COOPERATIVES ET CREDIT MUTUALISTE

Comme promis dans mes précédentes analyses :

Algérie : 5 idées pour les 5 années futures

Cas d’école du débat politique en Algérie en 2012.

Les cinq maitres du Tamkine (territorialisation)

Je développe aujourd’hui le thème des coopératives et du crédit coopératif

 Tout d’abord je rappelle que j’ai montré le parallèle entre le concept coranique du  Tamkine avec les 5 maitres d’aménagement du territoire : le maitre d’usage, le maitre d’ouvrage, le maitre d’œuvre, le maitre d’exécution, le maitre d’homologation. Toute défaillance dans une de ces cinq maitrises met en péril non seulement  le processus d’édification, mais l’ordre et la sécurité par l’injustice et l’incompétence dans l’architecture et les réseaux de projets qui constituent une société dont les membres sont en interaction :

{C’est Nous qui avons distribué leur mode d’existence dans la vie terrestre, et Nous avons élevé les uns d’entre eux au-dessus des autres, de quelques degrés, afin que les uns soient au service des autres. Et la Miséricorde de ton Dieu est meilleure que ce qu’ils amassent.} As Zoukhrouf 32

Je reviens avec plus de détails sur un aspect singulier que j’ai évoqué sur l’initiative citoyenne en Algérie et l’occupation du territoire, en l’occurrence les coopératives et les mutuelles. Je jette quelques idées en vrac d’une expérience menée entre fin 89 et début 92 et qui a été stoppée.  Entre moi et ceux qui ont fait avorter ce projet destiné aux jeunes algériens il n’y a ni revanche ni ressentiment. Allah (swt) jugera entre nous avec justice et équité. Restons positifs dans nos intentions. Je me contente de faire mien le principe de Machiavel que Malek Bennabi a repris à son compte :

 » Le devoir d’un honnête homme est d’enseigner aux autres ce que la malignité du temps et l’iniquité des gens l’ont empêche d’accomplir afin que d’autres placés dans des conditions plus favorables que lui puissent se réaliser »

Honnête homme je  milite pour la valeur travail. Il suffit de méditer le rapport entre le travail et la gratitude envers le Créateur pour comprendre que le laxisme est une ingratitude envers les bienfaits qu’Allah a déposé dans nos cerveaux, nos mains et nos territoires. Il faut étudier le rôle libérateur, civilisateur et spirituel de David et Salomon pour comprendre la nécessité de se réveiller et de faire tout notre possible pour notre dignité et notre grandeur :

{Ils lui fabriquaient tout ce qu’il voulait :  sanctuaires, statues, chaudrons aussi grands que les abreuvoirs, et énormes marmites bien solides. O famille de David, œuvrez avec gratitude, car  peu nombreux sont les hommes constants en reconnaissance.} Saba 13

1 – L’intention initiale:

Les futurs coopérateurs, avant de passer en revue  l’aspect technique, comptable et juridique  de la coopérative et son business plan, doivent d’abord s’inscrire dans une philosophie en répondant avec sincérité sur leurs motivations au-delà de gagner de l’argent ou de gagner sa croute de pain. Les deux questions phares pour ceux qui aiment le travail en groupe sont :

–        Quoi, pourquoi et comment faire pour que mon activité  soit un moteur de changement social par les valeurs qu’elle véhicule telles que la  solidarité, la  justice sociale,  le développement national, la création d’emplois, la résistance contre la prédation capitaliste, la  socialisation par l’économie solidaire et citoyenne?

–        Si des jeunes et des moins jeunes n’ont pas cette envie alors ils peuvent se poser une autre question : En quoi cette expérience va-t-elle enrichir mon expérience personnelle et m’apporter les soutiens humains et logistiques  pour démarrer une activité à mon propre compte  lorsque j’aurais les moyens adéquats et les opportunités de projet ?

Les Promoteurs, les concepteurs et les réalisateurs de ces projets coopératifs ne doivent pas réfléchir en termes de technostructure, mais en termes de développement humain. A titre d’exemple il ne s’agit pas de se focaliser sur la pêche qui reste un terme abstrait qui ne peut être matérialisé que par des chiffres statistiques qui ne traduisent que des données de constatation ou de planification, mais il faut se focaliser sur le pêcheur, être concret avec ses ambitions, ses désirs, ses contraintes, ses possibilités, ses moyens et son environnement. C’est cet être concret à un moment historique,  dans une géographie donnée et dans des conditions objectives et subjectives qu’il faut projeter dans l’avenir, dans sa prospérité en tant qu’agent actanciel, acteur et non spectateur.  La pêche n’est que son domaine d’activité et tout ce qui a trait à la pêche sont des adjuvants qu’il faut renforcer ou des obstacles qu’il faut régler. Il faut mettre l’homme non seulement au centre de l’entreprise, mais laisser cet homme devenir le moteur de la quête de sens qu’il veut donner à savie.

2 – Définition de la coopérative :

Association de personnes sur le principe de la libre adhésion et de l’engagement du respect de la charte des coopérateurs

–        Participation par association des idées, de la main d’œuvre, de l’argent et des ressources. Les idées, la main d’œuvre et les ressources sont évaluées par une expertise technique et comptable pour devenir des apports dans le capital social de la coopérative.

–        Elle peut être crée par des personnes physiques ou morales, en général il faut être plus de sept

–        En se regroupant, les coopérateurs  utilisent en commun les nombreux moyens permettant de développer et faciliter leur activité économique :

  • l’approvisionnement,
  • les outils de production,
  • le conditionnement de leur production,
  • le stockage des marchandises,
  • la transformation des produits,
  • la commercialisation de leurs produits.
  • La publicité, la comptabilité, les études d’ingénierie, la documentation technique…
  • Les dépenses d’investissement et d’exploitation
  • Les paiements en nature (matière ou travail) inter-coopératives
  • Groupement d’achat au sein d’une coopérative d’achat pour le bénéfice des achats groupés favorisant les crédits fournisseurs, la réduction des frais de prospection et d’acquisition (transport, réduction, ristourne)

–        Organisation selon le principe fédérateur : réunir l’homme, le produit et le territoire

–        Les coopérateurs interviennent dans  une coopérative ou dans une fédération territoriale ou sectorielle de coopératives à la fois comme sociétaires, clients, fournisseurs ou prestataires

–        La logique des  coopératives est de n’être ni soumises  à des « OPA », ni cessibles.

–        La coopérative peut recruter des travailleurs non coopérateurs et rémunérer du travail ou du service commandé.

3 – les secteurs d’activités des coopératives

Les coopératives se créent dans tous les secteurs de la production, de la vente et du transport des produits agricoles et industriels

4 – Centrales d’achat

Il faut saisir l’opportunité et la pertinence d’occuper le terrain des approvisionnements  pour réduire les frais d’approvisionnement (couts de transport,  réduction sur achats groupés) des petites entreprises et des petits commerçants. Il serait dommage de livrer la consommation de masse et les petites entreprises aux monopoles et aux géants de la distribution internationale qui vont encore réduire les marges des petits producteurs et mettre en faillite les commerces de proximité. La relation sociale de proximité est détruite dans le monde occidental par la loi du profit et du gigantisme.

La centrale d’achat elle-même est une coopérative qui peut se regrouper en association de coopératives spécialisées selon le principe de la spécialisation des métiers et de la filialisation. Tout ce qui peut être fait par une nouvelle coopérative doit être externalisé au profit d’une nouvelle coopérative. Ce sont les impératifs de l’activité moderne en termes économiques et ce sont aussi les impératifs de la règle d’essaimage en termes de création et de développement de coopératives.

5 – Caisse commune de solidarité

Les coopérateurs, en attendant l’institutionnalisation du crédit coopératif qui exige du temps, de la confiance et de l’expertise financière et juridique, peuvent reproduire le schéma familial et amical de prêts sans intérêts en en faisant un concept économique et une pratique socio économique dans les transactions entre coopératives  ou dans  la fondation d’une nouvelle d’une nouvelle coopérative. La caiise commune bien entendu sera géré avec rigueur et aman pour  accorder des prêts sans intérêts destinés à  financer les investissements et les dépenses d’exploitation. Il faut parvenir très tôt a mettre en place des critères rationnels et transparents d’attribution et de remboursement pour éviter les confusions et les dérapages toujours possibles lorsqu’il y a de l’argent en jeu.

6  – Les coopérateurs sont

–        Des usagers propriétaires

–        Des travailleurs propriétaires

–        De petits sociétaires investisseurs

7 – Le Capital :

La coopérative est une société à capital variable : à tout moment, le capital peut être augmenté ou diminué par la souscription de nouveaux sociétaires ou le retrait de certains. Les associés souscrivent à un capital qui est proportionnel à leur activité avec la coopérative agricole.

 8  – Les bénéfices sont répartis au prorata des parts selon le principe :

–        Décision collégiale de l’assemblée générale

–        Une part du bénéfice est obligatoirement reversée soit dans la caisse de solidarité pour financer d’autres coopératives en création soit pour financer le développement, la modernisation et la maintenance de la coopérative.

9 – Direction :

La coopérative agricole est dirigée par un conseil d’administration et les décisions sont prises lors des assemblées générales. Les indemnités versées aux membres du conseil d’administration sont votées en assemblée générale.

10 – Fonctionnement :

–        Fonctionnement démocratique : chaque coopérateur est une voix quelque soit le montant  de ses actions et l’ancienneté de sa participation.

–        Le fonctionnement de la coopérative est de type associatif  anti bureaucratique : le président directeur, le secrétaire et le trésorier comptable sont nommés par l’assemblée générale qui décide à chaque fois de les reconduire ou de les changer au vote démocratique. Le travail administratif, logistique, comptable et autre peut être externalisé  et confié à des indépendants ou à une autre coopérative de service.

–        En adhérant à une coopérative de commercialisation, les  producteurs indépendants ou coopérateurs d’autres coopératives doivent s’engager  à apporter selon un cahier de charges tout ou partie de leur de leur production à la coopérative. En retour, celle-ci s’engage à commercialiser la production dont elle a la charge selon un cahier de charges.

11 – Régime fiscal :

L’état devra exonérer les coopératives de toutes charges fiscales comme cela se passe dans tous les pays du monde où existent des coopératives.  Sinon faire avec cette contrainte.

12 –  Constitution d’une coopérative :

La constitution d’une coopérative suit les mêmes règles que la création d’une entreprise. Il faut des statuts,  un agrément. Il faut respecter les procédures légales  malgré leur bureaucratie. Il faut demander les subventions légales.  Il faut réaliser un business Plan pour disposer d’un carnet de bord et d’une mémoire de projet qui permet de capitaliser l’expérience, de réajuster et de transférer le retour d’activité sous forme de savoir faire.

13 – Relation d’affaires entre les coopératives :

Le partenariat est la règle d’usage qui correspond à la culture citoyenne, démocratique et solidaire. Les coopératives ont l’obligation morale de s’entraider. Elles ont également la possibilité entre elles de ne pas recourir à la monnaie et facturer les échanges en valeur marchandises ou en valeur travail facilitant ainsi les échanges et allégeant la trésorerie.

14 – les secteurs favorables à la création de coopératives :

En occident les coopératives sont nées de l’idée de se regrouper  pour se protéger des trusts capitalistes et de mettre en commun les moyens de production pour maintenir la propriété,  l’activité et la création de richesse dans un territoire. Elles se sont concentrées dans l’agriculture, le lait et la pêche. En réalité aucun secteur n’est fermé à l’activité coopérative si les motivations de résistance citoyenne, de défense du producteur et de la création d’emploi sont là pour animer les coopérateurs qui peuvent se lancer dans toute activité si elle n’est pas fortement capitalistique exigeant des grands moyens techniques, de grands investissements et de grande concentration de main d’œuvre. La coopérative est une entreprise à taille humaine qui a pour champ de déploiement :

–        Agriculture

–        Pêche côtière

–        Cultures céréalières et vivrières stratégiques

–        Conditionnement produits agriculture et halieutiques

–        Transport et froid (stations légumières)

–        Artisanat

–        Matériaux de construction

–        Informatique et communication,

–        Petites entreprises dans la petite et moyenne mécanique adossées à un bureau d’études spécialisé (documentation de fabrication,  documentation produits, méthode et ordonnancement)

– Avec le déficit en matière d’infrastructures sanitaires, les techniciens supérieurs de la santé en soins infirmiers, pharmacie, kinésithérapie, puériculture et épidémiologie peuvent monter des coopératives sanitaires et des coopératives d’assainissement en centralisant le secrétariat médical pour plusieurs coopératives de santé. De la même manière des coopératives multi-services techino-admistratif ou logistique peuvent se monter facilement et travailler en plusieurs équipes. Le secteur du nettoyage et le secteur de la sécurité des biens et des personnes peuvent être montés et des certificats d’habilitations peuvent être établis moyennant des formations qualifiantes.

–        Etc…

L’imagination, l’expérience et le courage peuvent ouvrir les coopératives à des domaines encore vierges comme la promotion immobilière, les assurances, la publicité.

16 – Expérience de coopérative dans la promotion immobilière en Algérie :

 –         La première expérience est celle de la DNC. C’était une entreprise de l’ANP dans les années 70 destinée à fournir  l’immobilier et l’ameublement pour les personnels civils et militaires de l’armée ainsi que d’intervenir dans le casernement pour les Djounouds. L’expérience au lieu de réaliser son objectif et  de se multiplier pour l’ensemble  des secteurs de la vie civile a dévié pour se transformer en un géant de l’industrie de la construction qui faisait concurrence à la SONATIBA  et à l’ECOTEC. Il serait intéressant pour les universitaires algériens en  quête de trouver des thèmes de mémoires de faire un travail sur cette expérience et d’accompagner par la réflexion et l’étude les coopératives  dont les coopérateurs doivent pouvoir trouver de la documentation pour alimenter leurs idées de projet, leur mémoire et les erreurs à ne pas commettre.

–        Une expérience inédite et contemporaine est celle réalisé à Ghardaïa où les habitants ont construits de l’immobilier sur la base des traditions locales tant en matière d’architecture, de matériaux de construction que de solidarité dans la réalisation et dans le financement.

 C’est monsieur  Baba Ammi qui a été l’initiateur du projet de Gharadïa qui a donné  le concept du logement social participatif. Par  la suite l’état algérien en a fait sienne en lui donnant le nom de logement LSP. Il faut reconnaitre, d’après les gens de bonne foi, que ce qui a sapé le LSP est  la mentalité des « Nordistes » qui ‘n’est pas la même que celle du Sud du pays. Il n’y a pas eu de réussite davantage par l’absence de  participation de la part des futurs propriétaires sauf un faux semblant. Je vous invite à vous renseignersur l’association  Tinemerine   et visiter le Ksar Tinemerine.

Pour l’instant je n’en dis pas plus car je préfère laisser la primauté de dire et d’expliquer aux promoteurs du projet en signe de témoignage pour leur  vitalité et leur noblesse. Les Algériens soucieux de monter des projets de coopératives dans l’immobilier ou de réaliser des études de construction, d’architecture, de sociologie, d’économie solidaire devraient prendre contact avec les populations du M’zab et voir de visu leurs réalisations, leur modèle de pensée, leur philosophie, leur manière de contourner les obstacles…

Bien entendu les populations du Sud sont des Algériens et comme le chaâbi, le policier, le médecin, l’enseignant, le militaire, le préfet et le garde champêtre c’est la mentalité laxiste du type  » Akhartahat mout, Allah Ghaleb, ragda wa t’manji, hichicha talba ma’icha et autres fumisteries qui va mener une unième fois, sudistes, centristes et nordistes, à tag ‘ala men tag. Il faut rester lucide, mais ambitieux. Personne ne peut forcer un autre à boire s’il n’ a pas soif ou s’il n’a pas envie de boire. Quand il sera accablé par la chaleur il sera contraint de boire sa sueur pour ne pas dire autre chose. Que les hommes de bonne volonté se mettent en tête que l’Algérie est immense et qu’ils ne peuvent plus attendre quoi que ce soit de l’Etat ni continuer à se confiner dans son quartier. Il faut bouger, occuper le terrain, mais si vous le faites pas ce sera de nouveau les colons étrangers et les fils de riches qui le feront à votre place. Ils ont déjà le monopole de l’importation et des ressources stratégiques. Ils vous utiliseront comme esclaves car à ce rythme les marchands d’esclaves viendront vous enchaîner et vous déporter.

17 – Les ennemis de la coopérative et des coopérateurs :

–        La bureaucratie

–        La corruption

–        Le clientélisme

–        L’absence d’esprit collégial

–        L’absence de culture entrepreneuriale

–        L’aventurisme et l’improvisation

En Algérie avec le laxisme,  l’individualisme, le consumérisme et le sauve-qui-peut social il ne faut pas se voiler la face ni perdre de vue la réalité : On continue de détruire la notion d’usage, la notion de collectif, la notion de bien public. On continue de détruire les espaces verts, les terres agricoles deviennent constructibles, les plans d’eau des dépotoirs, les palmiers meurent de vieillesse et de maladie, le désert avance à grande vitesse. Que les gens méditent le rapport entre Qaroun et ceux qui sont doués de science ou qu’ils méditent le Hadith as Safina : non seulement les mauvais paieront, mais les bons qui ont gardé silence et ont laissé faire. Les futurs coopérateurs doivent se considérer comme des pionniers réformateurs en terre hostile. La partie sera difficile mais non impossible. Le plus grand ennemi après les ennemis du système décrits ci-dessus c’est l’habitude défaitiste qui baisse les bras devant la méchanceté et la médiocrité. Cette voie n’est pas celle de l’argent, mais celle des Prophètes, celle de la dignité, celle de la liberté, celle du salut : elle n’a pas de prix.

18 : Le leurre des banques «  islamiques » :

Cela fait des décades que le monde musulman vit avec le leurre des banques islamiques qui n’ont d’islamique que le nom. L’Islam est global et il ne peut être divisé en tiroirs. On ne peut parler de finances islamiques sans économie (islamique ou non islamique). On ne peut qualifier l’activité du leasing bail dans les biens de consommation durables (logement et voitures) comme de l’activité devant relever de la banque. Le commerce bien organisé peut offrir des facilités de paiement et des crédits fournisseurs sur les matières premières, l’outillage et les installations techniques, ce que ne font pas les banques islamiques. L’économie islamique ne repose pas sur la Mourabah, mais sur la Moucharakah et la Mourabahah.

La banque Al Baraka et les autres banques qui se préparent à conquérir le marché algérien et prendre en otage la finance intérieure ne doivent pas nous leurrer. La solution pour les petits et moyens revenus qui veulent œuvrer et participer par l’économique à leur libération qui leur accorde de la dignité sociale et au développement national qui leur apporte la prospérité ont dans la coopérative une meilleure alternative aux prétendues banques islamiques.

J’ai apporté une détraction au congres des savants qui veulent légaliser l’économie de marché en Algérie pour donner légitimité au recyclage des pétrodollars : instances de cotation des actions bancaires en Algérie. L’analyse des possibilités offertes par les micro crédits et les coopératives dans le monde confirment le hors jeu social,  économique et islamique  des  banques « islamiques »

19 – L’alternative : l’Islam ne se contente pas de légiférer sur le hall et le haram, mais il apporte le Badil

Lorsqu’on étudie le système de coopératives et d’économie solidaire on est obligé de rentrer dans une culture d’alternative au libéralisme du marché, à la mondialisation avec son mode de vie américaine, son Riba,  son gaspillage, et son écrasement des couches populaires.  Aucun secteur, aucune activité, autres que les activités capitalistiques relevant des très grosses entreprises, ne peuvent et ne doivent être délaissés par le modèle coopératif. A titre d’exemple nous pouvons  avec de faibles moyens et une grande volonté conjuguée à un savoir faire rigoureux et planifié nous lancer dans :

–        Les assurances mutualistes : l’assurance capitaliste qui est une arnaque qui constitue à payer 3% d’indemnités annuelles et à gagner 97% de bénéfices pour les replacer dans produits financiers, la spéculation immobilière et les bourses. L’idée des assurances peut être revue dans des fédérations de coopératives de sécurité et de prévoyance où l’assuré (l’usager) est sociétaire et où une partie importante des bénéfices  est reversée aux adhérents coopérateurs ou assurés. Nous ne sommes plus dans la loi de l’argent mais celle de l’efficacité sociale, de la justice et de l’équité. Une réflexion peut être menée sur ce terrain pour aboutir rapidement à une ingénierie de réalisation. Il ne s’agit pas d’entrer en compétition contre le modèle dominant mais dans le cadre de la concurrence offrir non seulement d’autres produits mais d’autres alternatives en termes d’organisation, de financement et de philosophie d’assurance.

–        Remettre à la mode le micro crédit pour que les petites gens (cordonniers, épiciers,  travailleurs indépendant, fermiers sans terre) accèdent au crédit de subsistance non par la consommation mais par l’investissement permettant l’achat des outils, de la matière première ou des animaux  d’élevage (volailles, moutons, chèvres, abeilles)  et gagner leur autonomie, leur dignité…

Nous avons deux modèles à étudier et à adapter à nos conditions locales :

  • La banque des pauvres « Grameen » au Bangladesh que Muhammad Yunus a fondé en 1974.Il est honteux que nous fassions appel à des savants moribonds et à des banques « islamiques » des pétrodollars pour financer la Mourabah, cette escroquerie morale et économique alors que la « « Grameen » et son inventeur Nobel d’économie sont présent en Europe ? en Amérique, en Asie, en Afrique et notamment  en Chine, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en France. C’est ce type de révolutionnaires et de révolution dont nous avons besoin et non des « Thouars » libyens ou syriens ou des « concessionnaires » de chocolat et de cosmétiques. Ces derniers mettent en ruine leur pays pour le compte de l’OTAN alors que l’organisation du bengali Muhammad Yunus  prête 22 milliards de dollars aux pauvres parmi les pauvres du monde entier et ce en cash avec des procédures simplifiées et efficaces. Voilà ce qu’un journaliste raconte sur cette expérience qui a permis aux pauvres bengalis de représenter dix pour cent de la population à  bénéficier des prêts de la banque de Yunus soit  douze millions de personnes, avec un taux de remboursement de plus de 90 %, «… il va surmonter tous les obstacles, la lourdeur des administrations, la répulsion de l’aristocratie des banques, la méfiance des responsables politiques, la peur panique des paysans terrorisés par ce saut hors de leur condition d’intouchables, les critiques acerbes puis les tentatives de récupération de la banque mondiale dont Yunus refuse les prêts ! ». On a importé des technologies « clés en main » pour rien, et on est entrain d’importer des cartes de crédits pour accroitre la culture consumériste et le désir mimétique qui produit de la violence sociale. Il est peut-être temps de se mettre enfin à importer des modèles d’organisation qui marche et à mettre en place des solidarités d’idées et de know how avec les pays en voie de développement.
  • La banque des pauvres en France :

 Elle est appelée  ainsi, mais en réalité ce n’est pas une banque pour pauvres au sens péjoratif ni une banque pour interdis bancaires ni un mont de piété où les démunis et les faillitaires mettent en gage leur bijoux de famille. Son nom est « Banque de l’économie sociale et de la finance solidaire ». Son principe fondamentale est la finance éthique, celle qui ne finances que les activités socialement utiles et refusent de financer les produits et les activités socialement néfastes. C’est une banque ancienne (1893) qui est apparue sous le nom de « Banque des associations ouvrières ». A l’origine, elle  finançait donc les coopératives ouvrières, autour d’un projet, pour compenser le refus des banques classiques.

