Provocations, Propagande et Manipulations de l’information

Par Menthalo – Al Djazaira a été conçu à l’origine par les frères David et Jean Frydman, des franco-israéliens. Jean Frydman, fut l’un des co-fondateurs et l’un des premiers dirigeants d’Europe 1, avant de passer à Télé Monte-Carlo et de diriger Régie N°1. On disait de lui qu’il était “le jardinier secret du paysage audiovisuel français”. La carrière d’Anne Sinclair lui doit beaucoup, puisqu’il était l’ami intime de son grand-père, Paul Rosenberg.  Jean Friedman sera le conseil d’Itzhak Rabin, de Ehoud Barak puis de Shimon Peres.

Après l’assassinat de Yizhak Rabin, les deux frères montent une chaine de télévision qui a pour but, d’après David, de rapprocher israéliens et arabes. Sur cette chaine, tout pourra être dit. L’Emir du Qatar accorde un prêt, que les frères Frydman doivent rembourser sur 5 ans, grâce à la publicité. Mais à force de taper sur tout le monde, les journalistes réussissent à générer un boycott de tous les annonceurs arabes. Au bout de 5 ans, faute de remboursement du prêt initial, l’Emir se retrouve  propriétaire de la chaine. Or cet émir du Qatar avait été mis sur le trône par Londres et Washington, qui venaient de renverser son père, trop proche de l’Iran. La liberté d’expression de la chaine va en faire le média de référence du Moyen Orient, d’autant plus crédible qu’elle avait attaqué Bush, et perdu 3 journalistes vedettes de ce fait. Après la mort de David Frydman, l’émir réorganise la chaine en 2005, en confiant le réaménagement à un homme de communication, proche de Washington et d’Israël, Mahmoud Jibril. Celui-ci va placer un de ses hommes, Wadah Khanfar, journaliste de “Voice of America” aux commandes de la chaine.

Poussé par Londres et Washington auprès de Khadafi après le rétablissement des relations diplomatiques de la Libye, Mahmoud Jibril sera de 2007 à 2010, Ministre du Plan et de facto, le N°2 du régime. Il va être l’homme de la privatisation des entreprises publiques libyennes. Traduisez la vente à des banques privées occidentales de la richesse nationale libyenne à laquelle va venir se rajouter un Hold-up parfaitement mené des Banksters internationaux grâce à leur pion Mahmoud Jibril:

(Source originale le WS journal) Après que les USA et l’Union européenne aient révoqué l’embargo en 2004, des dizaines de banques et sociétés financières étasuniennes et européennes affluèrent en Libye. Parmi lesquelles Goldman Sachs, une des plus grandes banques d’investissement du monde, dont le siège principal est à New York. Dans la première moitié de l’année 2008, l’Autorité libyenne d’investissement lui confia 1 milliard et 300 millions de fonds souverains (capitaux de l’État investis à l’étranger). La banque Goldman Sachs les investit dans un panier de valeurs et en actions de six sociétés : l’étasunienne Citigroup Inc., la banque italienne Unicredit et l’espagnole Santander, la compagnie allemande d’assurances Allianz, la compagnie énergétique française Électricité de France et l’italienne Eni. 

Un an après, Goldman Sachs communiqua à l’Autorité libyenne qu’à cause de la crise financière, le fonds libyen avait perdu 98 % de sa valeur, les 1 milliard et 300 millions se réduisant à 25 millions de dollars. Les responsables de l’Autorité libyenne, furieux, convoquèrent à Tripoli le responsable de Goldman Sachs pour l’Afrique du Nord. 

La rencontre fut turbulente, si bien que Goldman Sachs évacua précipitamment ses employés de Tripoli, craignant qu’ils ne fussent arrêtés. Comme la Libye menaçait d’intenter un procès qui aurait compromis la réputation de la banque aux yeux d’autres investisseurs institutionnels, Goldman Sachs lui offrit en dédommagement des actions privilégiées de la banque elle-même. Mais les Libyens étant à juste titre soupçonneux, l’accord ne fut pas signé. 

Restait ainsi ouverte la possibilité, redoutée par Goldman Sachs, que l’Autorité libyenne n’entreprit un procès international. 

Des cas analogues de « mauvaise administration de l’argent libyen » sont rapportés par une enquête publiée par le New York Times . Par exemple, la société Permal —unité de Legg Mason, une des principales sociétés de gestion d’investissements, dont le siège est à Baltimore— a administré 300 millions de dollars de fonds souverains libyens, qui ont perdu 40 % de leur valeur entre janvier 2009 et septembre 2010. En compensation, Permal a perçu 27 millions de dollars pour ses prestations. 

Même chose pour d’autres banques et sociétés financières, comme la hollandaise Palladyne, la française BNP Paribas, la britannique HSBCet le Crédit Suisse. 

L’Autorité libyenne menaçait d’entreprendre contre elles des actions judiciaires internationales, qui auraient endommagé l’image de ces « prestigieux » organismes financiers. Le tout s’est résolu de façon heureuse quand, en février dernier, États-Unis et Union européenne ont « gelé » les fonds souverains libyens. Leur « surveillance » a été confiée à ces mêmes banques et sociétés financières qui les avaient si bien gérés.

Et du vol on est passé à la rapine à main armée quand la guerre a commencé, en mars. À l’abri des chasseurs-bombardiers de l’OTAN, HSBC et d’autres banques d’investissement ont débarqué à Benghazi pour créer une nouvelle « Central Bank of Libya », qui leur permettra de gérer les fonds souverains libyens « gelés » et les nouveaux qu’ils tireront de l’exportation des hydrocarbures. Cette fois, sans aucun doute, en obtenant de forts rendements. (source)

 

En octobre 2010, l’Alliance Londres-Washington-Tel Aviv (+ Sarkozy) programme le bouleversement de la région MENA par ce que les médias aux ordres appelleront le “Printemps arabe”. Dés le 21 octobre 2010, Lindsey Williams révélait la date  du premier événement en Tunisie et celle du début de la guerre en Libye, dates données par ses contacts dans le Cartel des Pétroles.

Quand les événements commencent, Al Djazaira nouvelle mouture, qui est alors la chaine avec la plus grosse audience en langue arabe, révèle la véritable nature de sa nouvelle politique éditoriale. Elle va devenir le boutefeu et le chantre d’émeutes populaires spontanément programmées, organisées et mises en scènes. En même temps, la chaîne a un prédicateur vedette, prêcheur à l’américaine, cheikh yusuf al-Qaradawi, qui tresse des couronnes aux Frères Musulmans et à eux seuls. Avec le succès que l’on connait. Les manipulateurs sont en action et appliquent à la lettre le programme conçu par les Cartels de la City et de WS, et mis en œuvre par Israël et les agences de l’ombre …

Mahmoud Jibril sera Premier Ministre par intérim du gouvernement de transition et son “Alliance des Forces Nationales” va gagner les premières élections de l’après Khadafi en juillet 2012.

 

Al Djazaira va ensuite participer activement à la guerre en Syrie, enregistrant des pseudos scènes de bataille dans des décors créés au Qatar pour démoraliser les partisans de Bachar Al Assad. Ces fausses scènes de bataille vont envahir les écrans des chaines occidentales, qui vont diffuser une propagande médiatique à haute dose pour que les masses adhèrent aux interventions des armées de l’OTAN.

 

Début septembre 2012, Al Djazaira va monter en épingle un film produit, nous disent les médias, par un copte égyptien, Nakoula Bassseley. Tiens ? Ailleurs, il est écrit que le film aurait été financé par une souscription sioniste, mais que cet homme sort de nulle part. L’actrice porte plainte, disant que la plupart des scènes ont été tournées sur un écran vert pour faire des incrustations… et que les dialogues originels auraient été réenregistrés. Le tout pue le coup fourré de A à Z.

Des manifestations de colère des musulmans vont fleurir dans de nombreux pays à la suite de ce film ridiculisant Mahomet. Une équipe d’Al Quaida en Libye va attaquer des bâtiments annoncés comme consulaires, mais dont la géo-localisation semble controversée et assassiner un diplomate américain.

Ces salopards d’hommes de main d’Al Quaida, à l’origine recrutés par la CIA et formés par le Mossad et l’ISI,  au service des neo-cons, sionistes et va-t’en-guerre, font désormais circuler des images de l’ambassadeur américain trainé en ville par la foule.

 

NE VOUS LAISSEZ PAS MANIPULER

Ce film, ou du moins la version qui est sortie sur internet, a été créé pour enfanter des émeutes anti-américaines. Le meurtre du diplomate n’est pas l’acte d’une foule mais d’un commando commandité pour créer un incident diplomatique grave. Les images qui sortent aujourd’hui sur ce diplomate américain torturé, cherchent à dresser les foules occidentales contre ces sauvages d’arabes et de musulmans. Elles n’ont d’autre but que de justifier le déclenchement de la guerre contre l’Iran.

Simultanément, une campagne d’affichage dans le métro New Yorkais, première ville juive au monde, enfonce le clou et appelle à soutenir Israël, l’homme civilisé contre les “sauvages”.

Parfaite synchronicité, qui signe le crime…

 

Dans le livre de Peter Dale Scott et cette étude en 3 volets sur “la CIA, le 11 septembre, l’Afghanistan et l’Asie Centrale“, je relève ce passage, qui me semble terriblement d’actualité:

“ un rapport de 1963, rédigé par la Direction des planifications et des politiques  du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), fit savoir à ses généraux que «  la fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire était réalisable et pouvait être accomplie à l’aide des ressources disponibles.  » Les incidents du golfe du Tonkin, le 11-Septembre et même l’assassinat de Kennedy peuvent être vus comme des événements qui furent en réalité « fabriqués », selon le modèle exposé en 1962 dans le Projet Northwoods (l’ensemble de propositions émises par le JCS pour justifier une invasion de Cuba en organisant des attaques sous faux pavillon).”

 

Je vous laisse mettre bout à bout tous ces éléments de la scène du crime. Les instigateurs et les manipulateurs de l’ombre sont les mêmes que ceux du “onze septembre”, leurs plans ont été dénoncés dans “la Mission anglo-saxonne  et bien avant par Carr dans “Des Pions sur l’Echiquier”. Leur but est de générer la Troisième Guerre Mondiale. Les flottes dans le Golfe Persique sont prêtes pour engager la bataille. Celle-ci permettrait de détourner le regard des masses, alors que le système monétaire et bancaire est au bord de l’implosion. Tout est dit.

source :

http://liesidotorg.wordpress.com/2012/09/27/provocations-propagande-et-manipulations-de-linformation-guerre-mediatique-vers-ww3/

Caricatures et lutte idéologique

Suite aux caricatures et au film blasphématoire sur le Prophète [saw] j’ai publié deux articles suivants où il était question de lutte idéologique :

Notre devoir envers Mohamed (saws)

Caricature et islamophobie

[C]es articles ont  traité tant  de l’explication de la haine envers le Prophète [saw] que de la conduite  à adopter face à cette haine et à la réaction qu’elle entraine  dans une machination diabolique contre l’Islam orchestrée par une main de maitre satanique qui mène une guerre idéologique, médiatique, subversive, psychologique et militaire contre l’Islam. Il est de mon devoir de vous  montrer l’autre aspect idéologique de la campagne contre le Prophète (saws) ainsi que l’aspect de cette lutte idéologique contre mes écrits et ma pensée libre et autonome.

Précisons tout d’abord que  la guerre psychologique vise à faire douter son adversaire, à faire douter les alliés de cet adversaire sur sa compétence à vaincre ou à résister, et à inspirer la peur, le désarroi, la confusion et la rumeur à cet adversaire et à ses alliés appelés à s’incliner devant la puissance exagérée. Il s’agit d’un procédé de menaces et d’intimidation  pour saper les forces morales, psychoaffectives et spirituelles qui sont décisives dans un affrontement.

Précisons que si la guerre psychologique joue sur l’aspect subjectif, la lutte idéologique joue sur le mode et la manière du  raisonnement pour  détruire le discours et les idées de son adversaire. Elle va shunter les arguments et le discours en  faisant valoir d’autres idées, d’autres personnes pour occulter l’auteur, ou en donnant d’autres intentions à l’auteur et surtout à créer un autre champ d’intérêt opposé à celui de l’auteur  pour ne pas réfléchir aux problèmes ou adhérer aux solutions et aux analyses de l’auteur lorsqu’il est jugé sérieux, crédible et percutant.

Je vous explique le lien entre les caricatures contre le Prophète et la lutte idéologique  en faisant de la situation actuelle un cas d’école pour que vous restiez vigilants sur votre avenir qui est en train de se jouer dans les coulisses:

A – L’appel au meurtre du verset : « Crevez de rage » ?

Des non musulmans d’origine européenne et d’origine arabe  me reprochent d’être raciste et violent en énonçant le verset : « Crevez de rage ! ».

L’astuce est de me pousser à faire comme les « pygmalions » ces intellectuels arabes de services qui détournent et contournent le sens  des versets coraniques pour rester « aimés » et tolérés dans les médias. A tous je dis qu’il ne m’appartient pas de prononcer des opinions qui plaisent aux uns et  qui fâchent les autres. Mon devoir est de me taire lorsque je n’ai pas d’arguments et de dire « Crevez de rage ! » lorsque je trouve l’argument dans le Coran qui me permet de donner la réponse coranique dans les limites de ma compréhension et de ma mémoire aux caricatures.

« Crevez de rage ! » est pourtant la meilleure réponse qui soit lorsqu’on vous insulte et que vous restez au dessus de l’insulte par la magnanimité et le refus de la violence sans s’incliner devant l’intimidation et les menaces. Elle n’est pas un appel au meurtre. Le Coran n’est pas une parole humaine et ses arguments sont clairs,  concis et  hautement significatif sur le plan sémantique, lexical ou symbolique et métaphorique.  Je mets donc en défi les détracteurs qui font diversion de me trouver une définition dans une encyclopédie ou dans un dictionnaire français prouvant  que cette expression est un appel au meurtre.

Elle ne signifie pas autre chose que « mourrez par cotre colère, votre passion ». On dit aussi « crevez de jalousie ». L’envieux, le haineux et le blasphémateur sont condamnés à mourir par leur maladie du cœur : « crever= mourir comme un pneu crevé, comme un être enflé de colère et de haine qui crève comme une baudruche, crever de rage = être près de mourir de colère en se vidant ou en explosant de l’intérieur »

La littérature française est remplie de ce type de citations comme celle d’Emile Michel Cioran « Si tu ne veux pas crever de rage, laisse ta mémoire tranquille, abstiens-toi d’y fouiller. »

 B – L’appel au meurtre des Chrétiens d’Orient

On me reproche de ne pas condamner l’appel au meurtre des Chrétiens dans les pays musulmans. Je me suis déjà prononcé sur ce sujet dans plusieurs  de mes analyses en montrant le lien de l’Islamophobie avec la volonté de la CIA et du Vatican de laisser les Chrétiens d’Orient se faire massacrer par quelques  « Musulmans » sectaires et stupides qu’ils ont eux même manipulés et financés. La « guerre contre les Chrétiens » est une forme de sanction idéologique contre leur attachement à l’arabité et leur soutien à la Palestine. C’est une sanction politique et géostratégique   car ils ne se reconnaissent pas dans l’Occident judéo-chrétien ni dans sa laïcité ni dans Église de Rome. C’est une démarche qui vient aiguiser les contradictions  confessionnelles en Orient ou se substituer aux discordes sunnites chiites et aux luttes intestines dans les deux clans.

J’ai dénoncé  la faute grave du régime syrien de laisser les Chrétiens prendre les armes contre les « islamistes » otanesques et les Takfiristes, car cela met de l’huile dans le feu et fait le jeu de la stratégie de l’axe sionisme-Empire- monarchies arabes vassales.  Le Sykes-Picot bis ne va reculer devant rien pour assoir l’hégémonie sioniste et empêcher l’effondrement de l’Empire.

C – L’Islam religion de haine et de violence

On me reproche mon parti pris en faveur de l’Islam qui prend une forme de fanatisme qui dévie vers la violence. En vérité c’est la stratégie de la lutte idéologique qui crée de la diversion. Ainsi au lieu de prendre position contre le blasphème institutionnalisé et ses visées idéologiques islamophobes et devant l’incapacité à répondre à mes arguments  sur l’islamophobie et sa machination diabolique, on me pousse  dans un débat secondaire où il faut se défendre au lieu de défendre l’image de son Prophète. C’est astucieux, mais archaïque comme démarche.  Je continue à défendre l’image du Prophète en défendant les valeurs et le contenu de l’Islam par la mise en exergue des points suivants :

 1 – La contrainte religieuse :

La meilleure preuve de sa fausseté est la présence des Juifs et des Chrétiens au sein de la civilisation musulmane qui non seulement ne les as pas obligé à renier leur religion, mais les a honoré  en faisant de la protection du citoyen non musulman en terres d’Islam un principe sacré :

{Celui qui a tué un homme (sans droit ni justice) c’est comme s’il avait tué l’humanité entière, mais celui qui sauve la vie d’un homme c’est comme s’il avait sauvé la vie de l’humanité entière} Al Maidah 32

Le Messager d’Allah [saw] a dit :

« Je plaiderai moi-même le jour de la résurrection contre celui qui opprime une personne qui a conclue un pacte (avec les musulmans), le dénigre, le contraint à faire ce qui est au-delà de ses capacités ou lui prend une chose sans son accord. »

« Celui qui tue une personne qui a conclu un pacte avec les musulmans (Mou’âhad) ne sentira pas l’odeur du paradis, alors que son odeur est sentie d’une distance équivalente à quarante années. »

« Que n’importe quelle personne qui promet la protection à une autre personne puis la tue, sache que je la désavoue, même si la victime est  un mécréant. »

Si une minorité de fanatiques  « musulmans » appelle au meurtre des Chrétiens ou des Juifs, il faut savoir que cette minorité de fanatiques a commencé d’abord par verser le sang des Musulmans et par conséquent elle ne représente ni l’Islam ni les Musulmans. Nous avons un contentieux religieux avec les Juifs et les Chrétiens et nous les désavouons. Sur ce plan Allah jugera entre nous le Jour où le Messie fils de Marie redescendra sur terre pour y faire régner l’ordre, la justice et la vérité.  Il jugera entre nous le Jour du Jugement dernier.

La vérité historique témoigne que les Juifs et les Chrétiens non seulement n’ont jamais été persécutés par les Musulmans, mais ils ont joui de statut privilégié, occupant des postes de haute distinction et surtout ayant la liberté de culte et  de recours à des juridictions indépendantes qui arbitrent selon la loi mosaïque ou chrétienne lorsqu’ils ne veulent pas être jugés par un juge musulman  ou un tribunal musulman en matière de droit privé et de droit familial.

Celui qui met en situation de danger de mort les Chrétiens et les Juifs ce sont les médias et les armées de l’Empire, du sionisme et du Vatican.

2 – Au sujet de la liberté de culte

Il ne s’agit ni de mon opinion ni de ma culture, mais de l’ordre qu’Allah [swt] a chargé son Prophète (saw] d’exécuter :

{Nulle contrainte en religion. Le sensé s’est distingué de l’insensé.} Al Baqarah 256

{Et dit : « La Vérité procède de votre Dieu. Que celui donc qui veut qu’il devienne croyant et celui qui veut qu’il devienne mécréant ».} Al Kahf 29

{Si ton Dieu voulait, tous ceux qui sont sur la terre, dans leur totalité, seraient devenus croyants. Est-ce toi alors qui vas forcer les hommes à être croyants ?      Et il n’appartient à nul être de croire sauf par la Volonté d’Allah} Younes 99

{Appelle à la Cause de ton Dieu par la sagesse et la bienveillante exhortation, et discute avec eux de la façon la meilleure.} An Nahl 125

{Si donc ils se détournent, Nous ne t’avons point envoyé pour eux comme conservateur : il ne t’incombe que la transmission.} Choura 48

L’énoncé coranique prime sur tout énoncé, y compris sur ceux de nos savants, de nos intellectuels et de nos extrémistes ou de nos laxistes.

  3 – Au sujet  du Jihad et de la guerre sainte :

A partir de la propagande médiatique et de l’incompétence de certains traducteurs les illettrés en Arabe  se retrouvent face à trois  faussetés qui vont contaminer leur connaissance  sur l’Islam et leur regard sur les Musulmans :

a – Le mot  Jihad traduit  par guerre. La signification véritable du terme  « Jihad » vient du verbe Jahada qui signifie déployer tout ses efforts en vue de …  Il est différent de « Qatala » qui signifie combattre avec les armes.  Tout combat est une forme de Jihad, mais tout Jihad n’est pas obligatoire une lutte guerrière ou un combat militaire. Personnellement je traduis le terme « Jahidou » par « efforcer-vous » et non pas « luttez ». Le Coran marque  la distinction entre le « Qital » et le « Jihad »

b – Le terme de guerre sainte. Le terme sacré qui donne à une chose son caractère saint  n’existe pas pour la guerre ni dans le Coran ni dans le Hadith. C’est également une mauvaise traduction des orientalistes français qui ont volontairement  donné  au terme « Jihad » le sens de « guerre sainte ». En Islam le sacré  se porte sur la vie, les biens, la religion, l’honneur et  la dignité de l’homme, ainsi que sur  les lieux saints et les temps bénis. Il n’y a pas de guerre sainte et de guerre sacrilège, mais guerre légitime et guerre illégitime. Si c’est une agression ou une transgression la guerre est moralement et religieusement une guerre illégitime contre laquelle il faut opposer une résistance.  Porter atteinte à l’image de notre Prophète [saw] est une déclaration de guerre illégitime que nous devons combattre en dépit des censeurs et des négateurs. Toute riposte à une agression est une guerre légitime que les Musulmans et les chrétiens vivant en terre musulmane sont censés soutenir, car toute collaboration et toute  permissivité avec l’agresseur est une trahison qu’ ’il faut punir.

Je n’ai pas d’opinion personnelle sur ce sujet et je ne fais que répéter ce que dit notre religion qui n’attend pas de moi la surenchère, mais l’obéissance scrupuleuse :

{Quiconque alors vous agresse, agressez-le dans la mesure de son agression contre vous.} Al Baqarah 194

{Certes, Allah prend la défense de ceux qui sont devenus  croyants. Certes, Allah n’aime pas celui qui persiste dans la traîtrise, qui persiste dans la mécréance. Il a été permis à ceux qui sont combattus, de se défendre, en raison de l’injustice qu’ils ont subie. Certes, pour leur donner victoire, Allah Est sûrement Omnipuissant. Ceux qui furent expulsés de leurs demeures sans aucune juste cause, rien que pour avoir dit : « Notre Dieu Est Allah ».} Al Hadj 39

c – « Tuez-les ». La lutte idéologique consiste à recourir à l’art de tronquer les paroles ou de les amalgamer pour les détourner de leur sens et de leur portée.  Ainsi on trouve les mêmes arguments tant chez les musulmans spécialistes de l’anathème que des non musulmans spécialistes du dénigrement :

{Et tuez-les là où vous les saisissez, expulsez-les}

Ce verset « terrifiant et  arbitraire » qu’on met en évidence pour témoigner  de la violence atavique des musulmans prend une autre signification lorsqu’il est inséré dans la globalité de son énoncé qui n’a pas besoin de  docteur en théologie ou en linguistique pour être compris  et mis en application :

{Combattez, pour la cause d’Allah, ceux qui vous combattent et n’agressez point, car Allah n’aime point les agresseurs. Et tuez-les, là où vous les saisissez, expulsez-les de là où ils vous ont expulsés : la sédition est pire que le meurtre. Ne les combattez pas auprès de la Mosquée Sacrée à moins qu’ils ne vous y combattent. Si alors ils vous combattent, alors tuez-les. Telle est la punition des mécréants. S’ils s’arrêtent, alors Allah est Absoluteur, Miséricordieux. Sinon combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sédition et que la Religion soit pour Allah. S’ils s’arrêtent,  alors pas d’agression, sauf contre les injustes.} Al Baqarah 190 à 193

Dans la guerre qui lui a été imposée pour l’empêcher d’exercer son droit et son devoir de prédicateur, Mohamed [saw] n’a jamais aimé la guerre. Toutes ses batailles étaient courtes, économes en vie humaines et en temps. Il a enseigné à ses compagnons la patience et le refus d’être les premiers à ouvrir les hostilités :

« O gens ! Ne souhaitez pas la rencontre de l’ennemi et demander à dieu le salut. Mais une fois en face de lui, montrez-vous patients et sachez que le Paradis est à l’ombre des sabres »

4 – La signification du rapport Musulman et reste du monde :

Les experts en amalgame et troncature aiment citer ces versets :

{Allah vous interdit de prendre comme tuteurs…}

{Quiconque les prend comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes.}

Si on les replace dans leur contexte ils prennent alors une tout autre signification :

{Allah ne vous interdit pas – envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour votre religion, et ne vous ont pas chassés de vos demeures, – d’être bienfaisants et équitables envers eux. Certes, Allah aime ceux qui sont équitables. Mais Allah vous interdit de prendre comme tuteurs ceux qui vous ont combattus pour votre religion, qui vous ont chassé  de vos demeures, et qui ont aidé à vous expulser. Quiconque les prend comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes.} Al Mumtahana 8-9

 D – Terreur du Coran  et terrorisme islamique :

De la même façon que pour le Qital les orientalistes ont donné un sens littéral « terroriser, terreur, terrorisme, vous terrorisez » aux termes Rahaba (رهب ), Irhab (ارهاب  ), rohb (الرُهب ) tourhiboun (تٌرهِبُون )

Ainsi  l’énoncé coranique suivant

وَأَعِدُّواْ لَهُمْ مَّا ٱسْتَطَعْتُمْ مِّن قُوَّةٍ وَمِن رِّبَاطِ ٱلْخَيْلِ تُرْهِبُونَ بِهِ عَدْوَّ ٱللَّهِ وَعَدُوَّكُمْ

Est traduit par :

{Et préparez-leur tout ce que vous pouvez comme forces et cavalerie afin que vous terrorisiez l’ennemi d’Allah et votre ennemi} ( ?)

Nous allons recourir à quatre  exemples pour donner  un sens plus précis à l’énoncé coranique et lui trouver une traduction qui sied à son sens sans chercher à être complaisant  envers les uns ni être déplaisant envers les autres.

  • 1 – Le premier exemple se rapporte aux  versets suivants :

يَٰبَنِي إِسْرَائِيلَ ٱذْكُرُواْ نِعْمَتِيَ ٱلَّتِي أَنْعَمْتُ عَلَيْكُمْ وَأَوْفُواْ بِعَهْدِيۤ أُوفِ بِعَهْدِكُمْ وَإِيَّٰيَ فَٱرْهَبُونِ  وَآمِنُواْ بِمَآ أَنزَلْتُ مُصَدِّقاً لِّمَا مَعَكُمْ وَلاَ تَكُونُوۤاْ أَوَّلَ كَافِرٍ بِهِ وَلاَ تَشْتَرُواْ بِآيَٰتِي ثَمَناً قَلِيلاً وَإِيَّٰيَ فَٱتَّقُونِ

{C’est Moi que vous devez craindre} ( ?)

{C’est de Moi que vous devez être terrorisé} ( ?)

Les orientalistes et leurs mimétismes musulmans ont également traduit la Taqwah et la Rahba par la crainte en distinguant la Taqwah par le qualificatif révérencielle (révérencieuse) comme si cela allait donner un sens au contre sens : Il est impensable qu’Allah puisse inspirer de la terreur ou qu’Il soit terrifiant.

Dans mon livre « Aimer la voie coranique » je me suis longuement  attaché à détruire ce type de traduction qui ne sied pas à la Majesté divine ni à sa parole. La Taqwah signifie l’espérance dans la crainte et la crainte dans l’espérance afin que le croyant espère tout en restant vigilant dans sa foi et son espérance qui peuvent le conduire à compter sur la miséricorde d’Allah et oublier les fautes que le croyant fait et qui mérite le châtiment.  Le croyant même dans la crainte pour ses péchés et ses fautes est appelé à l’espérance pour ne vivre désespéré de la miséricorde d’Allah. La Taqwah c’est l’espérance et la crainte par le respect scrupuleux de ce que Allah a interdit et a ordonné. Il s’agit de prendre garde à Allah dans le sens d’être vigilant à son égard et d’être scrupuleux dans toutes ses démarches et ses paroles.

On utilise le verbe « Rahaba » qui signifie ici à la fois redouter et adorer Allah. Il s’agit d’adorer Allah tout en redoutant les conséquences de sa désobéissance afin de rester vigilant et ne pas se laisser séduire par Satan comme l’explicite le contexte du verset :

Il faut savoir que le Coran explique et explicite les versets  coraniques. Dans les deux  versets précédents il s’agit d’une passerelle de sens entre les Descendants d’Israël (les générations de Moise et de Jésus en particulier) et l’humanité contemporaine. Nous allons chercher à comprendre le sens des mots par le recours à d’autres versets qui traitent du même thème :

{Ceux à qui les hommes disent : « Les hommes se sont coalisés contre vous, craignez les ». Mais cela augmente leur foi et ils répondent : « Allah nous suffit, c’est le meilleur Procurateur ». Alors ils bénéficient  d’une grâce d’Allah et d’une munificence. Aucun mal ne les effleure, et ils suivent l’agrément d’Allah. Allah Possède une Munificence immense. Seulement, tel est Satan : il fait peur à ses liges. Ne les redoutez donc point, et redoutez-Moi, si vous êtes croyants. Et ne t’afflige point de ceux qui s’empressent vers la mécréance. Ils ne nuiront en rien à Allah. Allah veut ne leur assigner aucune part dans la vie future. Et ils auront un immense châtiment. Certes, ceux qui troquent la Foi contre la mécréance ne nuiront en rien à Allah, et ils auront un douloureux châtiment.  Que ceux qui sont devenus  mécréants ne considèrent point ce que Nous leur ajournons, est un bien pour eux-mêmes. Mais sûrement, ce que Nous leur ajournons est pour qu’ils accroissent  leurs péchés. Puis ils auront un infâme châtiment. Il n’est pas de mise qu’Allah laisse les croyants dans l’état où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il fasse discerner le méchant du bon. Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur le Ghayb, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Ainsi  si vous êtes croyants et  pieux, alors certes, vous aurez une immense rémunération.} Ali ‘Imrane 173 à  179

En comparant les énoncés nous pouvons voir sans difficulté  comment le Coran met le contexte des conséquences qui entourent en amont et en aval le verbe conjugué « avoir peur »  dont la traduction donne instinctivement l’expression « C’est Moi que vous devez redouter ».  Allah utilise le terme peur pour signifier qu’elle relève du domaine  psychologique et affectif et utilise d’autres termes pour signifier la gradation de la peur ainsi que son caractère visible ou non visible, émotionnel ou rationnel, subjectif ou objectif.

Ici Nous sommes dans un énoncé qui s’adresse au peuple de Jésus, peuple connu pour son intégrisme,  sa transgression et son agression, mais connu aussi pour avoir donné l’excellence de l’humanité en donnant des Prophètes et des Apôtres. D’ailleurs le terme Apôtres est décrit par le Coran sous le terme de « Rabbaniyoun » signifiant les adeptes de Dieu (Rabb),  les partisans de l’éthique de Dieu, les compagnons des Prophètes et ceux qui les suivent par la suite. Allah s’adresse aux Bani Israël sur le plan de l’émotionnel dont ils sont les experts en termes de manipulation tout en développant le sens rationnel pour l’ensemble de l’humanité qui se met à étudier le contenu et les conséquences de la loyauté ou de la perfidie envers l’Alliance qu’Allah propose à Ses Créatures humaines.

Le verbe  « Arhaba » donne  donc « Rohbane » traduit par  les Rabbins qui  ont suivi Jésus fils de Marie  (saws). Ils ont été nommés dans la langue arabe « Rohbane » par leur révérence envers Allah et par  la crainte dans leur adoration de ne pas être à la hauteur de leur vocation  dans un milieu qui leur était hostile. Ce verbe  donne « Rohbaniya » ou l’ascétisme spirituel du savant qui consacre sa vie à Allah fuyant les mondanités.  Il ne peut s’agir de terreur ou de terrorisme comme  la lutte antiterroriste a voulu qu’il soit pour imposer aux peules la peur et la servitude le temps de réaliser l’agenda du sionisme et de l’Empire dans le monde et tout particulièrement dans le monde musulman.

Ainsi les versets précédents signifient :

{O Descendants d’Israël ! Rappelez-vous Ma grâce dont Je vous ai gratifiés et soyez fidèles à Mon Alliance, afin que J’accomplisse ma Promesse; c’est Moi que vous devez redouter. Croyez en ce que J’ai révélé, corroborant ce qui est avec vous; ne soyez pas les premiers à y mécroire, et ne troquez pas Mes Signes contre un vil prix; c’est donc à Moi que vous devez prendre garde.} Al Baqara 40-41

  • 2 – Le second exemple se rapporte au  verset suivant :

ٱسْلُكْ يَدَكَ فِي جَيْبِكَ تَخْرُجْ بَيْضَآءَ مِنْ غَيْرِ سُوۤءٍ وَٱضْمُمْ إِلَيْكَ جَنَاحَكَ مِنَ ٱلرَّهْبِ فَذَانِكَ بُرْهَانَانِ مِن رَّبِّكَ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ وَمَلَئِهِ إِنَّهُمْ كَانُواْ قَوْماً فَاسِقِينَ

{Passe ta main dans ton encolure, elle en sortira toute blanche, sans défaut, et resserre tes bras (contre ta poitrine) pour t’apaiser. Ce sont là deux preuves incontestables, de ton Dieu, pour Pharaon et son élite, car ils sont un peuple de pervertis.} Al Qassas 32.

Il est remarquable de voir qu’Allah lorsqu’il envoie Moïse à Pharaon utilise le terme Rahb signifiant encolure (le haut du vêtement près de la tête) et lui donne deux signes qui sont la main blanche et le bâton. La main symbolise la puissance et la force qui frappe et détruit l’ennemi ou l’opposant alors que le bâton représente l’autorité et le pouvoir. La force et le pouvoir de Pharaon sont représentés par le Cobra sur sa tête et le bâton dans sa main. Moïse va annoncer à Pharaon par sa main blanche signifiant la mort de sa force,  le serpent signifiant la mort de sa puissance et le bâton signifiant la fin de son autorité et la fin de son pouvoir en un mot la fin du règne de Pharaon.

Il est encore plus remarquable de voir qu’Allah ordonne à Moïse de s’adresser avec douceur et politesse respectant le rang de Pharaon alors qu’il est  l’être le plus détesté par Allah, car il s’est pris pour divinité et a mis en esclavages des hommes nés libres dont les ancêtres et les descendants sont porteurs des messages divins. Il est encore plus remarquable qu’Allah ne demande pas  à Moïse de terroriser d’emblée son ennemi.  Pourquoi Allah ferait exception et ordonnerait-il à Mohamed (saws) de terroriser les Arabes de la Mecque ? Pourquoi Rohb ici signifie avoir peur et chercher l’apaisement alors qu’ ailleurs il signifie terreur ?

Pour l’instant contentons-nous de remarquer le lien entre le terme rohb (la terreur qu’inspire Pharaon à Moïse d’autant plus que ce dernier avait tué un Égyptien avant de prendre la fuite,  l’apaisement du cœur et la  sécurité du corps, et les deux preuves incontestables qui sont les deux signes de la main blanche et du bâton de berger qui se transforme en serpent. Le lien est évident : il ne s’agit pas de terroriser Pharaon en le soumettant à un déluge de catastrophe, mais de le dissuader de demeurer dans  sa  dérive démiurge  et son oppression. Un autre lien est également évident : apaiser Moïse terrorisé à l’idée de rencontrer Pharaon. Pour vaincre sa peur,  Moïse va être renforcé par son frère et par l’accompagnement d’Allah qui lui manifeste son amour,  sa présence et son soutien. Celui qui connait le récit de Moïse dans le Coran, récit le plus long et le plus fréquent (130 évocations dans 34 sourates) va voir que tous les signes étaient destinés à la dissuasion et qu’ils annonçaient les conséquences funestes qui attendaient Pharaon s’il persistait dans son entêtement à transgresser les interdits et à agresser les faibles.

La confusion dans les significations tient à la lecture hâtive littéraliste  et non symbolique des orientalistes et des Arabes faisant partie de l’école orientaliste franco musulmane. Le texte coranique est d’une limpidité sans égale si on se donne le temps de le lire et de le comprendre sans préjugés ni démarches de tronquer ou d’amalgamer ses versets.

  • 3 – Le troisième exemple : le lexique coranique dans le traitement de la peur.

En rédigeant « Aimer : la voie coranique » j’ai naturellement cherché la haine, la vengeance ainsi que la sérénité et ce qui s’y oppose en l’occurrence la peur. Je n’ai pas épuisé lez sujet, mais je défie tout dictionnaire et tout psychologue de décrire les états rationnels et émotionnels de la peur, de sa gradation et des situations qui la génèrent. Il n’est pas nécessaire d’être un arabisant expert en linguistique, il suffit d’étudier le Coran et le laisser donner les définitions et les situations car il a la compétence non seulement de produire du sens, mais de livrer les liens qui permettent de construire le sens si on se donne le temps de prendre des notes et de l’aborder avec l’envie d’écouter la parole divine avec son cœur, sa raison et son âme. Voici sommairement le lexique coranique sur les 11 différents formes de peur :

La  peur générique :

  • Al Khawf ( الخوف ) la peur commune qui  est du domaine psychoaffectif.

