Les fous et les eunuques

Une rivière, oued chaytan, traversait un royaume, naguère paisible et prospère, continuant d’irriguer les terres d’un roi insouciant et d’abreuver les gosiers de ses sujets sans que le roi, ses courtisans et ses sujets ne s’interrogent sur la toponymie de  leur rivière ni sur le comportement de plus en plus étrange de leurs troupeaux de moutons et et de chèvres qui s’encornaient les uns les autres alors qu’ils étaient dociles par le passé.  Jusqu’au jour où apparut un grand   mystère : la normalisation de la folie humaine aux abords de la rivière. Il y eut quelques exorcisations et des  divergences lexicales sur la nomination de la rivière. Les anciens veulent conserver le nom de oued Chaytan alors que les modernes veulent un nom plus adapté à la situation :  Oued al Hbel. Long débat qui épuise et  donne soif aux bestiaux dans une contrée où la rivière est abondante, généreuse et proche des sceaux.

{… ressemblent à un troupeau de bétail auquel on crie et qui entend seulement appel et voix confus. Ils sont sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent donc point.}

Celui qui buvait l’eau de la rivière se mettait à prononcer des paroles incompréhensibles. Il devenait fou dans la perception des autres. Il était plus simple de qualifier la folie d’un homme ou de désigner le fou dès qu’on ne parvenait plus à déchiffrer son langage, mais on ne faisait pas l’effort de comprendre la folie d’autrui,  l’origine de sa folie et les soins à lui prodiguer.

Les gens continuaient de boire à la rivière permettant à  la folie de s’étendre et de s’amplifier dans le royaume.  Les sujets devenaient fous furieux, fous mélancoliques, pervers narcissiques, égorgeurs, irresponsables. On ne voyait que des larmes et des pleurs qui s’alternaient. La folie s’exprimait  dans l’horreur de sa diversité, dans l’incapacité de lui donner un  nom, une cause ou un espoir de guérison. Il est impensable de soigner ce qui est impossible de nommer faute de compétence à nommer lorsque gens parlent la même langue avec des mots n’ayant plus la même signification ou lorsque ils se parlent dans des langues diverses sans interprètes ni traducteurs. Chacun ne perçoit l’autre qu’à travers le prisme de sa propre folie : une déformation.

{Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même davantage plus égarés. Tels sont les insouciants.}

Comme pour les peuples de Babel lorsque le langage devient incommunicabilité, confusion, désinformation, fabulation, perte de sens, la haine mutuelle devient la norme, la folie devient le refuge… La communication sociale et intellectuelle se conforme aux  rituels d’aliénation des isolats d’inconnaissance  et se plie aux exigences narratives des ilotismes d’insenséisme en attendant le déluge qui viendrait de la rivière imposant à tous l’égalité par la folie.  Pour l’instant les narratives insensées  et les appareils de l’indifférenciation par la communication de masse cultivent la  fascination par la gesticulation  rendant impossible l’émission ou la réception de messages sensés pour soi et signifiant pour les autres.  Les peuples de Babel peuvent se faire la guerre sans merci, sans but, sans responsabilité…

Plus les gens buvaient à la rivière et plus leur langage devenait confus et leurs idées insensées. Ceux qui buvaient à la rivière non seulement devenaient de plus en fous, mais imaginaient les sensés comme étant les véritables fous pour le seul motif que le  discours des gens sensés  leur devenait étrange par sa clarté.

Le roi, ni sage ni avisé, n’a jamais pas compris la source des maux de son royaume. Il s’est contenté  de produire des spectacles à grands frais divertir et distraire la majorité de  fous et occuper la minorité des raisonnables. Devant l’impuissance de ses stratagèmes il a promulgué des lois et donné des ordres  pour interdire à ses sujets  de boire l’eau de la rivière. Ses gardes zélés ont interdit à ceux qui voulaient étudier l’eau de  s’approcher de la rivière. Dans l’incohérence générale, les fous non seulement continuaient de boire  l’eau de la  rivière mais y jetaient les gardes et tous ceux qui s’y approchaient.  Les gens sensés ne pouvant être compris ni entendus ont préféré boire à l’eau de la rivière, les uns s’imaginaient  ainsi éviter la folie, les autres  se voyant devenir fous face à la folie des autres ont choisi l’oubli de la raison  que leur apporterait la rivière de la folie.

Le roi ne pouvait être ni entendu ni compris par des sujets dont une partie avait perdu les facultés de langage et d’entendement les rendant insensibles à leur folie et une partie qui faisaient l’éloge de la folie comme voie de salut du royaume. Les clercs et les savants religieux avaient depuis longtemps bu à la rivière de la folie et ils sont devenus les incitateurs à la folie. Envisager de les former, de les corrompre de nouveau  ou de les faire participer à l’instrumentalisation politicienne de la religion ou à la caution morale des agressions et de la prédation est un temps révolu. L’humaniste hollandais, Érasme, dans « Éloge de la folie » décrit la folie des élites religieuses contaminées par le pouvoir et l’argent :

« Voici ceux qu’on appelle ordinairement religieux ou moines, quoique ces deux noms ne leur conviennent nullement, puisqu’il n’y a peut-être personne qui ait moins de religion que ces prétendus religieux… [ ] La plupart de ces gens-là ont tant de confiance dans leurs cérémonies et leurs petites traditions humaines, qu’ils sont persuadés que ce n’est pas trop d’un paradis pour les récompenser d’une vie passée dans l’observation de toutes ces belles choses. Ils ne pensent pas que Jésus-Christ, méprisant toutes ces vaines pratiques, leur demandera s’ils ont observé le grand précepte de la charité. L’un montrera sa bedaine farcie de toutes sortes de poissons , l’autre videra mille boisseaux de psaumes, récités à tant de centaines par jour ; un autre comptera ses myriades de jeûnes, où l’unique repas du jour lui remplissait le ventre à crever ; un autre fera de ses pratiques un tas assez gros pour surcharger sept navires , un autre se glorifiera de n’avoir pas touché à l’argent pendant soixante ans, sinon avec les doigts gantés, un autre produira son capuchon, si crasseux et si sordide qu’un matelot ne le mettrait pas sur sa peau ; un autre rappellera qu’il a vécu plus de onze lustres au même lieu, attaché comme une éponge ; un autre prétendra qu’il s’est cassé la voix à force de chanter ; un autre qu’il s’est abruti par la solitude ou qu’il a perdu, dans le silence perpétuel, l’usage de la parole. Mais le Christ arrêtera le flot sans fin de ces glorifications: « Quelle est, dira-t-il, cette nouvelle espèce de Juifs ? Je ne reconnais qu’une loi pour la mienne ; c’est la seule dont nul ne me parle. Jadis, et sans user du voile des paraboles, j’ai promis clairement l’héritage de mon père, non pour des capuchons, petites oraisons ou abstinences, mais pour les œuvres de foi et de charité »

Il faut lire et relire les philosophes du passé sans esprit réducteur qui transpose mécaniquement leurs propos. En ce qui concerne l’éloge de la folie d’Érasme revu au présent il ne s’agit pas uniquement des religieux en rapport avec la foi et le sanctuaire de la foi, mais aussi et surtout des nouveaux idéologues et des néo intégristes qui ont pris en otage le savoir, les médias, l’économie et la démocratie pour contenter les forces occultes d’imposition sur les consciences religieuses et sociales, intellectuelles et artistiques, les génies proclamant Dieu est mort, les diables sont bien vivants. Les clercs des temples de la marchandise, du crédit et du dollar vendent un opium aux peuples plus  anesthésiant que les religions instrumentalisées.

Il est instructif aussi de savoir qu’Érasme à dédicacé sa satyre philosophique et sociologique à son ami  l’humaniste anglais Tomas More auteur de « Utopia ». Contre le réalisme ultra libéral anglo-saxon qui annonçait le matérialisme impérial en façonnant le capitalisme Tomas More propose un projet libertaire  en refusant l’imposition idéologique et religieuse  aucun homme temporel ne peut être à la tête de la spiritualité.  Il  imagine un  monde  sans  les fondements aliénants de l’appropriation capitaliste  : l’usage collectif des moyens de production et l’échange non marchand des biens et services : « … pourquoi réclamer trop, alors qu’on sait que rien ne sera refusé ? Ce qui rend avide et rapace, c’est la terreur de manquer.  »  Nous sommes en pleine Renaissance, le siècle du savoir et de la technologie qui va hériter de la civilisation musulmane entamant sa décadence après son épuisement spirituel et intellectuel. L’avenir du monde s’est joué entre une pensée humaniste et des intérêts mercantiles. Le marchand a triomphé en  instaurant la domination de la matière. Cette domination arrive à sa fin,  l’âme humaine est indestructible, elle peut rayonner de nouveau pour une nouvelle civilisation à visage humain si les hommes parviennent à se libérer de leur folie et à endiguer la rivière de la folie tout en proposant d’autres alternatives. Il ne s’agit ni d’interdire ni d’entrer dans la même logique que celle des fous. Il s’agit d’un véritable salut humain : spirituel et temporel. Le salut humain est une quête vers une utopie, la réalisation d’un mythe qui redonnent du sens, de l’espoir, de la dynamique vers un autre lieu, un autre devenir, un autre temps pour témoigner d’une autre vérité et opérer les ruptures avec les aliénations du passé.

Le roi de la fable n’est ni réformateur humaniste ni poète en quête de son âme, mais un administrateur réaliste dépassé par les événements…   Il ne restait donc  au roi du royaume ou coulait en abondance la rivière de la folie que de se réfugier dans sa tour avec les princes, la reine et son grand vizir pensant ainsi protéger ce qui lui reste de pouvoir et de propriété contre la folie générale. Il finit par se rendre à l’évidence : la reine et les princes tenaient eux aussi un discours décousu et incompréhensible après avoir goûté à la rivière. Le médecin du roi appelé au chevet de la famille royale ne put résister  de goûter au verre d’eau de la reine et de partager avec elle les fantasmes et les désirs refoulés.

Le grand vizir avait pris le parti de boire pour ne pas à avoir la responsabilité de conseiller un roi qui ne sait plus s’il fallait boire ou ne pas boire après avoir manqué à son devoir de comprendre la folie de son royaume avant qu’elle ne s’étende.  Avant de sombrer dans la folie, le grand vizir a sans doute eu la lucidité de comprendre qu’il n’y avait ni gain ni prestige à gouverner des insensés et aucune issue à proposer à un roi qui ne s’est jamais posé la question de sa responsabilité dans la folie de son royaume

Dilemme pour le roi : rester lucide, mais incompris dans un royaume de fous ou boire à la rivière de la folie et conserver l’illusion de régner dans un royaume de sensés. Comme pour l’âne de Buridan le choix du roi est difficile : boire ou ne pas boire, devenir un fou « sensé » ou un insensé « fou ».  Barak Obama est dans une situation pire que celle du roi de la rivière de la folie. Il faut écouter froidement sa narrative et voir comment il met en scène les narratives de ses vassaux.

La réalité peut surpasser la fiction lorsque l’hystérie devient collective, lorsque l’insenséisme devient global, lorsque les fous et les cyniques gouvernent et mènent le monde à la folie. Lorsque la multitude cultive la folie et font son éloge que dire et que faire?  C’est la caverne de Platon où les insensés prennent les ombres et les illusions pour réalité. C’est ce monde que le Prophète (saws) a annoncé : Yasbahou al Halim Hayrane : le sensé le plus patient et le plus lucide sera confronté au désarroi le plus profond.

Pour un roi en quête de pouvoir et de reconnaissance dans le regard des autres fous, boire à la rivière de la folie serait le salut imaginaire. Pour un homme conscient du don le plus prodigieux qu’Allah lui a donné, la raison, la résilience face à la folie des autres est le salut réel dans ce monde et dans l’autre. C’est la conduite que le Prophète (saws) a recommandé de faire le bien lorsque les gens font le bien, mais de persister à toujours faire le bien même lorsque tous les gens s’accordent à faire le mal. Face au déluge de la folie aucun sommet ne sera suffisamment haut et aucun abri ne sera suffisamment profond. Pour ne pas devenir un sauve-qui-peut de débris la lucidité constante est l’ultime refuge.

La lucidité et le courage ont manqué hier comme aujourd’hui à ceux qui se sont autoproclamés représentants religieux, politiques ou intellectuels des communautés musulmanes dispersées comme des épaves charriés par les rivières de folie. Sous les haillons de l’islamisme, du laïcisme ou du libéralisme ils œuvrent contre la lucidité et les clarifications. Certains d’entre eux ne parviennent même pas à prendre conscience qu’il il est vilain  de se faire valoir comme « indigène de la ripouxblic » ou comme « sales Français » au nom de l’Islamophobie alors que la machine de l’islamophobie consiste à fabriquer efficacement idéologiquement, psychologiquement,  médiatiquement et militairement  l’endogène interlocuteur valide et l’exogène ennemi idiot utile. Malek Benabi avait déjà  exprimé la tragédie des Béni-oui-oui de la lutte idéologique en disant que même l’eunuque du harem n’osait ni s’appelait l’eunuque ni tolérait qu’on l’appelle ainsi. La dignité humaine n’avoue ni la castration ni l’impuissance.

Avec un peu mois de veulerie, d’idiotie et de servilité les prétendants à l’auxiliaire de service auraient vu et entendu les démonstrations d’unité nationale et de solidarité internationale « médiatiques » donnant caution morale, juridique et politique aux salissures  et aux saletés de l’Empire. Ils auraient vu et entendu les motifs véritables et les enjeux stratégiques de la guerre contre Gaza.

Ils auraient réalisé qu’ils n’auront ni honneur, ni gain, ni reconnaissance pour la simple et sempiternelle raison : ils continuent de sonner pour un autre clocher tout en étant en retard sur une affaire déjà réglée et scellée ailleurs. Ils auraient réalisé que la « sainte alliance » des paradoxes redonne vie à un système moribond qui s’est nourri de la décadence de leurs ancêtres et de la misère morale et intellectuelle de leurs semblables. Elle redonne vie et redéploiement aux constituants et aux figurants du système en crise de légitimité, de projet, d’existence face à une alternative qu’on ne voit pas venir, mais qui s’impose d’elle-même comme nécessité historique pour le changement salutaire.

Ils auraient vu le fil conducteur entre les massacres des populations algériennes de Bentalha, de Relizane et d’ailleurs, les massacres de  Amirya  et de Fellouja. Ils auraient médité les principes de droit que le Calife Omar Ibn Abdelaziz avait dicté au grand Cadi : « ne t’empresse pas de juger en faveur du plaignant qui réclame justice contre celui qui lui a fait perdre un œil, il est possible que la victime  a crevé les deux yeux de l’accusé ». Il ne s’agit pas de justifier l’horreur ou de l’occulter, mais  de faire toute la lumière sur une affaire si on veut rétablir la vérité et rendre la justice avec équité.

Les imposteurs de l’Islam et les importateurs de la démocratie de spectacle auraient mieux fait de se désaltérer à la rivière de l’Empire faisant ainsi l’économie d’une démonstration de confusion que de jouer aux sensés. Le Prophète (saws)  a annoncé que la communauté qui n’ose pas dire à l’injuste  qu’il est injuste est maudite… Les laïcistes arabes et les idéologues sectaires s’imaginent être suffisamment représentatifs et suffisamment intelligent pour déverser leur haine idéologique et confessionnelle contre l’Islam politique ou l’Islam social alors qu’ils ont été et sont toujours les accessoires de la lutte idéologique contre les possibilités civilisationnelles du monde musulman, à l’instar de DAESH wa akhawatiya,  des intrusions pour fragmenter nos géographies,  atomiser nos mentalités collectives, détourner notre histoire, contaminer notre langue, aligner nos économies sur  les appétits de prédation…

L’hypocrisie est la pire des folies. Elle est schizophrénie mentale, spirituelle et sociale qui produit une personnalité duale qui se retourne et se renverse au gré des situations. L’hypocrisie est  le  pire des crimes car derrière les bonnes paroles des hypocrites se cachent leur intention délibérée de nuire à leur  communauté. L’écoute et la lecture des hypocrites, se réclamant de l’islamisme ou de l’anti islamisme, du nationalisme ou du mondialisme, révèlent l’absence d’amour. Le cynisme et l’opportunisme les conduit à l’aveuglement morbide et mortifère. Il faut tenter de demeurer hors de l’esprit partisan ou sectaire pour éviter de sombrer dans l’hypocrisie ou d’en devenir l’instrument de manipulation. Il nous faut oser pratiquer sans concession, sans limite, sans alignement idéologique ou politique la critique : ne rien prendre pour argent comptant ce qui se dit ou se montre. Chacun a le devoir d’exprimer ce qui fait la compétence singulière de l’humanité et qui fait la compétence distinctive entre les hommes : penser librement. Lorsqu’on se pose les questions sur l’aliénation on voit apparaître la lutte idéologique qui forme les pygmalions qui lui servent de dénonciateurs des fous pour les assassiner comme  Kadafi, pour les destituer comme Morsli ou pour les pousser au compromis  comme   Assad.

Les subtilités de la folie se trouve aussi chez certains Chiites qui profitant du chaos réalisé par les fous de l’orthodoxie wahhabite affiche leur triomphalisme niant au monde musulman autre voie que le Khomeynisme ou occultant les révolutions menées par des non chiites contre l’Empire. L’ivresse sectaire qui conduit à la folie et à la confrontation se donne bonne conscience comme si les Iraniens et les Chiites étaient étrangers à ce que Malek Bennabi appelle la colonisabilité de Tanja à Djakarta et de Wahrane à Tahrane.  Le monde musulman est d’une diversité telle que seuls les fous peuvent prétendre à ce que leur communauté ou leur composante soit la plus représentative ou la plus conforme de l’idéal prophétique.  Le but de l’Empire est d’amener chacun à se croire le centre et le rayon de nulle part dans une diversités de contradictions et de rivalités. La folie est de se croire le centre de la vérité ou le compas par lequel on mesure le chemin du progrès et de la libération. La folie serait de faire de la propagande partisane ou confessionnelle ou de se contenter de dénoncer les Takfiris. La lutte idéologique de ceux qui alimentent la rivière de la folie consiste à nous occuper dans la dénonciation des agents nuisibles visibles ou dans l’apologie  de soi dépourvu de l’esprit critique sur les idées et les phénomènes qui fabriquent la folie et lui donne telle ou telle autre configuration sur un territoire et dans une période. Il faut reconnaître que Sayyed Nasrallah, le président Rohani et l’Ayatollah Khaminai se distinguent en faisant  preuve de discernement et disposent du courage politique et de la clairvoyance religieuse qui leur permet de refuser l’intervention de l’Empire dans la région musulmane. Mais n’ont-ils pas été emmenés en Afghanistan, en Irak et en Syrie a devenir les alliés objectifs de la folie impériale? Les sunnites et les Chiites ont intérêt à s’impliquer dans un respect réciproque et un partage de connaissance pour mutualiser les savoirs et rendre plus efficaces les expériences du passé et les projets d’avenir.

Il ne s’agit pas d’un ici d’exercice de dissertation philosophique  ni d’un travail de journalisme, mais   la contribution modeste à l’étude de la pathologie de l’aliénation. Les narratives et les émotions ne peuvent cacher l’hystérie qui caractérise notre époque. Prendre des engagements et des postures sur des mots prononcés par des fous et des irresponsables c’est opter pour l’insignifiance. La parole insignifiante ne peut plus exercer l’attribut humain du langage : canevas des idées, élévation à l’abstraction qui explique ou qui conceptualise, véhicule de sens pour tisser des liens et échanger avec autrui. C’est donc irrémédiablement s’inscrire dans l’hystérie qui s’alimante de l’entropie et qui amplifie l’entropie en réalisant la dissolution des autres par la confusion et en réalisant la destructuration de soi par la même confusion. Dans les hystéries collectives on passe facilement des troubles psychoaffectifs génerés  par une crise structurelle du système à des violences physiques contre le système . L’hystérie empêche justement la  résilience, la capacité à surmonter la panne  et à réguler l’entropie d’une energie qui se dissipe chaotiquement sans travail utile, sans stabilisation, sans contrôle. L’agitation hystérique des membres périphériques lorsqu’elle s’inscrit dans la durée et dans la récurrence finit par dévoiler  la paralysie du système nerveux central qui supervise la pensée, la production et les échanges du royaume de la rivière de la folie étendue à tous par la globalisation.

Les méandres de la folie sont trop complexes pour être cernés par une intelligence à l’instant t. Le nombre de fous et la multiplicité des canaux de fabrication de la folie nous font dire – comme Coluche – que ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort que les autres ont raison et que nous avons tort. Il est impossible que nous ayons tort lorsque le roi Obama rallie la planète derrière un mensonge aussi grossier que celui disant qu’il faut intervenir en Syrie car l’Etat syrien est faible et démuni face à l' »Etat islamique » ou lorsque les idéologues feignent de ne pas voir la symbolique de la guerre menée contre l’Etat islamique même si ce pseudo état est l’antinomie de l’Islam. Lorsque le roi et les roitelets disent une chose puis son contraire ils ne font qu’exprimer l’hystérie et les multiples inversions psychédélique tentées par le système pour demeurer maître d’un système qu’il ne contrôle plus

L’assassinat et l’humiliation en masse des populations et des individus pour  le compte et les profits de l’Empire et de ses vassaux seront fatalement soldés par l’histoire qui a des retournements que la folie des hommes ne peut ni prévoir ni comprendre. Grace à Dieu il y a encore quelques hommes relativement lucides qui veulent se faire entendre et qui disent à haute voix intelligible à l’instar de Dominique de Villepin que la décision de Barack Obama est “absurde et dangereuse… que « L’État islamique, c’est l’enfant monstrueux de l’inconstance et de l’arrogance de la politique occidentale » Dominique de Villepin décrit le règne de la folie instaurée par l’hyperpuissance de plus en plus impuissante et insensée.

