Islam  : Libération des opprimés

Le Divin « piégé » ?! Partie 2/3

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Cohérence de l’Islam

Si nous voulons traiter de l’islam et de ses thèmes il faut donc le traiter dans sa propre cohérence et avec la signification de sa spiritualité et de son système idéique et civilisationnel. Opérer un transfert de concepts et de méthodes de l’Eglise et de la laïcité vers l’Islam est une trahison envers le contenant et le contenu Qur’ânique : l’Arabe et l’Islam.

C’est l’amour de la vérité et le droit à la différence qui nous donnent le devoir de témoigner contre cette trahison volontaire ou inconsciente et d’appeler à plus de vigilance au sein des jeunes qui vivent dans un monde qui n’a plus le temps de lire ou de chercher le sens pris par  le spectacle des produits de  la civilisation matérialiste mis en scène par les spécialistes qui savant manier les signes et les symboles arrivent à manipuler  le public même si ce public est un amphithéâtre universitaire et non pas des  gradins d’un stade de football ou une  salle d’un dancing ou d’un casino.

La différence en Islam atteint un seuil de justice nulle part connu : chaque communauté vivant sous une gouvernance islamique n’a pas le statut de minorité mais de communauté qui a non seulement sa liberté de culte et de croyance mais son droit de recourir à ses propres références culturelles et idéologiques en matière de droit personnel et familial et même en matière de  justice. Un chrétien ou un juif avait le choix entre un juge et des lois musulmans ou de son propre culte. La Chariâa musulmane tant décriée ne s’applique pas d’une manière indifférenciée et forcée sur le musulman et le non musulman. C’était le temps où l’humanité ne connaissait qu’un seul Islam celui enseigné par Mohamed et transmis par ses compagnons qui ne sortaient ni de la Sorbonne ni d’Al Azhar ni d’ Oum al Qora.

Accepter la différence c’est vivre avec l’exigence de justice et d’équité en tenant compte des besoins réels et des possibilités réelles. La véritable égalité est dans le droit à la différence. La véritable sagesse est dans la reconnaissance de cette différence et non d’imposer une égalité indifférenciée qui finit par détruire l’esprit d’émulation, la revendication légitime au mérite et met fin à l’esprit de justice et d’équité. L’être rationnel et dont la rationalité est quantitative commet une injustice quand il  prive l’homme de sa liberté d’être lui-même et le prive de sa sanction personnalisée mais juste (conforme à l’esprit de justesse et à l’esprit de loi) et équitable (la justice appliquée comme elle a été rendue sans oubli, sans dénaturation et avec le même souci d’être impartial mais humain) :

{En vérité, les propos que vous tenez sont pleins de contradictions  et seul un dévoyé se détourne de la Révélation !  Périssent donc les menteurs qui, indifférents à leur sort, se laissent distraire par leurs passions} az Dhariyat 9

Cette différence n’exclue pas le dénominateur commun et sacré entre tous les hommes qu’on retrouve dans l’appel Qur’ânique al Insane ou dans celui de Nafs cette entité globale qui fait de l’être un corps de chair, un esprit, une respiration vitale, une conscience  et une âme et chaque partie a sa nourriture et chaque partie œuvre pour la cohérence et la cohésion du tout inséparable d’aucune de ses parties.  Cette Nafs, par sa foi mais aussi par  son déploiement praxitique de la foi est une conscience individuelle, spirituelle, sociale, politique et morale qui se blâme, qui s’auto critique, qui s’évalue, qui faute, qui se repentit, qui fait effort de s’améliorer, qui doute de soi, qui est prise entre la crainte et l’espérance est une lutte incessante entre le bien et le mal entre la vrai et la faux, entre la détermination et l’irrésolution, entre la constance et la tentation : elle vit le drame humain dans sa splendeur, dans sa grandeur, dans cette vérité qui a fait que Dieu s’exprime par un serment pour montrer le caractère solennel et grave du drame humain qui se joue dans la conscience humaine source de son salut ou de sa perdition :

{Je Jure formellement par le Jour de la Résurrection ! Et Je Jure formellement par la conscience en blâme continuellement !} al Qiyama 1

Cette conscience vigilante, celle du croyant agissant pour le bien, malgré ses souffrances dans sa quête de vérité et sa lutte pour la justice, trouve l’apaisement du juste, du bien guidé dans cette vie et au moment ultime lorsqu’il faut quitter cette vie pour une autre éternelle :

{Et Nous Donnâmes, en fait, à Moïse et à Aaron le Critère comme Lumière et Rappel pour les pieux : ceux qui craignent leur Seigneur en conscience et prennent garde de l’Heure.} al anbiya 48

{O toi, âme tranquille, reviens à ton Seigneur satisfaite d’Allah, et satisfaite par Lui. Entre donc parmi Mes serviteurs (bien-aimés), et entre dans Mon Paradis.} al Fajr 27

En opposition à cette Nafs en Jihad permanent il y a celle des insouciants, des mécréants, des hypocrites, des  fauteurs de troubles, des corrompus et corrupteurs, tous ceux qui ont une conscience sans scrupules, sans foi, sans frein contre les incitations au mal et au mensonge :

{Certes, l’ego insiste sur le mal, sauf celui qu’Allah A Pris en Sa Miséricorde. Certes, mon Seigneur Est Absoluteur, Miséricordieux.} Yussef 53

Ce sont les réprouvés et les fourvoyés de la Fatiha, puisse Dieu nous épargner leur sort, nous éviter leur compagnie et nous purifier de leurs travers.

 Les dérives du rationalisme qui font perdre à la raison toute rationalité, à la conscience toute vigilance et à l’érudit toute crédibilité:

Comment un esprit « rationnel » formaté dans l’idéologique égalitariste peut-il voir l’équité et l’égalité (ou l’inégalité)  entre les sacrifices et les risques du Pèlerin d’un coté et les bienfaits divins de l’autre :

{Appelle les hommes au pèlerinage hajj ! Ils répondront à ton appel, à pied et sur toute monture, venant des contrées les plus éloignées, pour participer aux bienfaits du pèlerinage et invoquer le Nom du Seigneur aux jours fixés, en immolant la bête prise sur le bétail que Dieu leur a accordé. Mangez-en vous-mêmes et donnez-en à manger aux pauvres démunis.} al hadj 28

Quand les musulmans font  du zèle en transformant la vocation du pèlerinage « parcours du combattant » pour la défense de la foi, de l’islam, de la communauté musulmane en  supplices, en arnaques, en mensonges, en négligence, en business…ils perdent les bienfaits et la récompense. Tous à un titre ou à un autre nous sommes redevables du bon accomplissement du Hadj. Dans le passé les véritables serviteurs (servants) des lieux saints étaient les Moutawifs et les Zamzami qui se consacraient au service du pèlerin par amour de Dieu et par respect des traditions abrahamiques et mohammadiennes. Pourtant le Qur’ân, du vivant du Prophète,  ne leur a pas donné un statut égal à ceux qui se consacrent à la cause de la vérité et des droits de l’homme :

{Comment pouvez-vous assimiler celui qui est chargé de distribuer l’eau aux pèlerins ou d’entretenir la Mosquée sacrée à celui qui croit en Dieu, au Jugement dernier et qui combat pour la Cause de Dieu? Non, ils ne sont pas égaux devant Dieu, et Dieu ne guide point les injustes.} At-Tauba – 19.

Aujourd’hui tout est devenu rentabilité, productivité, gain, bénéfices sous  la domination de la  culture moderne  capitalise qui favorise l’émergence de courtiers, de rentiers, de traders de voyagistes attirés par le gain facile et la naïveté des pèlerins souvent vieux et ignorants des rites.