La peur spécifique propre à 10 cas singuliers :

  • Al Khifa ( الخيفة  ) peur éprouvée avant le combat qui pousse à la vigilance et à la précaution
  • Al Faraq  ( الفرق)  peur qui incite à la fuite et à la rupture où l’être se sent porté par des ailes qui le pousse à déserter.
  • Al Khichia ( الخشية ) la peur qui évalue les conséquences d’un phénomène, d’une action, d’un châtiment annoncé ou d’une  catastrophe. C’est une peur qui suppose une mémoire et un  savoir ou une connaissance. Elle est du domaine de la raison.
  • At Taqwah ( التقوى ) le sentiment où se mélange la crainte et l’espoir et qui pousse à se retenir de commettre une faute. Elle est du domaine spirituel.
  • Al Ichfaq ( الإشفاق ) : la peur qui est visible sur le visage par le changement de couleur et qui incite à reculer ou a faire marche arrière.
  • Al Jaza’â ( الجزع  ) peur du cupide  qui convoite avec avidité et a peur de ne pas avoir davantage. C’est aussi la peur qui  fait perdre patience et se manifeste par  des plaintes ou des cris
  • Al Hala’â ( الهلع ) peur de  l’avare et de l’envieux partagés entre le désir de posséder  et la peur de perdre en donnant ou en prenant un risque.
  • Ar Rohb ( الرهب  ) peur qui fait redouter les conséquences, qui  rappelle le monothéisme et qui pousse à l’action immédiate. Elle  prend sa source dans la perception et la raison pour finir dans le cœur comme un sentiment indélébile.
  • Ar Ro’âb ( الرعب  ) peur avec effondrement  psychologique et parfois physique qui fige la personne ou lui fait perdre tous ses repères et toute sa détermination, et qui provoque la fuite et la dispersion des rangs d’une foule.
  • Al Faza’â ( الفزع ): la peur qui survient par effet de surprise après insouciance et quiétude

Allah (swt) fait varier les Signes (symboles, paraboles, mots, etc…) pour nous livrer en termes concis et précis la quintessence du savoir que le contenu en encre des Océans  mis en exposant 7 ne pourrait contenir. Chaque mot a une signification particulière. C’est le contexte particulier des versets et le contexte globale de la sourate qui vont faire émerger le sens. Si Allah a utiliser le terme Rohb c’est qu’il y a une explication qui n’est pas forcément celle de la lecture littéraliste. Le lecteur averti voit tout de suite que dans la traduction du Coran que dans les termes des journeaux ou des politiques dans le monde arabe il y a une fâcheuse confusion entre le Rohb et le Ro’âb. C’est ce dernier (Ar Ro’âb)  qui peut être assimiler à la terreur, à l’ace de terroriser. Ar Rohb qui est utilisé dans le verset vise à imposer le respect, l’attitude circonspecte, à redouter les conséquences…

  • 4 – Le quatrième  exemple est  le lexique arabe de l’encyclopédie  « Lissan al ‘Arab »

L’encyclopédie arabe  nous donne un cas significatif parmi la polysémie du verbe Rahaba :

الرَّهْبَـى: الناقةُ الـمَهْزُولةُ جِدّاً؛ والرَّهْبُ: كالرَّهْبَـى

La Rahba et le Rahbou: la chamelle et le chameau de grande stature et de caractère déterminé.

Ces camelins sont  destinés à procurer l’apaisement pour les chameliers qui les montent et les conduisent au combat  et à dissuader leurs adversaires s’ils montent des  chameaux et des chevaux plus petit. Ainsi la langue arabe donne un sens à :

العالي؛ الجَمَلُ وهو رَهْباً، رَكِبَ إِذا الرَّجُلُ أرْهَبَ

Arhaba signifie monter un chameau ou une chamelle de haute stature et  signifiant souvent se préparer à la guerre avec de grands moyens ou dissuader un adversaire qui se prépare à la guerre.

 ا طالَ كُمُّهُ.إِذا الرَّجُلُ أرْهَبَ

Arhaba signifie aussi porter de longues manches. Pour les Arabes, avant l’Islam, c’était un symbole ostentatoire  et ostensible. Il s’agit donc de se montrer et de se faire voir.

Lorsque le verset coranique dit « تُرْهِبُونَ بِهِ », il signifie : montrez-vous et n’ayez pas peur, ne vous dissimulez pas, préparez-vous contre l’agresseur et   montrer-lui vos préparatifs de guerre pour le dissuader de vous attaquer.

Si on utilise l’astuce des linguistes arabes qui consiste à deviner le sens d’un terme en permutant ses lettres, on part  des lettres RHB du verbe  Rahaba ( رهب ) pour obtenir les lettres HRB du  verbe  Haraba ( هرب ) qui signifie fuir. Le message à découvrir dans l’étendue de la polysémie est le suivant dans le contexte du verset :  faire fuir l’ennemi en lui faisant voir les conséquences de son acte inconsidéré. Il s’agit de l’amener non à avoir une peur par l’émotion, mais  à redouter par mais la raison et les faits tangibles qui s’offrent à son esprit logique  et à sa perception évidente .

Il ne s’agit donc pas de terroriser au sens terrifiant du terme, mais d’imposer le respect et la crainte en montrant les conséquences d’une aventure guerrière contre les Musulmans. Le Coran est précis dans ses termes il ne s’agit  pas de terrifier ou de faire peur par  le recours à la violence qui laisse des traces dans l’imagination et l’émotion, mais de montrer sur le plan rationnel et tangible la force et l’organisation de combat pour éviter la guerre. Le verset coranique est une pédagogie qui utilise la puissance de la métaphore et la répétition alternant un sens imagé et un sens décrit comme dans ce verset en particulier, et souvent le premier sens est explicité par le second et vice versa :

« préparez-leur forces et cavalerie » = Tourhiboun (mobilisez contre eux vos grands moyens)

La signification est « afin que vous soyez redoutés par » ou «  afin de dissuader »  l’ennemi d’Allah et  votre ennemi qui se prépare à vous agresser.

Lorsque je développe ce genre de discours sérieux et réaliste, il est évident que je deviens pour les uns  un « terroriste », et pour les autres un chameau. La vérité sémantique et historique est dans ce verset et tant que nous le transgressons nous seront agressés par les blasphémateurs et les prédateurs :

{Et préparez-leur tout ce que vous pouvez comme forces et cavalerie afin que vous soyez redoutés par l’ennemi d’Allah, votre ennemi, et d’autres encore que vous ne connaissez pas, mais Allah les Connaît.} Al Anfal 60

{Et mobilisez-leur tout ce que vous pouvez comme forces et cavalerie afin que vous dissuadiez l’ennemi d’Allah, votre ennemi, et d’autres encore que vous ne connaissez pas, mais Allah les Connaît.} Al Anfal 60

C’est en comprenant le sens de ce verset que les Arabes ont affronté avec leurs chevaux de petites tailles  les brigades d’éléphants de l’Empire perse. Après les premières défaites face aux éléphants qui terrorisaient leurs chevaux, les Musulmans ont modifié leur tactique de combat et ont triomphé de leurs ennemis qu’ils ont attaqués non pour transmettre l’Islam par la force de l’épée, mais pour prendre l’initiative contre une force puissante et redoutable qui les terrorisait et les menaçait dans leur territoire et dans leur existence intrinsèque.

S’il y a des doutes ou des contestations sur cette traduction et son sens nous devons trancher en revenant au contexte qui introduit ce verset ou qui lui apporte une conclusion. Dans notre cas il s’agit d’une introduction qui montre la conduite à tenir en cas de risque de transgression d’un pacte et cette conduite donne le sens explicite :

{Ceux d’entre eux avec qui tu conclus un pacte, puis chaque fois ils violent leur pacte et ils ne craignent point. Si tu les saisis à  la guerre, effarouche par eux ceux qui sont derrière eux, afin qu’ils se souviennent. Et si tu redoutes une trahison de quelques gens, rejette (le pacte) avec loyauté. Certes, Allah n’aime point les traîtres.} Al Anfal 56 à 58

Ces quatre exemples   renforcent mon argumentation  qui rejette la terreur et le terrorisme imputé à l’Islam et au Coran  comme il rejette l’islamophobie qui instrumentalise la violence après en avoir été l’instigatrice.

Pour corroborer notre argument nous nous référons au Coran qui dit juste après le verset précédent (Al Anffal 60) où le terme  » par lequel Tourhiboun ( ترهبون به  ) est citée :

{S’ils s’inclinent vers la paix, alors incline-toi aussi et fie-toi à Allah} Al Anfal 61

Le contexte du verset  montre qu’il est harmonie avec le sens du mot (irhab = dissuasion) car il s’agit de montrer sa force à des belligérants qui ont déjà essuyé une défaite à Badr alors que les Musulmans étaient peu nombreux et insuffisamment équipés. C’est la position du fort qui ne veut pas faire couler le sang.  Si les Musulmans n’ont pas compris la portée du message de leur Dieu et la miséricorde de leur Prophète qui n’a eu recours à la violence que pour repousser la violence armée ils ne pourront que générer de l’entropie et devenir la proie à l’islamophobie  et des écervelés qui suivent les appels à la haine et à la violence contre les Musulmans au lieu de diriger leurs armes, leur argent et leur réservoir humain vers le développement de leur force pour affronter l’Empire et le sionisme.

La paix au sens islamique n’est pas la pax romana de l’Empire ou celle du sionisme qui extermine et spolie car il ne peut y avoir de paix fondée sur la terreur et  l’injustice. L’Islam a rayonné sur le monde par sa vertu, sa justice et sa liberté. Le terme le plus approprié pour générer le respect et  la dissuasion n’est pas la terreur qui est post offensive, mais imposer son existence et sa capacité de résistance pour faire redouter la guerre et ses conséquences sur l’ennemi. Il ne s’agit pas de terroriser un innocent, mais de faire craindre les conséquences d’une agression à celui qui,  par son arrogance et sa supériorité militaire, est enclin  à lancer des offensives agressives.

Nous ne sommes pas dans une démarche violente gratuite de vengeance ou de terreur qui suppose meurtres, viols, incendies, ravages, ruines et tout ce qui génère de l’effroi et de l’épouvante. Faire peur est du domaine de l’émotionnel, mais faire redouter est du domaine du tangible et du rationnel (ce dont on redoute les conséquences). La langue  française n’a pas suffisamment de verbe et de substantifs pour exprimer tous les termes coraniques. C’est rendre mauvais service au Coran que se contenter d’une traduction formaliste littéraliste qui ne rend pas le sens exact.

Sur le plan sémantique, lexical  et contextuel, nous sommes dans un principe de dissuasion, de précaution, de prévention… Faire dire au Coran  autre chose c’est de la mauvaise foi,  de la désinformation, ou de la continuité de la  lutte idéologique  menée par les orientalistes qui ont traduit le Coran avec des préjugés contre l’Islam et parfois avec des visées caricaturales.

 E – L’effondrement psychologique dans le Coran : Ar Ro’âb (  الرعب  )

Dans quelle signification  le Coran  utilise le terme Ar Ro’âb ? Il l’utilise dans  quatre versets avec le sens d’effroi et non de terreur. Il ne s’agit pas de terreur  car la terreur relève de la perception de choses horribles et terrifiantes, mais il s’agit de l’effroi  qui prend le cœur et l’imagination et les pousse à perdre tous les repères dans la bataille et à se disperser en débandades, chacun cherchant son salut alors qu’il venait croyant  se remplir de gloire dans une troupe nombreuse et fortement éuipée. Il ne s’agit pas de la terreur qu’inspirent les Musulmans, mais il s’agit  d’une action émanant d’Allah dans le cœur des mécréants qui ont agressé le Prophètes (saws) et ses compagnons.  Les quatre versets  qui citent l’effroi (Ar Rohb) mettent Allah comme sujet et les cœurs des transgresseurs comme subissant l’action d’Allah : Ali ‘Imrane, 151 – Al Anfal, 12 – Al Ahzab, 26 – Al Hashr, 2

Citons à titre d’illustration les deux énoncés suivants :

 سَنُلْقِي فِي قُلُوبِ ٱلَّذِينَ كَفَرُواْ ٱلرُّعْبَ

{Et lorsque ton Dieu  a inspiré aux Anges : « Je suis avec vous, affermissez donc ceux qui sont devenus  croyants, Je déposerais  l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants. Frappez donc sur les cous, frappez-en chaque bout de doigt ». Cela en raison de ce qu’ils se sont opposés à Allah et à Son Messager. Et quiconque s’oppose à Allah et à Son Messager, Allah sûrement Punit sévèrement.} Al Anfal 12-13

 وَقَذَفَ فِي قُلُوبِهِمُ ٱلرُّعْبَ

{C’est Lui qui A Fait sortir ceux qui sont devenus  mécréants des gens du Livre, de leurs demeures, pour le début du rassemblement. Vous ne pensiez pas qu’ils sortiraient et eux pensèrent que leurs forteresses les préserveraient d’Allah, alors Allah les Surprit par où ils ne s’attendaient pas, et Il jeta l’effroi dans leurs cœurs. Ils détruisent leurs maisons par leurs propres mains et par les mains des croyants. Tirez-en un exemple, ô doués de clairvoyance […]  Cela en raison de ce qu’ils se sont opposés à Allah et à Son Messager; et quiconque s’oppose à Allah, Allah alors Punit sévèrement.}  Al Hashr 2 et 4

Toute  agression contre le Prophète (saws)  est une malédiction dans cette vie et dans l’au-delà.  Est ce que cette description est de la  la  terreur, de  l’épouvante ou de  l’effroi qu’Allah lance dans le cœur des agresseurs  les laissant  corps et âmes  à la merci des faibles et des opprimés qu’ils croyaient asservir, humilier ou vaincre en comptant sur le seul rapport des forces tangibles. C’est ce sentiment de perdition qui s’empare de l’agresseur  qui le rend vulnérable. C’est le cœur qui s’effondre et l’esprit qui se disperse face à la surprise pour laquelle il n’a aucune riposte car elle était imprévisible et imparable. Cet état la langue française le traduit par effroi (peur sous l’effet de la surprise).  Alors que la tererur  c’est « la peur collective qu’on fait régner dans une population, un groupe de personnes, dans le but de briser sa résistance »

Nous sommes dans un cas différent de la mise en œuvre de la doctrine américaine  « choc et effroi (Shock and Awe) », en Irak. L’armée américaine  a terrorisé  l’armée et la population irakienne par la stupeur  qu’a provoqué l’emploi abusif et massif d’une puissance de feu navale, terrestre et aérienne, poursuivi par des actes terroristes et humiliants pour  annihiler la volonté de résistance. C’est plutôt choc et terreur.

Autres maux en guise de conclusion

La lute idéologique quand elle est bien menée permet d’enjoliver les mots pour masquer l’horreur de la réalité. Les dominants du monde  mettent en œuvre des spécialistes et des laboratoires pour construire leurs mots, leur rhétorique et leurs images. Mais nous qui subissons nous nous laissons enfermer dans leur système de pensée en acceptant d’être des auxiliaires de servitude et dans le meilleurs des cas de mauvais servants et de mauvais symboles dans la défense de nos valeurs, de notre foi, de notre Livre.

 

 

 

Omar Mazri – LIBERATION-OPPRIMES.NET

Caricatures et lutte idéologique

Hassan Nasrallah : La guerre psychologique

[L]a guerre psychologique est aussi vieille que les guerres et les conflits dans l’histoire de l’humanité , où chacun recourt instinctivement aux méthodes de la guerre psychologique, comme par exemple battre le tambour pour effrayer l’autre armée , réciter de la poésie ou des slogans ou des chansons ou même des discours ou encore répandre des rumeurs …

Dans les temps modernes, la guerre psychologique implique l’utilisation très large et très diversifiée de toutes formes d’armes psychologiques, au premier rang viennent les médias et les moyens modernes de communication tels que journaux, magazines, Internet, télévision, Centres d’études, auteurs et chercheurs …

Les États-Unis parrainent le projet de domination de nos ressources, pour ce faire ils dirigent une guerre psychologique dans la région contre notre leadership militaire, contre la résistance, contre tout ce qui touche à cette nation, sans oublier le rôle de l’ennemi sioniste, qui est la caserne du projet américain, et qui exécute cette guerre de façon continue pendant toutes les heures et les minutes …

Cette guerre psychologique, a pour cible trois axes :

 

  • Premièrement: la création de la peur et la terreur

Les américains et les israéliens visent avant tout à travers leur guerre psychologique à nous intimider et à nous faire peur , à remplir nos cœurs de panique, l’ennemi a recours à tout ce qui déclenche en nous la terreur et la peur dans nos esprits, et ce dans le contexte de la guerre psychologique, chaque jour, ils nous menacent de nous faire la guerre , de détruire notre infrastructure et quand le gouvernement libanais devait être formé on nous a dit, que le Liban est sous la menace , or le Hezbollah était présent dans le gouvernement précédent mais aucune menace n’a été proférée !

Tous les jours nous entendons des menaces de guerre contre l’Iran, contre la bande de Gaza, et parfois contre la Syrie, menace constante d’agression, de meurtre et de déplacement. Une telle guerre implique l’intervention de l’ensemble des responsables politiques et même le maire menace…

Parmi les moyens utilisés pour gonfler leurs capacités: ils parlent de leur armée et de leurs armements , pour faire peur, , au début de la guerre de Juillet ou à Gaza on est surpris de voir comment les médias sont présents sur des navires de guerre, même si si cela est contraire aux mesures de sécurité, Mais cela sert l’objectif, et parfois il y a des fuites d’informations par le biais de diplomates ou de journalistes comme quoi ils comptent lancer une guerre, dans quelques semaines …
Aussi, ils se présentent à travers leurs manœuvres militaires comme étant sommes prêts à toute confrontation et que nous nous préparons pour vous vaincre. Aussi parmi les moyens de la guerre psychologique le fait de commettre des massacres.. en l’an 48 quand ils ont occupé la Palestine, ils ont tué les hommes et les enfants et ils ont éventré les femmes enceintes, le but de ce terrorisme est d’intimider le reste de la population…
Aussi parmi les moyens de la guerre psychologique la destruction massive des villages et villes…
Autre méthode : utiliser les voix locales et régionales amies ou alliés, et qui ont certains clients comme c’est le cas des réseaux d’espionnage, qui avaient pour mission de décourager les gens, il existe d’autres voix collabo ou pas, mais qui instaurent un climat de terreur en insistant sur le fait que l’ennemi ait capable de détruire qu’il sera invincible..

  • Deuxièmement : nous convaincre que nous sommes vulnérables

Même si nous ne ressentons pas que nous sommes faibles il n’empêche, ils travaillent à nous convaincre que nous sommes faibles et incapables.. et que nous n’avons pas d’autre choix que de se résigner, de succomber à leur puissance, parce qu’il n’y a pas d’horizon pour nous.

Ici, les médias et les élites politiques et culturelles jouent un rôle important, surtout dans nos différences ethniques, religieuses et culturelles, qu’ils tentent de gonfler, et qui sont vieilles de plusieurs siècles et que nous pouvons surmonter parce que nous partageons le même destin..
Et parfois ils créent un conflit politique donne un caractère confessionnelle ou ethnique élargi, ainsi ils ont beaucoup écrit sur les différences entre les iraniens et les syriens, mais ils sont revenus et ont admis l’existence de d’une bonne relation syro-iranienne … Idem quand ils ont inventé des conflits à l’intérieur des forces de l’opposition : Ces conflits ne sont pas présents.

A une certaine période ils ont tenté de perturber la relation entre Amal et le Hezbollah..
Aussi ils tentent de nous convaincre que nous sommes insuffisants, que nous sommes des peuples arriérés, incapable de se prendre en charge ou de résoudre nos problèmes..

Les tenants de ces guerre psychologique cherchent à philosopher la faiblesse et d’en faire une stratégie, par exemple: la théorie que la force du Liban réside dans sa faiblesse, des livres ont été écrit sur ce sujet, mais cette théorie s’est effondrée..

Au début des années 82 il y avait le slogan que l’œil ne peut pas résister à la pointe, cela est trompeur car le Liban n’est pas un œil, nous sommes ces montagnes impressionnantes auxquelles les armées fortes se sont brisées, ils ont dit que les combattants de la résistance sont des fous, des amateurs, des aventuriers..
Si nous avions attendu à ce que soit élaborer une stratégie arabe unifiée pour la libération du Liban, Israël aurait occupé le Nord du Liban et la Beqaa.. En résumé, ils viennent nous convaincre de la théorie de la faiblesse tout comme la théorie de la paix !

  • Troisièmement: parmi les objectifs immédiats de la guerre psychologique instaurer le doute, l’hésitation et la confusion

Quand ils constatent que nous sommes toujours forts et pas convaincus de nos faiblesses, ils cherchent à semer le doute et ce à trois niveaux : dans les idées et les principes, dans les choix ou les options, et enfin dans les mouvements de résistance, leurs chefs, leur organisation.
Dans nos idées et nos principes, ils nous demandent pourquoi résistez-vous, est-ce par foi? Alors ils tentent de semer le doute dans nos croyances à travers des gens instruits qui tentent de remettre en question notre foi ; ou pour par exemple, ils tentent de montrer les moudjahidine, comme des combattants qui luttent conformément à un mandat légitime et non seulement pour l’orgueil et l’honneur, mais pour seulement être des martyrs, bref ils caricaturent la résistance, ridiculisent la notion de responsabilité et invitent les jeunes invités à aller danser et boire, au lieu d’assumer leur responsabilité, ils travaillent sur chaque vocabulaire sur chaque mot au point de nous accuser de culture de la mort face à la culture de la vie…
Dans nos choix ils cherchent à nous pousser à choisir entre telle ou telle option, comme est-ce que vous êtes musulman ou patriotique ou nationaliste, nous sommes tout cela, ils ne sont pas contradictoires..

  • Enfin ils tentent de semer le doute dans les dirigeants et les cadres de la résistance, ils disent que tous les dirigeants sont corrompus, avides de pouvoir ce qui n’est pas vrai..

Parmi leurs méthodes ils répandent des rumeurs que les dirigeants au sein de la résistance se déchirent.. Bien sûr le public sera touché, en lisant cela, motif de ces rumeurs : il n’y a pas de véritable leadership.
Ici, je dis que nous sommes l’un des partis les plus purs, les plus harmonieux les plus cohérents, honnête, noble, respectueux, fraternel.. Ainsi après avoir découvert des réseaux d’espions ils ont dit que le Hezbollah était infiltré, c’est normal qu’après 27 ans se trouve une personne qui s’infiltre dans Hezbollah, mais je vous dis qu’après 27 ans, Israël n’a pas réussi à percer les unités de la résistance, …
Aujourd’hui c’est la guerre psychologique qui a le dernier mot dans une bataille, c’est pourquoi j’ai voulu faire la lumière sur ce sujet, elle est l’un des plus graves moyens de guerre menée sur nos générations et cela doit être connu par tous.

Ici, je tiens à vous dire que nous sommes entrés dans une phase où nous pouvons tirer notre force de nos idées, nos convictions, nos principes, nos bases, et les auteurs de ce projet dirigé contre nous, quelque soit les guerres qu’ils déclenchent contre nous, économique, militaire, politique, ou psychologique, ils ne récolteront que des échecs et des déceptions soyez rassuré, mais il est important que nous restions informé sur le sujet, si Dieu le veut.

La bataille du sens

Extraits de l’autobiographie du Cheikh Mohammad Al-Ghazâlî : la bataille du sens

À notre époque, les ennemis de l’islam ont multiplié leurs activités. Ils augmentent les obstacles qu’ils érigent sur le chemin de ceux qui appellent à l’islam. Ils ont pu utiliser leurs développements pour empêcher l’islam de se répandre dans de nombreux pays. En outre, ils employèrent leur richesse et puissance pour égarer les masses musulmanes en Afrique, Asie et Europe. C’est pourquoi il n’est pas suffisant de fonder des organisations prêchant l’islam. Elles doivent nécessairement être appuyées par divers services sociaux, éducationnels, culturels et liés à la santé.

Appeler à Allah ne peut être l’affaire d’un seul homme. Le Dâ`i (prédicateur appelant à Allah) à notre époque doit avoir une connaissance des sciences humaines. En plus de la connaissance du Coran, de la Sunnah, du Fiqh et de la civilisation islamique, il (ou elle) doit apprendre l’Histoire du monde, les sciences naturelles, la biologie, ainsi que toutes les branches contemporaines de savoir liées à la pensée et la philosophie.

 prédicateur appelant à Allah doit être sincère dans sa mission qui doit constamment occuper son esprit et sa pensée. Il doit traiter les gens avec un cœur ouvert, sans égoïsme ou jalousie. Il ne doit pas être animé par des désirs immédiats ou intérêts personnels. […] Il doit trouver des excuses pour ceux qui font des erreurs et ne pas les blâmer. Il est là pour tendre la main aux autres lorsqu’ils trébuchent.

En outre, e ^prédicateur ’appelant à l’islam doit, à notre époque, être au courant des différences entre les divers groupes d’ennemis de l’islam, qu’ils soient des athées qui renient l’Existence de Dieu ou des Gens du Livre qui renient l’Islam.

J’ai constaté que de nombreuses personnes, travaillant dans le champ de la Da`wah, font du tort à l’islam. Certains concentrent leurs efforts en permanence sur l’interdiction des choses. On entend d’eux que le fait que la religion interdit ceci ou cela. Ils ne se soucient même pas de donner une alternative dont les gens auraient besoin. Ils sont tels des gens qui bloquent une route sans en ouvrir une autre.

D’autres prédicateurs vivent encore dans le passé et non dans le présent ou le futur, comme si l’Islam était une religion historique. C’est un spectacle saisissant que de le voir débattre avec, par exemple, les Mu`tazélites ou les Jahmites. Il peut avoir raison dans ce qu’il dit, mais il ignore complètement que les ennemis de l’islam porte aujourd’hui d’autres noms et emploient d’autres méthodes et arguments.

D’autres également ne font point de distinction entre les problèmes périphériques et les problèmes centraux, ni entre les sujets fondamentaux et les branches secondaires, ni entre les problèmes majeurs et ceux qui sont mineurs. Ils dépenseraient toute leur énergie pour combattre les problèmes secondaires. Ainsi, il est probable qu’ils attaquent par la mauvaise direction, là où le véritable ennemi attaque par une autre direction. Il leur arrive parfois d’attaquer même des ennemis imaginaires.

Tous ces prêcheurs sont un pénible fardeau pour la Prédication Islamique. Ceux-là doivent être corrigés, tout comme ceux qui prêchent pour leurs profits personnels et non pour des principes islamiques sincères. Travailler pour les valeurs islamiques est bien différent du travail pour des désirs personnels.

Après quarante ans de travail dans la prédication islamique, je réalise que le plus dangereux des défis ce sont les pratiques religieuses corrompues. Cela englobe le travail pour les caprices et les illusions, ainsi que le travail pour les désirs et bénéfices personnels.

La foi est une conscience intellectuelle, mais ces gens sont intellectuellement et continuellement inconscients. La foi mène à un cœur pur, mais ces gens ont des cœurs malades. Leurs cœurs sont terriblement malades. Dévoiler des pratiques religieuses altérées nécessite une étude détaillée afin de cerner les raisons mentales et psychologiques les sous-tendant. Abû Hâmid Al-Ghazâli a dédié une grande partie de son livre, La Revivification, pour donner le remède à ses maladies et en avertir les gens. Ibn Al-Jawzî écrivit la Déception d’Iblis pour dévoiler les différentes formes de pratiques religieuses altérées et pour prévenir les gens.

J’ai rédigé quelques-uns de mes ouvrages, préoccupé par le combat de telles pratiques. J’ai d’abord fait cela dans mes livres : Réflexions sur la Religion et la Vie, Pratiques non-islamiques, Fondements de la Foi entre le Cœur et la Raison, et la Prédication Islamique au 15e siècle higérien.

Certes, ces mauvaises pratiques greffées sur la religion conduisent à une image erronée de l’islam dans l’esprit de nombreuses personnes douées de sens. Ces gens découvrent l’Islam à travers le comportement et attitudes de ses adeptes. En effet, quelques musulmans — que ce soient dans les époques passées ou contemporaine — sont une disgrâce pour leur religion elle-même.

J’ai commencé à écrire depuis ma tendre enfance. C’était mon passe-temps favori et j’y prenais beaucoup de plaisir. Je n’ai écrit sur la religion qu’après avoir commencé mon activité dans la prédication. Mon écriture mélange le style technique et poétique. J’essaie d’introduire le savoir islamique à travers les problèmes contemporains. Je dirais que les deux thèmes majeurs des trente-cinq livres que j’ai rédigés pendant ces quarante années sont, d’une part, la Foi, la raison et le Cœur, et d’autre part, l’Islam et les énergies inexploitées et inertes.

Source : extraits autobiographie

La lutte idéologique

Extraits de  » la lutte idéologique » de Malek Bennabi :

Avant propos : L’auteur autochtone et l’auteur progressiste dans la lutte idéologique contre le colonialisme

Il est des thèmes qu’il n’est vraiment pas utile d’aborder si les arguments présentés ne découlent pas d’une expérience personnelle. Une expérience qui permet de les éclairer de l’intérieur.

La lutte idéologique dans les pays colonisés compte parmi ces questions.

[…]

Dans les pays colonisés où, trop souvent, on ignore ce combat bien qu’il se déroule à l’intérieur de nos frontières et qu’ensuite ils en constituent, eux-mêmes l’enjeu

Il y a d’une part cet aspect. De l’autre, nous relevons comment, à l’extérieur, l’auteur progressiste ignore de son côté cette lutte : nous constatons, à titre d’exemple, comment en participant au combat contre le colonialisme aux côtés des colonisés, son action se limite exclusivement au seul domaine politique.

Il se retire et s’en lave les mains dès que ce combat prend l’allure d’une lutte idéologique, comme s’il n’en avait cure, ennuyé par sa nouvelle formule. Il pense, en d’autres termes, que l’homme colonisé a le droit de se défendre tant que cette défense se limite strictement au champ politique, mais, une fois transposée au domaine des idées, il estime que cet homme a mis son nez dans un champ auquel il n’a pas droit.

II est possible d’expliquer une telle situation par la lourde chape d’opacité qui couvre la lutte idéologique dans les pays colonises ; ce qui place les autochtones a l’intérieur et les auteurs progressistes a l’extérieur dans l’incapacité de saisir ses contours. Néanmoins, l’expérience montre que parfois, cette ignorance peut être, d’une façon ou d’une autre, une simple parodie, le fruit d’une simulation. Par ailleurs, les dirigeants politiques nationalistes dans les pays colonises adoptent dans la bataille des idées – pour des raisons déterminées – une attitude neutre ou négative, voire hostile.

En dehors des pays colonises, l’écrivain progressiste adopte, pour sa part une position similaire alors que, engageant le combat contre le colonialisme il se range aux cotes de ce même colonialisme des que cette bataille revêt un aspect idéologique.

En analysant cette attitude étrange, l’on arrive a déduire que l’auteur progressiste est contraint, dans une telle bataille, a répondre a des considérations qui lui sont inculquées ou que son comportement découle dans ce domaine de complexes hérités. Dans les deux cas, son attitude a l’égard de la lutte idéologique dans les pays colonises est une attitude au pire hostile, neutre au mieux.

[…]

A la lumière de ce qui précède, il n’est pas dans mon intention, néanmoins, d’émettre un jugement généralisé au sujet de la littérature progressiste et des auteurs progressistes. Nous relevons dans l’expression de leurs positions en Europe la probité des idées, l’intégrité morale, le courage et la grandeur d’âme. Des qualités qui forcent le respect de tout être respectable.


La lutte idéologique : généralités

Il faut opérer un retour en arrière pour voir comment la lutte idéologique a pris forme dans les pays colonisés.

Une rétrospective qui couvre un demi-siècle au moins du cours de l’histoire franchie par la conscience islamique, autrement dit depuis les débuts de son réveil! Vers 1900 : c’est le moment où le rideau s’est levé sur le premier acte de la scène dont nous essayons de montrer quelques déroulements.

On peut imaginer la pièce dont le rideau se lève dans un moment précis et dans un pays donné, pour mieux saisir les particularités historiques et psychologiques des personnes mises en vedette et appelées à y jouer un rôle.

Il faut tout d’abord garder à l’esprit que ce sont des particularités de portée générale qui touchent au monde musulman dans sa globalité. Les différences entre un cas et un autre se limitent strictement aux noms et aux dates.

En Algérie, par exemple, le rideau se lève sur un peuple somnolent depuis des siècles déjà sous l’effet d’un somnifère : c’est le premier acteur sur scène.

Au même moment cependant, un autre acteur, appelons le « idée exprimée », fait son apparition. Idée incarnée par deux vénérables cheikhs, en l’occurrence lbn Mohanna et Abdelkader El Medjaoui, tous deux présents sur la scène de Algérie en tant que premiers héros de ce combat qui a commence à être livré a l’époque contre le maraboutisme. Comme leur apparition dans l’arène a un grand retentissement dans le pays, un troisième protagoniste fait son entrée juste après eux : le colonialisme.

Le colonialisme intervient sur scène en fait pour rétablir la quiétude laquelle constitue une question qui le préoccupe beaucoup. Son souci majeur est d’assurer de beaux rêves pour de paisibles dormeurs.
C’est le premier acte de la lutte idéologique en Algérie.

Le colonialisme n’a recours toutefois dans cet acte inaugural qu’au: moyens de la force conscient en effet qu’il est en face d’une « idée exprimée » une idée qu’il peut bannir et neutraliser hors de la scène en éloignant les deux: cheikhs. C’est exactement son procédé (1).

Il ne tarde cependant pas à se rendre compte que l’idée qu’il a voulu éliminer demeure toujours vivace sur le front du combat, qu’elle persiste, en fait, sous la forme nouvelle d’une « idée imprimée », logée celle-là dans la conscience du peuple.

Commence alors le second acte de la lutte idéologique. L’occasion est offerte entre temps au colonialisme pour tirer les conclusions du premier acte. Des conclusions qu’il exploitera a posteriori a bon escient pour l’élaboration de sa conception de la lutte idéologique. II en a conclu après coup que si l’emploi de la force a montré quelque peu ses limites – nous l’avons vu lors du premier acte face a l’idée exprimée- elle échouera inévitablement et plus forte raison dans la lutte engagée contre l’idée imprimée. Il lui faut donc, appliquer d’autres plans mieux conçus encore.

A partir de cet instant, la butte idéologique entre véritablement dans sa phase réelle puisque le colonialisme se mettra ardemment à l’œuvre dans ce nouvel acte pour annihiler les forces éveillées dans les pays colonisés, en usant de tous les moyens possibles. Son objectif est de les empêcher de s’en tenir a une idée imprimée. Il tentera en premier lieu de les mobiliser autour d’une idée exprimée. Une idée qui devient alors a portée de main, puisqu’il sera en mesure de la combattre par le recours a la politique de la carotte et du bâton.

Le colonialisme ne suit cependant pas uniquement cette voie. Il mènera en fait sa lutte contre l’idée imprimée grâce a des moyens adaptés et plus souples ; il se sert d’une carte psychologique du monde musulman. Une carte qui subit quotidiennement des mises a jour appropriées et des changements nécessaires opérés par des spécialistes charges de la surveillance et du contrôle des idées. Le colonialisme conçoit ses plans militaires et retransmet des instructions a la lumière d’une connaissance approfondie de la psychologie des pays colonises. Ce qui lui permet de définir l’action idoine qu’il applique pour violer les consciences dans ces pays, au gré des niveaux et des classes. Il utilise ainsi le langage de l’idée exprimée, facilement corruptible au sein de la classe intellectuelle. D’autre part, il présente aux intellectuels des slogans politiques qui brouillent leurs facultés d’assimilation face à l’idée imprimée.

Sur un autre registre, il favorise le langage de la religion lorsqu’elle obstrue complètement les voies d’assimilation. Ce qui empêche l’idée de jouer un quelconque rôle d’éveilleuse de conscience…

A un autre niveau, quoique a une degré moindre, on le découvre a l’œuvre lorsqu’il exploite]’ignorance des masses et crée une zone vide et de silence autour de l’idée pour l’isoler de la société. Il persiste dans cette voie dans les pays colonises jusqu’à ce qu’il atteigne le plus vil niveau par le recours à l’arme de l’argent. Il forge à travers ce moyen des amitiés, ou des alliances, suivant le jargon de la guerre. Ce qui lui permet de mener, dans certains secteurs, des offensives en temps requis sur le front intellectuel.

Affinant davantage son plan, il baisse le rideau pour obscurcir totalement ce front et l’abstraire ainsi de la conscience du peuple colonisateur lui-même et de la conscience mondiale en général.

Ainsi se dresse l’ordre voulu des choses. Un ordre qui donne l’impression que nous sommes dans une pièce très éclairée alors que la scène elle-même, sombre dans le noir.