L’arrogance ne dira jamais qu’elle est l’incarnation de la folie dans un système totalitaire et elle fera tout pour empêcher la voix des honnêtes gens appeler au devoir de lucidité et de responsabilité. Mais bientôt on entendra un vacarme planétaire: « A l’aide, au secours, nous sommes devenus fous ». Qui répondra à la folie lorsque  l’usage de la langue et de l’entendement est définitivement perdu ? Devrions-nous attendre l’issue eschatologique, le retour de la bannière à une ou à cinquante-deux étoiles ou l’occasion de boire à la rivière de la folie. Dans ce grand bordel les eunuques n’auront ni harem ni lit sacré à défendre, car non seulement le sacré aura été complètement rayé de la conscience des hommes et aucun sanctuaire ne sera légitimé pour sceller les pactes de paix, mais la confusion sera apocalyptique :

« Et l’un des sept anges qui tenaient les sept coupes s’avança et me parla en ces termes : Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui réside au bord des océans. Avec elle, les rois de la terre se sont prostitués, et les habitants de la terre se sont enivrés du vin de sa prostitution. Alors il me transporta en esprit au désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, couverte de noms blasphématoires, et qui avait sept têtes et dix cornes. La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d’or pleine d’abominations : les souillures de sa prostitution.  Sur son front un nom était écrit, mystérieux : « Babylone la grande, mère des prostituées et des abominations de la terre. » Et je vis la femme ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus.  Livre de l’Apocalypse chapitre 171.

Mircea Eliade  l’historien des religions, le mythologue et le philosophe a  dans ses travaux, tout particulièrement dans le « sacré et le profane » que lorsque l’humain perd la notion du sacré (ou du consacré) qui fixe les limites religieuses ou profanes inviolables, l’homme se transforme en volcan de violences sans limites. Le sacré, profane, magique ou religieux, lorsqu’il affronte  la souillure de son monde le fait toujours par effet dialectique en opposant à la souillure la pureté et la purification d’ordre spirituelle, rituelle, institutionnelle ou sociale. Il montre que la sacralisation (consécration) par procédé symbolique ou ritualiste n’est pas un retrait du monde, mais une ouverture au monde, un redevenir du monde dans une perspective épurée. Cette quête d’épure, archétypale, s’exprimant par le symbole, l’ontologique et l’actancielle répond à la transcendance.

L’homme en violant le sacré ou en le reniant perd la dimension transcendante de sa raison  d’être, le sens de sa projection dans l’histoire universelle et la lecture de  la norme extérieure à lui et au-dessus de lui. Il devient lui-même sa propre norme, la référence du monde, le tabou en conflit avec d’autres normes, d’autres références et d’autres tabous fabriqués par l’homme comme ses outils et ses objets. En réalité il emprunte aux mythes passés dépossédés de leur sens socio historique.

La confrontation de désirs, de représentations et d’objets fétiches, tout particulièrement  dans la civilisation occidentale depuis la Renaissance, installe le désordre permanent et de plus en plus exacerbé sans pouvoir recourir au sacré qui arbitre et apaise. Les mots sacrés et les référence au sacré sont hors champ de la communication sociale, politique, économique et intellectuelle. Les narratives sont des descriptifs de choses, d’appropriation de ces choses et d’usage abusif de ces choses. Les narratives de puissance et de pseudo justice des dominants prennent racine dans les anciens mythes et s’expriment dans un monde globalisé à travers l’économique, le politique, le culturel et l’idéologique.

L’Empire croyant posséder l’idéal de puissance par sa suprématie technologique et médiatique tente d’imposer sa lecture symbolique, ontologique et magique du monde en se présentant comme étant le seul sacré le confondant avec son impunité et son arrogance. Dialectiquement, dans son rapport à lui-même et dans son rapport aux autres, l’Empire ressemble de plus en plus à  Babylone la prostituée marchant vers sa perdition et emportant avec elle non seulement ses courtisans, mais aussi les fous fascinés par son spectacle.

La lucidité consiste à se purifier moralement, spirituellement et intellectuellement. Il ne s’agit pas de se purifier n’importe comment et avec n’importe qui car les insensés, les rois irresponsables et les royaumes en folies peuvent facilement inciter les naïfs ou les empressés à confondre la rivière de folie avec l’eau de Jouvence, l’eau de Zemzem ou les eaux du Jourdain. La lucidité la plus élémentaire est de se rincer les yeux avec ses propres larmes pour voir ce qui se passe et ce qui se passe derrière la dramatisation des narratives et la théâtralisation du monde :

{La ruse de Satan est évidemment fragile !}

Les yeux grand ouverts mais les esprit fermés par Satan et ses émules, les fous ne percevaient le Prophète (saws) que comme un fou, un possédé, un magicien, un utopiste. D’autres fous en d’autres lieux et d’autres moments ne voyaient pas  ce Prophète comme une miséricorde divine, mais comme un sabre. Lorsque les fous se rencontrent, les rivières de la folie coulent à flot gommant les nuances, les différences,  les libertés et les vies humaines :

{Ils dirent : « Allons-nous suivre un seul homme d’entre nous-mêmes? Nous serions alors dans l’égarement et la folie. Est-ce que le message a été envoyé à lui à l’exception de nous tous? C’est plutôt un grand menteur, plein de prétention et d’orgueil ».}

{En vérité, les impies sont partagés entre l’aberration et la folie.}

Dans le royaume des fous la victime et le sacrifié ne le sont pas pour leur  religion :

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle
L’autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle

Cet extrait de  « La rose et le réséda » (Celui qui croyait au ciel / Celui qui n’y croyait pas),  écrit  en  1944 par Louis Aragon montre la voie du refus de la folie :

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat.

 

Coalition internationale contre Etat islamique ?!

Aucun motif y compris celui de la  monstruosité des crimes de DAESH n’autorise un esprit lucide ou une conscience vigilante à accepter la « coalition internationale » contre le pseudo « Etat islamique du Levant et de l’Irak ».  Toute acceptation serait une marque de stupidité pour ne pas dire une trahison. Nous avons refusé au nom de notre humanité et de notre islamité indissociables et avec des arguments religieux, moraux et politique que l’Islam ne se transforme en instrument idéologique pour agresser les Etats ou pour terroriser les populations. Par la grâce de Dieu nous avons eu la lucidité de voir les évènements et d’écrire sur des thèmes majeurs de notre temps en anticipant sur les conséquences catastrophiques des acteurs dont nous avons montré l’insenséisme de la pensée et l’inculture de la démarche.   Les arguments du refus de la nouvelle agression ne manquent pas aujourd’hui et il faut être aveugle pour ne pas les voir :

Sur le plan principiel : Il faut refuser de :

Porter  atteinte à la souveraineté nationale et ingérence dans les affaires nationales.

Réhabiliter et  légitimer les agressions impériales au Soudan, Somalie, Irak,  Afghanistan, Palestine, Libye,  Syrie, etc.

Cautionner les agressions futures au nom de principes refondateurs de la politique impériale de l’Occident  envers le reste du monde : devoir d’ingérence au nom de l’humanitaire discriminatoire, de la lutte contre le « terrorisme » ou de tout autre alibi inventé par la « la communauté internationale ».

Sur le plan de l’expérience : il faut rappeler les évidences.

Là où l’empire intervient au nom de la justice, des droits de l’homme, de la liberté, de la démocratie ou de l’humanitaire nous assistons à :

–          L’installation du chaos, le découpage territoriale, le recul de la justice, des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie ….

–          La prédation pure et simple…

–          L’installation des bases militaires…

–          L’émergence de bourgeoisies compradores (liées au capital anonyme étranger)…

–          La résurgence et l’aggravation des différents frontaliers légués par le colonialisme…

–          L’aggravation des luttes intestine sectaires et partisanes…

–          La coalition internationale et la communauté internationale sont des rhétoriques de communication qui masquent la réalité : l’Amérique conduit le monde en monopole qui ne tolère ni contestation ni conseil. Elle n’a pas d’alliés, mais des vassaux. Dans ses agressions elle donne aux autres le rôle de figurants ou de financiers, mais le commandement ainsi que les moyens sont ceux de l’Amérique.

Sur le plan des objectifs :

1-      La sortie de crise économique et financière par la relance des industries militaires et la confiscation des ressources en instaurant la guerre perpétuelle et  l’économie de guerre (rapine)…

2 – La présence militaire dans le monde musulman pour accentuer les pressions politiques et économiques. Ces pressions visent l’Iran en premier lieu pour l’amener à faire des concessions  ou à faire des erreurs justifiant l’agression. Elles visent en second lieu les élites « récalcitrantes » des pays arabes et musulmans pour les amener à brader leurs ressources et à se transformer de comptoir commercial colonial en base de l’OTAN pour financer ou intervenir au lieu et place de l’Empire lui faisant ainsi économie de sang et de ressources

3 – L’agression de la Syrie en ciblant d’une manière délibérée des installations ou des institutions, en provoquant des dommages collatéraux ou en  ripostant à une éventuelle « riposte » vraie ou imputée à l’armée syrienne.

4 – L’instauration par imposition de l’Etat kurde allié à l’Occident  en amputant des territoires à l’Iran, à la Syrie et à la Turquie. L’arrogance impériale s’imagine qu’elle a non seulement le droit, mais le pouvoir de faire et de défaire des territoires et des nations comme si elle était une divinité grecque façonnant le monde selon ses caprices ou ses désirs de vengeance.

5 – La finition du démantèlement de l’Irak, de son partitionnement ethno-geo-confessionnel et de l’entretien d’une guerre fratricide entre les Irakiens. 12 mille ans d’histoire effacées par la rencontre entre la culture Macdonald et celle des bédouins.

5 – Reprendre la main contre l’axe de la résistance : que ce soit en Palestine, en Syrie ou ailleurs dans le monde, l’Amérique est tenu en échec et ne gagne pratiquement aucune guerre et ne réussit aucun plan dans le monde. Elle perd de l’autorité et de la puissance. Les experts de l’empire savent qu’ils doivent réhabiliter leur autorité en instaurant un nouveau rapport de forces en leur faveur. Leurs  esprits stupides et veules, ne veulent pas se rendre à l’évidence : ils n’ont pas les compétences intellectuelles et  morales pour conduire des guerres respectables car il leur  manque les généraux et les hommes politiques ayant les qualités d’initiés au sens que leur donnent les stratèges militaires comme Clausewitz et Tsu.  Leur seule capacité est de détruire. Dans leur folie de destruction et leur inculture ils ne parviennent pas à effacer l’image qui frappe les esprits : comment et pourquoi une horde de barbares a pu instaurer un état  « islamique » au cœur du monde arabe alors qu’ils ne sont pas parvenus à sécuriser ou à pacifier une portion de territoire en Somalie, en Irak et en Afghanistan.

6 – L’Empire s’imagine instaurer un rapport des forces tel que le régime syrien ne puisse avoir comme perspective que s’effondrer ou se vassaliser laissant ainsi l’axe de la résistance dans le désarroi. C’est une guerre d’usure à laquelle l’axe de la résistance est habitué à gérer tant bien que mal. Il est parvenu à couper le HAMAS de la Syrie, du Hezbollah et de l’Iran, mais ses troupes « arabes » indisciplinées et empressées ainsi que la nature agressive de l’entité sioniste lui faussent les calculs. Le Qatar sans poids historique et la Turquie « fâchée » avec les Arabes et amie d’Israël ne peuvent jouer le rôle qui leur est assigné. L’Egypte est hors-jeu. Les facteurs d’entropie dans l’action et dans la communication sont trop nombreux pour laisser à l’empire une liberté de manœuvre efficace et subtile. Il se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

7 – L’affrontement avec la Russie sur un territoire non européen. La folie des dominants et des dominés est devenue la culture mondiale qui refuse de voir le désordre mondial comme fruit de l’hyperpuissance arrogante  lui préfèrant l’explication eschatologique de l’histoire. Pour les uns ce sera l’Armageddon qui donnera la suprématie du monde aux sionistes, pour les autres ce sera l’Antéchrist ou le retour du Messie qui descendra sur Damas pour régler le compte des mécréants. Dans ce scénario judéo-chrétien « islamisé » les musulmans sont divisés entre ceux qui voient une alliance entre islamistes et américanistes contre les régimes syriens, iraniens et russes et ceux qui voient au contraire  une alliance des musulmans avec les Russes et les Chinois contre l’Occident. Bien entendu les musulmans continuent de ne pas voir les fondamentaux de leur religion qui leur commandent de ne pas verser le sang d’un innocent et de ne pas combattre sous une fausse bannière. L’Amérique ainsi que ses alliés cherchent la confrontation avec la Russie pour des raisons géopolitiques qui n’ont rien à voir avec l’eschatologie. Leur rationalisme ne les empêche pas d’être conduits par la loi métaphysique de la gradation historique (Al Istidraj) vers l’implosion à l’intérieur et l’explosion à l’extérieur sans qu’ils puissent se rendre compte des mécanismes qui les y conduisent et sans possibilité d’agir pour leur salut et celui de leurs alliés.

Tous ces objectifs se conjuguent et s’alimentent, mais nous avons la conviction que l’ultime objectif est la liquidation du Hezbollah libanais qui est parvenu par ses capacités de résistance, sa doctrine militaire et politique, ses analyses géopolitiques ainsi que son déploiement en Syrie et peut-être en Irak à s’imposer comme modèle de résistance  transcendant les clivages islamistes non islamistes,  sunnites chiites.

Sur le plan de la dialectique :

La théorie du complot donne bonne conscience, mais ne peut expliquer la complexité du chaos. Il faut manier plusieurs concepts pour parvenir à  expliquer brièvement la dynamique, les contradictions et le chaos qui s’est mis en place depuis plusieurs siècles. J’en retiens trois pour simplifier : Le rapport de l’Occident à lui-même dans son rapport à la modernité et à la Postmodernité.   Le rapport de l’Occident à sa contradiction sur le plan de la civilisation  qui se manifeste par l’Islamophobie. Le rapport de l’Occident à l’Eurasie.

Sur le premier plan il y a triomphe de la matière et de la communication sur l’esprit de sens libérant des forces de destruction infernale que la narrative médiatique et  idéologique présente comme idéal de progrès. L’Occident, par les arts, les philosophies et les sciences  s’est cru Prométhée agissant comme un Titan défiant les dieux de l’Olympe. Les deux grandes guerres au lieu de mettre fin à son matérialisme  ont fait émerger  un autre mythe celui de Hermès où il s’agit de fédérer les communautés écervelées, sans centre et sans totalité dans le totalitarisme de la marchandise mise en spectacle. Hermès, joueur de pipeau, protecteur des arts et de la communication est aussi protecteur des marchands et des voleurs.  La marchandise n’est plus le bien et service utile échangé sur un marché libre et concurrentiel, mais tout ce qui procure du désir, désir de jouissance, de puissance, d’immortalité, de rêve, de fantasme, de futile et d’inutile. Le monopole de la communication formate les esprits et instaurent le cynisme et le nihilisme dans une civilisation de jeu et de spectacle.

Sur le second plan, imbriqué dans le premier, nous avons la même machine   idéologique et  médiatique qui cultive la méfiance envers l’Islam et la défiance entre les musulmans pour mener une véritable guerre contre le monde musulman. La guerre contre le musulman est objective dans le sens où le monde musulman contient les ressources convoitées et les idées redoutées. Ce n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité tangible : le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, le communisme ne sont ni une crainte ni une perspective pour l’Occident, ce sont des vestiges qui apportent du réconfort aux individus, mais sans dimension universelle ou historique.

Paradoxalement la Russie pourtant occidentalisée  et insérée dans la mondialisation libérale se trouve propulsée, à côté de l’Islam, comme un danger à abattre. Le poids de l’histoire, la personnalité de Poutine, l’influence de l’Eglise orthodoxe, la spiritualité de l’Orient, la géopolitique, la bêtise de l’Occident et sans doute un « coup de pouce » métaphysique  poussent la Russie à émerger bon gré mal gré comme rival voire comme ennemi de l’Empire. Celui-ci est réconforté par sa rhétorique « hermèsienne » ainsi que par sa hantise  de l’Eurasie. L’Eurasie place objectivement la Russie comme alternative viable et efficace à l’Empire.

L’Eurasie c’est l’Asie, l’Europe et l’Afrique comme géographie des diversités humaines et culturelles, des  économies complémentaires, des profondeurs historiques, des gisements de ressources, des potentiels humains. L’Eurasie c’est le monde musulman en coopération avec le reste du monde dans un projet qui reste à définir et qui pourrait être non capitaliste, une alter  mondialisation. L’Occident et les bédouins arabes ont tout fait pour montrer l’Islam dans sa seule dimension arabe alors qu’en termes de géographie, de spiritualité, de culture et  d’histoire l’Asie est dominante. Il faut oser voir la coopération possible entre les peuples musulmans et non musulmans  de  Chine, d’Inde, d’Irak, de Syrie, d’Iran, de Turquie. Il faut oser voir l’Afghanistan et le Pakistan, libérés des alignements idéologiques et des  sectarismes religieux, impliqués dans l’Eurasie et par conséquent dans le devenir du monde pour comprendre ce qui se joue réellement.

Malek Benabi avait osé dire, en son temps, la vérité sur l’Inde et le Pakistan, qui dérange aussi bien le colonialisme anglo-saxon que les rentiers de la religion islamique et leurs valets des monarchies arabes. En jouant sur les fibres sentimentales et l’esprit d’épicier des élites musulmanes l’empire dans son déclin avait soustrait de l’Inde  le Pakistan et le Bengladesh. Sa partition visait à épuiser le non alignement idéologique indien et à le vider de son statut de  première force spirituelle dans le monde et de première démographie musulmane. L’Inde, Etat continent, avait toutes les ressources pour devenir le moteur ou le partenaire d’un nouveau monde. Elle avait abrité les plus grands empires musulmans, le sultanat de Delhi  et les Mongols comme elle avait abrité auparavant les plus anciennes civilisations humaines.  Il faut imaginer l’Inde en coopération avec l’Indonésie, la Chine et l’Afghanistan et impliqués dans une Eurasie fédérale. Nous devons faire l’effort de lire une carte du monde et nous interroger  sur ce qui aurait pu se passer et sur ce qui pourrait se passer si on se mettait à penser autrement et à nous libérer du  sectarisme et de l’esprit partisan.

Les académies de géographies de sa majesté, les historiens des académies militaires des héritiers de l’empire britannique et les anthropologues de la colonisation française ont produit la pensée de domination. Elle connait les convulsions, les tares, les mythes et les potentiels des anciennes colonies.  Elle sait trouver les perfides, les traitres et les ignorants qui servent ses intérêts. Elle a développé par ses laboratoires et par ceux des sionistes l’islamophobie l’instrument le plus diabolique de ses manipulations comme elle a développé méthodiquement et efficacement les instruments de répression, de prédation et de subversion.

L’Islamophobie, comme rapport au devenir du monde,  en criminalisant les uns et en magnifiant les autres, en montant les uns contre les autres, donne à l’empire les moyens psychologiques et militaires pour saper toutes les possibilités et compliquer les conditions de résurgence  des  peuples musulmans dans l’histoire humaine afin de maintenir la domination politique et économique impériale et de ne pas confronter l’Occident, sans repères spirituelles et sans projet d’avenir pour l’humanité,  à une rivalité civilisationnelle qui met en  péril son système.  Terrorisés, les élites et les peuples musulmans n’ont pour alternative  que de se transformer en terroristes qu’il faut éradiquer ou en indigène qui cherche à se vassaliser au point de devenir des agents de subversion, de diversion et de délation pour le compte de l’Empire.

L’islamophobie n’est ni une guerre de religion ni un  racisme, mais l’instrumentalisation de l’infantilisme religieux et de l’incurie politique  pour détruire ou rendre incohérent et inefficace ce qui pourrait redonner du  sens et ce qui donne assise à une résistance contre l’empire ou une existence en dehors de l’empire. Ainsi on sape, après avoir poussé, encouragé et mis en scène, les horreurs vraies ou supposées des « islamistes » ce qui donne dimension civilisationnelle à un territoire et à un peuple : fragmentation de la  géographie, dénaturation  de l’histoire, perversion de l’économie, schizophrénie ou narcissisme pervers des  mentalités collectives, déliquescence de la langue qui perd le sens de la mesure, du beau et du sens au profit de la laideur et de la méchanceté… Dans cette corruption globale le système de précaution consiste à entretenir le chaos et faire en quelque sorte que le chaos favorise la pensée nihiliste et le comportement négateur d’autrui par lesquels le musulman tue un autre musulman et que cette tuerie devienne banale et généralisée pour n’importe quel motif politique, culturel, confessionnel, ethnique. Le phénomène n’est pas propre au monde musulman, il est le syndrome de la déstructuration globale. L’Occident n’est pas responsable de ce syndrome qui relève de la psychologie sociale d’une géographie à un moment particulier. L’Occident favorise l’apparition de ce phénomène et rend son règlement difficile et couteux car ce phénomène favorise lui permet de réaliser son agenda politique, idéologique et économique.

Il est significatif de voir le silence ou le consentement des élites religieuses et intellectuelles lorsqu’un chef d’Etat arabe et musulman se faisait sodomiser en Libye ou lorsque des soldats et des civils se faisaient égorger en Syrie. Il est encore plus significatif de voir ces élites devenir bruyantes lorsqu’il s’agit de préparer l’opinion à accepter l’agression américaine comme un acte de justice internationale, de salubrité ou de salut. Depuis 2006 le sionisme a mené plusieurs agressions contre la Palestine occupée, mais les élites arabes et musulmanes  ont été silencieuses si on fait abstraction de quelques dénonciations timides et sans portée.

Sans l’esprit canaille qui habite nos mentalités jamais des canailles n’auraient osé nous terroriser au nom de notre religion et jamais les commanditaires de ces canailles ne viendraient s’imposer comme providence divine ou deus machina.  On ne lutte pas contre les canailles de DAESH en appelant les canailles de l’empire. Il faut oser nous libérer de l’esprit canaille du colonisé.