Sur ce terrain les associations musulmanes, les représentants de l’état, les imams méritent un procès verbal de carence et d’incompétence. Sur le plan de la pensée politique et économique nous sommes en réalité, même si nous admettons l’opportunité et la pertinence des termes de théomarketing et d’économie de dévotion, loin des problèmes essentiels que les véreux ne peuvent cacher en l’occurrence les ravages de l’économie mondiale dans les esprits du musulman qui est amené sur l’autel du monothéisme du marché à renier sa foi et ses valeurs par l’adoption d’un modèle consumériste et financier fondé sur le Riba et l’exploitation de l’homme. On ne peut poursuivre un but aussi noble soit-il si on se trompe de priorité et de cibles en tentant de redresser l’ombre au lieu de l’arbre tordu.

Les trois représentations  les plus connues en France, la GMP, le CFCM ET l’UOIF portent la responsabilité la plus importante. Nous en portons une partie moindre certes car nous n’avons ni mandat ni représentativité mais en vertu du fard kifaya la défaillance des uns engage la responsabilité des autres. Dans l’islam la communauté en aucun moment de son existence et des ses circonstances ne peut être dégagée de ses responsabilités car sa vitalité, sa considération, sa promotion, son déploiement, sa survie même dépendent de sa vigilance et de sa compétence à assumer ses responsabilités. Par cette contribution nous participons au débat et nous invitons chaque musulman et chaque être libre et conscient d’y souscrire pour la dignité de l’homme, pour la promotion de la vérité, pour donner sens à la parole…

Notre défaillance, nos problèmes hérités de la décadence de la civilisation musulmane et de la colonisation ne peuvent nous faire oublier que la raison éclairée ne peut construire un argumentaire fallacieux sous prétexte qu’une agence de voyage ou un guide mal intentionné a arnaqué de vieux pèlerins. Il est honteux sur le plan intellectuel de confondre intentionnellement le contrat entre le pèlerin et le voyagiste ou le guide et le contrat avec Dieu. Il est honteux pour un intellectuel de profiter de ces défaillances pour étaler notre misère que nul n’ignore et oublier l’essentiel : la défaillance de l’état français qui laisse les musulmans français ou résidents sur son sol vivre comme des citoyens bannis des lieux de la loi et livré aux trafiquants de tout genre dans le marché du hallal et dans l’accomplissement des rites du Hadj et de la Omra.

Ce sont les conditions sociologiques et l’amalgame entretenu qui font que l’esprit rationnel du mécréant perfide et la foi raisonnée du croyant  sincère se trouve face à la même énigme devant l’organisation et le déroulement du pèlerinage chaque année mais avec des mobiles opposés : «  sacrifices de quelques jours éphémères en échange du Paradis  eternel ?»

On veut nous faire croire que notre religion est aussi une utopie spirituelle dont la réalité n’est que magouilles et intérêts sordides. Dans la lutte idéologique contre l’islam rien n’est gratuit. Il s’agit sans doute de faire  perdre aux piliers de l’islam leur crédibilité en s’appuyant un peu sur la  dérive de certains de nos coreligionnaires et beaucoup plus sur la  dérive sémantique et le matraquage idéologique des écrivaillons sur l’islam. Les démagogues de l’islam ont tout fait pour présenter Mohamed comme un miracle impossible à réaliser. Un passé fabuleux, certes, mais un passé dépassé qu’il faut surmonter en s’ancrant dans la modernité et l’Occident. Les musulmans francisés pris dans les limites de la connaissance de leur propre langue et de la langue française qui n’est pas leur langue maternelle tombent dans le piège de la raison et de la traduction qui devient arme idéologique de subversion contre la foi. A titre d’exemple : l’appel Qur’ânique qui fait frémir les cœurs et jaillir des perles de pluie des yeux éveillés YA ÂYOUHA LAZINA ÂMAOU est traduit par « O vous qui  avez cru ». Des islamologues académiciens et des grammairiens avertis utilisent le passé composé sachant que dans la langue française, si riche et si complexe, le passé composé exprime une action ponctuelle qui s’est déroulée et achevée dans le passé laissant ainsi sous entendre que  cette croyance est passagère, consommée dans le temps et le lieu du bédouin arabe. L’islam serait une illumination volatile dans le désert d’Arabie comme l’est la mémoire d’un poisson rouge dans un bocal.

Dans la langue coranique le passé ou Madhi est un accompli qui peut continuer à s’accomplir,  ce n’est pas un passé révolu comme le passé simple ou le passé composé de la langue française. La posture cognitive de l’accomplissement et celle du révolu ne peuvent se représenter le monde de la même manière du fait de leur culture différente laquelle culture repose sur des syntaxes et des langues différentes. Quand l’islam dit que le hokm Allah est madhi fina celà ne veut pas dire qu’il est passé mais qu’il est immuable de l’aube à la nuit des temps.

Le dernier bastion de la foi musulmane, ne faisant pas de distinguo entre le temporel et le spirituel, serait  tombé avec la chute du Khalifat Ottoman et le partage du monde musulman par les accords de Sykes-Picot : l’islam dans l’imaginaire du colonialisme ne devrait se conjuguer qu’au passé composé et au passé simple, une finitude consommée dans le temps et l’espace sans présent ni devenir. Dans l’esprit du colonisé qui fréquente l’école de la République on lui assène le passé composé et le passé simple  comme une réclusion historique dont il ne devrait pas sortir. La foi comme le Message Mohammadien sont implicitement enracinés dans notre imaginaire, dans notre reflexe langagier et idéique comme phénomène  passager comme on aurait dit vulgairement « O tu as cru ceci et cela … sans suite, sans vocation, sans continuité… » L’islam et le Coran seraient donc des  événements  comme la Bible et la Thora  déroulés à un moment du passé, qui peut ne pas être précisé ni connu précisément. Ce qui est faux ! Le but du jeu est de créer une falsification imaginaire en jouant sur l’impact de la langue dans notre perception des événements, des idées et des choses. La langue n’est pas neutre, elle est message ou témoignage : un parti pris.

Traduire cet appel Qur’ânique par

{ O vous qui êtes devenus croyants}

Nous sommes dans le passé  non historique mais narratif et ontologique. La narration nous informe qu’un événement durable a eu lieu au passé et que cet événement est essentiel dans la trame narrative ou dans le canevas historique. Il va être déterminant pour la suite des événements. Il s’inscrit dans un devenir, dans un projet… Sur le plan ontologique le passédans la langue arabe signifie que la foi est achevée et non dépassée. Elle est achevée, il n’y a plus de doute ni confusion. D’ailleurs le Qur’an signifie cet achèvement de la foi comme un parachèvement et dans l’histoire du monothéisme il y aura pour l’individu un avant la foi et un après la foi et pour l’histoire de l’humanité il y  au  un avant  et il y aura un après pour  l’islam et pour le processus prophétique; il y a eu  un avant Mohamed (saws) et il y aura  un après Mohamed (saws) :

{Aujourd’hui, ceux qui devinrent mécréants ont désespéré de votre religion, ne les craignez donc plus et craignez Moi. Aujourd’hui, J’Ai Parachevé pour vous votre religion, J’Ai Parfait ma Grâce envers vous, et J’Ai Agréé pour vous l’Islam comme religion.} Al Maidah 3

Dans la langue arabe le verbe croire ou avoir la foi est conjugué dans le Màdhi (passé) pour signifier que l’action ou l’événement est antérieur non au présent  des convertis  mais à la narration sur leur conversion pour devenir phénomène historique s’inscrivant dans la conituité du temps hors du lieu et du moment des sujets incarnés en ce moment et en ce lieu. Les compagnons du Prophète deviennent ainsi des modèles c’est à dire des schémas de conduite et de pensée reproductibles en tout lieu et tout moment dans le monde en reproduisant leur motivation, la posture  du Prophète (saws) qui les a mis en mouvement et le discours du Coran qui les a réveillés et les a guidés. Il n’y a pas signification une fois de plus de finitude mais d’antériorité qui réconforte l’idée que Dieu est savant d’une part et qu’il confirme la conversion à l’islam introduisant ainsi la joie, la sérénité et l’espérance dans le cœur des croyants appelés à jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’humanité. Le doute n’est plus permis sur la foi des convertis à l’islam. Le même passé va être utilisé pour les Mécréants et les hypocrites signifiant qu’il n’y a plus de doute sur leur mauvaise foi par l’attestation solennel d’Allah l’Omniscient.

