La bureaucratie, la rente et le changement

Nous n’allons pas gloser (critiquer ou commenter de manière malveillante quelqu’un ou sa conduite) sur l’appel et le soutien de Ouyahia à la candidature d’un homme, aussi historique ou noble qu’on veuille ou qu’on puisse l’admettre, frappé à l’évidence d’incapacité à gouverner par l’âge, la maladie et le cumul anticonstitutionnel des mandats. Nous allons être brefs et souligner la mauvaise gouvernance de l’exécutif algérien sur un dossier pris au hasard. Par exemple le dossier des importations.

La manne financière étant tributaire du cours des hydrocarbures, l’exécutif faute de politique économique et de compétence à réformer, ajuste les transactions internationales par décision administrative, sans prise réelle et compétence sur les lois de l’économie et du marché. Une fois, on ouvre le robinet des importations, une autre fois on le ferme, administrant les pénuries et les rentes, continuant les politiques qui ont conduit à la dépréciation de la monnaie algérienne, au marasme économique et à l’achat de la paix sociale par corruption déguisée.

Les partisans de l’économie administrée et de la rente ne peuvent opérer une rupture avec la mentalité de monopole et de tutelle sur la pensée et la pratique sociale, politique et économique.

Dans une économie de marché, de transparence des prix et de régularité des transactions, l’importateur est un agent économique qui agit dans le cadre suivant :

  • Prise de risque
  • Concurrence
  • Esprit d’entreprise
  • Gains et rémunérations en contrepartie de l’effort réel (productivité du travail et valeur réelle produite par l’activité compétente du commerçant, de l’importateur, du distributeur qui se font payer leur prestation effective et leur compétence réelle sur le marché d’échange des biens et des services
  • Transparence et vérité des prix
  • Absence de Dol et de fardage
  • Toute sanction doit être prononcée par un juge et relever du code du commerce
  • Toute autorisation doit être accordée par le tribunal de commerce et conformément aux lois et règlements
  • Tout financement doit se faire sur les fonds propres du commerçant qui peut disposer de crédits bancaires ou de crédits fournisseurs. Les organes bancaires, normalement, vérifient la solvabilité, la transparence et la légalité de leurs clients.
  • S’acquitter des taxes douanières et des impôts.

L’Etat moderne n’est ni épicier, ni comptoir commercial ni administrateur des transactions : il met le cadre juridique et fait contrôler par des agents assermentés la fraude, la qualité et les prix, et bien entendu, il régule par la fiscalité et la redistribution des revenus afin de relancer la production nationale et protéger les faibles revenus.

Au lieu de limiter les importations à 800 produits, un gouvernant responsable et compétent, en rupture avec la rente et les privilèges occultes, aurait ouvert le marché à tous les Algériens pour instaurer une véritable concurrence, donner légitimité à l’appropriation et à l’enrichissement par la légalité, la non exclusivité et le refus d’exclusive ou d’exclusion.

Bien entendu, les mesures de relance de l’économie nationale ne sont pas prises. Bien entendu, on continue de pratiquer la rente de l’emploi jeune, gaspilleur d’argent et incitateur à la paresse et aux combines. Les gisements d’emploi en termes de coopératives et avec des microcrédits pour rendre fluide, concurrentiel et efficace les circuits de distribution ne sont jamais étudiés et favorisés. On préfère administrer l’économie, protéger les « milieux d’affaires » issus de la pénurie et adossés au non droit et aux clans « boulitiques ». Dans la même voie d’inepties économiques, financières, juridiques et commerciales, on laisse le marché aux mains de l’économie informelle et des monopoles. A titre d’exemple, et cela n’existe qu’en Algérie, à la Foire internationale d’Alger, vous ne trouvez aucune maison mère étrangère, mais des distributeurs algériens. Le comble de l’ironie, c’est que vous trouvez des grandes marques étrangères présentes sur trois ou quatre stands, comme si la culture occidentale est de se mettre en rivalité avec soi-même.

Chaque algérien devrait avoir le droit et les moyens de réaliser une ambition commerciale et économique s’il a les compétences requises et s’il œuvre dans la transparence et la concurrence.

On peut faire appel à Bouteflika pour un millième mandat et une millième rente, la réalité ne peut être masquée : aucun concessionnaire sérieux qui met son argent, son organisation et son savoir-faire dans une activité commerciale n’est réellement présent en Algérie pour exercer son métier comme il le fait en Europe ou aux Etats-Unis. Il accepte de présenter une vitrine qui ne sied pas à son image de marque et de cautionner des « dépositaires et des distributeurs » pourvu qu’il prenne une part de la rente. Il faut juste voir le marché de l’automobile et l’industrie mécanique. En 1962 Berliet, Citroën et Renault produisait des véhicules ; dans les années 70 et 80 SONACOME produisait des engrenages mécaniques complexes, de pièces de forge et remportait le prix Paris Dakar sur le camion en projet de fabrication nationale avec un partenariat allemand. Nous sommes revenus à la situation précoloniale…

La rente et l’intimidation ont transformé les organisations syndicales en grandes muettes. Les professeurs d’université, les imams, les médecins n’élèvent la voix que pour demander des avantages matériels. Les conditions sanitaires, pédagogiques et sociales du peuple sont méprisées et occultées. Voilà le système réalisé par la bureaucratie algérienne. Ils nous ont inculqué la culture de la préférence étrangère. Les éveillés doivent voir comment les pays démocratiques soutiennent les soulèvements contre les élections. Ils ne doivent pas perdre de vue que ces pays sont les parrains de nos élites, les corrupteurs de notre économie et les artisans du désordre mondial et que cela est en train de se retourner contre eux, dans leurs propres pays. Nos élites ont peur, parce qu’ils ressentent comme des reptiliens qu’il n’y a plus de refuge pour eux. Contrer les forces occultes, des forces sont en train d’agir et saper ce qui met en péril le devenir de l’humain.

Ouyahia ne nous affiche pas son soutien à Bouteflika et son refus de la rupture pour des raisons que personne n’ignore et que la décence doit taire, mais il annonce l’effondrement de l’Algérie. Imbu de leur suffisance et de leur incompétence, ils ne parviennent pas à voir qu’ils sont la risée du monde et qu’ils vont entrer dans le néant où il n’y a pas de retour en arrière. On peut mourir et ressusciter (dans cette vie après un coma ou dans l’autre vie après le Hashr), mais l’anéantissement (Al Halak) c’est l’exclusion totale et définitive de l’existence…

L’effondrement ne doit pas faire peur, car le peuple algérien n’est pas condamné par une fatalité absurde à devenir néant à cause des insensés qui le gouvernent. Il a survécu au colonialisme et à la décennie rouge et noire, il peut résister à d’autres catastrophes. Ceux qui seront sacrifiés seront portés au compte des pertes et profits de l’Histoire, les autres relèveront les défis historiques s’ils ne veulent pas rejoindre le déchet humain (al Wahn).

Le candidat de la rupture ne doit pas se contenter de dire que la crise est politique, car les dictatures économiques, culturelles et sociales sont plus perverses et plus durables. L’économique et la justice (sociale et judiciaire) doivent être remis à l’ordre du jour sur le plan pédagogique et sur le plan de l’engagement politique. Pour l’instant et depuis l’indépendance, l’économique est sous la tutelle de l’administration : cette pratique est le summum de l’arbitraire et de l’oppression. Boumediene a certes construit des usines et réalisé des plans quinquennaux, mais il a détruit l’homme. Al Mounadil de 1954 s’est transformé en vassal de 1967, les organes militaires, judiciaires et sécuritaires se sont transformés en instruments de domination et en agents du pouvoir. L’ANP a été expurgée de son encadrement et de sa doctrine ALN. Le FLN est devenu un appareil d’applaudissement et d’opportunisme.  Les structures qu’il a laissées ont fait émerger des appareils administratifs à la française et un jacobinisme bureaucratique qui ont écrasé le peuple algérien, lui confisquant ses libertés et son esprit d’initiative. L’Algérien non seulement n’est pas allé au paradis le ventre repu, mais il a oublié l’idée même de paradis. On ne peut pas construire l’Algérie sans les Algériens, ni la liberté sans la libération, ni le progrès sans effort laborieux récompensé. Les « Industries industrialisantes » du français De Bernis restaient une importation. Un peuple qui aspire à la pérennité et à la civilisation doit pouvoir produire et exporter ses idées. La meilleure idée que nous pouvions exporter et faire rayonner dans le monde était le capital de sympathie pour la Révolution algérienne. Nous lui avons préféré la clé en mains et la préférence étrangère qui a permis l’émergence de ces élites calamiteuses. L’Algérie avait besoin de militants de la cause nationale, on lui a donné les Énarques à l’image de l’ENA française qui savent réciter les formalises appris dans les écoles, mais incapables de formaliser une solution ou de tenir un engagement.

Une élection n’est donc pas la garantie nécessaire et suffisante pour mettre fin à l’arbitraire et à l’oppression. Il faut changer ce qui est en l’état d’un peuple pour que Dieu change la situation d’un peuple. Les gens aiment des recettes toutes faites pour le changement alors que celui-ci est d’abord un changement de paradigme, c’est à dire un changement dans la représentation du monde, une manière de voir les choses différemment, un modèle de comportement différent. Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais de la capacité de penser, de débattre. Il ne s’agit pas de débattre en politicien ou confiné au politique, mais de débattre sur tout et quitter sa zone de confort intellectuel. La Renaissance européenne s’est faite sur une accumulation d’idées dans les arts, la philosophie, les savoirs. La Nahda musulmane n’a pas pu aboutir, car elle n’a fait que plagier le modèle occidental sans disposer de la quête de liberté de l’Occident et du désir de progrès. Elle ne pouvait qu’être un avortement idéologique et méthodologique, car elle ne s’est pas libérée des schémas mentaux de la décadence musulmane. L’action politique ou partisane n’est que l’étincelle d’une bougie d’allumage, mais l’ambiance sociale, culturelle, philosophique est le moteur du changement. L’ambiance sociale ou ontologique qui édifie le changement est complexe : changer la manière, la finalité et les méthodes de Croire, Savoir, Désirer, Pouvoir,Vouloir, Devoir et Agir. C’est ainsi que nous pouvons opérer une rupture avec nos limites, nos peurs et nos faiblesses et libérer une dynamique nietzschéenne : « Sortir du désespoir le plus profond, l’espoir le plus indicible »….

Le système en place, se découvre sans masques et il fait de l’élection d’Avril 2019 un événement historique majeur, car il panique faute de candidat et surtout faute d’idées et de probité. Comme al manchar, talegh yakoul wa yahgar, habet yakoul wa yahgar jusqu’à ne plus trouver de branches à scier et de rentes à distribuer.

Il faut bien qu’un jour on puisse avoir le comportement des gens normaux : travailler et rendre des comptes.  Nous avons trop souffert du culte de la personnalité et des rentiers. Cela ne peut plus continuer.

Il faut entamer la rupture la plus profonde. Cette rupture doit se faire non seulement en matière de programme politique, mais en termes d’idées et de symboles. Il faut avoir l’audace de rompre avec le discours du système et ses mots galvaudés. Heybat Ad Doula, l’autorité de L’État, n’est pas l’État, mais le régime de répression et de terreur que les « Janvieristes » et les partisans de l’alignement idéologique et sécuritaire sur la lutte antiterroriste menée par l’OTAN contre les peuples pour les intimider, les faire entrer de force dans l’ordre mondial et détruire ce qui restait de règlements sociaux, politiques et économiques en faveur des plus faibles. L’Etat n’est pas une affaire d’autorité, mais de compétence socialement reconnue c’est à dire de légitimité. Cette légitimité ne sera jamais remise en cause lorsque la Justice exerce ses prérogatives en toute équité, sans laisser quiconque sous l’impunité ou sous l’abus de pouvoir. Pour rompre avec Bouteflika, Nezzar, Sellal et Ouyahia, il faut rompre avec leur argumentaire et donner un sens aux mots. Du sens des mots non seulement dépend la liberté, mais la justice, voire l’existence… De nos objectifs et de leur noblesse dépend le salut. Il nous faut de grands desseins :

« Le plus grand danger pour la plupart d’entre nous n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons. » – Michel-Ange

En observation, je note que le Général en retraite Ali Ghediri vient de déclarer son patrimoine. C’est un acte de transparence qui mérite d’être souligné et qui confirme une fois de plus ce que j’ai toujours défendu dans mes écrits : l’ANP dispose de cadres intègres et leur intégrité témoigne que le pouvoir réel est ailleurs. La confusion entretenue sur l’ANP doit être levée et bien entendu cet éclaircissement va déranger les tenants de la rente et de l’effondrement qui agissent et communiquent pour qu’aucune institution et aucun homme intègre ne puissent s’élever au-dessus des décombres pour dire sa vérité et éclairer le chemin de la reconstruction.

 

Omar Mazri

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

 

Islamophobia et Turquie : Deus machina bis

Aujourd’hui on entend Bernard Henry Lévy appeler à une levée de boucliers pour ne pas dire une levée d’armées contre la Turquie. Cet appel n’est ni anodin ni fortuit lorsqu’on suit l’actualité de la région avec ses guerres et ses remodelages géopolitiques, lorsqu’on étudie la mise en œuvre implacable et sans relâche de la stratégie islamophobe.

BHL, surnommé  le  « VRP DE LA GUERRE », chantre de la philosophie du sinistre et du cynique, intervient toujours pour annoncer et accompagner la communication de guerre ou l’information de subversion militaro-idéologique dans le monde musulman.

Le rôle célèbre qui reste en mémoire est celui d’agent communicant dans le démantèlement de la Libye et l’assassinat de Kadhafi. Cette célébrité fut possible car les élites musulmanes indigentes sur le plan politique et cynique sur le plan moral avaient non seulement soutenu lâchement l’agression d’un pays arabe et musulman par l’OTAN, mais l’avait réclamé pour se débarrasser d’un dictateur et le remplacer par une confrérie musulmane qui servait de cobaye à l’expérimentation politico-sociale et géopolitique dans la nouvelle gestion du monde arabo-musulman. Youssef Qaradhaoui et Tarik Ramadan ont joué le rôle de pygmalion narcissique et d’interlocuteur valide sur le plan idéologique pour diaboliser l’image de Kadhafi et de Bachar Al-Assad.

BHL le « VRP DE LA GUERRE » a eu d’autres rôles de subversion militaire dans le monde musulman. Le premier et grand rôle fut celui de fabriquer médiatiquement le commandant Messaoud et lui donner la réputation mondiale de héros de la lutte contre l’empire soviétique.  Non seulement Qalb Edine Hikmathyar le véritable chef du « Jihad » fut dépossédé de son titre et de son influence dans la gestion politique et diplomatique de l’Afghanistan, mais les Pachtouns majoritaires furent exclus de la gestion de la paix et la gouvernance du pays. BHL avait réussi à mettre en place la communication subversive pour faire entrer l’Afghanistan dans une guerre civile, la montée en puissance des Talibans et l’invasion américaine. L’Afghanistan et sa région ne peuvent être gérés par la France alors se pose la question du rôle subalterne de BHL qui a agi donc pour le compte des Américains. Aujourd’hui encore on se pose la question sur l’intérêt de la France en Syrie et en Libye et les conséquences des flux migratoires qui déferlent sur l’Europe. On peut dire que la tête pensante est britannique, le corps est américain, le saltimbanque est français.

L’autre rôle maléfique sur le plan de la subversion est celui que le philosophe de la haine a joué en ex-Yougoslavie. La Yougoslavie était une mosaïque d’ethnies, de langues, de religions et de cultures adossée à l’Europe et proche de la Russie par sa composante slave et proche de la Turquie par sa composante musulmane. La Yougoslavie de Tito était presque un compromis de coexistence des grands empires européens avec l’empire ottoman. Cet ilot de pluralisme au sud-est de l’Europe ouvert à la Russie, à l’Italie et à la Turquie n’avait pas de chance de survie dans un monde dominé par la culture américaine monopoliste et hégémonique. Le démantèlement de la Yougoslavie et son atomisation puis l’intégration et la fusion de ses fragments dans l’Europe bureaucratique sous contrôle américain était donc programmé et son chemin passe par l’éclatement provoqué par une guerre civile, des nationalismes exacerbés et l’intervention de l’OTAN contre les Serbes. BHL s’est trouvé présent du côté musulman en Bosnie-Herzégovine. Il a donné une audience médiatique à Ali Izzat Begovic. On le voyait un peu partout dans les capitales européennes et on lui donnait la stature d’intellectuel puis celle d’homme politique et enfin celle de président intéressant.

Ce musulman mystique, pacifiste, philosophe, cultivé, artiste et multiculturel aimant l’Islam sans travers apologétique, respectueux du christianisme et de l’Europe, auteurs de plusieurs écrits dont notamment « L’Islam entre l’Orient et l’Occident » s’est transformé sous la houlette du philosophe agent de subversion idéologique en un partisan de la radicalisation musulmane et de l’autonomie que le wahhabisme saoudien revendiquait au Caucase (Tchétchénie) et dans d’autres parties du monde. Bien entendu les anciens conflits politiques des partisans de Izzat Begovic avec Belgrade ainsi que ses écrits de jeunesse sur l’État islamique à la lumière de l’expérience du Pakistan ont été instrumentalisés en vue de l’exacerbation du sentiment religieux et du nationalisme qui ont accompagné la volonté politique occidentale d’armer les Bosniaques puis de les présenter en victimes protégées de l’holocauste serbe sans véritable étatisation politique réelle.  BHL ainsi qu’Alain Finkielkraut qui avait pris position pour les nationalistes Croates appelleront à une levée de l’embargo sur les armes en direction des mouvements séparatistes de l’ex-Yougoslavie.

BHL a joué un rôle de subalterne médiatique, mais le chef d’orchestre était Warren Zimmermann, l’ambassadeur des États-Unis en Yougoslavie. Il avait poussé Izzet Begovic à appeler à un référendum populaire sur l’indépendance et à la reconnaissance de la Bosnie-Herzégovine en tant qu’État indépendant. Les États-Unis et l’Europe avaient reconnu l’État bosniaque née du référendum. Malgré les appels de Begovic à un État multiethnique et multiconfessionnel, la guerre avec Belgrade était inévitable. Le monde musulman avait ensuite fourni l’argent, les armes et les combattants sous le contrôle de la CIA. C’est toujours le même scénario : Les intellectuels musulmans, à l’exception de Malek Bennabi, n’ont jamais pu voir et comprendre l’absurdité et la dangerosité de la revendication d’un État islamique et tout particulièrement de celui véhiculé par le Pakistan (l’État des purs). L’incapacité à lire la géopolitique provient de l’indigence culturelle et politique qu’exploitent les Britanniques, les Français et les États-Unis. Lorsque cette incapacité se combine avec l’incompétence de comprendre l’Islam libéré des mythes et des visées politiques alors l’intellectuel musulman, le gouvernant, le peuple se trouve en danger de mort. Malek Bennabi dans la lutte idéologique a montré comment les idéologues de la colonisation cherchent et construisent l’interlocuteur valide colonisé qui va être manipulé pour servir les desseins stratégiques du colonialisme.  Izzat Begovic a été mis dans l’ambiance idéologique de l’audience médiatique qui formate les esprits et rend le formaté docile, indolent, incompétent à voir au-delà du spectacle qui cultive l’égo et nourrit les fantasmes. Il était devenu par les conditions géopolitiques et sociopolitiques un « interlocuteur valide » auprès duquel le philosophe de la mort distillait les conseils sages, avisés et bienveillants…

Après la fin de la guerre de Bosnie par l’accord de Dayton en novembre 1995, Izet Begovic est devenu membre de la présidence de la Bosnie-Herzégovine laquelle était subordonnée à un Haut représentant chargé de superviser les affaires de l’État nommé par la communauté internationale alors que la Serbie, la Slovénie, la Croatie et le Monténégro étaient devenus réellement indépendants avec une véritable présidence. Ce sont des centaines de milliers de morts et parfois des dizaines de milliers de morts issues des communautés musulmanes qui paient les déboires de leurs élites et réalisent l’ambition des communicants et des décideurs occidentaux. Izet Begovic a fini par démissionner écœuré de la supercherie.

Bien entendu on ne peut citer BHL sans citer le soutien inconditionnel qu’il avait apporté à la préparation de la guerre et à l’invasion de l’Irak par l’Amérique. Devant tant de zèle et de « réussites » de BHL on est en droit de s’interroger sur les pouvoirs de communication qu’il possède en France et sur les liens de renseignements et d’infiltration (avec les liens de logistique) qu’il possède dans les communautés musulmanes à travers le monde. Personne ne l’interpelle sur son silence au sujet du génocide des Rohingyas, des Yéménites,  et des Gazaouis. Personne ne lui demande des comptes sur le terrorisme surnommé islamique que son intervention a fait générer à grande échelle dans le monde musulman et à petite échelle en Europe.

Bernard Henri Lévy avait également défendu la « révolution » orange en Ukraine et pris position contre la Russie. Il s’est aligné sur les directives atlantistes.

Anti arabes et anti musulmans notoires en France, BHL n’existe « philosophiquement » que par son  apparition médiatique où il ne fait que valider les orientations et les politiques du sionisme et de l’impérialisme atlantistes. Si la proximité idéologique et financière de BHL avec les patrons médiatiques n’est plus à démontrer, reste alors posée la question du réseau qu’il réveille facilement et efficacement dans les pays subissant la subversion psychologique et la subversion militaire atlantiste.

Quel est le rôle assigné à Bernard Henry Levy pour saper le nationalisme et l’islamisme portés par la Turquie d’Erdogan ? La réponse est donnée par un article de BHL sur Wall Street Journal (proche de la droite ultra conservatrice américaine) du 13 août 2018 sous le titre de « NATO Should Give Turkey the Boot (L’OTAN devrait donner le coup d’envoi à la Turquie) – Ankara, helped by China and Russia, is vandalizing Western interests (Ankara, aidé par la Chine et la Russie, vandalisera les intérêts occidentaux).

Bernard Henry Lévy reprenait à son compte, avec un décalage de 10 jours, les thèses de l’américain Daniel Pipes.

Bernard Henry Lévy et Daniel Pipes à l’instar des diplomaties britanniques, américaines, françaises et israéliennes soutenaient sans retenue ni réserve Ankara participant à la guerre mondiale menée contre Damas. Ils soutenaient Erdogan présenté comme un démocrate musulman pouvant conduire la Turquie vers une intégration à la civilisation occidentale (économie du marché et de la globalisation). Il ne s’agissait pas en réalité d’un soutien, mais d’une stratégie de communication qui dévoilait son contenu et ses cibles selon les impératifs de pertinence géographique, d’opportunité temporelle et de cohérence géopolitique fixés par la gouvernance mondiale atlantisme.

Aujourd’hui et après les attaques de Trump, BHL décrit la Turquie comme pourvoyeur d’armes des groupes armées islamiques liés à Al Quaïda et DAECH, péril génocidaire contre les Kurdes… Elle ne devrait plus avoir sa place au sein de l’OTAN. Nous sommes en présence d’une communication orchestrée depuis les États-Unis. Le chef d’orchestre est Daniel Pipes.

J’ai écrit le livre « Islamophobia : Deus machina » et montré Daniel Pipes comme l’instigateur de l’Islamophobie véritable machine de guerre psychologique et militaire contre le monde musulman. J’ai notamment mis en exergue les points suivants de l’islamophobie :

  • Une haine ancienne et entretenue de l’Islam ;
  • Une mise en guerre des musulmans les uns contre les autres et les uns après les autres
  • Une connaissance de la mentalité des musulmans atomisés en fragments d’humanité errants sans orientation civilisationnelle vers l’avenir, sans culture géopolitique du présent, sans lecture lucide de leur passé
  • Une infiltration des mouvements islamiques qui demeurent infantiles et facilement manipulables du fait de la culture confrérique, du culte du chef, de l’absence de pratiques démocratiques transparentes, et de l’entêtement à refuser de tirer enseignement de leurs échecs politiques et de leurs limites intellectuelles
  • Une volonté de montrer le monde musulman et ses acteurs mis sous les feux de la rampe médiatique comme répulsifs afin de générer de la méfiance des non musulmans envers les musulmans et de la défiance des musulmans entre eux. C’est ce tableau psychologique qui permet aux armées occidentales d’ouvrir des fronts de combat contre un adversaire isolé, c’est ce même tableau qui permet de mener des combats terrifiants contre des populations civiles pour qui l’opinion occidentale ne va éprouver ni pitié ni respect ni ressentir une quelconque émotion.
  • Faire accepter l’idée du clash des civilisations entre l’Occident et l’Orient
  • Une audace de faire payer la facture de guerre et de subversion par les gouvernants musulmans eux-mêmes pour ne pas subir la « justice implacable » et conserver leur pouvoir oppressif sur les populations musulmanes.
  • Empêcher la jonction politique, économique et géostratégique entre la Russie, la Chine et le monde musulman pour que le monde demeure tel qu’il est : monopolaire sous l’hégémonie de l’oligarchie financière.
  • Réaliser les buts stratégiques : interdire toute idée d’indépendance, tuer dans l’œuf toute tentative de renaissance civilisationnelle, piller les ressources, détruire les mentalités collectives, disloquer les géographies, saper les embryons d’économie, intégrer les flux migratoires à la fois comme un procédé de guerre en vidant les pays de leur jeunesse laissant le pays sans bras armé pour la résistance (le cas syrien est le plus éloquent) et comme émergence d’un sous prolétariat en concurrence avec les prolétariats européens facilitant l’accumulation capitaliste des profits par la réduction du cout du travail.

L’accueil méprisant réservé à mon livre, l’acharnement et l’empressement des « indigènes » musulmans de France à vouloir montrer l’islamophobie soit comme une xénophobie envers les banlieues françaises soit comme une séquelle de la colonisation de l’Algérie m’a réconforté dans l’idée de l’indigence politique des musulmans, de leur quête de statut social d’intellectuel, de leur alignement idéologique qui leur permet de bénéficier d’une rente d’existence en devenant l’interlocuteur valide qui se focalise sur l’accessoire et qui évite le fondamental et les priorités.

Ceux qui veulent encadrer les populations musulmanes en Europe et aux USA ont certes des diplômes universitaires, mais il leur manque la culture politique et la vue lucide sans esprit partisan, sans démarche sectaire, et sans aliénation à la réussite mondaine. Ceux qui communiquent contre les musulmans disposent d’une culture islamophobe, d’un réseau d’informateurs et d’un savoir efficace sur le musulman africain, asiatique ou occidental. Ces communicants s’adressent aux populations occidentales non musulmanes pour les faire adhérer sinon les neutraliser dans leur combat idéologique et militaire contre les musulmans (islamistes, athées, laïques, arabes, berbères, persan, turcs et chrétiens ou juifs d’orient). La religion n’est pas le moteur, mais la civilisation qu’elle a portée ou qu’elle risque de porter. Le musulman qui entre dans le moule idéologique et qui se confine à prier, à faire le pèlerinage et à porter barbe et gandoura n’intéresse pas les laboratoires de la psychologie sociale et de la guerre subversive. Celui qui rêve ou qui porte un projet de réforme, d’éveil et de mise en travail des peuples est ciblé pour être mis en silence, mis à l’oubli ou mis à mort.

Daniel Pipes n’est pas un abruti, c’est un intellectuel hautement qualifié et très compétent qui apporte une efficacité sur le plan de la communication et des études orientalistes au service du sionisme et de l’Empire. Il est titulaire d’un doctorat en littérature à Harvard et d’une post graduation sur l’histoire médiévale de l’islam, il est également titulaire d’un doctorat en Charia islamique à l’université d’Al Azhar au Caire. Il parle anglais, français et arabe. Il enseigne dans plusieurs universités. Il collabore avec les Affaires étrangères et la défense des USA ; Il travaille avec les doctrinaires américains de la géopolitique tels que Robert Strausz-Hupé. A titre de comparaison, quelles sont les lettres de créances des conseillers des savantissimes religieux de l’Islam ? Quelles sont celles des musulmans militant en France ? Soient-ils ne parlent pas bien le français soient ils sont dans l’ignorance totale de l’histoire, de la culture, de la géographie, des mœurs, de la religion et de la sociologie de la société française.  Pour la majorité d’entre eux la France est un terrain vague sur lequel ils pensent pouvoir faire paître tranquillement le troupeau qui les suit.