La manifestation de l’Islamophobie est flagrante non seulement dans la gestion médiatique de l’Etat « islamique » qui persiste à étaler ses atrocités et la non viabilité de son modèle qui n’a rien d’islamique, mais dans celle des élites musulmanes qui se croient obligées de manifester leur attachement à la préfecture de police et leur disponibilité à jouer les indicateurs de police pour montrer leur bonne foi de bons citoyens intégrés. Il s’agit de produire les deux extrêmes, l’ennemi utile et l’interlocuteur valide, les deux, idiots méprisables sont amenés à prendre la posture du bourreau ou de la victime. Dans un cas comme dans l‘autre ils sont amenés à renvoyer l’image de celui  qui  ne mérite ni la compassion ni l’égalité  dans la conscience des hommes  ni les droits et la dignité dans l’administration militaire, policière et juridique. Sans empathie le bourreau et la victime peuvent être jetés en pâture, mis au silence ou instrumentalisés dans ce qu’on appelle la stratégie du choc. Le pire est de voir le bourreau et la victime devenir des agents consentant pour choquer les autres et les duper. Ce niveau de déshumanisation et à cette échelle dépasse l’entendement. La gravité, la durée et l’ampleur de ces contradictions témoignent que la crise est majeure : elle relève de la civilisation. Une civilisation est en agonie, mais celle qui doit prendre la relève ne vient pas encore. L’Islam a pour vocation la civilisation par sa compétence à fédérer, à libérer et à transcender les égoïsmes, mais les musulmans ne parviennent pas à se hisser au niveau des responsabilités exigées par l’Islam : témoigner de la vérité et de la justice tout en faisant oeuvre de bien.

 

Quels pronostics :

Une fois de plus l’empire va se confronter non seulement à son échec, mais à l’aggravation de la situation. Il est trop tôt pour tirer des conclusions hâtives, mais nous percevons déjà les signes :

L’empire est prisonnier de ses échecs et de ses désordres. Il est difficile de le voir réussir son stratagème.

Le monde musulman a payé le prix du terrorisme impérial : 10 millions de morts. Les souffrances des peuples sont une malédiction pour le commanditaire et l’artisan qui vont fatalement et réciproquement se faire très mal.

Les Irakiens sunnites et chiites opposés à l’ingérence étrangère se font déjà entendre.

Le président de l’association des savants musulmans, Youssef Al Qaradhawi, conteste l’intervention américaine contre DAESH. Après une navigation à vue et une démarche trop partisane qui l’ont amené à discréditer l’intelligence musulmane en Libye et en Syrie il conteste enfin DAESH et les Américains. Les déboires des FM en Egypte, le revirement du Qatar, les affrontements idéologiques avec l’Arabie saoudite et le Wahhabisme, le pragmatisme américain qui use et jette ses instruments, la prise de conscience du franchissement de la ligne rouge.    La corruption américaine qui consistait à soutenir et à armer les « modérés » en Syrie semble ne pas fonctionner. La méfiance envers Obama semble se manifester durablement et sérieusement. L’administration américaine devient de plus en plus lourde et confuse rendant ainsi ses manœuvres de diversion et de subversion plus compliquées et moins efficaces.

Les Turcs sont en voie de règlement de la question kurde et la situation risque de déstabiliser la Turquie. Les Kurdes n’ont pas tous envie d’une autonomie territoriale et l’amalgame ethnique n’est pas toujours bien perçu par une ethnie qui a construit sa mentalité et son économie à travers le sol et l’histoire. L’Etat kurde qui viendrait refaçonner la géographie, la géopolitique du pétrole et la reconfiguration des territoires au détriment de l’Iran et de la Russie  n’est pas acquis par les intéressés eux-mêmes qui connaissent les mêmes problèmes d’intrusion impériale que les autres ethnies dans la région. Erdogan a habilement assis son pouvoir et celui de son parti sur le nationalisme turc et l’esprit ottoman, il lui sera difficile de faire admettre au peuple turc un projet de morcellement de son territoire.

Les Iraniens ne vont pas se laisser évincer de l’Irak et de la Syrie. Ils ne vont pas aussi tolérer la présence de forces militaires dans leur espace vitale. Ils ont acquis la capacité de résister et de contourner. Le temps, la géographie et la dynamique des  rapports de force jouent en leur faveur. Pour l’instant les Houtistes chiites au Yemen font monter la pression politique et personne ne sait le rôle qu’ils auront à jouer contre les Américains et leurs alliés. Nous savons que l’armée saoudienne a subi des revers lors de sa confrontation avec les Houtistes. Idéologiquement il est impossible de voir les chiites et les salafistes djihadistes coordonner leur effort contre l’Amérique ou contre l’Arabie saoudite, mais les exigences militaires du présent et l’instinct de survie peuvent les amener à coexister pacifiquement. C’est un scénario probable. Personne ne peut sonder le cœur des hommes dans les conditions extrêmes. Cela échappe à la technologie et aux laboratoires. Nous savons par observation des faits et par déduction logique que les déceptions et les tragédies dans le monde arabe à la suite des pseudos révolutions vont fatalement poser la question de la responsabilité. Est-ce que les populations exacerbées vont continuer de se contenter des bouc-émissaires et des fausses bannières ou vont-elles se poser d’autres questions et y apporter (ou prendre) d’autres réponses. L’empire n’est pas Dieu. Ses stratagèmes sont limités et faillibles.

Le Hezbollah, présent en Syrie, sait qu’il est une cible potentielle et il est difficile de le voir conduit au suicide ou à l’étouffement. Il est difficile de le voir inactif alors que ses alliés stratégiques sont en danger.

Il est difficile de voir les Russes rester les bras croisés alors que le destin les pousse, malgré eux, à jouer le rôle d’alternative à l’Occident ou du moins de partenaire stratégique pour les pays émergents. Les Russes ont remporté la première manche en Syrie, ils ont remporté la seconde manche en Ukraine et il est difficile d’envisager leur retrait ou leur défaite dans cette troisième manche. La Russie manifeste déjà ses craintes et laisse deviner les menaces qu’elle fera peser… La France otage de sa bureaucratie, de son bavardage, de ses clientélismes et de ses déchirements partisans et idéologiques a très peu conscience du danger qu’elle fait courir à ses administrés.  Elle se met en première ligne contre la Russie et contre le monde musulman alors que ses intérêts et sa sécurité devraient lui commander l’inverse.

Les populations musulmanes ne vivent pas le terrorisme takfiriste comme une fatalité, mais comme le résultat de la politique américaine et de leurs vassaux religieux et politiques. Il est difficile d’imaginer les populations arabes oublier le martyr de Fellouja et de Gaza. Il est difficile d’imaginer les réactions de ceux qui vont comprendre qu’ils ont été manipulés, humiliés et maudits par la faute des étrangers qui ne respectent ni pacte ni morale ?

Il est difficile d’imaginer le devenir des intérêts arabes, idéologiques et économiques, mis au service du chaos dans la région.

Il est difficile d’imaginer les souverainistes et les indépendantistes en Europe sans voix alors que l’empire leur donne des justifications pour attaquer le système qui lui est inféodé.

Dans ce champ de possibilités à imaginer nous pouvons envisager la pénétration de la culture DAESH à Gaza. Cette culture peut être importée en l’état avec ses conséquences tragiques pour la résistance palestinienne qui sera accusée d’hérésie pour avoir exercé son devoir de résistance et refusé de vider la Palestine de sa population sous prétexte que sa terre est impure du fait de la présence juive. Le pourrissement de la situation et le jeu pervers dans la région peut faciliter un tel scénario. Cette culture pourrait aussi se retourner contre ses instigateurs et se recycler dans une autre dimension  et dans une autre perspective prenant nouveau socle à Gaza, en Jordanie et en Egypte : la lutte à mort et sans concession contre l’état hébreux. La Jordanie a peur de ses deux scénarios et commence déjà à montrer des signes d’inquiétudes.

 

Conclusion :

L’empire et ses alliés n’ont aucune solution. Le fait de prévoir 3 ans de difficultés montre que le chaos s’installe pour tous sur deux ou trois décades à moins que la magie ne se retourne contre le magicien. Il est vrai que l’empire dispose de laboratoires, d’instituts, d’académies, d’archives et de réseaux lui facilitant la gestion du monde et qu’en face de lui il y a très peu de savoirs mobilisés, mais il est dans un état de décomposition que même s’il se présenterait comme Ulysse il aurait du mal à nous convaincre qu’il a les moyens et le temps pour nettoyer les écuries d’Augias. Le colonialisme français et anglais puis l’arrogance américaine ont tellement sali notre monde et leur image dans notre monde qu’il leur est impossible de continuer à jouer un rôle dans l’histoire. En 2014, des musulmans de France, de Belgique ou du monde arabe, en quête de reconnaissance,  s’imaginent dans la posture d’égorgeurs alors que d’autres s’imaginent dans celle d’auxiliaires des services.  Ils viennent ajouter de la salissure à un tableau suffisamment sombre. Dans les années quarante, la période la plus sombre du peuple algérien, Malek Benabi, par la bouche d’une vielle indigène,  avait exprimé le regard prémonitoire  et la conscience du rapport du  colonisé au colonisateur :

« Malheur à ceux qui nous portent secours car nous serons leur épreuve ! Malheur à ceux qui nous font du mal car nous seront leur tentation ! »

Nous portons le même regard et nous affirmons que la solution à  nos  problèmes passe par le refus de la tutelle colonialiste et par la quête la plus lucide de ce qui produit et maintient la régression politique, culturelle, sociale et économique et la lutte la plus implacable contre ce qui produit l’errance et l’aventurisme en l’occurrence l’ignorance et le despotisme. Il faut se mettre sérieusement et avec responsabilité à expliquer les principes de l’Islam pour le libérer des imposteurs et des falsificateurs tout en  défendant l’humain  contre les manipulations diaboliques et l’action  dissolvante du colonialisme et de ses émules.

Les indices montrent que la coalition derrière laquelle se cachent les USA est de moins en moins viable. La puissance technologique (puissance de calcul, puissance de frappe et puissance de l’image) ne peut suffire pour endiguer la folie auto destructrice des américains ni celle des Takfiristes comme elle ne peut occuper militairement un territoire dont la population lui est hostile et tout particulièrement lorsque cette population a déjà vécu l’horreur des massacres et de l’inquisition.

Le plus difficile à imaginer est la traduction de la pensée et de la littérature eschatologique  dans la suite des évènements. Chacun est convaincu de l’imminence et de la nécessité d’un affrontement planétaire. L’anthropologie a montré que les mythes non seulement expliquent des tragédies anciennes, mais annoncent celles à venir d’abord comme une catharsis sociale ensuite comme préparation effective à un chamboulement historique majeur.  Tous les observateurs impliqués dans le devenir du monde semblent à la fois redouter et attendre la venue de la fin pour être délivré de l’incertitude et du chaos.

Sur un plan plus terre-à-terre il est toujours difficile d’imaginer si les Russes vont doter la Syrie de défense anti aérienne et de système de guerre électronique, si les Syriens vont subir les assauts de l’armée américaine et voir leur armée disparaitre comme celle de l’Irak, si les Américains vont tolérer d’être pris pour cible….

Beaucoup de questions et peu de réponses. Les fanfaronnades médiatiques témoignent que les va-t-en-guerre ne se sont pas posés les bonnes questions et n’ont pas toutes les réponses. Lorsque le président français se posent des questions et répond aux journalistes en leur disant qu’il ne leur dira pas comment et où les frappes militaires vont se faire il se dupe et dupe l’opinion. Il ne sait pas car il n’a pas pouvoir de savoir. Il ne sait pas car les donneurs d’ordre ne le savent pas. Les Français savent qu’il ne sait pas et ils ne lui font pas confiance. Quel est le devenir d’une coalition boiteuse, menteuse et fragile ?

Dans la modernité Prométhée représente l’Etat d’esprit de l’entrepreneur matérialiste. Dans la post modernité Hermès représente le spectacle de la communication. Vivant une modernité agonisante et une post modernité avortée l’Occident est devenu un pervers narcissique en rupture avec l’ordre et la mesure, mais aussi un schizophrène qui croie que le discours des médias est la réalité qu’il a façonnée de sa main et décidée par sa volonté. Le comble de la morbidité psychique et de la confusion mentale c’est de croire qu’après l’agression sioniste contre Gaza on peut aligner de nouveau les Phantom et les Apache contre des peuples qui vont rester dociles et qui ne vont pas s’inventer de nouveaux moyens de résistance pour ne pas dire des instruments de vengeance.

Nous pouvons faire le même pari que celui que nous avons fait l’année passée à la veille de l’agression contre la Syrie. L’empire ne réagit qu’au rapport des forces. Le Hezbollah, puis l’Iran, ensuite les Russes viendront à tour de rôle intervenir dans ce rapport de force. Comme l’année dernière, le Hezbollah affichera clairement son intention de pointer ses missiles sur Tel Aviv, l’Iran affichera clairement son intention de pointer ses missiles sur les bases américaines et sur le détroit arabo persique, les Russes se mettront en mobilisation générale et afficherons leur détermination à soutenir la Syrie. Les Russes peuvent refaire le coup du « Roque » et cette fois-ci ce ne sera pas le chimique syrien mais l’Ukraine. L’UE sera le dindon de la farce qui permet aux Américains de sauver la face.  Sur le terrain les Russes et les Iraniens vont sans doute aider   les Syriens et  les Irakiens à prendre des positions stratégiques rendant l’intervention américaine inutile et tout son cinéma médiatique ridicule. Avec ou sans deal entre les Américains et  les Russes nous serons d’une manière ou d’une autre  dans la situation du jeu « ton doigt entre mes dents et mon doigt entre tes dents, si tu me mords je mordrais en plus fort ». Qui est le joueur le plus déterminé à mordre l’autre et quels sont  le niveau et le délai de souffrance qu’il s’autorise avant de céder. La logique du jeu permet d’envisager froidement les scénarios possibles après que l’un des joueurs ait perdu son doigt arraché par la morsure de son adversaire. Il est fort probable que le référendum en Ecosse devienne la morsure décisive. Ce serait une humiliation pour l’empire et ses vassaux, mais une économie de souffrances et de sang pour les peuples de la planète.

A l’instar des Écossais les peuples musulmans aimeraient  choisir librement et démocratiquement les gouvernants et le mode de gouvernance qui leur convient. Ce jour là les charlatans égyptiens et saoudiens n’auront plus de voix pour détourner les musulmans du devoir de lucidité et de vérité. Pour l’instant et quels que soient les retournements de situation et les arrangements de circonstances nous devons afficher les invariants et les positions de principe :

Non à l’ingérence étrangère. Non à l’effusion de sang. Non à l’imposition idéologique.

 

 

Inquisition en Egypte

La condamnation à mort des militants des Frères musulmans qui ont refusé le coup d’état militaire est inquisitoriale. Elle ne repose ni sur la justice ni sur le droit ni sur la morale. C’est le comportement bête et méchant qui croit que l’exemplarité et la sévérité des peines contre un adversaire politique déchu par manipulation suffit pour reconquérir la légitimité politique perdue.

Les monstres sont en train de cultiver la haine et la violence qui vont emporter ce qui reste de vivable en Egypte pour le seul profit de l’Empire, du sionisme et des milieux d’affaires égyptiens. La gauche, les libéraux, les nationalistes et les bigots salafistes qui ont participé à ce scénario n’ont aucune envergure politique et morale pour gouverner l’Egypte avec ou sans les militaires. Ils viennent, une fois de plus de montrer leurs limites politiques et leur médiocrité intellectuelle.

La répression brutale et cruelle a déjà produit les ferments de la dislocation sociale et morale de la société. Ni le FMI ni les investisseurs étrangers ni les conseillers étrangers ne pourront redresser un pays de 85 millions d’habitants menés par l’intimidation et la menace.

Je ne pousserai pas le cynisme à charger les Frères musulmans, mais depuis la pseudo révolution contre Moubarak ils n’avaient fait que s’embarquer dans un processus qui a cherché l’embrasement de la région faisant du soulèvement légitime des pauvres et des exclus un prétexte, un écran et une mécanique diabolique.  Ils avaient l’obligation de déjouer le complot et de refuser la précipitation et la tentation du pouvoir. Non seulement ils sont tombés dans la Fitna, mais ils en sont devenus les instruments. Il ne s’agit pas de revenir sur les errements politiques et idéologiques des Frères musulmans, mais de dire que la compassion ne suffit pas pour prendre position et mettre fin à ces cycles d’insenséismes. Les arrangements d’appareils, les luttes « révolutionnaires »  et les archaïsmes des confréries montrent une fois de plus les impasses auxquels ils conduisent fatalement.

Dénoncer les militaires et  faire de cette dénonciation la seule arme de résistance n’est pas réjouissant. Il semble que la répression poursuit cet objectif  : mettre l’armée et une partie du peuple dans une guerre sans merci derrière laquelle le capital continue son oeuvre de déstructuration des territoires, des économies, des sociétés et des mentalités. Le Qatar et l’Arabie saoudite, leurs savants attitrés et leurs médias  mené le monde arabe et  l’Egypte vers le chaos programmé.

 

Narrative et Histoire sur la Russie

Dans « Guerre et paix »,  » La guerre et la paix » ou  » De la guerre et de la paix », Tolstoï fait référence à l’histoire de la Russie à l’époque de Napoléon Ier (notamment la campagne de Russie en 1812). Il peint le drame humain qui s’est  joué en amont, pendant et en aval de l’invasion glorieuse de Napoléon qui finit dans l’humiliation (en 1805 Austerlitz, en 1812 la Berezina). Il dépeint les personnages tout en martelant sa vérité sur la mystique de l’histoire. Tolstoï répète dans son roman que l’histoire et les guerres telles que racontées par les historiens sont une narrative mensongère. Les philosophes récentistes contemporains remettent eux aussi les narrations idéologiques et politiciennes des événements assemblées comme étant l’Histoire.

Il faut lire Tolstoï pour comprendre la grandeur et la spiritualité russe face à l’Europe. La Russie ne peut se résumer à Tolstoï, mais elle partage avec lui le mysticisme et l’ascétisme qui la rattachent à l’Orient et non à l’Occident. Il faut lire l’histoire pour se rappeler qu’entre l’Orient et l’Occident les rapports ont toujours été des rapports de guerre puis de paix puis de guerre. L’Europe élargit ses frontières, exporte ses crises et importe ses ressources en faisant la guerre à la Russie. L’Empire américains hérite des traditions européennes il se comporte donc comme les personnages et les fonctions qui ont fait l’Europe et qui sont en train de la défaire.

L’Occident continue sa narrative fabulatrice et fallacieuse. Les vidéos sur les snipers qui ont tiré sur la population et sur les militaires ne sont pas évoquées par les médias systèmes.

http://fr.euronews.com/2014/03/06/ukraine-une-rumeur-accuse-lopposition-detre-les-snipers-de-maidan/

Le dialogue entre le MAE estonien et la MAE de l’Europe ne semble pas émouvoir les russophobes qui ne manquent ni de temps, ni d’imagination, ni de culture pour trouver que les médias arabes constatent que Poutine a échoué en Ukraine perdant ses gains en Syrie.

Sa rhétorique illogique et inculte lui fait dire qu’il a promis une aide (via le FMI) de 11 milliards d’Euros mobilisables sur 3 ans alors que l’Ukraine a un besoin de 30 milliards dans l’immédiat.

L’Ukraine est poussée vers le déterminisme cynique qui lui fait perdre le peu de souveraineté qui lui reste pour sauver son peuple de la faillite morale, politique et économique que ses élites vassalisées à l’Occident ont réalisée. Ces élites sont les mêmes qui ont réalisé la « révolution orange » et servi par la suite le système corrompu et incompétent. L’Europe en crise économique et idéologique le conduit vers sa  Bérézina.

Ce schéma mensonger, triomphateur et corrupteur fait dire à  M. Barroso :« Nous sommes prêts à signer l’accord d’association ». Le pacte d’adhésion à l’Europe (contre la Russie), cherché par Bruxelles pour installer l’OTAN, permettrait à l’économie ukrainienne d’économiser 500 millions d’euros en frais de douanes et rapporterait 400 millions aux agriculteurs. Quel effet d’éclat ! La machine à calculer nous dit que 400 millions partagés entre 15 millions de ruraux sur les 45 millions ukrainiens c’est 28 euros per capita. Al mendba kbira wal miyat far. La prospérité est aux portes de Kiev.

Les bureaucrates de l’Europe ne sont pas faits pour gouverner ni pour écrire des Romans. Ils mettent en musique le « soft powerment » de Brezinski  qui fait envoyer le reste du monde contre le reste du monde pour maintenir la suprématie de l’Empire. Non seulement l’Empire ne donnera pas la force et l’intelligence à l’Europe pour ne pas en faire une rivale, mais il les entrainera dans sa chute et ses confusions.

En guise de confusion, il y a une semaine on nous avait dit que les Tatars musulmans de Crimée avaient choisi l’Ukraine contre la Russie pour ne pas perdre leur religion. Aujourd’hui on nous dit qu’ils sont hésitants entre les Russes et les Ukrainiens. À l’ère de l’Internet, une recherche rapide nous donne le poids démographique des Tatars en Ukraine : 0,5 %. Les Russes représentent 17 %.

A moins que la narrative est de mobiliser les Turcs et le sultan ottoman Erdogan et de revenir à l’histoire ancienne où l’Europe modelait ses frontières et où la Porte Sublime d’Istanbul commandait le khanat tatar de Crimée avant sa défaite devant l’Empire russe. À moins qu’il ne s’agisse de faire entrer de nouveau le Turkménistan oriental dans le conflit régional et le Turkestan oriental (les Ouïghours du Xinjiang en Chine).