C’est là une miser en scène du colonialisme. Le metteur en scène ne veut paradoxalement pas que les spectateurs regardent ce qui se passe effectivement sur la scène. C’est là une méthode particulière inhérente a la lutte idéologique dans les pays colonises, sur laquelle nous souhaitons donner un bref aperçu a travers ces pages.

Le dieu de la guerre n’a jamais cessé de rêver de 1’arme absolue qui transcende les distances et franchisse les frontières des pays. Une arme qu’aucun moyen ne peut contrecarrer.

Ce vieux rêve s’est réalisé grâce a la maitrise de I’ énergie nucléaire et la mise au point du missile intercontinental.

Néanmoins, cette arme absolue a vite fait de bouleverser la stratégie mondiale de fond en comble : on disait à l’époque des guerres classiques que c’est le dernier quart d’heure qui décide du résultat de la guerre. Aujourd’hui, il est plutôt plus juste de dire que c’est le premier quart d’heure qui en fixe I’ issue.

Les choses ont pris ainsi une nouvelle signification dans la logique de la guerre, qui occupe désormais les dirigeants de la politique internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si bien que si M. Foster Dulles avait été sincère et dévoilé son arrière-pensée au grand jour quand il évoquait l’installation d’une base militaire américaine en Asie, il aurait certainement déclaré qu’au fond et qu’en réalité, il cherchait a construire des installations qui attireraient la foudre du premier quart d’heure d’un conflit atomique, loin des implantations, des habitants et des centres de production en Amérique.

Si les dirigeants politiques occidentaux avaient été sincères a notre égard, nous aurions appréhendé a sa juste valeur la signification des dons en dollars que les Etats-Unis allouaient a certains gouvernements africains et asiatiques en contrepartie de la construction de « paratonnerres » sur leurs territoires, prépares ainsi a devenir des objectifs en ligne de mire de l’arme atomique, au cas ou le conflit se déclencherait.

C’est l’idée que dissimule M. Dulles en son for intérieur a travers la politique des alliances militaires qui, a l’exemple de l’Alliance atlantique, sont créées en Asie et en Afrique. Ces mêmes alliances sont devenues cependant vaines dans la mesure où la planète elle-même s’en est trouvée réduite en dimension sous le poids des conséquences et des résultats prévisibles des destructions et des ruines, qu’aucune précaution du genre de celui qui effleurait l’esprit de Dulles n’est en mesure de stopper.

Une troisième guerre mondiale qui tenait les peuples en haleine parait ainsi une lointaine éventualité.
La politique est en outre engagée dans la voie de l’examen des moyens de gagner le pari de la paix plutôt que celui de la guerre.

Cela ne veut pas dire cependant qu’en fonction de cette nouvelle tendance les problèmes entre les forces antagonistes aient disparu : leurs raisons d’être et, partant, l’existence d’adversaires demeurent pleinement posées. Elles sont liées, d’autre part, a certains résidus psychologiques dont j’ai essayé de montrer la nature dans une précédente étude en évoquant la question de l’obsession de puissance et de domination ».

Si, pour ces considérations, la guerre n’éclate pas, il n’en demeure pas moins que la lutte continuera… par le moyen d’une autre arme et dans des arènes nouvelles. Les victoires se décideront alors sur le front de la bataille idéologique.

Il ne doit pas subsister l’ombre d’un doute, par ailleurs, sur la rivalité qui oppose les adversaires situés sur l’axe Washington-Moscou qui, pour s’attribuer les éléments de la puissance, recourent a l’arme des idées. A l’avenir, leurs bombes atomiques ne seront plus en mesure de régler leurs problèmes demeurés en suspens.
Une pareille déduction est d’ailleurs parfaitement conforme aux prévisions et aux prophéties de sommités de la science et de la pensée, a l’image de Bertrand Russel. Dans un article consacré a ce thème, Russel en arrive à conclure que : « tous ceux qui pensent qu’une victoire du communisme est devenue impossible doivent se ressaisir et revoir leurs idées, ils doivent désormais admettre qu’il peut se propager grâce non pas a la force mais a la conviction ».

Si l’on se contente d’aborder – dans cette nouvelle étape de l’histoire de l’humanité – tout ce qui concerne l’axes Tanger-Djakarta, le problème s’imposera a nous, ils revêtira une double aspect.

D’abord, ii faut penser a donner a nos idées un maximum d’efficacité ensuite, il est nécessaire de connaitre les moyens déployés par le colonialisme pour atténuer au minimum l’efficacité de ces idées.

On se heurte en fait à deux problèmes. Il s’agit d’une part d’envisager comment produire des idées efficaces au sein de nos sociétés et de voir ensuite comment comprendre la méthode du colonialisme dans la lutte idéologique pour qu’il n’ait pas d’emprise sur nos idées, d’autre part.

Je m’intéresserai dans les pages qui vont suivre à la seconde question : quelle est la voie nuisible employée par le colonialisme contre nos idées ?

C’est la question a laquelle je tenterai de répondre en me basant sur une expérience personnelle que j’estime utile pour deux raisons :

La première est qu’elle couvre un quart de siècle de ma vie ;

La seconde est qu’elle s’est déroulée dans un pays colonise ou le colonialisme pouvait utiliser à souhait tous ses moyens.

Il est possible de présenter cette expérience comme une simple histoire a narrer au lecteur ou comme les mémoires d’un combattant sur le front intellectuel.

J’éviterai cependant la première option. Elle pourrait inspirer au lecteur l’idée qu’il est en train de parcourir une histoire fictive. Je m’abstiendrai également d’aller au second choix, dissuadé cette fois par l’idée d’évoquer forcément beaucoup de détails personnels dont j’estime qu’il n’est pas opportun de parler ici. Je souhaite néanmoins qu’en filigrane le lecteur lise entre les lignes parce qu’elles révèlent la rigueur et la précision des plans conçus par le colonialisme dans la lutte idéologique.

Nous avons déjà dit que le colonialisme est un metteur en scène qui, a partir des coulisses, ne souhaite pas que la lumière éclaircisse la scène au moment où il se joue un acte de la lutte idéologique. Il lui serait profitable, de cette manière, de jeter en temps voulu un peu de lumière sur celui qui joue un rôle dans cette scène, même si cette lumière est émise a partir d’un lampion a dessein de bien mettre au grand jour la lutte idéologique ; autrement dit, lorsque le monde se trouvera contraint de mener le combat des idées.
Cette contribution nous offrira peut-être l’occasion de décrire la particularité qui singularise ce combat dans les pays colonises où – nous lavons déjà signalé – il est isolé de la conscience, a l’ intérieure comme a l’extérieur.

Par conscience de l’extérieur, ce ne sont pas le journaliste ou l’ecrivain progressiste uniquement qui en sont concernés. J’ai montré auparavant les motivations qui conduisent a leur réclusion psychologique face a la lutte idéologique dans les pays colonises. Le propos s’adresse ici à l’intellectuel arabe lui-même, l’intellectuel qui mène le combat contre le colonialisme au rein d’un « front nationaliste ». Il n’a pas, en dépit ou plutôt en raison de ce fait, acquis une expérience personnelle dans des conditions inhérentes a celles d’un combattant solitaire : seul, isolé sur le front de la lutte idéologique dans son pays.

Pour ceux qui veulent connaitre les moyens déployés par le colonialisme dans ce domaine précis, il est nécessaire d’être en contact direct avec lui, alors qu’un tel contact n’est cependant guère possible pour celui qui milite au sein d’un « front nationaliste ». Un front qui lui assure financement et protection, 1’entoure de considérations et lui offre généralement un poste enviable.

A l’opposé, le journaliste ou l’écrivain progressiste qui luttent dans leur pays (colonisateur) contre le colonialisme au moyen de la plume ou de la parole sont protégés par les lois de leur pays contre toutes les formes d’injustice. Ces mêmes lois protègent également leurs familles. Bien plus, il arrive que leurs idées soient tenues en haute estime, a l’image de celles défendues par les Anglais libres qui ont accompagné le Mahatma Gandhi sur le chemin du Satyagraha, le chemin qui a débouché sur indépendance de l’Inde.

On en déduit que pour celui qui se trouve implique dans un pays colonise comme l’Algérie, c’est-a-dire un pays qui ignore qu’un combat d’idées se déroule a l’intérieure de ses propres frontières, la lutte idéologique a ses propres conditions. Le colonialisme se permet ainsi l’avantage d’isoler celui qui s’est engage dans la bataille en état de fidai qui livre le combat a son compte et a ses risques et périls, sans base arrière pour le financer ni armer son combat.

Les conditions des pays colonises ne laissent guère le choix a celui qui s’engage dans la lutte idéologique. Si l’on admet qu’il a choisi ce type de combat de son propre chef, notre hypothèse sera entachée de quelque chose d’arbitraire puisqu’on l’accusera d’un haut degré de stupidité ou d’un excès d’héroïsme dont il ne peut s’arroger le mérite.

Néanmoins, les événements tournent d’une façon mécanique, suivant des règles strictes imposées par la nature du combat dans les pays colonisés, par le jeu de comparaison des situations et des conditions qui lui sont propres. Ce sont ces phénomènes qui décident du type de bataille à livrer et ce sont eux aussi qui cantonnent celui qui s’y aventure dans la condition ingrate de combattant solitaire.

Pour que de tels faits soient plus clairs dans les esprits, un exemple puisé dans notre propre réalité pour les étayer : la Révolution de juillet 1952 en Égypte a été l’un des événements les plus marquants dans la bataille idéologique. En mettant un terme au règne de Farouk, elle a annoncé une ère nouvelle. Le phénomène avait produit sur les consciences une étincelle électrique a l’effet secouant, aussi bien dans les pays arabes que dans le monde musulman.

Une certaine idée représentant un rôle nouveau fait son entrée sur la scène de la lutte idéologique.

Devant cette réalité, il faut imaginer le haut degré de l’intérêt que porterons les différents centres spécialisés a cette nouvelle idée émergente immédiatement repérée, elle provoque l’alerte aussitôt apparue.

Il s’ensuit l’entrée sur scène d’un deuxième acteur : le colonialisme.

La bataille commence réellement a gagner en intensité grâce a l’adhésion de l’opinion publique dans les pays colonises et a leurs réactions devant les événements du Caire. La conscience algérienne a fait preuve, par exemple d’une attention particulière aux questions de la réforme agraire et de la propriété terrienne, que la révolution égyptienne a proclamées parmi ses objectifs fondamentaux. Le peuple algérien a voué une admiration particulière pour une telle question parce qu’elle incarnait en fait sa propre cause des lors que le colonialisme, en traçant sa politique algérienne, avait fixe dans ses visées l’appropriation de ses terres et le démembrement de la classe des fellahs.

Le colonialisme s’aperçoit ici qu’il fait face à une situation dangereuse. Aux prises avec une « idée nouvelle », il est tout a fait naturel qu’il se prépare a la charge par une campagne, au besoin violente, contre cette idée.

C’est la sommairement une image des conditions qui constituent subitement un chapitre nouveau de la lutte idéologique dans les pays colonisés.

Ce qu’il faut noter au même moment, c’est que la presse « nationaliste » autrement dit la presse des partis qui dans le pays endossent la mission et portent la marque de la lutte contre le colonialisme, a adopté, a regard de ces événements, une attitude a la limite de la neutralité. Sur ces événements, elle ne reprend que les informations publiées par des agences de presse dont les liens avec le colonialisme ne sont pas un secret. Le cas est tel qu’il est facile pour les dirigeants colonialistes d’élaborer leur campagne contre l’idée nouvelle dans des conditions propices.

C’est dans ce contexte que le colonialisme a mené précisément des attaques contre l’idée de la réforme agraire et de la propriété des terres agricoles. Rien d’étonnant jusqu’ici. Ce qui est en outre plus intéressant, c’est qu’il s’est permis de publier sa première attaque dans les colonnes d’un journal prétendument nationaliste, qui de surcroit se réclame de la lutte contre le colonialisme.

Au lecteur de s’étonner. Il n’empêche cependant que c’est la réalité de la lutte idéologique dans les pays colonises…

Imaginons ensuite l’attitude à observer en pareilles conditions. Vous n’aurez de choix que celui de vous taire, faisant le jeu du colonialisme et de son intérêt ou, à l’inverse, réagir pour une cause du peuple.
Dans l’hypothèse où le choix est porté sur le deuxième cas, il faut tirer les enseignements qui s’imposent en pareil contexte. Dans ces conditions, en effet, vous ne pouvez vous engager dans la bataille que parfaitement isolé du « front nationaliste » qui symbolise normalement, rappelons-le, la lutte contre le colonialisme. C’est, en d’autres termes, cette situation qui vous force à entrer dans la bataille en résistant en solitaire, répondant à votre seule conscience, démuni de tout moyen, sans logistique et sans armes supposées fournies par une base arrière.

Ce sont exactement les conditions de la lutte idéologique dans les pays colonises. S’y engager n’offre que le dilemme de continuer dans cette voie et dans ce contexte, ou d’abandonner et se retirer du champ de bataille.

Le lecteur n’ignore sans doute pas que le colonialisme est aux aguets et qu’il vise évidemment a acculer le combattant à la deuxième solution, c’est-à-dire le pousser au forfait.

II mettra à profit, pour atteindre cet objectif, tous les points faibles dans les pays colonisés au chapitre de la vie idéologique, ainsi que tous les résidus négatifs hérités dans leur vie politique.

Il faut clarifier cet aspect de la question en raison de l’importance qu’il revêt dans le déroulement de la lutte idéologique. Si l’on entreprend une étude comparée des cas de figure politiques dans les pays sous-développés ou dans un seul pays à travers les différentes étapes de son évolution, nous aboutirons en général à deux catégories de politique. Chacune découle d’une réalité propre.

La première est une politique qui se traduit dans des idées imprimées. La seconde est une politique qui se manifeste à travers des idées exprimées.

La première peut-être une métamorphose évoluée de la seconde, tandis que la seconde peut être la forme avilie de la première. Chacune des deux catégories possède ses propres considérations qui découlent de ses racines psychologiques profondes et de leurs implications.

La politique qui évolue au rythme des idées imprimées rencontre, par la force des choses, la conscience populaire et se conforme par ailleurs aux principes, aux paramètres et aux règles qui commandent sa conduite. Elle porte en elle le principe de l’autorégulation que lui dicte une sorte de pouvoir d’ajustement propre qui régule, au besoin, son mouvement et ajuste son orientation.

Comme dans toute opération mathématique, chacun de ces mouvements nécessite un commentaire du résultat, double d’un correctif approprié. La politique adoptée entreprend constamment la révision de ces résultats.

Cette révision constitue pour elle une sorte de protection et d’immunité contre une éventuelle intrusion d’un élément étranger qui tenterait de détourner le cours de sa trajectoire et de changer son issue. Elle agit en tant qu’appareil régulé qui déclenche le signal de l’alerte rouge du danger chaque fois qu’un événement surgit en cours de route, menaçant de modifier son mouvement ou son orientation.
Un homme politique avait bien résumé toutes ces considérations ou disons qu’elles se sont résumées d’elles-mêmes, dans son esprit lorsqu’il a déclaré il y a deux ans : « Notre politique ne se trompe pas parce que c’est une science. »

Nous croyons qu’il a tout à fait raison dans son jugement dans la mesure où une science ne se trompe pas.
Néanmoins, dans les cas de pays qui n’ont pas encore atteint un degré suffisant de développement, de ceux qui ont subi les aléas et les bouleversements de l’histoire, de ceux qui sont victimes de cataclysme dans leur évolution ou encore de ceux qui ont connu une régression totale, l’instar de l’Allemagne sous Hitler, dans tous ces cas, l’ idée imprimée est incarnée par un individu pour instituer une forme politique particulière. Cette idée, échappant aux critères de la raison, s’accomplit dans un individu.

Elle se développe, évolue et s’organise au gré de ses intérêts propres. Ces mêmes intérêts finiront viscéralement par devenir les justificatifs, les motivations et les critères d’une politique émotionnelle.
Il arrive que l’individu en question s’éclipse ou plutôt qu’il soit éclipsé. II sera remplacé par une entité complexe ou plus précisément par un « compose individu » unis par un contact organique, à l’image de ce que la médecine appelle les frères siamois.

Il arrive aussi que le contact s’établisse au moyen d’un appareil digestif commun. L’entité complexe reposera alors sur une solidarité digestive. Tout ce qui transite par la gorge d’un individu, au sein du compose d’individus, entre dans une opération digestive commune.

La « question », comme on dit dans le langage politique, devient une affaire de digestion. En outre, rien ne s’oppose à ce qu’il y ait dans les têtes reliées a l’appareil digestif des idées distinctes. Pourvu que les divergences ne remettent pas en cause la digestion, sous peine de voir le compose d’individus se débarrasser de la tête qui porte une idée incommodante et de l’exclure de son appareil digestif.
C’est un compose extrêmement précis et le colonialisme en maitrise la formule avec la précision d’un horloger ingénieux. Il met au point un dispositif apte à transformer quelque idée que ce soit qui émerge dans les pays colonises en une idée exprimée, exposée à son vouloir. Il disposera de ce fait du meilleur moyen d’étouffer toute tentative qui fait son apparition dans les pays colonises et qui vise à reformer leurs régimes politiques.

C’est un dispositif qui fonctionne suivant un mécanisme psychologique simple. Il tourne grâce aux penchants sensitifs et il est orienté par les facteurs qui mènent vers une politique émotionnelle, c’est-à-dire des facteurs exprimés, a un certain niveau, par des intérêts particuliers.

Le colonialisme sait tout sur le mécanisme régissant de tels intérêts. Des intérêts qui traduisent, en fin de compte, les réactions d’un appareil digestif.

Il ne faut pas perdre de vue l’idée que la politique ne se fourvoie pas et qu’aucune tentative ne peut la détourner de son chemin tant que ses motivations restent ancrées dans une conscience éclairée, dans un esprit discernant et dans un cœur sensible, c’est-à-dire tant que ses motivations demeurent reliées aux idées.

Si, a l’inverse, ses motivations découlent du mécanisme de l’appareil digestif, le colonialisme peut disposer à son aise désirs de cet appareil et, en d’autres termes, user des instincts du compose d’individus pour que les pays colonises demeurent toujours livrés politiquement et économiquement a sa discrétion.
Dans les pays de la zone afro-asiatique, les exemples sur de telles situations foisonnent. L’Egypte, a titre illustratif, poursuit depuis deux ans son développement économique malgré le poids d’une forte pression exercée de l’extérieur sur son économie, principalement depuis la mise en œuvre du fameux Plan Eisenhower (2). Parallèlement, l’activité économique dans d’autres pays en Afrique et en Asie s’embourbe, en dépit des dollars injectés à doses répétées. La politique suivie dans ces pays n’est pas soumise à une autorité qui procède d’une conscience, d’une raison et d’un cœur, qui émane d’un pouvoir d’idées, mais d’une politique qui obéit aux désirs végétatifs d’un estomac.

L’estomac, sur lequel le colonialisme a place les têtes dirigeantes, contrarie l’activité normale dans le pays.
En abordant cette entité étrange, nous ne parlons pas, en fait, d’un animal préhistorique mais d’un animal contemporain : un être amibien dont les motivations végétatives commandent les politiques primaires.
Dans la composition de cet étrange appareil, il n’est demandé pour toute précision que d’accomplir le but assigné aux instincts pour accomplir une fonction politique dans les pays colonises. Nous avons montré que le colonialisme maitrise cette composition. Le fondement de son succès, dans une telle entreprise, repose sur tout ce que comporte la psychologie des peuples, en général, comme penchant naturel pour la tendance simpliste et les choses

Quand une politique est conçue suivant le principe de la facilité, elle séduit autour de cette propension des fouler de personnel animées de bonnes intentions et qui évaluent les choses selon les facilités du moment et non suivant les difficultés de l’avenir.

Si l’on considère, en outre, qu’un certain attrait vient surcharger ce penchant naturel, nous mesurerons alors l’inévitable dérive qui mène vers ce bourbier de facilités attrayantes. Ce fait existe effectivement : la voie de la facilité débouche implacablement sur une politique végétative qui assouvit les désirs des seuls instincts. Cette vole est largement disponible dans les marches politiques. C’est à ce moment-là que des termes comme colonialisme, impérialisme et nationalisme servent à lubrifier la descente pour que le penchant vers la facilité soit plus libre encore.

L’on a vu lors de la conférence afro-asiatique de Bandung comment certains imposteurs ont effectivement usé abusivement des vocables de « communisme » et de « colonialisme », dans l’objectif bien tramé de dévier la conférence et de la détourner de la voie de l’organisation constructive vers celle des acclamations et du brouhaha.

C’est dans la nature même de l’homme, dans son penchant naturel, alors qu’au contraire, dans les pays développés, des programmes culturels pourraient être élaborés pour combattre ces origines psychologiques nuisibles et parer a toute déviation dans la société.

A l’inverse, le colonialisme exploite de telles prédispositions dans les pays colonises et conjugue leurs origines psychologiques a des programmes pédagogiques savamment élaborés. Il met à profit l’absence, dans leur culture héritée de l’époque de la décadence, de facteurs capables de combattre les causes de la déviation invétérées dans la psychologie de leurs peuples. Si bien qu’il échafaude, a partir de ces mêmes dispositions, les éléments d’une politique « émotive-instinctive », de surcroit en parfaite harmonie avec ses intérêts. Il l’élabore en associant les nobles sentiments du peuple aux bas instincts d’un « compose d’individus » donné.

Sachant qu’à l’évidence tout peuple colonisé voue une vive répulsion au colonialisme, il utilise la passion que suscite le terme « colonialisme » pour imbriquer l’innocence du peuple colonisé dans les instincts d’un « compose d’individus » qui dirige sa politique.

Le mot « colonialisme » constitue l’arme la plus dangereuse employée par le colonialisme lui-même. C’est aussi le plus efficace des appâts qu’il tend pour duper les masses ; et il n’y a pas un seul traitre que le colonialisme a placé au sein du front de la lutte des peuples colonises qui n’ait pas utilise le vocable magique « colonialisme », comme un sésame qui lui ouvre des portes jusque-là fermées pour faire irruption dans les sentiments des masses.

Le colonialisme a réussi a travers des slogans émouvants à marquer la politique des pays colonises d’une estampille primitive, s’assurant ainsi les victoires du présent et du futur a la fois. II est conscient que s’il est toujours aisé de duper un individu ou un « compose d’individus », il est en revanche difficile de tromper ou de corrompre une idée.

On saisit mieux, alors, tout l’effort que le colonialisme va déployer pour isoler les idées et les écarter du domaine politique, au point que les actions de contrôle, de révision ou d’autocritique susceptibles de mettre a nu ses intentions et ses projets, et de les bloquer en conséquence, deviennent une entreprise impossible.

Le colonialisme est un diable. Mais s’il commet, consciemment ou par inadvertance, l’erreur de dire ouvertement toute son admiration pour le compose d’individus et de le remercier pour services rendus, il s’agira alors d’un diable stupide ; aussi stupide que le ministre américain des Affaires étrangères si, par mégarde, il va jusqu’a faire part de ses remerciements publiquement, par radio ou par voie de presse, à un gouvernement africain ou asiatique pour avoir autorisé l’installation de bases militaires dans son pays, des remerciements pour un acte qui aurait pour conséquence d’attirer les foudres nucléaires en direction de ces pays et de les éloigner des Etats-Unis si un troisième conflit mondial venait à se déclencher .

Le diable, le colonialisme autrement dit, deviendrait plus stupide encore au cas où il s’aventurerait à adresser ses remerciements au composé d’individus en tant qu’estomac digérant son repas dans la quiétude totale de façon à ne divulguer ni ses intentions ni ses projets.

Le colonialisme soumet tous ses actes et paroles à un savant calcul pour que le contact entre les intérêts du « compose individu » et les passions du peuple ne se délie pas. Autrement dit, le maintien d’un contact entre les instincts des ventres dominants d’un cote et les conditions émotionnelles, soumises à son emprise, de l’autre.

Préserver ce contact est la condition essentielle dans le plan stratégique du colonialisme, laquelle requiert dans le cas de sa mise en œuvre : premièrement, qu’il frappe toutes les forces qui lui sont hostiles, quelle que soit la bannière sous laquelle elles se présentent ;

Deuxièmement, qu’il les empêche de s’unir sous une bannière plus efficace encore, dans toutes les conditions.

La stratégie du colonialisme dans la lutte idéologique procède de ces deux conditions ; il empêche le contact entre la penser et l’action politique afin de laisser la pensée stérile et rendre la politique aveugle.
C’est dans ce but qu’il recourt a la méthode de la congélation, pratiquée sur le front de la lutte pour geler les forces de 1’ennemi à un point défini.

Pour y arriver, le colonialisme utilise la méthode connue dans les arènes espagnoles, ces lieux ou le torero agite la muleta en face d’un taureau acharné qui redouble de férocité lorsqu’il fonce en direction de l’étoffe rouge brandie, au lieu d’attaquer le torero. II continue ainsi ses vaines attaques jusqu’a épuisement total.
Le colonialisme agite, en diverses occasions, quelque chose pour provoquer le peuple, susciter son ire et l’enfoncer dans une situation proche de celle de l’hypnose, jusqu’au point de perdre conscience. II deviendra ainsi incapable de comprendre son propre comportement, de l’apprécier et de le juger à sa juste valeur. Ainsi, inconsidérément, il assène vainement ses coups, dépense ses potentialités et gaspille son énergie sans atteindre d’une façon nette l’adversaire, qui agite toujours l’étoffe rouge…

Le colonialisme est un torero… dans le domaine politique.

Le peuple, débonnaire et humble, poursuit son chemin dans ce contexte dramatique comme si, paradoxalement, ce sont les lourds sacrifices consentis qui l’ont neutralisé et condamné a s’éterniser dans la même situation.

Nous débouchons ainsi sur un étrange résultat dans la psychologie politique. La politique émotive ne trouve pas ses justifications dans son succès mais dans sa défaite : à mesure que le souffle du taureau s’estompe et que son sang coule dans arènes, son acharnement contre l’étoffe rouge redouble d’intensité et devient plus acerbe encore.

Le colonialisme maitrise parfaitement la mise en marches de cet appareil ; n’est-ce pas lui qui l’a crée et monté, ou du moins en a élaboré quelques procèdes, sachant qu’il s’agit de moteurs qui sont le fruit non pas du génie d’une conscience mais de caractéristiques qui découle d’un estomac… ?

Il continue ainsi à brandir l’étoffe rouge pour distraire le peuple colonise, pour le distraire et l’éloigner de toute occasion de se ressaisir, de méditer son cas et d’aborder ses problèmes à travers une logique d’efficacité, et le soumettre, en d’autres termes, aux règles d’une politique scientifique.

C’est ainsi que le colonialisme neutralise les forces qui militent contre lui. Il les neutralise à un certain point et sous une certaine bannière.

Si l’occasion se présente à une personne avisée au jugement mesuré et ayant une vision juste du cours de l’histoire, celle-ci aura la possibilité de suivre attentivement les épisodes de la lutte idéologique dans un pays colonise donné, depuis l’entrée en scène des forces hostiles au colonialisme. Son attention sera particulièrement attirée par le fait que le colonialisme dirige les feux de la rampe sur un coin choisi de la scène, c’est-d-dire précisément sur le point précis qu’il veut geler, au sein des forces hostiles.

La même personne remarquera ensuite qu’un autre coin de la scène est plongé dans le noir. Si elle l’examine attentivement, elle notera que l’éclairage a été délibérément déplacé de cette partie de la scène. Comme si une volonté occulte veille à ce qu’elle demeure couverte d’obscurité ! C’est dans cet endroit précisément que le colonialisme veut isoler l’idée et, avec elle bien sur; le combattant engagé dans la lutte sous son étendard. Un combattant contraint par les circonstances à s’y enrôler seul. Un combattant solitaire, ciblé et qui subit des tirs croisés fusant de toutes parts.

En méditant ces considérations, la personne découvrira une vérité troublante qui provoque la stupeur : il y a une collusion tacite entre la politique répondant aux seuls instincts et incarnée dans un « tube digestif », et le colonialisme. Quelle que soit la certitude d’une telle connivence, il n’est forcément pas nécessaire que toutes les têtes placées sur le « tube digestif » agissent en connaissance de cause. Cet hébétement découle, nous l’avons déjà montré, de la nature même de la politique émotive, encline par définition au simplisme. Elle émane, en d’autres termes, de la nature de la colonisabilite.

Il n’empêche que cette collusion, cette complicité pourrait être le fruit d’une action concertée. Nous ne pouvons pas imaginer, par exemple, que le « composé d’individus » qui dirige a Karachi ignore son rapport avec le colonialisme ni son rôle dans la politique des alliances colonialistes, alors qu’il s’agit de 1’appareil le plus précis place par le colonialisme. En effet, maitrisant parfaitement cette composition, ce dernier a réussi à placer la tête d’Ali Khan sur le « tube digestif » qui constitue l’appareil du pouvoir dans ce pays soumis à l’arbitraire.

En dépit ou à cause de cette précision et de cette maitrise dans la fabrication de machines digestives dont il tente de faire des appareils de pouvoir dans les pays colonisés, le colonialisme risque de se trouver en face d’un fait accompli lorsqu’un brusque signal de danger résonnera et le prendra au dépourvu. Le signal le surprendra malgré toutes ses précautions et en dépit de ses prévisions et de ses associés, complices dans son entreprise. Complices qui ont succombé à son appât ou dévoilé leur stupidité.

Lorsque le signal d’alarme retentit, c’est un peuple aux nerfs fatigues, aux grandes douleurs et cédant à la colère qu’il a failli réveiller. Comme si la muleta l’avait mis dans un état de déconcentration et de quasi-torpeur hypnotique !

Le signal d’alarme qui retentira soudainement pourrait lui rappeler son droit, ou plutôt son devoir, d’être plus regardant sur la politique adoptée dans son pays, d’imposer son contrôle et de demander des comptes et, au besoin, de la réviser. Voilà le plus grand danger qui guette le colonialisme face à un peuple qui veut prendre en charge lui-même sa vie politique. C’est ce qui s’est passé, ou a failli se passer, lorsque le Congres fondé en Algérie en 1936 a mis les dirigeants des milieux colonialistes en alerte générale.

C’était une véritable montée des périls pour le colonialisme. Des que le signal rouge est apparu, il a senti la menace qui pesait sur le contact soigneusement mis en place pour relier les instincts primaires qui animent le « compose d’ individus » et les impulsions qui excitent les masses d’une part, et l’opération de digestion et la politique qui poursuit la facilité d’autre part.

Comment réagira alors le colonialisme ?

Il faut d’abord remarquer que l’alerte lui a effectivement été communiquée par l’intermédiaire de ses propres observatoires avant qu’elle n’atteignit la conscience du peuple, un peuple démuni d’un tel dispositif d’alerte qui eut pu le prévenir et lui annoncer une telle information (mission dévolue, par exemple, a une classe intellectuelle consciente).

Avec cette même observation, on entre de plain-pied dans le sujet : le signal d’alarme, au moment où il retentit annonçant l’édition d’un livre, la parution d’un article, la publication dune interview, signifie que le premier épisode d’une partie de la lutte idéologique est en train désormais de se jouer.

La lutte idéologique … Ce terme est-il chargé de signification dans les pays colonisés, sachant que ces mêmes pays ignorent en général la valeur de l’idée dans le destin des sociétés ? Des pays qui ignorent en plus la rigueur des plans conçus pour dominer et sceller le sort des peuples arriérés par l’intermédiaire de leurs idées ?

Il faut saisir la différence fondamentale entre deux attitudes. D’abord celle de l’individu qui ne voit l’eau que sous l’angle d’un simple breuvage destine à étancher sa soif et à irriguer ses terres, et ensuite celle de l’individu qui veut en savoir davantage : qu’est-ce que l’eau ? Quels sont les éléments qui la composent ? Dans quelles conditions s’effectue cette composition ?

La différence est claire entre la position de celui qui sait mécaniquement utiliser l’eau et l’attitude de celui qui désire disposer d’une chose mais en dépassant le cadre de ses seuls besoins.

Les pays colonises aussi méconnaissent généralement ce qu’est la lutte idéologique ; mais ils subissent passivement ses effets pervers dans leur quotidien.

Lorsque ils envoient par exemple une mission d’étudiants achever leurs études supérieures, ils ont forcément accompli un acte en rapport avec la lutte idéologique. Ils ignorent cependant avec précision les données de cette lutte, sa méthode, ses moyens et ses objectifs.
De ce fait, leur rôle prend fin une fois que la délégation a quitté le territoire. Ils se contenteront alors de la simple responsabilité des dépenses, responsabilité dévolue à une banque qui alloue à chaque étudiant un montant mensuel.

Mais ces pays ne savent pas que la mission d’étudiants, confiée simplement aux bons soins d’une banque, est désormais impliquée à son insu dans la lutte idéologique. Le colonialisme prend parfaitement en charge cette mission et l’entoure d’une surveillance stricte. II a élaboré pour chacun de ses membres un dossier où il consigne les éléments de sa conduite. Si bien que le colonialisme dispose de renseignements plus détaillés et mieux fournis que ceux en possession du service ou du ministère qui les a envoyés.

Pour la mission, il s’agit ici du premier acte, la prise de contact, suivi du deuxième acte, l’orientation.

Le colonialisme use dans pareil cas de tout son génie diabolique pour que la mission soit dénuée de tout savoir scientifique profitable et pour que l’étudiant rentre bredouille au pays. II agit dans ce sens suivant les renseignements notés dans les dossiers : il alimente les passions et les instincts sans dépenser un sou, les charges étant supportées par le budget même du pays colonisé. La banque concernée alloue mensuellement, les montants indiqués…

Cette orientation négative se poursuit dans la discrétion comme un secret parmi les secrets, jalousement enfermés dans le tréfonds du colonialisme, sur le sujet de la lutte idéologique. Un secret dont nous ne savons rien, nous autres enfants des colonies, jusqu’au moment ou un écho nous parvient dans un quotidien sous forme d’un scandale ou d’un crime commis par un membre de la mission, sans que l’on sente qu’il s’agit en fait d’un écho de la lutte qui se présente sous une forme fragmentée et éphémère.

Nous nous sommes, en effet, accommodés d’un esprit atomistique qui décompose les choses au point de ne plus pouvoir réaliser que les éléments séparés qui évoluent dans notre perception sont des composants qui découlent d’un ensemble uni. C’est une méthode qui échappe encore à nos esprits. En raison, par ailleurs, de notre retard social, nous ne sommes pas en mesure d’appréhender comment le monde dans lequel nous vivons obéit a une stricte organisation, c’est-à-dire un monde où les faits ne sont pas le fruit du hasard mais des résultats d’actions concertées et de plans bien conçus.

Puis nous arrivons au résultat final : des années âpres le départ de la délégation à l’étranger, nous réalisons que certains de ses membres rentrent bredouilles au pays. Les instructions fermes du colonialisme les ont battus en cours de route. Un autre groupe d’étudiants ne veut pas rentrer. En réalité, le colonialisme ayant remarqué sa supériorité intellectuelle, dans les matières scientifique par exemple, n’entend pas le laisser retourner dans son pays d’origine et pour cela, il utilise tous les moyens pour l’ appâter.

Nous n’appréhendons ce genre de problèmes que sous une forme générale et banale, comme de simples informations publiées dans les journaux. Nous ne concevons pas leurs raisons profondes, nous n’avons pas encore saisi que ces scandales quotidiens découlent en fait d’un scandale plus grand que ce que traduit notre approche puérile du sens du monde dans lequel nous évoluons.

En d’autres termes, le pays colonise vit la lutte idéologique et subit ses effets pervers dans son quotidien, dans son budget et dans sa morale, sans qu’il soit au fait de sa réalité. La bataille laisse planer sur l’ensemble de ses activités ses multiples effets alors qu’ii n’est même pas conscient qu’une lutte s’est bien déroulée a l’intérieur de ses frontières.

Le problème – nous l’avons montré ailleurs – est que les choses se déroulent sous nos yeux sans toutefois atteindre notre conscience. En fait, nous avons tendance à les prendre a la légère, sans véritablement aller au fond de leur signification.

Pouvons-nous espérer que le colonialisme donnera de la lumière pour éclairer la scène au moment où l’idée fait son entrée dans l’arène plus précisément dans le lieu même où commence la lutte ?

Nul doute qu’il sera un diable stupide s’il procède de cette manière car au contraire, il essayera d’accentuer la densité de l’obscurité et couvrir l’endroit voulu lorsque l’idée fera son apparition sur scène. II fera tout son possible pour isoler de la lutte toutes les énergies combattantes et pour les éloigner de la conscience du pays.

Lorsque le signal d’alarme est tire après la parution d’un livre ou d’un article, l’auteur concerné se retrouvera seul, dans une situation de militant isolé en dépit de toute sa volonté. II amorcera un combat en solitaire au sens propre, dépourvu de toute aide, sans aucune base arrière pour logistique. Les conditions qui ont fait de lui un combattant sur le front des idées ne lui laissent aucun moyen et ne lui accordent aucun appui aussi infime soit-il…

Le colonialisme s’inspire de ces mêmes conditions pour élaborer son plan face a ce militant, suivant des règles qui procèdent de la logique de la jungle et des bêtes sauvages. Il s’en prend sans discernement a sa famille, femmes et enfants compris. Les atteintes qui leur sont portées influent sur les nerfs et sur le moral du militant plus que les coups qui lui sont assénés.