Daniel Pipes mobilise, préside et anime des cercles d’intellectuels, de journalistes et d’artistes au service du sionisme et de l’Empire américain. Il intervient quotidiennement sur les plus grands titres de la presse écrite, de la radio et de la télévision. Il est parrainé par les ultra conservateurs américains et israéliens à Washington et à Tel-Aviv. Comme Bernard Henry Lévy il est juif et tous les deux affichent leur judaïté, leur haine de l’Islam et leur mépris pour les Palestiniens et en particulier pour les mouvements indépendantistes palestiniens. Être Juif n’est ni une tare ni un châtiment divin, mais une garantie supplémentaire pour se protéger au nom de l’antisémitisme. On accuse facilement les Juifs de tous les maux de la planète, cela fait diversion et surtout cela cache l’oligarchie financière qui prend les décisions sérieuses. Les Chrétiens d’Orient et de Russie savent mieux que quiconque la puissance maléfique du Temple satanique et des évangélistes éradicateurs qui attendent l’Apocalypse et le retour de Jésus. Plus que le pouvoir de l’argent, il y a le pouvoir spirituel sur l’humanité avec à sa base l’usurpation et l’imposture du mythe rédempteur de Jésus Christ. Le général Greig, canadien, a écrit un livre, je crois qu’il s’appelle “l’échiquier” où il décrit la puissance et le maléfice de l’Église (ou de la Synagogue) satanique aux USA. L’idéologie satanique est la lutte contre l’humain dans ce qu’il a de plus noble et la promotion de ses vices les plus abjects. L’idéologie apocalyptique, d’inspiration biblique, vise à  gommer toutes les différences et à domestiquer une humanité pour qu’elle soit assujettie aux ordres et au service d’une élite « supérieure » (les élus). C’est revisiter le fascisme qui se libère du credo nationaliste pour celui de l’universel et de la mondialisation. Vatican II allait dans ce sens aussi avec des objectifs moins radicaux : évangéliser toute la planète et tolérer l’Islam comme religion païenne asiatique dans le cadre du dialogue des civilisations. DAECH est de la même idéologie donc de même inspiration…

Une parenthèse mérite d’être ouverte sur l’islamophobie de Daniel Pipes, ce n’est pas une islamophobie primaire, c’est une islamophobie élaborée et efficace comme il dit lui-même :

« … l’islam radical est le problème et l’islam modéré, la solution. Mon point de vue présente, entre autres avantages, d’envisager une coopération avec les musulmans anti-islamistes ».

C’est le schéma directeur de la lutte antiterrorisme islamique : rendre les musulmans des collaborateurs et des délateurs. C’est ce canevas qui a laissé les Frères musulmans parvenir au pouvoir en Égypte et en Turquie ou jouer un rôle majeur en Syrie et au Yémen. C’est ainsi que Daniel Pipes publiait des articles prônant le soutien à l’Irak contre l’Iran. Ce n’est pas l’Iran et le chiisme qui posent problème, mais la révolution islamique et l’éviction du Shah d’Iran.  C’est l’Amérique et ses idéologues qui décident qui est le bon et le mauvais musulman, qui est le modéré et l’extrémiste. Le musulman n’est pas autonome dans ses décisions ni libre dans son projet d’émancipation. Même l’athée et le laïciste du monde musulman ne doit voir que sous l’œil observateur et sous l’esprit inquisiteur de l’Amérique. C’est ce mode de pensée qui permet à l’intelligence américaine de trier entre la bonne gauche et la mauvaise, la bonne droite et la mauvaise. Tout est analysé du point de vue utilitaire et provisoire. C’est l’idolâtrie des temps post modernes… Cette idolâtrie est le creuset idéologique et spirituel de Daniel Pipes :

« L’ordre mondial qui se profile sera-t-il celui de l’empire universel américain ? … La mission du peuple américain consiste à enterrer les États-nations »

Toute la rhétorique de Bernard Henry Lévy est déjà conceptualisée et communiquée au préalable par Daniel Pipes qui a un réseau efficace en France pour mobiliser et communiquer sur tout projet de guerre impériale dans le monde musulman. C’est ce réseau qui a pris en charge Sarkozy pour la Libye, Hollande et Macron pour la Syrie et qui est en train de prendre la direction de la communication pour la Turquie. Ce n’est pas les propos de BHL qu’il faut suivre et analyser, mais bien ceux de Daniel Pipes. Le mieux serait de suivre et d’analyser les illuminés d’Amérique.  Ils sont les concepteurs et les communicants des mots d’ordre ravageurs et des feuilles de routes opérationnelles sous-jacentes à leurs concepts : « islamophobie », « Nouvel antisémitisme », « Militants de l’islam », « la théorie moyen-orientale du complot ». Avant que la France ait eu l’idée de créer le CFCM et le concept d’Islam de France, Daniel Pipes avait déjà lancé l’idée de création d’un « Institut américain de l’Islam Progressiste » début des années 2000 . Daniel Pipes a construit un réseau dense et efficace de musulmans zélés, arabes et non arabes, par le forum du moyen Orient qui permet de fédérer les opposants à l’Islam et les sympathisants idéologiques de l’Amérique. Il est aussi très influent dans la sphère intellectuelle et médiatique en Allemagne, en France et en Angleterre.

Contentons-nous ici et maintenant de rapporter quelques analyses et quelques recommandations de Daniel Pipes pour rendre la Turquie obéissante et servile, et probablement faire partir Erdogan et changer de régime en redonnant à l’armée le pouvoir qu’elle a perdu sur injonction américaine qui avait besoin d’un allié conjoncturel sunnite pour mener sa guerre contre l’Iran,  pour partitionner la Syrie en quatre ou 5 émirats et régler définitivement la question palestinienne. Voici ce que dit Daniel Pipes en substance après avoir posé la question essentielle : « L’affirmation selon laquelle la Turquie s’éloigne de l’Occident appelle plusieurs questions : au-delà des beaux discours, quelle est la réalité de l’alliance atlantique en 2018 ? La Turquie devrait-elle rester membre de l’OTAN ? L’OTAN a-t-elle encore une mission à l’ère post-soviétique ? Et si oui, laquelle ? » : Son diagnostic est le suivant

  • Les réponses les plus pertinentes consistaient à dire que l’OTAN devait certes, continuer à exister et à mobiliser ses moyens de défense contre la nouvelle grande menace totalitaire qu’était l’islamisme. Les fascistes, les communistes et les islamistes diffèrent sur bien des points mais ils ont en commun ce rêve d’une utopie radicale fabriquant un être humain supérieur dont l’existence a pour but de servir son gouvernement. Le nouvel ennemi islamiste a acquis une importance planétaire au moment même où l’ennemi initial (URSS) était vaincu…
  • La menace islamiste : Cette menace était alors surtout le fait de deux pays, l’Afghanistan et la Turquie, qui représentaient pour l’OTAN deux défis sans précédent, le premier externe et le second interne… Le programme nucléaire iranien, qui est désormais en marche pour la fabrication de bombes dans les dix prochaines années, constitue le problème le plus funeste particulièrement quand on prend en compte la présence à Téhéran d’un régime apocalyptique et la possibilité d’une attaque à impulsion électromagnétique… Le gouvernement turc menace de faire déferler sur l’Europe des vagues de réfugiés syriens. Il entrave les relations de l’OTAN avec des alliés proches comme l’Autriche, Chypre et Israël. Il a soutenu le retournement de l’opinion publique turque contre l’Occident, particulièrement contre les États-Unis et l’Allemagne. À titre personnel, il m’est devenu impossible (à l’instar d’autres analystes observateurs de la Turquie) de ne serait-ce que changer d’avion à Istanbul par crainte d’être arrêté et jeté en prison pour servir d’otage et de monnaie d’échange avec un criminel turc réel ou imaginaire se trouvant aux États-Unis. Rendez-vous compte : la Turquie, un soi-disant allié, est le seul pays au monde où je crains d’être arrêté à mon arrivée…
  • Erdoğan a pratiquement rejoint l’Organisation de Shanghai qui fait office de pendant russo-chinois de l’OTAN. Les troupes turques ont participé à des exercices communs avec les armées russe et chinoise. Plus significatif, les forces armées turques sont en train de déployer le système de missiles antiaériens russe S-400
  • La Turquie anti-OTAN, anti-occidentale et dictatoriale : Le pouvoir d’Erdoğan s’est construit sur la nature despotique de l’islamisme : trucage d’élections, arrestations de journalistes dissidents sur présomption de terrorisme, création d’une armée privée, SADAT, usage de la torture par la police et organisation d’un coup d’État.
  • Le gouvernement turc soutient Téhéran de plusieurs manières : aide au développement du programme nucléaire iranien, soutien à l’exploitation des champs de pétrole iraniens, aide au transfert d’armes iraniennes vers le Hezbollah et soutien conjoint au Hamas.
  • La Turquie dénature l’OTAN : Outre son hostilité, la présence turque à l’OTAN dénature l’Alliance. L’OTAN devrait lutter contre l’islamisme. Or, avec des islamistes présents dans la place, comment l’Alliance atlantique pourrait-elle agir de la sorte ?

Les préconisations de Daniel Pipes : L’OTAN se retrouve face à un dilemme qu’il faut trancher : soit exclure la Turquie, option que je préconise, soit la garder, option que l’OTAN privilégie instinctivement.

  • Exclure la Turquie : Mon argumentation repose sur le fait qu’Ankara pose des actes hostiles à l’OTAN, qu’elle n’est pas un allié et qu’elle empêche le nécessaire recentrage de l’action atlantique sur l’islamisme. En somme, la Turquie est le premier État membre à passer dans le camp ennemi où il se peut qu’elle demeure longtemps… il faut se demander pendant combien de temps la Turquie restera islamiste et dictatoriale, et s’apparentera à un État voyou. Au vu du sentiment anti-occidental qui règne largement en Turquie, je pense qu’il faut que l’OTAN soit libre d’être ce qu’elle doit être.
  • Sinon… il existe plusieurs mesures propres à diminuer les relations avec Ankara et à réduire le rôle de la Turquie dans l’OTAN.
    • Abandonner la base aérienne d’Incirlik… Il existe une foule d’autres sites, par exemple, en Roumanie et en Jordanie. Selon certaines sources, ce processus est déjà enclenché…
    • Retirer l’arsenal nucléaire américain… Retirer l’arsenal nucléaire américain… stopper les ventes d’armes.
    • Ignorer l’article 5 et les autres demandes d’aide.
    • Garder l’OTAN à distance de l’armée turque.
    • Aider les opposants à la Turquie. Il faut soutenir les Kurdes de Syrie ainsi que le projet de plus en plus clair d’alliance entre la Grèce, Chypre et Israël. Il faut par ailleurs coopérer avec l’Autriche.

C’est un programme de guerre punitive contre la Turquie. BHL et les réseaux médiatiques français vont mâcher et recracher ce programme sans le digérer. Ils n’agissent pas pour les intérêts  de l’État français, mais pour le compte de l’Empire. Ils ne connaissent pas la feuille de route à long terme, ils communiquent à court terme et font office de vassalité envers leur donneur d’ordre avec qui ils partagent la même haine, celle de l’Islam, et le même amour, celui d’Israël. Daniel Pipes ne communique pas du fait de la complaisance ou de la proximité des médias américains, il analyse et conseille l’établissement politique et militaire américain ainsi que l’état profond américain ultra conservateur et messianique. Son organisation se réunit avec l’administration de l’OTAN. Les extraits que nous venons de citer sont l’analyse qu’il a développé pour le compte de l’OTAN et de la Maison Blanche.

Erdogan prisonnier de son narcissisme et de l’entrisme opportuniste des Frères musulmans n’avait pas compris que les États-Unis n’ont pas d’alliés, mais des vassaux. Ces vassaux ne sont pas égaux sur le plan de la servitude, ils doivent être regroupés par zone et mis sous le commandement d’un chef de zone. Pour le Moyen-Orient il y a un adjudant-chef c’est Israël, le second exécutant est le sergent-chef alias Arabie saoudite. La Turquie devrait se contenter de la troisième place de caporal-chef. Il n’y a pas de place à l’ambition néo-ottomane. Il est extraordinaire de voir comment la gauche dans les pays musulmans, via le trotskisme et autres organisations pseudo progressistes s’est mobilisé pour dénoncer l’empire ottoman et mettre en exergue le despotisme ottoman sans jamais remettre en cause les errements d’Erdogan en Syrie ni faire une analyse objective de la Turquie sur la dernière décade (économie, monnaie, société) et encore moins admettre le rayonnement civilisationnel de la Turquie ottomane sur le reste du monde. Atatürk est l’idole des progressistes arabes qui n’ont jamais mis les pieds en Turquie et qui ne connaissent pas l’humiliation du peuple musulman turc obligé de vivre son islamité en clandestinité et de porter contre son gré les vêtements européens et d’écrire sa langue natale avec des caractères latins. Les Frères musulmans n’avaient pas compris et ne comprennent toujours pas comment ils sont utilisés comme pion sur l’échiquier mondial dans ce que les Américains appelle le chaos fécondateur ou la régression féconde pour remodeler les nations et les régions par les contradictions et les violences.

L’ambition d’Erdogan ne repose pas principalement sur l’islamisme, mais sur le nationalisme turc. Le nationalisme turc est chauvin, mais efficace car il repose sur une population laborieuse, fière de son passé et désireuse de s’imposer dans la région en tant que nation prospère et civilisée. Dans cette crise avec l’Amérique c’est le nationalisme et l’anti américanisme très vivace dans la Région qui sont les moteurs du gouvernement turc pour juguler la crise monétaire et la guerre économique. Erdogan est un animal politique suffisamment cultivé et fortement ambitieux capable donc de transformer son pays en bloc de résistance et de former des alliances stratégiques préservant les intérêts de la Turquie et la survie de son régime. Il faudrait d’abord qu’il prenne conscience des véritables enjeux économiques et de la nature de la crise de sa monnaie qui est d’ordre structurel par son alignement à l’économie mondiale avec ses spéculations boursières et l’usage exclusif du dollar. Il devrait le plus rapidement possible trouver des solutions sérieuses et durables avec la Syrie et avec les Kurdes et s’ouvrir comme partenaire fiable à la Russie, à l’Iran, au Pakistan, à la Chine, à l’Inde. C’est au Européens de prendre leur avenir en mains : se maintenir bienveillant en Turquie avec un marché de 100 millions d’habitants et s’ouvrir avec courage et détermination à l’Iran avec un marché de 80 millions d’habitants ou bien suivre aveuglement l’administration américaine et les relais médiatiques européens des think tanks apocalyptiques.

Notre lecture de l’actualité à travers le regard de Daniel Pipes nous invite à aborder deux aspects du problème posé à la Turquie. Le premier problème est celui de Donald Trump. Lorsqu’on l’examine sérieusement et avec beaucoup de recul, il ne s’agit pas d’un problème, mais d’une providence, d’une aubaine, d’une chance : l’Amérique se dévoile tel qu’elle est sans les lissages diplomatiques et avec la brutalité de Trump. Cette brutalité devrait inciter les gouvernants sensés et les peuples éveillés à chercher des alliances régionales, à donner plus de liberté et de confiance à leurs peuples et à créer toutes les conditions pour l’émergence d’un monde bipolaire ou multipolaire s’ils veulent garantir la paix et la sécurité. Le second problème est celui posé par Daniel Pipes : l’OTAN est l’arme de la civilisation occidentale dans sa forme capitaliste et post moderne. Le maintien de la Turquie pose un problème de conscience morale et civilisationnelle : comment admettre que la Turquie l’un des plus grands pays musulmans et de surcroît émergent en termes de développement social et économique puisse être la seconde armée la plus puissante de l’OTAN alors qu’elle devrait être, par les principes islamistes, au service des opprimés ou du moins un renfort ou une alliance  pour les pays émergents de la Région. Il faut dire merci à Daniel Pipes de poser les problèmes d’une manière logique et merci à l’Europe de refuser l’intégration de la Turquie pour les mêmes motifs civilisationnels et idéologiques (religieux). Erdogan et les Frères musulmans dans tous les pays où ils sont fortement implantés ne veulent pas changer le monde, mais s’intégrer dans le monde du plus fort et servir la bourgeoisie d’affaires qui gravitent dans leur sillage confrérique et partisan. L’exemple le plus flagrant est celui des Frères musulmans en Algérie : un appétit mondain et un gout pour le pouvoir. Les États-Unis connaissent cet appétit et ce gout et  sont disposés à jouer la carte de l’islamisme « modéré » qui  facilite le jeu américain. Le jeu américain n’est pas subtile, il consiste à mettre en compétition le pouvoir en place et les Frères musulmans pour obtenir le maximum de concessions économique, politique et géostratégiques.

Ce qui se dit comme ce qui se passe est instructif et nous donne les repères pour voir l’évolution du monde musulman : libération ou aliénation.

Le jeu américain ne se limite pas aux Frères musulmans, il est ouvert aux libéraux et aux progressistes dont il connait le poids politique et l’influence sociale très limitée et à ce titre Daniel Pipes et les décideurs américains et leurs alliés européens ne leur suggèrent que des projets de socialité pour détruire la mentalité collective conservatrice : liberté sexuelle, homosexualité, théorie du genre, égalité des sexes, abolition du code de la famille. En direction de la  gauche anglaise ils suggèrent le Brexit, la fermeture des frontières aux réfugiés et la tolérance zéro vis à vis des communautés musulmanes.

Il n’ y a pas de complotisme, mais une politique d’actions et d’influences sur l’environnement pour l’adapter à ses impératifs politiques, économiques, culturels, financiers, juridiques, diplomatiques et géopolitiques. Est-ce que les gouvernants et les opposants sont prêts à faire une lecture des enjeux et de réfléchir aux réponses les plus adaptés pour se protéger et résister?

Omar MAZRI – liberation-opprimes.net

False flag contre Israël, true flag contre l’Iran.

L’entité sioniste viole l’espace aérien syrien et mène des attaques de faible intensité contre des cibles syriennes et contre des forces présumées alliées de l’Iran et du Hezbollah. Elle espère créer les conditions médiatiques et diplomatiques pour une confrontation américaine globale contre l’Iran, le Hezbollah et la Syrie avec l’intervention directe des  Européens et de l’OTAN arabe. Nous devons suivre les événements sur deux axes.

A- L’axe civilisationnel

Il s’agit d’un processus structuré et planifié depuis longtemps. Il s’agit pour l’Empire et le sionisme de manifester deux haines. Une haine contre la Russie avec ce qu’elle représente comme civilisation ancienne, culture, slavité et Église orthodoxe et ce qu’elle porte comme projet de réactualisation de la route de la soie (Eurasie) qui risque de mettre fin à l’hégémonie occidentale. Une haine contre l’Iran avec ce qu’elle représente comme civilisation perse, culture, islamité et chiisme d’une minorité préparée au martyr et détenant la conscience politique et géopolitique la plus aigüe du monde musulman.

Il s’agit de réaliser deux objectifs. Contenir la Russie dans ses frontières et l’aligner au rang de vassal ou au pire la laisser se débattre dans les problèmes socio-économiques générés par l’effondrement de l’URSS. Faire revenir l’Iran à la vassalité du Shah d’Iran ou la renvoyer à l’âge de pierre. Le narcissisme occidental ne peut concevoir que les sous-développés, les musulmans et tous ceux qui ont réalisé une révolution pour s’émanciper de la féodalité ou du colonialisme puisent disposer de leurs ressources, acquérir les technologies et les techniques avancées, décider de leur devenir et jouer un rôle libérateur ou apporter un soutien aux mouvements de résistance.

La haine contre les civilisés et la poursuite d’objectifs destructeurs s’inscrit dans la démarche logique de survie du système impérial qui vit dans la hantise de perdre son hégémonie.

Contre le communisme chinois, l’empire colonial a édifié les cinq dragons du Sud-est asiatique dont la grande réussite est Singapour avec ses places financières et son régime dictatorial et il a introduit la drogue en Chine. Aujourd’hui il tente de mener une guerre commerciale contre les Chinois qu’il n’est pas prêt de remporter, car la loi du profit capitaliste et du marché est en faveur de la Chine dont les standards de prix, de compétitivité commerciale et de normes techniques et technologiques surpassent ceux du capitalisme.

Contre la renaissance russe, il joue sur le Vatican, le marché, et les guerres là où la Russie est présente ou influente comme en Géorgie, Crimée et Ukraine. Mieux préparés que les Américains au « soft powerment » de Brezinski et à la guerre de 4ème génération du Pentagone, les Russes parviennent à contenir les Américains et à marquer des points.

Contre l’Iran qui parvient à résister économiquement et à développer de la technologie militaire et nucléaire malgré l’embargo américain et européen, les Occidentaux ont usé et abusé de la guerre subversive et des sanctions commerciales et financières. Dans l’environnement iranien ils ont créé artificiellement des places financières, des économies de loisirs, des asiles de blanchiment d’argent, des marchés immobiliers factices. Ils ont armé le wahhabisme sectaire et stupide et l’ont dirigé vers un affrontement idéologique et militaire contre l’Iran en Syrie et au Yémen comme ils l’avaient fait contre l’URSS en Afghanistan.

La culture narcissique et agressive, structurelle, ne pouvait ni honorer les engagements de l’accord sur le nucléaire iranien en levant les sanctions ni respecter cet accord sans le transgresser ouvertement et unilatéralement comme l’a fait l’establishment américain à qui Trump obéît sans réserves ni scrupules. Les Européens, sur la forme et pour leurs intérêts corporatistes, regrettent le retrait des USA de cet accord qui permettait à leurs entreprises de réaliser des profits et à leur diplomatie de tenter d’amadouer les Iraniens. Sur le principe, les forces qui contrôlent les médias, les think tanks, les principaux appareils politiques sont favorables à l’Amérique et à l’entité sioniste. Ils vont profiter des « false flags » israéliens ou « islamistes » pour mener une campagne de guerre idéologique et militaire contre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah. Ils vont bénéficier des largesses des Saoudiens convertis à la prostitution au service des experts en extorsion de fond, en proxénétisme politique et en mercenariat militaire.

B – La dénonciation de l’accord avec l’Iran

La dénonciation de l’accord avec l’Iran s’inscrit en prolongement du premier axe civilisationnel. Sur le plan actuel, elle s’inscrit dans la défaite de la guerre en Syrie. Les USA, Israël, l’Europe et les Arabes ont perdu la guerre sans réaliser le moindre de leurs objectifs contre la Syrie et le Hezbollah. Ils achèvent la guerre sans possibilité de participer aux projets de reconstruction qui vont demander 200 milliards de dollars et 20 ans de réalisation. En plus des gains perdus face aux milliards de pertes, il y a aussi la perte d’influence dans la région et l’impossibilité de créer des lobbys d’affaires pour garantir la présence culturelle, idéologique et économique de l’Occident en Syrie.

Sur le plan pratique les États-Unis, les Français, les Anglais et les Allemands sont donc d’accord sur l’essentiel de la dénonciation ou de la révision de l’accord. Ils ne sont pas d’accord sur la forme brutale de Trump.

Dans leur entente il s’agit de :

1 – Interdire à l’Iran la poursuite de ses recherches en matière non seulement de nucléaire, mais de sciences et de techniques avancées (nanosciences). Nul ne peut développer aujourd’hui les technologies électroniques, médicales, biologiques, agronomiques, militaires s’il n’a pas accès aux nanosciences. A titre d’exemple, aucun pays ne peut fabriquer des appareils de vision nocturne, civile ou militaire, s’ils ne disposent pas des sciences, des composants et des techniques du laser. Assurer l’indépendance de son pays c’est non seulement produire sa nourriture et ses armements, mais c’est surtout maitriser les nanosciences et les nanotechnologies, c’est-à-dire les possibilités et les savoir-faire de modifier la matière dans sa structure la plus petite et l’utiliser dans tous les domaines y compris dans la physique, la chimie, la biologie, la génétique. L’importation des choses ne garantit aucune indépendance et aucun progrès. La garantie est de produire les outils de la connaissance et de maitriser le know how produit et le know how production. Les produits achetés par les Arabes sont assemblés de telle manière que la suprématie de l’entité sioniste reste incontestable et que les Arabes puissent s’entretuer sans qu’il n’y ait de vainqueur ou de vaincu. Le vainqueur pouvant exiger plus de sa victoire et le vaincu pouvant se mettre à réfléchir sur les causes de sa défaite.

2 – Interdire à l’Iran la production des missiles de longue portée. Tout arme balistique pouvant atteindre les armées et les centres stratégiques de l’Arabie, de l’entité sioniste et des bases américaines dans le Moyen-Orient est interdite. L’Iran doit démanteler son arsenal balistique et surtout son industrie militaire et ses centres de recherche.

3 – Obtenir l’engagement de l’Iran à n’apporter aucun soutien tactique ou stratégique aux Syriens, au Hezbollah, aux Houtistes du Yémen, au Jihad islamique et au HAMAS de Palestine.

4 – Obtenir l’engagement de l’Iran à se désolidariser des mouvements de résistance au Liban, en Afghanistan, au Yémen et en Palestine. Il s’agit tout simplement de demander à l’Iran de renier sa doctrine idéologique et sa révolution sachant que ce reniement fera tomber le régime ou fera naitre une guerre civile en Iran.

5 – Obtenir l’engagement de l’Iran à ne plus demander la fin de l’État sioniste et d’intégrer le camp des Arabes « modérés » qui vont constituer le club des « amis d’Israël » et la force financière et militaire de l’OTAN arabe qui agira à la place de l’OTAN et des casques bleus dans les pays musulmans et africains.

6 – Obtenir l’engagement de l’Iran à ne pas mettre en péril les voies maritimes par où transitent les hydrocarbures des Arabes et les armées de l’Empire. L’Iran doit tout simplement revenir à son rôle de gendarme et de comptoir commercial colonial comme il l’était au temps du Shah.

7 – Obtenir l’engagement de l’Iran à laisser le Yémen se transformer en colonies pour les monarchies arabes et en pipelines pour le capitalisme.

8 – Obtenir l’engagement de l’Iran à cesser leurs attaques médiatiques contre le « grand Satan » et à ne plus pratiquer ou développer les mesures de guerre électronique contre l’Occident qui peut pénétrer et accéder aux centres névralgiques militaires, sécuritaires et aux réseaux sociaux sans résistance.

Ces demandes à l’Iran sont celles des Américains et des Européens. J’ai du mal à imaginer l’Iran en accepter une seule à moins de signer sa propre fin ou de faire une « révolution » contre le Guide suprême de la révolution islamique et les Gardiens de la Révolution.

Les Chiites et les Sunnites, les Arabes, les Turcs et les Perses, ont pourtant l’immensité du territoire et des ressources pour faire émerger non pas d’autres Singapour mais d’autres Ispahan, d’autres Istanbul. Avec la Russie et la Chine ils peuvent innover d’autres voies de développement et d’autres modèles de civilisation. Il faudrait que dans la région, le même projet de libération les anime et les rassemble. Les insensés arabes vont une fois de plus participer à la haine et à la réalisation des objectifs des Occidentaux en mobilisant leurs fortunes, leurs médias et leurs religieux. Les Arabes en particulier et les sous-développés en général ne souffrent pas d’un déficit de moyens et de ressources, mais de l’esprit de sens et du sens de la liberté et de la dignité. La rente pratiquée durant des siècles par des gens ignorant leurs devoirs finit par produire des classes sociales parasitaires et gabegiques et faire promouvoir des élites qui enfoncent leur pays dans l’arriération et la vassalité.

Dans cette période de domination des psychopathes on peut citer le psychanalyste Jung :

« Pour ne pas décevoir la vie, deviens ce que tu dois devenir ».

Chacun va aller vers son destin. Les Russes doivent accepter la confrontation, les Chinois aussi, les Iraniens ne vont pas reculer. Les Européens vont s’aligner sur l’Amérique. L’effondrement du système mondial est inévitable, il laissera de grandes destructions et de grands ravages. L’humanité a survécu à la seconde guerre mondiale, elle survivra à la troisième, l’empire n’y survivra pas, c’est une question de nécessité historique.

Manifeste judéophile et islamophobe ou pure diversion ?

Le caractère manifestement islamophobe et judéophile des termes, des intentions et des figures des personnalités politico-médiatiques dénonçant «une épuration ethnique à bas bruit» pratiquée par les « islamistes radicaux » contre les bons citoyens juifs soulèvent quelques questions.

Les questions que nous soulevons ne cachent pas le caractère odieux de l’assassinat ou de la torture de onze juifs français par quelques musulmans français ou résidents en France. Elles ne se dressent pas contre la liberté, la légalité voire la légitimité de manifester ses opinions vraies ou fausses, de déclarer ses sentiments ou ses préjugés, d’afficher ses appartenances idéologiques ou religieuses. Les questions que nous soulevons manifestent notre liberté de pensée et notre devoir de clarification pour que ce qui ressemble à une vaste opération de communication ne soit pas vécue par la communauté la plus fragile de France comme une énième stigmatisation, une énième provocation, un énième amalgame, une sempiternelle diversion…

Les questions et les réponses à un problème factuel ou narratif ne doivent pas être prisonnier d’une imagination délirante et narcissique mise en scène et livrée à la consommation de masse pour fasciner, hypnotiser, leurrer, détourner, séduire, masquer.

