L’université et le village des Hafyanine aryanine

J’avais été le pionnier dans le monde arabe  en termes de réflexion sur le principe coopératif. Tout ce qu’avais fait en la matière a été emporté par les débris du Wahn. Plus tard j’ai eu la chance de connaitre Michel Autier un mathématicien et philosophe français qui avait mis en place un concept innovant : les arbres de la connaissance. C’était une approche sémantique sur la recherche de termes à travers l’Internet. Il avait une société qui avait produit des logiciels. J’avais échangé avec lui des correspondances avant qu’il ne quitte la France pour les États-Unis. J’ai tenté de mettre en place le principe des arbres de la connaissance qui consiste à construire un savoir à partir des savoirs individuels et collectifs dans une démarche coopérative et associative. Ce principe ne visait pas le diplôme, mais la compétence c’est à dire la reconnaissance sociale des savoirs et des savoirs académiques et non académiques que chacun des « ratés » et des « exclus » portent avec lui sans en prendre connaissance car le regard qui donne légitimité et promotion sociale fait défaut. J’avais tenté d’innover en conjuguant la méthodologie canadienne du « portfolio pédagogique » avec ce principe de mobilisation des compétences humaines à travers un arbre des connaissances où se tisse des liens individuels et collectifs dans l’acquisition, le transfert et la mise en application des connaissance individuelles et collectives.

J’avoue mon échec, car les milieux de la formation sont des milieux qui vivent sur la misère sociale et croient faire de la formation en transposant l’école dans le centre de formation alors que l’école en tant que lieu, que programme, que pédagogie, que didactique, que contenu a été la raison de leur échec.   Einstein avait raison de dire qu’il est facile de casser un atome que de casser un préjugé. Les plus grands préjugés sont ceux qu’on acquiert avec de grands diplômes et de grandes situations qui deviennent des rentes puis des obstacles à l’innovation.  Un illuminé qui regarde le doigt au lieu de voir la lune désignée par le doigt m’a fait remarquer qu’Einstein était Juif sioniste.

En cherchant de l’inspiration pour trouver ce qui n’a pas marché dans mon projet d’impulser une nouvelle dynamique pour les coopératives je suis tombé sur des centaines d’initiatives. Ces initiatives conjuguent  l’amour, le travail bien fait, le peu de moyen et la culture populaire. Nous les Musulmans nous avons tout pour faire mieux et davantage, mais il nous manque l’essentiel : la motivation. Il ne peut y avoir motivation si le Croyant ou l’homme ne connait pas quelle est sa vocation dans ce monde.

Voici une expérience qui m’a émue et que je tien à partager avec vous tout particulièrement dans ces moments de confusion et de khalota où le Halim devient hayrane. Cette expérience me rappelle celle de l’université populaire de Constantine dans le milieu des années 60 avant le coup d’État de Boumedienne. si l’UP formait à la dialectique et au centralisme démocratique les Indien, les Bengalis et les Africains redonnent de l’initiative aux va-nu-pieds pour les faire accéder à l’adamité.  Les Islamistes, quand à eux, au nom de la gouvernance sensée qu’ils promettent, ils nous montrent l’art de décapiter bani Adam et de conduire des coups d’État contre le gré des peuples.

Avant de vous laisser  voir et à méditer ô doués de cœur je vous raconte une anecdote : depuis le début de ma carrière (début 70) j’ai été frappé par la manie de créer des organigrammes et des organes sans contenu, sans mission, sans besoin. Avec l’âge et en voyant comment ce travail factice générait de la convoitise, de la délation, des ambitions démesurées, j’ai compris un des mystère  du diktat des médiocres sur les intelligents : la ruse qui ferre la cupidité. Ceci continue de fonctionner y compris au sein des universités algériennes où on jette en pâture quelques organigramme, quelques postes aux médiocres enseignants qui se livrent à une bataille de chiffonnier pour quitter l’enseignement exercées comme une corvée et occuper des postes administratifs dont ils ne sont pas préparés à exercer. Personne ne pense à la pédagogie, à la qualité de l’enseignement, à une politique de recherche développement, aux conditions de vie et de travail des étudiants, à la relation entre l’université et le monde du travail.

O doués de cœur écoutez et observez la noblesse du monde

 

PS : pendant que les partisans de Gandhi prennent des initiatives louables réalisant des villages réalistes qui font sortir les exclus de la misère notre frère Cheikh Imran Hossein propose un village musulman. Ce village où les moyens modernes seront exclus et où la seule monnaie sera le dinar islamique  en or et en en argent a pour vocation de préparer un lieu sûr pour les musulmans puissent continuer à vivre en paix leur foi  hors du monde et hors de la tentation du Dejjal. Ce serait un moyen aussi de fuir l’apocalypse qui va frapper les côtes. J’ai lu un peu de Coran et un peu de Hadith et je ne parviens pas à trouver d’où nos Chouyoukhs tirent leurs arguments et leurs idées qui les mettent et nous mettent dans des conditions absurdes dans la conception et la réalisation de leurs idées. Qaradhawi l’autre grand illuminé est dans la béatitude : il ne propose rien comme solution saut deux voies suicidaires : la communauté musulmane se porte bien et Bachar Al Assad doit être assassiné.  L’Algérie renoue avec le FLN triomphant,  arrogant et dominant sur un peuple absent.

Je ne pense pas que cette expérience puisse concerner les Algériens qui vivent de la rente selon le principe « Yakoul al ghalla wa iyssabb al malla ». Il apportera une réponse à tous les utopistes  qui ne parviennent  pas à comprendre pourquoi ils ne parviennent pas à réaliser leur utopie, pourquoi c’est halal pour les kouffars et haram pour les mouslimines. Un milieu et un territoire doivent offrir non seulement les conditions objectives et subjectives pour réaliser un rêve, mais ils doivent en offrir les possiblités…

Business-Plan : Etude de cas

{Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel.} Ibrahim 24

Celles et ceux qui ont lu « Business-Plan » ont sans doute médité le modèle KIVA comme instrument d’économie solidaire et de crédit coopératif au service de l’évangélisation en Afrique et ont du sans doute se poser la question sur l’inefficacité des bras, des têtes et des sous du monde musulman, gouvernants, gouvernés et opposition, savants et ignorants, partisans et sans partis…

Dans « Business-Plan » nous avons abordé la question de la rédaction du modèle d’affaire d’une coopérative envisagée comme une entreprise à part entière. Nous avons évoqué la question de l’écriture qui pouvait se faire sous forme de graphe réalisé autour de mots clés pour se consacrer à la structuration des idées ou au partage des informations et ne laisser la rédaction linéaire classique qu’une fois la conception achevée.

Nous  présentons, aujourd’hui,  l’étude et la rédaction en cartes heuristiques d’un projet de coopératives comme phase préalable à la rédaction.  C’est donc une étude de cas réaliste qu’il vous appartient d’étudier, de parfaire, de simplifier ou de détailler puis la transposer sur votre problématique pour réaliser votre maquette de Business-Model avant de passer à la rédaction finale.

Il nous reste, inchaallah, à présenter, dans les jours à venir, une autre étude de cas. Nous verrons alors  l’organisation et le fonctionnement d’un modèle de coopérative africain assez original et très efficace. Plus tard nous ferons un parallèle entre l’économie islamique et l’économie coopérative pour voir la ressemblance frappante sur le plan des  principes, des objectifs et des processus d’investissement et d’exploitation.

C’est un travail passionnant et de longue haleine et promoteur par les gisements de métiers qu’il crée, par les compétences qu’il mobilise, par les revenus qu’il procure et enfin par l’acquisition de l’autonomie et de la liberté sur le plan économique et social. Nous avons le sentiment d’avoir apporté notre modeste contribution à cet édifice qui exige la mobilisation d’un plus grand nombre de personnes, la participation d’autres compétences polyvalents et surtout l’expression d’un désir de faire. Ce désir nous pouvons donner quelques pistes pour l’inciter ou l’impulser mais comme la soif nous ne pouvons donner envie de boire à celui qui n’a pas envie de boire ou qui a envie de boire d’une autre eau ou d’une autre source .

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Projet de coopératives : Business-Plan

Suite à une série d’articles sur les coopératives et l’économie sociale et solidaire dont :

 |COOPERATIVES ET CREDIT MUTUALISTE |
|Algérie : 5 idées pour les 5 années futures |
|Coopératives : en savoir plus
|

J’apporte une nouvelle contribution à ce dossier de coopératives qui me semble important pour l’avenir des jeunes en quête de projet d’emploi, d’investissement et de formation par la mise à disposition gratuite d’un guide de conception et d’élaboration d’un Business-Plan (plan d’affaires). Ce guide didactique sera suivi prochainement par un second guide : Synopsis pour l’élaboration d’un business-plan à partir d’un cas d’école. Il sera suivi par d’autres études de cas ainsi que par un guide de procédure de création d’entreprises en Algérie. Pour la procédure de création d’entreprise et les facilitations (ou contraintes) juridiques, logistiques et fiscales, je fais le vœu de voir se manifester un Algérien jaloux qui prendrait en charge ce dossier et gagner ainsi auprès d’Allah sa récompense.

  • Il est temps que l’institutionnel algérien (État central et collectivités locales) se mettent à réfléchir d’une manière rationnelle et efficace à la mise en place d’incubateurs de projet d’emploi et de formation pour les jeunes et se libérer de la formule bureaucratique des crédits anarchiques qui s’est avérée, depuis un quart de siècle, une inconséquence socioéconomique et une autre voie de continuité d’accaparement de la rente.
  • Il est temps que les jeunes s’approprient les mécanismes de leur libération et de leur émancipation en donnant contenu aux traditions de solidarité sociale et économique sans compter sur un État absent et incompétent.

Ceux qui ont reçu leur code de téléchargement :

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Contributions sur l’idée de coopérative et de crédit mutuel

Trois contributions, celle de Hussein et celle de Techtonica

Contribution d’Hussein (diaporama) sur les coopératives et le crédit

 

 

Contribution d’Hussein par écrit :

Merci pour ce partage d’expérience …
votre réflexion me rappelle un livre que j’avais lu sur l’intelligence relationnelle écrit par une psycho-sociologue, l’auteure dit dans l’interface que « si on veut que la société prospère et continuer dans la prospérité, alors faudrait s’occuper de son capital humain » ….

j’avais pensé au même mécanisme basé sur la coopération et solidarité (dommage que je ne soit pas riche, sinon j’aurais déjà fait une petite expérience pour tout concrétiser) … en fait, pour démarrer ce mécanisme il faudra disposer des éléments qualifiés (capital humain) et un capital financier; l’État Algérien peut très bien investir dans cette voie car un tel mécanisme met chaque citoyen en face de sa responsabilité (la situation catastrophique actuelle en Algérie n’est pas causée que par le gouvernement mais aussi par les citoyens qui représentent la structure sociale, donc ils ont une part de responsabilité) tout en lui léguant toutes les charges économiques, un peu comme la privatisation mais dans ce cas, elle est au compte du citoyen lui même et non au compte d’une entreprise privée, donc le citoyen devient actionnaire de sa propre entreprise …

je crois que le partage des richesses n’est pas partager les recettes comme certains le croient ou le veulent d’ailleurs ! , le partage des richesses est le partage des responsabilités et charges économiques, plus il y a moins de charge plus il y a moins de risque, plus l’économie prospérera …

En France avec la crise, certains ouvriers/employé de peur de perdre leur travail ont préférer d’acheter leur propre entreprise où chaque ouvrier/employé est devenu DG (directeur général), où chaque ouvrier/employé avant d’en faire partie doit signer un engagement de coopération (j’ai regardé un reportage sur un cas pareil, le journaliste reporter quand il a posé la question à un ouvrier d’une entreprise qu’il a racheté lui et ses collègues pour sauver leur travail, de comment sentez vous maintenant en tant qu’actionnaire de sa propre entreprise (ou en tant que directeur de sa propre personne), l’ouvrier lui a répondu « que maintenant on fait plus attention qu’on faisait pas avant !!), de ce fait, chaque élément prendra part à la responsabilité, et partagera les mêmes risques et bienfaits

pour schématiser tout ça :

capital humain qualifié + capital financier ====> Entreprise où chaque élément devient actionnaire (bon suivi du bilan économique, plus de corruption, plus de fraude) ===> partage de responsabilité ( partage des mêmes risques) ===> remboursement.

Si l’argent est prêté par l’État je crois que la meilleure solution pour la rembourser est sous forme d’impôt, l’État est déjà gagnant à tous les coups parce que déjà l’argent vient des hydrocarbures (donc chaque citoyen devrait avoir une part de ces richesses naturelles mais sous forme de capitaux pour la création de l’emploi), donc je vois mal que l’état prendrait part de responsabilité s’il réclame des intérêts, au final l’état n’aura qu’un seul rôle : la gestion des capitaux et la supervision des projets ===> on aurait mis le citoyen en contact direct avec l’économie

Hussein

 

Omar Mazri vous encourage à développer davantage votre raisonnement et à continuer à nous apporter votre contribution. Vous serez avec la bénédiction de Dieu un des promoteurs de ce genre d’initiative en Algérie. Il vous répond rapidement sur deux points :

« dommage que je ne soit pas riche, sinon j’aurais déjà fait une petite expérience pour tout concrétiser »

Le but de la coopérative ou de l’économie solidaire ou de l’entreprise privé à intérêt collectif est d’entreprendre sans être riche par la mise en commun de ce que l’économie islamique appelle al Moucharaka et al Moudharaba en associant les moyens communs et le capital d’un investisseur qui prend le risque de perdre ou de gagner 15 à 20 % de bénéfice dans le halal alors qu’il ne va gagner avec le riba que 2 à 3 % dans le haram.

« Le citoyen devient actionnaire de sa propre entreprise »

La démarche coopérative, solidaire ou l’entreprise privée d’intérêt commun ou collectif est justement la promotion du citoyen  par la démocratie dans l’activité économique (le droit d’entreprendre pour assurer son autonomie, sa dignité sociale et économique, ainsi que contribuer au bien être social). C’est une démarche non capitaliste : L’adhérent n’est pas actionnaire mais sociétaire. Son capital est rémunéré au prorata de son apport sachant qu’une partie est obligatoirement reversée dans l’investissement  de développement de la coopérative ou dans l’apport au capital du crédit mutuel (ou coopératif). L’adhérent par contre a une voix qui a la même valeur de celles des autres adhérents indépendamment de leur montant en capital. L’adhérent est en même temps usager et de ce fait il bénéficie d’accès privilégié à la production et aux services de la coopérative. Si l’adhérent est employé par la coopérative il est rémunéré en contrepartie de son travail.

« Si l’argent est prêté par l’État je crois que la meilleure solution pour la rembourser est sous forme d’impôt, l’État est déjà gagnant à tous les coups… »

L’Etat, la société et le citoyen seront tous gagnants par cette formule : solidarité, responsabilité, esprit citoyen, amélioration du cadre de vie, sécurité, investissement, revenus, consommation… Sur l’impôt je pense que la coopérative devrait  être exonérée de l’impôt ou du moins bénéficier d’allégement car elle crée de l’emploi et de la valeur. Le remboursement  devra se faire sans intérêt et à long terme en ce qui concerne l’apport de l’état. Pour le crédit mutuel et l’apport des investissements il faut encore travailler sur une solution adaptée à l’Algérie. Il ne faut surtout pas retomber dans le gaspillage et les détournements des emplois jeunes et des importations tout azimut.

 

Contribution de Techtonica sur les coopératives et les villages

C’est très stimulant toutes ses idées.

Si je ne me trompe pas, les villages d’il y a quelques années ont fonctionné plus au moins sur un modele coopératif en simplifiant bien sûr.

Imaginez la conception d’un micro quartier qui fonctionne sur ce mode, qui a pour but d’avoir une vie de partage, d’entraide, mais surtout de créer une ambiance qui dynamise le travail et l’innovation. Les voisins, familles, résidant partage les mêmes idées de développement durable dans le sens large de thème de progrès et de responsabilité.

L’importance est le lancement d’une dynamique positive afin de tirer le meilleur de chaque individu qui partage ce territoire balisé par les règles de la coopérative (micro-société durable).

Imaginez une coopératif d’accès à l’habitation durable, celle si servira a créer un mini quartier qui rassemble un groupe de personnes qui partage les même valeurs.

Architecturalement ça pourrait  ressembler au Compound « gated cummunity » ville fermée, mais pas dans l’esprit. Cela peut créer une dynamique au niveau de la vie quotidienne qui favorisera et stimulera le travail, le progrès et l’innovation à l’image de la Silicon Valley même mieux car l’argent ne devras pas être le moteur du projet. Autrement dit concevoir un espace de vie ou l’état d’esprit est favorable au développent. Un espace architectural où le paysage est  de qualité, où le voisinage, la sécurité et les services sont garantis par des règles de la coopération et la responsabilisation de chaque résidant.

Ce Projet peut être réalisé partout dans le monde,…

Je prend l’exemple de l’Algérie: Aujourd’hui avec les projets LSP où les terrains sont donnés par l’état au promoteur a 20% de leur valeur, avec des aides financières aux acquéreur. Un groupe d’individus peu acquérir un terrain et construire leur propre quartier au lieu de le donner à un prompteur ignorant et peu scrupuleux qui construit des ghettos où les populations sont entassées avec tous les problèmes socio-urbains que cela engendre.

Prenons l’exemple de la gestion des déchets ménagère dans un quartier par exemple: Aujourd’hui la ville assure très mal ce service pour plusieurs raisons. Dans cette micro-société- on définit une stratégie simple, claire qui consiste à responsabiliser les résidents avec des solutions techniques connues (trie des déchets, asséché les déchets, planification…), on peut donner d’autre exemples dans la sécurité, énergie et les services (approvisionnement ou autre),….

Le but final de cette coopérative d’habitat c’est d’avoir une vie agréable de qualité, de partage et surtout de créer cette dynamique de travail et d’innovation, car on ne peut innover en vivant et  travaillant dans des milieux médiocres.

Voici quelques points que ce model de cohabitation peux nous offrir:

  • Construction un projet architectural, paysage urbain de qualité ;
  • Choix d’un voisinage averti avec un état d’esprit cohérent et ouvert au progrès ;
  • Sécurité et services assuré par coalisions des résidents ;
  • Un sens de responsabilité individuelle et du groupe plus développer,….

Je suis ouvert a toute critique et proposition d’amélioration.

 Techtonica

 

Omar Mazri : Excellente contribution. Continuez à imaginer et faites des propositions en parlant autour de vous. La seule limite est notre imagination. Vous serez avec la bénédiction de Dieu un des promoteurs de ce type de projet.

La formule Ksar qui conjugue tradition et modernité, solidarité sociale et participation de l’État, effort collectif et apports individuel correspond à votre vision. Oui il faut aller vers la formule village autour des grandes villes et ne plus toucher à l’urbain saturé ni aux terres agricoles.  La majorité  des villes algériennes sont entourées de sorte de piémont où les Algériens peuvent construire des villages reliés entre eux comme un réseau informatique avec des pénétrantes en chemin de fer vers la métropole. Le piémont permet de réaliser de jolies habitations avec une agriculture coopérative de montagne et un réseau coopératif de transport semi public avec maintenance. Il y a à creuser davantage la question. En tous les cas il y a du travail pour nos urbanistes, nos architectes, nos experts en aménagement du territoire, nos agronomes, nos économistes et nos concitoyens.

On ne peut créer par une démarche volontariste des métropoles pour désengorger les villes ou créer des pôles urbains spécialisés. La démarche qui tient la route est celle que l’histoire a retenue : laisser aux citoyens la liberté d’entreprendre à leur taille humaine et c’est la capacité d’entreprendre qui va créer des réseaux de plus en plus grands, diversifiés, enchevêtrés et complexes. Il y a une sorte de déterminisme urbain, social et économique qu’on appelle la loi de Metcalfe. C’est une loi en vigueur dans les réseaux informatiques et sociaux transposables dans les transports et activités économiques et commerciales : chaque  nœud (carrefour,  connexion) dans un réseau multiplie par 10 la valeur du réseau. Théoriquement  pour n réseaux il y n (n-1) / 2 potentiels. Plus n tend à être un grand nombre et plus le potentiel  tend à s’élever au carré.

 

Article de référence :

COOPÉRATIVES ET CRÉDIT MUTUALISTE

Coopératives : en savoir plus

Pour  en savoir plus sur les coopératives et l’économie solidaire  je mets à votre disposition cet espace  de documentation que je vous demande de m’aider à améliorer et enrichir.

Algérie : 5 idées pour les 5 années futures
COOPÉRATIVES ET CRÉDIT MUTUALISTE
Coopérative : Définition
Coopération et coopératives
Les coopératives au cœur du développement durable
Le Coopérateur agricole
Les problèmes que pose l’expansion du mouvement coopératif
L’Afrique solidaire et entrepreneuriale

 

 

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COOPERATIVES ET CREDIT MUTUALISTE

Comme promis dans mes précédentes analyses :

Algérie : 5 idées pour les 5 années futures

Cas d’école du débat politique en Algérie en 2012.

Les cinq maitres du Tamkine (territorialisation)

Je développe aujourd’hui le thème des coopératives et du crédit coopératif

 Tout d’abord je rappelle que j’ai montré le parallèle entre le concept coranique du  Tamkine avec les 5 maitres d’aménagement du territoire : le maitre d’usage, le maitre d’ouvrage, le maitre d’œuvre, le maitre d’exécution, le maitre d’homologation. Toute défaillance dans une de ces cinq maitrises met en péril non seulement  le processus d’édification, mais l’ordre et la sécurité par l’injustice et l’incompétence dans l’architecture et les réseaux de projets qui constituent une société dont les membres sont en interaction :

{C’est Nous qui avons distribué leur mode d’existence dans la vie terrestre, et Nous avons élevé les uns d’entre eux au-dessus des autres, de quelques degrés, afin que les uns soient au service des autres. Et la Miséricorde de ton Dieu est meilleure que ce qu’ils amassent.} As Zoukhrouf 32

Je reviens avec plus de détails sur un aspect singulier que j’ai évoqué sur l’initiative citoyenne en Algérie et l’occupation du territoire, en l’occurrence les coopératives et les mutuelles. Je jette quelques idées en vrac d’une expérience menée entre fin 89 et début 92 et qui a été stoppée.  Entre moi et ceux qui ont fait avorter ce projet destiné aux jeunes algériens il n’y a ni revanche ni ressentiment. Allah (swt) jugera entre nous avec justice et équité. Restons positifs dans nos intentions. Je me contente de faire mien le principe de Machiavel que Malek Bennabi a repris à son compte :

 » Le devoir d’un honnête homme est d’enseigner aux autres ce que la malignité du temps et l’iniquité des gens l’ont empêche d’accomplir afin que d’autres placés dans des conditions plus favorables que lui puissent se réaliser »

Honnête homme je  milite pour la valeur travail. Il suffit de méditer le rapport entre le travail et la gratitude envers le Créateur pour comprendre que le laxisme est une ingratitude envers les bienfaits qu’Allah a déposé dans nos cerveaux, nos mains et nos territoires. Il faut étudier le rôle libérateur, civilisateur et spirituel de David et Salomon pour comprendre la nécessité de se réveiller et de faire tout notre possible pour notre dignité et notre grandeur :

{Ils lui fabriquaient tout ce qu’il voulait :  sanctuaires, statues, chaudrons aussi grands que les abreuvoirs, et énormes marmites bien solides. O famille de David, œuvrez avec gratitude, car  peu nombreux sont les hommes constants en reconnaissance.} Saba 13

1 – L’intention initiale:

Les futurs coopérateurs, avant de passer en revue  l’aspect technique, comptable et juridique  de la coopérative et son business plan, doivent d’abord s’inscrire dans une philosophie en répondant avec sincérité sur leurs motivations au-delà de gagner de l’argent ou de gagner sa croute de pain. Les deux questions phares pour ceux qui aiment le travail en groupe sont :

–        Quoi, pourquoi et comment faire pour que mon activité  soit un moteur de changement social par les valeurs qu’elle véhicule telles que la  solidarité, la  justice sociale,  le développement national, la création d’emplois, la résistance contre la prédation capitaliste, la  socialisation par l’économie solidaire et citoyenne?