C’est la méthode de la lutte idéologique dans les pays colonises dans sa dimension humaine. Ces conditions difficiles dictent cette méthode. Le lecteur peut trouver de simples insinuations qui touchent aux aspects de la vie de la personne impliquée et de sa famille. II lui faut lire entre les lignes s’il veut saisir l’idée exacte de la réalité de la lutte idéologique dans les pays colonises. Le colonialisme veut en faire un combat subreptice, muet, sans images ni écho, sans publicité. Il veut un combat nébuleux, chargé d’intrigues et de mystères, une lutte impitoyable qui n’épargne ni vieillards, ni femmes, ni enfants.

C’est l’aspect général de la 1utte idéologique dans les pays colonises qui se présente ainsi.


 

Miroir de renoncements et de frustrations

Les considérations exposées dans le chapitre précédent montrent comment la nébulosité constitue l’élément fondamental qui marque la lutte idéologique dans les pays colonisés et comment le colonialisme fait de son mieux pour embrumer cette lutte […]

Les considérations générales ne dissipent pas l’opacité dont le colonialisme enrobe la lutte idéologique si elles ne puisent pas des arguments dans des faits. Autrement dit des faits qui procèdent au fond d’une expérience vécue réellement dans des conditions données. Cette expérience incite à décrire le plan mis en œuvre par le colonialisme et incite a prendre en compte deux principes cardinaux, celui de l’opacité et celui de l’efficacité.

Le premier principe, l’opacité, commande au colonialisme de ne pas dévoiler son visage ouvertement dans la bataille, sauf si les circonstances l’y obligent et ne lui laissent guère le choix. II utilise toujours, ou trop souvent, le masque de la colonisabilité.

Le deuxième, l’efficacité, découle du premier principe lui-même, dans sa mise en œuvre, puisque le but du colonialisme ne concerne pas fondamentalement une personne en soi mais s’intéresse a ses idées précises qu’il projette d’annihiler ou de neutraliser et de les empêcher, ainsi, de produire leurs effets dans l’orientation des énergies sociales dans les pays colonises.

Cela ne veut aucunement dire que le colonialisme épargne dans ses visées la vie du militant. Il est vrai qu’il ne fait peser la menace sur elle que s’il y est vraiment contraint. Bien plus, il peut arriver qu’il montre sa déception ou qu’il manifeste son émoi devant la disparition du combattant, car sa mort provoque parfois l’éclosion de ses idées. Il a sans aucun doute vécu ce sentiment à la disparition du combattant qu’était Ibn Badis, qui a dirige l’idée « islahiste » en Algérie de longues années. Une idée qui s’identifiait au départ à l’« idée exprimée » mais qui s’est transformée, a la disparition de son promoteur, en « idée imprimée » échappant totalement au colonialisme.

Quoi qu’il en soit, le deuxième principe impose au colonialisme et dans le détail d’isoler le combattant dans l’arène de la lutte idéologique de deux cotes: provoquer l’aversion de ses idées au sein de l’opinion publique de son pays par tous les moyens idoines ; le rebuter lui-même de la cause pour laquelle il milite en créant chez lui un sentiment de peine perdue, qu’il milite pour une cause qui ne rime a rien.

Comment le colonialisme met-il en pratique ces deux principes dans des circonstances précises lorsqu’une idée fait son entrée sur scène… ?

J’ai déjà précisé dans une autre étude comment se comporte le colonialisme dans pareil cas. Il appuie sur un commutateur discret et donne, grâce à ses observatoires, le signal de départ à un flux de réactions opposées à l’idée en phase d’émergence dès qu’elle fait son apparition sur scène.

[…Bennabi va montrer comment le colonialisme va mettre en œuvre la diversion sur l’idée et la négation du détenteur de l’idée par les masses analphabètes et les élites politiques combattant pour la même cause que le détenteur de l’idée. Il faut briser l’idée de l’intérieur en l’isolant de son champ social, culturel et politique pour qu’elle n’ait aucune efficacité …]

Ce plan, qui transforme la nature du combat en faveur du colonialisme, est appliqué avec succès aussi bien dans le domaine de la lutte engageant les masses que dans le cas du combat mené solitairement par l’individu. Lorsque les événements et les conditions permettent une unité de lutte globale contre le colonialisme, ce dernier commencera alors la création d’unîtes de lutte fragmentées et dissociées. Le but évident poursuivi est d’instaurer des oppositions et de semer des rivalités entre les forces qui lui résistent. II en résulte une dérive de la lutte qui opposait auparavant les forces issues du peuple colonisé au colonialisme vers un combat, désormais fratricide, qui oppose les forces populaires elles-mêmes, a l’image de ce qui s’est passé en Corée, en Chine et en Inde après la partition du pays et, dans une certaine mesure, en Indonésie.

Un tel plan permet au colonialisme de réaliser deux objectifs :

Premièrement : l’organisation, au plan spirituel ou idéologique, du champ sur lequel se déroule la lutte contre lui ;

Deuxièmement : la dislocation des forces hostiles en présence et qui sont engagées dans la bataille.

Le premier résultat s’insère dans l’ordre des choses : une bataille qui perd son caractère d’unité globale perd forcement de son moral et de son cachet sacré aux yeux des masses. Ce constat explique ce qui se passe dans certaines batailles qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux.

Les nations qui ont acquis une expérience dans le domaine de la lutte politique savent que leurs moments les plus propices dans l’histoire sont ceux appelés dans le jargon politique l’«union sacrée », a l’instar de l’union instituée lors de la Révolution française pour faire front commun contre l’Alliance Royale.

Les plus grands moments de l’histoire sont toujours ceux ou se constitue l’unité d’une lutte globale livrée aux milieux hostiles, qu’ils soient naturels ou humains.

Lorsqu’un combat se présente sous cette forme, il est placé et élevé au niveau sacré de façon sublime. C’est l’apogée de son niveau idéologique.

Mais des qu’il perd ce caractère global, il décline tout droit vers le précipice.

La bataille amorce son état de décadence et de déclin idéologiques des l’instant ou de petites unités de combat (idéologique) se substituent a une unité globale. Et des que cette déchéance gagne le niveau spirituel, les forces engagées dans la lutte se désagrègent et s’effacent.

C’est là le second résultat.

Au cours de l’histoire de l’Islam, nous trouvons pareille illustration de la déchéance spirituelle qui conduit inexorablement au déclin politique, autrement dit à ce deuxième résultat.

Sur ce point, la bataille de Siffin a porte un coup sévère a l’unité globale bâtie par le Prophète Mohammed selon un précepte divin. Elle a, du coup, dégradé le niveau du combat inaugure depuis la bataille de Badr. Cet affaissement idéologiques n’a pas tardé a produire des effets désastreux dans le domaine politique… conformément au verset :  » Obéissez a Dieu et a Son Messager et ne vous livrez pas a des rivalités qui vous exposeront a la défaite et a la désunion…  »

Le colonialisme applique ces données tacitement dans ses plans conçus pour contrecarrer la lutte des peuples colonises : il veut un combat idéologique au rabais dans un premier temps en essayant de saper l’unité globale, qui confère a cette lutte un caractère sacre et également, une place de haute estime morale, sachant qu’il réalise par une telle entreprise les objectifs politiques qu’il s’est fixés.

[…]

Par des procédés divers, le colonialisme peut détourner la lutte engagée entre lui et les forces de libération vers une lutte fratricide ou, du moins, vers une rivalité entre ces forces elles-mêmes. Nous avons déjà montre comment il dévie un combat qui l’oppose a un individu – qui écrit, par exemple – pour en faire un conflit entre cet individu et ses propres frères…

[…]

Le colonialisme peut, de ce fait, détruire l’unité du front qui lui est hostile dans les pays colonises et paralyser son activité intellectuelle. Quant à l’activité politique, elle fonctionnera au hasard et les idées seront privées de toute efficacité.

[…]

Comment le colonialisme procède-t-il lorsqu’il ne lui est plus possible d’acculer le combattant au silence en le disposant par la terreur ou par la tentation, grâce au concours d’une conscience corrompue, ou par la docilité d’un « nationaliste » …?
II faut tout d’abord voir comment il établit un lien entre la lutte idéologique et la question politique dans les pays colonises une question qui suppose deux thèmes importants d’après leur enchainement naturel ; premièrement : regrouper les forces de la lutte pour l’émancipation politique ; deuxièmement : orienter cette libération qui vise a aboutir a l’indépendance psychologique.
Pour la première étape, nous avons déjà montre comment le colonialisme met tout en œuvre pour empêcher l’union de ces forces sous une bannière solidement assise et comment, dans ce cas, il use différents moyens pour atteindre cet objectif.
II nous faut donc former une idée sur la seconde étape pour mieux saisir l’image d’ensemble de la lutte idéologique durant cette étape.
Le combat de I’ Inde et du Pakistan, A titre d’exemple, s’est déclenché dans les mêmes conditions et sur un même territoire. Au départ, les forces de libération unies sous le même étendard du combat pour l’indépendance politique ont réussi a atteindre cet objectif.
Nous connaissons les vicissitudes vécues par ces mêmes forces une fois l’indépendance acquise. Dans deux sens diamétralement opposes, une partie a choisi l’Inde, l’autre le Pakistan.

Nous avons été témoins, par ailleurs, de l’usage fait de l’indépendance de la Turquie, reconquise sous Atatürk, par ses successeurs a Ankara. Une indépendance orientée et mise au service du colonialisme, si bien que le pays est devenu une base avancée de l’espionnage américain. […]

Si nous gardons à l’’esprit que pour les besoins de cette haute politique il est nécessaire d’imposer un contrôle rigoureux de tout acheminement et sur toute vente d’armes dans les pays colonisés, chose au demeurant largement vérifiée lors du déclenchement de la lutte de libération, nous admettrons alors forcement que cette même politique impose aussi une surveillance stricte sur le mouvement des idées dans ces pays.

L’idée conçue sur ce dernier contrôle reste faible, voire inconcevable, dans ces pays pour les deux raisons déjà évoquées et qui sont : premièrement : l’analphabétisme, qui sévit a grande échelle dans ces pays, ce qui engendre en conséquence l’incapacité de livrer un combat idéologique. Car l’analphabétisme ignore la valeur des idées qui ne sont pas perçues par lui comme un moyen de lutte et de liberté ; ensuite, la politique émotive dans ces pays provoque une méfiance a regard des idées clairement affichée par les dirigeants politiques, qui les perçoivent comme une source de crainte et d’inquiétude. Comme le colonialisme lui-même, du reste.

Les idées, en effet, ne s’accordent généralement pas avec le composé d’individus qui représente ces dirigeants politiques. Ainsi, lorsque le rideau se lève sur un épisode de la lutte idéologique, il met en vedette sur scène cinq acteurs : une idée dont l’existence est révélée par les observatoires spécialisés dans la lutte idéologique ; un peuple qui ignore l’entrée sur scène de cette idée ; un commandement qui la méjuge ; son promoteur qui se démène pour la communiquer et la transmettre ; un colonialisme qui tente de l’étouffer.

[…]

Que fait-il lorsque ses observatoires lui signalent l’apparition d’une idée?

Comment agit-il pour creuser un fosse de démarcation entre la société et l’initiateur de l’idée qui se hasarde à la divulguer ?
C’est notre sujet ici.
II faut imaginer l’ idée comme une cible du colonialisme qui pointe sur elle son artillerie en la considérant comme un objectif dans son point de mire, détachée ou collée a son auteur.

Le but du propos n’est pas de traiter la question dans son vaste domaine de réflexion mais de l’éclairer à la lumière d’une expérience personnelle, qui démontre comment le colonialisme utilise des moyens scientifiques dans la lutte idéologique…

[…]

La méthode en elle-même se caractérise par une simplicité remarquée, si bien qu’elle se présente dans sa forme théorique comme ce que nous pouvons appeler « miroir de renoncement », c’est-à-dire le miroir dans lequel se reflète la situation de frustration ou la situation de répugnance a l’encontre de l’objet répercuté.

[Malek Bennabi va montrer à la lumière de la psychologie sociale, la mise en scène et à partir de sa propre expérience personnelle comment on va insérer l’idée « imprimée » celle qui émerge de la conscience de la libération ou qui veut imprimer la conscience de la libération et l’auteur de cette idée dans un réseau d’auteurs et d’idées qui expriment des idées « exprimées » qui n’ont pour vocation que de discourir ou faire de l’esprit sans visée de changement. Ce réseau va s’établir en plaçant le sujet et son idée non plus comme sujet mais comme objet de reflets de ce qu’il appelle les composé de « Réflexion psychique » dont le rôle volontaire ou involontaire (manipulé) va mettre dans l’ombre, éclipser ou déformer l’idée subversive contre le colonialisme et son auteur. Ce réseau va agir comme un miroir de renoncement du public vis-à-vis de l’auteur et de ses idées et comme miroir de frustration de l’auteur qui ne trouve pas de relais à ses idées ni de moyen de la libérer de l’emprise néfaste des autres et de la promouvoir sans rentrer dans un débat ou une lutte marginale qui détourne du but principal et qui risque d’ajouter dans la confusion qui entoure l’idée et son auteur]

Ainsi, les répercussions (des idées exprimées par les autres) touchent forcement l’idée. Les reflets, reproduits par le « miroir de renoncement » sur le nom, se répercutent sur l’idée elle-même. C’est la règle générale.

[..]

Le lecteur sera envahi par le vague sentiment d’être en face d’une en énigme qui le livre au doute et a l’ambigüité.

Le colonialisme a cependant déjà prévu et pris en compte tous les éléments psychologiques qui constituent cette attitude négative. Il sait que le milieu musulman est atteint d’apathie et d’abattement. Ce qui nous livre a la stupeur face a certaines énigmes que nous refusons d’élucider. En termes plus généraux, nous sommes au milieu du chemin sans tenter de parvenir au bout, ce qui s’exprime au demeurant à travers notre dérobade et notre fuite en avant face aux problèmes quand ils surgissent soudainement et qu’ils nous prennent au dépourvu.

Le problème se répète. Le colonialisme combine ses intrigues en parfaite connaissance de la psychologie musulmane. Il connait également la carence qui empêche nos cerveaux d’établir le rapport requis entre les faits à partir desquels nous tirons une conclusion générale.

[…]

Il faut s’intéresser à chaque élément du cheminement mouvementé d’une idée dès lors qu’elle constitue un épisode de la lutte idéologique.

[Malek Bennabi montre comment des revues, des ouvrages et des figures illustres peuvent être utilisés de leur vivant ou après leur mort pour constituer ce miroir de renoncement et de frustration si l’on utilise sur l’idée et sur la personne du détenteur de l’idée les impressions négatives ( sur le plan objectif) qui vont se répercuter sur son idée par sa proximité, sous un angle donné et un éclairage particulier, dans le contexte de la célébration ou de la promotion des idées et des personnages de ceux représentant non pas la conscience mais au mieux la neutralité et l’inertie du discours sans idée et sans actions et au pire son hostilité. Le colonialisme peut utiliser pour cette action ce qu’aujourd’hui on appelle la contamination d’une image par une autre image : faire de l’amalgame en recourant à des personnes de bonne foi pour donner du crédit moral et à des traitres.]

Force est de reconnaitre la précisions diabolique du colonialisme puisque non seulement il recourt aux services de quelques canailles et de certains misérables, mais il utilise en plus des gens de bonne foi, exploitant leur prestige et leur intégrité morale, ménageant en toute circonstance le principe de la nébulosité. Dans le domaine politique, il utilise plus particulièrement la vertu comme caution morale pour éloigner, grâce a cette qualité, tout soupçon que pourraient susciter certaines relations suspectes entre le « compose d’individus » et le dispositif qui dirige la lutte idéologique dans les pays colonises par des voies scientifiques. L’une des conséquences de ce principe lors de son application est qu’il procède au montage des têtes insoupçonnables sur l’appareil digestif, lequel représente la politique émotive dans ces pays.

[…]

Lorsque la bataille contre une idée commence, le nom de son promoteur ne sera utilise que dans le but de bien ajuster le tir, comme signale précédemment. Il sera de ce fait place au centre du miroir à la jonction des lumières. C’est-à-dire, au centre des insinuations qu’on veut refléter sur lui pour qu’il répercute de son cote les mêmes reflets sur l’idée ciblée.

[En analysant le parcours et les idées de figures manipulés dans la fabrication du miroir du renoncement il va montrer que le reflet frustrant qui se reproduit sur les idées a deux principales origines la première est celle des idées qui n’imprime pas sur la conscience les valeurs et la libération et qui se contente de discourir avec esprit en s’adressant à l’esprit et non à la conscience car l’objectif est de narrer et non de réveiller puis d’inviter au changement ou d’en montrer les voies. La seconde cause du reflet frustrant est la contamination davantage par le comportement personnel de l’homme ou de son passé troublant que par ses idées…]

Face aux idées, le plan du colonialisme couvre deux aspects : un aspect général qui s’occupe des affaires mondiales et un aspect particulier qui s’intéresse aux pays colonisés. Nous avons, par ailleurs, évité de nous engager dans des discussions de nature politique générale, quoique le fondement du sujet soit d’ordre politique.

L’idée n’est combattue que parce qu’elle est un élément efficace dans la vie politique. Néanmoins, nous n’avons pas voulu de nous laisser entrainer dans des réflexions d’ordre politique par souci de n’aborder le thème que sous l’angle strictement intellectuel.

Si l’on place ces considérations aux abords du miroir déjà présenté, nous arriverons a conclure comment un système monté de cette manière émet des reflets frustrants qui sont répercutés sur le nom que ce miroir reproduit.

Le lecteur musulman auquel s’adressent les idées, justement ciblées, répercute sur elles et d’une façon mécanique ce que reproduit sur lui-même le « miroir frustrant » du nom de l’auteur de ces idées. Ce nom constituera le point de rencontre où se croisent les reflets du renoncement et ceux de la frustration qu’il reçoit de ce miroir, des reflets qui répercutent sur ce même nom les insinuations négatives émanant du coefficient personnel des écrivains. Les écrivains qui ont été impliqués dans le montage du système cité.

Le système en question se déclenche d’une façon autonome, d’après des règles psychologiques déterminées que le colonialisme manie parfaitement dans le domaine de la lutte idéologique. Il sait que d’une manière générale, le lecteur musulman ne dispose pas de facultés suffisantes pour appréhender et examiner les choses a leur juste valeur, à cause du retard de son pays, au point qu’il ne fonde pas ses jugements sur les idées directement a partir de leur valeur intrinsèque et selon leur nature mais sur leur forme que reproduit un miroir quelconque. II fonde ses jugements, pour ainsi dire, sur la forme que le colonialisme vent justement bien mettre en apparence dans le miroir. II porte son opinion, dans cet ordre, d’après l’image répercutée sur la vision. II ne la saisit pas intellectuellement. Il l’appréhende suivant la lumière psychique a laquelle elle est soumise de l’extérieur, non selon ses arguments intrinsèques.

[…]

Et c’est là précisément le plus haut degré atteint par le colonialisme dans la lutte idéologique et au cours de laquelle il applique, avec une rare précisions, le principe de l’opacité, d’un cote, et le principe de l’efficacité, de l’autre…


 

Autres montages du colonialisme

Il est inutile de rappeler constamment que le colonialisme est le mal par excellence et qu’il est présent dans le concret. Notre accord sur ce point est établi et ne souffre d’aucune équivoque.

A partir de ce point justement, deux voies défilent dans l’esprit qui veut soumettre le problème pour examen. La première découle d’une question qui nous interpelle a travers un certain degré de clarté lorsque nous nous demandons : Pourquoi ce mal existe-t-il ?

La deuxième prend son point de départ a partir d’une interrogation fondamentalement différente. Sa clarté est différemment perçue lorsque nous demandons : pourquoi, nous autres musulmans, sommes-nous singulièrement soumis en victimes a ce mai ?

Si nous avions accorde au sujet un tant soit peu de méditation, nous serions arrivés a conclure que les deux chemins mènent a des situations et a des résultats diamétralement différents.

La première question nous plonge vraiment dans le monde de la métaphysique, en ce sens que le problème posé ne trouve pas de solution pratique ou, en fait, aucune solution, du moment que tous les éléments du problème sont hors de notre portée et sont soumis a (‘influence de causes et de facteurs qui nous échappent.

Pourquoi le mal existe-t-il ? Pourquoi le diable existe-t-il ? Pourquoi le colonialisme les incarne t-il ?

Ces interrogations expriment en fait une seule et même question qui épouse différentes formes.

[…]

Si nous nous engagions dans La métaphysique il se pourrait que nous arrivions a polémiquer sur le sexe, masculin ou féminin, du colonialisme.

Et quand bien même cela pourrait se produire, je demeure absolument convaincu que le colonialisme nous montrera une première fois que nous sommes face a un male et une autre fois face a une femelle, avant de nous laisser désemparés, plongés dans notre égarement. Pis encore, il se pourrait aussi que deux écoles émergent chez nous, accompagnées de deux doctrines qui s’opposeraient sur la question. Le colonialisme ferait assurément tout son possible pour attiser l’esprit polémiste entre les deux parties pour que toutes les énergies et toutes les potentialités intellectuelles dans le monde musulman soient gaspillées et dispersées dans ce débat stérile…

Lorsque la chicane culmine et aboutit a une querelle exacerbée, le colonialisme intervient pour tenter de faire admettre dans les deux camps l’idée que celui qui s’abstient de participer a ce débat et refuse de s’engager dans la controverse est un traitre. II arrivera à la limite de convaincre que celui qui ne prend pas position dans la question du sexe du colonialisme – masculin ou féminin – est un apostat ou un traitre aux yeux des deux doctrines.

Le colonialisme publiera évidemment lui-même et a son compte, l’accusation et la condamnation. II en affichera le texte sur les murs de la cite…

Laissons là le débat sur le sexe du colonialisme pour voir quels sont les effets de cette attitude sur le cycle de révolution intellectuelle et sociale dans les pays musulmans. En posant le problème à travers une approche métaphysique et en considérant ses conséquences sur le comportement de l’individu par rapport au colonialisme, nous arriverons à déduire qu’il sera forcement dans l’une des situations suivantes :

Une situation de servitude et de soumission ;
Une situation de haine et de révolte.

Nous constatons effectivement que ces deux situations sont vécues dans la société islamique depuis que celle-ci a senti le poids autoritaire du joug du colonialisme et qu’elle s’est efforcée de s’en débarrasser. Nous relevons par ailleurs qu’il y a parmi les musulmans ceux qui perçoivent le colonialisme comme un diable et lui témoignent la rancœur et l’aversion dues a un diable, et d’autres, a l’inverse, qui voient en lui une providence. Il est en conséquence glorifie parce que ses adeptes croient que la richesse est entre ses mains… du moins en ce bas monde.

II y a en fait, dans les deux cas, un résultat de l’illustration métaphysique a travers laquelle la question fondamentale est placée.

Nous ferons montre d’un certain degré d’ineptie et de vanité au cas on nous jugerions que le colonialisme ignore ces situations psychiques. Au surplus, le sérieux nous fera défaut si on considère que le colonialisme est très au fait de ces situations et qu’il ne les exploite pas à dessein dans ses plans.

Il faut savoir également comment, face a ces deux cas, le colonialisme se détermine et arrête sa position. Nous avons évoqué très brièvement son attitude quand nous avons parlé de la muleta qui met progressivement en fureur le taureau jusqu’à son exténuation totale.

Nul doute que dans son cas, le colonialisme fera indéniablement tout pour que ceux qui vouent de la haine au diable redoublent d’aversion et de rejet et que tous ceux qui lui doivent leur succès lui courbent leur échine souple et lui multiplient les témoignages de reconnaissance et de gratitude.

Quoique ces deux attitudes s’opposent du point de vue éthique, il n’en demeure pas moins qu’elles produisent le même effet sur le plan pratique puisqu’elles constituent la clef de voute dans le plan échafaudé par le colonialisme pour hypnotiser la conscience islamique et l’empêcher d’aborder les problèmes en suspens.

Des qu’il s’aperçoit que le problème est en passe d’éveiller les soupçons et de susciter des interrogations de curiosité, le colonialisme se met a agiter la muleta et a augmenter les sommes d’argent destinées à corrompre les consciences de certains dirigeants musulmans, des consciences placées dans une boite destinée a recevoir les subsides. Le problème s’enrobe de nouveau d’une chape d’obscurité.

Les pays musulmans ont acquis au moins une idée sur un tel geste destiné à les distraire et ils savent quelque chose sur cette méthode de changement de sujet, au cours de leur lutte livrée contre le colonialisme ces dernières années.

[…]

Certes, au cours de leur histoire politique moderne, tous les pays musulmans ont vécu un épisode plus au moins similaire. Dans tous les cas, autrement dit, le colonialisme tire profit des mêmes situations psychologiques lorsqu’il attise l’ire aveugle des masses et alimente, avec démesure les ambitions de leurs dirigeants.

II est clair que ce procédé demeurera invisible parce qu’il est logé au fond de nous-mêmes, il s’y insère grâce a nos prédispositions à recevoir passivement les inspirations et les insinuations susceptibles d’orienter nos comportements. Il y a en effet des laboratoires spécialisés dans la chimie politique. Une spécialisation très poussée prépare les formules de ces insinuations et en encombre notre subconscient par des voies idoines. Il suffit qu’un spécialiste effleure une touche discrète pour que notre subconscient libère une forte décharge de colère et de révolte d’une part, ou de flagornerie et de vénération d’autre part. Selon qu’il s’agit d’un sentiment délivré par les masses, un sentiment qui nous met face a une simple décharge d’émotions et de facteurs psychiques, ou de quelques sommes d’argent a mettre pour corrompre la conscience de certains dirigeants !

Nous sommes ici aux prises avec deux problèmes. La question des facteurs sociaux et des insinuations reste cependant l’élément le plus déterminant à notre avis. Les facteurs qui en découlent font bouger des millions de gens, débonnaires et généreux, alors que l’argent ne mobilise que certains individus cupides a la conscience faite de tirelires, a l’instar des consciences qui ont livre le Congres algérien en 1936… au colonialisme.

Le premier problème nous intéresse donc en raison de son rapport avec le comportement des musulmans en général. Il faut, en premier lieu, noter a ce sujet les effets trop voyants dans ce comportement. Nul besoin d’une introspection pour les méditer. Ce qui est intéressant plus particulièrement, par contre, ce sont les facteurs occultes qui sous-tendent ce comportement, ce qui commande d’aborder les choses non pas a travers une optique politique qui touche seulement a leur aspect extérieur et apparent mais de les examiner sous l’angle psychologique profond.

Il arrive trop souvent de détecter dans un problème déterminé des causes multiples. Cette diversité épouse en général les contours et les formes extérieures uniquement car elles donnent l’impression d’être nombreuses vu que leurs impacts sur notre esprit se gravent dans des conditions différentes, suivant le moment et le lien causal. Des que la forme du problème revêt, au gré des circonstances, un aspect extérieur nouveau, nous pensons indûment qu’il s’agit d’une cause nouvelle dans son fondement.

[…]

La défaillance notée dans la position de l’individu, aux prises avec ses propres problèmes, reproduit une somme de lacunes et de carences en politique.

Aussi l’examen d’une question à l’échelle de l’individu engendre-t-il les mêmes effets à l’échelle de la société, si on procède en pratique comme il se doit.

Le problème de l’homme musulman face a la lutte idéologique est que son comportement reste assujetti au reflexe conditionne tel que défini par Pavlov, si bien qu’il ne peut disposer librement de sa réflexion ni de son action a partir d’un choix qui découle du libre arbitre, selon des critères déterminés dans sa logique et suivant le jugement de sa conscience. La manœuvre poursuivie par le colonialisme repose en effet sur des objectifs a atteindre par la voie des règles issues de la théorie de Pavlov.

Chez le musulman, ce reflexe conditionné est tout naturellement entretenu, en raison d’inspirations cultivées avec l’instinct de défense et nées depuis l’offensive coloniale des débuts du XIXe siècle.

Ce reflexe se manifeste également d’une façon mécanique, a coup d’insinuations et d’incitations auxquelles les laboratoires spécialises soumettent ces sentiments de temps a autre pour attiser la tension des énergies de défense et les porter a un degré bien au-dessus du niveau requis. L’individu se trouvera ainsi dans un état de tension anormal.

Sans hésitation, il est possible d’affirmer que ce sont ces mêmes motivations qui se déchainent en état anormal. Ces insinuations négatives ont apparemment fait du musulman l’homme le plus repoussé et le plus rejeté au XXe siècle, un homme qui évolue en marge de la société mondiale contemporaine.
Ce qu’il faut noter lorsque nous observons son comportement sous d’autres cieux, aux confins des régions islamiques, régions en contact avec le monde extérieur, nous constaterons qu’il agit trop souvent, sinon toujours, en tant qu’accusé ou pourfendeur des autres. C’est le comportement d’un individu marginalisé et rebuté au sein de la société mondiale du XXe.

Cette situation pèse autoritairement sur sa destinée au moment où le devenir du monde se décide dans la concertation de l’humanité consensuelle.

II est inutile d’affirmer que le colonialisme connait parfaitement cette situation anormale de notre comportement. Et pour cause : il l’utilise a bon escient pour nous isoler de la société internationale, tout comme il isole le combattant sur le front de la lutte idéologique au sein d’une société déterminée.

[…]

C’est dans de telles conditions que les laboratoires spécialisées peuvent distraire toutes nos facultés intellectuelles et matérielles par des batailles fictives, au cours desquelles nous entendons le crépitement des armes tambour battant de la guerre mais, envoûtes, nous n’y affrontons que fantômes. Nos yeux restent obnubiles par des mains de maitres occultes.

Quand un cri de victoire retentit chez nous, c’est pour annoncer qu’un fantôme a disparu de la scène et pour donner l’impression que nous l’avons victorieusement battu.

L’histoire musulmane contemporaine n’est pas dénuée de telles batailles imaginaires dans lesquelles des spectres sont battus, a l’instar de la bataille livrée par Djamel Eddine El Afghani et Mohamed Abdou contre Ernest Renan et Gabriel Hanotaux.

[…]

Nous l’avons déjà constaté en 1948 lorsque nous avons perdu une bataille imaginaire contre une entité fantoche nommée Israël, qu’un prestidigitateur ingénieux appelé Churchill et son élève doué Truman agitaient devant des yeux hypnotises.

En un mot, nous demeurons disposes encore a gaspiller du temps, dilapider de l’argent et a cogiter inutilement.

Il faut ajouter a cet état de fait que chaque fois que nous nous mettons dan une telle situation, le colonialisme charge le spécialiste du jeu de l’ombre concevoir spécialement pour nous une bataille imaginaire qui éloigne les responsables dans les pays musulmans des vrais problèmes.
C’est notre sentiment a regard de certains projets importants, lorsque ceux qui en assurent la charge tentent de mobiliser les idées, les plumes et les fonds pour défendre l’islam contre les attaques des orientalistes.

Devant de tels projets, le colonialisme exprime sa joie des qu’il en est informé, si toutefois il n’est pas lui-même l’inspirateur indirect de l’idée puisque de tels projets mobilisent des fonds, occupent des plumes et des idées pour des questions futiles.

Nous aurons, a l’inverse, le sentiment qu’il montrera des signes d’inquiétude dans le cas où quelqu’un se soustrairait a son envoûtement pour tenter de dire que le problème n’est point dans la défense de l’islam lequel, au demeurant, puise son immunité dans sa valeur intrinsèque et dans la protection divine, mais la question, toute la question, est de savoir comment apprendre aux musulmans a assurer eux-mêmes leur défense grâce aux moyens que recèle l’islam.

L’ire du colonialisme est provoquée lorsque le problème est considéré dans cette nature. Il perd le contrôle de la situation dans ces conditions au point que les gens n’ergotent plus sur son sexe, s’il est masculin ou féminin. La question quittera le monde de la métaphysique et de l’impénétrable pour entrer dans le monde du sérieux. Elle sera abordée ainsi a la lumière conjuguée de la psychologie et de la sociologie. Les conditions qui font le lit du colonialisme et celles qui favorisent la colonisabilite seront examinées suivant les règles adéquates.

Nous sommes ainsi au cœur du chapitre.

[Malek Bennabi développe le thème de l’adaptation du colonialisme aux nouveaux défis et l’inventions de nouvelles techniques de manipulation et de diversion. Il montre à l’opposé du système colonialiste comment le monde musulman reste sans capacité d’adaption et de luttes appropriées pour se défendre du fait de son incompétence à se libérer de sa politique émotive et de son inertie qui bloque tout effort et toute perspective de changer le rapport des forces , et le rapport d’intelligence et la définition des priorités… Il montre ensuite comment on modifie le miroir de renoncement en créant un autre miroir qui va envoyer des reflets négatifs sur l’idée le cercle personnel et le cercle social de l’auteur de l’idée. Il faut corrompre l’environnement personnel et social pour corrompre l’idée ou la mettre dans un système réfléchissant la frustration et le renoncement…]

L’originalité de ce nouveau montage est dans sa capacité d’attirer l’attention d’un écrivain donné sans qu’il s’aperçoive qu’il est devenu lui-même une source d’emission d’insinuations qu’il répercute à son tour, ceci en plus des réflexes conditionnés dirigés contre ses propres idées.

[…]

Généralement, en effet, les idées sont dotées d’une immunité propre et d’un pouvoir d’autodéfense qui leur confèrent une autorité par laquelle elles imposent une censure sur tout ce qui petit nuire a leur portée significative ou qui menace de leur faire perdre leur unité : l’intrusion est immédiatement repérée et exclue.

C’est le cas des idées coraniques qui ont usé de leur propre force des siècles durant contre toute tentative d’altération ou de déformation et ont imposé leur contrôle sur toute idée étrangère qui s’attaque a leur cercle, excluant du coup toute charge d’insinuations négatives apportées par l’intrus… dans le but, en dernier ressort, de la désarmer de tout effet négatif sur la conscience musulmane.

Toutes les tentatives insidieuses employées pour dénaturer le Coran ont connu le même sort à travers l’histoire. En raison du fait que les idées coraniques tout particulièrement et les idées en tant qu’idées d’une manière générale jouent, dans le cadre de certaines conditions sociales, le rôle de filtre face aux idées indésirables ou suspectes, que des mains invisibles veulent introduire dans leur cercle.

[…]

Pourquoi cette tentative d’infiltration dans le cercle des idées coraniques a-t-elle échouée, éliminant ainsi toute pénétration insidieuse chargée de défiance et de frustration dans la conscience islamique?

La réponse est que cette conscience est elle-même préservée par une immunité spéciale contre la frustration. Elle était d’emblée immunisée par son intégrité morale qui refusait l’accès a tout microbe venant de l’extérieur à dessein de lui nuire. En clair, elle n’était pas disposée a s’avilir.

Elle est par ailleurs immunisée grâce à une qualité intellectuelle qui constitue tout particulièrement la pierre angulaire dans la lutte idéologique. C’est cette qualité qui nous permet de saisir mécaniquement la valeur des idées en tant qu’idées et de réaliser l’importance de la lutte idéologique et son danger. Cette qualité constitue un filtre qui bloque les idées fausses et les empêche de s’introduire dans le cercle des idées authentiques, afin de désagréger leur unité et de déformer leur image.

Nous arriverons à conclure ainsi qu’en réalité, la force qui garantit l’immunité d’un cercle des idées donné est une valeur éthique qui nécessite une intégrité, qu’elle impose en toutes circonstances d’une part, et une valeur intellectuelle qui permet d’établir un net discernement entre l’utile et le nuisible, d’autre part.

Au cas on ces deux conditions fondamentales feraient défaut dans une société, les idées perdraient alors leur immunité au même titre que celui qui s’engage dans la lutte sous leur bannière contre les insinuations malveillantes produites dans les laboratoires de la politique scientifique pour faire face aux besoins de la lutte idéologique dans les pays colonises.

Dans pareille situation, les idées perdent toute leur efficacité dans la société on, au demeurant, elles n’ont plus de pouvoir de contrôle, de filtrage et de rectification. C’est-à-dire là où elles n’ont pas acquis encore de telles qualités.

De ce fait, le cercle de ces idées devient vulnérable et reste exposé a toutes les formes d’insinuations malveillantes dirigées contre elles, sans qu’elles puissent répliquer à ce défi.

[…]

En fait, une société qui vit une double crise éthique et intellectuelle, a l’échelle de ses dirigeants, ne peut garantir en général les conditions d’immunité et d’efficacité aux idées. Pis encore, elles deviennent vulnérables aux pénétrations pernicieuses en raison d’un déficit éthique relevé dans leur milieu ou d’un déficit intellectuel qui les a trahies.

En examinant toutefois cette situation a la lumière des enseignements forgés dans une longue expérience, nous déduirons que c’est l’insuffisance intellectuelle qui constitue le plus déterminant des facteurs qui aident le colonialisme dans ses démarches sur le front de la lutte idéologique.

L’expérience démontre que le drame des idées, chez nous, se joue en réalité sur cet axe.

