Islam  : Libération des opprimés

Le Divin « piégé » ?! Partie 3/3

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« Pratiquer » le  Coran dans sa propre langue

Même en possession de la meilleure traduction nulle ne peut faire l’impasse s’il veut travailleur sur des thèmes concernant l’islam et les musulmans de « pratiquer » le Coran  dans sa propre langue : l’Arabe. La sonorité, le rythme, la grammaire, le style, les pauses, les liens de sens, les jonctions de mots, les contextes sont autant d’indices dans la compréhension du Qur’ân.

Il ne doit pas y avoir doute, incertitude ou polysémie contradictoire dans la lecture du Qur’ân.

Ce verset

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien laáalakoum thouflihoune !} 22,77

Ne peut s’accommoder d’une traduction simpliste et erronée comme celles-ci

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Ainsi réussirez-vous !} 22,77

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Peut-etre réussirez-vous !}

Le Qur’ân provoque une attention soutenue par la sonorité des mots, la force des syllabes, la polysémie des mots et la déconstruction grammaticale. L’énonciataire est mis dans une nouvelle situation d’énonciation, une nouvelle perspective que le non musulman a du mal à saisir n’y voyant que la redondance. Quand le non musulman encadre un musulman sur ce terrain de thèses universitaires alors  tous les dérapages objectifs et subjectifs sont possibles. Chaque fois que le récitant, connaissant la langue arabe, est « déstabilisé » par une syntaxe,  un mot ou une phrase il sait qu’il est en présence d’une nouvelle ou d’une particularité dans l’énonciation qui rend l’énoncé plus grave, plus solennel, plus imposant et plus entrainant dans l’’effort du Tadabour (réflexion a l’intérieur du Qur’ân) et du Tafakour (réflexion sur le monde et sur l’homme hors du Qur’ân, mais sucité par le Qur’ân) auquel tel ou tel autre passage du Qur’ân invite.

L’exercice spirituelle et intellectuel sans dualité entre foi et raison par la conjugaison du Tadabbour et du Tafakkour donne le sens de l’universel, le sens du monothéisme pur, parfait et sincère : L’unicité du verbe de Dieu qui se fait parole Qur’ânique dans le cœur de Mohamed (saws), Jésus dans la matrice de Marie et création dans toute sa splendeur et ses mystères dans l’instant Azaliy (pré éternité sans finitude) et l’instant Abadiy ( l’éternité dans l’ infini) qui ne font qu’Un pour le Créateur du temps et de l’espace et qu’aucun lieu ou étendue ni moment ou durée  ne peuvent contenir. La même loi qui régit l’univers visible et invisible témoigne de l’Unicité du Créateur, Ordonnateur et Gouvernant à la fois Immuable et Suffisant sans qu’il ne soit nécessaire à la raison de Lui donner rival, associé et encore moins une compagne ou un fils.

Quand la langue s’inspire des fondements mythologiques grecs ou romains qui la sous tendent elle ne peut traduire l’exactitude de la foi comme elle ne peut empêcher à la raison de dériver et au sens de se corrompre. La langue véhicule un imaginaire c’est-à-dire une compétence symbolique à évoquer le passé, à explorer le présent et à anticiper sur l’avenir. Lorsque cet imaginaire est peuplé de mythes il ne peut logiquement se prévaloir d’une suprématie de rationalité sur la langue d’autrui et son système de pensée. Quand l’imaginaire sur lequel s’appuie l’expression de la foi et de la raison s’investit dans le devenir de l’homme depuis Adam jusqu’à Mohamed (saws) en passant par les chemins empruntés par tous les Prophètes et Messager alors il devient Lumière qui éclaire la compétence de nommer de tous les hommes de foi par laquelle passent et la parole et le savoir :

{Et Il apprit à Adam tous les noms} al Baqara 31

La compétence de nommer se corrompt au contact du paganisme intellectuel qui pare l’idole pour humilier l’idée, qui magnifie le mensonge pour cacher la vérité, qui falsifie la parole pour éteindre la vérité émanant de  Dieu. Le paganisme ne peut être l’interprète des désirs de l’humain, de son imagination et de son devenir et encore moins le critère d’évaluation de la raison humaine, de sa foi et de la traduction de la parole de Dieu infalsifiable et inaltérable qui se nomme le Qur’ân :

{Dis: ‹Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah›. Puis, s’ils tournent le dos, dites: ‹Soyez témoins que nous, nous sommes soumis›.} ali ‘imrane 64

Nous avons pris, dans la partie précédente,  comme exemple la Sourah ahl al Kaf (la caverne) vous pouvez faire l’essai de lire le texte jusqu’au récit de Moise et là vous sentez que vous êtes emporté dans une autre dimension, un autre message. Continuez et vous rentrez dans le récit de Dhoul Qarnayn c’est encore une autre dynamique, d’autres enseignements. Cette pluralité répond à des exigences de narration qui dépasse l’entendement humain car elle garde le principe d’unité par le pouvoir d’évocation, la sonorité et le rappel des mots, la similitude des situations et surtout le message fondamental : l’Unicité de Dieu incomparable et qui défie tous les esprits qui refusent de se prosterner.

Il est donc vain de parler d’Ijtihad si ses instruments, le Tadabour et le Tafakour ne relèvent leur subtilité qu’à travers la langue arabe ou à travers une longue pratique du Qur’ân inspirée par la foi ou et le  désir sincère de chercher la vérité pour comprendre le Qur’ân :

{Nous l’avons fait descendre, un Qur’ân en langue arabe, laâalakoum vous raisonniez.} Youssef 12

Si nous acceptons cette lecture de « laâla » comme attitude spirituelle, cognitive, comportementale, intellectuelle en quête de l’espérance dans la rencontre imminente de Dieu et en crainte de son châtiment ou de la frustration d’être privé de sa rencontre alors le raisonnement, la méditation, la production intellectuelle ne sont ni un luxe ni  un privilège mais une exigence. La résonnance dramatique de « laâalakoum » d’un Dieu à la fois immanent et transcendant qui nous interpelle dans un langage d’amour qui ne veut pas voir son aimé privé de Sa Miséricorde ne peut être traduite par une autre langue que la langue originelle du Qur’ân.

Comment peut-on imaginer Allah Al Wadoud traiter son bien aimé Mohamed (saws) comme chose insignifiante et le laisser cultiver le doute sur sa destinée alors qu’il a consacré sa vie au service de Dieu jusqu’à être l’incarnation d’un Qur’ân en marche :

{Supporte patiemment leurs propos ! Célèbre les louanges de ton Seigneur avant le lever et le coucher du soleil ! Glorifie-Le au cours de la nuit ainsi qu’aux extrémités de la journée ! Peut-être seras-tu agréé.} Ta-ha – 130

II nous faut lire et traiter les thèmes se rapportant a l’islam et aux musulmans en nous impliquant dans le sens Qur’ânique comme si le Qur’ân nous interpellait personnellement. L’implication est spirituelle, cognitive, affective, imaginative, symbolique, lexicale et sémantique. L’imam Ali le Sage a dit : « Il n’y a rien de bon dans la lecture du Qur’ân qui ne soit pas méditée ».

