Analyse de la destitution de Morsi par Mohamed Habib

Au moment où les éradicateurs se félicitent de l’échec ou de la fin de « l’Islam politique, Mohamed Habib – ancien conseiller du précédent Morchid (guide) des Frères musulmans donne sa version sur le coup d’Etat militaire contre la gouvernance partisane sous l’angle de  « Leçons à tirer et enseignement à méditer ». Il écrit en mettant noir sur blanc les mots qu’il faut aux maux que nous méritons et que nous accumulons :

Nous avons plaisir à attribuer nos échecs et  notre incompétence à un complot extérieur ou à la faute d’autrui.Peu d’entre nous ont suffisamment de courage  et de lucidité pour aborder les véritables raisons qui les conduisent à l’échec, et très  très peu   ont l’audace admettre l’échec et de s’en excuser publiquement. Personne, dans le monde arabe et musulman, et tout particulièrement dans cette époque,  n’envisage l’autocritique pour  se redresser, améliorer ses processus et rationaliser ses démarches. Cela exige une  grande force mentale. Il semble que nous allons passer encore un long moment avant de faire émerger cette culture – la culture de rendre des comptes – qui exige au préalable de grands efforts d’éducation, de  socialisation et de transparence avant de devenir une démarche normale  selon les termes «  Certes, la science est par  l’effort constant vers le savoir, et l’intelligence endurante par l’effort constant vers la compréhension des phénomènes «إنما العلم بالتعلم والحلم بالتحلم» » (hadith)

Je ne nie pas les nombreux obstacles et difficultés rencontrés par le Dr Morsi et les Frères musulmans depuis le premier instant de la gestion des affaires du pays, ni qu’il y avait des intentions pour faire avorter cette expérience, ni que la succession était un fardeau énorme et lourd dépassant de beaucoup la capacité des Frères musulmans ..

Ce qui est important ici est de faire la lumière sur l’ensemble des facteurs internes qui ont conduit à l’échec du Dr Morsi à gouverner et à se trouver confronté à la sortie dans la rue de dizaines de millions d’Égyptiens exigeant son départ.
Je peux résumer ces facteurs comme suit:

1 – La perte  (ou l’absence) de la vision stratégique dans la gestion de l’Etat eu égard au poids et à la dimension de l’Egypte.

2 – L’absence d’expertise et le manque d’expérience.

3 – L’erreur de faire reposer la gouvernance complexe du pays sur l’homme au lieu des institutions et en particulier de limiter le choix des hommes aux seules capacités et compétences des membres de la confrérie des Frères Musulmans.

4 – Le non recours aux personnes ayant les connaissances, l’expérience et l’efficacité et se limiter au cercle restrint et limité de la confrérie.

5 – Ne pas répondre ni prêter attention aux conseils et aux critiques.

6 – L’absence de réelle compréhension des problèmes et des crises que connaît le pays, comme si les gouverants vivaient sur une autre planète.

7 – Perte de la capacité de communiquer avec le groupe national (société civile et partis politiques).

8 – Ne pas fermer la porte à l’état de division et de fragmentation du pays, à la guerre civile et à la violence inter communautaire, ainsi que le silence devant les atteintes aux droits de l’homme et aux crimes et délits en hausse. Il est suffisant de dire que le nombre de morts dans l’ère du Dr Morsi a atteint le chiffre de 154 morts dont la majorité sont issus du camp politique adversaire au Frères musulmans.

9 – L’omission de prendre des mesures urgentes et efficaces en faveur de la justice sociale, et une préférence marquée pour l’alignement aux riches au détriment des pauvres, qui représentent la grande majorité de la population de l’Egypte.

10 – Fermer complètement les yeux sur l’application stricte de la justice envers les abus et les délits (avant et pendant la « révolution ») dans cette période transitionnelle, malgré les engagements pris par le Dr Morsi. Aucune mesure prise en faveur des martyrs de la révolution.

11 – Accentuation de l’ampleur de la crise sociale et économique. Il est étrange qu’aucune réponse ne soit apportée à rupture des approvisionnements de gaz, d’essence et de diesel.

12 – Ni réforme ni retructuration du Ministère de l’Intérieur.

13 – Le manque de clarté et de transparence. Il suffit juste de constater que beaucoup de ses collaborateurs et conseillers l’aient quitté.

En plus de ce qui précède, ce qui souligne d’une manière plus significative la mauvaise gouvernance du Dr Morsi est la remise des clés de l’Etat à quelques personnes ayant une influence néfaste sur le bureau d’orientation de la confrérie des Frères musulmans. L’homme n’a pas joué son rôle de président, il a accepté d’être gouverné derrière un rideau, provoquant ainsi réticence, agitation et confusion.

Nous avons attiré l’attention sur ces problèmes et leur répercussions sur l’avenir du pays et sur le devenir des Frères musulmans, mais il n’y a pas eu d’écoute et encore moins de réponse. Nul ne peut faire entendre un mort et nul ne peut donner la vie à celui qui joue le mort.

J’ai étudié la déclaration constitutionnelle de novembre 2012, qui comprenait des décisions dictature par excellence, et il faut avouer qu’elle est la mère des catastrophes .. Ce fut le point de départ, le début de la descente vers l’abîme. Cependant, il était encore possible de sauver l’homme lui-même, sa confrérie et la nation, s’il avait eu la lucidité de répondre aux demandes de l’opposition. Il avait eu de nombreuses occasions, mais malheureusement, il les a ratées. Il y avait une ultime chance de redressement lorsque le commandement général des forces armées accorda au Dr Morsi, aux Frères musulmans et à toutes les forces politiques nationales deux délais pour trouver une issue. Le premier délai d’une semaine et l’autre de deux jours, offrait l’espoir l’espoir de sauver le pays de sombrer dans la guerre civile. La fin de la première date limite était le 30 Juin, mais le Dr Morsi n’a pas réagi et a sous-estimé la capacité des foules à se rassembler et à sortir dans la rue pour exiger son départ, alors que la campagne «rébellion -Tamarrod» a recueilli plus de 22 millions de signatures signifiant qu’une grande masse lui a retiré la confiance et qu’il fallait aller vers l’organisation d’élections présidentielles anticipées. Ratant toutes les occasions il s’est enfoncé dans un discours qui montrait pourtant combien il était distrait, errant, déconcerté, et rempli de tension, de colère et d’émotion. Le discours était des mots sans conséquence, et fatalement la fin de toute chance de sympathie avec lui .. En bref, le discours était une déclaration de la fin de la véritable issue tant attendue…

Nous rappelons ici les raisons de la chute, pas pour se réjouir ou prendre sa revanche, mais pour témoigner à l’histoire. Nous devons disposer de moyens d’étude et tenir compte des indices si nous ne voulons pas tomber une fois dans le même piège et dans les mêmes erreurs. L’Egypte vaut davantage et pour cette raison nous ne voulons pas la voir se déchirer par procuration pour le compte de l’administration américaine et de l’ennemi sioniste. Il est urgent, avant d’appeler les gens à manifester et à revendiquer le retour à la légitimité de :
– rester loin de la sédition et la division,
– revoir l’historique des erreurs et faire le bilan
– refuser l’exclusion
– maintenir la porte grande ouverte pour recommencer l’expérience après avoir tiré leçons et médité les enseignements.

Je ne suis pas partisan des pleurs et des lamentations, ni favorable à la démarche visant à s’installer dans le rôle de la victime, ce qui n’aide pas. Nous voulons et nous devons voulons reconstruire sur les fondations d’un environnement propre et sain, exempt de blessures et d’esprit de revanche. Je sais combien est lourd et douloureux le poids des traumatismes et de la colère, le déni, la tristesse, mais j’espère que les Frères musulmans se guérissent de leurs blessures rapidement et qu’ils rassemblent de nouveau, avec détermination et efficacité leurs forces et leur énergie avant qu’il ne soit trop tard, car il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé.

Voici l’article original paru sur le site elwatannews.com/news/details/225472

يحلو لنا أن نعلق فشلنا وعجزنا على شماعة المؤامرة، أو على غيرنا.. القليل منا هو من تكون لديه الشجاعة للاقتراب من الأسباب الحقيقية التى أدت إلى الفشل، وأقل القليل منا من يمتلك جسارة الاعتراف بالفشل والاعتذار عنه علنا أمام الجميع، حتى يبدأ تصويب خطواته وترشيد مساره.. هذا بالفعل يتطلب قوة نفسية كبيرة، من الصعب أن تتوافر فى مجتمعاتنا العربية والإسلامية، خاصة فى هذا الزمان.. ويبدو أننا سوف نقضى وقتا طويلا حتى نتحلى بتلك الثقافة -ثقافة الاعتذار- الأمر الذى يستلزم التنشئة والتدريب عليها ومحاولة اكتسابها حتى تصير طبعا أصيلا، من منطلق «إنما العلم بالتعلم والحلم بالتحلم».

لا أنفى أنه كانت هناك عوائق وصعوبات كثيرة تعترض الدكتور مرسى والإخوان منذ اللحظة الأولى لإدارة شئون البلاد، وأن هناك من كان يسعى لتفشيله، فضلا عن أن التركة كانت ضخمة والعبء ثقيل.. أثقل بكثير من قدرات الإخوان.. ما يهمنا هنا هو إلقاء الضوء على مجموعة العوامل الداخلية التى أدت إلى فشل الدكتور مرسى خلال فترة العام التى حكم فيها والتى تسببت فى خروج عشرات الملايين فى ميادين وساحات مصر تطالب برحيله.. أستطيع أن أوجز هذه العوامل فيما يلى:

١- فقدان الرؤية الاستراتيجية لإدارة دولة فى وزن وحجم مصر.

٢- انعدام الخبرة والتجربة.

٣- محاولة اعتماد الرجل على قدرات وكفاءات أفراد الجماعة فقط فى المجالات المختلفة، بالرغم من قلتها كماً، ومحدوديتها كيفاً.

٤- الفشل فى الاستعانة بموظفى الدولة من ذوى العلم والخبرة والكفاءة من غير الإخوان.

٥- عدم الاستجابة أو الالتفات لأى نصح أو نقد.

٦- غياب الإدراك الحقيقى للمشكلات والأزمات التى تمر بها البلاد، وكأنه يعيش فى كوكب آخر.

٧- فقدان القدرة على التواصل مع الجماعة الوطنية.

٨- الوصول بالبلاد إلى حالة من الانقسام والتشرذم، والاحتراب الأهلى، والعنف المجتمعى، فضلا عن القتل والخطف وانتهاكات حقوق الإنسان، ويكفى إن يقال أن عدد القتلى فى عهد الدكتور مرسى وصل إلى ١٥٤ قتيلا، أغلبهم من المعارضين.

٩- الفشل فى اتخاذ أى خطوة نحو العدالة الاجتماعية، وتفضيل الانحياز للأثرياء على حساب الفقراء الذين يمثلون الغالبية العظمى لشعب مصر.

١٠- غض الطرف تماما عن تطبيق العدالة الانتقالية، رغم تعهد الدكتور مرسى بالقصاص للشهداء.

١١- ازدياد حجم الأزمة الاقتصادية بشكل مخيف، ناهينا عن أزمة البوتاجاز والبنزين والسولار.

١٢- عدم اتخاذ أى خطوة نحو هيكلة وزارة الداخلية.

١٣- عدم الوضوح والشفافية، ويكفى أن كثيرا من معاونيه ومستشاريه هجروه.

إضافة إلى ما سبق، نسوق قضية على درجة كبيرة من الأهمية وهى أن الدكتور مرسى أسلم رئاسة مصر لقيادات نافذة فى مكتب إرشاد الجماعة.. لم يكن الرجل هو الرئيس الفعلى.. كان هناك من يحكم من وراء ستار، وهو ما سبب ترددا واضطرابا وارتباكا.. وقد نبهنا إلى ذلك مرارا وتكرارا، بل حذرنا منه ومن مغبته وآثاره وتداعياته، لكن كما يقولون: قد أسمعت إذ ناديت حيا.. ولكن لا حياة لمن تنادى..

لقد كان الإعلان الدستورى الذى أصدره الدكتور مرسى فى ٢١ نوفمبر ٢٠١٢، والذى تضمن قرارات ديكتاتورية بامتياز، هو كارثة الكوارث.. كانت هذه نقطة البداية، بداية الصعود نحو الهاوية.. ومع ذلك كان من الممكن أن ينقذ الرجل نفسه والجماعة والوطن لو أنه استجاب لطلبات المعارضة.. كانت أمامه فرص كثيرة، لكنه للأسف، أهدرها.. لقد أعطت القيادة العامة للقوات المسلحة للدكتور مرسى وللإخوان ولكافة القوى السياسية والوطنية مهلتين؛ إحداهما لمدة أسبوع والأخرى لمدة يومين، على أمل إنقاذ البلاد من الوقوع فى حرب أهلية.. كانت نهاية المهلة الأولى فى ٣٠ يونيو، لكن الدكتور مرسى لم يتجاوب واستخف بقدرة الجماهير على الخروج، بالرغم من أن حملة «تمرد» جمعت أكثر من ٢٢ مليون استمارة من المواطنين لسحب الثقة منه وإجراء انتخابات رئاسية مبكرة.. وفى يوم ٣٠ يونيو، خرج عشرات الملايين من المصريين فى مشهد مهيب ومذهل وغير مسبوق فى تاريخ البشرية ليقولوا كلمتهم: «ارحل.. ارحل».. حتى الفرصة الأخيرة التى لاحت له مساء الثلاثاء ٢ يوليو، فشل فى استغلالها.. وخرج خطابه مهلهلا، مشتتا، تائها، حائرا، ومشحونا بقدر كبير من الغضب والتوتر والانفعال، فضلا عن أنه لم يقل شيئا ذا بال، ولم يدع لأحد فرصة التعاطف معه.. باختصار، كان الخطاب إعلانا للنهاية..

نحن نذكر هنا أسباب السقوط، لا للشماتة أو التشفى، لكن للتاريخ.. للدرس والعظة والاعتبار.. لا نريد أن نقع فى الشرك مرة أخرى، فيكفى ما فات.. فمصر تستحق ما هو أعظم وأروع.. لا نريد أن نقوم بتمزيق الوطن بالوكالة عن الإدارة الأمريكية والعدو الصهيونى.. لذا، أرجو أن يتوقف الإخوان عن تظاهرات «الشرعية» التى سقطت، ربما من قبل أن يخرج عشرات الملايين فى ٣٠ يونيو، وأن يبتعدوا عن التحريض على الفتنة والفرقة، وأن يراجعوا أخطاءهم ويعيدوا حساباتهم.. لا نريد إقصاء لأحد، والباب مفتوح على مصراعيه للبدء من جديد.. لست مع البكاء والنواح والعويل، ومحاولة استعادة دور الضحية الذى لا يفيد.. لكننا نريد البناء على أسس نظيفة وسليمة، خالية من الجروح والتقيحات.. أعلم هول الصدمة وما يعقبها من غضب وإنكار وحزن، لكن أرجو أن يلملم الإخوان شتاتهم ويضمدوا جراحهم سريعا وقبل فوات الأوان، إذ لا فائدة من البكاء على اللبن المسكوب.

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SAMIR

On croyait tous que les  choix  se sont portés définitivement  sur Samir Redouane accepté par les Salafistes pour former le gouvernement de « transition ».

Samir Redouane est le quatrième ou le cinquième coopté. Après l’échec de placer Mohamed Baradei comme premier ministre de la transition et faire oublier le coup d’Etat, les Juillétistes, avaient fait appel à   monsieur Ziad Baha Eddine ( زياد بهاء الدين)   qui avait refusé hier  le poste de Premier Ministre.  Ziad Baha Eddine, présenté comme une figure emblématique de la « révolution », le militant contre la corruption, l’enseignant de qualité à l’université américaine du Caire et l’expert financier qui pouvait redresser l’économie égyptienne semble raison garder et refuser de s’engager dans l’inconnu d’une guerre civile larvée.

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Samir Redouane, expert économique,  a occupé le poste de Ministre des Finances dans les trois  gouvernements par intérim post Moubarak.  Présenté comme spécialistes des questions du développement économique, de l’emploi et de la lutte contre la pauvreté, ce lauréat d’Oxford, peut-il apporter les solutions à un système en panne ? L’Egypte a le nombre de docteurs le plus élevé dans le monde par habitant dont certains ont une réputation internationale, mais la vérité politique, économique et sociale est plus complexe que l’individu. Les individus en Egypte et ailleurs ont montré qu’il n’y a ni efficacité poltique ni rationalité économique ni progrès social sans une ligne d’orientation idéologique qui imprime aux gouvernants et aux gouvernés, à la politique et à l’économie le sens du destin, l’intensité de l’effort et le poids des responsabilités à partager.

Au delà de la position élevé de Samir Redouane dans les instances politiques de ex parti au pouvoir que la révolution a déchu, il y a lieu de s’interroger sur la difficulté de trouver une personnalité qui fait consensus après les défections et les blocages du parti Ennour.

La conférence de presse des dirigeants salafistes semblent indiquer que leur choix sur un technocrate vise à réaliser la réconciliation nationale que le conseil des sages viendrait concrétiser après sa nomination (désignation). Nous sommes dans le domaine du souhait, de l’infantilisme politique et en retard sur les événements qui ont précédé et accompagné la chute de Moubarak.

SALAFI

En gandoura ou en costume cravate, l’inculture politique et la culture de la diversion et de la dispersion montrent de plus en plus l’instrumentalisation consciente ou inconsciente de l’islam « apolitique » contre l’islam « politique », de l’islam partisan contre l’islam sectaire qui sont une partie du problème du monde musulman.

Les choix et les changements semblent montrer qu’il n’y a ni ligne d’orientation idéologique ni consensus sur la sortie de crise. Le messianisme politique est la règle. La culture partisane est le critère d’analyse et de décision. L’ordre de bataille ou la feuille de route des militaires semble se construire dans l’improvisation. Le seul ciment est, pour l’instant, le refus des Frères Musulmans , refus présenté comme une légitimité émanant de la rue. Les Frères musulmans, à leur tour, refusent les autres solutions considérées comme illégitimes. La bipolarité exacerbée, l’atteinte aux sensibilités religieuses, la démarche partisane avant et après le coup d’Etat dans les deux camps ne militent pas en faveur d’un règlement de la crise ni d’un décollage économique.

Il faut être stupide pour ne pas voir les couacs du coup d’Etat et ne pas voir les luttes d’influences idéologiques et étrangères en Egypte qui vont fatalement la déchirer.

Il est difficile de comprendre la logique et la crédibilité de l’annonce des législatives avant 2014. Pour ou contre le coup d’Etat, pour ou contre le rôle incontournable de l’armée, pour ou contre la sortie de crise par des choix inédits qui ne peuvent ni retourner à Morsi ni donner légitimité à l’armée de faire ce qu’elle veut, il y a une réalité qui ne peut être occultée. 2014 est une échéance trop courte. Les législatives ne sont pas la véritable solution, car elle ne fait que reporter les contradictions sociales et politiques dans une vitrine démocratique qui veut ressembler à celle de l’Occident sans avoir les moyens et le décor du fardage et de l’illusion. L’amour de la vérité et la quête de la paix exigent de poser les problèmes autrement et avec courage : comment refonder la vie politique sur le principe de la fédération et de l’unité.

Il est par ailleurs  difficile d’imaginer les pourfendeurs de Morsi  et des Frères Musulmans tolérer que les Salafistes jouent un rôle politique déterminant et sortent du cadre traditionnel : l’immobilisme.

Il parait impossible, à Samir Rédouane, au delà de ses compétences techniques et scientifiques d’animer une action gouvernementale de sauvetage public. Fermer les médias ne va pas suffire à sa éteindre les nouvelles  qui se répandent vite dans une culture populaire qui a fait de la rumeur un moyen de résistance et de réfutation de ses gouvernants : il sera difficile à l’action gouvernementale, si elle parvient à former un gouvernement, de résister aux accusations graves portées aux nouveaux maîtres (valets?):

– Appartenance juive ou copte du président désigné par l’armée putschiste.

– Déclaration en faveur du sionisme du nouveau responsable des Affaires étrangères coopté par l’armée de Sadate et de Moubarak alors qu’il avait perdu les élections

– Le nouveau Premier Ministre a la réputation d’avoir occupé le poste de député à l’Assemblée nationale par désignation et non par élection. Il est connu pour sa  tradition de servir le parti unique, d’accepter le principe de cooptation et se réclamer d’une compétence internationale. L’enfermement idéologique et l’illusion des imaginaires dépassés continuent de faire allusion aux  références internationales qui donnent expertise à l’Arabe et au musulmans alors qu’elles sont considérées comme instrument de prédation et de répression dans l’imaginaire des Arabes et des Musulmans, et que ceux qui s’en prévalent s’en considérés comme les auxiliaires de l’Empire et du sionisme, même si cela n’est pas vrai.

Si les Égyptiens ne parviennent pas à trouver le sacré, religieux ou profane, pour arbitrer leurs différents et régler le contentieux de la mauvaise gouvernance et celui du coup d’Etat ils seront conduits comme des zombies vers les enfers de la mythologie. Les experts du droit ou de l’économie ne peuvent rien changer à la confusion du processus s’ils sont eux-mêmes l’émanation de la confusion.

Coup de théâtre :

Hazem Al-Beblawi est nommé pour conduire l’action gouvernementale du coup d’Etat.

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Hazem Al-Beblawi, حازم عبد العزيز الببلاوي, économiste libéral, très libéral, est un ancien ministre des Finances  et vice-Premier ministre de juillet à décembre 2011 pendant la phase de transition post Moubarek. Il est fondateur du parti « social-démocrate » égyptien qui n’a eu aucunes  chances aux législatives et aux présidentielles. Beblawy a obtenu le titre honorifique français de Chevalier de la Légion d’honneur.

Formé à Paris et à Grenoble, Il a travaillé pour la Banque industrielle du Koweït, pour l’Export Development Bank de l’Egypte, pour le secrétariat exécutif de l’ONU,  de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale majoritairement arabe (ESCWA), et  auprès du Fonds monétaire arabe à Abu Dhabi dont il a été le conseiller pendant 10 ans (2001-2011).