–        Si des jeunes et des moins jeunes n’ont pas cette envie alors ils peuvent se poser une autre question : En quoi cette expérience va-t-elle enrichir mon expérience personnelle et m’apporter les soutiens humains et logistiques  pour démarrer une activité à mon propre compte  lorsque j’aurais les moyens adéquats et les opportunités de projet ?

Les Promoteurs, les concepteurs et les réalisateurs de ces projets coopératifs ne doivent pas réfléchir en termes de technostructure, mais en termes de développement humain. A titre d’exemple il ne s’agit pas de se focaliser sur la pêche qui reste un terme abstrait qui ne peut être matérialisé que par des chiffres statistiques qui ne traduisent que des données de constatation ou de planification, mais il faut se focaliser sur le pêcheur, être concret avec ses ambitions, ses désirs, ses contraintes, ses possibilités, ses moyens et son environnement. C’est cet être concret à un moment historique,  dans une géographie donnée et dans des conditions objectives et subjectives qu’il faut projeter dans l’avenir, dans sa prospérité en tant qu’agent actanciel, acteur et non spectateur.  La pêche n’est que son domaine d’activité et tout ce qui a trait à la pêche sont des adjuvants qu’il faut renforcer ou des obstacles qu’il faut régler. Il faut mettre l’homme non seulement au centre de l’entreprise, mais laisser cet homme devenir le moteur de la quête de sens qu’il veut donner à savie.

2 – Définition de la coopérative :

Association de personnes sur le principe de la libre adhésion et de l’engagement du respect de la charte des coopérateurs

–        Participation par association des idées, de la main d’œuvre, de l’argent et des ressources. Les idées, la main d’œuvre et les ressources sont évaluées par une expertise technique et comptable pour devenir des apports dans le capital social de la coopérative.

–        Elle peut être crée par des personnes physiques ou morales, en général il faut être plus de sept

–        En se regroupant, les coopérateurs  utilisent en commun les nombreux moyens permettant de développer et faciliter leur activité économique :

  • l’approvisionnement,
  • les outils de production,
  • le conditionnement de leur production,
  • le stockage des marchandises,
  • la transformation des produits,
  • la commercialisation de leurs produits.
  • La publicité, la comptabilité, les études d’ingénierie, la documentation technique…
  • Les dépenses d’investissement et d’exploitation
  • Les paiements en nature (matière ou travail) inter-coopératives
  • Groupement d’achat au sein d’une coopérative d’achat pour le bénéfice des achats groupés favorisant les crédits fournisseurs, la réduction des frais de prospection et d’acquisition (transport, réduction, ristourne)

–        Organisation selon le principe fédérateur : réunir l’homme, le produit et le territoire

–        Les coopérateurs interviennent dans  une coopérative ou dans une fédération territoriale ou sectorielle de coopératives à la fois comme sociétaires, clients, fournisseurs ou prestataires

–        La logique des  coopératives est de n’être ni soumises  à des « OPA », ni cessibles.

–        La coopérative peut recruter des travailleurs non coopérateurs et rémunérer du travail ou du service commandé.

3 – les secteurs d’activités des coopératives

Les coopératives se créent dans tous les secteurs de la production, de la vente et du transport des produits agricoles et industriels

4 – Centrales d’achat

Il faut saisir l’opportunité et la pertinence d’occuper le terrain des approvisionnements  pour réduire les frais d’approvisionnement (couts de transport,  réduction sur achats groupés) des petites entreprises et des petits commerçants. Il serait dommage de livrer la consommation de masse et les petites entreprises aux monopoles et aux géants de la distribution internationale qui vont encore réduire les marges des petits producteurs et mettre en faillite les commerces de proximité. La relation sociale de proximité est détruite dans le monde occidental par la loi du profit et du gigantisme.

La centrale d’achat elle-même est une coopérative qui peut se regrouper en association de coopératives spécialisées selon le principe de la spécialisation des métiers et de la filialisation. Tout ce qui peut être fait par une nouvelle coopérative doit être externalisé au profit d’une nouvelle coopérative. Ce sont les impératifs de l’activité moderne en termes économiques et ce sont aussi les impératifs de la règle d’essaimage en termes de création et de développement de coopératives.

5 – Caisse commune de solidarité

Les coopérateurs, en attendant l’institutionnalisation du crédit coopératif qui exige du temps, de la confiance et de l’expertise financière et juridique, peuvent reproduire le schéma familial et amical de prêts sans intérêts en en faisant un concept économique et une pratique socio économique dans les transactions entre coopératives  ou dans  la fondation d’une nouvelle d’une nouvelle coopérative. La caiise commune bien entendu sera géré avec rigueur et aman pour  accorder des prêts sans intérêts destinés à  financer les investissements et les dépenses d’exploitation. Il faut parvenir très tôt a mettre en place des critères rationnels et transparents d’attribution et de remboursement pour éviter les confusions et les dérapages toujours possibles lorsqu’il y a de l’argent en jeu.

6  – Les coopérateurs sont

–        Des usagers propriétaires

–        Des travailleurs propriétaires

–        De petits sociétaires investisseurs

7 – Le Capital :

La coopérative est une société à capital variable : à tout moment, le capital peut être augmenté ou diminué par la souscription de nouveaux sociétaires ou le retrait de certains. Les associés souscrivent à un capital qui est proportionnel à leur activité avec la coopérative agricole.

 8  – Les bénéfices sont répartis au prorata des parts selon le principe :

–        Décision collégiale de l’assemblée générale

–        Une part du bénéfice est obligatoirement reversée soit dans la caisse de solidarité pour financer d’autres coopératives en création soit pour financer le développement, la modernisation et la maintenance de la coopérative.

9 – Direction :

La coopérative agricole est dirigée par un conseil d’administration et les décisions sont prises lors des assemblées générales. Les indemnités versées aux membres du conseil d’administration sont votées en assemblée générale.

10 – Fonctionnement :

–        Fonctionnement démocratique : chaque coopérateur est une voix quelque soit le montant  de ses actions et l’ancienneté de sa participation.

–        Le fonctionnement de la coopérative est de type associatif  anti bureaucratique : le président directeur, le secrétaire et le trésorier comptable sont nommés par l’assemblée générale qui décide à chaque fois de les reconduire ou de les changer au vote démocratique. Le travail administratif, logistique, comptable et autre peut être externalisé  et confié à des indépendants ou à une autre coopérative de service.

–        En adhérant à une coopérative de commercialisation, les  producteurs indépendants ou coopérateurs d’autres coopératives doivent s’engager  à apporter selon un cahier de charges tout ou partie de leur de leur production à la coopérative. En retour, celle-ci s’engage à commercialiser la production dont elle a la charge selon un cahier de charges.

11 – Régime fiscal :

L’état devra exonérer les coopératives de toutes charges fiscales comme cela se passe dans tous les pays du monde où existent des coopératives.  Sinon faire avec cette contrainte.

12 –  Constitution d’une coopérative :

La constitution d’une coopérative suit les mêmes règles que la création d’une entreprise. Il faut des statuts,  un agrément. Il faut respecter les procédures légales  malgré leur bureaucratie. Il faut demander les subventions légales.  Il faut réaliser un business Plan pour disposer d’un carnet de bord et d’une mémoire de projet qui permet de capitaliser l’expérience, de réajuster et de transférer le retour d’activité sous forme de savoir faire.

13 – Relation d’affaires entre les coopératives :

Le partenariat est la règle d’usage qui correspond à la culture citoyenne, démocratique et solidaire. Les coopératives ont l’obligation morale de s’entraider. Elles ont également la possibilité entre elles de ne pas recourir à la monnaie et facturer les échanges en valeur marchandises ou en valeur travail facilitant ainsi les échanges et allégeant la trésorerie.

14 – les secteurs favorables à la création de coopératives :

En occident les coopératives sont nées de l’idée de se regrouper  pour se protéger des trusts capitalistes et de mettre en commun les moyens de production pour maintenir la propriété,  l’activité et la création de richesse dans un territoire. Elles se sont concentrées dans l’agriculture, le lait et la pêche. En réalité aucun secteur n’est fermé à l’activité coopérative si les motivations de résistance citoyenne, de défense du producteur et de la création d’emploi sont là pour animer les coopérateurs qui peuvent se lancer dans toute activité si elle n’est pas fortement capitalistique exigeant des grands moyens techniques, de grands investissements et de grande concentration de main d’œuvre. La coopérative est une entreprise à taille humaine qui a pour champ de déploiement :

–        Agriculture

–        Pêche côtière

–        Cultures céréalières et vivrières stratégiques

–        Conditionnement produits agriculture et halieutiques

–        Transport et froid (stations légumières)

–        Artisanat

–        Matériaux de construction

–        Informatique et communication,

–        Petites entreprises dans la petite et moyenne mécanique adossées à un bureau d’études spécialisé (documentation de fabrication,  documentation produits, méthode et ordonnancement)

– Avec le déficit en matière d’infrastructures sanitaires, les techniciens supérieurs de la santé en soins infirmiers, pharmacie, kinésithérapie, puériculture et épidémiologie peuvent monter des coopératives sanitaires et des coopératives d’assainissement en centralisant le secrétariat médical pour plusieurs coopératives de santé. De la même manière des coopératives multi-services techino-admistratif ou logistique peuvent se monter facilement et travailler en plusieurs équipes. Le secteur du nettoyage et le secteur de la sécurité des biens et des personnes peuvent être montés et des certificats d’habilitations peuvent être établis moyennant des formations qualifiantes.

–        Etc…

L’imagination, l’expérience et le courage peuvent ouvrir les coopératives à des domaines encore vierges comme la promotion immobilière, les assurances, la publicité.

16 – Expérience de coopérative dans la promotion immobilière en Algérie :

 –         La première expérience est celle de la DNC. C’était une entreprise de l’ANP dans les années 70 destinée à fournir  l’immobilier et l’ameublement pour les personnels civils et militaires de l’armée ainsi que d’intervenir dans le casernement pour les Djounouds. L’expérience au lieu de réaliser son objectif et  de se multiplier pour l’ensemble  des secteurs de la vie civile a dévié pour se transformer en un géant de l’industrie de la construction qui faisait concurrence à la SONATIBA  et à l’ECOTEC. Il serait intéressant pour les universitaires algériens en  quête de trouver des thèmes de mémoires de faire un travail sur cette expérience et d’accompagner par la réflexion et l’étude les coopératives  dont les coopérateurs doivent pouvoir trouver de la documentation pour alimenter leurs idées de projet, leur mémoire et les erreurs à ne pas commettre.

–        Une expérience inédite et contemporaine est celle réalisé à Ghardaïa où les habitants ont construits de l’immobilier sur la base des traditions locales tant en matière d’architecture, de matériaux de construction que de solidarité dans la réalisation et dans le financement.

 C’est monsieur  Baba Ammi qui a été l’initiateur du projet de Gharadïa qui a donné  le concept du logement social participatif. Par  la suite l’état algérien en a fait sienne en lui donnant le nom de logement LSP. Il faut reconnaitre, d’après les gens de bonne foi, que ce qui a sapé le LSP est  la mentalité des « Nordistes » qui ‘n’est pas la même que celle du Sud du pays. Il n’y a pas eu de réussite davantage par l’absence de  participation de la part des futurs propriétaires sauf un faux semblant. Je vous invite à vous renseignersur l’association  Tinemerine   et visiter le Ksar Tinemerine.

Pour l’instant je n’en dis pas plus car je préfère laisser la primauté de dire et d’expliquer aux promoteurs du projet en signe de témoignage pour leur  vitalité et leur noblesse. Les Algériens soucieux de monter des projets de coopératives dans l’immobilier ou de réaliser des études de construction, d’architecture, de sociologie, d’économie solidaire devraient prendre contact avec les populations du M’zab et voir de visu leurs réalisations, leur modèle de pensée, leur philosophie, leur manière de contourner les obstacles…

Bien entendu les populations du Sud sont des Algériens et comme le chaâbi, le policier, le médecin, l’enseignant, le militaire, le préfet et le garde champêtre c’est la mentalité laxiste du type  » Akhartahat mout, Allah Ghaleb, ragda wa t’manji, hichicha talba ma’icha et autres fumisteries qui va mener une unième fois, sudistes, centristes et nordistes, à tag ‘ala men tag. Il faut rester lucide, mais ambitieux. Personne ne peut forcer un autre à boire s’il n’ a pas soif ou s’il n’a pas envie de boire. Quand il sera accablé par la chaleur il sera contraint de boire sa sueur pour ne pas dire autre chose. Que les hommes de bonne volonté se mettent en tête que l’Algérie est immense et qu’ils ne peuvent plus attendre quoi que ce soit de l’Etat ni continuer à se confiner dans son quartier. Il faut bouger, occuper le terrain, mais si vous le faites pas ce sera de nouveau les colons étrangers et les fils de riches qui le feront à votre place. Ils ont déjà le monopole de l’importation et des ressources stratégiques. Ils vous utiliseront comme esclaves car à ce rythme les marchands d’esclaves viendront vous enchaîner et vous déporter.

17 – Les ennemis de la coopérative et des coopérateurs :

–        La bureaucratie

–        La corruption

–        Le clientélisme

–        L’absence d’esprit collégial

–        L’absence de culture entrepreneuriale

–        L’aventurisme et l’improvisation

En Algérie avec le laxisme,  l’individualisme, le consumérisme et le sauve-qui-peut social il ne faut pas se voiler la face ni perdre de vue la réalité : On continue de détruire la notion d’usage, la notion de collectif, la notion de bien public. On continue de détruire les espaces verts, les terres agricoles deviennent constructibles, les plans d’eau des dépotoirs, les palmiers meurent de vieillesse et de maladie, le désert avance à grande vitesse. Que les gens méditent le rapport entre Qaroun et ceux qui sont doués de science ou qu’ils méditent le Hadith as Safina : non seulement les mauvais paieront, mais les bons qui ont gardé silence et ont laissé faire. Les futurs coopérateurs doivent se considérer comme des pionniers réformateurs en terre hostile. La partie sera difficile mais non impossible. Le plus grand ennemi après les ennemis du système décrits ci-dessus c’est l’habitude défaitiste qui baisse les bras devant la méchanceté et la médiocrité. Cette voie n’est pas celle de l’argent, mais celle des Prophètes, celle de la dignité, celle de la liberté, celle du salut : elle n’a pas de prix.

18 : Le leurre des banques «  islamiques » :

Cela fait des décades que le monde musulman vit avec le leurre des banques islamiques qui n’ont d’islamique que le nom. L’Islam est global et il ne peut être divisé en tiroirs. On ne peut parler de finances islamiques sans économie (islamique ou non islamique). On ne peut qualifier l’activité du leasing bail dans les biens de consommation durables (logement et voitures) comme de l’activité devant relever de la banque. Le commerce bien organisé peut offrir des facilités de paiement et des crédits fournisseurs sur les matières premières, l’outillage et les installations techniques, ce que ne font pas les banques islamiques. L’économie islamique ne repose pas sur la Mourabah, mais sur la Moucharakah et la Mourabahah.

La banque Al Baraka et les autres banques qui se préparent à conquérir le marché algérien et prendre en otage la finance intérieure ne doivent pas nous leurrer. La solution pour les petits et moyens revenus qui veulent œuvrer et participer par l’économique à leur libération qui leur accorde de la dignité sociale et au développement national qui leur apporte la prospérité ont dans la coopérative une meilleure alternative aux prétendues banques islamiques.

J’ai apporté une détraction au congres des savants qui veulent légaliser l’économie de marché en Algérie pour donner légitimité au recyclage des pétrodollars : instances de cotation des actions bancaires en Algérie. L’analyse des possibilités offertes par les micro crédits et les coopératives dans le monde confirment le hors jeu social,  économique et islamique  des  banques « islamiques »

19 – L’alternative : l’Islam ne se contente pas de légiférer sur le hall et le haram, mais il apporte le Badil

Lorsqu’on étudie le système de coopératives et d’économie solidaire on est obligé de rentrer dans une culture d’alternative au libéralisme du marché, à la mondialisation avec son mode de vie américaine, son Riba,  son gaspillage, et son écrasement des couches populaires.  Aucun secteur, aucune activité, autres que les activités capitalistiques relevant des très grosses entreprises, ne peuvent et ne doivent être délaissés par le modèle coopératif. A titre d’exemple nous pouvons  avec de faibles moyens et une grande volonté conjuguée à un savoir faire rigoureux et planifié nous lancer dans :

–        Les assurances mutualistes : l’assurance capitaliste qui est une arnaque qui constitue à payer 3% d’indemnités annuelles et à gagner 97% de bénéfices pour les replacer dans produits financiers, la spéculation immobilière et les bourses. L’idée des assurances peut être revue dans des fédérations de coopératives de sécurité et de prévoyance où l’assuré (l’usager) est sociétaire et où une partie importante des bénéfices  est reversée aux adhérents coopérateurs ou assurés. Nous ne sommes plus dans la loi de l’argent mais celle de l’efficacité sociale, de la justice et de l’équité. Une réflexion peut être menée sur ce terrain pour aboutir rapidement à une ingénierie de réalisation. Il ne s’agit pas d’entrer en compétition contre le modèle dominant mais dans le cadre de la concurrence offrir non seulement d’autres produits mais d’autres alternatives en termes d’organisation, de financement et de philosophie d’assurance.

–        Remettre à la mode le micro crédit pour que les petites gens (cordonniers, épiciers,  travailleurs indépendant, fermiers sans terre) accèdent au crédit de subsistance non par la consommation mais par l’investissement permettant l’achat des outils, de la matière première ou des animaux  d’élevage (volailles, moutons, chèvres, abeilles)  et gagner leur autonomie, leur dignité…

Nous avons deux modèles à étudier et à adapter à nos conditions locales :

  • La banque des pauvres « Grameen » au Bangladesh que Muhammad Yunus a fondé en 1974.Il est honteux que nous fassions appel à des savants moribonds et à des banques « islamiques » des pétrodollars pour financer la Mourabah, cette escroquerie morale et économique alors que la « « Grameen » et son inventeur Nobel d’économie sont présent en Europe ? en Amérique, en Asie, en Afrique et notamment  en Chine, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en France. C’est ce type de révolutionnaires et de révolution dont nous avons besoin et non des « Thouars » libyens ou syriens ou des « concessionnaires » de chocolat et de cosmétiques. Ces derniers mettent en ruine leur pays pour le compte de l’OTAN alors que l’organisation du bengali Muhammad Yunus  prête 22 milliards de dollars aux pauvres parmi les pauvres du monde entier et ce en cash avec des procédures simplifiées et efficaces. Voilà ce qu’un journaliste raconte sur cette expérience qui a permis aux pauvres bengalis de représenter dix pour cent de la population à  bénéficier des prêts de la banque de Yunus soit  douze millions de personnes, avec un taux de remboursement de plus de 90 %, «… il va surmonter tous les obstacles, la lourdeur des administrations, la répulsion de l’aristocratie des banques, la méfiance des responsables politiques, la peur panique des paysans terrorisés par ce saut hors de leur condition d’intouchables, les critiques acerbes puis les tentatives de récupération de la banque mondiale dont Yunus refuse les prêts ! ». On a importé des technologies « clés en main » pour rien, et on est entrain d’importer des cartes de crédits pour accroitre la culture consumériste et le désir mimétique qui produit de la violence sociale. Il est peut-être temps de se mettre enfin à importer des modèles d’organisation qui marche et à mettre en place des solidarités d’idées et de know how avec les pays en voie de développement.
  • La banque des pauvres en France :

 Elle est appelée  ainsi, mais en réalité ce n’est pas une banque pour pauvres au sens péjoratif ni une banque pour interdis bancaires ni un mont de piété où les démunis et les faillitaires mettent en gage leur bijoux de famille. Son nom est « Banque de l’économie sociale et de la finance solidaire ». Son principe fondamentale est la finance éthique, celle qui ne finances que les activités socialement utiles et refusent de financer les produits et les activités socialement néfastes. C’est une banque ancienne (1893) qui est apparue sous le nom de « Banque des associations ouvrières ». A l’origine, elle  finançait donc les coopératives ouvrières, autour d’un projet, pour compenser le refus des banques classiques.

Le Crédit Coopératif s’est ainsi spécialisé dans le financement des associations ou des mutuelles, qui relevaient de sa même philosophie.  C’est  une banque coopérative, c’est-à-dire que ses propriétaires sont des sociétaires, et que la banque doit servir au mieux leurs intérêts. Chaque sociétaire, personne physique ou morale, a ainsi une voix. L’orientation de politique général et le pouvoir de décision appartient à la majorité des voix dans un système où chacun est représenté par sa voix et non par le montant de son capital. Il n’y a pas d’sociétaire à rémunérer chaque année car les sociétaires sont des individus impliqués dans la philosophie et qui déposent leur argent sans intérêt  ou des coopératives, des associations de la société civile, des petites entreprises, des entreprises des collectivités locales qui déposent leur trésorerie à la banque et qui se font financer l’investissement et l’exploitation par cette banque coopérative. Ce crédit coopératif intègre dans son réseau financier les fondations caritatives et écologiques comme la fondation Abbé Pierre.

  • Le rêve des Maghrébins et des Algériens :

La révolution algérienne et le combat d’Abdelkrim AL Khattabi au Maroc contre le colonialisme ainsi que l’histoire du mouvement national tunisien mettent en valeur deux idées maitresses en plus de l’indépendance et de l’identité nationale : la solidarité et la justice sociale d’un côté et l’unification du Maghreb de l’autre.  Le Maghreb des peuples n’est pas une utopie : à la contigüité des espaces, des mentalités collectives et  des histoires peut se tisser une fédération concrète par la conjugaison des désirs des peuples à vivre dans la dignité et la paix ainsi que la complémentarité  des économies et des ressources. Les coopératives peuvent créer un champ d’expériences économiques, sociologiques, culturelles, sociales et de solidarité. Ce ne sont plus les seuls politiques, les grands capitaux et les touristes qui franchissent les frontières mais les idées, les projets, les petits capitaux, les marchandises portés par les milliers de coopératives employant des milliers de personnes.

  • Le caritatif et les fondations pieuses.

