LE DEVOIR D’UN HONNÊTE HOMME POUR LA RUPTURE EN ALGÉRIE

Il y vingt ans de cela nous étions mis face au choix de la peste ou du choléra pour saper la première expérience pseudo-démocratique. Ce ne fut ni l’un ni l’autre, mais l’édification de la culture de la rente. Les sources de la rente sont quasi épuisées aujourd’hui : il ne reste rien du premier novembre, de l’Islam, de l’Algérianité, des ressources humaines et des ressources du sous-sol. Tout a été donné en concessions pour un siècle, c’est-à-dire pour quatre à cinq générations. Nous sommes les derniers de la génération nés avant la guerre de libération nationale, qui avions fait des études après l’indépendance et avions servi la patrie avec les moyens du bord. Quelle est notre position en 2019 ?

Nous devons refuser les supercheries, les impostures et les usurpations et dire que maintenant la seule alternative consiste à admettre le pourrissement du sommet par sénilité ou la nécrose de tout le système. Cette alternative macabre, morbide et mortifère est diabolique, car elle dépasse les limites de l’absurde, de l’insensé et de la honte.

Maintenant que le régime n’a plus d’homme consensuel pour se donner bonne contenance et donner l’illusion à un peuple hébété qu’il dispose du Mahdi attendu,  il court inéluctablement à sa perte. En effet il n’est plus capable à cause de ses contradictions internes et surtout il n’a plus de chef de mafia pour être l’interlocuteur valide de l’Occident corrupteur. Sans interlocuteur validé, Le néocolonialisme ne peut obtenir des concessions garanties par un chef d’État « légitime » et des institutions « légales ». Il peut faire du « business », mais il ne peut instaurer le scénario qu’il a planifié et que les élites impopulaires et antipopulaires exécutent aveuglement contre un peuple dont une partie est meurtrie et l’autre écervelée.  Ce scénario est non seulement la perte de la souveraineté politique et économique que nous n’avons jamais eue, mais faire de l’ANP un auxiliaire de l’OTAN, sous couvert de la lutte antiterroriste, dont les desseins sont de disloquer les géographies, les sociétés et les mentalités des peuples. De prendre possession des sites géostratégiques du territoire algérien (air, mer et terre) pour mener leur « guerre des étoiles » contre les Africains, les Berbères et les Arabes, après avoir déserté le Moyen-Orient ravagé.

Le cinéma de la foire électorale et des saltimbanques candidats aux élections montre que le régime insensé fait du brouillage en terme de communication en rendant le formalisme « démocratique » ridicule et tragi-comique. Il montre aussi que l’alternative c’est nous ou c’est la répression qui a pris une nouvelle forme : l’asile psycho-psychiatrique. Le délire politico-médiatique des fous mis en scène est, à l’insu de ses organisateurs, le lapsus qui, dans le langage exprime, l’erreur ou le fourvoiement, mais qui, dans la politique, manifeste le trébuchement, la défaillance par mauvais calcul, l’improvisation, Chez nous on dit Faqou c’est du Tkharbit-Thayhoudit!

Pour les lettrés tels que Mohamed Dib (l’incendie) ou Shakespeare (Hamlet), la folie est une annonciation de quelque chose de grave, de déterminant. La pensée du fou est-elle sagesse ? La pensée sur la folie est-elle prémonition du devenir sanglant ? Par la folie de soi, on apprend des choses essentielles sur soi, en allant au-delà de ses limites, mais le spectacle de la folie des autres, interroge la conscience sur le drame qui se prépare, invite le drame qui se trame à réveiller les consciences. Avons-nous suffisamment de distance mondaine pour voir, entendre et parler comme un Fou ? Avons-nous trop de crapulerie pour être des fous insensés ayant perdu la mesure autre que celle, sonnante et trébuchante, du corrompu et du rentier ?

Le système qui a cultivé la folie dans nos esprits et dans notre corps social devrait logiquement nous interpeller sur le dépassement obligatoire du carcan qui nous étrique pour enfin redevenir humain en quête de liberté et non un demeuré mental mis dans la fascination ou une bête attachée à la mangeoire. La seule interpellation qui vaille à notre folie est la rupture totale, rapide et définitive avec les mécanismes et les modèles d’aliénation en vigueur depuis que l’ALN et le FLN ont été évacués du champ social, idéologique, politique et culturel.

Nous voulons la rupture, pour que chacun de nous puisse vivre de sa folie de liberté, de sa folie de justice, de sa folie de quête de sens à donner à son existence, de sa folie de spiritualité sans intermédiaire ni tuteur.

Les gens « normaux » de ma génération doivent s’engager à être des honnêtes gens. L’honnête homme ne peut pas en ces termes de confusion prétendre à une charge honorable, à un poste ou à une activité politique partisane. Il doit éclairer le chemin et être cynique comme Diogène vivant dans un tonneau et refusant les avances du système pourri : « Otez-vous de mon soleil ». Il n’y a ni collaboration, ni compromis, ni compromission, ni complaisance, ni plateforme de quoi que ce soit.  Nous voulons un processus sain et transparent qui conduit notre pays vers la concrétisation des idéaux de liberté, de justice, de démocratie et de république comprise comme chose publique. Atteint par la limite d’âge, nous ne devons accepter aucune fonction sauf celle de conseil lorsque l’on nous sollicite pour donner notre avis sans prétendre à la connaissance infuse. Il y a suffisamment de jeunes algériens pour relever le défi et reconstruire leur pays. Notre apport n’est pas notre expérience, discutable, mais notre compétence à appréhender les phénomènes dynamiques et à apporter une expertise. Sans plus.  Nos glorieux Chouhadaont donné leur vie et ont abandonné femmes et enfants sans rien en contrepartie et sans garantie de retour. Nous sommes loin d’eux et nous devons les évoquer avec des larmes aux yeux, les yeux de la honte et du repentir.

Le devoir d’un honnête homme est résumé par Machiavel, le maître de la Politique et le grand ouvrier de l’unité italienne :

« Le devoir d’un honnête homme est d’enseigner aux hommes ce que les iniquités du temps et l’injustice des hommes ont empêché d’accomplir. »

SCÉNARIOS PROBABLES POUR UNE FIN DE RÈGNE

Le constat est établi par tous : ce régime n’a aucun atome de légitimité, aucune capacité à innover pour remettre l’Algérie en mouvement et s’assurer une sortie honorable ou un maintien au pouvoir sous de nouvelles formes plus subtiles et moins brutales. La raison est évidente : la tête est sénile, le corps moribond, les organes maintenus en vie par la rente qui s’appauvrit et ne suffit plus à tous.