Le problème, ses questions et ses réponses doivent répondre à :

  • La réalité (situation objective),
  • La vérité (se référer aux positions principielles les plus universelles ou aux affirmations catégoriques et explicites d’un texte sacré religieux ou profane fondateur d’une pensée ou d’une civilisation et non à des valeurs c’est-à-dire à des jugements, des interprétations et des opinions à portée limitée en termes de durée de temps, d’étendue d’espace)
  • Le contexte dans lequel se manifestent la réalité et la vérité pour s’imprimer dans la conscience humaine ou pour s’exprimer aux autres consciences.

Le contexte international :

L’échec en Syrie et la mise en évidence de plus en plus visible et de plus en plus crédible de l’implication occidentale dans la formation, le soutien et la manipulation des groupes terroristes nommés pour la « bonne cause » « islamistes » ou « djihadistes » impose de faire diversion.

L’impossibilité de cacher les manifestations des Palestiniens revendiquant toujours leur droit au retour avec détermination et conviction et la riposte sanglante et démesurée des forces d’occupation sioniste de la Palestine. A chaque agression sioniste et à chaque effort de résistance palestinienne le monde politico-médiatique vient apporter son soutien à l’entité sioniste et il n’échappe à personne la bataille qui veut confondre l’anti sionisme et le soutien à la résistance avec l’anti sémitisme. Le ridicule de qualifier un arabe d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient pourtant sémite que le juif d’Amérique, de France ou de Russie ne tue plus personne. Cette dérive « sémantique » porte préjudice aux Juifs eux-mêmes, mais eux aussi ils sont victimes des médias et du sionisme.

La réalité :

J’ai froid au dos et j’ai les limbes qui se transforment en morve lorsque je lis ce que les notables politico médiatiques français énoncent comme vérité sacrée :

«Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans»,

«Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République»,

«Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.»

Le crime et le criminel comme objet de préoccupation intellectuelle n’est pas un fait nouveau, ce qui est nouveau et absurde c’est de l’imputer médiatiquement à une race, à une religion, à une communauté sans apporter de preuves scientifiques et de témoignages vérifiables et incontestables. Le crime et le criminel sont des choses graves et sérieuses, ils relèvent de la compétence des criminologistes, des juristes, des psychologues, des psychiatres. Dans le passé il y a eu des dérives racistes ou des incompétences intellectuelles pour imputer le crime à une race. Aujourd’hui la théorie dominante veut que le crime relève de déviance de la personnalité individuelle ou de troubles pathologiques que les conditions sociales, politiques, économiques et psychologiques aiguisent ou atténuent. On a montré également que l’ignorance des lois et l’irresponsabilité sociale favorisent la délinquance et le crime.

Il est du droit des personnalités ayant signé le manifeste d’exprimer leur peur ou de manifester leur sympathie pour les Juifs et leur antipathie pour les musulmans, mais il est de leur responsabilité morale et citoyenne de ne pas s’embarquer sur un terrain aussi complexe que la sociologie et la psychologie du crime. En France il y a un homme extrêmement compétent en matière de criminologie, en l’occurrence Alain Bauer, professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers, consultant national et international en sécurité, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur la criminalité et le terrorisme, descendant de parents juifs. Il serait intéressant, même s’il ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique, d’écouter son avis sur les assertions infondées et floues du dit manifeste. Il serait intéressant, même si certains lui reprochent sa « proximité avec l’extrême droite » ou  sa « haine des musulmans » de voir comment il explique les connexions du crime organisé et les solutions à apporter à la criminalité au lieu de juger et de punir des communautés sans argument scientifiques, sans volonté d’apaiser et de « civiliser ». Il pourrait nous expliquer pourquoi les « islamistes radicaux » ont droit d’expression sur l’Internet pourtant surveillée, pourquoi ils parviennent à passer à l’acte alors qu’ils sont fichés et surveillés et surtout pourquoi la majorité des ces « radicaux islamisés » proviennent de la délinquance ou du crime organisé ?

La réalité que les forces de l’ordre connaissent est bien celle du nombre d’arabes, d’africains et d’étrangers assassinés en France. Objectivement aller sur ce terrain et établir des ratios est dangereux, car la plupart des crimes et des agressions ne peuvent être attribués au racisme ou à l’islamophobie. Par ailleurs les ratios ne peuvent rien signifier lorsque l’on sait que les effectifs des communautés sont incomparables, les conditions sociales des communautés sont incomparables.

A titre d’illustration de la lutte idéologique et médiatique du manifeste et de ses affirmations fallacieuses comme celle-ci :  «Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République». Tous les gens sensés des HLM, de la sociologie, de l’administration régionale et communale, de la démographie, de la géographie savent qu’il y a un processus d’infiltration et d’exfiltration communautaire dans les cités, les écoles, les lieux de travail par l’écrémage et la ségrégation du fait des conditions sociales, du communautarisme passif (celui mené par les politiques sociales et économiques en échec d’intégration et en confusion  sur le droit à la différence qui créé de la diversité et l’obligation d’indifférenciation qui multiplie les variétés dans les mêmes moules sociaux, politiques et médiatiques cultivant le même unanimisme et le même immobilisme). Il n’y a pas que les seuls Juifs qui ont déserté les « quartiers et les écoles de quartiers », mais tous les « européens » qui ont les moyens de partir et une minorité d’arabes et d’africains qui sont parvenus à une « intégration sociale » par le revenu.

L’autre réalité qui n’échappe à personne est le nombre de musulmans et d’arabes tués par le terrorisme « islamique ». Il ne s’agit pas de « onze » personnes, mais de millions de personnes en Irak, en Syrie, en Afghanistan depuis peu. Si nous devons comptabiliser les tués par la cupidité et la voracité des prédateurs occidentaux dans le monde il s’agit de centaines de millions. On s’interroge donc sur les mobiles des signataires du Manifeste contre l’antisémitisme lorsque l’un des signataires les plus influents et les plus prestigieux a mis à feu et à sang la Libye pour spolier ses richesses, punir les peuples qui résistent à l’ordre impérial et sioniste.

L’horreur de la réalité du Manifeste est exprimée par le journaliste Claude Askolovitch, qui dans les colonnes du site Slate, dit qu’il s’agit d’ «Une mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés étrangers à une véritable identité française, sauf à renoncer à leur dignité». Il conteste la quintessence du message qui : «fait de la lutte pour les juifs une composante du combat identitaire français, et cette identité exclut.» Il en déduit que ce texte induit que «la défense du juif implique le refus de l’islam ».

Le politico-médiatique français n’a toujours pas compris que l’échec de l’esprit français en Algérie et son idéologie colonisatrice est dû principalement à sa stupide stratégie de monter le Juif contre le Musulman, le Berbère contre l’Arabe, l’assimilé contre l’indigène…

L’autre réalité est celle de la fiction d’un Islam français à opposer à l’Islam pour civiliser le monde. Les Américains veulent une OTAN arabe qui combat les arabes, les africains et les asiatiques pour le compte de l’empire au nom d’une certaine idée (fausse) de l’Islam. Ils fondent leur fiction sur la vassalité, la terreur ou la corruption des gouvernants arabes.  Les Français, forts de leur culture et de leur intelligence, veulent mieux faire : fabriquer un Islam français puis l’exporter comme on exporte une voiture ou des pommes de terre. Les uns et les autres se croient les dépositaires légaux de l’humanité et de l’universel.

«… que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime».

«Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie»

L’Islam au service des appétits impérialistes et de l’hégémonie culturelle de l’Occident athée et matérialiste nous l’avons vu en œuvre en terres d’Islam et nous avons vu ses bouffons en France. Il faut d’abord tenter de judaïser les Juifs et de christianiser les Chrétiens que vous connaissez mieux que les musulmans que vous voulez islamiser à la mode de Vatican II. Le manifeste pro sioniste et pro Netanyhou dans son contexte est dans sa réalité intrinsèque une référence à Vatican II pour une raison stratégique : la lutte idéologique.

Le Concile Vatican II (1962-1965) est une référence majeure sur le plan géopolitique : il déclare la guerre contre l’Islam jugé unique et solide rempart culturel, moral et spirituel à l’évangélisation de la planète. Pour s’attaquer à ce rempart Vatican II va réhabiliter les Juifs du meurtre de Jésus, ouvrir les passerelles vers l’Église orthodoxe d’Orient et de Russie, unifier les slaves contre l’union soviétique, considérer les musulmans comme sans Dieu, sans Livre et sans Prophète, considérer l’Islam comme une religion asiatique à l’image du bouddhisme, une spiritualité en retrait du monde… Contre la dialectique de l’existence qui refuse le monopole et le pouvoir unique Vatican II est en harmonie avec l’hégémonie impériale qui ne reconnait pas la diversité et la multipolarité. Le Vatican II est en harmonie avec le matérialisme impérialiste : l’Évangile, parole de Jésus d’inspiration divine est reconnu comme écriture humaine. Le Vatican II correspond à l’esprit de la post modernité : ni Dieu, ni centre, mais pouvoir temporel absolu et sans partage aux mains des communicants ( du nouvel ordre mondial). Le Vatican II est l’instrument de lutte idéologique le plus redoutable : il enlève à l’Islam son caractère divin et ferme la porte à un des messages les plus forts du Coran : les falsifications des écritures saintes et les crimes contre l’homme par les élites intellectuelles et politiques des Juifs et des Chrétiens qui instrumentalisaient la religion à des fins mondaines. Il évangélise les Chrétiens dans le sens où il les fait entrer massivement dans le giron de l’Église et enfin il leur demande de se désolidariser de la Palestine léguée aux Juifs qui ont le droit de la vider de ses occupants arabes et musulmans. Les Églises orthodoxes de Palestine, de Syrie, d’Irak et du Liban ont refusé cette reconnaissance. J’ai traduit et publié des textes sur l’arabité des chrétiens et leur attachement à la cause palestinienne. J’ai écrit sur le pape Benoit XVI, sur la visite d’Obama au Caire, sur les croisades : on trouve la même stratégie et la même communication : enlever aux indigènes leur droit à la patrie et former une élite musulmane médiocre et méprisable au service de l’envahisseur. La colonisation, l’évangélisation et l’Empire ne sont pas encore liquidés. Il y aura toujours des voix et des voies pour leur expression et leur désir de conquête et de vassalisation.

Le contexte national : La crise sociale, la crise civilisationnelle, la crise économique, les retombées de l’agression contre la Libye mettent à mal la cohésion politique et médiatique ainsi que sa crédibilité. La diversion et le spectacle sont des armes de manipulation de l’opinion et de désinformation.

Dans ce contexte international et national d’exaspération et de crise tout crime relevant du droit commun et inacceptable sur le plan de l’éthique et de la morale est instrumentalisé à des fins idéologiques et politico militaires. On confisque à la Justice, à la Police et à la conscience humaine leur devoir de questeur de vérité et de réalité. Lorsque le Manifeste dit «Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard, avant que la France ne soit plus la France» nous disons que ce n’est pas ainsi que l’idéal républicain et démocratique sera restauré ou promu. On ne peut ni promouvoir ni partager ce qui est confisqué ou pris en otage.

« Une civilisation démocratique ne pourra se sauver que si elle fait du langage de l’image un stimulant pour la réflexion critique, pas une invitation à l’hypnose ». Umberto Eco

J’ai largement abordé ce thème dans l’article : Je suis une image ( https://liberation-opprimes.net/je-suis-une-image/ ). Je suis heureux de constater que malgré la désinformation il y a toujours des honnêtes gens qui osent dire “ne parlez pas en notre nom” et ne travestissez pas la vérité. Voir l’article «Mise en accusation des musulmans» ? Des voix dénoncent la tribune contre le «nouvel antisémitisme» ( https://francais.rt.com/france/50093-voix-denoncent-tribune-contre-nouvel-antisemitisme )

La vérité : La négation de l’Islam et la stigmatisation des musulmans s’imaginent occulter la vérité en déclarant :

« que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques »

Il ne s’agit pas de vérité mais de syllogisme fallacieux :

1 – Sur un plan procédurier il n’appartient pas à l’accusé d’un délit ou d’un crime de défendre mon innocence, mais il appartient à ses accusateurs d’apporter leurs preuves et leurs arguments sur sa criminalité et les incitations aux crimes de sa religion, de son idéologie.

2 – Pour l’instant ils ne produisent qu’une doxa politico médiatique qui se veut casuistique docte. La casuistique se fonde sur le principe général pour juger du particulier alors qu’ici on émet une opinion infondée et ignare pour donner l’illusion de juger le principe général (le Coran) à partir du singulier (le musulman déviant et agressif). On ne peut raisonnablement imputer au Coran et aux musulmans qui peuplent la planète les malheurs qui s’abattent sur les Juifs et les Chrétiens et se taire sur les agissements d’une secte ou d’une monarchie incitant à la haine et au crime. Il est facile de se taire sur les agissements du corrupteur et de pourfendre le faible et le sans voix.

3 – Sur le plan logique, abstraction de la réalité et de la véracité, on ne peut demander à une autorité religieuse de frapper de caducité une partie ou l’ensemble de sa référence religieuse ou doctrinale à moins qu’elle ne soit déjà dans un processus de remise en cause de ses fondamentaux ou qu’elle ne soit dans une position de vassalisation telle que le reniement identitaire et religieux ne peut être évité. Les seules autorités religieuses qui sont capables de ce reniement sont celles de l’Arabie saoudite, car elles sont inféodées à la rente et au pouvoir du sultan. Les seules autorités religieuses qui sont capables de ce reniement sont celles sur qui pèsent l’accusation de terrorisme ou d’incitation au terrorisme et qui ont contribué à l’effort de guerre occidental contre la Libye et la Syrie par leurs moratoires criminels. Les renversements idéologiques et culturels en Arabie saoudite annoncent le néo wahhabisme ouvertement sionisant ou une guerre civile entre les libéraux et les archaïques.

4 – Les Occidentaux les plus éclairés et les plus honnêtes se laissent piéger par la doxa des savants et prédicateurs musulmans ou par celle des orientalistes. Les trois grands empires musulmans, les Omeyades, les Abbassides et les Ottomans ont légué aux musulmans et aux occidentaux une culture d’empire avec ses moratoires religieux pour justifier les colonisations ou pour contrer les envahisseurs étrangers dans une époque de confrontation politique et militaire. Le religieux a été instrumentalisé à des fins politiques et historiques. On peut leur trouver une justification ou une explication comme on peut les réfuter et les critiquer cela fait partie de la pensée humaine sur la politique, les relations internationales, l’histoire, l’économique, la géographie et la sociologie. L’immobilisme et la décadence musulmane ont érigé, à tort, le patrimoine historique et le fait coutumier d’une époque singulière ou d’une géographie  particulière en dogmes religieux inviolables. La conjugaison de la tyrannie politique dans le monde musulman, de sa paresse intellectuelle et du son mimétisme religieux des Juifs et des Chrétiens a gommé le sens coranique et son caractère universel. La colonisation a accentué ce gommage en aiguisant le refus du colonisateur non seulement en sa qualité idéologique et militaire mais en sa qualité humaine et dans ses valeurs morales et sociales.

Aussi les musulmans conscients et responsables doivent prendre leurs legs religieux avec esprit critique en puisant directement dans la source du Coran et dans le comportement du Prophète (saws) pour témoigner de la vérité et vivre dans leur réalité. Ils ne doivent pas continuer à vivre en marge du monde comme des reclus ou des bannis ou des accusés qui réagissent sans peser sur leur destin et celui des autres humains. Ils doivent mettre fin au mythe du musulman parfait car l’Islam est parfait qui les rend incapables de se prendre en charge dans un monde en mouvement et dont le mouvement est alimenté par la dialectique des crises. Pour ne plus être objet de manipulation nous devons agir comme acteur avec nos moyens et nos ressources pour nous libérer de l’oppression et de l’humiliation dans ce monde et dans l’autre.

Plusieurs voies s’offrent à nous, pour ma part j’en voie quatre  :

  1. Régler le sens de l’allégeance et de l’appartenance. Pour l’homme cultivé et intelligent, conscient et responsable de sa vie sur terre, les sphères, registres et niveaux d’allégeance et d’appartenance sont relatifs, non exclusifs. Nous pouvons les concevoir et les vivre sans contradiction, sans schizophrénie et sans anarchie si nous parvenons à les définir, à les délimiter et à les agencer dans des priorités. Sur ce terrain les Juifs ont réglé leurs problèmes. Athées ou croyants, communs ou élite, ils parviennent à vivre en harmonie et à faire front en bloc à l’adversité sans bruits et avec efficacité. Toutes les communautés humaines en minorité, par la loi de l’adaptation et du changement parviennent à trouver leurs marques et à vivre au sein des autres respectés et respectueux.
  2. Comprendre le rapport des forces. Nous vivons dans un pays où la charité répond à des impératifs politiques et idéologiques, mais où aussi le respect accordé et la voix permise sont fonction du poids électoral, social, politique, médiatique, culturel et économique. Pour des raisons historiques nous sommes absents sur ces terrains et nous ne pesons rien dans le rapport des forces. Le minimum requis, même si la démocratie est dévoyée par les médias, est de participer efficacement et massivement. Il ne s’agit pas d’un vote communautariste, mais d’un vote citoyen donc utile pour la vie sociale et économique du citoyen, utile pour les libertés fondamentales, utile pour la justice, utile pour la paix. Le Halal et le Haram ont été définis d’une manière explicite par le Coran, il serait vain d’en faire des masques pour cacher notre indigence et notre paresse. On peut décider de s’abstenir de voter par acte politique et c’est un choix respectable. Le faire par motif religieux est une ignorance de la religion et une inféodation à une secte ou une allégeance à un pays étranger.
  3. S’approprier le savoir et la connaissance. En qualité de musulman je me dois de connaitre un minimum du Coran pour vivre apaisé, libre et responsable. En qualité de citoyen ou de résident je me dois de connaitre un minimum de la culture, de la géographie et de l’histoire du peuple ou de la communauté avec qui je partage le temps et le lieu de vie.
  4. Réclamer pour nous et pour les autres la liberté et le droit à la différence. Il ne s’agit pas dans nos rapports avec les autres, musulmans ou non musulmans, de nous focaliser sur les questions d’exégèse ou de rite, mais de liberté, de responsabilité, de savoir, de dignité humaine. Nous ne pouvons inviter à la foi que par notre pratique quotidienne de la vertu. Nous devons penser, dire et agir en termes de liberté et de responsabilité. Tous les énoncés coraniques où il est question de châtiment divin ou de Jihad (lutte ou plus précisément effort sur soi) ont pour vocation la défense de la liberté et de l’expression plurielle. Seul Dieu est Un, Immuable, Absolu et Parfait avec pour corollaire tout ce qui n’est pas Dieu est divers et varié, changeant, relatif et imparfait. Nos réponses et nos positions en matière de liberté et de droit à la différence ne peuvent être tactiques, conjoncturelles ou superficielles : elles découlent du credo de notre foi monothéiste.
    Tous les Prophètes autorisés à prendre les armes et tous les châtiments venant du ciel répondent au seul impératif de défendre la liberté et de refuser le monopole y compris en matière de conscience et de pensée. L’ordre coranique de tuer les Juifs n’est pas un ordre arbitraire, inique et raciste que donnerait un tyran judéophobe contre tous les juifs pour leur race ou leur religion, mais la suite logique et historique qui a été réservée à une tribu juive qui a trahi le pacte de non-agression établi avec le Messager Mohamed (saws), qui a comploté avec les Arabes oppresseurs et qui a tué les émissaires de paix envoyé vers eux par le Prophète. Contre les traitres et les transgresseurs ce ne fut pas la loi coranique qui a été appliquée, mais la loi mosaïque dure et impitoyable. Le peuple de Sodome et Gomorrhe (peuple de Loth) n’a pas été exterminé, comme le disent la Bible et certains imitateurs musulmans pour ses méfaits moraux (homosexualité), mais pour son refus de la différence de Loth qui ne pratiquait pas l’homosexualité et qui risquait l’expulsion de la cité. Il en fut de même pour le peuple de Salah dont les élites ont confisqué les terres et l’eau pour le profit exclusif des nantis. Il en fut de même pour le peuple de Choaib dont le peuple a été exterminé pour le monopole du commerce et l’usage frauduleux des instruments de pesage et de mesure. David a combattu les envahisseurs tyranniques (jabbarines). Résister à un ordre inique et lutter pour sa liberté et celle des autres y compris pour la préservation de leurs lieux de culte et de leurs temples est un principe coranique universel que pratiquent tous les hommes épris de liberté et de justice. C’est ce que nous voyons en Palestine et ailleurs dans le monde. Le châtiment divin frappe aussi tous les hommes et tous les pouvoirs qui ont une dérive démiurge comme Pharaon.

Au lieu de verser dans des formulations infondées et tendancieuses, les signataires du Manifeste auraient trouvé plus d’écho et meilleur écoute s’il n’avait pas reproduit une fois de plus le monopole de la souffrance du peuple juif comme si les autres peuples n’ont pas de souffrance, comme si les Juifs de France ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes que les autres français. Le moment et les propos du manifeste du nouvel antisémitisme mettent l’accent sur les clivages et les haines et à ce titre ils ne servent ni les intérêts de la République ni ceux de la Démocratie ni ceux de la Liberté ni ceux de l’impartialité et de la neutralité de la Justice.

Les défenseurs laïcistes de la République et les pourfendeurs islamistes de la République tombent dans le même travers psittaciste qui consiste à répéter inlassablement, comme des perroquets savants, le même discours alors que la réalité, la vérité et le contexte les contredisent. Selon l’expression de Malek Benabi le côté pile et le côté face de la même fausse monnaie intellectuelle peuvent représenter deux figures différentes, mais représenter le même symbole de l’échange ou de l’accord. Ces termes de l’échange ou de l’accord nous les avons vu et nous les continuons de les voir dans les agissements des terroristes pseudo islamistes qui terrorisent les populations musulmanes, mais qui ne mènent aucune attaque verbale ou physique contre l’occupant sioniste. Les uns et les autres pratiquent l’art de la diversion dans leur propre camp et avec leurs propres rhétoriques. En France les élites musulmanes participent au même psittacisme : bavarder et se disputer des rentes de positions sociales ou intellectuelles alors qu’aucune action sérieuse de pédagogie ou d’édification civilisationnelle (fondations caritatives, institut de formation, magazine, édition …) n’a été entreprise.

Conclusion :

La loi coranique suprême stipule que

« Quiconque attente, sans droit, à la vie d’un homme c’est comme s’il avait attenté sur l’humanité entière« .

Cette loi est universelle. L’unique dérogation est le droit de défendre la vie ou la liberté lorsqu’elles sont menacées ou bafouées. Le seul droit est celui de la légitime défense, celui de la résistance contre n envahisseur, celui de la lutte contre un oppresseur usant de violence ou celui d’un acte de justice rendu par un tribunal légal et constitué qui accorde au justiciable toutes les garanties pour se défendre ou d’être défendu. En matière de justice, le Coran autorise la peine de mort comme hadd c’est à dire limite supérieure qu’il ne faut pas transgresser et il recommande le pardon et la remise de peine s’il y a repentir. Le fanatique qui tue au nom de Dieu ou de la religion est un criminel qui doit répondre de ses actes devant un tribunal et nul autre que lui ne doit porter le fardeau de son crime. Le fanatique qui impute à quelqu’un la responsabilité du crime commis par un autre est criminel lui aussi car son faux témoignage peut conduire au meurtre et à l’iniquité envers un homme ou une communauté d’hommes. Celui qui parvient à me prouver que le Coran dit le contraire je m’engage à échanger ma foi contre la sienne et à faire du sionisme l’amour de ma vie.

Le Charlisme : piètre réponse au terrorisme.

Titre original :

Le poids de l’innocence

Le choc et l’effroi, technique théorisée et appliquée dans les guerres préventives menées par les Us(a) depuis l’arrivée au pouvoir des néo-conservateurs, et étendue maintenant à la contre-insurrection et la lutte contre l’ennemi intérieur, est bien opérant.

Pour éviter de se laisser ensevelir sous l’émotion provoquée par les tueries de la semaine dernière, il faut tenter de s’en tenir fermement aux éléments divulgués par le détenteur de la violence légale qui délivre ses éléments de discours.

François Asselineau, trop peu cité dans la presse, avait souligné dans un communiqué l’impérieuse nécessité que soient saisis vivants les coupables afin que toute la lumière puisse être faite sur les commanditaires de la tuerie et que justice soit rendue comme il se doit dans un État de droit.

La France est l’un des pays belligérants en Syrie. Elle assure le transfert, le financement et la formation de mercenaires pour en combattre le gouvernement et y créer le chaos. Fabius, l’inventeur de l’Irresponsabilité en politique, ‘responsable mais pas coupable’, apprécie la contribution du front Al Nosra qui fait du « bon boulot » ! Un choc en retour de cette ingérence contraire aux lois du respect des souverainetés nationales n’est alors plus une éventualité loufoque mais bien une hypothèse de travail sérieuse pour un État de l’envergure de la sixième puissance économique du monde.

L’exécution d’un tel projet n’aurait pas dû échapper à un appareil de surveillance aussi hypertrophié qu’est devenue la machinerie répressive sous Sarközy puis Valls augmenté de la surface réalisée par l’immense marché confié aux entreprises privées de sécurité.

Les auteurs des crimes du 7 janvier 2015 étaient connus des Services de Renseignement. Qu’ils aient été répertoriés impliquent qu’ils ont été surveillés selon la doctrine sécuritaire mille fois annoncée par les différents Ministres de l’Intérieur qui se sont succédés depuis au moins 2002, en France.

La seule fonction régalienne encore exercée par les gouvernements nationaux est celle de l’exercice de la répression policière et son pendant, la surveillance des citoyens. On excepte la latitude qui lui est laissée pour légiférer à son aise en faveur du mariage entre personnes du même sexe. L’interdiction faite aux musulmanes de recouvrir leurs cheveux dans les lieux publics a été une manière d’occuper l’espace médiatique en désignant le « barbare », le « non intégrable », le « dangereux », le rebelle potentiel » « l’empêcheur de réaliser la société parfaite, harmonieuse et sans conflit ».

Ce thème de l’Islamisme qui ‘nous’ a déclaré une guerre mondiale est venu dans les années 80, diffusé depuis de nombreux relais de la gauche libérale anti-communiste pour redoubler celui du danger de l’immigration développé dans les milieux d’extrême droite au cours de la décennie précédente.

Le colleur d’affiche à la faculté de Tolbiac en 1980 étudiant en histoire, Manuel Valls, a été chargé pour le compte de la section rocardienne du PS d’affaiblir l’extrême gauche dans les universités. Dès 1987, il gagne un poste au comité directeur du PS et entre dans la franc-maçonnerie en 1988. Il s’est toujours intéressé avec son ami de longue date Alain Bauer, rencontré à Tolbiac, aux problèmes liés à la sécurité en tant que source de profits pour un futur capitalisme construit autour de la peur. Bauer, nommé par Rocard chargé de mission en 1988 auprès du chef de son cabinet, est recruté peu après par le SAIC (Science Application International Corporation), émanation secrète du Pentagone et de la CIA. Il obtient la vice-présidence de SAIC-France et commence à appliquer les méthodes répressives de ses maîtres, fichage de la population et centralisation des instituts de sécurité et de défense. Alain Bauer a été le conseiller en « sécurité » de Sarközy au ministère de l’Intérieur. Il a été l’artisan majeur de l’unification des polices politiques (RG) et des services de renseignements militaires et de contre-espionnage au sein de la DCRI en 2008, renommée DGRI en 2014 tout en en conservant le même directeur général. Pour une plus grande efficacité contre le terrorisme.

L’essai de Manuel Valls publié en 2011 a été une sorte de candidature spontanée pour le poste qu’il convoitait si Sarközy ne se faisait pas réélire. Son titre : ‘Sécurité, la gauche peut tout changer’ et son contenu constituent une publicité mensongère. La continuité est parfaite entre les deux administrations en matière de gestion de la police.

Dés 2012, le Ministre de l’Intérieur déclarait vouloir accroître la chasse aux réseaux islamistes « implantés » dans les cités. Cette notion de « terrorisme implanté » a été récemment introduite dans l’arsenal discursif des marchands privés de la sécurité et parmi eux, un certain Yves Roucaute (1), ancien communiste ayant rejoint les cénacles atlantistes dans les années 80 où il y a été accueilli et pris comme filleul par Norman Podhoretz. L’idéologue de la bande à Bauer développe une doctrine de guerre préventive à l’intérieur, quotidienne et permanente, locale et globale.

Un peu plus tard, Manuel Valls estimait que « nous faisons face à un ennemi extérieur au Mali mais aussi à un ennemi intérieur qui est le fruit d’un processus de radicalisation » . Il a appelé à combattre le « fascisme islamiste » qui monte un peu partout. En d’autres termes, le Mali est une terre française à l’extérieur, ses gisements ne doivent pas lui échapper, la protection des minerais d’uranium dans le Niger contigu est un impératif absolu. Le désordre dans toute la région sahélienne suscité par l’intervention militaire en Libye ordonnée par l’OTAN, le reflux des travailleurs maliens, la dissémination des armes doivent être corrigés par une nouvelle guerre « contre l’ennemi extérieur ».