L’histoire du colonialisme en Algérie ne se conjugue pas seulement à son peuplement, à sa prédation économiques  et à ses crimes contre l’ humain, mais à la destruction de la personnalité algérienne en détruisant sa langue et son socle socio économique. Ce socle était bâti sur les terres ‘Arch et le Waqf : qui donnent à la fraternité un sens concret et social, à l’identité un contenu pragmatique, à la solidarité une dimension culturelle et religieuse. Ce socle a permis à l’Algérien, avant la colonisation et durant la longue nuit de la décadence musulmane, de conserver intacte les liens de la famille et de la société et de garder sa dignité car ses terres et son Waqf lui assuraient la subsistance et le secours.  Les coopératives en redonnant vitalité à l’identité algérienne, à son esprit millénaire de solidarité et à son exigence de justice sociale renforcée par le fait colonial vont remettre en marche la dynamique sociale fondée sur la solidarité et l’esprit d’entreprise conforme à la nature sociale et pieuse de l’Algérien. Ainsi les coopératives, le système de crédit mutualiste, les mutuelles d’assurances et le réseau caritatif se mettent en synergie pour redonner naissance à ce qui a fait la grandeur et la singularité de la civilisation islamique : les fondations pieuses.

 La pauvreté n’est pas une fatalité, l’oppression n’est pas invincible. Chacun peut tisser un réseau solidaire, une démocratie solidaire, une piété solidaire, une efficacité sociale par la société qui se prend en charge dans des projets à taille humaine selon le proverbe arabe ou chinois «  Si tu donnes un poisson à un homme tu le nourris un jour, mais si tu lui donnes une canne à pêche tu le nourris pour la vie »  et selon le principe coopératif « Aidez-moi à vous aider ». L’Islam n’a pas fait de l’aumône une profession à vie, mais une béquille pour surmonter la difficulté : « la main du dessus (qui donne) est préférable à la main du dessous (qui reçoit) ». Le Coran a interdit que l’action caritative et l’œuvre charitable ne deviennent une nuisance en touchant la dignité humaine :

 {Et ils t’interrogent : « Que dépenser ? », Dis : « Du surplus ». De même, Allah vous Démontre les Signes, afin que vous méditiez sur le monde et la vie Future. Et ils t’interrogent sur les orphelins, dis : « Une éducation pour eux est bien ». Et si vous les fréquentez, ils sont vos frères.} Al Baqra 219

 {L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah est comme l’exemple d’une graine qui a germé sept épis de blé, chaque épi renfermant cent graines. Et Allah multiplie à qui Il veut. Allah Est Tout-Largesse, Tout-Scient. Ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah, puis ne font pas suivre ce qu’ils dépensèrent de vantardise, ni de nuisance, auront leur rémunération auprès de leur Dieu. Nulle crainte pour eux et ils ne seront point affligés. Un dire convenable et un pardon sont meilleurs qu’une aumône suivie de nuisance. Allah s’en Passe, Il Est Longanime. O vous qui êtes devenus croyants, n’annihilez pas vos aumônes par la vantardise et la nuisance, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les hommes, et qui ne croit ni en Allah ni au Jour Dernier. Son exemple est comme l’exemple d’un rocher couvert de poussière, qu’une averse frappa et laissa tout aride. Ils n’ont aucune prise sur ce qu’ils ont acquis, et Allah ne guide point les renégats. L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens désirant l’agrément d’Allah et l’affermissement de leurs êtres est comme l’exemple d’un jardin sur une colline : dès que l’averse l’atteint, sa production est alors deux fois plus importante. Et s’il n’est pas atteint par l’averse, il le sera par la bruine. Allah Omnivoit ce que vous faites. Quelqu’un d’entre vous aimerait-il avoir un jardin de palmiers et de vignes sous lequel coulent les fleuves et qui contienne toutes sortes de fruits, puis, qu’il soit atteint de vieillesse en n’ayant que de faibles descendants, et qu’un ouragan avec du feu frappe et dévaste ce jardin ? De même, Allah vous Démontre les Versets, peut-être méditeriez-vous. O vous qui êtes devenus croyants, dépensez du meilleur de ce que vous avez gagné et de ce que Nous avons fait pousser pour vous de la terre. N’en triez pas ce qui est vilain pour le dépenser, alors que vous ne l’accepteriez pas (pour vous-mêmes) à moins que vous ne fermiez les yeux. Sachez qu’Allah s’en passe : Il Est Tout-Louable.} Al Baqarah  261 à 267

 Ces versets ne sont pas de la prose mais un cadre idéique pour imaginer des projets de solidarité sociale et un cadre d’orientation pour une praxis de la foi : les fondations pieuses. Ces fondations ne peuvent voir le jour que si et seulement la société produit du surplus. Pour éviter l’ostentation et les nuisances aux pauvres et aux indigents qui portent atteinte à la dignité de l’homme l’œuvre caritative ne doit pas relever du politique ou être le monopole des riches dans une société appauvrie. C’est l’affaire de tous. Le but n’est pas de faire de la charité pour gagner son paradis, mais d’éradiquer la pauvreté en produisant un surplus, en redistribuant équitablement les revenus de l’effort collectif et des ressources nationales, en gérant comme une entreprise (fondation pieuse) la Zakat et les Sadaqàtes.   L’émiettement des collectes et de la redistribution comme une charité d’un jour font perdre le sens social et économique de l’aumône et du don. Avec les banques coopératives, le crédit mutuel, l’assurance et la prévoyance mutualisé peuvent  naitre des initiatives populaires pour :

–        Les fondations pieuses 

Il y un gisement de métiers et d’initiatives si elles sont  gérées comme des entreprises qui investissent et qui pratiquent l’aumône et le secours sur les revenus et non sur le capital.

–        Le logement social qui est actuellement détourné par le favoritisme, le clientélisme, la bureaucratie et  la corruption. L’Etat algérien a construit des millions de logements qui retombent entre les mains des rentiers et de l’économie informelle. Lorsque des coopératives par corps de métiers réunissant le futur acquéreur et  l’artisan  animé par l’esprit solidaire alors on peut construire selon les normes éthiques, esthétiques et sociales de l’Algérie et réaliser des villages nouveaux autour des grandes villes au lieu de se lancer dans les aventures couteuses et sensationnelles, mais inefficaces, des grandes métropoles sans bureaux d’études et sans entreprises nationales.

–        Des orphelinats gérés à taille humaine et à visage humain et non comme des casernes ou des pénitenciers

–        Des asiles de miséricorde pour personnes seules, démunies,  handicapées ou âgées gérées comme des havres de miséricorde et non comme des cliniques privées fondées sur la loi du profit ou des auspices où on met en réclusion la misère et la souffrance humaine.

Le système coopératif est une philosophie de la dignité, de l’action,  de la liberté, et  de l’alternative humaniste au profit, à l’aliénation capitaliste  et à l’égoïsme de la loi du marché.

Dans ce que nous venons de voir il y une invitation à s’appuyer sur sa culture et ses réseaux sociaux et se mettre à entreprendre brique par brique puis faire les assemblages qui donnent de l’harmonie, de la valeur ajoutée et de la synergie sans mépriser la petite brique, la petite étincelle

        

18 – Les coopératives et notre patrimoine national :

A l’âge de 13 ans j’avais découvert avec émerveillement l’histoire de mon pays et comment la colonisation avait cassé le système des terres ‘Arch, indivisibles et incessibles qui ont façonné l’âme algérienne et ont permis dans les moments les plus durs de la décadence du monde musulman de sauver la dignité de l’Algérien qui pouvait se nourrir même s’il était privé du développement. Les Français en sapant la structure agraire ont sapé notre identité, notre structure mentale collective, notre organisation sociale, notre histoire millénaire et nos moyens de subsistance. La coopérative  qui n’est pas aumône mais travail socialement utile et solidairement partagé fait partie de notre culture. C’est un impératif moral, social, culturel, économique et religieux que de nous approprier l’idée de coopérative qui n’est apparu en Occident qu’au 19 ème siècle et qui a donné en France le crédit agricole, la mutuelle de crédit, les coopératives de pêche au Québec, en Espagne et en Italie. Il existe même dans ces pays des troisièmes cycles d’économie solidaire et des formations diplômantes en gestion de coopératives.

Je garde en mémoire quelques faits marquants de l’indépendance : la spontanéité du mouvement autogestionnaire qui a pris en charge dans l’industrie et l’agriculture  les exploitations bien vacant. Les comités populaires d’autogestion ont nationalisé les biens des colons  dans une forme non étatique, une forme publique, citoyenne. L’interventionnisme de l’Etat et les luttes de pouvoir politiques ont sapé cette expérience qui aurait pu conduire l’Algérie vers une autre voie de développement et un autre modèle d’organisation sociale.

Je garde en mémoire l’expérience de la Révolution agraire qui est une expérience de coopératives à l’échelle de l’ensemble du territoire et touchant les masses paysannes. Le projet était noble et généreux, mais sans  faire tout l’inventaire des potentialités ratées de cette aventure qui aurait pu être fabuleuse je dois noter quelques problèmes majeurs qui se sont manifestés pour transformer le rêve en cauchemar :

  • Le volontarisme qui rendait les paysans des caporaux au lieu d’être des acteurs de leur destin,
  • le clivage idéologique entre islamistes et communistes d’une part et  entre boumédienistes et les gros propriétaires terriens qui se sont convertis dans le commerce et qui ont pris en main certains postes clés de l’administration.
  • L’injustice : on ne corrige pas l’injustice commise par la colonisation qui a dépossédé le Fellah algérien de sa terre, par la nationalisation injuste, abusive et indifférenciée des petites propriétés.
  • La lutte idéologique menée par les communistes algériens qui ont fait de la révolution agraire non une œuvre humaniste, sociale et économique mais un instrument pour asseoir leur hégémonie politique et « bolcheviser » la mentalité algérienne réfractaire au communisme qui touche au valeurs religieuses et à la morale.
  • La lutte idéologique menées par les islamistes qui ont trouvé une voie pour dénigrer Boumédienne et sa voix de développement socialiste. Abstraction faite de Malek Bennabi qui avait approuvé et soutenu la révolution agraire dans son aspect de justice sociale et de réparation historique, les mouvements islamiques, ignorant à l’époque le Fiqh économique de l’Islam sur la propriété foncière, sur l’État, sur la valeur travail se sont opposés à la révolution agraire comme étant une œuvre impie. Si les communistes voyaient la révolution agraire le moyen de faire sortir l’Algérie de son islamité et de la libérer des « réactionnaires » musulmans, les islamistes voyaient dans la révolution agraire le pouvoir grandissant des communistes dans le pouvoir.
  • Le volontarisme et le pragmatisme sur une idée vague ne peuvent mener loin sans théorie, sans concepts, sans méthodologie et mobilisation des moyens logistiques

L’échec de la révolution agraire a tué tout esprit d’initiative populaire. Le même schéma s’est retrouvée dans la mise en échec des industries industrialisantes. Le passage d’un dirigisme de l’État au nom de la justice sociale à un libéralisme sauvage et laxiste ainsi qu’à une absence de l’État au nom de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché a finit par laminer toutes les bonnes volontés déjà épuisées et atomisées par les années de la terreur. Notre patrimoine est riche, mais plein d’erreurs d’aiguillages et d’échecs non assumés et non bilantés pour en faire un tremplin vers autre chose que l’immobilisme et l’hésitation. Les coopératives peuvent souffrir de cette mémoire traumatisée, mais elles sont un moyen simple et efficace de surmonter les crises en revenant à ce qui a fait la force de ce peuple dans les nuits sombres du colonialisme : la solidarité et l’invention des moyens autonomes de survie puis de résistance. En 2012 nous sommes dans la même situation qu’avant le déclenchement de la révolution : l’aggravation des contradictions et l’absence de perspectives crédibles. Il faut aller puiser nous forces en nous mêmes et nous réconcilier par le travail et l’occupation rationnelle et équitable de ce territoire disposé à donner avec générosité.

Nos traditions berbères et notre culture musulmane se rejoignent sur ce terrain de la solidarité, de l’assistance mutuelle  et du travail collaboratif. L’expression « travail arabe » n’était pas une expression péjorative, elle exprimait l’émerveillement de l’orientaliste qui découvre le monde musulman et ses compétence de travailler dans ce que les restaurateurs architectes et les spécialistes de la restructuration urbaine appelle le travail en brouillon qui est une organisation complexe faisant appel à plusieurs corps de métiers sur une même étendue et dans un même moment. L’émerveillement c’est de ne pas distinguer la structure de classe gommée par le travail en commun pour construire ou restaurer une mosquée, un quartier, un jardin, un forage d’eau …

Nous avons la mémoire, la culture, la religion et le réservoir de main d’œuvre et de territoire pour faire des ces coopératives un fer de lance pour une refondation sociale, une prospérité économique et une résistance contre le nouvel ordre mondial. Nous sommes une histoire, une culture et une religion  du don et du sacrifice. Nous ne sommes pas des vauriens avachis par trop manger et trop plaisanter. Nos grands parents et nos parents nous ont tracé un chemin de gloire et de grandeur, ne leur faisons pas honte !

Je rends hommage aux proches disparus que l’histoire a relégués à l’oubli.  Ils faisaient partie de ces jeunes tombés très tôt au champ de l’honneur. Ils faisaient aussi partie des internés dans les camps français pour que l’Algérie et ses enfants vivent dans la liberté. Ils faisaient aussi partie de ces jeunes algériens qui sont parvenus durant la colonisation à se hisser au dessus de  leur condition sociale par leur travail et par les opportunités que le colonialisme a commencé à offrir pour disposer d’une main d’œuvre indigène plus instruite pour servir d’auxiliaires techniques aux colons et à l’administration coloniale.  L’histoire retient les harangueurs des foules, mais elle oublie les abeilles qui ont construit le mouvement syndical algérien en apprenant le militantisme et la dialectique anti-coloniale et anti-impérialiste dans les coopératives et les sociétés de prévoyance qui leur permettaient de subvenir à leur besoin, de payer leurs études et d’apporter de l’aide aux démunis dans les secteurs de l’agriculture, des céréales et du lait. La coopérative est une école d’éveil politique loin de l’esprit sectaire et partisan. Le syndicalisme authentique comme le militantisme politique ne sont pas des arrangements d’appareils ou des dans politiciennes, mais la quête de l’intérêt public

Je rends hommage aux militants du FLN authentique qui au lendemain de l’indépendance ont ouvert les universités populaires qui ont permis à des générations d’algériens d’apprendre à lire, d’apprendre à manipuler les concepts et la dialectique. Même si les militants de ces universités étaient d’obédience communiste, nous devons leur rendre hommage. Ma conscience sociale et populaire s’est forgée dans ces universités populaires, assis à côté de certains de mes enseignants algériens sur le même banc avant que la scène et la salle ne devienne part la suite du music hall de bas niveau pour des enfants dont les parents mimaient l’Occident dans les futilités.

De la même manière il faut étudier l’expérience de la Medersa des Oulémas algériens  qui est une démarche identique à celle de l’esprit de résistance et de dignité des coopératives.

Toutes ces expériences sont à réactivées, à étudier et a considérer comme des acquis qui doivent nous aider et nous redonner l’enthousiasme et  enfin nous  libérer de cette mentalité de nihiliste, de défaitiste qui nous rends vulnérables non seulement devant la culture de la rente, mais devant les chants des sirènes des nostalgiques de l’Algérie française  qui n’auront de repos que le jour où ils verront l’Algérie et l’avenir des Algériens à jamais engloutis par les Algériens et Satan qui leur enjolive leurs mauvaises actions.

19 – Une opportunité à saisir :

Nous lisons dans la presse les déboires des projets véhicules en Algérie ainsi que les scandales réels ou fictifs avec Peugeot et Renault. Ces deux marques restent très prisées sur le marché algérien. Il faudrait revoir le « concessionnariat » véhicules de tourisme  avec ou sans montage de véhicules en Algérie en y impliquant la démarche stratégique en terme de formation,  de production,  d’emploi et d’intégration nationale sur le plan industrielle. La réorganisation de la filière véhicule en Algérie  peut donner lieu à l’émergence d’une industrie de petite et moyenne  mécanique en s’appuyant  sur :

–         les implantations du foncier industriel et marchand de la filière « véhicule »,

–         les compétences nationales en matière de constructions mécaniques,

–        la liste et le choix des  milliers de pièces qui peuvent être sous traitées en Algérie sur les milliers de sous traitants internationaux de la filière automobile française,

–        l’accord avec un constructeur français sinon étranger pour produire localement et pour le marché local et pour l’exportation

Alors  la production des « jeunes entrepreneurs » algériens peut atteindre en moins de 5 ans un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros par an dont 6 millions à l’exportation. La seule condition est le montage d’une  ingénierie nationale inédite : l’acquisition et le transfert du know how au profit de petits ateliers de fabrication encadrés par des experts français et algériens  pour redonner à l’algérien la culture mécanique et lui permettre d’atteindre le régime de croisière  avec une production qui satisfait aux exigences techniques en matière de normes et de qualité de fabrication.  Algérie dispose d’une expertise reconnue en matière de mécanique. Il faut visiter et voir la production mécanique des complexes pelles et grues de Constantine ou véhicules industrielles de Rouiba. Il y a du capital humain, technologique et technique et du savoir faire  qui ne demandent que la reconnaissance et le droit à l’innovation et à la prise d’initiative. Il y a des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers qui aiment leur métier et qui aiment l’Algérie et sa jeunesse : il faut les appeler et les écouter.

Au lieu de nous lamenter sur l’obscurité, allumons une bougie pour nos jeunes et n’ayons pas peur d’être ambitieux à la lumière de la grandeur de l’étendue géographique et historique de notre immense pays encore vide et sous peuplé.

Peugeot et Renault ont des capitaux et des marchés, mais ils ont une histoire et je sais avec certitude pour les avoir rencontrés au nom d’un Ministre alors qu’il était en poste  qu’ils ne sont pas intéressés par s’associer avec les vampires qui ont sucé le secteur public et sont devenus des barons de l’import export. Ils sont prêts à s’embarquer dans une nouvelle aventure humaine et industrielle qui redonne de l’éclat à leur image de marque et les fait sortir de la morosité de l’économie française. Face à eux il faudrait mettre « monsieur propre, monsieur idée, monsieur entreprise… »

Cette idée est non seulement simple et réalisable, mais elle peut être transférer sur des centaines de filières. La solution de l’Algérie n’est pas dans l’exploitation des gisements de schiste pour se prémunir de la crise énergétique dans l’avenir putatif, elle est dans la solution à apporter immédiatement aux  jeunes avant que ne se produise l’explosion irrémédiable ou que ne survienne la mort et que chacun se mette à se mordre les doigts de regrets et de remords.

Une des filières qui pourrait combler la désolation des routes et des autoroutes est un vieux projet que les américains avaient proposé à l’Algérie au milieu des années 70 et dont j’ai oublié le nom. L’idée est simple : mettre en place un maillage de motels, de magasin de pièces de rechanges, de cafétéria, de bains publics, de centres de santé, de station essence, de réparation et d’entretien véhicules. Bien sur que le projet existe en Algérie avec des Wawouh aussi grand que la patriotisme de canailles que nous avons développé par notre amour moribond et malsain. Il s’agit de favoriser les jeunes et ne pas laisser toujours les mêmes s’installer en oligarchies avec les germes de violence dans un pays qui ne parvient toujours pas à comprendre le sens de « Res Publica » ni à donner à leur religion un caractère civilisateur et libérateur :

{L’aubaine qu’Allah a accordée à  Son Messager aux détriment des gens de la Mecque, revient à la Cause d’Allah, au Messager, aux proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni : afin que cela ne circule pas exclusivement parmi les riches d’entre vous} Al Hashr 7

Nous avons 150 ou 200 milliards de dollars de réserve : je ne demande pas de les donner comme une rente aux jeunes, mais de leur permettre de  transformer l’abondance de leur temps inutile en temps de travail utile pour qu’ils soient le meilleur gisement car il est le gisement durable qui se reproduit part lui-même en s’élargissant et en s’améliorant.  Laissez-les travailler ! Ne les assistez pas ! Ils sont capables de vivre, d’entreprendre sans la tutelle de personne.

20  – Un cas surprenant :  le secteur halieutique

Avec 1200 km de côtes, une insuffisance en termes de protéines marines et un déficit en moyens de pêche et en moyens logistiques liés aux activités halieutiques et connexes l’Algérie peut en quelques années mettre sur pied des coopératives dans la pêche côtière, le froids, le conditionnement, le transport, la réparation navale, la fabrication de glace, l’aquaculture, les jardins de la mer… Ces coopératives peuvent générer des dizaines de milliers d’emploi et 300 à 500 millions  de dollars.

Les jardins de la mer peuvent générer non seulement la production d’algues, d’huitres, de moules pour l’exportation, mais des produits extraits des algues : l’alginate produit qu’on utilise en prothèse dentaire ainsi que de la gélatine végétale pour l’industrie de la confiserie et de la pâtisserie. L’Algérie pourrait exporter de la gélatine halal pour les consommateurs musulmans en France et en Belgique.

Algérie c’est le pays d’Abel comme disait l’acteur « momo le fils de la Casbah » qui a joué le rôle du fou dans l’incendie (Dar as Sbitar), mais les Algériens en ont fait celui de Caïn. C’était le grenier et la manne de tous les colonisateurs comme si le destin de notre pays, par la faute de ses gouvernants et de ses habitants, est de se montrer généreux pour les envahisseurs, mais avare et cruel pour les siens.

21 Redéploiement des entreprises publics des collectivités locales

Nous savons tous que  l’opération de réorganisation du secteur public  a été mal conduite et finissant comme un démantèlement du secteur public qu’une restructuration industrielle. Les entreprises locales publiques représentent presque mille entités économiques tout corps de métiers et utilisant la majorité des personnels du secteur public productif.  Les coopératives sont l’outil idéal de la restructuration qui met fin au démantèlement anarchique et inavoué du patrimoine national.

– Organiser des séminaires de sensibilisation sur les coopératives

– Restructurer l’entreprise en métiers distincts. Chaque métier est une coopérative. Chaque coopérative est ouverte aux sociétaires externes.

– La viabilité et l’efficacité des nouvelles entreprises priment sur le social. Le contentieux social pour les travailleurs et les métiers qui ne peuvent (ou ne veulent) pas être abosorbés par les coopératives relève des prérogatives de l’Etat et du liquidateur. Les coopératives doivent pouvoir redémarrer sans héritages des contentieux

– Transformer les indemnités de licenciement en capital social après une opération de liquidation judiciaire qui assainit la situation comptable de l’entreprise

– Céder, ni au dinar symbolique ni au prix du marché, mais à la valeur coutante aux travailleurs coopérateurs et à leurs enfants, les actifs fixes et circulants.

– Mettre en place un échéancier de remboursement

– Mettre en place des formations de gestion

– Passer commande sur une période garantie permettant aux nouvelles coopératives issues du secteur public local d’atteindre l’autonomie de gestion et le régime de croisière en termes d’exploitation

22 – Les mesures d’accompagnement :

Il y en très peu. L’initiative étant essentiellement et prioritairement  populaire. L’Etat devra en  faciliter le cadre juridique et les implantations territoriales dans un pays où le foncier est excessivement cher.

Les apports attendus sont d’ordre institutionnel sur le plan des subventions,  de la fiscalité, de la simplification des procédures, de  l’acquisition des locaux et des installations…

Le plus grand apport serait la création par l’Etat d’une agence nationale de promotion des  coopératives. Elle serait chargé de définir les opportunités et les pertinences de projet, la formation, l’assistance technique, financière et juridique. Les expériences malheureuses des aventures improvisées et du clientélisme corrupteur  depuis la fin des années 80 à ce jour font peur aux coopérateurs animés d’un esprit sain et d’une philosophie claire. L’Etat algérien a dépensé suffisamment d’argent pour l’emploi des jeunes et l’aide à investissements qui se sont avérés avec le temps des moyens que les rentiers et les clientélistes détournent à leur profit sans création d’emploi ni de production.