Qu’est ce qui pourrait se passer de salutaire ou de catastrophique pour mettre fin au marasme et à la honte ?

Plusieurs scénarios sont possibles d’autres sont probables

Parmi les scénarios possibles, les choses continuent dans leur pourrissement, car rien ne va s’opposer à la tricherie. On installe le même président, la même équipe, on révise la constitution et on installe les valets de la France ou des USA et les serviteurs-accapareurs de la rente. Mais il y a trois facteurs qui échappent à la raison humaine. Le premier facteur est d’ordre eschatologique : Bouteflika rappelé à Dieu avant que le scénario ne se déroule. Le second facteur est que Macron et Trump ne se mettent pas d’accord sur le profil du dauphin vu le désordre actuel sur la scène mondiale et le caractère trumpien « America first ». Nous revenons à la case de départ avec plus de chaos et surtout l’impossibilité des clans de se départager et de trouver un consensus. Une fois Bouteflika disparu ou maintenu en vie, mais avec une évidence notoire, qu’il est incapable de gouverner et que son équipe est incapable de trouver une voie de sortie de crise. Le troisième facteur, que ce soit avant ou après les élections, l’armée se divise entre clans et ces clans se radicalisent pour des solutions incompatibles. Dans ce climat de divergence générale, toutes les convergences idéologiques, régionalistes, nationalistes ou préférence à l’étranger ainsi que la convergence des pourris du système avec la lie de la société (baltagia à l’égyptienne financée par le marché noir et organisé par les réseaux occultes nationaux et étrangers) vont cristalliser les paradoxes et générer une guerre civile étendue à tout le territoire.

La conscience du militaire le plus politisé et qui dispose d’unités combattantes efficaces, discipliné, loyal peut être choqué par ce qui se prépare. Il doit savoir qu’il s’agit de l’anéantissement de l’Algérie et que les circonstances géopolitiques ainsi que la situation de déstabilisation de la Libye et du Mali avec tout l’armement disponible et tous les services secrets du monde qui y opèrent en liaison avec les mercenaires professionnels sont favorables à l’embrasement de l’Algérie pour une guerre de cent ans. Ajouter à cela la convergence des revendications à l’autonomie des grandes régions d’Algérie et le désir des Français de récupérer le Sahara, Mers el Kebir ; et des Américains de disposer de bases navales et aériennes. Ce militaire conscient va-t-il cette fois-ci laisser l’Algérie s’embraser et tolérer que l’ANP continue à jouer le rôle d’agent de répression pour maintenir au pouvoir des gens qui ont la haine du peuple et l’incompétence de gouverner. La logique veut qu’il tente un coup de force. La crise va atteindre son paroxysme et il va (il doit) se passer quelque chose de dramatique qui va nous amener vers le salut ou vers le néant.

Cela va dépendre d’un dernier facteur : quel est le désir le plus intime et le plus sincère des Algériens ?

Parmi les scénarios les plus probables, c’est le pire par la convergence des bêtises et des méchancetés qui ont des armes, de l’argent, des réseaux avec l’oisiveté irresponsable et délinquante dans la jeunesse algérienne. Ces jeunes sont déjà fichés, organisés et préparés à accomplir le pire, à leur insu. L’argent sale et les experts en guerre psychologique et en opérations de sape militaire vont les mobiliser et les mettre en situation d’offensive pour créer le chaos, du moins l’insécurité et imposer un Etat d’urgence, des tribunaux d’exception et un directoire d’administrateurs civils et militaires supervisé par des conseillers étrangers. Cela peut se produire avant le vote pour se débarrasser d’une procédure à risque ; cela peut se produire avant l’annonce des résultats officiels car plus que jamais le vote sanction sera présent même s’il y aura beaucoup d’abstention. Le régime a su créer les conditions psychologiques pour disqualifier les candidats en donnant la parole aux fous et aux insensés ; l’opposition inféodée à ce régime a accepté de jouer le rôle de lièvre en ordre dispersé et confus. Dans cette confusion tout est possible. Sur ce scénario catastrophe trois facteurs peuvent fausser les calculs. Le premier facteur est un événement eschatologique. Le second est le refus de l’armée (les chefs des unités combattantes qui vont aller sur le terrain et se confronter aux algériens pour une effusion de sang inutile pour un destin joué d’avance : ce régime est fini). Le troisième est qu’un candidat sérieux et compétent, nous pensons au général Ali Ghediri, prenne l’initiative historique au péril de sa vie et de sa liberté d’appeler le peuple et l’armée à garder le calme, à ne pas tomber dans le piège. Il doit annoncer les deux couleurs que les Algériens attendent : la rupture totale et définitive avec ce régime. L’avertissement aux étrangers qui veulent s’ingérer dans les affaires intérieures. Il doit rester non partisan et surtout sans attache avec les forces de l’argent et les entités oppositionnelles qui vont l’encombrer et le miner. S’il n’y a pas d’appel haut et fort et si cet appel n’est pas entendu, alors tous les rassemblements pré-électoraux et post électoraux seront l’étincelle mise dans une poudrière. Les régimes en place, en Algérie et en France, savent diaboliser, criminaliser, infiltrer et pousser à la violence pour justifier la répression et faire passer des lois liberticides et des mesures antipopulaires. Les Algériens, faute d’encadrement politique ne savent pas contester, ils passent à la violence sans organisation et sans but, ils saccagent les biens publics, et donnent ainsi toutes les justifications « légales », morales et médiatiques pour que la violence « institutionnelle » s’exerce contre eux d’une manière démesurée et impitoyable.

Si Ali Ghediri ne dispose pas d’une équipe de campagne compétente, d’un directeur de communication efficace et de garanties, le conseil le plus sincère que nous nous permettons de lui donner et d’annoncer officiellement le retrait de sa candidature pour laisser le régime en place face à ses responsabilités et le déshabiller totalement, lui enlevant le peu de crédibilité ou d’intelligence qu’il affiche en vain. Si par contre il veut la rupture, il doit aller sur le terrain et prendre la posture de président en attente d’investiture. La crise va atteindre son paroxysme : ceux qui vont gérer la suite doivent se préparer maintenant et être connu ainsi que leur équipe. L’expérience de Lamine Zéroual et de Mohamed Boudiaf doit nous inciter non seulement à la prudence, mais à la mobilisation des forces du changement sous une seule bannière. La situation est grave, elle ne permet aucune improvisation, elle interdit de laisser l’ennemi prendre une quelconque initiative. Il faut l’acculer à la défensive, à la rupture de ses lignes et à la débâcle qui ne permet plus jamais de se remobiliser et d’engager un nouveau combat ni dans l’ombre ni dans les arrières.

