A suivre …/… partie 2/2


 

bibliographie :

D.C. Munro ،  » The Speech of Pope Urban II at Clermon »، American Historical Review «  »، XI (1906)،pp. 231-242 ; H. Hagenmayer ، « Chronologie de la Premiere Croisade 1094-1100″،Revue de l،Orient Latin ، Paris 1893- Bruxelles 1962، VI، p.225>                          أنظر أيضا: قاسم عبده قاسم، ماهية الحروب الصليبية: الإيديولوجيا، الدوافع، النتائج، (دار عين للدراسات والبحوث الإنسانية والاجتماعية – القاهرة 2004م) ،ص103 –ص108.

(2) Fulcher de Chartres ، Historia Hierosolymitana- A History of the Expedition to Jerusalem ،1095-1122 (transl. by Francis Rita Rian. Xnoville 1969) ،pp. 62-69. انظر الترجمة العربية لروايات كل من: فوشيه الشارتري والمؤرخ المجهول وروبير الراهب وجيوبرت النوجنتي وبلدريك الدوللي عن خطبة البابا أوربان الثاني في: قاسم عبده قاسم، الحملة الصليبية الأولى – نصوص ووثائق تاريخية (دار عين للدراسات والبحوث الإنسانية والاجتماعية ، 2001م) ،ص73-ص89.

(3) (3)Fulcher de Chaetres،pp.45-128;William of Tyre ،A History of the Deeds done beyond the Sea،(transl. by Emily Atwater Babcock & A.C. Krey،Colombia University Press،1943) vol. I،pp.379- 385.

انظر أيضا: ابن القلانسي، ذيل تاريخ دمشق (نشره أمدروز، بيروت 1908م )، ص136-ص137؛ ابن الأثير، الكامل في التاريخ، (الطبعة الثانية – دار الكتاب العربي، بيروت 1967م ) ج8، ص189- ص190.

(4) ابن شداد، النوادر السلطانية والمحاسن اليوسفية (تحقيق جمال الدين الشيال 1964م) ص235- ص237؛ العماد الأصفهاني، الفتح القسي في الفتح القدسي، (تحقيق محمد محمود صبح، طبعة الهيئة العامة لقصور الثقافة 2003م ) ص116- ص129؛
أبو شامة، كتاب الروضتين في أخبار الدولتين (طبعة دار الجيل – بيروت)، ج.2، ص28- ص47؛ ديفيد جاكسون، « صلاح الدين: حطين والاستيلاء على القدس – وجهة نظر » في: 800 عام –حطين والعمل العربي المشترك (دار الشروق 1989م)، ص86- 87.

Mayer ، H. E.، The Crusades(Oxford University Press 1972)، pp.131-2.

(5) ابن القلانسي، ذيل تاريخ دمشق، ص143- ص163؛ ابن الأثير، الكامل في التاريخ، ج8 ،ص235-ص260؛ انظر أيضا: Mayer،The Crusades ،pp.74-75

حيث نجد بيانا بالحدود التي وصلت إليها المستعمرات الصليبية.

(6) ابن القلانسي، ذيل تاريخ دمشق، ص321- ص322؛ المقريزي، اتعاظ الحنفا بأخبار الأئمة الفاطميين الخلفا (تحقيق محمد حلمي أحمد، وزارة الثقافة المصرية 1999م)،ج2، ص296-ص306؛ ابن الأثير، الكامل في التاريخ ،ج9، ص42؛ William of Tyre ، op. cit.vol. II،pp.220-234

(7) arshal W. BaMldwin ، « The Latin States uder Baldwin III &Amalric I،1143-1174 » in Setton (ed.)، A History of the Crusades،(The University of Wisconsin Press 1969)،vol. I، pp.536-38.

(8) المقريزي، اتعاظ الحنفا، ج3، ص358-ص364؛ ابن الأثير، الكامل، ج9، ص81؛ أبو شامة، الروضتين، ج1،ص329-ص331؛ ابن شداد، النوادر السلطانية ،ص36William of Tyre ،op. cit.vol.II،pp.302-303.

(9) قاسم عبده قاسم، في تاريخ الأيوبيين والمماليك (دار عين للدراسات والبحوث الإنسانية والاجتماعية 2007م )، ص18-ص27.

(10) أبو شامة، الروضتين ج1، ص405؛ المقريزي، اتعاظ الحنفا، ج3 ،304.

(11) أبو شامة، المصدر السبق ،ج1،ص451-452؛ المقريزي، اتعاظ الحنفا ،ج3، ص313.