[…]

Les idées sont particulièrement soumises aux irradiations que répercutent sur elles le cercle personnel de leur auteur et son cercle social, privées de surcroît de toute protection que pourraient assurer un quelconque contrôle, filtre ou ajusteur.

[Malek Bennabi en conjuguant exemples, expérience personnelle et analyse théorique va montrer comment le colonialisme va mettre au point des mécanismes plus élaborés pour que leurs conséquences sur les idées produites par le cercle personnel de l’auteur engagé dans la lutte idéologique et son cercle social soient répercutés sur ses idées comme des miroirs de renoncement et de frustration. Si le cercle personnel de l’auteur peut être relativement maitrisé par l’auteur de l’idée, il n’en est pas de même pour son cercle social qui est difficile à maîtriser tant par son étendue que par sa complexité. Ces deux cercles vont, du fait du niveau culturel et de la conscience politique, agir négativement sur l’auteur et sur ses idées. Quand l’auteur, faute de trouver protection et refuge au sein du même front de combat, il est contraint de prémunir contre son environnement par son retrait de la vie sociale et à arriver l’isolement qui devient une pression psychologique épuisante et dramatique. Le colonialisme et ses agents vont introduire dans le cercle social de l’auteur d’idées engagé dans la lutte idéologique des perturbations artificielles et mensongères pour corrompre l’image de l’auteur ou le pousser à l’isolement pour empêcher le rayonnement, la crédibilité et la diffusion de ses idées. La bataille que se livre le colonialisme et l’auteur de l’idée va donc se jouer également dans ces cercles. Le colonialisme va tenter d’en faire des miroirs de frustrations et de renoncement. L’auteur va tenter se protéger tout seul, dans un combat moral et psychologique titanesque car lui fait défaut la protection d’un front de résistance qui le protège et qui oppose au miroir de renoncement et de frustration un autre miroir celui de la fermeté et de l’épanouissement de l’idée et de l’élargissement du cercle qui adopte et défend cette idée ainsi que son auteur. ]

[…]

Il (le colonialisme) évalue en conséquence, à la lumière de sa connaissance précise du domaine, que la poursuite de la mise en œuvre de sa stratégie une première fois, puis une deuxième laquelle est suivie d’une troisième, etc., débouchera soit sur l’établissement d’une démarcation pratique entre le combattant (de l’idée) et la cause pour laquelle il s’est engagé dans le combat, soit sur sa mise à l’écart de cette même cause, à travers une séparation morale lorsqu’il le persuade de la tentative vaine et insensée de l’atome de démolir la montagne.

C’est là l’ambition et la volonté du colonialisme. Il arrive que son destin lui échappe. Il est entre les mains de la Providence. L’atome et la montagne évoluent suivant cette volonté divine.


 

Autres conséquences de la lutte idéologique

Le problème est tel que la politique émotionnelle, qui est une expression de la pensée atomistique dans la réalité concrète devient une politique impuissante à formuler un jugement juste de cette réalité. Un jugement suppose une base vers laquelle il faut revenir et un critère auquel on se réfère. Il suppose également la formation et la coordination d’un ensemble d’idées. Je veux dire que le jugement suppose un exercice intellectuel qui ne s’accorde pas avec la pensée atomistique.

[…]

Nous avons déjà traité le thème sous un angle uniquement passif ; autrement dit, nous avons exposé des cas qui montrent comment le colonialisme nous trace la voie afin d’annihiler certaines idées ou comment il agit pour leur barrer l’accès vers la conscience des masses.

Dans le présent, il s’agit de l’aspect actif qui met en relief cette fois la manière utilisée par le colonialisme pour créer des idées qui lui sont favorables comment il les colle dans la conscience des masses et comment, enfin, il s’emploie à vanter leurs mérites au marché de la politique émotionnelle.

[…]

… Cette incapacité n’est pas une nature intrinsèque à la pensée islamique, comme le prétend l’orientaliste Gibb, mais une conséquence des évolutions historiques qui l’ont affectée depuis l’époque post-almohadienne, plus particulièrement depuis l’ère du colonialisme et de la colonisabilité. Ces évolutions l’ont privé des qualités d’une logique qui a frayé le chemin de la civilisation islamique et qui a ébauché la voie à la civilisation moderne.

Lorsque l’esprit est dénué de ces qualités et lorsqu’il perd ces critères qui l’éclairent sur la bonne voie, les catastrophes politiques s’annoncent à la porte en conséquence. Le colonialisme s’en trouve conforté dans la faculté d’atteindre ses objectifs contre les pays et les religions sous des bannières sacrées comme « Islam » ou « Patrie ».

[…]

Nous constatons à partir de là l’attention attachée par la colonialisme aux tendances hostiles au régime de l’autocritique et comment il entretient ces tendances parce qu’elles soutiennent les déviations qu’il veut introduire à travers les idées exprimées dans la politique d’un pays qui veut se débarrasser du carcan colonialiste. Il fait tout son possible, par ailleurs, pour détruire les idées imprimées. Il ne faut pas qu’elles accomplissent leur rôle régulateur et ajusteur. Il atteint ce but en suscitant les penchants incarnés par des individus ou par des « composés d’individus » qui, soi-disant, incarnent le combat contre le colonialisme sous une forme, pour soumettre le peuple colonisé aux méfaits de la politique émotionnelle, et l’empêcher ainsi d’atteindre un stade politique fondé sur ce que l’homme politique cité dans le premier chapitre a qualifié de « science qui ne se trompe pas ».

Le colonialisme applique dans ce domaine la méthode du « crever l’abcès ». Il réunit en effet toutes les forces qui lui sont hostiles sous l’emprise de l’émotion afin qu’elles ne se regroupent pas sous l’égide de l’idée imprimée. Tantôt il agite la muleta en un lieu choisi pour focaliser sur lui les forces adverses, tantôt il éclaire ce même lieu pour attirer l’attention des masses et les distraire, afin d’occulter un autre lieu où se déroule la vraie bataille.

[…]

L’examen de l’action du colonialisme dans le domaine intellectuel dans un processus intégral, c’est-à-dire dans une bataille de libération depuis son déclenchement, montre que le système de sécurité évoqué fonctionne en deux temps :

a- durant l’étape pré-révolutionnaire, le colonialisme joue le rôle de la bannière qui place au-dessus de la tête du peuple les slogans envoûtants liberté, indépendance, patrie, etc., a dessein d’occuper les attentions et de les éloigner des idées techniques, dont le but est de chercher justement les voles pratiques susceptibles de réaliser ces slogans ;

b- durant l’étape post-révolutionnaire, a l’ère de l’étape de l’organisation qui suit la libération, il s’emploie à dénaturer ces mêmes slogans afin de semer le doute dans les esprits et le remords dans les cœurs et de cultiver la nostalgie de l’époque coloniale.

C’est ainsi que la politique émotionnelle est utilisée comme un « système de sécurité » dans une première étape pour geler les énergies libératrices dans le lieu où le colonialisme agite l’étoffé rouge, puis dans une deuxième phase pour menacer les idéaux sous lesquels les combats de libération ont été menés.

Dans les deux cas, le colonialisme vise par des moyens appropries éloigner le pays colonise de certaines idées. Si elles émanent de l’intérieur, il lui sera facile d’utiliser les moyens de pression et de terreur pour dissuader ceux qui s’y engagent sous leur étendard. Si elles émanent de l’extérieur, autrement dit si leur initiateur a échappé au colonialisme directement, ce dernier sera contraint de s’adapter aux nouvelles conditions de la lutte idéologique et il usera alors des moyens scientifiques déjà cites, lorsque nous avons décrit les deux types de « miroir de frustration » dans les chapitres précédents.


L’avocat « compromettant »

Avant 1939, l’idée du Wahhâbisme s’est imposée aux yeux du colonialisme comme une lutte chargée de périls, car elle représente le centre de gravité dans la lutte livrée contre le monde arabo-musulman. Le colonialisme songeait sans relâche aux moyens de s’en débarrasser jusqu’à ce que le pétrole ait effectivement exaucé ce vœu.

L’Angleterre a utilisé les moyens de la force pour détruire Abdelaziz Ibn Séoud. Londres a tenté d’allier contre lui les adversaires de son règne, ligués autour d’Ibn Rafada et Eddarwish, afin d’affaiblir ses forces par des révoltes continues.

Londres voulait cependant, en premier lieu et avant tout, détruire l’idée elle-même sur laquelle est fondé ce règne et sur la base de laquelle le jeune état saoudien a été bâti. Elle a appliqué pour ce faire ce qu’on peut appeler plan de « l’avocat compromettant ». L’avocat qui nuit à son client en prétendant assumer sa défense.

Le porte-parole du gouvernement de Londres ne laissait passer aucune occasion pour rappeler vivement l’amitié que témoignait l’Angleterre à Ibn Séoud. L’idée Wahhabite a achevé son rôle d’idée imprimée aux environs de 1925 pour entamer son nouveau rôle d’idée exprimée depuis lors, c’est-à-dire depuis la constitution de l’Etat saoudien dans ses frontières actuelles…

Si la méthode de « l’avocat compromettant » est utilisée en premier chef dans le domaine politique, c’est-à-dire dans le domaine des idées exprimées dans les pays colonisés, elle est employée également dans le cas des idées imprimées.

[Malek Bennabi explique aussi ,comment un homme de grande valeur et très compétent peut devenir négatif, opportuniste, démissionnaire du fait que sa carrière annoncée comme brillante se trouve compromise par le veto du colonialisme et des dirigeants du pays colonisés qui ont accès à l’indépendance… Le colonialisme peut l’utiliser comme « avocat compromettant contre les siens, à son insu ou de son propre gré, moyennant quelques gratifications dans des postes qui flattent son ego et qui permettent de prouver son hors jeu positif dans la lutte idéologique contre le colonialisme et son instrumentalisation par le colonialisme dans la lutte idéologique contre les idées imprimées]

Ce sont là des réalité qui continueront à nous échapper tant que nous manquerons de critères absolus et abstraits qui déterminent directement la valeur des idées, sans qu’elles soient incarnées par une quelconque personne qui les défende soit par conviction, soit à la manière de « l’avocat compromettant »…

… dans les pays colonises, autrement dit, des pays où il faut s’accorder sur un fait : les gens ne soumettent pas les idées a travers des réflexions personnelles directes mais a travers les reflets répercutés sur eux par l’ « avocat compromettant » ou a travers l’image répercutée sur eux par le « miroir de frustration »…

[…]

Une personne qui n’évalue pas les choses a travers une réflexion personnelle directe risque de les soumettre a des jugements qui émanent des insinuations qu’elle reçoit, non selon la réalité concrète, explicite ou implicite, car elle n’essaie pas de réunir tous les éléments d’appréciation et de jugement en une seule opération mentale. Elle agit ainsi sous l’effet de sa propension prononcée pour l’atomisme.

L’ « avocat compromettant », l’« amitié compromettante » et le « miroir de frustration » sont en fait les différentes touches du clavier d’un instrument sur lequel s’exécutent des doigts habiles, doués dans la symphonie particulière de la lutte idéologique.

Nul ne peut cependant se mettre a cet instrument perfectionné s’il n’est pas arme de ce qu’on peut appeler la gymnastique ou l’algèbre des idées ou s’il n’a pas de connaissances sur les idées en tant qu’entités biologiques qui accomplissent leur rôle dans des conditions organiques déterminées. A défaut de ces conditions, ces idées ne jouent aucun rôle. Bien plus, elles meurent lorsqu’elles ne sont pas unies, elles deviennent inertes, sans vie et sans aucune utilité, dans la synchronisation des notes de la musique de la lutte idéologique dans le monde.

[…]

Une entité vivante est ce qu’elle est. En l’encombrant ou en l’amputant d’un membre, nous la métamorphosons et elle ne restera plus l’entité initiale…

Le colonialisme applique évidemment ces méthodes. Tantôt il tente de fragmenter l’idée, comme s’il cherchait à désintégrer son énergie explosive, tantôt il tente le contraire lorsqu’il lui applique une sorte de multiplication pour l’intégrer dans un ensemble d’idées secondaires, qui ajoutent au volume de l’idée originale des éléments inertes et apathiques. L’effet produit est le ramollissement de sa portée dans les idées…

Parfois, ces règles sont appliquées sous la forme de « glissement » tantôt sous la forme de «l’interchangeabilité », tantôt sous la forme de l’ « amputation ».

La méthode de « glissement » est appliquée lorsque l’objectif recherché est d’empêcher que l’étude se concentre sur une idée déterminée. Lors des débats, des idées nouvelles sont ainsi traitées successivement de façon que les discussions ne débouchent, en fin de compte, sur aucune solution pratique…

La méthode de I’ interchangeabilité est pratiquée lorsque le colonialisme estime qu’il est son intérêt, alors que les débats sont vifs autour d’une idée, de lancer dans l’arène du combat une idée nouvelle qui soit moins préjudiciable pour son intérêt.

Quant à la méthode de l’amputation, elle s’applique lorsqu’un débat sur un thème très important, anime dans un quotidien national par exemple, est en passe de parvenir à un résultat. Les rédacteurs du journal (matériellement, ils sont avec le colonialisme) tournent la page tout bonnement et ignorent le sujet. Le débat suspendu devient ainsi sans objet. L’auteur qui s’y est engage se trouve subitement désarmé comme si une main invisible lui avait retire sa plume au moment même ou la bataille entrait dans sa phase décisive.


 

Conclusion :

Les idées n’évoluent pas en vase clos, dissociées du monde des personnes comme c’est le cas dans les « idéaux de Platon ». Il n’est pas possible de dissocier l’aventure d’une idée de son initiateur, quel que soit le degré du sondage de l’abstrait ; bien au contraire, son odyssée se déroule entièrement sur terre. En résumant ces considérations, nous dirons : le colonialisme tente en premier lieu de faire d’un individu un traitre agissant contre la société au sein de laquelle il évolue. S’il échoue dans sa tentative, il s’efforcera d’inverser les rôles en poussant cette fois pour que l’individu en question soit lui-même trahi par sa société, par des individus sans scrupules, interposés.

Quoi qu’il en soit, il y a des vérités qui ne peuvent être rapportées qu’à titre posthume, par les morts, ensevelis sous terre, protégés ainsi par le trépas…

… Tout notre souhait, enfin, c’est la constitution dans nos pays d’une ligue d’intellectuels qui se chargerait de mettre à nu, d’éventer les attaques perpétrées par le colonialisme sur le font intellectuel pour que les idées n’y soient pas exposées sans secours ni voie de salut.

Malek Bennabi


Traduit de l’arabe par Nour-Eddine Khendouzi – Edition El Borhane – Algérie

1 Les animateurs de ce début de l’islahisme (réforme) qui a commence a Constantine a la fin du XlX siècle ont été disperses. La bibliothèque de cheikh Mohanna, riche et précieuse, a ete saisie et lui-même a été mute de la medersa de Constantine vers celle d’Alger. Cf. Malek Bennabi : Les Conditions de renaissance.

2. II s’agit probablement de la « doctrine Eisenhower ».

On se rappelle que le président Eisenhower, après l’affaire de Suez, avait essayé en janvier 1957 de rétablir « l’ ordre » au Moyen-Orient en proposant aux divers pays arabes une aide importante, mais (‘opinions arabe, généralement favorable a Nasser, avait poussé les gouvernements à refuser l’aide américaine, d’ou l’échec de cette doctrine. (N.d.T.)

Manipulations et diversion

Sylvain Timsit dans Manipulations nous dit :

1 La stratégie de la diversion

Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes.

La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique.

« Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » (extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

2 Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore: créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3 La stratégie du dégradé

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution si ils avaient été appliqués brutalement.

4 La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

Exemple récent: le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple: les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.

5 S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Exemple typique: la campagne TV française pour le passage à l’Euro (« les jours euro »). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi?

« Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

6  Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

7  Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage.

« La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

8 Encourager le public à se complaire dans la médiocrité


Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

9 Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

10 Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Démonstration : la télévision de l’info sans infos

La nouvelle censure

Le principe de base de la censure moderne consiste à noyer les informations essentielles dans un déluge d’informations insignifiantes diffusées par une multitude de médias au contenu semblable. Cela permet à la nouvelle censure d’avoir toutes les apparences de la pluralité et de la démocratie.

Cette stratégie de la diversion s’applique en premier lieu au journal télévisé, principale source d’information du public.

De l’info sans infos…

Depuis le début des années 90, les journaux télévisés ne contiennent quasiment plus d’information. On continue d’appeler « journal télévisé » ce qui devrait en réalité être appelé un « magazine ».

Un J.T. moyen contient au maximum 2 à 3 minutes d’information. Le reste est constitué de reportages anecdotiques, de faits divers, de micro-trottoirs et de reality-shows sur la vie quotidienne.

et une censure sans censeurs

Toute la subtilité de la censure moderne réside dans l’absence de censeurs. Ceux-ci ont été efficacement remplacés par la « loi du marché » et la « loi de l’audience ». Par le simple jeu de conditions économiques habilement crées, les chaines n’ont plus les moyens de financer le travail d’enquête du vrai journalisme, alors que dans le même temps, le reality-show et les micro-trottoirs font plus d’audience avec un coût de production réduit.

Même les évènements importants sont traités sous un angle « magazine », par le petit bout de la lorgnette. Ainsi, un sommet international donnera lieu à une interview du chef-cuistot chargé du repas, à des images de limousines officielles et de salutations devant un batiment, mais aucune information ni analyse à propos des sujets débattus par les chefs d’états. De même, un attentat sera traité par des micro-trottoirs sur les lieux du drame, avec les impressions et témoignages des passants, ou une interview d’un secouriste ou d’un policier.

A ces insignifiances s’ajouteront le sport, les faits-divers, les reportages pitoresques sur les villages de la France profonde, sans oublier les pubs déguisées pour les produits culturels faisant l’objet d’une campagne de promotion (spectacles, films, livres, disques…).

Information déstructurée pour mémorisation minimale

 

Tous les psychologues et spécialistes des neurosciences savent que la mémorisation des informations par le cerveau se fait d’autant mieux que ces informations sont présentées de façon structurée et hiérarchisée.

La structuration et la hiérarchisation de l’information sont aussi des principes de base enseignés à tous les étudiants en journalisme.

Or depuis 10 ans, les journaux télévisés font exactement le contraire, en enchainant dans le désordre des sujets hétéroclites et d’importance inégale (un fait divers, un peu de politique, du sport, un sujet social, un autre fait divers, puis à nouveau de la politique, etc) , comme si le but recherché était d’obtenir la plus mauvaise mémorisation possible des informations par le public. Une population amnésique est en effet beaucoup plus facile à manipuler…

CAS PRATIQUE 1 : J.T. 20h – TF1 – Janvier 1997

37 minutes sur 40 d’insignifiances…

20h00 Le froid, les accidents sur les routes.

20h04 La naissance du petit Joseph, dans le Gers couvert par la neige.

20h05 La récolte des brocholis, chez Albert en Bretagne, est menacée par le gel.

20h06 La récolte des poireaux se fait au marteau. Augmentation inévitable du prix des légumes.

20h08 Compteurs d’eau et canalisations gelées chez les habitants d’une ville de province.

20h09 Début des soldes à Paris.

20h11 Reportage sur la fabrication artisanale du pain.

20h13 Viol d’une petite fille.

20h14 Jugement en Belgique d’un membre présumé islamiste du « Gang de Roubaix ».

20h15 En Israël, présentation devant le juge d’un jeune soldat qui avait tenté de mitrailler des Palestiniens.

20h16 Jugement en Angletterre des époux West, assassins en série de jeunes filles.

20h18 Départ à la retraite de Miguel Indurain. Rappel de sa carrière de champion cycliste.

20h22 Rétablissement d’un malade cardiaque greffé aux Etats-Unis.

20h23 Les hommes consomment de plus en plus de soins et de produits de beauté. Reportage.

20h26 Prison pour Bernard Tapie, suite à l’affaire des comptes de l’OM.

20h28 Reportage sur la « poupée qui mange », conçue pour manger des frites, mais qui « mangeait » aussi les cheveux des enfants, voire la peau du doigt. Il est suggéré que la poupée soit équipée d’un « bouton d’arret d’urgence ».

20h30 Stages-nature en montagne pour les enfants en Savoie.

20h32 Présentation du téléfilm de la soirée, consacré à Dalila, femme du héros biblique Samsom. Reportage sur le tournage du téléfilm.

20h34 Fin du J.T. Générique.

CAS PRATIQUE 2 : J.T. 20h – France 2 – 4 Septembre 2002

37 minutes sur 40 d’insignifiances…

20h01 Orages violents et inondations en Provence.

20h04 Orages violents et inondations en Ardèche. Mort d’un touriste après que sa voiture ait été emportée par les flots.

20h05 Les orages sont-ils de plus en plus violents? Interview rassurante d’un spécialiste de Météo France.

20h08 Progrès dans l’enquête sur les meurtres en série de jeunes filles dans la Somme.

20h10 Procès d’un pédophile à Melun.

20h11 Remise en liberté refusée pour Maurice Papon.

20h12 Condamnation d’un hopital pour avoir transfusé un malade contre son gré et contre ses convictions religieuses.

20h15 Interview de Bernard Kouchner. L’ancien ministre de la santé rappelle que l’éthique médicale interdit au médecin d’imposer un traitement contre la volonté du patient.

20h18 Nomination par le gouvernement d’un nouveau PDG à La Poste.

20h19 Annonce par le gouvernement d’une diminution du nombre de fonctionnaires, et d’une diminution des budgets de la plupart des ministères, à l’exception des budgets de la justice (+7%), de la police (+6,5%) et des Affaires Etrangères (+14%).

Remarque: l’une des rares « vraies » infos de ce JT est traitée en 1 minute, contre 7 minutes pour les orages. Par ailleurs, aucune raison n’est donnée pour justifier la très forte augmentation obtenue par Dominique de Villepin, le ministre des affaires étrangères.

20h20 Reportage sur un stage de conduite spécialisé pour échapper à une éventuelle embuscade. Interview d’un chauffeur de ministre qui participe au stage.

20h22 Revendications des médecins pour l’augmentation de leurs honoraires.

20h23 Reportage sur les vaccinations des bébés dans les maternités.

20h24 George W. Bush s’entretient avec Tony Blair à propos d’une nouvelle intervention militaire contre l’Irak.

Cette autre info importante est elle aussi traitée en une minute.

20h25 A Jerusalem, le Mur du Temple menace de s’écrouler à cause d’un chantier souterrain.

20h26 A Moscou, succès d’un groupe de chanteuses avec une chanson « glamour » sur Vladimir Poutine.

20h28 A Johannesburg, le Sommet de la Terre s’achève sans être parvenu à fixer un calendrier et des engagement précis de la part des états. Les Etats-Unis continuent de refuser tout effort en matière d’environnement et de réduction des gaz responsables des modifications climatiques.

La troisième et dernière info importante est présentée en une minute et en fin de journal, alors que ses implications auraient justifié une place en ouverture du journal.

20h29 Mise en service d’une éolienne géante dans la Marne.

20h31 A Grenoble, des bergers manifestent contre les loups.

20h32 A Paris, le Maire Bertrand Delannoe souhaite réglementer la présence anarchique des émetteurs de téléphonie mobile.

20h34 Dans les Hauts de Seine, les habitants manifestent contre les coupures d’eau chaude causées par l’insécurité d’une centrale thermique.

20h36 Après la rentrée des classes, la rentrée dans les crèches. Reportage.

20h38 Début de la nouvelle tournée mondiale des Rolling Stones.

20h40 Retour de Johny Halliday au cinéma, avec un rôle dans le film de Patrice Leconte, « L’homme du train ».

20h42 Résultats de l’US Open de tennis.

20h43 Fin du J.T. Générique.

source : http://www.syti.net/Manipulations.html

Texte de l’appel des imams de Jérusalem à la fin de l’effusion de sang en Syrie.

 

 {Prenez garde à Allah, réconciliez ce qui est entre vous}

De la Mosquée d’Al Qods et de la terre des Prophètes (Jérusalem)
Appel du Cheikh Salah Eddine Ibn Ibrahimabou ‘Arafa  aux habitants de la Syrie.

Je me réfugie auprès d’Allah contre Satan le lapidé Louanges à Allah qui possède les royaumes des Cieux et de la Terre Louanges à Allah qui détient la Décision entre Ses Mains en totalité la Terre en totalité sera sous Son Autorité le Jour de la Résurrection, et les Cieux seront ployés sous Son Pouvoir N’est-ce pas qu’à Lui appartient l’ordre des choses et la création ? Que soit Magnifié le Dieu des Univers

Miséricorde, paix  et salutations pour les Prophètes et les Messagers d’Allah et ceux qui transmettent les Messages d’Allah,  et qui le redoutent sans craindre autre qu’Allah.

Et Allah suffit comme Compensateur

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à Allah et dites des paroles sensés ainsi Il améliorera votre situation et absoudra vos péchés Qui obéit à Allah et à Son Prophète aura le triomphe grandiose}

Sans aucun doute les événements passés ces derniers mois et les douleurs vécues sont largement suffisants pour qu’un  sourd recouvre l’ouïe, qu’un aveugle retrouve la vue et qu’un insouciant redevienne préoccupé.

Sans aucun doute ce qui survient dans les pays musulmans au point d’atteindre ce niveau de gravité en Syrie est un phénomène qui a été planifié dans les ténèbres par une ruse diabolique visant une nuisance et dans laquelle nous n’en tirons ni bien ni profit. Ce stratagème  n’est pas conçu par les mains ni par les esprits de nos peuples, mais par notre ennemi commun à tous.

Le perspicace est celui qui observe avec clairvoyance même s’il ne retrouve sa vigilance qu’après un délai.

Nous nous sommes réunis en ce lieu pour prendre la parole que pour assumer notre responsabilité auprès d’Allah et de proclamer la vérité qui doit être dite sans crainte ni pudeur envers quiconque dans notre devoir pour Allah.

Nous nous sommes réunis en ce lieu que pour nous innocenter des dires fallacieux et des incitations perverses  provenant des Fatwas trompeuses,   des positions perfides  et du fourvoiement qui ont rendu le sang coulant à flot comme si c’était du  vin répandu et l’illicite licite.

{Il est parmi les hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et lorsqu’il se détourne de vous, il s’évertue à corrompre sur terre, à détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption.}

Qu’Allah fasse miséricorde à tout opprimé et à toutes innocentes victimes de ce complot qui les a entrainés à la convoitise et au leurre que leur ont tendu les partisans des visées mondaines et des désirs. Son fardeau dans la vie ici-bas et dans la vie future incombe à  ceux qui l’ont opprimé, à ceux qui l’ont manipulé et à ceux qui lui ont donné des Fatwas fallacieuses.

Nous nous sommes réunis en ce lieu pour faire entendre aux gens ce que ceux qui avaient l’obligation de dire ont occulté et mis sous silence en l’occurrence  leurs savants et leurs maitres à penser.

Bien avant ces troubles et cette effusion de sang ils proclamaient à haute voix :

{Nous avons conclu Alliance avec vous : Ne répandez pas votre sang, ne vous expulsez pas les uns les autres de vos demeures. Vous y avez souscrit en apportant votre témoignage. Puis, voila que vous vous entre-tuez, vous expulsez un groupe d’entre vous de leurs demeures, vous vous liguez contre eux par la transgression et l’agression; et s’ils vous échoient en captifs, vous les rançonnez, alors qu’il vous est interdit de les expulser. Croirez-vous donc en une partie du Livre et rejetterez-vous en une partie ? Quelle serait donc la sentence contre celui qui agirait de la sorte d’entre vous, si ce n’est qu’ignominie dans la vie terrestre, mais  le pire  des châtiments est pour  le Jour de la Résurrection? Allah n’est point inattentif à ce que vous faites.}

Ils récitaient :

{Si jamais tu tends ta main vers moi pour me tuer, je ne tendrai point ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, Dieu des Univers. Je veux que tu supportes mon péché et ton péché, pour que tu sois des condamnés au Feu. Cela est la punition des injustes.}

Ils récitaient les paroles des Prophètes et tout particulièrement celle de l’ultime Prophète (saws) :

 « Ne noircissaient pas mon visage en devenant après moi des renégats qui s’entretuent »

Ils récitaient :

« Qui prend les armes contre nous n’est pas des nôtres »

« Si les musulmans se font face les armes à la main, alors le tué et le meurtrier sont tous les deux en Enfer »

Ils récitaient :

« Si tous les habitants des Cieux et de la Terre s’associaient pour attenter à la vie d’un croyant, Allah ne manquerait pas de les jeter tous en Enfer »

Il y a suffisamment d’arguments prophétiques pour ne pas être surpris par ce qui arrive. Le Prophète (saws) a dit :

« Avant la fin du monde, les Musulmans s’entretueront. Ses compagnons sensés  lui ont dit : est ce que nous ferons ceci alors que nous avons tout notre esprit avec nous »

Écoutez la réponse du Prophète, écoutez tous attentivement et qu’écoutent les artisans de la Fitna et ceux qui ont soufflé sur ses braises pour rendre licite l’effusion de sang qui coule à flot :

« Ses compagnons sensés  lui ont dit : est ce que nous ferons ceci alors que nous avons tout notre esprit avec nous » Le Prophète a dit : «  les gens de cette époque auront perdu leur esprit et seront dominés par les insensés fous furieux que les gens prennent pour des modèles de vertu et de vérité  alors qu’ils ne le sont pas du tout. »

L’authenticité de cette  vérité  sur la  situation insensée que nous observons est le mobile de notre initiative qui veut dire aux gens ce que les Savants et les maitres à penser ont délibérément caché. Nous refusons que les savants qui devraient être les héritiers des Prophètes deviennent les commerçants qui négocient la vie des musulmans comme s’ils étaient des fossoyeurs,  des vendeurs de tombes, et des arroseurs de sang.

Le savant vertueux et utile est comme le père pour ses enfants, un bon conseiller. Il se hâte vers la paix et la réconciliation mais ne s’empresse pas à soutenir ou à provoquer l’effusion de sang. Il doit dire aux gens :

{Patientez et prenez garde à Allah}.

Comme  nous n’avons pas entendu ce message il nous incombe de le faire entendre aux musulmans et aux savants.

Allah ! Allah ! Protège le Cham (Syrie) !

La Fitna a commencé en Tunisie. Le Prophète (saws) a dit :

«  Des troubles comme les cornes des vaches qui se suivent les unes après les autres dans le prolongement de leurs traces de sabots ».

Nous sommes en plein cœur de cette succession de Fina. Nous implorons Allah de nous mettre tous à l’abri et de nous protéger contre ce qui se passe et contre ce qui risque de survenir en plus grave.

Allah ! Allah ! Protège le Cham (Syrie) !

Nous disons aux Syriens, ceux qui se sont rebellés désirant des réformes, ou cherchant à fuir leur situation, ou désireux autres choses que ne lui offre son existence actuelle, nous disons aux plus sensés d’entre eux et aux musulmans d’entre eux que le Prophète (saws) a dit :

«  Allah s’est imposé l’excellence et a décrété la bienfaisance  en toute action ».

Cette prophétie est mieux que tout ce que peuvent dire les meilleurs des hommes réunis.

Cela signifie concrètement dans la situation actuelle que celui qui veut détruire une demeure doit le faire de la meilleure manière possible. Alors que dire en matière de construction d’une demeure ? Peut-on les imaginer reconstruire leur demeure avec les ruines de l’ancienne ? Peut-on les imaginer se fédérer de nouveau alors qu’ils ont sapé leur unité,  provoqué des discordes, et répandu leur sang à profusion ?

Nous leur disons donc, car ils sont nos frères et notre peuple : jamais le bien ne se réalise par le mal ! Il n’y aucune mauvaise voie qui conduit à bon port ! Il n’y a aucune obéissance à Dieu par la voie de la transgression de Ses Commandements ! Il n’y a aucun espoir que le vilain conduise le vertueux vers la réussite !

Nous disons au gouvernant de la Syrie : Ces gens sont ton peuple et sujets de ta responsabilité, leurs petits  sont  tes petits, leurs grands sont tes grands, leurs proches sont tes frères, alors prend garde à Allah à travers eux. Soit bienveillant et doux envers eux. Sache qu’Allah est Bienveillant, Il aime la bienveillance, et Il octroie par le biais de la bienveillance ce qu’Il ne donne pas par d’autres voies.

Sache qu’Allah est au dessus de toi comme toi tu es au dessus de ton peuple. Implore pour toi et pour ton peuple la protection, le bien-être, l’esprit sensé dans les actes  que vous et eux entrepreniez, et la culture dans ce que faites de bien.

Ensuite nous demandons à l’élite, aux savants et aux esprits sensés  ainsi qu’à l’ensemble du peuple de Syrie, au Nom d’Allah et de son Nom Le Sécurisant – La Paix, de mettre fin à l’effusion de sang, de garder leur mains en dehors de la violence et de s’assoir autour d’une table pour concrétiser au plus vite la réconciliation et la fraternisation. C’est ce qui apporte l’agrément d’Allah, et l’humiliation de leur ennemi.

Nous demandons, en dernier lieu, aux musulmans, aux gens sensés et aux Savants qui ont rempli de leur présence et de leur voix la terre toute entière, ceux là même  qui lisent la presse et qui lisent le Coran de se réunir cette fois-ci, avant les événements ne leur échappent totalement, et au nom d’Allah de faire ce qu’ils savent d’Allah, Lequel va les interroger sur ce qu’ils savent et sur ce qu’ils doivent faire.

S’ils ne se réunissent pas maintenant pour proclamer la parole de vérité quand est-ce qu’ils vont le faire ? Il n’était pas convenable qu’ils se soient auparavant réunis pour émettre des Fatwas   et transmettre des messages visant à l’effusion du sang des musulmans et à l’incitation au meurtre des uns des autres.

Ce qui se passe chez nous comme ruines et meurtres, jamais l’Occident ne le tolèrerait sur ses terres ! Mais il est satisfait de ce qui passe chez nous, car il a provoqué et a alimenté l’effusion de sang, le gaspillage de ressources et la violence intestine dont nous sommes les  acteurs. Nous sommes dans la situation décrite par le Prophète (saws) :

« Les Musulmans seront privés de l’esprit de sens  et dominés par les insensés fous furieux. La plupart croyant détenir la vérité alors qu’il n’en est rien ».

Nous savons que la majorité des savants musulmans et à leur tête le président de l’association internationales des savants musulmans se sont envolés pour l’Afghanistan afin d’empêcher la démolition des idoles, alors nous leur demandons au Nom d’ Allah dont ils ont lu le Livre et les versets qu’attendez-vous pour vous envoler vers Damas et empêcher la démolition de la Syrie ? N’attendez pas la chute de Damas pour y venir faire vos prêches, venez maintenant pour la préservez des ruines et de l’effusion de sang !

Mettez fin à la violence entre les Musulmans et dites ce qu’ont dit les Prophètes :

{Patientez et prenez garde à Allah}.

Les Prophètes ne s’empressent pas à faire verser le sang. Les Savants sont les héritiers des Prophètes. Prenez garde à Allah et persévérez !

Je m’adresse ensuite aux hommes en Occident et en Orient. Que celui qui a des oreilles qu’il entende et que celui qui a un esprit qu’il comprenne : La Syrie est  entre deux Messies. Un faux Messie borgne et menteur qui vient vers vous avec l’effusion de sang, la pauvreté et les ruines. Un vrai Messie qui descendra du Ciel vers le Minaret blanc à l’est de  Damas pour instaurer la paix sur terre : alors seront perdus les falsificateurs  et il sera proclamé :

{Louanges à Allah le Dieu des Univers ! Cette demeure future, Nous la réservons à ceux qui ne cherchent ni l’arrogance ni la corruption sur Terre. L’issue finale appartient aux pieux}

J’interroge ensuite tout être sensé en Syrie : si le salut de la Syrie exige que moi ou un certain nombre de savants d’Al Qods (Jérusalem) le sacrifice de notre vie nous le ferons en offrande en offrande aux uns et aux autres pour qu’il n’y ait ni effusion de sang, ni guerre, ni troubles entre eux. Cette offrande est une exigence morale et religieuse. Cependant la solution est plus simple et plus rapide : que chacun prenne garde à Allah,  qu’il soit pieux et qu’il retrouve un esprit sensé.

Par Allah il n’y a aucun bien pour eux dans la situation où ils se trouvent ni vers où ils se dirigent. Par Allah, si Ibrahim, Moussa, le Fils de Marie, et Mohamed (saws) sont ressuscités à cet instant et observent ce qui se passe, jamais ils ne feront l’éloge de ces gens partisans de la violence. Il n’appartient donc pas aux savants de dire ou de soutenir ce que réfutent les Prophètes.

Que la paix soit sur la Syrie ! Allah réforme et améliore la situation et les gens de la Syrie et ce au bénéfice de la Syrie. Que la Paix d’Allah soit sur l’ultime Prophète Mohamed (saws). Que la Paix d’Allah soit sur le Messie le Fils de Marie annoncé pour redescendre à Damas ! Que la Paix d’Allah soit sur ceux qui sont devenus croyants ainsi que sur tout ceux qui ont entendu et compris !

Allah ! Est-ce que j’ai transmis ? Allah soit Témoin ! Salut à vous et Miséricorde d’Allah sur vous !

Question 1 : A qui est destinée votre initiative ?