Il faut éviter la violence, la manipulation et méditer l’invitation de Marx qui demeure l’un des analystes les plus précis et les plus honnêtes sur le pouvoir de la bourgeoisie : « Il faut oser provoquer le scandale pour ne pas devenir sa proie (otage) ». La conjugaison des désabusés, des frustrés, des revanchards peut entrer en collusion avec la convergence du crime, de la subversion et de la rente. Cette collusion peut se révéler désastreuse. L’intelligence, c’est de donner des voies de sorties ou prendre l’initiative. L’armée est la seule capable de prendre l’initiative et d’imposer une solution favorable au changement pacifique. Ses chefs ne veulent pas et ils doivent assumer leur responsabilité, devant leurs soldats, si la catastrophe venait à se produire. La menace intégriste ne peut plus être invoquée puisqu’il est évident que la menace vient des imposteurs et des usurpateurs qui nous gouvernent contre notre gré.

Le régime a peur, il panique, il est sans solution crédible, faisable et viable. Il peut assassiner un peuple sans état d’âme. Il n’y a pas d’État pour le contenir et lui fixer des limites. Mais il peut se produire deux choses qu’il fait provoquer : la panne qui le pousse à se suicider comme ce fut le cas en fin de règne de l’Empire romain ; la fuite dans le désordre du « sauve-qui-peut » comme celle des Haragas sur des embarcations de fortune sans garantie de trouver bon port.

Je rappelle que j’ai écrit sur les garanties minimales qui manquent pour mener à bon port les élections. Nous voyons déjà comment s’opère le volet des signatures des candidats et nous voyons pire que cela : l’intimidation, la menace et les voies de fait sur des candidats en campagne. La police, la Gendarmerie et les forces de sécurité publique devraient assurer leur protection, mais ils sont jetés en pâture aux Baltagisqui se structurent et montent en puissance pire que le terrorisme de la « décennie noire ».

J’ai écrit un livre, une cinquante d’articles sur le printemps arabe (Syrie, Libye, Égypte et Tunisie) à chaud, sans prendre de distance avec les événements, mais sans esprit partisan. J’ai réfléchi sur la « décennie noire » et ses causes justes pour interroger ma conscience et pouvoir dire un jour comment éviter l’impasse et l’effusion de sang. Il n’y a toujours pas de cadre de débat sérieux et responsable.

Des manifestations menées par des activistes (progressistes ou islamistes) pour dénoncer un régime sans plateforme de changement, sans vision doctrinaire sur le changement, sans programme alternatif de gouvernance, sans garantie de ne pas être récupérés par les appareils de l’opposition classique et incompétente ne peut que déboucher sur une caporalisation des jeunes émergents et une confiscation de leurs sacrifices. Les Etrangers et les Maffieux locaux savent converger pour trouver les interlocuteurs valides et éradiquer les rebelles. Ils parviennent à remettre en selle l’ancien régime avec de nouveaux visages en donnant l’illusion du changement. Ils trouvent les opportunités et les pertinences que leur donnent l’absence de cadre réformateur et la confusion sur les positions du curseur idéologique pour imposer par la violence leurs solutions. La contestation d’un régime ne suffit pas pour opérer le changement, il faut l’adhésion à un programme de rupture. Ce programme n’est pas encore explicite et visible pour être compris et porté par des millions de gens et un seul cri.

Il ne s’agit pas d’une affaire technicienne où on fait appel à des experts, mais une vision où les sincères et les compétents se mobilisent pour effectuer ensemble la quête de résolution des problèmes. Mouloud Hamrouche et Ghazi Hidouci ont initié et conduit des réformes avec un contenu et des perspectives dignes de considération, mais ils se sont appuyés sur des techniciens sans vision sur l’Algérie et sans connaissance de l’humain. Ça ne pouvait donc passer, mais casser. Un exemple parmi tant d’autres est la nomination de Monsieur Abdou à la tête de la télévision algérienne qui était libre d’avoir une idéologie laïque et d’être porté sur l’alcool, mais il ne pouvait mépriser le peuple algérien en disant que la télévision n’est pas une mosquée. Au lieu de toucher aux sensibilités religieuses des gens, il aurait du répondre à la demande du peuple algérien. S’il était intelligent il aurait ouvert le débat religieux et théologique en appelant des sommités mondiales et algériennes pour s’opposer à la montée de l’intégrisme. Les actuels ministres de l’Éducation nationale et des Affaires religieuses ont le même travers et continuent de heurter le peuple algérien au lien de le guider et de lui ouvrir des horizons plus sereins. Tous veulent caporaliser le peuple algérien et croire qu’ils connaissent son bien et le chemin de sa libération mieux que lui.

Face à eux il y avait des aventuriers, les uns au nom de « l’Islam est la solution » et les autres au nom de « la République laïque est la solution », ainsi que ceux qui revendiquent « Haybat ad Dawla – l’autorité de l’Etat est la solution) par la force des armes et de la répression. Avec toutes ces fausses ou imparfaites solutions et leurs paradigmes singuliers nous sommes demeurés sans solution et inertes dans un système sénile et moribond. Personne n’avait et n’a de vision d’éducateur et de réformateur qui s’appuie sur la réalité de l’Algérie, la connaissance des Algériens et qui met ses pas à la suite des Prophètes et des visionnaires. A quelques semaines ou à quelques jours de la rencontre des Algériens avec un destin que personne ne peut deviner, nous n’avons toujours pas mis le curseur idéologique sur l’essentiel et nous n’avons toujours pas identifié la bannière de rassemblement. Dénoncer les généraux algériens et criminaliser l’armée algérienne est à la portée de n’importe quel oisif de n’importe quel café maure. Refuser Bouteflika, maintenant qu’il est en fin de vie, ne va pas donner naissance à un vivant capable de gouverner l’Algérie. Nous sommes enterrés sous des tonnes de faux calculs, de fausses idéologies, de fausses promesses.

En définitive nous n’avons qu’une alternative : ou fin existentielle de l’Algérie ou rupture avec le système qui anéantit l’avenir.