L’imprégnation d’une société par une idéologie pour conduire au consentement se fait selon deux vecteurs, d’après Gramsci.

La répétition des éléments du dogme doit se faire inlassablement. La meilleure méthode didactique reste encore le rabâchage. Leur expression doit être très simple, leur forme peut varier.

Une partie des clercs qui prêcheront cette idéologie proviendra de la masse à convertir et à maintenir dans la bonne croyance. Ainsi, elle semblera émaner naturellement du terreau commun.

Yves Roucaute a justement été directeur de l’Institut Gramsci dans sa jeunesse.

L’assimilation des Musulmans à des terroristes s’est faite ces vingt dernières années à une échelle transnationale. Le responsable de la rédaction du supplément littéraire du journal d’extrême droite Jillands Posten, Rose Flemmeing, avait pris conseil auprès de Daniel Pipes, néoconservateur défenseur de la théorie du choc des civilisations avant d’entamer l’aventure de ses caricatures. Le dessin principal figurait un personnage censé représenter le Prophète Mohammed, il portait une bombe sur la tête. Il ne visait pas une religion mais des peuples dominés et spoliés dans le contexte de la guerre contre la Palestine, l’Afghanistan et l’Irak, et ses millions de morts et de blessés.

Une fois ces dessins commis, il a fallu beaucoup d’efforts pour le faire savoir au reste du monde que l’on voulait humilier.

Il en est des instruments de la propagation de ce qu’il est convenu d’appeler islamophobie –pour laquelle il faudra trouver décidément un autre nom – comme des familles régnantes en Europe. Leurs réseaux se croisent et s’entrelacent à la jonction du sionisme, du capitalisme ultra-libéral et sans règles et des fomenteurs de guerres.

Une nouvelle fonctionnalité prônée par les idéologues sécuritaires français mais aussi praticiens car dirigeants des firmes de conseils privées est celle du « décèlement précoce dans une dynamique pro-active et préventive.

Exactement celle mise en œuvre par la police départementale de New York qui a fiché systématiquement et surveillé tous les citoyens des grandes villes du New Jersey ayant fréquenté une mosquée ou seulement demandé un repas sans porc dans une cantine.

Mieux, à défaut d’avoir sous la main de vrais terroristes, le FBI s’ingénie à en inciter.

Toutes les stratégies lourdement révisées du monde occidental destinées à lutter contre le terrorisme international ont été donc mises en échec avec une aisance déconcertante ce 7 janvier 2015.

Trois anciens détenus de droit commun sans envergure ont réalisé un exploit. En exécutant dix sept personnes de sang froid avec un professionnalisme méthodique, ils ont obtenu que quatre millions de Français flanqués de quatre-vingt chefs d’États et de gouvernements aillent manifester dans la rue.

Ce Système est-il donc si vulnérable et si fragile ?

Tous les Charlie qui ont obstrué les alentours de la place de la République ne faisaient pas le contresens de réclamer la protection de la libre expression qui ne peut être menacée par une censure pratiquée par l’État. À deux occasions, l’État l’a pratiquée récemment. En convoquant le Conseil Constitutionnel qui a interdit que ne se produise un humoriste et une deuxième fois en prohibant des manifestations de soutien au peuple de Palestine enfermé à Gaza et essuyant le feu de l’occupant. L’autre forme de censure, la plus sournoise et la plus efficace s’exerce quasi-naturellement par l’attribution ou non d’enveloppes financières à partir des deniers publics.

On peut douter que les Charlie aient subitement développé une telle empathie pour leurs semblables assassinés, eux qui sont incapables de secourir une femme en train de se faire violer sous leurs yeux dans un couloir de RER.

Ces Charlie sont plus sûrement allés réclamer plus de sécurité et plus de police, eux qui n’ont pas bougé quand l’aviation de leur pays pilonnait la Libye et faisait 100 000 morts. Les 577 députés de l’Assemblée Nationale ont voté unanimement pour exécuter Kadhafi comme ils sont unanimes aujourd’hui pour poursuivre des ‘frappes’ en Irak et relancer des attaques aériennes en Libye.

La politique est globale et planétarisée. Les tortionnaires et assassins comme Netanyahu et Porochenko sont venus l’affirmer à Paris lors de cette messe clôturée en apothéose par sa séquence finale dans une synagogue, où les rapports de force et de servilité s’expriment.

Ainsi, un apartheid plus étanche isolera les classes dangereuses, les confinera dans des zones de plus en plus grises où parmi la masse des laissés pour compte surgiront inévitablement quelques fous qui s’empareront d’un discours préparé à leur intention. Les officines qui distribueront les rôles aux candidats terroristes sont déjà actives, elles reçoivent des fonds d’origines les plus diverses, privées et étatiques. Leur public ira en s’élargissant, la crise économique aidant.

La Charlisme est certes une piètre réponse au terrorisme.

Dans quelques cas d’anémie hémolytique, les globules rouges se font détruire car ils portent passivement sur leur membrane une petite molécule reconnue comme étrangère par le système immunitaire. La cible est innocente. Un Cabu, un Wolinski, un Charb et les autres victimes ont été des cibles innocentes.

Paix aux âmes des défunts.

Allons-nous demeurer après cela des innocents ?

 

Badia Benjelloun

 

Note

(1) Yves Roucaute, juriste, a été un dirigeant de l’Institut Gramsci. Grâce à ses amitiés avec Norman Podhoretz, éminent néo-conservateur sioniste, conseiller de l’Hudson Institute fondé grâce aux deniers de la Rand Corporation, Roucaute devient membre de l’Institut Turgot, réplique de l’Hudson Institute en France pour consolider l’atlantisme en Europe et contre l’islamisation. Devenu un proche de Sarközy dès les années 90, il crée sa propre revue en 2006, « Éclair Mag » où il dénonce l’antiaméricanisme, l’insécurité, les menaces intégristes contre la laïcité, l’islamisme qui ‘nous’ a déclaré une guerre mondiale, l’antisémitisme mondain de la gauche intellectuelle déguisée derrière l’antisionisme, les racisme anti-blanc, les quartiers mis en coupe par la racaille, les impôts, les charges sociales.

De l’appel des intellectuels et des universitaires algériens à la solidarité avec l’Egypte.

omar-mazriNous avons lu, tardivement, le communiqué du 4 aout publié par une centaine d’intellectuels et d’universitaires algériens,  et nous n’avons toujours pas compris de quelle solidarité, de quel salut, et de quelle  de Egypte s’agit-il.

Notre réaction de  colère est simple : Se taire sur l’agression de la Libye par l’OTAN est une honte pour ma génération. Se taire sur l’agression de la Syrie est une humiliation pour les futures générations car le feu de la Fitna les atteindra de nouveau. Faire une distinction entre le sang des Arabes et des Musulmans qui coule par haine des militaires algériens et égyptiens n’est pas ce qui est attendu des intellectunnels qui vivent de la rente de leurs titres universitaires comme les autres vivent de leurs grades, de leur savoir religieux ou de leur marché noir.

Alors nous nous posons un certain nombre de questions non intellectuelles et sans détours. Après quelques lectures rapides et non exhaustives,  nous soumettons quelques propositions à l’appréciation des braves gens.

Quelques questions

A – Est-ce qu’un  intellectuel viendrait à prendre position d’une manière sélective s’il n’était pas habité par un esprit partisan, sectaire, rancunier ou fixé comme une cristallisation sur une plaie sans pouvoir expliquer sa blessure, la panser ou proposer autre chose que la dénonciation d’un système algérien présenté comme moribond, sans alternative, en faisant le détour par  la question égyptienne.

B – Est-ce qu’il est impossible de ne  montrer le lien entre  le coup d’Etat consommé en Egypte et la guerre en Syrie.

C – Est-ce qu’il est possible d’expliquer notre drame par autre chose que la démocratie? L’histoire avance très vite, la démocratie est remise en cause en Occident, pourquoi cet attachement à la démocratie et l’attachement tardif et décalé à son processus?

D – Il est difficile de comprendre comment et pourquoi les indigènes de la République en Algérie ou en France se mettent à mille pour faire un communiqué comme s’ils étaient  parlementaires,  ONU,  ONG qui a une quelconque influence médiatique ou politique. Devant la puissance médiatique impériale et sioniste n’était-il pas simple et plus efficient de faire mille analyses, milles questions réponses pour occuper un tant soit peu le petit espace et élargir la résistance. Chacun des signataires a le talent de produire mille articles pourquoi alors s’enfermer dans un communiqué unique au lieu de multiplier les canaux de communication et les angles d’analyse.

E – Au lieu de viser par ricochet, il faut oser dire que l’Algérie risque de devenir une base coloniale après avoir été transformée en comptoir commercial par la faute de son personnel civil et militaire, de ses clercs religieux et intellectuels. Les militaires algériens ou égyptiens à l’instar des civils algériens ou égyptiens sont le produit de la même carence qui nous habite tous sans exception.

F – Il faut oser raconter nos maux et défier nos véritables adversaires. Il faut oser parler de l’échec des mouvements politiques et de l’incompétence des élites intellectuelle à initier ou à conduire le changement. Le militaire est là bien en place, il joue son rôle répressif comme le conçoit le système qu’il représente. Mais le jeune qui sort des universités et des écoles en faillite et qui n’a pas lu tous nos articles et tous nos  livres a besoin d’espérer, de faire des projets, de lutter.

G – Il est peut-être temps de mettre fin à notre délire bavard sur Smain, Lamari, Nezzar, Tewfik et tout uniforme qui passe alors que le jeune hittiste désœuvré ne le fait plus pour ne pas perdre son temps et son esprit. Depuis octobre 88 et tout particulièrement depuis janvier 92 la rente historique est remplacée par un autre fonds de commerce. Sur le plan concret les mères des disparus sont abandonnées à leur sort. Les soldats algériens, musulmans, qui ont tué des Algériens et se sont fait tués par des Algériens, n’émeuvent personne. Il est sans doute temps de passer à l’épilogue et de confier l’histoire tragique aux historiens pour se consacrer à construire différemment et ailleurs que sur la plaie le temps qu’elle cicatrice et sorte de la mémoire.

la  rhétorique, la subversion et la confusion de nos mots ne fait que laisser en place les maux anciens et ouvrir portes et fenêtres aux nouveaux maux.

Le combat déserté par les Algériens

a) Quelles sont les grèves et les communiqués des intellectuels et universitaires algériens pour améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants algériens?
Quels sont les cercles d’études initiés sur les programmes, la pédagogie et la didactique dans les écoles et l’université, combien d’heures d’enseignement gratuit ont été données aux enfants de ce pays pour les libérer d’un système qui ne donne sa chance qu’aux pistonnés et aux nantis?
Quels sont leurs projets pour la médecine, la science, l’agronomie, l’hydraulique, l’urbanisme, l’architecture, la défense d’un pays qui ne sait parler ni en arabe, ni en français, ni en berbère. Nous avons du mal à comprendre cette posture algérienne, celle du serpent qui se mord la queue.

b) A moins de se tromper, nous n’avons pas  souvenir d’avoir lu ou entendu, par le passé,  les  intellectuels algériens poser la question de l’Académie de langue en Arabe pour soutenir l’arabisation en Algérie autant qu’ils soutiennent le « cactus arabe » et le « printemps berbère »

La langue est le socle de notre identité, le canevas de nos idées, la fluidité et le sens de notre communication. La démocratie est moins importante. La première libère nos mentalités, la seconde libère nos pratiques. La seconde est inefficace lorsque la première est déficiente, mais lorsque la première a de la vitalité, elle peut imaginer la seconde et son alternative.  La première comme la seconde ont des référents. Quels sont nos référents par lesquels on construit notre devenir et notre ligne d’orientation, et avec quels référents on fédère nos forces ? Ce sont les réponses à ces questions qui permettent de se positionner sur les drames en Algérie et ailleurs dans le monde arabe.

c) L’Islam est utilisé par nos intellectuels  comme l’ Arabe ou le Berbère dans le dialecte FLE algérien, il n’est ni structurant ni structuré. Les référents français sont toujours  le creuset de notre culture, de notre idéologie, de notre terminologie. Lorsque nous parlons de l’Algérie c’est comme si nous parlions à des Pieds-noirs et non à des Algériens… Lorsque nous voulons résoudre nos problèmes c’est à la France et aux Etats-Unis que nous faisons référence et c’est eux que nous appelons pour arbitrer  comme si entre nous il n’y a pas de langue commune, de raison commune, de territoire commun, de destin commun…

Expériences et références
L’expérience nous a montré que les élites algériennes ne s’expriment que pour occuper des positions politiques lorsque le système est en crise afin de se faire coopter. Cela remonte bien loin. Mais nous savons aussi  que Boutef est fini ainsi que son règne, comme nous savons aussi que le nouveau système est déjà en place depuis déjà longtemps même s’il entretient le suspense.

Nous savons aussi que les élites et la bureaucratie sont hostiles à la solution islamique alors à quelle Egypte cet appel veut  apporter sa solidarité, de quelle Algérie il fait référence.  Ceux qui ont dénoncé l’Islam politique et qui ont appelé  à son échec,  à qui vont-ils exprimer leur solidarité en Egypte ? Aux frères musulmans qui sont persécutés, aux élites modernistes qui ont appelé l’armée, aux victimes futurs du terrorisme qui va les chercher dans les marchés et les places publiques fréquentées par la plèbe ?

Nous savons que la démocratie n’est qu’un savoir connu à travers les livres de l’Occident. Ce savoir livresque ne peut  apporter une réelle  contribution à l’éveil des sociétés musulmanes en clarifiant les notions de pouvoir temporel, de gouvernance, d’alternance politique dans la pensée musulmane ou dans le Coran et la Sunna. Les livres des islamistes et des non islamistes ont manqué de savoir cohérent et efficace. Tout nouveau savoir qui met fin aux confusions, qui ajoute des apport à la pensée musulmane  serait le bienvenu. Mais pour l’instant force est de reconnaître que l’intellectuel et l’universitaire algérien n’a pas de projet sur  l’algérianisation de l’Islam à opposer à ceux qui veulent islamiser une Algérie musulmane. Nous ne faisons que parler à l’Occident non seulement dans sa langue, mais dans ses schémas idéologiques. Lorsque nous parlons de l’Algérie, de l’Egypte ou de l’Islam nous reproduisons les mécanismes de servitude ou de confusion, car nous lisons notre réalité et nos valeurs à travers le prisme idéique et culturel de l’Occident ethnocentriste et hybrisique.

Bien entendu les cajoleurs, les professionnels de la dénonciation,  et les fascinés par les titres de professeur et de docteur vont s’indigner de mes critiques à l’encontre de l’intelligentsia algérienne. Alors il faut oser interpeller les intellectomanes  et les boulitiques de l’Algérie indépendante sur quelques thèmes qu’ils ont développer dans leurs livres et laisser l’esprit objectif  deviner l’avenir de l’Algérie si elle venait à leur être confiée.

Les titres universitaires et  les publications et les sujets sur l’Islam ou sur l’Algérie  ne nous intéressent pas dans l’absolu. Ce qui nous intéresse ce sont conclusions de l’analyse ainsi que les références idéologiques et politiques  affichées ou sous-jacentes dans le discours ou dans l’écrit d’un intellectuel qui le conduisent inéluctablement à telle conclusion.

Prendre comme maître de pensée Borhan Ghalioun, l’intellectuel au service de l’agression de la Syrie,ou un autre islamologue de la Sorbonne ou un philosophe politique du Journal le Monde dans l’analyse de l’Islam et de la société arabe non seulement n’est pas une référnce convaincante mais n’est pas un titre de vertu. L’intellectuel ne peut délaisser le  Coran qui est le Bayane, le   Borhane, le Forqane par lequel nous analysons le monde et nous construisons notre pensée pour s’aligner sur des pensées humaines produites dans un cadre civilisationnel qui veut non seulement imposer sa suprématie, mais montrer que le Coran est inapte à produire de la pensée rationnelle, du progrès.

Nous n’avons donc ni complexe ni fascination devant une pensée qui pose l’équation du monde musulman dans les limites idéologiques et culturelles de l’Occident judéo-chrétien, même si cette pensée se veut émancipatrice et si sa parole est parsemé des  mots Islam et Algérie. Il n’y a ni Islam ni Algérie, ni Egypte ni Syrie lorsque l’esprit partisan tolère l’effusion de sang et lorsque l’esprit formaté prend pour vrais les hypothèses et les conclusions de la lutte idéologique contre le monde arabe et musulman

Quel crédit intellectuel et religieux accorder à ceux qui parlent de l’Islam alors qu’ils le désignent comme troisième « rameau monothéiste » ou comme  « le tiers exclus de la révélation abrahamique ». Quel crédit accorder à ceux qui analysent l’Islam et le monde musulman sous la perspective orientaliste française ou anglo-saxonne alors que l’engagement pour ou contre l’Islam et ses rapports à la civilisation devrait objectivement partir de l’analyse de sa cohérence interne, de ses sources internes, de sa confrontation historique avec l’occupation, de la difficulté des musulmans a revenir vers l’Islam originel libéré de la pensée rétrograde produite par les siècles de la décadence et de la colonisation .

La plupart des intellectuels arabes et musulmans ont la fâcheuse manie de monologuer avec l’Occident lorsque ils se penchent sur les problèmes du monde arabe et musulman. Même si leurs discours et leurs thèmes sont « révolutionnaires », ils s’expriment comme les « interlocuteurs valides » de l’Empire.

L’intellectuel n’est pas celui qui manie les mots et les concepts des autres, mais celui qui forge les concepts ou qui apporte des grilles de lecture autonome pour comprendre le drame de son peuple. Nos professionnels de la pensée et de la plume  transposent les concepts, le  drame et l’histoire des autres sur notre  réalité façonnée par la convoitise et la prédation des autres.  Les étiquettes islam, impérialisme, progrès, civilisation, modernité ne sont pas signifiant par eux-mêmes. Il faut les transposer dans leur canevas idéologique, dans leur système de pensée. Les intellectuels musulmans, francophones ou arabophones, sont toujours marqués de l’empreinte franco musulmane.

Présenter  la modernité et la démocratie occidentale comme la quête ultime des musulmans sans faire l’effort de penser et d’expliquer la Choura, l’Etat, le Pouvoir, le despotisme, le salut dans la logique interne du Coran et à travers la démarche des Prophètes c’est servir les objectifs idéologiques stratégiques de l’Occident. Le service peut être inconscient, mais dangereux dans une sorte d’ébullition limbique qui ne voit  la réalité du monde qu’à travers les limites de la pensée. Jésus avait raison de dire  » Bien heureux les faibles d’esprit » pour désigner ceux qui se libèrent de la tempête d’idées confuses dans leur tête comme celles des docteurs des Bani Israël.

Les références lexicales à l’Islam ne sont pas significatives lorsque l’Islam n’est ni le moteur de la pensée ni la visée du cœur. En effet les égyptiens avaient déjà ouvert la voie médiatique, idéologique et politique pour donner l’illusion que les laïcistes et les modernistes ne sont pas ennemis de l’Islam. Ils ont poussé la ruse à  faire croire que les Frères musulmans allaient se dissoudre dans la démocratie occidentale pour les pousser à composer, à fauter tout en avançant dans le projet mondial de sécularisation de l’Islam.

Nous connaissons les prémisses et les suites que les intellectuels algériens occultent. Nous connaissons les auteurs occidentaux et leurs préjugés idéologiques sur les  implications de cette affirmation subversive que nous prenons pour exemple  : « Avec l’avènement de la modernité, la pensée politique arabe se trouve tiraillée entre deux angoisses : d’une part, la peur que les sociétés musulmanes soient exclues du processus de modernisation, et d’autre part, la crainte qu’elles soient obligées de renoncer à leur religion et donc à leur identité. »

Si Ali Belhadj veut nous situer dans la période médiévale de la décadence de la civilisation musulmane, les intellectuels algériens veulent se présenter comme l’alternative entre la « peste et le choléra » alors qu’ils ne font que traduire avec beaucoup de retard la chère idée de Jacques Berque : exporter en Afrique du Nord l’Islam de France. L’école anglo-saxonne a les moyens que l’école française n’a pas et offre plus de moyens d’exportation et plus d’expertise. Les intellectuels algériens ne sont pas des traîtres, mais ils participent, par excès d’intelligence et d’érudition,  à la lutte idéologique que nous mènent l’Empire et ses vassaux. Le Coran nous a montré que l’égarement le plus nocif est celui qui  est revêtu de science. Le Prophète (saws) a montré que le véritable savant est celui qui prend position contre la Fitna même si toute la terre est liguée contre lui.

Les intellectuels égyptiens et algériens se mettent par rapport aux intellectuels et aux médias occidentaux dans une posture  de miroirs déformants. Chacun se renvoie l’image de l’autre tel que ce dernier la véhicule auprès de l’autre sans lien avec la réalité ni la vérité, mais dans un processus itératif aliénant. Musulman, nous nous percevons et nous percevons l’Islam, l’Egypte et l’Algérie  à travers le regard du non musulman  qui nous renvoie sa propre perception sur nous ainsi que sa culture sur notre religion et notre pays avec bien entendu ses préjugés. Nous renvoyons à ce même étranger les biais qu’il nous a inculqué après les avoir intériorisé et enrichi. Il se retrouve face à lui même par un détour sur nous mêmes qui remodèle sa perception, ses fantasmes et ses préjugés. Les aller retour de l’un vers l’autre ne sont que des regards biaisés, tronqués qui finissent par devenir savoir académique, profil adapté et adopté, des occurrences d’illusion de savoir l’autre dans sa connaissance sur soi et vice versa sans objectivité et sans moyens de différencier.

Nous pouvons et nous devons prendre les outils conceptuels de l’Occident dans notre démarche visant à l’universel, mais nous ne pouvons les prendre d’une manière indifférenciée sans distinguer ce qui travaille au service de l’universel de ce qui oeuvre contre  éveil et contre notre émancipation. Nous nous interrogeons donc sur les références idéologiques et sur le  crédit à  accorder à ceux qui  annonce qu’expliquer la religion par la religion c’est tourner dans le cercle vicieux qui consiste à expliquer une chose par elle-même. Le phénomène religieux, le sentiment religieux, la sensibilité religieuse ne seraient, selon eux  que des exacerbations sociales, une quête de dignité. Marx et Engels n’ont jamais osé se prononcer aussi catégoriquement  sur ce qu’ils appellent le mode de production asiatique et les religions non chrétiennes.

L’école française, comme les médias français, sont une catastrophe autant pour la foi que pour l’esprit rationnel qui deviennent otage d’un prêt à penser idéologique, d’un comportement séculier.

Toutes les interventions « islamistes » des intellectuels algériens correspondent souvent à des périodes  de crise. Nos intellectuels en faisant le lien entre les aspirations démocratiques et technologiques des Arabes et des musulmans se sont interrogés, innocemment, sur Kadhafi resté trop longtemps au pouvoir au regard de la démocratie occidentale. Ils évacuent l’analyse sociologique, politique  et historique de la Libye et répètent ce que l’Occident voulait entendre dire pour  donner légitimité et soutien à son agression contre la Libye. Ils évacuent l’Islam dans leur raisonnement et dans leur discours sur l’agression de la Libye et deviennent des boites à musiques, des machines de citation de la propagande occidentale.

Nous avons analysé traité Tarek Ramadhan de Pygmalion dans sa manière de traiter « la révolution arabe » et de donner légitimité intellectuelle pour assassiner le « fou » de Libye. Ce n’est pas un cas isolé. La tragédie du monde arabe que nos intellectuels évacuent de leur champ d’analyse et de leurs discours est dans le nombre impressionnant de grands, de moyens et de petits pygmalions. On les trouve sous les étiquettes islamistes, socialistes, nationalistes, modernistes et autres camouflages. Les peuples arabes, et en particulier les Égyptiens et les Algériens, sont gavés de ce que Malek Bennabi appelle de la fausse monnaie intellectuelle.

Sans citer de noms et de lieux, nous étions agréablement surpris de voir, il y a quelques années,   des personnes, des livres et des articles se trouver ensemble alors qu’idéologiquement ils étaient ennemis irréductibles. Nous avions cru qu’enfin le curseur idéologique s’était déplacé pour se positionner sur l’universel et les dénominateurs communs des Algériens.

Nous avions vite déchanté, car le seul lien  qui les unissait et qui continue de les unir ést la haine du régime algérien et de ses généraux. On ne fait pas une politique crédible et on ne construit pas une gouvernance alternative par la haine, la rancune et la dénonciation. De la même manière on ne devient pas intellectuel en se taisant sur les agressions de l’Empire contre nos pays sous prétexte qu’ils sont mal gouvernés. Il y a une éthique qui doit transcender la quête de pouvoir. La politique n’est pas l’art de faire des  arrangements d’appareils pour accéder au pouvoir et se le partager, mais de servir des valeurs, un peuple. Allah octroie le territoire en héritage aux vertueux et Il l’octroie à titre d’épreuve.  Il y a une logique et un devenir : les tyrans finiront par partir en Enfer, devrions nous les y rejoindre ? Celui qui ne se pose pas cette question, il est préférable pour lui de ne pas être un intellectuel ou un  politique, car un homme du commun a au moins la chance de ne porter que son petit fardeau, mais un homme de religion ou de science porte le fardeau de tous ceux qu’il a mal influencé.

L’Islam et l’Algérie ne sont pas des discours, ce sont des responsabilités religieuses et  morales devant Dieu et devant les Algériens. Les Algériens peuvent ne pas comprendre, ne pas lire, oublier ou s’en foutre. Allah n’oublie pas !

Par ailleurs parler de « régression féconde » pour annoncer ou souhaiter ce que l’Occident désire : l’échec de l’Islam politique n’est pas une conceptualisation, mais du Takharbite. Offrir à la machine médiatique algérienne « la régression féconde » inspirée du « chaos constructif »  des « think tanks » américains est quelque chose de génial. Même les neocons américains n’avaient rien inventé puisque ils avaient emprunté à la psychologie sociale et à l’urbanisme, qui remplacent la sociologie ancienne, les outils qu’elle a emprunté à la thermodynamique dans son analyse sur les déterminismes qui se cachent derrière le chaos apparent. Lorsque les mécanismes de l’entropie sont connus le psychologue, l’urbaniste et l’économiste peuvent anticiper sur la régression d’un système. Ces mêmes mécanismes ont été importés dans les finances internationales et dans la géopolitique et les résultats sont catastrophiques autant pour l’Empire que pour les peuples.

La théorie du chaos reconnait qu’il y a trop de facteurs et trop d’inconnues dans la production du chaos et de sa régression (résolution) alors que dire lorsqu’il s’agit de faire du Tamarbite sur les sensibilités d’un peuple et de son devenir. Le prix du sang et de la destruction est tellement saisissant que nos intellectuels n’osent pas le regarder en face et se dire qu’ils ont participé à sa production entropique et à la régression du peuple algérien et de l’Algérie pour cent ou mille ans.

Confondre islam politique dans le sens de participer à la gestion de la cité sous l’éthique de l’Islam et l’Islam partisan dans le sens d’instrumentaliser la religion à des fins politiciennes n’est pas une démarche sociologique car elle ignore la réalité idéologique, politique et sociale du mouvement politique algérien en général et des mouvements islamiques qui portent les mêmes tares que ce mouvement national. En général l’intellectuel algérien cache ses liens partisans et idéologiques avec un rescapé du mouvement politique national pour jouer un rôle de sape contre les autres mouvements.

Poser l’équation en opposant  l’école hanbalite « politique » de Sayed Qotb à celle de l’école moderniste de Mohamed Abdou c’est une fois de plus importer des clichés sociologiques à une réalité qui n’est pas celle de l’histoire du monde musulman ni de ses aspiration. Nous revenons toujours à cette posture intellectualiste algérienne et égyptienne non seulement simplificatrice, mais prisonnière des références occidentales qui sont la modernité, la démocratie, la sécularisation.

La vérité c’est que Sayd Qotb apologiste de l’Islam et polémiste contre les autres va habiller l’Islamité de la démarche révolutionnaire non musulmane et en faire un instrument de discrimination. Il est sorti de la logique interne de l’Islam en se focalisant sur le pouvoir et en idéalisant la société musulmane.  Cheikh Mohamed Abdou va faire la démarche contraire : il va considérer que l’Islam lui manque les instruments et les choses de la modernité qu’il va importer de l’Occident. Il va, influencé par l’orientalisme, croire entre autres à l’idée répandue que les musulmans étaient inapte à importer l’imprimerie alors qu’en réalité ils étaient devenus inaptes à produire de la pensée à la fois nouvelle et indépendante, car leurs référents coraniques étaient absents ou défaillants.  On veut opposer les deux démarches, alors que Sayed Qotb et Mohamed Abdou ont fait la même erreur en forgeant le renouveau de  l’islamité par référence à l’Occident : la violence révolutionnaire pour Qotb, et   l’importation des choses modernes  pour Abdou jusqu’à l’imitation servile du terme renaissance alors que les conditions idéologiques, politiques, sociales, morales et historiques de la Renaissance sont totalement différentes que celles du monde musulman dominé par la colonisation après qu’il ait consommé sa décadence.