Le Crédit Coopératif s’est ainsi spécialisé dans le financement des associations ou des mutuelles, qui relevaient de sa même philosophie.  C’est  une banque coopérative, c’est-à-dire que ses propriétaires sont des sociétaires, et que la banque doit servir au mieux leurs intérêts. Chaque sociétaire, personne physique ou morale, a ainsi une voix. L’orientation de politique général et le pouvoir de décision appartient à la majorité des voix dans un système où chacun est représenté par sa voix et non par le montant de son capital. Il n’y a pas d’sociétaire à rémunérer chaque année car les sociétaires sont des individus impliqués dans la philosophie et qui déposent leur argent sans intérêt  ou des coopératives, des associations de la société civile, des petites entreprises, des entreprises des collectivités locales qui déposent leur trésorerie à la banque et qui se font financer l’investissement et l’exploitation par cette banque coopérative. Ce crédit coopératif intègre dans son réseau financier les fondations caritatives et écologiques comme la fondation Abbé Pierre.

  • Le rêve des Maghrébins et des Algériens :

La révolution algérienne et le combat d’Abdelkrim AL Khattabi au Maroc contre le colonialisme ainsi que l’histoire du mouvement national tunisien mettent en valeur deux idées maitresses en plus de l’indépendance et de l’identité nationale : la solidarité et la justice sociale d’un côté et l’unification du Maghreb de l’autre.  Le Maghreb des peuples n’est pas une utopie : à la contigüité des espaces, des mentalités collectives et  des histoires peut se tisser une fédération concrète par la conjugaison des désirs des peuples à vivre dans la dignité et la paix ainsi que la complémentarité  des économies et des ressources. Les coopératives peuvent créer un champ d’expériences économiques, sociologiques, culturelles, sociales et de solidarité. Ce ne sont plus les seuls politiques, les grands capitaux et les touristes qui franchissent les frontières mais les idées, les projets, les petits capitaux, les marchandises portés par les milliers de coopératives employant des milliers de personnes.

  • Le caritatif et les fondations pieuses.

L’histoire du colonialisme en Algérie ne se conjugue pas seulement à son peuplement, à sa prédation économiques  et à ses crimes contre l’ humain, mais à la destruction de la personnalité algérienne en détruisant sa langue et son socle socio économique. Ce socle était bâti sur les terres ‘Arch et le Waqf : qui donnent à la fraternité un sens concret et social, à l’identité un contenu pragmatique, à la solidarité une dimension culturelle et religieuse. Ce socle a permis à l’Algérien, avant la colonisation et durant la longue nuit de la décadence musulmane, de conserver intacte les liens de la famille et de la société et de garder sa dignité car ses terres et son Waqf lui assuraient la subsistance et le secours.  Les coopératives en redonnant vitalité à l’identité algérienne, à son esprit millénaire de solidarité et à son exigence de justice sociale renforcée par le fait colonial vont remettre en marche la dynamique sociale fondée sur la solidarité et l’esprit d’entreprise conforme à la nature sociale et pieuse de l’Algérien. Ainsi les coopératives, le système de crédit mutualiste, les mutuelles d’assurances et le réseau caritatif se mettent en synergie pour redonner naissance à ce qui a fait la grandeur et la singularité de la civilisation islamique : les fondations pieuses.

 La pauvreté n’est pas une fatalité, l’oppression n’est pas invincible. Chacun peut tisser un réseau solidaire, une démocratie solidaire, une piété solidaire, une efficacité sociale par la société qui se prend en charge dans des projets à taille humaine selon le proverbe arabe ou chinois «  Si tu donnes un poisson à un homme tu le nourris un jour, mais si tu lui donnes une canne à pêche tu le nourris pour la vie »  et selon le principe coopératif « Aidez-moi à vous aider ». L’Islam n’a pas fait de l’aumône une profession à vie, mais une béquille pour surmonter la difficulté : « la main du dessus (qui donne) est préférable à la main du dessous (qui reçoit) ». Le Coran a interdit que l’action caritative et l’œuvre charitable ne deviennent une nuisance en touchant la dignité humaine :

 {Et ils t’interrogent : « Que dépenser ? », Dis : « Du surplus ». De même, Allah vous Démontre les Signes, afin que vous méditiez sur le monde et la vie Future. Et ils t’interrogent sur les orphelins, dis : « Une éducation pour eux est bien ». Et si vous les fréquentez, ils sont vos frères.} Al Baqra 219

 {L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah est comme l’exemple d’une graine qui a germé sept épis de blé, chaque épi renfermant cent graines. Et Allah multiplie à qui Il veut. Allah Est Tout-Largesse, Tout-Scient. Ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah, puis ne font pas suivre ce qu’ils dépensèrent de vantardise, ni de nuisance, auront leur rémunération auprès de leur Dieu. Nulle crainte pour eux et ils ne seront point affligés. Un dire convenable et un pardon sont meilleurs qu’une aumône suivie de nuisance. Allah s’en Passe, Il Est Longanime. O vous qui êtes devenus croyants, n’annihilez pas vos aumônes par la vantardise et la nuisance, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les hommes, et qui ne croit ni en Allah ni au Jour Dernier. Son exemple est comme l’exemple d’un rocher couvert de poussière, qu’une averse frappa et laissa tout aride. Ils n’ont aucune prise sur ce qu’ils ont acquis, et Allah ne guide point les renégats. L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens désirant l’agrément d’Allah et l’affermissement de leurs êtres est comme l’exemple d’un jardin sur une colline : dès que l’averse l’atteint, sa production est alors deux fois plus importante. Et s’il n’est pas atteint par l’averse, il le sera par la bruine. Allah Omnivoit ce que vous faites. Quelqu’un d’entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les fleuves et qui contienne toutes sortes de fruits, puis, qu’il soit atteint de vieillesse en n’ayant que de faibles descendants, et qu’un ouragan avec du feu frappe et dévaste ce jardin ? De même, Allah vous Démontre les Versets, peut-être méditeriez-vous. O vous qui êtes devenus croyants, dépensez du meilleur de ce que vous avez gagné et de ce que Nous avons fait pousser pour vous de la terre. N’en triez pas ce qui est vilain pour le dépenser, alors que vous ne l’accepteriez pas (pour vous-mêmes) à moins que vous ne fermiez les yeux. Sachez qu’Allah s’en passe : Il Est Tout-Louable.} Al Baqarah  261 à 267

 Ces versets ne sont pas de la prose mais un cadre idéique pour imaginer des projets de solidarité sociale et un cadre d’orientation pour une praxis de la foi : les fondations pieuses. Ces fondations ne peuvent voir le jour que si et seulement la société produit du surplus. Pour éviter l’ostentation et les nuisances aux pauvres et aux indigents qui portent atteinte à la dignité de l’homme l’œuvre caritative ne doit pas relever du politique ou être le monopole des riches dans une société appauvrie. C’est l’affaire de tous. Le but n’est pas de faire de la charité pour gagner son paradis, mais d’éradiquer la pauvreté en produisant un surplus, en redistribuant équitablement les revenus de l’effort collectif et des ressources nationales, en gérant comme une entreprise (fondation pieuse) la Zakat et les Sadaqàtes.   L’émiettement des collectes et de la redistribution comme une charité d’un jour font perdre le sens social et économique de l’aumône et du don. Avec les banques coopératives, le crédit mutuel, l’assurance et la prévoyance mutualisé peuvent  naitre des initiatives populaires pour :

–        Les fondations pieuses 

Il y un gisement de métiers et d’initiatives si elles sont  gérées comme des entreprises qui investissent et qui pratiquent l’aumône et le secours sur les revenus et non sur le capital.

–        Le logement social qui est actuellement détourné par le favoritisme, le clientélisme, la bureaucratie et  la corruption. L’Etat algérien a construit des millions de logements qui retombent entre les mains des rentiers et de l’économie informelle. Lorsque des coopératives par corps de métiers réunissant le futur acquéreur et  l’artisan  animé par l’esprit solidaire alors on peut construire selon les normes éthiques, esthétiques et sociales de l’Algérie et réaliser des villages nouveaux autour des grandes villes au lieu de se lancer dans les aventures couteuses et sensationnelles, mais inefficaces, des grandes métropoles sans bureaux d’études et sans entreprises nationales.

–        Des orphelinats gérés à taille humaine et à visage humain et non comme des casernes ou des pénitenciers

–        Des asiles de miséricorde pour personnes seules, démunies,  handicapées ou âgées gérées comme des havres de miséricorde et non comme des cliniques privées fondées sur la loi du profit ou des auspices où on met en réclusion la misère et la souffrance humaine.

Le système coopératif est une philosophie de la dignité, de l’action,  de la liberté, et  de l’alternative humaniste au profit, à l’aliénation capitaliste  et à l’égoïsme de la loi du marché.

Dans ce que nous venons de voir il y une invitation à s’appuyer sur sa culture et ses réseaux sociaux et se mettre à entreprendre brique par brique puis faire les assemblages qui donnent de l’harmonie, de la valeur ajoutée et de la synergie sans mépriser la petite brique, la petite étincelle

        

18 – Les coopératives et notre patrimoine national :

A l’âge de 13 ans j’avais découvert avec émerveillement l’histoire de mon pays et comment la colonisation avait cassé le système des terres ‘Arch, indivisibles et incessibles qui ont façonné l’âme algérienne et ont permis dans les moments les plus durs de la décadence du monde musulman de sauver la dignité de l’Algérien qui pouvait se nourrir même s’il était privé du développement. Les Français en sapant la structure agraire ont sapé notre identité, notre structure mentale collective, notre organisation sociale, notre histoire millénaire et nos moyens de subsistance. La coopérative  qui n’est pas aumône mais travail socialement utile et solidairement partagé fait partie de notre culture. C’est un impératif moral, social, culturel, économique et religieux que de nous approprier l’idée de coopérative qui n’est apparu en Occident qu’au 19 ème siècle et qui a donné en France le crédit agricole, la mutuelle de crédit, les coopératives de pêche au Québec, en Espagne et en Italie. Il existe même dans ces pays des troisièmes cycles d’économie solidaire et des formations diplômantes en gestion de coopératives.

Je garde en mémoire quelques faits marquants de l’indépendance : la spontanéité du mouvement autogestionnaire qui a pris en charge dans l’industrie et l’agriculture  les exploitations bien vacant. Les comités populaires d’autogestion ont nationalisé les biens des colons  dans une forme non étatique, une forme publique, citoyenne. L’interventionnisme de l’Etat et les luttes de pouvoir politiques ont sapé cette expérience qui aurait pu conduire l’Algérie vers une autre voie de développement et un autre modèle d’organisation sociale.

Je garde en mémoire l’expérience de la Révolution agraire qui est une expérience de coopératives à l’échelle de l’ensemble du territoire et touchant les masses paysannes. Le projet était noble et généreux, mais sans  faire tout l’inventaire des potentialités ratées de cette aventure qui aurait pu être fabuleuse je dois noter quelques problèmes majeurs qui se sont manifestés pour transformer le rêve en cauchemar :

  • Le volontarisme qui rendait les paysans des caporaux au lieu d’être des acteurs de leur destin,
  • le clivage idéologique entre islamistes et communistes d’une part et  entre boumédienistes et les gros propriétaires terriens qui se sont convertis dans le commerce et qui ont pris en main certains postes clés de l’administration.
  • L’injustice : on ne corrige pas l’injustice commise par la colonisation qui a dépossédé le Fellah algérien de sa terre, par la nationalisation injuste, abusive et indifférenciée des petites propriétés.
  • La lutte idéologique menée par les communistes algériens qui ont fait de la révolution agraire non une œuvre humaniste, sociale et économique mais un instrument pour asseoir leur hégémonie politique et « bolcheviser » la mentalité algérienne réfractaire au communisme qui touche au valeurs religieuses et à la morale.
  • La lutte idéologique menées par les islamistes qui ont trouvé une voie pour dénigrer Boumédienne et sa voix de développement socialiste. Abstraction faite de Malek Bennabi qui avait approuvé et soutenu la révolution agraire dans son aspect de justice sociale et de réparation historique, les mouvements islamiques, ignorant à l’époque le Fiqh économique de l’Islam sur la propriété foncière, sur l’État, sur la valeur travail se sont opposés à la révolution agraire comme étant une œuvre impie. Si les communistes voyaient la révolution agraire le moyen de faire sortir l’Algérie de son islamité et de la libérer des « réactionnaires » musulmans, les islamistes voyaient dans la révolution agraire le pouvoir grandissant des communistes dans le pouvoir.
  • Le volontarisme et le pragmatisme sur une idée vague ne peuvent mener loin sans théorie, sans concepts, sans méthodologie et mobilisation des moyens logistiques

L’échec de la révolution agraire a tué tout esprit d’initiative populaire. Le même schéma s’est retrouvée dans la mise en échec des industries industrialisantes. Le passage d’un dirigisme de l’État au nom de la justice sociale à un libéralisme sauvage et laxiste ainsi qu’à une absence de l’État au nom de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché a finit par laminer toutes les bonnes volontés déjà épuisées et atomisées par les années de la terreur. Notre patrimoine est riche, mais plein d’erreurs d’aiguillages et d’échecs non assumés et non bilantés pour en faire un tremplin vers autre chose que l’immobilisme et l’hésitation. Les coopératives peuvent souffrir de cette mémoire traumatisée, mais elles sont un moyen simple et efficace de surmonter les crises en revenant à ce qui a fait la force de ce peuple dans les nuits sombres du colonialisme : la solidarité et l’invention des moyens autonomes de survie puis de résistance. En 2012 nous sommes dans la même situation qu’avant le déclenchement de la révolution : l’aggravation des contradictions et l’absence de perspectives crédibles. Il faut aller puiser nous forces en nous mêmes et nous réconcilier par le travail et l’occupation rationnelle et équitable de ce territoire disposé à donner avec générosité.

Nos traditions berbères et notre culture musulmane se rejoignent sur ce terrain de la solidarité, de l’assistance mutuelle  et du travail collaboratif. L’expression « travail arabe » n’était pas une expression péjorative, elle exprimait l’émerveillement de l’orientaliste qui découvre le monde musulman et ses compétence de travailler dans ce que les restaurateurs architectes et les spécialistes de la restructuration urbaine appelle le travail en brouillon qui est une organisation complexe faisant appel à plusieurs corps de métiers sur une même étendue et dans un même moment. L’émerveillement c’est de ne pas distinguer la structure de classe gommée par le travail en commun pour construire ou restaurer une mosquée, un quartier, un jardin, un forage d’eau …

Nous avons la mémoire, la culture, la religion et le réservoir de main d’œuvre et de territoire pour faire des ces coopératives un fer de lance pour une refondation sociale, une prospérité économique et une résistance contre le nouvel ordre mondial. Nous sommes une histoire, une culture et une religion  du don et du sacrifice. Nous ne sommes pas des vauriens avachis par trop manger et trop plaisanter. Nos grands parents et nos parents nous ont tracé un chemin de gloire et de grandeur, ne leur faisons pas honte !

Je rends hommage aux proches disparus que l’histoire a relégués à l’oubli.  Ils faisaient partie de ces jeunes tombés très tôt au champ de l’honneur. Ils faisaient aussi partie des internés dans les camps français pour que l’Algérie et ses enfants vivent dans la liberté. Ils faisaient aussi partie de ces jeunes algériens qui sont parvenus durant la colonisation à se hisser au dessus de  leur condition sociale par leur travail et par les opportunités que le colonialisme a commencé à offrir pour disposer d’une main d’œuvre indigène plus instruite pour servir d’auxiliaires techniques aux colons et à l’administration coloniale.  L’histoire retient les harangueurs des foules, mais elle oublie les abeilles qui ont construit le mouvement syndical algérien en apprenant le militantisme et la dialectique anti-coloniale et anti-impérialiste dans les coopératives et les sociétés de prévoyance qui leur permettaient de subvenir à leur besoin, de payer leurs études et d’apporter de l’aide aux démunis dans les secteurs de l’agriculture, des céréales et du lait. La coopérative est une école d’éveil politique loin de l’esprit sectaire et partisan. Le syndicalisme authentique comme le militantisme politique ne sont pas des arrangements d’appareils ou des dans politiciennes, mais la quête de l’intérêt public

Je rends hommage aux militants du FLN authentique qui au lendemain de l’indépendance ont ouvert les universités populaires qui ont permis à des générations d’algériens d’apprendre à lire, d’apprendre à manipuler les concepts et la dialectique. Même si les militants de ces universités étaient d’obédience communiste, nous devons leur rendre hommage. Ma conscience sociale et populaire s’est forgée dans ces universités populaires, assis à côté de certains de mes enseignants algériens sur le même banc avant que la scène et la salle ne devienne part la suite du music hall de bas niveau pour des enfants dont les parents mimaient l’Occident dans les futilités.

De la même manière il faut étudier l’expérience de la Medersa des Oulémas algériens  qui est une démarche identique à celle de l’esprit de résistance et de dignité des coopératives.

Toutes ces expériences sont à réactivées, à étudier et a considérer comme des acquis qui doivent nous aider et nous redonner l’enthousiasme et  enfin nous  libérer de cette mentalité de nihiliste, de défaitiste qui nous rends vulnérables non seulement devant la culture de la rente, mais devant les chants des sirènes des nostalgiques de l’Algérie française  qui n’auront de repos que le jour où ils verront l’Algérie et l’avenir des Algériens à jamais engloutis par les Algériens et Satan qui leur enjolive leurs mauvaises actions.

19 – Une opportunité à saisir :

Nous lisons dans la presse les déboires des projets véhicules en Algérie ainsi que les scandales réels ou fictifs avec Peugeot et Renault. Ces deux marques restent très prisées sur le marché algérien. Il faudrait revoir le « concessionnariat » véhicules de tourisme  avec ou sans montage de véhicules en Algérie en y impliquant la démarche stratégique en terme de formation,  de production,  d’emploi et d’intégration nationale sur le plan industrielle. La réorganisation de la filière véhicule en Algérie  peut donner lieu à l’émergence d’une industrie de petite et moyenne  mécanique en s’appuyant  sur :

–         les implantations du foncier industriel et marchand de la filière « véhicule »,

–         les compétences nationales en matière de constructions mécaniques,

–        la liste et le choix des  milliers de pièces qui peuvent être sous traitées en Algérie sur les milliers de sous traitants internationaux de la filière automobile française,

–        l’accord avec un constructeur français sinon étranger pour produire localement et pour le marché local et pour l’exportation

Alors  la production des « jeunes entrepreneurs » algériens peut atteindre en moins de 5 ans un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros par an dont 6 millions à l’exportation. La seule condition est le montage d’une  ingénierie nationale inédite : l’acquisition et le transfert du know how au profit de petits ateliers de fabrication encadrés par des experts français et algériens  pour redonner à l’algérien la culture mécanique et lui permettre d’atteindre le régime de croisière  avec une production qui satisfait aux exigences techniques en matière de normes et de qualité de fabrication.  Algérie dispose d’une expertise reconnue en matière de mécanique. Il faut visiter et voir la production mécanique des complexes pelles et grues de Constantine ou véhicules industrielles de Rouiba. Il y a du capital humain, technologique et technique et du savoir faire  qui ne demandent que la reconnaissance et le droit à l’innovation et à la prise d’initiative. Il y a des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers qui aiment leur métier et qui aiment l’Algérie et sa jeunesse : il faut les appeler et les écouter.

Au lieu de nous lamenter sur l’obscurité, allumons une bougie pour nos jeunes et n’ayons pas peur d’être ambitieux à la lumière de la grandeur de l’étendue géographique et historique de notre immense pays encore vide et sous peuplé.

Peugeot et Renault ont des capitaux et des marchés, mais ils ont une histoire et je sais avec certitude pour les avoir rencontrés au nom d’un Ministre alors qu’il était en poste  qu’ils ne sont pas intéressés par s’associer avec les vampires qui ont sucé le secteur public et sont devenus des barons de l’import export. Ils sont prêts à s’embarquer dans une nouvelle aventure humaine et industrielle qui redonne de l’éclat à leur image de marque et les fait sortir de la morosité de l’économie française. Face à eux il faudrait mettre « monsieur propre, monsieur idée, monsieur entreprise… »

Cette idée est non seulement simple et réalisable, mais elle peut être transférer sur des centaines de filières. La solution de l’Algérie n’est pas dans l’exploitation des gisements de schiste pour se prémunir de la crise énergétique dans l’avenir putatif, elle est dans la solution à apporter immédiatement aux  jeunes avant que ne se produise l’explosion irrémédiable ou que ne survienne la mort et que chacun se mette à se mordre les doigts de regrets et de remords.

Une des filières qui pourrait combler la désolation des routes et des autoroutes est un vieux projet que les américains avaient proposé à l’Algérie au milieu des années 70 et dont j’ai oublié le nom. L’idée est simple : mettre en place un maillage de motels, de magasin de pièces de rechanges, de cafétéria, de bains publics, de centres de santé, de station essence, de réparation et d’entretien véhicules. Bien sur que le projet existe en Algérie avec des Wawouh aussi grand que la patriotisme de canailles que nous avons développé par notre amour moribond et malsain. Il s’agit de favoriser les jeunes et ne pas laisser toujours les mêmes s’installer en oligarchies avec les germes de violence dans un pays qui ne parvient toujours pas à comprendre le sens de « Res Publica » ni à donner à leur religion un caractère civilisateur et libérateur :

{L’aubaine qu’Allah a accordée à  Son Messager aux détriment des gens de la Mecque, revient à la Cause d’Allah, au Messager, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni : afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous} Al Hashr 7

Nous avons 150 ou 200 milliards de dollars de réserve : je ne demande pas de les donner comme une rente aux jeunes, mais de leur permettre de  transformer l’abondance de leur temps inutile en temps de travail utile pour qu’ils soient le meilleur gisement car il est le gisement durable qui se reproduit part lui-même en s’élargissant et en s’améliorant.  Laissez-les travailler ! Ne les assistez pas ! Ils sont capables de vivre, d’entreprendre sans la tutelle de personne.

20  – Un cas surprenant :  le secteur halieutique

Avec 1200 km de côtes, une insuffisance en termes de protéines marines et un déficit en moyens de pêche et en moyens logistiques liés aux activités halieutiques et connexes l’Algérie peut en quelques années mettre sur pied des coopératives dans la pêche côtière, le froids, le conditionnement, le transport, la réparation navale, la fabrication de glace, l’aquaculture, les jardins de la mer… Ces coopératives peuvent générer des dizaines de milliers d’emploi et 300 à 500 millions  de dollars.

Les jardins de la mer peuvent générer non seulement la production d’algues, d’huitres, de moules pour l’exportation, mais des produits extraits des algues : l’alginate produit qu’on utilise en prothèse dentaire ainsi que de la gélatine végétale pour l’industrie de la confiserie et de la pâtisserie. L’Algérie pourrait exporter de la gélatine halal pour les consommateurs musulmans en France et en Belgique.

Algérie c’est le pays d’Abel comme disait l’acteur « momo le fils de la Casbah » qui a joué le rôle du fou dans l’incendie (Dar as Sbitar), mais les Algériens en ont fait celui de Caïn. C’était le grenier et la manne de tous les colonisateurs comme si le destin de notre pays, par la faute de ses gouvernants et de ses habitants, est de se montrer généreux pour les envahisseurs, mais avare et cruel pour les siens.