Omar MAZRI – www.algerie-rupture.com

LE GÉNÉRAL RACHID BENYELLÈS SUR LES ARCANES DU POUVOIR

Il n’y a aucun lien entre nous deux : il est général, je suis sans rang, il est de Tlemcen, je suis de Constantine, il a un profil idéologique et j’en ai un autre. Je ne fais qu’apporter ma contribution :

« Faites preuve de discernement si vous ne voulez pas porter atteinte par ignorance à la réputation des gens et que vous soyez par la suite mis dans les regrets de vos actes ».  

Lorsqu’on lit les commentaires insultant sur Youtube à la suite du forum consacré au livre de l’ancien général Rachid Benyellès : « Dans les arcanes du pouvoir (1962-1999) ». Face aux critiques et aux questions légitimes d’une jeunesse privée de repères et mise en situation de haïr son pays et ses élites, le devoir d’un honnête homme est d’y répondre sans polémique, mais sans concessions.

Quelle est l’attente des gens ? Entendre dire d’un général que l’ANP est une pourriture, que les militaires sont tous pourris et que les généraux sont des crapules à passer à la guillotine, parce que certains d’entre eux ont failli ou ont trahi ? Ce n’est pas raisonnable comme attente et cela ne correspond ni à la personnalité de l’ex général Rachid Benyellès ni à ses hautes fonctions.

Il a pourtant dit des choses graves et sérieuses avec subtilité et courage. Nous allons passer en revue certaines vérités du Général et les expliciter du mieux qu’on puisse sans violer l’intimité de sa pensée ou préjuger de ses intentions.

D’abord il a dit ce que l’intelligence et la sensibilité de l’Algérie dictent : « penser à ce qu’il dit sans être obligé de dire tout ce qu’il pense ». Dommage que son éditrice ait préféré souligner le grade de général de Benyellès, mettre en exergue ses désaccords avec lui, et surtout communiquer sur sa maison d’édition. Elle a pourtant ouvert le bal avec quelque chose de remarquable sur le général Benyellès : « Traverser l’histoire en oblique ». Nous devons nous attarder sur ce préambule lourd de significations et de non-dits qui veulent beaucoup dire.

L’oblicité c’est être en position et en trajectoire ni perpendiculaire ni horizontale. Ça peut vouloir dire avoir la faculté de rebondir si l’opportunité se présente pour explorer d’autres directions et s’élever à d’autres hauteurs. Les journalistes n’ont pas saisi l’opportunité, tout empressés de régler leur contentieux avec Boumediene et l’armée algérienne.

L’oblicité, c’est aussi se définir comme ni opposant radical ni partisan sectaire à un système que les circonstances poussent à servir et qu’il est donc difficile de déjuger parce que l’on déjuge soi-même et parce que l’on était persuadé de servir une institution héritée de l’ALN et dans laquelle on trouvait le cadre de continuer à vivre son idéal de résistant et parachever l’indépendance. Il explicite cet aspect des choses en précisant qu’il est un francophone (sous-entendu parlant la langue française qu’il ne faut pas prendre pour un francophile comme aiment le faire les experts algériens en raccourcis et en anathèmes) : les jeunes lycéens qui ont pris le maquis à l’appel du FLN historique. L’intonation de sa voix, son regard, son sourire laissent penser qu’il est désabusé, déçu, mais qu’il avait accompli son devoir dans les limites de ses possibilités et de son pouvoir réel pratiquement limité. Il parvient à dire ce qui lui fait mal au cœur : l’incompétence et la gabegie ont été les principaux maitres de l’Algérie.

L’oblicité signifie aussi être ni trop près ni trop loin des événements pour les comprendre parfaitement et les modifier, ni trop subalterne pour exécuter avec insouciance ni grand décideur pour changer le cap. Il va le dire d’une manière presque timide comme à la fois un reproche à ceux qui ne veulent pas comprendre et à la fois comme une conscience heurtée par le drame de l’Algérie.  Il insiste sur la noblesse de cœur et le dévouement du président Boumediene qui a à son actif la révolution agraire, la révolution industrielle et la révolution culturelle (le débat sur la charte nationale et l’identité algérienne en 1977). Il dit sans ambiguïté : le patrimoine moral de la guerre de libération nationale, le foncier industriel et les ressources humaines de l’Algérie ont été anéanti depuis 1980. Il n’en reste plus rien. Personne ne lui pose la question sur les raisons, les causes et les instruments de ce massacre. La question ne se posait pas sur le choix de Chadli puisqu’il explique que l’armée intervenait (plus exactement on la sollicitait) pour porter le fardeau et trouver des solutions aux grandes crises algériennes et elles sont nombreuses puisque l’ANP est intervenue sept fois selon ses dires. Il indique les pistes : cherchez les civils qui ont impliqué l’armée dans ce qui n’était pas sa vocation. Cherchez le cabinet de Chadli et la promotion des hauts fonctionnaires. Cherchez la liquidation des cadres compétents, cherchez la mise à la retraite des Anciens moudjahidines, cherchez l’exclusion des cadres compétents ou leur confinement dans des tâches subalternes. Il avait dit que l’armée était homogène en tant que corps militaires sinon l’Algérie serait en véritable guerre civile avec des systèmes d’armes déployés à travers le vaste territoire déchirés par des seigneurs de guerre que tout oppose sur le plan idéologique, sociologique et économique.

Il va plus loin en disant que l’armée algérienne détentrice du pouvoir et décisionnaire est un mythe. Il n’est pas en train de dédouaner les défaillances et les impostures, mais de les révéler avec finesse et bravoure : où se trouve le véritable pouvoir ? Qui détient les clés de l’administration, de l’économie, du culturel, du commerce, de la diplomatie ? Qui gère la rente ? Qui gère l’énergie ? Qui gouverne ?