La propagande le présente comme un opposant à l’armée (?) Il aurait présenté sa démission en octobre 2011 pour exprimer son désaccord face à ce qu’on avait qualifié de répression des chrétiens coptes par les forces de sécurité lors d’une manifestation. Les Frères musulmans s’étaient mobilisé pour défendre les Coptes. Tactique ou position de principe, elle ne semble pas faire partie de la gratitude des Coptes qui viennent déballer leur haine et afficher leur réussite dans les télévisions françaises.

Dans la foulée, l’ennemi juré des Frères musulmans, les monarchies du Golfe non seulement expriment leur soulagement mais  annoncent d’ores et déjà leur assistance financière. Ainsi  trois milliards de dollars sont débloqués aux nouveaux-anciens maîtres du Caire par les Emirats arabes unis. L’Arabie saoudite vient de débloquer 5 milliards de dollars. Il ne s’agit pas d’aide économique, mais de corruption, de remerciements.

Le développement qui ne s’attaque pas aux causes structurelles et mentales du sous-développement n’est qu’une instrumentalisation messianique qui a déjà échoué dans le monde arabe. Le recours aux technocrates ne peut cacher l’échec des politiciens ni occulter le déficit de politique. Les problèmes complexes, exigent plus que jamais, la mobilisation des politiques. Les boulitiques, avec ou sans doctorat, ne font que compliquer la résolution des problèmes. A moins qu’il y ait un Dessein divin : dévoiler toutes les incompétences et mettre fin à toutes les illusions en les épuisant les unes après les autres afin que Musulmans reviennent vaincus vers le plus juste et le plus sensé. A titre d’exemple, un Ministre de l’économie et des finances, un Premier ministre ou un Président qui n’ a pas le pouvoir de nommer les chefs et de réformer le fonctionnement des Douanes, de la Fiscalité, de l’Armée, des Affaires étrangères n’est qu’un pied nickelé qui fait de la configuration.

Le cafouillage sur les noms confirment la fragilité de la situation et l’absence de repères. L’argent arabe pourrait couler à flot, mais les ingrédients de la crise politique, morale, sociale et économique resteront une composante de la classe politique et culturelle en panne de projets. Cette classe va faire l’aveu d’impuissance dans un pays de 85 millions d’habitants traversé par un sentiment d’injustice pour les uns et de confiscation de la révolution pour les autres par une technocratie qui a été déjà confiée aux affaires nationales et internationales sans rien apporter de remarquables aux souffrances des peuples arabes.

Encore une fois, après que la peur des « islamistes » sera évacuée, comment expliquer aux déshérités et aux révolutionnaires désenchantés, que la politique du salut consiste à recommencer avec les mêmes et avec les perdants. Comment expliquer l’absence d’un complot judéo-chrétien à la majorité des  musulmans sans repères d’analyse, provoquée par les médias et humiliés par leur armée. Comment expliquer aux Musulmans la bataille verbale non seulement entre musulmans, mais entre les dignitaires religieux sunnites qui se sont retrouvés chacun soutenant un camp au nom de la légitimité religieuse et de la Chari’â islamique alors qu’ils ont perdu tous les repères moraux et intellectuels pour expliquer et proposer se confinant à dénoncer ou à prendre parti comme de vulgaires saltimbanques forains. Comment leur exiger de donner leur confiance et de reconnaître la légitimité ou de croire en la démocratie  alors que ceux qui les gouvernent sont issus d’un coup de force.

Voici l’extrait de l’article que lui a réservé le journal Al Ahram en sous la plume de Marwa Hussein et de Salma El-Wardani, le lundi 18 juillet 2011 :

 » Hazem Beblawi, un économiste libéral bien connu, a été nommé vice-Premier ministre de l’Egypte et ministre des Finances dans le récent remaniement ministériel.
Il remplace Samir Radwan dans ce dernier rôle, qui a été nommé quelques jours avant l’ancien président Hosni Moubarak a été évincé.

Sa première déclaration après sa nomination était une question controversée. Beblawi dit dans des déclarations à plusieurs journaux qu’il ne révisera pas le budget, un budget qui a été sévèrement critiqué par les économistes ainsi que par les révolutionnaires de Tahrir.

Pour eux, le budget n’a pas été différent de celui de l’ancien régime ignorant les dimensions sociales.

(…)

Le principe du respect de la loi est que Beblawi a toujours promu comme le garant de la démocratie, mais la dernière version du budget n’a pas été débattue avant son approbation

(…)

…alors que pour Gouda Abdel-Khalek la priorité était la répartition des revenus, pour Beblawi le premier plan est la création de richesses pour la société dans son ensemble. Beblawi a toujours dit qu’une forte économie de marché est la solution pour les problèmes de l’économie si contrôlé par un Etat fort.

SOURCE http://english.ahram.org.eg/NewsContent/3/12/16741/Business/Economy/Hazem-Beblawi-Hard-on-Mubaraks-regime,-soft-on-bus.aspx

Al Ahrame n’est pas à sa première contradiction et à son premier retournement comme l’ensemble de la classe politique qui travaille pour des agendas idéologiques et non pour le bien être du peuple. Les jours réservent des surprises. Je me suis volontairement prêté aux jeux de la rumeur pour montrer l’état de confusion et d’improvisation qui alimente ces rumeurs et ces changements qui rendent les artisans du coup de force inaudibles et leurs vassaux imprévisibles. Le peuple égyptien a déjà tout  entendu et déjà tout vu. Quand est-ce que les libéraux et les progressistes arabes vont comprendre que le développement et le marché ne sont pas une affaire d’expertise ou de volontarisme. Les conditions politiques objectives  ainsi que les conditions psychosociales sont déterminantes en dernière instance. Le mouvement Tamarrod (révolte) qui vient du verbe arabe marada qui est passé dans la langue latine sous le terme « être dans la merde » vient de réaliser que les pouvoirs constitutionnels de l’ancien président Morsi sont trop importants pour ne pas susciter des inquiétudes. Mon refus du coup d’Etat ne me fait pas oublier que les Frères Musulmans se sont mis dans le merdier alors qu’ils avaient l’expérience.

Désarroi des peuples et lutte des imaginaires des élites.

Un nouveau gouvernement avec la volonté de recomposer le champ politique est mis en place en Egypte. Nous entendons déjà la réjouissance des uns et le désarroi des autres qui ne vont pas longtemps cacher les désillusions des uns et la colère des autres. L’Egypte est le pays des miracles et des neufs plaies. Qui va l’emporter Moïse ou Pharaon ? En toute vérité les deux sont absents et il n’y a que des apprentis que le temps a déjà  dévoilé. Les opposants pour le pouvoir sont en train de se déchirer tout en continuant d’insérer l’Egypte sous l’influence de l’Empire agonisant :

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{Ceux qui ont scindé leur religion et qui ont formé des sectes, tu n’as rien de commun avec eux. Leur affaire ressortit à Dieu. Plus tard, Il les avisera de ce qu’ils ont fait.} Al An’âm 159

{ceux qui ont scindé leur religion et ont formé des sectes, chaque faction se réjouissant de ce qu’elle détient.} Ar Roum 32

{Pharaon exerçait sa superbe sur la terre. Il avait établi des sectes parmi les habitants afin d’affaiblir un groupe d’entre eux.} Al Qassas 4

Sobhane Allah ! L’infantilisme et le sectarisme des partis dits islamiques rejoint le despotisme politique dans la division et la dispersion de la communauté ainsi que le désarroi des braves gens devant l’injustice et devant la confusion.

Le désarroi que provoque   la situation égyptienne  ne doit pas nous faire perdre le fil de la bataille réelle. Pour la comprendre il faut se rappeler que nous avons hérité d’une situation complexe sur le plan historique, social, politique et idéologique, et par conséquent  la réduire par une démarche simplificatrice c’est ne pas lever les équivoques et ne pas participer à notre devoir de pédagogie.  En entretenant la confusion, la dispersion, le culte des chefs et en présentant les choses sous un aspect manichéen les élites musulmanes  ont rendu difficile le positionnement lorsque la crise éclate ou lorsque les tendances musulmanes s’affrontent autour du pouvoir après avoir trouvé un arrangement pour le conquérir comme cela s’est passé entre les Frères Musulmans et le parti salafiste Ennour.  Le principe de base qui a été transgressé avant que l’armée ne transgresse la légitimité et la constitutionnalité est l’absence d’unité. L’unité est sacrée et nul ne peut la transgresser sans conséquences.

Les Frères Musulmans et les Salafistes sont une maladresse sociale et politique que leurs adversaires  exploitent avec intelligence. Cette maladresse  doit être remise dans le contexte de civilisation que les pathologies du monde arabe et musulman occultent par leur sédimentation. J’ai abordé, hier, la question des mythes pour montrer que la civilisation occidentale est l’héritage de la mythologie grecque qui est en train d’achever son chant et son histoire. Dans l’agonie et la naissance des civilisations il y a des batailles d’imaginaires, l’imaginaire de celui qui s’achève et qui refuse de partir et l’imaginaire du  nouveau qui  a du mal à s’installer. Les tiraillements du monde révèlent le choc des idées, des possibilités et des enjeux qui s’affrontent.  La civilisation occidentale matérialiste avec ses utopies et ses techniques est en train de s’effondrer. Elle s’effondre emportant dans son sillage ses anciens clichés, ses contradictions et ses vassaux.

Notre monde musulman et arabe façonné en partie par la civilisation occidentale est en train de s’effondrer avec la civilisation occidentale par sa vassalité ou par sa réactivité. Les Frères musulmans, les Salafistes, les Laïcs et autres débris du monde ancien sont condamnés à disparaître.  Malek Bennabi avait posé l’équation en termes complexes que les courants idéologiques et politiques musulmans et arabes ne voient pas et ne peuvent pas voir car ils n’ont pas d’autonomie de pensée et d’existence par rapport à l’Occident, même si géographiquement et culturellement ils en sont éloignés. Ils partagent avec l’Occident son modèle et son imaginaire : fabriquer des mythes et ne rien offrir à l’humanité. Le judaïsme, le christianisme, le marxisme, le bouddhisme et le mondialisme ont échoué. L’islamisme qui est la version « spirituelle » et afro-asiatique de l’Occident échoue pour la raison majeure : il s’inscrit dans les mêmes logiques au lieu d’être une alternative.

La tragédie que nous vivons et que ne formalisons pas en pensée nous empêche de voir la fausse route qui nous empêche d’être l’alternative et de nous propulser en devenir. Cette fausse route  que nous empruntons est facilitée par l’Occident qui sait que si le système mondial se déplace vers l’Euro-Asie il perd de sa suprématie militaire et économique sans perdre sa suprématie en matière d’imaginaires peuplés de mythologies, de désir de puissance qui lui permet de se maintenir en force d’orientation idéologique  du monde. Il sait aussi que si le monde musulman se réveille de sa léthargie il perdra non seulement sa suprématie, mais son existence. Il ne s’agit pas de guerre nucléaire, mais de changement de civilisation. L’homme n’a plus de solution, la solution ne peut venir que de l’Islam dont  la vitalité, la crédibilité et l’efficacité sont une vérité historique et une Promesse coranique.  L’Occident retarde l’échéance de sa fin en s’appuyant sur les attardés du monde musulman et du monde arabe  qui ne parviennent pas à se hisser au niveau requis de l’Islam : libérer et civiliser.

C’est ainsi que je pose l’équation. L’Islam a depuis longtemps quitté ses frontières arabes car sa vocation est l’universel. La décadence et la colonisation l’ont confiné comme pourvoyeur de matières premières et fabricants d’idoles. Il doit construire de nouveaux rapports au monde. Il ne s’agit pas de rapport de forces, mais de pôles de rayonnement :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne Guidance et la Religion de Vérité pour la faire prévaloir sur toute la religions, dussent les associateurs en concevoir du dépit.} At Thawab 33

Il ne s’agit pas de contrainte religieuse et  d’imposition par la force ou par la loi, mais d’aboutissement logique du fait spirituel, de l’exercice de la justice et de la civilisation à visage humain et à caractère universel. Il ne s’agit pas de prévalence du seul fait de se déclarer musulman, mais de Jihad compris comme effort  de perfection dans la foi, la vertu, l’intelligence et le bien pour témoigner :

{C’est Lui qui a envoyé  Son Messager avec la bonne guidance et la religion de Vérité pour la faire prévaloir sur la toute  religion. Et Dieu suffit comme Témoin !} Al Fatah 28

La culture de l’errant et du solitaire en marge du monde empêche de voir comment les musulmans participent eux-mêmes au sabotage de leur mission, de leur témoignage  et retardent l’échéance de la véritable confrontation civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier l’échec de l’expérience algérienne et de l’inscrire dans son rapport  à la logique historique et civilisationnelle. Personne ne prend le temps d’étudier les révolutions arabes dans leurs mobiles, leurs pensées et leurs objectifs trop limités pour devenir l’élan libérateur et civilisateur. Personne ne prend le temps de voir l’impasse de l’expérience islamique au Maroc ni de voir le modèle turc comme un miroir aux alouettes dont le but est de confiner les aspirations au modèle occidental dominant avec sa consommation, son marché, sa démocratie.

On se donne le temps de voir l’Arabie saoudite parrain des Salafistes et le Qatar parrain des Frères musulmans pour les dénoncer sans voir les contradictions globales qui ont sapé le réveil de l’Asie en faisant du Pakistan (le pays des purs) une cristallisation de toutes les contradictions, de toutes les divisions. De la même manière on ne se donne pas le temps de voir la mise en panne du plus grand pays musulman : l’Indonésie. On ne se donne pas le temps de voir le dispositif de ce qu’on appelle les pays du dragon ou le miracle du sud-est asiatique qui est une double ceinture contre la Chine et contre le monde musulman. Singapore vidé de son creuset culturel et sociologique est devenu le pôle de rayonnement occidental contrant l’Asie et le monde musulman asiatique. Bien entendu on ne voit pas l’exportation de ce modèle au Moyen-Orient et les projets d’implantation de ce modèle au Maghreb. Le monde musulman est non seulement en panne de développement, mais il doit cultiver l’imaginaire et la mythologie de l’Occident. Si le projet impérial se comprend comme un élan naturel d’expansion ou de survie face aux échéances civilisationnelles  on ne comprend pas   les divisions des Musulmans entre partisans, sectes et ethnies. A moins d’admettre qu’ils sont au service de leurs opinions, de leurs partis et de leurs Cheikhs au lieu se s’impliquer dans un projet  de fédération, de civilisation. Tout le discours libéral, anti-impérialiste ou islamique est inconsistant, inconséquent.

Cela explique pourquoi le monde musulman est en train de se déchirer autour de l’Egypte et des Frères Musulmans faute de repères comme il s’est déchiré hier sur la Syrie ou sur la Palestine. Les voix contradictoires s’élevant dans le monde arabe pour approuver ou dénoncer le coup d’Etat alors que d’autres voix aussi contradictoires s’élèvent sur la définition de Ahl al Hal wal ‘Aqd (les élites) et sur la légitimité de l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans ou de leur destitution, sont en réalité toutes disqualifiées pour n’avoir jamais posé les problèmes dans leur dimension réelle ni anticiper sur les catastrophes prévisibles et annoncées.

La confusion qui tue ou qui immobilise est celle qui se contente d’un jugement hâtif prenant parti sans examen des tenants et aboutissants. La probité et l’efficacité exigent de reconnaitre qu’il y a eu un coup d’Etat condamnable sur le plan principiel. L’autonomie de pensée et l’anticipation sur l’avenir  exigent de reconnaitre que les Frères musulmans ont  failli dans leur méthode de gouvernance et  par leur incompétence à lire la carte du monde. La conquête du pouvoir a été   le foin  ou la carotte que l’animal politique a suivi au lieu de s’élever au rang de ses responsabilités religieuses et citoyennes pour construire l’Etat de droit, garantir les libertés,  apaiser la société et fédérer les forces. S’imaginer gouvernant le monde sous l’étendard des Omeyades, des Abbassides,  ou des Ottomans, c’est refuser d’agir comme alternative à l’esprit impérial qui a gouverné au nom de l’Islam amenant inévitablement la décadence et la colonisation, et c’est refusé de se préparer à la reconfiguration du monde qui exige que le curseur idéologique ne soit plus situé entre Salafistes et Frères musulmans ou entre Islamistes et non islamistes ou entre gouvernants et opposants.

L’urgence est de surmonter la crise sur le plan des idées, car la confusion est l’héritage dont il faut se débarrasser pour voir les horizons tels qu’ils sont dans la réalité avec leurs possibilités et leurs contraintes sans esprit de revanche, sans confinement aux contours que tracent le chœur et les acteurs de la tragédie. Il faut se hisser au niveau de la lutte idéologique ou de la lutte entre les imaginaires et ne pas réfléchir en épicier qui fait le calcul de ses gains et de ses pertes journaliers. Quelle est la voix à écouter au milieu des  voix contradictoires ? Allah nous donne la réponse que nous avons mise derrière le dos pour écouter les démons de la politique : nous accrocher à Allah et nous libérer de tout calcul politicien ou conjoncturel qui nous rend aliénés alors que l’Islam nous ordonne :

{Certes, la pure observance est due à Allah} As Zomr 3

L’échec apparent et flagrant est celui du coup d’Etat militaire, mais l’échec structurel est véritablement dans le rapport au pouvoir  qui fait oublier que c’est Allah qui octroie le pouvoir comme une épreuve et pour une mission. Le Croyant ne cherche pas le pouvoir, c’est le pouvoir qui le sollicite. Le changement du monde n’est pas réalisé par le pouvoir politique, mais par la conformité à la voie prophétique. Toute dérive qui pousse l’homme à compter sur le rapport des forces ou sur la légitimité de ses droits nuit à ce principe de la pure observance envers Allah. La pureté est l’excellence. La sourate « les groupes » définit l’excellence   et montre comment l’obtenir :

{Annonce alors la bonne nouvelle à Mes Dévoués, ceux qui écoutent la parole et qui en suivent l’excellence. Ceux-là sont ceux qu’Allah a guidés, et ceux-là sont les doués d’entendement.} As Zomr  17

Il ne s’agit pas de m’écouter ou d’écouter les autres. J’ai analysé notre crise qui ressemble à celle rencontrée  par le Prophète (saws) qui voyait ses compagnons dans le désarroi de l’oppression et  faisant face aux discours confus des hypocrites et aux incitations de haine des renégats. Le Prophète avait reçu l’ordre de dire aux Arabes, tous les Arabes, d’écouter les paroles et de choisir l’excellence s’ils veulent être bien guidés et s’ils  utilisent leur raison. Les paroles, ici, ne visent pas les opinions des gens, mais les Paroles d’Allah qui leur dictent la conduite à tenir. Il n’y a pas une parole d’Allah plus sensée ou plus excellente qu’une autre, mais il y a des manières différentes de comprendre selon l’énoncé et le contexte. Le Coran procède donc à une série d’énoncés de sens contigus ou complémentaires. Comprendre un énoncé  c’est soit comprendre les autres soit partir à la recherche des autres pour avoir la complétude. Foi et raison sont indissociables.

Pour suivre l’excellence il faut disposer de la compétence de cerner la globalité, il faut raisonner. Ceux qu’Allah a guidés écoutent pour avoir une idée la plus complète et la plus profonde sur le sens du Coran, mais aussi sur le sens de l’histoire, de la crise et sur celui du devenir. Celui qui refuse de voir l’ensemble des liens se conjuguer et se contente d’une opinion superficielle ne peut ni voir le sens coranique qui guide vers l’excellence ni prendre les mesures de la bonne gouvernance quand il est au pouvoir ou quand il est en quête du pouvoir. Ecouter sa seule voix ou sa seule opinion sans écouter l’ensemble c’est se condamner à la confusion.

La guidance qui apporte l’efficacité et la réussite n’est pas celle de la confiscation du sens politique par un coup d’Etat militaire, par une minorité qui refuse de se soumettre à la voix des urnes. Elle n’est pas aussi celle de la confiscation des voix des autres et du monopole de la pensée et de l’action que l’esprit confrérique voit comme vérité suprême et qu’il impose aux autres. La guidance qui résulte de l’entendement et du raisonnement ne consiste pas à importer les solutions mortes et à les appliquer à la nouvelle situation sans discernement.

Le pouvoir n’est pas la fin, mais le moyen qu’ Allah donne comme récompense. Il n’est pas le préalable, mais  l’aboutissement dont le terme appartient à Allah (swt). C’est ce que dit la sourate as Zomr dans l’énoncé en amont de l’excellence et  de la guidance :

{Dis à Mes dévoués qui sont devenus  croyants : « prenez-garde à  votre Dieu ». A ceux qui ont fait le meilleur en ce monde un bienfait, et la terre d’Allah se prête à l’immigration. Mais les persévérants seront complètement acquittés de leur rémunération, sans compter.}  As Zomr  10

Il n’y a pas de place au calcul politicien comme il n’y a pas de place au comportement réactif. De la même façon il n’y a pas de place à la dévotion du chef qui s’installe lui et son appareil dans la satisfaction, le triomphalisme ou le messianisme politique de celui qui se croit rédempteur et sauveur parlant au nom de Dieu au lieu d’agir en conformité avec Ses Ordres. Le Taghout, la transgression fétichiste, n’est pas seulement dans le camp des païens et des mécréants. Le Taghout est dans la dévotion fétichiste ou totémique qui apparait dans les confréries et les partis politiques vieillis qui s’identifient à l’Islam, à la société musulmane, à la vérité oubliant leur devoir de raisonner, de s’adapter, de négocier, de se remettre en cause, de parler vrai, de rester humain. L’énoncé qui vient en aval montre la règle de l’amour, de l’efficacité, de la miséricorde que doit méditer et mettre en application celui qui aspire à la rencontre d’Allah :

{N’as-tu pas vu qu’Allah A Fait descendre du ciel une eau et qu’Il l’Achemine en sources, dans la terre, ensuite, qu’Il fait pousser avec des plantes aux couleurs variées, ensuite elles s’avivent, puis tu les vois jaunâtres, ensuite Il les Transforme en débris ? Certes, il y a en cela un Rappel pour les doués d’entendement.} As Zomr  21

Pour mettre fin à la confusion, il faut rapidement s’inscrire dans la Promesse divine et dans l’Ordre divin en se mettant de nouveau à produire de la pensée, de l’efficacité sociale, de la fédération et préserver les vies humaines. Plus tôt on se libère de l’émotion et on se remet à réfléchir et à travailler et plus tôt on active le règlement de la crise et on surmonte l’épreuve.  Il est difficile de faire entendre la voix de la raison qui met fin aux confusions et aux querelles : nous ne sommes pas au service d’un parti, nous ne devons pas nous enfermer dans le modèle politique occidental. Nous n’avons ni les mêmes motivations, ni la même culture ni les mêmes règles morales, ni la même finalité :

{Allah vous fournit une parabole : un homme au service de plusieurs associés qui se querellent à son sujet, et un autre homme intègre ne  dépendant que d’un maître, sont-ils égaux? Louanges à Allah. Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. Toi tu mourras, et eux mourront, ensuite, le Jour de la Résurrection, auprès de votre Dieu, vous vous disputerez.} As Zomr 29 à 31

Si les élites musulmanes  s’étaient mobilisées autour de la globalité de leur vocation et de leur mission que leur dictent les énoncés coraniques ils ne seraient ni dans la confusion ni dans l’improvisation ni dans la Fitna.  Si Allah était notre seul maître jamais la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Qatar ou l’Empire ne trouverait une faille pour nous berner, nous inciter à la division ou nous conduire vers le secondaire qui sert leurs intérêts au lieu de servir la cause d’Allah.