Réponse : L’initiative est destinée aux gens sensés, aux comprenant, aux réformés, aux réformateurs, et ils sont des milliers. Nous devons nous lever tous comme un seul homme. Quelle est la signification de ces observateurs en Syrie alors que les réformateurs musulmans ont tout leur rôle à jouer et qu’ils doivent obligatoirement jouer ? Que les réformateurs, les savants, les élites jouent leur rôle et descendent sur le terrain. Par Allah si les gens de Syrie, les uns et les autres, voudraient que nous les membres de la Mosquée d’Al Aqsa à Jérusalem soyons une offrande pour réconcilier les uns avec les autres, nous sommes disposés à faire sacrifice de nos vies si nous parvenons dès demain a mettre fin à l’effusion de sang et à la guerre.

Je dis sans concession et en toute transparence à celui a pris les armes par sédition et qui est disposé à tuer son frère ou à être tué par son frère : ça suffit ! Ne t’empresse pas ! Lis attentivement ce qu’ont dit et écris vos savants avant la Fitna : {Si jamais tu tends ta main vers moi pour me tuer, je ne tendrai point ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, Dieu des Univers.}. Qu’est ce qui s’est passé pour que ces paroles soient du jour au lendemain invalidées par ces mêmes savants ?

Un Cheikh, Adnan ‘Ar’our, a allumé la mèche de la Fitna en Syrie. Ce même Cheikh, quelques mois avant la sédition armée en Syrie, alors que la Fitna  était à son paroxysme en Libye, a dit expressément qu’il s’opposait à la même chose en Libye et qu’il était :

{Un conseiller digne de confiance}.

Qu’est-ce qui a changé pour qu’il change ?

Avant lui et au dessus de lui Qaradhawi a des livres ou il écrit noir sur blanc son opposition et celle de la religion à la rébellion et à la sédition !   Qu’est-ce qui s’est passé expliquant leur reniement ? Comment l’illicite est devenu licite ? Par Allah si moi je me trompe sur le sujet alors dans le pire des cas j’aurais évité l’effusion de sang, alors que si Qaradhawi se trompe, dans le meilleur des cas il a provoqué l’effusion de sang. Où se trouvent  la raison et le salut ?

Q : Pourquoi  votre position intransigeante envers Qaradhawi ?

R : Ma position envers Qaradhawi  est une position de principe, elle est claire sans crainte ni pudeur. L’homme a introduit le mal dans et entre les musulmans, il s’est chargé du fardeau de leur sang versé,  il a porté l’étendard de la guerre menée contre eux, et il a commis contre eux ce que ni l’aviation ni les blindés de l’ennemi n’auraient pu commettre par ses seuls moyens de destruction. Il était tenu de faire preuve de piété et de patience ainsi que mot réconciliant, cela aurait été meilleur pour lui et pour les musulmans.

N’est ce pas qu’il s’est envolé pour défendre les  idoles (bouddhistes) en Afghanistan ainsi que ses compagnons de l’association des savants musulmans ? Par Allah s’il avait pris l’avion pour descendre à Damas et prêcher la même bonne parole que celle du Fils de Marie et de Mohamed (saws) en disant non à la violence alors il aurait trouvé des millions d’auditeurs qui l’agréent. Mais il a fait dans les musulmans ce qu’aucune armée étrangère ne serait parvenue à faire !

En ce qui concerne ma relation avec la Syrie et les Syriens : nous n’avons pas d’autres relations que celles qui nous lient sur le plan de la religion, du sang, de la parenté, du territoire, du voisinage et du devoir de bon conseil que l’Islam exige de nous tous.

Q : Pourquoi ceux qui provoquent et financent la sédition armée dans le monde musulman ne mobilisent pas leur effort pour libérer la Mosquée Al-Aqsa et la Palestine ? Nous ne voyons que la ruine du monde musulman aux dépens de la cause palestinienne, pourquoi ?

R : Tu as absolument raison ! Chaque musulman sensé devrait se poser la question sur la signification de cette mobilisation guerrière qui pousse les musulmans à détruire la Syrie comme jamais cela n’a été fait auparavant. L’extraordinaire est que cette question n’échappe pas aux gens sensé de l’Occident dont Robert Fisk et d’autres qui avouent n’avoir jamais vu autant de mensonges et d’immoralité  que dans la campagne actuelle menée contre la Syrie et qui se dit que si les Musulmans avaient autant mobilisés de moyens guerriers contre la Syrie pour leur propres intérêts ils auraient réalisé un gain de mille ans sur leurs ennemis. La question posée est vraie à 100% et ceux qui ont agi intentionnellement contre la Syrie le savent pertinemment. Le mal provient des visées mondaines, de l’intérêt partisan, de l’esprit sectaire.

Voilà pourquoi je réitère mon appel à tous les musulmans : rejetez ce qui vous divise et qui est étranger à l’Islam : les partis, les factions, les sectes, les groupes. Il n’y a qu’un groupe et une seule communauté comme le dit Allah :

{Certes cette communauté, la votre, est une seule communauté et Je suis votre Dieu : adorez-Moi}.

Rien n’a été aussi destructeur pour la nation musulmane que la discorde, les intérêts  mondains et la passion qui naissent de l’esprit de fragmentation de la communauté.

Les pires agents de la discordes sont les pseudos islamistes qui fragment la communauté musulmane en groupes épars. C’est eux que notre Prophète vise dans son hadith :

 « Il y aura des gens qui inviteront au Livre d’Allah, mais ils ne sont en aucun cas représentatifs de ce Livre. Ils discutent  avec des propos  meilleurs que ceux des meilleurs des gens, mais s’ils perfectionnent la parole ils sont mauvais dans leurs actes. Ce sont les pire des gens existant sous le ciel ».

Tels sont les propos de notre Prophète (saws).

Q : Quelle est votre avis sur  les invocations proférées par l’Imam de la Mosquée Al-Aqsa, ce vendredi ?

R : Excellente question ! Oui il est extraordinaire de voir l’imam oublier la sacralité de  la Mosquée Al-Aqsa qui a la même sacralité que la Mosquée sacrée de la Mecque. C’est vilain et honteux que du minbar de cette mosquée il y ait un appel à l’effusion de sang entre les musulmans. J’ai été désagréablement surpris de voir un des imams de cette Mosquée faire des invocations pour la discorde et l’effusion de sang en Libye et en Syrie alors qu’il faisait des invocations en faveur de la réconciliation inter palestinienne entre Gaza et Ramallah ? Sur quel critère il a fait cette distinction qui prône la discorde entre les uns et la réconciliation entre les autres ? Ne sont-ils pas tous musulmans les uns et les autres ? Ne devrait-il pas, s’agissant des musulmans, faire la même invocation que celle des Prophètes ?

Nous nous sommes interrogés et nous les avons interpellés. Si Ibrahim, Moïse, le Fils de Marie, Mohamed et les autres Prophètes (saws) étaient parmi nous quelle aurait été leur discours : Tuez-les ou réconciliez-vous ? Les Prophètes sont plus aimants que les pères pour leurs enfants. Qui a vu un  père ordonner à ses enfants  de tuer, de voler ou de s’empresser à faire le mal ?

Ces gens là ont menti et leur mensonge est prouvé par la vérité venant des Prophètes.

Ceux parmi les savants qui disent des paroles conformes à celles des Prophètes ont dit la vérité, mais ceux qui disent le contraire des Prophètes ont menti quelque soit leur rang et leur notoriété. Les traces de chacun sont sur son visage : qui dit la vérité est reconnu par sa parole sincère, mais qui dit le faux est reconnu par sa parole fallacieuse et trompeuse.

Par conséquent il est du devoir des musulmans d’être vigilant : Celui donc  qui a écouté une parole de vérité et qu’il a reconnu comme vérité qu’il la suive en paix, mais celui qui est dans le doute ou la confusion qu’il ne s’empresse pas de suivre ou d’agir à l’aveuglette.

Allah est témoin que les hommes et les gens de Syrie dans les jours ou les mois prochains, seront témoins d’un lendemain qui sera celui d’un des Messies, ou le faux Messie le borgne menteur ou le vrai Messie le Fils de Marie. Qu’ils prennent garde à Allah.

Q : Que faire ?

R : Nous agissons et nous communiquons sur la vérité à suivre : mettre fin à l’effusion de sang et à la violence. J’ai dit et à maintes reprises que le savant qui dit ce qu’ont dit les Prophètes est véridique alors que celui qui se contente de dire son opinion contraire à la vérité des Prophètes est un menteur que les anciens Livres décrivent comme l’ivraie qui s’est mélangé au blé. Les opinions ne sont que du foin mélangé à de l’ivraie, sans crédibilité ni validité, car elles sont en opposition avec la parole prophétique. En général la parole qui incite au bien s’apparente à celle d’un Prophète, alors prenez garde à Allah et patientez, telle est la devise des Prophètes.

Attention ! Éviter le mensonge et les rumeurs, évitez les troubles.

Avec la même franchise   et les mêmes évidences sur lesquelles j’ai construit mon argumentaire… Il y a trois pivots  qui constituent le mal par excellence : Des médias mensongers, un savant menteur, et une base militaire propagandiste implantée dans le monde musulman. Le média menteur est  la chaine Al Jazeera. Le savant menteur est connu de tous, il a essaimé ses nids un peu partout avec ses partisans qui donnent crédit à ses mensonges. Celui qui prend garde de ses trois pivots a protégé sa religion et son honneur

Allah mon Dieu, est-ce que j’ai transmis ? Allah mon Dieu, soit Témoin ! Salut à vous et Miséricorde d’Allah sur vous !

Q : Sur le  déchirement entre les partis politiques et les groupes islamiques en Palestine et dans le monde musulman soutenu par le monde arabe qui soutient également  le terrorisme y-a-t-il quelque chose à dire ?

R : Par Allah, ce que nous venons de dire est suffisant pour montrer au petit et au grand ainsi qu’à l’ignorant et au connaissant la vérité qui est  évidente pour peu qu’on s’y intéresse. Les pays des Arabes et des Bédouins qui se sont constitués en fer de lance et de haine contre les Musulmans sont connus. Ce que nous savons vous le savez déjà. Si je vous cite Qatar, vous ne serez pas surpris. Si j’ajoute d’autres noms à Qatar, vous les connaissez déjà.

J’implore Allah d’accorder à l’ensemble des musulmans la sécurité, la paix et l’esprit sensé. Juste avant le début de notre déclaration on m’a interrogé s’il y avait un média qui excelle dans l’art de promouvoir la discorde, la rumeur et le mensonge et si la religion avait joué un rôle dans sa propagande médiatique. Je rappelle que le mensonge, la conjecture et la rumeur sont à la base de l’effusion de sang, de la perdition des gens :

 {La conjecture ne dispense en aucun cas  de la vérité}.

Si je dois me prononcer avec véracité et force je dirais qu’il n’est pas permis à tout musulman sous quelque prétexte que ce soit de se mettre à l’écoute d’une radio ou d’une chaine de télévision qui incite le musulman à l’effusion de sang, au meurtre de son voisin et de son frère.

Eux-mêmes savent que la vocation de ce média d’information n’est pas d’inciter à la Fitna, d’ailleurs il s’appelait « l’opinion et l’opinion contraire », il se présentait comme une culture, une information, une éducation. Comment et pourquoi il s’est transformé en avant-garde de guerre ? Par Allah, ce que ce média a commis dans le monde musulman est pire que ce qu’aurait commis une armée d’agression avec ses avions et ses chars.

Ce savant docteur que vous entendez, s’il n’y avait pas ce média pour lui donner tant de prestige et d’audience il n’aurait jamais commis tant de mal.

La source du mal est donc Al Jazeera. Qui apparait et parle dans cette chaine est perfide.

C’est ce que nous avons constaté de visu et à ce titre nous lui faisons porter la responsabilité l’effusion de notre sang et celui des musulmans jusqu’à ce que descende ‘Issa le Fils de Marie et jusqu’à ce que survienne la fin du monde pour savoir qui de nous était sur la vérité et quels étaient pour chacun de nous ses devoirs envers la vérité. On verra alors celui qui est venu avec la vérité de celui  qui était dans le fourvoiement évident. Est-ce que c’est suffisamment clair ?

Q : Avez-vous un message franc et direct à transmettre ?

R : Au Président syrien… ou plutôt à l’ensemble des Syriens : Celui qui envie un gouvernant pour prendre sa place est un fou à lier. Tous les rois et tous les présidents sont éprouvés par le pouvoir. Chacun de nous est responsable de ses quelques enfants et il devra en rendre compte le jour du Jugement dernier, alors imaginons le fardeau et la responsabilité d’un chef d’Etat qui devra  rendre compte à Allah  de 20 millions, de 50 millions  ou  de 100 millions de gouvernés.

Je dis donc au président syrien prends garde à Allah là où tu es, et sache que le pouvoir appartient à Allah qui n’a laissé vivant avant toi aucun Prophète ni leurs contemporains. Si tu fais du bien tu les fais pour toi-même, mais si tu fais du mal ce sera à ton détriment et au détriment de ceux qui sont avec toi. Si tu te comportes mal et si tu agis avec empressement ce sera toujours à ton détriment.

Allah sait que j’aime le bien et la bonne direction pour tout croyant et il n’y aucun bien en nous si nous maudissons les gouvernants au lieu d’invoquer en leur faveur pour qu’ils soient sensés, bien guidés et bienveillants envers les gouvernés. J’implore donc Allah qu’il guide  quiconque a la charge de gouverner les musulmans ou d’administrer leurs affaires  afin qu’il devienne un instrument pour la réforme et l’amélioration de ce dont il a la charge, car le bien des gens se réalise par la bienveillance et la compétence des gouvernants.

Il n’y a aucun bien à espérer pour les gens lorsque ces  gens invoquent Allah contre leurs gouvernants  et  les maudissent. Ces paroles s’adressent à ceux qui ont entendu, ainsi qu’à ceux qui ont mis le feu dans leurs pays. Lorsque je m’adresse au président syrien il faut comprendre que je m’adresse également au monarque du Qatar et aux autres monarques : prenez garde à Allah.

Dans les mois écoulés Allah a fait trépasser  des rois et des présidents et dans les mois prochains ce sera le tour des autres en sursis. La mort est ce qui attend tous les hommes et chacun, gouvernant ou gouverné doit prendre garde à Allah à qui il rendra compte.

J’insiste avant la fin pour dire que les présidents et les rois ont deux choses sacrées qu’ils ne peuvent transgresser ni s’en approcher : l’injustice et les droits des hommes d’une part, l’inviolabilité des pays musulmans d’autre part qu’ils ne doivent pas livrer à leur ennemi. Ne livrez pas nos pays à nos ennemis. Que le président de la Syrie ainsi que les autres prennent garde sur la première sacralité et qu’il continue de veiller sur la seconde. Il leur est interdit de livrer les pays musulmans à nos ennemis.

Allah mon Dieu soit Témoin !

Salam à vous !


Traduction : Omar Mazri

http://liberation-opprimes.net

Si vous voulez voir la vidéo traduite c’est ici

Cheikh Ibn-Ibrahim de la Mosquée Al Aqsa : initiative de paix contre le plan de la Fitna en Syrie

 

Lecteur musulman, mon frère et mon ennemi

Je veux te parler, te dire des  choses très graves.

Malek Bennabi

Dans une précédente publication, une pudeur m’avait retenu. Je ne voulais pas te dire certaines choses pour te les laisser à entendre. Mais je veux ici te les faire entendre clairement car la mauvaise foi et l’ignorance des voleurs de prestige ont encore prise sur ta conscience. Tu représentes à leurs yeux une parcelle de pouvoir qu’ils veulent garder.

Aussi doit-je d’abord dénoncer ton impuissance à éventer leurs pièges, à sentir tes erreurs. Je veux t’apprendre à leur poser des questions, à te poser des questions, pour éviter leurs pièges et tes propres erreurs.

Commençons par le commencement. Ce commencement est dans la confusion, dans ton impuissance à voir clair. Tu sens bien ton mal, mais comment le nommes-tu ? Au lieu de te recueillir sur le mal , de poser des interrogations, de te demander : pourquoi donc suis-je colonisé ? Tu as simplement prêté l’oreille aux voix de la foire. Et comme les voleurs de prestige, comme le malheureux troupeau qu’ils exploitent, tu t’es écrié à ton tour « A bas le colonialisme » puis tu as prêté encore l’oreille aux vociférations de la foire. Et tu as voulu, à ton tour , nommer ton mal… Ne me prête pas l’oreille, mais l’attention pour comprendre les choses. Fais un effort d’imagination pour comprendre les choses. Fais un effort d’imagination pour me suivre, à pas de géant.

Suis-moi à San-Francisco. Regarde avec tes yeux et ton intelligence et non avec tes oreilles. Cette ville et les milles aspects de la vie que tu vois sont l’œuvre de cet homme que tu aperçois là, penché sur son labeur, il travaille…

Mais que signifie, en termes analytiques, en éléments primordiaux, cet acte magique par lequel l’homme transforme la nature et se transforme lui-même? Que signifie ce mot qui traduit à la fois la peine, la sueur de l’homme et la condition fondamentale de son bien-être, de sa sécurité et de sa puissance ? C’est ce mystère que je veux d’abord te révéler. Que fait l’homme qui travaille, qui crée par sa peine sa condition ? Il fait essentiellement une synthèse : la synthèse de l’homme, du sol et du temps…

Maintenant que tu es initié à un grand mystère, poursuivons notre chemin, à pas de géant. Tu as traversé New York, tu as aussi contemplé Londres et Paris, tu as atteint Varsovie, et tu as poussé jusqu’à Moscou ou plus loin encore, jusqu’à Tokyo. Qu’as-tu vu ? Les aspects essentiels de la vie ont-ils essentiellement changé au cours du trajet, si tu l’as fait les yeux et l’esprit grand ouverts ? Tu as vu partout, les mêmes édifices, les mêmes routes, les mêmes usines, les mêmes ateliers, les mêmes machines, les mêmes écoles, les mêmes laboratoires. Et tu as vu aussi que c’est cela et rien que cela qui fait la condition de l’homme. Mais « cela », cette même synthèse de l’homme, du sol et du temps que tu as constaté de San Francisco à Moscou, « cela » comment se nomme-t-il dans l’histoire ? Tu le sais puisque toi- même, quand tu veux appeler les choses par le nom, tu le nommes la « civilisation occidentale ».

Mais poursuivons encore notre voyage, en changeant d’itinéraire. Nous  allons partir de Tanger, traverser l’Afrique du Nord, longer le littoral sableux de la Tripolitaine, traverser le Nil et le canal de Suez, visiter les pays du Moyen-Orient, nous enfoncer dans les territoires musulmans de l’Inde et atteindre Java. Qu’aurons-nous vu ? N’est-ce pas aussi les mêmes aspects essentiels de la vie : la même inactivité, la même pauvreté, la même ignorance, la même somnolence ? Mais comment cette aire où règne le silence ? N’est-ce pas l’aire de la civilisation musulmane ? Cela aussi tu le sais. Mais ne me pose pas encore de questions.

Complétons encore notre tour d’horizon pour tirer une conclusion générale. Aprés cet itinéraire dans l’espace, faisons un autre dans le temps. Reculons d’un millénaire dans l’histoire. L’aire musulmane s’étendait alors de Samarkand à Cordoue et l’aire occidentale de Londres à Moscou. Mais de Cordoue à Samarkand, c’était un chantier où travaillaient des penseurs, des savants, des docteurs, des artistes, des artisans…L’aire où l’homme réalisait la synthèse de la civilisation musulmane. Cependant que dans l’autre aire, de Londres à Moscou, régnait l’état féodal où l’homme vivait en « serf taillable et corvéable à merci». Serais-tu tenté de faire un bond en avant, un bond de mille ans dans l’histoire ? Alors ne m’interroges pas sur l’avenir, je l’ignore. Je te dirais seulement cette parole de Celui qui sait : « Tels sont les jours. Nous les donnons tour à tour aux hommes »( Coran.Al ‘Imrane 139 )

Maintenant que nous sommes au terme de notre voyage, tirons plutôt une conclusion. Tu as constaté de visu que la condition de l’homme ne résulte pas des données ethniques, linguistiques, politiques ou géographiques. En effet, de San-Francisco à Moscou, il y a plusieurs langues, des races différentes, des systèmes politiques et des climats divers. Mais tu as constaté la même condition humaine, résultant du même labeur, de la même synthèse. Tu as constaté que cette condition est liée aux données générales d’une aire, qu’elle ne varie pas essentiellement d’un cadre institutionnel à un autre, d’une démocratie à une monarchie, mais d’une civilisation donnée à une autre. Tu as constaté, en un mot, que le destin de l’homme est profondément marqué par sa civilisation, qu’il s’élève ou déchoit avec elle. C’est cela la conclusion essentielle que je t’invite à tirer de ce voyage dans l’espace et dans le temps, c’est-à-dire dans l’histoire. Cette conclusion est capitale car elle constitue un critère et une méthode. C’est un critère pour éviter ta propre erreur et les pièges qu’on peut te poser pour déceler le faux, pour distinguer le patriotisme de la trahison. Car tu sais à présent que tout ce qui ne sert à réaliser la synthèse de l’homme, du sol et du temps est un faux dans l’histoire, donc un faux aussi dans la vie quotidienne. C’est aussi une méthode parce qu’en inspirant ta philosophie sociale, elle donnera à ton effort son efficacité maximum, elle donnera à ta vie le sens d’une flèche pointée vers une civilisation, c’est-à-dire, comme tu le sais, vers la seule condition humaine possible.

Et maintenant que tu es en possession de ce critère et de cette méthode dont je vais approfondir pour toi dans cette étude- je veux te faire réfléchir sur tes erreurs et tes illusions. Ton problème est faussé d’emblée quand tu le nommes d’un nom qui lui donne des frontières et qui donne à ton intelligence des œillères. C’est cela ce que tu fais quand tu parles de « problème algérien » ou de « problème yéménite », sachant pourtant que le mal est le même de Tanger à Java. As-tu le droit de nommer la peste de noms différents, ici la fièvre et ailleurs autrement ? Tu sais que du diagnostic découle la médication, et que si l’un est faux, l’autre est fausse fatalement. Et tu vois aussi le signe, mais tu ne vois pas ce qu’il désigne.

En pays chrétien, mon frère, la croix est un signe qui désigne aussi le cimetière. C’est le sceptre de la mort. Dans un pays colonisé, la colonisation est aussi un sceptre qui désigne la colonisabilité. Pourtant, je ne t’entends jamais parler de ta colonisabilité, mais seulement de la colonisation. Tu ne dis pas « pourquoi je suis colonisé » ? Tu dis seulement : « je suis colonisé ». Tu ne parles pas de tes « devoirs » mais seulement de tes « droits ». Je sais que ton attitude stérile découle de l’absence d’un critère et d’une méthode. Tu écoutes tes erreurs et leurs mensonges. Car les voleurs de prestige te mentent, eux qui n’ont pas le souci de t’éclairer mais de t’éblouir, de te servir mais de se servir de toi pour détenir et garder une parcelle de pouvoir. Et pourtant, il est clair que pour détruire la plante vénéneuse, il faut l’atteindre dans son germe, à la racine. Or la colonisation prend racine dans la colonisabilité. Là où un peuple n’est pas colonisable, la colonisation ne peut s’établir sur son sol. Le peuple allemand n’est pas colonisé aujourd’hui, bien que le sol allemand soit occupé. Le colonialisme ne peut planter son sceptre que là où il y a le cimetière d’une civilisation, donc l’homme colonisable.

Alors, maintenant, tu peux comprendre, je puis te révéler un autre mystère, entre la colonisabilité et colonialisme, il y a un pacte ; ils se donnent la main, eux aussi, à la foire où les voleurs de prestige monnayent ton destin, notre destin. Le colonialisme sait que la vocifération de la foire ne sont ni du patriotisme, ni de la politiques, ni de la culture, mais de la trahison, de la « boulitique », de la mythologie, de la magie, du mirage, de la mystification. Car tout ce qui ne sert pas à la synthèse de l’homme, du sol et du temps n’est rien dans l’histoire.

Mais je te dois encore un éclaircissement, puisque par principe je ne dois pas te laisser entendre les choses, mais te les faire entendre. Tu peux t’imaginer qu’en somme le problème est presque résolu puisque aussi qu’ailleurs il y a, dans le monde musulman, l’homme qui peut entreprendre la synthèse d’une civilisation musulmane. Il n’y aurait plus en somme qu’à désigner à cet homme son but dans l’histoire. Mais si tu t’imagines cela, je te dirais que tu as perdu le sens de cette étude dès la première ligne et que ton premier pas avec moi est un faux pas. Alors je te dirais mon frère, que je ne parle pas de l’homme qu’ a avorté la faillite d’une civilisation, de « l’indigène » colonisable qui est encore plus ou moins colonisé, de Tanger à Java, mais de l’homme qui doit enfanter une civilisation. C’est dans ce but que j’ai posé dans cette étude le problème de l’homme et que j’ai défini la culture qui peut le créer. Mais ce n’est pas à la foire qu ’on peut créer ce créateur. La foire où palabrent les voleurs de prestige, ces faux travailleurs, ces faux créateurs. Au fait, que disent-ils ? Que dit celui-ci que je vois arranger sa imama (turban) et surveiller sa syntaxe ? C’est un fantôme surgi du temps passé, un revenant de l’époque de Haroun Errachid. Il cite, comme argument décisifs, les phrases précieuses d’Ibn en-Nadhim, la prose parlée de Hariri et les rimes étincelantes de Moutanabi. Et toi ébahi, toi fasciné par les mots, tu opines doucement du chef buvant le verbe de ce prêcheur de souvenirs. Et que dit celui-là qui arrange sa grimace des grands jours, sa grimace électorale en surveillant son nœud de cravate ? C’est le prêcheur des besoins nouveaux, il veut te convaincre en citant Victor Hugo et Voltaire et toi tu dodelines de la tète toujours…

Mais au fond de toi, je vois une incertitude : tu rêves tantôt des fastes des milles et une nuits, et tantôt d’une voiture de marque et d’un fauteuil confortable, tu rêves, mon frère et on te fait rêver, mais la civilisation n’est ni un musée de vieux souvenirs, ni un bazar de nouveautés, c’est un chantier, une usine, un laboratoire où l’homme crée sa condition, en faisant la synthèse fondamentale de son pouvoir, du sol et du temps. Et c’est aussi un temple où l’homme peut -quand il veut respirer, s’inspirer- lever la tète au-dessus de son ouvrage et découvrir l’infini de Dieu, de Dieu qui inspire son génie et renouvelle son courage. C’est un temple où l’ignorance doit être attentive et pudique comme un point d’interrogation.

Il faut « chasser du temple » l’ignorance expansive qui se répand en jactance qui est impudique comme un point d’exclamation »

Malek Bennabi, le 10 janvier 1951

Al-Messiri : Occident, colonisation et sionisme

Etude du comportement humain et du sionisme

Al-Messeiri a eu le mérite d’instaurer un projet intellectuel d’envergure dont les productions se sont diversifiées entre ses célèbres recherches sur le sionisme, en passant par les recherches en sociologie et la critique littéraire pour finir avec les contes pour enfants.

Le projet de Abdel-Wahab Al-Messeiri consistait essentiellement à mettre sur le tapis une panoplie d’idées théoriques et méthodologiques pour interpréter les phénomènes sociaux, surtout celui du sionisme auquel il a porté un grand intérêt. Et c’est à travers cette étude qu’il a réussi à cristalliser ses théories et ses analyses.

Toutes les idées théoriques de Messeiri découlent d’une question traditionnelle dans le domaine des sciences sociales : peut-on comprendre le comportement humain en appliquant les mêmes méthodes utilisées dans la compréhension des phénomènes sociaux ? Mais la réponse de Messeiri est négative et ses arguments sont clairs. L’homme est la seule espèce qui pose des questions sur le pourquoi des choses et qui est toujours en quête de connaître la raison derrière son existence. Bref, c’est une créature qui a une mission à remplir, car elle constitue une partie inhérente à la nature, dans laquelle elle vit et interagit à plusieurs niveaux.

Pour rapprocher cette idée, le lecteur peut par exemple méditer sur l’idée maîtresse du grand linguiste Noam Chomsky sur ce qu’il appelle le miracle de la langue. Selon Chomsky, la langue est une qualité innée chez l’enfant. Le discours ordinaire repose sur la composition de relations logiques entre le lexique et l’accomplissement des opérations de dérivation que l’enfant effectue sans étudier la logique. En d’autres termes, l’esprit de l’enfant (c’est-à-dire ses facultés de compréhension qui ne sont pas concrètes mais qui peuvent effectuer ses opérations compliquées pour former des phrases compréhensibles) est donc plus complexe que son cerveau (du point de vue organique). Et donc, il est difficile de cantonner l’homme à son aspect biologique. Alors pour comprendre le comportement humain assez complexe, il faut trouver un modèle d’interprétation respectant l’indépendance relative de l’homme de sa nature biologique. Un modèle qui prendrait en compte les opérations complexes à travers lesquelles l’esprit humain emmagasine le flot d’informations qu’il reçoit sur son entourage et sur son vécu pour les réarranger par la suite conformément à leurs significations et leur importance. Le stade suivant est celui consistant à effectuer des opérations d’abstraction et de compilation afin d’apporter une certaine justification au phénomène faisant l’objet d’étude. Ces opérations sont appelées par Messeiri la création d’un modèle interprétatif du phénomène.

 

Comment Messeiri a-t-il appliqué cette position théorique sur la cause principale des Arabes qui est le conflit avec le sionisme ?

Il a commencé par réfuter le discours se rapportant aux droits et qui se limitait à se lamenter de l’injustice qui a été infligée aux Arabes ainsi que le discours contestataire qui considère que l’attaque menée contre le sionisme doit être impérativement justifiée. En revanche, Messeiri a présenté une analyse profonde sur le sionisme consistant à critiquer le fait qu’il s’est considéré comme une exception humaine de l’histoire. Le sionisme insiste à considérer les groupes juifs un peuple organique vivant en dehors de l’histoire. Selon la vision sioniste, ces groupes n’ont pas été influencés par les sociétés dans lesquelles ils ont vécu tout au long des siècles. Mais ils se sont enfermés sur eux-mêmes et ont préservé leurs caractéristiques, ont choisi leurs propres lexiques historiques et rêvent du retour à la « terre promise ». Pour Messeiri, la première étape pour comprendre le sionisme est de le situer dans son contexte historique en tant que phénomène colonialiste étranger que l’on ne peut comprendre que dans le contexte historique colonialiste de la fin du XIXe siècle.

Messeiri est resté fidèle à ce procédé rigoureux dans son analyse des différentes dimensions du phénomène sioniste. De même, lorsqu’il a abordé l’un de ces dossiers les plus épineux du XXe siècle, à savoir celui de l’holocauste. Contrairement aux tendances qui le considèrent comme un événement exceptionnel dans l’histoire humaine et qui est dirigé contre les juifs en tant que race, Messeiri a considéré cette problématique autrement en la reléguant à un niveau plus complexe. Sa vision avance que la problématique essentielle est de considérer l’holocauste comme un modèle intensifié d’une tendance d’extermination latente dans l’esprit colonialiste. Celle-ci voit le monde et les individus comme une simple matière destinée à la consommation et de laquelle il faut tirer la meilleure partie et s’en débarrasser le cas échéant. Il a essayé d’attirer l’attention sur les opérations d’extermination antécédentes et leur relation avec la configuration impérialiste occidentale. Et donc aux yeux de Messeiri, le tout est cantonné à une interprétation historique délicate et à un souci humain général qui touche toutes les victimes de la colonisation occidentale.

 

Messeiri était-il un apôtre du boycott ou de l’animosité envers l’Occident ?

La question importante qui s’impose est la suivante : Messeiri était-il un apôtre du boycott ou de l’animosité envers l’Occident ? La réponse peut être négative ou affirmative et cela dépend de ce que l’on entend par le mot « Occident ». Pour Messeiri, il faut distinguer entre deux niveaux en traitant avec le concept Occident. Un niveau figuratif qui le confinait à son image colonialiste hégémonique. L’autre niveau est historique, celui qui traite avec l’Occident en tant que réalité historique et géostratégique et qui considère « l’homme occidental » plus complexe que « le modèle d’hégémonie occidentale ». Messeiri a de tout temps été l’un des fervents opposants et un militant contre ce modèle.

En réalité, il est nécessaire de dissiper l’équivoque existant entre les deux niveaux pour comprendre la position de Messeiri vis-à-vis de l’Occident. Et donc, selon cet ordre d’idées, la dimension centrale est celle de la libération et non du racisme, et l’animosité émane du modèle d’hégémonie impérialiste. La position hostile s’élève essentiellement contre le modèle d’impérialisme occidental et non pas contre l’Occident en tant que tel. D’autant plus que nombreux sont les alliés de l’Occident qui s’érigent devant le modèle impérialiste d’hégémonie.

Le legs de Messeiri est un patrimoine scientifique précieux et créatif et une étude exhaustive du phénomène du sionisme ainsi que d’autres phénomènes scientifiques. C’est également une prise de position et une pensée libéraliste qui, tout en ayant critiqué le colonialisme occidental, s’est ouverte aux produits de la pensée humaine occidentale fut-elle ou orientale. Il nous a laissé également, en fin de compte, l’expérience humaine fertile d’un penseur soucieux de former et d’encourager un nombre énorme de disciples dans les diverses spécialisations de sa pensée encyclopédique. C’est à eux de sauvegarder son patrimoine et de le développer.

Yasser Elwi

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/7/16/opin4.htm

Des sources chrétiennes du Coran (?!)

Notre mère  Khadija était chrétienne selon l’idéologie des voyous

Comment se  prononcer sur des informations circulant au sein d’une partie de notre jeunesse affirmant que notre mère Khadija était chrétienne. Sous entendant par là que le Prophète aurait été chrétien parce que le chrétien Waraqa ibn Nawfal, cousin de Khadija, aurait célébré leur mariage dans un milieu mecquois de cohabitation confessionnelle entre des communautés de Hanifs, de Chrétiens et de Juifs. Qu’en est-il réellement ? Quelle est la source de référence ?

Le doute, qui s’empare de l’esprit du croyant, est-il dans l’importance exagérée accordée à la chronologie universelle (Târîkh oul Roussoul wal Mouloûk) de l’historien Mohammad Ibnou Djarîr At Tabari ? Les critiques sur l’islam, les compagnons et l’authenticité du Qur’àn ne proviennent-elles pas de l’exploitation abusive et tronquée de cette œuvre monumentale  réalisée vers 353 H ?

Les sources de références

Sur le plan scientifique, l’œuvre de Tabari est considérable mais elle s’inscrit dans ce que les savants musulmans appellent la reconstitution des événements de l’histoire qui a moins de crédit historique que l’enregistrement en direct de l’histoire qui sont les compagnons du Prophète. Dans la lignée des grands historiens dignes de confiance, il y a Ibn Ishaq le premier à écrire la biographie du Prophète en 152 après la Hijra. Il est donc plus proche de la vie du Prophète et il avait à sa disposition les biographies écrites du vivant du Prophète. Il ne faut jamais perdre de vue que Tabari est un chroniqueur. Son oeuvre ne doit être accessible qu’aux historiens et savants. Le commun qui n’est pas versé dans la connaissance spécialisée n’est pas outillé pour lire et trier les chroniques de Tabari. La lutte idéologique consiste à donner aux jeunes musulmans des oeuvres difficiles d’accès non pour la formation des idées mais pour la formation du doute, de la contradiction des informations et du déluge d’informations dont ils n’ont ni les clés de compréhension ni le contexte ni les instruments scientifiques de lecture.

Une troisième branche historique est l’interprétation de l’histoire pour en dégager les lois et les leçons. Dans cet agencement il est certain que tout ce qui a trait à la vie du Prophète pour consolider sa foi ne peut être soumis à la seule appréciation de la troisième catégorie que si et seulement si elle  provient d’une source musulmane qui a compétence scientifique, autorité religieuse et vertu morale.

Il est rare, voire douteux, de voir un non musulman s’investir avec noblesse  dans le sacré du musulman car la bataille livrée contre le Qur’àn qui a commencé dès sa révélation n’est pas finie et ne vas pas s’achever. Par contre il est désolant de voir les musulmans donner crédit à une quatrième voie, celles des orientalistes et des évangélistes détracteurs de l’islam.

Cette quatrième voie s’appuie principalement sur les chroniques de Tabari. Est-ce que Tabari aurait failli ?

Les savants musulmans ne sont pas ignorants de l’œuvre de Tabari ni de celle d’Ibn Ishaq ni d’Ibn Hicham comme ils ne sont pas ignorants des principales sources explicatives de l’histoire initiale de l’islam : les Sahihs (Authentiques) de Muslim et Boukhari pour s’en référer en cas de doute. Au dessus de toutes ses compétences, ils ont la connaissance du Qur’àn qui est et reste la première et la dernière référence pour comprendre l’islam et le Qur’àn. Ils connaissent donc les sources internes du travail de Tabari et ils sont unanimes à dire qu’il a respecté la règle de l’isnad (la chaine de transmission). Cependant deux problèmes restent posés qui demandent une circonspection pour le non spécialiste qui fait de Tabari son unique recours.