L’Européen est la mémoire trafiquée du monde moderne, il a été l’auteur de tous les troubles, de toutes les partitions. Les poupées et les poupons médiatiques sont des marionnettes qui lisent les consignes des bureaucrates qui n’ont toujours pas réglé la partition du monde selon les fantasmes de l’histoire ancienne. La mystique de l’Histoire, ses pannes, ses bouleversements et leur impossibilité à l’aboutir sauf par deux guerres mondiales est au-dessus de leur capacité morale et spirituelle.

Les fanatiques musulmans se réclamant de l’orthodoxie sunnite n’ont ni la culture ni la lucidité pour refuser d’être des mercenaires en armes ou des auxiliaires de plumes à la solde de l’Empire. Écouter les préoccupations de nos frères égyptiens avant et après le coup d’État du maréchal Sissi : la destruction du Caire par les Fatimides.

Les stupides arabes ne débattent pas de la campagne d’Égypte de Napoléon.  Leurs homologues français ne débattent pas de la campagne de Russie de Napoléon et de sa doctrine de guerre qui consiste à anéantir l’adversaire croyant dans sa seule force militaire. Napoléon avait engagé 600 000 milles hommes dans la bataille de Moscou en 1812, mais après avoir brulé Moscou il fait l’erreur de s’y attarder et d’y subir son destin : Lorsqu’il engage sa retraite l’hiver est déjà là avec sa rigueur et ses cosaques. La Grande Armée refait le chemin du retour sur les zones qu’elle a auparavant dévastées. Seuls quelques dizaines de milliers de rescapés franchissent la Bérézina. La Grande Armée est définitivement détruite.

Ni Hollande ni Obama n’ont la grandeur de Napoléon, ni son génie, ni sa folie, ni son courage. Ils ne connaitront donc pas sa décadence. Leurs brosseurs n’ont pas la plume trempée comme celle de Tolstoï pour nous livrer un récit humain avec du talent et une vision sur l’Histoire empreinte de spiritualité.

Il ne faut pas croire que le narratif romanesque universel est spécifique aux auteurs de génie comme Tolstoï, Dostoïevski, Gorki, Tchekhov et tant d’autres. La narrative est une spécialité russe et indo-européenne.  Le roman le plus vendu et le plus traduit dans le monde c’est « les mille et une nuits ». L’esprit de Sind Bad le marin et de Shahrazade la conteuse ne semble pas produire une sémiologie du fantastique et du fantasme narratif que la culture musulmane a légué à l’Occident. L’Occident aime fantasmer, mais il n’aime pas qu’on touche au grisbi de la géopolitique du pétrole. Ni lui ni nous n’allons donc utiliser la structure mentale du colonisé pour comprendre les déterminants qui ont fait que les splendeurs de Bassora des Abassides deviennent un cauchemar pour les peuples musulmans.

C’est l’étude du conte russe qui a permis de modéliser la narration, ses personnages, ses fonctions, ses temps de récit, ses intrigues. C’est le linguiste et folkloriste russe Vladimir Iakovlevitch Propp de l’école structuraliste qui analysa méthodiquement la structure des contes merveilleux russes.

Son ouvrage principal est « Morphologie du conte ». Propp distingue dans le conte merveilleux les éléments stables et les éléments variables. Dans la composition, seuls comptent les éléments stables. Ce sont ces éléments stables bâtis sur l’existence des fonctions narratives qui font progresser l’intrigue et mettent en mouvement les personnages dans une intrigue. Après avoir étudié des milliers de contes, Propp est parvenu à formaliser les sept personnages et les trente et une fonctions qu’un romancier ou un metteur en scène construit dans une fiction. Tout le reste n’est que décor et style. Les personnages évoluent et les fonctions se greffent les unes dans les autres par contamination ou par rebondissement.

Les scénaristes d’Hollywood écrivent au moins un scénario par jour. Gabriel Garcia décrivait le travail de fiction comme un travail de menuiserie où il faut débiter et assembler les planches. Le bon auteur sait choisir et agencer ses planches. Le bon lecteur sait agencer à sa manière les planches si l’auteur à l’intelligence et la sensibilité de rendre curieux et intrigant.

Le français Algirdas Julien Greimas (russe d’origine) a synthétisé le modèle de Propp sous le nom de « Schémas actanciels ». Greimas est un linguiste expert en sémiologie (étude du signe et du symbole). Pour lui il y a schéma lorsqu’il y a une unité de deux contradictions. Il y a sens lorsque les concepts se mettent en relation pour signifier. La narrative américaine et européenne consiste, entre autres, à présenter la Russie comme l’Union soviétique (ou l’Allemagne nazie) et   Poutine comme Staline (ou Hitler) dans la souffrance des Ukrainiens. Elle présente l’OTAN et le FMI comme des institutions caritatives.

La narrative scientifique, l’histoire mystique et la quête de sens dans un esprit libre et logique permettent de voir le réel dans le conte et de voir le conte dans le réel tout en distinguant l’un de l’autre. On revient aux fondamentaux d’Aristote : Qui fait quoi et pourquoi. Les technologistes et le rationalisme de l’Occidental nous mettent en scène le comment.

Pour mixer le réel et le romanesque et en même temps provoquer le scandale pour ne pas devenir sa proie (selon l’expression de Marx) il faut oser dire que la première expérience tant littéraire que militaire (historique) de Tolstoï est dans son engagement dans l’armée russe  au Caucase ( Tchétchénie et Daghestan) face aux célèbres Cheikh Chamil  et Mollah Ghazi.  Personne ne sait avec certitude s’ils revendiquaient l’indépendance, l’Islam ou l’allégeance aux Ottomans en guerre avec la Russie. Nous savons cependant avec certitude que la décadence et la chute de l’Empire ottoman ont été une tragédie pour les peuples musulmans qui vivaient sous sa régence ou sous son influence.

Tout cela parait compliqué et embrouillé. Il faut le simplifier en cherchant l’enjeu stratégique du monde en émergence : l’Eurasie. Sous l’impulsion des Russes et des Chinois et avec la collaboration du Pakistan, de l’Inde et de l’Iran nous avons la perspective d’une nouvelle coopération des peuples, coopération économique, culturelle et  scientifique qui met fin à l’hégémonie impérialiste de l’Occident. Ce nouveau monde met fin à l’hyperpuissance et à ses vassaux et réunit l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Europe sur d’autres formes d’organisations qui mettent fin aux géopolitiques de puissance et de pétrole imposés par les empires européens et américains au reste du monde.  « L’avenir : mode d’emploi de Roger Garaudy » décrit le processus et ses promesses. Il parle de la nouvelle route de la soie . « L’Afro asiatisme » de Malek Bennabi décrit lui aussi l’alternative pacifique à la logique de puissance et de guerre de l’Occident. Garaudy et Malek Bennabi sont des visionnaires documentés qui nous ont convaincus de l’alternative au mondialisme capitaliste et impériale. La Russie et la Chine sont en train de  réaliser cette utopie. Le monde sunnite dominé par les anglo-saxons joue le rôle de fossoyeurs de ce projet au lieu de le financer et de le cogérer.

Il s’agit, selon Garaudy, de  » donner aux 80% de la population du globe, aujourd’hui sous développée en raison de sa dépendance ou de son enclavement par les déserts, les possibilités d’un développement proprement humain

[…]  Cette nouvelle route de la soie du XXIème siècle est en train de changer l’axe du monde et c’est pourquoi les forces du passé s’acharnent contre elle.

[…] Il y a certes encore des failles ou du moins des faiblesses provisoires dans la  construction de ce monde futur : d’abord l’absence d’Etat en Russie, livrée à l’anarchie et à la prolifération des mafias par la prostitution d’Eltsine et de sa bande à son protecteur américain. Mais les impératifs de l’histoire triompheront, quel que soit le régime qui rendrait à la Russie une existence étatique. C’est ainsi que le vice-Ministre des Affaires Etrangères Grigori Karasine, a récemment déclaré que Moscou accorderait une attention accrue à l’Asie. En effet, les dirigeants russes sont enclins à soutenir l’Iran, car ils savent que, sans lui, il serait difficile de développer l’Eurasie. Que les routes partent de Chine ou d’Asie centrale, vers les océans indien, le Pacifique, la Méditerranée ou l’Europe, doivent passer par l’Iran. Pour engager des relations à long terme avec l’Inde, améliorer ses relations avec la Chine, il faut donc que la Russie contribue à la stabilisation de l’Iran, notamment en concluant avec ce pays des accords pour le développement du pont terrestre. [… ] De son côté l’Iran s’efforce d’empêcher que la guerre en Afghanistan ne déstabilise l’ensemble de la région et ne menace la Russie.

[…] Un autre maillon, encore faible, est celui de l’Afrique où la colonisation continue d’exercer ses ravages malgré les revers subis.

Ce qui est ahurissant est la capacité phénoménale du spirituel à penser le monde et à produire une narrative au service de l’homme alors que le religieux dogmatique,  sectaire et partisan est incapable de s’émouvoir, de se libérer des carcans de son insenséisme qui le met au service de la narrative qui justifie la domination et le chaos dans le monde.

Que ce soit sur le plan historique, narratif ou géopolitique la structure est toujours binaire : la confrontation dialectique entre deux imaginaires pour mettre en mouvement les hommes et les événements vers un objectif  dont la réalisation ne dépend toujours pas de leur volonté, de leurs moyens et de leurs calculs. Si nous poursuivons la logique binaire jusqu’à son paroxysme crisique la première des choses qui frappe les yeux est l’aveuglement des Européens qui vont devenir le théâtre d’opérations militaires inédites entre la Russie et l’OTAN sur leur territoire. Les centaines de milliers de morts dans la campagne de Russie de Bonaparte ou les dizaine de millions de morts dans la seconde guerre mondiale seront un conte de fée devant l’horreur qui risque de se produire.

 

Tolstoï, Dostoïevski et Poutine.

 « Il faut être un grand homme pour savoir résister même au bon sens.  » écrivait Dostoïevski dans « Les démons ». Nous allons suivre ce conseil et résister au tapage médiatique et à sa « vérité » criarde et obscène sur la Russie et l’Ukraine comme nous avions déjà résisté sur les évidences en Libye et en Syrie. C’est une obligation de santé mentale, de dignité humaine que de refuser l’aliénation ou l’alignement sur un agenda qui n’est pas le nôtre.

A quelqu’un désireux de savoir comment il pouvait démontrer que la Russie détenait l’héritage du Christ, Dostoïevski répondit sans hésiter : « Si l’Occident nous demande quelle grande œuvre nous sommes capables de tirer du trésor de notre esprit, nous nous réclamerons de Tolstoï et de son Anna Karénine ; cela suffira. »

Celui qui a lu les grands romans russes et l’art des auteurs russes de conjuguer les singuliers de la psychologie, du social, du religieux, du paradoxe, du politique, de l’économique et du psychologique à l’universel de la tragédie humaine ne peut parler de la Russie passée ou actuelle avec mépris et arrogance. Oublier la grandeur de la Russie, de son territoire, de ses ressources, de ses peuples, de sa littérature, de sa spiritualité, de ses révolutions, de ses tragédies, de sa peinture, de sa musique, de son histoire, c’est faire preuve d’inculture.

Même l’analphabète qui ne sait lire ni roman, ni poésie, ni Coran, ni Bible, ni livre de recettes de cuisine sait par éducation, par instinct, ou par l’humanité qui l’habite, qu’il ne faut pas mépriser autrui et qu’il ne faut pas s’avancer à juger le passé ou l’avenir d’un homme ou d’un pays sur un fait. Le bon sens dit toujours que les choses sont plus simples et qu’il faut chercher ce qui se cache derrière les embrouilles. Il nous dit aussi que le simplisme réducteur est infantilisant, car il cache un paternalisme qui impose une tutelle. La littérature russe met en scène la confrontation entre le cynisme et l’arrivisme au bon sens populaire. L’Occident n’entent et n’écoute que ses axillaires qu’il a formatés et qui parviennent à le manipuler dans une relation perverse où il est difficile de voir le dominant du dominé, le manipulateur du manipulé. La relation est diabolique.

Les dirigeants occidentaux et leurs cabinets se montrent de plus en plus en plus comme des bureaucrates narcissiques et diaboliques que comme des gouvernants avisés et cultivés. Ils ne connaissent rien ni de la Russie ni de leurs propres peuples.

Si en Géorgie, en 2008, l’Occident pouvait se montrer « scandalisé » de la réaction de Poutine qui a admirablement manœuvré en faisant mordre au serpent sa propre queue. Aujourd’hui, le tapage médiatique russophobe et le cirque du filousophe de tous les temps ne peuvent cacher l’incurie et l’inculture de l’Occident qui sont en train d’accélérer son déclin devant la résurrection de la Russie et de l’Église orthodoxe.

J’ai écrit, par le passé, sur l’Afghanistan en montrant comment le commandant Messaoud a été monté en héros par BHL pour effacer Qalbu Eddine Hikmatuyar. Les gens avisés, instruits et cultivés savent que les malheurs actuels de l’Afghanistan sont en partie dus à l’administration américaine et à ses alliés arabes et musulmans : l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Pakistan. Notre filousophe botuste était le mouharraj médiatique. Les musulmans, habitués aux gesticulations du manipulé impuissant, sont incapables de faire une lecture géopolitique convenable en temps réel, en temps différé ou à postériori. Et pourtant le projet Eurasie est un projet de convergence historique, idéologique, politique, culturel et économique crédible et intéressant pour les peuples musulmans et une partie de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie. Ils préfèrent une guerre civile en Syrie, une destruction de la Libye et une guerre contre l’Iran pour épuiser leurs ressources. Très peu parviennent à faire le lien entre un Empire agonisant et un nouveau monde en émergence dans lequel ils doivent trouver leurs repères et leurs places comme acteurs ou comme partenaires.

Les principaux commandements qui gouvernent la politique américaine sont en train de se vider de leur substance et de leur efficacité. La violence, le dollar, la profondeur stratégique de la mentalité insulaire héritée de l’Empire britannique, la vassalisation, l’idée de grandeur civilisationnelle ne sont pas un dilemme pour la Russie qui sait les contrer avec intelligence et efficacité. Elle montre son savoir-faire comme une voie à suivre.  L’Occident est sans voix et sans voie, car face à lui il y a un projet de civilisation rival, même s’il a les mêmes apparats matérialistes et capitalistes. Les fondements historiques, culturels et spirituels ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas d’idéaliser la Russie ou de fétichiser son chef, mais de rappeler qu’elle est dans son aire naturelle et que l’Occident joue le rôle d’intrus. Face à l’intrusion, les Russes jouent leurs atouts et le cas échéant ils joueront leur survie.

Il faut avoir le talent intellectuel et la grandeur d’âme de Malek Bennabi ou de Roger Garaudy pour voir les changements du monde et les voir sous cette perspective et dans cette région du monde. Au lieu d’épuiser l’énergie dans un dialogue avec le Vatican qui continue de ne pas reconnaitre Mohamed (saws), le Coran et l’Islam, il aurait été plus intéressant de dialoguer avec les peuples et les Églises orthodoxes d’Orient et de Russie loin des nationalismes exacerbés instrumentalisés par la géopolitique anglo-saxonne.

Les élites occidentales sont en train de se conduire comme les « élites » arabes et musulmanes : des fragments dispersés et mortifères sans projet ni culture que met en mouvement la rente économique et la mégalomanie de celui qui n’a plus les moyens d’entretenir ni sa grandeur ni ses fantasmes sur la grandeur.

La Syrie et l’Iran qui étaient un enjeu stratégique pour la Russie ont, après la Géorgie, permis à Poutine de réveiller l’âme russe et de remettre à l’ordre du jour le projet des poètes et des gouvernants russes : l’Empire russe. Staline et plus tard Gorbatchev et Eltsine sont des accidents de parcours. La Russie a sans doute tiré les leçons de son histoire tragique ainsi que celle de la bataille stratégique sur la Syrie qu’elle a remportée. La prochaine bataille est d’ordre vital : l’espace russe avec sa profondeur culturelle, économique, militaire et historique…

Les incultes de l’Occident vont fatalement se trouver devant la réalité de la géographie, de l’économie, de l’histoire, de l’armée et de la mentalité collective russes. Les incultes de l’Orient doivent se réveiller de leur léthargie et voir qu’au moment où l’Ukraine focalise l’attention, le Liban la Palestine et l’Iran sont la cible réelle de visées de plus en plus inquiétantes. Par ailleurs il n’est ni logique ni juste que les communautés musulmanes et chrétiennes de Syrie soient punies pour leur neutralité.

A quelques années après la guerre de libération nationale alors que ma famille éprouvait de la fierté pour le premier diplômé de la famille dans la filière des mathématiques j’avais découvert la littérature russe. J’étais tellement fasciné que je ne dormais plus, je séchais mes cours, je ne faisais que lire roman sur roman, auteur sur auteur. J’ai connu des Russes, plus tard, et je les ai cru lorsqu’ils me disaient que lire Tolstoï, Gorki, Tchekhov, Dostoïevski en russe est fascinant.

Lorsqu’on constate l’effarement des médias et des officiels du déploiement silencieux et efficace des Russes en Crimée on ne peut manquer de se rappeler Léon Tolstoï qui disait dans « Guerre et paix » :

« La vérité doit s’imposer sans violence.  »

« Ce n’est pas la violence, mais le bien qui supprime le mal.  »

Notre imaginaire, ce stock d’images mentales de ce qui a été lu, entendu, vu et pensé, nous permet d’imaginer tant pour l’Ukraine que pour la Région, la violence et le bien versus russe et versus occident. Pour l’instant le système est sans imagination. Il est une nouvelle fois mis dans la posture du serpent qui se mord la queue.

Lorsque Poutine réagit aux imbécillités de l’OTAN et de la Maison-Blanche en disant que si la Russie est menacée il transformerait l’Occident en « boule de feux », la presse système tente de le tourner en ridicule. En réalité, elle exprime la peur au ventre du serpent qui se mord la queue chaque fois que sa morsure lui fait mal au point de ne plus sentir le venin qu’il s’est injecté :

« Face à une valse-hésitation entre guerre et paix, les éditorialistes occidentaux estiment que Vladimir Poutine assoit son pouvoir à court terme, mais n’emploie pas une bonne stratégie pour l’avenir. » (http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/ukraine-s-il-declenche-la-guerre-poutine-sait-qu-il-deviendra-un-paria_1496833.html#MIy3AGR3pseGkTbS.99)

Le Russe, qui se croit non seulement le plus proche du message de Jésus, mais le sauveur de l’humanité mise en périls par les démons occidentaux, dit sous la plume de Dostoïevski :

« La peur de l’ennemi détruit jusqu’à la rancune à son égard. »

Les médias qui paniquent sont contents d’annoncer la baisse de la Rouble russe, mais ils sont tellement ignorants et méchants qu’ils ne savent pas que les exportations russes vers l’Allemagne vont augmenter et que l’idiotie américaine d’exclure la Russie du G20 ne fait pas les affaires de l’Allemagne.

Comme toujours la Poire et la Fève sont dans un surréalisme comique qui n’impressionne que les officiels et intellectuels africains et maghrébins. Ils sont dans l’adaptation de la réalité du monde à leur microcosme parisien. Ils se comportent comme Hollywood ou le cinéma français  lorsqu’il a adapté le chef d’œuvre de Tolstoï que Dostoïevski cite comme preuve de la grandeur et de la spiritualité de la Russie : Anna Karénine.

Tolstoï a fait d’un drame humain universel peint comme une fresque psychologique et sociale une affaire de bals, de costumes, de regards langoureux, de fornication, d’adultère. La passion humaine, la quête de l’absolu, le doute, le paradoxe, le changement psychologique, la mise en abîme qui se réalise comme une fatalité, les frivolités et l’hypocrisie de l’aristocratie face aux malheurs des humbles que Tolstoï a peints ne peuvent être du gout de la gent lettrée mais inculte  qui hante les salons et les antichambres du pouvoir et de l’opinion publique.

En restant sur une note littéraire sans pessimisme ni optimisme posons-nous la question sur qui devrions-nous imputer cette image de Tolstoï sur Anna Karénine :

« Elle n’éprouvait plus envers son mari que la répulsion du bon nageur à l’égard du noyé qui s’accroche à lui et dont il se débarrasse pour ne pas couler. »

À quel personnage pourrions-nous imputer, en ces temps de crise, cette sentence qui ouvre le roman de Tolstoï « Anna Karénine « et annonce la tragédie qui s’y joue :

« Je me suis réservé à la vengeance », dit le Seigneur.

Le roman russe est une lecture addictive ! Pour avoir le talent russe il faut baigner dans cet univers où la peinture, la musique, la spiritualité, la logique et le fantastique côtoient la dure réalité de l’existence terrestre, de ses conflits, de ses contradictions… pour raconter l’universel habillé en russe ou habité par un Russe. Il faut comme le disait Tolstoï tremper sa plume dans sa propre chair et son propre sang pour parler de l’humain. La langue russe forgé par des millénaires de tragédie, de philosophie et d’art reflète la grandeur et la spiritualité d’un peuple qui a enfanté Tolstoï. Il faut être inculte et raciste pour croire que les russophones vont accepter de désister de leur langue maternelle. La langue russe est l’héritage que l’Eglise slave a donné aux générations. C’est une langue orientale qui a ses racines sémitiques enchevêtrées avec les langues de ses voisins. Les ultra nationalistes et leur maître à penser américain  ont mis le feu à la poudrière non pas politique, mais linguistique.

Malek Benabi avait abordé la question de La relativité linguistique. Tout  montre que chaque langue donne à son peuple une singularité dans la vision du monde, le canevas pour les idées, le mode de sensibilité artistique, la forme d’appartenance à l’espace et aux coutumes, le rapport au temps et à l’action.