Si l’Etat se lance dans cette agence il devra, s’il veut que le projet aboutisse,  donner à l’agence un caractère spécifique et protégé de la rapine et du favoritisme :

–        Elle doit fonctionner comme un organisme public à but non lucratif.

–        Elle gère sous son entière responsabilité et sous le contrôle direct de l’inspection générale des Finances (IGF) du ministère de l’Economie les dossiers d’attribution des aides aux coopératives.

–        Elle met en place un système informatique avec gestion de la base des données des acquéreurs et avec la garantie de la protection des données.

–        Elle met en place un système de chèques « spécial coopérative »  au nom de la raison sociale de la coopérative.

–        Elle met en place un système décentralisé de soutien aux coopératives.

–        Elle doit disposer d’un conseil d’administration composé de professionnels du secteur privé et public, de représentant des chambres de commerce et de métiers, des représentants des syndicats des travailleurs et paysans, de journalistes, et de représentants des 4  ministères : Finances, le  travail, la formation et l’intérieur. Mais  la majorité du conseil sera constituée par les délégués des fédérations des coopératives.

–        Elle peut réaliser des partenariats avec les grandes fédérations internationales  de coopératives et d’économie solidaire indépendantes des partis et des Etats.

–        En attendant la création des coopératives et de leur fédération, le directeur général de l’Agence de promotion des coopératives peut, pour une période de transition de moins de 3 ans, faire fonctionner l’agence selon un cahier des charges.

–        L’agence sera dissolue dès la fin de transition qui doit voir l’émergence de coopératives viables et aptes à se fédérer. Pour remplir sa fonction, l’Agence peut créer des groupes de conseils et d’expertises ad hoc.

Si l’Etat est démissionnaire ou s’il met en place des structures bureaucratiques,  il appartient aux Algériens de prendre les initiatives le plut tôt possible. L’agence n’est pas une nécessité, mais un organe de facilitation dont on pourrait se passer.  Un juriste compétent et vertueux peut montrer rapidement toutes les possibilités que permet la loi algérienne en l’état actuel des choses ainsi que les moyens légaux de faire face aux contraintes imposées par la bureaucratie et la rente.

Les hommes libres de ce pays, encore attachés à l’amour de ce peuple et aux valeurs du premier novembre 54, peuvent et doivent faire l’effort de donner de leur temps et de leur argent  pour apporter leur contribution à la mise en place de cette pépinière qui peut générer en quelques années et avec très peu d’investissements des gisements de métiers et de chiffre d’affaires.

Il ne s’agit pas de faire un « printemps arabe », mais de réaliser, tous ensemble,  la paix, la concorde et la prospérité dans notre pays.

23 : La formation et l’apprentissage professionnel :

L’Etat a une grande opportunité de relancer la formation en faisant une formation à la carte. Les contributeurs bénévoles ou associés, individus ou entrepreneurs,  peuvent, avec ou sans l’Etat,  intervenir dans le domaine de la formation et de l’apprentissage.

En effet il y a un gros déficit de formation professionnelle en quantité et en qualité. L’Algérie a consenti par le passé d’énormes efforts de formation qu’elle a délaissé laissant un pan entier de la jeunesse pour laissés pour compte pertes et profits.

Celles et ceux qui sont passionnés de pédagogie, de qualification professionnelle peuvent s’investir dans ce créneau de formation et mettre en place quelque chose d’inédit dans le monde : les coopératives de formation où l’apprenant finance modestement une partie de sa formation et le reste de sa formation sera remboursé sous formes d’actions dans la coopérative ou sous formes de crédits sans intérêts. Il faut se mettre à produire des idées, à générer des actions, à entreprendre et ne pas laisser les privilégiés voler et corrompre votre pays.

Il est honteux qu’un pays comme l’Algérie ne fasse pas de la recherche-développement en pédagogie et didactique de l’apprentissage professionnel. Il est encore plus honteux, eu égard au chômage,  à la perdition scolaire et à la précarisation de la population de rester figés sur les modèles éculés de la dichotomie entre travail manuel et intellectuel. La France, au niveau actuel de son développement, continue de former des CAP et des BEP, et des équivalences professionnelles  alors que l’Algérie  a délaissé ces formations diplômantes de niveau 5 et 4.

En plus des formations qualifiantes métiers  il faut prévoir des formations qualifiantes gestion de projet pour les futurs conseillers de coopératives ainsi que des formations pour les gestionnaires des coopératives, car une  coopérative reste une entreprise ave ses métiers, son organisation et son exploitation.

Les hommes de bonne volonté peuvent trouver l’art et la manière de mettre en place des ingénieries de formation qualifiantes  qui ne sont pas reconnues par les ministères et la fonction publique, mais reconnues par les professionnels et qui donneraient une reconnaissance sociale ainsi qu’une compétence pour se lancer dans un métier et comme coopérateur dans une coopérative d’avenir.  Il suffit d’organiser des évaluations de certifications sur les établissements de formation, sur le cursus pédagogique et sur l’examen final. Cette évaluation effectuée de concert avec les professionnels n’est pas une atteinte à la loi ni un faux diplôme, mais une attestation de reconnaissance professionnelle que telle personnelle a telle et telle aptitude qui lui permet d’effectuer tel métier ou telle tâche. Point final. Les seuls règles à ne pas transgresser sont celles où il faut des habilitations et des homologations délivrées par les organismes certifiés comme par exemple les habilitation électriques  pour intervenir sur les armoires ou les installations électriques et autres habilitations exigées pour la sécurité et la protection des  personnes et des biens. Il n’y en a pas beaucoup.

Nous voulons donc que nos coopérateurs aient une culture d’entreprise ainsi que les fondamentaux en termes de règles de l’art  en vigueur dans les  usages et les métiers. Pour les sceptiques et les rabats joie nous leur disons : La santé publique a fonctionné pendant des années en s’appuyant  sur des agents paramédicaux  sans diplômes après l’indépendance et ce dans toutes les Wilayas et pas seulement dans les Wilayas déshéritées. Nous avons eu des sages femmes rurales  dont certaines  sont  toujours en poste ou en retraite avec une formation accélérée de l’Unicef destinées aux accoucheuses rurales en Afrique.  Nous leur disons est-ce que la révolution algérienne était une importation clé en main ?

24 – La recherche développement et les cursus universitaires.

Dans les pays occidentaux malgré la domination des médias, des sources de savoir et des économies par les oligarchies financières et les lobbies nous voyons des universités,  des bibliothèques et des centres de recherches offrir des terrains d’études, de stages, de spécialisation et de recherche dans les activités liées aux coopératives et aux transferts de connaissances entre les disciplines et les organismes publics. Le tissu universitaire et documentaire algérien est appelé à promouvoir des cursus de troisième cycle ainsi qu’a produire de la documentation  pour :

–        Encadrer et donner les outils conceptuels, méthodologiques et monographiques aux coopérateurs

–        Promouvoir la culture d’entreprise et le management de type coopératif tant au niveau des dirigeants de coopératives et de fédérations de coopératives pour doter les coopératives des procédures juridiques, financières, techniques, managériales, comptables  et philosophiques  que la culture sociale pour la rendre acquise et impliquée dans le développement et la participation à l’effort collectif

–        Revoir le système comptable inspiré de la comptabilité occidentale qui fait rémunérer trois fois le capital a travers les amortissements, les intérêts et les dividendes. L’urgence est de proposer une solution pour entreprendre l’expertise des apports en nature, en travail, en cognition dans le capital social de la coopérative. Les pays industrialisés parviennent  à faire de la compétence et du savoir un actif fixe ou circulant dans l’entreprise. Nous devons reprendre l’esprit créatif, imaginatif, et ne pas rester des consommateurs des idées des autres ou des auxiliaires de consommation à leur marché et à leur idéologie.

25 – Le retour au pays

Nombreux sont les enfants des émigrés qui veulent retourner au pays de leur parent, car ils ressentent de plus en plus les horizons se boucher sur le plan économique, social et culturel. Les quelques retours ne sont pas toujours réussis faute d’opportunité d’investissements et de connaissance  des « règles » du jeu. La coopérative est un excellent moyen d’insertion socio-économique car elle offre l’encadrement humain, technique et social qui sécurise, réconforte et soutient par l’échanges des compétences, des expériences et par le lien social qui se crée entre les coopérateurs et leur environnement.

26 –  Le partenariat avec l’Etranger

Les coopératives en terme de métiers, de savoir faire technologique,  de documentation  technique, d’installations industrielles, d’organisation managériale, de capitaux et de commerce extérieur peuvent se mettre en partenariat avec les sociétés étrangères pour des projets d’intégration économique, de nouvelles technologie, d’exportation… Les partenaires qui interviennent peuvent le faire en leur qualité de travailleurs indépendants, de petites entreprises, de coopératives qui mettent en commun avec les Algériens leurs compétences distinctives.

27 – Un appel aux candidats aux prochaines élections territoriales

Il est vrai que les collectivités territoriales ont moins de prérogatives et de moyens qu’auparavant, mais elles sont suffisamment dotées et ancrées dans la population pour qu’elle puissent  encore jouer un grand rôle dans la mise en place de pépinières de coopératives autonomes ou des coopératives en partenariat avec les entreprises locales ou des coopératives en sous-traitance avec les services techniques des collectivités territoriales.

Les candidats aux élections sont donc appelés à s’intéresser de près à l’idée de coopérative et en faire un thème majeur de leur campagne.

28 – Appel aux femmes et hommes de bonne volonté :

N’attendez pas ! Organisez-vous avec les premiers volontaires et soyez les pionniers. Commencez  par une rencontre que vous pouvez appeler les Assises ou les Etas-majors  pour instaurer la constituante des coopératives. Débattez, rédigez une charte d’adhésion aux coopératives, créer les premiers statuts des coopératives, créer un label commercial et une marque déposée et ensuite comptez sur la Baraka d’Allah puis sur vos efforts :

{Dis : « Agissez, Allah Verra sûrement votre œuvre, ainsi que Son Messager et les croyants. Vous serez ramenés vers le Très-Scient du Ghayb et de la Chahada, alors Il vous informera de ce que vous faisiez ».} At Tawbah 105

 « Touba (félicitée) aux Ghouraba (étrangers, bizarres)… Ceux qui réforment ce que les gens ont corrompu »

29 – Etat d’esprit du futur coopérateur

Restez simples et modeste tout en étant imaginatif, créatif et entreprenant. Si des images mentales doivent vous aider : imaginez-vous Adam (saws) peuplant la terre, sinon une abeille ou une coccinelle.Restez positif et créatif comme un adulte avec un cœur d’enfant. Pensez Lego :

Pensez à cette parabole de Jalal Eddine Rumi :

« Tu n’est pas un corps, tu es un œil spirituel. Si tu te vois crouton de pain, tu es un pain, si tu te vois une fleur, tu es parterre fleuri, si tu te vois une âme tu es l’éternité. Tu es ce que ton œil a contemplé »

30  – Les premiers principes  donc les derniers à transgresser :

–        La coopérative n’est pas une niche pour rentier et pour assistés

–       La coopérative n’est pas une impasse pour fils de riches en manque de loisirs,

–        La coopérative est une entreprise citoyenne non capitaliste

–        La coopérative est une mutualisation des  moyens de production, de vente et de financement

–        La coopérative est une culture de solidarité

–        La démarche solidaire est une alternative socialement utile et une forme de lutte contre le  libéralisme sauvage

–        Sociale et solidaire l’économie coopérative et la finance mutualisée est la quête de sens et de dignité dans une activité et dans un collectif humain qui cherchent à s’investir, produire, consommer, diriger,  décider et investir collectivement pour une économie durable, écologique, socialement utile et  à visage humain.

Le mot de la fin

Tout doit être entrepris pour redonner de l’espoir à nos enfants et ne pas les laisser en proie à la drogue, à  la prostitution, à l’économie informelle, à la précarité, et  à la harga vers l’Europe où ils risquent de perdre leur vie, leur dignité et leurs illusions les poussant dans un cas comme dans l’autre à gaspiller le talent et les promesses sociales qu’Allah a déposé en eux.

Osez l’aventure fabuleuse, vous serez heureux ! Il y a très peu de retro commissions et trop peu d’importation c’est une aventure qui n’intéresse pas les rentiers et les corrompus. Vous serez dans l’immédiat sans intérêts financiers et plus tard vous serez trop nombreux pour qu’on puisse vous voler  ou vous faire endurer la Hogra.  Allez-y devenez l’œil de la contemplation des possibilités qu’Allah(swt)  a déposé en vous et dans votre pays.

Il me reste encore  à vous présenter  dans le prochain article  un modèle de Business Plan que chacun peut adapter à sa philosophie, à ses moyens et à son secteur. A vous de jouer pour développer et mettre en réseau vos idées et vos projets. L’Internet est fait pour ça !  Pour l’instant j’ouvre un espace documentaire sur les coopératives :

Pour en savoir plus  ==>

Contributions sur l’idée de coopérative et de crédit mutuel

 

 

 

Recevez le livre « Business-Plan »

 

Omar Mazri LIBERATION-OPPRIMES.NET


Algérie : 5 idées pour les 5 années futures

Urgence : Le salut de l’Algérie et des Algériens

L’heure est grave et exige des mesures urgences. Nous  devons tirer  enseignement de ce qui se passe dans le monde arabe  pour l’Algérie qui va à grande vitesse  vers un inconnu plus catastrophique : nous devons impérativement  mettre en sourdine nos luttes intestines et mettre  fin à cette facilité de jeter l’anathème. Nous ne sommes ni juges ni détenteurs de la vérité absolue. Notre devoir est de nous attacher à l’analyse des processus, des phénomènes et de voir du mieux que nous le permet notre expérience, notre logique et nos informations, afin de voir comment se dessine la tendance et quelles sont les perspectives et issues. Au pire des cas nous aurions musclé notre cerveau en lui imposant une discipline et une rigueur même en nous trompant dans nos analyses. Il est impératif de mettre fin aux clivages classiques, islamistes –  non islamistes, et mettre le curseur sur le salut de l’Algérie livrée à la prédation interne et aux appétits externes. Le curseur mis sur la prédation, alors nous pouvons trouver pour les années à venir un immense réservoir de projets, d’idées, de débats, de sacrifices pour nous libérer de ceux qui veulent nous imposer le choix tragique entre le comptoir commercial de la France et la base coloniale de l’OTAN, de ceux qui veulent maintenir l’armée dans un rôle subalterne d’appareils qui défend la rente de quelques uns.

Il ne s’agit pas de faire une « révolution ou ‘un printemps arabe mais de procéder à un examen de conscience sur nous mêmes et dire comme un seul homme « Barakate ». Nous voulons voir l’Algérie construite par les Algériens, tous les Algériens. Nous voulons voir se constituer un front national de résistance  contre les menaces et les intimidations venant de l’extérieur. Nous voulons un front  national d’édification nationale. Nous voulons que le peuple algérien exerce sa souveraineté sur ses richesses nationales, sur son devenir, sur son modèle de développement, sur son projet de société. Nous voulons une Algérie forte et indépendante, une Algérie apaisée, une Algérie qui met fin définitivement aux germes de la violence et aux séquelles de la violence.

Nous devons garder en mémoire la précarité, la maladie, l’oppression, l’ignorance et l’humiliation de notre statut d’indigènes musulmans et rendre grâce à Allah de nous avoir accordé l’indépendance et d’avoir choisi nos parents et notre pays comme modèle de libération et de sacrifice au monde entier. Nous avons trahi cette Amàna. Revenons vers Allahavec humilité et sincérité

Le président Bouteflika a amené d’une manière bureaucratique et malsaine une pseudo réconciliation nationale. Le peuple algérien doit transcender ses séquelles et ses divergences pour aller vers une véritable réconciliation qui se base sur un principe de justice, d’équité et de vérité sans vengeance, sans règlement de comptes, sans préjugés. Le Prophète (saws) a pardonné en entrant victorieux à ceux qui l’ont combattu et tué Hamza et ses compagnons. Nous ne pouvons être mieux que lui. C’est l’offenser que de faire de la surenchère sur sa magnanimité ou l’utiliser pour des calculs politiciens. Les Algériens sont revenus vers leur insouciance irresponsable de l’indépendance,  leur divergences   et leur doute sur leur identité nationale et sur leur histoire alors que la guerre de libération les as unis et soudés. Allah nous a unis et il nous appartient de nous éveiller si on ne veut pas connaitre d’autres tragédies faute de tirer enseignement du passé :

{Attachez-vous tous au Câble (Coran) d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, puis Il a uni entre vos cœurs et vous êtes devenus  frères, par Sa Grâce; alors que vous étiez au bord d’un abîme du Feu et qu’Il vous en a sauvé. Ainsi Allah vous démontre Ses Signes, pour que vous soyez guidés! Et qu’il y ait parmi vous une Communauté : qui incitent au bien, commandent le bon usage, et interdisent ce qui est répréhensible. Ceux-là sont ceux qui cultivent. Et ne soyez pas comme ceux qui se désunirent et divergèrent à partir du moment que leur vinrent les évidences. Ceux-là auront un immense châtiment.} Al ‘Imrane 103 à 105

{ Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et prenez garde à  Allah : ainsi il  vous sera fait miséricorde.} Al Houjourate 10

N’appartenant à aucun parti et engagé par aucun lien partisan,  j’ai la liberté de parole et de conscience ainsi que le devoir de proposer  cinq axes de réflexions et d’actions pour assurer le salut de notre pays et celui de nos âmes. Le temps passe vite. Derrière nous il y a des législatives et des présidentielles ratées, devant nous il y a l’ennemi nous sommes comme Tarak Ibnou Ziad;

1 – Le retour à l’Islam qui passe par un retour au Coran.

Mieux et plus le Coran est compris moins nous devenons vulnérable dans notre façon de penser et mieux nous devenons autonomes par rapport aux rentiers de la politique, de la religion et de l’économie. Le Coran est le creuset de la foi, mais aussi de la production des idées et de la grille de lecture du monde. L’Islam est instrumentalisé par les rentiers de la politique,  de la religion et des affaires. Il est confisqué par les sectes et les confréries maraboutiques qui perpétuent la collusion entre le colonialisme et la derwacha. L’Islam est le Dine d’Allah, sa vocation est d’être sociale et civilisationnelle.  Depuis l’arrivée aux commandes de l’État de Sid Ahmed Ghozali  jusqu’à nos jours c’est la suprématie du maraboutisme et du salafisme infantile ainsi que des arrangements d’appareils avec les partis de complaisance et les Frères Musulmans opportunistes et cupides.

L’empire veut voir émerger un islam ni politique  ni social ni actanciel. Il veut pour nous un clergé ou un Vatican qui décide du halal et du haram. Nos savants et nos prédicateurs sont à l’image de notre société malade, désorientée, attirée par le sensationnel et le futile. Le Coran est notre salut, notre lumière et notre printemps :

{O vous qui êtes devenus croyants , obéissez à l’Appel d’Allah et au Messager lorsqu’il vous incite à ce qui vous fait vivre. Et sachez qu’Allah intervient entre l’homme et son propre cœur, et que c’est vers Lui que vous serez conduits.
Et craignez une sédition qui n’atteindrait pas particulièrement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.
Et rappelez-vous lorsque vous étiez peu nombreux, opprimés de par la terre, redoutant que les hommes ne vous arrachent, alors Il vous a abrités, vous a soutenus de Sa victoire et vous a octroyé de bonnes choses, afin que vous soyez reconnaissants.
O vous qui êtes devenus croyants , ne trahissez point Allah et le Messager et ne trahissez pas ce qu’on vous a confié, tout en le sachant.
Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, et qu’Allah Possède  une immense rémunération.
O vous qui êtes devenus croyants , si vous craignez Allah, Il vous accordera un Critère, Il expiera vos mauvaises actions et vous absoudra. Allah Possède la Munificence immense.} Al Anfal 24 à  29

{O Hommes ! Vous est certes venue une exhortation de votre Dieu, une guérison pour ce qui est dans les poitrines, une Direction infaillible et une miséricorde pour les croyants.} Younes 57

La miséricorde évoquée est le Coran et Mohamed (saws).

2 – L’étude systématique de la biographie du Prophète (saws) et des récits coraniques sur les Prophètes (saws) :

Notre salut est dans le respect de notre Prophète (saws) :

{ Et quiconque obéit à Allah et à Son Messager, et prend garde à Allah et s’efforce d’être pieux, ceux-ci sont les gagnants.} An Nour 57

Il y a un enseignement idéologique, psychologique, spirituel, social et civilisationnel pour ceux qui sont doués de raison et de capacité de tirer les ‘Ibra (de ‘oubour : passerelle d’une vérité vers une autre qui semblait cachée ou inaccessible).

{ Il y a sûrement dans leurs récits une leçon pour les doués d’entendement. Ce n’était point un discours controuvé, mais une corroboration de ce qui a été révélé avant, une précision de toute chose, une Direction infaillible et une miséricorde pour des gens qui croient.} Youssef 111

Il faut savoir qu’aucun Prophète, je dis bien aucun Prophète (saws), n’a eu recours à la violence. Salomon et David roi, guerrier et Prophète n’ont pas livré bataille contre les Bani Israël malgré leur comportement et leur transgression. Moïse n’a pas livré bataille contre Pharaon. Mohamed (saws) n’a pas livré bataille contre les siens. Il a été contraint en qualité de chef d’État de défendre Madinah contre les idolâtres de la Mecque et leurs alliés. Celui qui me donne une référence religieuse montrant qu’un Prophète a combattu son peuple qu’il me les apporte je changerais de position.

Nos gouvernants sont despotes et incompétents. Ils sont le produit de notre propre tyrannie et de notre propre incompétence. Ils sont par contre plus responsables car avec l’autorité et le pouvoir ils peuvent apporter les changements bénéfiques pour le peuple. Ils sont comptables de leurs actes. Plus la responsabilité est grande et plus le Jugemetn sera sévère. Aucun gouvernant ne réussit à réaliser ses objectifs ou à sauver son âme ou à être aimé de son peuple s’il est injuste.

« Celui à qui on a donné la charge de gouverner les gens et qui ensuite ferme sa porte aux pauvres, aux opprimés et à ceux dans le besoin, Allah le Très-Haut lui fermera la porte de sa miséricorde quand il sera dans le besoin et la misère à l’instant (le jour de la résurrection) où il en aura le plus besoin. »

« Celui à qui on a chargé de commander les affaires des musulmans puis abuse d’eux par la tromperie, est en enfer. »

 3 – Dévoiler l’Islamophobie

Dévoiler l’Islamophobie dans ce qu’elle a de dangereux dans le nouvel ordre mondial dominé par l’Empire et le sionisme. J’ai écris un livre et tenu des conférences sur ce sujet, mais il est difficile de montrer la réalité et de faire de la prospective à des gens habitués au sensationnel et aux stars médiatisées. Il faut communiquer sur ce sujet. J’ai mis dans ce site une fiche synoptique par laquelle j’ai rédigé mon livre, elle sert comme trame et comme réseau de relation des machinations psychologiques, idéologiques, religieuses, médiatiques et militaires. Il faudrait la diffuser vers un plus grand nombre. La fonction de l’intellectuel est de donner des outils, mais le changement réel vient de chacun de nous.