21 Redéploiement des entreprises publics des collectivités locales

Nous savons tous que  l’opération de réorganisation du secteur public  a été mal conduite et finissant comme un démantèlement du secteur public qu’une restructuration industrielle. Les entreprises locales publiques représentent presque mille entités économiques tout corps de métiers et utilisant la majorité des personnels du secteur public productif.  Les coopératives sont l’outil idéal de la restructuration qui met fin au démantèlement anarchique et inavoué du patrimoine national.

– Organiser des séminaires de sensibilisation sur les coopératives

– Restructurer l’entreprise en métiers distincts. Chaque métier est une coopérative. Chaque coopérative est ouverte aux sociétaires externes.

– La viabilité et l’efficacité des nouvelles entreprises priment sur le social. Le contentieux social pour les travailleurs et les métiers qui ne peuvent (ou ne veulent) pas être abosorbés par les coopératives relève des prérogatives de l’Etat et du liquidateur. Les coopératives doivent pouvoir redémarrer sans héritages des contentieux

– Transformer les indemnités de licenciement en capital social après une opération de liquidation judiciaire qui assainit la situation comptable de l’entreprise

– Céder, ni au dinar symbolique ni au prix du marché, mais à la valeur coutante aux travailleurs coopérateurs et à leurs enfants, les actifs fixes et circulants.

– Mettre en place un échéancier de remboursement

– Mettre en place des formations de gestion

– Passer commande sur une période garantie permettant aux nouvelles coopératives issues du secteur public local d’atteindre l’autonomie de gestion et le régime de croisière en termes d’exploitation

22 – Les mesures d’accompagnement :

Il y en très peu. L’initiative étant essentiellement et prioritairement  populaire. L’Etat devra en  faciliter le cadre juridique et les implantations territoriales dans un pays où le foncier est excessivement cher.

Les apports attendus sont d’ordre institutionnel sur le plan des subventions,  de la fiscalité, de la simplification des procédures, de  l’acquisition des locaux et des installations…

Le plus grand apport serait la création par l’Etat d’une agence nationale de promotion des  coopératives. Elle serait chargé de définir les opportunités et les pertinences de projet, la formation, l’assistance technique, financière et juridique. Les expériences malheureuses des aventures improvisées et du clientélisme corrupteur  depuis la fin des années 80 à ce jour font peur aux coopérateurs animés d’un esprit sain et d’une philosophie claire. L’Etat algérien a dépensé suffisamment d’argent pour l’emploi des jeunes et l’aide à investissements qui se sont avérés avec le temps des moyens que les rentiers et les clientélistes détournent à leur profit sans création d’emploi ni de production.

Si l’Etat se lance dans cette agence il devra, s’il veut que le projet aboutisse,  donner à l’agence un caractère spécifique et protégé de la rapine et du favoritisme :

–        Elle doit fonctionner comme un organisme public à but non lucratif.

–        Elle gère sous son entière responsabilité et sous le contrôle direct de l’inspection générale des Finances (IGF) du ministère de l’Economie les dossiers d’attribution des aides aux coopératives.

–        Elle met en place un système informatique avec gestion de la base des données des acquéreurs et avec la garantie de la protection des données.

–        Elle met en place un système de chèques « spécial coopérative »  au nom de la raison sociale de la coopérative.

–        Elle met en place un système décentralisé de soutien aux coopératives.

–        Elle doit disposer d’un conseil d’administration composé de professionnels du secteur privé et public, de représentant des chambres de commerce et de métiers, des représentants des syndicats des travailleurs et paysans, de journalistes, et de représentants des 4  ministères : Finances, le  travail, la formation et l’intérieur. Mais  la majorité du conseil sera constituée par les délégués des fédérations des coopératives.

–        Elle peut réaliser des partenariats avec les grandes fédérations internationales  de coopératives et d’économie solidaire indépendantes des partis et des Etats.

–        En attendant la création des coopératives et de leur fédération, le directeur général de l’Agence de promotion des coopératives peut, pour une période de transition de moins de 3 ans, faire fonctionner l’agence selon un cahier des charges.

–        L’agence sera dissolue dès la fin de transition qui doit voir l’émergence de coopératives viables et aptes à se fédérer. Pour remplir sa fonction, l’Agence peut créer des groupes de conseils et d’expertises ad hoc.

Si l’Etat est démissionnaire ou s’il met en place des structures bureaucratiques,  il appartient aux Algériens de prendre les initiatives le plut tôt possible. L’agence n’est pas une nécessité, mais un organe de facilitation dont on pourrait se passer.  Un juriste compétent et vertueux peut montrer rapidement toutes les possibilités que permet la loi algérienne en l’état actuel des choses ainsi que les moyens légaux de faire face aux contraintes imposées par la bureaucratie et la rente.

Les hommes libres de ce pays, encore attachés à l’amour de ce peuple et aux valeurs du premier novembre 54, peuvent et doivent faire l’effort de donner de leur temps et de leur argent  pour apporter leur contribution à la mise en place de cette pépinière qui peut générer en quelques années et avec très peu d’investissements des gisements de métiers et de chiffre d’affaires.

Il ne s’agit pas de faire un « printemps arabe », mais de réaliser, tous ensemble,  la paix, la concorde et la prospérité dans notre pays.

23 : La formation et l’apprentissage professionnel :

L’Etat a une grande opportunité de relancer la formation en faisant une formation à la carte. Les contributeurs bénévoles ou associés, individus ou entrepreneurs,  peuvent, avec ou sans l’Etat,  intervenir dans le domaine de la formation et de l’apprentissage.

En effet il y a un gros déficit de formation professionnelle en quantité et en qualité. L’Algérie a consenti par le passé d’énormes efforts de formation qu’elle a délaissé laissant un pan entier de la jeunesse pour laissés pour compte pertes et profits.

Celles et ceux qui sont passionnés de pédagogie, de qualification professionnelle peuvent s’investir dans ce créneau de formation et mettre en place quelque chose d’inédit dans le monde : les coopératives de formation où l’apprenant finance modestement une partie de sa formation et le reste de sa formation sera remboursé sous formes d’actions dans la coopérative ou sous formes de crédits sans intérêts. Il faut se mettre à produire des idées, à générer des actions, à entreprendre et ne pas laisser les privilégiés voler et corrompre votre pays.

Il est honteux qu’un pays comme l’Algérie ne fasse pas de la recherche-développement en pédagogie et didactique de l’apprentissage professionnel. Il est encore plus honteux, eu égard au chômage,  à la perdition scolaire et à la précarisation de la population de rester figés sur les modèles éculés de la dichotomie entre travail manuel et intellectuel. La France, au niveau actuel de son développement, continue de former des CAP et des BEP, et des équivalences professionnelles  alors que l’Algérie  a délaissé ces formations diplômantes de niveau 5 et 4.

En plus des formations qualifiantes métiers  il faut prévoir des formations qualifiantes gestion de projet pour les futurs conseillers de coopératives ainsi que des formations pour les gestionnaires des coopératives, car une  coopérative reste une entreprise ave ses métiers, son organisation et son exploitation.

Les hommes de bonne volonté peuvent trouver l’art et la manière de mettre en place des ingénieries de formation qualifiantes  qui ne sont pas reconnues par les ministères et la fonction publique, mais reconnues par les professionnels et qui donneraient une reconnaissance sociale ainsi qu’une compétence pour se lancer dans un métier et comme coopérateur dans une coopérative d’avenir.  Il suffit d’organiser des évaluations de certifications sur les établissements de formation, sur le cursus pédagogique et sur l’examen final. Cette évaluation effectuée de concert avec les professionnels n’est pas une atteinte à la loi ni un faux diplôme, mais une attestation de reconnaissance professionnelle que telle personnelle a telle et telle aptitude qui lui permet d’effectuer tel métier ou telle tâche. Point final. Les seuls règles à ne pas transgresser sont celles où il faut des habilitations et des homologations délivrées par les organismes certifiés comme par exemple les habilitation électriques  pour intervenir sur les armoires ou les installations électriques et autres habilitations exigées pour la sécurité et la protection des  personnes et des biens. Il n’y en a pas beaucoup.

Nous voulons donc que nos coopérateurs aient une culture d’entreprise ainsi que les fondamentaux en termes de règles de l’art  en vigueur dans les  usages et les métiers. Pour les sceptiques et les rabats joie nous leur disons : La santé publique a fonctionné pendant des années en s’appuyant  sur des agents paramédicaux  sans diplômes après l’indépendance et ce dans toutes les Wilayas et pas seulement dans les Wilayas déshéritées. Nous avons eu des sages femmes rurales  dont certaines  sont  toujours en poste ou en retraite avec une formation accélérée de l’Unicef destinées aux accoucheuses rurales en Afrique.  Nous leur disons est-ce que la révolution algérienne était une importation clé en main ?

24 – La recherche développement et les cursus universitaires.

Dans les pays occidentaux malgré la domination des médias, des sources de savoir et des économies par les oligarchies financières et les lobbies nous voyons des universités,  des bibliothèques et des centres de recherches offrir des terrains d’études, de stages, de spécialisation et de recherche dans les activités liées aux coopératives et aux transferts de connaissances entre les disciplines et les organismes publics. Le tissu universitaire et documentaire algérien est appelé à promouvoir des cursus de troisième cycle ainsi qu’a produire de la documentation  pour :

–        Encadrer et donner les outils conceptuels, méthodologiques et monographiques aux coopérateurs

–        Promouvoir la culture d’entreprise et le management de type coopératif tant au niveau des dirigeants de coopératives et de fédérations de coopératives pour doter les coopératives des procédures juridiques, financières, techniques, managériales, comptables  et philosophiques  que la culture sociale pour la rendre acquise et impliquée dans le développement et la participation à l’effort collectif

–        Revoir le système comptable inspiré de la comptabilité occidentale qui fait rémunérer trois fois le capital a travers les amortissements, les intérêts et les dividendes. L’urgence est de proposer une solution pour entreprendre l’expertise des apports en nature, en travail, en cognition dans le capital social de la coopérative. Les pays industrialisés parviennent  à faire de la compétence et du savoir un actif fixe ou circulant dans l’entreprise. Nous devons reprendre l’esprit créatif, imaginatif, et ne pas rester des consommateurs des idées des autres ou des auxiliaires de consommation à leur marché et à leur idéologie.

25 – Le retour au pays

Nombreux sont les enfants des émigrés qui veulent retourner au pays de leur parent, car ils ressentent de plus en plus les horizons se boucher sur le plan économique, social et culturel. Les quelques retours ne sont pas toujours réussis faute d’opportunité d’investissements et de connaissance  des « règles » du jeu. La coopérative est un excellent moyen d’insertion socio-économique car elle offre l’encadrement humain, technique et social qui sécurise, réconforte et soutient par l’échanges des compétences, des expériences et par le lien social qui se crée entre les coopérateurs et leur environnement.

26 –  Le partenariat avec l’Etranger

Les coopératives en terme de métiers, de savoir faire technologique,  de documentation  technique, d’installations industrielles, d’organisation managériale, de capitaux et de commerce extérieur peuvent se mettre en partenariat avec les sociétés étrangères pour des projets d’intégration économique, de nouvelles technologie, d’exportation… Les partenaires qui interviennent peuvent le faire en leur qualité de travailleurs indépendants, de petites entreprises, de coopératives qui mettent en commun avec les Algériens leurs compétences distinctives.

27 – Un appel aux candidats aux prochaines élections territoriales

Il est vrai que les collectivités territoriales ont moins de prérogatives et de moyens qu’auparavant, mais elles sont suffisamment dotées et ancrées dans la population pour qu’elle puissent  encore jouer un grand rôle dans la mise en place de pépinières de coopératives autonomes ou des coopératives en partenariat avec les entreprises locales ou des coopératives en sous-traitance avec les services techniques des collectivités territoriales.

Les candidats aux élections sont donc appelés à s’intéresser de près à l’idée de coopérative et en faire un thème majeur de leur campagne.

28 – Appel aux femmes et hommes de bonne volonté :

N’attendez pas ! Organisez-vous avec les premiers volontaires et soyez les pionniers. Commencez  par une rencontre que vous pouvez appeler les Assises ou les Etas-majors  pour instaurer la constituante des coopératives. Débattez, rédigez une charte d’adhésion aux coopératives, créer les premiers statuts des coopératives, créer un label commercial et une marque déposée et ensuite comptez sur la Baraka d’Allah puis sur vos efforts :

{Dis : « Agissez, Allah Verra sûrement votre œuvre, ainsi que Son Messager et les croyants. Vous serez ramenés vers le Très-Scient du Ghayb et de la Chahada, alors Il vous informera de ce que vous faisiez ».} At Tawbah 105

 « Touba (félicitée) aux Ghouraba (étrangers, bizarres)… Ceux qui réforment ce que les gens ont corrompu »

29 – Etat d’esprit du futur coopérateur

Restez simples et modeste tout en étant imaginatif, créatif et entreprenant. Si des images mentales doivent vous aider : imaginez-vous Adam (saws) peuplant la terre, sinon une abeille ou une coccinelle.Restez positif et créatif comme un adulte avec un cœur d’enfant. Pensez Lego :

Pensez à cette parabole de Jalal Eddine Rumi :

« Tu n’est pas un corps, tu es un œil spirituel. Si tu te vois crouton de pain, tu es un pain, si tu te vois une fleur, tu es parterre fleuri, si tu te vois une âme tu es l’éternité. Tu es ce que ton œil a contemplé »

30  – Les premiers principes  donc les derniers à transgresser :

–        La coopérative n’est pas une niche pour rentier et pour assistés

–       La coopérative n’est pas une impasse pour fils de riches en manque de loisirs,

–        La coopérative est une entreprise citoyenne non capitaliste

–        La coopérative est une mutualisation des  moyens de production, de vente et de financement

–        La coopérative est une culture de solidarité

–        La démarche solidaire est une alternative socialement utile et une forme de lutte contre le  libéralisme sauvage

–        Sociale et solidaire l’économie coopérative et la finance mutualisée est la quête de sens et de dignité dans une activité et dans un collectif humain qui cherchent à s’investir, produire, consommer, diriger,  décider et investir collectivement pour une économie durable, écologique, socialement utile et  à visage humain.

Le mot de la fin

Tout doit être entrepris pour redonner de l’espoir à nos enfants et ne pas les laisser en proie à la drogue, à  la prostitution, à l’économie informelle, à la précarité, et  à la harga vers l’Europe où ils risquent de perdre leur vie, leur dignité et leurs illusions les poussant dans un cas comme dans l’autre à gaspiller le talent et les promesses sociales qu’Allah a déposé en eux.

Osez l’aventure fabuleuse, vous serez heureux ! Il y a très peu de retro commissions et trop peu d’importation c’est une aventure qui n’intéresse pas les rentiers et les corrompus. Vous serez dans l’immédiat sans intérêts financiers et plus tard vous serez trop nombreux pour qu’on puisse vous voler  ou vous faire endurer la Hogra.  Allez-y devenez l’œil de la contemplation des possibilités qu’Allah(swt)  a déposé en vous et dans votre pays.

Il me reste encore  à vous présenter  dans le prochain article  un modèle de Business Plan que chacun peut adapter à sa philosophie, à ses moyens et à son secteur. A vous de jouer pour développer et mettre en réseau vos idées et vos projets. L’Internet est fait pour ça !  Pour l’instant j’ouvre un espace documentaire sur les coopératives :

Pour en savoir plus  ==>

Contributions sur l’idée de coopérative et de crédit mutuel

 

 

 

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Omar Mazri LIBERATION-OPPRIMES.NET


Algérie : expériences de solidarité sociale

Par Samir

[T]out appel de vengeance, de haine ne sont pas constructifs mais le plus dangereux, quand nôtre société s’inscrit dans une thérapie de groupe à base d’insultes qui ne font qu’agrandir le fossé entre les membres de ce même peuple. Le constat est tellement clair, nous ne pouvons continuer dans cette voie ni avec cette façon de croire régler nos problèmes.
notre regard sur sur les problèmes de l’Algérie doit aller être profond, lucide, courageux, sans complaisance. Nous devons construire la citoyenneté par nous mêmes et imposer  le respect et la dignité par notre comportement. Il faut sérieusement se pencher sur la résolution de nos problèmes sachant que  :

 

  • 1- Les origines (gouvernant et gouverné) du chaos sont clairs.
  • 2- Le citoyen doit exercer sa citoyenneté en commençant par les conditions élémentaires de vie, de salubrité, de sécurité et d’éducation, des soucies rassembleurs qui touchent et qui demande l’implication de toute personne.
  • 3- Commencer petit, par son quartier, par la suite regroupement de quartiers et puis une ville et enfin un État, ce n’est pas de la théorie c’est la seule vision réaliste vraiment.
  • 4 -Les algériens, après des tragédies multicolore depuis 1962, n’ont plus confiance dans les partis ni politicien même ceux qui avaient la cote un moment donné. Ils ont besoin de se fédérer sur des actions concrètes et citoyennes qui réintroduisent la fraternité, la convivialité et la solidarité.

Les algériens ont besoin d’actions comme celle que j’ai vécu dans un des quartiers nouveaux ou personne ne connait personne, à peine un salam méfiant, les habitants de ce quartier se sont mobilisé à cause d’un incident moral ou mon cousin a pris l’initiative de descendre de chez-lui pour cesser la bêtise. Quand les voisins ont vu mon cousin en bas, un par un, en soutenant mon cousin, les voisins tous ensemble disait à mon cousin je suis inspecteur de police je suis avec toi, l’autre ne t’inquiète pas je suis avocat et ainsi de suite … le lendemain mon cousin a eu l’idée de faire un recensement des habitants par métiers comme ça si le quartier a besoin d’un électricien ou maçon ils vont pas voir ailleurs. après quelque jours ils ont fait une première réunion. Ce qui est étonnant dans cette réunion trois choses:

  • a- presque l’ensemble de l’Algérie se retrouve dans ce quartier: l’inspecteur de police, médecin, journaliste, entrepreneur, commerçant, enseignant, maçon, plombier , chômeur ..
  • b- les questions élémentaires font surface et l’incident moral n’était qu’une hikma de Allah (swt) pour rassembler ces gens. Ils ont fait une caisse pour faire une fermeture du quartier avec gardiens (des chômeurs du même quartier) un le jour et l’autre la nuit avec un parking. le quartier envisage un espace de jeux pour les enfants et une salle pour venir en aide scolaire aux enfants.
  • c – Bien sûr, tout le monde aide dans la mesure du possible et la pauvreté de certains a poussé les plus aisés à mettre plus !

J’ai compris une chose de ces personnes et de cette expérience :  pour faire du bien à l’Algérie il faut commencer par sa petite Algérie.
Je ne vous raconte pas la solidarité et l’amitié qui s’est crée, les leaders, les visionnaires qui se sont dégagé de ce quartier.

Cette expérience à petite échelle peut être multipliée et élargie à condition de la préserver des pêcheurs en eau trouble et des experts en Fitna qui ne veulent pas que le peuple prenne en main sa destinée et retrouve la confiance et la volonté de prendre l’initiative et de débattre. La vigilance est exigée, car chaque espace de liberté, chaque temps de parole, chaque idée produite, chaque action entreprise par le peuple est une victoire sur la tyrannie, l’ignorance, la peur et la démission.

Samir

Algérie : 5 idées pour les 5 années futures

Urgence : Le salut de l’Algérie et des Algériens

L’heure est grave et exige des mesures urgences. Nous  devons tirer  enseignement de ce qui se passe dans le monde arabe  pour l’Algérie qui va à grande vitesse  vers un inconnu plus catastrophique : nous devons impérativement  mettre en sourdine nos luttes intestines et mettre  fin à cette facilité de jeter l’anathème. Nous ne sommes ni juges ni détenteurs de la vérité absolue. Notre devoir est de nous attacher à l’analyse des processus, des phénomènes et de voir du mieux que nous le permet notre expérience, notre logique et nos informations, afin de voir comment se dessine la tendance et quelles sont les perspectives et issues. Au pire des cas nous aurions musclé notre cerveau en lui imposant une discipline et une rigueur même en nous trompant dans nos analyses. Il est impératif de mettre fin aux clivages classiques, islamistes –  non islamistes, et mettre le curseur sur le salut de l’Algérie livrée à la prédation interne et aux appétits externes. Le curseur mis sur la prédation, alors nous pouvons trouver pour les années à venir un immense réservoir de projets, d’idées, de débats, de sacrifices pour nous libérer de ceux qui veulent nous imposer le choix tragique entre le comptoir commercial de la France et la base coloniale de l’OTAN, de ceux qui veulent maintenir l’armée dans un rôle subalterne d’appareils qui défend la rente de quelques uns.

Il ne s’agit pas de faire une « révolution ou ‘un printemps arabe mais de procéder à un examen de conscience sur nous mêmes et dire comme un seul homme « Barakate ». Nous voulons voir l’Algérie construite par les Algériens, tous les Algériens. Nous voulons voir se constituer un front national de résistance  contre les menaces et les intimidations venant de l’extérieur. Nous voulons un front  national d’édification nationale. Nous voulons que le peuple algérien exerce sa souveraineté sur ses richesses nationales, sur son devenir, sur son modèle de développement, sur son projet de société. Nous voulons une Algérie forte et indépendante, une Algérie apaisée, une Algérie qui met fin définitivement aux germes de la violence et aux séquelles de la violence.

Nous devons garder en mémoire la précarité, la maladie, l’oppression, l’ignorance et l’humiliation de notre statut d’indigènes musulmans et rendre grâce à Allah de nous avoir accordé l’indépendance et d’avoir choisi nos parents et notre pays comme modèle de libération et de sacrifice au monde entier. Nous avons trahi cette Amàna. Revenons vers Allahavec humilité et sincérité

Le président Bouteflika a amené d’une manière bureaucratique et malsaine une pseudo réconciliation nationale. Le peuple algérien doit transcender ses séquelles et ses divergences pour aller vers une véritable réconciliation qui se base sur un principe de justice, d’équité et de vérité sans vengeance, sans règlement de comptes, sans préjugés. Le Prophète (saws) a pardonné en entrant victorieux à ceux qui l’ont combattu et tué Hamza et ses compagnons. Nous ne pouvons être mieux que lui. C’est l’offenser que de faire de la surenchère sur sa magnanimité ou l’utiliser pour des calculs politiciens. Les Algériens sont revenus vers leur insouciance irresponsable de l’indépendance,  leur divergences   et leur doute sur leur identité nationale et sur leur histoire alors que la guerre de libération les as unis et soudés. Allah nous a unis et il nous appartient de nous éveiller si on ne veut pas connaitre d’autres tragédies faute de tirer enseignement du passé :

{Attachez-vous tous au Câble (Coran) d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, puis Il a uni entre vos cœurs et vous êtes devenus  frères, par Sa Grâce; alors que vous étiez au bord d’un abîme du Feu et qu’Il vous en a sauvé. Ainsi Allah vous démontre Ses Signes, pour que vous soyez guidés! Et qu’il y ait parmi vous une Communauté : qui incitent au bien, commandent le bon usage, et interdisent ce qui est répréhensible. Ceux-là sont ceux qui cultivent. Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences. Ceux-là auront un immense châtiment.} Al ‘Imrane 103 à 105

{ Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et prenez garde à  Allah : ainsi il  vous sera fait miséricorde.} Al Houjourate 10

N’appartenant à aucun parti et engagé par aucun lien partisan,  j’ai la liberté de parole et de conscience ainsi que le devoir de proposer  cinq axes de réflexions et d’actions pour assurer le salut de notre pays et celui de nos âmes. Le temps passe vite. Derrière nous il y a des législatives et des présidentielles ratées, devant nous il y a l’ennemi nous sommes comme Tarak Ibnou Ziad;

1 – Le retour à l’Islam qui passe par un retour au Coran.