La langue est le socle de l’identité. Ni le Russe, ni l’Ukrainien, ni le Slave, ni les peuples d’Asie centrale, ni l’Oriental ne vont changer d’identité à cause de la « chute du mur de Berlin » ou de l’effondrement  de l’Empire américain. Les linguistes objectifs ont compris que la langue russe a été adopté par les peuples d’Asie centrale et de l’Europe de l’Est non pas par l’imposition des Tsars ou des Bolchéviques, mais par sa qualité intrinsèque et sa compétence à répondre à l’usage et à la pensée des peuples qui se sont appropriés cette langue présentée comme parmi les plus belles, les plus riches et les plus expressive du monde.  En supprimant la langue russe les « révolutionnaires » ont montré leurs limites culturelles et intellectuelles ainsi que leur faillite morale, idéologique et politique. Ils se sont mis sur le terrain de la sensibilité culturelle et identitaire qui ne permet aucune concession et aucune négociation. Les commentateurs des télévisions n’ont pas de sensibilité pour comprendre celle des autres, ce sont des machines de tayhoudites.

La bombe nucléaire saoudienne, le Pakistan et Kadhafi

Les  Saoudiens font du chantage aux Etats-Unis en refusant l’offre  de siéger au conseil de sécurité de l’ONU  et en annonçant l’achat d’une bombe atomique pakistanaise. Ils expriment une fois de plus l’infantilisme du vassal qui ne comprend pas pourquoi son maître non seulement n’entre pas en guerre contre la Syrie, mais cherche à parvenir à un accord avec l’Iran. Les monarchies n’ont ni politique ni vision stratégique pour leurs royaume et pour le monde arabe, il serait donc vain d’analyser politiquement et militairement l’annonce de la bombe atomique. Comme les Saoudiens sont derrière la transformation des « révolutions arabes » en bain de sang et en confusion qui ont conduit à la mort de Kadhafi et comme les rapports déclassifiés de la CIA présentent Kadhafi comme le financier des Frères musulmans qui ont demandé son assassinat par la voix de Cheikh Youssef Qaradhawi, je publie de nouveau l’article écrit par Kadhafi   que j’avais traduit et publié le 29 mai 2009 :

Le marécage pakistanais

L’occident, en particulier l’Amérique et Israël, n’ont jamais souhaité voir le Pakistan posséder une bombe nucléaire. Mais le 28 mai 1998, ils se sont réveillés mis devant le fait accompli : le Pakistan était devenu une puissance nucléaire. Ils avaient alors blâmé leurs Services de Renseignements dans leur défaillance à prévoir les essais nucléaires et à les empêcher.

 Les livres, les articles et les discours innombrables ont nommé la bombe nucléaire du Pakistan « la bombe islamique » la percevant comme menace apocalyptique du monde musulman contre le monde occidental et pouvoir de dissuasion contre leurs intérêts. Dans les écrits contre l’arme nucléaire pakistanaise tout l’imaginaire était mobilisé pour la faire percevoir comme l’annonce du Jugement dernier.
 Tous les efforts ont été déployés pour dissuader le Pakistan de posséder la bombe atomique. Le secrétaire d’état américain Henry Kissinger avait franchement menacé le premier ministre pakistanais Zulfikar Ali Bhutto par un langage non diplomatique : « si jamais vous faites la bombe, nous vous châtierons de telle manière que vous serez un exemple à méditer pour le reste du monde ». (Zulfikar Alî Bhutto est le père de Benazir Bhutto, élue premier ministre du Pakistan en 1988 ndt)
 M. Zulfikar Ali Bhutto, le fondateur du programme nucléaire du Pakistan, a vu les menaces américaines s’exécuter sur lui : il a fini pendu. Pour les mêmes raisons l’ancien président pakistanais le général Al-Haq Zia, qui a islamisé le Pakistan et consolidé son programme nucléaire, a lui aussi été assassiné. Plus récemment, Benazir Bhutto, fille de M. Bhutto, a été assassinée. D’autres peuvent encore faire face à un destin semblable.
La question, cependant, est : Pourquoi les Américains et les Israéliens refusent-ils que le Pakistan possède la bombe atomique ?
 Le Pakistan est un pays musulman. En fait, l’Islam est la base même de la création territoriale et de l’existence politique du Pakistan. Excepté la religion, il n’y a vraiment aucun autre facteur qui unisse les Pakistanais. Ceci explique pourquoi les Pakistanais semblent fanatiques au sujet de la religion. C’est l’essence de leur nationalité.

L’Islam est pour les Pakistanais ce que le judaïsme est pour les Israéliens, une question d’existence. Ce n’est pas le même phénomène pour d’autres pays. La Chine, par exemple, serait la Chine avec ou sans la religion. De même, l’Iran serait le même avec ou sans religion. Le même principe s’applique à la Turquie. Le Pakistan est unique. Il ne peut y avoir aucun Pakistan sans Islam, car l’Islam a servi de base à sa séparation de l’Inde et à sa raison d’être comme état. Vraiment, la bombe nucléaire pakistanaise est une bombe musulmane. L’Islam pour les Pakistanais n’est pas une question de foi seulement mais également une question d’ identité.

 Le Pakistan est témoin singulier des changements spectaculaires en raison de sa structure démographique complexe. Socialement, il se compose de diverses appartenances ethniques diverses et de nombreuses tribus guerrières et féroces avoisinant le Pakistan et l’ Afghanistan et qui n’ont aucune fidélité politique au Pakistan ou à l’ Afghanistan car dans leurs structures la notion d’état nation de l’Occident est inexistante dans leur histoire et leurs mœurs politiques. Cette région du monde est une structure sociologique hétérogène comportant des personnes qui parlent différentes langues, ces langues sont davantage un facteur de désunion qu’un facteur de fédération.
Le Pakistan et face à des défis majeurs qui menacent l’existence même de son entité socio politique interne du fait des perturbations internes et du fait de la macro région. Sur le plan externe il est menacé par la nature chiite de l’état musulman de l’Iran, par l’Inde hindouiste et bouddhiste. L’Islam au Pakistan ne vit pas dans une région qui lui garanti la sécurité et la paix. Le Pakistan, état musulman par excellence, est inséré dans un environnement hostile qui un facteur provocateur contre l’existence politique du Pakistan et contre sa propre essence musulmane du fait de sa confrontation permanente aussi bien au bouddhisme et à l’hindouisme qu’aux autres doctrines musulmanes intolérantes et fanatiques.

C’est la raison expliquant la formation et l’implantation des groupes musulmans violents affiliés avec les tribus féroces en Afghanistan aussi bien qu’Al – Qaida d’ Oussama Ben Laden ou d’autres groupes, tels que la Jamaâa Islamiya, l’association des disciples musulmans, les Ulamaa du Pakistan, les Ahl-el-Hadith, le mouvement islamique et d’autres. Ces mouvement assurent normalement une protection pour Ben Laden et son mouvement et ne se cachent pas de proclamer leurs concepts fanatiques de l’Islam.

 Le danger que représentent tels groupes fanatiques pour les Israéliens et les Américains est qu’ils peuvent tenir les rênes de la puissance, auxquelles ils aspirent en effet. Si ces groupes arrivent à prendre le pouvoir et à gouverner la région, ce qui est une possibilité, les résultats seraient alors catastrophiques pour les Américains et les Israéliens. Pour les américains et les Israéliens il est donc urgent de favoriser l’émergence au Pakistan de personnalités dans les partis politiques et dans l’armée qui leur soient favorables (démanteler à terme l’arsenal nucléaire ou le confier au contrôle américain – ndt). Cette voie poursuivie qui consiste à investir sur une élite pakistanaise considérée comme «responsable » n’a malheureusement, pour les américains Israéliens , aucune garantie qu’elle aboutisse à former à terme des gouvernements crédibles et soutenables.

Le cas échéant où ces groupes extrémistes auraient le pouvoir ils détiendraient alors la clé de la puissance militaire et la bombe nucléaire serait dans des leurs mains.

 Ceci a créé le marécage pakistanais dans lequel se sont enlisés les Américains et les Israéliens. Pour redresser cette situation potentiellement dangereuse pour eux, ils ont essayé de conduire le Pakistan vers une autre cible d’hostilité : l’Inde voisine.

Les Pakistanais se sont dit que leur ennemi est le Hindou, pas le juifs ou les chrétien, et par conséquent il faudrait que leur arsenal nucléaire soit focalisé sur l’Inde et non sur Israël ou les bases américaines. Il a fallu en même temps convaincre les Hindous que leur ennemi réel est bien le Pakistan et non un autre voisin et que celui-ci dispose des capacités de dissuasion dirigées contre les Hindous.

 Cette politique vise à préoccuper le Pakistan avec l’Inde et l’Inde avec le Pakistan dans une course à l’armement sans fin et dans l’oubli des autres défis. C’est sans doute la raison pour laquelle on assiste à des regains de tensions entre les communautés musulmanes et les communautés hindouistes et c’est sans doute aussi pourquoi l’Amérique n’a pas été disposée à contribuer à résoudre le problème du Cachemire, tandis que les Israéliens essayeront de le maintenir toujours chaud, inflammable et explosif.

La tension et l’inquiétude continueront donc à planer sur cette région du monde car dans un scénario comme dans l’autre le Pakistan, gouverné par la classe politique traditionnelle ou par les groupes extrémistes nucléaire, restera en permanence un danger et une menace pour les américains et les israéliens.

 les américains et les israéliens ne pourront, sans doute jamais, se dégager du bourbier pakistanais. Ils continueront donc à y semer la discorde et l’instabilité. Mais quelle que soit leur manière de gérer le dossier du nucléaire pakistanais, le Pakistan restera une zone dangereuse pour la région et pour le monde

Moammar Al KADHAFI : Chef d’Etat libyen

Source : https://www.washingtontimes.com/news/2009/may/29/the-pakistan-quagmire

Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie

Partie 1 |  | Partie 2  |   | Partie 3 |  | Partie 4 | | Partie 5 |

J’avais utilisé la symbolique du Roque du jeu d’échecs pour signifier le renversement du jeu et toutes ses implications stratégiques et tactiques : arsenal chimique contre la guerre avec un autre armement et d’autres acteurs dirigés contre l’entité sioniste, Poutine qui prend la relève d’Assad dans le conflit l’opposant à Obama, diplomatie des BRICS contre le bellicisme impérial, guerre totale mondiale (ou du moins régional) contre les frappes « ciblées » américaines… Le résultat a dépassé tous les pronostics et laisse la porte ouverte encore à d’autres dramatiques historiques impensables il y a quelques années ou quelques mois. Pour l’instant, on assiste à un chamboulement tactique dans le jeu dont certains éléments ont déjà été abordés par nos analyses antérieures. Nous sommes à la partie 6 avant l’épilogue qui sera l’évaluation des pièces et de leur position après l’abandon totale de la partie,  la mise en échec et mat, ou la situation du pat… Nous sommes encore loin de la fin de partie. Nous sommes au milieu de la fin et elle est intéressante à maints égards que nous exposons en 11 chapitres…

1 – Echec cuisant du bloc impérial et sioniste

Absence d’évocation du recours à la force

Absence d’évocation de la responsabilité de l’usage des armes chimiques

Absence d’évocation du départ du président syrien et de son régime

Absence de considération pour la France

Absence d’arguments et d’ouverture pour la continuité du droit d’ingérence et du devoir d’expédition punitive contre ceux qui défient « la communauté internationale »

Aucun lien avec les discours d’Obama qui se retrouve de plus en plus confus dans ses propres contradictions et de plus en plus isolé dans sa communication tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis

Aucune autorité sur les groupes islamiques armées qui annoncent leur agenda autonome et qui se fédèrent autour de leurs propres objectifs

Internationalisation du conflit syrien aux dépens de la rhétorique et des intérêts de l’Empire qui ne réalise aucun de ses objectifs de guerre. Selon l’analyse de la guerre par Clausewitz, l’Empire avait déjà perdu, car sa perte était déjà inscrite dans sa politique perdante et confuse qui cherchait une guerre à n’importe quel prix et sans aucun gain militaire, politique et économique pour les États-Unis, et qui finit par se rétracter devant la possibilité d’une guerre totale qu’il redoute et qu’il n’avait pas envisagée.

Obama saisit la perche que lui a tendue Hassan Rohani et engage avec lui un entretien téléphonique laissant l’entité sioniste, la France et les monarchies arabes complètement désemparées. Le fameux « dans un jour, une semaine ou un mois » j’attaquerais la Syrie se transforme en salamalecs en perse et en anglais où l’hébreu, l’arabe et le latin vont mettre du temps avant de comprendre les causes et les conséquences de l’ouverture de l’Amérique à l’allié indéfectible de la Syrie visée pourtant dans le collimateur US !

2 – Echec humiliant pour les Bédouins

Toutes les cartes politico militaires ont été jouées et il ne reste aux bédouins que la haine et la nuisance qui ne peuvent constituer une politique et encore moins une stratégie dans une région en mutation avec le rôle de plus en plus grand de l’Iran qui garde ses chances de développement intactes et ses possibilités de manœuvre, entre les Russes et les Américains, plus pertinentes et plus efficaces

3 –  Echec humiliant pour les Ottomans

Tout le travail réalisé par Erbakan qui a porté Erdogan au pouvoir et a facilité sa réussite politique et économique est en cours de remise en cause : la Turquie a perdu ses marchés et a perdu sa place dans le dispositif économique et géopolitique de l’Eurasie, sans pour autant gagner un rapprochement  avec l’Europe.

4 – Réussite de la Russie :

Imposition de la voie diplomatique contre le bellicisme US

Imposition de la Russie comme acteur principal, voire majeur, dans la conduite des affaires mondiales

Imposition des BRICS et à leur tête le Brésil qui a fait de la tribune des Nations-Unis une voix d’accusation contre les Etats-Unis et leur Président Obama pour leur espionnage et leur comportement de voyous internationaux.

Imposition de la Russie non seulement comme partenaire stratégique de la Syrie, mais comme allié qui sera impliqué militairement en cas de guerre contre la Syrie qui devient sa principale base militaire dans le monde. L’hégémonie militaire américaine et sioniste est du passé : les armées russes sont présentes et actives en méditerranée et dans le monde arabe via la Syrie.

L’Église orthodoxe s’est réunifiée sur le cas de la Syrie et elle entre comme nouvelle force spirituelle, morale, sociale et politique dans la gouvernance du monde. Elle redonne sur le plan intérieur et extérieur de la force et de la vitalité à la Russie slave, orthodoxe et non occidentale de Poutine. Elle donne du contenu et un redéploiement à la vieille idéologie russe de l’eurasisme qui consiste à fédérer la Russie, la Chine, les Balkans et le monde musulman comme un bloc autonome du monde occidental.

2014 est l’année du retrait officiel de l’armée américaine de l’Afghanistan avec l’idée de laisser des bases forteresses US pour le contrôle de la région et un gouvernement afghan « hétérogène incluant les Talibans » favorables à des liens économiques, sécuritaires et géopolitiques avec les USA.  Les Russes, les Chinois, les Pakistanais et les Iraniens ont sans doute donné des garanties aux Américains pour les aider dans leur retraite d’Afghanistan. Plus l’armée est massive et ses moyens colossaux plus sa retraite est périlleuse car les pertes en vie humaine et en matériel peuvent s’avérer catastrophique en valeurs et en incidence sur la politique intérieure. Le dialogue confidentiel a sans doute joué en faveur de la Syrie qui devient monnaie d’échange.  Comment les Russes, les Chinois, les Iraniens et les Pakistanais (de plus en plus favorables aux Russes et aux Chinois) vont gérer l’Afghanistan à la lumière de l’expérience syrienne et à la lumière des expériences des BRICS et de l’alliance sino-russe de Shanghai est l’énigme attendue.

Cette énigme va-t-elle faire oublier la Syrie ou au contraire l’intensifier d’autant plus que le conflit syrien est aussi un conflit qui entre dans le cadre de la géopolitique du pétrole. À titre de rappel, la Syrie est non seulement un gisement nouveau exploitable, mais elle aussi est le passage choisi pour acheminer le gaz russe en Europe faisant concurrence au gaz américano-qatari devant transiter par la Turquie.

L’orthodoxie figée et le dogmatisme stérile des sunnites, dans leur forme de wahhabisme, de Frères musulmans ou de salafisme ont montré leurs limites. Ils sont un facteur déstructurant et   anesthésiant devant l’expansion géopolitique et politique des chiites qui ont construit des instruments d’analyse et ne se sont pas confinés dans la compilation. Est-ce que les musulmans seront aptes à dépasser leurs faux clivages et à relire les cartes du monde  pour  y construire leur dignité et leur prospérité est la véritable question qui se pose lorsqu’on lit ce qui se dit sur la résolution de l’ONU et sur les entretiens dans ses  coulisses. L’analyse simpliste et romantique qui réduit le conflit syrien à un régime laïc sans dieu allié aux chiites contre les Sunnites ne tient la route que parce que les jeunes ont été amenés par un discours euphorisant  à prendre pour argent comptant ce que leurs idoles médiatiques disent au lieu d’examiner les faits.

5 – Réussite de Bachar al Assad 

La résolution des Nations-Unis non seulement ne remet pas en cause sa légitimité, mais la renforce en lui confiant la responsabilité du démantèlement de son arsenal chimique, alors qu’Américains et Français réclamaient son départ comme préalable à toute discussion et à toute solution politique.

Bachar al Assad  continue de communiquer sur l’armement dissuasif de la Syrie ainsi que sur sa popularité au sein de la population syrienne tout en exprimant sa victoire politique et sa détermination à mener le combat contre les groupes armés islamiques jusqu’à leur éradication. Rester au pouvoir jusqu’à 2014 et se présenter ou ne pas se présenter comme candidat aux présidentielles est une victoire politique, militaire et symbolique. Ses discours pour la galerie interne doivent devenir plus structurants et plus signifiant en termes de réformes, malgré la guerre, s’il veut sauver ce qui reste de la Syrie mise en ruines

6 – La question de la paix en Syrie :

La paix n’est pas gagnée, la guerre n’est pas écartée, car l’énergie déployée par l’entropie et la haine n’est ni épuisée ni compensée par une alternative de paix. En attendant les grands bouleversements au Pakistan et en Afghanistan, la question syrienne devra être suivie avec attention sur trois pistes qui ne sont pas des jeux de mots, mais des processus à imaginer, à deviner et sur lesquels les acteurs et les théoriciens doivent agir à court et moyen terme :

6-1 Guerre ou paix ?

Guerre ou paix entre la Syrie et les États-Unis sachant que cette guerre annoncée depuis plus de vingt ans et réactualisée à la lumière des « révolutions arabes » est une guerre qui dépasse la Syrie, pays, peuple et gouvernement.

Elle reflète la nature de prédation et d’entropie de l’impérialisme.

Elle s’inscrit dans la défense des intérêts stratégiques de l’entité sioniste dont l’objectif est de dominer politiquement, idéologiquement  et économiquement le monde arabe une fois que celui-ci aura reconnu Israël et normalisé ses relations avec lui.

Elle vise la revanche sur le Hezbollah et l’axe de de la résistance qui a mis en échec la puissance militaire de l’Empire et du sionisme.

Elle vise à mettre fin à l’effort intellectuel, scientifique et technologique des Iraniens et à leur ambition d’exporter leur idéologie. Le romantisme et la lutte idéologique nous font croire qu’il s’agit de l’acquisition de la bombe atomique, mais en réalité il s’agit de l’acquisition d’une culture d’inventivité et d’indépendance.

Elle intimide les pays en déficit de légitimé à livrer leurs ressources, leurs marchés et leurs armées pour devenir des bases coloniales dans la lutte que l’Empire mène contre le terrorisme qu’il a créé comme acte de diversion et de subversion et qui lui échappe de plus en plus.

Elle phagocyte les pays dans des ensembles régionaux confiés à un super vassal qui joue le rôle de gendarme régional et de pourvoyeur de fonds pour le compte de l’Empire ressemblant davantage à une organisation maffieuse qu’à un État.

Elle vise à affronter en Syrie l’idée de l’Eurasie qui émerge comme nouveau centre de gravité du monde et comme alternative ou du moins comme pôle contestant la suprématie financière, politique, économique et militaire de l’Empire en décadence

Elle engage une bataille préventive contre l’éveil islamique en le vidant de sa substance civilisationnelle et en jouant de ses contradictions internes idéologiques et politiques.

Dans cette configuration complexe, chacun joue sa perte. L’empire est cependant celui qui a le plus à perdre, car il est dans une situation financière, morale, politique qui plaide en sa défaveur. Il peut décider à n’importe quel moment de partir en guerre. Ce qui pourrait l’en empêcher est la fermeté de ses opposants qui ne doivent ni baisser la garde ni se désister de leurs moyens de résistance qui doivent se révéler de plus en plus dissuasifs. Par contre, ce qui pourrait l’y conduire est soit la faiblesse ou les contradictions dans ses opposants ou des opérations de subversions et de provocations que lui et ses vassaux parviennent à réaliser pour leur donner les justifications et les brèches à des attaques-surprises.

La grande inconnue est le front intérieur américain. La tendance contre la guerre et les contradictions du Président Obama ont montré une crise d’autorité et de confiance au sein de l’Empire ainsi qu’une confusion dans les objectifs et les gains de guerre qui relèvent de la loi coranique de l’Istidraj de l’Empire vers sa propre perte selon des mécanismes qui dépasse son entendement. Sur le plan rationnel, plus la gestion de la crise intérieure est longue et complexe et plus les risques de guerre s’estompent, car l’Empire va entrer dans la formulation interne de ses propres contradictions et jamais une guerre ancienne ou contemporaine n’a été gagnée dans ces conditions. Sur le plan de l’Istidraj, nous connaissons les principes, mais les mécanismes réels, le temps et les conditions de l’implosion interne et de l’explosion externe nous échappent. Nous voyons la tendance se confirmer comme nous voyons quelques jalons se manifester ici et là.