4 – Dévoiler l’Empire et ses vassaux

Dévoiler ne signifie pas insulter ou dénoncer. Dévoiler l’Empire dans sa structure de pensée et dans ses axes de dominations afin de montrer les dangers qui nous guettent et nous en prémunir en le dévoilant, en ne tombant pas dans ses pièges et surtout en restant réalistes et concentrés sur l’essentiel. Les luttes de clan, les luttes fratricides, l’esprit partisan nous affaiblit.

5 – La communauté doit faire de la politique sans tomber dans le piège partisan.

La politique c’est s’occuper de l’intérêt général pour le bien être général par des moyens pacifiques, efficaces et impliquant le maximum de personnes. Nos priorités, ici ou ailleurs, est de faire émerger de cette communauté une capacité à produire ses idées, ses élites, son argent et à s’impliquer dans l’économique, l’éducationnel et l’informationnel en qualité de producteurs et de communicateurs. Par l’Islam nous sommes un potentiel positif , une force de proposition constructive, une œuvre de bien pour nous mêmes et pour les autres

{ O vous qui êtes devenus croyants , si vous tenez conciliabule, ne tenez donc pas conciliabule de péché, d’agression et de désobéissance au Messager, et tenez conciliabule de bienfaisance et de piété. Et prenez garde à  Allah vers Lequel vous serez rassemblés.} Al Moujadalah 9

Nous sommes musulmans, la culture du devoir prime sur celle des droits comme le souligne notre Prophète (saws) :

« Accomplit ton devoir envers les gens et attends ta récompense de ton Dieu ».

Mon travail dans ce cadre vise à montrer les illusions poursuivies par l’utopie d’un état islamique ou d’un khalifat dans les conditions sociales, idéologiques et économiques actuelles. Le Coran nous a donné un instrument d’analyse et une visée, en plus de celle de désirer le Paradis et redouter l’Enfer, qui consiste au Tamkine Dine Allah sur Terre (la territorialisation de l’Islam) qui passe part la territorialisation de la communauté musulmane. C’est un concept puissant, mais qui exige un travail de longue haleine, un travail de prophète et non une gesticulation de parti politique ou une confrontation avec les gouvernants despotes qui non seulement ne créent pas les conditions favorables, mais décapitent les cadres et rendent  stériles les efforts antérieurs. C’est la patience et la vertu qui sont la solution :

{Et Nous avons fait hériter les gens, qui étaient opprimés, les levants de la terre et ses ponants, que Nous avions bénis. Et la Bonne Parole de ton Dieu fut réalisée pour la descendance d’Israël à cause de leur persévérance. Et Nous avons détruit ce que faisaient Pharaon et son peuple, et ce qu’ils ont édifié.}  Al A’âraf 137

{Nous voulons faire don à ceux qui furent opprimés de par la terre, en faire des modèles, faire d’eux les héritiers, leur Donner pouvoir de par la Terre, et Montrer à Pharaon, à Hàmàne, et à leurs soldats ce qu’ils appréhendaient de leur part.} Al Qassas 5

La communauté musulmane en Algérie doit se libérer des schémas de la démocratie occidentale et s’organiser en peuple citoyen, à travers des assemblées citoyennes qui ouvrent le débat public au niveau des quartiers sur les conditions élémentaires de vie, de salubrité, de sécurité, d’éducation. L’expérience aidant les citoyens s’organiseront de mieux en mieux sans s’opposer aux gouvernants en se fédérant sans esprit partisan, sans esprit de classe sur le principe islamique de la fraternisation qui passe non par des sermons enflammés mais la solidarité quotidienne et l’entraide mutuelle dans le crédit, dans la maladie, dans le travail, dans la gestion des affaires publiques. La liberté ne s’octroie pas, elle se réalise par un processus de libération. Le processus de libération n’est pas seulement dans la  constitution de partis politiques ou d’association, il est d’abord et surtout dans la capacité de l’homme d’assurer sa dignité sociale et humaine. Il ne peut y avoir dignité lorsque la subsistance du petit ou les approvisionnement de l’artisan sont entre les mains des rentiers et des trabendistes. La dignité qui est la visée de la liberté passe par le processus de libération qui fait de l’acte économique un acte approprié par le peuple qui doit pouvoir produire sa richesse et son argent en toute autonomie.

{Vous n’obtiendrez point la bonne foi à moins que vous ne dépensiez de ce que vous aimez. Et quelle que soit la dépense que vous ferez, certes, Allah en est Tout-Scient.} Ali ‘Imrane 92

Mohamed (saws) s’est libéré de l’emprise des Juifs de Médine et a donné de la dignité aux Mouhajirines en cassant le monopole des Juifs sur les finances, la production du fer et le marché. Les Algériens au lieu d’attendre la rente de l’Etat ou de vivre opprimés par les suceurs de sang peuvent revenir à l’esprit de nos traditions arabo berbères de la Touiza et à l’esprit innée de l’autogestion au lendemain de l’indépendance. Concrètement il faut parvenir à créer des petites et moyennes coopératives de service et de production par l’association des capitaux, des idées, de la force de travail et en parallèle institutionnaliser le crédit qui se pratique sans riba au sein de la famille ou entre amis. En fédérant les coopératives  sur les principes économiques en dehors des schémas bureaucratiques des millions d’Algériens peuvent ensemble faire émerger de la valeur ajoutée et des marchés et surtout des mutuelles de crédit autogéré  :

{Entraidez-vous à la justice et à la piété. Ne vous entraidez point au péché et à l’agression.} Al Maidah 2

Dans sa relation avec les gouvernants le peuple algérien ne doit être ni aveugle dans l’attente d’un Messie politique ni dans la posture négative du dénigrement et de la démission.  Lorsque les gouvernants agissent bien, il est du devoir du citoyen musulman non seulement de leur dire vous avez bien agi, mais de les aider à assumer leur responsabilités car dans le bien leur réussite est la réussite de tout le monde. Lorsque les gouvernants agissent mal il est du devoir des citoyens musulmans de ne pas les écouter et de ne pas leur obéir dans ce qui ne plait ni à Allah ni à son Prophète. C’est aux savants, aux intellectuels et aux musulmans qu’Allah a privilégié du rang social d’assumer leur devoir et de dire au gouvernant, avec civilité et bienveillance, qu’il a mal agi. S’ils ne le font pas ils sont des pécheurs et leur compte est auprès d’Allah. Si les gouvernants écoutent le bon conseil c’est une bénédiction pour eux, sinon c’est une malédiction pour eux dans cette vie et dans l’au-delà. La vérité et la justice sont notre bannière. Nous ne pouvons et nous ne devons être moins que les Bani Israël :

{Et du peuple de Moïse, il est une communauté : ils guident par la Vérité, et grâce à elle ils sont justes.}  Al A’âraf 157

Allah (swt) ne changera pas la situation d’un peuple qui se contente de dénoncer, d’insulter, de braver ses gouvernants. Le changement est l’œuvre de réformateurs qui agissent dans un terrain offrant les conditions et les possibilités de la réforme. Parmi les conditions et les possibilités de la réforme il y a le travail sur soi c’est à dire la réforme de soi. Jamais Allah ne donnera suprématie à des corrompus, mais il laissera les uns frapper les autres. Jamais il ne donnera pouvoir des corrompus sur des réformateurs, même si e résultat est différé :

{Nous ne perdons point la rémunération des réformateurs.} Al A’âraf 170

{ Il n’est pas de mise que ton Dieu fasse périr les Cités par injustice, alors que leurs habitants sont des réformateurs.} Houd 117

Que chacun retrousse ses manches et Allah fera voir  les véridiques et les distinguera des menteurs. Lorsque Allah nous dit que celui qui veut al ‘Izza ( la gloire, la grandeur, l’invincibilité et la puissance) elle se trouve chez Lui cela signifie que  nous cherchons la gloire, la notre ou celle de l’Islam ou de notre patrie  en dehors d’Allah et par des moyens qu’Allah désapprouvent, il ne faut pas s’étonner que les calamités s’abattent sur nous les unes après les autres.

Notre ennemi mortel : le laxisme

Ce qui nous arrive comme malheur et involution  provient de nous-même. Il est urgent de mettre fin à cette fâcheuse manie de tout imputer au colonialisme. Le colonialisme ne nous a colonisé que parce que nous étions colonisable ! Il est prêt à nous coloniser de nouveau que parce que nous sommes  toujours colonisables comme si 132 ans de colonisation, 7 ans de guerre et 50 ans d’errance en quête de notre identité et de notre voie de développement ne sont pas suffisants pour nous réveiller. La nature a horreur du vide : si nous laissons notre territoire bien vacant il est naturel que les mieux organisés, les plus déterminés et les plus cupides se l’approprient à notre détriment. Le colonialisme extérieur  et le despotisme intérieur ne sont que des facteurs aggravants de nos malheurs et des facteurs réducteurs à nos efforts lorsqu’ils sont peu consciencieux, improvisés sans orientation générale. Depuis la défaite d’Ohod les Musulmans ont été éduqués à voir dans le malheur et la défaite le signe de leur propres faiblesse et de leur propre inconséquence :

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ». Certes, Allah Est Omnipotent sur toute chose.} Ali ‘Imrane 165

Je me rappelle la quiétude et l’insouciance des années 80 qui ont fait que les cadres, les techniciens et les travailleurs s’en foutaient. Certains de mes collègues me raillaient lorsque je leur disait : méfiez-vous ! Ce laxisme va nous conduire à notre propre perte. Il est facile d’incriminer l’armée ou les gouvernants, mais il est difficile d’admettre  le comportement infantile et irresponsable des Algériens qui avaient oublié la colonisation et la guerre de libération nationale. Personne n’aura l’excuse de dire je ne travaille pas ou je vandalise car ceux qui nous gouvernent sont tyranniques ou incompétents. Chacun doit se poser la question : qu’as tu fait pour l’Algérie ?

{ Dis : « Qui vous sauve des ténèbres de la terre et de la mer  »  lorsque vous l’implorer humblement et secrètement : « S’Il nous sauve de celles-ci, nous Lui serons pour toujours du nombre des reconnaissants » ?
Dis : « C’est Allah qui vous sauve, ainsi que de toute autre détresse, mais vous voilà devenus polythéistes ! »
Dis : « Il est le Tout-Puissant qui a le pouvoir de vous envoyer un châtiment d’au-dessus de vous, ou d’en dessous vos pieds, ou de vous confondre en sectes et ainsi  faire subir à  certains d’entre vous les brutalités des autres. » Vois comment Nous varions les Signes, afin de les amener à  comprendre !} Al An’âm 63

Je  rassure les sceptiques, les éradicateurs  et les rationalistes : il ne s’agit pas de faire de l’Algérie une grande école coranique (allusion à Abdou un des directeurs de la Télévision du temps de Mouloud Hamrouche). Il s’agit de nous doter d’un cadre idéologique, éthique et esthétique qui nous permet d’aborder avec notre patrimoine, nos valeurs, notre foi et nos problèmes la quête des solutions les plus crédibles, les plus efficaces à notre marasme social, économique, politique et culturel. Dans ce cadre nous pouvons, tous, apporter notre contribution à l’étude et aux préconisations des problèmes en les abordant dans un démarche pluridisciplinaire : psychologie, sociologie, histoire, économie, mathématiques, urbanisme et architecture, communication, sciences politiques. L’urgent c’est d’instaurer un débat fécond en  dehors de la culture de la rente et de la cooptation. Si les détenteurs du pouvoir consentent à écouter et à donner suite ce sera bénéfique pour tous. S’ils continuent à s’isoler du peuple, à l’ignorer, à le mépriser et à rester enfermés dans leurs microcosmes et leur asile idéologique, nous devons refuser l’enfermement et le mépris en demeurant nobles et généreux, car il s’agit de notre dignité et de notre patrie.

Concrètement…

Le prochain article : COOPÉRATIVES ET CRÉDIT MUTUALISTE

Omar Mazri – libération- opprimés

Coopérative : Définition

Fondements des principes coopératifs
Par Michel Lafleur,
directeur de l’Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives de l’Université de Sherbrooke (
IRECUS)

«Il existe depuis plus d’un siècle une autre façon que celle proposée par les écoles d’administration de concevoir la gestion des organisations et le développement: les coopératives. Une vision basée sur les besoins des gens, où le capital sert de moyen et où les excédents (ou profit dans le langage capitaliste) ne sont pas redistribués selon le capital investi.

La coopérative est «une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement». 1 Ce type d’entreprenariat est né suite aux critiques faites par certains penseurs sur les lacunes du capitalisme naissant. La première coopérative à connaître le succès, la Société des équitables pionniers de Rochdale, en Angleterre, est le résultat d’une synthèse de certains penseurs de l’époque (Fourrier, King, Owen, Saint-Simon, Buchez, Plockboy, Proudhon, etc. ). Les pionniers de Rochdale ont ainsi réussi à appliquer concrètement des principes de développement dans une dynamique entrepreneuriale.

Ces critiques des lacunes du capitalisme naissant et leur transposition sous forme de principes découlent d’une vision novatrice du développement. Une vision qui s’incarne dans les valeurs fondamentales des coopératives; la prise en charge et la responsabilité personnelle et mutuelle, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité. Fidèles à l’esprit des fondateurs, les membres des coopératives ont adhéré à une éthique basée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme. Ces valeurs fondamentales se sont ensuite transformées en principes, qui ont évolué avec le temps, pour former aujourd’hui les sept principes coopératifs qui constituent les lignes directrices devant permettre aux coopératives de mettre leur vision du développement en pratique.

De façon générale, ces critiques tournaient autour de deux grands thèmes. Le premier touche le rôle du capital. Les auteurs reprochent au système capitaliste naissant d’accorder aux seuls détenteurs de capitaux tous les bénéfices de l’entreprise grâce uniquement à leurs investissements financiers sans que ces derniers participent réellement à la création de cette richesse. Pour ces penseurs, ce n’est pas dans le capital (investissement) que se situe la vraie richesse d’une nation, mais dans le travail (les coopératives de travail, point de vue de l’école française) ou dans la consommation (les coopératives de consommation, point de vue de l’école anglaise). La célèbre parabole de Saint-Simon sur les industriels (ou détenteurs de capitaux) résume bien cette pensée 2. Ces auteurs dénoncent ainsi les revenus sans travail (coopérative de travail) ou le fait que les intermédiaires facturent une surcharge aux prix des produits sans que ceux-ci n’ajoutent une réelle valeur au produit (coopérative de consommateurs).

En résumé, est critiqué le fait que les détenteurs de capitaux obtiennent tout le bénéfice de l’entreprise pour eux seuls. Les auteurs proposent que le capital ne soit pas l’unique moteur, décideur et bénéficiaire du développement. Ainsi naissent les principes coopératifs suivants: • Les décideurs seront ceux qui participent à l’objet de la coopérative, soit les travailleurs (coopérative de travail), les consommateurs (coopérative de consommation) ou les producteurs (coopérative de producteurs). Ces personnes éliront des représentants qui seront responsables devant elles. Seule la qualité de membre donne accès à ce droit de vote qui n’est donc pas proportionnel à l’argent investi. Conséquemment, ce n’est pas l’argent qui sera la finalité des décisions mais les besoins des membres. C’est le principe coopératif du pouvoir démocratique exercé par les membres (un membre = un vote).
• L’argent nécessaire au démarrage et au développement de la coopérative doit provenir de ses membres. Comme ce capital n’est pas la raison d’être de la coopérative, chacun recevra une rémunération limitée décidée par les membres. De plus, les surplus de fin d’année seront redistribués en proportion de l’usage que font les membres de la coopérative et non de l’argent investi; les membres créeront une réserve impartageable qui rendra une partie de la coopérative inaliénable et patrimoine de la communauté et, finalement, une partie des surplus de fin d’année pourra être affectée à différentes activités de la communauté. C’est le principe coopératif de la participation économique des membres.
• La coopérative, dans toutes ses activités et tous ses partenariats éventuels avec l’État ou avec d’autres organisations doit préserver le pouvoir démocratique des membres et assurer l’indépendance de la coopérative face à ces organisations. En aucun temps, ses partenariats doivent compromettre la capacité de la coopérative de prendre ses décisions en fonction de son objet. C’est le principe coopératif de l’autonomie et de l’indépendance.
Les critiques portent en deuxième lieu sur l’organisation de ce changement. On réfléchit sur la meilleure forme possible d’organisation pour amener les changements nécessaires à la solution des problèmes de développement. On peut regrouper les différentes solutions proposées autour de trois écoles. Une première porte sur la défense des droits des travailleurs par le moyen de l’organisation syndicale. La deuxième prône des changements politiques majeurs de la société par une organisation politique de type socialiste ou communiste. Une troisième école, celle du coopératisme, propose une solution entrepreneuriale, soit l’organisation coopérative.
• Les auteurs de l’école entrepreneuriale décriaient la situation de pauvreté dans laquelle vivaient les classes laborieuses malgré la richesse des industriels et de la classe bourgeoise; ils dénonçaient l’exploitation de l’homme par l’homme. Selon eux, seule une révolution par cette classe laborieuse pouvait renverser la situation; on ne pouvait se fier aux gouvernements en place ou aux détenteurs de capitaux. Ces exploités devaient prendre eux-mêmes leur propre développement en main, être solidaires et permettre à tous, dans une dynamique démocratique, de participer à ce développement. Il fallait donc créer une organisation entrepreneuriale qui reposerait sur ces bases. D’où les autres principes coopératifs suivants:
• L’idée de base de la coopérative est de regrouper librement des gens qui ont un besoin commun, soit obtenir un produit ou un service (coopérative de consommateurs), vendre une production (coopérative de producteurs) ou se trouver un emploi (coopérative de travailleurs). Ce faisant, ces personnes regroupées en coopératives veulent bâtir un projet selon les valeurs du coopératisme et solutionner un problème que le marché traditionnel ne solutionne pas à leur pleine satisfaction (salaire trop faible, mauvais approvisionnement, prix trop élevé, faible retour sur la production, etc.). Mais, il ne faut pas qu’un groupe de personnes au sein d’une coopérative en viennent à garder uniquement pour eux un avantage au détriment d’autres personnes qui voudraient contribuer positivement au projet de la coopérative. L’entrée à la coopérative doit être toujours ouverte et libre. Également, aucune discrimination ne peut servir d’excuse pour refuser l’entrée d’une personne au sein d’une coopérative. C’est le principe coopératif de l’adhésion volontaire et ouverte à tous.
• Comme la coopérative est une forme d’organisation avec des valeurs et des principes particuliers, elle doit s’assurer que ses membres, dirigeants, gestionnaires et employés comprennent bien sa nature et sa dynamique afin d’obtenir un apport optimum de chacun. La coopérative doit aussi s’assurer d’informer le grand public sur la nature du projet coopératif. C’est le principe coopératif de l’éducation, la formation et l’information.
• La coopérative ne doit pas évoluer en vase clos, au contraire, elle doit se regrouper sous forme de fédération et de confédération dans le but de mieux servir ses membres et de renforcer le mouvement coopératif. C’est le principe de la coopération entre coopératives.
• Avec l’émergence des problématiques liées à l’environnement, les coopératives doivent contribuer, à leur façon, au développement durable de leur communauté. C’est le principe coopératif, datant de 1995, de l’engagement envers le milieu.
Voilà en résumé le projet coopératif: sept principes qui résument la vision du développement et qui guident la gestion de ce type d’entreprise.»


Notes
1. Alliance coopérative internationale, Déclaration sur l’identité coopérative, 1995
2.Voir sur le site de l’Université Lumière de Lyon

Source: MICHEL LAFLEUR, « Gestion et développement: les coopératives au cœur du développement durable« , L’Agora, vol 10 no 2, automne 2003

Coopération et coopératives

Jacques Dufresne

Cette étude est une contribution de l’Agora à l’année internationale des coopératives

10 septembre 2012

De la main invisible à la main tangible

Dans un récent numéro de la revue Le Coopérateur, organe de la Coop fédérée, monsieur Antoni Bérard, pionnier de la coopération au Québec, né en 1919, fondateur de la coopérative Agrivert, terminait ainsi son témoignage : «Dans ce temps-là, les coopératives étaient vues comme un outil indispensable d’émancipation des Canadiens français.» Elles sont toujours un outil d’émancipation pour les groupes les plus vulnérables de la planète.

 Mais peut-on considérer l’émancipation comme achevée, même dans les régions les plus favorisées, lorsque les spéculateurs de quelques grandes places financières jouent à perte les biens produits par des milliards de travailleurs et lorsqu’une poignée de multinationales décident de tout en matière d’exploitation des ressources naturelles, pendant que d’autres achètent des terres par milliers d’hectares dans des pays qui n’ont pas encore eu l’occasion de se les approprier vraiment?

 C’est pour toutes ces raisons que les Nations Unies ont fait de 2012 l’année internationale des coopératives. En raison de la crise financière qui l’a marquée, l’année 2008 fut pour le néo-libéralisme, sinon l’équivalent de 1989 pour le communisme, du moins un humiliant avertissement. Comme le libéralisme classique dont il est l’exacerbation, le néo-libéralisme repose sur l’idée qu’une main invisible fait concourir au bien commun les comportements égoïstes de chacun. En 2008, on constata que la main invisible, magique, mécanique, devient de plus en plus voleuse à mesure qu’elle se laisse emporter par l’abstraction et la vitesse.

 Comme le néo-libéralisme était devenu l’idéologie unique, le communisme à l’autre pôle s’étant discrédité, la panique s’empara des esprits les plus lucides. Un retour à l’histoire de l’économie leur permit de découvrir que le remède se trouvait du côté de la main tangible, celle que l’on voit, que l’on touche, que l’on serre et qui, pour cette raison, symbolise parfaitement cette réalité incarnée appelée coopération.

 La journée internationale des coopératives, célébrée chaque année le premier samedi de juillet, existe depuis 1992. Celle de 2009 fut pour le Secrétaire général des Nations Unies l’occasion d’une déclaration dont la portée historique deviendra de plus en plus manifeste avec le temps.

 «Le thème de la Journée internationale des coopératives pour cette année (« Stimuler le relèvement économique à l’aide des coopératives ») met l’accent sur la valeur de l’entreprise coopérative. Les coopératives peuvent accroître la capacité de résistance des groupes vulnérables. Elles peuvent aider à créer des marchés plus équilibrés pour les petits exploitants et donner aux petites entreprises l’accès à des services financiers. Elles peuvent créer des emplois et améliorer les conditions de travail. Le modèle économique des coopératives ne repose pas sur la philanthropie mais sur l’auto-assistance et la réciprocité. Dans les pays frappés par la crise financière, tandis que d’autres institutions financières ont dû réduire l’offre de crédit, le secteur des banques coopératives et des coopératives d’épargne et de crédit l’a élargie, atténuant ainsi les conséquences du gel du crédit pour les plus vulnérables. Cela montre combien des modèles d’organisation parallèle solide et la diversité des entreprises importent au regard d’un système financier endurant. Les coopératives méritent un appui plus large. J’exhorte les gouvernements à prendre des mesures qui favorisent la création et l’expansion des coopératives.»i L’argumentaire relatif à 2012, année internationale des coopératives sera le même.