Non seulement le pouvoir de l’armée est un leurre, mais la sécurité militaire est incompétente en matière de sécurité publique et de défense nationale. Il dit avec des mots polis et mesurés que l’Algérie est un château de cartes sans consistance. Les forces de sécurité, confinées à la répression et à la police politique ont failli dans les grands dossiers du renseignement, de la sécurité des frontières, dans la lutte contre la subversion idéologique. L’économie est fragile, le peuple algérien est vulnérable dans sa nourriture, ses médicaments, ses biens et services. Il n’y a pas de doctrine de défense. Il le dit avec politesse et douleur. Bien entendu, les partisans de la rente et les agents de destruction de l’Algérie le chargent et le dénigrent. Lorsqu’il cite Kasdi Merbah, réputé pour son intelligence, son patriotisme et tant d’autres, il dit en même temps que nous étions prisonnier de notre époque, de notre creuset et de nos défaillances : l’Algérie avait donné le prix de sa jeunesse pour son indépendance et pour combler le vide elle a fait le plein, sans penser à la qualité. Le militaire et le civil souffre de ce vide et de la manière dont il a été comblé. Les cancres sont devenus une classe dirigeante, aidés ou propulsés par l’Etranger qui dispose du fichier le plus détaillé et le mieux actualisé sur l’Algérie.

En parlant de civils et de militaires, il a la pudeur ou le manque de temps, pour ne pas se disperser, de mettre le doigt sur certaines réalités. Par exemple la réalité de la mentalité algérienne. Ceux qui portent les armes et l’uniforme ont en mépris le civil qu’ils jugent peu patriote et chaotique, incapable de gérer convenablement. Le peuple algérien aime l’armée parce qu’elle lui suggère la discipline et l’ordre qui lui font défaut. En tant qu’ancien Moudjahid, il a parlé convenablement et aimablement des officiers issus de l’armée française qui ont servi l’armée avec professionnalisme et ont construit une administration efficace par rapport à l’administration civile. Les militaires issus intégralement de l’école algérienne ont conjugué le patriotisme des Moudjahidines et l’efficacité administrative des DAF. Il faut donc rendre hommage à sa probité et au refus du clivage basé sur l’origine des militaires. Cela n’exclue pas de comprendre ce qu’il dit ou écrit en filigrane : la masse au détriment de la qualité. Les DAF exemplaires et compétents étaient peu nombreux, une grande partie s’est révélée une bande de canailles et autre partie, celle qui a gravi tous les échelons et occupé des postes stratégiques. Dans le meilleur des cas, issu de l’école des sous-officiers de Koléa ou des champs de bataille de la France coloniale, ils n’avaient pas le niveau requis pour suivre de grandes écoles, se former à l’intelligence militaire ou administrer avec rigueur et science. Ces gens-là ont occupé des postes stratégiques et ont pris des positions qui n’honorent ni l’ALN ni l’ANP. Quel est le secret de leur ascension fulgurante ? Le Cabinet du Président décidait des nominations et de la mise à la retraite, faiseurs de rois et de courtisans. Cela continue. L’école algérienne a produit beaucoup de ratés et d’exclus qui sont parvenus à des postes décisifs dans l’armée et le civil.

En parlant de la promotion Lacoste et de Khaled Nezzar, le général ne fait pas dans la dentelle : il ne remet pas en cause leur attachement à la patrie et ne les accuse pas de trahison, mais met en exergue leur incompétence et leur faible niveau qui fait d’eux des incapables à mériter le qualificatif d’intelligence machiavélique. En effet les personnes limitées intellectuellement et sans bagages scolaires, civils ou militaires, profanes ou religieux, ne peuvent commettre que des bêtises de leur niveau même si leur arrogance n’a de limite que leur ignorance. Le général Rachid Benyellès nous dit, sans cryptage, que l’armée détentrice du pouvoir réel est un mythe, que la puissance démesurée de la SM est une usurpation, que la promotion Lacoste est d’un niveau limité qui ne lui permet pas d’agir avec compétence ou de prendre des décisions sensées. Qui recrute les cadres, qui valide leur choix, qui leur donne des prérogatives étendues, qui les révoque, qui contrôle leurs actes ? Comment se prennent les décisions stratégiques et dans quel cadre ? Partout c’est le règne de l’incompétence, de la gabegie et de l’opacité.

Est-ce qu’il s’agit d’obliquité c’est-à-dire de manque de droiture et de franchise ou d’oblicité c’est à dire d’un détournement de la trajectoire de son but et de sa finalité. En tous les cas, il y a quelque chose d’ambigu dans son discours à moins qu’il nous dise à notre insu et à son insu qu’il a tenté de s’opposer, mais qu’il a été vaincu par la doxa générale.

Je ne connais ni sa fortune, ni ses fréquentations, ni ses lectures. Je ne vais témoigner que de ce que je sais pour l’avoir personnellement vécu. J’ai eu l’occasion de participer à trois réunions de travail, destinées à l’examen de questions techniques et industrielles sur la construction navale et la réparation navale dont une avait trait à la réparation par des moyens algériens et des techniciens algériens de l’arbre de transmission d’une vedette de la marine de guerre.  Une fois j’étais en face de lui légèrement en oblique et une fois à côté de lui et je peux témoigner de mon ressenti à l’époque (1982 – 1983 et 1984) : c’est un homme qui écoute profondément et avec bienveillance ses interlocuteurs. Il comprend bien et vite. Il est très poli, très doux. Il s’était entouré pour la circonstances de cadres techniques sérieux et compétents. La relation avec ses cadres était une relation de confiance, de respect et de gravité. C’était une excellente impression qui ne m’a jamais quitté.

L’impression est peut-être subjective. Je vais donc solliciter un souvenir plus objectif pour étayer mon sentiment profond sur ce monsieur.  Nous sommes au début des années 80 et le début de la liquidation du Boumediennisme et tout particulièrement de la mise en faillite de la révolution agraire, du service national, de la révolution culturelle (l’arabisation) et de la révolution industrielle (le général Benyellès parle avec fierté de 100 grandes entreprises publiques édifiées en moins de 13 ans). Cette période 80 correspond au triomphe suprême de l’ambition américaine : faire du monde un marché et des Etats-nations des auxiliaires de ce marché privé de régulation et d’investissement social. En fait, cela dépasse les USA en tant qu’Etat, il s’agit du triomphe de l’oligarchie financière. Cette oligarchie a construit des destructeurs de l’industrie française comme Laurent Fabius et des faiseurs d’opinion comme Jacques Attali dont les réseaux d’influence s’étendent sur toute les anciennes colonies françaises y compris sur l’Algérie. L’Algérie s’est alignée sur ce magnétisme mercantile et antinationaliste mondial avec les conséquences que nous savons, dont la plus tragique est l’esclavage post moderne (la fuite des cerveaux et des bras). C’est dans cette ambiance que l’Algérie s’est désistée de la politique industrielle et a commencé à démanteler le service public et les entreprises nationales. Le drame, c’est que cette décision a été prise par les civils algériens et les militaires, les civils étant plus nombreux et mieux outillés pour changer le cours des choses. Du côté civil on avait l’ancien premier ministre Abdelhamid Brahimi (surnommé Hamid la Science ou Abou Maqla), son ancienne équipe du ministère de la planification, et le plus grave, les plus grands « capitaines » de l’industrie algérienne (SNS, SONELGAZ par exemple) tous surdiplômés. Les militaires étaient peu nombreux et la majorité ne connaissait rien à l’économie et à l’industrie. Cette commission nationale était présidée par le colonel Guenaïzia. Il n’y avait pas encore de généraux. La commission nationale de restructuration de l’industrie algérienne avait mis fin à l’expérience du développement industriel en Algérie. Expérience unique dans le tiers monde.