Le Qur’ân et la langue arabe  ne sont pas  difficiles si on y entre avec sincérité au-delà de la sanction universitaire, des préjugés, des traductions imparfaites. Les premiers compagnons étaient en général de simples bergers, de petits commerçants, de modestes cultivateurs ils ont su vivre avec le Qur’ân et le Qur’ân a su les récompenser en contrepartie de leurs efforts :

{En effet, Nous avons rendu le Qur’ân facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour reflechir?} Al-Qamar  17

Maitriser l’arabe, ses mots et sa grammaire ne suffit pas pour comprendre le Qur’ân. Il faut le lire comme une dévotion, comme un dialogue intime avec Dieu pour comprendre et sentir le miracle s’opérer : le trésor s’ouvre et offre ses joyaux inestimables même si nous ne pouvons pas voir toutes les subtilités, tous les sens, toute la vérité et celà en dépit que certaines expressions ou certains mots restent hors de notre portée comme d’autres l’ont été pour nos prédécessuers :

{Et quant a ceux qui s’efforcent en Nous, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers, Allah est en vérité avec les bienfaisants.} al ankabout 69

Le devoir de bon conseil est de dire que le Qur’ân ne se lit pas comme un traité scientifique, une encyclopédie, un récit, mais comme la Parole de Dieu qui pénètre les cœurs pieux et les comportements vertueux. Il  peut rester fermé, inaccessible et incompréhensible aux plus intelligents et aux plus lettrés si la foi et sa douceur sont absentes de leurs cœurs :

(Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, de sorte qu’ils ne le comprennent pas: et dans leurs oreilles, une lourdeur. Et quand, dans le Qur’ân, tu évoques Ton Seigneur l’Unique, ils tournent le dos par répulsion.) Al Isra 46

L’étude de la langue française nous montre pourtant que le conditionnel en sa qualité de valeur temporelle  et de valeur modale peut transcrire le la’alakoum à la fois comme potentiel d’action ( il est toujours temps de croire et de faire dans une continuité qui va du présent au futur et qui ne prend fin qu’avec la fin de l’être) et comme conditions préalable c’est-à-dire comme un  futur hypothétique dont la réalisation, l’accomplissement et le devenir sont soumis à la crainte révérencieuse de Dieu et à l’espérance en Lui :

La’alakoum tataqoun est à lire « ainsi vous prendriez garde à Allah »

La’alakoum touflihoun est à lire  » ainsi vous réussiriez ».

Dans « Leçons de linguistique générale – Esquisse d’une grammaire descriptive » –  Gustave Guillaume nous fait une analyse sur le futur hypothétique comme valeur temporelle, ce conditionnel, qui  a valeur de futur inclusif par rapport au présent. Nous y trouvons le « vous réussiriez »  comme  valeur de signification à volonté de présent et de futur. Cette valeur temporelle donne à « vous réussiriez » le sens de réussir tout de suite, dans le présent même, ou dans l’avenir, réussir plus tard, mais dans telles ou telles autre circonstances favorables de réussite qui peuvent être hors d’actualité dans le présent et d’actualité dans le futur. Ceci est également valable pour le verbe craindre.

Nous ne serons plus  pris au piège de l’incertitude et de l’incertitude de la réalité et de l’énoncé qur’ânique mais nous serons dans l’ouverture idéique et spirituel à l’actuel et au virtuel (le réel en potentiel et qui n’est pas encore actuel) par dévoilement graduel ou par choc avec la réalité :

{Nous leurs vous montrerons Nos signes à l’horizon (l’Univers en dévoilement)  et en eux-mêmes jusqu’à ce que ceci (le Qur’ân, la Vérité, le Réel se dévoile} Foussilat

Nous seront aussi en phase avec l’esprit et la lettre coranique qui affirment  que le Qur’ân  est facile à lire, à prononcer, à réciter  à mémoriser et à comprendre.

Il n’y a ni certitude ni incertitude  mais projet d’idéation qui invite à un procès d’actualisation. Actualisation est le processus psycho temporel qui donne  actualité à un potentiel existant en nous et dont nous sommes les auteurs. Les circonstances ne sont uniquement que des facilitateurs à saisir  ou des réducteurs à surmonter ou à contourner. L’homme est au cœur du débat sur son devenir. Dieu est Celui qui pardonne, qui donne Miséricorde et qui agrée les œuvres. C’est le même et Unique Dieu aussi qui accorde à l’Homme ce pouvoir redoutable du libre arbitre par lequel il construit son destin et son avenir en actualisant le mal ou le bien qu’il porte en lui… Tout est ouvert jusqu’à l’ultime fin qui se prépare assez tôt dés le plus jeune âge :

{Allah accueille seulement le repentir de ceux qui font le mal par ignorance et qui aussitôt se repentent. Voilà ceux de qui Allah accueille le repentir. Et Allah est Omniscient et Sage. Mais l’absolution n’est point destinée à ceux qui font de mauvaises actions jusqu’au moment où la mort se présente à l’un d’eux, et qui s’écrie: ‹Certes, je me repens maintenant› – non plus pour ceux qui meurent mécréants. Et c’est pour eux que Nous avons préparé un châtiment douloureux. } an nissa 18

Si nous passons en revue tous les « Laâlakoum » ils expriment soit une injonction soit un conditionnel soit un subjonctif mettant le doute sur l’événement ou le comportement des mécréants. Les seuls fois où il prend le sens de « peut-être »  c’est quand il est attribué à des individus soumis au doute de la foi ou celui de la cupidité comme les courtisans et le peuple de Pharaon. En aucun cas le doute ou le peut-être ne peuvent être attribués à la parole divine et nous pouvons l’affirmer sans aucun doute, preuves à l’appui.

La culture et le Falah

Dans ce réquisitoire linguistique contre la lutte idéologique, la guerre subversive et les manœuvres de diversion  contre l’Islam nous ne pouvons le fermer sans évoquer la subtilité du terme Falah qui est escamoté dans les traductions et qui s’inscrit aussi comme une sorte de lapsus mental et langagier pour signifier que l’islam est révolu. En traduisant le « Touflihoun » qui suit « La’âlakoum » par réussir ou succès on transpose le modèle consumériste et matérialiste de la pensée occidentale qui ne voit la vie que comme réussite sociale et succès mondain.  Dieu serait donc astreint à nous offrir en récompense de notre Jihad spirituel, moral, social et politique ou militaire que les biens terrestres palpables comme butin de guerre. Nous sommes dans la logique de l’amalgame Islam Epée de Mohamed si nous refusons celui du matérialisme capitaliste.

Touflihoun ne peut être traduit par succès ou réussite du fait des amalgames entretenus mais surtout du fait que ces notions entretiennent la notion d’un constat qui se consomme et s’achève et non comme un devenir en perfection, en expansion. Dans la langue originelle du Qur’ân  touflihoun vient de Falah, cultiver qui donne Fallah, cultivateur, et ainsi le sens prend une autre signification plus large que le succès et la réussite. Il s’agit d’inscrire le Falah ou la culture ou le verbe cultiver dans la conscience du croyant pour qu’il inscrive son être spirituel, ontologique et social dans un Ijtihad permanent, un Jihad conséquent sur lui-même pour entretenir sa foi, sa personnalité, sa vertu et sa mission de Vicaire agissant  et récolter ainsi les fruits moraux, spirituels et matériels de son labeur ici et dans l’au-delà dans un processus incessant comme un devenir vers plus de perfection, plus d’efficacité, plus de sincérité, plus d’engagement et plus de purification de l’ego orgueilleux, belliqueux ou paresseux.