Par ailleurs la formule « O vous qui êtes devenus croyants » introduit le verbe devenir pour confirmer la transition historique et ontologique du croyant entre un passé achevé mais non révolu et un avenir où la question fondamentale n’est plus croire mais agir animé par la foi, agir pour la foi ce que Roger Raja Garaudy nomme « qu’as-tu fait pour ta foi et qu’a fait de toi ta foi ? ». Donc il y a mise en exergue de l’option résolu du croyant transformé par la foi en devenir, en projet c’est-à-dire une idée prenant racine dans le passé et se projetant dans le présent et l’avenir à la fois comme mémoire, attention et attente ou espérance. Le temps de l’insouciance et de la marginalisation dans l’histoire  est révolu c’est l’ère des croyants résolus à témoigner de leur foi et de la transformation de leur être par cette foi dans la vie sociale, culturelle, spirituelle, artistique, politique… La foi comme œuvre civilisatrice. L’être est en devenir ainsi que sa foi et le cadre d’expression de sa foi : le social, le politique, l’idéologique, le culturel, le scientifique et la civilisation. Après l’affirmation de l’appartenance au monothéisme il faut passer à une seconde étape celle de l’implication pour le monothéisme dans le devenir de soi et de l’humanité par le témoignage (Chahada) de ce qu’on fait de sa vie, de son temps, de son argent, de son intelligence, de son pouvoir…

Par le passé de la conjugaison arabe  on crée aussi une liaison avec l’humanité achevée avec ses Prophètes et leurs disciples et une continuité avec  les générations à venir liées par le même pacte de foi transcendant les frontières du temps et de l’espace et ce   depuis Adam  jusqu’au retour de Jésus comme le fait la sourah al Baqara du début à la fin et la sourate AT Tawbah à titre d’illustration :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux, ceux qui croient en l’Occulte, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur Avons Octroyé, et ceux qui croient en ce qui t’as été Révélé, en ce qui a été Révélé avant toi, et qui croient  foncièrement en la vie Future. Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Seigneur, et ceux-là sont ceux qui cultivent.} al baqarah 2

{Le Messager eut foi en ce qui lui a été Révélé par son Seigneur, ainsi que les croyants. Chacun devint croyant en Allah, en ses Anges, en ses Livres et en ses Messagers : Nous ne faisons de distinction entre aucun de ses Messagers. Et ils dirent : « Nous avons écouté et nous avons obéi. Ton Absolution, Notre Seigneur, c’est vers Toi le Devenir ».} al Baqarah 284

{Les prédécesseurs, les tout premiers parmi les Mouhajirines et les Ançars, et ceux qui les ont suivi au mieux, Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Il leur a préparé des Paradis sous lesquels coulent les fleuves. Ils s’y éterniseront à jamais. Cela est le triomphe grandiose.} At Tawbah 100

On introduit ainsi le sens de la continuité visée par le Qur’ân. On introduit la quête, l’aboutissement et la sanction de cette quête dans un devenir de lutte pour la foi, pour la vérité, pour le témoignage sans discontinuité, sans relâche, sans autre alternative que continuer à croire en Dieu, Son Messager Mohamed et Son Livre. La phonétique arabe prend tout son sens dans ce Âmanou, le « ou » prolongé final signifiant la continuité dans le temps et non un simple  constat dépassé. Nous sommes mis en face à nos responsabilités de croyant : durabilité ou réversibilité.  Pour Dieu, Allah al Hay le Vivant, la règle est de faire vivre la foi dans le cœur, dans l’esprit, dans la langue et dans l’être social pour revivre dans l’éternité dans la gloire et le bonheur :

{Dieu ne saurait laisser les croyants dans l’état difficile où vous vous trouvez que le temps de distinguer le bon du mauvais, de même qu’Il ne saurait vous dévoiler l’Occulte. Mais Il choisit, à cet effet, parmi Ses messagers qui Il veut. Ayez donc foi en Dieu et en Ses prophètes, car si vous croyez en Dieu et si vous Le craignez, une généreuse récompense vous sera attribuée.} Al-i’Imran – 179.

La durabilité de la foi dans l’appel Qur’ânique – que les spécialistes tronquent et déforment- vise aussi à mettre en exergue l’aspiration naturelle de l’âme qui entend comme souvenir, comme rappel le divin qu’elle porte en elle comme Souffle de vie et qui pousse l’être humain à se libérer de son animalité et des contingences du temps et du lieu pour s’inscrire dans une aspiration psycho spirituelle : être en devenir de perfection, en quête de la récompense divine, en quête du salut, en quête du meilleur rang  le plus élevé au Paradis :

{Hâtez-vous de mériter l’absolution de votre Seigneur et un Paradis aussi vaste que les Cieux et la Terre, destiné à ceux qui craignent Dieu} Al-i’Imran – 133.

{Voilà ceux qui, en récompense de leur endurance, occuperont les lieux les plus élevés du Paradis, et y seront accueillis par des vœux de salut et de paix.} Al-Furqan – .75.

Ce devenir promu est occulté par l’amalgame des détracteurs de l’islam mais aussi par les partisans de la lettre qui ont tout fait pour donner au culte et au Fiqh (jurisprudence islamique) plus d’importance que la lutte du musulman pour le savoir, la liberté, la dignité humaine et la foi sincère. En mettant l’accent sur la morale et la loi ils ont oublié l’essentiel de l’islam : la conscience des  responsabilités qui découlent de la foi et l’amour de Dieu qui donnent à la morale une justification, une conduite, un pathos. Dans la décadence des uns et l’expansionnisme raciste des autres  le colonisable rencontre le colonisateur dans la même supercherie et les mêmes dérives qui dénaturent le sens et briment les vocations. Le terme Fiqh – qui signifie compréhension du verbe faqiha comprendre et tafaqaha faire effort de comprendre – est galvaudé dans les traductions qui en font jurisprudence islamique et dans la routine mimétique  du musulman qui en fait une doctrine ou des écoles doctrinaire focalisés sur le rite. Et pourtant le Qur’ân qui le référent vise autre chose de plus complexe et de plus vital pour la communauté : comprendre pour être guidé vers ce qui est sensé,  pour témoigner de la vérité et s’acquitter de sa mission de libérateur, d’édificateur, de civilisateur :

C’est l’invocation de Moise qui résume la trame :

{Il dit : « Mon Seigneur, Épanouis mon cœur, facilite ma mission, et délie une défectuosité de ma langue, afin qu’ils comprennent ce que je dis, et Donne-moi un assistant de ma famille, Aaron mon frère, pour me donner courage, et Fais-le participer à ma Mission, afin que nous T’exaltions beaucoup, et que nous T’invoquions beaucoup} TAHA 24 à 34

C’est le sens du hadith :

« Le meilleur d’entre vous dans la Jahiliya (le paganisme ante islamique) est le meilleur d’entre vous dans l’Islam s’il fait l’effort de comprendre sa religion »

L’évidence simple et concise. C’est la même évidence pour la Shari’a qu’on a déformée en ahkam (lois islamiques, code pénal) alors que les lois ne représentent qu’une infime partie du Qur’ân qui est lui-même dans son intégralité Shari’a dans sa signification arabe de « Minhaj » la Méthode, la Voie ou la Direction à suivre dans son intégralité :

{Ensuite, Nous t’Avons Mis sur une voie claire en ce qui concerne la constitution de la Religion. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas.} Al Jatiya  18

{Et Nous te Révélâmes le Livre en vérité, corroborant ce qui le précéda du Livre, et le contrôlant. Juge donc entre eux d’après ce qu’Allah A Révélé. Ne suis pas leurs passions au lieu de ce que tu as reçu de la Vérité. A chacun d’entre vous Nous Fîmes une Loi et une Méthode. Si Allah le Voulait, Il vous Aurait Fait une seule communauté, mais c’est pour vous éprouver en ce qu’Il vous A Donné. Concourez donc en œuvres de bienfaisance.} Al-Maidah  48

Comme le dit hegel « On entend l’arbre qui tombe mais on ne voit pas la forêt qui pousse », on agrandit les peines et on crie contre la Shari’a sans voir la Miséricorde, la sagesse et la vérité qui enveloppe tout le texte Qur’ânique comme une symphonie d’espérance qui prend son essor et sa voix à chaque page lue et comprise chantant les Louanges du Seigneur des mondes et appelant les hommes à témoigner de leur humanité, de leur islamité qui leur donne dignité dans ce monde et salut dans l’autre.

