Inauguration du bain de sang en Egypte

Comme prévu le sang commence à couler avec effusion. Comme sortie de crise les putschistes n’ont pas d’autre alternative que massacrer les populations civiles.   Les Frères musulmans annoncent plus de 2000 morts et plus de 10000 blessés vers midi de ce mercredi. Parmi les morts et les blessés on retrouve des cadres de la confrérie et des membres de leur famille. L’union sacrée du sacrifice transcendant les classes sociales va affronter l’union des affairistes et des rentiers de l’ancien régime.  Symboliquement, les choses ne marchent pas au gré des putschistes qui semblent éprouver beaucoup de difficultés confortant l’idée du refus du coup d’Etat et de ses conséquences par un grand nombre d’officiers égyptiens.

meurtre-barbare

Une fois les centaines, les milliers, les dizaines de milliers de tués, de blessés, de disparus comptabilisés puis  incrustés dans la mémoire collective arabe quelle serait l’issue pour ceux qui ont ordonné, exécuté et approuvé les massacres après avoir renié et  trahi un processus électoral ?

Il sera difficile de cacher le nombre de morts et les circonstances de leur décès comme il sera difficile de s’inventer des prétextes politiques ou sécuritaires crédibles… Il sera difficile de supporter la vue des corps calcinés et mutilés :

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Les organisateurs des manifestations et des sit-in contre le coup d’Etat ont sans doute pris au sérieux les menaces de l’appareil répressif,  les appels au meurtre des éradicateurs et l’hypocrisie des capitales occidentales. Ils ont sans doute élaboré des scénarios de gestion de crise  qui leur permettent de conduire les assassins vers l’impasse et de répondre de leur meurtre. Les organisateurs savent qu’ils livrent une résistance qui exigent durée et imagination face à un appareil répressif impitoyable qui ne recule devant rien. Logiquement nous devons assister à l’élargissement et à la multiplication des lieux de rassemblement.  Nous l’espérons. Sinon la guerre civile va s’installer jusqu’à l’éradication d’un camp pour ne pas dire l’anéantissement totale de l’Egypte au grand plaisir d’Israël qui a détruit le monde arabe en deux ans sans tirer une seule balle !!!

Si les partisans de la légalité se sont préparés à l’affrontement pacifique des forces de répression alors la question tragique et inévitable serait celle de l’endurance et de l’enthousiasme des populations à se sacrifier ainsi que celle des soldats et des policiers à supporter de voir le sang versé, les os broyés et les cervelles giclées sans écœurement. La résistance mentale est parfois plus décisive que le rapport des forces. L’armée et les services de répression du Shah d’Iran ont cédé après avoir atteint les limites de leur humanité :  5000 victimes civiles désarmées fauchées par les chenilles des chars et par les balles des mitrailleuses.

Les Frères musulmans ont fait la faute monumentale de composer avec l’armée de Moubarak et de stopper la révolution, il se trouve aujourd’hui dans  le défi d’achever le travail s’ils ne veulent pas disparaître de la scène politique et sociale. Les partisans de la démocratie sont eux aussi dans la même équation : relancer le processus démocratique en s’opposant au coup d’Etat et en redéfinissant les dénominateurs communs avec les principaux acteurs islamiques ou disparaître eux et leurs rêves de justice sociale, de progrès social.  L’Egypte tenu par les militaires sera une colonie d’Israël,  une base coloniale de l’Empire américain,    un comptoir commercial de l’oligarchie financière… une terre maudite par le sang versé en toute impunité. Sissi joue son avenir politique, sa vie et son désir de devenir le Hamana incontesté de l’Egypte, il sera impitoyable pour servir ses amlbitions et ceux de ses maîtres.

CHAREn attendant, il sera difficile à l’armée égyptienne de mater une insurrection dans un pays de 85 millions d’habitants. Il sera difficile à une armée de conduire avec succès une opération de police d’autant plus qu’elle a montré ses limites lors de la révolution contre Moubarak. Les opposants au coup d’Etat montre des chars en difficulté devant la population ainsi que la prise d’assaut de bâtiments gouvernementaux dans les provinces.

L’armée égyptienne a su reconquérir un prestige au détriment de la police qui porte le chapeau des exactions de l’ère Moubarak. L’armée ne peut se passer de la police dans la répression des manifestants ni de ses anciennes méthodes. Les stigmates  de l’ancien régime risquent de faire mal de nouveau et pousser la rue égyptienne à s’allier aux opprimés et aux réprimés.

Il sera difficile aux anti Morsi de continuer à se cacher derrière la mauvaise gouvernance des Frères musulmans ou derrière l’étiquette de terroristes.

Il sera difficile aux Salafistes de continuer à vivre paisiblement servant leurs intérêts sectaires et les intérêts de l’Arabie saoudite alors que leur pays est mis à feu et à sang à cause de leur incurie politique et religieuse. Al Azhar et les Salafistes vont fatalement épuiser leurs syllogismes fallacieux et se trouver sans arguments devant  leurs détracteurs qui ne manqueront pas de les interroger sur la position du Prophète (saws) sur l’effusion du sang des innocents et sur la destitution d’un gouvernant légitime.

Nous allons sans doute assister dans les heures et les jours qui suivent à des divisions qui vont repositionner politiquement les curseurs de l’opposition ou de l’alliance aux putschistes et aux légalistes transcendant le positionnement idéologique des uns et des autres. La crise ne peut être surmontée et résolue que par des changements de postures. Il faut espérer une dynamique accélérée, juste et efficace qui mette fin à l’effusion de sang et qui ouvre une nouvelle voie dans le cadre d’une recomposition politique.

Sur le plan international, les observateurs notent l’ouverture du dialogue entre les Iraniens et les Frères musulmans et le Hezbollah et le HAMAS ce qui laisse supposer que les Frères musulmans restent une force crédible et perfectible qui a toujours la possibilité d’exercer un rôle en Egypte et dans le monde arabe. En organisant, hier, des manifestations hors de leur carré, les partisans de la légalité ont sans doute pris l’initiative pour ne pas rester otage et ont poussé les autorités militaires et civiles  paralysées par les divergences en leur sein sur le recours de la violence à  se décanter et à choisir définitivement leur camp.

LSF analyse le processus du coup d’Etat militaire en Egypte

J’apporte un petit commentaire sur un  article fort intéressant par son niveau de  crédibilité et de  gravité  publié par  Liberté Sans Frontière (LSF)  (Alwihda Info) Sadam Ahmat – 6 Août 2013

 

Avant le coup d’état militaro-populaire de l’Egypte du 3 juillet, il y a eu plusieurs mois d’acrimonie entre Morsi et son ministre de la défense le général Sissi. Certes, Sisi n’est pas stupide. Ancien patron de renseignement militaire , il a fait appel à ses instincts pour comprendre que la faiblesse et la naïveté de Morsi lui vont bien. Il a lui-même dorloté le mouvement de révolte (Tamarroud) qui l’a conduit à destituer, le 3 juillet, le président Mohamed Morsi.

1ère partie

En raison de leurs différends, Alsissi avait prévu depuis des mois le renversement du régime de son président Morsi. Mais il attendait l’occasion et des préparatifs sont engagés dans ce cens. Les officiers supérieurs qui se sont sentis humiliés par le printemps égyptien qui a emporté le Raïs Hosni Moubarak en 2011, sont restés aux aguets pour attendre les islamistes au tournant. Pour combattre le régime islamiste, l ’armée a entreprit une panoplie de démarches basée sur le sabotage et la manipulation de la population. Appuyé par les hommes d’affaires, des industriels et des libéraux proches de l’ancien régime de Hosni Moubarak, il a été décidé de faire subir à la population le délestage d’électricité, la coupure intempestive de l’eau et du Gaz, surtout provoquer la pénurie du carburant…

Pour bien préparer la chute « légale » du régime islamiste, rien n’a été laissé au hasard. Cinq chaînes de télévision et plusieurs nouveaux journaux ont été crées pour médiatiser les manifestations et diaboliser Morsi et les islamistes. Ces organes de presse étaient trop agressifs envers Morsi accusé de tous les noms d’oiseaux pour le salir.

Parmi les accusations propagées par le média pro Sisi :

Morsi est incapable de gérer le pays ;
Morsi apporte un soutien aux Djihadistes du Sinaï ;
Morsi propose la vente de 7 km du territoire égyptien à Israël ;
Morsi complote avec Hamas contre l’Egypte ;
Morsi a vendu le carburant et l’électricité à Hamas en créant de pénurie en Egypte ; Morsi céde la bande égyptienne de Halaïb au Soudan. Morsi est tout sauf un être humain. Il est d’origine palestinienne et ses enfants sont des américains. Pire, il a la bénédiction des Etats unis d’Amérique…

Le sabotage suivi d’une campagne de dénigrement contre Morsi a très bien marché et la population a commencé par grogner. Selon Dr. Bassim Oda, l’ancien ministre égyptien des vivres, « la proposition du ministre de la défense Elsissi concernant les votes était une farce stratégique car l’armée égyptienne ne fait pas quelque chose d’improvisée, le coup d’état militaire a été minutieusement préparé depuis plus de six mois (…) Personnalité charismatique, Elsissi pense incarner la personnalité de Nasser mais je lui dirai cette époque est révolue à jamais et le peuple n’acceptera pas le fait accompli»

Alsissi semble avoir pactisé avec un groupe d’activiste nommé Tamarod. L’armée a aidé Tamarod dès le début, en communiquant avec elle par des tiers. Ce groupe constitué de jeunes a lancé une campagne de manifestation à Altahrir pour exiger le départ du président Morsi.
Des millions d’égyptiens ont envahi les rues ce qui semble avoir fourni une occasion en or pour El-Sissi d’avancer dans son plan pour se débarrasser du président.

Lorsque le président Morsi s’est rendu compte vers le 20 juin des intentions d’Al Sisi, il était déjà trop tard pour lui de faire changer les cours des événements. Mais il a décidé d’évincer quand même son ministre de la défense.

Le 23 juin 2013, le ministre de l’intérieur que Morsi croyait travailler pour lui, a discrètement informé le ministre de la défense que le président s’apprêtait à le remplacer. Elsissi déforme le rapport parvenu en impliquant tous les chefs de l’armée. Il les réunit et les informe des intentions de Morsi à vouloir se débarrasser de tous les chefs de l’armée. Ainsi Elsissi reçoit le feu vert des chefs militaires et passe à l’étape suivante pour prendre le président Morsi de cours. Il lance un ultimatum aux deux parties, les appelant à trouver une solution dans les deux prochaines semaines, sinon l’armée prendra sa responsabilité. Furieux, Morsi demande des explications pour ce communiqué militaire. Mais les chefs militaires qui sont tous, désormais, unanimes, pour le renversement, informent le président que le communiqué n’est autre qu’une manière d’apaiser la situation et pas plus. Morsi est alors anesthésié mais pas rassuré.

Les conseillers du président Morsi l’ont déconseillé de remplacer le ministre de la défense car il est trop tard et s’il le fait, il lui donnera l’occasion d’être un héros. Morsi se trouve les mains liées et Elsissi saute de joie lorsqu’il constate la réussite de la manifestation du 30 juin sur la place Altahrir et à Al itihadia ( palais présidentiel). Les rues étaient noires du monde. Pour impressionner Morsi et consorts, l’armée a fait défiler au dessus des manifestants des hélicoptères en les aspergeant d’une pluie des drapeaux égyptiens. Une copie des images est remise aux télévisions pro Elsissi. C’est une sorte d’avertissement au président Morsi et à tous ceux qui se doutent encore, dans l’armée, de l’intention de Sissi.

Le jour du coup d’état

Selon l’Emir de Qatar Cheikh Tamim, « nous avons entretenus des contacts avec le président Morsi jusqu’au jour de son écartement par l’armée (…) nous avons proposé un plan de sortie de crise de huit points que le président Morsi a acceptés, excepté la modification de la constitution. Quelques minutes après, le général Mahammat Al-Assar, le vice ministre de la défense nous a appelé pour exiger le referendum ou le vote. Tout s’est passé le même jour de la destitution de Morsi,» C’est comme si l’armée a déjà décidé du sort de son président.

Deuxième partie

Après le coup d’Etat

Dès le lendemain du 3 juillet, la police, qui n’assurait plus la sécurité, a repris son travail ; les distributeurs d’essence ont été à nouveau approvisionnés ; les coupures d’électricité sont devenues plus rares. Comme par enchantement ! Comme si l' »Etat profond » s’était, un an durant, soigneusement attaché à torpiller la présidence Morsi – premier chef d’Etat égyptien civil et premier démocratiquement élu.
Toutefois, le coup d’état a eu lieu sans tenir compte des réactions des islamistes qui était virulente. Les partisans du président déchu ont envahi les rues de toutes les villes égyptiennes. Cette démonstration de force a surpris les putschistes qui se sont réunis d’urgence. Pour les islamistes, il est désormais clair que les manifestations qui ont précédé le coup d’Etat du 3 juillet n’ont été qu’une façade. Elles ont été organisées en sous main par l’ arm ée et soutenues par les institutions de l' »Etat profond » restées en place : police, justice, services secrets, complexe militaro-industriel. En un mot, l’ancien régime s’est vengé.

Le vendredi 5 juillet à 9 H, soit 48 H après le coup d’état, et la réaction des islamistes dans les rues, le ministre de la défense s’est réuni dans son bureau avec tous les commandants de l’armée, excepté celui de la deuxième armée empêché par la situation au Sinaï. Après trois heures de discussion, les généraux ont estimé nécessaire de négocier une porte de sortie avec Morsi. Le chef d’état major de l’armée de l’air le général Sidkhi Soubhi et le chef d’état major de l’armée de l’air le général Younes Alseid Hamid sont chargés de diriger les négociations avec Morsi.
A 2 heures du matin (samedi 6 juillet), les deux généraux ont rencontré le président pour lui présenter un plan de sortie de crise qui se résume en deux points : Se retirer simplement et purement de la présidence, soit désigner comme premier ministre Albarad-i en lui attribuant tous les pouvoirs exécutifs et s’interdire de s’ingérer dans les affaires de l’armée, ni dans son armement, ni dans sa gestion. Le président a ri en rejetant fermement cette offre. « vous me faites rire (…) Que Dieu vous bénisse vous m’avez perdu le sommeil dans le vide. » La réponse du président a énervé le général Sidkhi le chef d’état major de l’armée qui a riposté en ces termes : « on peut vous exterminer pour faire de vous un ilot de sang. Rendez vous compte que vous ne pouvez plus diriger ce pays qu’en marchant sur nos cadavres. »
Le même jour à 6 h du matin, Sissi se retrouve avec tous les commandants militaires pour analyser les derniers rapports des services militaires. Les rapports indiquent qu’il ya un mécontentement au sein de l’armée. Elsissi fut soumis à un feu roulant de critiques. On reprocha explicitement au général Elsissi de n’avoir pas réussi à prévoir la réaction rapide et forte des partisans du président déchu.
Prenant la parole, le commandant de la 3ème armée le général Oussama Askar s’est attaqué à Elsissi pour la rapidité de sa décision de démettre Morsi. La décision a été prise au moment où l’Emir de Qatar Cheikh Tamim a réussi à convaincre le président Morsi d’accepter son plan de sortie de crise en huit points, excepté la modification de la constitution.
Elsissi a rappelé que la décision a été prise à l’unanimité et qu’il n’est pas question de la remettre en cause maintenant. La réunion s’est vidée en queue de poisson.
Le même jour à midi, Alsissi se réunit avec le chef d’état major, le général Soubhi et le général Ahmat Abouldahab, directeur de sensibilisation. A l’ordre du jour, analyser les rapports des services de renseignement militaire et revoir le plan. Il a été décidé de :
– Tous les organes de presse anti Morsi sont sollicités pour répandre de fausses rumeurs, diaboliser les islamistes et noircir leur réputation.

– Coordonner avec le ministère de l’intérieur pour la provocation, les attaques, l’incendie des sièges des frères musulmans et la manipulation des images,
– Organiser une manifestation grandiose contre les frères musulmans,
– Renforcer la manifestation par des milliers des soldats et policiers en civil.
– Le dimanche dans l’après midi, les services de renseignement militaire alertent le ministre de la défense Elsissi sur l’augmentation de l’effectif des frères musulmans dans les rues et sur le mécontentement de certains officiers supérieurs. -Les services de renseignement militaire disent avoir intercepté une communication téléphonique du Directeur du génie militaire le général Tahir Abdallah qui a qualifié la destitution de Morsi est irréfléchie et rapide et qu’il appelle à une sortie de crise rapide.