Il est remarquable de souligner que jusqu’au milieu du siècle dernier les Arabes se croyaient sans équivalent de culture et ils ont emprunté à un littéraire (Tewfik al Hakim si je ne m’abuse) le terme Taqafa qui est un néologisme qu’il a forgé pensant se mettre au niveau de la modernité occidentale. Il a fallu attendre Malek Bennabi pour dénoncer ce mimétisme et pour montrer que la culture est une ambiance générale qui fait que l’ensemble de la société est alignée sur une même visée, un même objectif dans un sillon droit qui rappelle les sillons des champs de choux. Malek Bennabi n’est ni un arabisant  ni un éxégète du Coran mais sa rationalité fondée sur la foi et la quête de la vérité lui a montré la culture dans sa dimension coranique de Falah et de cultivateur qui fait l’effort de semer, de desherber, de parcourir son champ, d’aligner ses plants et de les arroser, de contempler l’oeuvre d’Allah qui fait sortir de la terre ce qui donne subistance aux bouches à nourir et ravissement aux yeux en quête de signes.

Toutes les paraboles du Qur’an citant l’effort de l’homme dans sa lutte pour le bien et la foi ont la nature pour champ d’expression : la pluie, l’arbre, la fourmi, l’abeille, ces vivants qui produisent du bien en respectant leur Fitra qui leur commande de se soumettre à Allah. La nature en œuvre  incite à cette aspiration mystico temporelle et psycho spirituelle à laquelle le Qurân invite l’homme de foi à se cultiver c’est-à-dire à semer avant de récolter et à long terme à se civiliser pour devenir civilisateur :

{N’as-tu pas vu comment Allah A Fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Seigneur. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, pour qu’ils se souviennent. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité. Allah Affermit ceux qui devinrent croyants, par la ferme parole, dans la vie terrestre et dans la vie Future. Et Allah Fourvoie les injustes.} Ibrahim 24

{N’ont-ils donc pas vu que Nous Conduisons l’eau vers la terre aride, puis, Nous Faisons pousser avec des plantes dont se nourrissent leur bétail et eux-mêmes ? Ne le voient-ils donc pas !} Sajda 27

Partant de la règle d’or islamique qui dit que le Qur’ân explique le Qur’an on ne peut que rester ébahi par l’évidence qui se dégage du verset suivant qui définit l’effort de cultiver et ses fruits qui ne sont pas seulement matériels :

{Muhammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, aspirant à une Munificence de la part d’Allah et un agrément. Leurs signes sont sur leurs visages, comme trace de la prosternation. Cela est leur exemple dans la Torah. Et leur exemple dans l’Évangile : comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs, afin qu’Il Fasse exaspérer ceux qui devinrent mécréants. Allah A Promis à ceux qui devinrent croyants et ceux d’entre eux qui ont fait les œuvres méritoires, une absolution et une immense rémunération.} Al Fath 29

Dans cette sourate al Fath, l’Ouverture de la Mecque et  le Triomphe de la foi, il n’ y a ni butin à partager, ni attitude triomphaliste ni  réussite mondaine ni succès guerrier mais bel et bien la double inscription de l’effort dans la continuité des Prophètes et dans l’harmonie avec la nature : cultiver la foi, cultiver la vie, cultiver son Paradis, la récompense appartient à Dieu : l’absolution et une immense rémunération que seule Dieu connait et que le Qur’âne révèle sous des formes variées. La plus grande rémunération dans cette vie est conserver une foi pure et sincère, dans l’au-delà est de contempler la Beauté absolue sans voile. La’âlakoum Touflihoun sont indissociables dans l’énoncé que nous avons traité pour l’exemple. Pour cet exemple et  les autres que nous n’avons pas cité il ne faut pas perdre de vue que tout est soumis à la volonté de Dieu y compris l’effort de cultiver ou de récolter les fruits comme le mentionne le Qur’âne :

{Dites-moi donc, ce que vous labourez, est-ce vous qui le cultivez ou bien est-ce Nous le Cultivateur ? Si Nous Voulions, Nous le Réduirions en débris …} Al Waqui’a 67

Cette réflexion ayant pris son essor dans la défense d’un pilier de l’Islam, Al Hajj, il est important de souligner que le pèlerinage est valide s’il a rempli les conditions cultuelles et celles de son intention. Seul son acceptation par Dieu  en fait un rite agrée et méritoire. Dieu dans Sa Bonté nous a montré les signes de l’acceptation du Hajj : se cultiver c’est-à-dire agir après l’accomplissement du pèlerinage comme un croyant qui a renouvelé son alliance avec Dieu et qui fait effort de cultiver sa foi, son savoir, sa probité, sa sincérité, son devoir, ses relations humaines, son travail avec la même ferveur que celle qu’il avait manifesté lors de son séjour aux Lieux saints. Une fois de plus ce n’est pas notre interprétation qui fait foi mais la lettre du Qur’an :

{Le Pèlerinage : ce sont des mois connus. Quiconque s’y impose le Pèlerinage, alors pas de jouissance, de perversité ou de controverse durant le Pèlerinage. Ce que vous faites de bien, Allah le Sait. Et approvisionnez-vous. Oui, sans doute, le meilleur approvisionnement, c’est la piété. Et craignez Allah, ô doués d’entendement.} Al Baqara 197

 

« Il faut savoir provoquer le scandale pour ne pas devenir sa proie ».

 

Nous n’allons pas comme K. Marx provoquer du scandale en ouvrant feu et pamphlet contre les collaborateurs de classes et les philosophes qui ne veulent pas changer le monde se contentant juste de la décrire. Et pourtant le scandale est salutaire comme les catastrophes naturelles : réveiller les consciences. Nous allons rester dans le cadre de notre éthique musulmane et dire ce que le  Prophète (saws)  a dit trois fois de suite :

« La religion c’est le bon conseil sincère. »

À la troisième fois on lui demanda : « Envers qui ô Messager d’Allah? » Il dit :

« Envers Allah, Son Livre, Son Messager, les gouvernants et l’ensemble de la communauté. «

Il n’est pas dans nos intentions d’accuser ou de jeter l’anathème sur quiconque mais de défendre l’islam et exercer notre devoir de bon conseil aux jeunes qui veulent nous écouter et profiter de nos expériences. Ceux qui veulent mettre en défi le Qur’ân et lui trouver une faille pour le tourner en dérision ou le proposer à la réforme comme chose obsolète nous n’avons ni le pouvoir ni l’envie de leur dire non. Bien au contraire nous leur souhaitons d’aller jusqu’au bout de leur logique, la’âlahom, peut-être qu’ils parviendront à l’impasse ou qu’ils découvriront ce que des esprits intègres ont découvert : la beauté incomparable et la vérité inégalée de ce Livre et que cette découverte leur fasse découvrir le gout spirituel et cette soif de chercher la proximité divine qui leur donne une autre vocation à leur intelligence hors du commun :

{Qui donc est meilleur que celui qui incite vers Allah, qui fait œuvre méritoire et dit : « Je suis du nombre des musulmans ? ». L’œuvre méritoire et l’œuvre vile ne sont point égales. Avance celle qui est la meilleure (pour repousser le mal), et voilà que celui avec qui il y a une animosité entre toi et lui, devient comme s’il était un ami chaleureux. Et ne l’obtiendront que ceux qui ont persévéré, et ne l’obtiendra que celui qui a une chance immense.} fussilat 33

Ceux qui, au nom d’un néo soufisme, veulent appliquer au texte sacré les travaux de l’herméneutique ou de la sémiologie nous n’avons aucun préjugé ni qualification pour confirmer ou réfuter cette approche. Nous tenons juste à souligner que l’herméneutique peut se fixer comme objectif une démarche philosophique, chercher le sens. Maintenant si on veut absolument donner un sens ésotérique réservé aux initiés faisant une fois encore le jeu des partisans des islams fragmentés, un islam pour la plèbe et un islam pour les érudits versés dans les sciences occultes, ceci est un autre débat. La voie mystique, des anciens est un cheminement d’étapes en étapes spirituelle ou de station spirituelle vers des stations plus élevées conduite par le Zuhd (le renoncement au monde) et les prières assidues et le secret révélé aux maitres n’est pas du ressort de l’herméneutique mais du secret de la retraite spirituelle. Ce secret ne se divulgue pas car le commun ne comprendrait pas. Ne pouvant se communiquer il n’est d’aucun intérêt dans la conduite des mouvements de libération à moins qu’il ne se présente comme l’Emir Abdelkader à l’avant-garde du combat contre l’occupant.