Mêmes les intellectuels musulmans, les plus brillants, se laissent détourner de leur vocation de témoigner pour se laisser entraîner dans un débat secondaire sur les lois de l’Islam oubliant que ces lois n’ont pour l’instant ni territoire ni tribune et que la priorité n’est pas de prononcer des moratoires contre la lapidation, la polygamie  ou le voile mais de conduire la renaissance musulmane et  la défendre contre les prédateurs. La priorité est de faire reprendre conscience aux musulmans leur devoir de Vicaire de Dieu et de Soumis à Dieu : mission et soumission sont indissociables pour former la conscience. La morale est le contenant. Le monothéisme est le contenu. La priorité est au contenu de la vocation du musulman. L’islam est vivant dans le cœur des musulmans, la tâche est de le faire sortir des cœurs pour le placer dans la cité des hommes pour témoigner de son efficacité et de son universalité à soulager l’humanité souffrante et en panne de projet de vie.

Après les premières fascinations devant le  Hadj et devant l’ampleur du phénomène des jeunes qui effectuent le pèlerinage pour compléter leur religion et non comme des vieux retraités qui vont laver leurs os,   l’Occident a compris ce que nous n’avons toujours pas compris : la force de fédération internationale des musulmans lors de ce congrès annuel des musulmans qui se regroupent transcendant sans les nier ou les indifférencier toutes les différences ethniques, géographiques, linguistiques, sociales, sexuelles, générationnelles pour proclamer la grandeur d’Allah, pour témoigner de l’Unicité de la Oumma islamique, pour accomplir un pilier de l’islam qui est le dernier pilier de l’islam qui couronne l’appartenance à l’islam et non une corvée ou un accessoire de l’islam. L’Occident avait compris ce phénomène lors de la colonisation et il avait mis ses espions, ses orientalistes, ses experts de la guerre psychologique pour encadrer, profaner et détourner les saintes pérégrinations des indigènes qui pourraient devenir porteur d’un projet fédérateur de résistance comme l’ont été ceux qui les ont précédé dans les mouvements insurrectionnels et qui tous portaient le titre de Hadj comme symbole de purification de toute souillure y compris celle de la colonisation. La situation, aujourd’hui,  est plus névralgique car il ne s’agit pas de vieux os mais de jeunes cerveaux qui vont accomplir le pèlerinage comme pilier porteur de l’islam.

Il faut lire la seule Sourah qui porte le nom d’un pilier porteur de l’islam en l’occurrence Al Hadj pour comprendre la portée de ce pilier  dans le Djihad an nafs et le Djihad contre l’ennemi : Satan dans ses version de Djinn et d’Ins. Nous les musulmans nous ne voyons que la partie visible en l’occurrence le rite. L’esprit occidental cartésien, rationnel et efficace voit la portée du pèlerinage, son influence, sa dynamique sociale et politique. Il a ses officines qui lui traduisent les commentaires de la Sourah al Hadj où il est question de monothéisme et de Jihad, de résurrection et du devoir de témoignage :

{Soyez exclusivement acquis à la religion d’Allah ne Lui associez rien; car quiconque associe à Allah, c’est comme s’il tombait du haut du ciel et que les oiseaux le happaient, ou que le vent le précipitait dans un abîme très profond.  Voilà ce qui est prescrit. Et quiconque exalte les injonctions sacrées d’Allah, s’inspire en effet de la piété des cœurs.} al hadj 31

{Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués de se défendre – parce que vraiment ils sont lésés; et Allah est certes Capable de les secourir –  ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, – contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient: ‹Allah est notre Seigneur›. – Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant,  ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allah. } al hadj 39

{Ceux à qui le savoir a été donné sachent que (le Qur’ân) est en effet, la Vérité venant de ton Seigneur, qu’ils y croient alors, et que leurs cœurs s’y soumettent en toute humilité. Allah guide certes vers le droit chemin ceux qui croient.} al hadj 54

{Ô vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Pour cultiver!   Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹Musulmans› avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin contre vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître! Et quel Excellent soutien! } al hadj 77

Décryptant nos signes, nos symboles, nos textes et nos références ils anticipent pour nous livrer à toutes les sauces de leur propre signification pour créer écran entre nous et le principe de sens. La colère qui nous anime ici n’est pas contre le procédé qui est légitime pour eux puisque nous sommes perçus comme un danger potentiel, des infidèles, des insoumis mais contre le liant de la sauce qui la rend attrayante et digeste : notre propre chair (jaldatina). Elle est plus liant mais aussi  ingrédient et servitude aux ordres de son maitre par inconscience, par incompétence ou par concupiscence.

Que ceux qui opèrent des transferts « républicanisés » ou latinisés  pour dénigrer un pilier de l’islam, semer la confusion ou spéculer sur ce qu’ils ignorent pour fabriquer des produits intellectuels musulmans politiquement corrects comme pour nous même qui tentons de comprendre et de réagir il y a urgence à méditer cette sentence qui donne le frisson et l’envie de ne plus dire du  mal gratuitement ou d’instrumentaliser l’islam à des fins personnelles ou partisanes : « Quelle terre me portera et quel ciel me protègera si je ne  fais qu’exprimer mon opinion personnelle dans interprétation du Qur’ân ? »

 Quelle interprétation donner au verset sous entendu par les détracteurs des rites musulmans et en particulier du Hadj assimilé à une économie de la dévotion ou à un tourisme cultuel du pèlerinage

Quand Allah dit :

{Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis.)

L’énonciation qui parle d’achat, de vente et d’échange est de l’ordre de l’allégorique pour rendre l’énoncé accessible et attirant a l’âme et a la conscience. Même si la suite des versets donne l’impression qu’il y ait une transaction d’égal a égal il ne peut y avoir entre Dieu et l’homme dans leur essence, leurs attributs, leur offre et leur demande ni égalité ni inégalité ni différences mais incomparabilité totale. L’allégorie est la pour rendre l’incomparable (donc l’inaccessible, l’invisible,  et l’indicible) facilement imaginable et compréhensible :

{Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’ill a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Evangile et le Qur’ân. Et qui est plus fidele qu’Allah a son engagement? Réjouissez-vous donc de l’echange (vente) que vous avez fait: Et c’est la le très grand succès. Ils sont ceux qui se repentent, qui adorent, qui louent, qui parcourent la terre (ou qui jeûnent), qui s’inclinent, qui se prosternent, qui commandent le convenable et interdisent le blâmable et qui observent les lois Allah. Et fais bonne annonce aux croyants. } at thawba 111

C’est sous la même perspective qu’il faut lire les versets suivants :

{Parmi Ses dévoués, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur. Ceux qui récitent le Livre Allah, accomplissent la Salat, et dépensent, en secret et en public de ce que Nous leur avons attribué, espèrent ainsi faire un commerce qui ne périra jamais. Afin qu’Allah les récompense pleinement et leur ajoute Sa grâce.} Fatir 28

