Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences.

Tout phénomène qui se produit bouleversant la réalité sociale, économique, politique ou militaire appelle les questionnements que la société est appelée à y trouver des réponses si elle ne veut pas basculer dans l’horreur de l’incompréhension et dans les ténèbres des crises qui s’accumulent  et s’alimentent mutuellement. Ces questions sont universelles : Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles  conséquences. Si les élites font l’impasse sur ces questions et si la société ne demandent pas des réponses à ces élites alors tous subissent la malédiction :

{Ceux des descendants d’Israël qui sont devenus renégats ont été maudits par la bouche de David et par celle de Jésus, fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient  et qu’ils agressaient. Et cela car ils ne s’interdisaient pas mutuellement le mal qu’ils commettaient. Que leurs agissements étaient donc exécrables !} Al Maidah 78

La justice ne peut résoudre un crime, la science ne peut comprendre un phénomène, l’histoire ne peut le cœur humain ne peut trouver résilience ou sérénité, s’ils ne répondent pas à ces question qui mènent à la vérité.  Restaurer la  justice est davantage plus complexe et plus exigeant en termes de quête de la vérité. Des médias sans éthique, sans amour de la vérité, sans esprit de justice et d’équité, sans devoir d’informer se transforment en armes qui assassinent les consciences, les esprits, les cœurs et les corps.

Les mathématiques modernes, la psychologie sociale, la linguistique et l’illusion optique ont découvert ce qu’ils appellent le « piège de la raison » qui introduit un biais dans  les conclusions d’une démonstration, d’une enquête ou d’une observation qui a manqué de vigilance ou qui s’est laissé dominer par les impressions,  les préjugés ou les routines.

Que dire alors de la déraison qui anime les médias à qui on a confié la mission du matraquage idéologique, psychologique et médiatique pour ne pas se poser les questions sur les auteurs et les motivations  d’une violence politique ou sociale, d’une agression militaire ou policière, d’un acte terroriste, d’une manipulation psychosociale, d’une subversion… pour criminaliser ceux qui veulent se poser les question, pour les intimider et les confiner au silence.

Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences sont des questions importantes pour comprendre une révolte affublée de révolution ou de printemps. Ces questions sont à poser en ce qui concerne la compétence de désinformer des médias nés des révoltes arabes. En Algérie, après octobre 1988, en Egypte,  après février 20011, la majorité des médias n’ont pas joué leur rôle d’informer, d’éduquer, d’accompagner la démocratie et de participer au débat d’idées. Elles sont venues confisquer la volonté du peuple et le manipuler. Par quoi, pour  qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences ces médias se sont avérés les ennemis de la démocratie. Avec quel argent ces médias sont devenus un escadron avancé pour saper les valeurs du peuple et ses espoirs. Au nom de quelle morale, de quelle idéologie et de quel peuple ces médias ont cultivé la haine et la discorde dans la société et ont poussé à l’affrontement entre militaires et civils.

A qui profite la guerre civile ? A qui profite la confusion ? A qui profitent la corruption des mœurs politiques et économiques, la pollution des esprits,  et la diabolisation de l’adversaire politique ?

Par qui, pourquoi, au profit de qui, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences est poursuivie  la guerre idéologique que menait le colonialisme contre les indigènes qui refusaient de demeurer ses axillaires de pensée, ses assistés, ses vassaux… contre la langue de l’indigène… contre la religion de l’indigène… contre la liberté et la dignité de l’indigène…

Est-ce qu’il est raisonnable et juste  d’imputer aux partisans de l’Islam politique les actes de vandalisme contre les édifices publics et les Eglises alors que le plus ignorant de l’histoire des Frères musulmans sait qu’il n’est ni de leur intérêt ni de leur culture religieuse, sociale  et politique de s’attaquer aux Coptes. Les mouvements sectaires et infantiles ont toujours reproché aux Frères musulmans leur rapport bienveillant envers les Chrétiens et en particulier envers les Chrétiens d’Orient qui partagent avec eux l’arabité, la citoyenneté et la civilisation musulmane.

Qui a intérêt à rompre le fil du vouloir vivre ensemble et du partage d’un certain nombre de dénominateurs communs dont le territoire et les interactions socio-économiques entre musulmans et non musulmans ?

J’ai pris position par écrit contre les Frères musulmans leur reprochant leur empressement à conquérir le pouvoir, leurs arrangements avec l’armée et leur démarche confrérique qui approfondit la discorde sociale et cela m’a permis de voir suffisamment tôt ce qui allait se produire et comment la presse arabe annexe de la presse islamophobe allait manipuler et exploiter la réalité. Voici quelques  extraits des pages 72 à 90 de mon livre «  Le dilemme arabe et les dix commandements américains » :

… La dérive démiurge s’auto justifie par l’illégitimité du pouvoir politique, par la prétention à être le seul détenteur de la vérité et par l’aura de l’Islam sur une population assoiffée d’Islam mais dépossédée des moyens d’appropriation de la vérité coranique. La dérive narcissique permet de jeter l’anathème sur les autres et de les traiter d’hérétiques alors qu’Allah n’a permis à aucun homme de percer le secret du cœur d’un autre ni admis qu’une secte se considère comme la secte du salut et les autres des condamnés à la perdition et à être perdus :

{Ne faites donc pas votre propre éloge. Il Est Plus-Scient de celui qui a été pieux.} (53, 32)

Allah a scellé les pensées intimes et les secrets des cœurs sinon la vie serait infernale ou dramatique. Les Salafistes bigots sont une césure dans les mentalités collectives et dans le corps social, mais ils veulent être une interposition entre le cœur de l’homme et son Créateur, entre sa liberté d’agir et leur conception sectaire et bornée du libre arbitre ou de l’exercice politique sans tutelle théocratique et sans bornage militariste. Ils sont loin de comprendre cette sagesse :

« Il se peut que Dieu te montre les mystères de Son Royaume céleste (malakût) et qu’Il ne permette pas de voir les secrets des hommes. Quiconque percevrait les secrets des hommes sans que son âme se soit conformée à la Miséricorde divine, cette perception serait pour lui une tentation (fitna) et pourrait lui attirer de graves dommages. » (Atta-Allah d’Alexandrie)

C’est cette dérive démiurge qui leur permet de juger à la place de Dieu et de se substituer à l’État. C’est dans cet esprit pervers que nous lisons la Fatwa d’Ahmad Farid cheikh d’Alexandrie autorisant l’armée à tirer à balles réelles sur les Manifestants. Moubarak et tous les tyrans du monde n’ont jamais eu la folie de le dire si ouvertement. Autoriser le meurtre de manifestants sous prétexte qu’ils troublent la paix civile ou qu’ils sèment la « Fitna » est une hérésie qui vient s’ajouter à celle de Qaradhawi demandant, en direct d’Al Jazzera, d’assassiner Kadhafi chef d’État.

Le nouveau ministre de la Justice installé par la Junte militaire lance les mêmes menaces contre les Manifestants qui en l’espace de quelques semaines ne sont plus des héros, mais des traitres, des agents de l’étranger.

Dans ce climat délétère, nous voyons les Frères Musulmans s’ériger en gardiens du temple : ils assurent la sécurité des Coptes d’Égypte au lieu et place de l’armée qui est au pouvoir. Nous sommes face à une théâtralisation, une dramatisation de la violence, pour occulter les arrangements d’appareils entre des « islamistes » infantiles, mais fourbes, et des militaires despotes.

La logique de la politique et de la responsabilité exige des Frères Musulmans de demander à l’armée, qui a le pouvoir réel, de garantir la sécurité à l’ensemble de la population égyptienne ou de céder le pouvoir aux civils. C’est participer à la confusion qu’inverser le rôle et se croire plus royaliste que le roi avant d’entrer dans la cour des courtisans du roi. C’est participer à la clarification que de dire au détenteur du pouvoir réel lorsqu’il assure son devoir de maintien de l’ordre tu as bien agis et le contraire lorsqu’il est défaillent au lieu de se substituer à son rôle. L’astuce politicienne devient vassalisation et le peuple qui a donné sa voix risque de voir que le mensonge continue sous le manteau de l’Islam et à ce moment il risque de pénaliser de la manière la plus inattendue ceux qui se réclament de l’islamisme. Je n’ai pas voulu publier ce livre achevé en 2011, car l’intuition me dit que le peuple égyptien et en particulier les jeunes ne vont pas se laisser duper et, de leur initiative ou poussés par les forces anti islamiques, ils vont revenir à la charge contre le Conseil militaire supérieur et puis se retourner contre les Frères Musulmans devenus otages des Qataris et des Turcs.

[…]

Mohamed Al Ghazali connaissait l’Islam, l’Égypte, les mouvements islamiques et la réalité du monde et par conséquent il avait osé s’attaquer à ceux qui croient défendre l’Islam et qui en réalité, consciemment ou inconsciemment le desservent :

« Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre […] D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires. Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la Prédication Islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères ».

[…]

Rien ne peut s’opposer à la volonté populaire : ni le pourrissement voulu par l’armée, ni le jeu maladroit de ‘Amr Khaled de remettre le peuple en état de travailler en proposant des arrangements d’appareils, des médiatisations de l’armée faisant du social, en galvanisant le patriotisme teinté d’Islam pour remettre l’appareil économique à produire alors que les antagonismes de classes sont toujours présents, l’injustice sociale est présente avec ses causes et ses processus…

[…]

Mais de la même manière que Malek Bennabi a vu le ferment de la révolution algérienne dans la sombre nuit du colonialisme nous observons le même ferment que le colonialisme tente de dénaturer en présentant la révolution arabe sous forme d’une simple « fermentation pour distiller certaines idées que le colonisateur recueille soigneusement pour en faire les idées directrices de la «boulitique». Astuce d’ailleurs cousue de fil blanc, et capable tout au plus d’abuser ses auteurs, qui sonnent inlassablement les douze coups fatidiques de minuit en croyant encore pouvoir assoupir la conscience musulmane. Naïf et entêté, le machiavélisme colonialiste ne se laisse abattre par aucun échec et mobilise encore et tous les jours des sonneurs de minuit, à qui l’on distribue des sommes importantes au lieu de les consacrer à des tâches plus utiles […] Le colonialisme et ses intellectuels font encore sonner minuit, mais dans le monde, musulman, l’heure du sommeil et des fantômes est passée, sans rémission…»

J’ai osé remuer le couteau dans nos plaies bien avant que ce couteau nous égorge de nouveau, mais  nous ne sommes pas encore dans une société apaisée qui cherche à comprendre ni dans un processus de clarification qui pose les questions et cherchent les réponses. Il est logique donc que les pratiques totalitaires et les agissements pour compte du colonialisme et du sionisme continuent de se manifester en revêtant des apparences fallacieuses de nationalisme, de modernité, de démocratie, d’islamisme.

Les Frères musulmans ont commis des erreurs stratégiques et politiques qui demandent à être traités par des voies politiques démocratiques. Leur criminalisation et leur répression ne servent ni la vérité,  ni la justice, ni les intérêts de la nation et du peuple. Il y a une volonté de conduire l’Egypte vers la guerre civile. Il faut reconnaitre que les Frères musulmans ont fait échouer cette volonté, jusqu’à présent, en refusant d’aller à la violence armée et en montrant qu’ils ont encore la capacité de mobiliser et d’être entendu pour que la violence ne soit pas une fatalité vers laquelle conduisent le matraquage médiatique  et la répression policière.

En brisant le principe pacifique et consensuel de l’alternance démocratique et en imputant aux Frères musulmans et au HAMAS des actes  terroristes contre l’armée et la police, le général Sissi, le  Ministre de l’Intérieur et les médias aux ordres ont signé un chèque à blanc aux sionistes. Voici ce que je notais dans mon analyse sur la « révolution » égyptienne :

« C’est le ministre chargé de la Défense passive, Matan Vilnaï, qui a exprimé son désespoir de ne pas voir le maréchal Tantaoui maîtriser le nouvel élan révolutionnaire : « La situation est problématique, sensible et pas claire. Tantaoui tente d’éviter le chaos et de transmettre le pouvoir de la façon la plus ordonnée possible. Nous espérons qu’il va réussir et les Égyptiens doivent aussi l’espérer, sinon ce sera le chaos général et ce sera très mauvais, pour l’Égypte » »

Les sionistes continuent d’appuyer le chaos en Egypte en décourageant l’Administration américaine à condamner les violences

Le Figaro : L’Aipac (American Israel Public Affairs Committee), le très influent lobby pro-israélien à Washington, participe à cette campagne. Dans un récent message adressé aux sénateurs, cette organisation affirme que le gel des subsides américains «pourrait aggraver l’instabilité en Égypte, affecter les intérêts américains et avoir un impact négatif sur Israël notre allié».

Mediapart : En Egypte le putchiste Sissi soutenu par Israël s’attaque aux journalistes occidentaux

Par hasard l’Arabie saoudite menace les Européens s’ils envisageaient de supprimer leur aide à l’Egypte.

Par hasard on active le front médiatique en guerre contre la Syrie en imputant au régime syrien le recours aux armes chimiques.  Diversion pour faire oublier l’Egypte ou provocation pour achever le plan de dislocation du monde arabe. Il suffit d’attendre la suite : opérations de l’OTAN sur Damas ou mouvement des pseudos Djihadistes et transfert des armes de la Libye vers l’Egypte. Le plan diabolique est en souffrance et il se dévoile même si la presse arabe veut lui donner une autre lecture.

Le mensonge et la paresse ne peuvent continuer de  cacher le piège médiatique qui a préparé la récupération de la « chute » de Moubarak,  la diabolisation des Frères musulmans une fois qu’ils aient retrouvé un semblant de cap politique, l’angélisation du coup d’Etat. Il faut juste taper  Mossadegh ou  Allende  pour retrouver le même scénario médiatique orchestré par la CIA et les mêmes objectifs de l’Empire. Cheikh Al Ibrahimi avait trouvé le meilleur qualificatif qui soit : « le pire sabotage contre l’humanité »

Quel que soit le résultat de la diversion ou de la subversion, la presse arabe ne peut pas continuer à vendre le mensonge qui consiste à dire que la gauche ou que les libéraux sont partie prenante et déterminante dans le conflit politique et idéologique en Egypte. Ils ne sont que des opportunistes qui jettent de l’huile sur le feu pour masquer la nature réel du conflit et en tirer bénéfices mondains et immédiats.

Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences est sans doute le chemin qui va éclairer les consciences, les discours, les analyses dans les prochaines semaines et les prochains mois, une fois que les arguments fallacieux auraient épuisé leur fonds de commerce ou qu’ils auraient atteint le seuil de saturation. Plus tôt ou plus tard les réponses aux principales questions s’imposeront à la conscience humaine et ni l’Administration américaine, ni le sionisme, ni  l’Arabie saoudite, ni les médias arabes,  ni les faucons dans l’armée et la police ne pourront les faire taire ni les cacher :

{Dis :  » La Vérité est venue, et le faux s’est évanoui. Certes, le faux est évanescent « .} Al Isra 81

Al Zahq signifie : arriver à l’article de la mort, affaibli sans chance de retrouver force, être à l’agonie, alangui,  tombé  assourdi par un coup mortel, arrivé à l’expiration, s’épuiser,  tomber comme un  moribond, devenir soudainement périclitant, assommé… disparaître…

L’école marxiste de Samir Amin continue de croire dans le déterminisme de la lutte des classes et ne voient pas les autres forces qui animent l’histoire et la conduisent à son aboutissement contraires à leurs souhaits.  L’alternance est la loi qui gouverne l’Univers. Vérité et mensonge s’affrontent jusqu’à la fin des temps avec des moments forts où la vérité frappe symboliquement le mensonge à la tête  comme un coup de bélier qui porte un coup fatal à son provocateur.

Ce n’est que lorsque l’opprimé et l’oppresseur se retrouvent réunis dans la quête des réponses du quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences de l’oppression qu’émerge de la conscience le refus de l’oppression et que Malek Bennabi appelle le sentiment démocratique. L’humain en refusant d’être la proie ou le prédateur peut alors construire la paix dans sa cité et envisager d’autres questions sur la gestion de la cité. Ce sont les réponses à ses questions lorsqu’elles sont consensuelles et respectées qui construisent le processus démocratique et l’alternance pacifique au pouvoir.

Ces réponses  exigent du courage, de la lucidité et de la morale. Elles exigent le respect du peuple,  l’amour de la vérité et la soif de justice. Ces qualités ne peuvent se manifester dans une société où les insensés et les irresponsables embusqués dans les médias confisquent en toute impunité la parole de la religion, de la justice, de l’histoire, de la politique, de la culture et de la morale pour en faire de l’audience marchande, de la haine idéologique, du spectacle sanglant… du mensonge.

Pour l’instant, rares sont les Arabes, dans le camp islamiste ou non islamiste, qui font du questionnement objectif sur ce qui s’est passé, sur ce qui se passe et sur ce qui va se passer leur priorité. Chacun dénigre l’autre et s’imagine que le dénigrement travaille à son avantage. Le dénigrement n’a jamais été une politique de sortie de crise ni une méthode  de conscientisation  du peuple. Les Frères musulmans ne doivent pas  croire  que leur position de victime sauvagement réprimée aujourd’hui  fasse amende honorable à leur posture blâmable lorsque Saïd Ramadha al Bouti a été assassiné ou lorsqu’ils ont donné caution morale et religieuse à l’OTAN et aux pseudos Djihadistes de détruire la Syrie et la Libye. La vérité est au dessus de toute considération partisane ou conjoncturelle.  Se réclamer de l’Islam n’est pas suffisant pour se croire à l’abri des mêmes fautes que ceux qui ne s’en réclament pas :

{Ceux des descendants d’Israël qui sont devenus renégats ont été maudits par la bouche de David et par celle de Jésus, fils de Marie, parce qu’ils désobéissaient  et qu’ils agressaient. Et cela car ils ne s’interdisaient pas mutuellement le mal qu’ils commettaient. Que leurs agissements étaient donc exécrables !} Al Maidah 78

Les Frères musulmans doivent donc répondre aux questions : Quoi, qui, pourquoi, comment, dans quelles circonstances et pour quelles conséquences ils ont facilité la mission de l’Administration américaine pour approfondir les césures dans les géographies, les cultures, les politiques, les économies et les mentalités collectives des Arabes alors que l’urgence était de fédérer… S’ils ne clarifient pas les phénomènes dont ils ont été les acteurs, les témoins ou la victime, ils seront l’otage des autres qui ne manqueront pas de noircir le tableau et de les accuser justement ou injustement.

L’Egypte de Samir Amin et les patriotes de l’Algérie : des syllogismes fallacieux !

Le site « Algérie patriotique » expert de la désinformation des Algériens sur la situation en Algérie et Egypte se fait l’écho du professeur d’économie politique Samir Amin. Les éradicateurs et les falsificateurs idéologiques se renvoient l’ascenseur. Pour comprendre le nationalisme de l’« Algérie patriotique » il faut juste voir le nombre de musulmans, d’Arabes ou de Berbères qui sont affichés en première : Douganov, Maurice, Bernard et l’athée Samir Amin qui n’a jamais caché sa haine pour l’Islam politique.  Les intellectomanes d’Algérie et d’Egypte ne ratent jamais l’occasion d’exprimer leur haine de l’Islam et de s’afficher comme des auxiliaires de la pensée importée d’ailleurs.

Comme je suis un de leurs détracteurs les plus affichés des Frères musulmans,  je m’autorise moralement à répondre aux mensonges des pseudos démocrates qui ne finissent pas de faire couler le sang des musulmans en terres musulmanes, car les peuples musulmans ne veulent pas leur donner mandat pour  les gouverner, car ils savent les haïssent et qu’ils haïssent leur religion.

Q : Les médias évoquent un deal conclu entre Morsi et les Américains qui consistait à céder 40% des territoires du Sinaï aux réfugiés palestiniens. En contrepartie, les Frères musulmans auraient empoché huit milliards de dollars. Qu’en est-il réellement ? R : Oui, cette information est exacte. Il y avait un deal entre Morsi, les Américains, les Israéliens et les acolytes riches des Frères musulmans de Hamas à Ghaza

Où est le document qui prouve ces assertions frauduleuses qui vont saboter l’avenir d’un pays pour des décades. Nous pouvons écrire des analyses simples ou sophistiquées, mais nous ne pouvons construire ou déconstruire une nation sans preuves juridiques, sans arguments scientifiques, sans jugement de l’histoire.  Sur le plan logique nous avons vu comment les Frères musulmans ont eu du mal à gouverner un pays en faillite  et comment ils ont eu du mal à affronter les campagnes médiatiques qui les diabolisaient et aussi nous nous interrogeons s’ils avaient réellement imaginé vendre une partie du Sinaï ou s’ils étaient inconscients pour croire qu’ils n’allaient pas toucher un tabou. Nous ne sommes pas dans une concession de pétrole de Sahara que Sonatrach gère sans rendre compte au peuple algérien nous sommes dans un territoire avec sa sensibilité, sa mentalité collective, son histoire, sa symbolique religieuse et ses populations écartées du développement. Nous sommes dans une zone sensible où il ne s’agit pas seulement de profondeur stratégique, mais de terrain de confrontation.

Nous ne sommes pas dans une épicerie, mais dans ce qui donne justification à l’existence de la rente militaro industrielle égyptienne. Il est difficile de voir les Frères musulmans franchir ces lignes rouges. Samir Amir sait que plus c’est gros et sensationnel plus c’est crédible d’autant plus que les esprits sont fermés. C’est une accusation grave qu’un homme sensé ne peut porter sans risquer de se trouver devant les tribunaux s’il y avait la démocratie et la légalité. Un journaliste d’investigation aimant son métier et respectant ses lecteurs aurait donné la parole à l’accusé et à d’autres analystes sur un sujet aussi sensible.

« L’armée est entrée en jeu et a réagi de manière patriotique, ce qui est tout à fait à son honneur, et a dit : «On ne peut pas vendre le Sinaï à quiconque, fussent-ils des Palestiniens et faciliter le plan israélien.» C’est à ce moment-là que l’armée est rentrée en conflit avec Morsi et les Américains »

Je lis la presse égyptienne et la presse palestinienne anti Morsi, elles avancent d’autres arguments : le désaccord de l’armée sur le rapprochement de Morsi avec le HAMAS, avec l’Iran. Il y a un général  en retraite qui a soutenu que le général Sissi voulait imputer l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï en juillet 2012 au HAMAS alors que Morsi l’imputait à Israël. Les premiers jours du coup d’Etat la presse égyptienne, à l’unanimité, a informé d’une  plainte pour que la justice juge pour haute trahison Morsi, car il s’est évadé de prison lors de l’insurrection populaire contre Moubarak. On lui reproche tout et rien à la fois que la véritable question est escamotée : il a été démocratiquement élu et il est donc illégal et illégitime de le destituer en le gardant otage. S’il y avait une preuve du deal, elle aurait été publiée dans la presse et Morsi aurait été lynché haut et court.

Enfin tout le monde s’accorde à dire que le pouvoir réel était au sein de la confrérie et non au sein du parti de Morsi ou de son cabinet. Il aurait été plus simple et plus efficace de viser le chef de la confrérie pour ce montage que Morsi. Par ailleurs le montage géostratégique de ce deal exige la collaboration de plusieurs chefs d’Etat, de plusieurs diplomates et de plusieurs agences de renseignement. Même si Morsi voulait extorquer des milliards à l’administration américaine ou rendre services aux riches palestiniens la décision finale revenait aux grandes puissances.

Je ne suis ni journaliste ni expert en dialectique ou en droit, mais un homme qui déteste le mensonge et le crime. Je me documente sur les raisons qui motivent l’horreur aux yeux des éradicateurs au lieu de me contenter à nier les uns  ou à approuver les autres. Je me suis rappelé un débat des plus malhonnêtes qui me soit permis de voir dans le monde arabe. Ce débat (http://www.youtube.com/watch?v=5k20uL5FOSE) qui a eu lieu avant le référendum sur la Constitution se focalisait sur l’article 57 qui stipulait :

Projet de la Constitution : article 57

L’État accorde l’asile aux étrangers privés dans leur pays d’origine des droits et libertés garantis par la Constitution.

L’extradition des réfugiés politiques est interdite.

Ceci en conformité avec les dispositions légales.

Le droit international, le droit européen, et la Constitution française accordent aux réfugiés le droit d’asile avec un certain nombre de droits moraux et matériels qui assurent leur protection et leur dignité. Les grands pays à tradition d’accueil, comme la France, énonce ce droit comme un principe fondateur de la République en le proclamant dans le préambule de leur Constitution. La loi et les institutions  explicitent et régulent le code de séjour des étrangers, le code de la nationalité, le droit d’asile. Ce sont des traditions humanistes que la Charia islamique a instauré depuis  l’avènement de l’Islam. On le retrouve dans la paix offerte par l’Eglise aux réfugiés dans son enceinte. Voici ce qu’on reproche à la nouvelle Constitution égyptienne :

 » Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République «   (Article 53.1 de la Constitution de 1958).