Le 26 juillet, à la demande du nouvel homme fort, les anti Morsi sont sortis en masse pour charger l’armée de combattre le terrorisme et la violence ! Cette démonstration n’a pas été du goût de plusieurs hauts responsables égyptiens. L’ancien conseiller démissionnaire du président déchu, Mohammed Fouad Jadallah a indiqué que l’appel par le général Sissi à une manifestation de soutien dans les rues a fait perdre l’occasion de se réconcilier. Car, les frères musulmans ont déjà accepté un projet de médiation dirigée par Cheikh Al-Azhar. Cette manifestation a fait au moins 82 morts pro-Morsi lors d’affrontements avec la police anti-émeutes égyptienne et des hommes en tenue civile. De nombreux manifestants ayant reçu des coups de feu mortels à la tête ou à la poitrine, a déclaré Human Rights Watch. Ils ont été tués le 27 juillet lors d’affrontements ayant duré plusieurs heures sur une route à proximité d’un sit-in des Frères musulmans devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans l’est du Caire.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec sept témoins des violences, et examiné plusieurs vidéos montrant les incidents. Les violences ont eu lieu quelques heures après l’annonce par le président intérimaire Adly Mansour que « l’État doit imposer l’ordre avec toute la force et la détermination». Le même jour, le ministre de l’Intérieur, le général Mohammed Ibrahim, a averti que les forces de sécurité allaient « bientôt » disperser les sit-ins pro-Morsi sit-in sur les places Rabaaal-Adawiya et Al-Nahda.

Liberté Sans Frontière (LSF)
A suivre

 

Commentaires Omar Mazri :

1 – Le différend entre le général Sissi et Morsi est sur le rapport de l’Egypte envers le HAMAS. Une partie de l’armée voulait imputer la responsabilité de l’assassinat des soldats au HAMAS alors que Morsi refusait ce scénario sans preuves et ses conséquences politiques et militaires sur Gaza.  J’avais annoncé très tôt la bataille contre le HAMAS et la résistance palestinienne dans la récupération de la « révolution arabe »  et dans son dévoiement. Sur cet vidéo le général à la retraite, Tahar Azzzedine, héros de la guerre d’octobre, fait des révélations graves :

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2 – Depuis  novembre 2012 des mouvements hostiles à Morsi se sont manifesté sur la place publique  au seins des officiers supérieurs de la police sous la conduite du  ministre de l’intérieur.   Le Ministre de l’Intérieur de Morsi , le général Ibrahim Nadjib, qui a organisé le coup d’Etat avec les forces armées, a succédé au Ministre de l’Intérieur, le général Ahmed Jamal Eddine qui a été limogé par Morsi suite à son refus de protéger le palais présidentiel contre les voyous dénommés Baltaji ( mot  turc signifiant  ramasseurs de pelles) qui ont tenté à plusieurs fois de pénétrer dans le palais présidentiel. Il semble que Morsi au lieu d’engager des réformes profondes et de mener la « révolution » à son terme en l’épurant des cadres de l’ancien système ait choisi de composer, de tenter de s’attirer les bonnes grâces de la police et de l’armée pourtant discréditées. L’idée de faire appel a un politique réformateur pour gérer la politique sécuritaire et administrer l’Intérieur au lieu de faire appel à un ancien directeur général de sûreté  régionale ou nationale ne semble pas encore faire partie de la culture politique. 

Sous le règne de ces deux  mandarins de la police les Frères Musulmans ont vu, alors qu’ils « gouvernaient » l’Egypte,  leurs locaux saccagés et leurs archives pillées sans tirer les conséquences politiques ni prendre les mesures de prévention contre le coup d’Etat flagrant (?) 

 

Mossad, monarchies arabes, Egypte et Palestine

La chaine Al Manar du Hezbollah libanais rapporte que la chaîne de télévision israélienne, Canal 2, a informé de la visite secrète  du chef des services de renseignements israéliens (Mossad), Tamir Bardo , il y a quelques semaines, aux Emirats-arabes-unis.

Selon l’expert des affaires arabes de Canal 2, Ehod Yaari, « la visite était officieuse » et « Bardo s’est réuni avec le prince héritier Mohamad ben Zayed alNahyan, ainsi qu’avec de haut responsables sécuritaires ».

Au cours de cette réunion, il a été surtout question de la situation en Egypte avant le coup d’état militaire et de la coopération dans les questions militaire et sécuritaire.

Toujours selon la même source, Bardo s’est réuni avec le responsable palestinien Mohammad Dahlan qui réside à Dubaï.

Le journal algérien arabophone As Chourouq a fait état de la coordination du Mossad avec  les services de sécurité des monarchies du Golfe, le palestinien Dahlan et les sphères d’affaires liées au régime de Moubarak  pour réaliser le coup d’état militaire. As Chourouq se rapportant à des sources égyptiennes (civiles et militaires) de haut niveau déclarent que Dahlan aurait piloté l’opération qui consistait à verser des milliards de dollars pour financer la chute de Morsi.

Tous les indices convergent vers ce qui est évident depuis longtemps : la liquidation de la question palestinienne. La liquidation  de la Palestine passe par la normalisation des Arabes avec Israël ou  par l’anarchie dans le monde arabe sinon la combinaison des deux. Dans tous les cas il faut criminaliser les mouvements islamiques  et les encadrer les amenant à faire des fautes ou à agir avec précipitation.

Les errements de l’association des savants musulmans présidée par Qaradhawi et la cécité des  Frères musulmans dans le dossier libyen et syrien ont facilité le jeu de l’Empire et du sionisme qui disposent d’une ingénierie prodigieuse pour connaitre nos faiblesses, nos divisions, et anticiper. La haine idéologique des libéraux et des gauchistes arabes qui s’empressent de proclamer  » les peuples arabes se soulèvent contre la terreur des Frères musulmans et des autres mouvements islamistes » ajoutent de la confusion. L’Empire sait manier la muleta devant les têtes baissées  des forcenés de la politique.

Les hommes sensés aimant la vérité et les hommes épris de liberté et de justice doivent reconnaître l’évidence flagrante : les putschistes égyptiens se sont emparés des difficultés politiques de Morsi à gouverner un pays « ingouvernable » par la mentalité confrérique et par le fardeau de l’héritage Moubarak pour lui adresser les griefs qui arrangent l’Empire et le sionisme. Morsi est accusé de soutenir le HAMAS un des principaux mouvements de la résistance après que le FATAH ait choisi Oslo comme Sadate a choisi Camp David. Celui qui ne voit pas l’inscription du Hezbolah dans la liste des terroristes par l’Union européenne et ne fait pas le rapprochement entre  les pressions américaines sur l’Autorité palestinienne pour faire des concessions à Israël doit avoir le cœur rempli de haine contre l’Islam ou doit avoir le crane rempli de moelle épinière sans limbes.

La gauche égyptienne tenté par l’économie de marché n’arrive plus à manier la dialectique historique :  elle  devrait relire le 18 Brumaire de Marx et revisiter le coup d’Etat du général Pinochet contre le président Salvador Aliendé . Pinochet a ce que les libéraux et les putchistes arabes n’ont pas :  une idée de la démocratie bourgeoise qui libère les forces productives lui permettant d’accumuler du capital sur des progrès sociaux et économiques. Prisonniers de leur délire de voir l’échec de l’Islam politique pour cacher leur propre échec ils ne sont pas en mesure de comprendre que l’échec est celui des mouvements islamiques partisans ou sectaire. L’échec de l’idéologie partisane annonce, inchaallah, la renaissance de l’Islam social et politique.

Bain de sang en Egypte

Le général Sissi appuyé par les cercles d’affaires liés à la prébende internationale, économique, médiatique et culturelle, agissant sous les impostures de gauche révolutionnaire ou agissant sous les impostures de l’Islam apolitique et bigot, vient d’entrer dans l’histoire comme assassin de son peuple. Ni lui ni ses soutiens apparents et cachés ne sortiront indemnes de l’épreuve de force qui tente de maintenir le système Moubarak et Sadate aux commandes de l’Egypte.

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Il est impossible aux nouveaux-anciens maîtres  de gagner la confiance des gens du commun, ni d’imposer leur légitimité, ni d’appliquer leur programme politique devant tant de sang versé et tant de colère accumulée depuis des décennies de gabegie et de despotisme.

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Je ne suis pas partisan de l’explication eschatologique de l’histoire, mais je ne peux croire qu’un gouvernement qui inaugure son règne par tant de sang versé puisse bénéficier de miséricorde et de bénédiction comme je ne peux croire que ceux qui soutiennent ce bain de sang puissent jouir en paix de la vie mondaine ou espérer un salut le Jour du Jugement dernier.

Le monde est en cours de changement, les méthodes classiques de gouvernement par l’intimidation et la répression ont épuisé leur énergie et leur stratagème.  l’histoire s’accélère au détriment des inerties léguées par la conjugaison de la décadence interne et de la colonisation externe.

Les musulmans sont condamnés  fatalement à réviser leur culture partisane et à repositionner leur curseur idéologique. Le sang des musulmans ne doit pas être versé en vain, le temps des musulmans ne doit pas être gaspillé dans les futilités, le territoire des musulmans doit être préservé des prédateurs locaux et internationaux. Le sang versé  nous indique la voie du devoir si nous voulons prétendre à un quelconque devenir dans la dignité et la prospérité : l’unité.

Au lieu de dilapider notre temps à chercher les compatibilités et les incompatibilités entre Islam et démocratie, entre civils et militaires, entre obéissance et sédition, entre califat et théocratie,  il est temps plus que jamais de faire de l’édification de l’Etat de droit et de l’émergence du musulman citoyen une priorité qui préserve sa vie, sa liberté et sa dignité sans lesquelles son islamité n’est qu’une vue tronquée de l’esprit ou un débordement affectif…

Il ne s’agit pas de chanter une révolution improvisée, de la confisquer ou de la continuer pour se retrouver, une fois de plus, dépouillé et trahi.  Il s’agit de tisser le lien social et de fédérer  toutes les forces de résistance contre l’injustice et l’oppression. Il s’agit de l’unité autour des valeurs :  partager  la  foi sinon  refuser ensemble  l’autocratie

{Dis : ô Gens du Livre, élevez-vous à  une parole normative entre vous et nous. Nous n’adorons qu’Allah et nul d’entre nous ne prendra l’autre comme maître}

Pour l’instant il faut se rassembler et dire non à ceux qui veulent jouer au maître et  faire verser le sang des musulmans.  Le coup d’Etat et l’effusion de sang dans le monde arabe ne doivent pas être une fatalité. Il faut garder le cap celui de la lutte entre deux projets de civilisation, l’un en voie d’achèvement de son histoire et l’autre en voie de renaissance. Les Frères musulmans ne sont ni le monopole ni l’idéal dans ce projet de renaissance, mais ils en font partie car ce projet est inachevée, en ébullition, en quête d’unité et de méthodologie.

Je ne peux lire les événements comme une lutte de classes, une lutte entre laïcs et islamistes,  une lutte entre impérialistes et libérateurs, une lutte de pouvoir même si partiellement on y retrouve quelques ingrédient et quelques motivations. Ces lectures simplistes et réductrices cachent les enjeux civilisationnels que l’histoire est entrain de déployer.  Les pays arabes et musulmans sont en train de s’effondrer politiquement, socialement, économiquement, moralement et idéologiquement afin de repousser l’échéance de leur éveil et de leur entrée de nouveau dans l’histoire avant la fin de l’Histoire.

Les salafistes   infantiles et  formalistes reprochent aux Frères Musulmans de ne pas respecter les conditions du Tamkine en faisant de la politique partisane. C’est une vérité qui devient mensonge et diversion, car elle vient à un moment où la priorité et la justice commandent de dire ou de  montrer comment  les conditions et les possibilités du Tamkine sont sapées par les vassaux de la civilisation occidentale et sont fragilisées par les discours sectaires et les comportements irresponsables des imposteurs de l’Islam qui ont accaparé les tribunes pour détourner les musulmans de  leur vocation et de  leurs missions :

{Ils ne se sont divisés, s’acharnant les uns contre les autres, qu’après que la science leur eut été donnée. Si une sentence de ton Seigneur n’avait pas déjà fixé un terme irrévocable, leurs différends auraient été réglés.} 

Il y a une grande différence entre ceux qui refusent de voir la dynamique d’éveil islamique se transformer en clocher partisan et politicien et ceux qui veulent interdire  la voix (voie) de l’Islam et qui se réjouissent de l’échec de l’Islam politique alors qu’ils sont ignorants de l’Islam et des aspirations des musulmans se contentant de reproduire le discours des années cinquante tout en s’intégrant dans le marché mondial. Il y a aussi une différence entre celui qui convoite le pouvoir croyant – ainsi parvenir à œuvrer pour la gloire de l’Islam et le bien des musulmans – et celui qui destitue un gouvernant légitime. Il est regrettable d’oublier que le Prophète (saws) a interdit d’entrer en sédition contre le gouvernant. Morsi a été élu comme président et à ce titre il doit être traité comme tel, même si la critique contre son programme social et  économique est légitime. Tolérer ou trouver excuse à sa destitution est une atteinte à la religion,  à la raison humaine et à la stabilité politique de l’Egypte.

Les nuances et les exigences historiques ne semblent pas faire partie de la culture des apologues de la servitude et de l’auxiliariat. Il ne s’agit pas seulement de se libérer de la dictature de quelques généraux, mais de se libérer du système qui produit de la dictature pour le compte  d’un autre projet de civilisation que celui auquel est destiné le monde arabe :

« Le perdant est celui qui a échangé son Paradis contre la vie ici-bas, mais le plus perdant est celui qui a échangé son Paradis pour la vie ici-bas d’autrui »

Il ne s’agit pas de prendre les armes ni de conduire les musulmans à la guerre civile comme cela a été fait en Libye et en Syrie, mais de triompher des causes de l’injustice, de la transgression et de l’agression et de surmonter les contentieux :

Dans la sourate la Choura qu’on pourrait traduire par démocratie islamique, consultation ou concertation nous avons une solution aux problèmes que les bigots et les libéraux ne veulent pas voir :

{Tout ce qui vous a été donné n’est que jouissance de la vie de ce monde. Mais ce qui se trouve auprès de Dieu est meilleur et plus durable, pour ceux qui croient et s’en remettent à leur Seigneur} As Choura 42

Allah (swt) a qualifié ceux qui croient et s’en remettent à Lui par trois qualificatifs :

– le premier qualificatif est d’ordre comportemental et moral :

{ceux qui évitent les péchés graves et les turpitudes, et qui pardonnent après s’être mis en colère} As Choura 37

– le second qualificatif est d’ordre praxique incluant tout ce qui donne vie, cohésion  et stabilité à la cité sur le plan religieux, social et politique :

{ceux qui répondent aux exhortations de leur Seigneur, s’acquittent de la prière, se consultent réciproquement au sujet de leurs affaires et dépensent [en aumônes] une partie de ce que Nous leur avons accordé} As Choura 38

– le troisième qualificatif est la résistance globale contre l’oppresseur et l’agresseur pour défendre sa patrie, sa religion, sa liberté et sa dignité :

{ceux qui, si violence leur est faite injustement, triomphent.}  As Choura 39

L’excellence est dans la réconciliation. Il ne peut y avoir réconciliation sans désir réciproque de se réconcilier, sans pardon de l’opprimé et sans réparation équitable par l’oppresseur. Seule la justice peut réparer durablement :

{La sanction pour un tort subi est un tort identique ; mais pour celui qui pardonne et se réconcilie, sa récompense est auprès de Dieu, car Dieu n’aime pas les iniques.} As Choura 40

La concision et la force de structuration de l’énoncé coranique mettent en évidence le rapport indissociable entre la justice et la Choura qui consiste à consulter les gens et à les faire participer aux affaires de la Cité. Ni les militaires, ni les salafistes ni les prétendus démocrates n’ont l’intention de donner crédit et voix aux populations musulmanes chacun se croyant le dépositaire exclusif du savoir, de l’autorité et du progrès faisant fi du sang qu’ils font verser ou qu’ils appellent à verser.

Si nous ne sommes pas capable de voir l’injustice et l’iniquité dans un coup d’Etat ni  l’horreur dans la répression sanglante, ni le déni de démocratie,  alors il ne faut  espérer ni la réconciliation entre les hommes ni l’amour de Dieu.

L’appel du général

Quel sens donner à l’appel du  général Abdel Fattah al-Sissi :

« J’appelle tous les égyptiens honnêtes à descendre dans la rue vendredi pour me donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme »

Appel à l’aide d’un homme en proie au doute ou appel à la violence institutionnelle dans un climat de tension politique?

Celui qui a réalisé le coup d’Etat contre un président démocratiquement élu et qui a installé sous  la « légitimité » de la rue des figures et des organes de transition censés masquer le coup d’Etat et qui bénéficie du soutien des milliards des bédouins, des éradicateurs et des salafistes, a-t-il besoin du soutien du peuple civilisé pour lutter contre le peuple terroriste? Il y a des fausses donnes qui semblent fausser les pronostics. Sinon comment expliquer que le général s’exprime en faisant de la surenchère sur le président désigné et en appelant le peuple non à soutenir le gouvernement, mais à le soutenir personnellement.

Les évènements semblent indiquer que :

–          1 – Le général Sissi – plus influencé par le général Boulanger que par la Révolution française –  se trouve confronté à une grogne au sein des officiers de l’armée qui désapprouve le coup d’Etat et qui redoute ses conséquences. Le général  appelle le peuple à venir trancher dans l’arbitrage qui oppose  les « faucons »  éradicateurs  et les « colombes » réconciliatrices au sein de l’armée.