{O vous qui avez cru! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d’un châtiment douloureux? Vous croyez en Allah et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin Allah, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez! Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et dans des demeures agréables dans les jardins d’Eden? Voila l’énorme succès et il vous accordera d’autres choses encore que vous aimez bien: un secours venant Allah et une victoire prochaine. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants.} As-Saff 10

Il y a incomparabilité entre les cocontractants en leurs qualités respectives d’être divin et d’être humain. Même si nous prenons au sens littéral l’échange celui-ci demeure inégale et cette inégalité est tellement grande qu’elle devient incomparable, non mesurable. Quelle est la valeur de la vraie vie éternelle dans le bonheur ? Inestimable ! Quelle est la valeur de notre dévotion, de nos sacrifices, de nos souffrances éphémères face à l’étendue d’un Paradis eternel aussi vaste que les cieux et la terre avec des délices incomparables en beauté, en goût, en innovation  à ceux connus sur terre ? Quelle est la signification de la transaction quand Celui qui propose la transaction incomparable est le créateur de l’homme partenaire de la transaction, de ses œuvres objet de la transaction et du Paradis  récompense de la transaction ? La miséricorde divine ! Quel est notre part dans cette transaction ? Un infiniment petit de patience dans le malheur et de gratitude dans le bonheur sur cette terre qui ne vaut pas l’aile d’un moustique ou d’un moucheron comparativement à la valeur de la vraie vie. Mathématiquement parlant notre part est équivalent au rapport d’une valeur par rapport à l’infini c’est-à-dire zéro ce qui ne signifie pas rien ou le vide absolu mais le pas de valeur.

Dans la question de l’échange égal ou inégal avec Dieu nous ne devons jamais perdre de vue l’humilité et la crainte révérencieuse que nous devons avoir dès qu’il s’agit de Dieu. II est incomparable et son incomparabilité même dans les attributs divins qu’il a fait connaitre dépasse notre entendement car nous proclamons Allah Akbar : Dieu est le plus grand dans toutes nos conceptions, nos imaginations et nos rapports à Sa Beauté, a Sa Perfection, a Sa Puissance, a Sa Science, a Sa miséricorde. Allah est plus grand que tout ce que nous pouvons imaginer, il est au dessus de toute comparaison, il est comme le dit l’imam Ali créateur du lieu et du temps sans être soumis lui-même aux notions de temps et de lieux sur lesquels nous construisons notre jugement et notre système de comparaison et d’évaluation.

C’est sa Miséricorde qui nous fait entrer au Paradis, ce ne sont pas nos œuvres. Nos œuvres ne sont rien en égard aux bienfaits de la vision des formes et des couleurs du Paradis, de l’amour du bien aimé, de l’intelligence libérée de toute forme de bridage, des sens nouveaux pour apprécier l’odeur, la vision, le  gout des saveurs et de ce qui est impossible a recenser car il relève encore du Ghayb auquel nous croyons. Nos oeuvres les plus ferventes et les plus sincères, dans une vie aussi courte que la notre et dans laquelle nous passons plus de 90% de notre temps a s’occuper de nos affaires mondaines, sont insignifiantes par rapport aux délices du Paradis eternel.

Le Paradis lui même n’est rien devant la rencontre de Dieu et la vie en  sa proximité sans voile : amour sur amour, beauté sur beauté dans une dialectique inédite dont parle Ibn Arabi : «  L’amour éperdu de beauté et la beauté inspirant un amour plus grand et elle-même sublimée par l’amour pour être plus embellie : et ceci à l’infini, sans se rassasier ». Parler d’échange égal ou  inégal c’est faire preuve de manquement d’égard a Celui qui nous a créés et ne pas comprendre la vocation et la mission pour laquelle nous avons été existenciés.

{Ils n’ont pas estimé Allah comme Il devrait l’être alors qu’au Jour de la Resurrection, Il fera de la terre entière une poignée, et les cieux seront pliés dans sa main droite. Gloire a Lui! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent.) Az-Zumar 67

Il est au dessus de tout : Il est incomparable ! Par conséquent, le libre arbitre de croire ou de ne pas croire, de dire ou de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire a des limites. Ces limites découlent du rapport entre le Créateur et le créé, entre l’ordonnateur et l’ordonné, entre l’Adore et l’adorateur, entre le Sanctionneur et le sanctionné, entre le Bienfaiteur et le nécessiteux… Pour l’islam la parole est divine, sacrée, responsable, sensée et pertinente :

{O vous qui devîntes croyants, craignez Allah et dites de vraies paroles pertinentes, Il vous Amendera vos œuvres et vous Absoudra vos péchés. Et quiconque obéi à Allah et à Son Messager, il a gagné un vrai immense gain.} al ahzab 70

{O vous qui devîntes croyants : si vous faites triompher la Cause d’Allah, Il vous Fera triompher et Affermira vos pas.} Mohamed 7

Vouloir se situer a tout prix d’égalité entre le sacré et le profane, le temporel et le spirituel, le mondain et l’au delà, l’homme et Dieu est du non sens. Il n’y a pas d’égalité entre le Bienfaiteur généreux et les pauvres que nous sommes  mais incitation à  faire de bonnes œuvres pour s’inspirer des attributs divins :

{Et obéissez à Allah et au Messager afin qu’il vous soit fait miséricorde! Et concourez au pardon de votre Seigneur, et a un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre} ali imrane, 132

{Aucun être ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux, en récompense de ce qu’ils œuvraient!} As-Sajda 17

 

L’Arabe est le référent linguistique pour interpréter le Coran

Pour étudier le Coran ou le Hadith les grands savants musulmans – qui ont laissé l’empreinte de leur savoir jusqu’à nos jours – même s’ils n’étaient pas d’origine arabe apprenaient l’Arabe et en maitrisait la syntaxe, la grammaire, le style et le lexique. Ce fut le cas du plus grand grammairien arabe Sibaweyh d’origine persane et Buhkhari l’un des plus grands spécialistes des hadiths d’origine du Khorasan en extrême orient de l’Iran. Nos vénérables savants confirmant la règle mohammadienne : « est Arabe celui qui parle l’Arabe ».

En effet le sens se corrompt quand le référent linguistique fait défaut. En voulant rendre justice aux efforts faits et en cherchant où se trouve la faille du dérapage nous avons trouvé, entre autres, le problème de la traduction des versets Qur’âniques et en particulier celui du terme  « laâalakoum » par «peut-être » qui fait dire a certains que la relation entre d’homme et Dieu est inégalitaire pour ne pas dire arbitraire voire inique. Nous pouvons croire sans exercice de culte, sans épreuves, sans destin sans obligations oubliant que Dieu peut se passer de nous et Il n’a pas besoin ni de nos rites ni de notre dévotion. Le rite et la dévotion sont un lien (religare) pour garder le contact avec Dieu et pour nourrir l’âme de nourritures spirituelles. Sans nourritures l’âme s’épuise et seule l’animalité du corps répond aux impulsions de la moelle épinière et aux tempêtes de l’esprit. C’est dans cet esprit que Jésus a dit dans le sermon sur le Montagne « Bienheureux sont les faibles d’esprit ». L’esprit, spiritus, ici est la tempête dans le crane, le vent de folie de la pensée et cette idolâtrie de l’idée et du moi pensant qui croit savoir mieux que Dieu ce qui convient ou ne convient pas à l’homme, qui « pense comprendre » les Desseins de Dieu sans lire le Qur’ân. Ce paganisme intellectuel est proscrit par l’Islam monothéiste.