Les Coptes, les libéraux et les nationalistes se permettent de jouer sur les mots pour faire peur à la population et exacerber son nationalisme. Ainsi ils font l’amalgame entre Gantanamo, Palestine, terrorisme, apatrides délinquants, accords commerciaux avec l’Union européenne, accords secrets avec Israël…  Je n’ai jamais entendu des propos aussi racistes et aussi négateurs des droits de l’homme que dans cette émission où les traditions totalitaires avec leur montage et leur exclusion de la partie adverse ne peuvent trouver place dans l’extrême droite française qui perdrait tout crédit politique.

Samir Amin et les comparses de l’éradication et de la diabolisation se taisent pourtant sur le résultat du référendum populaire malgré la mobilisation de tous les moyens médiatiques.  Ils continuent de nous servir leurs arguments fallacieux et leur haine de l’Islam au lieu d’affronter leurs adversaires politiques et idéologiques sur le champ des élections  et sur le terrain des idées.

Le premier argument de Samir Amin et des souteneurs du coup d’Etat sur « Algérie patriotique » :

« La seule et véritable raison est que Morsi était rejeté par le peuple égyptien. La preuve en est donnée par la campagne de signature de Tamaroud qui avait réuni, avant le 30 juin, vingt-six millions de signatures demandant le départ de Morsi. Ces signatures n’ont pas été ramassées n’importe comment. Elles représentent un chiffre vrai. La manifestation du 30 juin était bel et bien attendue. Seulement, elle a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Les chiffres indiquent que dans toute l’Egypte, et non seulement à la place Tahrir, il y avait trente-trois millions de manifestants, le 30 juin. Pour un pays de 85 millions…  Face à cela, évidemment, le commandement de l’armée a été très sage ; il a déposé Morsi et confié la présidence intérimaire à qui de droit, c’est-à-dire au président du Conseil constitutionnel, Adli Mansour, qui est un juge, mais pas un juge révolutionnaire ; c’est un homme conservateur, connu pour être parfaitement honnête et démocrate… Morsi qui se comportait comme un brigand et sans aucun respect des règles les plus élémentaires de la démocratie. »

Comment un professeur d’économie politique et un journaliste grand démocrate vont-ils nous faire avaler leur couleuvre ? Par ce que la subversion appelle le syllogisme fallacieux : fausses prémisses, faux raisonnement et fausses conclusions masquées par des affirmations tautologiques qui s’affirment comme vraies et qui deviennent référence pour faire des mensonges à venir des vérités que rien ne vient confirmer. L’esprit et la rhétorique des démocrates arabes auraient été  des curiosités s’il n’y avait pas les conséquences dramatiques que l’on sait. Les faux démocrates annoncent une fausse vérité et la suivent pas d’autres fausses vérités :

« Tout le monde le sait en Egypte. Et la preuve va être donnée par la justice bientôt. »

Les démocrates arabes, au nom de la démocratie (souveraineté du peuple) assassinent le choix du peuple, assassinent le peuple dans l’espoir que la justice de l’Etat d’exception va leur donner les arguments et les preuves. Et pourtant, un apprenti ouvrier de 14 ans (niveau BEP ou CAP) apprend au collège français que la démocratie se mesure par le scrutin, se respecte par le respect du résultat des urnes et se pratique par l’exercice de l’alternance politique. Les manifestations du Front de Droite ou du Front de Gauche, les manifestations contre ou en faveur de Sarkozy ou de Hollande, ne font pas le choix populaire et ne peuvent remplacer une élection.

Etre républicain ou démocrate commence par le respect du choix du peuple et l’engagement à œuvrer pour que le respect du choix populaire soit ancré dans la culture politique. Cette posture est davantage attendue dans les pays arabes qui n’ont pas ces traditions. Celui qui se prétend le plus démocrate devrait montrer l’exemplarité, mais les élites arabes ne sont pas à leur première contradiction, ni à leur premier parjure, ni à leur première trahison.  Ils ne peuvent voir le ridicule et le faux de leur argumentation ni leur référence qui n’est pas le peuple arabe, mais l’Etranger dont il cherche l’agrément :

« L’ambassade des Etats-Unis a proclamé Morsi vainqueur d’élections «démocratiques» et, évidemment, trois minutes après, les ambassades de Grande-Bretagne, de France et des autres pays européens ont suivi. La commission des soi-disant observateurs étrangers, principalement des Européens, a entériné ces élections-farce. Le régime ne bénéficiait, donc, d’aucune légitimité. »

C’est lamentable comme argument, ridicule comme justification, cynique comme mensonge. La vérité la plus élémentaire est d’interroger les comptes rendus de la presse égyptienne sur les aller venue des officiels du pouvoir et de l’opposition à Washington. Tous vont chercher la bénédiction de l’Administration américaine, et tous cherchent et rendent compte de la position des élites américaines et européennes à l’égard de leur pays. Les indigènes sont considérés comme des faire-valoir, ils ne sont sollicités que pour verser leur sang faute de n’avoir pas donné leurs voix. Les faux démocrates et les faux progressistes sollicitent  l’Empire et le boudent comme des prostitués lorsque l’Empire poursuit ses objectifs qui dépassent leur stupidité infantile et leurs ambitions démesurées.

Un enfant attardé mental sait que jamais l’Amérique et Israël ne laisseront leurs vassaux se faire massacrer ou se faire déposséder de cette façon. Nous voyons l’Arabie saoudite mettre tous ses  moyens diplomatiques et financiers pour empêcher que l’Europe ne puissent, par égard à ses citoyens, condamner la répression en Egypte. Nous voyons, de la manière la plus éclatante, comment le monde arabe et musulman met son curseur distinguant  les partisans de la vérité des partisans du faux. Le syllogisme des démocrates opposés aux islamistes ne tient plus depuis plus de 20 ans. Les rentiers de tout bord veulent maintenir le statut quo idéologique des années cinquante à soixante dix.

Un journaliste instruit et démocrate dispose des archives des médias. Un professeur d’économie marxiste connait l’importance du traitement statistique des données et il sait que Lénine a mené un travail colossal et objectif de collecte et de traitement des chiffres  pour réaliser ses monographies sur la situation réelle de la Russie. Lorsqu’on entend les inepties du professeur Samir Amin on comprend la faillite morale et politique de ses élèves dans le monde arabe. Ils sont prisonniers de leurs clichés idéologiques et de leurs syllogismes fallacieux. La dialectique chez les marxistes arabes c’est juste de l’intellectualisme ostentatoire et un gagne-pain dans les universités du tiers monde.

3 ou 30 millions d’opposants en Egypte il faudrait les prouver. Plus le mensonge est répété  plus il parait plausible. Plus le mensonge est gros plus il frappe les esprits. Ces pygmalions adorateurs de leurs syllogismes fallacieux savent la vérité : seule une élection permet de mesurer en grandeur réelle le poids électoral d’une force politique.  Même si les opposants de Morsi sont plus de 30 millions rien ne dit que les partisans de Morsi ne sont pas autant sinon plus, et rien ne dit que les « forces » pseudo libérales qui ont obtenu moins de 0,01% et qui ont échoué à faire boycotter le référendum sur la Constitution puissent avoir une voix dans l’avenir. Il faut revenir à l’arbitrage du peuple qui s’est déjà exprimé selon les règles de la démocratie moderne :

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Ce sont les chiffres  officiels de l’Etat égyptien. Faut-il contester ces chiffres,  changer de peuple, ou se remettre de nouveau  au peuple et attendre les nouveaux chiffres. Les falsificateurs savent qu’ils n’ont aucune chance de remporter une élection transparente et honnête. La solution est la fuite en avant en programmant un bain de sang et en tentant de le vendre puis de le justifier par des élites qui se comportent moralement et socialement pire que les Baltagis et les mercenaires. Même si vous n’avez ni religion, ni respect du pacte, ni esprit démocratique, le sang versé vous poursuivra dans ce monde et dans l’autre. L’illusion de réussite vous fermera la porte au repentir et à l’autocritique. Les militaires que vous avez entrainés dans votre chute ne vous donneront jamais la moindre  parcelle de ce pouvoir tant convoité.

Quelle est la signification de ces 3 millions de voix à la place Tahrir ? Où sont les  études réalisées par les ingénieurs, topographes, urbanistes, géographes et cartographes pour estimer le nombre de personnes pouvant se réunir à la place Tahrir et dans ses périphéries ?  J’ai cherché à comprendre la signification des chiffres qui occultent la sacralité de la vie humaine et la valeur de la pratique démocratique ? J’ai trouvé deux démonstrations que deux ingénieurs  égyptiens sur You Tube pour réfuter la valeur des chiffres.  Je vous conseille de recourir à Google Earth pro (ou plus) sinon à Google Earth grand public et de vous faire assister par le logiciel gratuit GE-Path. Même s’il y a des erreurs de l’ordre de 0,01 les résultats restent probants pour des estimations.

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Il est vrai que l’œil humain est toujours impressionné par le fantastique et qu’il est sujet aux phénomènes d’illusion optique,  il est vrai que les images sont impressionnantes.

 

 

 

 

 

 

 

Place-Tahrir2Ces images impressionnantes occultent les images aussi impressionnantes des partisans de la légalité constitutionnelle et du respect du processus électoral. Je me suis rappelé la citation d’Umbero Ecco sur les symboles et la puissance de l’image : « Dans une société démocratique, l’image doit inviter à la réflexion et non à l’hypnose ».  J’ai toujours pensé et dit que les pseudo modernistes arabes sont otages de la mythologie grecque et qu’ils sont les plus grands paresseux en matière de processus dans un monde arabe qui ne partage pas leurs symboles et leur réfutation de la foi et de la démocratie.

 

 

Il faut parvenir à évaluer la surface de cette marée humaine. Les pécheurs de l’Occident parviennent à évaluer la quantité de sardines dans l’océan, alors que les vertueux du monde arabe jouent sur la fascination.  Combien de personnes peuvent être contenues dans les espaces pouvant théoriquement les contenir si on part de l’hypothèse extrême que 4 personnes peuvent rester debout et longtemps sur 1 m2 dans une ville aussi insalubre et aussi étouffante que le Caire ? Il faut faire un tracé qui épouse les contours de cette marée humaine :

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A partir de plusieurs tracés il faut faire confiance à la technique de Google Earth et non aux idéologues éradicateurs pour évaluer, noter et additionner les superficies calculées par le  logiciel  :

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Dans le meilleur des cas nous arrivons à la même conclusion des Egyptiens qui contestent les chiffres : Au maximum 400 milles personnes si on fait abstraction de l’espace occupé par les bâtiments. En tenant compte du turn over, du renouvèlement des manifestants, nous pouvons admettre le chiffre de  600 mille. En partant de ce chiffre  et en faisant une extrapolation sur l’ensemble de l’Egypte, nous pouvons arriver à une mobilisation anti Morsi de 5 millions. Même si nous supposons qu’il a plus de 4 personnes au m2 et qu’il n’y a pas d’arbres ni de bâtiments nous arrivons au chiffre d’un millions au Caire et par extrapolation de 10 millions en Egypte. Nous sommes loin des chiffres avancés par le syllogisme fallacieux. Nous sommes loin du rapport démocratique aux chiffres officiels de l’élection présidentielle et du référendum sur la Constitution.

Il doit y avoir une haine idéologique qui transcende la rivalité politique. Elle est focalisée sur l’Islam politique. Les Français qui ont des traditions démocratiques et qui font des manifestations une expression sociale et politique normale dans le jeu démocratique ont du mal à trouver une autorité crédible et impartiale qui expertise le nombre des manifestants qui varient toujours de 1 à 10 selon la police et les organisateurs. Comment donner foi à ceux qui n’existent en poids politique dans un pays qui de surcroit n’a pas d’appareil statistique fiable.

Si nous oublions les calculs que permet Google Earth nous ne pouvons occulter le nombre impressionnant des Egyptiens qui se sont mobilisés contre le coup d’Etat. Si les démocrates avaient la certitude de remporter des élections futures ils n’auraient pas couru le risque d’occulter le nombre des partisans de Morsi et des partisans de la légalité qui continuent de se manifester malgré la terreur recherchée par la répression et la mise au silence.

Notre professeur de dialectique ou plutôt de rhétorique fallacieuse et de casuistique idéologique continue sans honte ni pudeur à déverser ses mensonges et à trouver des insensés qui le diffusent devenant  ainsi complice dans la mise à mort d’un pays frère et la fin d’une expérience démocratique :

« Il y a eu trente-trois millions de manifestants au Caire contre Morsi, lequel avait le pouvoir de l’Etat et les milliards de dollars du Golfe. Seulement, il n’a même pas pu mobiliser deux millions de partisans. On parle de danger de guerre civile quand l’opinion est véritablement divisée et partagée. Ce n’est pas le cas en Egypte. Ce qu’il y a, par contre, ce sont des actions terroristes. En Egypte, tout le monde sait que les Frères musulmans sont au nombre de cinq cent mille à six cent mille. Parmi eux, il y a une centaine de milliers qui est armée. Ce sont ceux-là qui peuvent créer des troubles, non une guerre civile. D’ailleurs, dans les manifestations populaires, ceux qui arrêtent les Frères musulmans et les battent à plate couture, ce ne sont pas les forces policières, mais plutôt les manifestants eux-mêmes. »

Les monarchies absolutistes viennent de mettre 20 milliards sur la table pour accompagner le coup d’Etat, le temps va dévoiler les dessous de table pour préparer le coup d’Etat et inciter les militaires à le faire. Le Qatar vient d’envoyer quatre bateaux de gaz. Ce n’est pas moi qui l’affirme. Les télévisions et les journaux du monde entier témoigne du mensonge sans vergogne de la gauche égyptienne et de la gauche algérienne qui se fait écho de leur mensonge sans respect ni pour  la vérité des faits, ni pour la démocratie, ni pour la sensibilité du peuple algérien et ses souffrances. Le complot contre la jeune et fragile démocratie égyptienne a réuni toutes les crapules de gauche comme de droite, de l’intérieur comme de l’extérieur, du camp islamiste comme de leur éradicateurs.

Le scénario est diabolique. Moralement, politiquement, médiatiquement  et intellectuellement, nous assistons à l’effondrement du scénario qui dévoile  l’ampleur de son mensonge et de son horreur.  Nous ne voyons ni juge ni organisation non gouvernementale indépendante recevoir les copies des 20 ou 30 millions de signataires demandant la destitution du président Morsi. Même si cela venait à se réaliser et j’en doute comme je doute que le chameau puisse entrer par le chas d’une aiguille, il faudrait prouver que ces signataires voulaient la fin de tout le processus démocratique.

Je ne suis ni journaliste, ni professeur de dialectique, ni partisan de la démocratie ou de l’islamisme, mais un homme qui refuse le mensonge et le meurtre. J’ai donc rédigé un article sur la Baltagiya fort documenté. Il y a des images, des chiffres et des analyses. Un professeur d’économie politique peut faire de la boulitique dans sa tour d’ivoire et auprès de ses pairs, mais il ne peut cacher la vérité flagrante au peuple égyptien qui vit à proximité des milices de délinquants promus en justiciers et en vitrine politique fasciste.

Le journaliste algérien, même s’il n’a pas la culture démocratique et l’esprit sportif,  il aurait pu avoir la présence d’esprit de se rappeler que les Algériens ont souffert de la Baltagiya égyptienne lors des rencontres de football et qu’ils ne risquent pas n’oublier les appels au meurtre et la falsification des faits d’un certain Dib qui conduit toujours le tapage médiatique des canailles qui trouvent refuge dans le nationalisme des frustrés et des prédateurs. Lorsqu’on analyse les commentaires on comprend que l’esprit partisan n’écrit pas pour afficher ses arguments ou pour montrer la vérité à laquelle il est parvenu, mais pour gagner son pain et plaire à ses lecteurs acquis à la même cause que lui et ses commanditaires.

Il faut bien, un jour ou l’autre, dans ce monde ou dans l’au-delà, que chacun apporte ses preuves et ses témoins et rendre compte sur ce qui a conduit à l’atrocité des crimes commis contre un peuple et un pays et comment et pourquoi avoir informé et manipulé la réalité de cette façon et non de telle autre. Il ne s’agit pas de statistiques ou de syllogismes pour s’amuser ou jouer de la passion humaine et de sa crédulité, mais de la sacralité de la vie humaine et du droit à un peuple de décider de son devenir. Un professeur « dialecticien » ou un journaliste « patriote » n’a pas plus de droit qu’un paysan, qu’un ouvrier ou qu’un exclu dans le choix de ses gouvernants et de la façon à être gouverné. Il a plus de devoir par sa compétence à raisonner et sa possibilité à communiquer. Moralement et intellectuellement parlant le professeur et le journaliste partage la même ignorance du peuple et de sa religion et fondent leur idéologie sur le même fantasme et les mêmes méthodes de mensonge. C’est lamentable.

C’est tellement lamentable qu’ils nous font croire que l’Amérique et l’Europe ne peuvent pas venir en aide à leurs  vassaux islamistes mis en Egypte pour le profit d’Israël.  Personnellement j’ai attaqué les Frères musulmans et Qaradhawi pour leur politique insensée en Syrie et en Libye disant qu’elle sert les intérêts de l’Empire et du sionisme qui déchire les musulmans entre eux pour continuer de démanteler la région. L’Empire et le sionisme poursuivent  le même objectif contre le monde arabe et le monde musulman par la stratégie du soft-powerment de Brezinski et l’attisement des luttes idéologiques entre musulmans de Bernard Levy. Sur ce terrain les islamistes et les non islamistes ont été lamentables.

Les erreurs de gouvernance ou de vision stratégique ne permettent pas d’affirmer qu’il y avait une trahison ou une collusion d’intérêt contre la souveraineté nationale. J’ai exprimé mes craintes qu’en Algérie ou qu’en Egypte  l’administration américaine puisse manipuler l’esprit de revanche, l’appétit de pouvoir et l’inculture géopolitique que les systèmes despotes ont développé y compris au sens de l’opposition islamiste. J’ai par contre refusé de croire que les Frères musulmans puissent agir  en traitres pour le compte de l’OTAN ou de l’administration sioniste. Leur combat pour la Palestine et ligne idéologique ne leur permettent pas la mutation sur les principes et les valeurs.

La mauvaise gestion du dossier syrien par les Frères musulmans et par le HAMAS, a permis de cultiver le doute, puis de  d’en faire un objectif idéologique et politique contre l’expérience démocratique égyptienne et palestinienne tout en sapant la résistance en la déchirant de l’intérieur. Ma principale crainte était de voir les Frères musulmans tomber dans des  arrangements tactiques et hypocrites avec l’armée ou avec l’Administration américaine ou de se disperser dans des faux clivages idéologiques. Les éradicateurs ont souhaité la collusion et ont focalisé leurs efforts pour lui donner une réalité médiatique. Ils n’ont pas joué seulement à la Boulitique, ils ont œuvré dans le sens de la stratégie sioniste et impériale puis ils font semblant de se présenter comme la conscience nationale par des mensonges et des manipulations. C’est mesquin et criminel !

La politique comprise comme consécration de soi au service de la cité ( le but de la démocratie n’est-ce pas) ne se fonde ni des approximations, ni sur des jugements de valeur ni sur le triomphe de l’ego au détriment des citoyens.  Le professeur du centralisme démocratique et de la dialectique historique ainsi que le journaliste patriotique auraient pu nous informer sur les revendications des 3, 10, 22, 30 ou 52 millions ligués contre Morsi. Au-delà de l’éviction de Morsi quel est leur projet, leur désir, leur ambition : économie libérale, augmentation de salaire, sécurité, élections présidentielles anticipées, révision constitutionnelle.

Si tout ce monde était rassemblé autour d’un seul et même objectif pourquoi aller vers un coup d’Etat militaire, pourquoi ce bain de sang, pourquoi ce chaos, pourquoi l’absence de ce peuple et la présence des Baltagiyas. Si ce rassemblement est divergent politiquement, socialement et idéologiquement pourquoi un retour au pouvoir de l’armée, de la police et du système Moubarak. Comment connaitre la nature réelle de ce rassemblement : le poids réel des partis dans un parlement élu démocratiquement. Pour l’instant, le choix est l’éradication pour ne pas être confronté de nouveau au choix populaire.

Les éradicateurs experts en syllogismes fallacieux ne peuvent dire à leurs relais médiatiques que la Constitution égyptienne, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher  comme erreur de formalisme juridique, a apporté des avancées démocratiques et des garanties de justice sociale que la gauche française n’ose pas imaginer voir inscrites dans la Constitution française.  Je ne suis pas naïf au point de ne pas voir que les Islamistes  ne parviennent pas à traduire leurs bonnes intentions en praxis sociale et politique.

L’honnête homme devrait vérifier ses sources et écouter toutes les parties en conflit avant de se prononcer et devenir complice de crimes. S’il l’avait fait il aurait vu que les Frères musulmans ont inscrit dans la Constitution égyptienne le refus du licenciement des travailleurs, le principe de l’économie coopérative, la subordination de l’état d’urgence ou de la déclaration de guerre à l’accord préalable des 2/3 des parlementaires. La Constitution est perfectible par la pratique démocratique, mais les démocrates arabes refusent que la Charia islamique soit inscrite comme source du droit dans les pays arabe.

Leur haine idéologique est cachée sous leurs les arguments fallacieux qui sont alignés les uns après les autres comme des torpilles de Satan le maudit  :

« D’ailleurs, les actions contre le Mali et l’Algérie sont venues de Libye. »

N’est-ce pas que la gauche arabe a été plus stupide que les islamistes dans les tragiques événements en Libye. Est-ce qu’ils ont contesté  l’agression de l’OTAN ? Non ! On a vu des cadres des services français avec des cadres patriotes algériens se mobiliser davantage contre les Islamistes en Libye pour des raisons idéologiques que pour des questions de droit et de souveraineté nationale.

Les élites égyptiennes et algériennes ont-elles condamné l’intervention française au Mali ? Ont-elles analysé  la gestion stratégique du chaos en Libye dans le redéploiement du colonialisme français aux frontières de l’Algérie et dans ses rivalités ou dans ses collaborations avec la pénétration américaine qui confisque les ressources des peuples africains.

Le capitalisme stade suprême de l’impérialisme est une vue de l’esprit lorsque les élites arabes sont confrontés à la réalité du capitalisme et de l’impérialisme  et aux luttes idéologiques qu’ils imposent à notre système de pensée toujours incapable de penser par lui-même son drame et son devenir.

La dialectique marxiste est  l’analyse des contradictions sociales, économiques et historiques en vue de dépasser la crise et produire une nouvelle réalité et ainsi de suite. Pour les marxistes arabes c’est une série d’affirmations sans preuves, sans analyse des tenants et aboutissants. J’ai longuement écrit sur le projet américano sioniste soutenu par les Bédouins qui envisage de régler la judaïsation définitive  des terres  par le déplacement des populations palestinienne et de ce qui reste de territoires autonomes vers la Jordanie et l’Egypte.

La guerre en Syrie et les erreurs de Qaradhawi ont été  utilisé pour l’affaiblissement de la Résistance et le miroitement d’un khalifat islamique comme solution finale pour liquider la résistance palestinienne avant de liquider les mouvements islamiques par des luttes internes ou par une agression externe. J’ai montré comment Qaradhawi, devenu sénile  manipulé par le Qatar et les taupes infiltrés dans l’association internationale des savants musulmans, contribuait à la réalisation d’un plan qui dépassait la Syrie et dont, lui les savants sous sa présidence et les Frères musulmans allaient être les premières victimes. Nous sommes dans un projet, un processus, un scénario complexe, mais nous ne sommes pas dans un contrat négocié entre Américains et Frères musulmans comme veulent nous le faire gober les patriotes égyptiens et algériens.

C’est triste de voir les dialecticiens faire l’impasse sur Sykes Picot 2 et se focaliser sur l’Islam politique qui peine en Tunisie et en Egypte à financer son budget,  à ramener la sécurité et à tracer un cap.

Les rouages de l’Etat étaient encore aux mains de l’ancien régime. Samir Amin ne peut ignorer les contradictions de la « révolution égyptienne » ! Il ne peut ignorer ni les enjeux de pouvoir ni les clivages idéologiques. Pour les hommes de ma génération, Haykal et Samir Amin sont de grandes déceptions. Ils ont marqué des générations dans le mauvais sens de l’histoire. Ils vont quitter l’histoire du monde arabe lamentablement. Chacun est en train de dévoiler ses cartes à une vitesse effarantes.

Nous voyons comment les modes opératoires médiatiques et intellectuels,  sans foi ni loi, se rencontrer sur le terrain du mensonge, de la désinformation, de la criminalisation de l’adversaire politique. Ces voyous osent insulter la charia alors qu’elle leur demande d’être juste, équitable et probe. La charia qu’ils dénigrent énonce clairement que :

«  La preuve doit être établie par l’accusateur, le serment  pour l’accusé qui réfute les charges contre lui ».

Les « démoncrates » se révèlent dans les grands événements de petits usuriers  délateurs qui accusent  sans apporter la moindre preuve ni la moindre argumentation scientifique.