–          2 – Les  officiers ainsi qu’une partie des nationalistes viennent de prendre  conscience des risques réels de guerre civile et ont réévalué la situation nationale et internationale qui demeure défavorable pour un coup d’Etat. Il ne s’agit pas comme on pourrait le croire de la crainte de la suspension de l’aide américaine ou du désir européen de voir revenir l’Egypte à la légitimité des urnes. Il s’agit de quatre grands facteurs.

  • Le premier facteur c’est que le retour aux urnes promis par l’armée  pourrait s’avérer une véritable boite de pandore  maintenant que la contestation dans la rue  est devenu le « recours révolutionnaire » et le moyen d’imposer ou de déposer un gouvernant. La victoire n’est garantie pour aucun prétendant et elle demeure soumise au refus qui peut entrainer l’embrasement. Il est impossible que la crise sociale et politique ne soit jugulée avant la tenue des élections annoncées.
  • Le second facteur est la réalité politique des opposants aux Frères musulmans. Ils ne sont pas un gage de soutien ni un facteur de stabilité ni une force de gouvernance. Ils sont hétéroclites et ils ne sont parvenus à un consensus sur les figures de la transition que par le jeu opportuniste des salafistes qui restent une force imprévisible et sans cap politique pouvant donner lieu à des alliances durables.  La redistribution des aides et le partage du fardeau de la crise sociale et économique peuvent faire voler en éclat les forces unifiées dans leur refus des Frères musulmans.
  • Le troisième facteur réside  paradoxalement dans l’aide financière octroyée par les bédouins.  Le nationalisme égyptien exacerbé et utilisé à la fois comme rente sociale et refuge idéologique ne peut tolérer de se voir confié aux vassaux de l’Amérique. Une fois consommées la rhétorique et la propagande sur les collusions d’intérêts entre l’Amérique et les Frères musulmans, l’éveil est humiliant pour les partisans nombreux et irrationnels de Misr wa bess ou de Misr oum edounya.
  • Le quatrième facteur est dans la conséquence du risque de l’alignement  de l’Egypte sur l’Arabie saoudite et ses voisins satellites. Tout le monde connait la rivalité idéologique, politique et culturelle entre l’Egypte et l’Arabie saoudite depuis Djamel Abdel Nasser. Les nationalistes, dans l’armée et dans le civil, attachés à Nasser et au nationalisme arabe et habitués à si tuer dans la lutte entre le bloc Ouest et le bloc Est ne peuvent ne peuvent tolérer se voir des figurants dans les luttes rivales entre monarchies bédouines. Ni le Qatar ni l’Arabie saoudite ni leurs voisins ne peuvent jouer un rôle stabilisateur pour l’Egypte. Ils sont perçus pour ce qu’ils sont : des facteurs de régression, de désordre et de conflit.  Leur histoire moderne, la nature de leur pouvoir et leurs interventions dans la région témoignent de leur vassalité aux USA qu’ils ne sont pas capables de bien réaliser faute de culture politique. Leur intervention en Syrie est catastrophique. Leur intervention en Egypte sera pire. Ils peuvent apporter la manne financière, mais ils ne peuvent apporter ce qu’ils n’ont pas : la vision du monde et un plan de développement. Les 12 MD $ ne peuvent empêcher les échéances difficiles avec le FMI et le règlement de la crise politique, sociale et morale. Dans les conditions actuelles, la manne devient un fardeau dont il faut se débarrasser si on veut éviter le naufrage du navire égyptien dans la tourmente de ses politiciens et de ses militaires.

–          3 –  Le choix du vendredi vise à rassembler les salafistes contre les Frères musulmans surfant sur l’esprit partisan et sectaire dominant dans les mouvements islamiques qui obéissent à des logiques d’identité formaliste et non à des logiques religieuses, géostratégiques ou politiques. Si ce choix venait à se confirmer, alors la rumeur faisant état de la rencontre entre les corrompus de  l’armée égyptienne et les corrupteurs des pays du Golfe, tous ennemis des Frères musulmans, va devenir réalité. Personne n’ignore que l’apolitisme et l’individualisme du salafisme exporté par l’Arabie saoudite a une capacité de déstructuration des imaginaires et des consciences dans le monde arabe. Personne n’ignore aussi que les salafistes, par leur infantilisme simplificateur et par leur inertie face au changement, sont les alliés des régimes despotiques comme le sont d’ailleurs les prétendus démocrates et progressistes laïcs qui refusent le changement tant  par peur de perdre leur rente politique que par mépris pour la religion du peuple.

Ce vendredi sera décisif tant pour les ambitions politiques du général que pour  le devenir de l’Egypte. Ce sera une confrontation et l’approfondissement de la déstructuration entamée de l’Egypte ou bien un réveil et l’obligation pour tous de trouver un terrain pour la réconciliation nationale. La réconciliation est difficile car elle exige un désir de se réconcilier et le recours à la justice et à l’équité.

Ce vendredi sera décisif car il pose en filigrane la question du rapport des forces politiques à l’armée ainsi que du positionnement du clivage idéologique dans le monde musulman et arabe qui n’est pas entre islamistes et non islamistes, mais entre conscience universel s’opposant au chaos mondial et inconscience sombrant dans le chaos au nom de la religion, de la démocratie, de la souveraineté nationale et d’autres termes galvaudés ou instrumentalisés.

Les Frères musulmans confinés dans leur esprit partisan et engagés dans leur lutte contre le régime syrien n’avaient ni l’envergure ni le recul pour lire la carte du monde et se hisser au niveau de l’universel de l’Islam dont ils se réclament. Toutes les critiques contre les Frères musulmans sont objectives si elles ne font pas l’impasse sur les errances de l’ensemble de la classe politique dans le monde arabe et en Egypte. Il s’agit de chercher à comprendre et d’apprendre à anticiper pour ne pas rester éternellement otage des autres et victimes de notre propre inconséquence.

Le destin est ironique, tragiquement ironique pour ceux qui ne lisent pas correctement l’histoire et le mouvement du monde. En effet dans une semaine les Iraniens installent leur nouveau président démocratiquement élu et continuent d’avancer sans perdre leur cap dans un monde de contradictions et de déchirements, alors que les Égyptiens, les uns se croyant les tombeurs d’Israël, les autres de Bachar Al Assad, sont renvoyés dos à dos à leurs contradictions internes et à leurs faux clivages.

4 – Le général a choisi la confrontation. Le peuple sera-t-il son allié,  son instrument, ou son désaveu public ? Sera t-il isolé ou aura-t-il les moyens de « mater » les Frères musulmans et d’imposer son « agenda » ? Personne n’a de réponse et même si demain et les jours à venir nous donnent une réponse, elle sera incertaine car les actants, prisonniers de leur ego, n’ont aucune prise sur les événements et ne sont pas à l’abri de retournements bouleversants comme l’a si bien dit le grand poète arabe Al Moutannabi :

« Tajri ar riyah bi ma la tachtahi as soufoun : les vents ne soufflent pas toujours au gré  des voiliers« 

Ce qui est par contre sur et certain c’est la double volonté du général Sissi et de  son clan éradicateur de :

– criminaliser et diaboliser les Frères Musulmans sinon les pousser à l’épreuve de force en faveur des militaires partisans de l’éradication de l’Islam politique et social. Depuis le premier jour du coup d’Etat la feuille de route contre Morsi était tracé : l’envoyer devant une juridiction pour légaliser le coup d’Etat. La même feuille de route prévoyait la décapitation « juridique », médiatique et sécuritaire de l’encadrement des Frères musulmans. Ces derniers disposent d’une expérience de près d’un siècle de lutte et de clandestinité. Est-ce que la « transparence » démocratique à  donné au pouvoir réel la cartographie de leurs réseaux ou non est la question de fond qui vient s’ajouter à celle sur les mesures de précaution que les Frères musulmans ont pris ou non face au traditionnel retournement des militaires contre eux ( Nasser et  Sadate). Ces questions posent la question sur l’urgence et la gravité de l’appel du général : est-ce que les Frères se sont constitués des réseaux au sein de l’armée ? Est-ce que Sissi annonce une chasse aux sorcières pour épurer l’armée fort d’un soutien populaire et politique ?

– criminaliser le HAMAS en l’impliquant dans un pseudo complot de Morsi contre la souveraineté de l’Egypte et ainsi offrir à l’entité sioniste et à l’administration américaine la garantie de la poursuite des accords de Camp David. Le retournement tactique et opportuniste des Frères Musulmans vis-à-vis de l’administration américaine et leur mauvaise gestion de l’affaire syrienne ne font pas oublier leur lutte en faveur de la Palestine.

Le général Sissi gère ce dossier, tambour battant, comme les magiciens de Pharaon faisant illusion pour s’attirer les bonnes grâces de l’Empire alors que dans la famille de Pharaon des voix silencieuse sortent de leur mutisme s’élèvent pour défendre Moïse et se reconnaître dans son message.

Conclusion : La confusion et le chaos servent les intérêts et les ambitions de l’Empire, du sionisme et des cercles d’affaires. Il faut continuer à explorer les pistes et à valider le sensé et  invalider l’insensé au delà de l’actualité.

 

PS : Je ne suis pas partisan des Frères musulmans car je ne crois pas en l’efficacité de leur méthode ni dans le recours à l’esprit partisan. Je suis conscient de leurs erreurs monumentales. Je me dois de comprendre autant que rejeter le coup d’Etat car non seulement il n’apporte rien de bien, mais il empêche l’enracinement de l’alternance politique par des voies pacifiques et le dialogue. L’armée comme les politiques doivent être une force de proposition pour défendre la patrie et les citoyens s’ils n’ont pas la compétence de défendre la religion de leur peuple. Ils ne doivent pas être moralement et politiquement le problème et l’obstacle. l’appel du général « pour en finir avec la violence et le terrorisme » aurait trouvé crédit et efficacité s’il s’inscrivait dans une démarche citoyenne qui construit l’Etat de droit et de prospérité. Tous les indicateurs annoncent l’Etat d’exception…

Conflit entre l’armée et Morsi sur le HAMAS

Abstraction faite des erreurs d’évaluation et des manquements aux principes de HAMAS sur la Syrie qui posent avec force la crédibilité du mouvement à conserver l’initiative,  l’unité et le soutien dans sa résistance contre l’occupant sioniste de la Palestine, d’autres questions plus graves se posent après le coup d’Etat   contre Morsi.  Des analyses arabes, citant le général en retraite conférencier à l’académie militaire du Caire, Aymane Salama, lors de son interview à la BBC, soutiennent que l’armée égyptienne a agi dans l’intérêt d’Israël. D’autres soutiennent que les Frères Musulmans allaient céder le Sinaï comme solution aux Palestiniens en échange d’une aide américaine de 12 milliards. Le temps va sans doute montrer la véracité et le mensonge. Pour l’instant les Bédouins arabes livrent 20 milliards de dollars aux juillétistes et on pourrait s’interroger pour qui roulent les pétromonarchies?  Beaucoup de questions, d’accusations graves, et d’incertitudes pèsent sur le devenir de l’Egypte !

Pour saisir ces questions et leur gravité il faut se rappeler que les révolutions arabes ont été récupérées par l’Empire qui a une capacité de manœuvre redoutable. Cette capacité s’appuie sur une connaissance du monde arabe et des relais actifs au sein des élites arabes qui alimentent la base de connaissances et agissent dans le sens attendu de l’Empire. Il faut aussi se rappeler que l’esprit partisan et la précipitation à conquérir le pouvoir ont conduit les Frères musulmans à devenir les instruments de leur propre échec. Ils se sont attaqués à des formalismes secondaires et simplistes négligeant les enjeux stratégiques et la nécessité de formaliser les contradictions et les crises en ingénierie politique, sociale, idéologique et militaire pour les surmonter et les résoudre dans une démarche fédérée et efficace au niveau régional et local.

Il était légitime pour le président Morsi de menacer militairement l’Ethiopie qui est en train d’assoiffer l’Egypte, mais l’art et la manière de le dire ou de le faire étaient illogiques et dangereux car le Président n’avait ni le cadre politique, ni l’encadrement militaire, ni la lucidité géopolitique pour le faire. Depuis Sadate et Moubarak l’Egypte a perdu la culture de défendre la souveraineté nationale et de rayonner sur sa profondeur stratégique. Elle a produit une génération de fonctionnaires civils et militaires davantage impliqués dans la gestion de la rente que procuraient la paix avec l’entité sioniste et la vassalisation aveugle à l’Administration américaine que par la gestion de la cité et de la nation. Tous les experts disent que les futures batailles stratégiques vont se focaliser autour de l’eau et qu’Israël est un grand consommateur d’eau. L’Egypte avec le Soudan et derrière la Libye et l’Algérie fait partie de la plus grande nappe phréatique  dans le monde apte à fournir plus de mille ans d’eau potable à plus de 200 millions d’habitants. Ces pays disposant de 40 mille milliards de m3 d’eau sont naturellement convoités par la prédation internationale et par l’occupant étranger en Palestine.

Les déclarations intempestives sont donc inutiles. L’urgence était de mobiliser les experts et les capitaux pour disposer de cette eau et de ses bénéfiques retours d’investissements sur le plan écologique, social, économique, touristique et agraire.

Pour cela il fallait un cap, beaucoup de travail et un réenchantement des peuples abusés et désabusés. Ces chantiers sont l’oeuvre d’une génération et non celle d’un parti ou d’une confrérie. La bonne gouvernance consistait à préparer ce chantier en créant les conditions pour une ingénierie politique, sociale, financière  et technique tant sur la  conception que sur la réalisation en comptant sur ses propres forces. L’Etranger doit être réduit à sa juste mesure : un partenaire, un auxiliaire, un facilitateur ou un obstacle, mais jamais le maître d’ouvrage, le maître d’oeuvre qui décide des plans, des agendas et des priorités… Les Chinois et  les Iraniens sont des témoignages vivants et bien réels.

Dire que l’Islam est la solution est une tautologie sur le plan de l’énoncé qui n’apporte rien sur le plan de la praxis. Le modèle turc qu’on veut présenter comme modèle islamique par excellence alors qu’il est d’essence capitaliste semble gérer la ressource rare au détriment des musulmans et des Arabes : la Syrie et l’Irak souffrent des barrages turcs. Israël par contre semble recevoir de l’eau turque pour produire les fruits et les produits industriels destinés aux Arabes. Les experts parlent d’un accord pour la construction d’un tunnel sous la mer pour que la Turquie approvisionne Israël en eau en abondance. Les eaux d’Egypte semblent moins chères et plus facile à transporter comme le gaz égyptien. Les « révolutionnaires » égyptiens ne semblent pas pressés de se poser les bonnes questions : ils surfent sur le mécontentement « populaire » envers Morsi et les Frères musulmans. Les Frères musulmans n’ont pas voulu poser les bonnes questions et impliquer toutes les compétences. Ils croyaient manœuvrer facilement avec l’armée et avec l’Empire comme ils croyaient que l’appartenance à l’Islam allait leur ouvrir les portes du Paradis sur terre.

Il était légitime pour le président Morsi de conserver son titre et son poste de président eu égard aux préceptes de l’Islam qui refuse la sédition contre le gouvernant et eu égard au principe démocratique qui l’a amené au pouvoir. Toucher ces deux principes n’est pas un acte révolutionnaire ou une morale, mais une atteinte des principes. Le peuple est devenu otage des manipulateurs et une jurisprudence pour l’anarchie. Morsi, président légitime, a eu raison de refuser de démissionner, mais il aurait dû, pour éviter l’effusion de sang et pour éviter le coup d’Etat facilitateur à la réalisation d’un plan plus grand que l’Egypte, imaginer des solutions inédites et prendre les mesures adéquates pour mettre fin aux conséquences de ce qui est annoncé avant que les Frères musulmans ne se lancent aveuglement à la conquête du pouvoir : l’anarchie et la guerre civile dans le monde arabe et musulman.

Il était légitime pour le président Morsi de soutenir le HAMAS, d’ouvrir le poste frontalier avec Gaza et d’envisager un autre redéploiement militaire au Sinaï, mais l’esprit partisan a empêché que la perception du HAMAS se fasse dans le cadre de l’évaluation globale de la résistance au projet de refondation du Moyen-Orient et du monde arabe par les Américains. L’illusion du Khalifat islamique  en Syrie, en Jordanie et en Egypte, était un leurre que les Américains et les idiots utiles de l’islamisme infantile ont cultivé comme un pavot d’opium faisant oublier les peurs, les paniques et les réactions de rejet de l’armée qui est garante de la paix avec Israël et qui ne veut ni se lancer dans une guerre ni perdre ses privilèges politiques, sociaux et économiques dans une guerre à laquelle elle ne se prépare plus. Les mêmes peurs, les mêmes paniques et le même rejet ont été entretenus dans les communautés coptes, les laïcs libéraux et nationalistes.