Mieux et plus le Coran est compris moins nous devenons vulnérable dans notre façon de penser et mieux nous devenons autonomes par rapport aux rentiers de la politique, de la religion et de l’économie. Le Coran est le creuset de la foi, mais aussi de la production des idées et de la grille de lecture du monde. L’Islam est instrumentalisé par les rentiers de la politique,  de la religion et des affaires. Il est confisqué par les sectes et les confréries maraboutiques qui perpétuent la collusion entre le colonialisme et la derwacha. L’Islam est le Dine d’Allah, sa vocation est d’être sociale et civilisationnelle.  Depuis l’arrivée aux commandes de l’État de Sid Ahmed Ghozali  jusqu’à nos jours c’est la suprématie du maraboutisme et du salafisme infantile ainsi que des arrangements d’appareils avec les partis de complaisance et les Frères Musulmans opportunistes et cupides.

L’empire veut voir émerger un islam ni politique  ni social ni actanciel. Il veut pour nous un clergé ou un Vatican qui décide du halal et du haram. Nos savants et nos prédicateurs sont à l’image de notre société malade, désorientée, attirée par le sensationnel et le futile. Le Coran est notre salut, notre lumière et notre printemps :

{O vous qui êtes devenus croyants , obéissez à l’Appel d’Allah et au Messager lorsqu’il vous incite à ce qui vous fait vivre. Et sachez qu’Allah intervient entre l’homme et son propre cœur, et que c’est vers Lui que vous serez conduits.
Et craignez une sédition qui n’atteindrait pas particulièrement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.
Et rappelez-vous lorsque vous étiez peu nombreux, opprimés de par la terre, redoutant que les hommes ne vous arrachent, alors Il vous a abrités, vous a soutenus de Sa victoire et vous a octroyé de bonnes choses, afin que vous soyez reconnaissants.
O vous qui êtes devenus croyants , ne trahissez point Allah et le Messager et ne trahissez pas ce qu’on vous a confié, tout en le sachant.
Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, et qu’Allah Possède  une immense rémunération.
O vous qui êtes devenus croyants , si vous craignez Allah, Il vous accordera un Critère, Il expiera vos mauvaises actions et vous absoudra. Allah Possède la Munificence immense.} Al Anfal 24 à  29

{O Hommes ! Vous est certes venue une exhortation de votre Dieu, une guérison pour ce qui est dans les poitrines, une Direction infaillible et une miséricorde pour les croyants.} Younes 57

La miséricorde évoquée est le Coran et Mohamed (saws).

2 – L’étude systématique de la biographie du Prophète (saws) et des récits coraniques sur les Prophètes (saws) :

Notre salut est dans le respect de notre Prophète (saws) :

{ Et quiconque obéit à Allah et à Son Messager, et prend garde à Allah et s’efforce d’être pieux, ceux-ci sont les gagnants.} An Nour 57

Il y a un enseignement idéologique, psychologique, spirituel, social et civilisationnel pour ceux qui sont doués de raison et de capacité de tirer les ‘Ibra (de ‘oubour : passerelle d’une vérité vers une autre qui semblait cachée ou inaccessible).

{ Il y a sûrement dans leurs récits une leçon pour les doués d’entendement. Ce n’était point un discours controuvé, mais une corroboration de ce qui a été révélé avant, une précision de toute chose, une Direction infaillible et une miséricorde pour des gens qui croient.} Youssef 111

Il faut savoir qu’aucun Prophète, je dis bien aucun Prophète (saws), n’a eu recours à la violence. Salomon et David roi, guerrier et Prophète n’ont pas livré bataille contre les Bani Israël malgré leur comportement et leur transgression. Moïse n’a pas livré bataille contre Pharaon. Mohamed (saws) n’a pas livré bataille contre les siens. Il a été contraint en qualité de chef d’État de défendre Madinah contre les idolâtres de la Mecque et leurs alliés. Celui qui me donne une référence religieuse montrant qu’un Prophète a combattu son peuple qu’il me les apporte je changerais de position.

Nos gouvernants sont despotes et incompétents. Ils sont le produit de notre propre tyrannie et de notre propre incompétence. Ils sont par contre plus responsables car avec l’autorité et le pouvoir ils peuvent apporter les changements bénéfiques pour le peuple. Ils sont comptables de leurs actes. Plus la responsabilité est grande et plus le Jugemetn sera sévère. Aucun gouvernant ne réussit à réaliser ses objectifs ou à sauver son âme ou à être aimé de son peuple s’il est injuste.

« Celui à qui on a donné la charge de gouverner les gens et qui ensuite ferme sa porte aux pauvres, aux opprimés et à ceux dans le besoin, Allah le Très-Haut lui fermera la porte de sa miséricorde quand il sera dans le besoin et la misère à l’instant (le jour de la résurrection) où il en aura le plus besoin. »

« Celui à qui on a chargé de commander les affaires des musulmans puis abuse d’eux par la tromperie, est en enfer. »

 3 – Dévoiler l’Islamophobie

Dévoiler l’Islamophobie dans ce qu’elle a de dangereux dans le nouvel ordre mondial dominé par l’Empire et le sionisme. J’ai écris un livre et tenu des conférences sur ce sujet, mais il est difficile de montrer la réalité et de faire de la prospective à des gens habitués au sensationnel et aux stars médiatisées. Il faut communiquer sur ce sujet. J’ai mis dans ce site une fiche synoptique par laquelle j’ai rédigé mon livre, elle sert comme trame et comme réseau de relation des machinations psychologiques, idéologiques, religieuses, médiatiques et militaires. Il faudrait la diffuser vers un plus grand nombre. La fonction de l’intellectuel est de donner des outils, mais le changement réel vient de chacun de nous.

4 – Dévoiler l’Empire et ses vassaux

Dévoiler ne signifie pas insulter ou dénoncer. Dévoiler l’Empire dans sa structure de pensée et dans ses axes de dominations afin de montrer les dangers qui nous guettent et nous en prémunir en le dévoilant, en ne tombant pas dans ses pièges et surtout en restant réalistes et concentrés sur l’essentiel. Les luttes de clan, les luttes fratricides, l’esprit partisan nous affaiblit.

5 – La communauté doit faire de la politique sans tomber dans le piège partisan.

La politique c’est s’occuper de l’intérêt général pour le bien être général par des moyens pacifiques, efficaces et impliquant le maximum de personnes. Nos priorités, ici ou ailleurs, est de faire émerger de cette communauté une capacité à produire ses idées, ses élites, son argent et à s’impliquer dans l’économique, l’éducationnel et l’informationnel en qualité de producteurs et de communicateurs. Par l’Islam nous sommes un potentiel positif , une force de proposition constructive, une œuvre de bien pour nous mêmes et pour les autres

{ O vous qui êtes devenus croyants , si vous tenez conciliabule, ne tenez donc pas conciliabule de péché, d’agression et de désobéissance au Messager, et tenez conciliabule de bienfaisance et de piété. Et prenez garde à  Allah vers Lequel vous serez rassemblés.} Al Moujadalah 9

Nous sommes musulmans, la culture du devoir prime sur celle des droits comme le souligne notre Prophète (saws) :

« Accomplit ton devoir envers les gens et attends ta récompense de ton Dieu ».

Mon travail dans ce cadre vise à montrer les illusions poursuivies par l’utopie d’un état islamique ou d’un khalifat dans les conditions sociales, idéologiques et économiques actuelles. Le Coran nous a donné un instrument d’analyse et une visée, en plus de celle de désirer le Paradis et redouter l’Enfer, qui consiste au Tamkine Dine Allah sur Terre (la territorialisation de l’Islam) qui passe part la territorialisation de la communauté musulmane. C’est un concept puissant, mais qui exige un travail de longue haleine, un travail de prophète et non une gesticulation de parti politique ou une confrontation avec les gouvernants despotes qui non seulement ne créent pas les conditions favorables, mais décapitent les cadres et rendent  stériles les efforts antérieurs. C’est la patience et la vertu qui sont la solution :

{Et Nous avons fait hériter les gens, qui étaient opprimés, les levants de la terre et ses ponants, que Nous avions bénis. Et la Bonne Parole de ton Dieu fut réalisée pour la descendance d’Israël à cause de leur persévérance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, et ce qu’ils ont édifié.}  Al A’âraf 137

{Nous voulons faire don à ceux qui furent opprimés de par la terre, en faire des modèles, faire d’eux les héritiers, leur Donner pouvoir de par la Terre, et Montrer à Pharaon, à Hàmàne, et à leurs soldats ce qu’ils appréhendaient de leur part.} Al Qassas 5

La communauté musulmane en Algérie doit se libérer des schémas de la démocratie occidentale et s’organiser en peuple citoyen, à travers des assemblées citoyennes qui ouvrent le débat public au niveau des quartiers sur les conditions élémentaires de vie, de salubrité, de sécurité, d’éducation. L’expérience aidant les citoyens s’organiseront de mieux en mieux sans s’opposer aux gouvernants en se fédérant sans esprit partisan, sans esprit de classe sur le principe islamique de la fraternisation qui passe non par des sermons enflammés mais la solidarité quotidienne et l’entraide mutuelle dans le crédit, dans la maladie, dans le travail, dans la gestion des affaires publiques. La liberté ne s’octroie pas, elle se réalise par un processus de libération. Le processus de libération n’est pas seulement dans la  constitution de partis politiques ou d’association, il est d’abord et surtout dans la capacité de l’homme d’assurer sa dignité sociale et humaine. Il ne peut y avoir dignité lorsque la subsistance du petit ou les approvisionnement de l’artisan sont entre les mains des rentiers et des trabendistes. La dignité qui est la visée de la liberté passe par le processus de libération qui fait de l’acte économique un acte approprié par le peuple qui doit pouvoir produire sa richesse et son argent en toute autonomie.

{Vous n’obtiendrez point la bonne foi à moins que vous ne dépensiez de ce que vous aimez. Et quelle que soit la dépense que vous ferez, certes, Allah en est Tout-Scient.} Ali ‘Imrane 92

Mohamed (saws) s’est libéré de l’emprise des Juifs de Médine et a donné de la dignité aux Mouhajirines en cassant le monopole des Juifs sur les finances, la production du fer et le marché. Les Algériens au lieu d’attendre la rente de l’Etat ou de vivre opprimés par les suceurs de sang peuvent revenir à l’esprit de nos traditions arabo berbères de la Touiza et à l’esprit innée de l’autogestion au lendemain de l’indépendance. Concrètement il faut parvenir à créer des petites et moyennes coopératives de service et de production par l’association des capitaux, des idées, de la force de travail et en parallèle institutionnaliser le crédit qui se pratique sans riba au sein de la famille ou entre amis. En fédérant les coopératives  sur les principes économiques en dehors des schémas bureaucratiques des millions d’Algériens peuvent ensemble faire émerger de la valeur ajoutée et des marchés et surtout des mutuelles de crédit autogéré  :

{Entraidez-vous à la justice et à la piété. Ne vous entraidez point au péché et à l’agression.} Al Maidah 2

Dans sa relation avec les gouvernants le peuple algérien ne doit être ni aveugle dans l’attente d’un Messie politique ni dans la posture négative du dénigrement et de la démission.  Lorsque les gouvernants agissent bien, il est du devoir du citoyen musulman non seulement de leur dire vous avez bien agi, mais de les aider à assumer leur responsabilités car dans le bien leur réussite est la réussite de tout le monde. Lorsque les gouvernants agissent mal il est du devoir des citoyens musulmans de ne pas les écouter et de ne pas leur obéir dans ce qui ne plait ni à Allah ni à son Prophète. C’est aux savants, aux intellectuels et aux musulmans qu’Allah a privilégié du rang social d’assumer leur devoir et de dire au gouvernant, avec civilité et bienveillance, qu’il a mal agi. S’ils ne le font pas ils sont des pécheurs et leur compte est auprès d’Allah. Si les gouvernants écoutent le bon conseil c’est une bénédiction pour eux, sinon c’est une malédiction pour eux dans cette vie et dans l’au-delà. La vérité et la justice sont notre bannière. Nous ne pouvons et nous ne devons être moins que les Bani Israël :

{Et du peuple de Moïse, il est une communauté : ils guident par la Vérité, et grâce à elle ils sont justes.}  Al A’âraf 157

Allah (swt) ne changera pas la situation d’un peuple qui se contente de dénoncer, d’insulter, de braver ses gouvernants. Le changement est l’œuvre de réformateurs qui agissent dans un terrain offrant les conditions et les possibilités de la réforme. Parmi les conditions et les possibilités de la réforme il y a le travail sur soi c’est à dire la réforme de soi. Jamais Allah ne donnera suprématie à des corrompus, mais il laissera les uns frapper les autres. Jamais il ne donnera pouvoir des corrompus sur des réformateurs, même si e résultat est différé :

{Nous ne perdons point la rémunération des réformateurs.} Al A’âraf 170

{ Il n’est pas de mise que ton Dieu fasse périr les Cités par injustice, alors que leurs habitants sont des réformateurs.} Houd 117

Que chacun retrousse ses manches et Allah fera voir  les véridiques et les distinguera des menteurs. Lorsque Allah nous dit que celui qui veut al ‘Izza ( la gloire, la grandeur, l’invincibilité et la puissance) elle se trouve chez Lui cela signifie que  nous cherchons la gloire, la notre ou celle de l’Islam ou de notre patrie  en dehors d’Allah et par des moyens qu’Allah désapprouvent, il ne faut pas s’étonner que les calamités s’abattent sur nous les unes après les autres.

Notre ennemi mortel : le laxisme

Ce qui nous arrive comme malheur et involution  provient de nous-même. Il est urgent de mettre fin à cette fâcheuse manie de tout imputer au colonialisme. Le colonialisme ne nous a colonisé que parce que nous étions colonisable ! Il est prêt à nous coloniser de nouveau que parce que nous sommes  toujours colonisables comme si 132 ans de colonisation, 7 ans de guerre et 50 ans d’errance en quête de notre identité et de notre voie de développement ne sont pas suffisants pour nous réveiller. La nature a horreur du vide : si nous laissons notre territoire bien vacant il est naturel que les mieux organisés, les plus déterminés et les plus cupides se l’approprient à notre détriment. Le colonialisme extérieur  et le despotisme intérieur ne sont que des facteurs aggravants de nos malheurs et des facteurs réducteurs à nos efforts lorsqu’ils sont peu consciencieux, improvisés sans orientation générale. Depuis la défaite d’Ohod les Musulmans ont été éduqués à voir dans le malheur et la défaite le signe de leur propres faiblesse et de leur propre inconséquence :

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ». Certes, Allah Est Omnipotent sur toute chose.} Ali ‘Imrane 165

Je me rappelle la quiétude et l’insouciance des années 80 qui ont fait que les cadres, les techniciens et les travailleurs s’en foutaient. Certains de mes collègues me raillaient lorsque je leur disait : méfiez-vous ! Ce laxisme va nous conduire à notre propre perte. Il est facile d’incriminer l’armée ou les gouvernants, mais il est difficile d’admettre  le comportement infantile et irresponsable des Algériens qui avaient oublié la colonisation et la guerre de libération nationale. Personne n’aura l’excuse de dire je ne travaille pas ou je vandalise car ceux qui nous gouvernent sont tyranniques ou incompétents. Chacun doit se poser la question : qu’as tu fait pour l’Algérie ?

{ Dis : « Qui vous sauve des ténèbres de la terre et de la mer  »  lorsque vous l’implorer humblement et secrètement : « S’Il nous sauve de celles-ci, nous Lui serons pour toujours du nombre des reconnaissants » ?
Dis : « C’est Allah qui vous sauve, ainsi que de toute autre détresse, mais vous voilà devenus polythéistes ! »
Dis : « Il est le Tout-Puissant qui a le pouvoir de vous envoyer un châtiment d’au-dessus de vous, ou d’en dessous vos pieds, ou de vous confondre en sectes et ainsi  faire subir à  certains d’entre vous les brutalités des autres. » Vois comment Nous varions les Signes, afin de les amener à  comprendre !} Al An’âm 63

Je  rassure les sceptiques, les éradicateurs  et les rationalistes : il ne s’agit pas de faire de l’Algérie une grande école coranique (allusion à Abdou un des directeurs de la Télévision du temps de Mouloud Hamrouche). Il s’agit de nous doter d’un cadre idéologique, éthique et esthétique qui nous permet d’aborder avec notre patrimoine, nos valeurs, notre foi et nos problèmes la quête des solutions les plus crédibles, les plus efficaces à notre marasme social, économique, politique et culturel. Dans ce cadre nous pouvons, tous, apporter notre contribution à l’étude et aux préconisations des problèmes en les abordant dans un démarche pluridisciplinaire : psychologie, sociologie, histoire, économie, mathématiques, urbanisme et architecture, communication, sciences politiques. L’urgent c’est d’instaurer un débat fécond en  dehors de la culture de la rente et de la cooptation. Si les détenteurs du pouvoir consentent à écouter et à donner suite ce sera bénéfique pour tous. S’ils continuent à s’isoler du peuple, à l’ignorer, à le mépriser et à rester enfermés dans leurs microcosmes et leur asile idéologique, nous devons refuser l’enfermement et le mépris en demeurant nobles et généreux, car il s’agit de notre dignité et de notre patrie.

Concrètement…

Le prochain article : COOPÉRATIVES ET CRÉDIT MUTUALISTE

Omar Mazri – libération- opprimés

Cas d’école du débat politique en Algérie en 2012.

[V]oici, ci-dessous une vidéo  qui montre un débat sur Ennahar.tv entre  deux partis politiques : Jil Jadid et TAJ.  C’est un cas d’école sur la communication politique dans un pays où le peuple est très politisé, mais où la politique reste encore  la grande absente.

Nous voyons  trois postures qui illustrent parfaitement  les contradictions politiques en Algérie.

La première posture est celle de l’animateur qui représente symboliquement « l’ouverture démocratique » du système fermé et sclérosé. Nous le voyons  bafouiller,  ne pas maitriser le thème du débat, ne pas respecter le temps de parole, et chose plus grave il veut  embarquer les débatteurs et le public sur l’immédiat et sur le positionnement à adopter sur le premier ministre  Sellal comme si ce monsieur était la référence unique pour l’Algérie, et comme si la liberté démocratique est la dénonciation ou l’adhésion, la polémique ou l’alignement. Je ne porte pas atteinte à l’image de marque du premier ministre algérien à qui je souhaite succès dans sa tache titanesque dans le cas où il aurait la volonté d’œuvrer pour le bien de l’Algérie, ce que je souhaite bien entendu. Le débat sur l’Algérie doit s’inscrire dans le long terme, sur l’institutionnel et en dehors de nos sentiments favorables ou défavorables sur les personnes. Notre opinion serait subjective dans un cas comme dans l’autre. Il nous faut demeurer objectif et servir notre pays en restant dans l’analyse des processus.

La seconde posture est celle du parti TAJ qui ne veut pas débattre des idées et se complait dans l’alignement de circonstances au nom du refus de ne pas s’aligner. Il représente un peu l’opposition oppositionelle consentante qui veut encore croire qu’on peut faire du neuf avec de l’usé, que le système est récupérable, et que le problème est un problème d’homme et non un problème de structure et de politique. L’attente messianique de l’homme providence mélangée à du pragmatisme « bon enfant » caractérise l’ère FLN post indépendance qui a marqué de son empreinte de « pensée unique » ou de « changement dans la continuité » la classe politique algérienne.

La  troisième  posture est celle de  Jil Jadid. Il y a un véritable effort de construction sur le moyen et long terme ce qui dénote une bonne compréhension de la tragédie algérienne et de la complexité de la réponse qui exige du travail, de l’investissement en termes générationnel. L’approche est politique sans être partisane. Elle se veut  rupture pacifique avec le passé,  définition d’une perspective et objectivité sur les contraintes réelles incontournables.

Abstraction faite du désir des uns de se mettre sur le terrain partisan et du désir des autres de dénigrer l’objectivité sous le terme de pessimisme il y a un énorme problème de débat d’idées en Algérie. Sans le débat d’idées il n’y aura jamais d’alternative crédible qui émerge du lot de la médiocrité et du consensus politicien. En effet pour qu’il y ait débat fructueux pour présenter à l’auditeur algérien un choix de perspectives de sortie de crise il y a deux attitudes contradictoires dans ce débat malgré la bonne prestation et la probité de Jil Jadid.

Cela est lié à la nature de la crise et de l’impasse politique, économique, culturelle et sociale en Algérie. Les deux intervenants n’ont apparemment ni la même grille de lecture ni le même vécu de l’expérience algérienne. Pour qu’il y ait débat fructueux et différencié sur l’avenir il faudrait d’abord qu’il y ait débat entre des visions similaires sur l’origine de la crise et sur l’impasse du présent. Ce n’est pas le cas. Il faudrait être sur la même autoroute pour tester les performances de deux véhicules différents comme il faudrait utiliser la même carte pour débattre du schéma ou du chemin le plus judicieux pour se rendre plus vite, plus efficacement et mieux en sécurité du point de départ au point d’arrivée.

Lorsque les hypothèses de départ sont différentes il devient difficile voire impossible de comparer les conséquences des solutions et des théorèmes utilisés. Jil Jadid s’inscrit dans une lecture globale et cohérente qui doit s’affiner et s’affirmer davantage face à des débatteurs dans des débats qui portent d’abord sur l’explication du passé ou dans des débats qui portent sur l’avenir avec des partenaires qui partagent la même lecture du passé.

La question de fond reste posée : est ce qu’un nouveau gouvernement avec ou sans les figures anciennes constituent en soi un événement politique ou est-ce l’événement politique qui produit un débat, une implication du public ?

Le parti TAJ nous rappelle les débats de 1989 et la pléthore de partis qu’il dénonce comme si les moyens qu’il revendique sont les garants de la démocratie et non l’enracinement de la « biarchie » en vigueur en Occident. Il serait temps que les nouvelles générations se mettent à réfléchir à de nouvelles formes d’organisations politiques et sociales qui font une rupture avec les schémas qui sont en train de montrer leur faillite ailleurs. Notre malheur c’est d’importer  « clé en main » ce qui est déjà obsolète en Occident. Jil Jadid est un potentiel qui doit se libérer du Qadim s’il veut  marquer de son empreinte l’histoire nouvelle de l’Algérie en attente de  renouvellement. Le nouveau à entreprendre est difficile dans les conditions actuelles, mais c’est la voie réelle du changement : la mobilisation non partisane dans des Assemblées citoyennes autour de cinq objectifs fondamentaux :

  • La préservation et l’activation de nos valeurs dans le champ politique, social et économique.
  • Transcender les clivages idéologiques secondaires et mettre l’Algérie au dessus de toute considération partisane. Cela exige de l’ANP une affirmation de défendre la souveraineté nationale, la souveraineté du peuple sur les ressources nationales, la défense de la Constitution…
  • La défense de la souveraineté nationale face à la prédation néo-coloniale.
  • La réconciliation nationale par la justice, la solidarité nationale, la prise de conscience du devoir de vérité  et le sentiment patriotique qui dit « plus jamais les tragédies du passé »
  • L’édification nationale et la promotion de l’Algérie dans son position géostratégique.