L’intellectualisme « anti impérialiste » véritable fond de commerce idéologique et véritable rente politique a figé les nationalistes arabes, chrétiens et athées, dans une posture qui les rend incapables de comprendre le monde et de conduire les peuples arabes vers la liberté. Voici ce que Samir Amin dit de son livre (« Le monde arabe dans la longue durée, le printemps arabe. Le Temps des Cerises » septembre 2011) sur les révolutions arabes en Tunisie et en Egypte et que le processus historique ancien et en cours dément catégoriquement :

« La victoire électorale des Frères Musulmans et des Salafistes en Égypte (janvier 2012) n’est guère surprenante. La dégradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entraîné un gonflement prodigieux des activités dites « informelles », qui, en Égypte, fournissent leurs moyens de survie à plus de la moitié de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Frères Musulmans, sont fort bien placées pour tirer profit de cette dégradation et en perpétuer la reproduction. Leur idéologie simple donne une légitimité à cette économie primitive de marché/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis à leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d’action efficaces : avances financières à l’économie informelle, charité d’accompagnement (centres de soins et autres).

C’est par ce moyen que les Frères s’implantent dans la société réelle et la place sous leur dépendance. Mais ce succès aurait été difficile s’il n’avait pas répondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d’Israël. Ces trois alliés intimes partagent la même préoccupation : faire échouer le redressement de l’Égypte. Car une Égypte forte, debout, c’est la fin du triple hégémonisme du Golfe (la soumission au discours de l’islamisation de la société), des États Unis (l’Égypte compradorisée et misérabilisée reste dans leur giron) et d’Israël (l’Égypte impuissante laisse faire en Palestine).

L’avortement planifié de la « révolution égyptienne » garantirait donc la continuité du système mis en place depuis Sadate, fondé sur l’alliance du commandement de l’armée et de l’Islam politique.

 

Celui qui veut comprendre et deviner les mots des « intellectuels » algériens il faudrait qu’il lise Samir Amin tricotant sur l’Afrique du Nord et lui transposant les théories marxistes latino américaines alors  Marx lui-même n’a a jamais osé transposer la problématique du capitalisme européen et du prolétariat dans ses analyses sur l’Asie et le monde musulman. La jeunesse arabe a fuit le marxisme et le nationalisme des Arabes pour leur  dogmatisme simpliste et pour leur haine de l’Islam. Un jour on fera la lumière sur la collusion des évangélistes avec les marxistes arabes. Ces derniers ont été les instruments de la lutte idéologique contre l’Islam mené par les évangélistes eux mêmes instruments de la lutte idéologique du sionisme pour la domination mondiale. Les documents et les témoignages existent… Ils peuvent se présenter en image  comme les défenseurs de l’humanité, mais cela ne change rien à leur nature inhumaine, ni à leur fonction d’intellectuels organiques au service des dictatures militaires.

Baradei n’est ni Aristote ni Virgile, un mythe pour les miteux

Le trois juillet j’ai exprimé ma crainte de voir les Égyptiens se comporter comme les pieds nickelés. Finalement, ils font pire, ils descendent aux enfers de la tragédie qu »ils n’ont pas voulu lire avec des yeux de vivants.

Aristote nomme la  Tragédie grecque le chant du bouc en référence aux peaux de bouc portées par les acteurs et au caractère cathartique de la désignation du bouc émissaire par lequel la société frappée de malédiction conjurait le sort en offrant l’un des siens en offrande sacrificielle. La tragédie grecque a le génie de porter en scène des mythes dont le texte est connu depuis longtemps par le public  et par les acteurs et qui viennent jouer en public l’histoire d’une victime courageuse qui lutte contre le destin cruel et inéluctable décidé par les divinités de l’Olympe contre l’homme ou le demi-dieu qui a osé les défier ou prendre sa liberté.  La tragédie grecque a dominé le théâtre de l’Empire romain, elle a inspiré Shakespeare qui a mis en scène la cruauté des rois, mais aussi la culture anglo-saxonne qui conjugue intrigue et amour autour du pouvoir.

La force du jeu des comédiens n’est donc pas de raconter la vérité ou de dénouer l’intrigue puisque l’issue fatale est connue par tous depuis le début.  La force et l’art de la tragédie résident  dans l’illusion savamment orchestrée par les spectateurs qui répondent en chœur aux artistes sur scène.  C’est davantage par le chœur qui se lamente et  qui répond, qui appelle et qui consent  que les acteurs tissent la narration  pour en faire une intrigue réelle (du verbe in tricare qui signifie tricoter dans l’intérieur) faisant oublier son caractère affabulatoire et  son issue cruelle.  Ce  ne sont pas les contradictions sociales et religieuses de l’époque qui sous-tendent la trame, mais l’illusion de participer à l’intrigue. Le talent des commerçants et des managers de la  Tragédie grecque réside dans leur capacité à mobiliser des foules,  car c’est la voix de la foule nombreuse dans qui va amplifier l’émotion. Plus la foule est grande, plus l’émotion est grande, plus le mouvement (dans (l’imagination ou dans la rue) est grand. La langue latine est   éloquente puisqu’elle nous apprend que se mouvoir et s’émouvoir ont la même racine « movere ». Le plus des acteurs n’est pas de jouer juste ou vrai, mais de faire bouger les foules.  Pour les Grecs le mouvement que nous avons étudié dans la cinématique est Kenema signifiant cinéma. Pour des raisons historiques le terme grec de cinétique est devenu citere pour signifier plus tard des sens de mouvement  comme citer un texte pour dire aller chercher un texte, citer quelqu’un en justice pour signifier le ramener devant la justice. Les préfixes latins  que j’ai utilisés dans « Résistance globale » à l’Empire autour du verbe vont donner au déplacement latin des sens merveilleux qui rappellent la tragédie grecque : inciter à la violence, susciter de la haine,  réciter la voix de son maitre, publicité pour l’Occident.

Au-delà des jeux de mots, il y a l’histoire et la tragédie humaine. En Égypte nous avons l’empreinte des Pharaons, des Grecs et des Romains. Il faut y ajouter la perfidie et l’hypocrisie des Bédouins.

La puissance du verbe et la magie de  la parabole permettent à chacun de construire  ensuite sa propre narration et d’effectuer son propre mouvement idéique et politique.

C’est la vocation pédagogique, mais aussi manipulatrice,  du mythe et de la Tragédie que de mettre en scène une foule en délire qui devient Pygmalion qui se confond avec sa propre sculpture au point d’en tomber amoureux et de l’épouser puis subir les malheurs de ce mariage contre nature et finir pétrifié regardant ses propres filles finir prostitués. Les mythes et la Tragédie grecque qui entretiennent les illusions de l’imagination sont cruels. L’Occident façonné puis blasonné par les mythes n’a pas de sentiment, mais une compétence à raisonner pour nous faire bouger dans la direction qu’il veut et nous faire émouvoir dans une allégresse de joie ou dans un immense chagrin qu’il retourne à son avantage selon son récit que nous colportons et que nous amplifions par paresse intellectuelle et par stupidité politique.

Ainsi Mohamed Bradei  est annoncé sans surprise le nouveau chef du gouvernement.  Ce coup d’annonce est une tragédie. Elle est en train de se jouer devant nos yeux ouverts ou fermés, nous en connaissons l’issue.

La première lecture semble dire que le choix s’est fixé sur ce prix Nobel de la paix pour donner des garanties à la communauté internationale qui avait décidé de lui attribuer ce prix pour le rôle courageux et avisé dans la destruction de l’Irak.  La communication stupide des Frères musulmans,  renforce cette idée, en colportant les propos attribués à Bradei donnant sa caution à Israël en présentant les islamistes comme des négateurs de l’Holocauste   et en  présentant le président par intérim, Adly Mansour, de Juif sabatéen. Il me fait penser au président du conseil constitutionnel algérien en janvier 1992.  Ce dernier me fait penser à sa fille,l’ancien ministre Souad Benhabilles qui s’affiche avec l’ancien patron de la DST pour dénoncer les « islamistes libyens » au nom de la lutte anti terroriste, mais n’aborde pas la transgression du droit ni celle de l’agression de l’OTAN.

Al Jazeera, Al Ibahiya comme l’a appelé le frère Salah Eddine, qui rend licite l’effusion de sang,  continue de manœuvrer dans les coulisses et d’inciter à la violence faisant fi de toute analyse politique qui exige vigilance et prudence. Il ne s’agit plus de parler de coup d’État mené par l’armée ni des fautes politiques des Frères, mais de purifier la société égyptienne des laïcs, des Juifs, des Chrétiens. C’est le même discours de ceux qui veulent éradiquer les  ennemis de la démocratie, les ennemis de la femme et les ennemis de l’Occident et d’Israël. Notre opinion compte très peu devant l’opinion des pétrodollars et devant celles des civilisés.

Mon opinion  sur l’Egypte est celle que l’Occident se fait sur Œdipe : tuer le père pour libérer le fils. La signification religieuse, idéologique, psychanalytique et politique n’est pas exagérée. C’est cette signification qui donne la dimension, l’intensité et la portée de la Tragédie qui est en train de se jouer : éradiquer le mouvement des Frères Musulmans considérés comme le père de l’Islam politique. Je reviendrais plus tard sur leur imbécillité qui les a menés vers cette posture de victime et qui les conduit vers l’holocauste où on immole les sacrifices humains pour apaiser les dieux. La Fontaine a bien illustré l’holocauste dans sa fable « les animaux malades de la peste ». Je reviendrais sur la littérature orientaliste qui voulait présenter Youssef comme une visitation du mythe d’Oedype et que les civilisés arabes en Egypte et en France répètent comme des perroquets qui viennent de découvrir le sens des mots et qui se racontent des histoires, des rumeurs, des préjugés historiques, culturels  et sociaux, sans se donner le temps et la probité de lire  un verset du Coran.

Le Cheikh Tayeb d’Al Azhar est venu apporter la contradiction religieuse à Qaradhawi en appelant au refus de l’effusion de sang des musulmans, quel que soient leur position politique et leur camp idéologique.  La tragédie c’est que ce qu’il dit est une évidence. Cette contradiction ne vient pas  comme une fausse note  dans  la tragédie qui a fait  verser le sang des Libyens et des Syriens, elle vient comme  une autre voix inconsciente qui récite, qui rejoint le chœur… Le halal et le Haram ainsi que la sacralité de la vie et des biens du citoyen sont une vérité inviolable, mais encore une fois il est attendu des savants musulmans de conserver leur voix autonome et responsable pour expliquer les raisons de la violence et les moyens de l’éviter. Toute parole qui n’explique pas ajoute de la confusion et devient soit un murmure dans le chœur assourdissant soit un écho à ce chœur.  La voix des savants musulmans et des imposteurs intellectuels est prise en flagrant délit de mensonge,  de confusion et de déclarations qui ne changent rien à la tragédie. Les animaux malades ont choisi l’âne et la vache pour les donner en pâture au lion, au chacal et au renard. La forêt peut gémir, la forêt peut hurler,  le fort dévore le faible, le mythe continue de se raconter aux crédules… Al Qaradawi a raison de souligner la fausseté d’Al Azhar et l’obligation religieuse de respecter le chef, mais son discours est tardif. Il a lui même porté atteinte à ce principe en donnant légitimité religieuse aux séditieux en Syrie et en Libye. Il a été entraîné vers cette impasse, sans doute par certains Libyens proche du palais royal qatari et membre de l’association des savants musulmans. Qaradhawi a perdu toute crédibilité.

Ce qui ne passe pas inaperçu et  que certains reporteurs étrangers ont signalé dans leur direct : que fait l’armée ?

L’armée elle a fait un coup d’État. Elle aurait pu épargner à l’Égypte cette tragédie en cherchant d’autres solutions. En vérité elle ne veut rien épargner, car elle est otage de la tragédie qu’elle est en train de jouer sans en connaitre les tenants et aboutissants. Pour l’instant elle met en place le décor. Je vois deux objets dans ce décor :

1 – Elle ne s’interpose pas entre les deux camps alors que moralement, politiquement et pénalement elle est responsable de la vie des citoyens, abstraction faite qu’elle est la véritable détentrice du pouvoir. Les abrutis peuvent crier vive l’armée, mais le comptable des morts, des blessés et des ruines devra un jour répondre de ses actes. Elle n’est pas en train de jouer un rôle d’arbitrage, mais de faire pourrir la situation pour se donner légitimité et légalité à réprimer et à éradiquer ceux qu’elle a laissé accéder au pouvoir pour se donner le temps de souffler, de gérer les contradictions et de rendre visible toute l’organisation secrète des Frères Musulmans qui sont frappés d’amnésie, d’inaptitude et de folie depuis la « révolution » égyptienne. Isolés sur la scène internationale, mis à nu et criés par un chœur national ils sont poussés à la faute, à la révolte, à l’insurrection. Dans cette mise à mort tout le monde est d’accord. Le Qatar a passé la main à l’Arabie saoudite : les salafistes entrent en jeu ajoutant de la confusion et du désordre pour le malheur des Arabes et des musulmans. Qaradhawi et l’espreit partisan ont fait suffisamment de tort à la communauté : Baradei peut jouer son rôle en l’inversant : il répond au chœur.  Victor Hugo a depuis longtemps cassé l’édifice de la Tragédie classique tout en s’attaquant à Napoléon et à son régime. Nous, les Arabes, fascinés par nos colonisateurs, nous sonnons toujours midi à minuit. Nous entrons dans le récit dans la récréation ou en épilogue.  Nous sommes des réminiscences de la tragédie des autres. nos limbes ne peuvent emmagasiner notre histoire ni nos voix se faire l’écho de nos tragédies incessantes depuis plus de cinq siècles.

2 – Baradei n’est pas un choix fortuit. Il ne répond pas à la logique de la communauté internationale comme on veut le présenter pour simplifier la donne à des opinions qui ne veulent pas réfléchir. Même l’information selon laquelle il a été choisi sous condition qu’il ne présente pas aux prochaines élections présidentielles fait partie de la Tragédie qui nous donne l’illusion d’un avenir et l’illusion d’autres candidats dans ce qu’on appelle les démocrates ou les laïcs.  Pour l’écrivain Alaa Al-Aswani, « le Prix Nobel de la paix s’est retiré de la course à la présidentielle pour ne pas cautionner une démocratie de façade ».  Lorsque les intellectuels ont une poutre dans les deux yeux comment s’étonner que le peuple ne soit émeutier, indifférent, vandale…

3 – Morsi est non seulement emprisonné, mais caricaturé par les médias arabes et égyptiens anti islamiste. On porte atteinte à l’image d’un homme qui a été président. Ces erreurs ne font pas de lui un minable dont il faut se moquer par un arrêt sur image choquante prise sur une vidéo. La moquerie pour affaiblir un homme et le présenter tordu, flou,  louche n’est pas une éthique. :

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Les trois point convergent vers une seule conclusion : Il y a une volonté d’aller à l’affrontement pour donner légitimité et légalité à la répression, mais aussi pour éradiquer les chances politiques futures des FM. Ils savent qu’ils ont une expérience et une organisation et le jeu consiste à détruire cette organisation et l’impliquer dans une effusion de sang, une sorte de catharsis sanguinaire qui détourne le peuple à jamais de l’islam politique et social. J’espère me tromper. Le temps a montré que sur le plan logique les militaires et les éradicateurs arabes se trompent en choisissant les solutions extrêmes. Ils sont, sur le plan démocratique et populaire une minorité. Les islamistes devraient comprendre qu’il y a d’autres voies que l’imposition de leur majorité et de leurs vérité pour se faire aimer et se faire respecter. Ils sont au service d’une foi et non partisans d’un parti politique ou d’un mythe semblable à celui de leurs éradicateurs. Qaradhawi et les Frères musulmans n’ont pas choisi la voie du « juste milieu ».

L’Égypte est le pays des magiciens de Pharaon, l’administration des Romains et les mythes des grecs. Elle reste la convoitise de l’Occident et la proie de ses prédateurs internes. Dans la mise à mort « cruelle » des animaux dans la forêt il y a égalité de chances entre le prédateur et la proie. Dans la mise à mort du héros de la tragédie grecque, il y a mise en exergue de l’héroïsme surhumain contre les dieux. Mais dans la mise à mort de son adversaire politique il n’y a pas de place au sentiment, à la dignité et à l’honneur. Non seulement il faut criminaliser et diaboliser son adversaire malgré qu’il se soit montré incompétent à comprendre la crise et à se défendre, mais il faut le provoquer et l’humilier.

Baradei, sans dignité et sans gloire,  non seulement joue le rôle de l’appât, mais celui de la muleta. Sa nomination, attendue, a pour objectif de provoquer et d’humilier les partisans de Morsi.

L’homme blessé dans sa chair ou dans ses droits peut pardonner et supporter l’injustice ou la fatalité et endurer le temps de reprendre ses forces. L’homme blessé dans son amour propre risque de ne plus se mouvoir selon la raison et les exigences historiques, mais selon le chœur  qui  excite l’affect.

المعارضة بمصر لا تدعم الانقلاب ومزيد من الاستقالات

Lorsque l’injustice est instrumentalisée, et j’en suis convaincu,  nous sommes au-delà du coup d’État militaire pour des raisons politiques et idéologiques. Nous sommes dans l’horreur des tribunaux d’inquisition et de la chasse au sorcières.

Je ne crois pas au mythe du complot, mais force est de constater que nous ne savons pas réciter (mettre en  mouvement  les souvenirs) alors que l’Occident connait notre mentalité et notre histoire et sait comment agir sur nos motivations (dont la racine n’est que motivus : mouvement), car nous sommes figés dans notre immobilisme et nos corps mentaux et sociaux ne réagissent qu’aux impulsions de l’extérieur. Écouter comment les traditions de l’Occident agissent sur notre pathos (mouvement des humeurs et des comportements) à travers, à titre d’exemple voici ci-dessous deux extraits tragiques du mythe d’Orphée qui rejoint celui d’Ulysse et d’Hercule:

Premier extrait  exprimant  la manière  dont Apollon a pénétré dans le cœur  de la Sibylle de Cumes, la prophétesse, quand elle s’apprête à révéler à Énée  la manière de rejoindre le séjour des morts pour y rencontrer son père :  « La vierge dit « C’est le moment d’interroger les destins: le dieu! voici le dieu! » Comme elle prononçait ces mots devant les portes, tout à coup son visage, son teint se sont altérés, sa chevelure s’est répandue en désordre; puis sa poitrine halète, son cœur farouche se gonfle de rage; elle paraît plus grande, sa voix n’a plus un son humain: car elle a déjà senti le souffle  et l’approche du dieu. « 

Second extrait  : La prêtresse invite alors Enée à formuler sa prière à Apollon; puis, quand le dieu se prépare à répondre au  héros par la bouche de la Sibylle, voici comment cela se passe : « Cependant, rebelle encore à la possession de Phébus, la prêtresse se débat monstrueusement dans son antre, comme une Bacchante, et tâche de secouer de sa poitrine le dieu puissant;  lui n’en fatigue que plus sa bouche enragée, domptant son cœur sauvage, et la façonne à sa volonté qui l’oppresse »

Érotisme, cannibalisme, pouvoir, sang, fascination des mots et mise en scène sont les traits des Romains, des Grecs et de la civilisation gréco-romaine sans Dieu, mais avec un panthéon. La vertu, la démocratie,  les droits de l’homme, la vérité sont des illusions. Bradei qui n’a pas pu avoir des voix au premier tout ni fonder un parti d’opposition se trouve, par le miracle de l’illusion, porté par la voix du peuple et celle de la baïonnette.   Les fautes et les erreurs des Frères Musulmans et leur inculture politique ne peuvent expliquer la cristallisation d’amour autour du perdant.

Comme en Grèce Antique, la démocratie est fermée aux esclaves, hommes ou femmes, mais  les gradins de la Tragédie sont ouverts à tous. Il faut remplir la salle et transmettre les clameurs. Les Romains avaient innové dans leur cinéma médiatique qui faisait acclamer la foule en extase devant les gladiateurs armés massacrant les esclaves enchainés : ils avaient introduit les drapeaux et le pain. Le  « Circences panem » assurait  la grandeur de Rome et la glorification des Césars plus que la politique et l’administration.

Le khobzisme, avec ou sans pain,  est sans doute l’effet tragi-comique le plus remarquable de la plèbe arabe et de ses intellectuels interlocuteurs validés par l’Occident. Enée a eu, au moins,  le courage de faire le voyage initiatique aux enfers et de ne pas tuer son père qui l’a aidé à sortir de son embarras entre la voie du bien celle des Champs Elysée et la voie du mal celle des Tartares. Elle a est entré dans la légende en sortant par la  porte qui  s’appelait du nom mythique « Songes Trompeurs ». Par quelle porte vont sortir les miteux de notre époque désenchantée où les retournements de situation sont ahurissants.

L’empire et la Tragédie vont continuer d’occuper nos cœurs jusqu’à la véritable Sahwa.

Je ne peux achever ce texte sans m’interroger sur les motivations de nos frères chiites et iraniens qui se réjouissent  des malheurs de  leurs adversaires (Kadhafi et Morsi), même si ces derniers n’ont pas été tendres avec eux ou s’ils se sont comportés comme de véritables imbéciles. Où est la fraternité musulmane ? Où est la solidarité face à la tragédie humaine ? Ou sont les grands principes ? En ce moment, Allah est témoin, j’ai de la peine, de la douleur pour tous.

Aristote et Virgile ne sont que des repères pour construire notre tragédie et l’insérer dans celle du monde occidentale. Pour sortir de cette tragédie nous devons nous aligner sur les comportements moraux de notre Prophète (saws). Il  nous a ordonné de dire à celui qui a fait du bien « tu as bien du bien » et de dire à celui qui a fait du mal « tu as fait du mal » et ne pas se taire face à  n’importe quel censeur. Celui qui se tait devant l’injustice et cache la vérité Allah lui jettera l’opprobre, le privera d’eau et lui infligera l’oppression de son ennemi. Les ennemis qui nous dominent et qui veulent nous opprimer davantage pour exporter leur crise sont nombreux. Ou bien un sursaut de dignité ou bien une oppression interne et externe.

 PS / DIMANCHE MATIN / RETOURNEMENT

La pillule Baradei ne passe pas. Il y a de fausses notes dans le chœur. L’essence et la déroulement de la tragédie restent inchangés. La machine de provocation, de diabolisation et d’humiliation de la répression et de l’éradication est déjà en action. La main d’Allah reste au dessus de tous. J’espère qu’Il inspire (swt) les forces saines afin que la dénonciation du coup d’Etat ne reste pas partisane confinée dans les « pro Morsi » . Dans l’adversité ou dans l’aisance la communauté devrait se fédérer sur la justice et le droit ainsi que sur l’arbitrage et le règlement des problèmes par le dialogue et la concertation.

 

 

 

Quelques pistes après le renoncement des Frères musulmans à la lutte armée contre le coup d’Etat.

J’ai exprimé le fol espoir de voir Morsi démissionner avant qu’il ne soit démissionné. Il n’est ni de la stature ni dans la position de Othman pour rester au pouvoir malgré ses opposants. Il était de son devoir d’éviter la reproduction du coup d’État militaire et ses conséquences stratégiques. Sa confrérie a failli en Égypte et en Syrie et a raté les occasions d’un sursaut de conscience. Il nous faut revenir, plus tard, plus longuement sur les raisons de la faillite de ce que les marxistes appellent la révolution nationale démocratique et de ce que les Islamistes appellent la Sahwa ou la dawla islamique.

Pour l’instant je vais tenter, à chaud, de garder le même cap que j’ai suivi lors de l’analyse en temps réel des révolutions arabes et examiner les anciens ou nouveaux jalons pour voir la tendance qui se dessine au-delà des souhaits et des partis pris des uns et de l’habitude maladive et stérile de dénonciation des autres à la suite de la destitution du président égyptien. Je vois 15 éléments qui se conjuguent et qui vont imprimer leur marque sur le processus politique dans le monde arabe.

1 – Le coup d’État est inscrit dans la nature du pouvoir militaire qui trouve prétexte ou crée le prétexte pour réglementer la vie politique selon son propre calendrier et ses propres critères. Le peuple arabe n’est, selon l’expression de Malek Bennabi, qu’une foule que les saltimbanques politiques réunissent et que la matraque policière disperse. Le sentiment démocratique qui interdit à l’opprimé de refuser d’être opprimé et à l’oppresseur de continuer à opprimer n’est pas encore inscrit dans la mentalité sociale et dans les mœurs politiques. Les Frères musulmans auraient dû se hisser au niveau de leur responsabilité religieuse au lieu de convoiter un pouvoir qui allait leur échapper. Le coup d’Etat est inscrit dans l’histoire du monde musulman depuis qu’il a rompu avec la Prophétie. Ce serait une réduction de l’esprit que de confiner cette pratique aux armées arabes apparues dans le prolongement de la résistance anti coloniale.