Cela fait mal de voir des fronts qui se prosternent recevoir des coups de matraque,  des mains qui se purifient souillées par la répression,  des êtres lisant le Coran traités d’alliés du sionisme. La situation est plus complexe que ce que montrent les apparences et  les sentiments. La situation est plus complexe que la dénonciation traditionnelle : il s’agit de se remettre totalement en cause,  de refonder la politique  dans un cadre fédérateur. Le coup d’Etat n’est qu’un syndrome, un de plus, dans notre faillite.  Notre faillite est dans notre éloignement ou dans notre ignorance de la globalité et de la dynamique de l’Islam qui est l’alternative à l’Empire et à la mythologie comme il l’a été face aux empires perses et byzantins et à leurs mythes.

Les Frères musulmans, les salafistes et les autres courants et partis peuvent et doivent trouver rapidement un compromis entre eux pour empêcher l’effusion de sang et transformer la catastrophe en renouveau. L’homme est capable du meilleur s’il revient vers Allah avec humilité et avec conscience de ses devoirs. Le coup d’Etat est une réalité déjà consommée. Il ne faut pas l’accepter certes, mais on ne peut plus revenir en arrière. La provocation et l’humiliation de la nomination de Baradei, pour les Frères musulmans a été évité, il existe des possibilités réelles pour ne pas aller vers une guerre civile et sauver toutes les apparences afin de redonner à la société civile et aux partis politiques la lucidité et le temps d’assumer leurs responsabilités en revenant à Dieu :

{N’ont-ils donc pas su qu’Allah Déploie la subsistance à qui Il veut ou la restreint ? Certes, il y a en cela des Signes pour les gens qui croient. Annonce à Mes dévoués, qui firent des excès contre eux-mêmes : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ». Certes, Allah absout les péchés en totalité. Il Est Lui l’Absoluteur, le Miséricordieux.  Et revenez à votre Dieu, et remettez-vous à Lui avant que le châtiment ne vous  vienne, ensuite vous ne triompherez point. Et suivez le meilleur de ce qui vous a été Révélé de votre Dieu, avant que le châtiment ne vous vienne à l’improviste, sans que vous ne vous rendiez compte afin que personne ne puisse dire : « Quel malheur, pour ce que j’ai négligé à l’égard d’Allah, et que j’étais sûrement de ceux qui se moquaient ! », ou qu’elle ne dise : « Si Allah m’avait guidée, j’aurais été sûrement du nombre des pieux », ou qu’elle ne dise, quand elle verra le châtiment : « Si je pouvais revenir sur terre, je serai alors de ceux qui font le meilleur ».} As Zomr 52 à 58

Si par contre on continue de croire que c’est l’échec des Frères musulmans ou la ruine de l’Islam politique puis de s’en réjouir,  et si les Frères musulmans continuent de réclamer leurs droits sans  tenir compte de la réalité amère et de la tragédie qu’elle annonce et qu’ils ont préparé alors chacun devra assumer ses responsabilités  dans ce monde et se préparer à témoigner le Jour du Jugement dernier :

{Justice fut rendue entre eux, en toute Vérité}  As Zomr 75

L’effondrement du monde musulman et arabe dans sa configuration actuelle puis  l’émergence d’une alternative  où la justice et la vérité priment sur la foire électorale et les saltimbanques politiques sont sans doute la voie du salut pour nous et pour les autres. Allah asstour !

Le nouveau gouvernement et la nouvelles présidence en Egypte ne changent rien à l’équation fondamentale. Encore une fois il ne s’agit pas d’une affaire technicienne ni d’une affaire politicienne ni d’une affaire intellectuelle. Il y a un destin à accomplir. Ce destin exige une ligne d’orientation idéologique que le monde arabe n’est toujours pas capable de tracer ni de suivre. Les jours vont montrer, une fois de plus qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller comme pour celui qui va vers le bateau en perdition…. Baradei ne doit pas donner l’illusion de la caution à l’Occident. L’Occident sait où se trouve le centre de décision dans le monde arabe comme il sait que l’échéance de sa fin est annoncée depuis qu’il avait annoncé la fin de l’histoire.

 

 

 

Baradei n’est ni Aristote ni Virgile, un mythe pour les miteux

Le trois juillet j’ai exprimé ma crainte de voir les Égyptiens se comporter comme les pieds nickelés. Finalement, ils font pire, ils descendent aux enfers de la tragédie qu »ils n’ont pas voulu lire avec des yeux de vivants.

Aristote nomme la  Tragédie grecque le chant du bouc en référence aux peaux de bouc portées par les acteurs et au caractère cathartique de la désignation du bouc émissaire par lequel la société frappée de malédiction conjurait le sort en offrant l’un des siens en offrande sacrificielle. La tragédie grecque a le génie de porter en scène des mythes dont le texte est connu depuis longtemps par le public  et par les acteurs et qui viennent jouer en public l’histoire d’une victime courageuse qui lutte contre le destin cruel et inéluctable décidé par les divinités de l’Olympe contre l’homme ou le demi-dieu qui a osé les défier ou prendre sa liberté.  La tragédie grecque a dominé le théâtre de l’Empire romain, elle a inspiré Shakespeare qui a mis en scène la cruauté des rois, mais aussi la culture anglo-saxonne qui conjugue intrigue et amour autour du pouvoir.

La force du jeu des comédiens n’est donc pas de raconter la vérité ou de dénouer l’intrigue puisque l’issue fatale est connue par tous depuis le début.  La force et l’art de la tragédie résident  dans l’illusion savamment orchestrée par les spectateurs qui répondent en chœur aux artistes sur scène.  C’est davantage par le chœur qui se lamente et  qui répond, qui appelle et qui consent  que les acteurs tissent la narration  pour en faire une intrigue réelle (du verbe in tricare qui signifie tricoter dans l’intérieur) faisant oublier son caractère affabulatoire et  son issue cruelle.  Ce  ne sont pas les contradictions sociales et religieuses de l’époque qui sous-tendent la trame, mais l’illusion de participer à l’intrigue. Le talent des commerçants et des managers de la  Tragédie grecque réside dans leur capacité à mobiliser des foules,  car c’est la voix de la foule nombreuse dans qui va amplifier l’émotion. Plus la foule est grande, plus l’émotion est grande, plus le mouvement (dans (l’imagination ou dans la rue) est grand. La langue latine est   éloquente puisqu’elle nous apprend que se mouvoir et s’émouvoir ont la même racine « movere ». Le plus des acteurs n’est pas de jouer juste ou vrai, mais de faire bouger les foules.  Pour les Grecs le mouvement que nous avons étudié dans la cinématique est Kenema signifiant cinéma. Pour des raisons historiques le terme grec de cinétique est devenu citere pour signifier plus tard des sens de mouvement  comme citer un texte pour dire aller chercher un texte, citer quelqu’un en justice pour signifier le ramener devant la justice. Les préfixes latins  que j’ai utilisés dans « Résistance globale » à l’Empire autour du verbe vont donner au déplacement latin des sens merveilleux qui rappellent la tragédie grecque : inciter à la violence, susciter de la haine,  réciter la voix de son maitre, publicité pour l’Occident.

Au-delà des jeux de mots, il y a l’histoire et la tragédie humaine. En Égypte nous avons l’empreinte des Pharaons, des Grecs et des Romains. Il faut y ajouter la perfidie et l’hypocrisie des Bédouins.

La puissance du verbe et la magie de  la parabole permettent à chacun de construire  ensuite sa propre narration et d’effectuer son propre mouvement idéique et politique.

C’est la vocation pédagogique, mais aussi manipulatrice,  du mythe et de la Tragédie que de mettre en scène une foule en délire qui devient Pygmalion qui se confond avec sa propre sculpture au point d’en tomber amoureux et de l’épouser puis subir les malheurs de ce mariage contre nature et finir pétrifié regardant ses propres filles finir prostitués. Les mythes et la Tragédie grecque qui entretiennent les illusions de l’imagination sont cruels. L’Occident façonné puis blasonné par les mythes n’a pas de sentiment, mais une compétence à raisonner pour nous faire bouger dans la direction qu’il veut et nous faire émouvoir dans une allégresse de joie ou dans un immense chagrin qu’il retourne à son avantage selon son récit que nous colportons et que nous amplifions par paresse intellectuelle et par stupidité politique.

Ainsi Mohamed Bradei  est annoncé sans surprise le nouveau chef du gouvernement.  Ce coup d’annonce est une tragédie. Elle est en train de se jouer devant nos yeux ouverts ou fermés, nous en connaissons l’issue.

La première lecture semble dire que le choix s’est fixé sur ce prix Nobel de la paix pour donner des garanties à la communauté internationale qui avait décidé de lui attribuer ce prix pour le rôle courageux et avisé dans la destruction de l’Irak.  La communication stupide des Frères musulmans,  renforce cette idée, en colportant les propos attribués à Bradei donnant sa caution à Israël en présentant les islamistes comme des négateurs de l’Holocauste   et en  présentant le président par intérim, Adly Mansour, de Juif sabatéen. Il me fait penser au président du conseil constitutionnel algérien en janvier 1992.  Ce dernier me fait penser à sa fille,l’ancien ministre Souad Benhabilles qui s’affiche avec l’ancien patron de la DST pour dénoncer les « islamistes libyens » au nom de la lutte anti terroriste, mais n’aborde pas la transgression du droit ni celle de l’agression de l’OTAN.

Al Jazeera, Al Ibahiya comme l’a appelé le frère Salah Eddine, qui rend licite l’effusion de sang,  continue de manœuvrer dans les coulisses et d’inciter à la violence faisant fi de toute analyse politique qui exige vigilance et prudence. Il ne s’agit plus de parler de coup d’État mené par l’armée ni des fautes politiques des Frères, mais de purifier la société égyptienne des laïcs, des Juifs, des Chrétiens. C’est le même discours de ceux qui veulent éradiquer les  ennemis de la démocratie, les ennemis de la femme et les ennemis de l’Occident et d’Israël. Notre opinion compte très peu devant l’opinion des pétrodollars et devant celles des civilisés.

Mon opinion  sur l’Egypte est celle que l’Occident se fait sur Œdipe : tuer le père pour libérer le fils. La signification religieuse, idéologique, psychanalytique et politique n’est pas exagérée. C’est cette signification qui donne la dimension, l’intensité et la portée de la Tragédie qui est en train de se jouer : éradiquer le mouvement des Frères Musulmans considérés comme le père de l’Islam politique. Je reviendrais plus tard sur leur imbécillité qui les a menés vers cette posture de victime et qui les conduit vers l’holocauste où on immole les sacrifices humains pour apaiser les dieux. La Fontaine a bien illustré l’holocauste dans sa fable « les animaux malades de la peste ». Je reviendrais sur la littérature orientaliste qui voulait présenter Youssef comme une visitation du mythe d’Oedype et que les civilisés arabes en Egypte et en France répètent comme des perroquets qui viennent de découvrir le sens des mots et qui se racontent des histoires, des rumeurs, des préjugés historiques, culturels  et sociaux, sans se donner le temps et la probité de lire  un verset du Coran.

Le Cheikh Tayeb d’Al Azhar est venu apporter la contradiction religieuse à Qaradhawi en appelant au refus de l’effusion de sang des musulmans, quel que soient leur position politique et leur camp idéologique.  La tragédie c’est que ce qu’il dit est une évidence. Cette contradiction ne vient pas  comme une fausse note  dans  la tragédie qui a fait  verser le sang des Libyens et des Syriens, elle vient comme  une autre voix inconsciente qui récite, qui rejoint le chœur… Le halal et le Haram ainsi que la sacralité de la vie et des biens du citoyen sont une vérité inviolable, mais encore une fois il est attendu des savants musulmans de conserver leur voix autonome et responsable pour expliquer les raisons de la violence et les moyens de l’éviter. Toute parole qui n’explique pas ajoute de la confusion et devient soit un murmure dans le chœur assourdissant soit un écho à ce chœur.  La voix des savants musulmans et des imposteurs intellectuels est prise en flagrant délit de mensonge,  de confusion et de déclarations qui ne changent rien à la tragédie. Les animaux malades ont choisi l’âne et la vache pour les donner en pâture au lion, au chacal et au renard. La forêt peut gémir, la forêt peut hurler,  le fort dévore le faible, le mythe continue de se raconter aux crédules… Al Qaradawi a raison de souligner la fausseté d’Al Azhar et l’obligation religieuse de respecter le chef, mais son discours est tardif. Il a lui même porté atteinte à ce principe en donnant légitimité religieuse aux séditieux en Syrie et en Libye. Il a été entraîné vers cette impasse, sans doute par certains Libyens proche du palais royal qatari et membre de l’association des savants musulmans. Qaradhawi a perdu toute crédibilité.

Ce qui ne passe pas inaperçu et  que certains reporteurs étrangers ont signalé dans leur direct : que fait l’armée ?

L’armée elle a fait un coup d’État. Elle aurait pu épargner à l’Égypte cette tragédie en cherchant d’autres solutions. En vérité elle ne veut rien épargner, car elle est otage de la tragédie qu’elle est en train de jouer sans en connaitre les tenants et aboutissants. Pour l’instant elle met en place le décor. Je vois deux objets dans ce décor :

1 – Elle ne s’interpose pas entre les deux camps alors que moralement, politiquement et pénalement elle est responsable de la vie des citoyens, abstraction faite qu’elle est la véritable détentrice du pouvoir. Les abrutis peuvent crier vive l’armée, mais le comptable des morts, des blessés et des ruines devra un jour répondre de ses actes. Elle n’est pas en train de jouer un rôle d’arbitrage, mais de faire pourrir la situation pour se donner légitimité et légalité à réprimer et à éradiquer ceux qu’elle a laissé accéder au pouvoir pour se donner le temps de souffler, de gérer les contradictions et de rendre visible toute l’organisation secrète des Frères Musulmans qui sont frappés d’amnésie, d’inaptitude et de folie depuis la « révolution » égyptienne. Isolés sur la scène internationale, mis à nu et criés par un chœur national ils sont poussés à la faute, à la révolte, à l’insurrection. Dans cette mise à mort tout le monde est d’accord. Le Qatar a passé la main à l’Arabie saoudite : les salafistes entrent en jeu ajoutant de la confusion et du désordre pour le malheur des Arabes et des musulmans. Qaradhawi et l’espreit partisan ont fait suffisamment de tort à la communauté : Baradei peut jouer son rôle en l’inversant : il répond au chœur.  Victor Hugo a depuis longtemps cassé l’édifice de la Tragédie classique tout en s’attaquant à Napoléon et à son régime. Nous, les Arabes, fascinés par nos colonisateurs, nous sonnons toujours midi à minuit. Nous entrons dans le récit dans la récréation ou en épilogue.  Nous sommes des réminiscences de la tragédie des autres. nos limbes ne peuvent emmagasiner notre histoire ni nos voix se faire l’écho de nos tragédies incessantes depuis plus de cinq siècles.

2 – Baradei n’est pas un choix fortuit. Il ne répond pas à la logique de la communauté internationale comme on veut le présenter pour simplifier la donne à des opinions qui ne veulent pas réfléchir. Même l’information selon laquelle il a été choisi sous condition qu’il ne présente pas aux prochaines élections présidentielles fait partie de la Tragédie qui nous donne l’illusion d’un avenir et l’illusion d’autres candidats dans ce qu’on appelle les démocrates ou les laïcs.  Pour l’écrivain Alaa Al-Aswani, « le Prix Nobel de la paix s’est retiré de la course à la présidentielle pour ne pas cautionner une démocratie de façade ».  Lorsque les intellectuels ont une poutre dans les deux yeux comment s’étonner que le peuple ne soit émeutier, indifférent, vandale…

3 – Morsi est non seulement emprisonné, mais caricaturé par les médias arabes et égyptiens anti islamiste. On porte atteinte à l’image d’un homme qui a été président. Ces erreurs ne font pas de lui un minable dont il faut se moquer par un arrêt sur image choquante prise sur une vidéo. La moquerie pour affaiblir un homme et le présenter tordu, flou,  louche n’est pas une éthique. :

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Les trois point convergent vers une seule conclusion : Il y a une volonté d’aller à l’affrontement pour donner légitimité et légalité à la répression, mais aussi pour éradiquer les chances politiques futures des FM. Ils savent qu’ils ont une expérience et une organisation et le jeu consiste à détruire cette organisation et l’impliquer dans une effusion de sang, une sorte de catharsis sanguinaire qui détourne le peuple à jamais de l’islam politique et social. J’espère me tromper. Le temps a montré que sur le plan logique les militaires et les éradicateurs arabes se trompent en choisissant les solutions extrêmes. Ils sont, sur le plan démocratique et populaire une minorité. Les islamistes devraient comprendre qu’il y a d’autres voies que l’imposition de leur majorité et de leurs vérité pour se faire aimer et se faire respecter. Ils sont au service d’une foi et non partisans d’un parti politique ou d’un mythe semblable à celui de leurs éradicateurs. Qaradhawi et les Frères musulmans n’ont pas choisi la voie du « juste milieu ».

L’Égypte est le pays des magiciens de Pharaon, l’administration des Romains et les mythes des grecs. Elle reste la convoitise de l’Occident et la proie de ses prédateurs internes. Dans la mise à mort « cruelle » des animaux dans la forêt il y a égalité de chances entre le prédateur et la proie. Dans la mise à mort du héros de la tragédie grecque, il y a mise en exergue de l’héroïsme surhumain contre les dieux. Mais dans la mise à mort de son adversaire politique il n’y a pas de place au sentiment, à la dignité et à l’honneur. Non seulement il faut criminaliser et diaboliser son adversaire malgré qu’il se soit montré incompétent à comprendre la crise et à se défendre, mais il faut le provoquer et l’humilier.

Baradei, sans dignité et sans gloire,  non seulement joue le rôle de l’appât, mais celui de la muleta. Sa nomination, attendue, a pour objectif de provoquer et d’humilier les partisans de Morsi.

L’homme blessé dans sa chair ou dans ses droits peut pardonner et supporter l’injustice ou la fatalité et endurer le temps de reprendre ses forces. L’homme blessé dans son amour propre risque de ne plus se mouvoir selon la raison et les exigences historiques, mais selon le chœur  qui  excite l’affect.

المعارضة بمصر لا تدعم الانقلاب ومزيد من الاستقالات

Lorsque l’injustice est instrumentalisée, et j’en suis convaincu,  nous sommes au-delà du coup d’État militaire pour des raisons politiques et idéologiques. Nous sommes dans l’horreur des tribunaux d’inquisition et de la chasse au sorcières.

Je ne crois pas au mythe du complot, mais force est de constater que nous ne savons pas réciter (mettre en  mouvement  les souvenirs) alors que l’Occident connait notre mentalité et notre histoire et sait comment agir sur nos motivations (dont la racine n’est que motivus : mouvement), car nous sommes figés dans notre immobilisme et nos corps mentaux et sociaux ne réagissent qu’aux impulsions de l’extérieur. Écouter comment les traditions de l’Occident agissent sur notre pathos (mouvement des humeurs et des comportements) à travers, à titre d’exemple voici ci-dessous deux extraits tragiques du mythe d’Orphée qui rejoint celui d’Ulysse et d’Hercule:

Premier extrait  exprimant  la manière  dont Apollon a pénétré dans le cœur  de la Sibylle de Cumes, la prophétesse, quand elle s’apprête à révéler à Énée  la manière de rejoindre le séjour des morts pour y rencontrer son père :  « La vierge dit « C’est le moment d’interroger les destins: le dieu! voici le dieu! » Comme elle prononçait ces mots devant les portes, tout à coup son visage, son teint se sont altérés, sa chevelure s’est répandue en désordre; puis sa poitrine halète, son cœur farouche se gonfle de rage; elle paraît plus grande, sa voix n’a plus un son humain: car elle a déjà senti le souffle  et l’approche du dieu. « 

Second extrait  : La prêtresse invite alors Enée à formuler sa prière à Apollon; puis, quand le dieu se prépare à répondre au  héros par la bouche de la Sibylle, voici comment cela se passe : « Cependant, rebelle encore à la possession de Phébus, la prêtresse se débat monstrueusement dans son antre, comme une Bacchante, et tâche de secouer de sa poitrine le dieu puissant;  lui n’en fatigue que plus sa bouche enragée, domptant son cœur sauvage, et la façonne à sa volonté qui l’oppresse »

Érotisme, cannibalisme, pouvoir, sang, fascination des mots et mise en scène sont les traits des Romains, des Grecs et de la civilisation gréco-romaine sans Dieu, mais avec un panthéon. La vertu, la démocratie,  les droits de l’homme, la vérité sont des illusions. Bradei qui n’a pas pu avoir des voix au premier tout ni fonder un parti d’opposition se trouve, par le miracle de l’illusion, porté par la voix du peuple et celle de la baïonnette.   Les fautes et les erreurs des Frères Musulmans et leur inculture politique ne peuvent expliquer la cristallisation d’amour autour du perdant.