Aucun Prophète n’a invité à faire le culte des sots et des niais mais à cultiver la sagesse cet esprit qui sait  apprendre à donner à chaque chose sa juste place, à chaque être son juste rang et à chaque événement sa juste priorité. L’esprit de justesse s’apparente à l’esprit de sens sans se confondre avec lui. A Dieu lui revient le rang et la place qu’Il s’est donné Lui et non ce que nous imaginons en confondant la mythologie grecque, les influences des Saintes Ecritures falisifiées  et le Qur’ân. Même sa Sainteté le Pape, intellectuel de premier plan, s’est laissé piégé dans une lecture qui présente les musulmans comme des croyants irrationnels, sans raison,  devant ce qu’il ne nomme pas mais qu’il sous entend en l’’occurrence « l’arbitraire » de l’Absolu du Dieu des musulmans.

Un dialogue débile, que sépare une décade mouvementée entre son déroulement, en 1390, et sa rédaction aux toutes dernières années du XIVe siècle, comme dit Théodore Khawam à l’introduction du livre. Bien plus, « Manuel affirme en effet qu’il va citer les paroles des uns et des autres aussi fidèlement que sa mémoire le lui permettra » (p. 27). Aveu qui supprime toute crédibilité à ce texte. Rédiger un dialogue aussi long, de mémoire, sur un sujet aussi crucial, et opposé, avec « des interprètes qui n’entendaient pas le grec, qui n’étaient pas de bons théologiens ou des personnes compétentes en matières religieuses » (p. 118), et Manuel Paléologue ignorant leur langue, refusant de reconnaître l’authenticité de la Mission de Mohammad, et l’interlocuteur parlant arabe, on ne peut qu’affirmer : c’est un texte de prosélytisme pour sauver la chrétienté de Byzance.

C’est bien dommage que sa Sainteté, malgré une érudition académique applaudie, ait recourt à un texte qui relève plutôt de la contrefaçon, pour mener sa guerre contre l’Islam. La probité intellectuelle et le devoir religieux dans leur volonté d’apporter la détraction à l’islam auraient été bien inspirés par la raison dont se réclame le professeur émérite de démontrer la fausseté du message Qur’ânique avec des arguments historiques et religieux lorsque ce message fait le procès des Rabbins et docteurs chrétiens de la foi au lieu de recourir à l’amalgame facile. L’intelligence, la rationalité, l’historicité qui permettent de faire intrusion dans le champ sémantique islamique pour le dénigrer auraient du inspirer les négateurs à chercher comme le dit Jésus lui-même la poutre qui est dans leur œil au lieu de chercher la paille qui est dans l’œil du voisin. Ce voisin vous dit sans détours répondez à ces accusations que les musulmans « colportent » et apportez vos justifications :

{Et tu verras beaucoup d’entre eux se précipiter vers le péché et l’iniquité, et manger des gains illicites. Comme est donc mauvais ce qu’ils œuvrent! Pourquoi les rabbins et les docteurs (de la Loi religieuse) ne les empêchent-ils pas de tenir des propos mensongers et de manger des gains illicites? Que leurs actions sont donc mauvaises!} Al-Maidah – 62.

{Ils ont élevé au rang de divinités en dehors de Dieu leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Messie, fils de Marie, alors qu’ils avaient reçu ordre de n’adorer que Dieu l’Unique} At-Tauba – 9.31

Pouvons nous croire un instant, sans blasphémer, que Dieu Omniscient, Omnipotent, Justice et Vérité  puisse s’exprimer comme un philosophe sceptique, un cynique ou un  désabusé créant le doute et la confusion dans l’’esprit du croyant ? C’est ce doute entretenu par des traductions fausses qui dénaturent le sens de certains versets et entrainent certains a parler d’échange inéquitable, sous entendant arbitraire. Par exemple le verset 9 de la Sourah al Al-Jumuâa est traduit dans certaines versions françaises du Qur’ân ainsi :

{O vous qui avez cru! Quand on appelle a la Salat du jour du Vendredi, accourez à l’invocation Allah et laissez tout négoce. Cela est Bien meilleur pour vous, si vous saviez ! Puis quand la Salat est achevée, dispersez-vous sur la terre, et recherchez quelque faveur de la grâce d’Allah, et invoquez beaucoup Allah peut-étre réussirez vous (laaalakoum thouflihoune)} 62, 9

Avant d’apporter de la lumière sur la subtilité de ce verset et de tant d’autres il nous faut une fois de plus confirmer la règle fondamentale : l’incomparabilité de Dieu et non l’égalité ou l’inégalité dans le rapport Dieu homme englobe son être, ses attributs, sa création, son verbe et sa parole

{Il n’y a rien qui Lui ressemble} As Choura 11

C’est toujours avec l’esprit de ce verset qu’il faut lire le Qur’ân et appréhender ses allégories, ses paraboles et ses signes. Il faut donc lire le Qur’ân convenablement et ne pas se contenter de n’importe quelle traduction quitte a se faire assister par un musulman arabophone qui connait l’exégèse Qur’ânique ou qui sait consulter les ouvrages des exégètes musulmans pour donner aux versets le sens le plus proche dans la langue française. La langue arabe est une des langues les plus vielles de l’humanité et c’est le Qur’ân qui lui a donné sa syntaxe moderne. L’Arabe utilise la syntaxe générale avec très peu d’exceptions et de dérogations comme la langue française mais Dieu n’est pas contraint à cette restriction car Il est  créateur de la lettre, de son signe, de son signifiant, de sa sémantique, de son lexique et de sa syntaxe. Ce n’est pas de l’arbitraire mais le prodige de la Révélation Qur’ânique d’être aussi riche, accessible au commun des mortels et un défi pour l’expert scientifique et le grammairien.  En révélant le Qur’ân dans une dualité exceptionnelle contenu riche transcendant le temps et l’espace et  forme figée immuable il pose un défi linguistique, grammatical, symbolique, allégorique, sémantique à toutes les générations pratiquant l’arabe avec l’excellence du lettré savant :

{C’est Lui qui t’a révélé le Livre contenant des versets à la fois clairs et précis, qui en constituent la base même, ainsi que d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés. Et c’est à ces derniers versets que les sceptiques, avides de discorde, prêtent des interprétations tendancieuses, alors que nul autre que Dieu n’en connaît la signification exacte. Quant aux vrais initiés, ils se contentent de dire : «Nous croyons en ce Livre, car tout ce qu’il renferme vient de notre Seigneur.» Ainsi, seuls sont enclins à méditer ceux qui sont doués d’intelligence.} Al-imran 7.

{Et si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, essayez donc de composer une seule Sourah semblable à une Sourah du Qur’ân, et faites venir les témoins que vous vous êtes donnés en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques.} Al-Baqara 23.

{S’ils disent : «C’est cet homme qui l’a inventé», réponds-leur : «Composez donc une seule Sourah semblable à celles de ce Livre, et faites-vous aider, pour ce faire, de qui vous voudrez, en dehors de Dieu, si vous détenez réellement la Vérité !»} Yunus 38.

Dieu, gloire et pureté à Lui est Vérité et sa parole est la vérité que ni le mensonge ni la falsification ne peuvent corrompre Il ne peut donc sur le plan logique prononcer une parole qui sème le doute dans le cœur du croyant ou porter à confusion par le potentiel d’incertitude qu’elle contient. Le « laâalakoum thouflihoune » ne peut sur le plan logique et stylistique être traduit pas peut être réussirez-vous. Le lire et l’accepter ainsi c’est faire de tous les versets qui parlent de crainte révérencieuse c’est-à-dire de la quintessence du Qur’ân en l’occurrence la Thaqwa de putatif, incertain, inaccessible et arbitraire par l’incertitude soulevée car tous les versets relatifs à la Thaqwa s’énonce par le «laâalakoum thathaqoune. La thaqwa est le signe de la progression de la foi vers davantage de certitude et de sérénité.

Pour les grammairiens arabes  le « laâalakoum touflihoun » ou le « laâalakoum thathaqoun » doivent être traduit par « Afin que vous obtenez la réussite » et « afin que vous obtenez la piété ».