 Lors d’une conférence qu’il prononça le 12 avril 2012 devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), monsieur Claude Lafleur, Chef de la direction de la Coop fédérée, justifia la conclusion du Secrétaire général des Nations Unies en soulignant diverses caractéristiques des coopératives :

 «Les raisons de la résilience des coops sont nombreuses. D’abord, elles ne sont presque pas délocalisables. […] Elles sont réfractaires à abolir l’emploi pour gagner 1 % ou 2 % de profit en déplaçant leur production en Asie. Ensuite, elles préféreront, en temps de crise, réduire […] cadences et salaires plutôt que de mettre la clé sous la porte. Plus fondamentalement, puisqu’il ne s’agit pas d’entreprises soumises à la dictature de la Bourse, leur valeur ne s’effondre pas lorsque les actions chutent et leurs investisseurs ne les abandonnent pas au moindre soubresaut venu.»ii

 Dans le cas du néo-libéralisme, l’extrême concentration des activités les plus lucratives dans quelques grandes places financières va de pair avec le haut degré d’abstraction, la vitesse et le caractère mécanique des opérations. La coopération c’est la personne avant le profit, l’enracinement local plutôt que la délocalisation, l’incarnation plutôt que l’abstraction. En arrière-plan, le réalisme économique : les coopératives ne sont pas des organismes de philanthropie. Ce que confirment, entre autres exemples, les succès récents de la Fédérée au Canada : meilleurs résultats à vie en 2012 ainsi que des banques populaires Raiffeisen en Suisse : « Selon la RTS du 28.06.2010, Raiffeisen profite de la perte de confiance du public dans les grandes banques et annonce un afflux d’argent frais de 4 milliards de francs au premier semestre, soit un bond de 30% sur un an. Le 3e groupe bancaire de Suisse a aussi attiré 60 000 nouveaux sociétaires entre janvier et juin, contre une progression de 30 000 à la même période de l’an passé.»iii

 

Les coopératives dans le mondeiv

750 000 coopératives dans plus de 100 pays

775 millions de membres

100 millions d’emplois

3 milliards de bénéficiaires

3300 coopératives au Québec seulement, dans divers domaines : agriculture, forêt, arts, logement, crédit, épargne, éducation, télécommunications, santé, taxi, domaine funéraire.

  Le nouveau mur de fer

Nous sommes encore ici dans la perspective de la croissance illimitée. La coopération apparaît de plus en plus comme une condition de cette croissance. Elle pourrait toutefois tomber en discrédit si les idées qui triomphent en ce moment dans la droite américaine gagnaient l’ensemble des États-Unis pour se propager ensuite dans le reste du monde

 Tout au long de la guerre froide, les Américains, quelles qu’aient été les différences entre leurs deux grands partis politiques, sont demeurés unis contre l’ennemi communiste. En l’absence de cet ennemi, ils sont aujourd’hui divisés contre eux-mêmes, partagés entre la haine froide des parasites du côté républicain, et la coopération que préconisent les démocrates. Le mur de fer désormais est celui qui, à Washington, sépare la chambre des représentants, républicains, du Sénat démocrate.

La haine froide des parasites est une allusion à l’évangile selon Ayn Rand, auteur de l’œuvre la plus influente aux États-Unis après la Bible. Tout récemment encore, Paul Ryan, candidat à la vice-présidence, exigeait de ses proches collaborateurs qu’ils lisent Ayn Rand. Le principal ouvrage de cette femme, aussi médiocre en tant que romancière qu’en tant que philosophe, est un roman aux prétentions planétaires intitulé Atlas Shrugged. Paru en 1957, il se vend depuis à plus de 75 000 exemplaires par année. Il vient de paraître en français sous le titre de La Grève. Les ventes ont commencé à augmenter à partir de 2000 pour atteindre 300 000 exemplaires en 2009. En 2011, le livre est passé à la tête des ouvrages les plus vendus sur Amazon.com.

Atlas c’est l’entrepreneur divinisé. Il est fatigué de soutenir seul la planète entière, alors que pullulent autour de lui les parasites. Il suffit qu’il se mette en grève avec l’ensemble de ses homologues pour que tout s’effondre autour de lui. La liberté absolue pour l’entrepreneur, la mort pour tous ceux qui vivent grâce à lui sans se soumettre à sa loi. On exagère à peine quand on résume ainsi l’œuvre de Ayn Rand.

Elle est encore inconnue dans le monde francophone, mais grâce à Haine froide, un livre de Nicole Morgan qui vient de paraître au Seuil, aucun lecteur de langue de française ne pourra plaider l’ignorance le jour où on lui reprocherade ne pas avoir condamné ce monstre théoriquev avant qu’il ne donne lieu à trop de monstruosités pratiques.

 Voici quelques passages du livre de Nicole Morgan:

«La force d’Ayn Rand vient de ce qu’elle a, sans relâche, montré du doigt ces ennemis de la force de la nation. Elle a répété sans fin les mots «parasites», «pilleurs», «mendiants à la petite semaine» «poux», «imitations d’humains», «lie» «vermine» ou« zombies» pour décrire tous ceux qui ne produisent pas la richesse mais en vivent.»

On ne peut attaquer Ayn Rand, qui prêche la vertu soit dit en passant, sans s’exposer aux insultes de la secte qui l’entoure. Whittaker Chambers est l’un de ceux qui a osé dire la vérité crue sur Atlas Shrugged. «Dans presque chaque page de Atlas Shrugged, écrivait-il en 1957, on entend cette voix criant :  »À la chambre à gaz – Go! »»vi

Vous vous étonniez de ce que les adversaires de Obama Care fasse si peu de cas de la vie d’autrui. Si vous étiez disciple d’Ayn Rand cela vous paraîtrait normal. Vous vous étonnez de ce que tant d’Américains, tant de concitoyens d’Al Gore soient indifférents au réchauffement climatique. C’est que vous n’avez pas lu Ayn Rand. « DansContre l’environnementalisme, elle considère que l’écologie est un retour du religieux et de l’irrationnel, alors que seul le progrès technique peut améliorer la condition humaine.»vii

Pour s’élever jusqu’à celle du Führer, il ne manque qu’une chose à la haine d’Ayn Rand : le racisme. Mais si le racisme est absent de la doctrine officielle — un entrepreneur noir a autant de mérite qu’un entrepreneur blanc — les membres du Tea Party, admirateurs d’Ayn Rand pour la plupart, parviennent bien mal à déguiser la haine que leur inspire Barak Obama.

Le jour viendra inévitablement où la haine d’Ayn Rand portera sur les nations de parasites, comme l’est déjà la France au yeux des républicains. Il deviendra alors parfaitement clair que les ressources de la planète appartiendront aux nations abritant le plus grand nombre d’entrepreneurs.

Une conclusion qui était prévisible depuis longtemps.« Le laisser-faire dont nous allons parler, écrit Nicole Morgan, n’est pas celui auquel l’histoire nous a habitués. C’est une révolution documentée dès les années 1970 par Richard Burnet et Ronald Muller. Ceux qui dirigent les multinationales, expliquent-ils, sont les premiers dans l’histoire de l’humanité qui ont le pouvoir technologique, financier et idéologique de gérer les ressources de la planète selon un modèle économique unique. Il demande seulement de transcender les États-nations et ce faisant de transformer tout le processus politique. En l’absence d’un législatif mondial qui structure et équilibre cette prise de pouvoir, on peut dire qu’il s’agit là d’un laisser-faire absolu.»viii

Déjà utile pour amortir les crises et relancer la croissance classique, la coopération devient absolument nécessaire pour gérer l’épuisement des ressources dans le respect du bien commun de l’humanité. Je soutiens cette thèse avec d’autant plus de conviction que je peux m’appuyer pour le faire sur l’histoire des cinquante dernières années, lesquelles, du point de vue qui est le nôtre ici, ont été caractérisées d’une part par une série de mises en garde au sujet de l’épuisement des ressources et d’autre part par une montée en grâce de l’idée et du fait de la coopération, aussi bien en philosophie qu’en biologie et en économie.

 Tout s’est passé comme si voyant la limite, le mur se rapprocher, les hommes avaient éprouvé le besoin de se raccrocher à la coopération comme au seul moyen de composer avec la dure réalité dans une créativité joyeuse plutôt que dans une passivité amère, dans la paix sociale plutôt que dans la violence.

 Limite : les mises en garde

King Hubbert(1903-1989) et le pic pétrolier

«Notre ignorance est moins grande que notre incapacité de faire usage de ce que nous savons.»

Le géophysicien Marion King Hubbert ixest l’exemple parfait du savant dont la principale obligation, compte tenu de son champ de recherche, est de mettre ses semblables devant des faits qui contrarient et contredisent leurs rêves, à première vue les plus légitimes. On l’a enterré deux fois, après l’avoir accusé d’être un prophète de malheur; mais le réalisme étant en de rares et courts moments plus fort que le déni et l’illusion, on l’a aussi ressuscité deux fois! En 1956, il a osé prédire que la production de pétrole aux États-Unis commencerait à diminuer en 1970. Il a eu aussi l’heureuse idée de présenter les résultats de ses savants calculs sous la forme d’une courbe apparentée à celle de Gauss et de donner le nom de pic pétrolier au sommet de cette courbe. En 1956, il fallait être un peu suicidaire chez l’oncle Sam pour associer le mot limite au mot américain. Sky was still the limit! D’où le peu de cas que l’on fit dans l’opinion publique de la prédiction de King Hubbert.

En revanche, quand en 1971 on constata que la production de pétrole commençait à diminuer, ce qu’elle n’a cessé de faire depuis, King Hubbert devint un héros national. La première crise pétrolière, qui eut lieu au même moment, confirmait tragiquement la portée de son observation. On enterra de nouveau King Hubbert quand, sous la présidence de Ronald Reagan, les grosses cylindrées reprirent la route. Du pétrole il y en avait de moins en moins aux États-Unis, mais de plus en plus dans le reste du monde, semblait-on présumer. On enterra donc King Hubbert une seconde fois, pour le ressusciter au début du second millénaire, moment où il avait situé le pic mondial. Même s’il n’y a pas unanimité parmi les experts sur la date du pic mondial, deux choses sont certaines : on s’en approche, si on ne l’a pas dépassé, et les coûts énergétiques et environnementaux de chaque nouveau baril de pétrole sont de plus en plus élevés.

Ce pétrole, on se le disputera de plus en plus âprement car on en consommera chaque année davantage pour pouvoir satisfaire la demande de métaux. On a en effet appliqué la méthode de Hubbert à tous les métaux. Selon L. David Roperxce point de rencontre se situe vers 2045 pour le fer, 2018 pour le cuivre, 2089 pour le plomb, 2025 pour le chrome. (Comme il entre 11% de chrome dans l’acier inoxydable, on peut présumer que ce type d’acier, qui a l’avantage d’être durable, coûtera de plus en plus cher à partir de 2025). Et le point de rencontre pour l’or est dépassé depuis 1997!

 Garret Hardin et la tragédie des communs

En parcourant l’histoire on est souvent étonné de l’ampleur des conséquences que peuvent avoir des événements mineurs dont le principal mérite est de correspondre à l’esprit du temps. L’article « The Tragedy of the Commons » xique Garrett Hardin publia dans la revue Science en 1968 est l’un de ces petits événements aux grandes conséquences. Soit un pré commun entourant un village de bergers dont on présume qu’ils sont guidés par le seul calcul rationnel dans la poursuite de leurs intérêts personnels. Chaque berger estima donc que s’il ne prenait pas plus que sa juste part de la ressource, la plupart des autres le feraient de telle sorte qu’à la fin il serait perdant. Conséquence: le pré retourna à la boue primordiale.

Il ne fut pas nécessaire d’expliciter le sens de cette métaphore. Tous comprirent que le pré commun symbolisait les ressources de la planète et que le calcul égoïste prêté aux bergers était celui des chefs d’entreprise capitalistes. Ce pessimisme paru toutefois injustifié à plusieurs et l’on vit se multiplier, dans le même esprit, celui de la théorie des jeux, des simulations aboutissant à des conclusions différentes. Nous verrons plus loin comment le biologiste Martin Nowak et Peter Senge aboutirent à des résultats montrant que la coopération pourrait permettre d’assurer la pérennité du pré commun.

Le rapport Meadows : halte à la croissance!

Les prises de conscience que suscitèrent les travaux de King Hubbert et Garret Hardin ont préparé les esprits à ce que l’on peut considérer comme l’un des grands événements politico-intellectuels du XXe siècle, le rapport Meadows, Limits to Growth, publié en 1972 par le Club de Rome, un organisme international fondé par un industriel italien,Aurelio Peccei, et un scientifique écossais, Alexander King. (Le Canada y était représenté par un économiste visionnaire, le sénateur Maurice Lamontagne). «Ses membres considèrent que nous vivons une époque charnière. La Terre est un espace fini qui ne peut être exploité au-delà de certaines possibilités. Or, nos modes de production, de consommation et de distribution fonctionnent sans se soucier de certaines lois fondamentales de l’éco-système Terre. En général, les problèmes sont toujours considérés à court terme par les hommes, en raison de leurs préoccupations quotidiennes. Le Club de Rome lui, se place résolument sur l’échelle des générations futures et ce, à l’échelle planétaire. La croissance exponentielle des activités humaines n’est pas compatible avec un monde fini comme notre planète Terre. Ils proposent d’ouvrir la réflexion en travaillant autour d’une approche en terme de complexité. Ils l’appelleront « Problématique mondiale ». Selon eux, les hommes doivent effectuer une révolution dans leurs modes de pensée aussi profonde que la révolution copernicienne dans le domaine de l’astronomie.»xii Le rapport Meadows parut en français en 1974 sous le titre de Halte à la croissance. Il fut traduit en 37 langues et distribué à 12 millions d’exemplaires.

L’humanité était ainsi mise en garde : si rien ne change en profondeur, l’effondrement, inévitable se produira au XXIe siècle. Les prédictions qu’on y trouve sur l’épuisement des ressources naturelles s’avèrent aujourd’hui d’une précision qui donne le frisson.

 

Dans l’hypothèse du maintien des tendances actuelles, les ressources alimentaires, la production industrielle et la population continueront de croître pendant un certain temps; mais la diminution des ressources naturelles freinera bientôt le développement industriel, cependant que la population et la pollution continueront leur croissance à cause du temps de réponse relativement long de ces facteurs. Puis, ce sera l’effondrement: la croissance démographique sera brutalement arrêtée par une recrudescence de la mortalité provoquée par la carence des ressources alimentaires et la détérioration des conditions d’hygiène.

On a reproché bien des choses au rapport Meadows, notamment le pessimisme de ses hypothèses relatives à l’agriculture, mais on n’a peut-être pas assez souligné la sagesse de l’idéal qu’il propose, un équilibre durable ayant les caractéristiques suivantes : Les ressources naturelles sont recyclées; la pollution est maîtrisée et les sols reconstitués; la production des services et des denrées alimentaires dépasse la production industrielle; le taux de natalité équivaut au taux de mortalité; l’investissement du capital se fait au même rythme que sa dépréciation.

Les auteurs du rapport sont les premiers à reconnaître qu’il s’agit peut-être là d’une utopie. Ils ont toutefois démontré que la recherche d’un paradis sur terre par le maintien de la croissance est encore plus utopique. C’est l’effondrement qui est la conséquence logique d’un tel entêtement. Seul l’équilibre proposé dans le rapport Meadows permettrait d’échapper au maelström d’une décroissance qui serait l’image inversée de la croissance des cent dernières années. Notons au passage que dans la courbe de Hubbert, qui servit de modèle à plusieurs autres, une telle symétrie existe.

Hans Jonas Le principe responsabilité

Dans l’histoire de la pensée il n’y a pas beaucoup d’exemples de grands ouvrages philosophiques qui ont eu un effet immédiat sur les choix politiques à l’échelle mondiale. Le Principe responsabilité du philosophe allemand Hans Jonas est l’un de ces ouvrages. Ce livre, paru en 1984, est à l’origine du principe de précaution, lequel fut par la suite inscrit dans la constitution de nombreux pays. En cas de doute abstiens toi! Jusqu’à l’adoption du principe de précaution, le doute concernant les effets de leurs actions sur la nature ne préoccupait guère les humains, tout simplement parce qu’ils ne se reconnaissaient pas d’obligation à l’écart de la nature. Hans Jonas soutient que le pouvoir que nous avons désormais sur la nature entraîne des obligations à son endroit que n’avaient pas nos ancêtres : «qu’il doive y avoir… dans l’avenir entier un monde approprié à l’habitation humaine — et qu’il doive à jamais être habité par une humanité digne de ce nom, on en conviendra volontiers comme d’un axiome général… aussi convaincant et aussi indémontrable que la proposition que l’existence d’un monde, absolument parlant, est préférable à l’existence d’aucun.» xiii

Nous avions des obligations à l’égard de nos semblables contemporains, nous en avons désormais à l’égard de la nature et des générations à venir. Nous étions les enfants… irresponsables de la nature, nous en sommes maintenant les parents…responsables. 

 Jacques Grand’Maison ou la démesure originelle

Parmi les nombreux échos que l’ouvrage de Hans Jonas eut dans le monde, soulignons, au Québec, les mises en garde de Jacques Grand’Maison.

«En 1950, Collin Clark prédisait une croissance économique illimitée. La décennie 1960 est celle du mythe d’un État providence sans limite. Quant aux années 1970, elles nous promettaient une libéralisation des mœurs, elle aussi sans limite. Au tournant des années 1980, ces trois mythes se sont craquelés, mais pas les aspirations démesurées. […]

Prenons-nous vraiment la mesure de ces multiples démesures? On s’en inquiète bien peu. La plupart des gens refusent d’envisager fût-ce seulement l’éventualité d’un énorme fardeau financier dont ils laisseront la facture sur la table des prochaines générations. […]

Seule une pratique de responsabilité amène au respect des limites, à une logique du possible, à une autocritique qui font tant défaut présentement. »xiv

 

L’empreinte écologique

Les courbes de Hardin, de King Hubbert et du rapport Meadows n’étaient pas très pédagogiques, il faut le reconnaître. D’où l’intérêt que la notion d’empreinte écologique allait susciter jusque dans les écoles. Cette initiative commença en 1996 par la publication de Our Ecological Footprint, xv un livre de Mathis Wackernagel et William Rees. On trouva bientôt sur Internet des formulaires permettant à chacun de faire le calcul de son empreinte personnelle, laquelle consiste en un nombre d’hectares correspondant aux ressources que l’on fait converger vers soi pour maintenir son mode de vie. C’est ainsi qu’il devint clair pour tous qu’il faudrait trois planètes comme la terre pour satisfaire les besoins de 8 milliards d’êtres humains aspirant au mode de vie américain.

On a fait bien entendu le même calcul pour chaque pays et pour la planète entière, et la méthode ne cessant de s’affiner on a pu calculer le Global Overshoot Day, le jour du dépassement annuel, d’où cet article du journal Le Monde le 22 août 2012 : «Mauvaise nouvelle pour la planète. Cette année, il n’aura fallu que 234 jours à l’humanité pour consommer toutes les ressources naturelles que la Terre peut produire en un an. Nous avons atteint, mercredi 22 août, le « Global Overshoot Day« , le « jour du dépassement ». En d’autres termes, nous vivrons à crédit jusqu’à la fin de l’année. »

Rappelant que les risques de pollution (chimique, radioactive, etc.) qui ne sont pas comptabilisés dans cette étude, le président de GFN prévient : «La dégradation des milieux naturels se traduit inévitablement par une baisse des surfaces productives et notre dette, qui s’alourdit, condamne aux dépens les générations futures. »

L’article se termine par ces bilans sur d’autres aspects de la question : «Selon le WWF, entre 1970 et 2008, la biodiversité a chuté de 30 % à l’échelle du globe, et les chercheurs estiment qu’au moins 0,01 % des espèces vivantes disparaissent chaque année. Le chiffre correspond aux dernières estimations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).  » Il existerait sur Terre entre 15 et 20 millions d’espèces animales et végétales. Parmi elles, 19 817 sont en train de disparaître », témoigne Florian Kirchner, chargé de programme sur l’extinction des espèces.

Pour M. Wackernagel, ni l’austérité ni la croissance n’éviteront la faillite du système, le défaut de régénération de la Terre sera le facteur limitant de notre économie. « Car la tendance finira par se renverser, que ce soit à dessein ou par désastre. »»xvi

Le retour de la coopération

En août 2012, à Stowe au Vermont, dans l’auberge de la famille von Trapp, avait lieu un événement ayant un rapport direct avec notre propos. Une cinquantaine de personnes représentant l’élite mondiale du monde des affaires, de la politique et de l’économie, y compris l’économie sociale, se sont réunies là autour de deux consultants prestigieux, (des sages dans ce cas plutôt que des gourous!) Peter Sengexvii et C. Otto .Scharmerxviii pour discuter du rapport Meadows et plus précisément de l’abîme qui, dans ce cas, sépare la prise de conscience du passage à l’action : «Nous connaissons la situation, nous en comprenons la gravité, nous aurions dû passer à l’action depuis longtemps, comment se fait-il que nous misions toujours sur la croissance des années d’euphorique illusion?» Telle est la question à laquelle on était invité à répondre. Un tel événement dans une conjoncture dominée par une crise financière qui se prolonge de façon inquiétante, dans un contexte intellectuel où la décroissance a cessé d’être un tabou, est un signe des temps et un encouragement pour tous ceux qui osent s’élever au-dessus du déni général. J’évoquerai plus loin les appels à la coopération fournis par les animateurs dans leurs récents ouvrages et repris dans le cadre du séminaire.

Il nous faut d’abord saisir toute la portée du retour à la coopération dont nous sommes témoins et pour cela remonter jusqu’à Hobbes et bien avant lui jusqu’à Aristote. L’observation attentive de la vie dans les cités grecques a convaincu ce philosophe que l’homme est un animal sociable, un zoon politikon, un être vivant doté par la nature des qualités nécessaires pour vivre en société. Entendons par là que si on ne le dénature pas par des procédés violents, comme ceux qu’ont utilisés Hitler et Staline, l’homme tend à coopérer avec ses semblables plutôt qu’à les combattre, à pratiquer la philia plutôt que la méfiance réciproque.

Aristote a-t-il été marqué démesurément par les mœurs plutôt douces de la Grèce de son époque? Dix siècles plus tard, Thomas Hobbes, un autre philosophe moins grand que lui, mais qui devait avoir une influence profonde dans le monde anglo-saxon, soutiendra qu’à l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme » et que par suite il ne peut se comporter de façon décente que sous la contrainte des lois et de la police d’une cité. Ce n’est plus, comme le pensait Aristote, la sociabilité naturelle de l’homme qui fait la cité, c’est la cité, création de la raison humaine, qui rend l’homme sociable.

S’ensuivra une vue de l’esprit, qui sera longtemps considérée comme une vérité historique selon laquelle les débuts de l’humanité furent marqués par une féroce compétition entre les individus aussi bien qu’entre les groupes humains. Darwin n’aura qu’à s’abandonner à ce courant de pensée, très fort en Angleterre à son époque, pour exclure la coopération de son explication de l’évolution.