En Algérie l’erreur magistrale consiste à donner une coloration islamique à la révolution algérienne et attendre de l’armée algérienne et du mouvement de libération nationale ce qu’ils ne pouvaient donner sur le plan idéologique et religieux ou de les considérer impies ou traitre oubliant les conditions objectives historiques et sociales de leur émergence.

2 – L’Arabie saoudite, ennemi juré des Frères musulmans et rival du Qatar va peser de tout son poids financier, politique et diplomatique pour rendre le retour des Frères musulmans sur la scène politique et sociale impossible voire périlleux pour l’existence et la liberté des militants et des sympathisants de la confrérie. Les alliances avec le Qatar et la Turquie étaient une erreur stratégique dont la facture sera lourde à payer. S’aligner sur un Cheikh sénile qui n’avait pas de boussole est la seconde erreur stratégique, car dans les moments difficiles les insensés vont continuer à suivre le même insenséïsme et les plus lucides vont se trouver dans la difficulté à convaincre de la nécessité de changer de « Qibla idéologique » et de rassembler de nouveau. Toute la stratégie de l’Islamophobie sioniste est de parvenir à cet état de confusion avec en point d’orgue des musulmans qui s’entretuent.

3 – Le réajustement au Qatar annonçait une nouvelle feuille de route pour le monde arabe et un accord entre l’axe Pékin-Moscou et l’Amérique. Le Qatar devait sans doute reprendre son rôle initial fournisseur de gaz et de place financière et ainsi mettre fin à son interventionnisme dans la géopolitique qui s’est avéré catastrophique pour l’image des USA. Les Frères musulmans conduits par une culture de dévotion maraboutique envers le chef de la confrérie et envers Cheikh Qaradhawi n’ont pas vu comment ils sont devenus une caricature de l’Islam caricaturée et n’ont pas eu la grandeur d’âme de se ressaisir pour devenir humbles au service du peuple.

4 – Croire que l’Amérique a fomenté les révolutions ou croire que la chute des Frères musulmans est l’échec de la politique américaine dans la région c’est mentir aux peuples et déplacer le conflit hors de notre mentalité pour le situer dans celui du complot. L’Amérique est pragmatique : elle a des invariants qui lui permettent de faire face aux changements et de les adapter à son profit. Elle dispose de capacités de veille et d’instruments de manœuvres. Croire en la bénédiction de l’Amérique est l’autre mythe dans lequel sont tombés les Frères musulmans. L’Amérique sait où se trouve le pouvoir réel et connait parfaitement ses intérêts. Toutes les gesticulations ne doivent pas cacher l’origine du drame et ses conséquences : le rapport de la classe politique arabe à l’armée. L’armée a non seulement un rapport de force envers la classe politique, mais un rapport de mépris paternaliste envers le civil. Demander à l’armée de résoudre les crises politiques est une conséquence de l’insenséisme arabe. Demander à l’armée de cautionner l’arrivée au pouvoir ou de respecter la légalité constitutionnelle est une autre forme d’inconséquence. Dans ce rapport à l’inconséquence des civils arabes, l’armée arabe est la  plus cohérente, la plus logique et la plus conséquente. Il était demandé aux politiques de prendre l’armée comme un fait historique et de trouver ensemble un dénominateur commun pour aider l’armée à se débarrasser de son complexe et de ses appétits de pouvoir pour qu’elle se consacre à sa vocation : élaborer une doctrine de défense nationale et défendre la souveraineté nationale. L’armée investie de la confiance « populaire » et réconfortée par la culture messianique trouvera toujours des auxiliaires idéologiques et politiques pour lui donner des excuses comme elle trouvera toujours des détracteurs puérils pour dénoncer ses généraux sans rien proposer de crédible.

La cécité fait voir aux uns la réalité sous le modèle démocratique occidental et aux autres le souhait dans une perspective islamique sans ingénierie et sans partenariat avec les autres. Les laïcs sont réconfortés dans leur idée d’interdire la démocratie aux « ennemis de la démocratie » et les islamistes sont convaincus de la perfidie des laïcs et de leur nature éradicatrice de l’Islam. Peu sont concernés par l’effort de trouver ensemble une solution à la panne du monde arabe. La violence de la rue sera, à tort ou à raison, l’alibi, pour une intervention de l’armée. L’armée, à tort ou à raison, sera dans l’obligation messianique ou bonapartiste d’intervenir et d’arbitrer selon sa propre lecture du monde. L’armée arabe n’a pas de compte à rendre. Et il faut le dire en toute justice, si les officiers les plus compétents et les plus probes voulaient rendre compte, ils n’ont pas à qui rendre compte. L’armée est un corps uni et organisé, en face d’elle il n’y a que des convoitises de pouvoir et des maladresses.

5 – La Syrie semble soulagée pour l’instant. L’armée arabe syrienne peut achever de mater la sédition armée. Elle semble soulagée, mais dans la réalité le déficit en matière de droits, de progrès et de liberté est toujours en attente de réponse. Les réjouissances du président Bachar Al Assad sur le sort de Morsi indiquent que lui aussi n’a pas tiré les conséquences morales et politiques de son régime et n’est pas prêt à envisager avec objectivité les raisons de l’insurrection armée, nonobstant son caractère condamnable.

6 – Le mouvement des takfiris (abjurateurs) va sans doute se fabriquer des arguments politiques pour tenter de redonner du crédit à ses arguments religieux fallacieux et ainsi jeter l’anathème sur tous les Égyptiens. Bien entendu le fanatisme et l’ignorance de ce mouvement vont être instrumentalisés.

7 – Les USA vont afficher de nouveau leur soutien aux militaires et aux éradicateurs égyptiens. Cela va sans doute donner de nouvelles idées non seulement à l’opposition turque, mais aussi aux militaires turcs tentés de reprendre la partie du pouvoir qu’ils ont glissé en sous-mains aux néo-ottomans pour donner l’illusion démocratique et l’entrée de la Turquie en Europe.

8 – Le peuple égyptien et les « jeunes révolutionnaires » vont se retrouver de nouveau face au clivage que ni la première ni la seconde « révolution »  n’a abordé avec sérénité et responsabilité. Le camp anti Morsi et anti Frères musulmans va montrer sa nature hétéroclite et contradictoire (partisans du libéralisme et partisans de la gauche) dès que l’ennemi commun focalisé sur les islamistes aura perdu de sa vigueur.

9 – Le Hamas palestinien va se trouver en difficulté. Les Palestiniens fragilisés par l’absence de vision stratégique se trouvent déjà confrontés aux voix chrétiennes et laïcs qui prennent position en faveur du coup d’Etat salué comme une victoire de la démocratie. C’est extraordinaire comment les Frères musulmans, en l’espace d’un an, sont devenus une force de répulsion. L’exception venait des médias américains et français dont on connait les penchants sionistes ou islamophobes : ils étaient dans l’embarras. Ils avaient le même embarras que les médias de l’entité sioniste. Je ne suis pas partisan de la trahison des Frères musulmans. Il y a une volonté d’investir sur l’illusion du Khalifat apolitique pour liquider la Syrie et l’Iran et conserver le monde arabe et musulman loin de la Russie et de la Chine. Les changements faussent la donne et les investissements des occidentaux pris au piège de leur machiavélisme politique. Dans quelques heures et dans quelques jours, le discours haineux envers le FIS et l’Islam va reprendre. Chacun reprendra la continuité de sa vocation et ses repères traditionnels. Les arabes continueront de naviguer à vue et de se voir à travers le prisme occidental déformateur, réducteur ou amplificateur selon la lutte idéologique, les impératifs militaires  et les intérêts économiques qui continuent de nous échapper, militaires et civils, gouvernants et gouvernés, ignorants et intellectuels.

10 – Il y a longtemps que les Arabes se sont habitués à la présence sioniste. Ils n’arrivent plus à percevoir où se situe leur véritable ennemi et avec qui pactiser. Ils oublient que tout est mis en musique pour que se constitue dans le monde arabe une aristocratie composée de militaires affairistes plus préoccupés par le foncier immobilier et agraire que par la guerre contre Israël et la libération de la Palestine. La paix intérieure, la stabilité politique, la fin des faux clivages aboutissent fatalement à se reposer les véritables questions : l’environnement stratégique de la nation, sa dimension civilisationnelle, sa vocation dans le monde, son appartenance historique… Le sionisme comme l’Empire vieillissent et font des fautes, mais ils ne sont pas encore achevés et face à eux la partie est facile : nous empêcher de penser, d’avancer, de nous fédérer.

11 – Les Tunisiens inspirateurs de la révolution arabe vont s’imaginer que la révolution est un processus mécanique ou un brevet dont on a recours sans conditions objectives et sans possibilités réelles. J’ai étudié le programme économique d’Ennahda et j’ai publié mon analyse sur le Net. Je dois avouer que les opposants idéologiques de l’Islam politique non seulement n’ont fait aucune analyse du programme d’Ennahda, mais que leur programme ressemble à celui d’Ennahda : semblable à celui du FLN, du FIS ou de Bouteflika : un cahier d’intentions, un catalogue de choses à entasser. La différence avec l’Algérie c’est que la Tunisie n’a pas de ressources autres que le tourisme. Les Tunisiens vont faire tomber Ghenouchi et la question fondamentale reste posée : quelle est l’alternative si on fait abstraction des problèmes légitimes de la liberté de la femme, de la liberté de croire ou de ne pas croire. Les islamistes et les démocrates sont le revers et la médaille de la même fausse monnaie politique, l’expression de la même démagogie, et le même creuset de la pensée unique. Le monde arabe ne produit ni pensée économique ni modèle de développement ni leviers d’actions : il consomme les techniques des autres et fait de la compilation sur son histoire et son Fiqh.

12 – Dans cet ordre, nous allons assister à une répression féroce contre les cadres des Frères musulmans qui va ressembler à l’inquisition médiévale. L’Occident sera silencieux, les laïcs auront le sentiment de prendre leur revanche et les islamistes seront divisés et dispersés par leurs divergences doctrinales, sectaires et politiques qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

Le système de cooptation et de rente prendra une autre forme avec ses parvenus et ses exclus. Ce système aura toute l’imagination, qui a fait défaut aux Frères musulmans et aux autres mouvements islamiques, pour cultiver davantage de médiocrité, d’illusions et de s’inventer les mobiles inédits de la répression contre ce qu’ils appellent l’Islam politique.

Cette répression, annoncée déjà par la fermeture des médias et l’emprisonnement des cadres supérieurs des Frères musulmans, va sans doute prendre des proportions inimaginables : criminaliser les Frères musulmans et les désigner comme bouc émissaire de tous les malheurs du monde musulman. Pour cela ils vont être traduits en justice sous l’inculpation de collaboration avec l’ennemi, d’atteinte à la sureté de l’État, de blanchiment d’argent, de terrorisme international. J’ai eu, par la grâce d’Allah, le privilège de comprendre l’islamophobie comme machine de guerre médiatique, idéologique et militaire dans l’agression du monde musulman et j’ai eu la présence d’esprit de faire les liaisons entre l’islamophobie et les dérives dans la pensée, le discours et le comportement de certains imposteurs. Je pense avoir eu le courage, le devoir  et la lucidité  de dire assez tôt que Qaradhawi est dans l’erreur. Ceux qui vouent une dévotion fétichiste au culte  de la personnalité au nom de l’Islam qu’ils assument leur responsabilité dans la nouvelle tragédie.

Ils n’ont pas eu la vigilance morale pour dénoncer l’assassinat de Cheikh Ramadan Al Bouti allant jusqu’à lui trouver des alibis les uns plus farfelu que les autres. Ils n’auront pas la présence d’esprit pour dire qu’il ne s’agit pas de l’échec de l’islam politique, mais de l’incompétence des musulmans à vivre réconciliés et impliqués dans un projet de réforme globale et d’édification de civilisation à visage humain. Ils vont certainement continuer à dénoncer les généraux janvieristes et juilletistes, mais ils ne feront jamais leur mea culpa ni n’apporteront des propositions.

13 – Les Frères musulmans semblent se réveiller de leur anesthésie politique :  Morsi appelle à ne pas verser le sang, sa confrérie invalide toute idée de Jihad en Égypte. Cependant comment expliquer aux Djihadistes en Libye et en Syrie que le halal et le haram sont soumis aux idées des chefs et non aux prescriptions divines. C’est encore une contradiction qui va jouer en défaveur de la mobilisation du peuple égyptien. Morsi n’a eu que 27% des voix (au premier tour) face au général Chafiq qui a obtenu 20%. La lassitude et le mécontentement ont sans doute entamé les 51% des voix du second tour. Ce qui n’a pas été réalisé en situation favorable ne le sera pas en situation défavorable surtout que la confusion idéologique et religieuse a accompagné la gouvernance ratée.

Poser l’équation en termes de complot impérialiste et d’armée despotique c’est continuer à faire l’impasse sur les problèmes de fond du monde arabe et choisir la voie de la facilité : dénoncer au lieu d’assumer, simplifier et réduire la réalité au lieu de la dérouler et mettre fin aux confusions et aux dérapages. L’article que j’ai écrit sur Khatib et son rapport à sa confrérie me semble un témoignage qui mérite étude. Prochainement j’aborderais les prévisions sur la gouvernance des Frères Musulmans et le processus de l’échec programmé que j’ai développé dans mon livre « les dix commandements US et le dileme arabe« . Il a été publié en janvier 2012 avant que les Frères musulmans ne sortent gagnants d’un processus électoral dont j’ai dénoncé les incertitudes, les compromissions et les dérives certaines du fait de l’esprit confrérique.

Dans quelques semaines, la machine infernale de la répression va fatalement rencontrer le sentiment d’injustice si elle ne rencontre pas l’insenséisme fortement présent dans les mentalités et facilement manipulable dans la société pour provoquer le clash. Cette machine peut être stoppée si de part et d’autre un sursaut de sagesse fait son apparition et retrouve le sens de l’humain, de l’État, du devenir des choses.

La vitrine d’Al Azhar, de l’Eglise copte et de la technocratie ne va pas résister à l’exigence qu’impose le temps, le territoire et les problèmes : la gouvernance n’est pas une affaire technicienne, elle est politique par excellence. Il ne s’agit pas de gérer un supermarché, mais de gouverner, d’arbitrer, de faire des choix stratégiques. Il n’y a que les crédules et les excités devant les caméras qui font semblant de ne pas savoir le niveau de déliquescence des clergés et des vitrines inféodés aux appareils. L’armée égyptienne et la classe politique ont failli par le passé et ont  failli il y a un an en instaurant une démocratie de façade. L’urgence était et reste l’invention et la conduite de profondes réformes globales qui ne peuvent être conduites que par une classe politique soutenue par la majorité des citoyens. Parier sur un an pour l’émergence de cette classe et de cette conscience c’est une fois de plus exprimer l’incompétence et le mensonge de circonstances.  J’ai analysé les prises de position de Heykel qui demeure l’une des figures les plus remarquables de la classe intellectuelle et politique arabe et je dois avouer que lui aussi tient un discours partisan aussi irresponsable que celui de ses adversaires. Il y a du fardage. Il y a du mensonge. L’armée égyptienne tant décriée il y a un ou deux ans ne peut se transformer radicalement alors que la société qui l’acclame n’a pas changé, que la classe politique n’a pas changé et que l’encadrement de l’armée et sa doctrine n’ont pas changé ni d’ailleurs la place de l’Egypte dans sa configuration dans l’espace régionale.

Le clash prévisible aurait dû inciter les Frères Musulmans à refuser de s’embarquer dans un jeu démocratique pour lequel ni eux ni la société ni l’armée n’étaient encore préparés à en assumer toutes les exigences et encore moins s’embarquer dans un jeu international qui non seulement dépasse la confrérie des Frères Musulmans et l’Association des Savants Musulmans, mais dépasse les nations. Trop de contentieux, trop de non-dits et trop d’enjeux auraient du inciter les Frères Musulmans à militer pour une autre voie plus fédératrice et moins politicienne. Ils doivent assumer la responsabilité de leur échec et donner toutes les clés de lecture pour sauver les nouvelles générations au lieu de se croire les sauveurs, les rédempteurs.

15 – Le devenir, au-delà du coup d’État, reste possible, si les forces saines et compétentes tirent toutes les conséquences de l’histoire puis décident de travailler ensemble et sur le long terme pour édifier un État de droit, une société de citoyens. Dans le monde arabe, le paradoxe exige de faire de l’armée un partenaire. Elle est incontournable du fait historique, social, culturel et politique. Le réalisme politique et la vérité religieuse nous commande, au delà du coup d’Etat, de commencer à réfléchir sur ce verset coranique et d’en tirer tout le potentiel de réforme et tout le sens des priorités :

{Lorsque les Tyrans s’emparent d’une cité, ils la corrompent et avilissent ses élites}

Quelle est notre vocation de musulman ? S’emparer du pouvoir et soumettre les autres à notre volonté ? Dénoncer les tyrans sans toucher au système en place ? Réformer tout ce qui est réformable dans la limite de nos possibilités et dans la limite des conditions sociales et politiques ce qui produit de la corruption et porte atteinte à la dignité humaine, sociale, morale, intellectuelle, politique, économique?

Il ne doit plus s’agir plus de paradoxe lorsque la raison, le réalisme et la religion convergent vers la même exigence : éviter l’effusion de sang. Il ne devrait plus s’agir de paradoxe lorsqu’il nous faut choisir entre s’aligner sur l’histoire de l’Occident ou s’inspirer de la voie des Prophètes. Il y a paradoxe lorsque les « partisans de la démocratie » refusent les résultats démocratiques et sollicitent l’armée qu’ils ne manquent pas de dénigrer lorsqu’elle ne leur confie pas le pouvoir. Il y a paradoxe plus grave lorsque les « partisans de l’islam » se croient infaillibles pouvant se passer de pensée (Ijtihad) en matière de politique, de gouvernance et de rapport aux autres.

Ni le Coran ni le Prophète n’ont demandé de faire un coup d’Etat au Soudan au nom de l’Islam et de le rater, de faire une révolution armée en Syrie et de la rater, d’entrer dans un faux processus démocratique en Algérie ou en Égypte et de le rater.  Tous ces ratages ont pour origine les paradoxes sociaux et politiques d’un monde arabe et musulman sans repères autre que les souhaits qui sont contraires à la lettre et à l’esprit du Coran. Bien entendu les improvisateurs et les empressés vont dire que pour apporter les changements et réformer il faut avoir le pouvoir quitte à recourir à la violence. Je ne pense pas que ce soit la position que recommande le Coran. Le pouvoir politique ne se convoite pas. Il est octroyé par Allah pour nous éprouver par ce pouvoir, par son usage. Il est octroyé et il est bien utilisé lorsque il est le couronnement de la réforme globale qui implique le peuple lequel devient artisan de son propre changement et imposant le changement à son environnement. Il ne s’agit pas d’une imposition politique ou militaire mais d’une imposition logique, d’une nécessite historique, d’une adaptation psychosociale… un moment mystique dans l’histoire où le destin répond aux aspirations humaines sans les volontés ne forcent le destin. La Promesse divine se réalise…

Si l’armée égyptienne, les islamistes et les non islamistes avaient la culture politique de la reine de Saba, ils auraient tous évité le coup d’État en se consultant pour trouver la solution qui respecte le fond et la forme. Ainsi l’armée au lieu de destituer le président Morsi aurait imposer à la direction des Frères Musulmans et aux partis contestataires la rencontre autour d’une table de négociations pour sortir avec une feuille de route. Ils savent que Morsi ne peut rien faire sans le bureau politique des Frères Musulmans. Ils savent aussi que les manifestants n’ont aucune force de nuisance contre l’État si les partis et les organisations qui les mobilisent sont mis en face de leur responsabilités. L’injustice est de prendre des décisions unilatérales. La justice et l’équité est de prendre les mesures justes et réalistes qui garantissent  les droits de la victime et la non transgression des droits du coupable. Tous auraient été mieux inspirés s’ils avaient posé l’équation en termes de devoirs vis à vis de leur religion, de leur pays et de leur peuple.

Le retour à l’enseignement coranique sur la reine de Saba montre les défaillances des Frères Musulmans qui n’ont pas consulté leurs partenaires politiques et l’ensemble de la société faisant un coup de force politico juridique et la transgression de l’armée qui n’a pas respecté le pouvoir politique légitime faisant un coup d’Etat militaire :

  { Elle dit : « O Élite ! Donnez-moi votre avis en mon affaire. Je n’ai jamais tranché sur une chose avant  que vous ne soyez consultés ».   Ils dirent : « Nous sommes doués de puissance, nous sommes doués d’une grande expérience guerrière, à toi de décider. Prends ta décision puis  ordonnes ».} An Naml  32

Ou bien les musulmans reviennent à ces règles universelles ou bien leur sang va continuer de couler en vain.

 

 

 

 

 

 

Résistance globale partie 2/2

Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

Tag sur tag et malheurs aux Arabes

L’Administration américaine a réussi sept coups de génie :

1. Ordonner à l’Arabie saoudite de financer la résistance afghane contre l’occupation bolchévique tout en laissant cette résistance divisée sur les postes de commandement et sur les programmes d’avenir.
2. Ordonner au Qatar d’héberger et de prendre en charge Youssef Qaradhawi et le futur staff du remodelage idéologique de l’orthodoxie sunnite.
3. Ordonner à son armée, à ses juges et à ses médias de couvrir Guantánamo pour inspirer la terreur et obtenir des concessions
4. Ordonner à l’armée égyptienne de s’estomper devant les Frères Musulmans.
5. Ordonner au monarque du Maroc et à son Makhzen de nommer un gouvernement « islamiste ».
6. Ordonner à ses réseaux et à ses vassaux de donner crédit, assurance aux mouvements islamistes et d’oublier un peu les mouvements laïcs. L’Amérique récupère la haine, l’esprit de revanche et les divisions internes des mouvances islamiques et se débarrasse des laïcs qui ont échoué dans leur passage de l’économie de pénurie à l’économie de marché faute de compétences et de soutien populaire.
7. Ordonner à Israël de supporter Mechaal à Gaza et son discours sur la résistance destinée à la consommation affective des Arabes fonctionnant à l’émotionnel et à l’autosatisfaction.

Pour chacun des sept points réalisé au profit et par l’Empire, les vassaux et les insouciants perdent l’équivalent en multiple ou en puissance sept. Nous ne voyons pas ses points se nouer comme un canevas qui tissent nos malheurs futurs, car Satan a le pouvoir d’enjoliver la laideur.
Les naïfs et les irresponsables horrifiés par ce qui se passe vont crier de nouveau : islam fasciste, islam réactionnaire, islam consumériste, islam politique sans culture politique et géostratégique. Ils oublient qu’ils sont en train de récolter ce qu’ils ont semé comme politique d’exclusion, d’abrutissement, d’éradication et de diabolisation.

Les cyniques aux aguets s’imaginent que c’est le meilleur moyen de se débarrasser de l’Islam politique : voir les mouvements islamiques se radicaliser et se montrer sous les visages attendus d’eux : cruauté, incapacité à gouverner et luttes intestines pour le pouvoir et la domination idéologique ou doctrinaire d’une faction sur une autre.

Les « Islamistes » convaincus de leur bon droit et confondant la manne céleste avec le leurre satanique jouent la pièce diabolique à fond : ils réalisent les desseins de l’empire et du sionisme. Ils déchirent, comme cela était prévisible dans l’échiquier américain, ce qui reste de relativement unis sur le plan des mentalités collectives et des espaces géographiques ; ils génèrent la méfiance qui accroit la haine et le peu de compassion des non musulmans réconfortés dans leurs préjugés sur l’Islam diabolique ; ils provoquent de la méfiance au sein des populations musulmanes qui ne sont pas préparées à des changements violents ou pacifiques vers l’inconnu.

Bien entendu le monde arabe succombe depuis trop longtemps à l’injustice des uns et au maraboutisme des autres pour disposer de grille de lecture ou de moyens de résistance. Comme une aiguille aimantée attirée et orientée par un champ magnétique les Arabes, gouvernants et gouvernés, islamistes et éradicateurs, savants et ignorants, larbins et zélés vont se retrouver une fois de plus les artisans de leur insenséisme et de leur marginalisation dans l’histoire des hommes. Cette fois-ci ils vont produire les néo harkis du néo colonialisme pour contrer non seulement l’Iran, mais l’axe Moscou-Pékin qui tente de faire émerger un nouveau pôle qui met fin à l’hégémonie impériale.