L’herméneutique ou science de déchiffrement des réalités au-delà du signe n’est pas une mais un ensemble multiple. Il nous faut une précision sur le type d’ herméneutique qu’on applique  pour faire dire au Qu’rân ce qu’il cache ou ce qu’il dit avec limpidité et dont le sens nous échappe car le Dessein de Dieu nous échappe: celle de l’esthétique, celle de l’historicité, celle de la syntaxe, celle des paraboles, celle de l’ontologie, celle de la métaphysique, celles des cabales judaïques, celle de la scolastique cléricale, celle de l’astrologie médiévale…Précisons les concepts, les méthodes et l’objet d’exploration.

Le Qur’ân a déjà libéré l’homme des mythes, des idoles, du messianisme et de l’ésotérisme pour en faire un croyant honoré et missionné. Le combat réel est comment lui redonner les moyens concrets pour lutter contre ce qui l’aliène, l’agresse et dénature son droit au sens et son devoir d’agir comme Abou dherr al Ghifari ou Mou’âd Ibn Jabal ou al Rumi ou al Farissi et tant de compagnons qui ont pris la défense de l’islam sans faux fuyant et sans casuistique pour cacher leur peur d’affronter les négateurs de l’Islam et les colonisateurs des musulmans.

Ce n’est pas le cas des élites « franco musulmanes » qui se veulent une nouvelle vocation : réinterpréter le Qur’ân ou le traduire à leur guise dans la continuité des orientalistes en confirmant la volonté idéologique de banaliser le texte comme si c’était la prose de monsieur Jourdain.  Chacun y va de son Ijtihad en  cherchant des signes cabalistiques, un sens ésotérique, un complexe d’Œdipe inversé. La majorité, en réalité, ne cherchent  que les oripeaux brillants de la mondanité intellectualiste pour gagner du pain et un prestige social. Combien elle est belle cette métaphore de Jalal Eddine Rumi dans ce panier à crabes :  « Le miroir ne peut redevenir du fer et le pain ne peut ne peut redevenir du blé mais toi si tu te vois fleur tu es parterre fleuri, si tu te vois âme tu es royaume de l’âme, tu es ce que ton œil à contemplé ». Par oeil il entend non l’organe mais le regard spirituel.

Dans la lutte idéologique il faut insister sur une évidence qui pourtant nous échappe : nous devons être toujours mis en diversion sur des problèmes complexes,  byzantins ou dépassant notre compétence pour ne pas nous occuper des problèmes flagrants qui produisent notre sous-développement : le despotisme intérieur et le colonialisme extérieur alliés pour laisser les musulmans dans une ignorance sur leur propre problèmes,  leur propre devenir et leurs ennemis qui leur invente des problèmes et leur bouche l’horizon.

Nous laissons le soin à Dhoul Noun al Masri, considéré comme l’un des plus grands maitres mystiques,  de répondre sur toutes ces pistes d’Ijtihad (qui donnent le vertige au musulman)  :

« La sincérité est le sabre de Dieu sur la terre ; où qu’elle soit appliquée, elle ne peut que trancher ».

Il ne peut que se prononcer en conformité avec la lettre et l’esprit du Coran :

{Certes, ce Coran  relate à la postérité d’Israël la plupart de ce en quoi ils divergent. Et il est sûrement une Direction infaillible et une Miséricorde pour les croyants. Certes, ton Seigneur Tranchera entre eux par Son Jugement et Il Est, Lui, l’Invincible, le Tout-Scient. Fie-toi donc à Allah : tu es certainement dans le vrai évident. Toi, tu ne peux faire entendre les morts, et tu ne peux faire entendre l’appel aux sourds quand ils s’écartent en fuyant. Et tu ne peux, toi, guider les aveugles loin de leur fourvoiement. Tu ne peux faire entendre que celui qui croit en Nos Versets, et de fait sont musulmans.} Al Qasas 76

{Il Connaît la traîtrise du regard furtif, et ce que cachent les consciences.Et Allah Tranche en toute Vérité. Et ceux qu’ils invoquent à l’exclusion de Lui ne tranchent rien. Certes, Allah Est l’Omni-Audient, l’Omnivoyant.} Ghafir 19

Il est plus simple et plus efficace de revenir à l’esprit de l’Islam matinal que de se fourvoyer en doctes sectes entre soufis herméneutes et islamologues modernistes.

Ceux qui nous ont légué l’Islam, religion et civilisation, se font appelés Musulmans ou Croyants. La seule distinction entre ses croyants et ses musulmans qui ont donné naissance à l’homme nouveau post Hégirien, le civilisé civilisateur, est le titre pour les uns de Mouhajirines et pour les autres d’Ançars, ou le titre de prédécessuers et de successeurs dans la foi . Les uns ont abandonné vie, patrie, biens et famille pour suivre Mohamed (saws), les autres ont offert vie  patrie, biens et famille pour accueillir l’islam. Les uns ont suivi le Prophète lui faisant confiance et les autres ont suivi le message du Prophète sans jamais le voir se fiant à son oeuvre et à celle de ses compagnons et tirant les enseignements du Coran et de la Sunna. Ils se rejoignent tous dans le même sacrifice, le même amour, le même pacte : la fratrie en Dieu. Don ou abandon de soi telle est la voie de l’Islam.

 

Trouver excuse à la jeunesse et lui témoigner nos encouragements malgré les erreurs, les oublis et les fautes des uns et des autres

 

La probité morale et intellectuelle exige de chercher une excuse pour nos jeunes dont il faut reconnaître le talent d’écriture et l’effort de production intellectuelle même si nous ne partageons pas leur vision en l’état actuel des choses. Notre démarche avait un but didactique :  prendre pour prétexte quelques  lacunes et non sens trouvés dans des travaux universitaires pour attirer l’attention sur la vigilance que l’esprit musulman doit avoir pour traiter des problèmes relevant de sa religion et de sa communauté musulmane pour que la lutte idéologique ne le coopte pas et en fasse un clerc au service de la manipulation ou le coupe de sa base populaire qui attend l’émergence d’élites nobles et généreuses portant  en charge les soucis, les désirs et les ambitions d’une communauté qui n’arrive pas à constituer sa conscience de communauté du fait des séquelles de l’émigration, de la colonisation et de l’exclusion. La discrimination positive ne consiste pas à reconnaitre la communauté mais à l’écrémer, en garder ce qui est bon pour la République et rejeter le reste dans le ghetto urbain, culturel et social au nom de Liberté, égalité, fraternité.