Lorsque le général Benyellès parle d’intelligence machiavélique, il évalue le drame algérien à sa juste valeur, même s’il n’arrive pas ou ne veut pas donner des noms ni décrire des mécanismes concrets. Le système est tellement opaque qu’il est impossible de révéler la toile. Elle est présente à tous les niveaux et dans tous les domaines en étant presque invisible comme une force dont on ne voit que les effets et les intensités sans jamais voir son vecteur et son point d’appui. A chaque fois que vous dites ça y est j’ai compris, le puzzle se recompose dans le désordre. C’est pire que la Maffia, c’est satanique.

Il faut une intelligence maléfique, bien informée et ayant un contentieux historique et idéologique avec l’Algérie (ALN et FLN) pour provoquer la mise en scène : quelques militaires qui président et rapportent ce que les experts civils algériens vont approuver et qui a été décidé ailleurs, dans les sphères du Cabinet occulte en Algérie en travail commandé pour les intérêts non seulement de la France, mais de la globalisation impérialiste. Il faut connaitre la mentalité des élites militaires et civils : les uns sont occupés à leur promotion (grades et postes), les autres aux missions à l’étranger et à la gestion des pénuries. On peut multiplier ad nauseum  ce constat à tous les niveaux de l’administration et dans les registres de l’activité nationale : on place des militaires, soit incompétents soit sans moyens et sans soutien, dans un nid de vipères civiles et on laisse faire le pourrissement et surtout on construit un mythe de l’omniprésence de l’armée, de l’omnipuissance de la SM tout en préparant la disqualification du FLN et de l’ANP (ALN). J’ai travaillé dans les secteurs de l’industrie, de la pêche, de la santé, de l’éducation, de l’économie et c’est le même constat sur les mêmes mécanismes de sabotage, sur le même procédé de désignation et de nomination.

Est-ce qu’il est logique de travailler pour un organisme comme le Ministère de la Défense Nationale dont les services de sécurité vous accordent une habilitation code C, après un an d’enquête, vous autorisant à manier des documents sensibles, puis de ne pas être validé pour un poste de cadre supérieur dans un ministère sous prétexte que les services de sécurité se sont opposés à votre décret alors que votre parcours ainsi que celui de votre famille est exemplaire sur le plan de la compétence et du patriotisme. Il est encore moins logique que lorsque vous parvenez à ficeler un dossier sur la corruption et le sabotage, les services de sécurité vous demandent de laisser tomber et de les rejoindre pour faire valoir vos compétences dans l’appareil en voie de restructuration. Il y a un problème de cohérence et d’efficacité sur le plan du travail, mais il y aussi beaucoup de Hogra, de cooptation et de corruption. La main étrangère n’est pas loin comme n’était pas loin la main « rouge » dans l’assassinat des militants de la cause nationale. La traitrise des algériens et l’appât du gain et de la facilité ne sont pas loin aussi. Ce sont ces réminiscences douloureuses qui remontent à la surface en écoutant le général Benyellès.

C’est une expérience pénible pour les jeunes doués et politisés qui voulaient travailler. A ce jour j’ai cherché en vain qui a eu l’idée de monter le scénario morbide de fragmentation et de privatisation des industries algériennes. J’ai la conviction que les Militaires avaient cautionné ce projet en le présidant, certains y voyaient sans doute une occasion pour leurs ambitions personnelles, mais je dois avouer que la luttes des classes et la conscience de classe bourgeoise n’étaient pas encore mures pour déboucher sur un projet politique autre que les petits calculs d’épiciers qui sont devenus des barons de l’import-export.

C’est dans cette même période que le projet de réalisation des industries militaires a été envoyé aux oubliettes, malgré le passage de l’ex patron des services secret, Kasdi Merbah, au poste de vice-ministre de la défense chargé de l’industrie militaire avec comme chef opérationnel le colonel Touati Abdeslam un ancien Moudjahid du corps de la Marine de guerre et ancien commandant de la base navale de Mers El Kebir.  Un brave homme, un homme lettré. Ni le général Benyellès nommé au poste de ministre des transports, ni Kasdi Merbah nommé à la Santé publique, ni Touati nommé à la compagnie nationale des transports maritimes n’ont pu mener une action de réforme. La vie civile algérienne est une jungle sans règlements, sans commandement, sans administration : ingérable. Le cabinet de Chadli pris en main par Larbi Belkheir nommait, révoquait, permutait au gré des humeurs et d’intentions que seul Dieu connait. 30 ans plus tard la situation est pire.