Comme en Grèce Antique, la démocratie est fermée aux esclaves, hommes ou femmes, mais  les gradins de la Tragédie sont ouverts à tous. Il faut remplir la salle et transmettre les clameurs. Les Romains avaient innové dans leur cinéma médiatique qui faisait acclamer la foule en extase devant les gladiateurs armés massacrant les esclaves enchainés : ils avaient introduit les drapeaux et le pain. Le  « Circences panem » assurait  la grandeur de Rome et la glorification des Césars plus que la politique et l’administration.

Le khobzisme, avec ou sans pain,  est sans doute l’effet tragi-comique le plus remarquable de la plèbe arabe et de ses intellectuels interlocuteurs validés par l’Occident. Enée a eu, au moins,  le courage de faire le voyage initiatique aux enfers et de ne pas tuer son père qui l’a aidé à sortir de son embarras entre la voie du bien celle des Champs Elysée et la voie du mal celle des Tartares. Elle a est entré dans la légende en sortant par la  porte qui  s’appelait du nom mythique « Songes Trompeurs ». Par quelle porte vont sortir les miteux de notre époque désenchantée où les retournements de situation sont ahurissants.

L’empire et la Tragédie vont continuer d’occuper nos cœurs jusqu’à la véritable Sahwa.

Je ne peux achever ce texte sans m’interroger sur les motivations de nos frères chiites et iraniens qui se réjouissent  des malheurs de  leurs adversaires (Kadhafi et Morsi), même si ces derniers n’ont pas été tendres avec eux ou s’ils se sont comportés comme de véritables imbéciles. Où est la fraternité musulmane ? Où est la solidarité face à la tragédie humaine ? Ou sont les grands principes ? En ce moment, Allah est témoin, j’ai de la peine, de la douleur pour tous.

Aristote et Virgile ne sont que des repères pour construire notre tragédie et l’insérer dans celle du monde occidentale. Pour sortir de cette tragédie nous devons nous aligner sur les comportements moraux de notre Prophète (saws). Il  nous a ordonné de dire à celui qui a fait du bien « tu as bien du bien » et de dire à celui qui a fait du mal « tu as fait du mal » et ne pas se taire face à  n’importe quel censeur. Celui qui se tait devant l’injustice et cache la vérité Allah lui jettera l’opprobre, le privera d’eau et lui infligera l’oppression de son ennemi. Les ennemis qui nous dominent et qui veulent nous opprimer davantage pour exporter leur crise sont nombreux. Ou bien un sursaut de dignité ou bien une oppression interne et externe.

 PS / DIMANCHE MATIN / RETOURNEMENT

La pillule Baradei ne passe pas. Il y a de fausses notes dans le chœur. L’essence et la déroulement de la tragédie restent inchangés. La machine de provocation, de diabolisation et d’humiliation de la répression et de l’éradication est déjà en action. La main d’Allah reste au dessus de tous. J’espère qu’Il inspire (swt) les forces saines afin que la dénonciation du coup d’Etat ne reste pas partisane confinée dans les « pro Morsi » . Dans l’adversité ou dans l’aisance la communauté devrait se fédérer sur la justice et le droit ainsi que sur l’arbitrage et le règlement des problèmes par le dialogue et la concertation.

 

 

 

Quelques pistes après le renoncement des Frères musulmans à la lutte armée contre le coup d’Etat.

J’ai exprimé le fol espoir de voir Morsi démissionner avant qu’il ne soit démissionné. Il n’est ni de la stature ni dans la position de Othman pour rester au pouvoir malgré ses opposants. Il était de son devoir d’éviter la reproduction du coup d’État militaire et ses conséquences stratégiques. Sa confrérie a failli en Égypte et en Syrie et a raté les occasions d’un sursaut de conscience. Il nous faut revenir, plus tard, plus longuement sur les raisons de la faillite de ce que les marxistes appellent la révolution nationale démocratique et de ce que les Islamistes appellent la Sahwa ou la dawla islamique.

Pour l’instant je vais tenter, à chaud, de garder le même cap que j’ai suivi lors de l’analyse en temps réel des révolutions arabes et examiner les anciens ou nouveaux jalons pour voir la tendance qui se dessine au-delà des souhaits et des partis pris des uns et de l’habitude maladive et stérile de dénonciation des autres à la suite de la destitution du président égyptien. Je vois 15 éléments qui se conjuguent et qui vont imprimer leur marque sur le processus politique dans le monde arabe.

1 – Le coup d’État est inscrit dans la nature du pouvoir militaire qui trouve prétexte ou crée le prétexte pour réglementer la vie politique selon son propre calendrier et ses propres critères. Le peuple arabe n’est, selon l’expression de Malek Bennabi, qu’une foule que les saltimbanques politiques réunissent et que la matraque policière disperse. Le sentiment démocratique qui interdit à l’opprimé de refuser d’être opprimé et à l’oppresseur de continuer à opprimer n’est pas encore inscrit dans la mentalité sociale et dans les mœurs politiques. Les Frères musulmans auraient dû se hisser au niveau de leur responsabilité religieuse au lieu de convoiter un pouvoir qui allait leur échapper. Le coup d’Etat est inscrit dans l’histoire du monde musulman depuis qu’il a rompu avec la Prophétie. Ce serait une réduction de l’esprit que de confiner cette pratique aux armées arabes apparues dans le prolongement de la résistance anti coloniale.

En Algérie l’erreur magistrale consiste à donner une coloration islamique à la révolution algérienne et attendre de l’armée algérienne et du mouvement de libération nationale ce qu’ils ne pouvaient donner sur le plan idéologique et religieux ou de les considérer impies ou traitre oubliant les conditions objectives historiques et sociales de leur émergence.

2 – L’Arabie saoudite, ennemi juré des Frères musulmans et rival du Qatar va peser de tout son poids financier, politique et diplomatique pour rendre le retour des Frères musulmans sur la scène politique et sociale impossible voire périlleux pour l’existence et la liberté des militants et des sympathisants de la confrérie. Les alliances avec le Qatar et la Turquie étaient une erreur stratégique dont la facture sera lourde à payer. S’aligner sur un Cheikh sénile qui n’avait pas de boussole est la seconde erreur stratégique, car dans les moments difficiles les insensés vont continuer à suivre le même insenséïsme et les plus lucides vont se trouver dans la difficulté à convaincre de la nécessité de changer de « Qibla idéologique » et de rassembler de nouveau. Toute la stratégie de l’Islamophobie sioniste est de parvenir à cet état de confusion avec en point d’orgue des musulmans qui s’entretuent.

3 – Le réajustement au Qatar annonçait une nouvelle feuille de route pour le monde arabe et un accord entre l’axe Pékin-Moscou et l’Amérique. Le Qatar devait sans doute reprendre son rôle initial fournisseur de gaz et de place financière et ainsi mettre fin à son interventionnisme dans la géopolitique qui s’est avéré catastrophique pour l’image des USA. Les Frères musulmans conduits par une culture de dévotion maraboutique envers le chef de la confrérie et envers Cheikh Qaradhawi n’ont pas vu comment ils sont devenus une caricature de l’Islam caricaturée et n’ont pas eu la grandeur d’âme de se ressaisir pour devenir humbles au service du peuple.

4 – Croire que l’Amérique a fomenté les révolutions ou croire que la chute des Frères musulmans est l’échec de la politique américaine dans la région c’est mentir aux peuples et déplacer le conflit hors de notre mentalité pour le situer dans celui du complot. L’Amérique est pragmatique : elle a des invariants qui lui permettent de faire face aux changements et de les adapter à son profit. Elle dispose de capacités de veille et d’instruments de manœuvres. Croire en la bénédiction de l’Amérique est l’autre mythe dans lequel sont tombés les Frères musulmans. L’Amérique sait où se trouve le pouvoir réel et connait parfaitement ses intérêts. Toutes les gesticulations ne doivent pas cacher l’origine du drame et ses conséquences : le rapport de la classe politique arabe à l’armée. L’armée a non seulement un rapport de force envers la classe politique, mais un rapport de mépris paternaliste envers le civil. Demander à l’armée de résoudre les crises politiques est une conséquence de l’insenséisme arabe. Demander à l’armée de cautionner l’arrivée au pouvoir ou de respecter la légalité constitutionnelle est une autre forme d’inconséquence. Dans ce rapport à l’inconséquence des civils arabes, l’armée arabe est la  plus cohérente, la plus logique et la plus conséquente. Il était demandé aux politiques de prendre l’armée comme un fait historique et de trouver ensemble un dénominateur commun pour aider l’armée à se débarrasser de son complexe et de ses appétits de pouvoir pour qu’elle se consacre à sa vocation : élaborer une doctrine de défense nationale et défendre la souveraineté nationale. L’armée investie de la confiance « populaire » et réconfortée par la culture messianique trouvera toujours des auxiliaires idéologiques et politiques pour lui donner des excuses comme elle trouvera toujours des détracteurs puérils pour dénoncer ses généraux sans rien proposer de crédible.

La cécité fait voir aux uns la réalité sous le modèle démocratique occidental et aux autres le souhait dans une perspective islamique sans ingénierie et sans partenariat avec les autres. Les laïcs sont réconfortés dans leur idée d’interdire la démocratie aux « ennemis de la démocratie » et les islamistes sont convaincus de la perfidie des laïcs et de leur nature éradicatrice de l’Islam. Peu sont concernés par l’effort de trouver ensemble une solution à la panne du monde arabe. La violence de la rue sera, à tort ou à raison, l’alibi, pour une intervention de l’armée. L’armée, à tort ou à raison, sera dans l’obligation messianique ou bonapartiste d’intervenir et d’arbitrer selon sa propre lecture du monde. L’armée arabe n’a pas de compte à rendre. Et il faut le dire en toute justice, si les officiers les plus compétents et les plus probes voulaient rendre compte, ils n’ont pas à qui rendre compte. L’armée est un corps uni et organisé, en face d’elle il n’y a que des convoitises de pouvoir et des maladresses.

5 – La Syrie semble soulagée pour l’instant. L’armée arabe syrienne peut achever de mater la sédition armée. Elle semble soulagée, mais dans la réalité le déficit en matière de droits, de progrès et de liberté est toujours en attente de réponse. Les réjouissances du président Bachar Al Assad sur le sort de Morsi indiquent que lui aussi n’a pas tiré les conséquences morales et politiques de son régime et n’est pas prêt à envisager avec objectivité les raisons de l’insurrection armée, nonobstant son caractère condamnable.

6 – Le mouvement des takfiris (abjurateurs) va sans doute se fabriquer des arguments politiques pour tenter de redonner du crédit à ses arguments religieux fallacieux et ainsi jeter l’anathème sur tous les Égyptiens. Bien entendu le fanatisme et l’ignorance de ce mouvement vont être instrumentalisés.

7 – Les USA vont afficher de nouveau leur soutien aux militaires et aux éradicateurs égyptiens. Cela va sans doute donner de nouvelles idées non seulement à l’opposition turque, mais aussi aux militaires turcs tentés de reprendre la partie du pouvoir qu’ils ont glissé en sous-mains aux néo-ottomans pour donner l’illusion démocratique et l’entrée de la Turquie en Europe.

8 – Le peuple égyptien et les « jeunes révolutionnaires » vont se retrouver de nouveau face au clivage que ni la première ni la seconde « révolution »  n’a abordé avec sérénité et responsabilité. Le camp anti Morsi et anti Frères musulmans va montrer sa nature hétéroclite et contradictoire (partisans du libéralisme et partisans de la gauche) dès que l’ennemi commun focalisé sur les islamistes aura perdu de sa vigueur.

9 – Le Hamas palestinien va se trouver en difficulté. Les Palestiniens fragilisés par l’absence de vision stratégique se trouvent déjà confrontés aux voix chrétiennes et laïcs qui prennent position en faveur du coup d’Etat salué comme une victoire de la démocratie. C’est extraordinaire comment les Frères musulmans, en l’espace d’un an, sont devenus une force de répulsion. L’exception venait des médias américains et français dont on connait les penchants sionistes ou islamophobes : ils étaient dans l’embarras. Ils avaient le même embarras que les médias de l’entité sioniste. Je ne suis pas partisan de la trahison des Frères musulmans. Il y a une volonté d’investir sur l’illusion du Khalifat apolitique pour liquider la Syrie et l’Iran et conserver le monde arabe et musulman loin de la Russie et de la Chine. Les changements faussent la donne et les investissements des occidentaux pris au piège de leur machiavélisme politique. Dans quelques heures et dans quelques jours, le discours haineux envers le FIS et l’Islam va reprendre. Chacun reprendra la continuité de sa vocation et ses repères traditionnels. Les arabes continueront de naviguer à vue et de se voir à travers le prisme occidental déformateur, réducteur ou amplificateur selon la lutte idéologique, les impératifs militaires  et les intérêts économiques qui continuent de nous échapper, militaires et civils, gouvernants et gouvernés, ignorants et intellectuels.

10 – Il y a longtemps que les Arabes se sont habitués à la présence sioniste. Ils n’arrivent plus à percevoir où se situe leur véritable ennemi et avec qui pactiser. Ils oublient que tout est mis en musique pour que se constitue dans le monde arabe une aristocratie composée de militaires affairistes plus préoccupés par le foncier immobilier et agraire que par la guerre contre Israël et la libération de la Palestine. La paix intérieure, la stabilité politique, la fin des faux clivages aboutissent fatalement à se reposer les véritables questions : l’environnement stratégique de la nation, sa dimension civilisationnelle, sa vocation dans le monde, son appartenance historique… Le sionisme comme l’Empire vieillissent et font des fautes, mais ils ne sont pas encore achevés et face à eux la partie est facile : nous empêcher de penser, d’avancer, de nous fédérer.

11 – Les Tunisiens inspirateurs de la révolution arabe vont s’imaginer que la révolution est un processus mécanique ou un brevet dont on a recours sans conditions objectives et sans possibilités réelles. J’ai étudié le programme économique d’Ennahda et j’ai publié mon analyse sur le Net. Je dois avouer que les opposants idéologiques de l’Islam politique non seulement n’ont fait aucune analyse du programme d’Ennahda, mais que leur programme ressemble à celui d’Ennahda : semblable à celui du FLN, du FIS ou de Bouteflika : un cahier d’intentions, un catalogue de choses à entasser. La différence avec l’Algérie c’est que la Tunisie n’a pas de ressources autres que le tourisme. Les Tunisiens vont faire tomber Ghenouchi et la question fondamentale reste posée : quelle est l’alternative si on fait abstraction des problèmes légitimes de la liberté de la femme, de la liberté de croire ou de ne pas croire. Les islamistes et les démocrates sont le revers et la médaille de la même fausse monnaie politique, l’expression de la même démagogie, et le même creuset de la pensée unique. Le monde arabe ne produit ni pensée économique ni modèle de développement ni leviers d’actions : il consomme les techniques des autres et fait de la compilation sur son histoire et son Fiqh.

12 – Dans cet ordre, nous allons assister à une répression féroce contre les cadres des Frères musulmans qui va ressembler à l’inquisition médiévale. L’Occident sera silencieux, les laïcs auront le sentiment de prendre leur revanche et les islamistes seront divisés et dispersés par leurs divergences doctrinales, sectaires et politiques qu’ils ont eux-mêmes cultivées.

Le système de cooptation et de rente prendra une autre forme avec ses parvenus et ses exclus. Ce système aura toute l’imagination, qui a fait défaut aux Frères musulmans et aux autres mouvements islamiques, pour cultiver davantage de médiocrité, d’illusions et de s’inventer les mobiles inédits de la répression contre ce qu’ils appellent l’Islam politique.

Cette répression, annoncée déjà par la fermeture des médias et l’emprisonnement des cadres supérieurs des Frères musulmans, va sans doute prendre des proportions inimaginables : criminaliser les Frères musulmans et les désigner comme bouc émissaire de tous les malheurs du monde musulman. Pour cela ils vont être traduits en justice sous l’inculpation de collaboration avec l’ennemi, d’atteinte à la sureté de l’État, de blanchiment d’argent, de terrorisme international. J’ai eu, par la grâce d’Allah, le privilège de comprendre l’islamophobie comme machine de guerre médiatique, idéologique et militaire dans l’agression du monde musulman et j’ai eu la présence d’esprit de faire les liaisons entre l’islamophobie et les dérives dans la pensée, le discours et le comportement de certains imposteurs. Je pense avoir eu le courage, le devoir  et la lucidité  de dire assez tôt que Qaradhawi est dans l’erreur. Ceux qui vouent une dévotion fétichiste au culte  de la personnalité au nom de l’Islam qu’ils assument leur responsabilité dans la nouvelle tragédie.

Ils n’ont pas eu la vigilance morale pour dénoncer l’assassinat de Cheikh Ramadan Al Bouti allant jusqu’à lui trouver des alibis les uns plus farfelu que les autres. Ils n’auront pas la présence d’esprit pour dire qu’il ne s’agit pas de l’échec de l’islam politique, mais de l’incompétence des musulmans à vivre réconciliés et impliqués dans un projet de réforme globale et d’édification de civilisation à visage humain. Ils vont certainement continuer à dénoncer les généraux janvieristes et juilletistes, mais ils ne feront jamais leur mea culpa ni n’apporteront des propositions.

13 – Les Frères musulmans semblent se réveiller de leur anesthésie politique :  Morsi appelle à ne pas verser le sang, sa confrérie invalide toute idée de Jihad en Égypte. Cependant comment expliquer aux Djihadistes en Libye et en Syrie que le halal et le haram sont soumis aux idées des chefs et non aux prescriptions divines. C’est encore une contradiction qui va jouer en défaveur de la mobilisation du peuple égyptien. Morsi n’a eu que 27% des voix (au premier tour) face au général Chafiq qui a obtenu 20%. La lassitude et le mécontentement ont sans doute entamé les 51% des voix du second tour. Ce qui n’a pas été réalisé en situation favorable ne le sera pas en situation défavorable surtout que la confusion idéologique et religieuse a accompagné la gouvernance ratée.

Poser l’équation en termes de complot impérialiste et d’armée despotique c’est continuer à faire l’impasse sur les problèmes de fond du monde arabe et choisir la voie de la facilité : dénoncer au lieu d’assumer, simplifier et réduire la réalité au lieu de la dérouler et mettre fin aux confusions et aux dérapages. L’article que j’ai écrit sur Khatib et son rapport à sa confrérie me semble un témoignage qui mérite étude. Prochainement j’aborderais les prévisions sur la gouvernance des Frères Musulmans et le processus de l’échec programmé que j’ai développé dans mon livre « les dix commandements US et le dileme arabe« . Il a été publié en janvier 2012 avant que les Frères musulmans ne sortent gagnants d’un processus électoral dont j’ai dénoncé les incertitudes, les compromissions et les dérives certaines du fait de l’esprit confrérique.

Dans quelques semaines, la machine infernale de la répression va fatalement rencontrer le sentiment d’injustice si elle ne rencontre pas l’insenséisme fortement présent dans les mentalités et facilement manipulable dans la société pour provoquer le clash. Cette machine peut être stoppée si de part et d’autre un sursaut de sagesse fait son apparition et retrouve le sens de l’humain, de l’État, du devenir des choses.

La vitrine d’Al Azhar, de l’Eglise copte et de la technocratie ne va pas résister à l’exigence qu’impose le temps, le territoire et les problèmes : la gouvernance n’est pas une affaire technicienne, elle est politique par excellence. Il ne s’agit pas de gérer un supermarché, mais de gouverner, d’arbitrer, de faire des choix stratégiques. Il n’y a que les crédules et les excités devant les caméras qui font semblant de ne pas savoir le niveau de déliquescence des clergés et des vitrines inféodés aux appareils. L’armée égyptienne et la classe politique ont failli par le passé et ont  failli il y a un an en instaurant une démocratie de façade. L’urgence était et reste l’invention et la conduite de profondes réformes globales qui ne peuvent être conduites que par une classe politique soutenue par la majorité des citoyens. Parier sur un an pour l’émergence de cette classe et de cette conscience c’est une fois de plus exprimer l’incompétence et le mensonge de circonstances.  J’ai analysé les prises de position de Heykel qui demeure l’une des figures les plus remarquables de la classe intellectuelle et politique arabe et je dois avouer que lui aussi tient un discours partisan aussi irresponsable que celui de ses adversaires. Il y a du fardage. Il y a du mensonge. L’armée égyptienne tant décriée il y a un ou deux ans ne peut se transformer radicalement alors que la société qui l’acclame n’a pas changé, que la classe politique n’a pas changé et que l’encadrement de l’armée et sa doctrine n’ont pas changé ni d’ailleurs la place de l’Egypte dans sa configuration dans l’espace régionale.

Le clash prévisible aurait dû inciter les Frères Musulmans à refuser de s’embarquer dans un jeu démocratique pour lequel ni eux ni la société ni l’armée n’étaient encore préparés à en assumer toutes les exigences et encore moins s’embarquer dans un jeu international qui non seulement dépasse la confrérie des Frères Musulmans et l’Association des Savants Musulmans, mais dépasse les nations. Trop de contentieux, trop de non-dits et trop d’enjeux auraient du inciter les Frères Musulmans à militer pour une autre voie plus fédératrice et moins politicienne. Ils doivent assumer la responsabilité de leur échec et donner toutes les clés de lecture pour sauver les nouvelles générations au lieu de se croire les sauveurs, les rédempteurs.

15 – Le devenir, au-delà du coup d’État, reste possible, si les forces saines et compétentes tirent toutes les conséquences de l’histoire puis décident de travailler ensemble et sur le long terme pour édifier un État de droit, une société de citoyens. Dans le monde arabe, le paradoxe exige de faire de l’armée un partenaire. Elle est incontournable du fait historique, social, culturel et politique. Le réalisme politique et la vérité religieuse nous commande, au delà du coup d’Etat, de commencer à réfléchir sur ce verset coranique et d’en tirer tout le potentiel de réforme et tout le sens des priorités :

{Lorsque les Tyrans s’emparent d’une cité, ils la corrompent et avilissent ses élites}

Quelle est notre vocation de musulman ? S’emparer du pouvoir et soumettre les autres à notre volonté ? Dénoncer les tyrans sans toucher au système en place ? Réformer tout ce qui est réformable dans la limite de nos possibilités et dans la limite des conditions sociales et politiques ce qui produit de la corruption et porte atteinte à la dignité humaine, sociale, morale, intellectuelle, politique, économique?