Les multiples  démarches, wahabbiste, confréristes, modernistes, sont  fausses et  ne sont pas la démarche saine  de l’Islam vers l’Islam par l’Islam. Elles ne pouvaient que s’épuiser et finir comme des inachevés, des caricatures, des échecs. Ce n’est pas l’Islam qu’il faut réformer par l’importation en puisant dans les siècles décadents ou en puisant dans la domination impériale, mais ce sont les musulmans qu’il faut réformer par l’Islam.  Les intellectuels égyptiens et algériens s’inscrivent dans le confinement de cet échec qui intéresse l’Occident soucieux de faire de nos esprits, de nos bras,  et de nos ventres une machine d’importation clés en mains et produits en mains de sa technologie, de ses idées.

Nous ne pouvons devenir émancipés aptes à entraîner nos pays dans l’émancipation que si nous nous libérant de la dichotomie maladive qui place les uns dans une posture totalement   fermée  à l’Occident considéré comme l’ennemi, et les autres dans une attitude totalement ouverte à l’Occident considéré comme la panacée. Le paradoxe montre que dans les deux cas, l’Islam lui même n’est  pas le moteur structurant et intégrateur. Il n’est  qu’un ensemble de matériaux livré en vrac sans cohérence et sans dynamique par les uns, et un ensemble de mots pour habiller la lutte idéologique menée contre l’éveil islamique. Intellectuels et religieux, nous sommes des criminels, car nous sapons nos possibilités intellectuelles et nous rendons confuses nos conditions politiques d’émancipation.

Nous devons avoir le courage de  dire la vérité sur notre panne et de  faire l’effort de la rechercher en dehors des lieux communs que nous présente l’Occident. Il est légitime pour l’Occident de nous mépriser, de nous agresser, de nous imposer sa grille de lecture, car il nous convoite. Ce n’est pas légitime pour ceux qui parlent notre langue, pratique notre religion et ont la même couleur de peau que nous de se comporter en proies aveugles.

Nous ne produisons pas en quantité et en qualité suffisante des hommes de religion et  des intellectuels capables de lire  les problèmes de la société avec un mental lucide et pointu. Nous avons face à nous des instruments inconscients de la  lutte idéologique que les experts de l’Occident poussent vers de fausses  prises de  position, vers des arguments fallacieux et vers un bricolent des outils de « salut national ». On ne peut croire que le simple  hasard fait converger les rhétoriques opposées,  les discours divergents et les cynismes des pensées inconciliables sur les impératifs   de la lutte antiterroriste mondiale.

Les intellectuels algériens et égyptiens, lorsque la situation politique et sociale les arrange, ils appellent  l’armée  à la rescousse pour défendre la démocratie dont ils veulent être  les représentants ex cathedra.  Mais lorsque la situation semble « maîtrisée » par l’armée au prix d’une guerre civile, les voilà qui conteste le pouvoir des militaires et qui s’imaginent que leurs artifices vont convaincre l’armée et le peuple (algérien et égyptien) de leur donner le pouvoir.  Ils croient qu’en saupoudrant leurs paroles de quelques « islam » par ci et par là  ils peuvent construire une crédibilité intellectuelle et une confiance populaire.

Le jour où l’école algérienne produire sa propre pensée, autonome, sans influence du regard de  l’Occident sur l’Islam et sans asservissement à l’instrumentalisation de l’Islam par les bureaucraties d’Al Azhar et les rentiers des monarchies du Golfe alors nous pouvons parler d’efforts intellectuels en direction du salut national.

Quelques chantiers 

Pour ne pas sombrer dans la même rengaine de la dénonciation de l’opposition,  nous faisons quelques propositions  Elles n’ont rien à voir avec la démocratie,  les schémas classiques de la France et ses visées post coloniales :

1 – Libérons-nous des faux clivages et du conjoncturel. Inscrivons-nous dans la démarche prophétique de la Réforme et du devoir de bon conseil pour Allah, Son Prophète, Son Livre, les gouvernants et les gouvernés. Ne soyons  otages ni de l’esprit partisan ni de la démarche « classiste » de l’oppositionnel contre le pouvoir, du soutien critique à ce pouvoir ou de l’auxiliariat du système. Restons autonomes et prenons de la distance sur les faits passés ou présents.

2 – Analysons les processus et leur devenir sans passion ni parti pris.

3 – Disons  à celui qui a bien fait tu as bien fait, et à celui qui a mal fait tu as mal fait.

4 – Réalisons ce que quelques-uns d’entre nous ont tenté de faire sans jamais pouvoir le réaliser faute de moyens, de compétence, d’écoute et d’encadrement : des observatoires, des lettres d’analyses, des monographies, des rencontres,  des propositions, des idées, qui font éveiller les consciences, qui apportent des solutions, qui répondent aux interrogations, qui témoignent.

Si les Prophètes ne peuvent nous servir de guide alors nous pouvons trouver exemple dans l’histoire de l’Europe à laquelle nous nous identifions. Machiavel a été présenté comme un être diabolique animé par le pouvoir, mais  pourtant il avait consacré sa vie à l’unité et à la grandeur de l’Italie. Il avait laissé cette expression pour expliquer ses efforts de  mobilisation des compétences au service de l’Etat et de la nation :

« C’est ton devoir d’honnête homme si, par le malheur des temps et de la fortune, tu n’as pas pu faire toi-même le bien, d’en donner aux autres des leçons, à cette fin que, bien des hommes en étant capables, quelqu’un d’entre eux, plus aimé du ciel, puisse le réaliser. »

5 – Montrons nos capacités à gouverner sinon apprenons  à gouverner en montrant l’alternative. Les braves gens du peuple, les fonctionnaires et les techniciens ainsi que les cadres honnêtes et nationalistes doivent garder l’espoir et voir qu’il y a d’autres manières de faire, de penser que celles des cooptés et des abrutis qui encombrent les espaces économiques et politiques de l’Algérie, et qui conduisent l’Algérie vers sa ruine. Il ne s’agit pas de convoiter le pouvoir des insensés ni les privilèges des cooptés, mais de faire son devoir.

6 – Faisons notre devoir et laissons la liberté aux  gouvernants et  gouvernés assumer  leurs responsabilités de nous écouter ou non et de nous suivre ou non, sans  les matraquer idéologiquement et médiatiquement. Notre responsabilité est d’éclairer les uns et les autres pour le bien de tous. Nous ne pouvons être au-dessus du Prophète (saws) :

{Si ton Dieu le voulait, tous les habitants de la terre deviendraient croyants. Peux-tu, toi, contraindre les hommes à être croyants ? Aucune personne ne peut croire si ce n’est avec la permission d’Allah. Il jette l’opprobre sur ceux qui ne raisonnent pas.} Younes 99 – 100

Notre vocation de musulman et notre destin d’Algérien, abstraction faite de  nos sensibilités politiques, de nos titres universitaires  et de nos  performances intellectuelles,  est de faire le bien et de mettre vos privilèges de savoir et de raisonnement au service de la libération de notre peuple et de notre pays. Si les gouvernants ne veulent pas nous écouter, sachons  que les Prophètes n’ont pas été écoutés, mais ils n’ont pas baissés les bras, et ils ne se sont pas contentés de dénoncer. Ils ont éduqués les gens et leur ont appris à être endurants et espérant. Ils ont refusés tout les arrangements d’appareils et toutes les formes de corruption ou d’intimidation.

7 – Il ne s’agit pas de faire des communiqués, mais d’organiser la pensée et l’action sociale, économique, culturelle, technique et scientifique au service de l’Etat, même si le pouvoir est corrompu, au service du peuple, même si ce peuple est soumis au matraquage médiatique et à la culture de la rente. Allah a promis qu’il ne laisserait pas vaine l’œuvre d’une femme ou d’un homme faisant le bien et agissant en solidarité de foi.

Il est impossible de gagner de la crédibilité et de la probité morale et intellectuelle lorsque nous assistons à l’instrumentalisation corporatiste dans la santé publique, l’enseignement supérieur, l’éducation nationale, pour tirer profit de la rente et négocier la paix civile sans que cela ne s’accompagne de mesures positives pour le malade, le scolarisé et l’usager de la chose publique.

8 – L’occident que nous idéalisons ou que nous diabolisons  a la vertu que nous transgressons lorsqu’il s’agit de notre pays : Dès que 2 ou 3 universitaires se rencontrent ils ont objectivement et subjectivement réalisé les conditions de la recherche et de l’ingénierie, même si les moyens leur font défaut. Nous nous contentons de dénoncer le système sinon de colporter les dires des gourous de l’Orient et de l’Occident.

Musulmans et algériens, il est attendu de nous ce qui n’est pas attendu des gens au pouvoir ou des gens du commun, car c’est par notre manière de raisonner et par notre champ de préoccupations que se fera la rupture avec le système d’inertie,  la culture de la rente, la colonisation des esprits, et la décadence des mentalités et des territoires.

Si chacun de nous tous avait accompli son devoir national, moral et religieux envers l’Algérie et les martyrs jamais nous n’aurions contribué,  par nos prises de position insensées,  au naufrage de l’Algérie.

{D’où nous provient ceci ? Dis-leur : C’est l’oeuvre de vos mains}

8 – Prenons garde à Allah : L’école et l’université algérienne sombrent. Montrons  les voies du salut. Nous pouvons   édifier des centres de formation, des universités populaires, des projets de réforme de l’éducation, de l’enseignement, de la santé publique, de l’économie, de l’urbanisme et de la formation. Ceux qui sont  écoutés en Europe, peuvent mobiliser des fonds au profit de la formation professionnelle et des coopératives de jeunes. Les fonds doivent être  mobilisés pour l’amour du bien et pour le bien de l’Algérien, nous ne devons pas en faire un conditionnel idéologique ou un préalable politique :

{Agissez ! Allah fera voir vos œuvres ainsi que le Prophète et les Croyants}

9 – Ne parlons  pas au nom des militaires, laissons-les assumer les fautes de nos jugements,  de nos errances,  de nos mauvais conseils et de nos confusions. Que chacun assume ses propres responsabilités et implore Allah que lui et les autres soient sur la voie du repentir et de la réforme.

10  – Prenons  garde à Allah : Ne restons  pas silencieux sur le drame libyen que nous avons  cautionné, ne restons  pas silencieux sur l’agression impériale et sioniste contre la Syrie. Le silence sur l’effusion de sang aura un prix rédhibitoire sur nos devenirs à tous.

11 – Arrêtons  de croire que l’émeute, la révolution, le clivage idéologique ou que l’histoire française soit notre référence pour construire un Etat de droit.  L’Occident a achevé sa post modernité et va contre le mur alors arrêtons nos fabulations et nos fantasmes. Le Coran, le Prophète et l’histoire passé ou présente montrent que l’empressement à vouloir changer les choses n’about pas au changement escompté et que souvent ce sont les opprimés qui payent de nouveau le prix de la promotion des parvenus au pouvoir. Certes, il est difficile tant pour l’intellectuel nourri à la modernité française et à la Révolution française que pour l’algérien privé de citoyenneté de supporter l’oppression, mais pour atteindre le bon port il faut la patience des Prophètes (saws) et s’en remettre totalement à Allah (swt).

12 – Ne faisons  pas du particularisme affiché par certains  kabyles un problème principal. Nous ajoutons  de la confusion et de la complexité. Nul n’a le droit de se placer sur le terrain des sensibilités  religieuses, ethniques, linguistiques lorsqu’elles risquent de faire voler en éclats le vivre ensemble, les valeurs communes, l’histoire identique et le même territoire. L’Empire et le sionisme sont aux aguets :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

13 – L’Egypte c’est 85 millions de misérables affamés laissés à la merci des monarchies du Golfe. L’engagement humaniste et religieux c’est de demander que l’Algérie libère un ou deux milliards de dollars, bloqués à l’Etranger, pour venir en aide aux plus démunis, aux victimes de la répression. Nous aurons  fait œuvre humanitaire et acte politique hautement symbolique en interpellant l’Algérie qui semble avoir totalement disparue de la scène géopolitique. L’Algérie et ses intellectuels de l’intérieur ou de l’extérieur sont hors du monde. Ils ne pensent pas le monde et n’agissent pas sur le monde, ils sont pensés par le monde et phagocytés par lui.

14 – Il est vrai qu’un grand nombre de signataires apportent des éclairages « intéressants » sur l’Islamophobie, les caricatures blasphématoires, les symboles religieux. Mais la vérité, sans polémique, est que c’est le même schéma mental qui est dominant dans leurs analyses où l’Islam. Ainsi soit est renvoyé dans un enfermement spirituel de religion bouddhiste, soit on est mis dans un montage qui nous met en prises avec les problématiques séculaires de l’Occident. Impossible de nous émanciper de l’emprise idéologique de l’Occident et de sa production intellectuelle coloniale et orientaliste.

15 – Un concept, comme « la régression féconde » n’a de sens que si et seulement si il est vérifié par l’expérience des faits. Les faits montrent que vous vous êtes inscrits dans la régression de l’Occident et vous voulez faire féconder le monde arabe et musulman par son chaos. Les médias peuvent donner des titres de vertus, mais ils ne peuvent se substituer à la réalité du temps et de la géographie qui dévoile l’incohérence derrière la magie des mots, ses conséquences tragiques.

16 – Faisons un appel solennel pour mobiliser les Algériens contre le projet d’agression qui cible le monde arabe et qui  cible notre territoire, nos ressources, notre armée.

17 – Ouvrons un débat sérieux sur la réforme et le changement par la voie prophétique qui implique toute la société par des voies pacifiques, progressives et responsables.

 

Dernier mot

L’intellectuel est celui qui produit de la pensée inédite :

« Il ne s’agit pas d’apprendre des formalismes, mais d’apprendre à formaliser » Emmanuelle Kant.

Nous sommes loin de cette démarche.

 

 

 

Al Jazeera, les idiots utiles arabes et la subversion sioniste

Comme à l’accoutumé Al Jazeera forte de son audience dans le monde arabe joue sur le Wahn des esprits moribonds et mortifères pour leur vendre de l’information amalgamée en provenance du palais sans que le savantissime Qaradhawi ne dise ce qu’il est tenu de dire

«  Quiconque nous trompe n’est pas des nôtres »

« Quiconque verse le sang d’un musulman ou incite à attenter à sa vie, à sa dignité se présentera le Jour du Jugement dernier, inscrit sur son front : désespéré de la Miséricorde d’Allah »

Elle vend le faux sans preuves ni arguments :

1 – 87% des 70 000 intervenants sur une de ses émissions de télévision approuveraient  la frappe américaine contre la Syrie. Dans le cas où ce chiffre est vrai, que pensent les 300 millions d’arabes et le milliard et demi de musulmans ?

2 – Elle utilise le présent et non le conditionnel pour imputer au régime syrien l’usage des armes chimiques alors que la France et les USA sont discrédités par leurs informations sans preuves. On ne décrète pas une guerre contre un pays souverain sur la base de vidéos provenant de ses opposants ou d’écoutes téléphoniques provenant de son ennemi. On n’applaudit pas à une guerre mené contre son territoire et son peuple. On ne se fait pas porte-parole de ceux que le Prophète a maudit et qui combattent sous l’étendard de la confusion.

3 – Elle pose comme inéluctable et juste la volonté américaine de punir le régime syrien faisant l’impasse sur les questions essentielles :

–          Pourquoi avoir refusé le dialogue et poussé la Syrie à la guerre civile ?

–          Pourquoi ne pas poser le problème moral, idéologique et politique des expéditions punitives de l’Amérique comme si elle était Dieu se réservant le droit de vie et de mort sur ses créatures.

–          Comment des Arabes et des musulmans peuvent-ils tolérer une agression contre un pays arabe et musulman et s’en faire les porte-voix  alors que la religion, la logique et l’honneur l’interdisent.

4 – Elle ne joue pas son rôle de médias, mais s’affiche comme organe de propagande et de désinformation en faisant croire que la Russie par la voix de Poutine a dit qu’il voterait une résolution de l’ONU et qu’il participerait à la guerre contre la Syrie alors qu’il l’avait dit au conditionnel pour mettre au défi les Etats-Unis et Obama d’apporter la moindre preuve. Voici quelques extraits de l’intervention de Poutine

« S’il y a des informations selon lesquelles des armes chimiques ont été employées, et employées par l’armée régulière de Syrie, alors ces preuves doivent être présentées au Conseil de sécurité de l’ONU (…) elles doivent être convaincantes,

(…) Elles ne doivent pas se baser sur des rumeurs ou des informations reçues par les services secrets au cours d’écoutes, de discussions »,

(…) Si des preuves montrent sans équivoque qui a usé des armes chimiques, alors « nous sommes prêts à agir le plus résolument et sérieusement possible.

Ce n’est que lorsqu’il y aurait des preuves convaincantes que Poutine l « n’excluait pas » de soutenir une action armée occidentale, mais faute de preuves toute action militaire serait à considérer comme une « agression » :

   « Selon le droit international, seul le Conseil de sécurité de l’ONU peut décider de l’usage des armes contre un Etat souverain ».

(…)  » L’usage de la force vis-à-vis d’un Etat indépendant et souverain sera inacceptable et ne pourra être qualifié que d’agression ».

Al Jazeera non seulement court le risque d’être poursuivie devant les tribunaux pour faux et usage de faux, mais elle risque de paraitre ce qu’elle est réellement : une collaboratrice de guerre. Même si le bruit de la guerre ne se fait pas entendre, Obama a déclaré la guerre à la Syrie, et l’opinion mondiale le sait. Les journalistes d’Al Jazeera sont en train de jouer leur honneur et leur vie, mais ils sont tellement pris par leur propre mise en scène qu’ils ont perdu non seulement la pudeur, mais le sens des réalités.

Les journalistes d’Al Jazeera peuvent défendre la cause de l’insurrection armée et de l’opposition syrienne pour des raisons idéologiques ou mercantiles, mais ils ne peuvent faillir à leur devoir d’information ni à la déontologie du journalisme en temps de guerre. Ils ne pourront jamais échapper, dans ce monde et dans l’autre, à leur responsabilité dans la Fitna et dans l’effusion de sang.

L’Islam Jihadiste ou l’Islam politique  aux mains des Bédouins arabes et de voie médiatique du Qatar  ne pourra jamais déboucher sur autre chose que la criminalisation et la mise en échec de l’éveil musulman. Les purs produits de l’Empire anglais et les purs vassaux du sionisme et de l’impérialisme américain ne peuvent mener leur mensonge éternellement et effacer la conscience arabe et musulmane. Personne ne sait quand et comment ils seront balayés de la surface de la terre, mais la majorité s’accorde à dire que leur nuisance a trop duré. Si les Arabes et les musulmans ne voient pas comment Al Jazeera a mené les péripéties des Frères musulmans à la confusion puis à la persécution qu’ils s’attendent donc de suivre le même sort.

Al Jazeera pourrait continuer de mentir, mais il suffit que nous prenions conscience des deux sources véritables de nos malheurs structurels et de ne pas focaliser sur le conjoncturel du régime syrien et de l’usage vrai ou faux du chimique pour nous libérer de la propagande :

– Le moi, le notre,  arrogant et ignorant;

– L’Empire et le sionisme en cours d’achèvement historique…

Abou Amama et la future dernière guerre de l’Empire.

Effet brownien ou chute de potentiel ?

Dans Fitna, j’ai répondu par des détours coraniques sur l’instrumentalisation géopolitique de l’usage criminel des armes chimiques qui d’ailleurs était attendu depuis longtemps. La Fitna et la guerre programmée sont en oeuvre depuis trop longtemps pour débattre du droit, de la justice et du désastre que les Américains risquent de causer au peuple arabe et musulman syrien. Il faut suivre tous les fils et tous les indices pour tenter de voir un peu de lumière dans la confusion  et la méchanceté qui dominent le monde.

Dans Tayhoudite, Takloubite et Takharbite j’ai évoqué les questionnements sur le Hezbollah et l’Iran en cas d’agression américaine sur la Syrie sans y répondre. J’ai évoqué aussi l’effet brownien ou la logique de l’entropie dans la thermodynamique et dans la génétique qui à partir d’un désordre  dans un corps nourrit la faculté d’adaptation pour en devenir fatalement la loi imposant ses règles et ses conclusions. L’Empire en jouant sur le chaos organisé chez les autres est devenu lui-même prisonnier de sa logique chaotique qui est en train de le mener vers sa ruine. Il faut suivre les méandres tortueux pour trouver un fil conducteur qui pourrait déboucher sur le sens caché de l’absurdité de cette guerre et  ses conséquences qui semblent autant  imprévisibles qu’inéluctables.

Nous avons assisté depuis quelques jours à un crescendo médiatique qui rendait l’agression impériale contre la Syrie inéluctable et imminente. Les Arabes opposés à Bachar Al Assad, les sionistes, les faucons néocons américains, l’Angleterre et la France par leurs médias et leurs diplomates s’en donnaient à cœur joie et à l’unisson tout convaincus que les Etats-Unis allaient rayer de la carte la Syrie au cours du week-end passé. Le silence de l’Iran et les déclarations de Lavrov disant que la Russie n’entrerait en guerre contre personne donnaient du crédit au dénouement dramatique et rapide de la crise syrienne.

J’avais dit qu’il devenait  impossible d’imaginer un autre scénario que la guerre sauf si un miracle se produit en dernière minute. Le miracle s’est produit dans la tête d’Obama en une fraction de seconde prenant de vitesse et à contre coup ses conseillers, ses alliés et son propre système. En effet, le discours d’Obama attendu comme déclaration de guerre et feu vert pour le lancement des missiles a montré un Président américain dans l’embarras qui délègue ses pouvoirs au Congrès américain,  qui diffère l’entrée en guerre, et qui en limite la portée et la durée.

Si la France, pourtant négligée dans l’analyse des médias anglo-saxons et arabes, reste attachée à son cocorico guerrier contre la Syrie, les principaux alliés de la Syrie font volteface par des prouesses « démocratiques » : Canada, Allemagne, et Otan. Les monarchies arabes et l’entité sioniste sont douchées et redoublent de haine et d’aboiement ayant peur de ne pas voir leur agenda se réaliser. L’allié traditionnel, l’Angleterre avait déjà fait volteface à la surprise de tous. L’Empire anglais semble  montrer de nouveau la voie à son héritier et maitre américain.

Que s’est-il passé pour chambouler tous les calculs et tous les pronostics ?

Il semble que la machine de guerre se trouve confrontée à des problèmes internes et externes.

Sur le plan interne :

Sur le plan interne il y aurait un jeu de pouvoir qui est en train de laminer l’Empire déjà fragilisé par ses crises financières, économiques, morales, militaires qui le rendent incapables d’affronter les conséquences d’une nouvelle  guerre dont nul ne prévoit les aboutissements. Toutes les options ne font pas l’unanimité et chacun devra payer le prix politique de son refus ou de son soutien à une option dans une Amérique qui a perdu tous ses repères, mais qui se trouve aspiré par le désordre qu’elle a généré dans le monde sans perspective  de sursaut. La fin de l’Empire est en marche. J’espère avoir le temps de faire une comparaison entre le repli de l’empire britannique des colonies et sa fin, entre le suicide collectif des élites romaines et la fin de l’Empire romain, entre les hésitations d’Obama et la psychologie du pharaon d’Egypte face à Moïse tel que le Coran nous décrit le personnage et  le processus de son effondrement ainsi que de son système.

L’Empire est prisonnier de sa propre puissance qu’il ne contrôle plus et d’une logique d’auto destruction qui le dépasse qui le rendent incapables d’apporter des réponses convaincantes sur ses objectifs de guerres et leurs conséquences après qu’il ait mené la planète vers l’inéluctable de la confrontation en Syrie. Ainsi il se trouve dans la position de l’âne de Buridan pour ne pas dire dans celle du roi Midas aux oreilles d’ânes :

  • Action militaire ponctuelle et limitée qui laisserait le régime en place et une recomposition de la région avec les Russes et où chacun trouverait un semblant de victoire. L’armée impériale, par sa culture et ses moyens, n’est pas dans ce deal. Elle va en guerre ou bien elle n’y va pas pour des considérations purement techniciennes de stratégie et de tactique militaire, même si formellement elle obéît aux ordres du politique. Il est difficile de voir l’armée impériale se comporter autrement qu’au Vietnam, en Irak, en Afghanistan…
  • Action militaire et ponctuelle qui laisserait l’Arabie saoudite et ses mercenaires prendre le contrôle de la Syrie et livrer bataille au Hezbollah et à l’Iran sur le sol syrien avec un chaos qui mettrait en péril les intérêts et les vassaux de l’Empire en récession. La crise de la NSA avec les révélations Snowden montrent que l’Empire ne peut plus maquiller les fausses preuves, ni entrainer son armée sur de fausses pistes, ni impliquer les Etats sur des projets inconséquents. L’Empire est en perte de vitesse, en déficit de crédibilité, en otage de son hyperpuissance informationnelle et médiatique
  • Action militaire totale  que l’armée américaine ne veut pas mener car elle n’a pas les moyens d’occuper la Syrie. Aucun politicien américain n’est capable de donner à cette armée les moyens colossaux qu’elle réclame et encore moins lui donner la caution morale, politique et juridique. Même si le système s’est piégé en disant qu’il pouvait se passer de la communauté internationale et du Conseil de Sécurité de l’ONU, il ne peut pas se passer de ses alliés pour une guerre longue et difficile. Il n’y a que l’entité sioniste et les Arabes imbus de l’arrogance que leur donne argent, stupidité et culture de nuisance qui ne semblent pas voir l’expression d’Al Moutanabi : «  les vents ne soufflent pas au gré du voilier »

Sur le plan externe :

Sur le plan externe, beaucoup de choses se sont passés :

1 – Le Hezbollah tient son cap et fait preuve de capacités d’adaptation déroutante qui le rendent, contrairement au scénario prévu, présent et efficace en Syrie, au Liban et face à Israël. Israël  constate à sa surprise non seulement de plus grand  signes de résistance, mais des possibilités offensives, qui ont déjà fait effondrer le front psychologique de la population pourtant militarisée.

La machine médiatique sioniste avait fait emballer la machine de guerre occidentale en disant que Hassan Nassrallah s’est engagé auprès du Président libanais et de ses alliés libanais de ne pas faire exposer le Liban à une nouvelle guerre et donc de ne pas porter atteinte à Israël. Le silence prolongé de Hassan Nassrallah qui a l’habitude de se prononcer a intrigué les experts qui ont compris tardivement qu’il n’est ni dans les traditions, ni dans la politique ni dans l’éthique du Hezbollah de chercher à épargner Israël et encore moins de s’engager à l’épargner.

Personne n’ignore les déplacements de personnalités occidentales pour s’enquérir de leurs intérêts et de leur place au Liban selon que le Hezbollah fasse le mort, qu’il soit mort devant l’Empire et le sionisme ou qu’il se réveille s’opposant à eux. Personne n’ignore les voyages de Fillon et son refus de cautionner la guerre au Liban et en Syrie. Il sait que les conditions nouvelles ne sont pas celles  de la Libye de Kadhafi.

 2 – Les Iraniens, par leur différents commandants de forces, ont fait savoir, par un effort de communication intense et habile, aux Américains et aux Européens, qu’ils refusent n’importe quel scénario et n’importe quel arrangement et qu’ils resteraient au côté des Syriens. Si le détail de la riposte iranienne est caché, les Iraniens ont fait connaitre au monde entier leur engagement, leurs cibles et les conséquences probables dans la Région.

3 – Les Brigades Al Qassam et la résistance palestinienne armée ont fait savoir qu’elles s’impliqueraient activement et durablement dans le conflit.

4 – Le Président syrien n’a fait aucune concession et se montre déterminé à se battre et à endurer les frappes avec la possibilité de ripostes. Al Jazeera, comme à son accoutumé, fait état des défections dans les rangs  des généraux et des soldats de l’armée syrienne.

5 – Poutine, ancien chef du KGB, semble avoir manœuvré habilement. Il a laissé son chef de diplomatie tenir un langage pacifiste qui a été interprété comme un aveu d’impuissance, alors que politiquement et militairement il appuie l’armée syrienne, et médiatiquement il se moque des mensonges et de l’arrogance occidentale. Le matériel de transmission débarqué en Syrie et la marine russe présente avec plus de moyens et de signes guerriers près des côtes syriennes indiquent une présence militaire russe. Les positions russes en faveur de la Syrie  rappellent ses positions en faveur de  Cuba contre l’Amérique et du  Canal de Suez contre la France et l’Angleterre.