Tout ce qui ne change pas par lui-même sera inévitablement changé par les autres et au profit des autres. Les Musulmans vivant en Europe vont se réveiller dans quelques années dans une persécution inégalée dans l’histoire humaine. Une fois que l’Empire aura achevé sa mission, il laissera les Européens régler leur contentieux avec les Musulmans arrogants et bruyants. Que les gens braves, hommes et femmes, veillent dès maintenant à l’avenir de leurs enfants et à leur fréquentation. Il n’y a pas de Hijra possible car aucun lieu ne sera sur et prospère :

{Allah vous soumet cette parabole : Une cité vivait dans la paix et la quiétude, elle recevait sa subsistance abondante de toute part, mais elle s’est montrée ingrate envers les bienfaits d’Allah, alors Il leur a fait subir un aspect des affres de la faim et de la peur en conséquence de ce qu’ils ont commis. Et il leur vint, en effet, un Messager de parmi eux, puis ils le démentirent. Alors ils furent saisis du châtiment tandis qu’ils étaient injustes.}

Le monde musulman a perdu la raison : il se livre totalement à celui qui les a mis en servitude. C’est sans doute l’annonce du retour d’Aissa le Messie le fils de Marie. Il est fort probable que nos savants, nos intellectuels et nos chefs de partis islamiques seront du côté du Dejjal, le Messie imposteur, car trop imbus de leur ignorance et de leur haine ils ne peuvent plus voir la vérité ni comprendre les Signes. Le Messie a déjà annoncé que les imbéciles ne récolteront rien de bénéfique car ils n’auront rien semé pour leur bonheur dans ce monde et leur salut dans l’autre.
En effet les Arabes et les Musulmans, de tous bords et à chaque niveau de responsabilité, n’ont pas investi dans l’avenir, la connaissance et la défense de leurs intérêts. De gauche à droite, de haut en bas et de l’islamiste à l’anti islamiste, ils ont vécu comme des rentiers. Toutes les rentes ont été dilapidées : pétrole, religion, nation, histoire, révolution, diplôme, arabité, berbérité. L’heure de vérité approche à grands pas : récolter la poussière que nous n’avons semée.

Aux utopistes et à ceux qui cherchent une Hijra, une Dawla islamique ou un village de Hossein Imrane pour se réfugier contre le Dejjal méditez ces paroles d’Evangile faute de méditer le Coran devenu ésotérique, confisqué par les marchands du temple et les savants de l’égarement :

« Voici, disait-il, que le semeur est sorti pour semer. Et comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux, étant venus, ont tout mangé. D’autres sont tombés sur des endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre, et aussitôt ils ont levé, parce qu’ils n’avaient pas de profondeur de terre: mais, le soleil s’étant levé, ils ont été brûlés, et faute de racines, ils se sont desséchés. D’autres sont tombés sur les épines, et les épines ont monté et les ont étouffés. Mais d’autres sont tombés sur de la bonne terre, et ils ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Entende, qui a des oreilles !

Et, s’avançant, les disciples lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Et, répondant, il dit : « Parce qu’à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, mais à ceux-là ce n’a pas été donné. Car quiconque a, on lui donnera et il aura en surabondance, mais quiconque n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. Voilà pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils voient sans voir et qu’ils entendent sans entendre. Et pour eux s’accomplit la promesse d’Isaïe qui dit : Vous serez tout oreilles et ne comprendrez pas, vous regarderez de tous vos yeux et vous ne verrez pas, car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils ont fermé les yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, n’entendent de leurs oreilles, ne comprennent avec leur cœur, et qu’ils ne se convertissent. Et je les aurais guéris ! Mais vous, heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent ! Car en vérité je vous dis que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ils ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ils ne l’ont pas entendu !

Vous donc, écoutez la parabole du semeur. Chaque fois qu’un homme entend la Parole du Royaume sans la comprendre, arrive le Mauvais qui emporte ce qui a été semé dans son cœur; c’est celui qui a reçu la semence au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur les endroits pierreux, c’est celui qui entend la Parole et aussitôt la reçoit avec joie, mais il n’a pas de racine en lui-même, il est, au contraire, l’homme d’un moment; survienne une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt il trébuche. Celui qui a reçu la semence dans les épines, c’est celui qui entend la parole, et le souci du monde et la duperie de la richesse étouffent la Parole, qui devient stérile. Et celui qui a reçu la semence sur la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : et celui-là porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. »

Le Messie fils de Marie avait le pouvoir, par la grâce de Dieu,  de ressusciter les morts et de donner vie aux oiseaux. Il avait prononcé ces paroles pour le petit groupe qui le suivait alors que la majorité bruyante était déchirée entre les bigots marchands du temple, les intégristes en quête d’un roi, les insensés sans Dieu ni loi, les pratiquants de magie, les partisans de l’administration romaine, les fervents adeptes de la culture hellénique, les nostalgiques de Moïse et de Salomon, les scribes colporteurs de syllogismes fallacieux…

Les semeurs d’illusions et d’attente messianique ne peuvent ni ressusciter les morts ni rendre justice, mais ils ont la compétence de jouer sur les émotions et les attentes d’une société qui ne produit ni semences ni semeurs, car elle livrée aux charlatans et aux démons de tout bord :

{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés. N’as-tu pas vu qu’ils sont errants dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ?} As Chou’âra  221 à 226

Les Bani Israël avaient l’avantage sur nous : ils cultivaient leur ego et attendait le Messie alors qu’il était parmi eux. Nous sommes pires qu’eux car s’ils ont été insensibles au vrai Messie qui leur semait des paraboles nous sommes sensibles au faux Messie qui nous sème de la diversion et de la subversion. Nous sommes pires qu’eux car nous produisons les mêmes contradictions en produisant des aberrations comme avec en plus la quête de l’illusion de  grandeur  dans ce qui produit le minus habens et la perte sèche :
« Le perdant est celui qui a vendu son au-delà pour l’ici-bas, mais le plus perdant est celui qui a vendu son au-delà pour l’ici-bas des autres »

Nous avons perdu le sens de semer et de lire les semences dans le monde et à ce titre nous ne pouvons ni être semeur ni prendre conscience que nous sommes plus que perdant, nous sommes  perdus.  Notre passé, notre présent et notre devenir sont toujours aux mains de l’Étranger qui les écrit et les façonne selon son dessein. Il est semeur et moissonneur, nous sommes des auxilliaires et de vulgaires consommateurs. Nous ne sommes que des pitres espiègles jouant les intéressants sans moyen d’action sur le jeu qui s’accomplit à notre détriment. Nous n’avons pas conscience de notre devoir et de nos responsabilités alors on nous fait montrer, comme d’habitude, midi à quatorze heures. Et pourtant la vérité par laquelle nous aurions pu voir les complots ainsi que nos défaillances est toujours là à nous interpeller :

{O Hommes ! Une parabole vous est fournie, écoutez-la : « Certes, ceux que vous invoquez, à l’exclusion d’Allah, ne pourront point créer de mouche, même s’ils s’y mettaient tous ensemble. Et si une mouche leur ravit quelque chose, ils ne sauront point le récupérer d’elle ». Faible de nature, le solliciteur et le sollicité ! Ils n’ont point apprécié Allah comme il se doit. Certes, Allah est  Omnipotent et  Invincible.} Al Hajj 73

{Prenez garde à une sédition qui ne frapperait pas uniquement les injustes d’entre vous}

Il est fort remarquable de voir comment l’Empire récolte ce qu’il a semé : la sédition en confisquant des émeutes arabes où les élites ont fait preuve d’incompétence et de convoitise à chercher le pouvoir au lieu de construire une résistance contre l’ennemi commun et une coopération pour résoudre les mêmes problèmes de sous développement.  Il est donc logique de voir le Qatar et le Maroc, pour ne citer que ses deux extrêmes géographiques, devenir les abris pour les révolutions islamistes alors que ces mêmes pays sont anti islamiques et anti démocratiques. Nous sommes devenus tellement incultes que non seulement nous ne pouvons ni semer ni récolter ni même être sensibles aux aberrations et aux absurdités de la rédition du même schéma afghan avec cette fois-ci l’Arabie saoudite en retrait mais avec les mêmes insensés en premières lignes.

Sobhane Allah rien n’a pu fédérer les fréristes, les sanafirs et les pieds nickelés ni le Coran ni le Hadith ni la langue ni le destin, mais Clinton les a mis au pas. Si j’étais metteur en scène ou producteur de films j’aurais produit « Les Enuques hilarants » ou « Les néo Mamlouks »

Il est sans doute temps que les bonnes âmes se retirent et se taisent pour ne pas ajouter davantage à la confusion et aux mauvaises herbes. Je viens de comprendre la parabole du Messie : « Bienheureux sont les faibles d’esprits » . Heureusement que le Messie est Musulman et qu’il va revenir pour restaurer l’Islam originel :  je n’aurais pas donc l’idée et l’embarras de me  convertir à sa religion puisqu’elle est déjà la mienne.

En attendant de voir des jours meilleurs je n’aurais pas l’outrecuidance de vous souhaiter une bonne année alors qu’il y a suffisamment de tag et de tartag… annonçant la normalisation avec le sionisme !

Omar Mazri

L’Emirat islamique d’Alep et Gaza !

{Nous vous montrerons Nos Signes à l’horizon et en vous-mêmes, vous saurez alors que c’est la vérité} Coran

Harmonie, diversion et subversion

La loi de l’harmonie gouverne l’universel dans ses détails et sa globalité. Elle s’exprime par  une ou plusieurs manifestations qui se conjuguent dans le domaine des formes, des couleurs, des sons, des idées, du langage :

–        Pertinence ou adéquation spatiale (lieu, étendue et contiguïté de territoire)

–        Opportunité ou adéquation temporelle (moment, durée et continuité historique)

–        Rythme ou proportion, intensité, fréquence et correspondance dans les répétitions

–        Cohérence ou relation logique ou conformité à l’organisation générale ou au dessein global.

–        Contraste ou mise en relief des oppositions internes qui sont naturellement ou logiquement en relation par leur nature intrinsèque ou par leur composition dans l’effet global.

Ces facteurs structurant des agencements ne deviennent véritablement une harmonie que si et seulement si deux règles sont respectées : l’unité qui fédèrent les éléments  dans leur diversité pour que la diversité ne soit pas anarchie et la variation des éléments dans leur unité pour que l’unité ne soit pas uniformité monotone.

Lorsqu’un phénomène produit du bruit ou de la dissonance et ne vient pas ajouter de la douceur, de la vitesse ou de la dramatique dans ce que l’œil, l’oreille ou l’esprit a considéré comme harmonieux il y sans aucun doute une intrusion qui provoque ce qu’on appelle de la diversion ou de la subversion.

La diversion consiste à distraire, à détourner l’attention, à introduire des biais pour désorienter et faire changer de préoccupation. La diversion peut être agréable ou déplaisante. Lorsqu’elle est agréable, elle est difficilement perceptible comme diversion à moins d’avoir une grille de lecture sur l’harmonie et ce qui vient rompre son équilibre. Elle consiste aussi a introduire de la monotonie ou a rompre l’unité afin de fatiguer l’attention et la détourner

La subversion consiste à renverser ou à bouleverser l’ordre harmonieux et lui substituer un autre ordre harmonieux ou inharmonieux.  La substitution passe obligatoirement par   la rupture de l’unité, la fragmentation et la dispersion pour empêcher les forces anciennes de se réunir, de s’agencer et de produire l’unité.  Si la diversion peut être agréable, non destructive et trés étalée dans le temps et l’espace, la subversion est souvent violente, destructive, concentrée dans le temps et l’espace. Souvent, l’ordre nouveau, même s’il est inharmonieux,  est accepté faisant oublier l’ordre ancien s’il apporte une construction après la déconstruction, une stabilité après la perte des repères, une accalmie après  l’entropie… une trêve après l’agression.

Que signifie la proclamation de l’Émirat islamique dans les conditions actuelles? Lisons d’abord  la carte de la victoire proclamée objectivement par la confrontation entre la résistance palestinienne et l’entité sioniste à la suite des analyses précédentes « Al Forqane II : Les brigades Al-Qassam et Al-Qods déjouent tous les complots » et  » Nouvelle Victoire de la Résistance » sans perdre de vue la réalité  des coups portés à l’encadrement de la résistance militaire par les assassinats ciblées.

L’harmonie de la résistance palestinienne dans la gestion de sa puissance de feu

Dans un rapport de forces incomparables, la résistance palestinienne a imposé sa loi de l’harmonie après sept jours nonobstant les grosses pertes dans ses rangs. Elle a résisté et a géré sa modeste puissance de feu avec harmonie. En effet si l’armée sioniste bombarde les civils à l’aveugle avec un excédent de force causant des pertes dans les rangs civils elle n’a pas d’objectifs militaires ou stratégiques, car elle ne parvient ni à imposer sa dissuasion par sa force destructrice ni à choisir de nouvelles cibles montrant la gradation de son effort de guerre. Il ne lui reste qu’à assassiner la population. Ce n’est pas un acte militaire, mais un acte terroriste.

La résistance palestinienne a montré sa maitrise de la loi de l’harmonie par sa maitrise de sa modeste puissance de feu. L’imprécision de son armement sommaire ne l’empêche pas d’opérer une planification et une exécution qui montrent la maitrise des éléments décisifs suivants :

–        Les cibles,

–        Le temps,

–        La fréquence,

–        La gradation

–        Le maintien d’une réserve de riposte

–        La diversité des dispositifs de riposte

Ces éléments sont orientés vers un but avoué et obtenu : la dissuasion.

L’entité sioniste cherche la dissuasion par des moyens de destruction face à une résistance et une population qui ne craignent ni la mort ni la destruction. La résistance et la population palestinienne ne disposent pas de moyens de destruction, mais disposent de moyens de riposte qui sèment le doute et la panique et les voilà se servant avec harmonie de leurs petits moyens.

La loi de l’harmonie et celle de l’éthique islamique ou universelle exigent qu’aucune voix ne vienne perturber cette harmonie héroïquement établie par le peuple palestinien. Cette harmonie a montré les dissonances dans le camp adverse,  elle a fait sortir l’Amérique de son silence complice, et elle a montré les contradictions du « printemps arabe » qui se trouve intermédiaire entre la résistance et l’entité sioniste au lieu d’être partie prenante du conflit.

L’harmonie a pour qualité de dévoiler les disharmonies. Elle a pour ennemi la disharmonie qui lui apporte la détraction, la diversion ou la subversion.

La signification de la proclamation de l’Émirat islamique à Alep

La loi de l’harmonie, de la justice, de l’éthique et de l’Islam veut qu’il n’y ait pas de surenchère sur le front principal ni de diversion ni de subversion. Tout autre action et tout autre discours doit verser dans l’enracinement et la suprématie de l’harmonie imposée par la résistance en lui donnant d’autres canaux d’expressions, d’autres fronts de continuité, d’autres échos médiatiques ou militaires ou idéologiques.

La proclamation de l’Émirat islamique d’Alep est un coup de poignard dans le dos de la résistance palestinienne, car il veut lui voler la « vedette », il veut détourner l’attention de la rue arabe  déjà amorphe par

–        son nihilisme politique et sa quête mondaine,

–        sa confiance aux  Frères Musulmans à qui elle a confié son destin comme elle l’avait confié aux despotes par le passé,

–        son attentisme des consignes des autres courants islamiques revanchards, mais confus entre rejoindre le pragmatisme des Frères Musulmans et leur arrangement d’appareil avec l’Empire ou rejoindre les maquis….

Que la France, la Grande-Bretagne et les Occidentaux choisissent ce moment pour reconnaitre l’opposition syrienne et refuser de reconnaitre les djihadistes cela se comprend lorsqu’on comprend leur alignement sur la politique de l’Empire pour imposer un nouveau Sykes-Picot 2, leur désir de briser l’axe de la résistance et d’isoler l’Iran, leur soutien inconditionnel à l’État sioniste et à sa politique génocidaire.

Nous pouvons comprendre la proclamation de l’État islamique dans ces circonstances comme une diversion et une subversion sur plusieurs niveaux.

Les niveaux de subversion et de diversion de la proclamation de l’Émirat islamique.

Il est important de placer cette proclamation dans son cadre idéologique, géostratégique et politique pour en comprendre les méfaits :

  1. Celui qui étudie le Coran verra l’erreur de proclamer un État islamique alors qu’Allah (swt) utilise deux termes conceptuels, méthodologiques sur le plan religieux, idéologique et politique : Le Tamkine ou la territorialisation de la religion,  l’Istkhlaf ou la succession du pouvoir sur le territoire et l’héritage des pays des oppresseurs par les opprimés. Je ne développe pas ce point dans le présent article.
  2. Il suffit de suivre les déclarations des cadres d’Ennahda, du Hizb Tahrir et des Frères Musulmans sur la difficulté de mettre en place un État islamique ou d’appliquer la Chariâ dans les conditions présentes.  Comment et pourquoi les djihadistes salafistes minoritaires peuvent prétendre à un Émirat islamique ?
  3. Il suffit de suivre le dossier de l’opposition syrienne qui passe de la Turquie au Qatar puis à l’Égypte. Les États-Unis ont décidé de composer avec l’Islam politique « modéré » et « pragmatique » dans un vaste programme planétaire : remodeler le Moyen-Orient en liquidant l’axe de la résistance, en montant les chiites contre les sunnites, et en préparant la liquidation de la Palestine par un projet qu’Israël ne parvient pas à réaliser par ses échecs militaires : Gaza est une épine sécuritaire qu’il faut confier à l’Égypte et la Cisjordanie un territoire de déploiement pour les colonies juives qu’il faut promouvoir en créant un Émirat Frère Musulman en Jordanie qui avale une partie de la Palestine. Une autre partie sera recomposée par le transfert des populations dans la recomposition du Liban et de la Syrie.
  4. Il suffit de voir dans ces bouleversements radicaux qui se préparent, la Turquie perd le rêve de conduire le monde sunnite comme Khalifat néo ottoman. Les Américains ont choisi l’Égypte. Les Turcs sont un dispositif rodé et ancré dans l’OTAN et Israël, ils peuvent bouder, mais ils ne peuvent remettre en cause la volonté américaine. Ils ne sont cependant pas les Bédouins du Qatar et de l’Arabie saoudite qui se contentent d’obéir aveuglément et de mettre leurs pétrodollars au service du jeu américain. Erdogan et son MAE sont trop impliqués militairement en Syrie et médiatiquement en désaccord pour reculer eu égard à leur parti et à leur nationalisme exacerbé. L’Émirat islamique est la réponse turque pour reprendre en main l’initiative au Moyen-Orient.

L’après proclamation de l’Emirat et le cessez-le-feu imposé par Clinton

Il est important de voir qu’après l’attentat au cœur de l’entité sioniste, au lieu d’aller vers une annonce des opérations terrestres contre Gaza et une radicalisation de la résistance palestinienne dont une de ses faction a relevé le niveau des revendications par ce type d’opération difficile à réaliser.

1 – Clinton a imposé  l’Egypte comme partenaire stratégique et c’est le président égyptien qui vient d’être promu au rang de Pro Consul romain de l’Empire dans la région.

2 – La Palestine est la chasse gardée de l’Empire.

3 – Les Acteurs anti Syrie, anti Hezbollah et anti Iran sont remis à la première loge : l’Egypte, le Qatar et la Turquie. Le Hezbollah fin stratège et fin diplomate en annonçant l’évaluation politique et stratégique à faire dans les jours et semaine à venir montre l’infantilisme d’une fête de la victoire dont les repères ne sont plus le terrain de combat, mais le terrain de la rhétorique et des logiques fallacieuses de la politique.

L’Emirat islamique d’Alep n’est pas qu’un épiphénomène dans la géostratégie du monde arabe et musulman qui n’a pas encore atteint la maturité pour avoir une lecture et une écriture harmonieuse de sa propre histoire et de son propre devenir. C’est un phénomène qui annonce la reconstruction du monde musulman, de l’Egypte et de  la Palestine sur plusieurs plans  :

–        La confiscation de la victoire de la résistance par les pragmatiques qui savent vendre « l’Islam est la solution » et qui vendent aujourd’hui le pragmatisme conciliateur

–        Le niveau lamentable du politique arabe qui trahi de nouveau la résistance comme il avait déjà trahi les armées arabes face à l’agression.

–        L’ingratitude des politiques qui montre comment la résistance armée et entrainée par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah se trouve impliquée dans un processus de compromis sous la conduite de Mach’âal,  de Morsi et d’Erdogan sans que l’axe arabe et musulman de la résistance ne tire un profit politique et médiatique.

–        La paix, la trêve ou le cessez-le-feu symboliquement est réalisé sous les accords du camp David et sous le même parrainage américain (tout particulièrement des Clinton).

–        Le primat de l’esprit partisan sur les considérations géostratégiques qui annoncent la fin du monopole et que l’Egypte a ramené de nouveau sous la couverture exclusive américaine.

–        Les champs pétrolifères off-shore à Gaza font que l’oligarchie financière a d’autres objectifs que seul le pragmatisme peut accélérer et réaliser. Les Palestiniens doivent concéder leurs terres et leurs plans d’eaux  sous une forme ou sous une autre.

Si les aristocraties vont s’emparer des richesses arabes sous couvert du même nombrilisme arabe : nationalisme, socialisme, islamisme les Kurdes et les Emirs d’Alep vont s’affronter alors que l’Empire investit sur les Frères Musulmans.

Pour l’Amérique, Israël et Netanyahu doivent se taire et respecter les consignes car les enjeux sont d’ordre planétaires, ces enjeux ne supportent pas des dissonances. L’Empire lui aussi a une feuille de route harmonieuse pour défendre ses intérêts et conserver on hégémonie.  L’harmonie américaine impose que les Frères Musulmans, ces islamistes pragmatiques et modérés, vivent en harmonie avec les chrétiens athées, dans la réalisation des dissonances qui brisent l’axe de la résistance. On trouve la même  configuration au Liban avec l’axe saoudien, franco-américain et vaticanais contre l’axe de la résistance.

La fin du blocus sur Gaza n’est pas pour demain. La victoire de la résistance palestinienne vient d’être volée une seconde fois. Je viens de lire les termes du cessez-le-feu. C’est une victoire pour l’Egypte des Frères Mususlmans. Ce qui relève de la souveraineté égyptienne et de son devoir islamique est donné comme pâture aux Palestiniens : l’ouverture des voies d’approvisionnement pour la nourriture. En contrepartie l’Egypte s’engage à interdire l’approvisionnement de Gaza en armes et munition. Les termes de la victoire de la résistance qui devaient se solder par la fin du blocus et la fin des assassinats ont été occultés. Les questions essentielles sont reléguées aux calendes grecques. La situation du statut quo est une forme de mort lente pour la résistance. En contrepartie le Qatar va sans doute prendre en charge le « confort » des Gazaouis.

Le grand perdant dans l’opération est Mahmoud Abbas. Il n’a  pas été associé à la décision en Egypte. Les Américains mettent tout leur poids pour donner de la crédibilité, du pouvoir et de l’avenir aux Frères Musulmans chargés de gérer la région. L’Amérique cherchait un partenaire crédible et organisé pour avoir l’interlocuteur valide qui parle au nom d’une région, d’une religion, elle le façonne par une logique de musicien de peintre, de scénariste qui maitrise  les lois de la composition, de la tragédie, et de l’harmonie dans un monde arabe et musulman qui n’a comme grille de lecture que l’émotionnel et les discours fascinants. Nous allons voir le FATAH commencer la danse du ventre devant le HAMAS.

L’Egypte gagne de la consistance idéologique et de la stature diplomatique.  Les Américains et le Qatar vont lui donner le répit sur le plan social et les moyens sur le plan économique pour affronter le FMI et son plan d’ajustement structurel qui demande à court terme de mettre fin aux subventions des prix de première nécessité. L’Egypte du printemps arabe était sur la voie de la révolution du pain.

Le grand absent au Caire est l’Arabie saoudite ! Est-ce la fin du Wahhabisme ? Est-ce la fin du rôle saoudien dans l’échiquier américain ? Est-ce la fin du Pétrole saoudien ? Est-ce le de début du printemps  bédouin ?

L’annonce du cessez-le-feu dans des conditions floues et avec des repères flous

L’Emirat islamique était une dissonance qui cachait d’autres dissonances plus graves et plus décisives dans l’avenir de la Palestine et du monde arabe déchirés par les loups et les brebis.  Les loups arabes sous l’habit des brebis se sont empressés à armer l’opposition libyenne et syrienne pour détruire ce qui reste du monde arabe et avec le même empressement ils ont contraint la seule harmonie dans le monde arabe à ne pas disposer des moyens de son rythme, de sa cohérence, de sa continuité, de sa pertinence, de son opportunité face aux monstres.

Bien avant de lire le contenu du cessez-le-feu il y aura deux questions à suivre dans les jours et semaine à venir :

La gestion de la nouvelle défaite israélienne et le devenir de HAMAS dans la real-politic une autre forme d’harmonie qui vient après la diversion et la subversion.

L’intelligence diabolique est justement de transformer une harmonie en diversion pour faire admettre une nouvelle construction qui donne l’illusion de l’harmonie que les Américains appellent la « régression constructive  » ou le « chaos fécond ».

Pour l’instant les média arabes évitent les problèmes de fond en entrant dans une nouvelle diversion idéologique et une nouvelle subversion médiatique par la spéculation  sur l’après Netanyahu oubliant que celui-ci n’a pas de prétendants puisque ce sont les mêmes figures et la même politique poursuivie alors que les Arabes sont en compétition à qui sera le plus vassal avant et après le « printemps arabe ».