Nous avons donc témoigné selon notre style et notre façon d’aimer sans complaisance et sans fard et nous avons tenté d’attirer l’’attention des jeunes universitaires français qui travaillent, animés d’une bonne intention, sur des thèmes islamiques et qui se piègent par le recours a une mauvaise traduction ou a une mauvaise connaissance du Qur’ân. Se piégeant ils dénaturent le sens et induisent d’autres dans l’erreur ou l’égarement. Pour enlever toute équivoque nos  observations aussi acerbes soient-elles ne nous interdisent pas de trouver et reconnaître dans les travaux consultés des mérites et des efforts qui ont malgré toutes leurs imperfections notre estime et nos encouragements.

Dans la défense de l’islam les jeunes se doivent d’apprendre l’Arabe et le faire aimer à leurs enfants. Etre biculturel est une force et cette force se décuple quand elle s’inscrit dans une cause : le devenir de la oumma musulmane.

Il ne faut pas considérer l’apprentissage de la langue Arabe comme un luxe mais comme un fard (obligation) comme le stipule la Fatwa de Cheikh al Islam Ibn Taymiya dans « Se conformer au chemin de la rectitude » :

«  […] Le meilleur chemin est devenir habitué à parler l’arabe afin que les jeunes gens l’apprennent dans leurs maisons et à l’école, afin que le symbole de l’Islam et ses gens prédominent. Cela facilitera l’apprentissage du Coran et de la Sunna pour les gens de l’islam, et les mots des Salafs […]  Sachez qu’être habitué à utiliser une langue a un effet clair et fort sur notre mode de penser, notre comportement et notre engagement religieux. Il a aussi un effet en nous faisant ressembler aux premières générations de cet oummah, les Compagnons et les Taabi’in. Être comme eux améliore notre mode de penser, notre engagement religieux et notre comportement. De plus, la langue arabe elle-même fait partie de l’Islam, et parler l’arabe est un devoir obligatoire. Si c’est un devoir de comprendre le Coran et Sunna, alors ils ne peuvent pas être compris sans parler l’arabe, alors les moyens qui sont exigés afin de réaliser ce devoir devient lui aussi obligatoire […] Omar a ordonné  à Abou Moussa al-Ash’ari : “Apprenez la Sounnah et apprenez l’arabe; apprenez le Coran en arabe car il est en arabe.” D’après un autre hadith rapporté par Omar : “Apprenez l’arabe car cela fait partie de votre Religion, et apprenez comment la propriété du défunt devra être divisée (faraa‘id) car cela fait partie de votre Religion.” […] Cet ordre de ‘ Omar, d’apprendre l’arabe et la  Shari’a combine les choses qui sont exigées pour la Religion qui implique la compréhension des mots et des actions. Comprendre l’arabe est la façon de comprendre les mots de l’Islam, et comprendre la Sunnah est la façon de comprendre les actions d’Islam… »

En attendant l’apprentissage de la langue Arabe nous recommandons au jeune en quête de compréhension du Qur’ân de le lire avec les yeux d’un vivant comme si le livre s’adresse directement à lui et surtout qu’il ne perde pas de vue que ce Livre est la parole d’Allah et à ce titre il faut le lire, le comprendre dans le cadre du Tawhid, le monothéisme pur, parfait et sincère qui exige le Tanzih c’est-à-dire la vigilance pour garder la pureté et l’esprit sain sur tout ce qui touche  à la parole ou aux attributs d’Allah qui ne peuvent être rabaissés ou escamotés ou tronqués : A Allah revient la perfection et l’absolu.

{A Lui appartient tout ce qui est dans les Cieux et la terre, tous L’invoquent. Et c’est Lui qui Commence la Création ensuite la Ramène, et cela Lui est bien plus facile. Et a Lui appartient la Perfection dans les Cieux et la terre, et Il Est l’Invincible, le Sage.} Ar Rum 27

Dans notre article, la guerre contre l’Arabe, nous avons montré la lutte contre l’Arabe comme lutte idéologique pour casser le lien qui unit le Qur’ân à l’Arabe. Pour comprendre le Coran et en faire le canevas objectif et subjectif de nos idées, de nos intentions, de nos actions, de nos ambitions et de nos désirs il faut le lire avec des yeux de vivant comme si nous vivions l’époque et le lieu de sa révélation et comme si en étions le premier destinataire qui en prend connaissance pour la première fois avec crainte et émerveillement. L’indien Al  Mawdudi qui fait partie de cet héritage du siècle dernier qui a formé des générations de militants et de penseurs musulmans nous donne la clé, dans son livre « Comprendre le Coran », pour  entendre, voir , sentir, frémir  et vivre le Coran. Nous en avons publié quelques extraits sur ce site.

 Avec ou sans la maîtrise de la langue Arabe il est utile de rappeler, le rappel est bénéfique pour les croyants,  que la seconde clé pour comprendre le sens du Coran, avec bien entendu une bonne traduction si on est francophone, est la Biographie scientifique du Prophète car la Sunnah est l’incarnation du Qur’ân en la personne de Mohamed (saws) le meilleur homme que la terre à porté.

Nous sommes partis dans un procès contre les dérives mises à profit pour saper un pilier important de l’Islam : Al Hadj. Nous avons la conviction que la lutte idéologique menée contre l’islam cherchera d’autres batailles, d’autres symboles, d’autres piliers à ébranler en ébranlant notre propre lecture du Qur’ân. Pour des raisons de déontologie nous n’avons cité aucun nom, aucun titre d’article, aucune université, aucun étudiant ni professeur mais nous pouvons citer quelques versets de la Sourah al Hadj qui mettrait de l’effroi dans le cœur de tout croyant instrumentalisant l’islam, la communauté,  un pilier ou un rite à sa réussite sociale, politique ou intellectuelle :

 {Tel, parmi les hommes, discute au sujet de Dieu sans détenir la moindre connaissance, et se laisse entraîner par tout démon rebelle} 6

{Tel, parmi les hommes, discute de Dieu sans aucune connaissance, sans direction et sans livre pour éclairer sa lanterne} 8

Mohamed (saws) a dit : « Rien n’est plus pernicieux pour la religion islamique que ces trois choses :

–  Un savant en religion dévergondé,

–  Un gouvernant despotique,

–  Un ignare interprétant le texte Qur’ânique

Ses trois catégories de personnes on les voit en œuvre dans le monde musulman et dans le monde occidental pour saper au nom de la modernité, du berbérisme et du pharaonisme le socle de l’islam : la langue arabe.

Nous trouvons excuse à la jeunesse musulmane francophone  de tronquer le message coranique par ses lacunes sur la langue Arabe. C’est notre amour pour cette jeunesse et le potentiel qu’elle porte que nous avons décidé de sortir de notre réserve et d’avertir. Il ne faut pas se laisser leurrer par les titres, les positions sociales, les publications, la rhétorique et surtout la mise sous les feux de la rampe par la lutte idéologique qui sait occulter ses adversaires et magnifier ses alliés comme le dit le metteur en scène Berthold Brecht « On voit ceux qui sont sous la lumière et on ne voit pas  ceux qui sont dans l’ombre ».