Le premier est lié à l’authenticité du récit des transmetteurs dont certains ont pris la culture de leur époque c’est-à-dire l’introduction biblique (al israiliyate) dans le fait islamique. Il appartient aux historiens musulmans de travailler sur son corpus de milliers de pages pour infirmer ou confirmer non la chaine qui est juste mais l’objectivité du transmetteur et épurer ainsi l’histoire musulmane du fabuleux, du légendaire et du judaïque. Il est particulièrement intéressant  de lire la présentation qu’IqraShop fait de la traduction des chroniques de Tabari :

La Chronique de Tabari, dans laquelle ont puisé les principaux historiens orientaux, offre, même dans sa forme abrégée, un grand intérêt pour l’étude de l’histoire de l’Orient. Il est certain que pour quelques périodes par exemple, pour l’histoire des Omeyyades, elle reste la source la plus précieuse des connaissances et même celles de ses parties qui sont dépourvues de critique et de toute valeur historique, telles que les fables relatives à l’histoire ancienne, ne manquent point d’intérêt, car elles contiennent cette foule de légendes auxquelles tous les auteurs musulmans font des allusions perpétuelles, et que le lecteur européen est souvent bien embarrassé de trouver, pendant que Tabarî nous les donne dans un cadre qui en facilite singulièrement la recherche.

Si Al Albani et d’autres savants ont fait un travail remarquable sur le Hadith, il reste à la communauté scientifique musulmane de faire le travail de purge de son riche patrimoine et en particulier des chroniques de Tabari comme le préconise le savant Al ‘Alwani.

Le second problème est plus subtil et plus pervers car il est relatif à la traduction de l’œuvre de Tabari par les occidentaux. Il est remarquable d’ouvrir une parenthèse et de constater comment les Occidentaux si friands de vérité et de traduction n’accordent pas d’importance à Ibn Hicham. J’avance une opinion qui ne doit pas être loin de la vérité : dans son traité « La Biographie du Prophète » Ibn  Hicham procède à l’étude généalogique des Juifs et des Chrétiens et de la littérature arabe annonçant la venue d’un Prophète parmi les Arabes. Il décrit les Bani Nadir et les Bani Qoraydha comme les descendants  de la secte juive de Qomran. Il va jusqu’à faire correspondre les Juifs d’Arabie à Haroun le frère de Moïse.

Bien avant l’heure il a ouvert un dossier d’actualité, celui des Manuscrits apocryphes de la mer morte et ses controverses religieuses, scientifiques  et politiques entre Juifs, Catholiques, Protestants et Anglicans. Cette parenthèse nous renvoie à un dossier brulant qui interpelle la conscience religieuse et intellectuelle des occidentaux et des personnalités arabes judéo-chrétienne sur l’authenticité de leurs sources. Ce dossier s’appelle le scandale de la fin du second millénaire qui continue au début de ce troisième de faire couler de l’encre et de déchainer des passions religieuses et idéologiques.

Le scandale est aussi dans notre acceptation du fait que ceux qui ne sont pas capables de traduire leurs propres sources et de comparer leurs textes sacrés s’occupent des nôtres. L’expression arabe dit Faqad as chay la ya’tih : Celui qui ne possède pas un objet ne peut le donner à autrui. Celui qui manque de crédibilité ne peut vendre ses boniments.

Les occidentaux n’ont pas traduit la version originale mais la version iranienne synthétique, celle du savant samanide chiite al Bal’ami. Al Bal’ami a produit 40 ans après la mort de Tabari une version traduite en perse puis abrégée par l’élimination des différents avis sur le sens ou la source d’une chronique, et contenant en plus des opinions personnelles et des avis doctrinaux de al Bal’ami introduisant un biais scientifique et historique comme l’affirme des savants tels que Chah Abdoul Aziz Al Mouhaddith Ad Dhalawi dans « Touhfah Ithnâ Achariyah. Cette version traduite, simplifiée et remodelée fut ensuite retraduite en arabe. C’est la version finale abrégée et biaisée (4 volumes) qui a connu une notoriété plus grande que la version originale ( 16 volumes). C’est l’imparfaite qui a été traduite par H. Zotenberg en 1874 en français et proposée encore aujourd’hui au public francophone sous le titre de « La Chronique – Histoire des Prophètes et des Rois » ou de « La Chronique de Tabari ».

Herman Zotenberg orientaliste juif a non seulement traduit une version escamotée de la chronique de Tabari mais a procédé à sa falsification en dénaturant la période qui va de la naissance de Mohamed (saws) à son Apostolat pour faire de lui un vulgaire copiste ou copieur de la Bible. Il a, bien entendu, donné plus d’éclat aux quelques affabulations inévitables dans un travail de compilation historique. La falsification de l’œuvre de Tabari s’est opérée par un procédé scandaleux relevant davantage de l’idéologie que de la science en utilisant à la fois la mauvaise traduction et l’omission de phrases, de mots et de chapitres entiers.

Le subjectivisme historique est connu, ses effets aussi. Il est navrant de constater des musulmans qui n’en font pas cas pour se prémunir des manipulations idéologiques dans l’étude de leur religion et dans le choix de leurs sources d’informations.

Les savants sunnites recommandent de ne pas recourir à la traduction  française d’Herman Zotenberg car c’est réellement le livre où non seulement on ne trouve pas la vérité sur l’Histoire de l’Islam et des musulmans mais on met en péril  sa foi si elle ne s’est pas construite sur le Qur’àn, la Sunna et les sources arabes dignes de foi. On ne peut demander à la Croix de changer de vocation et d’être le défenseur ou le promoteur du Croissant. On ne peut exiger du subjectivisme d’éclairer objectivement les faits historiques et encore moins le fait religieux et sacré. Tous les livres qui font référence à cette traduction sont porteurs de faux et de falsifications. Il ne s’agit pas de les bruler, l’islam ne connaît pas l’esprit inquisitoire, mais de s’en préserver pour protéger sa foi et sa raison à moins d’avoir déjà un minimum de connaissances pour affronter le faux et le démasquer.

Il ne faut pas croire que la traduction d’Herman Zotenberg est la seule à mettre en cause dans le travail de sape de l’histoire musulmane et de la personnalité du Prophète. Il y a une œuvre moins subtile que cette traduction mais qui semble plus efficace sur l’esprit des jeunes musulmans en quête de sensationnel ou pris par le doute et qui ne questionnent pas le Qur’àn mais ses détracteurs. Cette œuvre maléfique est « Le prêtre et le prophète » de Joseph Azzi.

Avant d’aller plus loin dans l’examen de quelques arguments des détracteurs, il faut reconnaître avant toute chose que la faute nous incombe car nous portons les germes qui nous rendent fragiles et vulnérables. Comment ne pas être séduits par un détracteur quand nous avons construit notre personnalité sur l’affectif sensible à la séduction des mots fascinants et du sensationnel au lieu de la construire sur la raison capable de suivre un argumentaire et d’y déceler les faiblesses et les forces sur lesquelles s’opèrent la conviction de la pensée. Comment construire un argumentaire lorsqu’il existe des imams qui, dans la mosquée, débitent des récits mythologiques sur le Phénix perse le Simorg, la fourmi géante de Salomon ou le fameux Taureau qui porte la Terre sur l’une de ses cornes. Nous avons fait de notre communauté une communauté qui confond les fables, les légendes, les mythes, l’histoire, la science et tout ce qui porte atteinte à la foi au nom d’une prétendue raison.

La retraite spirituelle de Mohamed (saws)

Tout est mis en œuvre pour faire naître le doute dans notre esprit et l’entretenir par une rhétorique vielle de 15 siècles et entretenue depuis les guerres coloniales par les orientalistes : Mohamed (saws) se serait  retiré en retraite spirituelle à la grotte Hira, accompagné par le moine Waraqa. Cette retraite aurait duré 15 ans pour accréditer l’idée que le Qur’àn est l’œuvre d’une préméditation, d’un effort intellectuel faisant de Mohamed (saws) un érudit influencé par les écrits bibliques ou par sa controverse intellectuelle avec les Juifs et les Chrétiens qui étaient lettrés.

Tabari,  Ibn Ishaq, l’imam Malek et l’imam Ahmed en s’appuyant sur le Qur’àn et les hadiths montrent que Mohamed (saws) n’est resté en retraite qu’un mois précédant la révélation et qu’il était illettré ne savant ni lire ni écrire. La retraite au mont Hira était une pratique du clan de Mohamed (saws), les béni Hachem qui étaient polythéistes. Les Tribus puissantes et riches de Mekkah eux aussi observaient cette retraite une fois l’an (au mois lunaire de Ramadhan) par imitation des béni Hachem qui jouissaient d’un grand prestige social en leur qualité de gardiens du sanctuaire de la Kaaba depuis les temps immémoriaux d’Ismaël. Ni Tabari ni un hadith ni un autre historien musulman ne dit que des moines chrétiens ou des rabbins juifs ont participé à cette retraite. Le Qur’àn montre que Mohamed (saws) a bel et bien vécu parmi son peuple pour témoigner à la foi qu’il était illettré, vertueux et d’un excellent comportement et qu’il ne pouvait être sous la coupe ou l’influence des chrétiens ou des juifs :

{Était-ce chose étonnante, pour les gens, que Nous ayons Inspiré un Homme d’entre eux ?} Younes 2

{Et lorsqu’on leur récite Nos Versets évidents, ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre disent : « Apporte-nous un Qur’àn autre que celui-ci, ou bien altère-le. » Dis : « Il ne m’appartient pas de l’altérer de mon propre gré, je ne fais que suivre ce qui m’est Révélé. Moi, je redoute, si je me rebellais contre mon Seigneur, le châtiment d’un jour effroyable. » Dis: « Si Allah Avait Voulu, je ne vous l’aurais pas récité, ni Il ne vous l’Aurait Fait connaître. J’ai déjà passé parmi vous tout une vie avant sa Révélation; ne raisonnez-vous donc   pas ? » Qui donc est plus injuste que celui qui controuva des mensonges contre Allah ou qui a démenti Ses Versets ? Certes, Il ne Fera point cultiver les malfaiteurs.} Younes  15

{Et tu ne récitais aucun livre, avant celui-là, ni tu ne l’écrivais de ta droite, les détracteurs ne se livrent qu’à des conjectures.} al Ankabout 48

On a dit que le chrétien Waraqa, Abdul Muttalib s’isolait avec le Prophète dans la grotte de Hira pour prier ensemble et lors de cette retraite Waraqa aurait initié le prophète à la doctrine chrétienne pour succéder à Waraqa dans la région après sa mort comme si Waraqa était évêque ou cardinal qui avaient besoin d’assurer sa succession. Waraqa n’était pas un prêtre mais un chrétien de son temps et de son milieu qui se consacrait davantage à l’étude des textes bibliques en puisant dans les textes hébreux. Agé et atteint de cécité, il n’était ni le compagnon social ni le guide spirituel ni le maitre d’école de Mohamed (saws).  Aucun document ni témoignage crédible n’existe pour donner crédit à la thèse sur la relation maitre à disciple de Waraqa à Mohamed (saws). Le Qur’àn est le seul document de référence qu’aucune autre source ne peut contester car il y en  a pas.

{De même, Nous t’Avons Inspiré un Esprit (Qur’àn) , par Notre Ordre : tu ne savais point ce qu’est le Qur’àn, ni la foi. Mais Nous l’Avons Fait une Lumière avec laquelle Nous Guidons qui Nous Voulons de Nos dévoués. Et toi tu guides sûrement vers un chemin de rectitude : le chemin d’Allah, à qui appartient ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre. C’est vraiment vers Allah que toutes choses se destinent.} as Shura 52

Waraqa était parmi les rares lettrés mais il n’était pas prêtre car il n’y avait aucune institution religieuse à la Mecque en dehors de la Kaaba garnie à l’intérieur et à l’extérieur de plus de 300 idôles. Il s’est  converti au christianisme avant l’apostolat de Mohamed (saws). S’il avait enseigné la lecture et l’écriture à Mohamed (saws) le Qur’àn n’aurait pas fait dit à Mohamed (saws) de ne pas s’inquiéter sur son assemblage final quand on sait que la Révélation a mis 23 ans pour s’achever. Il faudrait une compétence de lecture pour inventorier, trier, classer et réunir des feuillets, des ossements, des parchemins écrits par les scribes de Mohamed (saws) sur sa propre dictée d’un énoncé coranique dont des fragments ont été révélé à la Mecque, à Médine, en marche, au repos, en privé, en assemblée publique, dans la cité, dans la campagne…

{C’est à Nous qu’incombe son assemblage et sa lecture. Quand Nous le récitons, suis alors sa lecture.} Al Qiyama 17

Waraqa savait par les textes bibliques qu’il a étudiés qu’il y aurait  l’arrivée du Prophète annoncé par la Bible. Toute la littérature chrétienne est mobilisée pour refuser à Mohamed (saws) le statut de Prophète pour la raison simple : la frustration de ne pas voir ce Prophète attendu venir parmi eux et confirmer l’idée qu’il est Esprit comme Jésus ou qu’il homme  représentant de l’Eglise comme le veut la papauté.

{Et quand leur vint un Messager de la part d’Allah, corroborant ce qu’ils ont, un groupe de ceux qui reçurent le Livre rejeta le Livre d’Allah derrière leurs dos, comme s’ils ne savaient pas.} Al Baqarah 101

On est allé  jusqu’à prétendre que le discours coranique contre l’Eglise tient au fait que Mohamed (saws) voulait être Pape mais l’Eglise a refusé. On oublie qu’il a dit aux arabes qui le persécutaient que même s’ils mettaient dans sa main droite le soleil et dans sa gauche la lune il ne changerait rien à sa mission jusqu’à ce qu’il périsse ou fasse triompher la religion d’Allah.  Le statut de roi d’Arabie lui aurait suffi s’il était un imposteur avide de pouvoir et de richesse. Ayant échoué dans toutes leurs tentatives de nier le statut de Prophète à Mohamed les chrétiens et les juifs ont  alors entamé  l’œuvre de le diaboliser en lui faisant porter le nom de Mahomet (signifiant littéralement le non loué le contraire de Mohamed l’excellence dans la louange), et de Mahound signifiant le diable l’ennemi juré du christianisme. Le Pape urbain II qui a lancé les croisades lors du Concile de Clermont Ferrand en 1095 désignaient les musulmans de « race maudite », de païens à exterminer…

Pour mieux brouiller les pistes, on présente parfois Waraqa comme le continuateur du moine Bahira qui aurait  initié Mohamed (saws) tout jeune au Christianisme.  Bahira moine en Syrie n’a fait que pressentir la mission prophétique de Mohamed (saws) alors que celui-ci  accompagnait son oncle, une fois dans sa vie, en voyage en Syrie. Abul Hasan ‘Ali Nadwi s’appuyant sur les travaux de l’historien Ibn Hicham raconte :

Une fois, lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait neuf ans, Abou Talib faisait ses préparatifs dans l’intention de participer à une caravane commerciale qui allait en Syrie.  Sachant cela, Mohammed s’approcha de son oncle et, se blottissant contre lui, insista pour l’accompagner dans son voyage.  Ému de ce signe d’affection, Abou Talib accepta de l’amener avec lui en Syrie.  Lorsque la caravane atteignit Bousra, en Syrie, elle y fit un court séjour et pendant qu’ils étaient là, ils rencontrèrent un moine nommé Bouhaira qui vivait en réclusion.  Allant pour une fois à l’encontre de ses habitudes, il sortit à la rencontre des marchands et organisa pour eux un grand festin. Ces derniers crurent qu’ils s’étaient attiré les bonnes grâces de Bouhaira, mais en réalité, il n’était sorti de sa cellule que parce qu’il y avait eu une vision avant l’arrivée de la caravane. Lorsqu’il vit Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il vit en lui les signes de la prophétie, qu’il connaissait, et conseilla à Abou Talib : « Retourne chez toi avec ce jeune garçon et protège-le contre les juifs. Une gloire immense attend ton neveu. ».  Alors sur les conseils de Bouhaira, Abou Talib ramena immédiatement son neveu à la Mecque.

Bahira ne pouvait ni marquer l’imagination de Mohamed (saws) ni lui enseigner l’écriture et la lecture et encore moins la Bible au cours d’une seule rencontre. Waraqa, lui  n’a fait que constater l’apostolat de Mohamed (saws) s’inscrivant dans la logique de l’homme pieux qui connait les textes bibliques. Bahira et Waraqa ne font que suivre les préceptes bibliques comme le précise A. Alem dans « Mohammad dans la Bible et Jésus dans le Coran, éd. DAZ » dont nous ne citerons que quelques extraits :

Galates 1-9 « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!  »

Mathieu (21:43): « C’est pourquoi je vous le dis, le Royaume des Cieux vous sera retiré, et donné à une nation qui en recueillera les fruits. Quiconque tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. »

Barnabas18 : «mais après moi viendra la splendeur de tous les Prophètes et saints; il éclairera les ténèbres de tout ce qu’ont dit les Prophètes, car il est le Messager de Dieu

Pentateuque : 18. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

32: 21: « Ils ont excité ma jalousie par ce qui n’est pas Dieu, ils m’ont irrité par leurs vaines idoles ; et moi, j’exciterai leur jalousie par ce qui n’est pas un peule, je les irriterai par une nation insensée. »

Qui est mieux placé pour voir à la fois la nation insensée (Jahiliya arabe ante islamique), les prophéties bibliques,  la noblesse de Mohamed (saws) et le signe de l’Apostolat en lui Bahira et Waraqa ou les farfelus qui veulent modifier le cours de l’histoire et contredire la Parole divine :

{Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Torah et l’Évangile – il leur ordonne le convenable et leur interdit le blâmable…} al A’âraf 157

L’illétrisme du Prophète (saws) visé par le Coran a un double sens : il ne savait pas lire et écrire pour pouvoir écrire le Coran, mais aussi il n’avait aucune connaissance des Livres des Juifs et des Chrétiens pour pouvoir s’en inspirer. Il était pur de toute dérive philosophique, religieuse et culturelle de son époque. Il était un receptacle vierge qui pouvait recevoir le Coran sans entrer en contradiction avec lui ni le contaminer par des réminescences antérieures de culture judéo-chrétienne.

Nous avons vu ce que disent les livres des Chrétiens et que renforce le Qur’àn pour les acculer à reconnaitre la vérité ou à apporter la preuve de leur détraction, chose impossible :

{Et quand Jésus fils de Marie dit: Ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu envoyé vers vous, confirmant ce qui, dans la Thora , est antérieur à moi et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad.} As Saf 6

Les Juifs et les Chrétiens étaient en attente d’un Prophète et celui-ci serait en rupture totale avec l’ordre ancien. Cette rupture radicale exige qu’il soit orphelin et illettré ne pouvant subir aucune influence sur le plan de l’instruction sauf à être témoin de son époque et témoigner à son époque de l’éminence de sa vertu et de sa noblesse :

{le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Torah et l’Évangile : il leur ordonne le convenable et leur interdit le blâmable} Al A’âraf 157

La citation des personnages Waraqa et Bahira dans les hadiths et l’histoire musulmane témoigne de l’esprit véridique de Mohamed (saws), de Khadija son épouse, de ses compagnons et des historiens musulmans. Il n’y a rien à cacher ni à falsifier. Un imposteur ou un falsificateur cache sa forfanterie et occulte les témoins pour ne pas être démasqué. Ce n’est pas le cas de Mohamed (saws) et des Musulmans. Détenteurs du Qur’àn, ils ne peuvent que se montrer justes et véridiques envers les faits et les hommes.

Les principales sources arabes sont les hadiths et pour la période ante islamique, la poésie. Les spécialistes arabes ont étudié la poésie arabe, juive, chrétienne et païenne pour constater le même creuset : la tribu, l’honneur, la gloire, la femme, la guerre et le vin. Rien dans les sources arabes ne laissent croire que le peuple arabe ait consacré de son temps, de ses discussions, de ses écrits ou de ses poèmes à quelque chose qui touche de près ou de loin la loi, la philosophie, la métaphysique ou la mystique. Rien de tout cela car la culture arabe était hors normes universelles malgré sa qualité littéraire et poétique.

Les chrétiens détenteurs du faux, lequel ne résiste pas à sa confrontation avec la vérité et la logique pure ou historique, vont faire de Waraqa et de Bahira des instruments pour se prouver que Mohamed (saws) était un ancien chrétien converti au satanisme pour ne pas se convertir à l’islam et garder bonne conscience d’aller massacrer des Musulmans au nom de l’amour, de la vérité et de la charité. Si nous revenons au rapport des Juifs et des Chrétiens et leur relation à Mohamed (saws) les Manuscrits découverts en 1947 accréditent la thèse d’Ibn Hicham sur la l’attente de Mohamed (saws) comme étant le Prophète attendu par les Juifs et les Chrétiens au temps du Messie et attendu :

« Seuls les fils d’Aaron décideront des questions de droit et de biens et leurs ordres fixeront le sort qui déterminera les règles des hommes de la communauté. Quant aux biens des hommes saints dont la conduite est parfaite, qu’on ne les mêle point aux biens des hommes de fraude qui n’ont pas purifié leur conduite en se séparant de l’erreur et en agissant sans commettre de faute. Et qu’eux-mêmes ne s’éloignent d’aucun conseil de la loi pour marcher dans l’obstination de leur cœur, mais qu’ils jugent d’après les premiers préceptes par lesquels les hommes de la communauté ont été d’abord disciplinés jusqu’à ce que viennent un prophète et les messies d’Aaron et d’Israël. » (Les Manuscrits de la Mer Morte de Michael Wise, Jr Martin Abegg et Edward Cook, p. 345).

Les sectaires de Qumrân attendaient un ou deux siècles avant Jésus deux messies, en l’occurrence Yahia (Jean) et Jésus et un prophète (Mohamed).

Si on délaisse la traduction falsifiée d’une traduction escamotée et les affabulations acrobatiques d’un malade mental pour se pencher sur la traduction plus fidèle de Ralph Stehly de la biographie authentique d’Ibn Hicham, Sîrat an-nabî, on verrait les choses d’un autre regard. Recourir à Ibn Hicham c’est faire référence à Ibn Ishaq qui à son tour se rapporte à  ‘Ubayd. Nous sommes davantage entrain de  solliciter la source authentique de faits historiques avérés:

 L’Envoyé de Dieu passait ce mois en retraite et à nourrir les pauvres qui venaient à lui. Quand le mois était achevé, il accomplissait la circumambulation autour de la Ka’ba sept fois, ou autant de fois que Dieu l’ordonnait ; ce n’est qu’ensuite qu’il se rendait à la maison. Alors que l’année de son apostolat était arrivé, il alla comme d’habitude avec sa famille durant le mois de Ramadân à Hira’. Dans la nuit où Dieu par miséricorde envers son serviteur l’honora de son message, Gabriel lui apporta l’ordre de Dieu.- Il vint à moi, raconte l’Envoyé de Dieu, alors que je dormais. Il tenait à la main un feutre brodé enveloppant un livre. – Récite ! m’ordonna-t-il. Je ne récite pas ! Répondis-je. Alors il me pressa le livre sur la bouche et les narines à en étouffer, Si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha et me répéta: – Récite ! – Je ne récite pas répondis-je. Alors, il me le pressa à nouveau aussi fort, si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha. Il me répéta alors: Récite! – Que dois-je réciter ? Répondis-je. Il me pressa alors à nouveau le livre aussi fort, si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha et me redit: – Récite !- Que dois-je réciter ? Rétorquai-je. Je ne dis cela que par crainte qu’il me traite à nouveau comme il le fit auparavant. Alors il me dit :

{Récite au nom de ton Seigneur qui créa,   Qui créa l’Homme d’une adhérence    Récite! Ton Seigneur étant le Très Généreux  Qui enseigna par le calame  Et enseigna à l’Homme ce qu’il ignorait.} al ‘Alaq 1

J’ai récité, et il finit par s’éloigner de moi. Je me suis éveillé et [ces phrases] étaient comme inscrites dans mon cœur. Je sortis [de la caverne] et à peine arrivé au milieu de la montagne, j’entendis une voix venant du ciel disant:  » O Mohammed, tu es l’Envoyé de Dieu et je suis Gabriel ! ». Je levai la tête vers le ciel et voici que Gabriel était là sous les traits d’un homme joignant les talons, à l’horizon du ciel. Il me dit: O Mohammed, tu es l’Envoyé de Dieu et je suis Gabriel ! ». Je m’arrêtais le regardant sans pouvoir avancer, ni reculer. Je me mis alors à me détourner de lui mon visage vers les autres points de l’horizon, mais je ne regardai nul point du ciel sans voir l’ange en la même attitude. Je demeurai ainsi debout, sans pouvoir ni avancer ni reculer. Puis je me détournai de lui, mais de quelque côté que je dirigeai mes regards, je le vis toujours devant moi. Je restai ainsi debout, sans pouvoir avancer ni reculer, jusqu’à ce que Khadîdja envoya des gens pour me chercher. Ils allèrent jusqu’aux hauteurs de La Mecque, puis retournèrent de nouveau chez elle. Quant à moi je restai sur place, puis il [l’ange] partit; c’est alors que je retournai dans ma famille. Quand je vins chez Khadîdja, je me blottis et me serrai fort contre elle. Elle me demanda: Abû l-Qâsim, où étais-tu ? Par Dieu, j’ai envoyé des gens pour te chercher. Ils sont allés jusqu’ [aux hauteurs de] La Mecque et en sont revenus ».

Quand je lui eus raconté ce que j’avais vu, elle me dit: « Réjouis-toi, mon cousin, et sois ferme ! Par Celui entre les mains duquel se trouve l’âme de Khadîdja, j’espère que tu deviendras le Prophète de ce peuple ! ». Elle se leva alors, s’habilla et alla chez son cousin Waraqa b. Nawfal b. Asad b. ‘Abd al-’Uzzä b.Qusä, qui s’était converti au christianisme, avait lu l’Ecriture et avait appris maintes choses des Gens de la Tora et de l’Evangile et lui raconta ce que l’Envoyé de Dieu avait vu et entendu. Alors Waraqa s’écria: « Saint! Saint! Par Celui entre les mains duquel se trouve l’âme de Waraqa, si tu me racontes la vérité, Khadîdja, alors le Nâmûs suprême est venu à nous, qui est aussi apparu à Moïse et il est le prophète de cette nation et dis-lui d’être ferme ». Sur ce, Khadîdja retourna chez l’Envoyé de Dieu et l’informa de ce que Waraqa avait dit.

Quand le moment de sa retraite pieuse fut passé, que l’Envoyé de Dieu retourna chez lui et que comme d’habitude il avait tourné autour de la Ka’ba, Waraqa b. Nawfal le rencontra, alors qu’il tournait autour de la Ka’ba, et lui dit: Ô cousin, raconte-moi ce que tu as vu et entendu ! » Quand l’Envoyé de Dieu le lui eut raconté, il s’écria: Par Celui entre les mains duquel se trouve mon âme, tu es le prophète de cette nation et le Nâmûs suprême (l’Archange Gabriel), qui est apparu à Moïse, est venu à toi. On te tiendra pour un menteur, te maltraitera, te bannira et te combattra. Si je devais vivre cette époque, j’aiderais Dieu de telle manière qu’Il m’en tienne compte . Puis il baissa la tête et l’embrassa sur le front, sur quoi l’Envoyé de Dieu rentra chez lui.   

 La haine des idéologues et l’aveuglement des intérêts de classe

Ces mêmes chrétiens, pourtant se déjugent en donnant à Mohamed (saws) des surnoms certes peu élogieux mais contradictoires : épileptiques, obsédé sexuel, chrétien converti au satanisme, lettré avide de pouvoir, ignorant formé par les chrétiens. Toute l’islamophobie repose sur ce regard haineux sur Mohamed (saws) que la mémoire collective judéo-chrétienne colporte sans fondements historiques pour résister contre l’ébranlement de leur dogme faux que l’islam a révélé par un énoncé logique qui met à terre les fabulations et les mythologies. Toute la haine des idéologues athés, juifs et chrétiens, anciens et modernes, repose sur la frustration d’avoir été dépossédés du prestige d’être les seuls détenteurs de la vérité et d’avoir été dévoilés dans leurs affabulations :

{Ni ceux qui devinrent mécréants, des gens du Livre, ni les polythéistes, ne souhaitent que quelque bien vous soit octroyé de votre Seigneur, mais Allah Privilégie de sa Miséricorde qui Il Veut. Allah possède la Munificence immense.} al Baqara 105

{Un grand nombre des gens du Livre souhaiterait vous faire apostasier en mécréants, après que vous ayez été croyants, par une jalousie émanant de leur personne, après que la Vérité se soit manifestée à eux.} al Baqara 109

Pour répondre dans le détail, il faut écrire plusieurs livres sur l’art de dénigrer l’islam depuis son avènement jusqu’à ce jour.  Pour approfondir la question du prétendu héritage chrétien, il y a le travail exceptionnel de Malek Bennabi : le Phénomène coranique. Malek Bennabi a fait un travail qui relève davantage, comme il le spécifie lui-même, de la phénoménologie du religieux islamique  et de la psychologie du Moi Mohammadien avant, pendant et après la Révélation coranique. Bennabi a décrit le  climat de l’Arabie : «l’attente d’un prophète parmi les Arabes ».  Tous, Arabes polythéistes, Juifs ou Chrétiens attendaient :

{O gens du Livre, Notre Messager est venu, en fait, pour vous expliciter, après une absence de Messagers, afin que vous ne disiez point : « Il ne nous est venu nul annonciateur ni avertisseur ». Voilà qu’il vous est venu, en fait, un annonciateur et un avertisseur. Allah Est Omnipuissant sur toute chose.} al Maidah 19

Le Qur’àn, le Hadith et l’histoire disent que les Chrétiens et les Juifs avaient de la suffisance et montraient de l’arrogance pour les arabes idolâtres qu’ils n’ont pas convertis ni au christianisme ni au judaïsme pour conserver leur ascendance de lettrés et de Ahl al Kitab sur les Arabes qui n’avaient ni Livre ni savoir religieux.  Il était plus facile et plus simple pour eux de convertir les Arabes fascinés par les juifs et les chrétiens que d’être les instigateurs d’un nouveau Livre qui allaient mettre fin à leur hégémonie religieuse et dévoiler leur falsification. Toute la haine des juifs contre Mohamed (saws) et contre les musulmans est à la fois dans la dénonciation de leur prétention à être le peuple élu et dans la négation des Grands Prophètes « juifs » à être des juifs mais des musulmans.

Pour les chrétiens c’est la même haine pour les mêmes raisons auxquelles il faut ajouter la dénonciation du dogme de la trinité et de la déification du christ et de son statut de Rédempteur. Sur le plan logique, il est impossible que le moine ou le rabbin fabrique sa propre négation qui met fin à son mensonge et sa fascination sur les autres.

Ce qui est le plus regrettable est notre quête d’arguments contre Mohamed (saws) auprès des détracteurs de l’islam alors que le meilleur argument en faveur de la véracité de Mohamed (saws) est le Qur’àn lui-même. Il faudrait juste faire une lecture comparée, même superficielle, entre les Bibles et le Qur’àn. Il n’y a ressemblance ni dans le style, ni dans la forme ni dans le contenu. Ils sont tellement divergents que penser qu’ils sont indissociables par l’origine d’inspiration ou de transmission relève d’une gageure. Dans le Qur’àn, il y a des vérités qui n’existent pas dans la Bible. Dans le Qur’àn il y a démonstration des mensonges, des fabulations, des falsifications et des contre vérités contenus dans la Bible sur le plan de la foi, des Prophètes, de Dieu et de l’univers.  Maurice Bucaille dans la Bible, le Coran et la Science montre les divergences fondamentales sur le plan scientifique.

C’est la déclaration de Waraqa de soutenir Mohamed (saws) donc de se convertir et de témoigner de la vérité révélée à Mohamed (saws) qui fait mal à la mémoire de la monolâtrie chrétienne. Pour comprendre la méchanceté des chrétiens contre Mohamed (saws) il faut voir Waraqa davantage comme un Chrétien proche de l’esprit des apôtres de Jésus et des chrétiens nazaréens persécutés par les romains et dont le Qur’àn fait l’éloge que des fonctionnaires du Vatican et des clercs des églises :

{Quand Jésus sentit la mécréance de leur part, il dit : « Qui sont mes Défenseurs pour Allah ? » Les Apôtres dirent : « Nous sommes les Défenseurs d’Allah, nous croyons en Allah, et témoigne que nous sommes musulmans. Notre Seigneur, nous devînmes croyants en ce que Tu As Révélé et nous suivons le Messager, Veuille nous Inscrire parmi les témoins ».} al ‘Imran 52

C’est avec cet esprit qu’il faut voir le témoignage de compassion et d’historicité du Qur’àn pour les Chrétiens persécutés que la Bible ne peut rapporter :

{Les gens du Fossé ont été tués : c’est le Feu au combustible. Lorsqu’ils y étaient assis, et eux sont témoins de ce qu’ils faisaient des croyants, et ils n’ont tiré vengeance d’eux que parce qu’ils croient en Allah, l’Invincible, le Tout-Louable.} al Bourouj 4

{Penses-tu que les gens de la Caverne et d’ar-Raquîm ont constitué une chose extraordinaire d’entre Nos prodiges ? Quand les jeunes gens se furent réfugiés dans la Caverne, ils dirent : «Ô notre Seigneur, donnes nous de Ta part une miséricorde; et assure nous la droiture dans tout ce qui nous concerne». } Al Kahf 9

L’islam et les musulmans ne sont pas ennemis jurés des Juifs et des Chrétiens par sectarisme religieux ou racisme. Ils sont ennemis du faux. J’exprime ma sympathie pour les prêtres, les croyants d’autres confessions et les non croyants qui s’acquittent de leur devoir d’humanité envers leurs semblables sans porter un jugement de valeur sur leur foi ou leurs convictions. Je m’insurge contre ceux qui veulent confisquer et dénaturer notre religion, notre histoire et notre liberté. En cela j’essaye d’être une des images les plus justes, les plus sincères et les plus conformes de l’enseignement de Mohamed (saws). Au lieu d’aller au dénigrement et à l’affrontement chacun peut pratiquer sa foi, exercer sa liberté et cultiver son talent sans nuire à l’autre. Au lieu de chercher à prouver ou à réfuter que Waraqa est l’initiateur de Mohamed (saws) et par voie de conséquence l’inspirateur du Qur’àn on aurait tous gagné en maturité, en échange et en convivialité dans un pays tendu si on aurait fait de la biographie scientifique de Mohamed (saws) un facteur de cohésion sociale. Le traité qu’il a établi avec les Chrétiens de Najrane n’est-il pas un exemple typique de l’indulgence et de l’équité que nous pouvons suivre :

« Les biens, les familles, les églises et tout ce que les Najraniens possèdent seront sous la protection d’Allah et de Son messager. »

Au lieu d’impulser les comportements sectaires et les replis identitaires, d’écouter ou de faire entendre les discours d’exclusion puis de les voir mis en pratique contre les banlieues, n’aurait-il pas été plus sage de chercher chez le musulman la culture mohammadienne. Au lieu de tenter de gommer cette culture ou de la manipuler, il aurait plus judicieux d’y voir un trait d’union avec l’esprit citoyen et républicain hors des normes laïcistes :

« Celui qui fait du mal à un Juif ou à un Chrétien trouvera en moi son adversaire au Jour du Jugement. »

« Je suis le plus digne du fils de Marie, en ce monde et dans l’au-delà. Les prophètes sont des frères issus de coépouses. Leurs mères sont différentes mais leur religion est unique ».

Devrait-on écouter les faussaires qui veulent transformer la vision pieuse de Waraqa « On te tiendra pour un menteur, te maltraitera, te bannira et te combattra » en catharsis social, politique et idéologique contre le bouc-émissaire que nous sommes devenus ? Waraqa pourtant pressentait les souffrances qui attendaient le Prophète à la fois par sa connaissance de la vie des Prophètes et de son regard sur leur monde dominé par l’idolâtrie sous sa forme païenne brute ou sous sa forme chrétienne ou juive plus raffinée que le paganisme des Arabes et des Perses. Il est remarquable de noter que le texte de Bokhari est antérieur aux travaux qui veulent récupérer Waraqa pour en faire le prêtre chrétien qui a initié Mohamed (saws). Si Waraqa avait accompagné Mohamed (saws) à Hira et l’aurait initié, ce Hadith authentique n’aurait pu voir l’existence dans la logique des choses.