6-2 Guerre et Paix ?

Guerre et paix entre les Syriens et les brigades islamiques internationales avec le risque de débordement régional et avec le risque plus grand d’une formalisation sectaire ou confessionnelle pour maintenir la région dans le chaos et les peuples tenus à l’écart de la pensée sur leur devenir. Les groupes armés se fédèrent et disposent de moyens de combats plus opérants : ils vont faire durer la guerre longtemps et lui donner un prix rédhibitoire. Clausewitz a montré que la guerre et le commerce cherchent à obtenir des gains et à soumettre l’adversaire à sa volonté dans les limites des sacrifices consentis. Il n’y a pas de gains lorsque les sacrifices consentis sont plus grands que les gains ou qu’ils sont plus étendus en termes d’étendue d’espace et de durée dans le temps. Il n’y a pas de gain lorsque les populations sacrifiées, les États et les commerçants réalisent que la guerre menée en leur nom et pour leur cause ne leur a rien apporté sauf ruines et sang.

Il n’y aura pas de paix durable lorsque la guerre totale ne permet pas de négocier la paix. La paix par la défaite, la victoire ou la trêve  est toujours envisageable lorsque dans la culture des belligérants il y des limites à ne pas transgresser et la volonté rationnelle à évaluer objectivement les gains attendus et les pertes redoutées. La cause et la fin de la guerre, subie ou menée,  sont toujours politiques. Quelles sont les fins politiques des groupes armés ? Quel est leur pouvoir de fédération qui leur donne une légitimité et une crédibilité pour construire une politique consensuelle et négocier ?

Pour l’instant, nous assistons à une réorganisation totale des combattants islamiques, à un changement de doctrine. Nous assistons aussi à la promotion, une nouvelle fois, de la lutte antiterroriste au niveau internationale qui veut s’émanciper de la lecture américaine. Nous assistons à la volonté française, américaine, arabe et turque de financer et de soutenir la rébellion armée alors qu’elle est en pleine mutation et qu’elle échappe de plus en plus au contrôle de ses parrains. Nous assistons à une volonté de combattre sans objectif militaire tactique ou stratégique. Clauswewitz a montré que la guerre ne pouvait être menée et géré que si elle repose sur une théorie de la violence raisonnablement employée, car c’est la raison qui détermine la politique de la guerre et qui négocie les conditions et le moment de la paix. Face à des groupes armées qui font la guerre pour la guerre et des pays qui se sont fixés comme fin la chute de Bachar al Assad il est difficile d’imaginer un dialogue rationnel pouvant conduire à la paix durable.

Dans ces conditions, la Syrie est engagée à faire de son armée, de sa population, de  son territoire  et de ses voisins des champs de bataille où s’affrontent des désirs de combats sans volonté politique, des haines régionales, des impostures, des politiques, des entropies provoquées par l’Empire, des exacerbations confessionnelles et ethniques. La géographie, l’histoire, les mentalités collectives et les économies font peser sur les populations syriennes des charges qui dépassent leurs capacités intrinsèques à vouloir et à imposer la paix. Les autorités religieuses qui ont appelé à la violence sans en évaluer toutes les conséquences portent une grave responsabilité et elles resteront comptables devant l’opinion, devant l’histoire et devant Dieu des préjudices et torts causés à l’humain et au territoire.

Aucun stratège de guerre, aucun homme de religion, aucun politique ne conduisent une guerre s’il n’a pas dans sa tête le plan de paix et les moyens de négocier la paix qu’il soit victorieux ou défait. Il n’y a que les insensés, les criminels  et les infantiles qui peuvent envisager la guerre sans politique et sans moyen d’y mettre fin c’est-à-dire sans pouvoir de décision pour la conduire rapidement et efficacement à optimiser le rapport des gains et des pertes dans un cadre réaliste et global. Clausewitz a établi que  c’est la montée aux extrêmes qui fait l’essence de la guerre et, seul, le politique  peut limiter cette propension de la guerre à aller toujours plus loin.  La guerre totale  de pure  extermination destructrice de l’autre, en tant que nation, race, pouvoir ou culture ennemie est du nihilisme et non de la politique ou une « autre manière de faire de la politique par d’autres moyens ». Les partisans de la guerre, leurs commanditaires religieux seront les premiers à subir l’effet de manivelle de la violence de leurs décisions improvisées. La guerre n’est pas une affaire de gourou religieux ou partisan, elle est l’affaire de chefs d’Etat, d’initiés selon Tsu et de grande âme selon Clausewitz, car avant tout il s’agit de penser la guerre d’une manière politique et non militaire c’est à dire examiner la guerre dans sa totalité (la globalité de ses phénomènes) et dans ses desseins pour commencer à gérer la paix et en récolter les fruits  alors que la guerre n’a pas encore commencé. L’expérience « islamiste » contemporaine a montré son inculture politique et son bilan catastrophique. A ce jour ils ne parviennent pas à faire le retour d’expérience et à le conceptualiser. Au lieu de faire de la  guerre cessait  un instrument pour une politique sensée, ils deviennent eux-mêmes les insensés que la guerre instrumentalise avant de devenir  contre-productive et de se retourner contre eux. La lucidité est la vertu cardinale que le Coran a inculqué aux Musulmans, mais ces derniers semblent ne plus distinguer le bien et le mal, le vrai et le faux, la fin et les moyens. Ils ne parviennent pas à comprendre cette loi élémentaire :  » Toute violence illimitée dans ses fins provoque la violence de tous et fait perdre tout bénéfice ».

Je me rappelle la stupidité et l’entêtement de Abassi Madani et de Ali Belhadj à refuser de dénoncer la violence par principe politicien alors que dans la réalité ils n’avaient ni la culture politique ni la stature de chef d’État pour comprendre qu’il s’agissait du salut de l’Algérie. Le général Lamine Zéroual était une opportunité que le destin avait choisie pour sortir l’Algérie de la guerre civile, mais ni le FIS, ni les politiques, ni les militaires, ni les maquis islamistes n’avaient compris la situation ni fait l’effort d’envisager objectivement  leur devoir. Il leur incombait  d’aider un homme intègre, mais isolé, et incapable, tout seul, sans soutien populaire et politique, de faire sortir l’Algérie du gué du torrent de sang qui déferlait sur elle la déshumanisant  et handicapant son devenir sur plusieurs générations à venir. Lorsque l’existence de l’un dépend de la destruction de l’autre nous ne sommes plus dans une guerre, mais dans un massacre gratuit qui ne produit que des pertes et du chaos sur lesquels il sera difficile de construire la paix ou de gouverner un pays.

L’irresponsabilité non seulement continue puisqu’aucun acteur ne veut faire son bilan, mais elle devient crapuleuse lorsque nous voyons les uns et les autres instrumentaliser le flou et la terreur pour faire avancer leurs pions dans la conquête du pouvoir qui maudit celui qui le convoite.

Lorsqu’on garde en tête la création des monarchies arabes, la nature de leurs États, leur absence de vocation pour participer à une stratégie dans le monde arabe, le monde musulman ou la Palestine, la nuisance politique, économique et religieuse dans le monde arabe et musulman, on comprend alors l’inefficacité des savants musulmans qui résident chez eux. On comprend alors l’insenséisme de leurs Fatwas meurtrières et leur incompétence à penser ou à superviser le changement et la réforme dans le monde musulman. Non seulement ils vivent comme des rentiers experts en compilation des travaux anciens produits par la décadence du monde musulman, mais ils opèrent comme des facteurs de troubles à l’encontre de la voix prophétique.

Pour comprendre leur influence néfaste sur la Syrie et les risques de sa somalisation, il faut voir (puisque la résolution de l’ONU intervient une semaine après la prise d’otage au Kenya, remettant dans l’actualité la tragédie somalienne) comment ils ont mis du temps pour  intervenir dans le conflit somalien lorsque celui-ci était davantage un conflit entre les Somaliens et les Occidentaux et puis comment ils se sont empressés à intervenir pour attiser les rivalités entre factions rivales ou dissidentes au moment où la résistance somalienne est parvenue à chasser l’occupant et ses alliés. Le même phénomène en Afghanistan, le même phénomène en Somalie, et ce sera le même phénomène prévu pour la Syrie si jamais les combattants islamiques parviennent à s’imposer sur tout ou partie du territoire syrien contre l’armée légale syrienne.

Pour toutes ces raisons, nos pronostics sur la paix restent pessimistes.

Pour toutes ces raisons, l’analyse des totalités et des contradictions qui les animent, selon la théorie de Clausewitz, nous demande de  rester vigilants dans les rapports futurs que l’Empire va entretenir avec les oppositions armées syriennes. Si les monarchies n’ont pas autre  dignité que celle du vassal inculte et inconscient de sa nuisance  et de son insuffisance, l’Empire a une certaine image à défendre. Il va se trouver dans des paradoxes qui vont agir sur la paix et la sécurité de la région arabe.

Le premier paradoxe est d’amener la rébellion armée la plus présente et la plus efficace sur le terrain à se mettre sur une table de négociation face au régime syrien. S’il ne parvient pas il a perdu toute crédibilité et il étale sa faiblesse et son peu d’influence avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la fin de la reconnaissance de sa domination mondiale. La fin des empires commence avec des séditions qui refusent de se soumettre à l’arbitrage de la Maison-Blanche de Pharaon ou de l’Amérique.

Le second paradoxe est de soutenir les « terroristes » qu’il a combattus depuis le 11 septembre avec en toile de fond la communication pour faire adhérer l’opinion mondiale à une guerre de plus en plus remplie d’incertitudes tant sur le plan militaire que sur le plan politique et pour laquelle elle est de plus en plus hostile.

Je laisse au lecteur le soin d’imaginer les autres scénarios et les autres paradoxes comme  soutenir une partie de l’opposition armée contre une autre comme veulent le faire les Français de plus en plus mal inspirés et esseulés.

6-3 De la guerre vers la paix

De la guerre vers la paix qui va exiger dès maintenant la réflexion sur les mécanismes juridiques, politiques, sociaux, psychologiques pour préparer et instaurer la paix au sein d’une population terrorisée et exsangue. L’expérience algérienne de la « réconciliation nationale » sans justice ni vérité a montré comment un territoire et un peuple deviennent otage de la rente et du commerce informel sans possibilités de développement réelles. L’expérience sud-africaine qui n’a pas construit une émancipation de l’économie capitaliste a mis relativement fin à l’apartheid politique et  ethnique, mais elle a laissé la majorité des populations dans l’exclusion et la marginalisation, alors qu’une faible minorité intégrée dans l’économie mondiale est en train de se constituer en ilots de privilèges et de collaboration avec les anciens dominateurs.

Seul en indépendant, mu par ma seule conscience, j’ai étudié les grandes tragédies de notre temps en Algérie, en Yougoslavie, en Irak, au Soudan, en Afghanistan  et en Somalie avec la question de fond : comment et pourquoi, tant dans l’opposition que dans le pouvoir, il n’ y a ni de culture d’État, ni conscience citoyenne derrière la rhétorique abondante qui instrumentalise le religieux, l’histoire ou l’identité nationale. Je n’ai pas de réponse à apporter ici, mais force est de constater que les acteurs qui allument la mèche de la Fitna rendant licites l’effusion du sang et la mise en ruine du territoire ne sont pas intéressés à débattre sur les conséquences éthiques, sociales, religieuses et politiques de la guerre civile. Toute population soumise à un terrorisme aveugle, quels que soient son origine et ses acteurs, subit un changement de valeurs, une perversion de ses rapports et de ses pratiques symboliques à l’Etat, à la religion et à l’identité.

La violence est un phénomène déstructurant et destructeur dans les mentalités et le tissu social. La violence est une atteinte à la mémoire individuelle et collective qui devient confuse par l’absence d’explication, d’analyses des causes, et de démarches psychologiques, politiques et sociologiques thérapeutiques pour retrouver sens, équilibre et marche sereine vers le devenir. Sans le travail mémoriel,  sans le devoir de vérité et sans l’intime conscience que justice équitable a été rendue la société et l’individu cultivent le sens de l’impunité, de l’absurde, de la bestialité primaire qui les poussent au fatalisme et à son corollaire l’inertie et paradoxalement à l’anarchie et à son corollaire des mouvements impulsifs et convulsifs auto destructeurs.

Lorsque je fais endosser la responsabilité de la situation actuelle de l’Algérie tant au pouvoir qu’à l’opposition islamiste et non islamiste c’est dans leur légèreté à analyser les conséquences de leurs discours et de leurs postures sur la vitalité d’un peuple tenu depuis toujours dans la situation de faire valoir à qui on impose le socialisme, l’islamisme et le libéralisme sans qu’il ne soit réellement impliqués. À chaque fois il ne fait que sédimenter ses frustrations et son ignorance.

Les Syriens et les élites arabes soucieuses d’apporter soutien et conseil au peuple syrien doivent dire l’impératif de chercher et de donner des explications crédibles et authentiques sans subjectivité ni préjugé à la crise syrienne comme ils doivent insister sur les réformes urgentes à mettre en œuvre pour que le Syrien construise sa citoyenneté et son devenir hors de toute tutelle et qu’il agisse en responsable de son pays. Le projet de reconstruction du pays passe par le projet de réhabilitation de l’humain. La déshumanisation par la violence ne devient réellement visible qu’après la fin de la guerre. C’est maintenant que ce projet doit se mettre en chantier avant que la reconstruction et la paix ne soient confisquées par les inévitables profiteurs des guerres et des révolutions qui partout ont montré leur cynisme dans leur prédation des proies vulnérables et leur absence de scrupules sur le plan religieux, politique, social, financier et économique pour se servir là où la morale commande de servir.

J’observe attentivement l’Algérie et mes craintes exprimées entre 1982 et 1988 au moment de la liquidation de l’industrie nationale et entre 1988 et 1992 au moment de la liquidation des aspirations patriotiques de se sont avérées justes : le pays a perdu tout sens de la mesure, tout esprit d’initiative et tout repère moral, religieux ou historique. Il est devenu une grande machine à consommer ce que les autres produisent, un grand comptoir commercial ou chacun vend et achète sans se préoccuper de la valeur, de la nature et de la portée de sa transaction. Il y a un effondrement que les singeries et les tartufferies intellectuelles, religieuses, sociales et politiques ne parviennent pas à masquer. L’Algérie est vide, sans âme, sans destin, sans projet. Elle entasse des choses et cultive la médiocrité du bien-vacant faute de produire de la pensée, de la dynamique et de l’ingénierie… Elle attend un colonisateur.

7 –  Dialectique paix guerre.

Clausewitz nous a montré que la guerre est une affaire de politique. Dans le cas présent, l’Amérique et ses vassaux sont en faillite. Il nous a montré que la guerre et la politique doivent être pensées en termes de totalités les unes englobant les autres et au sein de chacune et les déterminant il y a des polarités c’est-à-dire des unités dialectiques qui sont rattachées par des liens donnant sens à la totalité et s’opposant les unes aux autres pour former des équilibres sans cesse changeant. Il n’y a pas de modèle mathématique ni de formalisme figé explicatif, mais des conditions sociales et historiques propres à chaque situation.

Dans notre cas la paix et la guerre sont en opposition dialectique dans des globalités nationales syriennes, américaines, régionales, internationales où les conditions historiques, politiques et sociales sont en mutation. S’il peut être admis, sur le plan théorique, que l’Empire a mené une politique guerrière conduisant nécessairement à sa défaite, il est impossible de dire que la guerre est éloignée et il est impossible de dire que si elle aura lieu elle ne sera pas totale.

L’empire peut donc déclencher la guerre à n’importe quel moment, mais l’issue de la guerre et la totalité de son exécution lui échappent complètement. La résolution de l’ONU signifie cependant qu’il sera seul à vouloir une guerre.

8 – Le peuple syrien

Clausewitz a montré que le peuple en arme est un principe de polarité, car d’un côté il rend difficile l’invasion par une armée étrangère, et d’un autre côté il rend facile le danger révolutionnaire qui met en péril le pouvoir interne. Il  apporte une réponse pour surmonter cette contradiction : la bonne gouvernance et l’unité avec le peuple citoyen. Pour Clausewitz comme pour Tseu  les meilleurs garants de la paix et de la réussite de la guerre sont la défensive et le peuple en armes.  La guerre totale et illimitée ne peut être envisagée que si la politique intérieure le permet c’est à dire l’implication volontaire du peuple dans la guerre qui fait de la guerre sa cause et non plus celle de l’Etat. Il ne s’agit pas de lutter contre l’Etat ou en parallèle de l’Etat, mais de se confondre avec l’Etat. C’était aussi la doctrine de la défense populaire de Mao et de Tito.

Nous savons que l’armée syrienne est une armée de circonscrits, que son commandement est pluriethnique et pluriconfessionnel, nous savons aussi que le personnel de l’Etat est ouvert à l’ensemble de la population. Nous ne savons pas par contre comment et par  les fortunes  se créent et se gèrent. Comme dans l’ensemble du monde arabe et musulman, le statut de citoyen qui rend le peuple impliqué dans l’Etat et dans la gestion de la cité est absent ou défaillent. Et c’est sans doute sur ce terrain de la citoyenneté et de l’implication de la population dans la défense de l’Etat qu’il y a matière à réflexion et à effort de gouvernance. En tous les cas la notion d’Etat et le rapport du citoyen à l’Etat en termes de représentativité, de droits, de justice, de sécurité, de symbolique sont des notions peu significatives dans le monde arabe une fois que nous ôtons le masque traditionnel de nationalisme infantile ou chauvin qui souvent n’exprime que des sentiments de frustration et non des valeurs et des idées qui sont le véritable rempart contre l’agression extérieur et le véritable moteur du développement économique et social.

Est-ce que les Syriens vont se mobiliser davantage que par le passé autour de leur « tyran » et oublier leurs différents politiques et confessionnels pour affronter l’Empire ? C’est sans doute la question la plus embarrassante et la plus significative pour l’observateur. C’est certainement la pierre angulaire qui fera changer le désir de guerre de l’Empire. Le président syrien y a répondu cette semaine en affirmant que le peuple se détourne des insurgés et se mobilise autour de l’Etat. Est-ce un triomphalisme insensé ou une vision lucide et raisonnable ? En tous les cas le Cheikh Ramadhan Al Bouti était navré de voir le peuple syrien peu impliqué dans la défense de l’Etat et du territoire. Les choses ont peut être changé.

Il faut souligner que  dans les moments de flottement historique ni guerre ni paix et ni perspectives d’avenir que le travail de subversion est le plus opérant car il peut trouver écoute pour vendre une fausse paix ou une fausse guerre et changer tous les paramètres. Les monarchies, l’Empire et le sionisme sont présents et ne vont pas désarmer.  L’opposition ne semble pas prête, par ses divisions et ses fausses perspectives, à jouer un rôle d’apaisement social et de fédération autour de l’idée de l’Etat et autour de la protection du peuple. La course au pouvoir n’est pas finie. Les comportements erratiques et les sollicitations de l’Occident de certains cadres de l’opposition ne leur permettent de jouer le rôle de liant social. Les militants resteront attachés à leur idoles partisanes, mais le peuple s’il est abandonné restera dans sa solitude ou cherchera la protection ou la vénération de l’armée si elle impose sa suprématie sur le terrain.  La violence légale de l’Etat organisé finit par être acceptée alors que celle des opposants non organisée devient de plus en plus illégitime, illégale et rejetée par le peuple. La violence institutionnelle organisée, au delà du juste et de l’injuste, du bien et du mal, finit par imposer des règles et de la sécurité alors que la violence opposée finit par se percevoir comme déstructurante et destructrice. Le ressenti du peuple n’est pas toujours rationnel, il y a une grande part  à la psychologie et à la symbolisation dans ses décisions.

L’histoire récente nous montre comment, dans les moments de flottement ou dans les moments de tensions extrême, les idéologues de la Fitna parviennent à attiser les tensions et à pousser les frères ennemis ou les voisins à la guerre. Ainsi les philosophes sionistes français de la haine et de la merde, Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy à titre d’illustration, ont choisi des camps opposés pour jouer la carte de la division en Afghanistan en soutenant le commandant Messaoud et en torpillant  les efforts de négociation de paix entre le défunt général russe Lebed et Qalb Eddine Hakmatiyar. La négociation devait mettre fin à la guerre et assurer une sortie honorable pour l’armée soviétique tout en faisant une économie de vies humaines pour les deux parties. La paix négociée aurait retardé l’effondrement de l’Union soviétique attaquée de l’intérieur par le consumérisme, le Vatican et la CIA. Les mêmes philosophes ont conduit la guerre au Kosovo et à l’éclatement de la Yougoslavie en poussant Ali Izzet Begovitch le Bosniaque et Misolevic le Serbe à la radicalisation  extrême pour favoriser l’intervention de l’OTAN contre Belgrade et mettre fin au renouveau islamique en Europe. Les savants musulmans et l’Arabie saoudite ont géré l’Afghanistan et les Balkans dans le sens voulu par l’Empire et le sionisme.

Ces facteurs de subversion sont présents en Syrie et peuvent jouer un rôle néfaste contre la paix. Logiquement, la Russie, la Syrie  et l’Iran ont tiré les leçons, mais la compétence de nuisance des Bédouins et des sionistes n’est pas à négliger lorsqu’on sait comment un peuple mis en exil, en perte de dignité, en insécurité peut devenir irrationnel par ses peurs et ses frustrations. Nous continuons de voir BHL apporter son expertise sur la Syrie et l’Egypte après avoir montré ses compétences en Libye. Sa compétence ne brille que par notre incompétence à lui opposer un discours et une attitude structurante qui dévoile sa bêtise et sa méchanceté. Nos médias ne facilitent pas la tâche puisqu’elles sont dans le travail de désinformation qui permet aux autres de travailler dans nos esprits en ruines. Nos intellectuels et nos diplômés sont en quête de reconnaissance sociale, cette quête ne leur permet pas de s’engager. Les cadres de l’opposition sont empressés d’en découdre avec les gouvernants pour que leur registre de dénonciation s’ouvre sur ceux qui cultivent les vraies césures dans nos mentalités et créent  de fausses déchirures et de faux combats sur nos territoires.