Conclusion

L’apologie de Mech’âal envers Morsi,  Erdogan et Cheikh Qatar est langage de miel qui veut  cacher les dissonances que l’œil non partisan voit non seulement comme des contradictions, mais comme des agressions contre l’esprit lucide. On ne se lance pas dans des diatribes lyriques occultant le contenu de l’accord et flattant l’ego des uns et des autres alors qu’un peuple meurtri attend la fin de ses souffrances, la proclamation des buts atteints par sa résistance à moins que…

Cette agression n’est pas une erreur de stratégie ou une campagne électorale, mais une action minutieuse dans un dispositif complexe, subtile comme une partition de musique, une composition picturale ou un film de grande intrigue où les indices semblent  peu apparents justement par la force de leur éclat.  J’ai écrit et raconté l’agression de 2009 sous le titre « Gaza : la bataille du Forqane » non sous la forme de correspondant de guerre ou d’historien, mais d’analyste musulman. Dans cette guerre j’ai le sentiment d’inachevé,  de non-dit, de manipulation, de jeux de rôles avec des sacrifices humains. Toute proportion gardée et avec tout le respect que je dois aux martyrs je me trouve avec la même impression que celle que j’ai ressenti devant un film que j’étais amené à étudier et à commenter.

Pour que le lecteur partage avec moi les mêmes impressions, il s’agit du film culte « Usual Suspects » (1995) qui met en vedette Keyser Söze un personnage fictif écrit par Christopher McQuarrie,  réalisé par Bryan Singer et interprété par Kevin Spacey. Dans une mise en abime exceptionnel, le suspect Verbal Kint (synonyme  de  Kaiser (empereur) et de  Söze  (bavard ou locuteur) en turc)   dit au détective donne, après une narration complexe qui fait la trame du film, la clé de l’intrigue sous cette expression : « Le coup le plus rusé que le Diable ait jamais réussi, ça a été de faire croire à tout le monde qu’il n’existe pas ». Ce film est un chef d’œuvre toujours enseigné dans les écoles du cinéma et dans les écoles d’écriture. Ce qui est enseigné dans les laboratoires de diversion et de subversion est davantage plus ahurissant !

L’annonce de l’Emirat islamique n’est pas à déboiter de la demande turque du bouclier anti missiles. La guerre contre la Syrie est d’actualité. La Turquie dispose d’une armée plus forte et mieux équipée que celle de la Syrie, mais un affrontement avec une riposte à la palestinienne mettrait à terre tous les efforts de développement consentis par les turcs ainsi que leur plateforme touristique et surtout anéantirait  les opportunités et les pertinences qu’offre la Région aux Turcs et qu’Erdogan a sapé par manque de cohésion avec ce qui fait une civilisation prospère : l’harmonie dans les géographies, les histoires communes, les mentalités collectives et les interactions socio-économiques

Nous pouvons donc faire une autre lecture de la proclamation de l’Emirat islamique à Alep : Gaza et Israël sont des dissonances programmées  dans la refondation du Moyen-Orient qui peuvent générer des contradictions insolubles si le conflit n’est pas réglé à n’importe quel prix pour se consacrer à l’essentiel de la nouvelle harmonie impériale : L’Empire qui se décline avec pragmatisme à tous les temps et dans tous les tons et sur tous les territoires. Ce serait la fin de l’antagonisme Islam capitalisme !  Ce serait la fin de l’Empire ! Le capitalisme et l’Empire dispose encore de suffisamment d’intelligence et de ressources pour nous mener en bateau et nous offrir des héros sur mesure,  nous faire oublier rapidement nos martyrs, nous laisser dans la confusion ne sachant distinguer nos amis de nos ennemis, ni les fruits de la victoire avec les pertes dans la défaite…

Les dictatures arabes avaient fait de la Palestine un fonds de commerce et de l’Islam un instrument et une rente. Les régimes « démocratiques et islamiques sont en train de faire de l’Islam un formalisme pragmatique et de la Palestine un marchepied.

L’Islam et la Palestine sont innocents et le moment voulu ils se vengeront.

Nota bene :

Cet article a été écrit avant la proclamation du cessez-le-feu. Il a été brièvement remanié pour rester dans l’actualité. Il est compliqué et il  peut choquer les bonnes âmes qui aiment les choses simples.  C’est ma vérité, mon sentiment. Je suis sans doute excessif, mais je ne suis pas trop loin de la vérité.

La loi de l’harmonie gouverne l’universel dans ses détails et sa globalité. Elle s’exprime par  une ou plusieurs manifestations qui se conjuguent dans le domaine des formes, des couleurs, des sons, des idées, du langage. La loi de l’harmonie est universelle elle concerne l’histoire, la politique, la guerre malgré les bruits horribles des cris et les vues effroyables du sang : elle raconte une histoire et elle construit un monde nouveau. Le style, les omissions, le sublime ou le cynique de l’histoire dépend de la manière de raconter et du sujet du récit : un loup ou une brebis.

Ne perdez jamais de vue la loi de l’harmonie  raconte une histoire  qui construit ou décrit  un ordre et un monde dans un agencement qui ne heurte pas l’œil, l’oreille et la raison. Ne perdez jamais de vue les buts de la guerre qui consiste à faire taire les armes et la voix de l’ennemi. Ne perdez jamais de vue que la sécurité d’Israël fait partie des dix commandements américains. Ne perdez jamais de vue que l’Amérique n’a pas d’alliés mais des vassaux. Ne perdez jamais de vue que l’Empire ne traite pas avec les Etats, mais avec des régions confiées à des interlocuteurs valides.

Ne perdez pas  de vue que ce qui vient de se passer est un hold-up

Il est inadmissible que Gaza sous Moubarak puisse avoir plus de prestige et de gain politique que sous l’ère d’une gouvernance islamique d’autant plus  qu’elle vient de réaliser l’exploit que personne n’attendait. Il est inadmissible que ce soit l’Égypte qui en tire tout le profit. J’ai beaucoup d’affection et de considération pour les Égyptiens, mais la vérité est plus sacrée à mes yeux que les salamalecs.

Ne perdez jamais de vue que le Prophète (saws) est contre l’esprit partisan et sectaire car c’est par cet esprit que la Fitna pénètre dans le cœur de l’Oumma la détruisant en la soumettant aux appétits de pouvoir.

Que l’esprit partisan et confrérique confisque une révolution et la place sous la bannière de l’ennemi des peuples pour devenir un instrument de l’hégémonie de l’oligarchie impériale alors que l’Islam est antagoniste avec les principes et les comportements de l’Empire est insupportable, mais qu’il gère et récupère une victoire de la résistance contre l’Empire et son bras armé dans la Région pour la redonner à l’empire qui la confisque et la musèle est un suicide.

Ne perdez pas de vue que l’Emirat islamique d’Alep, dans la conjoncture de la bataille de Sijjil est une diversion, une subversion. Il s’agit de continuer à tisser le lien avec l’Emirat islamique de Benghazi, à envisager l’Emirat islamique de Jordanie. L’expérience tunisienne et égyptienne a donné des résultats plus qu’escomptés. C’est un modèle qui se prête donc à la reproduction, à la multiplication et au transfert… Le transfert harmonique qui rappelle les échos des ondes et les suites mathématiques doit nous faire rappeler l’esprit cartésien et artistique des Occidentaux qui annoncent la couleur et le ton : le transfert des Palestiniens est toujours à l’ordre du jour. Si le transfert des populations est impossible ou difficile il est facile de passer à la solution finale : transférer des portions de territoires comme des Emirats islamiques contigües à d’autres émirats islamiques. L’Empire est un chef d’orchestre et un excellent géomètre. Il a déjà façonné nos frontières modernes et nos esprits pragmatiques. L’Empire est une culture anglo saxonne efficace : elle  ne s’embarrasse pas des boulets idéologiques comme la culture  française.

Ne perdez pas de vue la différence entre le réalisme de la résistance palestinienne qui a su s’adapter et se montrer cohérente, dynamique utilisant toutes les opportunités et toutes les pertinences possibles pour imposer sa volonté avec le pragmatisme opportuniste qui adapte ses principes aux conditions politiques pour accéder au pouvoir et le conserver même si cela se fait au détriment de la cohérence, de la dynamique.

 

Malek Bennabi et les Frères Musulmans

Titre originale « L’étude des Frères Musulmans par Malek Bennabi » par Youssef Girard paru le 19 mai 2010 sur ISM Palestine

http://www.ism-france.org/analyses/L-etude-des-Freres-Musulmans-par-Malek-Bennabi-article-13833

Les Frères Musulmans : un espoir…

Après la guerre 1939-1945, Malek Bennabi qui fut l’un des premiers intellectuels algériens à étudier les Frères Musulmans, publia ses premières analyses sur ce mouvement dans Le Jeune Musulman, organe francophone de l’association des Ouléma, et dans La République Algérienne, journal de l’Union Démocratique pour le Manifeste Algérien (UDMA) de Ferhat Abbas. Ces articles étaient issus de Vocation de l’Islam qui parut en septembre 1954 aux éditions du Seuil, mais que Bennabi avait rédigé en 1950. Ayant dû attendre quatre ans avant de pouvoir publier son ouvrage, l’intellectuel algérien qui craignait de ne pas pouvoir le rendre public, choisit d’en publier certaines parties sous forme d’articles dans la presse algérienne.

Dans ses mémoires, Malek Bennabi attribue une partie de ses démêlés avec les autorités coloniales françaises à ses articles dans lesquels il faisait connaître le nom d’Hassan al-Banna au peuple algérien colonisé. Alors qu’il se lança dans un projet de fuir l’Algérie pour échapper à l’administration coloniale en mai 1951, Bennabi décrivait le problème qu’il pensait être pour les autorités françaises : « l’homme qui s’était toujours tenu en marge de la mascarade électorale, qui ridiculisait dans ses écrits le « patriotisme » indigène [5] et la « civilisation » chrétienne, qui vulgarisait des noms dangereux, comme celui de Hassan al-Banna, qui humiliait la « supériorité » du « spécialiste des questions musulmanes », qui indiquait dans un chapitre de « Vocation de l’Islam » les « Voies nouvelles », que doit suivre la génération nouvelle, et qui n’avait pas voulu faire de l’anti-communisme malgré tous les « prétextes » [6] les « communistes » eux-mêmes lui fournissaient, cet homme-là, il fallait coûte que coûte en venir à bout par tous les moyens puisque l’argent, les honneurs, la situation n’ont pas de prise sur lui » [7]. La pression que l’administration coloniale faisait peser sur lui, était, selon Bennabi, directement liée à l’intérêt qu’il portait à Hassan al-Banna et aux Frères Musulmans.

Toutefois, cet intérêt pour al-Banna et les Frères Musulmans s’inscrivait dans une perspective propre à Malek Bennabi qu’il s’efforçait de développer dans son action et dans ses écrits : son refus de la « politique politicienne », la « boutilique », et la compromission avec les autorités coloniales. Ce refus de la « boulitique » qui fut l’une des constantes de la pensée et de l’action de Bennabi, détermina largement le regard que l’intellectuel algérien portait sur l’association des Frères Musulmans.

Dans Vocation de l’Islam, l’intellectuel algérien analysa la dynamique impulsée par les Frères Musulmans en Egypte et dans le reste du Machreq bien qu’il reconnaissait manquer de renseignements sur l’action et les idées de l’association fondée par Hassan al-Banna [8]. Insistant particulièrement sur la « fraternité islamique » comprise dans le nom de l’association qui ne devait pas être une simple idée mais un acte concret, Malek Bennabi écrivait : « le mouvement le plus récent qui affirme la nouvelle tendance est incontestablement celui des « Frères Musulmans » en Egypte, qui compte aussi de nombreux adeptes en Syrie. Nous ne possédons malheureusement pas assez de documents sur ce mouvement, dont la caractéristique essentielle est l’acte de fraternisation qu’implique son titre même. La première communauté islamique ne s’était pas fondée sur un simple sentiment, mais sur un acte fondamental de « fraternisation » entre les Ançars et les Muhadjirins. C’est aujourd’hui le même pacte qui unit les « frères musulmans » modernes, dans une sorte de communauté d’idées et de biens. Le chef du mouvement, Haçan El-Banna, n’est ni un philosophe, ni un théologien : il s’est contenté de revivre un Islam dégagé de tous ses revêtements historiques. Sa doctrine n’est rien d’autre que le Coran lui-même, mais un Coran en prise avec la vie » [9].

Mettant en avant l’idée d’une foi qui ne serait pas enfermée dans la sphère des idées ou d’une spiritualité désincarnée mais qui aurait un impact direct sur son environnement social, l’intellectuel algérien poursuivait son analyse de l’action d’Hassan al-Banna : « Avec le mouvement des « frères musulmans », c’est d’abord la valeur coranique elle-même qui se renouvelle, qui devient essentiellement une valeur active, un moyen technique de transformer l’homme. Des lettrés de culture islamique qui ont eu l’occasion d’approcher Haçan El-Banna lui reconnaissent unanimement un pouvoir singulier : par son intermédiaire, le verset coranique devient un impératif vivant qui dicte à l’individu un comportement nouveau et l’entraîne irrésistiblement à l’action. La notion coranique agit comme si elle s’était soudain renouvelée sur les lèvres du chef des « Frères Musulmans » » [10].

Cette analyse, amenait Malek Bennabi à comparer les « islahistes classiques » à l’action des Frères Musulmans. Pour lui, la différence était essentiellement dans la concrétisation pratique des idées portées jusqu’alors au niveau théorique par le mouvement de renouveau islamique : « d’un côté, par exemple, la « solidarité islamique » est fondée sur la notion de fraternité, qui n’est qu’un sentiment, tandis qu’elle devient, chez Haçan El-Banna, la « fraternisation » – acte fondamental par lequel on se fait « Frère Musulman ». Cet acte si simple est en réalité une transformation de l’homme, qui passe du stade post-almohadien au stade de la renaissance, comme il passait jadis par le même acte de la société djahilienne à la communauté islamique. Pour opérer cette transformation de l’individu, le chef des « Frères Musulmans » n’utilise que le verset coranique, mais il l’utilise dans les conditions psychologiques mêmes où l’utilisaient jadis le prophète et ses compagnons. Tout le « mystère » est là : se servir du verset comme d’une notion révélée et non comme d’une notion écrite. […]

Ce n’est pas le Dieu théologal et rationnel qu’il manifeste, mais le Dieu agissant, immanent, celui dont les premiers musulmans sentaient physiquement la présence et le souffle à Bedr et à Honain. La vérité coranique se vérifie ici directement par son effet direct sur la conscience, par son travail sur les hommes et sur les choses. La « notion » plus ou moins abstraite fait place à une « valeur » concrète, actualisée, – synthèse active de la pensée et de l’action, lesquelles se fondent réciproquement dans l’évolution d’une société qui pense son action et agit sa pensée. L’enseignement d’Haçan El-Banna est une expérience personnelle qui ne s’inspire pas d’un document, la lettre du Coran, mais puise à la source même de sa révélation » [11].

Pour Malek Bennabi, malgré le manque de renseignements qu’il possédait sur eux, les Frères Musulmans faisaient partie, de par leur action visant à redonner une efficacité sociale à la foi musulmane, des « Voies nouvelles » dont il avait cherché à tracer quelques grandes lignes dans Vocation de l’Islam. Cependant, la révolution du 23 juillet 1952 menée par les Officiers Libres, et les oppositions politiques qu’elle entraîna en Egypte, devaient remettre en question le regard élogieux que Malek Bennabi portait sur les Frères Musulmans.

… finalement déçu

Favorable à la révolution du 23 juillet, Malek Bennabi fit état, dans ses documents privés, d’une certaine incompréhension quant aux oppositions existants entre les Frères Musulmans et les Officiers Libres. N’ayant pas encore trouvé de clé pouvant les expliquer, Bennabi restait dubitatif face à ces oppositions qu’il ne comprenait pas. Dans ses carnets, une note datée du 15 janvier 1954 expliquait : « j’apprends que le gouvernement égyptien avait dissous la veille l’Association des « Frères Musulmans ». La presse occidentale annonce la chose comme un simple fait divers… Quant à moi, j’en suis atterré tant la chose me paraissait impensable. Je comprends parfaitement que Farouk ait fait assassiner Hassan al-Banna. Je comprends parfaitement que le Shah de Perse ait limogé Mossadegh. C’est dans l’ordre des choses que la pourriture réagisse contre tout ce qui tend à la propreté. Mais quand c’est un honnête homme qui lutte contre un honnête homme, je comprends moins. Or, c’est le cas aujourd’hui de Néguib et de Houdeïbi » [12].

Malek Bennabi voyait derrière cette dissolution la pression que les puissances occidentales faisaient peser sur le monde arabo-musulman. Dans une note du 2 février 1954, il écrivait : « Il y a trois ou quatre jours, la presse annonçait qu’un mouvement de sédition avait pris au Djebel Druz contre le gouvernement de Chichakly. Cette nouvelle, et celle de la dissolution des « Frères Musulmans » il y a une dizaine de jours, prouvent que les Etats arabes les mieux organisés, les plus « forts », subissent en ce moment une forte pression de la part des Occidentaux qui veulent apparemment décapiter les grands mouvements démocratiques musulmans comme ils l’ont fait en Iran en renversant Mossadegh. Et cette politique semble coïncider avec le souci de faire reconnaître l’Etat d’Israël par les pays arabes » [13].

Quelques mois plus tard, Malek Bennabi se rendit au Caire. Arrivé en Egypte à la fin du mois de juin 1954, il assista en juillet au défilé militaire célébrant le deuxième anniversaire de la Révolution égyptienne. A cette occasion, il rencontra le Général Mohammed Néguib et Gamal Abdel-Nasser. Après cette escale au Caire, Bennabi se rendit à la Mecque où, pour la première fois, il effectua son pèlerinage. Cette prise de contact directe avec le Machreq, et plus particulièrement son séjour en Egypte, lui permit de se faire une idée plus précise des oppositions politiques à l’œuvre dans la vallée du Nil. Cela l’amena à remettre en cause une partie des idées qu’il avait développées par le passé.

Malgré la présentation élogieuse qu’il en faisait dans ses écrits datant de 1950, dès 1954, Malek Bennabi prenait ses distances avec les Frères Musulmans. Dans une note de bas de page ajoutée au texte original de Vocation de l’Islam, il écrivait : « les diverses considérations qu’on vient de lire demeurent valables quant à l’expérience personnelle du fondateur Haçan El-Banna. Néanmoins, à la suite d’un tout récent voyage en Orient, l’auteur se croit tenu de modifier son jugement sur le mouvement lui-même, qui semble – sous la direction de ses nouveaux leaders – être devenu plutôt un instrument politique, dépouillé du caractère civilisateur qu’on aurait voulu tout d’abord voir en lui. Dans cette nouvelle phase, le mouvement paraît même n’utiliser la religion que pour parvenir à des fins pratiques immédiates » [14].

En 1956, Malek Bennabi précisa ses critiques vis-à-vis des Frères Musulmans dans L’Afro-asiatisme – ouvrage voulant donner une structuration théorique au congrès de Bandung et qui fut publié au Caire par le gouvernement égyptien. Dans cet ouvrage, Bennabi critiquait le fait que le monde musulman se détourne « des problèmes organiques et des problèmes d’orientations » fondamentaux pour se consacrer à des questions de stratégies politiques immédiates qui ne sont que des symptômes des problèmes fondamentaux. Selon lui, cette fixation sur ces questions de politique immédiates était « une méthode de freinage » utilisée par les puissances impérialistes visant à « créer l’abcès de fixation pour stopper » [15] l’évolution du monde musulman dans la résolution de ses problèmes spécifiques. Le sionisme était, pour Bennabi, un de ces points de fixation créés par l’Occident impérialiste.

Aux yeux de Malek Bennabi, la révolution égyptienne avait réussi à sortir de cette logique dans laquelle l’Occident impérialiste voulait enfermer le monde musulman. « Sur le plan « national », écrivait-il, la révolution égyptienne a marqué un pas décisif dans l’évolution du monde musulman. […] l’évènement a une signification capitale par rapport aux problèmes organiques de la société musulmane où la priorité revient désormais au « devoir » sur le « droit ». C’est une révolution politique, sans doute mais aussi et surtout psychologique qui bouleverse les mœurs de la vie publique » [16]. De même, il saluait la volonté de Gamal Abdel-Nasser de traduire ses idées dans « une forme doctrinale systématique » dans son ouvrage intitulé Philosophie de la révolution, ce qui était « une première tentative, dans le monde musulman moderne », pour un chef d’Etat[17].

En revanche, selon Malek Bennabi, les Frères Musulmans n’avaient pas réussi à sortir de « l’abcès de fixation » créé par l’Occident impérialiste ce qui les empêchait de poser les « problèmes organiques » et les « problèmes d’orientation » du monde musulman pris entre la « colonisabilité » et le colonialisme. Critiquant ce manque d’autonomie vis-à-vis de questions qui lui semblaient être imposées de l’extérieur, Bennabi y voyait un symptôme de la situation dans laquelle était placé le monde musulman : « Mais la conscience musulmane ne semble pas avoir tout à fait secoué sa torpeur et son envoûtement s’il faut en juger par le Congrès des Frères Musulmans qui s’est tenu, il y a 17 mois à la Mecque, exclusivement consacré à la question de la Palestine, comme problème essentiel du monde musulman » [18].

Les critiques de Malek Bennabi à l’égard des Frères Musulmans ne portaient pas uniquement sur des questions d’orientations générales ou de positionnements politiques. Dans L’Afro-asiatisme, Bennabi fit des critiques d’ordre méthodologie sur la manière d’aborder les questions théoriques. L’intellectuel algérien critiquait la posture qu’il nommait « apologétique », dont l’un des plus illustres représentants était, selon lui, Sayyed Qotb [19], théoricien important des Frères Musulmans.

Le problème de la posture apologétique et la controverse avec Sayyed Qotb

Dans L’Afro-asiatisme, Malek Bennabi fit une critique sans concession des inhibitions qui s’emparaient de l’intellectuel musulman lorsqu’il abordait les aspects négatifs de la vie des peuples musulmans. Se sentant acculé par la domination occidentale, l’intellectuel musulman, selon Bennabi, par une sorte de réaction mécanique se plaçait dans une posture apologétique, magnifiant la société musulmane, ce qui l’empêchait de poser les problèmes structurels auxquels sa société était confrontée. Pour Bennabi, il était nécessaire de distinguer le spirituel du social afin de « parler de ces insuffisances sans l’épouvantable « trac » qui s’empare du musulman dès qu’il veut aborder les problèmes du monde musulman sous leur aspect pathologique… Souvent sa raison succombe à ce trac et il se trouve emporté par l’élan apologétique loin de ces problèmes et de leur contenu réel. Il se croit obligé – partageant en cela le défaut de tous les croyants de toutes les confessions – d’idéaliser ce contenu, de l’embellir par des données subjectives, de composer en somme dans son esprit un portrait flatteur de sa religion, comme si l’Islam avait besoin qu’on lui fit une « beauté », comme si les laideurs humaines pouvaient ternir son visage, et rendre nécessaire un maquillage. Dans son essence psychologique, la tendance apologétique, trahit une lâcheté de la foi » [20].

Analysant cette posture apologétique, Bennabi ajoutait : « d’une manière générale c’est le symptôme de la maladie d’un milieu qui n’a plus le moyen et le souci de surmonter ses faiblesses, un milieu où les forces de mouvement et de progrès se sont effondrées. L’apologie c’est la substitution de l’ersatz verbal au fait tangible, la substitution d’une réalité subjective à la réalité objective de ce milieu : c’est la tentative de justification de l’effondrement de ses forces morales et sociales. Et cette justification qui s’opère de deux manières – soit par substitution du subjectif à l’objectif soit par substitution d’un passé prestigieux à un présent déshérité – rend impossible une thérapeutique sociale » [21].

Evoquant ce problème qu’entraînait la posture apologétique incapable de poser les problèmes réels de la société musulmane, sans cité nommément Sayyed Qotb, Malek Bennabi critiquait directement le théoricien des Frères Musulmans : « ce cas est particulièrement préjudiciable quand il s’agit du spécialiste de ces questions dont l’œuvre peut avoir une influence sur l’orientation de son époque. Un de ces penseurs avait voulu tracer le plan d’un travail, dont il avait sans doute à juste raison choisi pour titre : « vers une société musulmane civilisée ». Mais réflexion faite, l’homme rectifia son titre et l’écrivait : « vers une société musulmane ». Dans ce cas, on voit que la liaison intervient sous forme d’inhibition intellectuelle imposant la rectification en question. Je ne crois pas que l’éminent penseur se soit rendu compte que le mot retranché de son titre a précisément dénaturé le problème dans son esprit, l’escamotant ou l’assoupissant en quelque sorte dans sa conscience. L’opération qui se passe sur le plan psychologique a pour conséquence sur le plan intellectuel de tronquer en effet le problème initial de son élément essentiel : la recherche des conditions d’une civilisation » [22].