Il y a encore une envie de faire de la politique au sens d’effort public en faveur du peuple et d’activité pacifiée pacifique. Cette envie est encore minoritaire dans un paysage politique qui cherche la facilité, et qui se contente de déclarations d’intentions sans donner une grille de lecture ni proposer une alternative crédible et dynamique.

A vous de jouer ! J’attends vos analyses, vos préconisations pour relancer le débat politique et de dire conformément à notre morale islamique, bien à celui a bien agit, et mal à celui qui a mal agi.

De la nécessité de créer des instances de cotation des actions bancaires en Algérie.

[L]e journal à sensation As Chourouk rapporte au sujet du  congrès des Savants musulmans à  Oran : « Les experts et érudits, présents à Oran, ont estimé que la création des instances de cotation bancaires constitue « un véritable challenge que doivent relever les pays musulmans pour se conformer aux exigences du marché financier mondial ».

Tout est dit sans pudeur ni honte ni crainte d’Allah par nos « honorables» savants qui depuis longtemps ont fait de leurs opinions une nouvelle religion au-dessus de celle révélée par Allah. Au nom de l’Ijtihad,  des intérêts mondains et du pragmatisme nos Savants ont fait de l’esprit partisan des Frères Musulmans et de leurs aristocraties une nouvelle religion qui ne juge plus selon ce que Allah a révélé, mais selon le «  Fiqh du réalisme» et « nécessité fait loi » allant à rendre licite l’illicite qu’Allah a autorisé en cas de force majeur et pour assurer la survie de l’homme, car la vie humaine est sacrée et le peuplement de la terre par des vivants bien portant est le dessein d’Allah. Allah dit sans équivoque sur la contrainte vitale qui autorise le recours à ses interdits :

إِنَّمَا حَرَّمَ عَلَيْكُمُ ٱلْمَيْتَةَ وَٱلدَّمَ وَلَحْمَ ٱلْخِنزِيرِ وَمَآ أُهِلَّ بِهِ لِغَيْرِ ٱللَّهِ فَمَنِ ٱضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَلاۤ إِثْمَ عَلَيْهِ إِنَّ ٱللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

{Il vous a seulement prohibé la bête morte, le sang, la viande de porc, et ce qui a été immolé à d’autres qu’Allah. Quiconque y a été contraint, sans être outrageant ni transgressant, ne commet pas de péché. Certes, Allah est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqarah 173

 

Il s’agit de sauver sa vie en matière de nourriture et de boisson. Allah [swt] sait qu’il y aura des « intelligents qui vont faire de l’Ijtihad et tourner le dos à son Livre pour faire prévaloir leurs opinions sur le Livre d’Allah et la Sunna du Prophète et c’est pourquoi Il lance un avertissement juste après ce verset évident :

{Certes, ceux qui taisent ce que contient Livre qu’Allah a révélé puis le troquent à vil prix, ceux-là ne mangent dans leurs ventres que le Feu; Allah ne leur parlera point le Jour de la Résurrection, ne les épurera point, et ils auront un douloureux châtiment. Ceux-là sont ceux qui ont troqué le fourvoiement contre la Direction infaillible, et le châtiment contre l’absolution. Qu’ils endurent le Feu,  car qu’Allah a révélé le Livre, en Vérité, alors que ceux qui divergent à propos du Livre sont certainement dans un schisme profond.}

Le texte coranique est clair, évident. Il ne demande pas d’être un docteur en théologie, un expert en linguistique pour le comprendre ou un spécialiste de l’abrogeant et de l’abrogé. Il ne s’agit pas de la contrainte en matière de transactions commerciales ni en matière de logement, ni en matière de prêts bancaires, ni en matière de viande animale. Si cela était le cas, Allah et Son Prophète auraient ouvert le champ de la permissivité. Nous constatons, avec notre modeste savoir, que ce champ est restreint au vital. Toute transgression pour élargir ce champ à d’autres domaines est une incompétence à trouver des réponses adéquates par paresse intellectuelle.

Par exemple en matière de crédit immobilier la paresse consiste à promulguer une Fatwa autorisant l’accès à la propriété privée incitant les musulmans à recourir au crédit et aux intérêts alors que la logique socio-économique qu’aurait suivi Omar Ibn Al Khattab est d’inciter les musulmans à s’organiser pour mobiliser leurs idées, leurs compétences, leur argent et leurs bras pour construire des logements accessibles, mettre en place des banques du pauvre, innover des solutions inédites en matière d’organisation, d’ingénierie et de management pour résoudre leur crise en restant dans le cadre du halal sans risque d’outrager Allah et de transgresser ses lois.  Le pire de ce genre de Fatwas faites pour le motif « louable » de faciliter la vie des musulmans c’est qu’elle les laisse prisonnier du système en place alors que l’Islam exige la prise d’initiative dans un champ de halal dont les possibilités ne sont pas encore épuisées. Par ailleurs, le recours à ce genre de Fatwas farfelues ne fait que répondre qu’à une minorité qui peut accéder au crédit.  La majorité ne bénéficie pas de cette solution boiteuse, car elle ne remplit pas les conditions du crédit.

Au-delà de la facilitation, j’ai du mal à comprendre la logique d’un savant qui se permet non seulement d’approcher les limites d’Allah, mais de les transgresser alors qu’il sait mieux que nous les « stupides » qui ne pratiquons pas l’Ijtihad la gravité de la situation pour qui nous avons une déclaration de guerre émanant d’Allah :

{Ceux qui consomment des produits de l’usure ne se lèvent que comme se lève, en se débattant, celui que Satan a possédé. Et cela parce qu’ils ont dit : « La vente n’est que semblable à l’intérêt », alors qu’Allah a rendu licite la vente et a interdit l’intérêt. Celui qui a reçu une exhortation de son Dieu et qui s’abstient, gardera ses gains antérieurs et son cas relèvera d’Allah. Quiconque récidive : Il sera alors de ceux-là, les condamnés au Feu, où ils s’y éterniseront. Allah annihile l’intérêt et fait accroître les aumônes. Allah n’aime point tout mécréant-tenace grand-pécheur.}  Al Baqarah 275 à 276

{O vous qui êtes devenus croyants, craignez Allah et laissez ce qui reste de l’intérêt, si jamais vous êtes croyants. Si vous ne le faites pas, attendez-vous alors à une guerre de la part d’Allah et de Son Messager. Si vous vous repentez, vous garderez alors vos capitaux. Ne soyez point injustes et on ne vous fera subir aucune injustice.} Al Baqarah 278 à 279

« Qui consomme le Riba c’est comme s’il a forniqué avec sa mère dans l’enceinte de la Kaaba le jour de ‘Arafa »

J’ai du mal à comprendre comment on peut faire de la surenchère sur la parole d’Allah et de Son Prophète et oser, sans crainte de la gravité de leurs menaces, autoriser leur esprit à imaginer des scénarios que le Prophète n’a pas imaginés comme s’il était un inapte sur le plan intellectuel ou comme si la religion lui a échappé alors que le Coran lui a été révélé et qu’il en est l’incarnation parfaite :

وَنَزَّلْنَا عَلَيْكَ ٱلْكِتَابَ تِبْيَاناً لِّكُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً وَبُشْرَىٰ لِلْمُسْلِمِينَ

{Et Nous t’avons révélé le Livre explicitation de toute chose, Direction infaillible, Miséricorde, et bonne nouvelle pour les musulmans.} An Nahl 89

On trouve dans le monde musulman, depuis longtemps déjà, des prétentieux pris par leur chauvinisme à défendre leur opinion et leur Madhab (école, doctrine) pour dire que grâce à tel savant on a enfin résolu le problème que Mohamed [saw] avait occulté. Honte à eux. L’ego démesuré les rend fermés à l’humilité et à la déférence envers le Prophète dont la vie a pris fin une fois que sa mission a été accomplie :

{Aujourd’hui, les négateurs ont perdu tout espoir de vous détourner de votre religion, ne les craignez donc plus et craignez Moi. Désormais, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai parfait ma Grâce envers vous, et J’ai agréé pour vous l’Islam comme religion.} Al Maidah 3

Ce parachèvement, cette complétude, cette perfection de l’Islam et du Coran sont immédiatement suivis dans le Livre d’Allah par un verset qui vient confirmer que la seule permission d’outrepasser les limites d’Allah est la famine qui met en danger votre vie vie et celle de vos enfants :

{Mais quiconque sera contraint, lors d’une famine, sans se laisser aberrer par péché, Allah alors est sûrement Absoluteur, Miséricordieux.} Al Maidah 3

Le Coran est inimitable, incomparable et d’une perfection que seul un ignorant ne peut pas suivre ? Regardez, mes frères et mes sœurs,  comment il enchaine après le parachèvement de la religion parfaite et la famine :

{Ils t’interrogent sur ce qui leur est licite. Dis : « Vous sont licites les bonnes choses} Al Maida 4

Nous interrogeons nos savants et nos intellectuels comme ont interrogé les compagnons le Prophète [saw] :

Expliquez-nous comment le Riba peut devenir licite et bonne chose? Avez-vous les ravages du Riba et de l’économie capitaliste dans le monde ? Expliquez-nous comment les cotations bancaires et l’immersion dans le système financier capitaliste et ribawi sont des choses licites et halal?

Expliquez-nous ce que nous avons du mal à comprendre : la logique qui pousse un savant musulman à utiliser les ruses et les syllogismes fallacieux que lui dictent son imagination et sa mauvaise connaissance de la réalité sociale, politique et économique. Nous avons du mal à imaginer un savant musulman tomber dans les mêmes travers que les Bani Israël qui trichent avec la parole des Prophètes et qui écrivent des livres contraires à la loi de Dieu et qu’Allah décrit comme si nous étions leurs contemporains :

Nous vous interrogeons comme le Coran a interrogé les maitres à penser de l’égarement qui étaient contemporains de Mohamed [saw] :

{Dis : « Avez-vous compris ce qu’Allah a fait descendre pour vous comme  subsistances, et dont vous déclaré une part illicite et une autre licite ? » Dis : « Est-ce Allah qui vous l’a permis ou bien controuvez-vous contre Allah ? » Qu’en sera-t-il de la conjecture de ceux qui controuvent le mensonge contre Allah, le jour de la Résurrection ?}  Younes 59

{Ne dites pas, de ce que vos langues décrivent mensongèrement : « Ceci est licite et ceci est illicite », pour inventer le mensonge contre Allah. Certes, ceux qui controuvent le mensonge contre Allah ne cultiveront point.} An Nahl  116

N’est-ce pas que le Prophète [saw] a fermé la porte aux spécialistes ex cathedra qui pratiquent l’innovation pour plaire aux dirigeants ou à leurs partisans dans les partis politiques ou dans les foules surexcitées. Il a montré la voie sur la conduite à tenir devant des mots, des phénomènes, des comportements et des pratiques nouvelles sur lesquels, en apparence, la religion s’est tue :

« Allah s’est tue sur certaines choses, non par oubli, mais par miséricorde pour vous »

« Le licite est évident, l’illicite est évident, entre les deux il y a le doute (la confusion). Délaissez  le douteux (le confus) »

Il a signifié qu’en matière de Halam et de Haram dont la définition est la prérogative exclusive de   Dieu et que se chargent de transmettre et d’expliciter les Prophètes il n’y a pas de place à l’Ijtihad innovateur qui touche à la Parole divine :

{Rien ne peut changer Ses paroles} Al An’âm 117

Nous venons de citer deux versets argumentaires dans les sourates « les bestiaux » et « les abeilles » contre l’illusion de l’Ijtihad qui s’illusionne de changer impunément la Parole d’Allah. Ces deux versets qui abordent, entre autres, les bienfaits d’Allah et le devoir de se conformer à sa Chari’a qui est juste et valide car elle vise le bonheur des hommes posent le problème de la nécessité vitale (Dharoura)  et de la permission à transgresser les lois uniquement en cas de lutte pour la survie :

قُل لاَّ أَجِدُ فِي مَا أُوْحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّماً عَلَى طَاعِمٍ يَطْعَمُهُ إِلاَّ أَن يَكُونَ مَيْتَةً أَوْ دَماً مَّسْفُوحاً أَوْ لَحْمَ خِنزِيرٍ فَإِنَّهُ رِجْسٌ أَوْ فِسْقاً أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَإِنَّ رَبَّكَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

{Dis : « Je ne trouve dans ce qui m’a été révélé comme  interdit frappant la nourriture mangée par un homme qu’une  bête morte, du sang qu’on a fait couler ou de la viande de porc. Ce sont des choses souillées, impies, ou immolées à d’autres divinités et non à Allah. Quiconque y a été contraint, sans être outrageant ni transgressant, ton Dieu alors Est Absoluteur, Miséricordieux. »} Al An’âm 145

فَكُلُواْ مِمَّا رَزَقَكُمُ ٱللَّهُ حَلَـٰلاً طَيِّباً وَٱشْكُرُواْ نِعْمَتَ ٱللَّهِ إِن كُنْتُمْ إِيَّاهُ تَعْبُدُونَ  إِنَّمَا حَرَّمَ عَلَيْكُمُ ٱلْمَيْتَةَ وَٱلْدَّمَ وَلَحْمَ ٱلْخَنْزِيرِ وَمَآ أُهِلَّ لِغَيْرِ ٱللَّهِ بِهِ فَمَنِ ٱضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَإِنَّ ٱللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ  وَلاَ تَقُولُواْ لِمَا تَصِفُ أَلْسِنَتُكُمُ ٱلْكَذِبَ هَـٰذَا حَلاَلٌ وَهَـٰذَا حَرَامٌ لِّتَفْتَرُواْ عَلَىٰ ٱللَّهِ ٱلْكَذِبَ

{Mangez de ce qu’Allah vous a octroyé de licite, de bon, et soyez reconnaissants envers la Grâce d’Allah, si vraiment vous L’adorez. Il vous a seulement interdit la bête morte, le sang, la viande de porc, et ce qui a été immolé à d’autres qu’Allah. Quiconque a été contraint sans être outrageant ni transgressant, Allah alors Est sûrement Absoluteur, Miséricordieux. Ne dites pas, de ce que vos langues décrivent mensongèrement : « Ceci est licite et ceci est illicite », pour inventer le mensonge contre Allah.} An Nahl 114 à 116

Ces énoncés sur le licite et la contrainte mettent en évidence deux vérités. La première c’est qu’il ne s’agit que du vital et que ce vital se rapporte à la nourriture dans des conditions extrêmes et pour une durée limitée le temps de sauver sa vie. La seconde-vérité est que s’il doit y avoir un fiqh en matière de survie il ne doit pas s’appeler « fiqh ad dharoura », mais « fiqh al Idhtirar » pour rester en conformité avec l’énoncé coranique. Il y a une distinction majeure entre la nécessité ou le besoin ou la contrainte qui met en cause l’existence et met en danger la vie comme l’énonce le Coran :

أَمَّن يُجِيبُ ٱلْمُضْطَرَّ إِذَا دَعَاهُ وَيَكْشِفُ ٱلسُّوۤءَ

{Celui qui répond à l’appel de l’indigent, quand il L’invoque, et écarte le mal} An Naml 62

Nous sommes dans les mêmes deux logiques : celle de l’indigence et de la survie, et celle que c’est Allah qui répond en exauçant l’invocation ou en donnant dans le Coran ce qui préserve la vie. Toute intermédiation dans ce domaine relève de la conjecture blâmée par le Coran ou relève d’un mal encore plus sournois et plus profond qui se résume en trois tares qui se conjuguent :

La première tare est celle du plan depuis Vatican II approuvée par la CIA et le sionisme de créer une sorte de Vatican islamique. Cette formule plait à certains savants imbus de leur suffisance et de leur mégalomanie qui les poussent à régenter le monde musulman et à décréter qui a le droit de vivre ou de mourir. Ceux-là au lieu de fédérer la communauté musulmane sur un projet de renaissance civilisationnelle et mettre fin à leur schisme sont en train de défendre leur posture partisane et lui donner un habit sur mesure qui veut s’imposer comme madhab (doctrine et école) hégémonique, celui de la Wassatiya. Ils font dire au terme coranique de Wassat ce qui plait à leur projet. Nous y reviendrons un jour si Allah nous prête longue vie et inspiration.

La seconde est celle de la quête de légitimité d’un pouvoir qui continue d’instrumentaliser la religion à des fins politiciennes jouant de nouveau avec le feu et la vie des gens. Il ne tire aucune leçon de la tragédie nationale et continue de manipuler les Frères Musulmans après avoir manipulé les confréries soufies de Ghozali à Bouteflika reprenant le schéma colonialiste à leur compte.

La troisième est celle des oligarchies qui utilisent l’islam comme « survêtement » pour donner légitimité à leur savoir médiocre et à leur fortune amassée dans le marché noir et dans les produits financiers. Ces derniers sont les alliés naturels du capitalisme et des monarchies. La religion n’est pas une vocation de libération de la tyrannie et d’édification nationale, elle est le moyen judicieux pour s’insérer dans le Nouvel Ordre Mondial avec son économie de marché et son Riba.

Les trois tares se conjuguent, car leurs intérêts de manipuler la religion et de mettre le peuple à l’écart de la gestion des ressources nationales se croisent. Tous comme les pétrodollars des monarchies décadentes ont besoin d’un cadre légal juridique et religieux en Algérie pour se donner légitimité et faire de la République une monarchie où le pouvoir s’alterne entre les oligarchies et les rentiers faisant fi de la loi divine qui interdit la circulation de la richesse et l’alternance du pouvoir entre les riches :

مَّآ أَفَآءَ ٱللَّهُ عَلَىٰ رَسُولِهِ مِنْ أَهْلِ ٱلْقُرَىٰ فَلِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ وَلِذِي ٱلْقُرْبَىٰ وَٱلْيَتَامَىٰ وَٱلْمَسَاكِينِ وَٱبْنِ ٱلسَّبِيلِ كَيْ لاَ يَكُونَ دُولَةً بَيْنَ ٱلأَغْنِيَآءِ مِنكُمْ وَمَآ آتَاكُمُ ٱلرَّسُولُ فَخُذُوهُ وَمَا نَهَاكُمْ عَنْهُ فَٱنتَهُواْ وَٱتَّقُواْ ٱللَّهَ إِنَّ ٱللَّهَ شَدِيدُ ٱلْعِقَابِ

{L’aubaine qu’Allah a accordée à  Son Messager aux détriment des gens de la Mecque, revient à la Cause d’Allah, au Messager, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni,  afin que cela ne circule (ne s’alterne pas)  pas exclusivement parmi les riches d’entre vous –  Et ce que le Messager vous a donné, prenez-le, et ce qu’il vous a interdit, abstenez-vous-en, et prenez garde à Allah, car Allah Punit sévèrement –  Et elle revient aux Mouhajirines pauvres, qui ont été  chassés de leurs demeures et de leurs biens, recherchant une Munificence d’Allah et Son agrément, et font triompher la Cause d’Allah et Son Messager. Ceux-là sont les véridiques. Et elle revient également à ceux qui s’installèrent, avant eux, à Médine et dans la foi, ils aiment ceux qui ont émigré auprès d’eux, et ne trouvent, en leurs cœurs, nulle envie pour ce que les autres  ont reçu, les préférant à eux-mêmes, alors qu’ils souffrent de pauvreté. Et quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là alors sont ceux qui cultivent. Et elle revient aussi   à ceux qui viennent après eux, qui disent : « Notre Dieu, Absous-nous ainsi que nos frères qui nous ont devancé dans la foi, et ne laisse pas de rancune dans nos cœurs contre ceux qui sont devenus  croyants, notre Dieu, Tu es Compatissant, Miséricordieux ».} Al Hachr 7 à 10

Combien est grande la Miséricorde de notre Dieu. Comme ses lois sont justes, équitables et bénéfiques aux musulmans. Comme est honteux et vilain le comportement de ces voyous qui se prétendent intellectuels et savants qui veulent détourner à leur profit exclusif l’aubaine de l’indépendance, du pétrole, du gaz, de l’étendue du territoire, du sacrifice des martyrs, de la position géostratégique.

Ils veulent nous refaire le coup des banques pseudo islamiques qui pratiquent la Mourabaha et la cotation bancaire laissant de côté les investissements productifs et le développement économique et social. Ils ne sont pas intéressés par le partenariat islamique qui crée une société de partage, de solidarité et de conjugaison des compétences manuelles, techniques, intellectuelles et financières que permettent la Moucharakah et la Moudarabah.

La mourabaha est licite même si pour l’instant elle se pratique principalement en tant que bay’â bil qist ou bil ajal – vente à terme et à échéance – Il s’agit en termes modernes du leasing bail avec transfert progressif de la propriété. Ce système en pratique dans le monde capitaliste et connu dans le monde musulman n’est pas à la portée de nos « agents financiers » et de nos agents qui n’ont pas de culture économique ni social, mais une culture de bandits, de spoliateur, de rentiers. Il leur manque l’esprit entrepreneurial et la culture du partenariat qui leur donnent du poids social et économique pour élever le peuple vers le haut et hisser le pays au rang qui lui est du. Ils sont trop petits pour être à l’image du Prophète qu’ils renient par leur comportement.

Ils veulent nous leurrer en faisant oublier que la  logique économique de l’islam dans la moudaraba et la moucharaka n’est pas  dans  la banque, mais dans l’opérateur économique ou l’agent investisseur. Si on place la banque en amont et si on focalise notre souci sur les banques privées alors nous aurons trahi les versets coraniques et nous aurons désobéi au Prophète : la richesse ne doit pas rester pas en circulation entre les riches afin que le pouvoir et les richesses ne soient pas entre les mains  des oligarchies et que le peuple se trouve en situation de révolte, poussé à verser son sang ou à verser le sang d’autrui poussé par les affamés de pouvoir et de richesse. L’esprit du Coran et de l’économie est d’empêcher à la fois la thésaurisation de la monnaie et la constitution d’oligarchie qui exclut le peuple des ressources nationales. La  banque doit rester un intermédiaire public qui garantit l’échange, le dépôt, l’encaissement, le  paiement et la défense de la monnaie nationale contre la dévaluation ainsi que la protection de l’économie contre l’inflation. Ce serait encore une fausse piste après celle du socialisme, du libéralisme que de faire croire que la solution miracle est de faire de la banque un agent financier avec l’arrière pensée de financiariser l’économie en l’inondant de produits financiers avec un label halal alors que c’est illicite, anti économique, anti social et anti religieux. La banque n’a pas vocation à être un agent économique, mais un facilitateur de l’activité économique et commerciale. Il faut dynamiser l’économie, l’industrie, l’agriculture et le commerce, dans un esprit de concurrence saine et d’efficacité socioéconomique, et la logistique ainsi que les banques se mettent à suivre par la logique de la dynamique selon la loi de « la fonction crée l’organe ».

Faire un congrès sur la finance islamique pour donner crédit aux docteurs en finances et aux docteurs en « tmarbite » et « takloubite » c’est pire que mettre la charrue devant les bœufs. Dans le cas, d’ailleurs invraisemblable, d’une finance islamique, parler aujourd’hui de finances et de banque islamique alors qu’il n’y a ni économie, ni agent économique ni Etat de droit est une plaisanterie de mauvais gout, une préoccupation pour riches oisifs, un plan d’intégration dans le nouvel ordre mondial qui a besoin d’un islam consumériste qui pratique le crédit et les intérêts ainsi que les jeux, le sexe, la drogue et la télé reality.