Notre boussole idéique doit être orientée non sur les hommes mais sur la vérité. C’est la vérité qui fait découvrir les hommes et non l’inverse. La vérité dans le Qur’ân nous montre les enjeux et les pièges de la lutte idéologique ainsi que la conduite à tenir pour rester un homme libre maitre de son destin, de ses choix et de ses convictions:

{Prenez garde à Allah et sachez que vous serez tous conduits vers Lui. Il est parmi les hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et s’il se détourne, il s’évertue de par la terre pour y corrompre, détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption. Et si on lui dit : « Crains Allah », il est pris d’orgueil par sa coulpe. Que la Géhenne lui suffise donc, et quelles piètres couches ! Et il est parmi les hommes : celui qui se sacrifie pour l’agrément d’Allah. Allah Est Compatissant pour Ses créatures. O vous qui devîntes croyants, entrez dans la paix en totalité et ne suivez point les pas de Satan. Il est pour vous un ennemi évident.} Al Baqara 203

La vérité émanant du Qur’ân nous appelle à être vigilant avant de donner des titres de vertus ou jeter l’anathème sur autrui : il faut le pratiquer, le comparer, l’examiner dans sa cohérence interne (sa logique de conception et de conviction) et dans sa cohérence externe (la conformité entre le dire et le faire), tenir du crédit de ses sources et de ses motivations ainsi que des forces qui l’animent dans telle ou telle autre direction. Le Qur’ân nous appelle à la vigilance pour ne pas confondre l’ami et l’ennemi, l’allié et l’adversaire dans cette lutte idéologique qui vise à conquérir le monde des idées et des croyances :

{O vous qui êtes devenus  croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : « Tu n’es pas croyant », aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien.} An Nissa 94

{O vous qui êtes devenus  croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, examinez-la pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait. Et sachez que le Messager d’Allah est parmi vous. S’il vous obéissait en beaucoup de choses, vous vous en ressentiriez, mais Allah vous A Fait aimer la foi, et l’A Embellie en vos cœurs, et vous A Fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance. Ceux-là sont ceux qui suivent le droit chemin} Al Hujurat 6

Malgré le matraquage médiatique la France reste relativement un pays de relative liberté. Même si les espaces de manœuvre sont limités il est possible de comparer, de trouver des alternatives. Ce n’est pas le cas dans les pays arabes ou le travail de sape est un travail délibéré orienté contre la personnalité musulmane et celle-ci n’a aucun espace de liberté pour se défendre ou être une force de proposition sans risquer sa vie ou mettre en péril sa subssitance.

 La décolonisation de la langue et des mots est, après le constat culturel de l’indépendance inachevée, plus important que la décolonisation de la terre.

L’instruction, fondée sur le dénigrement ou la caricature de l’islam par les intellectomanes modernistes qui supervisent l’administration et les grands commis de la pédagogie nationale ont produit ce que Malek Bennabi surnomme l’Alpha-bêtisme. Au porteur de haillons de la période coloniale ils  lui ont  ajouté le porteur de lambeaux scientifiques en délabrant le système d’enseignement et en s’attaquant à l’œuvre nationale d’Arabisation. L’intellectomane de Malek Bennabi, l’intellectuel négatif de Bourdieu ou l’intellectuel organique de Gramsci, sous la couverture de leurs diplômes et de leur rang social et politique, leurrent le peuple en devenant eux-mêmes des instruments consentant de la diversion idéologique menée par le colonialisme. Leurs cerveaux ne sont pas élaborés pour produire des idées et de la science utile à la société mais des discours au service de la mal gouvernance. Leur savoir sans conscience en fait d’eux, dans le meilleur des cas des rentiers et au pire des ramasses miettes, des symboles de  la déliquescence morale, de faces brillantes de la fausse monnaie intellectuelle…

Une politique d’alphabétisation et d’arabisation conduite par les analpha-bêtes sans conscience et sans morale politique ne peut que conduire à la ruine de la nation et à l’abêtissement de ses individus qui perdent la compétence adamique de nommer non seulement les idées et les sentiments mais les choses et les lieux. Le parler algérien par exemple n’est ni du berbère ni de l’arabe mais du FLE terme inventé par les pédagogues en France pour « Français langue étrangère ». Pour illustrer le fossé culturel et idéologique entre les pays arabes et le France dans la prise en charge de l’enseignement de la langue nationale nous citons quelques  paragraphes du Livre blanc de la Culture-Langue française :

« La didactique du français langue étrangère (FLE), du français langue seconde ou de scolarisation (FLS) est au cœur du dispositif qui touche à ce domaine de l’enseignement de la langue et de la culture française, tant en France qu’à l’étranger – accueil des migrants, des étrangers ou actualisation des compétences de communication de Français en difficultés – pour soutenir le rayonnement culturel, linguistique et économique de notre pays (…) S’engager dans l’enseignement-apprentissage d’une langue-culture étrangère ou seconde (le français en l’occurrence) implique par conséquent des choix à la fois sociétaux, professionnels et éthiques (…) La valorisation de l’intégration par l’étude des langues-cultures constitue aussi de nos jours un enjeu quant à la participation positive et constructive des populations (migrantes ou non) et de leurs descendants à la vie de la société dans laquelle ils vivent. »

Ce n’est pas le cas des pays arabes qui font des concessions au Français, à l’Anglais et au dialecte au détriment de la langue Arabe. Il leur manque la vision française, par exemple, celle du devoir national de soutenir le rayonnement culturel, linguistique et économique de leur nation. Il leur manque le débat démocratique sur le principe de sens qui donne naissance au développement économique, à l’indépendance politique et au rayonnement culturel…

Ignorant le travail qui produit la liberté, la liberté  qui donne les garanties à la dignité humaine, et l’élégance qui donne respect et admiration mais aussi incitation à écouter son témoignage de foi ils ne peuvent qu’ignorer la signification de la langue et de la parole.

La parole traduit aussi bien l’efficience de l’idée que l’efficacité du travail. Le travail taylorisé ne peut se contenter de mots vagues et de phrases de badinage. L’usine, le laboratoire, le centre de recherche développement, l’amphithéâtre d’université ont besoin de la logique de la pensée et cette logique ne peut naitre que si elle est portée par une logique de la langue. La logique exige qu’il y ait des emprunts mais elle refuse qu’il y ait confusion. Entre l’être et l’agir, tous les deux sous-tendus par la langue, on a tendance à oublier que l’être est l’intériorisation de l’action et l’action extériorisation de l’être et qu’il suffit que la langue qui est à la  fois le lien de communication et le ciment de fédération entre l’intérieur et l’extérieur, soit corrompue ou lacunaire pour que l’être et son action soient déficient dans leur expression et entropique dans leur relation.

Ni la politique ni l’économique ne peuvent se passer de la culture et de son socle linguistique pour créer la tension de l’être, de l’action et de la communication qui produisent et accompagnent l’élan civilisateur d’une société. L’école, l’université, l’administration et l’usine ne peuvent se résumer à n’être que  des lieux de communication d’un alphabet tronqué ou confus mais des temples où la conscience reçoit la parole  et les valeurs véhiculées par cette parole sans interférences d’inculture ou de brigandage sur la langue. L’espace ne devient temple que s’il inscrit la civilisation dans le temps. Il n’y a civilisation que s’il y a au préalable décolonisation des mentalités qui donne à l’homme la conscience du devoir d’inscrire le sens avec les signes de sa langue. Pour nous les signes sont ceux de la langue arabe, langue du Qur’ân.