Darwin complété par Kropotkine

L’explication hobbienne de l’évolution était heureusement appelée à se transformer radicalement en moins d’un siècle, notamment sous l’influence d’une nouvelle génération de biologistes mathématiciens. Martin A. Nowak est l’un d’entre eux. Il enseigne à Harvard. Son livre paru récemment s’intitule Supercooperatorsxix. Qui sont selon lui ces demi-dieux de la solidarité ? Les êtres humains tels que l’évolution les a faits, de sorte que la coopération lui apparaît comme « la troisième loi de l’évolution ». Et, joie inattendue, il réhabilite Kropotkine (1842-1921) le considérant, comme le font les nouveaux théoriciens, sinon comme l’égal de Darwin (1809-1882), du moins comme l’un des savants qui, à l’instar de Mendel, ont apporté à l’explication darwinienne des correctifs absolument nécessaires. Stephen Jay Gould avait lui aussi redécouvert Kropotkine.xx

Si bien qu’après avoir donné l’origine des espèces à lire dans les écoles, il faut désormais mettre au programme L’entraide de Kropotkine, sans quoi les jeunes ne pourront avoir qu’une image tronquée de l’évolution. Kropotkine, prince anarchiste, il faut le rappeler, fut l’un des grands esprits de son temps. Il avait lu Darwin et l’admirait. Mais s’il admettait l’évolution comme fait, il estimait que même si Darwin savait que le survival of the fittest n’expliquait pas tout, il subissait l’influence de la théorie de la compétition défendue antérieurement par Hobbes puis à son époque par Spencer. Dans les faits, c’est Kropotkine qui fut le premier à reconnaître l’importance de la coopération dans la chaîne de l’évolution.

Dans l’espoir de convaincre les darwinistes de cette importance, Kropotkine publia en 1906, un ouvrage magistral intitulé L’entraide. Voici un long passage de l’introduction qui résume bien l’ensemble de l’œuvre. Pour comprendre ce passage il faut savoir qu’il découle d’observations que Kropotkine fit en Sibérie, où sa carrière militaire l’avait conduit :

«La rareté de la vie, la dépopulation — non la sur-population — étant le trait distinctif de cette immense partie du globe que nous appelons Asie septentrionale, je conçus dès lors des doutes sérieux (et mes études postérieures n’ont fait que les confirmer) touchant la réalité de cette terrible compétition pour la nourriture et pour la vie au sein de chaque espèce, article de foi pour la plupart des darwinistes. J’en arrivai ainsi à douter du rôle dominant que l’on prête à cette sorte de compétition dans l’évolution des nouvelles espèces.

D’un autre côté, partout où je trouvai la vie animale en abondance, comme, par exemple, sur les lacs, où des vingtaines d’espèces et des millions d’individus se réunissent pour élever leur progéniture; dans les colonies de rongeurs; dans les migrations d’oiseaux qui avaient lieu à cette époque le long de l’Oussouri dans les proportions vraiment « américaines » ; et particulièrement dans une migration de chevreuils dont je fus témoin, et où je vis des vingtaines de mille de ces animaux intelligents, venant d’un territoire immense où ils vivaient disséminés, fuir les grosses tourmentes de neige et se réunir pour traverser le fleuve Amour à l’endroit le plus étroit — dans toutes ces scènes de la vie animale qui se déroulaient sous mes yeux, je vis l’entraide et l’appui mutuel pratiqués dans des proportions qui me donnèrent à penser que c’était là un trait de la plus haute importance pour le maintien de la vie, pour la conservation de chaque espèce, et pour son évolution ultérieure.

Enfin, je vis parmi les chevaux et les bestiaux à demi sauvages de la Transbaïkalie, parmi tous les ruminants sauvages, parmi les écureuils, etc., que, lorsque les animaux ont à lutter contre la rareté des vivres, à la suite d’une des causes que je viens de mentionner, tous les individus de l’espèce qui ont subi cette calamité sortent de l’épreuve tellement amoindris en vigueur et en santé qu’aucune évolution progressive de l’espèce ne saurait être fondée sur ces périodes d’âpre compétition.» xxi

Il faut souligner ici à double trait le fait que le milieu de vie où il fit ses premières observations permit à Kropotkine de mettre en relief le fait que la coopération est d’autant plus déterminante pour la survie d’une espèce que le milieu où elle vit a un climat plus dur. C’est une chose dont l’humanité aura à se souvenir quand elle fera face aux conséquences de ses démesures et l’une des raisons pour lesquelles les Nations Unies ont institué une « Année internationale des coopératives ».

Après avoir bien établi l’importance de la coopération dans le monde animal, Kropotkine s’attaque aux idées reçues, depuis Hobbes surtout, selon lesquelles dans l’enfance de son espèce l’homme n’avait pu être qu’un loup pour l’homme. Nous pouvons établir la preuve aujourd’hui que si les humains avaient toujours été en guerre avec leurs voisins, leur espèce aurait disparu depuis longtemps. Cette évocation des mœurs des Bushmen illustre bien la vision d’ensemble qu’avait Kropotkine :

«Prenons maintenant nos sauvages contemporains, et commençons par les Bushmen, qui en sont à un niveau très bas de développement — si bas qu’ils n’ont pas d’habitations, et dorment dans des trous creusés dans le sol, parfois protégés par un petit abri. On sait que lorsque les Européens s’établirent dans leur territoire et détruisirent les animaux sauvages, les Bushmen se mirent à voler les bestiaux des colons. Alors commença une guerre d’extermination, trop horrible pour être racontée ici. Cinq cents Bushmen furent massacrés en 1774, trois mille en 1808 et 1809 par l’Alliance des Fermiers et ainsi de suite. Ils furent empoisonnés comme des rats, tués par des chasseurs embusqués devant la carcasse de quelque animal, massacrés partout où on les rencontrait. De sorte que nos connaissances touchant les Bushmen, empruntées le plus souvent à ceux-là même qui les ont exterminés, se trouvent forcément limitées. Cependant nous savons que, lorsque les Européens arrivèrent, les Bushmen vivaient en petites tribus (ou clans) et que ces clans formaient quelquefois des confédérations ; qu’ils avaient l’habitude de chasser en commun et se partageaient le butin sans se quereller ; qu’ils n’abandonnaient jamais leurs blessés et faisaient preuve d’une forte affection envers leurs camarades. »

Martin A. Nowak et la coopération vue par un biologiste mathématicien

Voici, tirée de Supercooperators de Martin Nowak, une variante du dilemme du prisonnier, lequel rappelle la tragédie des communs de Hardin et illustre un type de raisonnement à la mode en ce moment chez les mathématiciens et les économistes qui s’intéressent à la coopération.

Imaginez que vous et votre complice vous êtes arrêtés, accusés d’un crime et emprisonnés… et que le procureur de la couronne dans son interrogatoire vous propose un règlement à l’amiable. Si l’un de vous incrimine l’autre et si ce dernier garde le silence, alors le premier, le traître, sera accusé d’un crime moindre et sa peine ne sera que d’un an, tandis que la peine du second, le loyal, sera de quatre ans. Si les deux complices gardent le silence, ils auront la même peine, soit deux ans. Si les deux s’incriminent l’un l’autre, leur peine sera également la même, mais elle sera cette fois de trois ans. Ce qui donne le tableau suivant:

La première conclusion que tire Martin Nowak de cet exercice c’est que les prisonniers ont intérêt à tricher plutôt qu’à être loyaux, comme on le constate par la durée des peines. Celui qui triche systématiquement est avantagé, sa peine maximale étant de trois ans.

En revanche, cette peine ne sera que de deux ans s’ils sont tous les deux loyaux! Preuve que la coopération est le meilleur calcul. On aura compris que dans ce cadre de la théorie des jeux, on présume toujours que les acteurs sont des calculateurs qui calculent toujours bien. Si une passion comme la haine intervient, elle peut perturber les choses au point que l’un des deux choisira la tricherie systématique, dans l’espoir de punir l’autre au maximum, même si lui-même court le risque d’avoir une peine de trois ans plutôt que deux.

 

Matrice des récompenses

Adversaire

Coopère

Triche

Joueur Coopère -2, -2 -4 , -1
Triche -1 , – 4 -3, -3

On comprend que les observateurs de la vie réelle, toujours marquée par des valeurs et des passions, aient des réserves sur les conclusions que l’on peut tirer d’un exercice de ce genre. Il n’empêche que Nowak a mis ainsi en relief des choses simples, mais incontestables, dont l’humanité devra tenir compte si elle veut conserver son bien commun et par là assurer son avenir.

Nowak distingue plusieurs facteurs de coopération dont la réciprocité directe (gratte mon dos, je gratterai le tien) et la réciprocité indirecte (gratte mon dos et quelqu’un d’autre grattera le tien car à ses yeux ton acte t’aura donné une bonne réputation) . Cette réciprocité indirecte mérite une attention particulière parce qu’elle met en relief le fait que l’information sous toutes ses formes, y compris celle du potinage, est une condition importante de la coopération. Si tu m’aides aujourd’hui, si tu as par suite bonne réputation, les chances que quelqu’un d’autre vienne à ton aide demain sont plus grandes que si, ne m’ayant pa s aidé, tu avais une réputation mauvaise ou neutre. D’où l’importance des conversations, des articles, des reportages où l’on fait et l’on refait les réputations, qu’il s’agisse des individus, des entreprises ou des pays. «La réputation, écrit Nowak, est une force que l’on peut maîtriser dans le but d’éviter la tragédie des communs. Le succès dépend de la liberté d’information sans manipulation ni censure. Nous avons besoin d’une information juste sur la façon dont les individus, les entreprises et les pays exploitent les ressources précieuses. Nous avons besoin de connaître le vrai coût environnemental des choses, de la bouilloire à l’auto de façon à ce que ce coût puisse être intégré au prix demandé.»xxii

Elinor Ostrom ou les valeurs et les sentiments avant le calcul

Les règles du jeu universitaires l’exigeant, l’économiste Elinor Ostrom, prix Nobel en 1998, s’est adonnée elle aussi à la théorie des jeux, mais loin de s’y cantonner, elle a fait une large place aux valeurs et aux sentiments qui unissent les hommes ou les séparent dans les situations concrètes.

La tragédie des communs est toujours à l’arrière-plan. Pour ce qui est des CPR (Common Pools Ressources) précise Elinor Ostrom,xxiii la majorité des économistes estiment qu’il n’y a que deux stratégies viables : la privatisation et le contrôle par l’État central. Dans le cas du pré commun, la privatisation consiste à diviser la terre en autant de lopins qu’il y a d’éleveurs, à condition que chaque lopin soit assez grand pour satisfaire les besoins d’une famille. Dans ce contexte, note Elinor Ostrom, l’adversaire de l’éleveur ce n’est pas l’éleveur d’à côté, c’est la terre elle-même. Le seul moyen qu’aura chaque éleveur d’accroître ses revenus sera de surexploiter la terre au moyen de procédés agressifs qui mettront son avenir en péril, en provoquant par exemple une érosion du sol. N’est-ce pas ce qu’on est en droit de reprocher à une certaine agriculture industrielle?

Ainsi limitée quand elle s’applique à la terre, la solution de la privatisation ne s’applique simplement pas dans d’autres domaines, la pêche par exemple. On peut certes donner droit d’accès à une zone de pêche à un groupe de pêcheurs, mais chaque pêcheur n’aura jamais droit à son lopin de mer. De même l’habitant d’une ville n’aura jamais droit à son lopin de nappe phréatique.

La solution étatique comporte aussi une large part d’inconvénients, comme chacun peut facilement l’imaginer : comment l’information circulera-t-elle de haut en bas et de bas en haut? Qu’est-ce qui empêchera un fonctionnaire corrompu de compromettre l’ensemble de l’opération? Le partage des revenus entre les travailleurs de la base et les membres de la hiérarchie sera-t-il juste? N’est-ce pas pour des raisons semblables que les kolkhozes ont été un échec?

Il y a pourtant de nombreux exemples de bonne gestion des biens communs par des communautés qui se sont tenues à bonne distance du marché et de l’État. Le grand mérite d’Elinor Ostrom aura été de susciter dans le monde universitaire un vaste mouvement de coopération, pour repérer les bons exemples, les ranger dans une base de données et en faire l’analyse.

On lui donne raison dans un document récent de « L’Institut des hautes études sur la Justice ».

«Pour Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, or le grand mérite d’Elinor Ostrom est d’avoir montré que cette conception des communs reposait sur une conception abstraite ayant peu de choses à voir avec les communs réels gérés collectivement depuis des millénaires (comme les réseaux d’irrigation ou les pêcheries). C’est que les communs sont liés à des communautés, et donc à un sens collectif, où les individus communiquent et négocient dans une perspective qui ne se réduit pas à des intérêts immédiats.

En effet, faisant l’objet d’une gouvernance qui n’est imposée ni par le marché, ni par l’état, le souci des biens communs est toujours de concilier le droit d’usage avec la préservation des ressources. Or, cette conciliation, comme le montre la gestion de biens communs complexes (comme les canaux d’irrigation), est rendue possible grâce aux valeurs partagées par les membres de la communauté. Ces valeurs permettent de surmonter les difficultés de gestion, de véhiculer les connaissances collectives et de « prendre conscience de l’importance de l’adaptabilité et de la flexibilité de l’institution ».xxiv

 Nicolas Baumard : quand la raison du philosophe confirme les calculs du biologiste

Il paraissait vain de chercher les fondements de la morale dans les lois de la vie à l’époque où l’on expliquait l’évolution uniquement par la compétition, mais depuis que la coopération fait partie de l’explication, de nombreux philosophes se laissent séduire par un  »naturalisme » équivalent pour eux à une refondation de la morale par la science . Je me limiterai ici à montrer par un exemple significatif la parenté entre cette philosophie expérimentale et l’approche des biologistes mathématiciens et des économistes, Elinor Ostrom exceptée.

« La disposition morale, écrit Nicolas Baumard, serait en quelque sorte une disposition manipulatrice. Un certain nombre de résultats expérimentaux semblent confirmer cette théorie. Ainsi, Haley et Fessler (2005) ont placé des participants dans une situation où ceux-ci avaient l’opportunité de partager de l’argent avec un autre participant. Dans une condition, des yeux stylisés étaient représentés en fond d’écran sur les ordinateurs dont disposait chaque participant. Ces derniers sont alors plus nombreux que dans la condition classique à donner une somme non négligeable à l’autre participant. Dans une autre condition, au contraire, les participants étaient équipés de casques antibruits : ils étaient alors moins nombreux à donner. Ces données suggèrent que les yeux ou les bruits de conversation sont inconsciemment traités par notre cerveau comme des indices d’une situation sociale où notre réputation est en jeu, et que les participants visent non pas à se comporter moralement, mais à donner la meilleure image d’eux-mêmes.»xxv

La morale traditionnelle, qu’il s’agisse de celle de Platon, de celle d’Aristote ou de celle de Kant, indiquait aux hommes les règles qu’ils devaient suivre et les sources auxquelles ils devaient s’abreuver, pour s’accomplir, pour atteindre la perfection correspondant à leur nature. L’expression « morale naturelle » signifiait morale exigée par la nature humaine à son plus haut degré de perfection.

Dans ce qu’on appelle aujourd’hui morale naturaliste, non seulement cette fin est exclue mais toute finalité est exclue. Puisqu’il n’y a pas de finalité dans l’évolution, mais seulement des mutations, une sélection et une coopération en vue de la survie de l’espèce, et donc de la reproduction, il ne saurait y en avoir davantage dans une morale fondée sur ce que Baumard et ses homologues appellent « le processus évolutionnaire ». La coopération dans cette perspective est une bonne chose, non parce qu’elle permet à l’homme de s’élever jusqu’à la bonté à laquelle sa nature l’appelle, mais parce qu’elle a une valeur de survie, parce qu’elle crée des conditions favorables à la reproduction.

On ne saurait être plus clair à ce propos que Mathieu Depeneau quand il expose cette origine naturelle du sens moral :

 «La théorie de l’évolution de Darwin, malgré de nombreuses interprétations erronées, replace l’homme dans la continuité du vivant. A ce titre, l’entreprise de naturalisation de la moralité met en question cette qualité d’excellence, supposée humaine et rationnelle, donc supérieure en dignité, pour mettre en évidence sa fonction biologique de stratagème évolutif extrêmement complexe et performant œuvrant en tâche de fond pour la survie, la conservation et la reproduction des individus. En affrontant et en dissipant les principaux obstacles à l’hypothèse d’une éthique évolutionniste, nous replacerons l’homme dans la continuité des animaux sociaux, faisant l’hypothèse non d’un saut qualitatif mais d’une gradation en complexité. Après avoir reconnu la complexité du sens moral, à la croisée de la naturalité et de la culture, de la nécessité et des contingences, du déterminisme et de la liberté, nous chercherons à refonder la nécessité, et donc la légitimité, des valeurs morales non pas à partir de leur inscription dans un ordre rationnel supérieur, intemporel et universel, mais à partir de leur ancrage dans le socle de la naturalité, de l’évolution, de la vie et de la dynamique universelle du vivant»xxvi

De Malthus à nos jours

«Les coopératives ont trouvé leur origine dans des périodes de difficultés économiques.» xxviiC’est le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales et Secrétaire général de la Conférence Rio+20 sur le développement durable, Sha Zukang qui a fait cette déclaration à l’occasion du lancement de l’année internationale des coopératives. La ressemblance entre le temps présent et l’époque difficile dont il parle, l’ensemble du XIXe siècle, et la seconde partie en particulier, est frappante. Au XIXe siécle c’est Malthus qui a mis les gens en garde contre la démesure, jouant ainsi le rôle de Marion King Hubbert et du Club de Rome. Même mal : la démesure; même remède : la coopération

Au XVIIIe siècle, Condorcet, le chantre du progrès, n’avait assigné aucune limite à l’amélioration de la condition humaine par le moyen des sciences et des techniques. C’est aussi ce que pensa d’abord Malthus, mais le spectacle de la pauvreté à Londres lui fit bientôt craindre l’avènement d’un point de rupture au-delà duquel la croissance de la population entraînerait une aggravation de la pauvreté et de la misère. Il acquit ainsi la conviction qu’il fallait limiter la croissance de la population tout en favorisant la reproduction des plus forts. La première édition du livre où il traitait de ces questions, L’essai sur le principe de population, eut lieu en 1798. L’influence de Malthus s’étendra jusqu’au delà de Darwin à la fin du XIXe siècle. La révolution industrielle dans sa seconde phase et ensuite la révolution verte invalidèrent ses prédiction

Les coopératives au coeur du développement durable

Michel Lafleur
Directeur de l’Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives de l’Université de Sherbrooke (IRECUS). Ses recherches et son enseignement portent sur la gestion et le développement durable et plus particulièrement sur la stratégie des coopératives.
L’état du développement
Notre époque est unique: jamais le développement ne nous aura placés devant tant de défis et jamais nos modèles de développement n’auront été si peu adaptés au contexte. On ne compte plus les ouvrages qui attirent notre attention sur les écarts qui se creusent entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres, entre les plus hauts revenus et les plus bas à l’intérieur d’un même pays, etc.

L’écart le plus significatif est celui qui sépare les empreintes écologiques 1 des divers habitants de la planète . Exprimée en hectares, par année et par personne ou nation, l’empreinte écologique 1 est la portion de la surface terrestre nécessaire pour assurer notre subsistance et absorber les déchets que nous produisons. Elle est au Canada de 4,3 hectares par personne, aux États-Unis de 5,1, en Inde de 0,4, et dans le monde de 1,8. Si l’empreinte était en ce moment de 5,1 pour chacun des six milliards d’êtres humains, trois planètes comme la terre suffiraient à peine à subvenir aux besoins de l’humanité. Or la population continue de croître et l’empreinte écologique également, alors que le sol vivant se dégrade, que sa superficie diminue.. .et que l’espace habité s’accroît. C’est de dix planètes que nous aurons bientôt besoin.Impasse! Le type et le rythme de notre développement ne conviennent plus. Nous sommes en déficit de deux planètes. Comment avons-nous pu laisser un tel gouffre se creuser? Une magistrale erreur de gestion a été commise par nos gouvernements et nos entreprises, avec notre complicité; elle a consisté à ne prendre en compte que l’aspect financier des choses. Le déficit actuel de deux planètes résulte du fait que le capital naturel et le capital social ne sont pas entrés dans nos calculs. Comment les y introduire? N’est-il pas déjà trop tard pour le faire?1. Développement durable et gestion des organisations
La réalité de notre développement a poussé des chercheurs à repenser la vision traditionnelle basée uniquement sur des critères économiques et à introduire les critères de respect du social et de l’environnement. C’est dans ce contexte que le concept de développement durable a émergé. Celui-ci se définit comme étant «un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» 2 Ce concept est lié à la convergence de trois dynamiques de développement interdépendantes, soit le développement économique, social et écologique. Selon cette thèse, il n’y a développement que si une activité a un impact positif sur ces trois éléments à la fois.

Cette définition a laissé place à beaucoup d’autres interprétations. On retrouve plus d’une centaine de variantes de la définition de développement durable. Mais, de façon générale, on reconnaît cinq dimensions spécifiques au concept de développement durable 3 .
·Connectivité: les problèmes de développement sont systématiquement interconnectés et interdépendants;
·Inclusivité: le développement doit inclure les trois dimensions du développement durable, soit les variables économique, environnementale et sociale;
·Équité: les activités humaines ne doivent pas transférer les coûts ou s’approprier la propriété des droits des ressources, aujourd’hui ou demain, sans une compensation; de plus, les actions pour un développement durable doivent assurer une distribution équitable des richesses produites;
·Prudence: dans le choix d’actions pour le développement durable, l’on doit s’abstenir d’actions qui pourraient affecter le développement de façon irrémédiable en terme de capacité de régénération et de capacité de support de l’environnement;
Sécurité: l’objectif de tout développement doit être de contribuer à une haute qualité de vie, saine et sécuritaire pour la présente génération et les futures générations.
Nous adopterons comme point de départ de notre réflexion sur la gestion de nos organisations celui du développement durable, de la prise en compte de l’impact du travail des organisations sur les dimensions spécifiques du développement durable.

Traditionnellement, les recherches sur l’entreprise font état de la relation entre les différentes fonctions de l’entreprise et ses résultats financiers (flèche 1 dans la figure 1). Ces recherches ont comme base la transposition du modèle de développement libéral et de sa maxime de la main invisible à la maxime de la maximisation des avoirs des actionnaires comme base traditionnelle de l’analyse managériale. La prémisse étant que si le gestionnaire se concentre sur une maximisation du profit de son entreprise, il en résultera nécessairement, par le marché, une utilisation optimale de nos ressources rares (flèche 2 dans la figure 1).


FIGURE I. Le cadre traditionnel du développement et de la gestion

Selon l’utopie libérale, le modèle de développement des organisations commerciales traditionnelles repose essentiellement sur la recherche de gain maximum sur les investissements. En contre-partie, cette recherche de profit doit produire de la richesse pour la communauté, le plus souvent sous forme de maintien ou de création d’emplois rémunérés. Il existe ainsi un consensus à l’effet qu’un projet d’entreprise est gagnant lorsqu’un investisseur obtient un maximum de gain sur son investissement tout en créant de l’emploi. Lorsque ces gains d’investissement se font au détriment du maintien ou de la création d’emplois, des critiques émergent.

En environnement, le consensus n’est pas aussi clair. Ainsi, on observe dans certains cas, des projets de développement où il est toléré, voire même encouragé que l’obtention d’un gain financier et de maintien/création d’emplois se fasse au détriment de l’environnement. Le défi du protocole de Kyoto illustre bien cette réalité.