Les dissidents des Frères musulmans et les intellectuels nationalistes se rejoignent pour décrire l’incompétence des Frères musulmans à gouverner, mais le fait le plus marquant est celui des médias qui ont commencé à lancer une campagne de dénigrement contre le HAMAS quelques semaines avant la destitution du Dr Morsi. Cette campagne prend des proportions alarmantes ces derniers jours. Il y a une volonté de criminaliser, de diaboliser le HAMAS et de le faire montrer comme le facteur de déstabilisation non seulement en Egypte, mais dans le monde arabe. Certes, l’encadrement du HAMAS a fait des erreurs politiques graves, mais il ne peut être considéré comme un traître à la solde d’Israël, ni un agent américain, ni un facteur de subversion pour l’Egypte. La précipitation dans la lecture de l’actualité et l’alignement idéologique derrière Qaradhawi les ont leurré.

La campagne orchestrée contre le HAMAS de concert avec celle menée contre Morsi explique sans doute l’emprisonnement de Morsi après sa destitution comme le résultat d’un bras de fer entre Morsi et le commandement militaire sur la conduite à adopter envers le HAMAS dans le cadre de la politique de défense nationale égyptienne. Le système Sadate-Moubarak défenseur d’Israël et pourfendeur du HAMAS, toujours en place et en force dans les institutions égyptiennes, semble être la cause majeure qui a conduit à la destitution puis à l’emprisonnement de Morsi. La mauvaise gouvernance est un prétexte. Ni l’Egypte ni le monde arabe n’ont produit une gouvernance sensée ou un espoir de référence, ces derniers siècles, pour que le peuple égyptien se mobilise contre un « insensé » de type Morsi lui préférant un « sensé » de type Baradei ou Sissi.

Ce qui s’est passé et se passe en Egypte, en Libye, en Syrie, au Soudan et  dans tout le monde arabe est la conjugaison de l’insenséisme interne avec la rationalité de la prédation externe qui cherche à briser la résistance contre l’empire et le sionisme,   à évacuer la question palestinienne de la préoccupation politique, sociale et religieuse, et à occulter l’émergence de l’Islam et sa dimension civilisationnelle dans l’alternative au mondialisme matérialiste.

Au moment où chaque pays musulman et arabe est occupé par ses problèmes internes sombrant dans la confusion la plus inimaginable les plans de l’Empire se réalise en Palestine où l’Administration américaine impose sa feuille de route au détriment des Palestiniens, et se réalise non seulement en Syrie, mais dans la région la plus sensible du monde musulman avec  l’émergence d’une nation kurde autonome. Les Kurdes de Syrie viennent d’annoncer leur gouvernement autonome. Le problème n’est pas dans l’autonomie des Kurdes, mais dans notre incapacité à résister aux césures géographiques, historiques, mentales, politiques et économiques que l’Empire mène depuis des siècles. Le Kurdistan n’est pas en soi une revendication illégitime pour les Kurdes syriens, iraniens, irakiens et turques, il est un problème lorsqu’on jette un coup d’œil sur la carte géographique et puis on imagine la genèse de son morcellement ainsi que le devenir des conflits qui vont émerger en périphérie de la nouvelle entité rendant la paix impossible et l’agrégation des « nations » impossibles pour faire front contre l’Empire.

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Dans sa partie asiatique l’Egypte est confronté au morcellement et aux conflits (Irak et Syrie), dans sa partie africaine elle est confrontée au morcellement et aux conflits en Libye, au Soudan et en Afrique subsaharienne. Que les Égyptiens viennent à prendre parti dans les conflits puis viennent à devenir une source de conflit cela dépasse l’entendement lorsqu’on imagine la quantité d’armes et le nombre des sources d’approvisionnement en armes juste en jetant un coup d’œil sur la carte des conflits  :

EGYPTE

 

Il faut faire le moindre effort : lire une carte de géographie pour voir comment le monde musulman est une zone de conflits et de prédation où se joue le devenir du monde jusque là sous la domination totale du colonialisme occidental. Cette domination s’accentue comme le râle d’un prédateur essoufflé, mais l’alternative est absente.

Les problèmes sont complexes par leur enchevêtrement historique, politique, économique, sociologique, culturel, idéologique, géographique. Leur complexité impose de ne pas perdre les liaisons réelles entre le local et l’international, entre le passé et le devenir. Ce qui se passe en Egypte, en Syrie ou ailleurs dépasse leurs intérêts nationaux. Les Frères musulmans, confinés dans une démarche partisane, ont fait preuve de cécité.  Les libéraux et progressistes arabes, prisonniers de leur clivage idéologique importé de l’Occident n’ont plus de repères. Ils oublient qu’ils ont gouverné et que leur modèle est en faillite. Les peuples arabes et musulmanes leur ont retiré leur confiance. Les armées arabes gérant le système de rente et s’accaparant les privilèges n’ont plus vocation à défendre le territoire dans ses frontières immédiates ou dans sa profondeur stratégique. Il n’est pas surprenant que l’armée égyptienne et les élites arabes occidentalisées fassent référence  à la Révolution française pour se donner contenance idéologique et masquer leur faillite ancienne pour revenir dans la gestion des coups d’Etat.

Il est toujours « drôle » de voir les élites de l’indépendance nationale dans le monde arabe se réclamer des référents idéologiques et culturels de l’Occident colonisateur. Dans leur alignement aveugle, ils ne parviennent plus à placer la Révolution française dans son contexte historique et géographique européen : la bourgeoisie qui s’affranchit de la féodalité et qui libère les forces productives pour impulser le progrès technique, le marché et l’expansion du capital marchand puis industriel qui sont le substrat de l’industrialisation de la colonisation. Nos élites ne produisent que de la féodalité et de l’importation. Lorsqu’ils sont acculés à l’échec ils appellent l’armée à la rescousse et recourent aux terminologie de la « modernité » et de l’Etat jacobin.  Il est par contre ahurissant de voir certains « islamistes » confiants dans le soutien européen et espérant leur attachement à la légitimité des urnes. La démocratie par les urnes est une illusion que la culture musulmane a depuis longtemps démasqué en montrant la voie prophétique : le pouvoir n’est pas à convoiter, mais le devoir est à accomplir.

La raison de la destitution de Morsi a été annoncée puis commentée à grand fracas par la presse arabe : échec de l’Islam politique et criminalisation du HAMAS. Nous sommes en réalité au cœur de deux enjeux : l’éveil du monde musulman comme alternative civilisationnelle et la résistance à l’Empire et au sionisme.

Les forces extérieurs  ont la capacité d’anticiper et de manipuler les civils et les militaires, les gouvernants et les gouvernés, les islamistes et les non islamistes. Ils ne sont pas forts, mais nous sommes faibles. Nous sommes loin, très loin, de nous hisser au niveau des véritables défis par notre dispersion et par notre inconséquence. Les forces intérieures ne parviennent pas à trouver un dénominateur commun ni à définir les lignes rouges que ni l’intérieur ni l’extérieur ne doivent franchir pour préserver la paix civile et engager le développement. Est-ce qu’elles vont avoir, un jour,  le courage de chercher à dévoiler la nature du conflit réel entre l’armée qui voulait imputer à HAMAS l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï au mois d’août 2012 et Morsi qui a refusé de croire à l’implication du HAMAS dans une opération qui lui aliène la population égyptienne et qui est illogique et immorale.

Le système égyptien a pris l’habitude de défendre Israël contre les Palestiniens. Il va tenter d’entraîner un peuple miné par la crise sociale et morale générée par ce système qui se croit le Messie le sauveur, le rédempteur. Contre ce système et contre l’ordre mondial donneur d’ordre de ce système il est impossible de voir réussir un système confrérique partisan et otage de ses marabouts.

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SAMIR

On croyait tous que les  choix  se sont portés définitivement  sur Samir Redouane accepté par les Salafistes pour former le gouvernement de « transition ».

Samir Redouane est le quatrième ou le cinquième coopté. Après l’échec de placer Mohamed Baradei comme premier ministre de la transition et faire oublier le coup d’Etat, les Juillétistes, avaient fait appel à   monsieur Ziad Baha Eddine ( زياد بهاء الدين)   qui avait refusé hier  le poste de Premier Ministre.  Ziad Baha Eddine, présenté comme une figure emblématique de la « révolution », le militant contre la corruption, l’enseignant de qualité à l’université américaine du Caire et l’expert financier qui pouvait redresser l’économie égyptienne semble raison garder et refuser de s’engager dans l’inconnu d’une guerre civile larvée.

بهاء الدين

Samir Redouane, expert économique,  a occupé le poste de Ministre des Finances dans les trois  gouvernements par intérim post Moubarak.  Présenté comme spécialistes des questions du développement économique, de l’emploi et de la lutte contre la pauvreté, ce lauréat d’Oxford, peut-il apporter les solutions à un système en panne ? L’Egypte a le nombre de docteurs le plus élevé dans le monde par habitant dont certains ont une réputation internationale, mais la vérité politique, économique et sociale est plus complexe que l’individu. Les individus en Egypte et ailleurs ont montré qu’il n’y a ni efficacité poltique ni rationalité économique ni progrès social sans une ligne d’orientation idéologique qui imprime aux gouvernants et aux gouvernés, à la politique et à l’économie le sens du destin, l’intensité de l’effort et le poids des responsabilités à partager.

Au delà de la position élevé de Samir Redouane dans les instances politiques de ex parti au pouvoir que la révolution a déchu, il y a lieu de s’interroger sur la difficulté de trouver une personnalité qui fait consensus après les défections et les blocages du parti Ennour.

La conférence de presse des dirigeants salafistes semblent indiquer que leur choix sur un technocrate vise à réaliser la réconciliation nationale que le conseil des sages viendrait concrétiser après sa nomination (désignation). Nous sommes dans le domaine du souhait, de l’infantilisme politique et en retard sur les événements qui ont précédé et accompagné la chute de Moubarak.

SALAFI

En gandoura ou en costume cravate, l’inculture politique et la culture de la diversion et de la dispersion montrent de plus en plus l’instrumentalisation consciente ou inconsciente de l’islam « apolitique » contre l’islam « politique », de l’islam partisan contre l’islam sectaire qui sont une partie du problème du monde musulman.

Les choix et les changements semblent montrer qu’il n’y a ni ligne d’orientation idéologique ni consensus sur la sortie de crise. Le messianisme politique est la règle. La culture partisane est le critère d’analyse et de décision. L’ordre de bataille ou la feuille de route des militaires semble se construire dans l’improvisation. Le seul ciment est, pour l’instant, le refus des Frères Musulmans , refus présenté comme une légitimité émanant de la rue. Les Frères musulmans, à leur tour, refusent les autres solutions considérées comme illégitimes. La bipolarité exacerbée, l’atteinte aux sensibilités religieuses, la démarche partisane avant et après le coup d’Etat dans les deux camps ne militent pas en faveur d’un règlement de la crise ni d’un décollage économique.

Il faut être stupide pour ne pas voir les couacs du coup d’Etat et ne pas voir les luttes d’influences idéologiques et étrangères en Egypte qui vont fatalement la déchirer.

Il est difficile de comprendre la logique et la crédibilité de l’annonce des législatives avant 2014. Pour ou contre le coup d’Etat, pour ou contre le rôle incontournable de l’armée, pour ou contre la sortie de crise par des choix inédits qui ne peuvent ni retourner à Morsi ni donner légitimité à l’armée de faire ce qu’elle veut, il y a une réalité qui ne peut être occultée. 2014 est une échéance trop courte. Les législatives ne sont pas la véritable solution, car elle ne fait que reporter les contradictions sociales et politiques dans une vitrine démocratique qui veut ressembler à celle de l’Occident sans avoir les moyens et le décor du fardage et de l’illusion. L’amour de la vérité et la quête de la paix exigent de poser les problèmes autrement et avec courage : comment refonder la vie politique sur le principe de la fédération et de l’unité.

Il est par ailleurs  difficile d’imaginer les pourfendeurs de Morsi  et des Frères Musulmans tolérer que les Salafistes jouent un rôle politique déterminant et sortent du cadre traditionnel : l’immobilisme.

Il parait impossible, à Samir Rédouane, au delà de ses compétences techniques et scientifiques d’animer une action gouvernementale de sauvetage public. Fermer les médias ne va pas suffire à sa éteindre les nouvelles  qui se répandent vite dans une culture populaire qui a fait de la rumeur un moyen de résistance et de réfutation de ses gouvernants : il sera difficile à l’action gouvernementale, si elle parvient à former un gouvernement, de résister aux accusations graves portées aux nouveaux maîtres (valets?):

– Appartenance juive ou copte du président désigné par l’armée putschiste.

– Déclaration en faveur du sionisme du nouveau responsable des Affaires étrangères coopté par l’armée de Sadate et de Moubarak alors qu’il avait perdu les élections

– Le nouveau Premier Ministre a la réputation d’avoir occupé le poste de député à l’Assemblée nationale par désignation et non par élection. Il est connu pour sa  tradition de servir le parti unique, d’accepter le principe de cooptation et se réclamer d’une compétence internationale. L’enfermement idéologique et l’illusion des imaginaires dépassés continuent de faire allusion aux  références internationales qui donnent expertise à l’Arabe et au musulmans alors qu’elles sont considérées comme instrument de prédation et de répression dans l’imaginaire des Arabes et des Musulmans, et que ceux qui s’en prévalent s’en considérés comme les auxiliaires de l’Empire et du sionisme, même si cela n’est pas vrai.

Si les Égyptiens ne parviennent pas à trouver le sacré, religieux ou profane, pour arbitrer leurs différents et régler le contentieux de la mauvaise gouvernance et celui du coup d’Etat ils seront conduits comme des zombies vers les enfers de la mythologie. Les experts du droit ou de l’économie ne peuvent rien changer à la confusion du processus s’ils sont eux-mêmes l’émanation de la confusion.

Coup de théâtre :

Hazem Al-Beblawi est nommé pour conduire l’action gouvernementale du coup d’Etat.

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Hazem Al-Beblawi, حازم عبد العزيز الببلاوي, économiste libéral, très libéral, est un ancien ministre des Finances  et vice-Premier ministre de juillet à décembre 2011 pendant la phase de transition post Moubarek. Il est fondateur du parti « social-démocrate » égyptien qui n’a eu aucunes  chances aux législatives et aux présidentielles. Beblawy a obtenu le titre honorifique français de Chevalier de la Légion d’honneur.

Formé à Paris et à Grenoble, Il a travaillé pour la Banque industrielle du Koweït, pour l’Export Development Bank de l’Egypte, pour le secrétariat exécutif de l’ONU,  de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale majoritairement arabe (ESCWA), et  auprès du Fonds monétaire arabe à Abu Dhabi dont il a été le conseiller pendant 10 ans (2001-2011).

La propagande le présente comme un opposant à l’armée (?) Il aurait présenté sa démission en octobre 2011 pour exprimer son désaccord face à ce qu’on avait qualifié de répression des chrétiens coptes par les forces de sécurité lors d’une manifestation. Les Frères musulmans s’étaient mobilisé pour défendre les Coptes. Tactique ou position de principe, elle ne semble pas faire partie de la gratitude des Coptes qui viennent déballer leur haine et afficher leur réussite dans les télévisions françaises.

Dans la foulée, l’ennemi juré des Frères musulmans, les monarchies du Golfe non seulement expriment leur soulagement mais  annoncent d’ores et déjà leur assistance financière. Ainsi  trois milliards de dollars sont débloqués aux nouveaux-anciens maîtres du Caire par les Emirats arabes unis. L’Arabie saoudite vient de débloquer 5 milliards de dollars. Il ne s’agit pas d’aide économique, mais de corruption, de remerciements.

Le développement qui ne s’attaque pas aux causes structurelles et mentales du sous-développement n’est qu’une instrumentalisation messianique qui a déjà échoué dans le monde arabe. Le recours aux technocrates ne peut cacher l’échec des politiciens ni occulter le déficit de politique. Les problèmes complexes, exigent plus que jamais, la mobilisation des politiques. Les boulitiques, avec ou sans doctorat, ne font que compliquer la résolution des problèmes. A moins qu’il y ait un Dessein divin : dévoiler toutes les incompétences et mettre fin à toutes les illusions en les épuisant les unes après les autres afin que Musulmans reviennent vaincus vers le plus juste et le plus sensé. A titre d’exemple, un Ministre de l’économie et des finances, un Premier ministre ou un Président qui n’ a pas le pouvoir de nommer les chefs et de réformer le fonctionnement des Douanes, de la Fiscalité, de l’Armée, des Affaires étrangères n’est qu’un pied nickelé qui fait de la configuration.

Le cafouillage sur les noms confirment la fragilité de la situation et l’absence de repères. L’argent arabe pourrait couler à flot, mais les ingrédients de la crise politique, morale, sociale et économique resteront une composante de la classe politique et culturelle en panne de projets. Cette classe va faire l’aveu d’impuissance dans un pays de 85 millions d’habitants traversé par un sentiment d’injustice pour les uns et de confiscation de la révolution pour les autres par une technocratie qui a été déjà confiée aux affaires nationales et internationales sans rien apporter de remarquables aux souffrances des peuples arabes.