Il ne doit plus s’agir plus de paradoxe lorsque la raison, le réalisme et la religion convergent vers la même exigence : éviter l’effusion de sang. Il ne devrait plus s’agir de paradoxe lorsqu’il nous faut choisir entre s’aligner sur l’histoire de l’Occident ou s’inspirer de la voie des Prophètes. Il y a paradoxe lorsque les « partisans de la démocratie » refusent les résultats démocratiques et sollicitent l’armée qu’ils ne manquent pas de dénigrer lorsqu’elle ne leur confie pas le pouvoir. Il y a paradoxe plus grave lorsque les « partisans de l’islam » se croient infaillibles pouvant se passer de pensée (Ijtihad) en matière de politique, de gouvernance et de rapport aux autres.

Ni le Coran ni le Prophète n’ont demandé de faire un coup d’Etat au Soudan au nom de l’Islam et de le rater, de faire une révolution armée en Syrie et de la rater, d’entrer dans un faux processus démocratique en Algérie ou en Égypte et de le rater.  Tous ces ratages ont pour origine les paradoxes sociaux et politiques d’un monde arabe et musulman sans repères autre que les souhaits qui sont contraires à la lettre et à l’esprit du Coran. Bien entendu les improvisateurs et les empressés vont dire que pour apporter les changements et réformer il faut avoir le pouvoir quitte à recourir à la violence. Je ne pense pas que ce soit la position que recommande le Coran. Le pouvoir politique ne se convoite pas. Il est octroyé par Allah pour nous éprouver par ce pouvoir, par son usage. Il est octroyé et il est bien utilisé lorsque il est le couronnement de la réforme globale qui implique le peuple lequel devient artisan de son propre changement et imposant le changement à son environnement. Il ne s’agit pas d’une imposition politique ou militaire mais d’une imposition logique, d’une nécessite historique, d’une adaptation psychosociale… un moment mystique dans l’histoire où le destin répond aux aspirations humaines sans les volontés ne forcent le destin. La Promesse divine se réalise…

Si l’armée égyptienne, les islamistes et les non islamistes avaient la culture politique de la reine de Saba, ils auraient tous évité le coup d’État en se consultant pour trouver la solution qui respecte le fond et la forme. Ainsi l’armée au lieu de destituer le président Morsi aurait imposer à la direction des Frères Musulmans et aux partis contestataires la rencontre autour d’une table de négociations pour sortir avec une feuille de route. Ils savent que Morsi ne peut rien faire sans le bureau politique des Frères Musulmans. Ils savent aussi que les manifestants n’ont aucune force de nuisance contre l’État si les partis et les organisations qui les mobilisent sont mis en face de leur responsabilités. L’injustice est de prendre des décisions unilatérales. La justice et l’équité est de prendre les mesures justes et réalistes qui garantissent  les droits de la victime et la non transgression des droits du coupable. Tous auraient été mieux inspirés s’ils avaient posé l’équation en termes de devoirs vis à vis de leur religion, de leur pays et de leur peuple.

Le retour à l’enseignement coranique sur la reine de Saba montre les défaillances des Frères Musulmans qui n’ont pas consulté leurs partenaires politiques et l’ensemble de la société faisant un coup de force politico juridique et la transgression de l’armée qui n’a pas respecté le pouvoir politique légitime faisant un coup d’Etat militaire :

  { Elle dit : « O Élite ! Donnez-moi votre avis en mon affaire. Je n’ai jamais tranché sur une chose avant  que vous ne soyez consultés ».   Ils dirent : « Nous sommes doués de puissance, nous sommes doués d’une grande expérience guerrière, à toi de décider. Prends ta décision puis  ordonnes ».} An Naml  32

Ou bien les musulmans reviennent à ces règles universelles ou bien leur sang va continuer de couler en vain.

 

 

 

 

 

 

Les mécanismes de la destitution de Morsi vus par un Frère musulman

Au moment où la roue de l’histoire poursuit inexorablement sa trajectoire faisant tomber les illusions des uns et faisant voir les manœuvres des autres il est bon pour l’esprit de chercher à comprendre les mécanismes de la tragédie. Il s’agit d’une tragédie, car le peuple arabe continue de vivre les coups d’État et les instabilités du fait de l’immaturité de sa classe politique et de sa fâcheuse culture démocratique qui appelle l’armée à résoudre les problèmes de la société.

Quelques hommes ont vu la tragédie venir de très loin. Parmi ces hommes Mohamed Habib.

Mohamed Habib considéré comme  l’un des militants les plus remarquables, en termes de pensée et de poste occupé dans la hiérarchie des Frères Musulmans auprès de qui il avait passé 43 ans de son existence, avait démissionné de la confrérie en pleine « révolution » égyptienne alors que Moubarak venait de  tomber.  Il fait partie des grandes figures musulmanes qui ont  apporté la contradiction politique aux Frères Musulmans  sur le champ public.  On se rappelle aussi le candidat aux présidentiels Abdel Moun’im Abou Fatouh qui s’est présenté en candidat libre contre Morsi le candidat de la confrérie. Mohamed Habib, avec d’autres dissidents,  avait créé le parti de la Nahda qui se voulait « Wassata » entre les islamistes et les libéraux pour empêcher que l’Égypte ne sorte du parti unique pour tomber dans celui de la bipolarité idéologique : islamistes et anti-islamistes.

Mohamed Habib   s’est   démarqué  des pratiques  de la confrérie qu’il a considérées contraires à l’esprit de son fondateur Hassan Al Banna. Auteur du livre    »  Les Frères et la vérité amère » , paru il y a quelques semaines  il a publié plusieurs articles  depuis la révolution qui a porté les Frères Musulmans au pouvoir. Il n’a pas manqué  d’y  condamner la démarche « révolutionnaire » des Frères Musulmans considérant qu’elle était contraire à la philosophie pacifique et sociale du mouvement et qu’elle annonçait une dérive loin des principes affichés et des discours.  Pour lui la révolution n’était ni dans la culture, ni dans l’objectif, ni dans l’espoir des Frères Musulmans.  Elle peut se produire pour des raisons objectives et subjectives dont le despotisme qui outrepasse toutes les limites. La culture islamique est d’agir avec la réalité objective et d’analyser la révolution puis d’en tirer toutes les conséquences. Comploter pour prendre le pouvoir ou planifier  pour pousser le peuple à s’insurger n’est pas une culture islamique. La réforme est globale et longue, elle est donc en contradiction avec l’empressement et les imprévus du fait révolutionnaire. Le fait révolutionnaire peut se produire lorsqu’il n’y a pas de réforme et que la situation devient explosive sans issue. À long terme la révolution n’apporte pas de solutions objectives, elle reste une réponse  ponctuelle sur laquelle il ne faut pas compter. L’erreur stratégique des Frères Musulmans semble se focaliser sur leur positionnement par rapport  aux révolutions arabes.

Il s’est démarqué plusieurs fois de la position des « sunnites » qui veulent partir en guerre contre les chiites et il a refusé de prendre position contre le Hezbollah et l’Iran comme il avait refusé de magnifier le Qatar et la Turquie. Sa position sur l’axe de la résistance ne semble  souffrir d’aucune ambiguïté.

Il explique la logique historique qui a présidé à la conduite  partisane des Frères musulmans  face à la répression qui se trouvent donc contraints de passer à la clandestinité, laquelle les amène inévitablement à se développer comme une organisation secrète. Celle-ci finit par devenir otage de son bureau politique échappant au contrôle et au ressourcement.  La répression isole l’élite des cadres du terrain et à la longue les uns et les autres se trouvent coupés de la réalité pensée, du retour d’expérience sur les activités et du rajeunissement des cadres.  Avec le temps non seulement le gouvernant et l’opposant se trouvent sans canaux de communication et de dialogue, mais tous se trouvent privés de compétence et de l’aptitude à renouveler la pensée féconde et novatrice.  Dans ces conditions, rêver du pouvoir, s’y préparer ou l’exercer comme ik se doit relève de l’impossible à imaginer.

Il ne s’agit pas du déballage infantile et auxiliaire des repentis du FIS, mais d’une pensée structurée qui exprime sa déception avec pertinence et opportunité (dans le feu de l’action). Mohamed Habib   n’est pas un parvenu : c’est un intellectuel et un cadre de haut niveau qui a participé à l’organisation des  Frères Musulmans  et à l’émergence de la pensée résistante contre le despotisme. Comme la majorité de ses compagnons de route, il  a affronté au péril de sa vie et de sa liberté le despotisme du régime égyptien. On peut résumer ses reproches et ses inquiétudes que le temps a confirmées comme suit :

1 – Il considère qu’objectivement le mouvement des Frères Musulmans avait  épuisé son stock historique, politique et social et qu’il lui fallait changer sur le plan idéologique et méthodologique pour faire face aux changements objectifs de la rue algérienne et aux nouveaux défis de la révolution égyptienne qui ne peuvent se contenter de l’approche « classique ».

2 – Il considère que l’hégémonie, l’exclusion et l’exclusive au sein du parti ou entre les partis dans l’Égypte née de la Révolution ne sont plus d’actualité. La pensée unique et l’héritage ancien doivent faire place à une pensée moderne, à la consultation élargie et à la fin de la culture du secret et de la clandestinité imposés par l’histoire. La feuille de route, le règlement intérieur et la peur de l’autre que les Frères Musulmans avaient hérité du régime policier sont devenus caducs. Les Frères Musulmans ne pouvaient et ne devaient prétendre gouverner l’Égypte sans se réformer préalablement et  rénover leur pensée, leur mode d’organisation et de prise de décision. L’avenir de l’Égypte et l’exercice politique dans les nouvelles conditions et les nouvelles possibilités ne pouvaient se confiner dans la structure du Bureau du guide et ses appareils.

3 – Il a dénoncé le mauvais choix des hommes comme étant des choix partisans ou sentimentaux  qui auront  fatalement des répercussions négatives sur la vie sociale, politique  et économique sur l’Égypte qui attend la mobilisation de compétences avérées pour résoudre des problèmes complexes exigeant la coopération du plus grand nombre de forces politiques.

Les choix des hommes ne sont pas judicieux et n’obéissent pas à la logique politique du moment.  Il dit sans détour que l’Égypte est dans la nécessité de choisir des hommes imaginatifs, innovateurs, penseurs pour répondre aux ambitions du peuple égyptien que la révolution a réveillé. Tout conformisme aux appareils de la confrérie aux dépens des attendus du peuple sera préjudiciable aux Frères Musulmans.   L’Égypte a de grands problèmes qui exigent une grande pensée au service de l’intérêt général loin de l’esprit partisan.

4 – Il considère que la faute catastrophique était la gestion de la réforme constitutionnelle et qu’il était impensable que la Constitution nouvelle puisse être aux mains du pouvoir politique, car elle perd de son caractère de référence et devient démarche partisane. Il aurait fallu dissocier l’assemblée constituante de l’Assemblée législative et confier cette tâche à des experts autonomes sans attache avec l’exercice du pouvoir. Une constitution, même si elle est « parfaite » reste illégitime et contestable lorsqu’elle est l’apanage d’un parti ou d’une coalition au pouvoir. Cette manière de procéder fragilise l’État et ouvre la porte à toutes les dérives. La Constitution par son caractère durable devrait être acceptée par les minorités et par l’opposition. Elle ne doit donc pas être l’œuvre du pouvoir en place, même si ce pouvoir est légitime sur le plan démocratique.

5 –  Les Frères Musulmans sont entrés dans la confusion totale perdant le cap et l’objectif de leur existence en l’occurrence la réforme et le progrès. La course au pouvoir a occulté les devoirs. L’absence de vision stratégique dans le cadre des changements survenus qui ont surpris le mouvement qui ne s’est pas préparé au changement  ne lui permet ni à lui ni à ses cadres de gouverner autrement que par l’improvisation et la confusion.

6 – L’hégémonie des Frères Musulmans sur les institutions porte un préjudice au principe de l’équilibre et de la séparation des pouvoirs. Il y aura sans doute des répercussions.  Le drame dans cette situation c’est que les militants, les sympathisants et les cadres dont confiance aveugle à leur direction qui se trouve ainsi privée de sens critique venant s’ajouter à l’héritage lourd d’une pensée immobile et dépassée.  Lorsque la vigilance, la lucidité et le devoir de bon conseil font défaut, l’esprit de sens, l’esprit d’efficacité et l’esprit de justesse viennent à manquer. Morsi ne semble pas voir que sous sa présidence il y a déjà 60 morts et qu’il lui faut mettre fin à ce schéma qui va conduire à la tragédie dont il sera tenu pour responsable.  Le recours aux justifications n’annonce pas de bons auspices.

7 – La pire des confusions c’est de ne pas voir que dans la réalité les institutions et les pouvoirs aux mains des Frères Musulmans sont des coquilles vides. Le pouvoir réel est toujours exercé par l’armée et les Frères Musulmans portent la responsabilité politique et historique de ne pas s’attaquer à la nature et aux mécanismes du pouvoir réel et de se contenter de manœuvres politiciennes sans portée sur les réformes et la liberté.  Le calcul politicien, empressé  et conjoncturel des Frères Musulmans avec les militaires leur serait fatal.

Pour lui le peuple égyptien qui a surpris le pouvoir de Moubarak est capable de surprendre le nouveau pouvoir à tout moment.  Il est capable de renverser en quelques jours les équations que les élites ont mis des années à construire ou à réaliser les objectifs que les partis ont cherchés en vain d’accomplir. L’étape exige une écoute du peuple et la prise de mesures concrètes pour le faire participer dans la gestion de la cité. L’effusion de sang qui a accompagné l’accord des Frères Musulmans avec l’armée sur la désignation de Omar Suleyman pose toujours la question de la responsabilité à chercher sur les auteurs des crimes et pose toujours la question d’une feuille de route pour celui qui ne veut  pas être pris de court par les manœuvres de l’armée.

8 – La priorité est dans la fédération du peuple et la destruction des barrières sociales, politiques et autres qui se font contre l’unité nationale et contre la prospérité du peuple égyptien. Il explique qu’il a essayé de fédérer des personnalités égyptiennes sans grand succès et que le choix pour Morsi n’a pas été judicieux puisque ce dernier n’a pas respecté tous ses engagements ni donné suite aux promesses que le peuple attendait de lui. Il exprime sans faux fuyant ni esprit de revanche sa déception et montre son inquiétude pour l’avenir politique et social des Frères Musulmans qui vont payer les conséquences de leur échec annoncé par leur démarche propre  et programmé  par les forces tapies dans l’ombre.  Morsi a fait un mauvais choix en optant pour un gouvernement limité dans ses moyens et petit dans son ambition. Le gouvernement choisi par Morsi lui portera préjudice et laissera un héritage lourd à gérer. L’improvisation,  l’irresponsabilité  et le manque d’imagination sont catastrophiques pour la suite des événements qui n’annoncent  pas des jours meilleurs.

9 – La situation héritée du régime Moubarak dépasse l’entendement. Les grands chantiers sur la sécurité du citoyen et le développement économique sont donc des priorités. Les Frères musulmans ont une littérature et une compétence de propositions et de solutions  s’ils empruntent la voie de la fédération des forces. Le tourisme et l’investissement  étranger qui sont un pilier de l’économie égyptienne exigent la sécurité et la confiance que doivent renforcer des politiques diligentes en matière de santé publique et de logement. Les mesures techniques ne suffisent pas à terme si elles ne reposent pas et si elles n’impulsent pas la réforme de l’éducation nationale et de la recherche scientifique.

10 – Sur le plan doctrinal et intellectuel il s’est donné comme objectif, à la lumière de la révolution égyptienne et de son expérience auprès des Frères Musulmans,  de se consacrer à l’émergence d’une pensée moderne  qui réforme le Fiqh, les concepts et les représentations de la Sunna, de la Jama’â. Il considère que les Sunnites des temps modernes s’ils se comparent avec objectivité aux Chiites en matière de pensée politique, économique et sociale ils vont se trouver très en retard. Il considère de son devoir d’écrire et de publier son expérience auprès des Frères musulmans et tout particulièrement  leurs rapports à la Palestine, à la vie politique parlementaire, à la violence.

Khatib parle comme un visionnaire qui ne cache pas ses attaches avec la confrérie qu’il espère rejoindre de nouveau pour servir l’Islam et l’Égypte  avec une pensée rénovée et rénovatrice.  Il a du mal à comprendre que ceux qui ont été privés, hier,  de liberté, de revenus, de droits, puissent, aujourd’hui se retrouver otages d’une politique insensée et d’une confusion aveugle qui menace leur existence et entache leur passé. Surmontant ses émotions et son chagrin il parvient à trouver la faille en ciblant la direction des Frères Musulmans inaptes à gouverner par sa composition actuelle ainsi que par son manquement  à la règle coranique :

{Le mal et le bien ne sont pas pareils, repousse le mal par le bien}

C’est cette compétence imaginative et lucide qui a fait défaut à un mouvement frappé d’immobilisme du fait qu’il a perdu la culture islamique de l’esprit critique. C’est la confusion entre le parti et l’État qui a paralysé Morsi le rendant otage des contradictions et des confusions d’une direction hors du temps et de l’espace.

Il y a moins de dix jours que Khatib a fait un appel solennel à Morsi et aux Frères Musulmans leur demandant de s’ouvrir aux forces politiques et sociales égyptiennes et de ne rester dans le confinement partisan. Mais, le  visionnaire, l’esprit probe, ne peut être entendu lorsque la majorité beugle.

Ce sont les résumés de ses interventions à la presse égyptienne. J’ai tenté de traduire une pensée et non des extraits de livre ou d’interviews. Si j’ai manqué d’objectivité ou de véracité dans mon effort de résumer et de traduire que monsieur Khatib m’en excuse.

J’avais espéré, jusqu’à la dernière minute,  ne pas voir les Frères Musulmans et Morsi s’entêter dans des considérations de légalité constitutionnelle et de respect des urnes pour  tirer rapidement  les conclusions qui s’imposent en pareille et prendre  l’initiative historique et politique de démissionner et d’appeler à la paix civile pour ne pas laisser l’armée dans une manœuvre politique qui peut mener à une guerre civile.

 

 

Frères Egyptiens ne soyez pas les pieds nickelés qui réitérent le scénario algérien.

omar-mazriLa tragédie algérienne semble non seulement continuer d’inspirer les héritiers de l’interruption du processus électoral remporté par le FIS en Algérie qui ne sont pas pressés de revenir  à la gestion démocratique du pays et à confier au peuple la conduite de ses affaires,  mais elle donne des ailes aux assoiffés de pouvoir des mouvements hétéroclites de gauche et de droite en Égypte qui ne se plient pas au jeu démocratique.

Il ne s’agit pas dans cet article de faire porter encore le chapeau aux Frères Musulmans qui assument une partie de la responsabilité de ce qui arrive.  En ce qui me concerne, j’ai situé le problème des Frères Musulmans sur le plan idéologique c’est-à-dire la mauvaise lecture de l’Islam et de la politique dans l’état des choses. Il était attendu qu’il ne s’empresse pas de s’accaparer le pouvoir  sans impliquer toutes les forces et en particulier les jeunes qui ont mené la « révolution ». Il était attendu de voir les Frères musulmans s’entourer de grosses pointures comme Heykel et tant d’autres pour construire ensemble une feuille de route de transition pour faire face aux crises structurelles et complexes : morales, politiques sociales, institutionnelles, économiques, financières, régionales et ensemble aller vers le redressement de l’Égypte.

J’avais espéré que les élites égyptiennes sortent du piège et du bourbier qui leurs était préparés, mais ils se sont crispés sur des détails ici insignifiants et sur des clivages idéologiques complexes ailleurs. Les Frères Musulmans n’ont pas eu le recul et ma sagesse de voir que ce qui leur a été confiait était empoisonnement et qu’il leur fallait, une fois en leur possession, de neutraliser sa nuisance et s’ouvrir vers le plus grande nombre autour du plus grand dénominateur commun : remettre les institutions en marche, remettre le peuple au travail, remettre les élites en confiance et en débat.

J’ai exprimé mes craintes et j’ai dénoncé les fautes et les erreurs d’empressement aux Frères Musulmans eu égard à leur puissante organisation  et aux craintes réelles ou fabriquées à son égard. Il reste à dire la vérité amère sur l’armée et les forces se prétendant démocrates. Il n’est pas juste de ne pas supporter le mandat du Président alors que son mandat mal ou bien accompli ne va ne pas changer grand-chose eu égard aux catastrophes héritées de l’ancien régime. Les démocrates égyptiens à l’instar des démocrates algériens sont les premiers ennemis de la démocratie  et les pires assoiffés de pouvoir. La haine de l’Islam les pousse à faire des fautes graves. La pire des fautes est de donner un quitus blanc à l’armée qui intervient dans la vie politique et sociale alors que son devoir est d’être à la frontière laissant les civils trouver une solution à leurs différents.

Qui est le coup d’État le plus méprisable : celui des Algériens ou celui des Egyptiens qui rejettent dans un avenir incertain la pratique démocratique et ouvrent la porte à des violences et des haines dont seul Allah connait l’intensité, la portée, les dimensions et les conséquences.

Les Frères Musulmans, appuyés par le peuple et par la légitimité vont-ils se laisser déposséder de leur droit de gouverner.  Une période de transition sous la conduite des pourfendeurs de l’expérience démocratique sera-t-telle menée jusqu’à terme sans violence ? Les perdants lors des élections démocratiques ont-il la légitimité de parler au nom du peuple égyptien ?

Les Frères Musulmans ont commis des erreurs idéologiques, mais leurs adversaires vont commettre des erreurs idéologiques, politiques et morales. La pire des fautes c’est de placer l’armée en arbitre puis en acteur en faveur de la majorité du peuple contre la minorité. On peut rapprocher aux Frères Musulmans  de n’avoir pas coopérer avec la minorité et ce reproche peut être surmonté si un débat serein et responsable s’ouvre où chacun fait des concessions pour sauver l’Égypte et épargner le peuple de la ruine économique et de l’effusion de sang qui se prépare.  Les Égyptiens ne sont pas seuls. L’empire et le sionisme sont les acteurs les plus actifs et les plus dangereux.