La décolonisation de la langue et des mots est, après le constat culturel de l’indépendance inachevée, plus important que la décolonisation de la terre. Malek Bennabi a montré le changement de paradigme par le changement des mots et son exemple a toute sa signification ici : « Les mots marquent des positions idéologiques déterminées… Si on les modifie, le changement d’un terme ne marquera pas seulement l’abandon d’une position idéologique qu’il désignait, mais il marquera aussi un changement dans le comportement révolutionnaire lui-même. Quand le combattant cesse de se nommer « El Moudjahid » c’est le comportement du « troufion » qui réapparait, comme dans un régime de tirailleurs »… Une révolution doit maintenir sa rigueur même dans le langage pour garder sa portée rédemptrice sur l’homme. Certaines licences de langage – qui se veulent audaces révolutionnaires – ne sont en fait que des trahisons de la révolution dans son objet essentiel : la transformation de l’homme selon la loi coranique. »

Tous les penseurs musulmans, d’exprimant en arabe, en français, en anglais, en persan, en kurde ou dans une langue d’Asie, sont remplies de  vérité sur la question linguale et son rapport à la personnalité. Tous ils s’inspirent de la vigilance coranique qui met en garde contre le laxisme langagier qui fait naitre des contre sens et des dérives idéologiques, culturelles et civilisationnelles catastrophiques :

{Les nomades affirment : «Nous croyons en Dieu !» Dis-leur : «Vous n’avez pas encore la foi ! Dites plutôt : “Nous nous sommes en apparence soumis”, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs.} Al-Hujurat – 14.

{Parmi les Juifs, il en est qui altèrent le sens du discours, et disent : «Nous avons entendu et nous refusons d’obéir. Écoute ! Puisses-tu ne rien entendre !» Et ils ajoutent : «Aie des égards pour nous !», en employant le terme équivoque râ`inâ, avec l’intention de dénigrer la religion. Que ne disent-ils plutôt : «Nous avons entendu et nous avons obéi ! Écoute et regarde-nous !» C’eût été préférable pour eux et plus loyal. Mais Allah les a maudits pour leur impiété et pour la tiédeur de leur croyance.} An-Nisaa – 46.

{C’est en raison de leur iniquité et du grand nombre de gens qu’ils ont détournés de la Voie d’Allah que Nous avons interdit aux Juifs l’usage d’excellentes nourritures autrefois autorisées.} An-Nisaa – 160.

 

Lever les équivoques fait partie de l’éthique et de l’esthétique de l’Islam.

L’éthique et l’esthétique de l’Islam que les Maîtres spirituels de l’Islam appellent les règles de Bienséance de l’Ego envers Allah exigent du croyant un cœur qui tangue entre la Taqwa (crainte révérencieuse de Dieu) et l’Espérance qui donne courage de lutter en s’accrochant à la Miséricorde divine qui s’interpose entre l’homme et le désespoir ou l’abandon. Le grand théologien de l’examen de conscience, Al Muhasibi, met l’accent sur la connaissance de Dieu et le respect que celle-ci confère au croyant dans ses pensées comme dans ses actes, le moteur de ce respect est justement la crainte et l’espérance :

« Sache ! ô mon frère que les gens ne sont autant sincères dans leurs œuvres que selon le degré de la connaissance qu’ils ont de Dieu, qu’ils ne sont humbles devant Lui que selon le degré de leur connaissance à Son sujet, qu’ils ne Lui rendent grâce pour Ses bienfaits que selon le degré de leur connaissance à Son sujet, qu’ils craignent et espèrent en Lui qu’en fonction du degré de cette connaissance. Qu’ils ont une bonne opinion de Lui en fonction du degré de cette connaissance, qu’ils endurent Son obéissance, évitent Sa désobéissance et supportent la dissimulation de Son obéissance et les épreuves que leur imposent ses Arrêts en fonction du degré de la connaissance qu’ils ont de Dieu, qu’ils aiment ce qu’Il aime et abhorrent ce qu’Il déteste en fonction de degré de cette connaissance. Dieu s’expose à la déficience dans tout ce que nous avons indiqué selon ce qu’il a raté de cette connaissance et selon ce qu’il en a reçu. Il en va de même de sa part en matière de bien et de mal.

Aussi, cherche ô mon frère cette connaissance auprès de celui qui la possède avec l’attitude de l’humble qui ne la mérite pas si l’on se tient à sa propre valeur. Car les savants n’ont atteint autant de sommets en matière de savoir que grâce à leur sincérité dans la recherche et au fait qu’ils accordent aux choses leurs justes places… »

Comme Al Muhasibi, Ibn Al Qayyim Al Jawziya met en relief l’auto critique (al mouhasabah) qui témoigne de la Taqwa des cœurs (la piété des cœurs) et qui prend racine  dans la crainte (al Khawf) et l’Espérance (ar Raja) lesquelles prennent à leur tour racine dans la Promesse (al Wa’d) et la Menace (al Wa’id). Dans « Le sentier des itinérants » il montre que la station spirituelle de la crainte est la plus bénéfique pour le cœur du croyant en plus qu’elle est la plus obligatoire comme le stipule le verset

{Ne le craignez pas, craignez-Moi si vous êtes croyants} ali ‘imrane 175

Dans toutes nos actions, écrire, travailler, parler ou lutter, nous sommes soumis à cette règle de la crainte de déplaire à Dieu si nous voulons mériter le titre de croyants : Crainte de désobéir, de trahir, d’être déloyal, insouciant, de manquer de vigilance, de perdre le sens …

{Ceux qui, de la crainte de leur Seigneur, sont pénétrés,  qui croient aux versets de leur Seigneur,   qui n’associent rien à leur Seigneur,  qui donnent ce qu’ils donnent, tandis que leurs cœurs sont pleins de crainte [à la pensée] qu’ils doivent retourner à leur Seigneur.  Ceux-là se précipitent vers les bonnes actions et sont les premiers à les accomplir.  Nous n’imposons à personne que selon sa capacité. Et auprès de Nous existe un Livre qui dit la vérité, et ils ne seront pas lésés.} al Mouminoun 57 à 62

Il montre que l’Espérance est une étape spirituelle qui conduit le croyant vers l’amour en lui facilitant le cheminement jusqu’à l’aboutissement final comme le signifie d’ailleurs le verset suivant clôturant la Surah de la Caverne  et donnant sens ultime à toutes les péripéties et actions des récits qu’elle a narré se rapportant aux grands défis de l’homme et de la civilisation que lui posent la foi, la science, la technologie, la bonne gouvernance et la langue :

{Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions et qu’il n’associe dans son adoration aucun à son Seigneur›.} al Kahf 110

Ibn Al Qayyim montre la différence entre le cœur vaillant mis en mouvement sur le chemin de Dieu et le cœur défaillant mis en inertie par le fatalisme hérité de la conjugaison de la décadence musulmane et de la colonisation occidentale :

« Mais la différence entre l’espérance (al-rajâ’) et le faux espoir (tamannî), c’est que le tamannî s’accompagne de la paresse. Il ne mène pas son auteur sur la voie du sérieux et de l’effort, contrairement à l’espérance qui implique le déploiement de l’effort et de la bonne remise confiante (al-tawakkul). Ainsi, le premier s’apparente à l’état de celui qui souhaite avoir une terre pour la semer et la moissonner, tandis que l’état du second s’apparente à celui qui laboure son terrain, le prépare et l’ensemence avec l’espoir que sa culture va pousser et grandir, Voilà pourquoi les maîtres de la connaissance sont unanimes pour affirmer que l’espérance n’est valable que si elle est accompagnée de l’action.