Encore une fois, après que la peur des « islamistes » sera évacuée, comment expliquer aux déshérités et aux révolutionnaires désenchantés, que la politique du salut consiste à recommencer avec les mêmes et avec les perdants. Comment expliquer l’absence d’un complot judéo-chrétien à la majorité des  musulmans sans repères d’analyse, provoquée par les médias et humiliés par leur armée. Comment expliquer aux Musulmans la bataille verbale non seulement entre musulmans, mais entre les dignitaires religieux sunnites qui se sont retrouvés chacun soutenant un camp au nom de la légitimité religieuse et de la Chari’â islamique alors qu’ils ont perdu tous les repères moraux et intellectuels pour expliquer et proposer se confinant à dénoncer ou à prendre parti comme de vulgaires saltimbanques forains. Comment leur exiger de donner leur confiance et de reconnaître la légitimité ou de croire en la démocratie  alors que ceux qui les gouvernent sont issus d’un coup de force.

Voici l’extrait de l’article que lui a réservé le journal Al Ahram en sous la plume de Marwa Hussein et de Salma El-Wardani, le lundi 18 juillet 2011 :

 » Hazem Beblawi, un économiste libéral bien connu, a été nommé vice-Premier ministre de l’Egypte et ministre des Finances dans le récent remaniement ministériel.
Il remplace Samir Radwan dans ce dernier rôle, qui a été nommé quelques jours avant l’ancien président Hosni Moubarak a été évincé.

Sa première déclaration après sa nomination était une question controversée. Beblawi dit dans des déclarations à plusieurs journaux qu’il ne révisera pas le budget, un budget qui a été sévèrement critiqué par les économistes ainsi que par les révolutionnaires de Tahrir.

Pour eux, le budget n’a pas été différent de celui de l’ancien régime ignorant les dimensions sociales.

(…)

Le principe du respect de la loi est que Beblawi a toujours promu comme le garant de la démocratie, mais la dernière version du budget n’a pas été débattue avant son approbation

(…)

…alors que pour Gouda Abdel-Khalek la priorité était la répartition des revenus, pour Beblawi le premier plan est la création de richesses pour la société dans son ensemble. Beblawi a toujours dit qu’une forte économie de marché est la solution pour les problèmes de l’économie si contrôlé par un Etat fort.

SOURCE http://english.ahram.org.eg/NewsContent/3/12/16741/Business/Economy/Hazem-Beblawi-Hard-on-Mubaraks-regime,-soft-on-bus.aspx

Al Ahrame n’est pas à sa première contradiction et à son premier retournement comme l’ensemble de la classe politique qui travaille pour des agendas idéologiques et non pour le bien être du peuple. Les jours réservent des surprises. Je me suis volontairement prêté aux jeux de la rumeur pour montrer l’état de confusion et d’improvisation qui alimente ces rumeurs et ces changements qui rendent les artisans du coup de force inaudibles et leurs vassaux imprévisibles. Le peuple égyptien a déjà tout  entendu et déjà tout vu. Quand est-ce que les libéraux et les progressistes arabes vont comprendre que le développement et le marché ne sont pas une affaire d’expertise ou de volontarisme. Les conditions politiques objectives  ainsi que les conditions psychosociales sont déterminantes en dernière instance. Le mouvement Tamarrod (révolte) qui vient du verbe arabe marada qui est passé dans la langue latine sous le terme « être dans la merde » vient de réaliser que les pouvoirs constitutionnels de l’ancien président Morsi sont trop importants pour ne pas susciter des inquiétudes. Mon refus du coup d’Etat ne me fait pas oublier que les Frères Musulmans se sont mis dans le merdier alors qu’ils avaient l’expérience.

Désarroi des peuples et lutte des imaginaires des élites.

Un nouveau gouvernement avec la volonté de recomposer le champ politique est mis en place en Egypte. Nous entendons déjà la réjouissance des uns et le désarroi des autres qui ne vont pas longtemps cacher les désillusions des uns et la colère des autres. L’Egypte est le pays des miracles et des neufs plaies. Qui va l’emporter Moïse ou Pharaon ? En toute vérité les deux sont absents et il n’y a que des apprentis que le temps a déjà  dévoilé. Les opposants pour le pouvoir sont en train de se déchirer tout en continuant d’insérer l’Egypte sous l’influence de l’Empire agonisant :

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{Ceux qui ont scindé leur religion et qui ont formé des sectes, tu n’as rien de commun avec eux. Leur affaire ressortit à Dieu. Plus tard, Il les avisera de ce qu’ils ont fait.} Al An’âm 159

{ceux qui ont scindé leur religion et ont formé des sectes, chaque faction se réjouissant de ce qu’elle détient.} Ar Roum 32

{Pharaon exerçait sa superbe sur la terre. Il avait établi des sectes parmi les habitants afin d’affaiblir un groupe d’entre eux.} Al Qassas 4

Sobhane Allah ! L’infantilisme et le sectarisme des partis dits islamiques rejoint le despotisme politique dans la division et la dispersion de la communauté ainsi que le désarroi des braves gens devant l’injustice et devant la confusion.

Le désarroi que provoque   la situation égyptienne  ne doit pas nous faire perdre le fil de la bataille réelle. Pour la comprendre il faut se rappeler que nous avons hérité d’une situation complexe sur le plan historique, social, politique et idéologique, et par conséquent  la réduire par une démarche simplificatrice c’est ne pas lever les équivoques et ne pas participer à notre devoir de pédagogie.  En entretenant la confusion, la dispersion, le culte des chefs et en présentant les choses sous un aspect manichéen les élites musulmanes  ont rendu difficile le positionnement lorsque la crise éclate ou lorsque les tendances musulmanes s’affrontent autour du pouvoir après avoir trouvé un arrangement pour le conquérir comme cela s’est passé entre les Frères Musulmans et le parti salafiste Ennour.  Le principe de base qui a été transgressé avant que l’armée ne transgresse la légitimité et la constitutionnalité est l’absence d’unité. L’unité est sacrée et nul ne peut la transgresser sans conséquences.

Les Frères Musulmans et les Salafistes sont une maladresse sociale et politique que leurs adversaires  exploitent avec intelligence. Cette maladresse  doit être remise dans le contexte de civilisation que les pathologies du monde arabe et musulman occultent par leur sédimentation. J’ai abordé, hier, la question des mythes pour montrer que la civilisation occidentale est l’héritage de la mythologie grecque qui est en train d’achever son chant et son histoire. Dans l’agonie et la naissance des civilisations il y a des batailles d’imaginaires, l’imaginaire de celui qui s’achève et qui refuse de partir et l’imaginaire du  nouveau qui  a du mal à s’installer. Les tiraillements du monde révèlent le choc des idées, des possibilités et des enjeux qui s’affrontent.  La civilisation occidentale matérialiste avec ses utopies et ses techniques est en train de s’effondrer. Elle s’effondre emportant dans son sillage ses anciens clichés, ses contradictions et ses vassaux.

Notre monde musulman et arabe façonné en partie par la civilisation occidentale est en train de s’effondrer avec la civilisation occidentale par sa vassalité ou par sa réactivité. Les Frères musulmans, les Salafistes, les Laïcs et autres débris du monde ancien sont condamnés à disparaître.  Malek Bennabi avait posé l’équation en termes complexes que les courants idéologiques et politiques musulmans et arabes ne voient pas et ne peuvent pas voir car ils n’ont pas d’autonomie de pensée et d’existence par rapport à l’Occident, même si géographiquement et culturellement ils en sont éloignés. Ils partagent avec l’Occident son modèle et son imaginaire : fabriquer des mythes et ne rien offrir à l’humanité. Le judaïsme, le christianisme, le marxisme, le bouddhisme et le mondialisme ont échoué. L’islamisme qui est la version « spirituelle » et afro-asiatique de l’Occident échoue pour la raison majeure : il s’inscrit dans les mêmes logiques au lieu d’être une alternative.

La tragédie que nous vivons et que ne formalisons pas en pensée nous empêche de voir la fausse route qui nous empêche d’être l’alternative et de nous propulser en devenir. Cette fausse route  que nous empruntons est facilitée par l’Occident qui sait que si le système mondial se déplace vers l’Euro-Asie il perd de sa suprématie militaire et économique sans perdre sa suprématie en matière d’imaginaires peuplés de mythologies, de désir de puissance qui lui permet de se maintenir en force d’orientation idéologique  du monde. Il sait aussi que si le monde musulman se réveille de sa léthargie il perdra non seulement sa suprématie, mais son existence. Il ne s’agit pas de guerre nucléaire, mais de changement de civilisation. L’homme n’a plus de solution, la solution ne peut venir que de l’Islam dont  la vitalité, la crédibilité et l’efficacité sont une vérité historique et une Promesse coranique.  L’Occident retarde l’échéance de sa fin en s’appuyant sur les attardés du monde musulman et du monde arabe  qui ne parviennent pas à se hisser au niveau requis de l’Islam : libérer et civiliser.

C’est ainsi que je pose l’équation. L’Islam a depuis longtemps quitté ses frontières arabes car sa vocation est l’universel. La décadence et la colonisation l’ont confiné comme pourvoyeur de matières premières et fabricants d’idoles. Il doit construire de nouveaux rapports au monde. Il ne s’agit pas de rapport de forces, mais de pôles de rayonnement :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne Guidance et la Religion de Vérité pour la faire prévaloir sur toute la religions, dussent les associateurs en concevoir du dépit.} At Thawab 33

Il ne s’agit pas de contrainte religieuse et  d’imposition par la force ou par la loi, mais d’aboutissement logique du fait spirituel, de l’exercice de la justice et de la civilisation à visage humain et à caractère universel. Il ne s’agit pas de prévalence du seul fait de se déclarer musulman, mais de Jihad compris comme effort  de perfection dans la foi, la vertu, l’intelligence et le bien pour témoigner :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne guidance et la religion de Vérité pour la faire prévaloir sur la toute  religion. Et Dieu suffit comme Témoin !} Al Fatah 28

La culture de l’errant et du solitaire en marge du monde empêche de voir comment les musulmans participent eux-mêmes au sabotage de leur mission, de leur témoignage  et retardent l’échéance de la véritable confrontation civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier l’échec de l’expérience algérienne et de l’inscrire dans son rapport  à la logique historique et civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier les révolutions arabes dans leurs mobiles, leurs pensées et leurs objectifs trop limités pour devenir l’élan libérateur et civilisateur. Personne ne prend le temps de voir l’impasse de l’expérience islamique au Maroc ni de voir le modèle turc comme un miroir aux alouettes dont le but est de confiner les aspirations au modèle occidental dominant avec sa consommation, son marché, sa démocratie.

On se donne le temps de voir l’Arabie saoudite parrain des Salafistes et le Qatar parrain des Frères musulmans pour les dénoncer sans voir les contradictions globales qui ont sapé le réveil de l’Asie en faisant du Pakistan (le pays des purs) une cristallisation de toutes les contradictions, de toutes les divisions. De la même manière on ne se donne pas le temps de voir la mise en panne du plus grand pays musulman : l’Indonésie. On ne se donne pas le temps de voir le dispositif de ce qu’on appelle les pays du dragon ou le miracle du sud-est asiatique qui est une double ceinture contre la Chine et contre le monde musulman. Singapore vidé de son creuset culturel et sociologique est devenu le pôle de rayonnement occidental contrant l’Asie et le monde musulman asiatique. Bien entendu on ne voit pas l’exportation de ce modèle au Moyen-Orient et les projets d’implantation de ce modèle au Maghreb. Le monde musulman est non seulement en panne de développement, mais il doit cultiver l’imaginaire et la mythologie de l’Occident. Si le projet impérial se comprend comme un élan naturel d’expansion ou de survie face aux échéances civilisationnelles  on ne comprend pas   les divisions des Musulmans entre partisans, sectes et ethnies. A moins d’admettre qu’ils sont au service de leurs opinions, de leurs partis et de leurs Cheikhs au lieu se s’impliquer dans un projet  de fédération, de civilisation. Tout le discours libéral, anti-impérialiste ou islamique est inconsistant, inconséquent.

Cela explique pourquoi le monde musulman est en train de se déchirer autour de l’Egypte et des Frères Musulmans faute de repères comme il s’est déchiré hier sur la Syrie ou sur la Palestine. Les voix contradictoires s’élevant dans le monde arabe pour approuver ou dénoncer le coup d’Etat alors que d’autres voix aussi contradictoires s’élèvent sur la définition de Ahl al Hal wal ‘Aqd (les élites) et sur la légitimité de l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans ou de leur destitution, sont en réalité toutes disqualifiées pour n’avoir jamais posé les problèmes dans leur dimension réelle ni anticiper sur les catastrophes prévisibles et annoncées.

La confusion qui tue ou qui immobilise est celle qui se contente d’un jugement hâtif prenant parti sans examen des tenants et aboutissants. La probité et l’efficacité exigent de reconnaitre qu’il y a eu un coup d’Etat condamnable sur le plan principiel. L’autonomie de pensée et l’anticipation sur l’avenir  exigent de reconnaitre que les Frères musulmans ont  failli dans leur méthode de gouvernance et  par leur incompétence à lire la carte du monde. La conquête du pouvoir a été   le foin  ou la carotte que l’animal politique a suivi au lieu de s’élever au rang de ses responsabilités religieuses et citoyennes pour construire l’Etat de droit, garantir les libertés,  apaiser la société et fédérer les forces. S’imaginer gouvernant le monde sous l’étendard des Omeyades, des Abbassides,  ou des Ottomans, c’est refuser d’agir comme alternative à l’esprit impérial qui a gouverné au nom de l’Islam amenant inévitablement la décadence et la colonisation, et c’est refusé de se préparer à la reconfiguration du monde qui exige que le curseur idéologique ne soit plus situé entre Salafistes et Frères musulmans ou entre Islamistes et non islamistes ou entre gouvernants et opposants.

L’urgence est de surmonter la crise sur le plan des idées, car la confusion est l’héritage dont il faut se débarrasser pour voir les horizons tels qu’ils sont dans la réalité avec leurs possibilités et leurs contraintes sans esprit de revanche, sans confinement aux contours que tracent le chœur et les acteurs de la tragédie. Il faut se hisser au niveau de la lutte idéologique ou de la lutte entre les imaginaires et ne pas réfléchir en épicier qui fait le calcul de ses gains et de ses pertes journaliers. Quelle est la voix à écouter au milieu des  voix contradictoires ? Allah nous donne la réponse que nous avons mise derrière le dos pour écouter les démons de la politique : nous accrocher à Allah et nous libérer de tout calcul politicien ou conjoncturel qui nous rend aliénés alors que l’Islam nous ordonne :

{Certes, la pure observance est due à Allah} As Zomr 3

L’échec apparent et flagrant est celui du coup d’Etat militaire, mais l’échec structurel est véritablement dans le rapport au pouvoir  qui fait oublier que c’est Allah qui octroie le pouvoir comme une épreuve et pour une mission. Le Croyant ne cherche pas le pouvoir, c’est le pouvoir qui le sollicite. Le changement du monde n’est pas réalisé par le pouvoir politique, mais par la conformité à la voie prophétique. Toute dérive qui pousse l’homme à compter sur le rapport des forces ou sur la légitimité de ses droits nuit à ce principe de la pure observance envers Allah. La pureté est l’excellence. La sourate « les groupes » définit l’excellence   et montre comment l’obtenir :

{Annonce alors la bonne nouvelle à Mes Dévoués, ceux qui écoutent la parole et qui en suivent l’excellence. Ceux-là sont ceux qu’Allah a guidés, et ceux-là sont les doués d’entendement.} As Zomr  17

Il ne s’agit pas de m’écouter ou d’écouter les autres. J’ai analysé notre crise qui ressemble à celle rencontrée  par le Prophète (saws) qui voyait ses compagnons dans le désarroi de l’oppression et  faisant face aux discours confus des hypocrites et aux incitations de haine des renégats. Le Prophète avait reçu l’ordre de dire aux Arabes, tous les Arabes, d’écouter les paroles et de choisir l’excellence s’ils veulent être bien guidés et s’ils  utilisent leur raison. Les paroles, ici, ne visent pas les opinions des gens, mais les Paroles d’Allah qui leur dictent la conduite à tenir. Il n’y a pas une parole d’Allah plus sensée ou plus excellente qu’une autre, mais il y a des manières différentes de comprendre selon l’énoncé et le contexte. Le Coran procède donc à une série d’énoncés de sens contigus ou complémentaires. Comprendre un énoncé  c’est soit comprendre les autres soit partir à la recherche des autres pour avoir la complétude. Foi et raison sont indissociables.

Pour suivre l’excellence il faut disposer de la compétence de cerner la globalité, il faut raisonner. Ceux qu’Allah a guidés écoutent pour avoir une idée la plus complète et la plus profonde sur le sens du Coran, mais aussi sur le sens de l’histoire, de la crise et sur celui du devenir. Celui qui refuse de voir l’ensemble des liens se conjuguer et se contente d’une opinion superficielle ne peut ni voir le sens coranique qui guide vers l’excellence ni prendre les mesures de la bonne gouvernance quand il est au pouvoir ou quand il est en quête du pouvoir. Ecouter sa seule voix ou sa seule opinion sans écouter l’ensemble c’est se condamner à la confusion.