Que les Frères Musulmans et leurs sympathisants n’aient pas recours au Jihad pour des affaires mondaines. Qu’il cherche le compromis ou le retrait dans la dignité. Leurs transgresseurs devront rendre compte de la folie qui va conduire l’Egypte à une instabilité.  Les Frères Musulmans doivent  revenir à Allah et faire le Bilan sans passion ni humiliation ni esprit de revanche. C’est maintenant plus que jamais et avant qu’il ne soit trop tard de faire preuve d’humilité, de sens des priorités et d’offrir la compétence de l’Islam à sauvegarder les intérêts suprêmes de la communauté.

Que les perdants apprennent à attendre leur tour et qu’ils se hissent au niveau politique d’opposants : conseiller, dénoncer et participer le cas échéant. Confondre la lutte politique avec la haine contre l’Islam ou le refus de la Charia ne peut trouver écoute auprès des peuples musulsmans. Vous êtes en train de jouer avec les sensibilités religieuses et sur ce terrain souvent les diables sont vivant et bien vivants. Réveillez-vous et faites preuve de probité. Vous avez tout à gagner.

Que les Militaires assument leurs responsabilités : ce sont leurs pratiques despotiques et leur mesure sécuritaire qui ont poussé les gens à vivre dans la clandestine, dans  la haine et dans la confusion politique sur les solutions d’avenir. Il est temps de renforcer le processus démocratique et de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’effusion de sang. Il est temps d’engager une réconciliation nationale et de pousser les forces politiques et sociales à collaborer  et à répondre aux attentes des masses plus nombreuses qui n’ont pris position ni pour ni contre les uns et les autres. Elles ne savent toujours pas qui leur apportera le pain, la sécurité et la dignité :

tous les Égyptiens  peuvent et doivent empêcher l’institution d’un coup de force anti constitutionnelle  en acceptant ou en demandant  d’accepter de négocier sans condition ni parti prix  un compromis historique qui leur conserve l’esprit d’initiative pour sauver la paix civile, redynamiser les institutions et proposer une autre feuille de route sur trois volets cruciaux :

La défense et le renforcement de l’État de droit non partisan

Le règlement des problèmes sociaux et économiques

La garantie des libertés individuelles et publiques

Un gouvernement non partisan, d’union nationale et de salut public, sous la présidence du président Morsi devrait  superviser le règlement des affaires courantes (justice, police, sécurité, administration, etc.) et organiser la mise en place des États généraux pour tracer ensemble des programmes ambitieux pour redresser l’Égypte et la conduire dans les délais normaux aux prochaines  élections sans gagnants ni perdants. Ils ont mille et une raisons d’aplanir leurs clivages idéologiques et  de se rassembler sur un minimum démocratique pour sauver tout ce qui peut être sauvé de leur expérience démocratique imparfaite et relancer la machine économique et sociale à régler ce qui peut être réglable afin que l’Égypte ne soit pas mise à feux et à sang au profit du sionisme et de l’Empire.

Vous êtes  à la croisée des chemins : ou bien refondation et nouveau départ ou bien ouverture vers l’inconnu. Vous avez mal démarré votre révolution et si vous ne redressez pas la conduite idéologique, politique, morale  et sociale, vous serez tous du nombre des perdus et des perdants.

Par Allah ne faites pas couler votre sang et n’épuisez pas vos efforts. Le monde arabe est exsangue, sans ressources mentales. Il attend de vous un sursaut de dignité, une prise à corps de vos responsabilités. Ne nous  faites pas honte après que vous nous avez déçus. Restez patients et apprenez à respectez les règles de l’alternance.

 

La fin justifie-t-elle les moyens ?

 

Mylène Sebbah dans « israel-infos » numéro 1251 – 02.07.2013 – 24 Tammuz 5773 – sous le titre « Syrie : il parait que les rebelles n’ont pas de problèmes avec Israël… » dit :

La Brigade des martyrs de Yarmouk, qui opère près de la frontière, fait l’éloge de l’aide médicale apportée par Israël aux réfugiés et… aux combattants.

rebelles-syriens

 

Le groupe rebelle syrien opérant dans le Golan, le long de la frontière israélienne dans le Golan le meme groupe responsable de l’enlèvement de casques bleus de l’ONU,assure n’avoir aucun différend avec l’état hébreu.
Son combat l’oppose seulement au président Bachar al-Assad et non à l’Etat juif et qu’il en sera de même, « y compris dans dix ans », selon les propos d’un porte-parole de la milice sunnite, Laeth Horan.

Cela confirme la déclaration qu’avait faite en juin à la radio israélienne un porte-parole anonyme d’un autre groupe rebelle syrien, opérant lui près de la frontière turque, qui affirmait  » espérer la paix et la sécurité avec Israël après la chute du régime Assad  » .,, à condition qu’Israël n’intervienne pas dans leur  » révolution  » .
La Brigade des martyrs de Yarmouk opère dans la région délimitée à l’ouest par la frontière entre Israël et la Syrie, au sud par la frontière jordanie-syrienne, la rivière Yarmouk (d’où il tire son nom) et la ville de Daraa où le soulèvement contre Assad a commencé il y a deux ans.

Laeth Horan, interrogé en arabe par le Times of Israël, va jusqu’à faire l’éloge des efforts accomplis par Israël pour fournir une assistance médicale aux Syriens blessés près de la frontière israélienne dans des affrontements entre les forces rebelles et Assad.
À ce jour, Israël a admis près d’une centaine de Syriens dans ses hôpitaux et l’armée israélienne a mis en place un hôpital de campagne à la frontière pour le traitement des cas relativement mineurs.

Le 6 juin, lors des affrontements entre les rebelles syriens et les forces d’Assad au poste-frontière de Quneitra, Tsahal a soigné vingt combattants rebelles syriens, selon un rapport récemment publié par le Secrétaire général de l’ONU.

Les analystes, cependant, sont divisés quant à savoir si la Brigade des Martyrs de Yarmouk, comme les autres groupes sunnites de l’Armée syrienne libre ont vraiment l’intention d’enterrer la hache de guerre avec Israël.

Le Professeur Moshe Maoz de l’Université hébraïque estime que ces déclarations  » sont sincères  » et que, comme d’autres groupes rebelles, la Brigade des martyrs de Yarmouk pourrait être disposée à un compromis avec Israël après la chute d’Assad.
Il rejette en revanche la menace représentée par les groupes radicaux comme Jabhat al-Nusra notant que  » dans l’ensemble, ce sont des djihadistes étrangers et que leur aspiration à un État pan-islamique incorporant la Syrie n’est  » pas à l’ordre du jour pour la plupart des Syriens « 

L’analyste Aymenn al-Tamimi se montre en revanche plutôt sceptique et met en avant la coopération de la Brigade des martyrs de Yarmouk avec Jabhat al-Nusra, lié lui à Al Qaïda.
Après tout, rappelle-t-il,  » la grande majorité des Syriens arabes en veulent à l’existence même d’Israël donc je ne prendrai pas de tels propos pour argent comptant ; ces déclarations de non-belligérance sont destinées aux occidentaux  » .
Il préfère quant à lui se souvenir que ce groupe a, il y a peu,  » accusé l’ennemi israélien d’actes de provocation et d’agression à partir du Golan occupé contre leur territoire  » .

De son côté, le porte-parole de Tsahal s’est contenté de rappeler de façon laconique que  » la guerre civile syrienne est une question interne, et qu’ Israël n’est pas impliqué dans ce conflit « .

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Oumma Wasstà : communauté de rayonnement !

Partie 1 – Wassatiya : communauté de juste milieu ?

Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !

 

Le terme coranique Wasstà

Le terme Wasstà est un terme coranique qui pose le clivage entre communautés humaines sur la base de la foi agissante : monothéisme et œuvre de bien d’un côté et culture mécréante et impériale de l’autre. Il ne s’agit pas de la Wassatiya comprise comme juste milieu entre des contradictions ou des confusions.

Nous ne pouvons comprendre le sens véritable de ce mot et tout particulièrement dans son contexte moderne que par le respect de la méthodologie de lecture du Coran en l’occurrence  le Tartil et le Taddabbur. Le Tartil  n’est pas seulement la psalmodie musicale du Coran, mais la lecture attentive et méditative qui prend l’énoncé coranique comme un convoi de sens, un cortège de paraboles, un défilé de récits se suivant les uns les autres et s’auto expliquant. Le Taddabbur c’est de chercher le sens en cherchant à comprendre l’amont de l’énoncé et à découvrir les liaisons de sens permettant de faire sortir le véritable sens qui aurait pu ne pas être apparent si le terme ou l’énoncé était pris comme un isolat lexical ou sémantique . De la même manière qu’on lit une carte en la déployant,  en comparant le relief, en suivant les réseaux, en faisant des agrandissements ou des réductions d’échelles nous lisons l’énoncé coranique comme une topographie permettant de situer le récit et le sens.

Ainsi le terme Wassata :

{Nous avons fait de vous une communauté du « juste milieu »} Al Baqara 143

S’inscrit dans une succession d’énoncés qui font référence à Ibrahim (as) et à sa milla (confession), à la Sibghat Allah (couleur d’Allah) nous permettant ainsi de comprendre que le Wassat signifie l’adoption de l’Islam dans son caractère universel de Dine d’Allah pour l’humanité. Cette succession d’énoncés met en valeur la vocation cardinale du musulman : le témoignage. Cette succession d’énoncés met en exergue le véritable clivage entre monothéisme et polythéisme. Cette succession d’énoncés montre des communautés se réclamant des Prophètes alors qu’elles transgressent la conduite de ces Prophètes. La communauté Wassat est celle qui se conforme à la voix prophétique. Les Prophètes ont appelé à l’adoration d’Allah (swt), à la fédération d’une communauté œuvrant pour la foi et pour le bien. Les Prophètes n’ont pas revendiqué le pouvoir. Les Prophètes et les communautés qui ont bénéficié du pouvoir ne l’ont obtenu que comme un don divin qui vient récompenser les uns devenus héritiers des civilisations anéanties ou qui vient soumettre les autres à l’épreuve de l’existence et de la gouvernance.

Nous pouvons commencer la lecture avant ou à partir de cet énoncé :

{Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », et ils récitent le Livre! Ainsi ceux qui ne savent pas disent aussi les mêmes paroles. Mais Allah tranchera alors entre eux, le Jour de la Résurrection, sur ce dont ils divergeaient.} Al Baqarah  113

Puis l’achever après ou juste après  cet énoncé

{Nous vous avons envoyé un Messager de parmi vous, vous réciter Nos Ayats, vous épurer, vous apprendre le Livre et le sens, et vous apprendre ce que vous ne saviez pas, de même, évoquez mon Nom, Je vous garderai; soyez reconnaissants envers Moi et ne mécroyez point. O vous qui êtes devenus croyants , ayez recours à la persévérance et à la prière. Certes, Allah est avec les persévérants.} Al Baqarah  151

Le terme coranique du Wassat appelle donc à l’universel de l’Islam et à la voix immuable des Prophètes alors que le terme qaradhawien de la wassatiya appelle au confinement dans les frontières mentales, sociales et historiques léguées par le colonialisme et par la pensée héritée de la décadence musulmane avec ses déchirements partisans et sectaires. Cet héritage ne parvient toujours pas à se hisser au niveau de l’Islam en se débarrassant de l’esprit d’errance et d’isolement. Cette pensée stérile ne parvient pas à s’inscrire dans un projet de civilisation ou dans une alternative à l’Empire. Et pourtant le Coran fixe le curseur idéologique et les enjeux stratégiques qui nous  permettent de voir les clivages principaux :

{Et ils disent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ».

Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».

S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme. Certainement Allah sûrement te Prémunira contre eux, car Il est L’Omniaudient, L’Omniscient.} Al Baqarah 135 à 137

Quelle est notre voie : contre ceux qui ont la même Qibla que nous ou contre ceux qui luttent contre notre foi et qui convoitent nos territoires et nos ressources au détriment de notre existence et de notre dignité ?

{De même, Nous avons fait  de vous une Communauté du centre afin que vous portiez témoignage auprès des hommes, et que le Messager vous soit témoin. Nous n’Avions établi la Qibla vers laquelle tu t’orientais que pour voir qui suit le Messager de celui qui retourne sur ses pas, bien que ce soit une lourde obligation, sauf pour ceux qu’Allah A Guidés. Il n’est pas de mise qu’Il vous Fasse perdre votre Foi : Certes, Allah Est sûrement Compatissant, Miséricordieux, envers les hommes.

Nous te Voyons vraiment chercher du visage dans le ciel. Nous t’Orienterons vers une Qibla qui t’agrée : tourne ton visage vers la Mosquée Sacrée. Et où que vous soyez, tournez vos visages vers sa direction : Certes, ceux à qui le Livre a été Révélé savent bien que c’est la Vérité venue de leur Dieu, et Allah n’Est point Inattentif à ce qu’ils font.

Et même si tu produisais tout miracle, à ceux qui reçurent le Livre, ils ne suivront pas ta Qibla et tu ne suivras pas leur Qibla, ni certains d’entre eux ne suivront la Qibla des autres. Et si jamais tu suis leurs passions, à partir de ce qui t’a été donné de la Science, tu seras sûrement du nombre des injustes.} Al Baqarah 143 à 145

Est-ce-que notre véritable problème ne consiste-t-il  pas à ce que nous soyons devenus des  insensés incapables de savoir que nous sommes atteint d’insenséïsme. Est-il sensé d’être  incapables de discerner nos agresseurs de ceux qui suivent la même Qibla que nous :

{Les insensés d’entre les gens diront : « Qu’est-ce qui les a détournés de leur Qibla vers laquelle  ils s’orientaient ? » Dis : « A Allah appartiennent le levant et le ponant, Il Guide qui Il Veut vers un chemin de rectitude ».} Al Baqara 142

N’est-il pas urgent de chercher le dénominateur commun pour fédérer nos peuples et canaliser nos ressources et nos énergies vers ce qui est le plus efficace et le plus sensé. Allah(swt) accorde le pouvoir à celui qui obéit à Ses ordres et à ceux de son Prophète et qui œuvre pour la cohésion de la communauté et la réforme des mœurs sans viser autre chose que plaire à Allah :

{Leur Prophète leur dit : « Allah vous A Envoyé Saül comme roi ». Ils dirent : « Comment donc peut-il avoir le pouvoir sur nous, alors que nous avons plus de droits que lui au pouvoir, et qu’il n’a même pas l’avantage de la fortune ? Il dit : « Allah l’a élu sur vous et l’a favorisé d’une une étendue de science et de vigueur ». Allah Accorde Son Pouvoir à qui Il Veut.} Al Baqara 247

Le critère islamique n’est pas dans la prétention diabolique à dire je suis mieux que lui donc je mérite sa place, attitude qui ouvre le chemin vers la convoitise et la spoliation des droits d’autrui, mais à agir au mieux en accomplissant son devoir tout en escomptant d’Allah le salut et la récompense. La première chose que le Musulman apprend est la malédiction pour cette  prétention de Satan, créé de feu, à se croire meilleur que Adam (as), créé d’argile puante.

Les textes sont clairs et il appartient aux partisans de la sédition et de la licité  de verser le sang des musulmans pour changer les régimes à n’importe quel prix et puis se trouver dans l’incapacité de gouverner faute d’encadrement et de vision stratégique d’apporter leurs arguments. Je ne suis  ni dans le camp du pouvoir ni dans celui des opposants, je ne fais qu’apporter la détraction à ceux qui parlent au nom de l’Islam et dégager ma responsabilité sur l’effusion de sang qui ne semble pas s’arrêter.

Wastà et l’universel 

Lorsque le musulman lit le Coran et lit le monde, il ne doit pas perdre de vue que les phénomènes physiques, historiques et sociaux à l’instar du texte coranique sont des Signes d’Allah (swt) par lesquels Il manifeste Sa Présence, Sa Justice et Son Ordre. Le long énoncé coranique qui définit, institue et configure le sens et les dimensions de la Oumma wassata est une référence à l’universel dans lequel nous devons nous insérer et nous inspirer si nous voulons que nos pensées et nos actions soient sensées et efficaces :

{Il y a certes dans la création des Cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les navires qui voguent sur la mer avec ce qui est profitable aux hommes, dans ce qu’Allah a fait descendre comme eau, du ciel, avec laquelle Il a ranimé la terre après sa mort et y a insufflé de tout être vivant, et dans les effets des vents et les nuages assujettis entre le ciel et la terre, des Signes pour des gens qui raisonnent.} Al Baqara 164

L’universel, la connaissance de ses lois et le devoir de porter l’ultime Message de l’Ultime Prophète à l’humanité plurielle nous obligent à sortir de nos étroitesses de vues et de pensées.

a-  Nous devons garder en vue que jamais Allah ne donnera le pouvoir à celui qui le convoite :

  {Et lorsque Nous avons conclu Alliance avec vous : « Ne répandez pas votre sang, ne vous expulsez pas les uns les autres de vos demeures », vous y avez souscrit en apportant votre témoignage. Puis, voilà que vous vous entre-tuez, vous expulsez un groupe d’entre vous de leurs demeures, vous vous liguez contre eux par la transgression et l’agression; et s’ils vous échoient en captifs, vous les rançonnez, alors qu’il vous est interdit de les expulser. Croirez-vous donc en une partie du Livre et rejetterez-vous en une partie ?} Al Baqara  84 à 86

b-  Je ne peux prétendre connaitre le dessein d’Allah, mais Allah n’accorde le pouvoir, pour qu’il soit exercé à Son Nom, qu’à ceux qui sont préparés à gouverner non en son nom, mais selon ses principes en l’occurrence faire régner l’ordre, la justice, la paix et la cohésion sociale. L’énoncé coranique dans lequel est insérée la communauté Wassat cite des Prophètes qui n’ont ni exercé le pouvoir ni revendiqué le pouvoir. Cet énoncé ne pose pas l’équation humaine ou musulmane en termes de pouvoirs politiques, mais en termes d’universel qui concerne tout le monde et toutes les activités humaines :

 {A chacun une direction vers laquelle il se dirige. Concourez donc en œuvres de bienfaisance} Al Baqara  148

c-  Il ne peut y avoir d’universel, d’humanité ou d’islamité si l’amour mondain est plus fort que l’amour de la vérité  ou si la dévotion à un Cheikh, à un parti ou à une idée est plus intense que l’amour d’Allah :

{Il est parmi les hommes ceux qui adoptent, à l’exclusion d’Allah, des émules qu’ils aiment comme l’amour d’Allah, mais ceux qui croient sont plus ardents dans l’amour d’Allah.} Al Baqara  148

d-  Peut-on raisonnablement croire qu’il suffit de se réclamer de l’Islam et de s’appuyer sur des crédules pour gouverner avec aisance alors que l’époque est celle de la globalisation exigeant une démarche globale et complexe faisant appel à toutes les compétences et à toutes les expériences. L’État confisqué par les maffias arabes s’est entouré de médiocres sur la base du clientélisme et de la cooptation. Les partis dits islamiques, sans expérience de gouvernance,  sans alliés stratégiques  et sans ressources se permettent le luxe insensé de ne pas faire appel aux compétences de la communauté sous prétexte que ces compétences ne partagent pas leur vision ( ?). Nous avons vu que contrairement à la vision aveugle des islamistes, l’énoncé coranique sur la Oumma wassat déroule  l’histoire, sa dynamique et ses conséquences :

{Cette communauté-là a disparu. Elle a ses acquis et vous avez vos acquis; et vous n’aurez pas à répondre de ce qu’ils faisaient.} Al Baqarah 134

{Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».} Al Baqarah 136

{Cette Communauté-là a disparu. Elle a ses acquis et vous avez vos acquis, et vous n’aurez pas à répondre de ce qu’ils faisaient.} Al Baqarah 141

e-   Agir et laisser les actes témoigner. Depuis leur arrivée au pouvoir les Frères Musulmans comme les dirigeants du FIS avant leur triomphe électoral ont continué d’escamoter les mesures sociales et économiques leur préférant la rhétorique facile et irresponsable. Le FMI, la dette, l’investissement, le marché, la monnaie, l’économique, les ressources stratégiques, les besoins et les attentes du peuple sont relégués au profit d’un discours partisan. Le Prophète (saws) avait pourtant fait de la subsistance, de l’édification,  du plein emploi, de la scolarité, de l’assainissement urbain et de la libération du marché du monopole financier des Juifs une priorité et un destin qu’il a accompli en peu de temps. L’énoncé coranique sur la Oumma Wassat montre les mesures qui donnent vitalité à cette communauté et à cette « wassatiya » :

{O Hommes ! Mangez de ce qu’il y a sur la terre de licite et de bon, et ne suivez point les pas de Satan : il est pour vous un ennemi évident.} Al Baqarah 168

Au nom d’Allah (swt), de Mohamed (saws) et de l’Islam non seulement les charlatans fuient leurs responsabilités, mais ils continuent de tourner le dos à la réalité amère qu’ils ont fabriquée : les tués sans raison, les orphelins, les invalides, les déscolarisés, les prostitués, les affamés, les sans-logis, les sans-patrie par dizaine de milliers en Syrie. Les Palestiniens en première ligne dans la résistance contre l’Empire et le sionisme sont oubliés et trahis.

Est-ce que c’est ainsi que doit se comporter la Oumma se réclamant du Wassatà

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{Nous avons fait de vous une communauté du « juste milieu »} Al Baqara 143

 

Quel est le sens coranique du Wassat ?