Tout l’arbitraire supposé dans ces versets et dans les autres disparait et la théorie de l’échange égal ou inégal disparaît. Nous serions face à un troc direct : donnant donnant. En vérité il n’y a pas de donnant donnant mais d’option. La langue française si riche avec son conditionnel et son subjonctif exprimant des futurs hypothétiques n’a pas la compétence à exprimer l’optionnel comme le fait le Coran. C’est avec un regard sur l’option et l’alternative que le Coran propose aux croyants et aux futurs croyants qu’il faut lire le verset coranique qui semble un conditionnel ou une proposition avec un adverbe introduisant en apparence le doute :

{Et invoquez beaucoup Allah ainsi vous réussirez (laáalakoum thouflihoune)} 62, 9

Dieu ne peut donc être un énonciateur « putatif » entretenant le doute dans le cœur et l’esprit d’un énonciataire confus qui serait conduit à être mené à craindre  un Dieu inique, arbitraire et imprévisible au lieu d’aimer un Dieu  Miséricordieux (Rahim) et Aimant (Wadoud).

La langue Qur’ânique est la langue arabe dans sa forme la plus raffinée et la plus subtile et la plus évocatrice de sens en s’adressant à l’homme sous toutes ses facettes ontologiques, cognitives, affectives, spirituelles, sociales, temporelles et spatiales. Elle n’est pas la langue du désert de l’Arabie et du bédouin arabe mais la langue du renoncement de l’homme aux idoles et fantasmes qui peuplent ses mondanités, ses illusions et ses rapport tant avec Dieu qu’avec l’humanité

Faudrait-il pour autant accepter le sens obligatoire de certitude pour l’homme qui reçoit l’énoncé divin. La richesse, la subtilité du Qur’ân est de parvenir dans un énoncé bref à toucher la fibre de l’énonciataire pour cela il faut comme pour tout style narratif travailler sur l’énoncé et l’énonciation c’est-à-dire toutes les conditions de la communication de l’énoncé. L’homme recevant l’énoncé Qur’ânique peut être réceptif, rebelle, méritant ou déméritant et dans cette situation d’incertitude de la condition de l’énonciataire qui n’échappe pas à Dieu bien avant que le lecteur du Qur’ân ne soit existencié. Dieu sait avec certitude et sa Parole est certitude mais l’homme qui reçoit le message ne peut recevoir, par l’exigence de l’épreuve à accomplir au préalable,  le résultat avant l’accomplissement de l’épreuve. Traduire  donc le verset par :

{Et invoquez beaucoup Allah ainsi vous réussirez (laáalakoum thouflihoune)} 62, 9

Est sémantiquement faux car la décision finale appartient à Dieu. Il nous appartient dans tout ce que nous entreprenons, sans aucun intermédiaire, d’être sincère dans nos intentions mais si nous pouvons nous prononcer sur la  validité formelle de nos intentions et de nos actions nous ne pouvons nous prononcer sur leur validité et leur agrément par Dieu. Que faire pour avoir une bonne traduction qui reflète le sens subtil. Cherchons dans le Qur’ân quelques pistes remarquables par leur évidence. Il n’ y a pas de meilleure évidence que la proximité des Prophètes :

{Et pendant qu’Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Ka`ba, ils disaient : «Seigneur ! Daigne accepter de nous cet ouvrage ! Tu es l’Audient, Tu es l’Omniscient !} Al-Baqara 127.

{La femme d’Imran dit un jour : «Seigneur ! Je Te voue en toute exclusivité l’enfant que je porte en mon sein (Marie) ! Daigne, Seigneur, l’accepter! Tu es, en vérité, Celui qui entend tout, qui sait tout.»} Al-i’Imran 35.

L’exemple le plus édifiant est celui de Salomon, roi prophète et doué de savoir et de pouvoir, qui se trouve dans l’incapacité à exprimer sa reconnaissance à Allah pour les faveurs dont Il l’a comblé et qui sollicite Allah de lui inspirer l’évocation qui sied à la grandeur d’Allah et à Sa qualité de donnateur sans laquelle nous ne serions ni capable de nous exprimer ni d’agir ni d’être reconnaissant et de prétendre à accéder au Paradis :

 وَقَالَ رَبِّ أَوْزِعْنِيۤ أَنْ أَشْكُرَ نِعْمَتَكَ ٱلَّتِيۤ أَنْعَمْتَ عَلَيَّ وَعَلَىٰ وَالِدَيَّ وَأَنْ أَعْمَلَ صَالِحاً تَرْضَاهُ وَأَدْخِلْنِي بِرَحْمَتِكَ فِي عِبَادِكَ ٱلصَّالِحِينَ

{… il dit : « Mon Seigneur, Aide-moi à être reconnaissant de la Grâce dont tu m’As Gratifié, moi et mes père et mère, et à ce que je fasse œuvre méritoire que Tu Agrées, et Fais-moi entrer, par Ta Miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux ».} An Naml 17

Le Qouboul ou l’acceptation est une prérogative divine et non humaine c’est ce que le Prophète Choaib a proclamé comme  vérité qui relève du Thawhid dans sa compréhension la plus saine : tout doit revenir à Dieu :

{Je ne veux que la réforme dans la limite de mes capacités et ma réussite ne dépend que de Dieu}

C’est cet esprit monothéiste qui fait défaut dans beaucoup de traduction du Qur’ân et qui laisse un chercheur perplexe entre la certitude et l’incertitude, entre la justice et l’arbitraire, entre l’égalité et l’incomparabilité de ses déductions et de ses implications non seulement spirituelles mais aussi intellectuelles, politiques, sociales, culturelles et ontologiques.

Entre la certitude de la vérité divine comme énonciateur de la vérité et l’incertitude de l’accomplissement de l’épreuve par l’énonciataire il y a l’énonciation et dans le Qur’ân elle est la culture du musulman qui tangue entre le Raja (l’espérance dans la miséricorde de Dieu) et  Al Khawf min al Jalil (la crainte de Dieu), entre le Tharghib (la bonne nouvelle) et le tharhib   (l’avertissement).

Si les Prophètes par amour et respect de Dieu cherchent son consentement, son contentement et son acceptation de leur dévotion, de leurs œuvres, de leur vie et de leur mort que dire du simple mortel qui passe sa vie entre le péché et l’insouciance et quelque fois le repentir. Dieu répond au commun par ce verset magistral :

{Ne vous attribuez pas des titres de vertu}.

En clair nous ne pouvons ni préjuger de l’acceptation de nos œuvres ni de celles des autres comme nous ne pouvons jeter l’anathème sur autrui nous considérant supérieur ou ayant fait quelque chose d’exceptionnel qui nous met au dessus des autres et qui rend Dieu obligé envers nous : Il serait redevable envers notre  dévotion au lieu que ce soit nous qui lui sommes redevables de notre existence, de nos dons et de sa Miséricorde. Cette redevance rend une fois de plus l’échange entre Dieu et l’homme incomparable même s’il y a des Hadiths qui disent que Dieu a des devoirs envers l’homme et l’homme a des devoirs envers Dieu. Leur lecture est symbolique et non littérale.

Laâalakoum dans la parole de Dieu s’il n’est pas « un peut être » il n’est pas une « certitude » mais une invitation à l’espérance et à la crainte pour agir en ascension spirituelle car telle est d’une part la vocation de notre vie sur terre et d’autre part la Justice divine qui ne peut pratiquer l’indifférenciation en donnant accès au Paradis d’une manière égalitariste sans tenir compte des mérites :

{Ceux des croyants qui restent tranquillement chez eux, sans y être astreints par une incapacité  quelconque, ne peuvent être considérés comme égaux aux croyants qui, dans le combat qu’ils mènent au service de Dieu, s’exposent aux dangers corps et biens. Aussi Dieu tient-Il en plus grande estime ceux qui Lui sacrifient leurs biens et leurs personnes. Et bien que les promesses divines s’étendent aux uns et aux autres, un rang infiniment supérieur est réservé  aux combattants, ainsi qu’une récompense sans limite.} An-Nisaa 95.