6 – La Chine et la Russie n’ont pas cédé au Conseil de Sécurité et rien n’indique qu’ils vont céder. Il y a une bataille qui dépasse la Syrie : c’est la fin de l’hyperpuissance, c’est la fin d’un monde unipolaire. Les pays émergents ont vu les nouvelles possibilités et y ont cru : ils s’impliquent. Les Pays arabes et musulmans ne voient pas comment le centre de gravité du monde se déplace, car ils sont sans projet d’implication, d’émancipation. Certains  resteront en marge de l’histoire, d’autres en sortiront humiliés et maudits, car ils auront financé la Fitna dans leur aire civilisationnelle et ils auront financé les derniers souffles de vie d’un Empire agonisant.

La diplomatie, les médias et le renseignement russe ont remporté une victoire contre l’Occident en montrant les faux américains, anglais et français fabriqués à partir des montages sionistes et arabes. La France officielle et la France médiatique continuent  sa casuistique en proclamant le secret de Polichinelle : « l’usage des armes chimiques en Syrie » alors que la raison de guerre demande de désigner l’usager.

7 – L’ONU, chambre d’enregistrement et boite de résonnance de l’Empire, demande un délai pour ne pas perdre le peu de crédibilité qui lui reste encore. Rien ne dit que les conclusions des experts iront dans le sens désiré par l’Empire.

8 – Même la ligue arabe n’a pas donné mandat malgré que la majorité de ses membres soit contre la Syrie et que ces derniers sont parvenus à faire condamner le régime syrien.

9 – La dernière couverture, religieuse, celle d’Al Azhar, vient de se prononcer contre l’agression. Dans les jours à venir nous allons sans doute assister à une entrée en scène des communautés musulmanes sunnites et chiites pakistanaises. Les nouveaux dirigeants et les élites religieuses au Pakistan ont de lourds contentieux avec l’armée et l’Administration américaine. Des discussions de paix entre l’Inde et le Pakistan prennent des tournures prometteuses pour les peuples de la région.

10 – Les Chinois, les Indiens, les Russes, les Pakistanais et les Russes ont de grands projets communs et de grandes ambitions pour reprendre en main l’Afghanistan après la débâcle américaine. Lorsque les experts français désignent leur Président actuel de Poire ou de notaire de province ils le font par dépit  intellectuel, par nationalisme  et par le sentiment de ratage qui poursuit la France comme une malédiction post coloniale dont elle ne tente l’émancipation qu’en se vassalisant auprès des USA.

11 – Le double jeu de l’Empire lui a fait perdre le soutien de l’Egypte. Les militaires égyptiens sont confrontés à la gestion du canal de Suez vers qui convergent les porte-avions et les destroyers américains.  Nous avons l’habitude, depuis notre jeune âge, de voir l’armada américaine se déployer dans sa superbe puissance, mais c’est la première fois où nous voyons des contradictions, des hésitations, de la confusion qui annoncent des difficultés qui prennent de l’ampleur rendant l’hyperpuissance de plus en plus fragile et isolée. L’histoire a le secret des paradoxes qu’elle cultive pour prendre d’autres chemins et aller vers d’autres aboutissements.

12 – Le Vatican s’unit à la voix des Chrétiens d’Orient qui refusent à l’unanimité l’intervention de l’Empire en Syrie. Les médias français minimise ou occulte l’information. Elle est pourtant capitale. Le Vatican a joué un grand rôle dans la chute de l’Empire soviétique et du mur de Berlin ainsi que dans les révolutions colorées en Europe. Il a été l’artisan étroit de la CIA dans la guerre froide car l’agenda du Vatican, l’évangélisation du monde, rencontrait celui de l’Empire. L’expérience irakienne, l’expérience serbe, ainsi que le dynamisme des Eglises orthodoxes sous l’impulsion de Poutine rendent le Vatican plus prudent. Les Chrétiens de Syrie, de Palestine, du Liban disent haut et fort leur appartenance au monde arabe et musulman que l’Arabie saoudite et ses hommes de main vont détruire jusqu’à mettre en péril leur culte et leur existence. Le laïcisme intégriste français ne peut comprendre le sentiment religieux.

Par ailleurs la psychologie des hommes marquant l’histoire semble jouer un grand rôle dans le devenir du monde.  Obama et le Pape François nous donnent une autre image que celle de Bush et du Pape Benoît XVI. Bon gré ou malgré ils introduisent des contradictions dans leur propre système comme s’ils étaient pris par des limites qu’ils ne peuvent franchir malgré leur fonction symbolique et malgré les fonctions que leur accorde le système qui les emploie et qui les a choisi.

13 – L’Irak interdit la violation de son espace aérien en cas de guerre contre la Syrie. Exsangue et subissant une guerre civile qui fait plus de 50 morts par jours dans des attentats visant les mosquées et les marchés, les Irakiens savent que leur malédiction portent la marque américaine et saoudienne. La logique d’inversion du régime de terreur leur impose d’apporter leur soutien à la Syrie et à l’Iran.

14 – Il est vrai que les Afghans, à l’instar des Palestiniens, n’ont pas fait preuve de vigilance et se sont trouvés été impliqués dans la guerre en Syrie pour le compte des monarchies et des services anglais et américains. Il est vrai aussi qu’ils portent les mêmes contradictions, les mêmes confusions et surtout les mêmes stigmates que leurs coreligionnaires arabes.  La haine du colonisateur et la vision globale de certains mouvements islamiques afghans leur donnent le sens des priorités. Ce n’est sans doute pas un hasard que les embuscades et les coups de main contre les troupes américaines se soient multipliés et intensifiés.

Rien ne dit que dans un avenir proche  les Iraniens, les Russes et les Pakistanais ne vont pas apporter un soutien plus conséquent à la résistance afghane qui rendra le retrait américain sanglant et humiliant. L’Amérique a la puissance et les moyens, mais son armée est vulnérable par son déploiement dans le monde entier. Le cout en vie humaine et en logistique va devenir lourd à supporter et imposer l’abandon des bases et des colonies comme ce fut le cas pour l’Empire britannique. Obama et l’armée américaine sont peut-être conscients des nouvelles équations ainsi que des limites psychologiques, militaires et financières de leurs appareils de puissance mondiale.

15 – L’OTAN,  l’Allemagne, l’Angleterre, le Canada, l’Italie refusent de participer à la guerre.

Tous ces éléments complexes ne permettent pas objectivement de dire qu’il n’y aura pas de guerre ni de dire que la Syrie a les moyens de gagner cette guerre, mais ils autorisent à dire que l’Empire a perdu de sa capacité à anticiper et à innover. Il est face à une résistance intérieure et à une résistance extérieure qui sont, comble du paradoxe, le fruit de sa politique du chaos, chaos qui se retourne contre lui et qu’il ne pouvait ni voir ni prévoir par l’excès de confiance en son invulnérabilité. Il y a d’autres forces en émergences qu’il a méprisées et comme dit le dicton algérien «  la branche que tu ne vois pas risque de crever les yeux ».

Les mouvements islamiques, focalisés sur la force de l’Empire, ont composé avec lui  ou se focalisés sur lui en restant autarcique, et ainsi ils ont négligé le reste du monde. Ce reste du monde a faussé tous les calculs de la manière la plus inattendue. La guerre est encore loin, renvoyée à une dizaine de jours ou à un mois : l’Empire est déjà prisonnier de ses choix guerriers qui le mettent dans le meilleur scénario dans une posture infernale : « le gagnant sera le perdant ». La guerre ne s’inscrit pas dans le seul  rapport des forces en présence ni dans la comptabilité des systèmes d’armes embarqués dans les airs et les mers.

Guerre intérieure,  guerre extérieure et leurs dommages collatéraux sur la France et les monarchies arabes ?

En attendant de voir la guerre et ses conséquences, nous pouvons faire des anticipations en faisant des scénarios de la guerre que vont se livrer les sénateurs américains à Washington. Pour comprendre l’importance de ce débat sur la guerre à l’extérieur sur la vie politique intérieure de l’Empire il faut se rappeler trois commandements sur les dix commandements américains :

  • L’empire est le produit de la violence
  • L’empire est le paradoxe de la  culture insulaire qui donne préoccupation à sa vie intérieure aux dépens des autres, mais dont la profondeur stratégique est l’intérieur des côtes des autres. La politique intérieure et la politique extérieure sont synonymes. La réussite ou l’échec de l’une aura des répercussions inévitables sur l’autre.
  • Israël : en plus de l’attachement biblique et symbolique, sa sécurité fait partie de la sécurité intérieure des Etats-Unis

Il faut aussi se rappeler que le Congrès américain dans ses deux composantes  « républicaniste » et  » démocratiste » est majoritairement sioniste. Les analystes qui suivent de près la vie politique américaine observent l’émergence d’une troisième voix non sioniste et  non interventionniste avec des chefs de files anti système. La lutte politique et idéologique autour de la guerre en Syrie va opposer non seulement les partis traditionnels, mais le système et l’anti système, les sionistes et les non sionistes, les capitalistes purs et durs et les libéraux sur fond de crise, d’incertitude, de doutes, de confusion sur l’avenir de l’Amérique  et sur les résultats de la guerre dont le questionnement  dépasse le simple alignement patriotique traditionnel derrière le Président. L’Amérique semble se poser la question de la crédibilité et de l’efficacité de sa puissance, sous des perspectives différentes voire inconciliables.

L’Empire doute de l’usage de sa force au point d’entrer en crise. Lorsqu’on parle de crise on parle d’une situation nouvelle où les repères, les hommes, les concepts, l’histoire ne parviennent plus à fédérer une entreprise, un parti ou une nation sur des valeurs communes et des perspectives communes. En général les crises favorisent l’Émergence de l’homme providence qui porte le fardeau et qui incarne le changement. Obama élu pour ce rôle semble pétrifié, hésitant, insondable, incapable de conduire son système à surmonter la crise de confiance en y ajoutant la crise d’autorité.

Même si le système est globalement acquis au changement de régime en Syrie, au soutien de l’opposition armée, il est confus sur la nature et les conséquences de son implication, car il doute de lui-même et de ses chefs. Le débat sera davantage un débat psychanalytique qu’un débat politique. Ce débat, quelque soit l’issue de la guerre en Syrie, laissera des stigmates plus grandes en termes de confiance et d’autorité, donc en termes de crises du système.  Selon que  la crise de légitimité se manifeste avant ou après la guerre les conséquences seront plus dramatiques pour la gestion de la guerre ou pour les conséquences de la guerre.

Dans l’Etat de confusion de cette fin de règne – avec d’un côté des pertes de repères et dans l’autre des idées de changement ou de résistance –  il faut imaginer le débat sur la guerre en Syrie comme un débat sur le niveau de violence attendu de l’armée impériale, sur la sécurité et le devenir d’Israël, sur les désirs des sionistes et des lobbies juifs,  sur la gestion des conséquences politiques et économiques dans le monde arabe et dans l’opinion mondiale.

Le débat sera houleux, idéologique et politique. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu qu’il nous faut juste nous focaliser sur les extrêmes inconciliables entre :

  • Refuser la guerre contre le Président
  • Mener la guerre au-delà des objectifs du Président.
  • Redonner la main au Président pour qu’il s’assume…

Derrière chacun des choix il y a des luttes idéologiques, symboliques  et politiques très complexes. Quel que soit le choix, il ne fera  qu’accélérer la  décomposition du système en exposant les symboles du pouvoir à la crise de confiance, à la crise  d’autorité, à la crise  de continuité. Les symboles sont l’Administration et l’Armée. Le système ne va pas tomber, mais va aggraver ses crises en y ajoutant la crise de pouvoir, la crise de symbole. Plus que la guerre en Syrie qui semble inéluctable, plus que les conséquences de la guerre qui semblent imprévisibles en termes de gains et de pertes pour chaque partie et pour chaque région, la question majeure est la guerre idéologique et politique aux Etats-Unis. Pierre Grasset –  l’expert français sur les questions de  défense et de géostratégie et fin connaisseur du fonctionnement de l’Empire – avait écrit quelque chose qui doit retenir notre attention : lorsque le ministre de la défense ou le chef d’Etat-major des armées démissionne, il faut lire l’évènement comme un coup d’Etat. La crise est telle que les arrangements d’appareils et les modalités de fonctionnement du système ne peuvent plus se faire poussant les éléments du système à entrer en violence contre le système par le refus de le servir.

Les parlementaires anglais se sont défiés de David Cameroun et de Nick Clegg provoquant une crise du système sur des questions de politique internationale. Le fait n’est pas anodin. Il faut faire le rapprochement entre la culture insulaire anglo-saxonne,  la fin de l’Empire et la fin de la colonisation.

La crise protéiforme  interne et externe ne va sans doute pas épargner la foi des Américains dans les   fondamentaux des Etats-Unis. En plus de ses graves conséquences sur l’armée américaine et sur le pouvoir américain, elle va poser, sans moyens de les éviter, le rapport de l’Amérique à l’entité sioniste, comme elle va poser sans moyens de les éviter les rapports de vassalité à l’Amérique impériale. Ces rapports vont se poser à la conscience des gouvernants et de leur opposition.

Si on fait abstraction des dommages de fond ou des dommages collatéraux que vont provoquer les choix des sénateurs il faut imaginer les conséquences de la guerre en Syrie pour le devenir de l’Empire :

–          Comment  l’Empire et ses alliés vont-ils gérer avec la Russie un processus de paix négociée en Syrie  à la suite d’un éventuel d’une frappe limitée qui sauve le régime syrien et qui sauve les apparences de l’Empire ? Qui s’en sortira le plus renforcé : les Russes et l’axe Eurasie ou les Américains ? La question lancinante d’aujourd’hui sera relancée : comment arriver à la solution politique en Syrie  alors que l’Empire et ses vassaux arabes et sionistes ont refusé.

–          Comment  l’Empire et ses alliés vont-ils gérer le chaos si la guerre prend d’autres proportions et s’impose plus longue et plus complexe que prévu. Le chaos  remettra Israël non seulement au cœur du problème palestinien et au cœur du drame arabe, mais comme un viol historique dans la conscience humaine, un problème récurrent qui empoisonne la paix et la sécurité mondiale. L’Histoire s’accélère et ressemble davantage à un embourbement dans les sables mouvants que dans un Blitz  médiatique et militaire. Même s’il y a Blitz, la bataille de Stalingrad a montré les retournements historiques et militaires. Même s’il y a Blitz, l’invasion de l’Irak a montré son absurdité : aucun objectif de guerre n’est atteint si on ne fait pas de l’entropie une politique en soi.

–          Que va faire Obama si le Congrès lui renvoie la balle ou s’il lui impose d’autres choix : va-t-il confier à l’armée ses prérogatives ou va-t-il devenir l’exécutant de la politique de ses rivaux politiques ? Les termes du discours d’Obama montrent la voie : il va vers la guerre, car la décision est prise ainsi que son calendrier. Pourquoi l’imbroglio formel les confusions discursives ?

–          Que vont  faire Obama  et l’Administration américaine  après le G20 si Poutine, les Pays émergents et l’opinion mondiale leur signifie non seulement leur refus de la guerre mais leur font  endosser de nouveau les responsabilités de l’ensemble des conséquences de la guerre dans le monde ? Obama va aller en guerre, alors pourquoi la différer après le G20 tout en n’attendant pas les résulttsq de la commission de l’ONU sur les armes chimiques.  C’est kafkaïen ! Le gouvernement français va-t-il démissionner lui qui a engagé sa responsabilité de suivre l’Administration américaine (ou plus exactement les médias français emballés par les sionistes) si jamais il y a de nouveaux changements de cap à l’horizon ou lorsque la guerre ne se déroulera pas comme annoncée sur le plan de la durée, du budget et de l’étendue du champ des opérations ?

Pour l’instant les médias français continuent leur pressing après s’être remis de leur effondrement que le discours d’Obama a provoqué. Il y a d’autres effondrements en vue qui les attendent et que ni la haine de l’Iran, ni de Bachar Al Assad, ni de Poutine ne pourrait contenir. Les jours sont comptés même si beaucoup ne voient pas que la guerre a déjà commencé et que nous voyons déjà les avancées et les reculades, les percées et les replis sur le champ politique et diplomatique préfigurant le champ de bataille militaire. Dans ce compte à rebours les USA et la France tentent de gagner l’opinion publique et d’aligner les voix officielles sur l’agenda de l’Empire faisant semblant d’ignorer le spectacle désolant de la réalité historique que le romantisme français a sublimé dans «  le radeau de la méduse ». La partie adverse qui ne veut pas connaitre le naufrage est sans doute à pied d’œuvre pour transformer la plaisance guerrière en déluge infernal selon le dicton algérien « si  la porte d’’entrée est facile à trouver, la porte de sortie sera difficile ». Une chose est pourtant acquise et elle défie tout l’imaginaire rationaliste de va-t-en-guerre dans son évolution : l’isolement du régime syrien.

Depuis deux ans le Président syrien et son système étaient isolé sur le plan arabe et international. Les gens les plus honnêtes tentaient de faire des analyses sur l’Empire et ses vassaux du Golfe, alors que certains hommes de religion refusaient la sédition armée et l’effusion de sang, mais personne ne soutenait le gouvernement syrien. La loi du paradoxe ou de l’inversion a voulu que dès que la décision de frappe américaine contre la Syrie s’est affichée comme inéluctable les soutiens de plus en plus massifs au Président Assad et à la Syrie devenaient apparents à Londres, à Washington et dans les capitales arabes. Personne ne sait comment ce sentiment va évoluer ni comment il va s’organiser, mais il existe et il faut faire avec pour l’analyse et pour la conduite de la guerre et de la résistance à la guerre.

L’opposition armée syrienne et ses commanditaires arabes ne voient toujours qu’ils seront les grands perdants, et ce quel que soit le scénario qui va s’imposer : une logique  politique, frappe limitée,  ou guerre totale. Dans le champ des plus grands perdants il y a bien entendu les néo ottomans d’Erdogan qui vont payer un prix rédhibitoire pire que celui payé par les Frères musulmans pour leur acharnement contre la Syrie dépassant toute logique et toute morale. Je ne crois pas que la Turquie sera stable après les premières victimes des frappes américaines et après les premiers dégâts, même si ce sont des soldats et des infrastructures militaires.

Dans le premier cas ni le peuple ni la communauté internationale n’en fera des interlocuteurs politiques valides ou représentatifs. Ils seront dans la situation du cocu magnifique. C’est le scénario qui a le plus de chance de voir le jour.  C’est un scénario qui peut à court terme donner l’illusion à l’Arabie saoudite et aux GIA internationaux de tenter des offensives sur les positions syriennes  détruites ou affaiblies par les frappes américaines et à long terme générer le chaos. C’est un remake de la guerre Irak Iran que les Etats-Unis et leurs alliés arabes et occidentaux ont fait durer le plus longtemps pour épuiser toutes les ressources de la Région. C’est aussi l’expérience réussie en Libye où les frappes ont ouvert des brèches par où l’opposition a pris le contrôle du pays. C’est un scénario possible, mais difficile vus la configuration du terrain, l’organisation de l’armée syrienne présente dans les villes pour faire face à la guérilla, la présence sur le sol syrien de combattants entraînés du Hezbollah et des Gardiens de la révolution iranienne.

Dans la réalité des faits, le scénario libyen a été tenté et a connu un échec. L’armée syrienne a détricoté les ceintures de l’opposition armée qui ont serré l’étau autour des grandes villes syriennes et tout particulièrement autour de Damas ces dernières semaines qui ont permis au monde entier de connaitre la Ghouta et le rif damasqi et d’attendre la chute du régime syrien annoncée pour début septembre. Mais l’armée syrienne s’est déployée avec intelligence et a remporté une bataille non seulement contre l’opposition armée, mais contre les experts occidentaux, arabes et turcs qui encadraient les combattants étrangers. L’arme chimique et la déclaration de guerre qui fait suite viennent comme  recours dramatique. Pour l’instant, les informations parlent de combats violents et de grandes pertes dans les rangs de l’opposition qui rendent le scénario libyen difficile à mettre sauf s’il y a un effondrement total de l’armée syrienne et dans ce cas nous serions dans le cas de figure de la guerre totale.

Il y aura beaucoup d’effusion de sang, mais à long terme rien ne dit que la région ne va pas enfanter du plan diabolique qui lui a été préparé une  expérience inédite de guerre et une pédagogie de formation de chefs de guerre contre l’Empire et Israël. La région est instable politiquement et rien ne permet d’affirmer quelle sera la future couleur idéologique des futurs gouvernants.

Les Russes et  les Chinois ont sans doute pris en considération  cette perspective, ils peuvent sans intervenir officiellement en guerre apporter du renseignement et de la logistique. Les américains ne sont plus seuls en mer méditerranée.

Dans le second cas, ils sont dans une logique de guerre qui se nourrit de sa propre logique et en leur sein. Ils ne trouveront pas le consensus et le rang unifié pour aller à une table de négociation ou pour gouverner  puisque dans les moments de la guerre ils n’ont pas pu unifier leur rang et avoir un projet de gouvernance. Ils vont se réveiller comme les idiots utiles et les pions que l’Empire a fait avancer dans la conquête de l’échiquier régional sans leur accorder un droit au maigre butin.

Dans le cas de la guerre totale, les équilibres et les curseurs actuels vont totalement changer vers trois configurations qui ne travaillent pas les agendas de l’opposition. Ce sera une  lutte impitoyable que se livreront  de petits seigneurs de guerre sur un territoire ravagé. Sinon ce sera une résistance globale contre l’Empire et ses alliés. Le pire des scénarios sera une guerre arabes contre iraniens ou sunnites contre chiites et là aussi il faut avoir le courage de dire que les arabes et les sunnites sont tellement déchirés et insensés sans projet à long terme qu’ils finiront par entre-tuer dans une guerre de cent ans si ce n‘est pas mille ans. Toujours dans cette hypothèse probable de guerre totale, l’Administration américaine, au delà d’Obama, va perdre toute crédibilité car non seulement elle aura menti au monde d’une manière éhontée et aura affichée au monde que le pouvoir américain est divisée avec toutes les conséquences sur les futures alliances et les contrats stratégiques. Les gouvernants vassaux seront mis à nus devant leurs opinions.

Dans tous les cas l’Empire saura se replier sur ses bases arrière avant d’achever son cycle historique et disparaitre comme les empires des Pharaons, des Perses et des Romains. La fin de l’Empire est  historiquement inéluctable. Nos intelligences et nos émotions sont sollicitées pour voir les signes précurseurs  de cette fin.

Saint Pétersbourg : plusieurs  rencontres

Dans l’attente de la fin proche, mais lointaine  de l’Empire il y a urgence à voir ce que réserve la rencontre directe ou indirecte en Obama et Poutine dans le cadre du délai qu’Obama a fixé pour frapper la Syrie : un jour, une semaine ou un mois. Obama peut être considéré comme symboliquement isolé au G20, mais cela ne changera pas sa position sauf s’il se déjuge ou s’il se passe un événement qui force l’histoire à prendre un nouveau chemin. Il est vrai que l’Empire n’a plus toutes les cartes en main et qu’il nage dans la confusion, mais il est vrai aussi qu’Obama va rencontrer Poutine avec deux cartes en main. La première carte est authentique et redoutable : sa déclaration de guerre à la Syrie. Sa seconde carte est la négociation avec le Congrès américain qu’il peut tourner en chantage internationale.

Obama et son équipe vont donc rencontrer les Russes et leurs alliés avec trois éléments : le principe acquis d’une solution politique négociée en Syrie (Genève 1), la déclaration de guerre, l’accord de principe sur Genève 2 pour formuler et conclure les modalités de Genève 1 avec l’Amérique, cette fois-ci  en position de force. La position russe semble fragile.

Si par contre nous envisageons l’hypothèse que les Russes viennent avec une autre carte d’échange : l’engagement des Iraniens à poursuivre un programme nucléaire pacifique qui sera confirmée par la rencontre à l’ONU entre Obama et le président Rohani lors de la prochaine assemblée générale. Obama a déjà un prix Nobel de la paix qui rehausse le prestige d’une Amérique en faillite. Ce serait tentant pour lui d’entrer dans l’Histoire et de donner en même du répit à l’Amérique dot tous les horizons semblent bouchés sauf celui de la guerre. C’est une hypothèse plausible pour un homme qui n’a plus d’ambition politique à la Maison blanche et qui veut jouer un rôle messianique comme l’a préparé l’établissement civil et militaire pour faire sortir l’Amérique de ses crises  insurmontables.

Ce dernier scénario peut trouver écho aux Etats-Unis où commence à se former une opinion au sein des politiques et des civils qui ont de plus en plus conscience de la faillite de leur système et du rôle néfaste du sionisme qui les entraine plus vite dans le sens de sa chute. Les choses ne sont pas simples, car elles sont en devenir.

La rencontre est complexe, elle ne sera ni celle de la politique classiciste ni celle de l’économie et du commerce. D’une manière informelle et sans la présence obligatoire des intéressés nous aurons la rencontre au sommet entre le Tsar et  l’Empereur, entre les chefs des Eglises orthodoxes, catholiques et protestantes, entre les Musulmans et les Chrétiens, entre les forces émergentes et les forces en épuisement, entre la volonté de domination unilatérale de domination exclusive du monde et le partage des intérêts. Je suis prêt à parier qu’il y aura aussi la question du terrorisme islamique.

Le devenir fait partie du Ghayb qui échappe à l’entendement humain qui pourtant doit conserver sa lucidité et sa capacité de prospective pour assurer sa cohérence, sa survie et son déploiement dans un monde où rien n’est gagné ou perdu d’avance, mais où tout se construit.

L’Amérique est une hyperpuissance que des naufragés en provenance d’Europe ont construite  en tuant certes d’autres peuples, mais aussi en mobilisant leur intelligence, leur travail, leurs territoires, leur temps et leur argent. La Russie se relève de la même manière. L’Iran aussi. Ils parviennent à assurer leur survie et à imposer relativement leurs conditions. Dans ce processus, l’histoire humaine peut décider de mettre sur le compte du terrorisme islamique ce que la civilisation occidentale et ses vassaux arabes et musulmans ont permis et ont voulu. Les Frères musulmans sont en train d’en payer le prix. Ce sera peut-être le nouveau prix que les Salafistes devront payer. Ce sera une pause le temps que l’Empire se refasse une seconde jeunesse ou qu’il s’effondre. Est-ce que la pause va profiter aux musulmans pour repenser le monde ? Est-ce qu’il y aura réellement une pause. Je ne sais pas !

Réajuster à temps le curseur idéologique et politique ou disparaitre et ne pas voir la fin de l’Empire.

Je ne sais pas ce que serait le devenir du monde après Saint Pétersbourg et  après le vote du Congrès américain, mais je sais que la France a bouffé son dernier capital. Je sais aussi que faute de pensée autonome et d’observatoire outillé nous restons prisonniers de la lecture des autres et de leurs actes.

Je sais d’une manière intuitive, à travers quelques indices, que  la guerre qui semble livrée à l’extérieur n’est en réalité qu’une guerre livrée à l’intérieur du système américain et au sein des appareils de l’Empire, car il s’agit de sauver leur pays du naufrage qui les attend.

La doctrine américaine qui semble prendre le pas est celle de Brezinski, celle du Soft-Powerment qui prévoit de se retirer du Moyen-Orient et de laisser les Arabes, les Perses, les Turcs  et les Musulmans s’entre-déchirer. La même doctrine semble vouloir chercher une émancipation de l’entité sioniste.  J’avais écrit un pamphlet sur le salamalec  d’Obama au Caire « l’Antéchrist Abou’âmama, l’Amérique et les mondes musulmans« , il annonçait cet article et les événements qui l’ont suscités un an après

Libéré de ses fardeaux au Moyen-Orient, l’Amérique, une certaine Amérique, imagine sans doute retarder l’échéance de son déclin ou reprendre son élan dans un cadre plus restreint et plus « associatif ».  L’école du soft a sans doute formaté Obama et son « softened strike » préfigurant ainsi un système dans le système dominant américain celui du Hard.  Deux doctrines de guerre, deux luttes idéologiques, deux systèmes de gouvernance qui s’affrontent sur deux projets opposés : continuer à dominer le monde ou vivre les changements du monde. Dans les quatre situations nous sommes dans la posture du dicton algérien «  lorsque les aigles se battent dans les air, c’est les épis dans le champs qui reçoivent la raclée »

La doctrine partiellement appliquée a réussi en Libye. Elle a réussi en Egypte. En Syrie, elle semble trouver ses limites. Les Américains vont-ils donc se replier et se mettre à gérer leurs propres limites ou s’engager au-delà de leurs limites et pousser les autres à sortir de leurs limites.  Nous savons d’après la presse spécialisée que l’armée militaire est opposée à toute idée de guerre dans la région. L’épreuve russe, l’épreuve du Congrès et l’épreuve de la guerre en Syrie vont dévoiler les dessous de cartes.