S’attachant à comprendre cette problématique sous un angle civilisationnel, ce qui est l’une des spécificités de la pensée de Bennabi, l’intellectuel algérien ajoutait : « en voulant croire et nous faire croire qu’une société musulmane est, par définition, « civilisée », l’homme éminent a éludé le problème crucial, du monde musulman. Nous le voyons entraîné malgré lui par un état affectif à une attitude apologétique stérile » [23]. Cette posture, dont Sayyed Qotb n’était qu’un des plus illustres représentants aux yeux de Bennabi, empêchait, selon l’auteur de L’Afro-asiatisme, les intellectuelles musulmans de poser les problèmes fondamentaux qui étaient avant tout internes aux sociétés musulmanes. La posture apologétique devenait une sorte de voile mystifiant et inhibant l’empêchant de voire le problème fondamental pour ces sociétés qui était, selon Bennabi, celui de la civilisation.

Contre la posture apologétique, Malek Bennabi mettait en avant la nécessité de porter un regard « objectif », ou critique, comme moyen salutaire pour trouver des réponses aux problèmes que traversaient les sociétés musulmanes : « Pourtant combien il eût mieux servi l’intérêt supérieur du monde musulman s’il avait adopté une attitude objective jusqu’au bout en considérant qu’il y a « une société musulmane » mais qu’elle se trouve dans un état de « précivilisation », qu’il convient, en conséquence, de poser le problème de sa « civilisation » » [24].

La posture des deux auteurs était résolument différente voire même opposée. Sayyed Qotb répondit aux critiques de Malek Bennabi dans Jalons sur la route de l’islam. Le théoricien des Frères Musulmans considérait que : 1) la « société musulmane » était un idéal à atteindre et non un fait existant car les sociétés du monde musulman n’étaient pas véritablement « musulmanes » car non entièrement régies selon les règles de l’islam ; 2) que la « société musulmane » régit pas les règles de l’islam, telle que la pensait et souhaitait Qotb, était la seule société civilisée car elle reposait sur des fondements divins contrairement aux « sociétés idolâtres » qui reposaient sur des législations humaines. Pour Sayyed Qotb, la position de Malek Bennabi marquait une certaine forme d’aliénation par rapport à des idées étrangères à l’islam qui étaient dominantes [25].

Les deux hommes se plaçaient dans deux perspectives divergentes qui rendaient leur dialogue pratiquement impossible. Sayyed Qotb se situait dans une perspective théologico-politique où il voulait faire prévaloir le concept de « souveraineté exclusive de Dieu », hakimiyya lillah, alors que Malek Bennabi réfléchissait en sociologue aux problèmes de la société musulmane.

Même s’il ne partageait pas les idées de Sayyed Qotb et qu’il ne s’inscrivait pas dans la même démarche intellectuelle, Bennabi gardait un profond respect pour l’intégrité intellectuelle d’un homme défendant ses idées malgré la répression qui s’abattait sur lui. Nonobstant le débat qui les avait opposés, dans ses carnets, Malek Bennabi rendit hommage à Qotb après sa pendaison le 29 août 1966. Dans une note datée du 10 septembre 1966, évoquant l’exécution de Sayyed Qotb et prévoyant que la violence allait se retourner contre ceux qui l’avaient initié, Bennabi écrivait : « cette belle figure du mouvement des « Frères Musulmans » n’est plus. Les bourreaux qui l’ont exécuté ne se doutent pas qu’ils ont libéré ainsi le souffle qui deviendra bientôt une tempête au-dessus de leur tête : la tempête qui les emportera ». Quelques jours plus tard, le 18 septembre, rendant hommage à Sayyed Qotb, Malek Bennabi ajoutait : « dans le monde musulman, les intellectuels fuient la responsabilité. C’est ce qui souligne davantage l’héroïsme de Sayyed Qotb qui ne baisse pas pavillon devant la tempête et préfère mourir en martyr plutôt qu’en traître » [26].

Malgré cet hommage rendu à l’intégrité intellectuelle d’un homme qui refusait de renoncer à ses idées, Malek Bennabi continua d’insister sur les différences méthodologiques existant entre Sayyed Qotb et lui. Rapportant une discussion faisant suite à une conférence organisée par l’« Union des Etudiants Musulmans d’Allemagne » qui se déroula à Francfort, le 27 décembre 1967, Malek Bennabi affirmait n’avoir pas répondu à une proposition d’« unifier le mouvement islamique sur la base des écrits de Sayyed Qotb, Mawdudi [27] » et de lui-même. L’intellectuel algérien notait dans ses carnets : « l’idée parait logique mais je crois qu’elle peut engendrer plus de confusion que d’unité » [28].

Malek Bennabi ne partageait pas les idées de Sayyed Qotb et d’Abu al’Ala al-Mawdudi qui qualifiait les sociétés du monde musulman contemporain de « jahilite », en référence à la société antéislamique de la péninsule arabique qualifiée dans la tradition musulmane d’époque de la jahiliyya (ignorance), car elles ne répondaient pas au critère de « souveraineté exclusive de Dieu » qu’ils avaient forgé. L’intellectuel algérien se situait dans une perspective sociologique et non dans celle d’une élaboration d’une théologie politique comme l’étaient Qotb et al-Mawdudi. Refusant que ses idées soient synthétisées avec celles d’auteurs dont il ne partageait pas les idées, Bennabi finit par exposer publiquement les critiques qu’il voulait formuler contre eux. En 1971, selon Sadek Sellam, Malek Bennabi publia une lettre, dans « le bimestriel de l’AEIF, Le Musulman », dénonçant « l’intégrisme » qui « amenait les deux frères Syed et Mohammed Qotb à « excommunier de la communauté », au nom d’une interprétation erronée de la Djahilia (état d’ignorance des Arabes avant l’islam) appliquée à l’islam contemporain » [29].

Les critiques formulées par Bennabi contre l’utilisation de l’islam comme instrument politique par les Frères Musulmans dans Vocation de l’Islam, celles d’ordre méthodologique contre la posture « apologétique » de Sayyed Qotb, eurent des répercussions directes sur les relations existant entre l’intellectuel algérien et l’association fondée par Hassan al-Banna.

Une critique sans concession

Les Frères Musulmans menèrent une campagne pour faire barrage aux idées de Malek Bennabi à qui ils reprochaient, entre autre, ses relations avec le gouvernement égyptien. Le fait que le gouvernement égyptien ait fait publier L’Afro-asiatisme au moment où il réprimait les Frères Musulmans ou qu’un Officier Libre comme Kamal-Eddin Hussein, qui avait commenté pendant plusieurs semaines l’œuvre de l’intellectuel algérien à la radio égyptienne au début de l’année 1961, se réclame des idées de Bennabi, ne faisait qu’accentuer l’antagonisme existant entre l’auteur de Vocation de l’Islam et l’association fondée par Hassan al-Banna.

Mais cette campagne menée par les Frères Musulmans, amena Bennabi à pousser plus loin sa critique et à voire dans une telle entreprise la main malfaisante de l’impérialisme états-unien. Il est vrai que leurs affrontements avec Gamal Abdel-Nasser, leur hostilité au nationalisme arabe et leur anti-communisme poussèrent les Frères Musulmans à s’allier durablement avec les régimes arabes conservateurs, l’Arabie Saoudite notamment, et avec les Etats-Unis [30]. Radicalement opposé à ce type d’alliances, Bennabi faisait une critique sans concession des Frères Musulmans qu’il percevait comme l’un des rouages d’un système impérialiste visant à dominer le monde musulman. Dans une note datée du 1er septembre 1969, Malek Bennabi écrivait : « la campagne bat son plein en Allemagne occidentale dans le milieu étudiant musulman contre mes idées. Visiblement, tout l’appareil « Frère Musulman » est devenu un puissant levier entre les mains de la CIA et du sionisme dans le domaine de la lutte idéologique… » [31].

Si la campagne menée en Allemagne attira l’attention de l’intellectuel algérien, l’opposition des Frères Musulmans à la diffusion des idées de Malek Bennabi ne se cantonnait pas au pays de Goethe mais avait un caractère international. Cette opposition eut des répercussions en France. Selon Sedek Sellam, après une rencontre entre Malek Bennabi et Bichr Djabiri, cadre d’origine syrienne de l’Association des Etudiants Islamiques en France, en juillet 1970, « l’AEIF manifesta dès lors son intérêt pour les écrits de ce dernier, ce qui montre qu’elle n’était pas sensible aux mises en garde des idéologues des Frères Musulmans qui reprochaient durement à Bennabi sa fréquentation des islamo-nassériens, comme le cheikh Baqouri et Kameleddine Husséin » [32]. Toutefois, l’influence des Frères Musulmans se fit sentir plus nettement quelques années plus tard. Alors que l’AEIF avait pour ambition initiale de rééditer Vocation de l’Islam, en 1974, elle fit finalement rééditer Le phénomène coranique. D’après Sadek Sellam, cet ouvrage fut « préféré pour son apologétique du Coran à Vocation, dont les critiques du verbalisme, du littéralisme, et du pharisaïsme des courants de l’islam contemporain indisposaient tous ceux qui refusaient les remises en cause et concevaient la lecture du Coran comme une évasion permettant d’« oublier » les crises du monde musulman » [33].

Face à la campagne menée contre ses idées par les Frères Musulmans, et en raison des positions qu’ils avaient prises, Malek Bennabi exposa publiquement ses critiques dans la préface qu’il rédigea à la faveur de la réédition de Vocation de l’islam. Dans cette préface, datée de 1970, Malek Bennabi émettait un jugement extrêmement critique à l’égard des Frères Musulmans bien qu’il gardait une opinion favorable d’Hassan al-Banna. Il critiquait l’évolution des Frères Musulmans qui avaient sombrés, selon lui, dans la politique politicienne, la « boulitique », ce qui avait créé un clivage « irrémédiable » au sein de l’organisation entre une base, dévouée à un idéal, et une direction, compromise dans des alliances injustifiables.

Dans sa préface, Malek Bennabi écrivait : « parmi les mouvements qui tentèrent, au cours des dernières décennies de remonter la pente fatale, le plus conséquent fut incontestablement celui de Hassan el-Banna, s’il avait su doctrinalement empêcher ses successeurs d’un enlisement « boulitique ». Aujourd’hui c’est chose faite. Et le résultat apparaît sous forme de clivage social et moral au sein du mouvement. Il y a d’une part une masse porteuse de toutes ses promesses originelles, prête à tous les sacrifices pour réaliser son idéal, et une intelligentsia compradore entretenue dans les somptueux palaces des capitales cosmopolites pour servir d’instrument de viol des consciences, comme en ces sortes de mondanités où l’on parle d’Islam et de « Révolution » sur les bords du Lac Léman [34] » [35].

Analysant l’opposition interne à l’association des Frères Musulmans, Malek Bennabi condamnait les deux tendances émergentes qui, à ses yeux, ne pouvaient que finir par trahir les idéaux qu’ils proclamaient pour se « vautrer » dans la « collaboration » : « aujourd’hui, aux deux bouts de cette décomposition de « l’élite », une aile « progressiste » couvre d’injures l’aile des « conservateurs », et ceux-ci répondent par l’anathème. Et comme, tout excès épuise la conscience, il est clair que tous ces courants risquent un jour ou l’autre d’être captés dans les canaux qui conduisent aux turbines du trotskisme et aux moulins de l’impérialisme » [36].

Cette critique sans concession du « dernier » Bennabi était celle d’un homme qui écrivait depuis plus de vingt ans sur le mouvement de renouveau islamique en général et sur les Frères Musulmans en particulier ; un homme qui avait côtoyé et débattu tant avec les Frères qu’avec leurs opposants. Si la critique de Malek Bennabi était sans concession, elle doit être remise dans le cadre de l’expérience personnelle d’un penseur à l’exigence souvent implacable.

Pluralisme et sens critique

Le regard critique que portait Malek Bennabi sur les Frères Musulmans, est une illustration des débats et des oppositions existants au sein du mouvement de renouveau islamique contemporain qui est loin d’être un bloc monolithique. Mettre en avant ces débats, ces divergences et ces oppositions, participe de la réfutation d’une vision « unitariste » de ce mouvement de renouveau. Cette vision est le résultat d’une convergence « improbable » entre d’un côté certains acteurs musulmans qui cherchent à faire taire les divergences et qui tendent à refuser le débat interne à l’Islam au nom de la nécessaire unité de la communauté musulmane et de l’autre certains annalistes occidentaux qui présentent le mouvement de renouveau islamique comme un bloc monolithique sens comprendre les courants qui le parcourent avec leurs débats et leurs divergences. La pluralité du mouvement de renouveau islamique est une réalité pouvant fournir bien des sources de réflexion.

Au sein du mouvement de renouveau islamique, malgré l’opposition de Malek Bennabi à opérer une synthèse entre sa pensée et celle de Sayyed Qotb et d’Abu al-‘Ala al-Mawdudi, nombre d’intellectuels et de mouvements ont puisé dans les écrits de ces différents auteurs pour construire leur réflexion [37]. Ces dernières années, certains acteurs des Frères Musulmans ou certaines organisations qui leurs sont rattachées, se sont mêmes réclamés de l’intellectuel algérien nonobstant les critiques qu’il avait formulé contre leur mouvement. Toutefois, dans un pays comme l’Algérie l’opposition entre « bennabistes » et Frères Musulmans, au sens organique du terme, reste souvent assez forte bien qu’elle soit aussi déterminée par des prises de positions postérieures à la mort de l’auteur de Vocation de l’Islam.

Enfin, Malek Bennabi n’a pas analysé les Frères Musulmans en tant que chercheur spécialisé dans l’étude de cette organisation, mais comme un intellectuel musulman réfléchissant sur la société musulmane et sur le monde dans lequel il vivait. Il se voulait lui-même un « témoin du siècle » au sens le plus fort et le plus profond que ce terme peut recouvrir dans l’univers musulman [38]. Les analyses de Bennabi sur les Frères Musulmans doivent donc être replacées dans les analyses globales que proposait l’intellectuel algérien. De fait, Malek Bennabi n’a pas étudié en détail la structure de l’organisation, son évolution historique, les différents courants qui la composaient – nonobstant les remarques allant dans ce sens dans la préface à la réédition de Vocation de l’Islam -, les déclinaisons nationales de l’association correspondant à des contextes spécifiques (en Syrie [39], en Jordanie par exemple) ou la base sociale sur laquelle elle s’appuyait [40]. Ces analyses peuvent permettre d’approfondir le regard critique proposé par Bennabi tout en ouvrant d’autres pistes d’analyse.

Youssef Girard

Notes de lecture :

[1] Carré Olivier et Seurat Michel, Les Frères Musulmans (1928-1982), L’Harmattan, Paris, 2001, page 21

[2] L’analyse de cet attentat est encore sujette à discussion et à controverse quant à l’effectivité réelle ou supposée de l’implication des Frères Musulmans et à son utilisation par Gamal Abdel-Nasser pour justifier la dissolution puis la répression contre l’association.

[3] Sur l’histoire des Frères Musulmans, cf. Carré Olivier et Seurat Michel, Les Frères Musulmans (1928-1982), op. cit. – Pour une vision « interne » à l’univers des Frères Musulmans Cf. Ramadan Tariq, Aux sources du renouveau musulman, D’al-Afghani à Hassan al-Banna, un siècle de réformisme islamique, Bayard Editions, Paris, 1998

[4] Abdel-Malek Anouar, Anthologie de la littérature arabe contemporaine, Ed. du Seuil, Paris, 1965, page 196

[5] Par cette formule il ne condamne pas le nationalisme des peuples colonisés puisque lui-même se déclare « nationaliste » dans ses mémoires : « c’était un sentiment nouveau, le sentiment qui n’allait plus me quitter toute ma vie et qui servira d’aiguillon dans mon existence. J’étais nationaliste… ». Cf. Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, Ed. Samar, Alger, 2006, page 75.

[6] Bennabi fait allusion aux attaques de la presse liée au PCA, le quotidien Alger Républicain et l’hebdomadaire Liberté, contre sa personne au moment de la parution de son ouvrage Les conditions de la renaissance paru aux éditions En-Nahdha en 1949. Liberté avait ajouté en manchette de l’article consacré à l’ouvrage de Bennabi, « Un livre qui plaira à Naegelen » en référence au gouverneur général en poste à Alger.

[7] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, op. cit., page 295

[8] Dans un article Malek Bennabi écrivait : « Je ne connais pas la biographie du fondateur des « Frères Musulmans » […]. Je n’ai lu aucun écrit de Hassan El Banna qui n’a peut-être jamais écrit ». in. « A la veille d’une civilisation humaine ? (2) », La République Algérienne, n° 263, 13 avril 1951, in. Bennabi Malek, Mondialisme, Dar el hadhara, Alger, 2004, page 57

[9] Bennabi Malek, Vocation de l’Islam, Ed. du Seuil, Paris, 1954, pages 140-141

[10] Ibid., page 142

[11] Ibid., pages 142-143

[12] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, op. cit., page 312 – Bennabi parle d’Hassan al-Houdaybi qui succéda à Hassan al-Banna à la tête de l’association des Frères Musulmans après l’assassinat de ce dernier le 12 février 1949.

[13] Ibid., page 315

[14] Bennabi Malek, Vocation de l’Islam, op. cit., page 144.

[15] Bennabi Malek, L’Afro-asiatisme, SEC, Alger, 1992, page 84

[16] Ibid., page 83

[17] Ibid., page 187

[18] Ibid., page 84 – Cette affirmation de Malek Bennabi, si elle peut être recevable sur le plan théorique (la question des priorités qui devraient être déterminées en fonction de ses problématiques internes déterminées de manière autonome et non imposées de l’extérieur), nous semble devoir être relativisée sur le plan de l’histoire du mouvement des Frères Musulmans. Selon Walid Charara et Frédéric Dumont, « le conflit avec Israël, enjeu central de ces deux peuples [palestinien et libanais], ne figurait pas parmi les priorités de la Confrérie qui privilégiait l’action sociale, culturelle et éducative pour islamiser la société ». Après une participation active à la guerre de 1948, la Confrérie, au début des années cinquante, a révisé ses priorités ce qui incita des hommes comme Yasser Arafat ou Khalil al-Wazir (Abou Jihad) à quitter ses rangs et à fonder le Fatah. De fait, au moment où écrivait Malek Bennabi, loin de se concentrer sur « l’abcès de fixation » que pouvait être la question palestinienne, les Frères Musulmans étaient en train de s’en désengager et d’en faire une question d’ordre secondaire. Cf. Charara Walird, Dumont Frédéric, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, Ed. Fayard, 2004, Paris, pages 102-104

[19] Sayyed Qotb (1906-1966) fut l’un des principaux théoriciens des Frères Musulmans. Proche du cercle d’écrivains nationalistes du Wafd, il commença sa carrière comme critique littéraire. Après un séjour pour des raisons professionnelles aux Etats-Unis, il se rapprocha des Frères Musulmans qu’il finit par intégrer en 1953. Après l’attentat d’Alexandrie du 26 octobre 1954, Sayyed Qotb est condamné à 15 ans d’emprisonnement. Il est libéré en mai 1964. Le 30 août 1965, Gamal Abdel-Nasser dénonça un complot fomenté par les Frères Musulmans. A à la suite de cela, Sayyed Qotb est arrêté et condamné à mort. Le 29 août 1966, Sayyed Qotb est pendu. Durant les années de prison, il rédige un commentaire du Coran, Fi Zilal al-Qoran (Sous l’ombre du Coran), et son livre le plus célèbre, qui est encore l’objet de nombreuses polémiques, Ma’alim fi at-Tarîq (Jalons sur la route). Sur Sayyed Qotb Cf. Carré Olivier, Mystique et politique. Le Coran des islamistes Lecture du Coran par Sayyid Qutb, Frère musulman radical (1906-1966), Éditions du Cerf, Paris, 2004.

[20] Bennabi Malek, L’Afro-asiatisme, op. cit., page 177

[21] Ibid., page 178

[22] Bennabi Malek, L’Afro-asiatisme, op. cit., pages 194-195

[23] Ibid., page 195

[24] Ibid.

[25] Critiquant Bennabi, sans le citer nommément, Sayyed Qotb écrivait : « cette modification [le changement de titre de son ouvrage] a attiré l’attention d’un écrivain algérien (il écrit en français) qui prétendit que les mobiles de cette modification proviennent d’une réaction auto-défense de l’Islam. Il regrette que cette réaction – inconsciente – m’empêche d’affronter le problème sous sa forme exacte ! Je ne fais pas de reproches à cet écrivain. Auparavant j’étais comme lui. Je pensais de la même façon qu’il pense aujourd’hui lorsque pour la première fois j’ai eu l’idée d’écrire à ce sujet… Le problème de la qualification de la civilisation. Je ne me suis pas libéré alors de la pression des séquelles culturelles qui étreignaient mon esprit et mon âme. C’étaient des séquelles provenant de sources étrangères qui n’ont aucun lien avec mon tempérament islamique. Et malgré ma tendance islamique bien claire à cette époque, ces séquelles brouillaient ma conception de la civilisation –comme celle de l’esprit européen – brouillait ma propre conception et m’empêchait de voir claire. Ensuite la situation s’est éclaircie et j’ai pu distinguer que la société musulmane est la vraie société civilisée ; alors le mot civilisé s’avéra nul et ne peut rien ajouter de neuf ». Cf. Kotb Said, Jalons sur la route de l’islam, Ed. Ar-Rissala, Bruxelles, pages 160-161

[26] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, op. cit., page 442

[27] Abu al’Ala al-Mawdudi (1903-1979) fondateur et théoricien du mouvement islamique indo-pakistanais Jamaat-e Islami. Avant Sayyed Qotb, al-Mawdudi a théorisé le concept de « souveraineté exclusive de Dieu », hakimiyya lillah, et a qualifié la « jahilite » – par référence à la société arabe antéislamique nommée période de la jahiliyya – les sociétés du monde musulman contemporain. Abu al’Ala al-Mawdudi a écrit de nombreux ouvrages dont un commentaire du Coran en ourdou intitulé Tafhim ul-Quran.

[28] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, op. cit., page 456

[29] Sellam Sadek, La France et ses musulmans, Un siècle de politique musulmane 1895-2005, Casbah Editions, Alger, 2007, page 119

[30] Walid Charara et Frédéric Dumont notent que cette alliance n’était pas sans lien avec l’interprétation théologique de l’ordre international faite par les Frères Musulmans. Cette interprétation ne reposant pas sur l’analyse des rapports de force et de dominations économiques politiques et militaires, reposait essentiellement sur la volonté de lutter contre « l’athéisme communiste » qui servait de justification à une alliance avec les « gens du Livre » c’est-à-dire les puissances capitalistes occidentales. Cf. Charara Walird, Dumont Frédéric, Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste, op. cit., page 104

[31] Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, op. cit., page 481

[32] Sellam Sadek, La France et ses musulmans, Un siècle de politique musulmane 1895-2005, op. cit., page 119

[33] Ibid., pages 119-120

[34] Par cette formule elliptique, Malek Bennabi vise Saïd Ramadan, cadre égyptien des Frères Musulmans réfugié en Suisse depuis 1958. Saïd Ramadan avait créé et dirigeait le Centre Islamique de Genève. Saïd Ramadan est l’auteur notamment de La shrari’a, Le droit islamique son envergure et équité, Ed. Al Qalam, Paris, 1997.

[35] Bennabi Malek, Vocation de l’Islam, Ed. Al-Bouraq, Beyrouth, 2006, pages 58-59

[36] Ibid., page 59

[37] Par exemple, l’interview d’Anouar Abu Taha, cadre du Mouvement du Jihad Islamique en Palestine, qui affirme que son organisation se réclame, entre autre, de Malek Bennabi, d’Hassan al-Banna et de Sayyed Qotb. Cf. « Palestine: le Jihad Islamique, entre islamisme et nationalisme – Entretien avec Anouar Abu Taha ».

[38] Le Coran affirme : « Nous avons fait de vous communauté du « juste milieu » pour que vous soyez témoins contre les hommes » (2 : 143). Dans cette perceptive de témoigner, Malek Bennabi intitula son autobiographie Mémoires d’un témoin du siècle.

[39] Sur l’histoire des Frères Musulmans en Syrie Cf. Carré Olivier et Seurat Michel, Les Frères Musulmans (1928-1982), op. cit., pages 125-203

(40) L’Egyptien Hussam Tamam a porté une attention particulière à cette base sociale mobilisée pour expliquer le positionnement politique et social des Frères Musulmans. Cf. Tamam Hussam, « Les Frères Musulmans et la lutte des classes en Egypte », – Tamam Hussam, Heanni Patrick, « Etude: les Frères musulmans égyptiens face à la question sociale », Institut Religioscope. Pour analyse de l’histoire de l’organisation Frères Musulmans en Egypte Cf. Carré Olivier et Seurat Michel, Les Frères Musulmans (1928-1982), op. cit., pages 11-122.

CFCM, Hollande et l’islamophobie ?

Une délégation du Conseil français du culte musulman (CFCM) a sollicité,  lors d’un entretien avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Matignon, que le Président François Hollande fasse une déclaration solennelle contre l’islamophobie. Les officiels « musulmans » sont froissés que la France officielle fasse de la lutte contre l’antisémitisme une “cause nationale” et qu’elle accueille  « Bibi »  pour rendre hommage aux victimes de l’attentat de l’école juive de Toulouse.