Les énoncés coraniques évidents qui se suivent mettent en exergue le caractère universel de l’Islam dans la succession des Prophètes dans l’humanité,  dans ses valeurs immuables inscrites l’histoire des hommes et dans la confrontation de ses hommes, dans la vocation globale des Musulmans à témoigner de la vérité et de la vertu contre les oppresseurs par amour d’Allah à l’instar d’Ibrahim, de Moïse et du Messie qui ont vécu confrontés à la puissance impériale et à l’idolâtrie.  Mohamed (saws) est l’ultime Prophète, il nous a tracé le chemin : la lutte contre les empires agresseurs. La oumma Wassat est cette continuité historique et civilisationnelle de la vocation de l’Islam qu’Ibrahim a transmis à Mohamed (saws) :

{Et lorsque Abraham élevait les assises de la Maison ainsi qu’Ismaël : « Notre Dieu, Agrée de nous, Tu Es Toi L’Omni-Audient, Le Tout-Scient ; notre Dieu, Fais que nous nous remettions à Toi, et de  notre descendance : un peuple qui Te soit musulman. Montre-nous nos rites, Fais-nous Rémission, Tu Es Toi Le Rémissif, Le Miséricordieux ; notre Dieu, et envoie-leur un Messager d’entre eux, qui leur récite Tes Signes, qui leur apprenne le Livre et le Sens, et qui les épure. Tu es Toi L’Invincible, Le Sage ».} Al Baqarah 127 à 129

Ou bien nous sommes la réponse d’Ibrahim(as), la communauté de réponse à Mohamed (saws), la communauté de continuité des Prophètes, ou bien  nous sommes des insensés. Insensés ou sensés nous ne sommes pas à l’abri de l’épreuve à laquelle est soumise l’humanité pour distinguer le bon du mauvais, le juste de l’injuste, le vertueux du vicieux, l’endurant de l’empressé désespéré :

{Certes, Nous vous éprouvons,  de temps à autre, par la peur, la faim, et la perte dans les biens, les personnes et les récoltes. Mais annonce une bonne nouvelle aux persévérants} Al Baqarah 155

La communauté Wassat est une fratrie de foi vivante. Elle vit et surmonte les épreuves avec une finalité suprême : rencontrer Allah (swt) après avoir accompli son devoir de faire le bien et sa vocation de témoigner. Il s’agit de vivre comme moteur de l’histoire humaine et non comme parasite ou comme marginal ou comme un intrus provoquant corruption, désordre et effusion de sang. Bien entendu l’idée de juste milieu telle que nous la racontent Qaradhawi et les traducteurs du Coran est en deçà du sens coranique.

Suivons les linguistes arabes qui font  la différence entre Wastà et moutawassita

الوسطى #  المتوسطة

Al moustawassita signifie médiane, milieu, moyenne, intermédiaire entre deux entités. Wastà signifie vertueuse, meilleure, excellente au-dessus des autres. Dans le premier cas nous sommes dans un alignement, dans le second cas nous sommes dans une élévation, une aspiration. C’est exactement le sens et le contenu du Coran lorsqu’il qualifie la communauté musulmane de Wasstà. Elle est au-dessus des contingences, des petitesses et des arrangements conjoncturels par sa référence invariable à la Transcendance. Elle est meilleure, elle est élue par la qualité de ses œuvres, la qualité de sa foi, la qualité de son engagement et par sa conformité stricte au sens véhiculé par le terme « Musulman » qui a été porté par tous les Prophètes et tous les Croyants. Toute dérive religieuse, idéologique et culturelle qui met la communauté musulmane dans la même impasse que celle empruntée par les Juifs et les Chrétiens la fait sortir du critère d’évaluation coranique de Wassat ou Wastà :

{Et ils disent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme} Al Baqarah 135 à 137

Sur le plan sémantique et logique on ne peut concevoir que l’énoncé coranique puisse situer la communauté musulmane comme une communauté médiane se situant au milieu d’un schisme religieux, doctrinal ou idéologique à moins qu’elle n’ait perdu ses repères et ses références. Il ne s’agit pas d’un schisme entre Sunnites et Chiites mais d’un schisme sur le credo de la foi, sur la Qibla, sur la vérité ultime du Jugement dernier, sur la vocation des Prophètes.

Sur le plan historique et civilisationnel, on ne peut déboiter l’énoncé et ses références à l’universel de la notion de centre de gravité que doit jouer la communauté de foi dans la guidance de l’humanité, dans la proposition de solutions. En effet le terme Wassat signifie aussi le centre. On dit Wassat al Madina pour désigner le centre-ville même si géographiquement cela n’est pas exact. Il s’agit du centre vital, du centre historique, du centre commercial, du centre urbain, du centre de l’animation, du centre d’attraction, du centre commercial, du centre administratif …

La notion de Wassat est conforme à la nature humaine et à ses quêtes de sens, de liberté, d’amour, de justice, de gloire, d’excellence… En effet, par son choix l’homme peut faire partie d’un mouvement centrifuge qui lui fait chercher son centre de gravité, lui fait trouver ses repères et lui donne cette compétence d’être une force d’attraction qui invite et attire vers lui les bonnes dispositions et les bons comportements ou qui ramène vers lui les conflits et les divergences pour les arbitrer, les aplanir, les régler :

{Il y a cependant, parmi ceux que Nous avons créés, une communauté dont les membres s’attachent à la vérité et jugent avec équité.} Al-A’raf 181

L’islam veut que la communauté de foi soit un pôle de rayonnement spirituel, mais aussi un poids géostratégique qui exerce une influence positive sur le monde et une force de coercition contre le mal et le blâmable :

{Puissiez-vous former une communauté qui prêche le bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est répréhensible. Ce sont ceux qui agissent ainsi qui seront les bienheureux !} Al-’Imrane – 104

{Vous êtes la meilleure communauté qui n’ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Allah.} Al-i’Imran – 110.

{Nous avons fait de vous une Communauté du centre afin que vous portiez témoignage auprès des hommes (sur les hommes), et que le Messager vous soit témoin.} Al Baqara 143

Cette communauté n’est pas celle du  « juste milieu », mais celle de ce que la littérature moderne appelle l’avant-garde ou l’élite. Il ne s’agit pas du comportement élitiste ou élitaire du prétentieux et de l’arrogant, mais du don, du sacrifice, de l’offre, du dévouement. Les Prophètes ont ouvert les voies, ils ont surmonté les difficultés, ils ont donné leur vie au service de l’humanité. Bergers, artisans ou gouvernants, ils ont forgé des outils et édifié des communautés. Ils n’ont pas cherché le juste-milieu politicien, le centre tactique. Ils ont été avec ceux qui les ont accompagnés, des forces de répulsion contre le mal et des forces d’attraction du bien. Les mots ne sont pas un gargarisme bavard, mais un canevas d’idées, de comportements et ils doivent être précis et rapportés à leur contexte réel pour ne pas générer de la confusion.

Cette communauté centrale, de rayonnement, de centre de gravité, de foi, de vertu et d’action bienfaitrice ne peut être un électron libre que chacun impulse ou neutralise selon ses intérêts, mais une oumma al wassat, la communauté du centre de gravité qui pèse dans le déroulement de l’histoire. Il ne s’agit pas d’une masse bruyante, mais d’effort consciencieux, assidu et permanent à tous les niveaux et dans toutes les activités.

La notion d’universelle me semble plus pertinente dans une communauté se déployant comme un atome avec son noyau pesant et ses électrons pleins d’énergie gravitant autour sur des couches d’énergies que d’une vision linéaire d’un milieu entre des parties extrêmes. C’est aussi l’image  que nous avons des astres et des galaxies dans le ciel. La balance, elle-même n’est pas obligatoirement une chose linéaire avec un milieu ou une médiane.  Il est évident que la balance est davantage un principe dynamique qu’un instrument chosifié.

La communauté Wasstà ou wassata signifie bien cette force centrifuge qui doit caractériser la communauté musulmane  dans les attractions et les répulsions entre communautés. Elle devrait être le pivot sur lequel s’appuie toute l’humanité pour instaurer la justice et lutter contre l’injustice. Le wassat permet de bien situer la communauté musulmane sur le terrain qu’elle doit investir et sur lequel se fait la démarcation avec les autres communautés et sur lequel se fait la démarcation intellectuelle, politique et sociale en son sein. Ce terrain lorsqu’il est configuré par la foi, l’idée, le comportement, l’histoire et l’acte, il est forcément  celui de la civilisation. Il est particulièrement remarquable de voir la dynamique de l’émergence ou de l’anéantissement des civilisations. La succession des communautés, la succession des Prophètes et le rapport  de ces prophètes avec les civilisations de leur époque invite à voir la question de la communauté wasstà comme un pôle de rayonnement civilisationnel ou comme une alternative à la civilisation en voie de disparition. Il est difficile de voir dans ces références une quelconque crédibilité ou une quelconque validité à ces prétentions confrériques sectaires, du frérisme ou du salafisme,  qui se réclament davantage du maraboutisme politico-religieux et de l’errance socio culturelle que de la démarche. L’expérience vient de confirmer qu’ils ne peuvent pas répondre aux attentes, malgré qu’ils soient dans une posture messianique. Il leur manque non seulement le soutien populaire, mais il leur manque surtout la dimension prophétique qui leur fait voir la vocation de l’Islam et de la communauté centrale.

La symbolique Wasstà dans la Sourate Al Baqarah

Le terme coranique Wasstà se trouve au verset 143 de la sourate Al Baqarah qui comporte 286 versets. Nous ne sommes pas au milieu scriptural de l’énoncé, mais nous sommes au cœur du sens véhiculé par la première sourate du Coran. Cette architecture complexe avec ses signifiants en rhizome exclut la simplification de « juste milieu » qui vide le contenu de la vocation du musulman de toutes ses charges. Nous sommes au cœur du moteur de la foi, nous sommes au cœur du drame humain, nous sommes au cœur des préoccupations du musulman.

La sourate Al Baqara tire son nom de l’immolation d’une génisse dont un des quartiers devient un instrument par lequel Moïse, sur instruction divine, fait  ressusciter un homme assassiné afin qu’il renaisse et dévoile son assassin caché au milieu d’une communauté d’incrédules, de pervers et de transgresseurs. Le sens de la vie et de la mort, la résurrection après la mort, la foi vivifiée par les Prophètes face à la foi pétrifiée par les préjugés, mériter ou démériter l’élection divine selon ce qu’on fait de sa foi et de ce qu’on fait pour sa foi. La sourate al Baqarah construit la foi et l’enracine dans le profond du cœur pour devenir le moteur, le critère, la finalité de l’existence du croyant. La foi est le cœur de l’homme. La vertu est le cœur de la cité humaine. Le savant et les appareils religieux et politiques lorsqu’ils transgressent l’esprit et la lettre de l’enseignement véhiculés par la sourate Al Baqarah, ils deviennent des symboles de discorde et de confusion.

Procédons à une brève analyse lexicale des verbes Baqara et Abqara

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La sourate Al Baqara tire son nom du verbe arabe « BAQARA ». Il  signifie « creuser la terre et y  fouiller profondément et méticuleusement  ». Il signifie aussi immoler un animal et examiner ses entrailles comme le fait un chirurgien vétérinaire. Il s’agit de disséquer un corps et de chercher dans ses entrailles pour faire sortir à l’extérieur tout ce qui est dedans et ensuite l’exposer à la lumière du jour. Les Arabes désignent le savant de « Baqer » car « baqara al ‘Ilm » signifie se consacrer à la science d’une chose par la recherche minutieuse de ses signes, la quête de ses sources et la mise en évidence des faits, des lois et de leurs interactions. Encore une fois il s’agit de références au témoignage avisé et impartial qui ne doit  rien cacher ni rien ménager de l’effort à entreprendre pour puiser au fond des choses, des phénomènes, des problèmes, de l’histoire. Il est attendu de l’homme de foi la vigilance et l’examen attentif, afin d’extirper le mal à sa racine et de mettre en évidence la vérité même si elle est cachée au fond des fonds. Les démarches superficielles et intempestives compliquent l’accès à la vérité par leur capacité réductrice et simpliste des phénomènes ou par l’introduction de biais cognitifs ou de confusion sentimentale ou idéologique.

L’analyse lexicale nous met face à un autre signifiant qui ne contredit pas les sens de la sourate Al Baqara, mais vient les renforcer :

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Baqara signifie aussi s’exiler. La sourate Al Baqarah met en évidence toutes les idées, tous les comportements et tous les faits des Bani Israël présentés comme un spécimen réduit de l’humanité. Il nous invite à prendre pour modèle la vertu des Prophètes, et il nous ordonne de nous détourner des insensés, des pervers et des manipulateurs de la religion qui faisaient légion dans les Gens du Livre et en particulier chez les Descendants d’Israël et chez les Juifs. Il ne s’agit pas de chercher un hypothétique et improbable juste milieu entre des extrêmes et des transgressions, mais de chercher l’alternative quitte à s’exiler. Affronter idéologiquement et militairement le bloc représentant, dans les temps modernes,  le comportement dénoncé par le Coran à travers Bani Israël, exige un travail de reconnaissance, d’identification, d’analyse minutieuse. La rhétorique discursive ne suffit pas.  L’opinion personnelle qui se passe du Coran ou qui lui donne une autre lecture n’apporte que confusion dans le projet de renaissance de la communauté Wasstà.

Dans mes recherches je suis tombé sur une explication qui mérite le respect. Le frère palestinien Salah Eddine Ibn Ibrahim Abou Arafa fait le rapprochement entre Baqara (ou Aqbara) et Qabara (ou Aqbara) qui consiste à enterrer, à mettre sous tombe. Il s’agit donc de déterrer, de redonner vie, de faire resurgir ce qui a été enfouie, de redonner existence à a été occulté. Nous sommes dans le cœur de la Sourate al Baqara : redonner vie à la vérité, ressusciter la foi oubliée,  faire émerger de la torpeur de  l’humanité une communauté de vertu, dynamique et vivifiante.

En examinant toutes ces définitions et en les comparant au sens lexical, sémantique et symbolique, il me semble que le cœur du message coranique se focalise sur le verbe Baqara dans son rapport intrinsèque au témoignage que doit porter la communauté de foi aux autres communautés.  Les Bani Israël ont perdu l’excellence lorsque ils ont perdu le sens du témoignage. Le témoignage est vidé de sa valeur, de son contenu, de son impartialité et de son efficacité lorsque le témoin et le communicant perdent le sens de la vérité au profit de la confusion, de l’amalgame et de l’esprit partisan. Le témoin ne peut être écouté ou entendu s’il vit en marge de l’existence :

{Ne confondez pas le Vrai avec le faux, et ne taisez pas la Vérité alors que vous savez.} Al Baqarah 42

Bien entendu, je n’ai pas épuisé et je ne pourrais pas épuiser toutes les possibilités que permet la langue arabe. Bien entendu ma lecture reste imparfaite et limitée. Je peux me tromper. Je prends le risque de me tromper au lieu de garder le silence, car il y a une vocation que le Prophète (saws) a tracé et que nous semblons ignorer malgré que nous nous gargarisons de versets et de hadiths.

L’évidence de l’énoncé coranique

{ سَيَقُولُ ٱلسُّفَهَآءُ مِنَ ٱلنَّاسِ مَا وَلَّٰهُمْ عَن قِبْلَتِهِمُ ٱلَّتِي كَانُواْ عَلَيْهَا قُل للَّهِ ٱلْمَشْرِقُ وَٱلْمَغْرِبُ يَهْدِي مَن يَشَآءُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ }

{ وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطاً لِّتَكُونُواْ شُهَدَآءَ عَلَى ٱلنَّاسِ وَيَكُونَ ٱلرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيداً وَمَا جَعَلْنَا ٱلْقِبْلَةَ ٱلَّتِي كُنتَ عَلَيْهَآ إِلاَّ لِنَعْلَمَ مَن يَتَّبِعُ ٱلرَّسُولَ مِمَّن يَنقَلِبُ عَلَىٰ عَقِبَيْهِ وَإِن كَانَتْ لَكَبِيرَةً إِلاَّ عَلَى ٱلَّذِينَ هَدَى ٱللَّهُ وَمَا كَانَ ٱللَّهُ لِيُضِيعَ إِيمَانَكُمْ إِنَّ ٱللَّهَ بِٱلنَّاسِ لَرَءُوفٌ رَّحِيمٌ }

{Les insensés d’entre les hommes disent :  » Qu’est-ce donc qui les a détournés de la Qibla vers laquelle ils se tournaient auparavant ?  » Dis :  » Le Ponant et le Levant appartiennent à Dieu ; Il guide qui Il veut dans une voie droite. Ainsi, Nous avons fait de vous une Communauté du juste milieu pour que vous soyez témoins envers les hommes et pour que le Prophète soit un témoin envers vous. Nous n’avions établi la Qibla vers laquelle tu te tournais que pour distinguer celui qui suit l’Envoyé de celui qui tourne les talons. Cela [le changement de Qibla] a été une épreuve pénible, sauf pour ceux que Dieu a guidés ; car ce n’est pas Dieu qui rendra vaine votre foi ! Dieu, en vérité, est compatissant et clément envers les hommes.« } Al Baqara 142

L’Orient et l’Occident, le Ponant et le Levant, dans une Terre ronde et mobile, ne sont pas des extrémités spatiales dont il faut chercher le centre médian. Ils sont des Ayat qui témoignent de la Présence, de la  Grandeur et de la Puissance d’Allah que les insensés ne voient pas. La communauté wassatà ne se situe pas par rapport à des axes géographiques ou par rapport à des étendues  territoriales ou par rapport à des références temporelles, mais dans son ancrage par la foi et par la raison à ce que les insensés ne comprennent pas : la Qibla. Cette Qibla n’est pas un lieu géographique, mais une histoire permanente depuis l’apparition de l’homme sur terre et qu’Abraham a restauré : la lutte entre le monothéisme et l’idolâtrie dans leurs formes et leurs contenus religieux, sociaux, culturels…  Nul ne peut témoigner aux hommes s’il n’occupe pas une position centrale, une posture dominante, un rôle rayonnant sur le plan spirituel, moral et civilisationnel. Accomplir sa vocation de témoignage et jouer son rôle d’avant garde pour l’humanité  éprouvant, tragiquement éprouvant lorsque les insensés tournent en dérision les sensés.

Conclusion

Le sujet n’est pas épuisé. Louange à Allah qui m’a permis de suivre quelques pistes et de les soumettre pour étude à ma communauté. Bien entendu les erreurs et les fautes dans ce texte sont imputables à moi-même.

Partie 1 – Wassatiya : communauté de juste milieu ?

Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !

Wassatiya : communauté du juste milieu ?

Partie 1 – Wassatiya : communauté du juste milieu ?
Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !

Dégage Morsi !

مصر

La manifestation  contre le président Morsi, élu démocratiquement, demande son départ. Tous les Arabes sont unanimes pour rejeter leurs gouvernants, mais les élites religieuses n’ont pas la même démarche selon qu’il s’agit de Bachar Al Assad ou de Morsi.

Avant de nous attaquer aux élites religieuses, il nous faut lever un doute sur la capacité de nuisance des forces anti islamiques que les Frères Musulmans n’ont pas évalué à sa juste importance. Ils ont oublié Saïd Saâdi et Khalida Messaoudi promettant à Abassi Madani de ne pas le laisser parvenir au pouvoir. Tous ils font la même faute : sous-estimer leur adversaire et rester confinés dans la démagogie et le clan. Hier, comme aujourd’hui nous sommes face à la même donne. Les islamistes provoquent les césures au lieu de fédérer. Les laïcs et les nationalistes qui accusent les islamistes de ne pas savoir gouverner oubliant qu’ils étaient impliqués, de près ou de loin, dans la gouvernance des despotes et qu’ils ont participé à la paupérisation du peuple et que leurs appels gauchistes ou libéraux ne font que creuser le fossé idéologique. Mohamed Baradai le destructeur de l’Irak et Amr Moussa le destructeur de la ligue arabe ne sont pas qualifiés pour donner des leçons politiques  leurs adversaires. Il ne faut donc se faire aucune illusion sur les enjeux réels ni sur l’issue. Mais il faut de la lucidité et aller au delà de ces épiphénomènes.

Dans mon livre « Les Dix Commandements US et le dilemme arabe », j’ai montré l’impasse de la révolution égyptienne et les contradictions sociales et politiques qui vont conduire l’Égypte à une instabilité structurelle. Je reviendrais, au cours de la semaine, inchaallah,  sur mon analyse et les anticipations de 2011 à qui le temps a donné crédit et validité.

Les Frères Musulmans comme tous les opposants aux régimes despotiques ne sont pas tenus à disposer, à priori, d’une excellence dans la gestion et dans l’administration du fait qu’ils étaient exclus du champ politique. Ils étaient tenus à rester sains et probes sur le plan intellectuel. L’expérience de gouvernance se construit, pour réussir, sur l’analyse objective et impartiale de l’État des lieux et sur la mobilisation de toutes les compétences sans préjugés idéologiques. Les Frères musulmans, comme attendu, se sont isolés dans leur esprit partisan et ont fait le jeu américain en confisquant la révolution égyptienne au lieu de participer à la définition des équations stratégiques et du mode de leur résolution sur le plan national, régional et international. La culture maraboutique de la confrérie et le fonctionnariat de l’université d’Al Azhar n’ont pas favorisé l’émergence d’une élite musulmane qui sait prendre l’initiative historique et élaborer des ingénieries. Il nous manque la démarche scientifique. La démarche scientifique ne part d’aucun présupposé et ne s’enferme dans aucun carcan. Elle définit des hypothèses de travail, un protocole de recherche, évalue, expérimente selon des critères objectifs et selon un traitement des données les plus fiables et les plus efficaces. La Boulitique n’est pas scientifique, elle est maraboutique. Souvent les potions magiques qu’elle concocte sont pires que le remède. L’Islam n’est pas en cause, bien au contraire il est la « victime ».

Pour l’instant, l’armée égyptienne semble tirer leçons du désastre algérien et manœuvre les divergences doctrinales et politiques. Ces manœuvres ont commencé avant la chute de Moubarak. Les temps à venir vont montrer qu’il faut plus qu’un gouvernail et un bon manœuvrier pour tenir longtemps dans la tempête. Il faut une carte, un cap, une boussole et une vigie. Pour l’instant carte, cap, boussole et vigie sont la propriété de l’Empire. De temps en temps il nous livre quelques vieilles fausses cartes, quelques boussoles détraquées et quelques caps chimériques…

Les éradicateurs crient à l’échec de l’Islam politique alors que  l’Islam dans sa vocation sociale, politique, économique ne s’est pas encore exprimée faute de représentants crédibles.

Questions légitimes

Au moment où la gouvernance des Frères Musulmans soulève une tempête générale, je tente d’apporter un éclairage sur la Wassatiya, sur sa gouvernance et ses biais conceptuels sans lesquels jamais leurs opposants laïcs et nationalistes ne se seraient engouffrés. Il est de tradition, depuis des siècles maintenant, de voir les efforts et les espoirs des musulmans dilapidés et détournés par ceux-là mêmes qui veulent parler en leur nom et au nom de leur religion pour des raisons que je vais tenter d’expliciter au-delà de :

  • la fâcheuse habitude de ne pas tirer les leçons du passé,
  • la manie de  ne pas lire les rapports dialectiques et d’agir en conséquence par la prévision, l’anticipation et la coopération,
  • la confusion entre les principes coraniques immuables et les opinions personnelles érigées en règle valide et infaillible.