(12) ابن شداد، النوادر السلطانية ،ص33-ص34؛ أبو شامة، الروضتين، ج1، ص456- ص457 المقريزي، اتعاظ الحنفا، ج3، ص315؛ ابن الأثير، الكامل، ج9، ص105- ص106

William of Tyre، op. cit. ،vol.I، pp.363-368;Baldwin ، op. cit. vol.I،pp.563- 568،565-566; Mayer، op. cit.p.124.

(13) أبو شامة، الروضتين، ج1، ص486؛ المقريزي، اتعاظ الحنفا، ج3، ص320؛

Mayer، op. cit. ، pp.124.

(14) المقريزي، اتعاظ الحنفا، ج3، ص321-ص327؛ وقد ذكر المقريزي أن الخطبة كانت في يوم الجمعة سابع شهر المحرم سنة 567 هجرية، وهو خطأ؛ لأن الجمعة الثانية في الشهر لا يمكن أن تكون في اليوم السابع من الشهر؛ وإنما تكون في اليوم الثامن أو بعده؛ أبو شامة، الروضتين، ج1،ص493- ص518 .

(15) أبو شامة، الروضتين، ج1، ص518- ص567؛ ابن واصل، مفرج الكروب في أخبار بني أيوب (تحقيق حسنين ربيع، دار الكتب المصرية 1972-1977م)، ج1، ص152وما بعدها؛ Mayer، op. cit. pp.124-125

(16) ابن شداد، النوادر السلطانية، ص49.

(17) المقريزي، السلوك لمعرفة دول الملوك، (تحقيق محمد مصطفى زيادة، طبعة دار الكتب المصرية سنة 2007م)، ج1، ص59-ص60.

(18) أبو شامة، الروضتين، ج1 ، ص602-ص603؛ ابن الأثير، الكامل ،ج11، ص165-ص166؛ المقريزي، السلوك، ج1، ص57-58.

(19) يقارن المؤرخون بين هذه الهزيمة الكارثية والهزيمة التي كان الأتراك السلاجقة قد أوقعوها بالبيزنطيين تحت حكم الإمبراطور « رومانوس ديوجينيس » في مانزكرت (ملاذكرد) سنة 1071م. انظر:

Steven Runciman ، A History of the Crusades، (Harper & Torchbooks ، New York 1955 ) vol.، pp.407- II 408

(20) أبو شامة، الروضتين، ج1، ص699-ص703؛ ابن شداد، النوادر السلطانية، ص42-ص43؛ المقريزي، السلوك ،ج1،ص64؛

Runciman ،op. cit.، vol.II، pp. 416-418.

(21) Ibid ، vol.II، pp.426-420.

(22) المقريزي، السلوك ،ج1، ص72.

(23) نفسه ،ج1، ص74-ص75.

(24) ابن واصل، مفرج الكروب ،ج2، ص137؛ المقريزي، السلوك ،ج1، ص78- ص79؛

Mayer ،op. cit. ، pp.131- ff. ; Runciman ،op. cit.، vol.II، pp.436-437.

(25) ديفيد جاكسون، « معركة حطين »، ص67-ص91.

(26) نفسه ،ص91.

(27) Runciman ،op.cit. ، vol.II،p.435.

(28) Hamilton Gibb،  » The Rise of Saladin  » ،in Setton (ed.) ، A History of the Crusades، vol. I، pp.380-381.

انظر أيضا: المقريزي، السلوك، ج1، ص81-ص82.

(29) المقريزي ، السلوك ،ج1، ص83- ص84؛

Runciman ،op. cit. ، vol. II ، pp. 440- 445.

(30) المقريزي، السلوك، ج1، ص89- ص90

Mayer، op. cit. ، p. 126 ; Runciman ، op. cit. ، vol. II ، pp. 444 – 445.

(31) Mayer ، op. cit. pp. 127- 130.

(32) Mayer ، op. cit. ، p. 130 ; Runciman ، vol.II ، pp. 447- 449 ;

جمال الدين الشيال، تاريخ مصر الإسلامية، ج2: العصران الأيوبي والمملوكي، ص63- ص64، وقد أشار المقريزي (السلوك، ج1 ، ص92) إلى هذه الحقيقة بقوله: « … ووقع الخلف بين الفرنج بطرابلس، فالتجأ القومص إلى السلطان، وصار يناصحه….) وهو يقصد بالقمص الكونت ريمون الثالث السانجيلي أمير طرابلس الصليبي.

(33) Mayer، op. cit. p131.

(34) Runciman < op. cit. vol. II ، pp451- 452.

(35) ر. سى. سميل، الحروب الصليبية (ترجمة سامي هاشم، المؤسسة العربية للدراسات والنشر، بيروت 1982م ) ، ص69-83 ،ص95- ص124 حيث يتحدث عن الجيوش العربية والجيوش اللاتينية على التوالي.

 

Traduction : Omar Mazri