Je ne voudrais pas engager une polémique, car nous sommes déjà suffisamment dispersés et fragmentés, mais la vérité doit être dite même si elle dérange.

Si les Musulmans de France avaient la compréhension claire de l’islamophobie, de ses motivations, de ses objectifs, de son institutionnalisation et de son processus, jamais ils n’iraient demander au Président Hollande ou à un autre une déclaration solennelle pour qu’ils soient « aimés » et respectés. S’ils se mettaient à méditer sérieusement et scientifiquement la trame idéologique, psychologique, politique, religieuse et socio-historique de l’islamophobie ils mettraient fin à ce comportement infantile et irresponsable de réclamer des droits alors qu’ils n’ont pas accompli leur devoir envers Allah, Son Prophète et la communauté de foi.

Cela fait plus de 60 ans que les Arabes et les Musulmans demandent leur droit à l’ONU pour la libération de la Palestine et plus de deux siècles qu’ils demandent à leurs colonisateurs de les respecter en vain. Walou !

Cela fait des siècles que les musulmans vivent à proximité des Juifs et ils se connaissent mutuellement. La sédimentation de la culture judéo-chrétienne hostile à l’Islam   remonte loin dans le passé. Le principe injuste et inéquitable du double collège fait partie de notre mémoire de colonisés, son injustice n’a pas de signification devant plus injuste en l’occurrence le fait colonial, son racisme et sa spoliation. Cela fait partie de la culture politique et intellectuelle de la France de chercher à réparer sa persécution des Juifs tout en stigmatisant la communauté musulmane et africaine.

Cela fait longtemps aussi que nous continuons de répondre comme les marionnettes ou les souris de Pavlov aux stimuli extérieurs oubliant que le mal est en nous. Solliciter une réponse qui satisfasse notre ego ou qui donne justification à notre inconséquence et à notre peu de représentativité et d’efficacité n’est que le signe éloquent que nous donnons aux Juifs et aux officiels français de notre morbidité et de notre Wahn. Jamais dans les moments les plus sombres de leur histoire sous la colonisation française en Algérie ou sous l’occupation allemande  les Juifs n’ont demandé de cette manière inconséquence, stupide et humiliante d’être reconnus. Ils ont imposé leur présence par des moyens que nous ne sommes obligés de suivre, mais de connaitre et de comprendre.

La communauté de vivants ou  la minorité agissante dans un monde bâti sur les rapports de force,  de puissance médiatique et d’argent ne va pas gaspiller son temps à se leurrer et à abuser les jeunes. Les Musulmans comme toute communauté qui se respecte et qui a un avenir ici et ailleurs doit produire son argent, son élite, ses idées et une voix qui pèsent dans l’échiquier social et politique.

 Le jour où les Musulmans prendront conscience qu’ils peuvent faire ou défaire un maire ou un Président par la force et l’unité de leur voix ainsi que par  la qualité de leur expression sociale, politique et intellectuelle tout en restant fidèle à l’Islam alors le Président de gauche, de droite ou du front national viendrait non les protéger ou les reconnaitre, mais quérir avec empressement et déférence  leur soutien et leur reconnaissance pour administrer la commune ou gouverner le pays.

Ce jour-là les musulmans seront par leur nombre et par leurs œuvres ainsi que  par la qualité de leurs représentants une voix qui pèse dans la politique étrangère de la France et dans son rapport à la question palestinienne.

Ce jour n’est possible que si et seulement si les musulmans reprennent leur vocation de représenter l’Islam et de témoigner aux autres la vocation de l’Islam.

Ce jour-là les chancelleries algérienne, marocaine et tunisienne seront à côtés de leurs citoyens de l’autre côté de la Méditerranée comme l’est Bibi.

Ce jour ne semble pas encore arrivé. Depuis Djamel Eddine Al Afghani nous déclamons que la crise engendre la fierté et la gloire, mais elle n’engendre pour les perdants, les improvisateurs et les gesticulateurs sans projet, sans cap, sans boussole, sans carte de navigation que crises après  crise, ténèbres sur ténèbres et fracassement  contre les récifs mis devant nos yeux somnolents par les marionnettistes qui parviennent, le comble de l’ironie, à nous dicter ou nous inspirer nos idées, nos paroles et nos revendications.

Nous sommes encore des axillaires  de la pensée des autres et des réminiscences de la servitude qui nous empêchent de voir  la réalité comme l’endormi qui ne veut pas se réveiller de son cauchemar, car il n’ose pas regarder  l’éclat du jour et les formes du réel qui exigent  du vivant l’effort conscient et responsable.

La langue française par laquelle nous sollicitons les autorités à nous accorder un peu d’importance est elle même la réponse au peu d’importance que nous représentons aux yeux des autres car nous sommes des inertes  dont seul le ventre et la langue témoignent de leur maintien en vie.   Solliciter  signifie  mettre un corps en mouvement, en action, soumettre un corps à des forces et couples extérieurs qui sont d’ordre mécanique. Est-ce que nous avons suffisamment de force, de désir et de visée pour donner une impulsion au corps social ou politique pour les mettre en mouvement et en émotion vers nous. La langue française nous taquine en nous disant qu’émouvoir ou émotion ont pour racine latine  » movere  » mettre en mouvement. Il faut être soi même en mouvement comme un astre dans le ciel pour que la loi de la gravitation s’exerce en attirant ou en repoussant. Nous sommes inertes comme  les débris du Wahn emportés par les rigoles, malgré que nous soyons nombreux…

La même langue de Molière et de Voltaire utilise sans complexe et sans visée péjorative les termes marxisme, bouddhisme, hindouisme, modernisme, judaïsme, christianisme, sionisme. Lorsqu’il s’agit du monde musulman le  terme islamisme devient obscène, dangereux, malsain. Les mots ne sont pas neutres, ils sont le canevas de nos idées et de nos sentiments, ils sont le lapsus révélateur freudien qui dévoile les pulsions des malades du cœur. Dans « Islamophobie : Deus Machina »  j’ai montré comment la scénarisation idéologique et militaire instrumentalise les mots et les comportements pour créer  de la méfiance envers le musulman et comment créer de la défiance entre les musulmans. Le but du jeu est de les présenter comme risibles, stupides, arrogants et belliqueux, des victimes transformées en bourreaux pour lesquels il ne doit y avoir ni estime ni respect ni compassion.  Voilà que les représentants de la communauté musulmane, les seuls à ne pas être désignés démocratiquement, mais cooptés par les appareils, se font dire, sans réagir, par  Jean-Marc Ayrault  que les termes « islamisme » et « islamiste » peuvent « être source d’amalgames et de confusions préjudiciables à la religion musulmane ».

Le reste, que monsieur François  ou madame la France nous méprise ou réponde formellement  à nos doléances, n’est que littérature ou vue de l’esprit  pour que nous-mêmes soyons les artisans pour faire distraction et diversion dans notre monde, celui des insouciants et des mal aimés.

Les « antisionistes » de gauche alliés d’ Israël contre la Syrie

Auteur : Kimyongur Bahar

A tous les « pro-palestiniens » qui reprennent en chœur le bobard selon lequel Assad le président de Syrie serait un allié d’Israël « parce que la frontière du Golan est solidement sécurisée » et « parce que la Syrie n’a plus tiré une balle vers Israël depuis 1973 ».

Théorie aussi ridicule que d’accuser Cuba d’être alliée des USA parce que l’armée cubaine n’a toujours pas envahie les côtes de Floride ni attaqué la base US de Guantanamo.

Une analyse intelligente de la journaliste Lizzie Phelan, elle aussi victime du maccarthysme bobo ambiant…

Comment les « antisionistes » de gauche se sont alliés avec Israël contre la Syrie

Le mythe :

Il y a un concept ridicule, parmi un grand nombre de groupes de gauche ainsi que parmi les opposants au gouvernement syrien, voulant que le régime israélien ne veuille pas voir tomber Assad. Comme les « antisionistes » autoproclamés, beaucoup de ces groupes se contentent de se bercer d’illusions en croyant que leurs deux ennemis sont du même côté. Dans le cas de plusieurs groupes socialistes, ils pensent que ce forcing de la crise syrienne dans leur récit « antiautoritaire » global (quel que soit l’état dans lequel ils appliquent ce récit) leur permet de maintenir une façade d’anti-impérialisme.
Le “socialist newspaper”, journal socialiste basé à Londres, écrit : « Israël, bien que hostile à la Syrie, pourrait dépendre du régime baasiste pour garder la frontière au calme. Par conséquent, la critique de Bachar est plus discrète à Tel-Aviv. »
Et Simon Assaf du « SocialistWorker » écrit :
« L’idée que les Syriens ordinaires qui luttent pour changer leur pays sont les pions d’un complot occidental est absurde … En fait, la Ligue arabe tente de lancer au régime une opportunité. »
Ce point de vue est également largement répandu parmi l’opposition islamique au gouvernement syrien. Rafiq A. Tschannen du « Muslim Times » écrit : « Israël croit qu’il sera plus en sécurité sous le régime d’Assad que sous un nouveau gouvernement dont les pouvoirs sont inconnus ou sous le nouveau régime extrémiste islamique qui ouvrirait un nouveau front de guerre avec l’État juif. »
Les médias d’État israélien ont activement alimenté cette manipulation, puisque cela était bénéfique pour l’État d’Israël, pour discréditer le gouvernement syrien à la fois aux yeux des Syriens et des Arabes parmi lesquels la coopération avec Israël a toujours été la ligne à ne pas franchir. Par conséquent, le but de ces reportages était de créer une fausse perception qu’Israël ne serait pas impliqué dans l’insurrection contre le gouvernement syrien. De la même manière que les puissances de l’OTAN ont tenu à présenter l’insurrection libyenne comme étant « une révolution interne ».
Au début de l’année 2011, dans un article du Haaretz intitulé « le dictateur favori d’Israël », de grands efforts sont faits pour dépeindre le président syrien comme un faible larbin de l’Etat d’Israël. L’article régurgite des critiques syriennes courantes ainsi que des sources de frustration de l’échec du gouvernement syrien à reprendre le plateau du Golan.
L’article va même jusqu’à reprocher à Assad de ne pas attaquer Israël. L’ironie qu’un journal israélien soit critique envers l’échec d’un président à attaquer Israël n’est apparemment pas perçu par tout le monde. Le plus incroyable étant que ces groupes antisionistes aient choisi de croire les spins doctors des médias de l’État israéliens.
L’opposition syrienne basée en Turquie, le Conseil national syrien (CNS), a également suivit le mouvement. Le leader maintenant déchu du CNS, Burghan Ghallion, a déclaré au journal israélien le Ynetnews : « Nous sommes convaincus que principal allié du régime syrien est Israël ».

Démystifier le mythe :

Toutefois, les faits suivants exposent tout ce qui précède comme étant seulement une partie de la machine de guerre psychologique dirigée par le Qatar, l’Arabie Saoudite, Israël et les pays de l’OTAN, qui est une partie essentielle de l’agression générale mené contre la Syrie, et que ces gauchistes ont rejoint de leur propre gré : l’allié le plus important d’Israël, les Etats-Unis, a appelé à plusieurs reprises, parmi ses autres alliés, à un changement de régime en Syrie.
Le plus grand allié d’Israël, les États-Unis, a fait pression pour un changement de régime en Syrie bien avant que les premiers signes d’insurrections aient commencé. Le plus célèbre, en 2007, étant le général Wesley Clarke, qui servait en tant que commandant suprême des forces alliées entre 1997 et 2000, et qui avait déclaré avoir reçu une note du bureau du Secrétaire américain de la Défense, indiquant que le gouvernement syrien serait l’un des sept gouvernements que les États-Unis détruiraient dans les cinq années à venir.
Une récente Une du Guardian titrant : « L’Arabie saoudite envisage de financer l’armée rebelle Syrienne », est dans le style typique des médias libéraux basés dans les pays de l’OTAN, une manipulation malveillante. Le texte de cet article traite précisément du plans des États-Unis et, par extension, des plus importants alliés régionaux d’Israël, le Qatar et l’Arabie saoudite, de payer les salaires des insurgés. Mais un peu plus bas dans ce même article, il est également signalé que ce soutien avait débuté plusieurs mois auparavant. Un titre moins trompeur serait de remplacer « envisage de financer » par « augmente son soutien à … », Toutefois, un titre fidèle à la réalité suggèrerait qu’un contrôle extérieur de l’insurrection Syrienne existait déjà depuis le commencement.
En effet, le Qatar et l’Arabie saoudite ont une longue histoire d’hostilité envers le parti Baas syrien et la politique étrangère syrienne, un fait qui se reflète dans leurs deux principaux médias (respectivement Al Jazeera et Al Arabiya) qui déforment sévèrement la couverture des événements en Syrie depuis le début.
Mais, mettre en évidence ce contexte donnerait trop d’importance à l’analyse cohérente du gouvernement syrien, que la crise au sein de ses frontières est créé de l’extérieur. Un fait que même les groupes de gauche s’empressent d’essayer d’en minimiser ou d’en rejeter l’importance, et qui résulte à l’encouragement du récit adverse que l’impérialisme a rendu dominant à travers sa machinerie médiatique.
Pourquoi est ce que ce même article du Guardian, ainsi que les gauchistes occidentaux qui prétendent que Assad est bon pour Israël omettent de mentionner que, par exemple, au début du mois d’avril, les Etats-Unis se sont ouvertement engagé à doubler leurs aides aux insurgés, à hauteur d’un montant supplémentaire de 12 millions d’euros, sous couvert « d’aide humanitaire » ? Ou l’aveu récent de ces derniers laissant savoir qu’ils arment activement les insurgés en utilisant le Qatar comme intermédiaire ? Ou qu’en Février, William Hague, secrétaire d’État des Affaires étrangères britanniques et solide allié israélien, a promis plus de matériels aux insurgés, insistant sur le fait qu’il n’y avait « pas de limite sur les ressources » que la Grande-Bretagne fournirait ?
Il ne devrait pas être nécessaire d’expliquer aux antisionistes que la politique étrangère américaine et israélienne ne font qu’une.

L’Axe de la Résistance :

La Syrie est un membre de l’Axe de la Résistance, qui est la seule résistance militaire efficace qu’il reste contre Israël. Il est composé de la Syrie, de l’Iran ainsi que de la résistance à l’intérieur du Liban avec le Hezbollah à sa tête. Loin d’être une option « sûr » pour Israël, comme l’expose l’écrivain du « Al Akhbar », Amal Saad-Ghorayeb, dans sa critique de la troisième voie qui a saisi une grande partie de la gauche occidentale, la Syrie s’est toujours placée sur la ligne de front, risquant sa propre survie, et a été impliqué dans tous les conflits israélo-arabes depuis sa prise de pouvoir.
La Syrie a été le plus fervent partisan des mouvements de résistances libanais contre l’occupation israélienne ; Le Hezbollah a explicitement attribué à maintes reprises sa capacité à gagner la guerre contre l’invasion israélienne du Liban, en 2006, au soutien de la Syrie et de l’Iran. Un an après le début de l’insurrection en Syrie, l’idée ridicule qu’Israël ne poursuit pas un changement de régime en Syrie commence à s’effriter. Le ministre du Renseignement israélien, Dan Meridor, a indiqué sur une radio israélienne, ce qui était une évidence depuis le début : Le changement de régime en Syrie romprait le pacte de défense mutuel entre l’Iran et la Syrie, isolant ainsi l’Iran et coupant la fourniture d’armes au Hezbollah. La Syrie, le plus grand adversaire d’Israël, serait enfin paralysé.
Cela n’a pas été rapporté par les médias israéliens, qui se sont assurés d’empêcher cette évidence de voir le jour, en sachant clairement que cela rendrait la position des meneurs – antisionistes autoproclamés – des insurgés en occident et dans le monde arabe plus intenables. Pourtant, ces meneurs, qui soutiennent qu’Assad est bon pour Israël, ont été alors incapables de concilier pourquoi Israël bat sans relâche les tambours de guerre contre l’un des alliés les plus importants de la Syrie, à savoir l’Iran.
En plus de vouloir se débarrasser d’Assad pour s’assurer de l’hégémonie militaire de la région, Israël a également un intérêt économique à faire déguerpir les oléoducs de la Syrie, de l’Iran et de l’Irak qui pourraient rivaliser avec l’oléoduc BTC d’Israël et les plans pour le gazoduc européen Nabucco.

L’opposition pro-Israël :

Grâce à l’impulsion croissante, l’apparence pro-Assad, pourtant déjà peu convaincante, des médias israéliens commence à s’effriter et de plus en plus de voix au sein de l’opposition syrienne ont franchit la ligne rouge en paraissant amical envers Israël. MK Yitzhak Herzog, qui a déjà occupé des postes ministériels au parlement israélien, a déclaré que les dirigeants de l’opposition syrienne lui ont dit qu’ils désiraient la paix avec Israël après la chute du président Bachar al Assad. En effet, Bassma Kodmani, membre du CNS a assisté à la conférence du Bilderberg de 2012, où le changement de régime en Syrie était à l’ordre du jour. Kodmani avait déjà appelé à des relations amicales entre la Syrie et Israël dans un talk-show français, allant même jusqu’à déclarer : « Nous avons besoin d’Israël dans la région ».
Un autre membre du CNS, Ammar Abdulhamid, a déclaré son soutien aux relations amicales entre Israël et la Syrie, dans un entretien avec le journal israelien « Ynetnews ».
Plus tôt cette année, une conversation téléphonique entre Radwan Ziyade du CNS et Mouhammad Abdallah a émergé, dans laquelle ils demandaient au ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, plus de soutien.
En dehors du CNS, des enfants d’anciens dirigeants, aujourd’hui dans l’opposition, se sont joints à la foire d’empoigne pro-israélienne. Ribal Al-Assad, le fils de l’oncle de Bachar el-Assad ainsi que l’ancien vice-président en exil, Rifaat al-Assad, voient d’un bon œil la possibilité pour la Syrie de faire la paix avec Israël. Quand au fils de l’ancien Premier ministre syrien Nofal Al-Dawalibi, il a déclaré dans une interview sur une radio israélienne que le peuple syrien voulait la paix avec Israël.
Dawalibi a formé le « Conseil National de Transition », un autre groupe d’opposition externe rivalisant avec le CNS pour la prise de pouvoir après une possible chute du gouvernement syrien. Ces querelles sectaires et ces désunions, qui sont le miroir de la Libye post-Kadhafi, menace maintenant de sévir en Syrie. Plus bas dans la hiérarchie de l’opposition, des voix pro-israéliennes sont encore présentes. Danny Abdul-Dayem, le porte-parole officieux de l’armée syrienne libre, est apparu sur CNN implorant Israël d’attaquer la Syrie.
Dans une interview à la chaîne israélienne Aroutz 2, Sheikh Abdullah Tamimi, un imam de la ville syrienne de Homs en exil, a déclaré que l’opposition syrienne n’avait aucune hostilité envers Israël. Tamimi a entreprit de solliciter un soutien financier et militaire pour les sunnites en Syrie et au Liban.

Les sionistes anti-Assad et les dirigeants israéliens :

Les socialistes ont choisi de fermer les yeux sur le fait que les sionistes de premier plan ont soutenus l’insurrection syrienne, et ce depuis sa création. Les sénateurs américains John McCain et Joe Lieberman, tous deux bien connus pour être des amis proches de l’entité sioniste, ont rencontré le CNS ainsi que des insurgés syriens à la frontière turque, et ont par la suite demandé aux États-Unis de les armer. En réalité, Joe Lieberman appelle à la guerre contre la Syrie depuis 2011.
Un autre sioniste bien connu, Bernard-Henri Lévy, qui a été le fer de lance de la destruction de la Libye par les bombardements aériens de l’OTAN, a également appelé à une attaque contre la Syrie.   Plus récemment, des voix au sein du gouvernement israélien se sont fait plus entendre et ont été plus exigeante dans leur désir de voir le remplacement du gouvernement syrien par un régime fantoche plus amical.
Le président israélien, Shimon Peres, lors de la réception de la « Médaille de la Liberté » des mains du président américain Barack Obama, a déclaré que le monde devait se débarrasser d’Assad. Qu’il reçoive une telle médaille nécessite déjà son propre article consacré à psychanalyser un tel événement, mais qu’il puisse également prétendre, tout en faisant partie d’un système qui est responsable d’abus parmi les plus graves de l’histoire de l’humanité, que d’un point de vue « humain » Assad devrait s’en aller, devrait vraiment faire réfléchir les soi-disant antisionistes. D’autres membres du gouvernement israélien, tel que le vice-Premier ministre, Shaul Mofaz, ont incité les puissances mondiales à instaurer un changement de régime en Syrie du même style qu’en Lybie.
Sans oublier que le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a appelé le « monde à agir » pour supprimer Assad tandis que le vice-ministre israélien, Danny Ayalon, a accusé le « monde » de méfaits pour ne pas agir contre le gouvernement syrien, et a offert une « assistance » israélienne aux réfugiés syriens. Euphémisme pas vraiment convaincant pour armer les insurgés à la frontière.

Conclusion :

En dépit de la volonté affichée du gouvernement américain pour le changement de régime en Syrie, qu’ils ont clarifié à maintes reprises, Israël a manifestement des intérêts économiques et militaires. Israël est à la poursuite d’un changement de régime en Syrie, notamment de l’éclatement de l’Axe de la Résistance ainsi que de la destruction de plans d’oléoducs concurrents. En dépit de nombreuses déclarations publiques faites par les membres de l’opposition syrienne qu’ils sont pro-israélien et la multitude de responsables du gouvernement israélien appelant à la chute du gouvernement syrien ainsi que les lobbyistes et les figures sionistes clés comme Bernard Henri-Lévy soutenant l’insurrection, les prétendus socialistes antisionistes ainsi que les groupes islamiques persistent dans leur affirmation selon laquelle Israël n’aurait aucun intérêt dans le changement de régime en Syrie et que l’insurrection à l’intérieur de la Syrie viendrait de la base. Bien que toutes les informations contraires à cette illusion soient placées bien en vue, il semblerait que les groupes socialiste et islamique soient volontairement aveugles.
Cette position devient de plus en plus intenable. Cependant, plus récemment, à la lumière de l’assassinat du vice-ministre de la Défense, Shawkat Asef, puis de l’assassinat simultané du ministre de la Défense, Dajiha Raoud, et de l’adjoint au vice-président Hassan Turkomani, le gouvernement syrien a rejeté la responsabilité sur Israël, l’Arabie saoudite et le Qatar, alors que de nouvelles informations ont fait surface comme révélé par le rédacteur en chef d’Al Akhbar, Ibrahim al-Amin.
Dans un article publié aujourd’hui, Amin écrit de Shawkat, qu’en dépit de tentatives incessantes des États-Unis et d’Israël pour le diaboliser :
« il a en fait, joué un rôle majeur dans la résistance à l’occupation israélienne à l’intérieur et autour de la Palestine. Jusqu’à la fin, il a pris en charge de répondre aux besoins des forces de la résistance en Palestine et au Liban, ainsi que de leurs membres et de leurs cadres en Syrie. Il a tout supervisé, de leur hébergement au transport, à leurs camps d’entraînement, aux provisions, ainsi qu’a l’organisation de la venue clandestine dans le pays des cadres de la Palestine pour leur formation.
Pour la résistance au Liban, Shawkat était un véritable partenaire, en fournissant toute l’assistance nécessaire sans avoir besoin de commandes ou d’approbation de sa direction. Il a été un acteur central dans la guerre de juin 2006. Il a passé tout son temps dans la salle centrale des opérations qui avait été mise en place, en conformité avec une directive d’Assad, pour fournir à la résistance toutes les armes qu’elle avait besoin, notamment des missiles, provenant des stocks de l’armée syrienne. Shawkat et d’autres hommes de l’armée syrienne – y compris Muhammad Suleiman, qui a été assassiné par le Mossad sur la côte syrienne en 2008 – ont passé des semaines à coordonner l’opération de ravitaillement qui a aidé la résistance à accomplir des succès qui ont conduit à la défaite d’Israël.
Malgré les accusations portées contre Asef Shawkat en ce qui concerne la sécurité, les questions politiques ou autres, pour Imad Mughniyeh, le chef militaire du Hezbollah assassiné, il était juste un autre camarade, un homme modeste qui s’inclinait en serrant la main d’Hassan Nasrallah, et aimait entendre les nouvelles de la Palestine tard dans la nuit. »
Cependant, parmi les antisionistes proclamé, il y en a peu dans ce monde qui peuvent se vanter d’en avoir fait autant pour la résistance palestinienne à l’entité sioniste. Mais après avoir démontré qu’ils ignoraient délibérément l’ensemble des faits et la longue histoire de la résistance syrienne à Israël, c’est une grande tragédie de voir que ces même qui s’accrochent à l’argument traité dans cet article, ne puisse être en mesure de le lâcher seulement si la Syrie chute et que la réalité de l’abandon militaire totale de la Palestine deviendrait trop évident a constater.