La guidance qui apporte l’efficacité et la réussite n’est pas celle de la confiscation du sens politique par un coup d’Etat militaire, par une minorité qui refuse de se soumettre à la voix des urnes. Elle n’est pas aussi celle de la confiscation des voix des autres et du monopole de la pensée et de l’action que l’esprit confrérique voit comme vérité suprême et qu’il impose aux autres. La guidance qui résulte de l’entendement et du raisonnement ne consiste pas à importer les solutions mortes et à les appliquer à la nouvelle situation sans discernement.

Le pouvoir n’est pas la fin, mais le moyen qu’ Allah donne comme récompense. Il n’est pas le préalable, mais  l’aboutissement dont le terme appartient à Allah (swt). C’est ce que dit la sourate as Zomr dans l’énoncé en amont de l’excellence et  de la guidance :

{Dis à Mes dévoués qui sont devenus  croyants : « prenez-garde à  votre Dieu ». A ceux qui ont fait le meilleur en ce monde un bienfait, et la terre d’Allah se prête à l’immigration. Mais les persévérants seront complètement acquittés de leur rémunération, sans compter.}  As Zomr  10

Il n’y a pas de place au calcul politicien comme il n’y a pas de place au comportement réactif. De la même façon il n’y a pas de place à la dévotion du chef qui s’installe lui et son appareil dans la satisfaction, le triomphalisme ou le messianisme politique de celui qui se croit rédempteur et sauveur parlant au nom de Dieu au lieu d’agir en conformité avec Ses Ordres. Le Taghout, la transgression fétichiste, n’est pas seulement dans le camp des païens et des mécréants. Le Taghout est dans la dévotion fétichiste ou totémique qui apparait dans les confréries et les partis politiques vieillis qui s’identifient à l’Islam, à la société musulmane, à la vérité oubliant leur devoir de raisonner, de s’adapter, de négocier, de se remettre en cause, de parler vrai, de rester humain. L’énoncé qui vient en aval montre la règle de l’amour, de l’efficacité, de la miséricorde que doit méditer et mettre en application celui qui aspire à la rencontre d’Allah :

{N’as-tu pas vu qu’Allah A Fait descendre du ciel une eau et qu’Il l’Achemine en sources, dans la terre, ensuite, qu’Il fait pousser avec des plantes aux couleurs variées, ensuite elles s’avivent, puis tu les vois jaunâtres, ensuite Il les Transforme en débris ? Certes, il y a en cela un Rappel pour les doués d’entendement.} As Zomr  21

Pour mettre fin à la confusion, il faut rapidement s’inscrire dans la Promesse divine et dans l’Ordre divin en se mettant de nouveau à produire de la pensée, de l’efficacité sociale, de la fédération et préserver les vies humaines. Plus tôt on se libère de l’émotion et on se remet à réfléchir et à travailler et plus tôt on active le règlement de la crise et on surmonte l’épreuve.  Il est difficile de faire entendre la voix de la raison qui met fin aux confusions et aux querelles : nous ne sommes pas au service d’un parti, nous ne devons pas nous enfermer dans le modèle politique occidental. Nous n’avons ni les mêmes motivations, ni la même culture ni les mêmes règles morales, ni la même finalité :

{Allah vous fournit une parabole : un homme au service de plusieurs associés qui se querellent à son sujet, et un autre homme intègre ne  dépendant que d’un maître, sont-ils égaux? Louanges à Allah. Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. Toi tu mourras, et eux mourront, ensuite, le Jour de la Résurrection, auprès de votre Dieu, vous vous disputerez.} As Zomr 29 à 31

Si les élites musulmanes  s’étaient mobilisées autour de la globalité de leur vocation et de leur mission que leur dictent les énoncés coraniques ils ne seraient ni dans la confusion ni dans l’improvisation ni dans la Fitna.  Si Allah était notre seul maître jamais la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar ou l’Empire ne trouverait une faille pour nous berner, nous inciter à la division ou nous conduire vers le secondaire qui sert leurs intérêts au lieu de servir la cause d’Allah.

Cela fait mal de voir des fronts qui se prosternent recevoir des coups de matraque,  des mains qui se purifient souillées par la répression,  des êtres lisant le Coran traités d’alliés du sionisme. La situation est plus complexe que ce que montrent les apparences et  les sentiments. La situation est plus complexe que la dénonciation traditionnelle : il s’agit de se remettre totalement en cause,  de refonder la politique  dans un cadre fédérateur. Le coup d’Etat n’est qu’un syndrome, un de plus, dans notre faillite.  Notre faillite est dans notre éloignement ou dans notre ignorance de la globalité et de la dynamique de l’Islam qui est l’alternative à l’Empire et à la mythologie comme il l’a été face aux empires perses et byzantins et à leurs mythes.

Les Frères musulmans, les salafistes et les autres courants et partis peuvent et doivent trouver rapidement un compromis entre eux pour empêcher l’effusion de sang et transformer la catastrophe en renouveau. L’homme est capable du meilleur s’il revient vers Allah avec humilité et avec conscience de ses devoirs. Le coup d’Etat est une réalité déjà consommée. Il ne faut pas l’accepter certes, mais on ne peut plus revenir en arrière. La provocation et l’humiliation de la nomination de Baradei, pour les Frères musulmans a été évité, il existe des possibilités réelles pour ne pas aller vers une guerre civile et sauver toutes les apparences afin de redonner à la société civile et aux partis politiques la lucidité et le temps d’assumer leurs responsabilités en revenant à Dieu :

{N’ont-ils donc pas su qu’Allah Déploie la subsistance à qui Il veut ou la restreint ? Certes, il y a en cela des Signes pour les gens qui croient. Annonce à Mes dévoués, qui firent des excès contre eux-mêmes : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ». Certes, Allah absout les péchés en totalité. Il Est Lui l’Absoluteur, le Miséricordieux.  Et revenez à votre Dieu, et remettez-vous à Lui avant que le châtiment ne vous  vienne, ensuite vous ne triompherez point. Et suivez le meilleur de ce qui vous a été Révélé de votre Dieu, avant que le châtiment ne vous vienne à l’improviste, sans que vous ne vous rendiez compte afin que personne ne puisse dire : « Quel malheur, pour ce que j’ai négligé à l’égard d’Allah, et que j’étais sûrement de ceux qui se moquaient ! », ou qu’elle ne dise : « Si Allah m’avait guidée, j’aurais été sûrement du nombre des pieux », ou qu’elle ne dise, quand elle verra le châtiment : « Si je pouvais revenir sur terre, je serai alors de ceux qui font le meilleur ».} As Zomr 52 à 58

Si par contre on continue de croire que c’est l’échec des Frères musulmans ou la ruine de l’Islam politique puis de s’en réjouir,  et si les Frères musulmans continuent de réclamer leurs droits sans  tenir compte de la réalité amère et de la tragédie qu’elle annonce et qu’ils ont préparé alors chacun devra assumer ses responsabilités  dans ce monde et se préparer à témoigner le Jour du Jugement dernier :

{Justice fut rendue entre eux, en toute Vérité}  As Zomr 75

L’effondrement du monde musulman et arabe dans sa configuration actuelle puis  l’émergence d’une alternative  où la justice et la vérité priment sur la foire électorale et les saltimbanques politiques sont sans doute la voie du salut pour nous et pour les autres. Allah asstour !

Le nouveau gouvernement et la nouvelles présidence en Egypte ne changent rien à l’équation fondamentale. Encore une fois il ne s’agit pas d’une affaire technicienne ni d’une affaire politicienne ni d’une affaire intellectuelle. Il y a un destin à accomplir. Ce destin exige une ligne d’orientation idéologique que le monde arabe n’est toujours pas capable de tracer ni de suivre. Les jours vont montrer, une fois de plus qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller comme pour celui qui va vers le bateau en perdition…. Baradei ne doit pas donner l’illusion de la caution à l’Occident. L’Occident sait où se trouve le centre de décision dans le monde arabe comme il sait que l’échéance de sa fin est annoncée depuis qu’il avait annoncé la fin de l’histoire.

 

 

 

Baradei n’est ni Aristote ni Virgile, un mythe pour les miteux

Le trois juillet j’ai exprimé ma crainte de voir les Égyptiens se comporter comme les pieds nickelés. Finalement, ils font pire, ils descendent aux enfers de la tragédie qu »ils n’ont pas voulu lire avec des yeux de vivants.

Aristote nomme la  Tragédie grecque le chant du bouc en référence aux peaux de bouc portées par les acteurs et au caractère cathartique de la désignation du bouc émissaire par lequel la société frappée de malédiction conjurait le sort en offrant l’un des siens en offrande sacrificielle. La tragédie grecque a le génie de porter en scène des mythes dont le texte est connu depuis longtemps par le public  et par les acteurs et qui viennent jouer en public l’histoire d’une victime courageuse qui lutte contre le destin cruel et inéluctable décidé par les divinités de l’Olympe contre l’homme ou le demi-dieu qui a osé les défier ou prendre sa liberté.  La tragédie grecque a dominé le théâtre de l’Empire romain, elle a inspiré Shakespeare qui a mis en scène la cruauté des rois, mais aussi la culture anglo-saxonne qui conjugue intrigue et amour autour du pouvoir.

La force du jeu des comédiens n’est donc pas de raconter la vérité ou de dénouer l’intrigue puisque l’issue fatale est connue par tous depuis le début.  La force et l’art de la tragédie résident  dans l’illusion savamment orchestrée par les spectateurs qui répondent en chœur aux artistes sur scène.  C’est davantage par le chœur qui se lamente et  qui répond, qui appelle et qui consent  que les acteurs tissent la narration  pour en faire une intrigue réelle (du verbe in tricare qui signifie tricoter dans l’intérieur) faisant oublier son caractère affabulatoire et  son issue cruelle.  Ce  ne sont pas les contradictions sociales et religieuses de l’époque qui sous-tendent la trame, mais l’illusion de participer à l’intrigue. Le talent des commerçants et des managers de la  Tragédie grecque réside dans leur capacité à mobiliser des foules,  car c’est la voix de la foule nombreuse dans qui va amplifier l’émotion. Plus la foule est grande, plus l’émotion est grande, plus le mouvement (dans (l’imagination ou dans la rue) est grand. La langue latine est   éloquente puisqu’elle nous apprend que se mouvoir et s’émouvoir ont la même racine « movere ». Le plus des acteurs n’est pas de jouer juste ou vrai, mais de faire bouger les foules.  Pour les Grecs le mouvement que nous avons étudié dans la cinématique est Kenema signifiant cinéma. Pour des raisons historiques le terme grec de cinétique est devenu citere pour signifier plus tard des sens de mouvement  comme citer un texte pour dire aller chercher un texte, citer quelqu’un en justice pour signifier le ramener devant la justice. Les préfixes latins  que j’ai utilisés dans « Résistance globale » à l’Empire autour du verbe vont donner au déplacement latin des sens merveilleux qui rappellent la tragédie grecque : inciter à la violence, susciter de la haine,  réciter la voix de son maitre, publicité pour l’Occident.

Au-delà des jeux de mots, il y a l’histoire et la tragédie humaine. En Égypte nous avons l’empreinte des Pharaons, des Grecs et des Romains. Il faut y ajouter la perfidie et l’hypocrisie des Bédouins.

La puissance du verbe et la magie de  la parabole permettent à chacun de construire  ensuite sa propre narration et d’effectuer son propre mouvement idéique et politique.

C’est la vocation pédagogique, mais aussi manipulatrice,  du mythe et de la Tragédie que de mettre en scène une foule en délire qui devient Pygmalion qui se confond avec sa propre sculpture au point d’en tomber amoureux et de l’épouser puis subir les malheurs de ce mariage contre nature et finir pétrifié regardant ses propres filles finir prostitués. Les mythes et la Tragédie grecque qui entretiennent les illusions de l’imagination sont cruels. L’Occident façonné puis blasonné par les mythes n’a pas de sentiment, mais une compétence à raisonner pour nous faire bouger dans la direction qu’il veut et nous faire émouvoir dans une allégresse de joie ou dans un immense chagrin qu’il retourne à son avantage selon son récit que nous colportons et que nous amplifions par paresse intellectuelle et par stupidité politique.

Ainsi Mohamed Bradei  est annoncé sans surprise le nouveau chef du gouvernement.  Ce coup d’annonce est une tragédie. Elle est en train de se jouer devant nos yeux ouverts ou fermés, nous en connaissons l’issue.

La première lecture semble dire que le choix s’est fixé sur ce prix Nobel de la paix pour donner des garanties à la communauté internationale qui avait décidé de lui attribuer ce prix pour le rôle courageux et avisé dans la destruction de l’Irak.  La communication stupide des Frères musulmans,  renforce cette idée, en colportant les propos attribués à Bradei donnant sa caution à Israël en présentant les islamistes comme des négateurs de l’Holocauste   et en  présentant le président par intérim, Adly Mansour, de Juif sabatéen. Il me fait penser au président du conseil constitutionnel algérien en janvier 1992.  Ce dernier me fait penser à sa fille,l’ancien ministre Souad Benhabilles qui s’affiche avec l’ancien patron de la DST pour dénoncer les « islamistes libyens » au nom de la lutte anti terroriste, mais n’aborde pas la transgression du droit ni celle de l’agression de l’OTAN.

Al Jazeera, Al Ibahiya comme l’a appelé le frère Salah Eddine, qui rend licite l’effusion de sang,  continue de manœuvrer dans les coulisses et d’inciter à la violence faisant fi de toute analyse politique qui exige vigilance et prudence. Il ne s’agit plus de parler de coup d’État mené par l’armée ni des fautes politiques des Frères, mais de purifier la société égyptienne des laïcs, des Juifs, des Chrétiens. C’est le même discours de ceux qui veulent éradiquer les  ennemis de la démocratie, les ennemis de la femme et les ennemis de l’Occident et d’Israël. Notre opinion compte très peu devant l’opinion des pétrodollars et devant celles des civilisés.

Mon opinion  sur l’Egypte est celle que l’Occident se fait sur Œdipe : tuer le père pour libérer le fils. La signification religieuse, idéologique, psychanalytique et politique n’est pas exagérée. C’est cette signification qui donne la dimension, l’intensité et la portée de la Tragédie qui est en train de se jouer : éradiquer le mouvement des Frères Musulmans considérés comme le père de l’Islam politique. Je reviendrais plus tard sur leur imbécillité qui les a menés vers cette posture de victime et qui les conduit vers l’holocauste où on immole les sacrifices humains pour apaiser les dieux. La Fontaine a bien illustré l’holocauste dans sa fable « les animaux malades de la peste ». Je reviendrais sur la littérature orientaliste qui voulait présenter Youssef comme une visitation du mythe d’Oedype et que les civilisés arabes en Egypte et en France répètent comme des perroquets qui viennent de découvrir le sens des mots et qui se racontent des histoires, des rumeurs, des préjugés historiques, culturels  et sociaux, sans se donner le temps et la probité de lire  un verset du Coran.

Le Cheikh Tayeb d’Al Azhar est venu apporter la contradiction religieuse à Qaradhawi en appelant au refus de l’effusion de sang des musulmans, quel que soient leur position politique et leur camp idéologique.  La tragédie c’est que ce qu’il dit est une évidence. Cette contradiction ne vient pas  comme une fausse note  dans  la tragédie qui a fait  verser le sang des Libyens et des Syriens, elle vient comme  une autre voix inconsciente qui récite, qui rejoint le chœur… Le halal et le Haram ainsi que la sacralité de la vie et des biens du citoyen sont une vérité inviolable, mais encore une fois il est attendu des savants musulmans de conserver leur voix autonome et responsable pour expliquer les raisons de la violence et les moyens de l’éviter. Toute parole qui n’explique pas ajoute de la confusion et devient soit un murmure dans le chœur assourdissant soit un écho à ce chœur.  La voix des savants musulmans et des imposteurs intellectuels est prise en flagrant délit de mensonge,  de confusion et de déclarations qui ne changent rien à la tragédie. Les animaux malades ont choisi l’âne et la vache pour les donner en pâture au lion, au chacal et au renard. La forêt peut gémir, la forêt peut hurler,  le fort dévore le faible, le mythe continue de se raconter aux crédules… Al Qaradawi a raison de souligner la fausseté d’Al Azhar et l’obligation religieuse de respecter le chef, mais son discours est tardif. Il a lui même porté atteinte à ce principe en donnant légitimité religieuse aux séditieux en Syrie et en Libye. Il a été entraîné vers cette impasse, sans doute par certains Libyens proche du palais royal qatari et membre de l’association des savants musulmans. Qaradhawi a perdu toute crédibilité.

Ce qui ne passe pas inaperçu et  que certains reporteurs étrangers ont signalé dans leur direct : que fait l’armée ?