{Ceux qui ont cru, qui ont émigré et qui ont combattu au service de Dieu, par leurs biens et leurs personnes, ceux-là occuperont auprès de Lui un très haut rang, et ce sont ceux-là  qui seront les victorieux.} At-Tauba 20.

{Ô  vous qui croyez ! Lorsqu’on vous dit : «Faites place aux autres dans les assemblées !», faites-le, Dieu vous mettra à l’aise au Paradis ! Et lorsqu’on vous dit : «Levez-vous !», faites-le, Dieu élèvera de plusieurs rangs ceux d’entre vous qui ont la foi et qui ont reçu la science. Dieu est parfaitement Informé de ce que vous faites.} Al-Mujadila 11

{A chacun le rang qui correspond à son œuvre (action)}

Dans ce dernier verset la graduation est vers le haut (le paradis) et vers le bas (l’Enfer) en vertu du principe de justice divine infaillible, équitable et impartiale.

Quand on a compris l’énonciation on comprend le sens du hadith prophétique :

« Quelle belle situation que celle du musulman, s’il lui arrive un bien et rends grâce à Dieu (Louanges) c’est un bienfait pour lui, et s’il lui arrive un malheur et endure avec patience c’est un bienfait pour lui »

Le malheur est pour l’ingrat, le rebelle, le transgresseur, le négateur des bienfaits et celui qui incrimine Dieu de ce que lui-même s’est occasionné à lui et à autrui comme torts et préjudices.

Dans le langage occidental il y a sans doute Nietzche qui a approché cette réalité : « Sortir du désespoir le plus profond l’espoir le plus indicible » par le surpassement de soi, par l’action sur son environnement sans se soumettre à la fatalité et au fait accompli.

Si dans la langue arabe classique le laâala signifie « peut-être », dans le Qur’ân il signifie éprouver en même temps ou en fonction de la situation l’espérance, la crainte ou les deux en même temps. Nous sommes en présence d’un état spirituel particulier : l’abandon avec confiance aux mains de Dieu tout en agissant pour mériter son amour, sa miséricorde et son repentir pour gagner son salut final.  Comment le traduire en langue française ?

Toute l’expérience du Pèlerinage se résume à cette équation : la validation de l’examen. Pour le savoir c’est simple il faut se voir agissant, réfléchissant et méditant dans les nouvelles épreuves car rien n’est acquis définitivement ni irréversible mais tout est en devenir.

Le miracle Qur’ânique en sa qualité de défi littéraire et grammaticale  pour les arabes maitrisant la langue arabe doit inciter les francophones à ne pas prendre pour argent comptant n’importe quelle traduction.  Surtout lorsqu’on apprend que « sous l’influence de Rome, et du Pape, Pierre le Vénérable, à la faveur d’un voyage en Espagne entre 1141 et 1143, conçut l’idée de faire traduire en latin, par Robert de Rétines, assisté de moines de l’ordre de Cîteaux, le livre révéré des Sarazins ; l’initiative procédait à la fois de l’esprit de croisade, comme le prouve la lettre que Pierre le Vénérable adressa à saint Bernard avec une copie de la traduction effectuée, et d’autre part du besoin d’effacer de l’esprit de convertis musulmans, tout vestige de leur fois première » (Régis Blachère, Le Qur’ân, p. 9).

Sur ce terme Sarrazin qui a été  collé à la peau des musulmans durant les Croisades comme une gale contagieuse il est intéressant de noter  qu’il est antérieur aux Croisades. Des recherches étymologiques occidentales semblent converger vers l’Evêque Isidore de Séville (570- 636) dans son traité  Étymologies qui aurait dit parlant des arabes ou des musulmans « Les Sarrasins ainsi nommés soit parce qu’ils se prétendent descendants de Sara, soit, au dire des païens, parce qu’ils sont d’origine syrienne. Ils habitent un très vaste désert. On les appelle Ismaélites parce qu’ils sont issus d’Ismaël. Ou encore Cedar du nom d’un fils d’Ismaël. Ou encore Agaréniens d’après Agar. On les appelle à tort Sarrasins parce qu’ils se vantent de descendre de Sara. »

C’est confus mais ça explique la confusion du terme Sarrazin : Sarracenus (pluriel: Sarraceni). Sarra pour Sarah et Cene pour peuple ou fils. Confusion étymologique et historique et par conséquent erreur de traduction puisque les Arabes descendants d’Ismaël sont fils de Hagar (Hajar) et non de Sarah et aucun Arabe ou Musulman lettré ou illettré n’a prétendu le contraire s’il connait un tant soit peu la biographie  du Prophète Mohamed (saws). C’est toujours cet esprit gréco romain et judéo chrétien de suffisance qui méprise les autres et viole leur identité pour les bannir sur des préjugés de race. Ce sont ces préjugés qui ont donné justification morale aux Croisades, au colonialisme. La référence de ses errements se trouve  dans  la Genèse Livre 21 qui a le mérite de ne pas confondre Sarah et Hajar :

« L’Éternel se souvint de ce qu’il avait dit à Sara, et l’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis. Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté [ …] Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Égyptienne, avait enfanté à Abraham ; et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac. Cette parole déplut fort aux yeux d’Abraham, à cause de son fils. Mais Dieu dit à Abraham : Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre. »

Nous sommes dans une spirale de traduction de l’araméen au grec, du grec au latin et du latin au français en passant par une série de copies et de traductions les unes différentes des autres dans le style et le contenu. Le Coran dans son unique version en langue arabe non seulement  les met en défi d’apporter une preuve authentique mais dévoile leur racisme et leur sectarisme :

{Les Juifs et les Nazaréens ont dit : « Nous sommes les fils d’Allah et Ses bien-aimés » ! Dis : « Pourquoi alors vous Châtie-t-Il en raison de vos péchés ? » Bien au contraire, vous êtes des êtres humains de parmi ceux qu’Il A créés.} Al Maida 18

{Les Juifs ont dit : « ‘Uzayr est fils d’Allah », et les Nazaréens ont dit : « Le Messie est fils d’Allah ». Ce sont leurs paroles de leurs propres bouches. Ils imitent les dires de ceux qui devinrent mécréants auparavant. Qu’Allah les Combatte où qu’ils louvoient !  Ils ont pris leurs savants, leurs moines, et le Messie fils de Marie comme Seigneurs, à l’exception d’Allah, alors qu’il ne leur a été ordonné que d’adorer un Dieu Unique.} at Tawba 30

{O gens du Livre, pourquoi disputez-vous d’Abraham alors que la Torah et l’Évangile ne furent Révélés qu’après lui : Ne raisonnez-vous donc pas!} Al ‘Imrane  65

 

Le défi de la rationalité est renvoyé aux accusateurs :

{Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous devînmes croyants en Allah, en ce qui nous a été Révélé, et en ce qui a été Révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été Révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été Révélé aux Prophètes par leur Seigneur. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».} al Baqarah 135

Le jour où ils assumeront leurs contradictions avec le monothéisme ils reconnaitront Mohamed (saws) comme l’Ultime Prophète et à ce moment là les préjugés sauteront les uns après les autres dans une fratrie universelle qui interdira la volonté de bannissement du musulman dans sa colonie ou dans banlieue. Aucun interprète ne viendra fausser la loi générale de l’harmonie à laquelle le Qur’ân convie :

{Dis : « O gens du Livre, venez-en à une parole normative entre nous et vous : de n’adorer qu’Allah, de ne rien Lui associer, et que nous ne nous prenions point les uns les autres pour Seigneurs à l’exclusion d’Allah ». Et s’ils s’en détournent, alors dites : « Témoignez que nous sommes musulmans ».} Al ‘Imrane  65

Omar Mazri et Zeineb Abdelaziz

Le Divin « piégé » ?! Partie 1/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 3/3

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