Nous savons aussi, selon la même presse, que les détracteurs de la version officielle du 11 septembre sont de plus en plus écoutés par les officiers américains. Il est vrai que l’armée américaine est une armée impériale, impérialiste, mais il est vrai aussi qu’elle a une éthique et une doctrine de guerre comme toutes les armées du monde. Une armée peut remettre en cause le système qu’elle sert lorsque l’éthique et la doctrine qui lui donnent raison de porter l’uniforme et d’aller sur le champ de bataille sont mises en péril par les civils qui la commandent.  Le général Hannibal ou le  général Marc Antoine peuvent revisiter notre époque sous d’autres formalismes historiques et politiques si nous prenons la peine de les questionner.

Au moment où je termine la rédaction de cette analyse je tombe sur une information qui rend les choses encore plus compliquées pour Abou Amama dans son projet de réformer le système ou de le maintenir avec ou sans la guerre en Syrie.  La chaine TV de Globo, de Rio de Janeiro, vient de réaliser un scoop déstabilisant le Brésil et le système américain à deux jours du G20 en divulguant, dimanche soir, des documents des services secrets américains livrés par Edward Snowden. La présidente du Brésil Dilma Rousseff a fait l’objet d’espionnage de la part de l’Agence nationale de sécurité américaine NSA/USA. Voici ce qu’écrit  le Point et qui annonce un G20 houleux avec Poutine disposant d’autres cartes à jouer rendant les manœuvres américaines difficiles à éviter le naufrage :

Pour la réunion de lundi, la présidente Rousseff a convoqué notamment les ministres de la Défense Celso Amorim, des Affaires étrangères Luiz Alberto Figueiredo, et de la Justice José Eduardo Cardozo. « Si ces faits sont avérés, ce serait une situation inadmissible, inacceptable, qui pourrait être qualifiée comme une claire atteinte à la souveraineté de notre pays », a réagi dimanche soir le ministre de la Justice José Eduardo Cardozo. Si elle est confirmée, l’interception par les Etats-Unis de communications de la présidente Rousseff « représente une violation inadmissible et inacceptable de la souveraineté brésilienne », a déclaré lundi le chef de la diplomatie brésilienne Luiz Alberto Figueiredo lors d’une conférence de presse, réclamant de « rapides explications officielles par écrit ».

D’autres organes ajoutent que « le sénateur Ricardo Ferraco, qui préside la commission des affaires étrangères du Sénat brésilien a créé une commission chargée d’enquêter rapidement sur cette affaire. »

 Je sais aussi que le G20 de Saint-Petersbourg,  dans la continuité de Durban et  dans le prolongement des axes Eurasie et Amérique du Sud, va contribuer à isoler l’Empire sur le plan économique.  Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud vont annoncer la création d’une banque de développement des BRICS et la création de réserves communes de devises. L’Iran et le Pakistan vont certainement se joindre à ce cortège.

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 Les pays arabes et musulmans (à l’exception de l’Iran) sont loin de comprendre les enjeux et de s’inscrire dans la dynamique. La meilleure preuve est la gestion des « révolutions arabes » confiée à l’Empire avec toutes les conséquences que l’on sait alors qu’elles avaient le devoir de s’ouvrir au monde et de s’inscrire face à l’Empire. 

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Conclusion

1 –  Tout conduit  non seulement vers une guerre totale en Syrie, mais vers une confrontation globale dans la région. En effet :

– La Turquie veut  ouvrir des lignes de front terrestre et envahir la Syrie ? Erdogan a fait du régime syrien et de Bachar Al Assad un problème personnel et s’est placé dans l’irrationnel. Le peu de rationalité lui montre qu’il a fait prendre à la Turquie tous les risques sans rien gagner alors que  l’idée de prendre des territoires, de régler des contentieux historiques et idéologiques s’offre à lui.  Que feront les Arabes ?

– Le Hezbollah sait qu’il est visé par l’agression. Il est déjà engagé en Syrie, et il ne peut que continuer de livrer la bataille pour sa survie et pour la survie de l’axe de la résistance. Il peut attendre et gérer le terrain en Syrie, mais la nature de la confrontation est telle qu’il pointera l’entité sioniste. La nature agressive et opportuniste de l’entité sioniste est telle qu’elle cherchera la confrontation au Liban et en Palestine. L’armée américaine va-t-elle laisser l’armée sioniste seule ou va-t-elle s’impliquer au Liban et régler avec le Hezbollah un vieux contentieux ? Tout laisse supposer une implication active et totale du Hezbollah.

– Non seulement les  Alaouites risquent l’extermination, mais également les  Sunnites  majoritaires dans l’armée, la police et l’Administration eu regard de l’expérience irakienne et de  l’expérience algérienne. Quelque soit la nature, l’étendue et la durée des frappes ils n’auront, avec les Chrétiens, que le choix de la fuite ou le combat pour la survie.

2 – Dans quelques jours nous seront face à  l’heure de vérité.  La question reste posée : quels sont les moyens de riposte de l’armée syrienne? Elle n’a pas les moyens techniques et logistiques d’affronter l’armée américaine sur le schéma des guerres modernes technologiques. A t-elle prévu une riposte adaptée sur d’autres cibles dans la région ? A t-elle tiré les enseignements de la bataille de Bagdad et de Belgrad ? Quelles sont les pertes qu’elle peut supporter et quelles sont les pertes qu’elle peut provoquer dans les rangs de l’agresseur et de ses alliés ?  Quel est le rapport de pertes admissibles pour les deux parties ? Le temps accordé par Obama ne joue ni en sa faveur ni en sa défaveur car la construction des lignes de défense et le maniement de systèmes d’armes sophistiqués ne se réalisent ni en jours ni en semaines, mais en mois voire en années.

3 – Si l’armée syrienne et ses alliés dans la région se sont préparés à cette guerre inévitable et prévisible alors il y a beaucoup de chance que le conflit sur le sol syrien ou dans la région arabe devienne une guerre intérieure aux Etats-Unis  fatale pour l’Empire et ses alliés. Sinon l’Empire ne fait que se donner l’illusion de repousser l’échéance de sa fin dans quelques années :

{Vaincus seront les Romains, dans la terre la plus basse (la plus proche), et après leur défaite, eux, ils (les musulmans) vaincront, dans quelques années (dans 3 à 9 ans). A Allah appartient la décision finale, aussi bien avant qu’après. Et ce jour-là les croyants se réjouiront de la victoire d’Allah . Il fait triompher qui Il veut, car Il est l’Invincible , le Miséricordieux.} Ar Roum

C’est une promesse sans cesse renouvelée si nous savons la lire et la traduire dans la réalité. Il nous faut comme Moussa (saws)  ( voir « Résistance globale  » ) démonter les mécanismes de l’oppression en nous plaçant sur le terrain de la vérité pour dévoiler toutes les supercheries de Pharaon et de ses appareils politiques, économiques, économiques et idéologiques. Je reviendrais sur la personnalité de Pharaon pour y voir les Signes de la fin de son Empire plein de similitude avec l’hyperpuissance américaine.

4 –  Un grand nombre d’Arabes et de Musulmans de la Région savent qu’ils jouent une bataille existentielle que leur imposent l’Empire,  le sionisme et leurs vassaux. Ils sont conscients de cette bataille comme ils sont conscients des siècles de Wahn qui leur montrent qu’il n’y a ni pitié ni respect ni prospérité à attendre d’un système qui les écrase et les humilie. Cette bataille gagnée les fera entrer de nouveau dans l’histoire. Cette bataille perdue ne fera pas changer le niveau de Wahn. La mort n’est pas la fin de la vie, mais le début d’une nouvelle vie et la fin du Wahn. L’équation se présente tout autrement pour l’Empire : leur gain est insignifiant dans l’état actuel ou en devenir du monde, mais une résistance qui met en échec leur plan sera une catastrophe dont il ne se remettra pas car il est déjà avancé dans sa chute et il n’en a pas conscience.

5 – Tout l’artifice médiatique, diplomatique et psychologique consiste à faire croire à l’armée syrienne et à ses alliés que les frappes seront limitées ou graduelles sans objectif de changer le régime et ce jusqu’à obtenir l’accord du régime syrien de négocier en position de faiblesse la solution politique. L’erreur fatale serait donc de croire à une issue négociée et de ne pas riposter vite et fort et de la manière la plus surprenante. C’est ce que nous attendons dès le premier missile sur Damas. L’empire est tellement plongé dans son délire de puissance mélangé à de la confusion et du chaos qu’il ne perçoit plus la logique de chaos qu’il est en train de générer contre lui-même et contre ses alliés.

6 – Dans ce cafouillage général dans cette volonté de guerre inéluctable, et dans l’attente du vote du congrès, nous gardons en vue la loi du paradoxe qui semble intervenir rendant les choses  plus confuses, plus absurdes, et plus imprévisibles, nous devons garder en vue que les canaux de communication entre tous les acteurs sont encore ouverts et que toutes les informations ne sont pas dites et que toutes les cartes ne sont pas abattues. Snowden n’a pas divulgué tous ses secrets, Pharaon Abou Amama n’a pas livré tous les mystères de sa psychologie, les intérêts américains et occidentaux dans la région ne se sont pas encore exprimées du moins dans les médias,  l’Histoire ne s’est pas encore achevée…

7 – Est-ce qu’il est logique de croire que l’armée américaine pourrait  frapper Damas impunément et puisse retourner en paix dans ses bases comme si elle revenait d’une colonie de vacances. L’entité sioniste et la France sont les seuls à se montrer illogiques et empressés.

La résistance palestinienne et libanaise joue sa survie et va se redéployer dans une nouvelle configuration régionale. Le sentiment arabe anti américain, anti sioniste et anti saoudien va ressurgir et exploser de nouveau. Le sentiment slave, humilié en Serbie, va s’exprimer au sein de l’armée et du peuple russe qui ont des traidions.

8 – L’Occident a misé sur Rouhani ignorant qu’il est un des promoteurs et le principal gestionnaire du nucléaire iranien et souhaitait le récupérer après le départ de Ahmed Najad l’infléxible.  Rouhani est davantage ouvert aux russes et Chinois. La rencontre Poutine Rouhani à Saint Petersbourg  placera le curseur géostratégique en défaveur des monarchies arabes et des Occidentaux.

9 – L’industrie miliaire et la société d’exportation de matériel de guerre de la Russie ont l’opportunité et la pertinence de profiter de la guerre en Syrie pour exposer à la demande internationale leur offre sophistiquée en matière de défense nationale. Est-ce que les Russes vont rater cette occasion de promouvoir leur technologie et de gagner des marchés  et laisser les Français et les Américains dominants du marché ?

10 – Le triomphe cynique de la puissance militaire et technologique américaine lors de la seconde guerre mondiale s’est accompagné à ce jour d’un nihilisme moral, d’un désenchantement  et d’une crise de confiance et d’autorité qui annonçaient la fin d’un monde. L’Afghanistan, l’Irak et la Syrie vont apporter dans une sorte de réaction en chaines de malédictions la folie et le suicide de l’Empire.

11 –  L’Occident et le monde arabe, opposants tièdes ou farouches à la guerre et partisans modérés ou intégristes de la guerre, ne s’interrogent que sur les conséquences limitées ou débordantes de la guerre. Rares sont ceux qui posent la question du droit. Comme en Irak, en Afghanistan, en Libye, l’Empire se pose en Syrie comme la norme qui décide du juste et de l’injuste, du vrai et du faux. L’humanité est à un niveau de régression morale tel qu’elle ne peut faire l’économie du chaos qui va renverser l’ordre établi et dont elle paiera la facture pour son indolence.

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe 2/2.

[Partie 1/2] [Partie 2/2]

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

[dropcap]L[/dropcap]’Islam et les coutumes arabes se rejoignent sur un principe : le respect de la sacralité de la parole donnée, de certains lieux et de certains moments. Il s’agit d’assurer des opportunités et des pertinences  pour apaiser les tensions et renouer le dialogue entre belligérants. Il s’agit aussi de donner aux civils la possibilité d’assurer leur existence. Il s’agit aussi de rendre la guerre plus économe en vies humaines. C’est un sacrilège de transgresser ces principes. Nous avons vu dans le monde arabe, de l’Algérie jusqu’à l’Egypte en passant par la Syrie, comment les éradicateurs, les tenants du tout sécuritaire, et les agents de l’Empire et du sionisme conjuguaient leurs volontés et leurs efforts pour interdire tout dialogue et tout arrêt de l’effusion de sang. Plus le sang coule et moins il y a de passerelles de dialogues et bien entendu plus la subversion se généralise et s’intensifie et plus les conséquences de la guerre sont désastreuses non seulement pour les belligérants, mais pour l’ensemble de la nation.

Il s’est  trouvé qu’un chef d’expédition militaire désigné par le Prophète (saws) pour défendre une position s’est trompé de date et a engagé le combat contre un détachement d’idolâtres. Les Arabes païens de la Mecque avaient suffisamment de poètes, d’argent et de prestige pour mener une campagne médiatique contre le Prophète afin de la déconsidérer aux yeux des opprimés et des faibles retenus à la Mecque.  La guerre idéologique et psychologique voulait montrer les adeptes de l’Islam comme des meurtriers et des  transgresseurs tout en provoquant la zizanie dans leurs rangs. Le Coran a tranché la question en prenant la défense des opprimés et en montrant que le sacrilège le plus grand n’est pas dans le meurtre commis par erreur d’appréciation militaire, mais dans la subversion qui a présidé à la guerre et que tout le monde connait : la persécution des musulmans.

Le terme Fitna signifie dans ce contexte à la fois la subversion et la persécution qui ont conduit les Croyants à se défendre par les armes après avoir été expulsés de leurs demeures et spoliés de leurs biens pour avoir proclamé leur foi et défendu leur droit à croire en Allah (swt) et suivre Son Prophète (saws).

L’analyse historique et l’étude sémantique avec ses subtilités lexicales et ses tournures grammaticales montrent la manipulation et la subversion dans la diabolisation de l’adversaire. Dans les temps présents nous voyons comment les résistances palestinienne et libanaise sont présentées comme des organisations terroristes, comment l’Iran est tenu de renoncer à l’acquisition technologique sous le prétexte qu’il doit fournir lui même la preuve de son pacifisme à la communauté internationale non pacifique, les vainqueurs des élections sont tenus de reconnaître l’interruption du processus démocratique et se soumettre à la dictature, les destructeurs de la Syrie présentés comme des révolutionnaires ou des amis de la Syrie…

Le Coran nous  montre le devoir de s’attacher à la vérité des faits au-delà de l’émotionnel souvent trompeur et de ne pas céder au tapage médiatique facétieux. La puissante médiatique de la subversion peut masquer la vérité pendant un certain temps, mais elle ne peut  détourner le cours de l’histoire qui impose sa loi, sa dialectique et son aboutissement si et seulement si l’homme prend conscience de son devoir de s’éveiller à la vérité et de refuser de se soumettre à l’imposition idéologique :

{Certes, ceux qui sont devenus  croyants et ceux qui ont émigré et se sont efforcé dans la cause d’Allah, ceux-là espèrent la Miséricorde d’Allah; et Allah Est Absoluteur, Miséricordieux.} Al Baqara 218

Il est remarquable de voir que contre la subversion Allah n’utilise pas le terme de Qatala (combattre) mais le terme de Jahada plus large et plus signifiant que lutter. Il s’agit de déployer tous ses efforts dans la limite de ses possibilités objectives et subjectives. Il s’agit de s’efforcer moralement, intellectuellement, spirituellement, socialement, politiquement, économiquement, médiatiquement et militairement s’il le faut et en dernier recours pour mettre fin  à la subversion, à la persécution et à l’injustice.

La réalité des temps présents rappelle celle des temps anciens à une autre échelle de temps et d’espace. Les idolâtres et les hypocrites ainsi que leurs modèles impériaux byzantins et  perses et leurs incitateurs judéo-chrétiens sont toujours là. La différence majeure est que les Musulmans réunis autour du Prophète (saws)  étaient fédérés sur les grands principes de l’Islam : la foi, la justice, la vérité, le savoir, l’unité,  la solidarité sans parler de la constance, de la résilience, de l’endurance devant les épreuves. Ils connaissaient  le sens des Ayat qui leur demandaient le sacrifice de leur vie ainsi que les conditions et les moyens à mobiliser :

{Le combat vous a été prescrit et c’est une abomination pour vous; mais il se peut que vous haïssiez quelque chose et que ce soit un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose et que ce soit un mal pour vous. Cependant, Allah Sait et vous ne savez pas.} Al Baqara 216

On ne peut militer pour une révolution ou pour une contre révolution si la question de  l’effusion du sang des musulmans échappe à notre problématique. On ne peut ignorer la règle islamique qui dit que ce qui a été fondé sur le faux (injustice) est faux (injustice). On ne peut construire une analyse sérieuse et crédible sur la révolution arabe et ses conséquences sans se poser un instant la question si cette révolution est authentique, juste, crédible dans sa formulation, son déploiement et sa gestion ? Etait-elle dirigée contre l’Empire et le sionisme et leurs agents ? Avait-elle les moyens de s’émanciper de l’Empire, du sionisme, et de leurs vassaux ? Non ! Nous assistons à des gesticulations politiciennes et à des matraquages idéologiques qui rendent de plus en plus lointaine l’émancipation des peuples de l’oppression interne et du colonialisme externe.

Nous assistons depuis des mois davantage à de la subversion qu’à de la révolution. Les médias et  les intellectuels organiques  de l’Empire et du sionisme ainsi que les auxiliaires de la vassalité  nous disent que la révolution n’est qu’au début et qu’il lui faut encore 10 ans au moins avant que le monde arabe n’atteigne la maturité démocratique de l’Occident. Oui l’Empire et le sionisme ont besoin de 10 ans pour saper définitivement nos possibilités sous un déluge de sang et de larmes dont ne sortira que le triomphe de la haine que chacun de nous porte contre autrui et que l’Empire et le sionisme ont su enfouir dans nos esprits et dans nos cœurs mal réveillés de la longue nuit coloniale.

L’islamophobie et les dix commandements US sont la même et seule volonté qui consiste à maintenir éveillés les diables qui transforment notre existence en cauchemar et celle des autres en fantasmes de puissance et de jouissance. C’est sans doute l’annonce de la fin du monde ou de la fin d’un monde. Les choses se déroulent à un niveau de complexité et de rapidité tel qu’il est difficile de comprendre réellement les mécanismes la Fitna et en prévoir la fin. Les chamboulements géopolitiques et politiques dépassent l’imagination d’un homme.

Les Arabes ne sont toujours pas pressés de faire le montage organique, financier et méthodologique de laboratoires d’études… Ils ne sont pas prêts à pratiquer l’auto critique salvatrice. Le salut ne peut venir que d’Allah (swt) qui inspire l’esprit de réforme à des réformateurs, l’esprit de justice à des justes, l’esprit de justesse à des compétents, l’esprit de sens à des sensés qui s’éveillent et éveillent leurs peuples à se tenir loin de la Fitna et de ses partisans experts en syllogismes fallacieux et en casuistiques. Les experts du mensonge lorsqu’ils trouvent l’audience consentante, ils parviennent à présenter l’adepte de la vérité et l’éveilleur de conscience comme des partisans à éradiquer. Ainsi celui qui refuse l’effusion de sang en Syrie est présenté comme un partisan du régime syrien, celui qui refuse l’intervention de l’OTAN en Libye est présenté comme ennemi de l’Islam et de la révolution, celui qui refuse la répression en Egypte est présenté comme partisan des Frères musulmans. La subversion est l’art d’inverser la réalité en contestant ses adeptes et en provoquant des bouleversements psychologique et sociaux tels qu’il devient difficile non seulement  au commun des gens de trouver des repères pour comprendre, mais à l’être le plus noble d’imaginer le niveau de monstruosité atteint par ses ennemis  :

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{Ils ont déjà, auparavant, cherché la subversion (la sédition), et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} At Tawbah 46

  Il ne s’agit pas d’une illumination mystique ou d’un engagement confrérique, mais de la démarche saine et assidue que le musulman doit entreprendre en faisant l’effort de comprendre le signe divin dans le Coran, dans la réalité du monde. Le Coran devenant la lumière, la guidance, le critère, le recours, l’inspiration pour chercher la vérité, alors les illusions idéologiques et les illusionnistes politiques et médiatiques s’estompent pour fatalement laisser la vérité se confronter au mensonge et le vaincre par la seule logique de la vérité, sa seule nécessité historique et sa seule force :

{Dis : «  La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent. »} Al Isra 81

Al Isra,  la Promesse du triomphe de la vérité, n’est pas un nom de lieu ou de moment, mais    la culture  coranique du salut qui ne distingue pas le salut de l’homme confronté aux ténèbres du nihilisme et à qui elle propose la guidance, du salut de l’homme confronté à l’oppression militaire et politique à qui elle propose la longue marche patiente et assidue dans la nuit pour le conduire à la liberté et à la dignité.

La vérité ne s’énonce pas à l’improviste comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, elle se cristallise (du verbe arabe Hasshassa  حصحص ) tissant un édifice psychologique, social, historique, judiciaire, politique qui vient à bout des stratagèmes les plus élaborés,  les plus secrets, et les plus répressifs  :

{Maintenant la vérité s’est cristallisée} Youssef 54

Séparer la similitude du cheminement nocturne en quête de lumière et de guidance contre l’idolâtrie et du cheminement nocturne en quête de lumière et de  liberté contre l’oppression c’est non seulement ne pas voir le temps et l’élan nécessaires à l’être ontologique et social pour se mettre en quête de la lumière et triompher des ténèbres. Le double  salut dans ce monde et dans  l’autre exige des sacrifices. Ne pas emprunter ce chemin dans la nuit ou croire que la vérité éclate sans forces pour la porter contribuer à la persistance de la  Fitna, à la subversion, à la confusion, aux révoltes incessantes et vaines  dans le monde arabe.

 Si nous refusons d’admettre  qu’il y a mensonge sur la nature des révolutions et des contre révolutions dans le monde arabe et si nous refusons d’admettre qu’il y occultation délibérée de l’intervention de l’Empire et du sionisme dans le détournement de l’éveil islamique alors nous devons en toute objectivité relire le présent à la lumière du passé pour y trouver les mêmes problématiques.

La sourate At Tawbah clôture la dernière expédition du Prophète (saws), Ghazwat Tabouk, contre les Byzantins qui avaient pénétré en Arabie pour menacer la nouvelle civilisation islamique en émergence confrontée aux coalitions formées par les  hypocrites qui se cachaient derrière l’apparat islamique, les ambitieux qui  voulaient faire de l’Islam une rente, les vassaux de l’Empire byzantin et de l’Empire perse qui ne voulaient pas perdre les avantages de leur relation avec les deux Empires dominants, et les Juifs et les Chrétiens dépités par le triomphe de l’Islam qui met en péril leur prestige intellectuel et leur rente religieuse. Nous sommes symboliquement et historiquement  dans un contexte où la Fitna d’hier et celle d’aujourd’hui  se ressemblent :

Après l’indépendance nationale et après les pseudos révolutions il n’y a pas eu de réelle volonté de mener une lutte idéologique, politique, informationnelle  et économique contre l’emprise impériale et sioniste et leur machination. Nous avons assisté davantage à des gesticulations et à des arrangements d’appareils qu’à des stratégies nationales ou régionales :

{S’ils avaient réellement voulu sortir pour le combat, ils s’y seraient préparés avec soin ; mais Allah a rejeté leur prétention  et  les a rendus indolents. Aussi Il leur a été dit : « Demeurez parmi les invalides! » D’ailleurs, s’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’ajouter à votre trouble,  ils auraient semé la dissension parmi vous en incitant la discorde dans vos rangs, d’autant que certains d’entre persistent à les écouter. Mais Allah Est Tout-Scient des comploteurs.}  Al Ahzab 44

Les complots, les subversions et les épreuves ne font que traverser notre corps social et politique le déchirant et livrant les plus conscients et les plus compétents à la répression, à la torture, à l’exil, à la solitude sans que cela ne donne lieu à des interrogations, à des remises en cause, à des prises de conscience :

{Ils ont déjà, auparavant,  cherché la subversion, et ils ont fomenté contre toi des complots,  jusqu’au ce que la  Vérité se manifeste et que  le Décret d’Allah s’instaure, en dépit de leur répulsion.} Al Ahzab 45

Après l’indépendance,  après les « révolutions » et les « contre révolutions » nous retrouvons les musulmans se déchirer politiquement et fuir leurs responsabilités au lieu d’unir leurs efforts pour se prémunir du cancer qui ronge le monde arabe ou du moins éviter de succomber à ses métastases. Ainsi une grande partie des classes moyennes n’est pas prête à se libérer de la rente et à s’organiser contre les Baltagias de l’information, de l’économie, de la sécurité publique, de la morale et de l’arrivisme politique. Les élites islamiques et non islamiques refusent de placer le curseur idéologique sur le champ de bataille réel, ils louvoient et se donnent tout prétexte pour saper l’idée de changement salutaire et le programme de résistance crédible et efficace contre l’oppression et le colonialisme. Les plus sournois sont ceux qui cultivent l’inertie tout en occupant le champ de l’oppositionnel par la dénonciation et l’intrigue sans jamais produire de la pédagogie,  de l’ingénierie de résistance  ou une alternative. La Fitna est un fonds de commerce, un alibi qu’Allah met en faillite :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne m’éprouve point ». Mais à l’épreuve n’ont-ils pas failli ?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 46

Une autre lecture du sens des Ayat nous donne une autre traduction, un autre éclairage : la tentation mondaine est une autre forme d’épreuve à laquelle très peu résistent sauf s’ils ont la conviction d’agir à la fois  pour le salut dans ce monde et le salut dans l’autre et que s’ils ratent cette vie éphémère ils ne doivent pas rater la vie éternelle :

{Parmi eux, il en est qui disent : « Dispense-moi du combat  et ne me soumets pas à la tentation». Mais à la tentation n’ont-ils pas succombé?  Certes, la Géhenne  encercle les renégats.} Al Ahzab 47

La Fitna distingue le Croyant de l’hypocrite et du renégat par  l’épreuve de l’adversité pour que chacun ait sa récompense et soit rempli à sa juste mesure par ce qu’il accompli pour son salut ou sa perdition.

L’étude du Coran la plus sommaire met en évidence cette vérité : la Fitna, quel que soit le sens qu’on lui donne (épreuve, subversion, tentation ou discorde) n’est pas une imposition fatale d’un Dieu cruel sur des hommes subissant l’histoire, mais une pédagogie par l’épreuve pour éduquer, responsabiliser l’homme afin qu’il prenne par lui-même son salut dans ce monde et dans l’autre.  La Fitna est une purification sociale et spirituelle si l’être parvient à surmonter l’adversité, la subversion et à s’inscrire dans un projet de sens où la notion de salut est primordiale. Les insensés croient que l’Islam s’impose par le discours ou par la violence. D’autres plus insensés s’imaginent que le salut est dans la fuite hors de l’Islam dans le giron de l’Empire, du sionisme et de la répression des musulmans :

{Si un bien t’arrive, Ils en éprouvent du dépit, mais si un malheur te frappe, ils disent : «Heureusement que nous avions déjà  pris nos précautions », puis ils  se détournent tout réjouis. Dis: « Ne nous arrivera que ce qu’Allah nous a déjà prescrit.».} Al Ahzab 48

La Fitna distingue le Musulman de l’hypocrite, mesure à chacun sa sanction ou sa récompense selon le sens et la masse de ses œuvres, tout en offrant à tous la possibilité du repentir s’ils font l’effort de voir le chemin de rectitude qui les conduit vers le salut dans ce monde et dans l’autre :

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   {Et il est parmi les hommes celui qui adore Allah avec déviance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, mais s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hajj 11

Les dérives et les déviations vers lesquelles conduisent la lutte idéologique, le formaliste des bigots et le mimétisme aveugle s’écrivent en torrents de sang dans le monde arabe pour terroriser les croyants et les conduire à abjurer leur foi et à désister de leurs devoirs et de leurs droits au profit de l’Empire, du sionisme et de leurs vassaux. Contre cet immense sabotage la foi est l’ultime recours. D’ailleurs il est remarquable de voir comment  la voie de salut contre la Fitna, dans la sourate al Ahzab,  s’impose inéluctablement à l’esprit et à l’histoire lorsque le croyant se remet  totalement et en toute confiance à Allah (swt) :

{Il Est notre Protecteur !  Que les croyants s’en remettent donc à Allah ! } Al Ahzab 49

La finalité de la Fitna c’est de conduire chacun à épuiser ses recours. Si le renégat désespère de la Miséricorde d’Allah, le croyant espère en Sa Miséricorde et c’est pourquoi la Fitna conduit vers l’arbitrage ultime, le recours ultime, la remise totale et confiante entre les Mains du Maître des Univers. L’islamité comprise comme s’en remettre à Allah est comme la Taqwah : ce n’est pas un sentiment vague pour ou contre un objectif vague, mais bel et bien une foi déterminée, des résolutions fermes et des méthodes éprouvées que le Coran nous livre. Derrière l’absurde il y a un sens pédagogique, spirituel et socio-historique que l’intelligence et la foi doivent découvrir si elles veulent faire régner la paix et la justice dans la cité.