Dans la dynamique de la recherche d’un gain par l’investissement, on distingue deux réalités: des investissements qui se font avec un lien de travail et des investissements qui se font sans lien de travail. Dans le premier cas, le détenteur d’actions travaille avec son capital, il est à la fois investisseur et gestionnaire. Il travaille au sein de l’organisation où il a investi, il est en lien constant avec ses travailleurs, ses clients et sa communauté. L’autre type d’investisseur a une réalité différente puisqu’il n’a aucun lien direct avec l’objet de son investissement. Il ne connaît ni les travailleurs, ni les clients, ni la communauté où il a investi. Il recherche un maximum de profit, peu importe le secteur. En conséquence, la profitabilité de ses investissements devient souvent la norme à laquelle tout bon gestionnaire doit se soumettre sous peine de voir les capitaux financiers fuir vers les organisations plus profitables. Dans les deux cas, la création de valeur, le gain entre le coût de production et le prix vendu (le profit) est réparti entre les détenteurs de capitaux.

Les études en gestion portent presque exclusivement sur cette relation: liens entre la gestion du personnel, le marketing, la stratégie et la maximisation des profits de l’entreprise, etc. La majorité des recherches en gestion ne tente d’analyser l’entreprise qu’en fonction de cet objectif unique (Aktouf, 2002) et peut se résumer, selon Gladwin et Kennelly 3 (1997), par les positions ontologiques décrites dans le paradigme du technocentrisme.

En lien avec les défis du développement durable, le paradoxe gestion/développement demeure entier et relativement peu de chercheurs se penchent sur la relation entre gestion des affaires et développement (flèche 2 dans la figure 1). Cependant, certains auteurs en gestion, comme Henry Mintzberg, s’attaquent à ce paradoxe et proposent une modification du rôle fondamental des organisations en rapport avec le développement de type libéral. «Depuis que les économistes et les actionnaires en ont pris le contrôle [des organisations], elles ont changé de mission. L’efficacité et la rentabilité ont fait oublier leur raison d’être: nous les avons créées pour nous servir. Et voilà qu’aujourd’hui nous travaillons pour les enrichir. 4»

Selon Mintzberg (1999), l’étude de la gestion doit retrouver ce principe fondamental du service aux citoyens. Il constate que la logique du secteur privé traditionnel avec son objectif de maximisation des avoirs des actionnaires prend toute la place dans les modèles de gestion et nous conduit à des aberrations inquiétantes.

Toujours en lien avec les effets des entreprises sur le développement, l’auteur Paul Hawken, fait un constat similaire et définit ce qui apparaît être la problématique contemporaine majeure de la gestion. «Les sociétés commerciales, parce qu’elles constituent l’institution dominante sur cette planète, doivent absolument prendre en compte les problèmes sociaux et environnementaux de l’humanité. Actuellement, tout acte dans notre société industrielle n’aboutit qu’à la dégradation de l’environnement, quelle que soit l’intention, il nous faut concevoir un système où l’inverse sera vrai, où faire le bien tombera sous le sens, où les actes quotidiens de la vie et du travail s’accumuleront pour faire un monde meilleur, tout naturellement et non pas grâce à un altruisme conscient. […] La question qui se pose est: peut-on créer des entreprises rentables, qui se développent sans détruire, directement ou indirectement, le monde autour d’elles?5»

1.1 Gestion et environnement
S’inspirant de la critique de Hawken, des acteurs et des chercheurs tentent de dépasser les prémisses du paradigme du technocentrisme pour étudier la question de la relation entre la gestion et l’environnement. Le paradigme du duracentrisme résume les prémisses de ce courant (Marteen, 2001; Gladwin, 2000; Elkington, 1998; Gladwin et Kennelly, 1997; Kennelly, Krause, 1995; Hawken, 1995; Purgec, Park, Montuori, 1995).

Le défi de la gestion de ces entreprises est de prendre en considération la responsabilité environnementale de l’entreprise, trouver des solutions novatrices à celle-ci tout en préservant son niveau de profitabilité. De là découlent de nouvelles façons et de nouveaux principes sur la gestion et le travail des entreprises. Le concept du «pas à pas avec la nature» (natural steps) est au cœur de ce courant. À ce chapitre, voir le numéro de L’Agora «Pas à pas avec la nature» (vol 9, no 2, septembre-octobre 2002) et les articles d’Andrée Mathieu que l’on retrouve sur le site de L’Encyclopédie de L’Agora.

1.2 Gestion et équité sociale
Mais il existe depuis plus d’un siècle une autre façon de concevoir la gestion des organisations et le développement: les coopératives. Une vision basée sur les besoins des gens, où le capital sert de moyen et où les excédents (ou profit dans le langage capitaliste) ne sont pas redistribués selon le capital investi.

La coopérative est «une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement». 6 Ce type d’entreprenariat est né suite aux critiques faites par certains penseurs sur les lacunes du capitalisme naissant. La première coopérative à connaître le succès, la Société des équitables pionniers de Rochdale, en Angleterre, est le résultat d’une synthèse de certains penseurs de l’époque (Fourier, King, Owen, Saint-Simon, Buchez, Plockboy, Proudhon, etc. ). Les pionniers de Rochdale ont ainsi réussi à appliquer concrètement des principes de développement dans une dynamique entrepreneuriale.

Ces critiques des lacunes du capitalisme naissant et leur transposition sous forme de principes découlent d’une vision novatrice du développement. Une vision qui s’incarne dans les valeurs fondamentales des coopératives; la prise en charge et la responsabilité personnelle et mutuelle, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité. Fidèles à l’esprit des fondateurs, les membres des coopératives ont adhéré à une éthique basée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme. Ces valeurs fondamentales se sont ensuite transformées en principes, qui ont évolué avec le temps, pour former aujourd’hui les sept principes coopératifs qui constituent les lignes directrices devant permettre aux coopératives de mettre leur vision du développement en pratique.

De façon générale, ces critiques tournaient autour de deux grands thèmes. Le premier touche le rôle du capital. Les auteurs reprochent au système capitaliste naissant d’accorder aux seuls détenteurs de capitaux tous les bénéfices de l’entreprise grâce uniquement à leurs investissements financiers sans que ces derniers participent réellement à la création de cette richesse. Pour ces penseurs, ce n’est pas dans le capital (investissement) que se situe la vraie richesse d’une nation, mais dans le travail (les coopératives de travail, point de vue de l’école française) ou dans la consommation (les coopératives de consommation, point de vue de l’école anglaise). La célèbre parabole de Saint-Simon sur les industriels (ou détenteurs de capitaux) résume bien cette pensée 7. Ces auteurs dénoncent ainsi les revenus sans travail (coopérative de travail) ou le fait que les intermédiaires facturent une surcharge aux prix des produits sans que ceux-ci n’ajoutent une réelle valeur au produit (coopérative de consommateurs).

En résumé, est critiqué le fait que les détenteurs de capitaux obtiennent tout le bénéfice de l’entreprise pour eux seuls. Les auteurs proposent que le capital ne soit pas l’unique moteur, décideur et bénéficiaire du développement. Ainsi naissent les principes coopératifs suivants: • Les décideurs seront ceux qui participent à l’objet de la coopérative, soit les travailleurs (coopérative de travail), les consommateurs (coopérative de consommation) ou les producteurs (coopérative de producteurs). Ces personnes éliront des représentants qui seront responsables devant elles. Seule la qualité de membre donne accès à ce droit de vote qui n’est donc pas proportionnel à l’argent investi. Conséquemment, ce n’est pas l’argent qui sera la finalité des décisions mais les besoins des membres. C’est le principe coopératif du pouvoir démocratique exercé par les membres (un membre = un vote).
• L’argent nécessaire au démarrage et au développement de la coopérative doit provenir de ses membres. Comme ce capital n’est pas la raison d’être de la coopérative, chacun recevra une rémunération limitée décidée par les membres. De plus, les surplus de fin d’année seront redistribués en proportion de l’usage que font les membres de la coopérative et non de l’argent investi; les membres créeront une réserve impartageable qui rendra une partie de la coopérative inaliénable et patrimoine de la communauté et, finalement, une partie des surplus de fin d’année pourra être affectée à différentes activités de la communauté. C’est le principe coopératif de la participation économique des membres.
• La coopérative, dans toutes ses activités et tous ses partenariats éventuels avec l’État ou avec d’autres organisations doit préserver le pouvoir démocratique des membres et assurer l’indépendance de la coopérative face à ces organisations. En aucun temps, ses partenariats doivent compromettre la capacité de la coopérative de prendre ses décisions en fonction de son objet. C’est le principe coopératif de l’autonomie et de l’indépendance.
Les critiques portent en deuxième lieu sur l’organisation de ce changement. On réfléchit sur la meilleure forme possible d’organisation pour amener les changements nécessaires à la solution des problèmes de développement. On peut regrouper les différentes solutions proposées autour de trois écoles. Une première porte sur la défense des droits des travailleurs par le moyen de l’organisation syndicale. La deuxième prône des changements politiques majeurs de la société par une organisation politique de type socialiste ou communiste. Une troisième école, celle du coopératisme, propose une solution entrepreneuriale, soit l’organisation coopérative.
• Les auteurs de l’école entrepreneuriale décriaient la situation de pauvreté dans laquelle vivaient les classes laborieuses malgré la richesse des industriels et de la classe bourgeoise; ils dénonçaient l’exploitation de l’homme par l’homme. Selon eux, seule une révolution par cette classe laborieuse pouvait renverser la situation; on ne pouvait se fier aux gouvernements en place ou aux détenteurs de capitaux. Ces exploités devaient prendre eux-mêmes leur propre développement en main, être solidaires et permettre à tous, dans une dynamique démocratique, de participer à ce développement. Il fallait donc créer une organisation entrepreneuriale qui reposerait sur ces bases. D’où les autres principes coopératifs suivants:
• L’idée de base de la coopérative est de regrouper librement des gens qui ont un besoin commun, soit obtenir un produit ou un service (coopérative de consommateurs), vendre une production (coopérative de producteurs) ou se trouver un emploi (coopérative de travailleurs). Ce faisant, ces personnes regroupées en coopératives veulent bâtir un projet selon les valeurs du coopératisme et solutionner un problème que le marché traditionnel ne solutionne pas à leur pleine satisfaction (salaire trop faible, mauvais approvisionnement, prix trop élevé, faible retour sur la production, etc.). Mais, il ne faut pas qu’un groupe de personnes au sein d’une coopérative en viennent à garder uniquement pour eux un avantage au détriment d’autres personnes qui voudraient contribuer positivement au projet de la coopérative. L’entrée à la coopérative doit être toujours ouverte et libre. Également, aucune discrimination ne peut servir d’excuse pour refuser l’entrée d’une personne au sein d’une coopérative. C’est le principe coopératif de l’adhésion volontaire et ouverte à tous.
• Comme la coopérative est une forme d’organisation avec des valeurs et des principes particuliers, elle doit s’assurer que ses membres, dirigeants, gestionnaires et employés comprennent bien sa nature et sa dynamique afin d’obtenir un apport optimum de chacun. La coopérative doit aussi s’assurer d’informer le grand public sur la nature du projet coopératif. C’est le principe coopératif de l’éducation, la formation et l’information.
• La coopérative ne doit pas évoluer en vase clos, au contraire, elle doit se regrouper sous forme de fédération et de confédération dans le but de mieux servir ses membres et de renforcer le mouvement coopératif. C’est le principe de la coopération entre coopératives.
• Avec l’émergence des problématiques liées à l’environnement, les coopératives doivent contribuer, à leur façon, au développement durable de leur communauté. C’est le principe coopératif, datant de 1995, de l’engagement envers le milieu.
Voilà en résumé le projet coopératif: sept principes qui résument la vision du développement et qui guident la gestion de ce type d’entreprise.

1.2.1 Les coopératives et leurs effets sur le développement
Trois effets résument l’apport des coopératives sur le développement: elles contribuent à une efficacité économique accrue, une école d’entreprenariat et un développeur de capital social.

Efficacité économique. Parce qu’elles sont basées sur un besoin précis et non sur un objectif de maximisation des avoirs des actionnaires, elles contribuent à une meilleure efficacité du marché. Le cas des coopératives funéraires du Québec illustre parfaitement l’effet que peuvent avoir les coopératives sur le développement.

Les coopératives de consommation ont comme mission d’offrir à leurs membres (et à toute la société de par le principe d’adhésion volontaire et d’ouverture à tous) des produits et services au plus bas coût possible. Ainsi, le prix demandé aux membres est toujours près du prix coûtant et tout excédent est soit réinvesti dans la coopérative, soit redonné aux membres ou à la communauté. Il n’y a aucune raison pour la coopérative de consommation de vouloir faire un grand profit puisque, de toute façon, comme le membre est à la fois l’utilisateur et le propriétaire, le profit qui serait réalisé sur le service rendu devrait lui être remis en fin d’année. Grâce à ce type de coopérative, les autres entreprises du même secteur ne peuvent par conséquent se permettre de demander des prix beaucoup plus élevés.

Ainsi, lorsque les coopératives ont démarré dans le domaine des services funéraires, malgré plusieurs entreprises compétitrices, elles ont fait chuter les prix de près de 50 %. Et avec 15 % des parts du marché des funérailles au Québec, elles ont su maintenir depuis le prix des funérailles à 50 % du prix demandé par le marché dit compétitif. Aujourd’hui, c’est l’ensemble des citoyens qui bénéficie de leur présence.

Résultats similaires avec les caisses populaires Desjardins qui comme coopératives, sont accessibles à tous. Si bien qu’au Québec, les gens à faibles revenus se retrouvent presque exclusivement chez Desjardins. Les autres institutions financières canadiennes, fondées sur la notion de maximisation des avoirs des actionnaires, n’ont pas, de façon significative, de clients à faible revenu. Les affaires que ces banques pourraient faire avec cette clientèle ne seraient pas une source de grande profitabilité. Pourtant, nombre de services financiers sont considérés comme essentiels et devraient être accessibles à tous. Le système bancaire: exemple typique où la rentabilité maximum prend le pas sur la raison d’être d’une organisation.

On peut ainsi poser l’hypothèse que sans la présence d’une coopérative financière forte au Québec, une grande partie de la population québécoise serait sans services financiers. Imaginons donc ce que l’État québécois devrait débourser pour pallier ce manque de services essentiels. Présentement, ce sont les membres de Desjardins qui assument cette responsabilité (et non l’État qui tolère cette réalité) alors que les grandes banques sont muettes face à leurs responsabilités. Le marché fondé sur la recherche de profit ne répond pas à tous les besoins. Toute la population du Québec bénéficie de la présence d’une coopérative dans le secteur financier même si, à toute fin pratique, seuls les membres de Desjardins sont solidaires avec l’ensemble de la population.

Phénomène similaire avec les coopératives de travailleurs du secteur ambulancier. Ces coopératives regroupent des ambulanciers qui ont à faire face quotidiennement à des situations de vie ou de mort. Rapidement, ils se rendent compte que des vies pourraient être sauvées s’ils possédaient un défibrillateur cardiaque. Mais cette pièce d’équipement est coûteuse et la coopérative n’a pas, à première vue, les moyens de se la payer, pas plus, supposons-nous, que l’entreprise traditionnelle dans ce secteur qui se bat pour toujours donner de meilleurs services.

Comme les décisions dans ce type de coopérative se prennent par les travailleurs et qu’ils font face quotidiennement à des situations où un défibrillateur cardiaque s’avère essentiel, ils décident d’utiliser une partie de leurs excédents et d’organiser en plus des levées de fonds pour se doter de cet appareil. Ils choisissent donc consciemment de faire moins d’argent pour mieux faire leur travail. Ainsi se sont-ils procuré l’appareil aujourd’hui devenu équipement de base dans toutes les ambulances au Québec. Nombre de vies ont pu être sauvées grâce à la présence de coopérative de travailleurs dans ce secteur.

Dans une autre étude portant sur un projet de coopératives de producteurs dans le secteur du coton au Bénin, la Société de coopération pour le développement international (SOCO-DEVI, 1998) a conclu que ces coopératives bien que ne détenant que 5 % du marché, ont pu discipliner les autres acteurs du secteur en maintenant les prix de vente du coton ainsi que les prix des intrants agricoles à un niveau accessible pour eux.

Tous ces exemples démontrent que l’organisation basée sur le profit et sur l’intérêt financier est loin d’être efficiente et que l’action, par le marché, de l’ensemble de ces organisations ne sait répondre à tous les besoins. La présence de ces coopératives démontre qu’une organisation basée sur les besoins et sur l’action collective est en mesure de répondre aux besoins des personnes dans une vaste gamme de produits et de services et de pallier les abus du système de marché où les organisations capitalistes dominent.

Les coopératives: école d’entrepreneuriat. Elles contribuent également au développement en étant des lieux d’entrepreneuriat collectif. De par leur identité, les coopératives permettent à des regroupements de personnes de prendre leur développement en main.

Les coopératives ont, à maintes reprises, prouvé leur efficacité, en transformant d’une part des besoins non satisfaits par le marché traditionnel en des besoins satisfaits, et en devenant des lieux de développement au service de leur collectivité, en bonne partie parce qu’elles sont branchées sur les besoins de leurs membres. Des coopératives établies aux quatre coins de la province prouvent la solidité de ce type d’entrepreneuriat qui, au Québec, possède le meilleur taux de survie, dépassant de presque du double l’entreprise traditionnelle (ministère de l’Industrie et du Commerce, 1999).

Elles sont un lieu d’amélioration des conditions de vie des gens et des collectivités en dehors de la logique libérale et des interventions de l’État.

Les coopératives: créatrices de capital social. Enfin, elles contribuent au développement de ce que l’on nomme le capital social, dynamique importante du développement durable. Le capital social se définit comme étant une régulation sociale volontaire (Programme des Nations Unies pour le développement 1994 p. 18). Dans un projet, par exemple, dont l’objectif serait de permettre aux gens de se déplacer plus rapidement, il y aurait un besoin de capital physique, soit des routes, ponts, automobiles, etc., de capital humain, soit essentiellement des capacités comme savoir conduire, connaître la mécanique, etc., et finalement de capital social, qui porte sur les relations entre les gens, soit cette régulation sociale qui regroupe le respect des lois régissant le transport, le code de la route, les règles de courtoisie, etc.

Pour le président sortant de l’Alliance Coopérative Internationale, la coopérative est un producteur de capital social. «Le capital social est comme la colle invisible qui maintient la cohésion des sociétés. Cette cohésion repose sur la confiance entre les personnes ainsi que sur le réseau de rapports entre elles et les groupes sociaux qui forment les communautés. La coopérative est après tout une société basée sur la confiance entre les personnes et sur la cohésion sociale et elle est une entreprise qui fait des affaires… À cette fin, nous devons organiser nos coopératives avec rigueur et professionnalisme. Les rendre compétitives et efficaces, comme se doit toute entreprise insérée dans le marché… sans perdre de vue les principes et les valeurs qui rendent les coopératives uniques» (Rodriguez, 1999).
Combinée à l’utilisation des autres leviers traditionnels du développement que sont les capitaux physique, humain et financier, la coopérative touche donc à tous les leviers du développement.

Ainsi, les coopératives, par leur dynamique entrepreneuriale, améliorent les capacités de prise en charge des individus et des communautés. Par leurs différences, elles augmentent le capital social des communautés. Et, par leur mission, elles sont des régulateurs puissants dans la dynamique des marchés. L’action des coopératives sur le développement produit des résultats tels que décrits plus haut lorsqu’elles sont gérées selon les valeurs et principes coopératifs.
De l’économie d’extraction au développement durable

Nous nous flattons de posséder une technologie avancée dans le domaine de la production des biens et des modèles de gestion basés sur un savoir tout aussi avancé. Nous avons la conviction de devoir notre richesse avant tout à cette technologie et à ce savoir. Comme René Dubos nous l’a rappelé en 1973, c’est là une illusion:
La civilisation industrielle a jusqu’ici fondé son économie sur l’extraction. Elle a pillé les richesses en combustibles et en minerai accumulées dans les entrailles de la terre au cours des ères géologiques; elle a pillé la richesse agricole accumulée sous forme d’humus; et voici qu’elle commence à piller les richesses minérales et biologiques des océans, même s’il doit en résulter la contamination des eaux par des nappes de pétrole et la destruction des espèces aquatiques. Pourtant, ce pillage ne dure qu’autant qu’il reste économiquement rentable. Lorsque les ressources s’épuisent ou que le coût de l’extraction devient trop élevé, le site est généralement abandonné. Cités fantômes, et terres incultes sont les tragiques témoins de la civilisation extractive sur une grande partie du globe. Ainsi, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les XIXe et XXe siècles ont été plus destructeurs que créateurs, parce qu’ils ont utilisé et souvent gaspillé les richesses emmagasinées sous forme de ressources naturelles. Ayant tous tiré profit de cette économie d’extraction, nous avons nourri l’illusion que nous la devions entièrement à la connaissance scientifique et à l’habileté technologique. En réalité, la croissance technologique rapide des deux derniers siècles n’a été possible que parce que l’homme a exploité sans frein les ressources naturelles non renouvelables, aboutissant ainsi à dégrader l’environnement. 8
La même réflexion s’impose face aux résultats sociaux de notre modèle de développement: celui-ci ne produit pas d’équité. L’écart entre le plus riche et le plus pauvre est de plus en plus grand. Dans notre monde d’organisations capitalistes bien gérées, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim toutes les sept secondes. Nous possédons pourtant les connaissances et les technologies pour pouvoir nourrir, vêtir, loger, éduquer l’ensemble des habitants de la planète. Nos modèles de gestion ne sont pas efficients.

L’exemple des coopératives et des organisations du développement durable basées sur les principes du pas à pas avec la nature démontre que le dogme libéral du développement sans règles et de son modèle de gestion basée sur l’intérêt financier à court terme d’une petite partie de la population ne suffit pas à assurer une meilleure qualité de vie. La foi en notre modèle de gestion n’est plus viable. Un nouveau modèle de gestion doit tenir compte des quatre capitaux du développement: social, humain, matériel et écologique.

FIGURE 2.La perennité sous l’angle de la conservation du capitale et des investissements.

Cette proposition de Gladwin 9 est fort simple: le travail des entreprises doit tendre vers le scénario de la durabilité, dans lequel tant les capitaux écologique, matériel, humain que social sont en croissance. Les défis de notre époque nous obligent donc à nous donner des balises et des obligations de résultats: préservation et enrichissement de notre système écologique; préservation et enrichissement de nos communautés. Nous devons revenir à la mission essentielle de nos savoir-faire technologiques et de notre dynamique de gestion des organisations: améliorer la qualité de vie de tous. Et plusieurs organisations le font déjà avec succès. Notes
1. Voir le concept d’empreinte écologique: (www.agir21.org)
2. La commission mondiale sur l’environnement et le développement: Notre avenir à tous. Montréal, Éditions du Fleuve, 1987, p. 37.
3. Gladwin, T. N. et Kennely, J. J., «Sustainable development: a new paradigm for management theory and pratice», dans Bansal, P. et Howard, E., Business and the natural environment, Londres, Butterworth-Heineman, p. 13 à 19.
4. D. Bérard, Mintzberg, «La théorie prend trop de place!», L’Actualité, 1999, juin, p. 15.
5. P. Hawken, L’écologie du marché, 1995, p. 20-21.
6. Alliance coopérative internationale, Déclaration sur l’identité coopérative, 1995
7.Voir sur le site de l’Université Lumière de Lyon
8. René Dubos, Les dieux de l’écologie, Fayard, Paris 1973, page 173.
9. Galdwin, T. N. (2000). Plaidoyer en faveur d’un développement durable.

Source : AGORA
http://agora.qc.ca/documents/cooperative–les_cooperatives_au_coeur_du_developpement_durable_par_michel_lafleur