L’origine de nos problèmes ne peut être confinée au clivage islamiste non islamiste ni au seul refus des laïcs et des nationalistes de jouer le jeu de la démocratie lorsque les résultats ne sont pas en leur faveur.  Nous resterons otage de notre piège tant que nous ne reviendrons à la pratique de la vertu cardinale des compagnons du Messager d’Allah (saws) : l’auto critique,  l’examen de conscience, le sens des responsabilités…

C’est ce que le Coran nous commande de faire dans les moments difficiles :

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ».} Al ‘Imrane 165

Souvent les moments difficiles proviennent d’une erreur d’appréciation dans un lointain ou proche passé. C’est le cas de la lecture partisane du Coran comme pour cet énoncé :

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{Nous avons fait de vous une communauté du « juste milieu »} Al Baqara 143

 

Qaradhawi  et la WASATIYA

Qaradhawi  avait depuis longtemps délibérément détourné  l’énoncé coranique pour en faire, à travers son appel à la WASATIYA,  l’apologie du courant des Frères musulmans et pousser les musulmans à  s’en réclamer. Il s’est présenté  comme l’emblème de la Wassatiya qui voulait faire croire qu’elle était le juste milieu entre factions musulmanes. Dans les faits, la Wassatiya était la version frériste  de la Firqa nàjiya, la faction sauvée, des courants salafistes et la culture du Zaïm et du Morchid sunnite face au Waliy Faqih du chiisme. En vérité Qaradhawi a représenté un courant idéologique se réclamant de la Wassatiya comme monopole de la pensée et de l’activisme islamique. Nous n’étions pas dans la seule contradiction et le seul égarement près, mais il était attendu d’un savantissime qui parle au nom des Musulmans ou du moins au nom des « sunnites » de se démarquer de tout esprit partisan, démagogique et paternaliste pour se consacrer à résoudre les problèmes de fond du monde musulman avec sérénité, lucidité et responsabilité.

Au lieu de cela il a eu recours à la  Safsata (la casuistique religieuse et le sophisme bavard) qui consiste à convaincre en recourant soit à des arguments fallacieux soit à des images construites sur des représentations de la réalité sans référence à la vérité. Il a agi comme un vulgaire brocanteur en manipulant les préjugés que les Musulmans ont les uns sur les autres et les uns contre les autres. Il a accepté de se faire porter par les dissensions internes au lieu de les gommer ou de les atténuer.

 

Wilaya du Faqih ou Wilaya du Morchid ?

Autant les « purs sunnites » sont unanimes  pour condamner les chiites et prêts à partir en guerre contre le Hezbollah et l’Iran autant ils sont dans la cécité totale ne voyant pas la gouvernance confrérique du Morchid des Ikhwane. Leur aveuglement ne leur permet pas de voir les progrès réalisés par la République islamique d’Iran en termes de pensée économique, politique et scientifique, en termes de réalisations technologiques et en termes de pratiques démocratiques malgré l’embargo et la menace d’une guerre nucléaire. Leur aveuglement ne leur permet pas de voir les trahisons arabes envers la Palestine.

Le pire c’est qu’ils veulent s’imposer comme une nouvelle Qibla en contradiction avec le dessein coranique :

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{C’est Lui (Allah) qui vous a nommé musulmans afin que le Prophète soit témoin auprès de (sur) vous et que vous soyez témoins auprès des (sur les ) hommes } Al Hajj 78

Notre titre de musulman nous confère une vocation et une mission. Nous remettre totalement et en toute confiance à Allah (swt) et nous consacrer par notre comportement, notre parole et nos actes à témoigner de la vérité du Coran. Il n’est ni logique ni bienséant envers Allah (swt) de faire de la surenchère entre nous et de nous diviser en se faisant appeler salafi, ikhawani, sunni, soufi, chi’i, maliki, hanbali, wassati… Il n’est pas normal d’adopter des postures et des discours qui favorisent la démarcation idéologique et religieuse propice au détournement du devoir de témoigner aux autres.

 

La Jama’â

La communauté musulmane est l’ensemble des citoyens du monde partageant les mêmes croyances, les mêmes valeurs et les mêmes conduites du moins sur le rapport à l’existence et à l’unicité de Dieu, à la circoncision, au halal, à la vérité de Mohamed(saws) et du Jugement dernier. Abstraction faite des degrés de la foi et de la spiritualité de ses membres, le monde musulman partage en commun l’Islam comme référence historique, sociale et civilisationnelle.  Dans les moments difficiles, la sauvegarde de la communauté est un impératif religieux et existentiel. Il ne devrait pas y avoir place aux idées, aux discours et aux démarches qui mettent en péril l’existence sociale, économique ou territoriale de la communauté et qui la disperse ou exalte ses contradictions au lieu de la fédérer autour de valeurs communes, de partage d’intérêts, d’interactions sociales, culturelles et économiques et du vouloir vivre ensemble en paix et dans le respect mutuel. L’idée de la confrérie politico-religieuse ou de la faction sauvée est dangereuse tant pour l’unité du corps social que pour le cap que doivent se fixer les élites pour gouverner, témoigner, éduquer, édifier, fédérer…

L’épreuve du temps a montré que la Wassatiya des Frères Musulmans est en contradiction avec le principe de fédération et d’unité.  Le temps a montré que ses inspirateurs et ses partisans se sont fondés sur des préjugés.   Le plus grand préjugé est de se croire l’élite et de se voir le meilleur puis d’en faire une argumentation voire une référence sans donner des clés ou des instruments d’analyses pour que l’auditoire puisse en toute logique et en toute vérité et en toute responsabilité évaluer et choisir.

Le préjugé entretenu par la manipulation idéologique et religieuse joue sur le pouvoir évocateur des mots sans dérouler les présupposés et les conséquences religieuses, idéologiques et politiques de ses prétentions lorsque celles-ci ont la « chance » d’être entendues, colportées  et suivies par un grand nombre.  Al Qaradhawi et les Frères Musulmans ont cultivé l’esprit partisan et ont développé une rhétorique qui donne aux objectifs de la confrérie suprématie sur la communauté,  aux intérêts du parti préséance sur ceux de l’Etat, et à la doctrine d’une école de pensée et de militantisme prisme déformant les impératifs historiques et géopolitiques. Ce comportement n’est pas spécifique aux Frères Musulmans, c’est le comportement logique de tout mouvement religieux ou non religieux qui vit dans la clandestinité, l’élitisme et le zaïmisme (la dévotion au chef).

La règle coranique à laquelle ont failli les élites musulmanes nationalistes, salafistes ou frériste est évidente pour celui qui refuse l’enfermement idéologique et le confinement partisan :

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{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Dieu, adorez-Moi.} Al Anbiya 92

Nous n’avons pas à imposer un point de vue idéologique ou politique qui conduit à la fragmentation de la communauté. Le devoir est de  fédérer la communauté  quitte à supporter les divergences qui sont en son sein et agir avec intelligence et patience sur les conditions objectives et mobiliser les possibilités réelles dans un cadre transparent et ouvert. Le musulman peut et doit faire de la politique comprise comme recherche du bien public et de l’intérêt général, comme devoir de bon conseil et comme mise en application de la commanderie du bien et de l’interdiction du mal si et seulement si son action est épurée de tout esprit sectaire et partisan. Notre militantisme devrait avoir une double visée : chercher l’agrément d’Allah (swt) et la dignité morale, sociale, intellectuelle et économique de l’humain, du citoyen, du croyant sans exclusion ni exclusive. L’esprit partisan et sectaire ne peut se libérer des limites du parti ou de la secte pour se hisser au niveau de l’État impersonnel et impartial.

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{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Dieu, prenez-garde à Moi.} Al Mouminoun 52

Demeurer vigilant à l’égard d’Allah (swt) ne peut  tolérer la transgression ni donner légitimité à l’effusion de sang, à la violence, à l’anathème contre les musulmans et à l’approfondissement des clivages confessionnels, idéologiques et politiques. S’inscrire  dans la voie des Anbiyas (les Prophètes) et faire partie de la communauté des Mouminoun (les croyants) consiste à se remettre à Allah(swt) en toute chose, à arbitrer avec  justice et équité, à faire partie de la Jama’â par le bon conseil et la force de proposition du bien.

L’hégémonie de l’Islam à laquelle invite le Coran ne signifie pas l’imposition par la force, mais par le vouloir-vivre ensemble et par les garanties de paix, de sécurité, de prospérité et de liberté qu’apporte l’Islam.  Les fondamentaux de l’harmonie des diversités dans le respect de l’intérêt général sont la justice et la cohésion sociale. La justice est l’arbitrage impartial pour juguler toute transgression et cimenter le corps social :

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{Et Nous t’avons révélé le Livre en toute vérité, corroborant ce qui le précéda comme Livre, et le contrôlant. Juge donc entre eux d’après ce qu’Allah a révélé. Ne suis pas leurs passions au lieu de ce que tu as reçu de la Vérité. A chacun d’entre vous Nous avons fait une Loi et une Méthode. Si Allah le voulait, Il vous aurait fait une seule communauté, mais c’est pour vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. Concourez donc en œuvres de bienfaisance. Vers Allah sera votre retour en totalité. Il vous Informera alors sur ce dont vous divergiez.} Al Maidah 48

Ce sont ces rapports sociaux que le Musulman doit construire sur son territoire faisant collaborer toutes les forces, toutes les diversités. Si l’unité religieuse ne peut être obtenue pour réaliser la  fratrie de foi monothéiste, elle peut se contenter de son substitut qui est la communauté du vivre ensemble. Intervenir, au nom de la Wassatiya, pour cultiver la haine, la divergence et l’hégémonie d’un groupe sur un autre n’est ni l’esprit du Coran ni la pratique du Prophète (saws). Le Prophète (saws) a cohabité avec les Juifs et les Chrétiens qui ont refusé de se convertir à l’Islam. Sa mission consistait à transmettre le Message. Son droit consistait à se défendre par la force des armes contre ceux qui l’ont agressé par les armes.

La loi de la dialectique dans l’univers, dans l’histoire et la société exige qu’il y ait des répulsions et des attractions pour que s’accomplisse le mouvement logique des choses et des mondes vers leur devenir. C’est ainsi et pas autrement. Imposer un immobilisme ou une pensée unique, c’est provoquer fatalement un détournement des énergies qui vont se libérer de la manière la plus entropique avant de reprendre le cours normal du mouvement dans lequel chaque corps est inscrit par sa nature et par sa vocation dans un ensemble qui le dépasse. Allah(swt) nous demande de chercher la cohésion, l’harmonie et la fédération pour nous inscrire dans l’universel de Son Ordre. Faire valoir un particularisme ou imposer une hégémonie qui éradique une autre façon d’être n’est pas le « juste milieu ».

 

La machine de guerre contre les musulmans

Est-ce que les brigands qui profanent le nom d’Allah(swt) en commettant leurs crimes sont le modèle de la Wassatiya, l’exemple du changement pacifique et de la voie du juste milieu qui guide vers le modèle prophétique ? Non et mille fois non ! Il n’y a de changement possible que par les moyens légaux et licites qu’Allah (swt) et Son Prophète ont indiqués.  Allah Tayeb (Bon, Beau et Juste) Il n’accepte que le bon, le beau et le juste  dans les actes et les intentions. Toute intention aussi noble soit-elle dans sa  déclaration n’a aucune chance d’être agréé si les moyens qu’elle emprunte sont illicites, laids et hasardeux.

Est-ce que la Wassatiya consiste à devenir une nouvelle religion qui provoque des guerres de religion entre les Musulmans. Est-ce que le dessein d’Allah de créer les hommes différents est absurde ? Est-ce notre vocation de musulman est de contraindre les autres ?

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Le Coran nous dit que la vocation humaine est de se fédérer sur des valeurs, des principes et un partage de la foi et des avantages à vivre ensemble en société

{Les hommes étaient une seule communauté.} Al Baqara 213

Cet énoncé court évoque la sécurité, la paix et la prospérité que procure la vie sociale en fratrie de foi ou en fratrie humaine. Ensuite, le Coran introduit une ellipse pour faire ressortir le drame humain qui se réalise lorsque la société entre en divergences religieuses et idéologiques et la rapidité de la décomposition sociale lorsque la communauté perd les valeurs qui la fédèrent. La fédération exige le recours à une « méta référence », à quelque chose de sacré qui transcende les différences et les opinions :

{Alors Allah envoya les Prophètes annonciateurs et avertisseurs, et révéla avec eux le Livre, en vérité, pour qu’il juge parmi les hommes sur ce dont ils ont divergé.} Al Baqara 213

Les Prophètes et leur Livre ne sont ni opinion ni confrérie ni esprit partisan, mais vérité qui transcende les sectarismes et les intérêts mondains. L’esprit et la démarche prophétique exigent l’effort de fédération. Ils ne peuvent tolérer la culture des dissensions, ni celle de la revanche, ni celle de l’atomisation. Dans la règle générale, les innovateurs et les fabricants d’idoles et de clans ne sont pas les gens du peuple, mais les savants religieux et les intellectuels qui ont le pouvoir des mots et de la fascination sur les masses crédules. La crise sociale et politique prend naissance ou s’aggrave jusqu’à l’éclatement et la disparition de ce qui fait le ciment fédérateur lorsque le religieux et l’idéologique sont instrumentalisés par les opinions, les intérêts mondains, le culte de la personnalité, le sectarisme et l’esprit partisan. Ces tares transgressent l’unicité de référence religieuse et idéologique  et transgressent l’unicité de la communauté :

{Et n’y divergea, par transgression  entre eux, que ceux qui le reçurent, après que leur vinrent les évidences.} Al Baqara 213

Qaradhawi avait le droit de militer pour son parti à condition de le faire sans duplicité, ni fardage, ni incitation au sectarisme, ni provocation de l’effusion de sang. Il avait les compétences religieuses pour lire le Coran et la Sunna et expliquer aux gens du commun ce qui est évident et ce qui fédère. Le moutachabih, l’équivoque, le probable ne peuvent et ne doivent être portés au public. S’il était plus intelligent et plus indépendant, il serait parvenu à la conclusion que l’époque nouvelle est celle du règne inéluctable des Frères Musulmans. Il ne s’agit surtout pas de contrarier le mouvement naturel des choses en s’alliant à l’OTAN ou en s’embarquant dans des guerres civiles.

Tout observateur impartial du monde arabe sait que la faillite du système de gouvernance actuelle du monde arabe dans sa version nationaliste et laïque est consommée et qu’il n’existe aucune alternative crédible qui va s’opposer au courant des Frères Musulmans. Tout observateur impartial sait que l’esprit confrérique dominant chez les Frères Musulmans et les Salafistes va les conduire à l’impasse idéologique, politique, sociale et économique. Ils peuvent faire des alliances tactiques et conjoncturelles,  mais ils ne peuvent cohabiter sur le plan stratégique, car ils ne s’entendent pas sur le contenu de la Wassatiya et ses implications en termes de gouvernance. Le mouvement islamique n’a pas la maturité  idéologique pour construire un curseur idéologique qui fédère non seulement les mouvements islamiques, mais rassemble toutes les forces dans un front d’édification sociale et économique et de résistance contre l’Empire.

Qaradhawi aurait dû avoir l’intelligence  de voir loin et de haut les équations sociales, politiques, idéologiques et poser la Wassatiya comme méthode de règlement des problèmes politiques, de fédération des efforts socio-économiques et d’élan civilisateur pour impulser une alternative au  monde de prédation.  Au lieu de cela il a ouvert la Fitna sur le monde arabe.

Autant les Frères musulmans et les Salafistes monarchistes sont focalisés sur la destruction de l’État syrien au nom d’une certaine idée de l’Islam (idée fausse) autant ils ne voient pas comment un président frériste issu d’un scrutin démocratique est en train à la fois de liquider l’expérience démocratique et de liquider définitivement le rôle géostratégique de l’Égypte. La map de Google nous donne au premier coup d’œil les principaux enjeux de l’Égypte que Morsi et les savants pieds nickelés occultent en se précipitant à rompre les relations diplomatiques avec la Syrie et en ouvrant les portes  du Jihad contre les Syriens.

Ce qui est halal pour les opposants syriens est-il halal pour le peuple égyptien ? Si Bachar Al Assad aurait du partir pour éviter la Fitna pourquoi Morsi ne part pas lui aussi. Les logiques fallacieuses se trouvent prises au piège de leur propre rhétorique. Les savants de la Fitna ne semblent pas vivre sur la même planète que nous ou sur le même espace temps. 

 

La gouvernance  sous le slogan de la Wassatiya.

Le « juste milieu » n’a pas conduit la « révolution égyptienne » mais il en a tiré tous les profits politiciens. La « ligne médiane » qui gouverne l’Égypte au nom de l’Islam et de la démocratie ne voit ni les extrêmes, ni le centre de gravité, ni les paramètres géostratégiques de sa gouvernance. L’empire avait besoin d’une « trêve » avec l’Islam pour liquider la question palestinienne et reconfigurer le monde qui semble échapper de plus en plus au capitalisme occidental et se diriger vers un nouveau centre de gravité politique, économique, technologique, militaire et financier : l’accord de Shanghai  entre Russes et Chinois impliquant deux puissances musulmanes en termes de potentiels économiques, militaires et humains : le Pakistan et l’Iran. La force d’attraction de cet axe est telle que dans vingt à trente ans tout le monde musulman sera partie prenante dans cet axe contre l’axe impérialiste. Malek Bennabi et Garaudy ont développé longuement cette question que les données actuelles confirment. Le juste milieu est de s’intégrer dans cet axe en attendant qu’il y ait suffisamment de forces pour créer une troisième force celle du monde musulman. La bêtise est de ne pas voir l’Empire et le sionisme dans le cours de l’histoire du monde musulman. La catastrophe est de ne pas voir la compétence de l’Empire qui investit sur des mouvements islamiques incompétents sachant qu’ils vont réaliser trois objectifs stratégiques : se déchirer et permettre au sionisme de liquider la cause palestinienne, se déchirer et permettre au monde arabe de se disloquer et se retrouver sans territoires et sans armées face à Israël, se déchirer et dévoiler au monde musulman l’incapacité des élites musulmanes à gouverner.

Cheikh Google va nous montrer la position stratégique de l’Égypte et les jeux de l’Empire :

EGYPTE

L’Égypte est non seulement au cœur du monde arabe, mais elle est la charnière entre l’Afrique et l’Asie, entre le Machreq  et le Maghreb. Se mettre en position de pion avancé contre la Syrie c’est fatalement détruire cette posture de charnière géostratégique.

Se mettre en position de pion avancé contre la Syrie c’est accomplir la césure que l’Empire a déjà accomplie dans nos mentalités, nos économies, nos politiques et nos territoires. L’Égypte et l’Algérie avec l’Iran peuvent remodifier tous les rapports de force et mobiliser toutes les ressources pour constituer de fait un partenariat musulman avec le reste du monde ou une force qui vient se positionner à côté de l’accord de Shangai. La pensée des Frères Musulmans n’est pas dans ce positionnement géostratégique. Elle n’a pas de vision claire sur la Oumma ni sur la vocation de l’Islam. C’est une confrérie remplie de slogans et de bavardage sans plus.

Se mettre en position de pion avancé contre la Syrie c’est de fragiliser davantage sur le plan militaire. L’Égypte des Frères Musulmans comme celle de Moubarak oublie les dangers qui la guettent : face à elle il y a la Turquie de l’OTAN. À côté d’elle il y a la Libye instable. Derrière elle il y a l’Éthiopie et le Nil sous l’emprise d’Israël. Au sud, il y a l’Afrique avec ses guerres larvées entre musulmans et Chrétien, cette Afrique est convoitée pour son pétrole et son uranium. L’allié historique, le Soudan, est partitionné par l’Empire…   La Jordanie est visée pour devenir une confédération palestinienne pour régler définitivement la question palestinienne vidée de son peuple et de son territoire historique. Bien entendu Israël avec sa nature belligérante est toujours en guerre contre l’Égypte. Regardons de nouveau la carte pour voir les bases américaines en Arabie et en Afrique qui encercle l’Égypte. La Wassatiya qui ne fait pas l’effort de voir son environnement historique, économique, géographique, militaire et son devenir n’est que ruines des territoires et des désastres des mentalités.

Se mettre en position de pion avancé contre la Syrie c’est accepter l’idée fallacieuse de l’instauration d’Émirats pseudo islamiques dans une recomposition régionale imposée par l’Empire au lieu d’avoir l’armée arabe syrienne un allié de poids contre l’expansion sioniste et dans une possible confrontation militaire  pour repousser l’agression à venir d’Israël. Nous pouvons continuer à mettre entre parenthèses la libération de la Palestine par les armées arabes.

Se mettre en position de pion avancé contre la Syrie c’est occulter le présent sombre et l’avenir incertain pour une place de strapontin dans la basse-cour des valets de l’impérialisme. Il faut être un insensé ou un  partisan passionné pour ne pas donner la priorité aux règlements des problèmes sociaux, politiques et idéologiques qui sont structurels en Égypte.

Nous posons nos problèmes en termes métaphysiques et nous attendons des solutions métaphysiques. Nos problèmes sont structurelles : l’Etat de droit, l’économie réformée, l’éducation performante, l’investissement socialement efficace. L’Islam est suffisamment riche et réaliste pour apporter les réponses pertinentes et opportunes, mais les islamistes n’ont pas de culture politique, économique, sociale. Ils importent les solutions qui ont fait faillite et qui ont provoqué la décadence du monde musulman. Ils parlent de sources, mais ils ne font pas d’effort de ressourcement de la pensée autre que celle de recopier et de réciter les livres dépassés du Moyen-âge. Sinon ils copient l’Occident sans analyse des fondements idéologiques de la pensée occidentale qui ne peut être importée comme on importe une bicyclette ou un lave-vaisselle.

A force de copier la révolution française et la Renaissance européenne tout en maniant le discours islamique les partisans de la Wassatiya sont en train d’exclure l’Egypte du cœur du monde arabe et de continuer à la marginaliser loin des enjeux de la géographie et de l’histoire.

 

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Partie 1 – Wassatiya : communauté de juste milieu ?|

Partie 2 – Wasstà : communauté de rayonnement !