L’armée elle a fait un coup d’État. Elle aurait pu épargner à l’Égypte cette tragédie en cherchant d’autres solutions. En vérité elle ne veut rien épargner, car elle est otage de la tragédie qu’elle est en train de jouer sans en connaitre les tenants et aboutissants. Pour l’instant elle met en place le décor. Je vois deux objets dans ce décor :

1 – Elle ne s’interpose pas entre les deux camps alors que moralement, politiquement et pénalement elle est responsable de la vie des citoyens, abstraction faite qu’elle est la véritable détentrice du pouvoir. Les abrutis peuvent crier vive l’armée, mais le comptable des morts, des blessés et des ruines devra un jour répondre de ses actes. Elle n’est pas en train de jouer un rôle d’arbitrage, mais de faire pourrir la situation pour se donner légitimité et légalité à réprimer et à éradiquer ceux qu’elle a laissé accéder au pouvoir pour se donner le temps de souffler, de gérer les contradictions et de rendre visible toute l’organisation secrète des Frères Musulmans qui sont frappés d’amnésie, d’inaptitude et de folie depuis la « révolution » égyptienne. Isolés sur la scène internationale, mis à nu et criés par un chœur national ils sont poussés à la faute, à la révolte, à l’insurrection. Dans cette mise à mort tout le monde est d’accord. Le Qatar a passé la main à l’Arabie saoudite : les salafistes entrent en jeu ajoutant de la confusion et du désordre pour le malheur des Arabes et des musulmans. Qaradhawi et l’espreit partisan ont fait suffisamment de tort à la communauté : Baradei peut jouer son rôle en l’inversant : il répond au chœur.  Victor Hugo a depuis longtemps cassé l’édifice de la Tragédie classique tout en s’attaquant à Napoléon et à son régime. Nous, les Arabes, fascinés par nos colonisateurs, nous sonnons toujours midi à minuit. Nous entrons dans le récit dans la récréation ou en épilogue.  Nous sommes des réminiscences de la tragédie des autres. nos limbes ne peuvent emmagasiner notre histoire ni nos voix se faire l’écho de nos tragédies incessantes depuis plus de cinq siècles.

2 – Baradei n’est pas un choix fortuit. Il ne répond pas à la logique de la communauté internationale comme on veut le présenter pour simplifier la donne à des opinions qui ne veulent pas réfléchir. Même l’information selon laquelle il a été choisi sous condition qu’il ne présente pas aux prochaines élections présidentielles fait partie de la Tragédie qui nous donne l’illusion d’un avenir et l’illusion d’autres candidats dans ce qu’on appelle les démocrates ou les laïcs.  Pour l’écrivain Alaa Al-Aswani, « le Prix Nobel de la paix s’est retiré de la course à la présidentielle pour ne pas cautionner une démocratie de façade ».  Lorsque les intellectuels ont une poutre dans les deux yeux comment s’étonner que le peuple ne soit émeutier, indifférent, vandale…

3 – Morsi est non seulement emprisonné, mais caricaturé par les médias arabes et égyptiens anti islamiste. On porte atteinte à l’image d’un homme qui a été président. Ces erreurs ne font pas de lui un minable dont il faut se moquer par un arrêt sur image choquante prise sur une vidéo. La moquerie pour affaiblir un homme et le présenter tordu, flou,  louche n’est pas une éthique. :

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Les trois point convergent vers une seule conclusion : Il y a une volonté d’aller à l’affrontement pour donner légitimité et légalité à la répression, mais aussi pour éradiquer les chances politiques futures des FM. Ils savent qu’ils ont une expérience et une organisation et le jeu consiste à détruire cette organisation et l’impliquer dans une effusion de sang, une sorte de catharsis sanguinaire qui détourne le peuple à jamais de l’islam politique et social. J’espère me tromper. Le temps a montré que sur le plan logique les militaires et les éradicateurs arabes se trompent en choisissant les solutions extrêmes. Ils sont, sur le plan démocratique et populaire une minorité. Les islamistes devraient comprendre qu’il y a d’autres voies que l’imposition de leur majorité et de leurs vérité pour se faire aimer et se faire respecter. Ils sont au service d’une foi et non partisans d’un parti politique ou d’un mythe semblable à celui de leurs éradicateurs. Qaradhawi et les Frères musulmans n’ont pas choisi la voie du « juste milieu ».

L’Égypte est le pays des magiciens de Pharaon, l’administration des Romains et les mythes des grecs. Elle reste la convoitise de l’Occident et la proie de ses prédateurs internes. Dans la mise à mort « cruelle » des animaux dans la forêt il y a égalité de chances entre le prédateur et la proie. Dans la mise à mort du héros de la tragédie grecque, il y a mise en exergue de l’héroïsme surhumain contre les dieux. Mais dans la mise à mort de son adversaire politique il n’y a pas de place au sentiment, à la dignité et à l’honneur. Non seulement il faut criminaliser et diaboliser son adversaire malgré qu’il se soit montré incompétent à comprendre la crise et à se défendre, mais il faut le provoquer et l’humilier.

Baradei, sans dignité et sans gloire,  non seulement joue le rôle de l’appât, mais celui de la muleta. Sa nomination, attendue, a pour objectif de provoquer et d’humilier les partisans de Morsi.

L’homme blessé dans sa chair ou dans ses droits peut pardonner et supporter l’injustice ou la fatalité et endurer le temps de reprendre ses forces. L’homme blessé dans son amour propre risque de ne plus se mouvoir selon la raison et les exigences historiques, mais selon le chœur  qui  excite l’affect.

المعارضة بمصر لا تدعم الانقلاب ومزيد من الاستقالات

Lorsque l’injustice est instrumentalisée, et j’en suis convaincu,  nous sommes au-delà du coup d’État militaire pour des raisons politiques et idéologiques. Nous sommes dans l’horreur des tribunaux d’inquisition et de la chasse au sorcières.

Je ne crois pas au mythe du complot, mais force est de constater que nous ne savons pas réciter (mettre en  mouvement  les souvenirs) alors que l’Occident connait notre mentalité et notre histoire et sait comment agir sur nos motivations (dont la racine n’est que motivus : mouvement), car nous sommes figés dans notre immobilisme et nos corps mentaux et sociaux ne réagissent qu’aux impulsions de l’extérieur. Écouter comment les traditions de l’Occident agissent sur notre pathos (mouvement des humeurs et des comportements) à travers, à titre d’exemple voici ci-dessous deux extraits tragiques du mythe d’Orphée qui rejoint celui d’Ulysse et d’Hercule:

Premier extrait  exprimant  la manière  dont Apollon a pénétré dans le cœur  de la Sibylle de Cumes, la prophétesse, quand elle s’apprête à révéler à Énée  la manière de rejoindre le séjour des morts pour y rencontrer son père :  « La vierge dit « C’est le moment d’interroger les destins: le dieu! voici le dieu! » Comme elle prononçait ces mots devant les portes, tout à coup son visage, son teint se sont altérés, sa chevelure s’est répandue en désordre; puis sa poitrine halète, son cœur farouche se gonfle de rage; elle paraît plus grande, sa voix n’a plus un son humain: car elle a déjà senti le souffle  et l’approche du dieu. « 

Second extrait  : La prêtresse invite alors Enée à formuler sa prière à Apollon; puis, quand le dieu se prépare à répondre au  héros par la bouche de la Sibylle, voici comment cela se passe : « Cependant, rebelle encore à la possession de Phébus, la prêtresse se débat monstrueusement dans son antre, comme une Bacchante, et tâche de secouer de sa poitrine le dieu puissant;  lui n’en fatigue que plus sa bouche enragée, domptant son cœur sauvage, et la façonne à sa volonté qui l’oppresse »

Érotisme, cannibalisme, pouvoir, sang, fascination des mots et mise en scène sont les traits des Romains, des Grecs et de la civilisation gréco-romaine sans Dieu, mais avec un panthéon. La vertu, la démocratie,  les droits de l’homme, la vérité sont des illusions. Bradei qui n’a pas pu avoir des voix au premier tout ni fonder un parti d’opposition se trouve, par le miracle de l’illusion, porté par la voix du peuple et celle de la baïonnette.   Les fautes et les erreurs des Frères Musulmans et leur inculture politique ne peuvent expliquer la cristallisation d’amour autour du perdant.

Comme en Grèce Antique, la démocratie est fermée aux esclaves, hommes ou femmes, mais  les gradins de la Tragédie sont ouverts à tous. Il faut remplir la salle et transmettre les clameurs. Les Romains avaient innové dans leur cinéma médiatique qui faisait acclamer la foule en extase devant les gladiateurs armés massacrant les esclaves enchainés : ils avaient introduit les drapeaux et le pain. Le  « Circences panem » assurait  la grandeur de Rome et la glorification des Césars plus que la politique et l’administration.

Le khobzisme, avec ou sans pain,  est sans doute l’effet tragi-comique le plus remarquable de la plèbe arabe et de ses intellectuels interlocuteurs validés par l’Occident. Enée a eu, au moins,  le courage de faire le voyage initiatique aux enfers et de ne pas tuer son père qui l’a aidé à sortir de son embarras entre la voie du bien celle des Champs Elysée et la voie du mal celle des Tartares. Elle a est entré dans la légende en sortant par la  porte qui  s’appelait du nom mythique « Songes Trompeurs ». Par quelle porte vont sortir les miteux de notre époque désenchantée où les retournements de situation sont ahurissants.

L’empire et la Tragédie vont continuer d’occuper nos cœurs jusqu’à la véritable Sahwa.

Je ne peux achever ce texte sans m’interroger sur les motivations de nos frères chiites et iraniens qui se réjouissent  des malheurs de  leurs adversaires (Kadhafi et Morsi), même si ces derniers n’ont pas été tendres avec eux ou s’ils se sont comportés comme de véritables imbéciles. Où est la fraternité musulmane ? Où est la solidarité face à la tragédie humaine ? Ou sont les grands principes ? En ce moment, Allah est témoin, j’ai de la peine, de la douleur pour tous.

Aristote et Virgile ne sont que des repères pour construire notre tragédie et l’insérer dans celle du monde occidentale. Pour sortir de cette tragédie nous devons nous aligner sur les comportements moraux de notre Prophète (saws). Il  nous a ordonné de dire à celui qui a fait du bien « tu as bien du bien » et de dire à celui qui a fait du mal « tu as fait du mal » et ne pas se taire face à  n’importe quel censeur. Celui qui se tait devant l’injustice et cache la vérité Allah lui jettera l’opprobre, le privera d’eau et lui infligera l’oppression de son ennemi. Les ennemis qui nous dominent et qui veulent nous opprimer davantage pour exporter leur crise sont nombreux. Ou bien un sursaut de dignité ou bien une oppression interne et externe.

 PS / DIMANCHE MATIN / RETOURNEMENT

La pillule Baradei ne passe pas. Il y a de fausses notes dans le chœur. L’essence et la déroulement de la tragédie restent inchangés. La machine de provocation, de diabolisation et d’humiliation de la répression et de l’éradication est déjà en action. La main d’Allah reste au dessus de tous. J’espère qu’Il inspire (swt) les forces saines afin que la dénonciation du coup d’Etat ne reste pas partisane confinée dans les « pro Morsi » . Dans l’adversité ou dans l’aisance la communauté devrait se fédérer sur la justice et le droit ainsi que sur l’arbitrage et le règlement des problèmes par le dialogue et la concertation.

 

 

 

Quelques pistes après le renoncement des Frères musulmans à la lutte armée contre le coup d’Etat.

J’ai exprimé le fol espoir de voir Morsi démissionner avant qu’il ne soit démissionné. Il n’est ni de la stature ni dans la position de Othman pour rester au pouvoir malgré ses opposants. Il était de son devoir d’éviter la reproduction du coup d’État militaire et ses conséquences stratégiques. Sa confrérie a failli en Égypte et en Syrie et a raté les occasions d’un sursaut de conscience. Il nous faut revenir, plus tard, plus longuement sur les raisons de la faillite de ce que les marxistes appellent la révolution nationale démocratique et de ce que les Islamistes appellent la Sahwa ou la dawla islamique.

Pour l’instant je vais tenter, à chaud, de garder le même cap que j’ai suivi lors de l’analyse en temps réel des révolutions arabes et examiner les anciens ou nouveaux jalons pour voir la tendance qui se dessine au-delà des souhaits et des partis pris des uns et de l’habitude maladive et stérile de dénonciation des autres à la suite de la destitution du président égyptien. Je vois 15 éléments qui se conjuguent et qui vont imprimer leur marque sur le processus politique dans le monde arabe.

1 – Le coup d’État est inscrit dans la nature du pouvoir militaire qui trouve prétexte ou crée le prétexte pour réglementer la vie politique selon son propre calendrier et ses propres critères. Le peuple arabe n’est, selon l’expression de Malek Bennabi, qu’une foule que les saltimbanques politiques réunissent et que la matraque policière disperse. Le sentiment démocratique qui interdit à l’opprimé de refuser d’être opprimé et à l’oppresseur de continuer à opprimer n’est pas encore inscrit dans la mentalité sociale et dans les mœurs politiques. Les Frères musulmans auraient dû se hisser au niveau de leur responsabilité religieuse au lieu de convoiter un pouvoir qui allait leur échapper. Le coup d’Etat est inscrit dans l’histoire du monde musulman depuis qu’il a rompu avec la Prophétie. Ce serait une réduction de l’esprit que de confiner cette pratique aux armées arabes apparues dans le prolongement de la résistance anti coloniale.

En Algérie l’erreur magistrale consiste à donner une coloration islamique à la révolution algérienne et attendre de l’armée algérienne et du mouvement de libération nationale ce qu’ils ne pouvaient donner sur le plan idéologique et religieux ou de les considérer impies ou traitre oubliant les conditions objectives historiques et sociales de leur émergence.

2 – L’Arabie saoudite, ennemi juré des Frères musulmans et rival du Qatar va peser de tout son poids financier, politique et diplomatique pour rendre le retour des Frères musulmans sur la scène politique et sociale impossible voire périlleux pour l’existence et la liberté des militants et des sympathisants de la confrérie. Les alliances avec le Qatar et la Turquie étaient une erreur stratégique dont la facture sera lourde à payer. S’aligner sur un Cheikh sénile qui n’avait pas de boussole est la seconde erreur stratégique, car dans les moments difficiles les insensés vont continuer à suivre le même insenséïsme et les plus lucides vont se trouver dans la difficulté à convaincre de la nécessité de changer de « Qibla idéologique » et de rassembler de nouveau. Toute la stratégie de l’Islamophobie sioniste est de parvenir à cet état de confusion avec en point d’orgue des musulmans qui s’entretuent.

3 – Le réajustement au Qatar annonçait une nouvelle feuille de route pour le monde arabe et un accord entre l’axe Pékin-Moscou et l’Amérique. Le Qatar devait sans doute reprendre son rôle initial fournisseur de gaz et de place financière et ainsi mettre fin à son interventionnisme dans la géopolitique qui s’est avéré catastrophique pour l’image des USA. Les Frères musulmans conduits par une culture de dévotion maraboutique envers le chef de la confrérie et envers Cheikh Qaradhawi n’ont pas vu comment ils sont devenus une caricature de l’Islam caricaturée et n’ont pas eu la grandeur d’âme de se ressaisir pour devenir humbles au service du peuple.

4 – Croire que l’Amérique a fomenté les révolutions ou croire que la chute des Frères musulmans est l’échec de la politique américaine dans la région c’est mentir aux peuples et déplacer le conflit hors de notre mentalité pour le situer dans celui du complot. L’Amérique est pragmatique : elle a des invariants qui lui permettent de faire face aux changements et de les adapter à son profit. Elle dispose de capacités de veille et d’instruments de manœuvres. Croire en la bénédiction de l’Amérique est l’autre mythe dans lequel sont tombés les Frères musulmans. L’Amérique sait où se trouve le pouvoir réel et connait parfaitement ses intérêts. Toutes les gesticulations ne doivent pas cacher l’origine du drame et ses conséquences : le rapport de la classe politique arabe à l’armée. L’armée a non seulement un rapport de force envers la classe politique, mais un rapport de mépris paternaliste envers le civil. Demander à l’armée de résoudre les crises politiques est une conséquence de l’insenséisme arabe. Demander à l’armée de cautionner l’arrivée au pouvoir ou de respecter la légalité constitutionnelle est une autre forme d’inconséquence. Dans ce rapport à l’inconséquence des civils arabes, l’armée arabe est la  plus cohérente, la plus logique et la plus conséquente. Il était demandé aux politiques de prendre l’armée comme un fait historique et de trouver ensemble un dénominateur commun pour aider l’armée à se débarrasser de son complexe et de ses appétits de pouvoir pour qu’elle se consacre à sa vocation : élaborer une doctrine de défense nationale et défendre la souveraineté nationale. L’armée investie de la confiance « populaire » et réconfortée par la culture messianique trouvera toujours des auxiliaires idéologiques et politiques pour lui donner des excuses comme elle trouvera toujours des détracteurs puérils pour dénoncer ses généraux sans rien proposer de crédible.