Puisque le général Rachid Benyellès définit l’oblicité comme le cadre idéique d’un homme qui veut se présenter comme traversant l’Algérie en biais, mais connaissant tous ses arcanes y compris celui de l’utopie des Industries Militaires. Il nous permet donc de faire rebondir quelques une de ses idées en leur donnant plus d’amplitude et une orientation plus précise. Nous allons donc revenir sur l’échec des industries militaires qui lui tenait à cœur et nous poser les questions qui doivent faire mal à sa mémoire. Est-il possible et sage de confier à l’armée la réalisation de l’industrie militaire alors que ce n’est pas sa vocation. L’industrie nationale (civile) aurait dû avec ses infrastructures s’ouvrir sur les fabrications militaires, l’armée avec ses bureaux d’étude, son état-major logistique et ses centres de recherche se seraient occupés des cahiers de charges, de sécurité, de documentation technique, de licences, de brevet, de réception, d’essai. L’industrie nationale était planifiée pour une mise en faillite et un démantèlement, elle ne pouvait donc être le réceptacle et le promoteur de la haute technologie militaire. L’ANP a pourtant fait l’effort colossal de former des milliers de techniciens et d’ingénieurs pour cette industrie avec l’idée que même si l’industrie militaire ne verrait pas le jour, les cadres formés seront utiles à l’Algérie et à la technicité de l’armée. Sur le plan de la vision stratégique comment envisager une industrie militaire alors que le niveau conceptuel des chefs et des sous-chefs ne permettait ni d’élaborer une doctrine militaire ni de concevoir le schéma de l’économie de défense ni encore celui de la sécurité nationale (culturelle, idéologique, économique, sociale, scientifique) ? Comment édifier une industrie militaire déboitée de l’université algérienne qui continue de délivrer des enseignements scholastiques et caducs, qui ne s’investit pas dans la recherche scientifique et technologique et qui n’a aucune passerelle praticienne avec le monde du travail et les préoccupations réelles de l’économie, de la défense ? Comment concevoir une industrie militaire alors que l’Etat de droit est absent et qui est nécessaire à la promotion des compétences, à la défense de la souveraineté nationale ? Comment concevoir les capacités de production et dimensionner les chaines de production sans partenariat avec les pays voisins car l’industrie militaire exigent de grands budgets et ne peut se contenter de faire de la production de petites séries ? L’industrie militaire, n’est pas une finalité en soi, mais est un outil au service de la souveraineté nationale et en tant qu’outil de défense, il devrait participer à la défense de l’Algérie contre quel ennemi et sur quel terrain de combat ? Peut-on édifier une industrie alors qu’elle est concurrencée par la culture de la rente et des importations qui l’alimentent.

Lorsque le monde civil et militaire fonctionnent selon la règle de l’interlocuteur valide, agrée par les intérêts mesquins du moment et cautionné par les intérêts stratégiques de l’Etranger, il ne peut y avoir ni décideur véritable ni Etat authentique. Partout, c’est de la fausse monnaie, des impostures, des usurpations et des éphémères. L’intégrisme à l’image du délabrement de tous les secteurs de l’Algérie est le produit des Algériens. L’éradication janvieriste laïciste est aussi un produit de l’Algérie. Cette Algérie qui produit des monstruosités n’est ni indépendante ni sensée.

Le général Benyellès connait ses contradictions et il a sans doute lu Malek Bennabi : l’homme le plus compétent et le plus intègre ne peut rien faire lorsque le milieu dans lequel il évolue manque d’efficacité, de synergie et d’orientation. Comme une aiguille aimantée dans un champ magnétique soit s’aligner sur le champ le plus fort soit se détraquer ou être exclu par la force de répulsion.

Ces souvenirs méritent d’être soulignés en faveur du général Benyellès qui avait manifesté son intention de relancer le chantier naval de Mers El Kebir qui avait couté 100 milliards (1DA = 1.3 FF) d’investissement infructueux à l’Algérie. Il voulait confier la réparation des vedettes des gardes côtes aux Algériens. Il voulait lancer la fabrication de petites unités navales et de cochons de mer lance torpilles.

Le destin est incroyable ! C’est au cours de ces réunions de travail que j’ai fait la connaissance du général Ali Ghediri actuel candidat aux élections présidentielles. Il m’a laissé une excellente impression : il connaissait son dossier ; il était sobre, discipliné, bosseur et intelligent ; il soutenait le développement national et l’acquisition technologique ainsi que la confiance à accorder aux ingénieurs et techniciens de l’armée et du civil. Je me rappelle avoir rédigé avec lui les comptes rendus des réunions de travail : on a fait du beau travail, on n’a négligé aucun détail et on n’a fait aucune faute de style ou de syntaxe. A l’époque, il était capitaine sous-directeur technique de la marine de guerre. Sa candidature est à prendre au sérieux et il peut gouverner l’Algérie : c’est un jeune, bon technicien, bon administrateur, patriote.

Dans ces réunions nous venons d’horizons divers et de régions multiples : frontière marocaine, frontière tunisienne, kabyles, chaouis… L’esprit du Makhzen que nous lègue Bouteflika et les clans qui se disputent la rente étaient en larves, mais l’amour de l’Algérie et le salaire mensuel nous suffisaient pour travailler. L’armée est une discipline, une hiérarchie et une administration qui structurellement sait gérer les différences et les clivages. Les clivages étaient perceptibles entre les issus de l’armée française complexés par le passé glorieux des Moudjahidines de première heure, les issus de l’ALN frustrés de voir les DAF avancer plus vite en grade et en poste de responsabilité, les purs produits de l’indépendance étaient dispersés entre ceux-ci et ceux-là. Les plus politisés et les plus visionnaires avaient du mal à s’intégrer, car ils avaient d’autres attentes et d’autres ambitions ainsi que beaucoup de déception. Le grade, la gamelle et la solde de l’armée les intéressaient moins que prendre les initiatives pour gagner en opérationnalité et en organisation. Ils sont devenus tout de suite encombrant et problématiques dans leur gestion de carrière. Les Moudjahidines méritaient un autre traitement, une autre prise en charge singulière en termes de formation. La culture de la rente et des avantages sociaux en milieu des années 80 a littéralement changé la perception des militaires sur l’armée, par la gestion de la pénurie et du favoritisme ont créé le fameux « sauve qui peut » de Malek Bennabi. Dans la vie civile, le sauve qui peut a pris des dimensions de catastrophe nationale. Chacun pour soi et l’Algérie pour les passe-droits. Certains d’entre nous ont pu traverser sans encombre l’existence, d’autres ont failli, mais beaucoup ont été mis à l’écart, car ils étaient peu enclins au compromis ou à la corruption.

Benyellès a raison lorsqu’il dit que Boumediene a créé un équilibre, mais l’équilibre était fragile car les divergences idéologiques étaient profondes et le cap différent. L’incompétence conjuguée à la subversion étrangère sapent une nation. Il est temps d’y mettre fin. A titre d’exemple de l’opposition des caps et des visions : vous avez une vision qui voulait que l’ANP soit organisé en divisions hyper mécanisées et donc lourdement équipées et demandant des budgets colossaux avec en parallèle une logistique qui fait de l’importation et du magasinage. En face vous avez, à l’instar du général Liamine Zéroual, une vision radicalement différente : une armée professionnelle légère hautement équipée et très mobile eu égard aux 60% de steppe du territoire. La logistique se devait d’être un véritable état-major des arrières. Dans la Russie de Poutine, c’est cette vision qui est en application et qui permet à l’armée russe d’entrer dans la guerre de cinquième génération et de devancer le Pentagone. Chez nous les partisans de la démesure et du gaspillage l’emportent sur les compétents. Ceci est valable tant pour les militaires que pour les civils. L’Algérie est le pays des équilibres précaires, des faux compromis, des fautes d’appréciation et de l’insouciance morale et intellectuelle.