Ces gouvernants despotes et incultes au lieu de partir de la philosophie de l’islam et de la coopération avec le peuple et les agents économiques nationaux pour créer des coopératives de production et de services ainsi que des mutuelles de crédit sans intérêt et des agences d’investissements publics ils continuent de recourir à l’étranger pour importer le capitalisme dans sa forme perverse de « produits en main » et de « clé en main » naturelle ou dans sa forme « islamisée  » de banques islamiques avec des capitaux saoudiens et qataris pour éviter l’intimidation et le risque de se voir l’objet d’une saisie par les banques étrangères sous le contrôle de la CIA . Nos banques islamiques vont s’occuper de financer l’immobilier et le tourisme avec la tête et les bras des Chinois, des Français, des Américains et d’autres espèces évolués. Nous autres avec nos têtes nous n’avons que les yeux pour admirer ou pour pleurer, avec nos mains que pour bruler de dépit ou caresser d’envie. Quelle honte .

Pour ne pas me prendre pour un vieux fou aigri et la tête remplie de théories et de chimères, je raconte un fait authentique : Il y a plus de 20 ans quand la Banque al Baraka s’est installée en Algérie je lui ai soumis pour le compte de l’entreprise publique que je dirigeais un projet de coopératives dans le cadre de l’emploi des jeunes. Le projet était ambitieux et je l’ai conduit dans le cadre d’une concertation internationale pour trouver des partenaires financiers et des bureaux d’ingénierie spécialisée dans le montage des coopératives. Allah est témoin et les documents faisant foi sont dans les tiroirs des ministères et des banques algériennes : Les coopérateurs communistes italiens et espagnols ainsi que le numéro un mondial canadien se sont montrés plus qu’intéressés pour y participer sans toucher un mot ou une phrase à mon projet. Allah est témoin : la  Banque islamique Al Baraka n’a pas daigné lire une ligne du projet, car le titre et  l’auteur du projet du projet sont suffisamment révélateurs de son contenu en contradiction avec les intentions de cette banque et de toutes les banques islamiques.

Il ne s’agit pas de prendre tout ce qui brille pour de l’or ni ce qui a le qualificatif d’islamique comme relevant de l’Islam. Si l’Islam était réellement en jeu dans les projets de nos gouvernants, de nos savants et de nos intellectuels, ils n’auraient pas consacré leur temps à débattre de la cotation des banques et du  » véritable challenge que doivent relever les pays musulmans pour se conformer aux exigences du marché financier mondial « . Il ya tellement de priorités occultées :

–        L’effusion du sang des musulmans par d’autres musulmans,

–        L’analphabétisme et la précarité,

–        La prédation impériale et les visées néocoloniales,

–        L’autosuffisance alimentaire absente,

–        Le plein emploi absent,

–        La gouvernance insensée,

–        La Tyrannie et la culture de l’oubli,

–        L’occupation des terres musulmanes par les armées étrangères,

–        Etc.

 

N’est-ce pas que le Prophète [saw] a mis fin au monopole des Juifs sur la monnaie, l’industrie  et  le marché.

N’est-ce pas que Abou Bakr a levé une armée pour imposer de force le droit du pauvre  contre ceux qui ne voulaient plus s’acquiter de leur devoir de zakat envers les pauvres et les nécessiteux.

N’est-ce pas que Omar Ibn al Khattab a développé l’État moderne et  mis en place des opportunités d’investissements dans la petite entreprise au profit des hommes et des femmes en leur prêtant sans intérêt de l’argent en provenance du Trésor public.

Pourquoi alors chercher en dehors du Prophète [saw] et des Khalifes bien guidés les solutions à nos problèmes ?

N’est-il pas plus opportun, plus pertinent et plus rationnel  de faire le bilan sur les cinquante ans d’existences des banques islamiques et de la  décade passée sur les spéculations boursières dans les pays musulmans en termes de développement socioéconomique. Qu’ont apporté  ces pratiques inconséquentes et douteuses aux indigents  et aux investisseurs?

En termes d’investissement la priorité n’est-elle pas de faire des recommandations conformes à l’Islam pour que, conformément à la Zakàt, les investissements productifs et les investissements sociaux ne soient pas imposables. État par la fiscalité peut et doit non seulement favoriser les investissements productifs et prioritaires, réguler le marché, freiner  le luxe et le superflu, mais aussi appliquer la justice sociale et le plein emploi?

Avant de conclure il me vient à l’esprit cette sentence de Malek Bennabi où il rend  Louange à Allah qui a fait de notre décadence notre salut, car ainsi nous sommes parvenus à rester encore indigestes pour l’Occident qui ne parvient pas à nous dissoudre dans son moule. Ceci est vrai. La meilleure preuve est dans cette anecdote toute simple, mais significative. La presse francophone qui a fait l’écho du congrès l’a fait avec des arrières pensées idéologiques. Il s’agit pour les uns animés par la culture éradicatrice laïciste  de présenter le fait islamique et le caractère arabe, alors que pour les autres il s’agit de présenter une ouverture de la pensée rétrograde musulmane vers la modernité et l’économie de marché. La presse arabophone et notamment As Chourouk a montré les désaccords et les attaques virulentes entre les partisans de l’alignement sur l’économie occidentale et les autres qui crient à la trahison des principes de l’Islam accusant les premiers de savants du palais.

Nous sommes dans le dernier carré de résistance qui nous reste et que décrit le Prophète Mohammed [saw] :

«  Jamais ma communauté ne se réunit sur un fourvoiement »

La logique coranique et prophétique exige que ni la communauté ni les savants ne doivent diverger sur des sujets graves. Si jamais il y a divergence ce n’est pas une miséricorde mais une malédiction. Lorsqu’il y a divergence c’est qu’il y une des deux possibilités : un qui a raison et l’autre qui a tort sinon ce sont tous les deux qui ont tort.  L’égarement sera toujours contesté même  si la contestation est timide et minoritaire. Que faire lorsqu’on est gens du commun face à ces divergences qui témoignent que la communauté et ses élites ne se portent pas bien? Le Prophète [saw]  y répond :

« La bonne foi c’est ce qui apporte la tranquillité dans le cœur et l’absence de doute (confusion), la mauvaise foi c’est ce qui cause le trouble dans le cœur et le doute (la confusion). Délaisse ce qui te procure le doute et accroche-toi à ce qui ne te procure pas le doute, et cela même si les gens te donnent des Fatwas.

Ce hadith explique que le musulman doit trancher et se positionner, car le vrai et le faux ne peuvent cohabiter. La responsabilité de notre confusion et de notre situation chaotique est dans deux tares. La première est celle qui fait prévaloir l’opinion du savant et de ses partisans sur les références coraniques et prophétiques que le savant et l’intellectuel doivent transmettre aux gens du commun en leur montrant leur méthodologie d’approche et de raisonnement pour construire leur avis afin que le niveau des gens s’élève leur rendant facile le discernement. Cette démarche aurait permis non seulement de rendre les peuples musulmans responsables de leur destin, mais aurait permis aux savants de se consacrer à des choses plus complexes, car un peuple comprenant sa religion va les soutenir et ne pas les déranger pour des futilités. Par ailleurs cette démarche du savant qui transmet le savoir sans devenir un monopole de la connaissance ou un passage incontournable est la garantie de ne pas devenir comme les Juifs et les Chrétiens avec leur clergé séparé du peuple ou donner crédit au projet de  « créer un Vatican de l’Islam pour modifier l’Islam et le rendre assimilable à l’esprit du commerce.»

Le peuple musulman ne peut rencontrer Allah en lui disant j’ai tué, j’ai mangé du haram, j’ai pratiqué le Riba, j’ai cautionné l’injustice  pour le motif qu’un savant ou qu’un groupe de savants par l’Ijam’â a (le consensus) dit je prends à ma charge les conséquences d’une Fatwa. Chacun de nous est tenu d’apporter ses arguments à Allah sur ses propres actes et ses propres positions. L’Islam est une religion de justice, de responsabilité et de savoir. Il n’y a pas de place à l’insouciance ni à se reposer sur les autres. Chacun ne fait le bien ou le mal qu’à son propre avantage et à son propre désavantage. Même, Satan ne sera pas tenu responsable de ce qu’il nous a inspirés comme pensées et comme actes. Il est déjà maudit depuis Adam. C’est nous qui sommes en cause dans notre lutte contre Satan : vaincu ou vainqueur.

Le seul cas où le Musulman doit se taire et chercher à fuir c’est lorsqu’il est contraint de prendre position pour un camp contre un autre et que chacune de ses position l’amène à ce que un ou plusieurs musulmans dans un camp ou dans l’autre soient tués sans droit ni justice. Allah n’aime pas le désordre.

Sinon que faire ? Nous avons vu que Mohamed [saw] ne nous a pas laissés sans solutions. Le Coran nous a donné en la personne des Prophètes et des gens vertueux un modèle à suivre. Connaissons ces modèles et notre choix n’en sera que plus facile et plus évident. A titre d’illustration, Allah nous décrit Khidr l’homme vertueux qu’Allah a destiné pour être le guide d’apprentissage du Ghyab pour Moïse :

فَوَجَدَا عَبْداً مِّنْ عِبَادِنَآ آتَيْنَاهُ رَحْمَةً مِّنْ عِندِنَا وَعَلَّمْنَاهُ مِن لَّدُنَّا عِلْماً

{Ils trouvèrent un Dévoué d’entre Nos Dévoués, à qui Nous avons donné de Notre part une Miséricorde,  et Nous lui avons enseigné de chez Nous une Science.} Al Kahf 65

Voici un modèle coranique que nous retrouvons chez David, Salomon, Mohamed et les autres Prophètes [saw] : ce modèle conjugue la science et la miséricorde, et tous les deux viennent d’Allah et ne viennent pas de la fabrication médiatique ou de la machination politique. Que le musulman fasse du Coran sa grille de lecture des hommes et des phénomènes. Ce n’est pas un doctorat en théologie ou en linguistique dont nous avons besoin le plus, mais de cette âme, de cet esprit et de ce cœur que Mohamed [saw] a cultivés dans ses compagnons qui n’étaient que de simples cultivateurs, de petits bergers, de petits commerçants illuminés par la foi et la vérité. Allah leur a donné la lumière, le Nour, par lequel ils discernaient. Cherchons cette lumière.  Tout être portant cette lumière et parlant par cette lumière est aux yeux de l’Islam un savant même s’il n’a pas de titre universitaire ni d’insigne honorifique sous forme de  bonnet sur la tête ou de vêtement sur le corps. Allah regarde le corps et Il a décrété que ce qui est utile au gens reste sur terre et que l’écume est condamnée à disparaitre et le Prophète [saw] cherchait la protection d’Allah contre un savoir inutile et un cœur sans recueillement.

Est-ce que nos parents sont tombés martyrs ou en vécus massacrés dans les camps d’internement et nous, leurs enfants, avons sacrifié notre jeunesse à servir ce pays, pour que des oligarques viennent nous dire, alors que nous sommes en crise d’identité, de légitimité, de développement, que « La nécessité est de créer des instances de cotation des actions bancaires en Algérie »

Est-ce  que notre dernier rempart contre le colonialisme et la dépersonnalisation, en l’occurrence l’Islam, va devenir le refuge des renégats qui activent à dépouiller ce qui reste du droit musulman et vassaliser l’Islam et les Musulmans au nouvel ordre mondial inéquitable et injuste ? Allons-nous comme Bani Israël être les adorateurs du veau dès que Moïse a tourné le dos :

{Et quand la colère de Moïse s’est tue, il prit les Tables. Il est dans leur transcription : Direction et Miséricorde pour ceux qui redoutent leur Dieu. Moïse choisit ses gens, soixante-dix hommes, pour Notre temps fixé. Et quand ils furent pris de tremblement, il dit :   « Mon Dieu, si Tu l’avais voulu, Tu les aurais fait périr auparavant, et moi aussi ! Nous ferais-Tu périr en raison de ce que les insensés d’entre nous ont fait ? Ce n’est qu’une épreuve de Ta Part, Tu fourvoies par elle qui Tu veux et Tu guides qui Tu Veux. Tu es notre Protecteur, Absous-nous et fais-nous Miséricorde, car Tu es le Meilleur des Absoluteurs, et prescris-nous un Bien en ce monde et dans la vie Future, nous nous sommes guidés vers Toi. » Il dit : « Mon châtiment, J’en frappe qui Je veux, mais Ma Miséricorde embrasse toute chose.} Al A’âraf 154 à 156

Algériens réveillez-vous. Nous n’avons pas le droit de nous  laisser pas déposséder de notre droit et de notre devoir à l’initiative populaire dans l’économie, la politique et le social par ses insensés qui vont vous faire goûter l’enfer dans un pays qu’Allah a  voulu qu’il soit un Paradis. Il ne s’agit ni de sédition, ni de rébellion ni de violence, ni d’esprit partisan ou sectaire, et encore moins de désir de vengeance,  mais de ne pas nous laisser embobiner et de désirer ardemment le changement. Notre avenir et celui de nos enfants sont en jeu ainsi que notre salut dans l’autre. Faisons preuve de discernement et aspirons à la réforme, celle de chacun de nous,  le reste appartient à Allah [swt] :

{Et Nous avons fait hériter les gens, qui étaient opprimés, les levants de la terre et ses ponants, que Nous avions bénis. Et la Bonne Parole de ton Dieu fut réalisée pour la descendance d’Israël à cause de leur persévérance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, et ce qu’ils ont édifié.} Al Aâraf 57

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Notre ami Bouteflika – de l’Etat rêvé à l’Etat scélérat » : vérité ou diversion ?

Je suis tombé sur un article, en trois parties, du journal « le matindz »  intitulé «  Les dessous de la complicité Bouteflika – Émirats ». Ces articles font  l’apologie du livre « Notre ami Bouteflika – de l’État rêvé à l’État scélérat » ainsi que la publicité au directeur de ce journal Mohamed Benchicou président du collectif rédacteur du livre.

Je n’ai aucune sympathie pour ce journal qui n’existe que par le monopole de l’État sur la publicité qui distribue la rente aux journaux servant sa stratégie de communication. Si ce journal et tant d’autres du même gabarit devaient compter sur la qualité du travail d’investigation de leurs journalistes et de l’intérêt du peuple algérien pour leur contenu il y a longtemps que ces journaux auraient déclaré faillite et mis la clé sous le paillasson.  

Ce qui m’a amené à prendre la plume c’est la capacité de nuisance et de désinformation qu’il laisse dans l’esprit de jeunes en quête de scandales sur une gouvernance incompétente faute de se prendre en charge et de s’impliquer dans une dynamique de changement. Il y a une volonté délibérée de diversion qu’il faut dénoncer : Haqqoun ourida bihi bàatiloun (Une vérité dont la visée est de faire valoir le faux – Ali Ibn Abi Taleb)

Ce journal et le livre dont il fait la promotion ne donnent pas une réflexion sur la dynamique du changement, mais répondent en apparence à une logique commerciale de la presse à sensation et de l’opposition à dénonciation verbale, mais sans apporter du nouveau sur les pratiques du pouvoir qui n’échappent pas aux gens de la plèbe.

Lorsque 300 000 Algériens et l’Algérie avec son histoire, ses ressources et son avenir sont occis par l’incitation à la haine, à l’éradication et à la guerre civile par ce même journal et son directeur on peut se demander : quelle est la signification des milliards qu’aurait détournés le Président Boutelflika ? Ce journal dont la nature idéologique n’est plus le trotskisme, mais les affaires comme l’ensemble de la gauche algérienne même si Gilles Perrault appelé à la rescousse pour donner crédit et notoriété à leur livre a un passé notoire de trotskiste. 

Celui qui veut s’intéresser à  l’histoire du trotskisme verra comment ce mouvement a été souvent l’écran de dissimulation du sionisme et de la CIA. La meilleure illustration est le rôle des trotskistes en mai 68 qui a fait tomber le général de Gaule connu pour son refus de l’alliance avec l’OTAN, son refus du sionisme et sa politique d’une politique d’ouverture avec le monde arabe. L’histoire retient également qu’après l’offensive militaire de  Ho Chi Minh  en mars 68 contre l’armée américaine au Vietnam la France était chargée d’ouvrir les négociations entre l’Amérique et Ho Chi Minh en mai 68 et qui ont abouti à la conférence de Paris en 1969. Alors que le monde progressiste et les peuples des anciennes colonies venaient de découvrir ce héros vietnamien, les trotskistes français n’ont pas trouvé mieux que d’organiser une manifestation avec des drapeaux et des banderoles en hommage non pas à Ho Chi Minh, mais à Trotski. Pour Malek Bennabi qui avait analysé l’aspect idéologique des progressistes algériens et français qui refusent aux musulmans le débat idéologique, il y avait une supercherie sioniste et américaine pour faire imposer leur agenda dans une manifestation à la fois anti-impérialiste et  reconnaissante à la lutte du peuple vietnamien. On peut légitimement se poser la question sur la place d’un Trotskiste comme  Gilles Perrault dans un problème qui relève de l’Algérie et des Algériens.   Le talent, l’engagement,  la biographie et la bibliographie de Gilles Perrault ne sont pas des facteurs déterminants pour préfacer un livre écrit par des Algériens attaquant un président algérien en exercice même si ce président est illégitime, corrompu, autocratique. Il y a des principes à ne pas transgresser.

J’ai refusé que le général Khaled Nezzar  soit trainé dans un tribunal français ou suisse non par sympathie pour lui, mais par dignité pour mes proches qui sont morts pour la patrie et qui ont connu les camps d’internement durant la guerre de libération. Mon refus m’a fait rompre des amitiés solides et anciennes, car l’égard pour l’Algérie, nonobstant son État pitoyable et pour lequel Khaled Nezzar a une part de responsabilité, impose à tout algérien un sentiment patriotique libéré du patriotisme de canailles que certaines personnes dans le pouvoir, dans l’opposition et dans les médias algériens cultivent sans honte ni pudeur. Il n’appartient ni à la France ni à la Suisse ni aux États-Unis ni aux monarchies du Golfe d’interférer dans nos affaires internes : il y va de notre devenir, de notre dignité, de notre souveraineté même si celle-ci est lourdement mise en cause par les gouvernants. Si nous tolérons un instant, dans un livre ou dans une affaire de justice,  le droit de regard de l’Étranger sur une affaire relevant du droit algérien et concernant le peuple algérien, même si pour l’instant le droit et le peuple sont les plus grands absents, nous devenons des complices à l’ingérence étrangère qui est la nouvelle doctrine du nouvel ordre mondial pour nous asservir de nouveau. Musulman je crois en la justice divine : si l’État algérien n’est pas constitué pour rendre justice avec équité et impartialité, les responsables de crimes politiques et économiques, et d’atteinte à la vie des individus ne peuvent échapper à l’impunité de l’histoire et du Jugement dernier.

Enfin, il reste à montrer le paradoxe des trotskistes et des gauchistes algériens. Ils se sont convertis depuis longtemps à l’économie de marché et à l’affairisme qu’ils oublient dans leur analyse de recourir à la dialectique marxiste qui consiste essentiellement à analyser la dynamique sociale, politique, économique et historique d’un système, ses rapports avec la géopolitique, et ses contradictions. Il s’agit d’analyses de  processus pour comprendre et pour agir et non de prise de positions partisanes en faveur ou contre des individus. Les progressistes algériens, en rupture avec la culture dialectique et nationaliste des grandes figures du marxisme algérien  telles que Mohamed Harbi ou Hachemi Hajerès, sont   otages intellectuellement et moralement des appareils bureaucratiques dont ils sont issus et otages de leur culture d’éradication du peuple qu’ils ne pourront jamais représenter, car ils savent qu’ils sont désavoués par ce peuple sur le plan moral, religieux et idéologique. Ils savent qu’ils sont le produit d’un système qu’ils ont servi et défendu.

Je ne défends pas le président Bouteflika, dont le bilan n’échappe à personne et je ne vais pas faire de la surenchère sur la situation du peuple algérien. Je m’insurge contre la désinformation qui consiste à présenter un président ou un homme comme bouc émissaire de la catastrophe annoncée.  Nous savons tous que ce président est coopté par le système et s’il y a un devoir courageux de demander des comptes et de situer les responsabilités il consiste à analyser le système et les alliances nationales et internationales qui ont permis l’arrivée de monsieur Bouteflika et sa longévité alors que monsieur Boudiaf a fini tragiquement en direct et que le général Liamine Zéroual a jeté l’éponge.

Bien entendu les pseudos progressistes algériens, journalistes et écrivains,  ne nous diront jamais qu’ils ont constitué l’ossature de l’appareil bureaucratique de l’appareil d’État et des appareils économiques du secteur public dont sont issus le secteur privé parasitaire et la presse « libre » qui tous vivent de la rente de l’État et de sa corruption. Pourquoi alors se comporter comme les pharisiens accusant de fornication l’élément faible de la société juive et laissant les autres péchés dans l’oubli et le silence que Jésus est venu les réformer ? La réponse est simple et connue par tout le monde sans jeter l’anathème sur les pharisiens de l’Algérie post indépendance.

Elle est simple quand on sait que la bataille que se livrent les différents clans du pouvoir pour la rente et la prébende se fait par deux canaux : le terrorisme contre le peuple et la guerre médiatique.

Tout le monde sait pour qui roule notre presse indépendante. Elle ne roule pas pour l’État algérien ni pour le peuple algérien : elle roule pour un clan contre l’autre. Elle ne roule pas pour la souveraineté nationale et la résistance contre la prédation nationale et internationale, mais elle roule pour un enjeu stratégique contre un autre enjeu aussi stratégique.

Le premier enjeu stratégique :  L’Algérie après l’indépendance et jusqu’à la fin de l’ère Chadli était un terrain de bataille entre les nationalistes (toutes idéologies et tendances politiques confondues), les partisans du Makhzen marocain (une république monarchiste avec la même matrice politique, économique et sécuritaire que celle du Maroc) et le Hizb frança,  la cinquième colonne qui veut maintenir l’Algérie dans la francophonie sur le plan culturel et politique et le comptoir commercial sur le plan économique et géopolitique.  

Le second enjeu stratégique : Les mêmes acteurs jouent et toujours très mal à qui emmènera l’Algérie dans le giron américano-qatari saoudien ou dans le giron franco-européen. 

Si le second est classique et bien rôdé avec ses clercs et ses appareils au sein des médias, des appareils administratifs et économiques pour maintenir l’Algérie comme comptoir commercial de la France et de ses partenaires européens, le premier est « moderne » et en voie de puissance pour embarquer l’Algérie comme base coloniale de l’OTAN pour jouer le rôle de gendarme en Afrique et en supplétifs dans une prochaine guerre contre l’Iran. Cet axe nouveau repose sur le « soft powerment » de Brezinski qui accorde une large part aux islamo nationalistes, aux courants maraboutiques et aux anarchistes de l’Islam infantile qui sont mus par le désir de vengeance et par la quête de pouvoir.

Les arguments du « matin » et de monsieur Benchicou  sont tellement évidents et fallacieux que nous ne sommes pas dans un réquisitoire dicté par l’éveil de conscience de l’algérianité contre les droits bafoués et les richesses spoliées, mais dans une démarche de psychopathes qui ont peur d’un scénario qui les exclut du contrôle des rouages de l’État et du partage de la rente qu’ils ont patiemment et méthodiquement élaboré depuis la « révolution agraire » par le noyautage de l’administration et de l’économie.  Servant leurs intérêts idéologiques, linguistiques, politiques  et économiques ils ne peuvent pas attaquer la monarchie saoudienne ou qatarie de vassaux de l’impérialisme et du sionisme, car ils n’ont ni le courage ni le nationalisme qui défend la souveraineté du peuple et ses valeurs arabo musulmanes. Ils ont par contre la perfidie et la lâcheté de poignarder, comme à leur habitude, le peuple algérien en le frappant dans ce qui est sacré tout en faisant de la désinformation sur les origines et les acteurs du système de prédation de l’Algérie.