Mais si nous ne faisons pas d’Allah notre recours, du Coran notre méthodologie et notre notre arbitrage alors la Fitna sera notre prédateur. Si nous refusons la démocratie comme  instrument de pacification et de gestion collective de la cité alors l’égarement et l’oppression qui produisent la Fitna ont encore de longues nuits à nous offrir :

{Tout ce qui vous a donc été donné n’est que jouissance de la vie terrestre, mais ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus permanent, pour ceux qui sont devenus  croyants et se fient à leur Dieu, et ceux qui évitent les plus graves des péchés et les paillardises, et qui, s’ils se mettent en colère, absolvent. Et ceux qui ont répondu (favorablement) à leur Dieu, qui ont accompli (correctement) la salat, et dont leur affaire est une consultation entre eux, et qui dépensent de ce que Nous leur Octroyâmes, et ceux qui, s’ils sont frappés de tyrannie, triomphent.} As Choura 36 à 39

Hélas, la Fitna, cultivée pour nous à l’intérieur  et à l’extérieur de nos pays, parvient à nous faire sonner minuit à midi pour ne pas voir la double voie du salut dans ce monde et dans l’autre par le double effort spirituel et temporel et par la double lutte contre l’égarement et contre l’oppression. Il est plus facile de désigner un instrument de gouvernance comme mécréance et ses partisans comme mécréants que de faire l’effort de proposer l’alternative à la démocratie ou de donner un contenu institutionnel, politique, idéologique et constitutionnel à la Choura que les bigots et les formalistes considèrent comme facultative alors qu’Allah l’ordonne en contiguïté avec la Salat. La lutte idéologique menée par l’Empire et le sionisme contre le monde arabe n’est rendue possible que par l’insenséïsme des musulmans.

{La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

 Lorsque nous-mêmes nous vidons notre foi de sa substance sociale, politique et idéologique pour ne conserver que le  formalisme bigot ou le verbiage polémiste pour refuser ce que Allah a permis et que l’expérience humaine offre à l’humanité alors nous devenons des pyromanes mettant le feu à leur cité, des  agents subversifs  installant la  Fitna  dans leur esprit, des interlocuteurs valides aux yeux de l’empire, du sionisme et de la dictature militaire qui voient dans les insensés des moyens de parvenir à saper l’Islam.

Alors que les prisons et les tombes se remplissent par les horreurs, les irresponsables et les imposteurs viennent faire de la diversion (Fitna) sur le caractère  haram (illicite) de la démocratie, des droits de l’homme, de la liberté, de la souveraineté du peuple sans qu’ils ne donnent un argument religieux crédible comme si Islam et tyrannie pouvaient être synonymes alors que le Coran et la Sunna les présentent comme antinomiques. La pire des  Fitna est la  mise en situation, au nom de l’Islam,  de marginalisation, d’errance, d’autarcie, d’inertie de  la jeunesse,  cette immense ressource qu’Allah nous a donné.

 La question de la démocratie, de la nature du pouvoir, de la compétence des élites religieuses ont montré l’étendue et la complexité de la Fitna qui tirent les ficelles  de la déstabilisation de la Syrie et de l’Egypte. J’ai eu la présence d’esprit en 2011 déjà de dire que l’empressement de Qaradhawi à nier ses propres écrits pour soutenir l’insoutenable ne visait qu’à une chose : la Fitna. Il s’agissait, entre autres,  d’enlever à la résistance palestinienne tous ses soutiens et tous ses alibis religieux et nationalistes. A cet effet le plan diabolique consistait à  désavouer les savants musulmans et impliquer le Hezbollah qui se verrait jouer un rôle de soutien au régime syrien et un adversaire idéologique aux Frères musulmans en Egypte et en Palestine. Dans le déroulement de  l’opération, l’Empire, le sionisme, les vassaux et les idiots utiles  s’ils ne peuvent  favoriser  une guerre entre sunnites et chiites ils attendront l’occasion inespérée que les événements ne manqueront pas de leur donner pour entraîner les peuples arabes et musulmans dans des guerres régionales effroyables :

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{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Daniel Pipes la tête pensante de l’Islamophobie a un doctorat en littérature arabe à Harvard et en théologie islamique au Caire : il connait la signification des « savants égarés qui égarent » comme il connait celle des « ignorants en religion qui font des dégâts dans leur communauté pire que ne le ferait un loup dans une bergerie ».  Dans le monde arabe, nous avons des docteurs en Fitnalogie qui refusent de voir la haine méthodique et agissante de ce genre de personnage. Face à cette haine les élites musulmanes et arabes laissent continuent de cultiver l’inertie et les syllogismes fallacieux laissant aux autres l’initiative de la politique du  pire qu’ils présentent comme inéluctable à l’instar d’une tragédie grecque. Tout le monde attend que la crise atteigne son paroxysme pour se rapprocher de l’inéluctable qui permet aux uns de vaquer de nouveau à leur infantilisme et aux autres de se débarrasser de l’Empire, de l’Iran  et des tyrans arabes sans livrer bataille laissant à l’effusion du sang musulman et arabe le soin d’en exprimer le prix rédhibitoire. La Fitna est une calamité dont il faut se prémunir contre la malédiction divine. Elle  désacralise le pacte et  la vie humaine et autorise le mensonge :

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  {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

 Le summum de la Fitna c’est se soumettre à la subversion présentée ou vécue comme incontournable. Les hommes ne se posent plus de question sur le droit et le  sens de  la répression des Frères musulmans en Egypte, mais attendent  la réponses à leurs interrogations  :

Les Américains vont-ils frapper Damas dans quelques jours ou quelques semaines ?

L’Iran va-t-il riposter ou  non !

Que vont faire les Russes ?

Quelles que soient les réponses que le temps va donner à ces questions conjoncturelles, la question lancinante est d’ordre structurelle : nos rapport à la foi, à l ‘Empire et au sionisme dans ce combat  entre la vérité et le mensonge qui ne cessera que lorsque cessera toute existence sur terre et commencera le Jour le plus long. Allah (swt) nous expose Ses Signes dans le Coran et dans l’histoire passée et en cours comme une passerelle pour nous conduire vers le sens ultime : le salut final :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

Le combat ne prend pas nécessairement la forme militaire. Il prend souvent la forme subversive de guerre psychologique, idéologique  et médiatique qui parfois prépare et accompagne la guerre militaire :

{La subversion est plus grave que le combat} 

Si les Arabes et les Musulmans ne font pas l’effort de voir comment et pourquoi l’Empire et le sionisme impliquent leur grands vassaux arabes à mener en même temps une guerre totale contre les Syriens et contre les Frères musulmans après les avoir poussés à se combattre et à se haïr le feu de la Fitna finira par les anéantir tous :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

Lorsque on met les processus et les significations ensemble on voir la gravité psychologique de la Fitna et ses conséquences dramatique sans pourtant s’imposer  fatalité inéluctable ou  destin  implacable. L’espoir du salut est présent, il ne dépend pas de la nuisance du stratagème mis en place depuis longtemps pour que ses moyens  sapent radicalement le moral, la résistance et l’harmonie et détruisent la cause islamique en éveil :

{Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent.} Al Baqara 217

La formulation du conditionnel dans le contexte de l’énoncé met en exergue la subtilité de l’impossibilité de parvenir à détourner les musulmans de leur foi et de les mettre dans la contrainte de revenir et de revenir incessamment au combat  imposé par la haine, la vengeance et la subversion. Les possibilités de gagner ou de perdre pour les autres n’ont aucune réalité et aucune possibilité si les musulmans y font face par 4 attitudes :

– Compter sur Allah en toute confiance et se remettre à Lui et exclusivement à Lui;

– Mobiliser les possibilités, toutes ses possibilités disponibles pour affronter l’ennemi dans un rapport de force de 1 contre 2 à 4 ;

– Planifier, organiser et accompagner ses possibilités en prenant l’initiative dans le rapport favorable  des intelligences et des sacrifices ;

– Contrer la contre lutte idéologique, psychologique et informationnelle pour clarifier, informer, éduquer, responsabiliser et raffermir les déterminations;

– Épurer les rangs.

 

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La Fitna : sa réalité passée et actuelle dans le monde arabe.

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Il est difficile de jouer à l’intellectuel et à l’érudit devant les événements tragiques qui déchirent  le monde arabe et tout particulièrement au Liban, Syrie, Yémen, Soudan, Irak, Tunisie, et Libye. Il est difficile de contenir son émotion devant  l’ampleur, la durée et l’intensité de la Fitna :

« L’homme intelligent et endurant sera dans le désarroi »

Tout semble tellement absurde qu’on est tenté de chercher la solution à n’importe quel prix et avec n’importe qui.  Tout semble tellement complexe qu’on est tenté de ne plus chercher à comprendre. Une voix intérieure parvient à se faire entendre et à se faire comprendre : se soumettre aux apparences du réel est la pire des épreuves. Il faut se libérer et expliquer, malgré les limites, le peu de moyens, l’épuisement des ressources…

Éprouvé par tant de sang versé, de temps gaspillé, de ressources dilapidées, je suis parti en quête du sens de la Fitna :

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 {Toute personne goûtera à la mort, mais Nous vous éprouvons par le mal et par le bien comme tentation, puis c’est vers Nous que vous serez ramenés.} Al Anbiya 35

Nous sommes amenés par le matraquage médiatique à être tentés de prendre position en faveur du dominant sans connaissance ni de la nature du bien ou du mal,  ni de ses conséquences à moyen et long terme. Le sensationnel nous manipule en idéalisant les uns et en diabolisant les autres, en cultivant l’émotion suscitée au détriment de la raison et des faits réels. Soumis à la tentation de la facilité et de la vitesse nous risquons  la confusion qui nous empêche de choisir librement et justement, mais nous risquons aussi de nous ranger derrière le mensonge et  contre la vérité. Pire que cela nous risquons de contaminer notre foi par le doute ou par le cynisme.

Le Prophète Mohamed (saws) nous a montré deux voies de salut contre la grande fitna. La première, lorsque nous sommes dans l’incapacité de discerner, est de refuser de prendre position et de polémiquer. La seconde est de donner les instruments de clarification pour lever les ambiguïtés sur la Fitna, ses origines, son processus et ses conséquences.

Aujourd’hui, la Fitna est alimentée par la conjugaison des facteurs internationaux et des facteurs nationaux que les élites arabes refusent de voir dans leur globalité et dans leur dynamique pour ne pas voir leur faillite morale et intellectuelle dans leur gestion des crises idéologiques, économiques, politiques et sociales.

Il ne s’agit pas de dire tout le monde est responsable pour n’imputer la responsabilité à personne. Il s’agit de dire la vérité : les gouvernants, l’opposition islamiste et non islamiste, les intellectuels et les savants religieux se sont enfermés dans des égoïsmes partisans et sectaires et se sont focalisés sur le pouvoir pour le conserver ou ne pas le céder et cela à n’importe quel prix au lieu de mettre le curseur sur la constitution d’un front national voire international de résistance contre la prédation impériale et contre l’agression sioniste.

Allah (swt) nous ordonne la vigilance, la lucidité, la probité pour voir les phénomènes dans leur genèse, leur déploiement et leur conséquences. La Fitna est ce phénomène que nous pouvons traduire, selon le contexte par subversion, persécution, troubles, discorde, sédition, guerre civile, litiges, conflit, épreuve de force, opposition, désordre. C’est est un cancer idéologique, politique et social qui ronge insidieusement le tissu social et le divise en factions divergentes  avant de le faire plonger soit dans la confusion globale , l’insenséïsme et l’insécurité, soit dans la dictature d’une faction sur une autre  en désacralisant la vie, la dignité, la croyance et les biens  en opprimant par la force physique ou par  la violence morale et idéologique :

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 {Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

On a l’habitude de traduire Taqwa par la crainte alors que celle-ci relève du domaine psychologique (individuel ou social) qui exprime son inquiétude face à un danger qui se manifeste. La lecture attentive montre que ceux qui se croient « justes » ne sont ni inquiets ni susceptibles de s’inquiéter d’un danger dont ils pensent être préservés. On traduit aussi le terme par redouter qui signifie avoir peur des conséquences d’une force qui se déploie ou d’un danger manifeste. Ce n’est pas un exercice de style. Les mots coraniques sont un canevas de sens et d’idées, ils ne sont ni interchangeables ni synonymes comme les mots de la langue courante.

La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte, la  crainte dans l’espérance, et le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah et de prendre garde à Ses prescriptions en développant la connaissance, la lucidité, la vigilance et le sens de l’ensemble des responsabilités qui rendent l’être scrupuleux dans toutes ses démarches, ses paroles et ses actes où il voit le salut ou la perdition selon ce qu’il a visé par son intention et ce qu’il a réalisé dans son existence en bien ou en mal. La crainte seule n’est ni la garantie ni le chemin exclusifs du salut.

La taqwa englobe la peur d’un danger qu’on redoute, l’espoir en une miséricorde et en une promesse ainsi que le mode d’emploi praxique pour éviter la crainte et se remplir d’espoir. Jusqu’à l’instant présent je n’ai pas trouvé un terme plus signifiant que « prendre garde » qui englobe aussi bien  l’étendue des significations psychologiques et spirituelles de l’être ontologique et social que celle des procédures idéologiques et socio-politiques du faire individuel et collectif et les comportements qui s’y associent.

Effectivement l’expérience nous montre que depuis des siècles nous manifestons alternativement nos craintes et nos espoirs ou que les uns d’entre nous expriment des craintes et vivent des peurs alors que d’autres expriment des joies et vivent des espoirs. Mais, sans exagération, presque tous nous avons vécu toutes les formes de peur sans prendre garde aux causes et aux conséquences de nos émotions et de nos actes. La Taqwah a déserté nos cœurs remplis de haine, de mensonge ou de formalisme.

La Taqwah  est l’élan spirituel que confirment les pratiques sociales et qui témoigne de la vitalité, du scrupule de la communauté qui prendre garde à Allah, qui prend toutes les mesures de précaution et qui avance résolument dans sa quête de salut.

La Fitna est la consécration de la peur qui refuse de prendre ses responsabilités, de l’insenséïsme de l’improvisateur qui se laisse guider par les souhaits, de la subversion idéologique, sociale et politique que l’ennemi construit sur les peurs et les vains souhaits d’une société pour ne lui offrir que la peur et les espoirs qui conduisent à la capitulation.    Sans la Taqwah la Fitna non seulement bouleverse chaotiquement l’ordre social et politique de fond en comble, mais rend la religion otage des passions et source de discorde.

Encore une fois il ne s’agit pas d’un exercice de style, mais de  la posture la plus objective qu’il faut tenter de faire pour tirer enseignement de la crise vécue par le Prophète (sws) et ses compagnons face aux mêmes manipulations idéologiques et médiatiques des idolâtres transgresseurs contemporains. Où nous nous plaçons sur le terrain de la psychologie sociale et de la manipulation qui poussent à se soumettre pour se libérer de la crainte, où nous nous plaçons dans le système de précaution raisonnée qui analyse les données opérationnelles pour s’en prémunir et qui implore Allah de lui donner force et lucidité pour trouver patience et espoir à surmonter la crise. Il faut imaginer le Prophète (saws) exilé confronté aux stratagèmes des riches et puissants chefs de guerre arabes.

Nous avons vu en Egypte, ces derniers jours, comment les Salafistes supposés ne pas faire de politique investissent le champ politique, pour le compte de l’Arabie saoudite, et s’unir aux sans religion qui reprochent aux Frères musulmans l’Islam politique. En parallèle nous voyons les démocrates demander et soutenir un coup d’Etat. Chacun vit dans la peur de l’autre et dans la volonté de terroriser l’autre, mais très peu ont de la Taqwah qui leur permet de construire une feuille de route pour sortir de la crise. Joumaa, le grand Mufti d’Egypte, qui avait considéré la destitution de Moubarak comme une Fitna (sédition) contre un gouvernant légitime, considère que la destitution de Morsi et le coup d’Etat sont légitimes au regard de la chariâa. Comment les gens du commun vont-ils trouver leur chemin ?

Nous avons vu les positions diamétralement  opposées des savants sunnites sur la Syrie s’inverser sur l’Egypte comme ceux des partis islamiques et laïcs. La tendance dominante est de soutenir la répression contre les Frères musulmans et d’appeler à une intervention américaine pour renverser Bachar Al Assad qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple.

Nous avons vu en Algérie les militaires et les civils, les islamistes et les non islamistes, les gouvernants,  et leurs opposants participer à la Fitna qui a provoqué la sédition armée d’un côté et qui a enraciné la subversion idéologique et le terrorisme comme méthode de gouvernance et comme moyen d’existence politique à ceux qui n’ont pas d’existence sociale dans la société algérienne. Nous avons vu l’émergence du bigotisme infantile religieux et du paternalisme politique qui détourne les Algériens de leurs devoirs et de leurs droits.

Nous avons vu la collaboration des classes moyennes, des parvenus et des spoliateurs dans le partage de la rente et la paupérisation du peuple. La Fitna a mis en marge de l’histoire l’Algérie, malgré ses ressources, son emplacement géostratégique, son capital historique, son unité confessionnelle,  et le sacrifice de ses hommes pour se libérer du colonialisme.

Comme en Algérie, en Syrie et en Egypte nous voyons les Arabes et les Occidentaux refuser le dialogue qui aurait pu permet de surmonter la Fitna ou du moins la résoudre avec moins de dommages.

Dans l’histoire humaine, il n’y avait que les Juifs de Khaybar qui se soient attelés à détruire leur territoire et leur demeure avec autant d’énergie et de stupidité. Trahir ses idéaux et aussi tragique que traduire les serments faits aux martyrs ou trahir le pacte de vivre ensemble en paix. Les Arabes contemporains ont surpassé l’auto destruction des tribus de Khaybar sauf que celle des Arabes dessert leurs intérêts alors que celle de Khaybar les servait.

Nous voyons le même phénomène dans le monde arabe. L’aboutissement dramatique des calculs mesquins et irresponsables visant à s’appuyer sur l’Empire pour instaurer la démocratie (ou l’Islam), visant à attiser le sectarisme et l’esprit partisan pour faire valoir son clan, sa tribu, son école de pensée ou son parti,    visant à placer le curseur d’analyse et d’action sur des divergences idéologiques internes et oublier l’impératif de se fédérer contre l’Empire et le sionisme sur le plan militaire, diplomatique, économique et financier en construisant l’Etat de droit tout  en donnant aux peuples les possibilités de construire leur émancipation, de conjuguer les possibilités de leurs territoires contigus, de leurs mentalités similaires, de leur histoire commune, de leurs économies complémentaires, de leurs réseaux sociaux et culturels, et de mobiliser l’élan libérateur et civilisateur de leur religion.

La Syrie et le Liban plus au cœur du monde arabe, plus au cœur des divergences confessionnelles, plus à proximité de l’entité sioniste, plus impliqués dans la cause palestinienne, plus en relation avec l’Iran, dans la charnière géographique et historique entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe subissent donc davantage les pressions tectoniques de la géopolitique impériale et sioniste.

Les savants musulmans et les élites politiques et intellectuelles se sont avérés minables devant la globalité et la dimension de la Fitna. Ils ont attisé la désintégration des territoires et des mentalités tout en amplifiant l’effusion du sang des musulmans. Ils ne parviennent toujours pas à voir les mêmes facteurs de régression et les mêmes causes de la Fitna qui opèrent en Egypte et en Syrie à titre d’illustration avec les mêmes vassaux du Qatar et de l’Arabie saoudite qui jouent au même jeu de destruction du monde arabe et pour les mêmes intérêts.

Il est remarquable de voir comment les Frères musulmans égyptiens ont été conduits, par leur inconséquence politique et leur esprit partisan, à devenir les amplificateurs de la dislocation de la Syrie et de la Libye et de la rivalité sunnites-chiites avant d’être jetés en pâture à la répression qu’approuvent et soutiennent les Salafistes Egyptiens travaillant pour l’agenda saoudien. Le gouvernement d’Ennahda, plus pragmatique et plus politique que celui des Frères égyptiens, est mis lui aussi dans le choix cornélien de se désister ou de subir la « contre révolution », malgré ses concessions. La gauche et les libéraux tunisiens,  plus immatures que les bigots islamistes, tombent dans l’imitation servile et mécaniste de l’expérience égyptienne au lieu d’en tirer les conséquences.

Il faut être sectaire ou sénile pour ne pas avoir vu et ne pas continuer de voir le « talent » de l’empire et du sionisme à récupérer les « révolutions » arabes menées  sans guide, ni idéologie, ni programme politique, ni planification ni cap, ni boussole, ni cartes de navigation… Il faut être inculte politiquement et pris sous les feux de sa passion pour ne pas voir   l’Empire et le sionisme disloquer la Syrie et la Libye après avoir disloqué le Soudan et l’Irak dans un plan transparent : maintenir le monde musulman et arabe dans les querelles internes le rendant incapable de voir les missiles  de l’Empire et du sionisme lui tomber sur le crâne, le démembrer et piller ses ressources. Il faut être un monstre pour ne pas voir l’acharnement des élites arabes à saper non seulement leur expérience démocratique, mais les fondements sociaux de l’existence de leur pays.

L’Empire et le sionisme ne complotent pas, ils planifient en analysant et en jouant sur nos contradictions internes, sur notre débilité. Ils ont l’intelligence, en plus de leur capacité de nuisance, de préparer tous les scénarios possibles et de s’y adapter. Nous ne préparons ni scénarios ni moyens, mais  nous improvisons, nous importons et nous confondons. L’art des autres est de voir clair dans nos confusions et  de nous conduire vers davantage de confusions. Le Hezbollah libanais semble échapper à cette règle, mais si l’environnement lui impose des choix difficiles, notre paresse intellectuelle et notre convulsion affective nous rendent impossible la compréhension de ses choix. Il faut juste lire les analyses sur les derniers attentats à Beyrouth et à Tripoli.  Certains d’entre nous refusent de se libérer de la Fitna et continuent de lire la tragédie comme des auxiliaires de la lutte idéologique que mènent l’Empire et le sionisme contre l’éveil du monde arabe et sa fédération en une force de résistance régionale.

Brezinski,  Bernard Levy et Daniel Pipes ont tracé les contours et les artifices de la guerre idéologique, médiatique, psychologique et militaire qui permettent à l’Administration américaine et sioniste de conduire les opérations et de fournir la logistique sans manifester leur présentiel sur le champ de bataille. L’Europe vassale joue son rôle traditionnel. L’innovation est de voir le Qatar et l’Arabie saoudite  intervenir d’une manière aussi forte et directe. Ils agissent comme deux rivaux qui veulent montrer à leur maitre qui est l’esclave le plus servile et le plus criminel méritant les faveurs exclusives du maitre.

Il faut suivre les déclarations d’Hussein Barack Obama pour voir que le Soft Powerment qui succède au Hard Powerment de Kissinger est une réalité : l’Administration américaine laisse ses vassaux se manifester donnant l’illusion qu’elle n’intervient que pour répondre à la demande des Européens et des Arabes. Ces derniers ont une capacité de subversion médiatique de l’ampleur des minutions à l’uranium appauvri lancés contre l’armée de Saddam Hussein. Les médias parviennent à réaliser l’effet blitz du jeu d’échec et que les Américains ont introduit dans leur doctrine de guerre après l’avoir importé et modernisé de l’Allemagne nazie : le Blitzkrieg ou effet de concentration massive des puissances de feux focalisées sur un petit point pour l’anéantir et interdire toute possibilité de résistance en terrorisant l’ennemi.

Dans la guerre subversive il s’agit de frapper le plus loin et le plus fort dans le dispositif des arrières de l’ennemi. Dans la guerre médiatique il faut frapper les esprits, les choquer et les maintenir sous un déluge informationnel propagandiste qui rend impossible l’écoute d’une autre voix ou la formulation d’un raisonnement lucide échappant au sensationnel. Dans toutes les guerres, militaires, subversives, médiatiques, psychologiques et idéologiques il faut frapper vite, fort, loin, concentré et avec surprise. Dans le jeu d’échec il s’agit de jouer contre la montre et de faire abandonner la partie à son adversaire en quelques coups. Il ne s’agit pas de faire mat, mais de faire tomber les pièces maitresses et de laisser le roi sans défense.

C’est sans doute une des  dernières batailles qui se jouent en Syrie. La plus grande organisation islamique dans le monde est mise « hors d’état de nuire » en Egypte après l’avoir poussée à la faute et livré au sensationnel médiatique,  Ben Laden est officiellement assassiné afin qu’aucune voix ne viennent dire non au Djihad sous la bannière de la confusion et de l’OTAN : l’Empire et le sionisme peuvent en finir avec la Syrie et commencer à réfléchir aux choses sérieuses : l’Iran, la Chine et la Russie.

L’histoire ne se déroule pas selon le rapport des forces. Il arrive qu’elle se déroule à contrario du rapport des forces et que le détenteur de la puissance et l’acteur offensif le plus déroutant se trouve lui-même dérouté par l’imprévisible et qu’il finisse par connaitre la déroute militaire et historique. Pour l’instant les Arabes et les Européens font tout pour faire oublier que le principal bénéficiaire de l’effort de guerre syrien est le Hezbollah qui a changé l’équation de la terreur non seulement en Palestine occupée, mais dans la région. Les Arabes et les savants musulmans refusent de voir en Syrie la réédition de plus en plus probable de l’intervention américaine en Irak et les mobiles avancés. Les sunnites et les chiites comme les islamistes et les nationalistes continuent de ne pas lire l’histoire, de ne pas regarder une carte de géographie, de ne pas méditer la biographie du Prophète (saws).

Les grands esclaves et les petits esclaves de l’ensemble du monde arabe, esclaves de l’Empire ou de leurs passions, préfèrent écouter et répercuter la voix de l’idole ou de leur inconscience au lieu de chercher à se réveiller et à se libérer de la Fitna. C’est plus facile de se conduire en bêtes animées par l’instinct de prédateurs ou de proies qu’en êtres humains raisonnables et consciencieux. Allah (swt) a montré le lien indéfectible entre d’une part la Fitna et d’autre part les insouciants qui refusent de voir la vérité et les  pervers qui se consacrent à cultiver le faux et l’injustice refusant de dire la vérité après avoir refusé de l’entendre :

{Certes, les pires des créatures, au regard d’Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Al Anfal  22

Ces animaux politiques non seulement ne veulent ni entendre la vérité ni la dire, mais préfèrent la falsifier et préfèrent devenir l’écho de l’Empire et du sionisme.  L’effusion du sang des musulmans écrit le récit, les causes et les conséquences de la Fitna dans le monde arabe : l’Islamophobie. L’islamophobie est la subversion totale qui présente le musulman non comme une victime agressée, mais comme un personnage hideux ne méritant pas la pitié aux yeux de ses prédateurs. L’Islamophobie c’est pire encore : rendre les musulmans méfiants et défiants les uns contre les autres pour les occuper à se déchirer et à déchirer toutes les possibilités de leur développement et à saper toutes les ressources de leur territoire que l’Empire et que le sionisme convoitent en qualité de prédateurs aguerris.

La stratégie d’institutionnaliser la méfiance envers les Musulmans et la défiance entre les musulmans pour les marginaliser après les avoir criminalisés puis les agresser après les avoir dispersés est le processus de l’Islamophobie. C’est une machination diabolique pour mener une guerre totale – idéologique, médiatique, politique, diplomatique, psychologique, culturelle, religieuse et militaire – contre toute forme et tout esprit de résistance, et contre tout espoir d’éveil civilisationnel. Là où notre esprit indolent voit ou trouve raison pour diverger, l’Empire et le sionisme voit et trouve opportunité et pertinence à diviser, à provoquer, à faire de la subversion idéologique, sociale et militaire.

N’est-ce pas que le Coran nous dit que la subversion est pire que la guerre :

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 {Ils t’interrogent au sujet du combat durant le mois sacré. Dis: « Combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les hommes de la cause d’Allah, Le renier,  et détourner les fidèles de la Mosquée sacrée,  expulser ses habitants, tout cela est un sacrilège plus grave encore au regard d’Allah ». La subversion est plus grave que le combat. Et ils  n’auront de cesse à vous combattre tant qu’ils ne vous auront pas détournés de votre foi, si toutefois ils y parviennent. Quiconque d’entre vous qui apostasie de sa religion et meurt tout en étant renégat : alors ceux-là sont vaines leurs actions dans ce monde et dans l’autre ; ceux-là sont les hôtes du Feu ; ils y demeurent éternellement.} Al Baqara 217

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