C’est dans ce moment difficile que je rappelle aux Arabes et aux Musulmans soucieux de l’intérêt du peuple syrien de l’assister et de ne pas le laisser proie de l’humanitaire occidental dont beaucoup d’organisations travaillent ouvertement pour l’humanitaire sioniste et pour l’humanitaire militaire de l’Empire. Les Arabes et les Musulmans intervenant en zone de guerre interviennent souvent en qualité d’auxiliaires des ONG mondiales ou en bénévoles ignorant les enjeux géopolitiques et financiers alors que les ONG occidentales interviennent avec une formation spécialisée et sous la supervision d’appareils spécialisés dont le métier est la diplomatie, le renseignement, la géopolitique, la logistique et la communication en zones de combat. Le médecin, l’infirmier, le médicament et la subsistance ne sont que des moyens logistiques et empathiques dans le dispositif  géopolitique de l’humanitaire qui a adopté le droit d’ingérence et de guerre préventive comme éthique et comme mode opératoire de l’assistance occidentale aux peuples qui subissent le chaos de l’Empire par voie directe ou indirecte.

C’est dans cette optique de paix difficile que le gouvernement syrien doit se comporter avec rigueur pour maintenir l’Etat debout et avec humanité pour se comporter comme un Etat et comme des Commis de l’Etat qui rendent justice et qui ne se font pas vengeance. Le peuple syrien, comme tout autre peuple, ne comprendrait pas et ne pardonnerait pas le comportement arrogant et figé dans les postures anciennes de ses gouvernants qui affichent désir de vengeance au lieu de rendre justice et de réparer le mal que le peuple a subi. Sans espoir de  réparation et sans ambition à une autre vie, meilleure, le peuple ne donnerait jamais sa confiance ni ne se soumettrait à l’autorité de l’Etat.

Mirna Velcic-Canivez dans ses études sur les populations yougoslaves après la guerre civile et la guerre de l’OTAN a mis l’accent sur l’impératif de mener des études sur les  traumatismes collectifs et les détresse individuelles pour leur apporter une vérité, une éthique, une méthodologie afin qu’ils soient surmontées rapidement et que la vie reprend normalement ses droits et exerce ses devoirs. Elle montre les impératifs que doivent suivre les historiens, les sociologues, les juristes, les psychiatres, les politologues pour consigner la mémoire,  faire que la mémoire ne se nourrisse pas d’un déni de mémoire, faire que la parole de témoignage ne soit pas dite pour être ignorée ou bafouée.  Comment inscrire les acteurs de la guerre dans un processus explicatif objectif pour comprendre la guerre et pour s’en prémunir et se libérer des  clichés accusateurs et subjectifs tel est le travail qui doit être mené avec le peuple pour qu’il s’approprie son histoire et bâtisse son avenir. Ceci n’est pas la vocation de l’ONU, ni celle des Russes, mais celle des Syriens et des hommes qui ont vécu la même expérience ailleurs.

Pour le peuple syrien et pour les autres peuples la paix durable et juste ne sera instauré que si et seulement si les mécanismes et les phénomènes qui produisent l’extrémisme et lui donnent consistance sociale soient étudiés et mis à la compréhension de la conscience pour qu’elle les désavoue et se mettent en rupture avec leurs idées, leurs facteurs et leurs auteurs. Il ne s’agit pas de mettre en accusation le terrorisme ou l’extrémisme, mais de construire l’esprit libre, l’esprit lucide qui analyse et choisi avec responsabilité et évaluation des conséquences. C’est l’ignorance et la soumission au paternalisme démiurge qui rendent licite l’effusion du sang. C’est aussi la culture de l’éradication que l’absence d’altérité et d’ipséité provoque en refusant d’autres manières de voir le monde, de l’exprimer, de le vivre qui provoque les tensions pouvant aller à l’anathème, au meurtre, à la guerre civile. L’exclusion et l’éradication est pratiqué par tous, gouvernants et gouvernés, islamistes et non islamistes, savants et gens du commun.

9 – La rhétorique d’Obama et ses vérités 

Les intellectuels, les politiques et les commis de l’Etat doivent se poser la question, au delà de la résolution de l’ONU et de la probabilité ou non de la guerre impériale contre la Syrie, sur les facteurs internes qui ont favorisé la guerre interne puis l’intervention étrangère, abstraction faite des visées de l’Empire et du sionisme. Ce sont ces questions et leurs réponses qui vont marquer véritablement la paix et sa durabilité. Obama dans son discours à l’ONU, quelques jours avant la résolution onusienne, a fait le lien entre l’Irak, l’Egypte, la Somalie, la Libye et la Syrie et l’Amérique. Il exprimait à nos dépens une réalité qu’une sentence célèbre énonçait :  » il vaut mieux prendre le changement par ses cornes avant qu’il ne vous prenne à la gorge ». Il y a nécessité urgente de changer. Une réflexion globale  doit impliquer tous les concernés par le devenir de leur pays et de leur peuple sans complaisance ni parti pris : comment et pourquoi changer ? Dans ce changement il y a lieu de se pencher sur la tare du monde musulman depuis la dynastie des Ommeyades et le coup de force de Mou’awiya : la question de la légitimité du pouvoir, comment y accéder, comment l’exercer et sous quelles formes, comment destituer le gouvernant, comment assurer l’alternance pacifique, comment exercer l’opposition et les contre pouvoirs, comment et par qui arbitrer le litige entre les gouvernants et les gouvernés.

Le Fiqh hérité de la culture d’empire omeyyade, abbasside ou ottoman n’est plus opérant. Justifier l’obéissance aveugle et le pouvoir absolu n’est plus acceptable.Refuser les expériences de l’Occident n’est pas de mise comme le suivre à l’aveuglette n’est pas de mise.  Il nous faut inventer les instruments de notre gouvernance les mieux adaptés à notre époque et au défi de notre temps. Le débat sur la souveraineté du peuple ou la souveraineté de Dieu est un débat biaisé destiné à gaspiller du temps et à créer des conflits idéologiques pour ne pas répondre aux exigences sociales et historiques par paresse intellectuelle et par démagogie politicienne.

Les pouvoirs publics et l’opposition armée ou non armée doivent apporter des réponses engageantes pour édifier la paix sur des assises solides et durables. C’est un consensus sur ces questions fondamentales ainsi que sur celles de la nature et du fonctionnement de l’Etat que pourrait voir le jour une assemblée constituante qui exprime la volonté de vivre ensemble, de partager un territoire commun, de se rencontrer sur un dénominateur commun de valeurs et d’une existence apaisée qui donne le primat au dialogue,  à la concertation et à la participation  (Choura) sur l’exclusivité pour soi et l’exclusion des autres.

10 – Le devenir des combattants islamiques

Depuis plus de trente ans le mode arabe et musulman s’offre le luxe de former des combattants qui partent combattre à l’extérieur de leur frontières nationales pour des causes qu’ils considèrent justes ou sacrées. Depuis trente ans c’est la même tragédie qui se répète : ces combattants qui offre leur vie sont mal formés religieusement et idéologiquement et dérivent donc vers une forme de nihilisme ou de brigandage ou d’anarchie. Ils s’embarquent facilement sous les fausses bannières qu’un discours enflammé leur montre comme la voie vers le Paradis. Les prédicateurs religieux les instrumentalisent et les offrent comme victime ou comme agents inconscients à la manipulation internationale et régionale. Les Etats nationaux s’empressent de les bannir de la société et de les pourchasser comme s’ils étaient des criminels les poussant à devenir des terroristes ou des meutes de loups qui tuent par instinct de survie. Tant que cette tragédie ne finit pas aucun pays arabe ou musulman n’est à l’abri des dérives meurtrières et de la remise en cause de la paix civile.

Les centaines ou les milliers de volontaires pour la mort sous un étendard de confusion peuvent et doivent être réincorporés dans la vie nationale. Leur expérience de combat peut être  remise dans le bon sens et au service de causes nationales. L’armée et les corps constitués sont les mieux placés pour utiliser cette  énergie et ce talent que les marchands de la mort et de l’anarchie exploitent du fait, entre autres, que leur pays ne leur offre pas le cadre légal qui leur donne reconnaissance et voie d’expression au service de la communauté au lieu de les laisser devenir ennemis de l’humanité.

Ceux qui crient et qui dénoncent ces jeunes comme étant les agents de la CIA ou du sionisme devraient avoir honte sur le plan national et moral d’avoir été les fabriquant de « monstres » au même titre que ceux qui leur ont lavé le cerveau et ont poussé l’audace jusqu’à nous inventer le Jihad du sexe et la purification de la fornication.  Ceux qui excluent et ceux qui rendent licite l’effusion du sang sont complices. Ceux qui se sont tus hier devant l’effusion de sang sont offusqués aujourd’hui par les partouzes des Jihadistes mâles et femelles. Avec ces mentalités d’éradicateurs et de bigots qui confondent l’accessoire et l’essentielle comme ils confondent la cause et l’effet la paix sera difficile et remise à chaque fois à plus tard. Elle sera difficile, mais non impossible. Elle passe par une victoire sur nous-mêmes une fois que nous abordons nos problèmes avec franchise et lucidité et avec le désir de les résoudre définitivement. Le Jihad du sexe dont je n’ai jamais entendu parler dans la littérature musulmane dénote, si les informations sont authentiques, que l’instigateur a sans doute une culture militaire occidentale, car les Bordels mobiles de campagne (BMC) sont un dispositif légal dans les armées pour éviter l’homosexualité et les désertions.

C’est en amont, en Syrie et ailleurs, qu’il faut mettre fin à la machine qui fabrique de la haine, du désespoir et des illusions. Il y a un véritable chantier pédagogique de réhabilitation sociale, psychologique et cognitive à mettre en oeuvre pour que la société arabe arrête de produire des tyrans et arrête de produire des insurgés qui ensemble et chacun à sa manière portent atteinte à la vie sacrée et à la dignité humaine.

 

 11 – La révolution arabe et la question palestinienne

La révolution arabe mal préparée et mal exécutée a permis à l’empire et au sionisme d’exécuter leur agenda : créer le chaos dans le monde arabe et viser le maillon essentiel de la résistance en l’occurrence la Syrie et le Hezbollah.  La résolution de l’ONU si elle ouvre des perspectives de paix en Syrie annonce la fin symbolique de la révolution arabe et son enterrement en Syrie.  L’entité sioniste, les monarchies et  l’Empire  ont intérêt à voir ces révolutions finir en chaos plus grands pour interdire à jamais l’idée de changement démocratique et étouffer dans l’œuf le projet islamique. Les « révolutionnaires »  ont intérêt à voir ces révolutions continuer et instaurer un islam partisan ou un califat formel pour ne pas voir leur échec géopolitique et ne pas devoir rendre compte au moment où il y aurait un bilan historique et politique de leur « militantisme »

La révolution arabe a introduit des biais dans la résistance palestinienne pour la diviser. J’ai longuement écrit sur les dessous du camp palestinien yarmouk à Damas et sur le leader Mechaal du HAMAS qui se trouve à Doha dans l’axe opposé à la résistance. L’entité sioniste a réussi a faire reculer la question palestinienne sans livrer bataille militaire ou diplomatique, les Arabes l’ont fait à sa place. La résolution de l’ONU met le gouvernement sioniste en mauvaise situation. Est-ce que les Palestiniens auront la présence d’esprit et le courage politique de procéder à une révision tactique et stratégique et de réintégrer l’axe de la résistance. Les changements majeurs en Egypte les poussent inexorablement à changer radicalement s’ils ne veulent pas mourir étouffés et oubliés. Encore une fois nous assistons à des retournements historiques déroutants.

Logiquement après les « amis » de la Syrie nous allons entendre les véritables amis de la Palestine s’exprimer en Palestine et dans le monde. Il n’y a que les insouciants qui ne voient pas la Palestine se profiler derrière le Liban, la Syrie  et l’Egypte.

Il me vient à l’esprit la réplique du  premier ministre chinois Zhou Enlai du temps de Mao alors qu’il était MAE a son homologue américain :  » je ne fais que vous renvoyez vos cadeaux ».  Zhou Enlai a insitutionnalisé la pénétration de la drogue aux Etats-Unis en représailles à la politique occidentale qui avait introduit l’opium, la prostitution et le racket dans les villes chinoises d’abord pour ouvir la Chine comme comptoir commercial et ensuite pour saper la révolution chinoise.  Ce serait un coup de maitre si 5 à 10% DES 180 000 combattants islamiques seraient mobilisés sous la supervision technique du hezbollah et sous la direction administrative de l’armée arabe syrienne pour alimenter le front de résistance au Golan.

12 – L’histoire en accélération et en confusion apparente

L’histoire en accélération va nous donner quelques réponses plus tôt que prévu. L’histoire en confusion  va nous donner des réponses contradictoires et il faut beaucoup de distanciation, loin de tout esprit partisan, pour voir la tendance.

Il n’y a plus de place aux certitudes sauf peut-être celle sur  le monde arabe qui se montre plus complexe et plus imprévisible que jamais. Qaradhawi avait annoncé qu’il allait présider la prière de l’Aïd à Damas en 2013 après la chute (ou l’assassinat du Président Assad) et c’est le Président Morsi qui a été jeté en prison, il avait appelé le secours de l’Amérique et c’est la Russie qui vient secourir l’Amérique, ce sont les Français qui demandent une résolution sous le chapitre 7 contre la Syrie et c’est le conseil de sécurité qui adopte une résolution contraire à l’esprit et aux termes du projet français, ce sont les Arabes qui font une pseudo révolution et c’est l’Amérique qui l’avale et s’étrangle dans sa hâte à confisquer ce qui a été improvisé par les autres.

Le destin se montre de plus en plus ironique…

{Ne dis jamais à propos d’une affaire que je ferais ceci demain, sauf si Allah le veut. Puis proclame (la grandeur) de ton Dieu si tu as oublié, et dis : « j’espère qu’Allah me guidera pour que je puisse me rapprocher de ceci (cette vérité énoncée, cette expérience vécue) avec davantage de sens ».}

Tout est possible la guerre comme la paix… Obama pourrait tomber avant Bachar Al Assad. Tsahal pourrait être reprise par ses vieux démons et relancer une guerre perdue et perdante contre le Hezbollah. Les sunnites et les Chiites ainsi que les Arabes et les non arabes pourraient dialoguer sur le thème du changement et de l’alternative à l’Empire… L’histoire n’est cependant pas aveugle et elle ne prête pas ses yeux et ses sens à ceux qui font de la cécité et de l’insouciance un mode d’existence. Elle s’exerce faisant fi des sentiments et des souhaits.

 

Acte 4 avant l’épilogue : Poutine Obama et Assad

Partie 1 |  | Partie 2  |   | Partie 3 |  | Partie 4 |

Après une longue série d’analyses nous arrivons à un des scénarios plausible pour l’immédiat : renoncement américain à l’agression contre la Syrie de plus en plus probable,  du moins dans l’immédiat. Beaucoup sont déçus. Les uns voient leur chance manquée de détruire la Syrie et ce qui reste du monde arabe, les autres, habitués à la fuite en avant, ne voient pas que l’histoire humaine ne s’écrit pas seulement à coups de tonnerre et de canons.

L’Empire, le sionisme et leurs vassaux s’étaient fixés les buts de guerre suivants qu’ils ne sont pas parvenus à réaliser :

Stratégique :

  • reconnaissance d’Israël et normalisation des relations de la Syrie avec l’entité sioniste

Tactique

  • Détruire l’armée arabe syrienne,
  • partitionnement de la Syrie,
  • Modification de la géopolitique du gaz

Opérationnel : 

  • Changement ou affaiblissement du régime avant Genève 2,
  • Mise au ban du Hezbollah
  • Fin du parrainage de la résistance palestinienne
  • Isolement de l’Iran

Même si la paix reste fragile, les USA ont perdu le monopole du recours abusif à la violence et n’ont plus la maîtrise de la décision d’agresser. Le destin implacable les a mis dans une position plus paradoxale que celle de l’âne de Buridan : partir en guerre sans objectifs de gain c’est perdre, ne plus aller en guerre après avoir rendu la guerre inéluctable c’est perdre aussi. Le grand roque a parfaitement bien fonctionné. La Syrie vient de confirmer l’impuissance de l’hyperpuissance. La puissance n’a pas de signification si elle n’a pas d’efficacité et devient un fardeau conduisant vers la perte lorsqu’elle est en contre synergie avec  les lois et les moyens de sa propre puissance et de  l’environnement sur lequel elle voudrait se manifester sans parvenir ou si elle y parvient elle n’en tire aucun profit politique, économique et territorial qui pourrait lui donner légitimité ou retour d’investissement.

Avant de se prononcer un peu plus tard sur l’épilogue et après confirmation qu’il n’y ait plus de retournement stratégique de dernière minute  il y a lieu de souligner pour l’instant les effets marquants attendus :

1 – L’entrée en force de la Russie diplomatiquement, militairement, politiquement et médiatiquement. Le début de la fin de la suprématie états-uniènne est entamée avec toutes les conséquences géopolitiques et économiques.

2 – Le tandem Russie-Chine va être renforcé sans doute par le Pakistan et l’Iran en plus des BRICS. Nous allons voir le rapprochement Iran Russie se renforcer et permettre à l’Iran de se passer totalement du marché occidental et donc de devenir moins vulnérable aux sanctions et moins enclin à négocier. A terme la loi d’attraction va renforcer l’Euroasie qui sera plus pesant et plus concentré tout en dispersant et rendant plus léger l’axe Paris Londres et Washington.

3 –  Le pouvoir aux Etats-Unis est de plus en plus fragile, instable, divisé avec bien entendu l’accélération du déclin de l’Empire et tous les risques que ce déclin fait porter au monde (en particulier le monde arabe) non préparé à gérer les conséquences et les soubresauts de ce déclin. Dans cette situation, les fuites en avant, les paris incalculés, les extrêmes sont possibles. Pris dans l’engrenage de l’Istidraj ( la conduite graduelle et irrevocable vers la perte), l’Empire va vivre des crises aigus internes et externes qui vont s’auto alimenter pour saper le moral, la confiance, l’autorité et la légitimité des pouvoirs politiques, militaires, médiatiques, sociaux et financiers. Et c’est là ou l’expression du Cheikh Al Ibrahimi prend toute sa signification :  » le colonialisme est un immense sabotage de l’humanité ». En s’écroulant il va entrainer avec lui le système mondial qu’il a mis en place. La majorité a construit son présent et son avenir dans une relation de vassal ou d’opposant à l’Empire, très peu ont construit l’alternative ou l’ont réfléchi. Le monde musulman ne produit que de l’agitation stérile sur des mots qui n’ont aucune signification, aucune méthodologie, aucun instrument sauf la valeur affective apologétique ou polémiste.

4 – L’axe de la résistance sort renforcé pour sa fermeté, sa constance et sa résilience. Les Russes vont livrer de l’armement sophistiqué en compensation au démantèlement du « chimique ».

5 – La mort dans la honte des bédouins arabes qui ont échoué à faire tomber le régime Assad pour le compte de l’Empire et du sionisme. Ils gardent leur capacité de nuisance intacte, mais ils sont appelés à une crise profonde. La crise syrienne a montré qu’ils ne peuvent passé de statut de vassal à auxiliaire agissant pour le compte de l’Empire. La rente pétrolière  et la rente religieuse ne peuvent remplacer le volontarisme politique ni la culture géopolitique.

6 – La fin politique d’Erdogan en Turquie et de Mechaal du HAMAS qui vont payer de leur personne leur mauvaise gestion du dossier syrien et surtout leur démarche partisane et sectaire.

– La fin lamentable  de la fédération internationale des savants musulmans présidée par le docteur Youssef Al Qaradhawi qui a sapé la crédibilité des savants sunnites. Au lieu de fédérer les Musulmans et les savants sur le destin face au sionisme et à l’Empire, elle a suivi la sénélité de Qaradhawi et les taupes du sionisme qui l’ont sabordé. Ils ont tout fait à l’envers :

  •  Attaque contre Nassallah et le Hezbollah
  •  Attaque sectaire contre l’Iran et les Chiites,
  • Attaque contre la Russie et la Chine
  • Attaque contre les Savants du Cham qui refusaient l’effusion de sang.

La plus grande figure, Cheikh Abdallah Ben Biya, vice-président de la Fédération mondiale des Oulémas, vient de démissionner refusant  le discours de la Fédération qui, selon ses termes, ne travaille pas le projet de réforme du monde musulman. Sa démission vient trop tard sur le plan moral et religieux. Elle annonce toutefois l’implosion d’une association de savants musulmans partisans et non représentatifs que la chaîne qatari Al Jazeera a médiatisés.

Un savant qui se veut de stature mondial , ayant influence sur le cours des événements marquant le monde musulman, ne pouvait et ne devait ignorer la position de plus en plus forte de la Russie, de la Chine, des BRICS et des pays impliqués comme coopérants dans le pacte de Shangaï. Il ne pouvait et ne devait ignorer le déclin des Etats-Unis et de l’Europe. Il ne pouvait et ne devait ignorer les voix de l’Eglise d’Orient. Cette accumulation d’ignorance ne devait pas être ignorée par les « élites islamistes » qui se sont fourvoyées aveuglement en suivant l’idole charismatique au lieu de suivre les idées en train de façonner l’évolution du monde.

Mauvaise évaluation, mauvaise prise de position, mauvaise communication : fiasco totale sur les « révolutions » arabes.