Ainsi, ce qui est à retenir dans leur détraction de Bouteflika et des monarchies est cette expression perdue dans le verbiage : « Algérie réorientée vers une engeance arabo-islamique. Le terme engeance signifie bien leur embarras qui témoigne de leur désespoir de conquérir le sommet du pouvoir et de leur  doute sur leur l’efficacité de leurs alliances classiques.

Ils savent qu’à terme l’Algérie ne leur appartiendra pas. Ils ont choisi la tyrannie, l’exclusion et le monopole au nom de la liberté et de la démocratie, le temps de rendre des comptes n’est pas loin. Bouteflika est déjà sur la voie de rejoindre son créateur qui lui demandera des comptes.  

Je les mets au défi, de ramener non pas Gilles Perrault, mais un institut de sondage compétent et indépendant pour définir le nombre de vendus de leur presse, le profil de leur lecteur et les rubriques consultées.

Je fais le pari d’un litre d’huile kabyle contre une olive palestinienne que la majorité des gens qui achètent leurs journaux le font pour consulter la rubrique sportive et la rubrique nécrologique. Le diction algérien s’applique bien à ces parasites saltimbanques de foire : Yakoul al Ghalla wa iyssab al Milla ( Il mange leur nourriture et puis insulte leur confession).  Il est plus que jamais urgent de se réveiller, car il y a le feu dans la demeure Algérie, les pyromanes et les corrupteurs sont plus nombreux que les réformateur. Un changement pacifié et accompagné sous le contrôle de l'ANP  qui s'engagerait  à respecter et à  faire respecter la Constitution et à rester en dehors des luttes partisanes et politiques est urgent avant que le changement ne soit pas imposé contre la souveraineté nationale.

Faisons du slogan "pour les idées et le débat" une réalité au service de l'Algérie.  

« Notre ami Bouteflika – de l’Etat rêvé à l’Etat scélérat » : vérité ou diversion ?

Gilbert Meynier : France Algérie: 1830 -1962

Introduction

L’histoire de l’Algérie de 1830 à 1962 est celle d’un conflit algéro-­français. La conquête du pays maghrébin fut sanglante. Elle ne se termina pas avec la reddition de l’émir et chef militaire Abd el-­Kader en 1847 ; pas davantage avec la soumission de la Kabylie dix ans plus tard. Périodiquement, ici, des révoltes, pouvant s’étendre en insurrections, là, l’insécurité endémique dans certaines régions, secouèrent la quiétude toujours aux aguets des conquérants. Tout cela traduisait le désespoir et la haine des bas-fonds ruraux, des paysans chassés de leur terre et matraqués. Le florilège des injures à l’égard du rûmi, du gawrî (le chrétien, l’infidèle), le rêve millénariste de la venue du mûl al-sa’a (le maître de l’heure), rejoignant l’espérance en un débarquement ottoman salvateur en 1914, tout indique une constante : la résistance à l’oppression vécue, l’espoir d’une émancipation.

La guerre d’Algérie n’a donc pas commencé en 1954. La pax gallica fut largement vécue comme une attente patiente de la libération : il y eut, dans l’Aurès (nord-est) insurgé en 1916, de jeunes maquisards pour se révolter en 1926, puis en 1945 et reprendre du service en 1954 la cinquantaine passée… Ceux qui assumèrent principalement la violence conquérante professionnelle impersonnelle furent naturellement les militaires français. Mais ce fut, aussi, le même milieu armé qui manifesta le plus de scrupules et de mauvaise conscience à l’égard des Algériens vaincus et dominés.

Les militaires ménagèrent, d’une main, à l’égard des vaincus un système de compensations exorcisant les agissements de son autre main. Le pouvoir guerrier paternaliste marqua de son empreinte toute une tradition polyvalente de l’administration des « indigènes », des Bureaux arabes aux Sections administratives spécialisées (des années 1950 (1). Curiosité et sympathie, étude de l’islam, apprentissage de l’arabe, connaissance approfondie du « terrain indigène », dévouement aux œuvres sociales, firent de bien des officiers les plus lucides des Français en Algérie. Le maréchal Thomas-Robert ­Bugeaud (1784-1849) lui-­même l’avait quittée en 1847 sur l’avertissement adressé aux colons qu’ils auraient un jour à payer leurs arrogances et leurs mépris. Napoléon III comprit cette situation et tenta d’y remédier par la politique du « royaume arabe » qu’il demanda aux militaires d’appliquer (2).

La victoire des républicains


Ce fut l’hostilité des civils « républicains » contre le « régime du sabre » impérial, répercutée à Paris, qui vint à bout de la tentative de « royaume arabe » conçu par l’empereur sur les conseils d’un apôtre de l’« indigénophilie », le journaliste ­Ismayl Urbain (1812-1884), et appliqué par des officiers des Bureaux arabes comme le général Ferdinand-­Auguste ­Lapasset (1817-1875). Significativement, le dernier gouverneur de l’Algérie à n’avoir pas ignoré la langue arabe fut un général, ­Alfred ­Chanzy (1823-1883), qui administra la colonie entre 1873 et 1879. Il fut rappelé de son poste au moment même du triomphe définitif de la République (3). Cette victoire fut en Algérie celle des civils. Ceux-ci étaient déterminés à régner sans partage sur la masse algérienne vaincue et appauvrie. Ils y trouvaient leur intérêt, l’assouvissement de désirs de pouvoir de ci-devant marginaux (les révoltés de 1848, ceux de 1871), la solution fantasmatique à leurs angoisses latentes de dominateurs minoritaires menacés de submersion par une masse hostile.

Pourtant, ces civils (4) formaient une communauté obligée de cohabiter avec la société dominée. Davantage que des administrateurs professionnels, ils étaient tenus à lancer au quotidien des passerelles avec les Algériens. Il y eut des colons « de gauche », des journaux « indigénophiles » à tonalité jacobine, socialisante ou libertaire, dont les démêlés avec l’autorité coloniale furent incessants. La situation de nombre de petits colons fut souvent misérable. L’un d’eux, ­Victor ­Spielmann (1866-1938), Alsacien de France après la guerre de 1870, fut dans la première moitié du XXe siècle, un infatigable militant de l’émancipation des « indigènes ». Il fut le directeur des éditions Trait d’union et du quotidien du même nom, le fervent conseiller de l’émir ­Khaled (1875-1936) et l’ami de ­Ferhat ­Abbas (1899-1985), deux hommes considérés comme les « pères » de l’indépendance algérienne.

À la même époque, quels que fussent les discours officiels, le Parti communiste français fut, à l’échelle des passerelles intercommunautaires, longtemps la seule vraie école de militantisme unitaire. Le mouvement ouvrier fut, en France comme en Algérie, modèle d’organisation et creuset de solidarités. L’aventure du journal Alger républicain, auquel collaborèrent ­Albert ­Camus, ­Henri Alleg, ­Abdelhamid ­Benzine et tant d’autres, en témoigna hautement. Toutefois, si le premier mouvement patriotique indépendantiste, l’Étoile nord-africaine, fondé en 1926, émergea du communisme français, il rompit avec lui dès 1928 : la solidarité de classe entre Algériens et Européens prolétaires fut historiquement moins productive que les solidarités communautaires respectives. Dans le contexte colonial de discrimination, la revendication sociale était destinée à se confondre avec la revendication nationale et à la nourrir.

Le rôle de l’école et de l’armée

Une des plages de rencontre fut ce que le discours officiel français nomma la « conquête morale des indigènes ». À l’école française, les séductions entre maîtres et élèves furent jusqu’à un certain point réciproques. Mais jamais cette école ne fut un creuset ; elle offrit un modèle à assimiler. Jamais elle ne suscita d’allers et retours culturels. Un peuple en dominait un autre ; une culture en dominait une autre. Encore aujourd’hui, aucun historien français de l’Algérie contemporaine n’a une connaissance sérieuse de la langue arabe.

Les instituteurs républicains, bien souvent admirables, eurent certes leur grandeur. Mais ils firent à leur corps défendant, aussi, courir à un peuple entier le risque de mettre en doute des valeurs universelles qu’ils enseignaient, mais qui ne pouvaient pas ne pas être en permanence truquées par le système de domination. L’école française, chichement dispensée (5% d’enfants algériens scolarisés en 1914, 15 % en 1954), suscita marginalement des espérances sociales et culturelles que le système colonial était incapable d’assumer ; mieux : qui en était la contradiction. Les élites algériennes anciennes avaient été infériorisées par les Français. Les nouvelles, pourtant formées par leur système d’éducation, furent suspectées et infériorisées par les mêmes Français comme autant d’agents de subversion potentiels. Ainsi, même les ponts jetés en Algérie coloniale pouvaient être autant de vecteurs de fractures. L’école française ne concerna par ailleurs qu’une minorité de gens. Les relations entre la masse et les élites existèrent bien sur le plan social, mais la première était trop hostile à la France colonisatrice pour prêter attention aux sirènes assimilationnistes que les autorités firent un temps retentir.

Le mythe de la « bonne France » fut pourtant opérant. Il s’installa en Algérie, notamment après l’institution en 1912 du principe de la conscription obligatoire, par le canal de l’armée de la Première Guerre mondiale, dans laquelle combattirent 173.000 Algériens, puis de la Seconde (134.000 combattants). L’ordre militaire parut moins répressif et discriminatoire que le colonial dans le contexte de la boucherie des tranchées. On avait promis aux hommes l’apanage de l’impôt du sang : les droits du citoyen.

Par un paternalisme actif, l’armée française se donna aux Algériens comme une Algérie idéale où le chef colonel commandait efficacement, où la solidarité de corps transposés renvoyait à celle rêvée de la culture tribale ancestrale, mais aussi à une préfiguration de la solidarité nationale accomplie. Finalement, le mythe de la « bonne France » eut son côté face : l’acculturation à la française spécifique du milieu militaire catalysa dialectiquement des réflexes de solidarité patriotiques algériens et aida à tracer des itinéraires de libération vers cette solidarité généralisée supra-tribale qu’on nomme vulgairement le « nationalisme ».

La « bonne France » fut aussi édifiée par les « indigénophiles », de ­Jules ­Ferry (1832-1893) au diplomate et gouverneur général d’Algérie entre 1944 et 1948 Yves Chataigneau (1891-1969), en passant par le député et membre de la Ligue des droits de l’homme ­Maurice ­Viollette (1870-1960). Une volonté de politique coloniale libérale exista bel et bien, au nom de la même République française qui, à la fois, codifiait en Algérie la discrimination et l’inégalité et mettait sur pied un embryon de système scolaire à substrats théoriques égalitaires.

Or furent formés par l’école française des êtres hybrides, biculturels, jamais aussi complètement francisés qu’ils le voulurent eux-mêmes parfois dire. Ils ne purent jamais pleinement réaliser, en situation coloniale, ni leurs espérances de carrière à la française ni leur simple désir d’être les égaux des Français. Même l’apparent prototype de notable et politicien français que fut ­Ferhat ­Abbas n’accepta jamais de renier son statut personnel musulman en échange de la naturalisation française (5).

Les obstacles à l’assimilation

L’assimilation des « indigènes » à la cité française se heurtait toujours, du côté français, à la barrière coloniale intangible, laquelle signifiait et codifiait sur le terrain la domination. Encourager l’assimilation fut toujours ressenti comme le risque de l’affaiblir. Du côté algérien, la volonté parfois proclamée par les assimilables potentiels de devenir pleinement français, mais dans la différence comportant le maintien du statut personnel musulman, fut prioritairement revendication d’égalité.

Une volonté – une lâcheté ? – française symétrique maintint une discrimination interdisant aux talents algériens de s’épanouir. Ainsi, jamais un budget scolaire ridiculement disproportionné par rapport aux besoins des Algériens ne fut, après son vote par des Assemblées algériennes dominées par les colons, refusé par un Parlement français dont l’approbation était obligatoire pour qu’il eût force de loi. Il n’y eut jamais de volontarisme parisien assimilateur décisif. Et cela malgré la petite cohorte des libéraux actifs, et de France, et d’Algérie.

Les « retrouvailles » de 1919 et de 1920, en Oranie citadine surtout, qui prirent alors la forme d’un front intercommunautaire, organisateur d’un mouvement de grève combatif et solidaire (on vit des dockers musulmans mobilisés pour le vin moins cher de leurs camarades européens), se produisirent au lendemain de la loi ­Jonnart (6) à quoi se réduisirent les promesses de citoyenneté faites avant 1914. La famine de 1921 généra l’insécurité menaçante des ruraux désespérés, pratiquement tous « indigènes ». La répression contre le front transcommunautaire fit le reste.

Le moment d’euphorie de 1936, avec la victoire du Front populaire, fit vite long feu : le « projet ­Viollette », qui comportait la naturalisation dans le statut musulman d’une vingtaine de milliers de personnes auxquelles on reconnaissait les « services rendus » à la France, ne fut jamais présenté à l’Assemblée nationale. Le gouvernement de Léon Blum céda finalement au lobby colonial, à la consternation des deux députés socialistes d’Algérie, ­Marcel ­Régis et ­Marius ­Dubois. Les socialistes au pouvoir ne voulurent rien changer qui ne reçût l’approbation des ennemis les plus acharnés de toute marche vers l’égalité. La déception s’était déjà installée que le Front populaire faisait dissoudre l’Étoile nord-­africaine en janvier 1937.

Un cheminement somme toute analogue se reproduisit après le vote du statut de 1947 qui sembla offrir un ultime espoir. Ce dernier offrait pour la première fois le droit de vote aux Algériens, mais ceux-ci étaient rangés dans un « second collège » quand les Européens l’étaient dans un « premier collège », chacun des deux élisant soixante représentants. Or il y avait huit millions d’électeurs algériens et un million d’Européens… Ce statut fut déconsidéré par les pratiques d’une administration coloniale décidée à le traiter comme on traitait les « indigènes » : par le mépris. Les élections truquées du gouverneur général socialiste Marcel-­Edmond ­Naegelen figurèrent bien ce mépris (7). On connaît la suite : la guerre d’Algérie.

Après les manifestations et le mouvement – souvent dénommé putsch – du 13 mai 1958 dont le forum d’Alger fut le théâtre, les Européens, avec l’appui des chefs de l’armée, furent les artisans du retour du général de ­Gaulle au pouvoir et de la fin corollaire de la IVe République.

Toutes ces initiatives constituaient-elles des occasions manquées par la France, qui auraient pu prévenir la tragédie finale ? Occasion manquée, le « royaume arabe » ? Occasion manquée, la grande promesse non tenue de donner les droits politiques aux Algériens enrôlés dans l’armée française entre 1914 et 1918 ? Occasion manquée, le « projet ­Viollette » ? Occasion manquée, le statut de 1947 ? Occasion manquée, l’école ? Occasions manquées, toutes les passerelles qui existèrent bel et bien entre Algériens et Européens, en Algérie, et qui purent fugitivement donner l’impression que tout n’était pas joué, que la décision de l’histoire pouvait cheminer d’autre façon ?

L’obsession de conserver l’empire

Séculairement, la barrière coloniale s’était toujours structurellement confondue avec le pouvoir français en Algérie. L’emporta donc une logique surdéterminante : garder à l’Empire français menacé son fleuron d’outre-­Méditerranée. Il était sa seule colonie de peuplement. Il comportait une charge émotionnelle particulière.

L’Algérie fut aussi, après la défaite de 1940 et le gouvernement de Vichy, après la bataille de Diên Biên Phu de 1954, en Indochine, l’ultime investissement d’un nationalisme français déconsidéré et défait. Ce fut le réflexe des officiers de carrière, celui des poujadistes et de Jean-­Marie Le Pen d’un côté, des SAS, des députés socialistes ­Robert ­Lacoste (ministre de l’Algérie en 1957-1958) et Max ­Lejeune, du général de ­Gaulle de l’autre. Ces derniers tentèrent de faire prévaloir in extremis, par des mesures d’égalisation, une assimilation à la France à contretemps quand l’aboutissement violent d’une sédimentation séculaire d’injustices et d’humiliations en avait d’ores et déjà décidé autrement.

Le conflit national franco-algérien dure encore : l’historien René ­Gallissot, spécialiste du Maghreb colonial, a fait remarquer le contraste entre l’immigration portugaise « invisible » et l’immigration algérienne, objet de tant de fantasmes récurrents : c’est qu’il n’y a jamais eu de contentieux national entre la France et le Portugal ; jamais de sentiment inconscient d’une défaite nationale vis-à-vis de Lisbonne (8).

Pour qu’il y eût « occasions manquées », il aurait fallu qu’il y eût « occasions tentées ». Et rien de ce qui fut essayé ne fut jamais poursuivi par cet ensemble de projets mûris, portés par un volontarisme efficace que l’on nomme une politique. La seule jamais faite, par défaut signifiant, fut celle du statu quo.

Les « occasions manquées » jouèrent un rôle du fait de leur échec programmé. Les débats sur l’Algérie, pendant longtemps, jusqu’au choc final, ne firent jamais recette au Parlement. Il y eut un enchaînement logique de l’échec des réformes. Ces dernières qui, au mieux, suivirent la pente d’une dérivée dérisoire de la courbe exponentielle des attentes et des revendications des Algériens. ­Maurice ­Viollette le pressentait bien lorsqu’il écrivait, dès 1931, L’Algérie vivra-t-elle ? (9).

(*) Cet article a été publié dans Moyen-Orient sous le titre « France-Algérie (1830-1962) : occasions et mariages manqués »

(**) Gilbert Meynier, historien et ancien maître de conférences à l’Université de Constantine, est professeur émérite de l’Université Nancy II. Il est spécialiste de l’histoire de l’Algérie sous la domination française.

Notes

(1) Créés en 1844, les Bureaux arabes étaient destinés à apporter des informations aux autorités françaises sur les modes de vie et les systèmes politiques des Algériens. Sur le terrain, les membres de ces bureaux considèrent avoir une mission « civilisatrice » et défendirent l’émancipation des locaux. Progressivement abandonnés dans les années 1870, ils réapparurent sous le nom de Sections administratives spécialisées en 1955.

(2) Napoléon III avait avancé le projet d’un « royaume arabe » associé à la France et dont il aurait été le souverain. Face à l’opposition des colons, l’initiative ne vit pas le jour.

(3) Candidat à l’élection présidentielle du 30 janvier 1879, Alfred Chanzy dut s’incliner face au républicain Jules Grévy, qui remporta 84,03 % des voix.

(4) Estimés à 100.000 en 1846, les Européens d’Algérie sont passés à 245.000 en 1872, 833.000 en 1927 ; ils (dont les Juifs algériens nationalisés après le décret Crémieux de 1870) étaient 1.052.400 au recensement de 1954.

(5) Nationaliste algérien, Ferhat Abbas fut membre du FLN durant la guerre et président du Gouvernement provisoire de la République algérienne de 1958 à 1961. En désaccord avec la politique prosoviétique de la nouvelle Algérie indépendante, il se retira de la vie politique en 1963.

(6) Votée en 1919, la loi Jonnart stipule que « les sujets français de confession musulmane peuvent accéder à la citoyenneté pleine et entière au moment de leur choix » à la condition qu’ils acceptent « de se soumettre comme la totalité des citoyens français à la seule et unique juridiction civile française ».

(7) En avril 1948, les Européens truquèrent les élections des délégués de l’Assemblée algérienne pour affaiblir les nationalistes. Par exemple, Messali Hadj remporta officiellement 15 % des voix, alors qu’il en aurait recueilli 80 %.

(8) René Gallissot, Maghreb-Algérie, classe et nation, deux volumes, Arcantère, Paris, 1987.

(9) Maurice Viollette, L’Algérie vivra-t-elle ? Notes d’un ancien gouverneur général, Félix Alcan, Paris, 1931.

L’émissaire de la haine et de la mort

Nous sommes dans une ambiance précoloniale où la Syrie est visée en second lieu après la Libye avant de viser l’Algérie qui sera complètement isolée sur le plan international et divisée sur le plan national par la faute de ses gouvernants incompétents et de son opposition infantile. Voici un aperçu de BHL sur l’Algérie qu’il faut d’abord voir dans sa carrière d’agent spécial dans le monde musulman pour comprendre ses déclarations

BHL et sa tournée mondiale (sources : télévision Tel Aviv)

 BHL et le printemps arabe en Algérie


Pour BHL, l’Algérie connaitra son printemps arabe par jackyshow38

Benjamin Stora et le relais de BHL dans le jeu de dominos

Le journal Al Moujahid écrit à la une du  14 mai 2012 : « Dans un entretien au journal en ligne «Mediapart», Benjamin Stora : “Hollande doit faire des gestes d’apaisement mémoriel avec l’Algérie” ». J’en profite pour répondre à notre valeureux journal et au grand Benjamin stora en publiant de nouveau un ancien article sur son évaluation de l’Algérie

Benjamin Stora, universitaire « spécialisé » sur le Maghreb, monte au créneau au Figaro suite à l’agression franco atlantiste contre la Libye pour décréter que les dirigeants algériens donnent l’impression de ne pas tenir compte de la nouvelle donne géopolitique et que «Le régime algérien fait preuve de myopie». Son article plein de « trous noirs » mérite d’être d’être corrigé et refocalisé pour nous éviter les ténèbres qui nous sont promis et que relaye la presse algérienne comme si l’éditeur en chef est BHL, Benjamin Stora ou un adjudant chef des « Think Tank » français.

Je me rappelle qu’en début des années 2000 le Point avait écrit un article, avec comme tête d’affiche le Général Lamari et comme titre « Harro sur les Généraux ». Le Général algérien croyait que l’interview était à son honneur et qu’il s’adressait au peuple algérien mais la subtilité de la langue française lui a manqué pour comprendre que « Haro » est le cri poussé  par quelqu’un pour attirer l’attention sur le coupable d’un forfait ou le cri lancé par les Seigneurs pour galvaniser leurs chiens lancés dans la chasse à courre contre le gros gibier. Quelques mois plus tard le Général Lamari appris la langue française à ses dépens malgré de longs et loyaux services. Le Figaro veut rééditer le coup du Point et Benjamin Stora celui du  coup de Tripoli et ainsi préparer la mise  à la tête de l’État algérien d’un « plus français que moi tu meurs ». BHL est appelé, pour l’instant à travailler dans les coulisses auprès de ses réseaux algériens. Il est trop ivre par son succès libyen pour apparaitre en plein jour avec une gueule de bois et il risque de froisser la sensibilité des algériens. Entre l’article du Point et celui du Figaro l’Algérie a beaucoup changé mais les fichiers français ne sont pas à jour car l’effet pygmalion joue en leur défaveur : les Algériens qui les renseignent sont déconnectés de la réalité et à leur tour ils ont le regard perverti par le regard porté sur eux par leur manipulateur qu’ils ont informé.