La cécité fait voir aux uns la réalité sous le modèle démocratique occidental et aux autres le souhait dans une perspective islamique sans ingénierie et sans partenariat avec les autres. Les laïcs sont réconfortés dans leur idée d’interdire la démocratie aux « ennemis de la démocratie » et les islamistes sont convaincus de la perfidie des laïcs et de leur nature éradicatrice de l’Islam. Peu sont concernés par l’effort de trouver ensemble une solution à la panne du monde arabe. La violence de la rue sera, à tort ou à raison, l’alibi, pour une intervention de l’armée. L’armée, à tort ou à raison, sera dans l’obligation messianique ou bonapartiste d’intervenir et d’arbitrer selon sa propre lecture du monde. L’armée arabe n’a pas de compte à rendre. Et il faut le dire en toute justice, si les officiers les plus compétents et les plus probes voulaient rendre compte, ils n’ont pas à qui rendre compte. L’armée est un corps uni et organisé, en face d’elle il n’y a que des convoitises de pouvoir et des maladresses.

5 – La Syrie semble soulagée pour l’instant. L’armée arabe syrienne peut achever de mater la sédition armée. Elle semble soulagée, mais dans la réalité le déficit en matière de droits, de progrès et de liberté est toujours en attente de réponse. Les réjouissances du président Bachar Al Assad sur le sort de Morsi indiquent que lui aussi n’a pas tiré les conséquences morales et politiques de son régime et n’est pas prêt à envisager avec objectivité les raisons de l’insurrection armée, nonobstant son caractère condamnable.

6 – Le mouvement des takfiris (abjurateurs) va sans doute se fabriquer des arguments politiques pour tenter de redonner du crédit à ses arguments religieux fallacieux et ainsi jeter l’anathème sur tous les Égyptiens. Bien entendu le fanatisme et l’ignorance de ce mouvement vont être instrumentalisés.

7 – Les USA vont afficher de nouveau leur soutien aux militaires et aux éradicateurs égyptiens. Cela va sans doute donner de nouvelles idées non seulement à l’opposition turque, mais aussi aux militaires turcs tentés de reprendre la partie du pouvoir qu’ils ont glissé en sous-mains aux néo-ottomans pour donner l’illusion démocratique et l’entrée de la Turquie en Europe.

8 – Le peuple égyptien et les « jeunes révolutionnaires » vont se retrouver de nouveau face au clivage que ni la première ni la seconde « révolution »  n’a abordé avec sérénité et responsabilité. Le camp anti Morsi et anti Frères musulmans va montrer sa nature hétéroclite et contradictoire (partisans du libéralisme et partisans de la gauche) dès que l’ennemi commun focalisé sur les islamistes aura perdu de sa vigueur.

9 – Le Hamas palestinien va se trouver en difficulté. Les Palestiniens fragilisés par l’absence de vision stratégique se trouvent déjà confrontés aux voix chrétiennes et laïcs qui prennent position en faveur du coup d’Etat salué comme une victoire de la démocratie. C’est extraordinaire comment les Frères musulmans, en l’espace d’un an, sont devenus une force de répulsion. L’exception venait des médias américains et français dont on connait les penchants sionistes ou islamophobes : ils étaient dans l’embarras. Ils avaient le même embarras que les médias de l’entité sioniste. Je ne suis pas partisan de la trahison des Frères musulmans. Il y a une volonté d’investir sur l’illusion du Khalifat apolitique pour liquider la Syrie et l’Iran et conserver le monde arabe et musulman loin de la Russie et de la Chine. Les changements faussent la donne et les investissements des occidentaux pris au piège de leur machiavélisme politique. Dans quelques heures et dans quelques jours, le discours haineux envers le FIS et l’Islam va reprendre. Chacun reprendra la continuité de sa vocation et ses repères traditionnels. Les arabes continueront de naviguer à vue et de se voir à travers le prisme occidental déformateur, réducteur ou amplificateur selon la lutte idéologique, les impératifs militaires  et les intérêts économiques qui continuent de nous échapper, militaires et civils, gouvernants et gouvernés, ignorants et intellectuels.

10 – Il y a longtemps que les Arabes se sont habitués à la présence sioniste. Ils n’arrivent plus à percevoir où se situe leur véritable ennemi et avec qui pactiser. Ils oublient que tout est mis en musique pour que se constitue dans le monde arabe une aristocratie composée de militaires affairistes plus préoccupés par le foncier immobilier et agraire que par la guerre contre Israël et la libération de la Palestine. La paix intérieure, la stabilité politique, la fin des faux clivages aboutissent fatalement à se reposer les véritables questions : l’environnement stratégique de la nation, sa dimension civilisationnelle, sa vocation dans le monde, son appartenance historique… Le sionisme comme l’Empire vieillissent et font des fautes, mais ils ne sont pas encore achevés et face à eux la partie est facile : nous empêcher de penser, d’avancer, de nous fédérer.

11 – Les Tunisiens inspirateurs de la révolution arabe vont s’imaginer que la révolution est un processus mécanique ou un brevet dont on a recours sans conditions objectives et sans possibilités réelles. J’ai étudié le programme économique d’Ennahda et j’ai publié mon analyse sur le Net. Je dois avouer que les opposants idéologiques de l’Islam politique non seulement n’ont fait aucune analyse du programme d’Ennahda, mais que leur programme ressemble à celui d’Ennahda : semblable à celui du FLN, du FIS ou de Bouteflika : un cahier d’intentions, un catalogue de choses à entasser. La différence avec l’Algérie c’est que la Tunisie n’a pas de ressources autres que le tourisme. Les Tunisiens vont faire tomber Ghenouchi et la question fondamentale reste posée : quelle est l’alternative si on fait abstraction des problèmes légitimes de la liberté de la femme, de la liberté de croire ou de ne pas croire. Les islamistes et les démocrates sont le revers et la médaille de la même fausse monnaie politique, l’expression de la même démagogie, et le même creuset de la pensée unique. Le monde arabe ne produit ni pensée économique ni modèle de développement ni leviers d’actions : il consomme les techniques des autres et fait de la compilation sur son histoire et son Fiqh.

12 – Dans cet ordre, nous allons assister à une répression féroce contre les cadres des Frères musulmans qui va ressembler à l’inquisition médiévale. L’Occident sera silencieux, les laïcs auront le sentiment de prendre leur revanche et les islamistes seront divisés et dispersés par leurs divergences doctrinales, sectaires et politiques qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

Le système de cooptation et de rente prendra une autre forme avec ses parvenus et ses exclus. Ce système aura toute l’imagination, qui a fait défaut aux Frères musulmans et aux autres mouvements islamiques, pour cultiver davantage de médiocrité, d’illusions et de s’inventer les mobiles inédits de la répression contre ce qu’ils appellent l’Islam politique.

Cette répression, annoncée déjà par la fermeture des médias et l’emprisonnement des cadres supérieurs des Frères musulmans, va sans doute prendre des proportions inimaginables : criminaliser les Frères musulmans et les désigner comme bouc émissaire de tous les malheurs du monde musulman. Pour cela ils vont être traduits en justice sous l’inculpation de collaboration avec l’ennemi, d’atteinte à la sureté de l’État, de blanchiment d’argent, de terrorisme international. J’ai eu, par la grâce d’Allah, le privilège de comprendre l’islamophobie comme machine de guerre médiatique, idéologique et militaire dans l’agression du monde musulman et j’ai eu la présence d’esprit de faire les liaisons entre l’islamophobie et les dérives dans la pensée, le discours et le comportement de certains imposteurs. Je pense avoir eu le courage, le devoir  et la lucidité  de dire assez tôt que Qaradhawi est dans l’erreur. Ceux qui vouent une dévotion fétichiste au culte  de la personnalité au nom de l’Islam qu’ils assument leur responsabilité dans la nouvelle tragédie.

Ils n’ont pas eu la vigilance morale pour dénoncer l’assassinat de Cheikh Ramadan Al Bouti allant jusqu’à lui trouver des alibis les uns plus farfelu que les autres. Ils n’auront pas la présence d’esprit pour dire qu’il ne s’agit pas de l’échec de l’islam politique, mais de l’incompétence des musulmans à vivre réconciliés et impliqués dans un projet de réforme globale et d’édification de civilisation à visage humain. Ils vont certainement continuer à dénoncer les généraux janvieristes et juilletistes, mais ils ne feront jamais leur mea culpa ni n’apporteront des propositions.

13 – Les Frères musulmans semblent se réveiller de leur anesthésie politique :  Morsi appelle à ne pas verser le sang, sa confrérie invalide toute idée de Jihad en Égypte. Cependant comment expliquer aux Djihadistes en Libye et en Syrie que le halal et le haram sont soumis aux idées des chefs et non aux prescriptions divines. C’est encore une contradiction qui va jouer en défaveur de la mobilisation du peuple égyptien. Morsi n’a eu que 27% des voix (au premier tour) face au général Chafiq qui a obtenu 20%. La lassitude et le mécontentement ont sans doute entamé les 51% des voix du second tour. Ce qui n’a pas été réalisé en situation favorable ne le sera pas en situation défavorable surtout que la confusion idéologique et religieuse a accompagné la gouvernance ratée.

Poser l’équation en termes de complot impérialiste et d’armée despotique c’est continuer à faire l’impasse sur les problèmes de fond du monde arabe et choisir la voie de la facilité : dénoncer au lieu d’assumer, simplifier et réduire la réalité au lieu de la dérouler et mettre fin aux confusions et aux dérapages. L’article que j’ai écrit sur Khatib et son rapport à sa confrérie me semble un témoignage qui mérite étude. Prochainement j’aborderais les prévisions sur la gouvernance des Frères Musulmans et le processus de l’échec programmé que j’ai développé dans mon livre « les dix commandements US et le dileme arabe« . Il a été publié en janvier 2012 avant que les Frères musulmans ne sortent gagnants d’un processus électoral dont j’ai dénoncé les incertitudes, les compromissions et les dérives certaines du fait de l’esprit confrérique.

Dans quelques semaines, la machine infernale de la répression va fatalement rencontrer le sentiment d’injustice si elle ne rencontre pas l’insenséisme fortement présent dans les mentalités et facilement manipulable dans la société pour provoquer le clash. Cette machine peut être stoppée si de part et d’autre un sursaut de sagesse fait son apparition et retrouve le sens de l’humain, de l’État, du devenir des choses.

La vitrine d’Al Azhar, de l’Eglise copte et de la technocratie ne va pas résister à l’exigence qu’impose le temps, le territoire et les problèmes : la gouvernance n’est pas une affaire technicienne, elle est politique par excellence. Il ne s’agit pas de gérer un supermarché, mais de gouverner, d’arbitrer, de faire des choix stratégiques. Il n’y a que les crédules et les excités devant les caméras qui font semblant de ne pas savoir le niveau de déliquescence des clergés et des vitrines inféodés aux appareils. L’armée égyptienne et la classe politique ont failli par le passé et ont  failli il y a un an en instaurant une démocratie de façade. L’urgence était et reste l’invention et la conduite de profondes réformes globales qui ne peuvent être conduites que par une classe politique soutenue par la majorité des citoyens. Parier sur un an pour l’émergence de cette classe et de cette conscience c’est une fois de plus exprimer l’incompétence et le mensonge de circonstances.  J’ai analysé les prises de position de Heykel qui demeure l’une des figures les plus remarquables de la classe intellectuelle et politique arabe et je dois avouer que lui aussi tient un discours partisan aussi irresponsable que celui de ses adversaires. Il y a du fardage. Il y a du mensonge. L’armée égyptienne tant décriée il y a un ou deux ans ne peut se transformer radicalement alors que la société qui l’acclame n’a pas changé, que la classe politique n’a pas changé et que l’encadrement de l’armée et sa doctrine n’ont pas changé ni d’ailleurs la place de l’Egypte dans sa configuration dans l’espace régionale.

Le clash prévisible aurait dû inciter les Frères Musulmans à refuser de s’embarquer dans un jeu démocratique pour lequel ni eux ni la société ni l’armée n’étaient encore préparés à en assumer toutes les exigences et encore moins s’embarquer dans un jeu international qui non seulement dépasse la confrérie des Frères Musulmans et l’Association des Savants Musulmans, mais dépasse les nations. Trop de contentieux, trop de non-dits et trop d’enjeux auraient du inciter les Frères Musulmans à militer pour une autre voie plus fédératrice et moins politicienne. Ils doivent assumer la responsabilité de leur échec et donner toutes les clés de lecture pour sauver les nouvelles générations au lieu de se croire les sauveurs, les rédempteurs.

15 – Le devenir, au-delà du coup d’État, reste possible, si les forces saines et compétentes tirent toutes les conséquences de l’histoire puis décident de travailler ensemble et sur le long terme pour édifier un État de droit, une société de citoyens. Dans le monde arabe, le paradoxe exige de faire de l’armée un partenaire. Elle est incontournable du fait historique, social, culturel et politique. Le réalisme politique et la vérité religieuse nous commande, au delà du coup d’Etat, de commencer à réfléchir sur ce verset coranique et d’en tirer tout le potentiel de réforme et tout le sens des priorités :

{Lorsque les Tyrans s’emparent d’une cité, ils la corrompent et avilissent ses élites}

Quelle est notre vocation de musulman ? S’emparer du pouvoir et soumettre les autres à notre volonté ? Dénoncer les tyrans sans toucher au système en place ? Réformer tout ce qui est réformable dans la limite de nos possibilités et dans la limite des conditions sociales et politiques ce qui produit de la corruption et porte atteinte à la dignité humaine, sociale, morale, intellectuelle, politique, économique?

Il ne doit plus s’agir plus de paradoxe lorsque la raison, le réalisme et la religion convergent vers la même exigence : éviter l’effusion de sang. Il ne devrait plus s’agir de paradoxe lorsqu’il nous faut choisir entre s’aligner sur l’histoire de l’Occident ou s’inspirer de la voie des Prophètes. Il y a paradoxe lorsque les « partisans de la démocratie » refusent les résultats démocratiques et sollicitent l’armée qu’ils ne manquent pas de dénigrer lorsqu’elle ne leur confie pas le pouvoir. Il y a paradoxe plus grave lorsque les « partisans de l’islam » se croient infaillibles pouvant se passer de pensée (Ijtihad) en matière de politique, de gouvernance et de rapport aux autres.

Ni le Coran ni le Prophète n’ont demandé de faire un coup d’Etat au Soudan au nom de l’Islam et de le rater, de faire une révolution armée en Syrie et de la rater, d’entrer dans un faux processus démocratique en Algérie ou en Égypte et de le rater.  Tous ces ratages ont pour origine les paradoxes sociaux et politiques d’un monde arabe et musulman sans repères autre que les souhaits qui sont contraires à la lettre et à l’esprit du Coran. Bien entendu les improvisateurs et les empressés vont dire que pour apporter les changements et réformer il faut avoir le pouvoir quitte à recourir à la violence. Je ne pense pas que ce soit la position que recommande le Coran. Le pouvoir politique ne se convoite pas. Il est octroyé par Allah pour nous éprouver par ce pouvoir, par son usage. Il est octroyé et il est bien utilisé lorsque il est le couronnement de la réforme globale qui implique le peuple lequel devient artisan de son propre changement et imposant le changement à son environnement. Il ne s’agit pas d’une imposition politique ou militaire mais d’une imposition logique, d’une nécessite historique, d’une adaptation psychosociale… un moment mystique dans l’histoire où le destin répond aux aspirations humaines sans les volontés ne forcent le destin. La Promesse divine se réalise…

Si l’armée égyptienne, les islamistes et les non islamistes avaient la culture politique de la reine de Saba, ils auraient tous évité le coup d’État en se consultant pour trouver la solution qui respecte le fond et la forme. Ainsi l’armée au lieu de destituer le président Morsi aurait imposer à la direction des Frères Musulmans et aux partis contestataires la rencontre autour d’une table de négociations pour sortir avec une feuille de route. Ils savent que Morsi ne peut rien faire sans le bureau politique des Frères Musulmans. Ils savent aussi que les manifestants n’ont aucune force de nuisance contre l’État si les partis et les organisations qui les mobilisent sont mis en face de leur responsabilités. L’injustice est de prendre des décisions unilatérales. La justice et l’équité est de prendre les mesures justes et réalistes qui garantissent  les droits de la victime et la non transgression des droits du coupable. Tous auraient été mieux inspirés s’ils avaient posé l’équation en termes de devoirs vis à vis de leur religion, de leur pays et de leur peuple.

Le retour à l’enseignement coranique sur la reine de Saba montre les défaillances des Frères Musulmans qui n’ont pas consulté leurs partenaires politiques et l’ensemble de la société faisant un coup de force politico juridique et la transgression de l’armée qui n’a pas respecté le pouvoir politique légitime faisant un coup d’Etat militaire :

  { Elle dit : « O Élite ! Donnez-moi votre avis en mon affaire. Je n’ai jamais tranché sur une chose avant  que vous ne soyez consultés ».   Ils dirent : « Nous sommes doués de puissance, nous sommes doués d’une grande expérience guerrière, à toi de décider. Prends ta décision puis  ordonnes ».} An Naml  32

Ou bien les musulmans reviennent à ces règles universelles ou bien leur sang va continuer de couler en vain.