J’avais depuis plus de vingt ans envisagé que les crises allaient mettre fin à l’Islam partisan pour laisser émerger l’Islam social et politique qui conduit la réforme comme force de propositions, de réflexion, de motivations et d’éducation, mais force est de constater que pour l’instant c’est l’esprit de factions et de sectes  qui s’en sort renforcé. A moins d’un miracle. La guerre et la paix sont de grands signes, de grands moments historiques, mais il semble que rien ne nous réveille à l’universel et à nos responsabilités

7 – Les pseudo Jihadistes en Syrie vont dériver vers le crime organisé, à l’exception du petit nombre convaincu de lutter contre un Tyran et de lutter pour l’Islam. Comme un peu partout dans l’histoire contemporaine, nous allons assister à des crises de repentir pour les uns et à l’inscription dans le terrorisme international pour les autres. Le sang aura coulé en vain. L’opposition syrienne armée sous le commandement des généraux et colonels déserteurs va continuer à travailler pour l’agenda sioniste et arabe en demandant aux USA des frappes, en réalisant des false flag, et en demandant de livrer la défense anti aérienne à la communauté internationale pour laisser l’armée arabe syrienne sans défense, mais ces voix n’ont aucune chance d’être écoutée.

8 – Le régime syrien, à terme, est condamné, à se réformer ou à disparaître. Imputer aux terroristes la ruine de la Syrie ne dédouane pas le régime de ses crimes et de sa mauvaise gouvernance, à moins qu’il y ait une réforme globale.

9 – L’Empire, se contentant de démanteler l’armement chimique syrien ou optant pour une escalade guerrière est en principe hors de l’histoire pour trois raisons toutes simples : Il a perdu l’initiative,  il ne joue plus seul, et il est conduit par la loi de l’Istidraj vers sa perte par où il ne sait pas.

10 – Les Frères musulmans sont politiquement et socialement les grands perdants. L’Islam partisan et l’Islam anarchiste ont sérieusement perdu leur crédibilité. L’Islam tel que décrit par le Coran et tel que vécu et professé par Mohamed (saws) a de nouvelles perspectives dès que les encombrements mis sur la route par la démagogie et la rente religieuse seraient dégagés par la société.

11 – Le régime égyptien issu du coup d’Etat, sans la guerre en Syrie, va se confronter de nouveau à ses rapports à la réalité sociale et politique et à ses financements. L’anti-américanisme conjoncturel et hypocrite va s’effondrer.

12 – Les partisans de l’Apocalypse et de l’explication eschatologique de l’histoire devraient revenir à la prudence en manipulant des données qui relèvent du Ghayb connus uniquement d’Allah. Le Prophète (saws) nous a informé de la fin du monde et de ses préliminaires pour un seul dessein : nous faire impliquer dans la culture du salut. Il a refusé que l’on spécule et que l’on fasse des prédictions en disant méfiez-vous des Waqatouns, ceux qui fixent une date ou une époque singulière à la fin du monde.

13 –  Fabius et Flambius peuvent continuer à jouer au jeu de la fève et de la poire pour épater leur petits supporteurs de l’hexagone et crier comme des mauvais perdants  » a’tini foulti wa illa aboul  fil canoune ». Ils sont un facteur de nuisance et de perturbation qu’il ne faut pas négliger,  car ils sont les porte voix des Bédouins, des sionistes et de l’américanisme primaire et belliqueux. Ils sont aussi bien écoutés dans notre petit monde. S’ils ne pèsent pas dans le rapport entre les grands de ce monde, ils pèsent sur le destin des minables de la périphérie, la notre. Ils vont cette fois peser avec un chaos plus grand, car ils vont introduire les équations mondiales ( en particulier le Moyent-Orient) dans le seul domaine de leur compétence : la France Afrique avec ses réseaux. Le chaos à imaginer est dans la servilité de l’Afrique et du Maghreb envers un pays qui n’ a plus de projets ni de discours que  ceux sur la laïcité, l’homosexualité et la guerre contre la Syrie.

14 – Les Pygmalions de la fausse monnaie de l’islamisme et de la desliquescence du progressisme arabe qui ont soutenu l’agression de l’OTAN contre la Libye, qui ont appelé l’Amérique à agresser la Syrie et qui ont trouvé des justifications pour autoriser les crimes commis contre les innocents et porter atteinte à la vie humaine, ne vont pas se taire, mais ils ne vont plus trouver la même audience tant en Occident que dans le monde arabe.

15 – L’Empire et ses alliés vont se lancer dans une nouvelle course aux armements qui leur sera de plus en plus ruineuse au vu de la crise économique et des guerres sans buts économiques réalisés.

16 –  Le sang  syrien va continuer de couler. Même si le régime syrien et l’opposition sous l’impulsion des Russes et des Américains optent pour une solution politique négociée qui met fin à la crise, l’entropie injectée par l’extérieur est installée pour longtemps avant qu’elle ne se dissipe. Le miracle serait  la conscientisation des Syriens sur le sort de leur pays et qui décide de faire front contre la Fitna et reviennent repentant vers Allah

{Et cramponnez-vous tous ensemble à la corde de Dieu ; et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous les bienfaits d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs ; puis, par Ses bienfaits, vous êtes devenus frères. Alors que vous étiez au bord d’un abîme de feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés.}  Ali Imrane 103

17 – Est-ce que les gouvernants, les gouvernés et les opposants en Algérie vont tirer enseignement? Non ! Il faut juste voir le nouveau remaniement ministériel, ses objectifs, sa conjoncture  et les spéculations autour de ce chef d’oeuvre de nihilisme politique pour comprendre que nous continuons à jouer dans le hors jeu et le hors temps. Le monde a changé, les peuples ont changé et se manifestent contre l’ordre inique de l’Empire allant jusqu’à le paralyser ou à le faire douter, mais l’Afrique et le monde arabe sont comme l’Algérie dans une inertie de tombe.

18 – La presse russe se pose des questions et pose des questions à Poutine en faisant des rapprochements entre la Serbie et la Syrie. Elle exprime la peur de voir les Syriens comme les Arabes et comme les Serbes, trahir la confiance des Russes et se jeter dans les bras de l’Empire et de l’OTAN pour finir détruits par l’Empire et l’OTAN tout en donnant au monde l’image d’une Russie fragile et incapable de soutenir ses alliés. Ce sont des interrogations légitimes et fondées. Ces questions révèlent, en réalité, ce que nous savons sur nous-mêmes : l’absence d’une stratégie, d’une cohérence, d’une efficacité durable.

 

Acte 3 sur le grand Roque russe et le chimique syrien

Comme à l’accoutumée, je relève le défi de suivre et parfois d’anticiper sur les événements en restant collé à la même grille de lecture même s’il y a des erreurs ici et là.

| Partie 1 |  | Partie 2  |   | Partie 3 |

A – Il était donc prévisible de voir l’Occident déstabilisé par le jeu russe qui s’impose de plus en plus comme l’acteur majeur et incontournable dans la nouvelle étape des relations internationales.

1 – L’enthousiasme hésitant et versatile des médias et des chancelleries exprime à la fois le soulagement contre une guerre dont les conséquences sont redoutées  et  le désir d’une solution militaire qui laisserait l’entité sioniste en position de force sans aucune menace ni rivalité à ses frontières.

Les politiques et les médias ne donnent pas la parole aux militaires, car il n’est pas dans leur tradition « démocratique » de donner la parole à l’armée chargée de défendre les intérêts du système hors de ses frontières ou de les acquérir par la force. Ils ne veulent pas aussi écouter les trois vérités élémentaires et  dérangeantes suivantes.

A – La doctrine de guerre syrienne ne repose pas sur l’armement chimique et même s’il venait à la Syrie de doter ses missiles de réservoir de gaz la Russie appelé à jouer un rôle déterminant dans la recomposition multipolaire du monde ne prendrait pas le risque de perdre son statut de défenseur de la paix mondiale contre un Occident qui met en péril la paix mondiale.

B – La doctrine de guerre syrienne repose sur les missiles.

C – La possession ou l’usage d’armes chimiques en cas de confrontation avec les armées américaines et leur puissance de feu joue contre l’armée syrienne et sa population. Ici, en plus de toutes les considérations déjà évoquées dans les analyses précédentes sur la Syrie, la Russie ne joue ni au Poker ni à la roulette russe, elle remet les pièces de l’échiquier dans un autre dispositif qui fait porter l’entière responsabilité à l’Occident en cas de dérapages qui surviendraient après son agression. Les dérapages sont connus : embrasement régional, entrée de la Russie dans le conflit, et dommage incontrôlé de l’usage des armes chimiques ou de l’explosion des laboratoires ou sites de stockage.

3 – Le mépris français n’a d’égale que l’ignorance de son propre déclin et de son isolement. Ils sont les seuls à faire semblant de ne pas avoir entendu Poutine dicter ses conditions  après la proposition de Lavrov de faire contrôler les armes chimiques par la communauté internationale : « si les USA renoncent au recours à la force ». Voici les mots de Poutine que les média français taisent :

« Tout cela a un sens et pourra fonctionner si la partie américaine et tous ceux qui la soutiennent renoncent au recours à la force […] Il est de notoriété publique que la Syrie dispose d’un arsenal d’armes chimiques et les Syriens l’ont toujours considéré comme une alternative aux armes nucléaires d’Israël

4 – Le projet de résolution des Français demandant le recours au chapitre  7 du conseil de sécurité autorisant l’usage de la force contre la Syrie n’exprime que le déploiement attendu du lobbying  comme si les Russes, les iraniens, le Hezbollah et l’Iran n’avaient pas étudié le cas irakien et la brèche dans laquelle ne manquerait pas de tomber les « amis » de la Syrie et les amis d’ « Israël ». Les Français ne voient pas les contradictions d’Obama avec son Administration ni ne voient celles des Élus américains. Ils abusent d’un poste dont ils n’ont ni les compétences ni les moyens ni l’opportunité (au regard du changement d’époque) d’exercer au risque de finir comme Midas le roi au bonnet d’âne…

Les médias français ne défendant plus les intérêts du peuple français ne se posent plus la question pourquoi sur cette planète il n’y a que la France et les Arabes qui poussent les Américains à entrer en guerre alors que l’Amérique hésite, alors que l’Amérique prend ses décisions sans les consulter, alors que l’Amérique consulte la Russie et écoute l’Iran.

La réponse est simple, elle est connue par le premier Maghrébin du  coin s’il n’est pas interlocuteur valide de la France et des monarchies bédouines ou s’il n’est pas un Pygmalion qui se croit appelé à de hautes fonctions ou à de hautes distinctions après l’assassinat  d’un dictateur arabe par l’Amérique qui aura auparavant détruit le semblant d’État et de société. La réponse est à trouver dans les centaines de milliards de matériel militaire et de systèmes d’armes ultras modernes que les Bédouins ont achetés de l’Amérique et de la France et qu’ils sont incapables de conduire dans une guerre contre le régime syrien ou contre l’armée syrienne. Voilà deux ans qu’ils envoient les jeunes du monde entier tuer les Syriens et se faire tuer par les Syriens sans qu’ils  prennent le courage de lancer leurs militaires et leurs avions sur Damas, Alep, Homs, Lattaquié ?

Les Maghrébins ne supportent plus de voir un pays en déclin démographique, économique, militaire et morale jouer dans la cour des grands, car il a joué minablement dans la cour des petits en Libye et au Mali.

Qui et quoi font peur à ces Bédouins ? À la dernière minute, le secrétaire général de la Ligue arabe  avait lâché les Bédouins, la France et l’Amérique pour rejoindre l’Égypte qui s’est trouvé une nouvelle passion pour faire oublier son coup d’État et se faire pardonner sa répression.

Il est difficile de faire des prévisions, mais il est permis de croire que dans un avenir proche, nous verrons l’Allemagne lâcher la France et les Latins pour se tourner résolument vers l’Europe orientale et le grand partenariat économique et géostratégique que lui apporterait la Russie en Eurasie,  en Iran et en Afghanistan.

Dans le même horizon, il est permis de croire que le Maghreb ou plutôt  l’Afrique du Nord tournerait le dos définitivement à la France et suivrait son prolongement historique et géographique vers le Sud et vers l’Est.

Il fut un temps où Kissinger menait le monde en provoquant ses fautes et en les exploitant. C’est le tour de Vladimir Poutine d’inverser les rôles. La Chine silencieuse n’est pas endormie,  elle continue de prendre sa revanche comme l’avaient fait Mao et Chou en Lai lorsqu’ils avaient exporté la drogue aux USA et une fois que leur manège a été découvert ils ont trouvé cette réponse ingénue en apparence : «  nous ne faisons que vous renvoyez ce que vous avez ramené chez nous ».

5 – S’il y avait une réelle intention de protéger les populations civiles syriennes, jordaniennes, palestiniennes et autres du gaz sarin (1000 tonnes ?), l’Occident aurait été  empressé de sauter sur l’occasion, même si le désarmement aurait pris 10 ans et couté 1 milliard $.

Les Russes ont placé leurs pièces maitresses au bon moment et au bel endroit. La partie ne fait que commencer. Pour l’instant il manœuvre avec habilité les contradictions et pousse l’Occident vers l’accumulation de fautes. Le recours à des expressions galvaudées comme la guerre froide ou Poutine antidémocratique ne changent rien dans le jeu et son issue surtout lorsque le bavard ne joue pas et ne sait pas jouer , il ne fait que du divertissement faute de faire de la diversion.

6 – L’acteur majeur, le Hezbollah est silencieux. C’est son jeu qui sera déterminant. S’il s’exprime dans les prochains jours ou les prochaines semaines ce sera probablement soit pour annoncer l’échec du plan occidental soit pour signifier l’imminence des combats et le rôle stratégique de la résistance.

B – Que vont faire les Russes. Logiquement ils vont bloquer le projet français, puis ils vont faire porter la responsabilité à Obama -tout en le ménageant –  qui n’ a pas su utiliser la perche tendue. Ils n’auront pas de mal à  présenter  le trio Etats-Unis, Angleterre et France comme de mauvais joueurs aux opinions mondiales et aux autres pays. Probablement, ils vont déclassifier des  renseignements pour  montrer la mauvaise foi et le mensonge du trio. Et ils vont envoyer d’autres navires de guerre et d’autres équipements en Syrie. Ils connaissent la mauvaise foi de l’Occident et garde souvenir de son emprise sur l’ONU et logiquement ils vont demander une commission d’experts internationaux pour identifier les auteurs de l’usage des armes chimiques dans la banlieue de Damas.

Enfin il est difficile de croire que la Russie, engagé du côté syrien, pour multiples raisons, puisse jouer la carte du chimique sans donner aux syriens une autre contrepartie ou une alternative pour l’aider à conserver intacte sa doctrine de guerre et pour damer le pion à l’Occident. Fournir un bouclier anti missiles à la Syrie est une perspective probable.

Que vont faire le trio, l’entité sioniste et les bédouins? Ils  vont tenter de monter une opération de subversion sous fausse bannière. Les médias français et Al Jazeera continuer de colporter des mensonges et des des syllogismes fallacieux.

Ce jeu perturbe le moral et sape l’économie occidentale qui commence à peine de croire à la fin de la récession et qui risque de rentrer dans une nouvelle dépression dont ils ne sauront pas comment s’en sortir. Jamais l’Occident n’a été aussi fragile et aussi vulnérable. Les gouvernants et les élites  arabes et africains n’ont vraiment pas d’envergure pour saisir les pertinences et les opportunités d’émancipation de ces conditions singulières.

Que vont faire  la Syrie et le Hezbollah? Affûter leur stratégie et coordonner leurs ripostes. L’armée syrienne va continuer son effort de récupérer les zones perdues et infliger des pertes aux pseudo Djihadistes.

D’une manière générale la résistance n’a pas vocation de dissuasion ni de guerre totale, mais de faire reculer l’ennemi et de l’empêcher de réaliser ses objectifs de destruction du pays ou de l’occuper. Le Hezbollah, sans livrer bataille, a moralement gagné en signifiant sa présence aux côtés des syriens.

Les néo Ottomans et les Bédouins sont hors jeu. Il ne leur restera que les aboiements et les nuisances mesquines.

Le Vatican et les Eglises d’Orient ont du temps pour communiquer davantage et refuser la guerre.

C – Que va devenir l’énergie de guerre ?

L’empire ne peut  laisser tomber son plan de démantèlement du monde dans le cadre de sa nature colonialiste. La coopération de Shangaï ne peut  laisser tomber son projet de changer les grandes équations mondiales pour mettre fin à l’ordre unipolaire. Dans cette confrontation la loi de l’Istidraj qui mène l’ennemi de Dieu vers sa perte par où il ne sait pas est à l’oeuvre. La fin de l’Empire est annoncée.

Suite sur la partie d’échec Poutine Obama sur le chimique syrien

Quelques heures après le grand Roque , la presse nous révèle le bouleversement sur la situation du monde à la veille d’une guerre. Voir à ce sujet  Partie d’échec sur l’armement chimique : les bons et les mauvais joueurs.

1 – Les observateurs estiment que la perspective d’une guerre a reculé de 50% ce qui déplaît considérablement aux faucons de l’Empire, aux sionistes, à Erdogan, aux Bédouins et à l’opposition armée syrienne

2 – Obama saute sur l’occasion sans aviser ses conseillers et transforme ses interventions destinées à le soutenir face au Congrès  en « soutien » à la proposition russe ce qui crée de la tension au sein de son propre cabinet et  nuit au lobbying   favorable à la guerre. J’avais annoncé qu’Obama est dans une position d’échec au sens symbolique et technique du jeu d’échec devant le grand Roque russo-syrien qui place Poutine dans l’axe central et met dans l’ombre Obama de plus en plus effacé et inopérant. La presse anglo-saxonne met en exergue l’isolement et la confusion d’Obama devant une opinion mondiale et américaine de plus en plus hostile à l’Empire.

3 – Le Hezbollah prend la place centrale dans les craintes d’Obama qu’il affiche devant les caméras lorsqu’il évoque la guerre en Syrie. Affaire à suivre. J’ai toujours maintenu que l’objectif réel de la guerre était une expédition punitive contre le Hezbollah lequel a pris l’initiative en Syrie pour déjouer son enfermement. Le grand Roque russo-syrien montre le Hezbollah comme la Tour qui passe de la défensive à l’offensive.

4 – L’Empire n’a pas l’habitude de tenir compte des opinions du peuple, mais la loi de l’Istidraj le met dans une situation d’inconfort, de doute, de confusion jusqu’à ne plus savoir ce qu’il peut et doit faire pour se libérer de sa chute inexorable.  Voir à ce sujet G20 Saint-Petersbourg : Le jour d’après

5 – Le vote des parlementaires est reportée avec tout ce que l’on sait comme conséquences sur l’agenda de la guerre intérieure (politique)  et sur l’agenda de la guerre militaire en Syrie. Non seulement l’intention de vote est estimée dans le sens d’une majorité du non à la guerre, mais le non l’emporte dans le clan des Républicains traditionnellement favorables aux guerres de l’Empire.

6 – La confusion dans le bloc occidental est sans doute l’élément le plus significatif, car personne ne semble voir l’issue. Après l’enthousiasme béat qui leur faisant voir la proposition russe et l’accord syrien comme une capitulation, ils se ravisent et ne veulent pas voir le fond du problème qui leur fera perdre la tête : le rapport des forces militaires n’est pas à 100% en faveur de l’Empire et du sionisme comme d’habitude. Ils ressentent la confusion et l’angoisse, mais ils ne savent pas où va les conduire la guerre intérieure qui les mine de l’intérieur et qui ne relève pas du fonctionnement démocratique, mais de la tyrannie de leurs appareils ayant apparence démocratique.

7 – C’est sans doute la première fois que nous voyons les campagnes médiatiques sionistes se trouver sans efficacité et prises dans une dialectique qui leur échappe totalement si on fait abstraction des discours habituels de haine et de mensonge.

6 – La France comme la montagne qui accouche d’une souris se propose de proposer une résolution française au Conseil de sécurité dont personne ne devine le contenu, les objectifs et  les chances d’être accepté.

8 – Le caractère destructeur ou raffiné de la partie d’échec dépend d’un accord tacite entre les joueurs. Lavrov vient de mettre au pied du mur l’administration américaine en disant qu’elle était informé de l’effort russe de trouver une issue pacifique. Les alliés européens et tout particulièrement la France ne sont pas des acteurs que les puissants consultent. Hollande et Fabius deviennent de plus en plus insignifiants dans le concert des nations, mais ils persistent à ne pas le voir.

9 – Il est à redouter une opération sous fausse bannière ou un attentat terroriste qui serait imputé à la Syrie, à l’Iran ou au Hezbollah qui pourrait relancer la machine médiatique et l’appareil militaire et faire diversion sur le grand Roque.  Dans  Abou Amama et la future dernière guerre de l’Empire   j’ai évoqué les dates symboliques américaines du 11 septembre ainsi que celles du calendrier juif du mois de septembre dont

  • La « Fête des Cabanes » du mercredi 18 au soir au mercredi 25 septembre 2013 à la tombée de la nuit après de laquelle il n’y a plus de repentir.
  • La « Kislev » du jeudi 21 novembre au soir du 23 novembre 2013 où il est question de la venue du Messie et de la délivrance. C’est ce que toutes les religieux  attendent par  leur désir d’asseoir une explication eschatologique à l’histoire et laisser au Messie fils de Marie le soin de les délivrer de leur adversaire.
  • La fête de « Hanouka » du mercredi 27 novembre au soir au jeudi 5 décembre 2013. Elle correspond à l’opération plomb durci contre Gaza en 2009.

10 – Dans le jeu d’inversion des positions, le Président syrien interroge l’Amérique en posant les questions sur lesquelles Obama et son Administration n’ont pas de réponses :

«Le Congrès (américain) va voter dans quelques jours, et je crois que le Congrès est élu par le peuple pour le représenter. Les élus devraient donc se demander : « Qu’apportent les guerres à l’Amérique ? » Rien. Aucun gain politique, aucun gain économique, et pas une bonne réputation»