 

Notre ami et cousin Benjamin Stora veut sans doute envoyer un message aux « Juifs convertis à l’Islam »[i] de l’Algérie post coloniale comme BHL l’a fait à ceux de Misrata en Libye pour faire au sol ce que les bombardements aériens et le pilonnage naval ont préparé à Tripoli

 

En synthèse de son interview il dit aux algériens d’oublier les réminiscences anti impérialistes et qu’il faut être réaliste «  La matrice culturelle du régime algérien a peu changé depuis l’époque Boumediene. Le fer de lance de la diplomatie algérienne, c’est encore en grande partie l’anti-impérialisme des années 1970. Cela peut paraître difficile à croire, mais les dirigeants algériens donnent l’impression de ne pas tenir compte de la nouvelle donne géopolitique, qu’il s’agisse de la chute du mur de Berlin, de la fin de la guerre froide, de l’élection de Barack Obama… » Un universitaire français qui croit au Messianisme obamique, aux fabulations et aux superstitions. Boumediene reste une épine dans la gorge. J’avais pensé que la pensée française avait plus de talent et de subtilités pour exprimer ses haines et ses peurs mais nous avons une fois de plus la confirmation de la mort de l’intelligentsia en France. Il n’y a que les Algériens de Liberté, d’Al Watan et d’autres canailleries à y croire. La référence à la chute du mur de Berlin n’est pas fortuite elle témoigne l’idée dominante en Occident qui se résume en trois points :

–       La fin des pôles idéologiques et le triomphe définitif du sionisme et de l’impérialisme ;

–       L’axe Vatican CIA a fait tomber le mur de Berlin par le noyautage des mouvements protestataires et « démocratiques » dans les syndicats et dans la société civile ;

–       Les Arabes et les Musulmans sont les artisans de la chute de l’URSS et ils restent le fer de lance de la recomposition du monde par leur inculture politique et leur convulsion émotionnelle :

  1. Les Moudjahiddines arabes et afghans qui ont poussé l’URSS à un effort de guerre insoutenable
  2. L’Arabie saoudite qui a fait couler les recettes  pétrole   de l’URSS ;

Il nous demande de reconnaitre le nouvel ordre mondial et de nous soumettre à la théorie de la domination impérialo sioniste défendue par les néo conservateurs américains et dont les Européens sont devenus les exécutants. Cette théorie est celle de Francis Fukuyama « La fin de l’Histoire ». Il faut nous soumettre au triomphe arrogant du capitalisme, du mode de vie américain et de la domination du sionisme. Il faut nous plier au remodelage du monde musulman selon des schémas  ethniques, confessionnels, topographiques dans un Syse Picot 2 qui réalise six objectifs :

–       La main mise sur les ressources du sous sol au profit des appétits prédateurs de l’Occident,

–       L’impossibilité du monde musulman ou arabe de créer une unité civilisationnelle en disloquant et en fragmentant ce qui est latent à la renaissance islamique en l’occurrence la contigüité spatiale, la continuité historique, la mémoire collective, le devenir commun,

–       Le chaos constructeur d’un patchwork à façade démocratique où chaque élément du puzzle disloqué est un comptoir commercial comme dans les traditions des comptoirs anglais, hollandais ou français en Asie et en Afrique ;

–       L’installation de bases militaires

–       La prise de contrôle du continent africain comme réservoir de matière premières et gisements de marché de consommation pour les biens et services industriels ou domestiques obsolètes

–       Encercler la Chine et interdire l’émergence des projets  de l’organisation de l’alliance de Shanghai (Russie-Chine) et sa mise en réseau avec les pays du BRIC.

Benjamin Stora dit : « c’est un nationalisme exacerbé qui rejette le principe du droit d’ingérence. Enfin, un certain nombre de responsables algériens redoutent que ce printemps arabe ne fasse le jeu d’un islam radical qu’ils ont combattu tout au long des années 1990. Il est clair que le pouvoir est divisé sur la conduite à adopter. Le courant conservateur tient la corde, mais il ne représente pas forcément l’armée. Il y a des islamo-conservateurs ou de vieux nationalistes arabes qui sont toujours au pouvoir, qui s’accrochent au passé et qui ne comprennent pas les aspirations aux changements de la jeunesse arabe, en particulier de la jeunesse berbère, nombreuse, éduquée et à l’affût des bruits du monde. » Sans commentaire : le nationalisme de canaille, l’islamisme infantile, le berbérisme sectaire sont les portes d’entrées de l’ingérence française en Algérie

Comme toujours il attise les particularismes locaux contre l’unité nationale : « Un espace immense et une population hétérogène qui se compose de Sahariens, de Mozabites, de Kabyles, d’Algérois, d’Oranais qui ne marchent pas forcément du même pas. » Vous reconnaitrez avec moi que depuis qu’il a fuit l’Algérie sa vision sur l’Algérie  devient de l’emporte pièces. Oranais et Algérois c’est des ethnies, des confessions, des doctrines, des territoires, des cultures ou des vues d’un esprit qui veut montrer les divisions en Algérie comme insurmontable pour que les Algériens vivent en paix ensemble  et qu’il faut partitionner le pays pour le rendre gérable, gouvernable, démocratique et séculier

Cerise sur la tarte storaïque : « En outre, l’Algérie est un pays très riche et le pouvoir dispose de ressources financières considérables de nature à empêcher qu’un mouvement de revendications sociales ne se transforme en contestation politique. Malgré cela, les Algériens sont de plus en plus choqués par la répression en Syrie, suivent avec intérêt le processus de démocratisation en Tunisie, et craignent également un possible isolement de leur pays sur la scène internationale. Comment, dans ces conditions, ne pas croire à un changement démocratique en Algérie? »

Je ne vais pas lui livrer toutes mes cartes et toutes mes connaissances sur un pays que j’ai honorablement servi et loyalement critiqué mais dire au public français : attention les nostalgiques de l’Algérie française  vous invitent à une aventure qui va vous couter cher ! Je m’explique sans rentrer dans les détails que vos spécialistes connaissent mais que votre actuel gouvernement belliqueux peut ignorer pour des considérations électorales ou de géostratégie ( le front atlantiste et le front sioniste) :

–       Ce n’est plus le même personnel militaire qui dirige l’Algérie. Les seconds couteaux qui ont mené la lutte antiterroriste se considèrent comme légitimes et comme les Messies Sauveurs de l’Algérie. Vous avez créé les conditions politiques et géopolitiques pour qu’il y ait une guerre civile en Algérie. Ces Militaires ont maté les Algériens et tout particulièrement les Maquis islamiques ou pseudo islamiques. Ils se considèrent comme les véritables détenteurs du pouvoir réel et comme les plus méritants à user de la rente de l’Algérie. Qui touchera à leurs privilèges se mordra les dents car ils sont aguerris à mener de longues opérations militaires sans pitié.

–       La mentalité du régime algérien vous échappe. La France et les lobbies pro français en Algérie pensent que les décideurs algériens sont inféodés à la France alors qu’ils ne sont inféodés qu’à leur logique interne : la survie de la meute et le maintien de l’Algérie sous chasse gardée privée. La France a été un auxiliaire et non le donneur d’ordres. Quand les décideurs algériens ont liquidé les réseaux islamiques ils se sont tournés vers un autre auxiliaire : les États-Unis. Ces derniers ont raflé toutes les mises stratégiques. Quand les États-Unis ont voulu imposer leur agenda les Algériens se sont tournés vers les Russes et les Chinois.

–       La culture politique algérienne, après la force, est la corruption. Elle a commencé par corrompre tous les laïcs qui ont vécu à l’ombre de la rente dans le service public et les as laissé divaguer dans leurs journaux.

–       Les Algériens ont développé un réseau de clientélisme et de corruption en France par l’intermédiaire des laïcs éradicateurs qui le moment venu sont obligés de défendre le régime algérien que de prendre le risque de tout perdre. Ils n’ont pas d’idéal mais des intérêts. Les intérêts liés à la corruption entre l’Algérie et la France vont entrer en jeu lorsque le conflit monte au degré intenable

–       Les Algériens disposent de cellules nés du FLN et de l’amicale des Algériens en France capables de mobiliser l’émigration musulmane et de mener une lutte sociale, politique, religieuse et armée en France. Tout le drame des jeunes nés de parents algériens en France est la hantise des Français de le voir se retourner contre eux. Cette hantise tient davantage à l’esprit revanchard et nostalgique de la guerre d’Algérie que des Algériens. Les Français ont semé le vent les décideurs algériens peuvent produire la tempête quand ils le veulent.

–       Le peuple algérien est épuisé par deux décennies qui ont le mérite de lui dévoiler la vérité sur ses gouvernants, les opposants et les élites. Il est en stand by. Il attend le retour du Mahdi ou la refondation du mouvement islamique sur une base saine débarrassé des débris de l’incompétence et de l’improvisation.

–       La topographie de l’Algérie est complexe ;

–       Les Algériens ont pratiqué la France pendant 132 ans de colonisation et 50 ans de post colonisation : ils connaissent son discours, ses actes et ses intentions

Dans mes  livres « Le dilemme arabe et les 10 commandements US » et dans « Islamophobie : Deus Machina » j’ai montré le rôle du Qatar dans la récupération de la jeunesse des banlieues et des universitaires en quête de reconnaissance sociale afin de faciliter l’implantation du sionisme dans les banlieues qui n’a jamais peu avoir lieu par le passé; j’ai montré également le rôle que veut jouer le Qatar pour gagner l’opinion d’origine arabe en France dans l’éventualité d’une guerre contre la Syrie, l’Iran et l’Algérie.

Le peuple Algérien a une longue expérience de résistance passive et celui qui l’a pratiqué sait que ce n’est pas un tube digestif ni une foule (Ghachi) mais une intelligence politique qui va exprimer un sursaut de conscience et de vigilance à la lumière des événements de Libye, de Syrie, de Palestine.  Il sait que la révolution tunisienne a été confisquée par des arrangements d’appareils avec l’armée tunisienne et les caciques de Bourguiba sous les auspices de la France et des États-Unis. Il attend un sursaut révolutionnaire en Tunisie et une poursuite de la Révolution en Égypte. Le deal passé entre l’armée égyptienne, les Frères Musulmans et la Turquie allié de l’OTAN ne passe pas inaperçu aux algériens qui ont vu les Frères Musulmans étaler leur corruption et leurs alliances contre nature.

Enfin un dernier mot : Benjamin Stora et BHL à l’instar de Sarkosy et des monarchies arabes font de l’intox en prenant leurs désirs pour des réalités. Le temps va nous montrer que l’affaire libyenne n’est qu’à son début et que la braise sous la cendre est comme un Phénix. Le temps va nous montrer que le colonialisme anglais a su atteindre ses objectif au Machrek par son intelligence et sa gestion par vassal interposé alors que le colonialisme français court à sa perte par son arrogance, sa stupidité et son ignorance. Dieu merci.  Le temps va nous montrer qui va sortir gagnant de la bataille que vont se livrer les services français et algériens pour le contrôle et l’instrumentalisation de l’Aqmi.

Les peuples libyens, tunisiens et égyptiens eux aussi n’ont pas dit leur dernier mot. Les peuples maghrébins comme leurs gouvernants savent jouer aux dominos. C’est moins raffiné et plus bruyant que le jeu d’échec mais il y a des combinaisons intéressantes pour fermer ou ouvrir le jeu et c’est le seul jeu où il arrive au gagnant de perdre s’il n’a pas joué tous ses dominos. Il n’est pas dit que les armes disponibles en Libye vont aller uniquement en Algérie. Il y a d’autres destinations : Gaza, l’Afghanistan, le Maroc et même la France…

{Dis : « Contemplez ce qu’il y a dans les Cieux et la terre. A quoi serviraient les Signes et les avertissements à des gens qui ne sont pas croyants ? S’attendent-ils à autre chose que comme les jours de ceux qui passèrent avant eux ? Dis : « Attendez, je suis avec vous de ceux qui attendent. »} Younes 101

 

Omar Mazri


[i] Information donnée par le journaliste français Thierry Meyssan de retour de Tripoli

Lecteur musulman, mon frère et mon ennemi

Je veux te parler, te dire des  choses très graves.

Malek Bennabi

Dans une précédente publication, une pudeur m’avait retenu. Je ne voulais pas te dire certaines choses pour te les laisser à entendre. Mais je veux ici te les faire entendre clairement car la mauvaise foi et l’ignorance des voleurs de prestige ont encore prise sur ta conscience. Tu représentes à leurs yeux une parcelle de pouvoir qu’ils veulent garder.

Aussi doit-je d’abord dénoncer ton impuissance à éventer leurs pièges, à sentir tes erreurs. Je veux t’apprendre à leur poser des questions, à te poser des questions, pour éviter leurs pièges et tes propres erreurs.

Commençons par le commencement. Ce commencement est dans la confusion, dans ton impuissance à voir clair. Tu sens bien ton mal, mais comment le nommes-tu ? Au lieu de te recueillir sur le mal , de poser des interrogations, de te demander : pourquoi donc suis-je colonisé ? Tu as simplement prêté l’oreille aux voix de la foire. Et comme les voleurs de prestige, comme le malheureux troupeau qu’ils exploitent, tu t’es écrié à ton tour « A bas le colonialisme » puis tu as prêté encore l’oreille aux vociférations de la foire. Et tu as voulu, à ton tour , nommer ton mal… Ne me prête pas l’oreille, mais l’attention pour comprendre les choses. Fais un effort d’imagination pour comprendre les choses. Fais un effort d’imagination pour me suivre, à pas de géant.

Suis-moi à San-Francisco. Regarde avec tes yeux et ton intelligence et non avec tes oreilles. Cette ville et les milles aspects de la vie que tu vois sont l’œuvre de cet homme que tu aperçois là, penché sur son labeur, il travaille…

Mais que signifie, en termes analytiques, en éléments primordiaux, cet acte magique par lequel l’homme transforme la nature et se transforme lui-même? Que signifie ce mot qui traduit à la fois la peine, la sueur de l’homme et la condition fondamentale de son bien-être, de sa sécurité et de sa puissance ? C’est ce mystère que je veux d’abord te révéler. Que fait l’homme qui travaille, qui crée par sa peine sa condition ? Il fait essentiellement une synthèse : la synthèse de l’homme, du sol et du temps…

Maintenant que tu es initié à un grand mystère, poursuivons notre chemin, à pas de géant. Tu as traversé New York, tu as aussi contemplé Londres et Paris, tu as atteint Varsovie, et tu as poussé jusqu’à Moscou ou plus loin encore, jusqu’à Tokyo. Qu’as-tu vu ? Les aspects essentiels de la vie ont-ils essentiellement changé au cours du trajet, si tu l’as fait les yeux et l’esprit grand ouverts ? Tu as vu partout, les mêmes édifices, les mêmes routes, les mêmes usines, les mêmes ateliers, les mêmes machines, les mêmes écoles, les mêmes laboratoires. Et tu as vu aussi que c’est cela et rien que cela qui fait la condition de l’homme. Mais « cela », cette même synthèse de l’homme, du sol et du temps que tu as constaté de San Francisco à Moscou, « cela » comment se nomme-t-il dans l’histoire ? Tu le sais puisque toi- même, quand tu veux appeler les choses par le nom, tu le nommes la « civilisation occidentale ».

Mais poursuivons encore notre voyage, en changeant d’itinéraire. Nous  allons partir de Tanger, traverser l’Afrique du Nord, longer le littoral sableux de la Tripolitaine, traverser le Nil et le canal de Suez, visiter les pays du Moyen-Orient, nous enfoncer dans les territoires musulmans de l’Inde et atteindre Java. Qu’aurons-nous vu ? N’est-ce pas aussi les mêmes aspects essentiels de la vie : la même inactivité, la même pauvreté, la même ignorance, la même somnolence ? Mais comment cette aire où règne le silence ? N’est-ce pas l’aire de la civilisation musulmane ? Cela aussi tu le sais. Mais ne me pose pas encore de questions.

Complétons encore notre tour d’horizon pour tirer une conclusion générale. Aprés cet itinéraire dans l’espace, faisons un autre dans le temps. Reculons d’un millénaire dans l’histoire. L’aire musulmane s’étendait alors de Samarkand à Cordoue et l’aire occidentale de Londres à Moscou. Mais de Cordoue à Samarkand, c’était un chantier où travaillaient des penseurs, des savants, des docteurs, des artistes, des artisans…L’aire où l’homme réalisait la synthèse de la civilisation musulmane. Cependant que dans l’autre aire, de Londres à Moscou, régnait l’état féodal où l’homme vivait en « serf taillable et corvéable à merci». Serais-tu tenté de faire un bond en avant, un bond de mille ans dans l’histoire ? Alors ne m’interroges pas sur l’avenir, je l’ignore. Je te dirais seulement cette parole de Celui qui sait : « Tels sont les jours. Nous les donnons tour à tour aux hommes »( Coran.Al ‘Imrane 139 )

Maintenant que nous sommes au terme de notre voyage, tirons plutôt une conclusion. Tu as constaté de visu que la condition de l’homme ne résulte pas des données ethniques, linguistiques, politiques ou géographiques. En effet, de San-Francisco à Moscou, il y a plusieurs langues, des races différentes, des systèmes politiques et des climats divers. Mais tu as constaté la même condition humaine, résultant du même labeur, de la même synthèse. Tu as constaté que cette condition est liée aux données générales d’une aire, qu’elle ne varie pas essentiellement d’un cadre institutionnel à un autre, d’une démocratie à une monarchie, mais d’une civilisation donnée à une autre. Tu as constaté, en un mot, que le destin de l’homme est profondément marqué par sa civilisation, qu’il s’élève ou déchoit avec elle. C’est cela la conclusion essentielle que je t’invite à tirer de ce voyage dans l’espace et dans le temps, c’est-à-dire dans l’histoire. Cette conclusion est capitale car elle constitue un critère et une méthode. C’est un critère pour éviter ta propre erreur et les pièges qu’on peut te poser pour déceler le faux, pour distinguer le patriotisme de la trahison. Car tu sais à présent que tout ce qui ne sert à réaliser la synthèse de l’homme, du sol et du temps est un faux dans l’histoire, donc un faux aussi dans la vie quotidienne. C’est aussi une méthode parce qu’en inspirant ta philosophie sociale, elle donnera à ton effort son efficacité maximum, elle donnera à ta vie le sens d’une flèche pointée vers une civilisation, c’est-à-dire, comme tu le sais, vers la seule condition humaine possible.

Et maintenant que tu es en possession de ce critère et de cette méthode dont je vais approfondir pour toi dans cette étude- je veux te faire réfléchir sur tes erreurs et tes illusions. Ton problème est faussé d’emblée quand tu le nommes d’un nom qui lui donne des frontières et qui donne à ton intelligence des œillères. C’est cela ce que tu fais quand tu parles de « problème algérien » ou de « problème yéménite », sachant pourtant que le mal est le même de Tanger à Java. As-tu le droit de nommer la peste de noms différents, ici la fièvre et ailleurs autrement ? Tu sais que du diagnostic découle la médication, et que si l’un est faux, l’autre est fausse fatalement. Et tu vois aussi le signe, mais tu ne vois pas ce qu’il désigne.

En pays chrétien, mon frère, la croix est un signe qui désigne aussi le cimetière. C’est le sceptre de la mort. Dans un pays colonisé, la colonisation est aussi un sceptre qui désigne la colonisabilité. Pourtant, je ne t’entends jamais parler de ta colonisabilité, mais seulement de la colonisation. Tu ne dis pas « pourquoi je suis colonisé » ? Tu dis seulement : « je suis colonisé ». Tu ne parles pas de tes « devoirs » mais seulement de tes « droits ». Je sais que ton attitude stérile découle de l’absence d’un critère et d’une méthode. Tu écoutes tes erreurs et leurs mensonges. Car les voleurs de prestige te mentent, eux qui n’ont pas le souci de t’éclairer mais de t’éblouir, de te servir mais de se servir de toi pour détenir et garder une parcelle de pouvoir. Et pourtant, il est clair que pour détruire la plante vénéneuse, il faut l’atteindre dans son germe, à la racine. Or la colonisation prend racine dans la colonisabilité. Là où un peuple n’est pas colonisable, la colonisation ne peut s’établir sur son sol. Le peuple allemand n’est pas colonisé aujourd’hui, bien que le sol allemand soit occupé. Le colonialisme ne peut planter son sceptre que là où il y a le cimetière d’une civilisation, donc l’homme colonisable.

Alors, maintenant, tu peux comprendre, je puis te révéler un autre mystère, entre la colonisabilité et colonialisme, il y a un pacte ; ils se donnent la main, eux aussi, à la foire où les voleurs de prestige monnayent ton destin, notre destin. Le colonialisme sait que la vocifération de la foire ne sont ni du patriotisme, ni de la politiques, ni de la culture, mais de la trahison, de la « boulitique », de la mythologie, de la magie, du mirage, de la mystification. Car tout ce qui ne sert pas à la synthèse de l’homme, du sol et du temps n’est rien dans l’histoire.

Mais je te dois encore un éclaircissement, puisque par principe je ne dois pas te laisser entendre les choses, mais te les faire entendre. Tu peux t’imaginer qu’en somme le problème est presque résolu puisque aussi qu’ailleurs il y a, dans le monde musulman, l’homme qui peut entreprendre la synthèse d’une civilisation musulmane. Il n’y aurait plus en somme qu’à désigner à cet homme son but dans l’histoire. Mais si tu t’imagines cela, je te dirais que tu as perdu le sens de cette étude dès la première ligne et que ton premier pas avec moi est un faux pas. Alors je te dirais mon frère, que je ne parle pas de l’homme qu’ a avorté la faillite d’une civilisation, de « l’indigène » colonisable qui est encore plus ou moins colonisé, de Tanger à Java, mais de l’homme qui doit enfanter une civilisation. C’est dans ce but que j’ai posé dans cette étude le problème de l’homme et que j’ai défini la culture qui peut le créer. Mais ce n’est pas à la foire qu ’on peut créer ce créateur. La foire où palabrent les voleurs de prestige, ces faux travailleurs, ces faux créateurs. Au fait, que disent-ils ? Que dit celui-ci que je vois arranger sa imama (turban) et surveiller sa syntaxe ? C’est un fantôme surgi du temps passé, un revenant de l’époque de Haroun Errachid. Il cite, comme argument décisifs, les phrases précieuses d’Ibn en-Nadhim, la prose parlée de Hariri et les rimes étincelantes de Moutanabi. Et toi ébahi, toi fasciné par les mots, tu opines doucement du chef buvant le verbe de ce prêcheur de souvenirs. Et que dit celui-là qui arrange sa grimace des grands jours, sa grimace électorale en surveillant son nœud de cravate ? C’est le prêcheur des besoins nouveaux, il veut te convaincre en citant Victor Hugo et Voltaire et toi tu dodelines de la tète toujours…

Mais au fond de toi, je vois une incertitude : tu rêves tantôt des fastes des milles et une nuits, et tantôt d’une voiture de marque et d’un fauteuil confortable, tu rêves, mon frère et on te fait rêver, mais la civilisation n’est ni un musée de vieux souvenirs, ni un bazar de nouveautés, c’est un chantier, une usine, un laboratoire où l’homme crée sa condition, en faisant la synthèse fondamentale de son pouvoir, du sol et du temps. Et c’est aussi un temple où l’homme peut -quand il veut respirer, s’inspirer- lever la tète au-dessus de son ouvrage et découvrir l’infini de Dieu, de Dieu qui inspire son génie et renouvelle son courage. C’est un temple où l’ignorance doit être attentive et pudique comme un point d’interrogation.

Il faut « chasser du temple » l’ignorance expansive qui se répand en jactance qui est impudique comme un point d’exclamation »

Malek Bennabi, le 10 janvier 1951