 

Le rapport de Khadija au christianisme

Quand on se focalise sur un homme pour le dénigrer, on n’écarte pas du travail de sape l’entourage de cet homme en particulier aux moments les plus significatifs de sa vie. Mohamed (saws) ne fait pas exception à cette règle. Au moment le plus fort, en l’occurrence le début de la Révélation, on va s’attaquer à Khadija. Sa vertu étant sans faille, on va jouer sur l’imaginaire en exerçant l’effet de contamination des mots et des images. Le cousin de Khadija Waraqa était chrétien et par conséquent l’épouse du Prophète Khadija ne pouvait qu’être chrétienne renforçant ainsi l’idée que Mohamed (saws) ne pouvait qu’être chrétien par le lien du mariage et le sacrement de l’Eglise. On fait oublier plusieurs choses importantes que je vais passer en revue :

Ni Mohamed (saws) ni Khadija n’auraient consulté Waraqa en la qualité que les faussaires veulent lui attribuer : le lien sacramental de leur union. Il est intervenu dans l’histoire de Mohamed (saws) comme un double témoin dans une dramatique  inscrite comme indélébile dans la mémoire de l’Arabie et plus tard de tous les musulmans mais aussi des Chrétiens. Ces derniers sont appelés à chercher la vérité car il y va du salut de leur âme, de la paix de leur cœur et de leur réhabilitation spirituelle et morale avec l’esprit de Jésus.  Il a apporté son témoignage pour reconnaître l’apostolat de Mohamed (saws) comme il l’avait apporté plus tôt pour soutenir le mariage de Khadija avec Mohamed (saws) témoignant une fois de plus de l’excellence de caractère et la noblesse de cœur de Mohamed. Khadija veuve et orpheline ne pouvait que chercher le soutien de son cousin Waraqa Ibn Nawfal pour obtenir l’assentiment de son oncle, Amr ibn Asad, sans doute réservé eu égard à la richesse de Khadija et de la condition sociale modeste de Mohamed (saws).

A l’unanimité des savants, des historiens et des biographes musulmans Waraqa en plus de ce rôle de conciliateur ou de facilitateur du mariage de Khadija a assisté au mariage de sa cousine Khadija qu’en qualité d’invité parmi les 200 invités conviés à un festin. La biographie de Mohamed (saws) est suffisamment riche et détaillée pour se rappeler le nombre d’invités, le nombre important d’invités et la nature des mets offerts aux invités qu’au moins une personne sur les 200 se serait souvenu d’une cérémonie religieuse autre que celle que les mecquois pratiquent traditionnellement. 200 invités assistant au mariage d’un couple singulier à la Mecque est un nombre impressionnant qui ne peut laisser les chroniqueurs et la mémoire arabe dans le doute ou l’ignorance.

L’oncle de Khadija était vivant puisque Hamza et Abul Moutallib lui ont demandé la main de Khadija. Il aurait été plus logique de chercher la chrétienté de Khadija par son père ou par son oncle et non par son cousin. Mais comme les détracteurs n’ont aucune hypothèse plausible pour étayer leur thèse alors ils se rabattent sur le premier argument qu’ils peuvent amalgamer dans leur diversion pour saper le fondement de l’islam et semer le doute de jeunes en déficit de lecture intellectuellement probes et historiquement fiables.

Les chroniques musulmanes disposent d’un précieux document biographique qui met fin à toute spéculation sur le prétendu sacrement du mariage par le prétendu prêtre Waraqa : la Khotba (allocution dite à l’occasion des fiançailles) que l’oncle du prophète prononça selon la coutume Koraïchite en présence des principaux dignitaires Koraïchites réunis au domicile de Khadija: « Louange à Dieu. Louange à Dieu qui nous a fait naître de la postérité d’Abraham et d’lsmaïl et qui nous a donné en héritage le territoire sacré. Mohammed, fils d’Abdallah, mon neveu, est privé des biens de la fortune, de ces biens qui ne sont qu’un dépôt qu’on rendra tôt ou tard. Mais il surpasse tous les autres Koraïchites en vertu, en intelligence, en lignée et en grandeur d’âme. Mohammed, dis-je, mon neveu, a une inclination envers Khadidja, et celle-ci  éprouve le même sentiment pour lui. Je déclare que, quelle « que soit la dot nécessaire pour conclure ce mariage, je la verserai pour lui »

Waraqa était Hanif comme l’était Mohamed (saws) et Khadija avant la Révélation. Waraqa est un converti au christianisme mais il n’était pas d’extraction chrétienne pour supposer que Khadija pouvait être elle aussi d’extraction chrétienne.

Khadija est la première personne à embrasser l’Islam et à soutenir le Prophète comme nul ne l’a soutenu dans les moments les plus difficiles. Si pour l’islam la première personne à s’engager pour l’islam est une femme, pour le christianisme officiel la femme est une sorte de vache à Satan, le péché par excellence. Cette femme merveilleuse devant la panique de Mohamed (saws) accablé par la lourde charge de la Révélation le rassura par des mots qui témoignent qu’elle n’était pas chrétienne mais une vraie Hanife qui garde les survivances de l’islam abrahamique dans sa foi, sa morale et son adoration silencieuse d’Allah : « Jamais, par Dieu, « Allah ne te voudra jamais de mal. Tu as de bonnes relations avec ta famille, tu aides le pauvre et le nécessiteux, tu accueilles tes invités (généreusement et tu assistes les malheureux qui le méritent ». Toute la socialité islamique, tout le courage, toute la vocation et la détermination du musulman et de la musulmane sont dans la signification ontologique, spirituelle, morale et sociale  des mots que Khadija a prononcé pour soutenir Mohamed (saws).

En ce qui concerne la cérémonie de mariage de Mohamed (saws) avec Khadija, Joseph Azzi dans son livre mensonger : « Le prêtre et le prophète: aux sources du Coran » veut nous faire croire qu’il y a eu sacrement, ce qui est complètement faux. D’abord il faut signaler que toutes les chroniques de l’époque ne signalent  à la Mecque ou dans ses environs ni église ni synagogue ni monastère ni couvent. Tout ce qu’il raconte sur la cérémonie relève de la tradition arabe reprise par la Shari’a islamique qui reconduit tout ce qui est bien et ne contredit ni la lettre ni l’esprit de l’Islam : la demande de mariage en présence des tuteurs ou des parents ainsi que des témoins (Waraqa a joué le rôle de cousin témoin et non de prêtre), le consentement affirmatif des futurs époux, la célébration, la publicité du mariage et le versement de la dot. Les musulmans à ce jour continuent d’observer le même rituel pour le mariage auquel a été ajouté la lecture de la Fatiha et la présence de l’imam qui ne sont  pas obligatoires. Le mariage en Islam n’est pas un sacrement religieux mais un contrat de vie commune entre deux personnes libres. Il y a une différence entre le sacré et le sacrement dans les religions musulmanes et chrétiennes. Le mariage n’est pas sacré puisque les époux peuvent le remettre en cause en se séparant à l’amiable ou sur la demande d’un des conjoints. Le mariage en islam n’est pas un sacrement puisqu’il n’y a pas de clergé ni d’autorité religieuse qui par sa présence ou ses offices rend le mariage sacré.

Dans la foulée, je voudrais  aussi préciser que le terme répudiation est un terme qui n’appartient pas au lexique coranique. C’est un terme forgé par les orientalistes pour des motifs idéologiques. Le terme en usage dans le Qur’àn est séparation. La Shari’a islamique pour des questions de viduité et de jurisprudence liées aux droits moraux, pécuniaires et matériels distingue la séparation du fait de l’homme qu’elle nomme Talaq (divorce) et de la femme qu’elle nomme Kholo’ (désengagement des liens du mariage) mais dans les faits, il y a divorce définitif et rupture du contrat de mariage prononcé par autorité judiciaire compétente.

Insister sur un prétendu sacrement chrétien du mariage de Mohamed (saws) avec Khadija c’est une fois de plus faire douter de son authenticité en qualité de Prophète et accréditer l’idée qu’il est un apostat qu’il faut combattre et non un messager de Dieu qu’il faut suivre. Si les idéologues chrétiens ne cassent pas par tous les moyens médiatiques et artifices intellectuels l’idée que  Mohamed (saws) est le Sauveur de l’humanité, ils ne pourront plus faire tenir debout le mythe de Jésus le Sauveur, le Rédempteur qui est mort pour les péchés de l’humanité car cela poserait la question de la signification de sa mort, de sa crucifixion ainsi que celle de la légitimité religieuse, morale et politique de l’Eglise véritable empire. Face à la vérité éclatante de l’islam qui risque de faire entrer toute l’humanité dans l’islam, il ne reste aux détracteurs chrétiens et aux athées qu’à diaboliser et criminaliser son illustre représentant  Mohamed (saws) et ainsi  faire passer pour faux, douteux et incohérent le Livre qui lui a été révélé :

{Et ceux qui devinrent mécréants dirent : « N’écoutez pas ce Qur’àn et résistez-lui par le bavardage, peut-être vaincriez-vous ».} Fussilat 26

Si on veut chercher la vérité loin de l’amalgame, allons la chercher dans l’histoire. Mohamed (saws) a épousé Khadija au 7ème siècle. Le sacrement du mariage chez les chrétiens n’a pas vu le jour chez Jésus et les premières communautés chrétiennes mais au 13ème siècle. On peut mentir sur un an ou deux mais pas sur 6 siècles de décalage :   Le mariage n’est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de l’Église qu’en  1215 lors du concile du Latran. On peut mentir sur un ou deux siècles mais pas sur 9 siècles de décalage : la cérémonie religieuse à l’Eglise ne devient obligatoire, avec le rituel des  époux donnant leur libre consentement devant un prêtre,  qu’en 1563 lors du concile de Trente. On peut mentir sur 9 siècles mais pas sur 13 siècles de décalage. Ce n’est qu’au XIX siècle que le choix mutuel du conjoint entre dans les mœurs chrétiennes mettant fin à la domination féodale du mariage de raison fondé sur les calculs fonciers et non sur l’appel des cœurs. Il a fallu plus de 14 siècles de tâtonnement, d’improvisation, de falsification  de la bible venant s’ajouter aux falsifications antérieures, de laïcité mettant fin au pouvoir mystificateur de l’Eglise avant d’arriver au contrat civil de mariage dans la République qui ressemble au contrat civil du mariage de Mohamed (saws) Prophète de l’islam avec la première dame de l’histoire du monde musulman,  temps du Prophète.

Si un prétendu rituel de type chrétien ou juif aurait été pratiqué on l’aurait trouvé dans les chroniques musulmanes qui évoquent le mariage du Prophète avec quatre femmes non arabes. Safiyyah Bint Huyay Ibn Akhtab, Juive de la tribu de Banû An-Nadîr. Elle fut capturée à la bataille de Khaybar, puis le Prophète (saws) l’acheta à Dihyah et l’épousa en l’an 7 de l’Hégire. Mâriyah Al-Qibtiyyah  » Marie la copte « , l’esclave que le roi d’Egypte El muqaweqis a offert au Prophète qu’il épousa.   Rayhanna Bint Zyad, la juive convertie à l’islam, de la tribu juive de Nadir (ou Baní Qourayedha). Myriam, chrétienne convertie à l’islam.

Ces femmes ne sont pas l’objet de propagande car nous sommes à Madinah et Mohamed (saws) est pour leur esprit malade un musulman qui a déjà trahi le christianisme à la Mecque. Quand on parle de la Mecque, on évoque le Qur’àn de la période mecquoise qui est essentiellement focalisé sur la foi monothéiste qui a édifié la génération qui allait conduire le Jihad à Madinah puis partir à la conquête du monde pour transmettre d’abord le contenu de la foi et de la morale islamique. C’est réellement une guerre idéologique que les vautours islamophobes continuent de mener sans relâche contre Mohamed (saws). Elle est idéologique car elle s’attaque au credo et aux éléments historiques de ce crédo : Mohamed (saws) et son environnement immédiat.

Un mensonge qui dépasse l’entendement :

Si on veut voir le mensonge des fabulateurs qui jouent sur l’esprit des musulmans qui ne consultent pas le Qur’àn, il faut prendre leurs écrits et les soumettre à la raison, à l’histoire et au Qur’àn. Il y a tellement de mensonge que cela nous prendrait une vie à traquer l’indéfendable et à le démasquer. Il vaut mieux se consacrer à l’étude de la biographie scientifique du Prophète tel que présentée par le syrien Saïd Ramadhan al Bouty.

Pour ne pas laisser la jeunesse déroutée, je montre juste un dernier mensonge flagrant du pseudo savant Joseph Azzi qui fait du verset 22 de la sourate al Ahzab un scénario pour apaiser sa frustration, car il sait comment les juifs qui ont trahi le Prophète ont été expulsés de Khaybar malgré la puissance de leurs forteresses et comment les Croisés ont été expulsés de Jérusalem malgré leur coalition internationale. Ce malheureux fourvoyé traduit le terme coranique ahzab par coalition chrétienne se voyant le Pape incitant les chrétiens à l’assaut du monde musulman :

{Et quand les croyants ont vu les factions (les coalisés), ils dirent : « Cela est ce qu’Allah nous A Promis, ainsi que Son Messager. Allah A Été Véridique, ainsi que Son Messager » Et cela n’a fait qu’augmenter leur foi et leur abnégation.} al Ahzab 22

Malek Bennabi faisant l’analogie entre Mohamed (saws) et le fer dégageant un champ magnétique nous dit avec une logique que nous ne voulons pas suivre nous confinant à suivre les autres et leurs mensonges : la science consiste à faire parler l’un et l’autre. Le champ magnétique interrogé ne relève que ce que la compétence et le savoir de l’interrogateur sont capables d’interroger. Par contre Mohamed (saws) ultime Prophète a devance les interrogations en révélant son « Moi » dans toute son étendue en public et dans son intimité privée ou ontologique ne laissant rien à l’ombre de sa nature prophétique et de sa nature humaine. Il faut être stupide ou haineux pour ne pas écouter ce qu’il dit de lui-même et ce que disent de lui ses contemporains au lieu d’aller écouter les falsificateurs qui n’arrivent pas à faire parler la vérité à leur propre histoire et à leur propre religion…

La loi de Dieu est au dessus de nos vœux : plus un homme est grand plus les chiens qui aboient derrière lui sont nombreux et féroces mais ils ne peuvent rien changer au cours de l’histoire. Il faut les voir en pipi de chat dans un océan de noblesse :

{C’est ainsi que Nous fîmes à chaque prophète un ennemi parmi les criminels. Mais ton Seigneur suffit comme guide et comme soutien}  al Furqane 31.

 

Le mensonge sur les termes Hanif et Chrétiens :

Il reste à donner la signification de Hanif. Mohamed (saws), Khadija et quelques Arabes étaient des Hanifs dans le sens où d’une part ils s’écartaient des religions falsifiées refusant leurs dogmes et leurs rites et d’autre part ils étaient en quête de la vérité monothéiste comme l’était Abraham dans sa jeunesse fuyant les idoles et cherchant Dieu. Mohamed (saws) était Hanif dans le sens où sa foi en Dieu était claire mais il lui manquait les rites et la Shari’a islamiques : il pratiquait la vertu, le bon comportement et la prosternation à Dieu en guise d’adoration. Il savait par sa Fitra saine qu’Allah est Créateur, Dieu et Souverain sans en connaitre tous les attributs qui allaient être révélés par le Qur’àn. On peut dire que la Hanifiya est l’archétype humain avant qu’il ne soit ou bien contaminé par l’idolâtrie ou bien promu par l’islam. C’est ce que le Qur’àn explicite et c’est ce que les Juifs et les Chrétiens réfutent en dénigrant Mohamed (saws) et en se réclamant héritiers d’Abraham :

 {Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, Hanif (pur monothéiste), et qui ne fut point du nombre des polythéistes ».} al Baqarah 135

{O gens du Livre, pourquoi disputez-vous d’Abraham alors que la Torah et l’Évangile ne furent Révélés qu’après lui : Ne raisonnez-vous donc pas ! Vous voilà ayant disputé ceux-ci, sur ce dont vous avez quelque connaissance, pourquoi donc disputez-vous sur ce dont vous n’avez nulle connaissance ? Allah Sait et vous ne savez point. Abraham n’était ni juif ni nazaréen, mais il était un Hanif (pur monothéiste), musulman, et il n’était point du nombre des polythéistes. Certes, les Hommes les plus dignes d’Abraham sont : ceux qui l’ont suivi, et ce Prophète, et ceux qui devinrent croyants. Allah Est le Protecteur des croyants. Un groupe des gens du Livre voudrait bien pouvoir vous fourvoyer, mais ils ne fourvoient que leurs propres personnes et ils ne se rendent pas compte. O gens du Livre, pourquoi mécroyez-vous en les Versets d’Allah alors que vous en êtes témoins ? O gens du Livre, pourquoi confondez-vous le Vrai avec le faux et taisez-vous la Vérité en le sachant ?} al ‘Imrane 65

{J’ai tourné ma face, en pur monothéiste, vers Celui qui Initia les Cieux et la terre, et je ne suis point du nombre des polythéistes ».} al An’âm 79

Est ce qu’il avait en Arabie des gens qui correspondent à ce verset ? Il y avait quelques Hanifs qui vivaient en Arabie dont certains se sont convertis au christianisme comme Waraqa croyant trouver la réponse à leur interrogation et d’autres perdus dans le désert et les montagnes d’Arabie en attente de la nouvelle prophétie mais ils avaient peu d’influence sur la vie religieuse et sociale de la Mecque. Un cas typique de ces Hanifs est Abou Dherr al Ghifari. Il rapporte que bien avant l’avènement de l’islam il avait abandonné l’idolâtrie le jour où il avait pris en flagrant délit deux fennecs en train de pisser sur l’idole mise dans sa tente :

Une divinité qui laisse deux fennecs lui pisser sur la tête,
Sans se défendre, est un Dieu bien médiocre et bien bête,
Je fais le serment d’abjurer de toutes les idoles
Et je n’adorerai qu’Allah, l’Unique, le Grand, que rien n’isole…

Ces Hanifs étaient primitifs sans secte, sans dogme, sans temple, sans manifestations spirituelles visibles, socialement et reconnues en cette qualité. Il était difficile de distinguer le Hanif réel du Hanif formel qui associe à Dieu une idole. On ne peut parler d’un courant qui aurait eu de l’influence sur Mohamed (saws). Mohamed (saws) avait l’excellence sur trois plans : il était monothéiste, vertueux qu’aucun péché de jeunesse ou d’âge adulte n’a taché et d’un comportement social exemplaire. A la Mecque il n’y avait pas de Hanifs mais des polythéistes avec des réminiscences de Hanifs comme dans les peuplades primitives qui reconnaissent l’existence d’un Créateur et cherchent l’intermédiation cultuelle et spirituelle dans le recours aux fétiches et totems.

L’effort mystique des quelques Hanifs arabes ne tendait ni vers la morale chrétienne ni vers la légalité mosaïque mais vers quelque chose de purement individuel de tradition purement arabe sans aucun lien avec la tradition judéo-chrétienne. Ces hanifs n’ont laissé aucune trace de liturgie religieuse ni de rite. L’esprit du bédouin arabe en errance sans lien avec aucune civilisation ni byzantine ni perse exprimait l’attente d’un nouveau prophète devenu necessité historique vu la deliquescence morale et sociale du monde dans sa globalité. Malek Bennabi, étudiant les données historiques, pose la question de l’attente du Prophète et de la Hanifiya en Arabie sur le plan de la manifestation de la mémoire collective, de l’élaboration du subconcient ou de l’emergence d’une intuition face aux grands événements qui boulversent l’existence humaine ?

Malek Bennabi, dans son étude historique, psychologique et phénoménologique  va arriver à la conclusion que le Wahy (la Révélation coranique) ne relevait ni du pensé ni du pensable qui pouvait laisser supposer une méditation antérieure ou une inspiration par le recours à d’autre source. Le Wahy relève de la connaissance spontannée et absolue versée dans le coeur et l’esprit de Mohamed transcendant sa volonté qui devient vecteur de transmission fidèle, sincère et infatigable de la Parole divine. Le Wahy n’est pas intuition qui emerge de l’intérieur mais certitude qui vient de l’extérieur habiter l’intérieur sans intermédiation pédagogique d’apprentissage :

{Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Ceci n’a été que par une miséricorde de ton Seigneur. Ne sois donc jamais un soutien pour les infidèles; et que ceux-ci ne te détournent point des versets d’Allah une fois qu’on les a fait descendre vers toi. Appelle les gens vers ton Seigneur et ne sois point du nombre des Associateurs.} Al Qasas

{Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes. Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. } al Qasas 48

Quel est dans le Qur’àn  le rapport entre Hanif et Muslim (Musulman) ? Il ne faut pas perdre de vue que l’évocation du mot Hanif appelle deux notions qui fondent le monothéisme, la négation innée ou raisonnée de l’idolâtrie et la quête affirmative et confirmative de Dieu que nous pouvons résumer dans le premier pilier de l’islam la Chahada ou l’attestation de foi : « Il n’y a point de divinité sauf Allah ». Le mot islam est la traduction du sens de Hanif dans tous les rapports de la vie comme le souligne Abraham (as) et Mohamed (saws) dans cet énoncé sublime qu’aucune religion ne peut formuler si le principe du monothéisme lui échappe :

 {Dis : « Mon Seigneur m’A Guidé vers un chemin de rectitude, une religion intègre, la confession d’Abraham, pur monothéiste. Il n’était point du nombre des polythéistes ». Dis :

« Certes, ma prière, mes dévotions, ma vie et ma mort sont pour Allah, Seigneur des Univers, Il n’A point d’associé. C’est ce qui m’a été commandé et je suis le premier des Musulmans ». Dis : « Aspirerai-je à un autre Seigneur qu’Allah, alors qu’Il Est le Seigneur de toute chose ?} al An’àm 106

Le mot islam est la traduction du sens de Hanif dans le sens aussi où le terme islam signifie s’en remettre totalement à Allah en tout lieu, tout moment et toute circonstances.  Quand le Qur’àn dit que Abraham était musulman et qu’il nous a appelé musulmans le sens est triple. Le premier est la confirmation de la déviation des Chrétiens et des Juifs de l’esprit monothéiste d’Abraham. Le second est la symbiose entre l’esprit de Mohamed et de tous les Prophètes descendants d’Abraham (as) et leur accord sur les mêmes principes de foi qui sont l’essence de l’Islam depuis Adam (as) : l’Unicité d’Allah dans l’unicité de Son Etre, l’unicité de Ses Attributs, l’unicité de Sa Divinité, l’unicité de Sa Souveraineté, l’unicité  de son Adoration, l’unicité de la fratrie de foi….

Ni les chrétiens ni les Juifs ne sont considérés comme Hanifs car ils ne sont pas monothéistes au sens coranique car ils nuisent par le dogme et le culte à la notion de l’Unicité. Le meilleur terme pour eux c’est la monolâtrie : ils croient en un Dieu : le leur qui n’est pas celui des autres. Le Coran les met en demeure de prouver leurs fabulations. Comme ils sont en quête d’astuce, ils croient avoir trouvé la formule en faisant des Chrétiens des Hanifs que Mohamed (saws) est censé suivre en réalisant des contre sens dans la traduction. Dans la course aux mensonges, ils vont jusqu’à chercher les contradictions dans le Qur’àn que leur rationalisme a trouvé et que notre fanatisme est incapable de déceler. Ils citent par exemple ces deux versets :

{Dis aux négateurs : «Je n’ai reçu pour ordre que d’adorer le Seigneur de cette cité qu’Il a Lui-même sanctifiée , car tout Lui appartient. Et il m’a été recommandé d’être du nombre des musulmans} an Naml 91

{Et Il m’a été ordonné d’être le premier des musulmans.} Az zomr 12

L’explication du  verset:

{Dis aux négateurs : «Je n’ai reçu pour ordre que d’adorer le Seigneur de cette cité qu’Il a Lui-même sanctifiée, car tout Lui appartient. Et il m’a été recommandé d’être du nombre des musulmans} an Naml 91

Ici c’est le discours et l’attitude que doit tenir Mohamed (saws) pour les habitants de la Mecque : ils ont l’honneur et le privilège de naitre et de vivre dans un lieu saint et de descendre d’une lignée bénie celle d’Ismaël : il leur faut s’inscrire dans le continuum spirituel : le monothéisme abrahamique au lieu de se dégrader en idolâtres et en complexés devant les gens des Ecritures.

Mohamed est le modèle par excellence à suivre. Ce verset précise aux négateurs présents à la Mecque et aux négateurs à  venir que Mohamed (saws) n’est pas « inventeur » d’une religion mais pratiquant du monothéisme pur : l’islam. Il appartient intégralement à la famille des musulmans, des monothéistes depuis qu’Allah a crée l’univers.

L’autre verset :

{Et Il m’a été ordonné d’être le premier des musulmans.} az Zomr 12

C’est qu’il n’y avait plus de monothéistes ni chez les chrétiens ni chez les juifs ni chez les arabes ni ailleurs. Mohamed (saws) est non seulement le guide et le modèle de la communauté musulmane mais le premier. Il y a à la fois une réinitialisation de l’histoire de l’humanité et l’annonce de la fin du monde car  Mohamed (saws) est le sceau de la prophétie. Il y a un avant et un après Mohamed (saws) dans le sens où avant lui il n’y avait plus de communauté musulmane et après lui il restera toujours une communauté musulmane dont il est l’initiateur. Moise (as) et Jésus (as) s’inscrivaient dans une dimension régionale et temporelle limitée alors que Mohamed (saws) est dans l’universalité :

{Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers.} al Anbiya 107

Il n’y a donc aucune contradiction entre les deux versets. Dans le premier verset il s’agit de l’inscription de Mohamed (saws) dans la lignée des prophètes par la volonté divine et non par exercice intellectuel ou spirituel de Mohamed (saws) et dans le second dans la réinitialisation de la communauté monothéiste qui dispose d’un Prophète ultime, d’un Livre ultime et d’une Religion parachevée.

Douter un instant en donnant crédit aux allégations des chrétiens qui veulent que « Je suis parmi les musulmans » cela voudrait dire qu’il était parmi ces chrétiens est presque du Kofr car cela signifie qu’Allah (swt) ne sait pas distinguer les uns des autres d’une part et qu’il restaure l’Islam alors que le christianisme est monothéiste contre toute sagesse d’autre part  sans oublier que par cette façon Allah (swt) serait injuste puisqu’il pratique l’arbitraire contre de bons chrétiens en les dépossédant de leur religion qui est la sienne (?). C’est logiquement absurde.

Tout l’artifice des chrétiens est de semer le doute. Tout le drame des musulmans est de tomber dans le piège en donnant de l’importance à ce qui n’est même pas de la spéculation philosophique ou de l’interprétation historique mais de la conjecture, de la haine, de la diversion.

 

La lutte idéologique à travers l’histoire

Aucune nation ni aucun peuple ne peuvent vivre privés de leur mémoire collective et de leur histoire. Porter atteinte à la mémoire et à l’histoire c’est mettre en péril la vitalité voire l’existence d’une communauté humaine qui perd ses repères et ses valeurs. Attaquer, dénaturer ou mystifier les symboles, les hommes et les faits historiques a un effet pervers sur l’équilibre social et l’appartenance identitaire. Ces vérités sont plus aigües pour le monde mususlam dont l’emergence historique est devenu confondue avec l’avènement de l’islam et sa civilisation. Tout coup porté à l’islam, à l’histoire ou à la civilisation islamique est un coup porté à l’avenir du peuple musulman dans ses frontières historiques ou dans l’expression des minorités musulmanes en Occident. Majorité ou minorité, le peuple musulman ne peut dissocier cette particularité islamique car l’islam, l’histoire musulmane et la civilisation islamique sont le reflet d’un seul et même phénomène : le phénomène coranique qui est la rencontre de la Révélation (le Qur’àn) avec l’homme dans le temps et l’histoire de sa dynamique spirituelle, sociale, politique et économique avant le phénomène colonial.

L’islam n’a pas vocation de rester une statique dans le coeur mais une dynamique dans le corps social et le mouvement historique. L’histoire musulmane est le déroulement des expériences musulmanes pour appliquer l’islam ou réagir avec l’islam et pour l’islam dans la confrontation des musulmans avec le monde non musulman. Ces expériences ont été plus ou moins réussies selon la force et la durée de l’élan qu’a joué l’islam dans la vie des peuples. Quand l’islam a été occulté ou mal compris, les gouvernants et gouvernés du monde musulman ont provoqué l’effondrement de la civilisation musulmane. Quand la société portait l’islam, en dépit de la bonne et mauvaise gouvernance qui s’alternaient elle a construit une civilisation que même les despotes musulmans ont défendu par orgueil.

A partir de cette vérité, on comprend les mobiles qui ont poussé les détracteurs de l’islam à mener de front la guerre idéologique contre l’islam et contre la civilisation musulmane en cherchant les failles dans l’histoire des peuples musulmans  ou en cherchant à affaiblir la langue du Qur’àn, ou en s’attaquant à la personne du Prophète ou à dénaturer le sens des versets du Qur’àn. Il suffit juste de proposer au monde une vision despotique d’un gouvernant musulman pour tenter de discréditer l’islam. On ne peut sans être historien tolérer l’idée que l’islam ne se résume qu’ à el Hajaj comme on ne peut tolérer l’idée de présenter l’empire Ottoman comme la colonisation française. On doit pouvoir étudier l’histoire du monde musulman sans passion mais aussi sans amalgame ni falsification.

Le Da’iy, celui qui invite à la parole de Dieu, se trouve par les exigences de la lutte idéologique mis dans la situation défensive et inopérante : répondre aux attaques des négateurs au lieu de diffuser le mesage islamique. Hélas, la vérité est amère : celui qui défend est moins armé que celui qui attaque du point de vue organisation, moyens financiers, plateau d’édition et de médiatisation sans compter le laxisme de la communauté musulmane par insouciance des fois et par nécessité sociale souvent car elle est confrontée à la misère, à l’analphabétisation, à l’exclusion…

Nos élites participent à cette dispersion des énergies et des moyens dans la lutte idéologique livrée contre l’idée de l’islam et ses valeurs en se focalisant sur le particularisme local spatial et temporel ou contre un courant de l’islam au lieu de se hisser à l’universalité de l’islam et à la construction d’un front unifié de résistance idéologique contre la détraction mais aussi contre l’oppression nationale et l’impérialisme mondial.

Il est vrai que les appelants à Allah se trouvent amoindris par cette dualité qui a été introduit dans l’esprit du musulman : musulam et islamiste, islam et islamisme. Mais il est surtout vrai aussi que nous ne faisons pas d’effort pour montrer que le Qur’àn et la Sunna sont valides et solutions crédibles. La faute n’incomba pas à l’islam mais à la logique d’action des élites qui montre sa déficience à traduire l’islam en solutions sociales, politiques et idéologiques. Nos savants ont versé dans l’exagération du rite par rapport au phénomène de la civilisation et dans l’apologie de l’histoire sans donner à l’histoire et aux historiens  une compétence pour expliquer les mobiles de l’expansion de l’islam et les traductions de ses concepts en faits sociaux et historiques exceptionnels par leur efficacité et leur rayonnement.  Je n’irais pas jusqu’à dire que nos savants, pas tous mais la majorité, ont contribué par la culture de la rente à vivre dans un microcosme loin du peuple et à présenter les textes religieux comme inaccessibles…alors que l’énoncé coranique ne prète à aucune équivoque :

{Nous l’avons rendu (le Coran) facile (à comprendre) en ta langue, afin que tu annonces par lui la bonne nouvelle aux gens pieux, et que, tu avertisses un peuple irréductible.} Meriem 97

La plus grande erreur idéologique qui facilite la manipulation est de présenter le Qu’an difficile d’accès donc inapplicable. Si on lit le Qur’àn et l’histoire musulmane c’est le contraire qui se dégage : le Qur’àn et l’islam sont les instruments de l’émancipation de l’homme de l’ignorance, de l’égarement et de la regression s’ils sont rendus appropriés par la majorité du peuple qui les comprend et les met en application :

{C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident, ainsi qu’à d’autres parmi ceux qui ne les ont pas encore rejoints. C’est Lui le Puissant, le Sage. Telle est la grâce d’Allah qu’Il donne à qui Il veut. Et Allah est le Détenteur de l’énorme grâce.} al Joumou’a 2

 

La crainte de Dieu ou la peur des mécréants et des pervers

Nous vivons dans un monde de raccourcis et de clics qui favorisent la rumeur et la propagation du vrai et du faux. En principe nous  devrions nous consacrer à quelque chose de plus important : fédérer et émanciper notre communauté au lieu de rester sur la défensive cherchant à répondre aux caricatures et autres atteintes contre l’islam. La loi coranique est infaillible, la faillite est dans notre éloignement de cette loi, éloignement qui nous rend réfractaire à la Parole de Dieu et sensible aux discours des hommes :

{Vous étiez la meilleure Communauté produite pour les Hommes : vous commandez le bon usage, vous interdisez le répréhensible et vous croyez en Allah. Et si les gens du Livre avaient eu foi, cela aurait été meilleur pour eux. Il est parmi eux des croyants, mais la plupart d’entre eux sont les pervertis. Ils ne pourront vous faire du tort : rien que nuisance. Et s’ils vous combattent, ils vous fuiront et ne triompheront point.} Al ‘Imran 110

Quand on oublie la crainte de Dieu alors s’empare de nos cœurs la peur des mécréants et des pervers :

{O vous qui devîntes croyants, rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous, lorsque des gens s’apprêtaient à tendre leurs mains sur vous, et Il Arrêta leurs nuisances loin de vous. Craignez Allah. Et que les croyants se fient à Allah.} Al Maidah 11

Mohamed (saws) a reçu l’ordre de ne pas tomber dans les méfaits de la guerre psychologique que lui livre les détracteurs du Qur’àn et nous devons faire comme lui :

{Et n’obéis ni aux  mécréants ni aux hypocrites; délaisse leur nuisance et fie-toi à Allah. Qu’il suffise d’Allah Procurateur.} Al Ahzab 48

Si nous devons aborder la question de la prétendue influence chrétienne sur la formation religieuse ou spirituelle de Mohamed (saws) et son rôle dans « l’élaboration » du Qur’àn, il faudrait disposer de sources authentiques. Il n’y en a pas. Nous n’assistons qu’à des débordements d’imagination dans le meilleur des cas et d’expression de haine dans le pire des cas. Il y a pourtant un témoignage historique inattaquable et inaltérable qui montre que Mohamed (saws) n’avait ni de projet ni d’ambition ni de préparatifs à être versés dans les Ecritures et encore moins à se préparer à être Prophète :

{Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Ceci n’a été que par une miséricorde de ton Seigneur. Ne sois donc jamais un soutien pour les mécréants.} al Qasas 86

C’est en étant confronté à la vérité du Qur’àn et à la sincérité du Prophète que de nombreux Chrétiens se sont convertis à l’Islam et ont suivi Mohammed :

{Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent: Nous sommes chrétiens}  al-Maidah 82

Ce verset nous donne obligation de changer de perspective, de comportement et de cadre de réflexion et de travail : il faut davantage présenter l’islam tel qu’il est que de tenter de le défendre contre ses détracteurs. S’il y a une priorité c’est de  protéger son image de ceux qui prétendent le représenter et qui n’ont ni la compétence ni le comportement de le faire. Ce n’est pas un point de vue subjectif mais le témoignage historique fidèle et authentique des chroniqueurs musulmans qui rapportent la conversion du Chrétien ‘Ady Ibn Hathem qui a été frappé par la modestie et la sincérité tant du discours que du comportement de Mohamed (saws) : « Je me dis : un roi ne se comporte pas ainsi ». Les Chrétiens de Najrane par contre attachés à leur dogme trinitaire ont été insensibles aux arguments monothéistes de Mohamed (saws).

Dans le cadre des crispations sociales et du débat sur l’identité, il est peut être plus important d’aller vers ce qui fédère la communauté et tisse du lien social avec les autres communautés que de se laisser piéger à entrer dans des fausses querelles qui ne vont rien changer à 15 siècles d’histoire. En ce qui nous concerne, il s’agit de maintenir l’esprit de justice et d’équité dans nos rapports au monde : ni accepter la vexation contre nous et nos frères et sœurs ni tolérer l’amalgame ou la généralisation en faisant porter à un innocent ce qu’il nous a pas fait subir de son fait. Ainsi les allégations mensongères de Joseph Azzi par exemple ne peuvent être imputées à tous les chrétiens du monde ou à des personnalités impliquées dans la lutte contre l’oppression et le racisme comme les prêtres ouvrier d’Amérique latine ou des figures emblématiques des Eglises d’ Orient comme Hannah ou Sabbagh.

Ce qui peut changer le cours de l’histoire d’un monde allant vers la catastrophe économique, sociale et écologique est sans doute l’esprit mohammadien libéré de la peur de l’autre mais aussi compris par l’autre:

{Dis: « O gens du Livre, venez à une parole normative entre nous et vous: que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils s’en détournent, dites: « Soyez témoins que nous, nous sommes musulmans (nous nous remettons à Allah) ».} al ‘Imrane 64

Question de bon sens aux Juifs et aux Chrétiens

Si vous étiez sur la vérité et si vous étiez partisans de l’amour pourquoi n’avoir pas libéré les Arabes de l’idolatrie et les conduire vers l’adoration d’un Dieu Un et Unique ? Si vous étiez rationnels et universialistes pourquoi avoir refusé de débattre avec le Prophète ou de le suivre lorsque ses arguments ont triomphé de vos ruses et de votre sournoiserie ? Si vous avez un amour pour l’humanité et le respect pour l’humain pourquoi êtes-vous derrière tous les complots et toutes les guerres qui secouent la planète ?

Jésus (as) sur lequel vous vous disputez, n’a t-il pas ordonné que « charité bien ordonnée commence  par balayer devant sa porte » ?

 

Omar MAZRILibération Opprimés