Il faut savoir que l’itinérant possède deux regards. Par l’un d’eux il voit son âme, ses défauts et les fléaux qui détruisent ses œuvres et se donne une ouverture sur la crainte pour puiser auprès des faveurs de Son Seigneur, de Sa générosité et de Sa libéralité. Par l’autre regard il se donne une ouverture sur l’espérance.

C’est pourquoi on a dit à propos de la définition de l’espérance que c’est la vision de l’ampleur de la miséricorde divine.

Pour sa part Abû ‘Ali al-Rûdhabârî a dit : « L’espérance et la crainte s’apparentent aux deux ailes de l’oiseau. Lorsqu’elles se déploient parfaitement l’oiseau retrouve son équilibre en vol. Lorsque l’une d’elles se déploie imparfaitement son vol s’en ressent. Et lorsqu’elles se détériorent l’oiseau s’expose à sa perte ».

Dans ce cheminement spirituel Ibn al Qayyim montre le chemin celui de la fuite vers Dieu, le même que celui de la partance vers Dieu :

{Fuyez vers Dieu}

Il s’agit de fuir les réprouvés et les fourvoyés décrits dans la Fâtiha (l’Inaugurale du Qur’ân). La fuite n’est pas physique mais spirituelle, mentale, comportementale, idéique pour une partance vers Dieu :

{Je suis partant vers Dieu, Il me guidera certainement}

La partance est résumé dans la Fâtiha par :

{C’est Toi que nous adorons, c’est Toi que nous implorons à notre secours, guide-nous sur la voie de la rectitude}.

La voie de la rectitude, celle de la certitude, qui prend appui sur la crainte d’être parmi les réprouvés et les fourvoyés et l’espérance d’être agréé parmi les Croyants bien guidés, confirme une fois de plus notre refus de traduire « la’alakoum » par « peut être » ou par « ainsi ». Entre la crainte et l’espérance il n’y a pas de place aux dérives spirituelles et praxitiques car il n’y a pas de place, du point de vue linguistique comme du point de vue religieux à l’incertitude dans l’énoncé de l’énonciateur divin ni de certitude dans l’énoncé de l’énonciataire humain il y a un conditionnel : mus à la fois  par la crainte de l’insuffisance de nos œuvres et par l’Espérance en  la miséricorde divine nous pourrions atteindre  la piété du cœur, la réussite dans ce monde et le salut dans l’autre, sinon  aspirer à s’en approcher le plus fidèlement et le plus sincèrement.

{Et redoutez le jour où nulle âme ne suffira en quoi que ce soit à une autre; où l’on n’acceptera d’elle aucune intercession; et où on ne recevra d’elle aucune compensation. Et ils ne seront point secourus.} al Baqara  48

{Et votre Seigneur dit: ‹Appelez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientòt dans l’Enfer, humiliés›.} Ghafir 60

 

 La clé pour comprendre le Coran : la Taqwah

 

La clé pour comprendre la lecture du Qur’ân dans n’importe quelle langue et agir en se conformant à ses injonctions dans n’importe quel endroit du monde est la Taqwa qu’on traduit par crainte, crainte révérencieuse ou crainte espérante.

Bien entendu le mot Taqwa du Qur’ân nécessite un développement particulier que nous ne ferons pas ici. Il faut juste retenir que ce développement s’inscrit toujours dans le cadre du Monothéisme islamique qui donne sens au contexte, à la phrase et au mot dans l’énoncé Qur’ânique.

La compréhension du monothéisme, qui semble échapper aux stylistes qui brodent sur l’islam des mensonges, est dans la réponse à ce questionnement que les illustres doctes doivent préparer avant que ne survienne le jour inéluctable qui demandera des comptes à leur intellect:

{Ont-ils pris des divinités qui peuvent ressusciter les morts de la terre ?  S’il y avait dans le ciel et la terre des divinités autre qu’Allah, tous deux seraient certes dans le désordre. Gloire, donc à Allah, Seigneur du Trône; Il est au- dessus de ce qu’ils Lui attribuent!  Il n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait, mais ce sont eux qui devront rendre compte de leurs actes.  Ont-ils pris des divinités en dehors de Lui? Dis: ‹Apportez votre preuve›.} Al Anbiya (les Prophètes)  21

{Allah ne S’est point attribué d’enfant et il n’existe point de divinité avec Lui; sinon, chaque divinité s’en irait avec ce qu’elle a créé et certaines seraient supérieures aux autres. (Gloire et pureté) à Allah! Il est au dessus de tout ce qu’ils décrivent.} Al Mouminoune (les Croyants) 91

{Qui est le mieux : des Seigneurs éparpillés ou Allah l’Unique} Yusuf 39

Qui est le mieux ? Quelle est la meilleure communauté ? Quelle est la meilleure récitation du Qur’ân ? Quelle est la meilleure traduction du Qur’ân ? Tant de questions et tant de réponses qu’il est impossible d’en faire l’inventaire ici. Nous nous contenterons d’inviter celui qui est en quête de détails, d’arguments plus approfondis et mieux fournis sur la thématique de la traduction du Qur’ân  à tirer profit de ll’esprit scientifique que l’islam a cultivé chez le lecteur et le récitant du Qur’ân :

{Apportez vos preuves si vous êtes véridiques}

Il vient après une série de défis à la raison :

{N’est-ce pas Lui qui a créé les cieux et la terre et qui vous a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Nous avons fait pousser des jardins pleins de beauté. Vous n’étiez nullement capables de faire pousser leurs arbres. Y-a-t-il donc une divinité avec Allah? } an naml 60

{N’est-ce pas Lui qui a établi la terre comme lieu de séjour, placé des rivières à travers elle, lui a assigné des montagnes fermes et établi une séparation entre les deux mers, – Y a-t-il donc une divinité avec Allah?} an naml 61

{N’est-ce pas Lui qui répond à l’angoissé quand il L’invoque, et qui enlève le mal, et qui vous fait succéder sur la terre, génération après génération, – Y a-t-il donc une divinité avec Allah?} an naml 62

{N’est-ce pas Lui qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer, et qui envoie les vents, comme une bonne annonce précédant Sa grâce. – Y a-t-il donc une divinité avec Allah? } an naml 63

{N’est-ce pas Lui qui commence la création, puis la refait, et qui vous nourrit du ciel et de la terre. Y a-t-il donc une divinité avec Allah? Dis: ‹Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques!› } an naml 64

L’argumentation spirituelle, éthique, esthétique, scientifique et linguistique met dos au mur les doxas religieuses et idéologiques dans toutes les langues.

Nous avons répondu à l’interrogation et à l’exclamation sur le Divin « piégé » par la traduction. Cette réponse serait imparfaite et incomplète si nous ne donnions pas la source sur laquelle nous nous appuyons et le mobile qui nous a guidé :

{O vous qui devîntes croyants, ne trahissez point Allah et le Messager et ne trahissez pas ce qu’on vous a confié, tout en le sachant. Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, et qu’Allah Possède  une immense rémunération. O vous qui devîntes croyants, si vous craignez Allah, Il vous Accordera un Critère, vous Expiera vos mauvaises actions et vous Absoudra. Allah Possède la Munificence immense. Et lorsque ceux qui devinrent mécréants planifiaient contre toi pour t’emprisonner, ou te tuer, ou te chasser. Ils rusent et Allah Planifie, mais Allah Est le Meilleur des Planificateurs.} Al Anfal 27

 

Le Divin « piégé » ?! Partie 1/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 2/3

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