Les propos de Benyellès confirment donc l’existence de la cinquième colonne et démontrent surtout que le pouvoir réel n’est pas aux mains des Algériens. L’armée est un décideur de circonstances. La question est qui crée ces circonstances. Il a raison lorsqu’il parle de l’action étrangère devant laquelle l’Algérie était démunie par incompétence et par négligence. En parlant des assassinats politiques, il invite l’historien à faire son travail, il invite le journaliste à investiguer, le juge à enquêter. Il a donné son opinion et a livré son expérience, n’attendez-pas de lui ce qui n’est pas sa vocation : juger ses pairs ou lancer des anathèmes. Il a beaucoup dit et il confirme notre intime conviction de la présence de la cinquième colonne hyper active en Algérie et il confirme surtout notre idée que le pouvoir réel n’est pas aux mains des Algériens. Pour s’en rendre à l’évidence, il faut voir le phénomène du turn-over dans l’armée algérienne et surtout la facilité avec laquelle on évince des généraux et des officiers supérieurs et on les met au silence. Une armée qui détient le pouvoir réel ne se laisse pas défaire de ses chefs.

Le général est tenu de pas ses fonctions et son grade à une certaine réserve, mais l’observateur qui a vu de près peut dire tout haut certaines vérités sur le pouvoir réel. Lorsque l’Algérie décide de créer le grade de général, beaucoup d’officiers issus de l’ALN ou de l’indépendance ont refusé ce grade, car il opérait une rupture symbolique avec les grades historiques de l’ALN. Les carriéristes et les DAF y ont vu une opportunité de promotion et de pouvoir et surtout un écart entre les militaires d’en bas et les militaires d’en haut. Lorsque l’Algérie décide de supprimer l’avis 77 sur le monopole de l’Etat sur la devise et propose la loi sur l’économie mixte, l’ANP a émis des réserves et a exprimé clairement sa désapprobation. Les Américains sont venus, après la promulgation de la loi sur l’économie mixte, proposer aux militaires un schéma qui met fin à l’industrialisation, qui met fin à la coopération russe en matière d’équipement et un projet financé par les Américains et piloté par leurs bureaux d’études pour transformer l’Algérie en un vaste réseau routier avec motels, ateliers de réparation et station services. Ils se sont adressés à l’ANP car ils pensaient qu’elle détenait le véritable pouvoir (politique et économique), mais l’Armée algérienne non seulement n’a pas donné suite, mais a envoyé un rapport à la présidence exprimant ses réserves sur le contenu, la faisabilité et l’incohérence de ce projet avec nos traditions industrielles et surtout avec les fameux slogans de transfert de technologie et d’intégration nationale. Si les militaires avaient dit oui et s’ils étaient décideurs politiques, l’Algérie serait en train de monter avec l’Egypte les chars américains Abrams et les hélicoptères de lutte antiterroriste équipés de vision nocturnes. Rachid Benyellès était je crois déjà général et secrétaire général du MDN lorsque l’armée se démarque de la nouvelle vision civile du développement économique et du partenariat stratégique. D’ailleurs, il dit que le Ministre de la défense, avec son cabinet de décideurs, a toujours était le Président de la République. Celui qui fait et défait ce cabinet, qui fait les présidents, les assassine ou les fait démissionner détient le véritable pouvoir. Les Algériens peuvent faire les basses besognes, mais ils n’ont pas l’intelligence machiavélique pour concevoir, planifier et superviser.

SOUTIEN À ALI GHEDIRI : POURQUOI ?

LA RUPTURE SYMBOLIQUE !

Nous soutenons le général Ali Ghediri pour une rupture symbolique avec le régime en place. Voici nos raisons objectives et subjectives :

1 – Il affiche sans ambiguïté et avec courage sa rupture avec le système maffieux.

2 – Il refuse d’aller au compromis avec les partis politiques discrédités et incompétents.

3 – Il annonce et promet une seconde République démocratique et populaire signifiant le renouvellement du serment fait à nos Chouhadas et la réhabilitation de la personnalité algérienne : nous y croyons.

4 – Il a un statut de général qui prend l’engagement de libérer le peuple et par là, il offre non seulement une voie de sortie honorable à l’ANP, mais il veut la réhabiliter dans la lignée de l’ALN libératrice et anticolonialiste. L’ANP a été coupée de son héritage historique,  de son ancrage social et de sa vocation institutionnelle par les intrus qui l’ont infiltrée et transformée en outil de répression, de légitimation et de corruption. L’ANP ne peut que reprendre sa mission par les siens, purs produits de l’école algérienne.

5 – Nous l’avons connu alors qu’il était jeune capitaine dans la Marine de guerre, il était alors partisan de la souveraineté nationale et de la sauvegarde de l’outil industriel de l’Algérie alors que d’autres pensaient déjà à dépecer l’Algérie après le décès du Président Boumediene. Aujourd’hui le pouvoir économique, médiatique et politique en place tente de le discréditer et le mettre en isolement. Ce ne sont pas ses qualités d’orateur ou de communicant qui nous intéresse, mais sa détermination et son engagement à devenir le Président de tous les Algériens.

6 – Nous sommes convaincus que le pouvoir réel a toujours échappé à l’ANP et au FLN. Ils ont été transformés en bouc-émissaire pour régler un contentieux historique et idéologique avec la guerre de libération nationale et la mémoire de nos Martyrs toujours vivante dans nos cœurs et nos esprits. Ils ont été vidés de leur substance patriotique pour servir des intérêts privés. Le peuple et l’armée peuvent libérer le FLN des appareils bureaucratiques et rentiers pour qu’il reprenne sa place dans nos cœurs et dans l’histoire nationale, et que l’Algérie sans exclusive ni exclusion reconstitue enfin notre rêve de jeunesse : se rassembler autour d’un front d’édification nationale à l’abri des rentes historiques, économiques, culturelles et religieuses.

7 – La tâche est difficile, dans le contexte international de crise globale et dans le contexte de pourrissement national, elle exige donc le rassemblement des forces civiles et militaires, des jeunes et des anciens dans un front de résistance nationale. L’heure est grave : l’existence territoriale de notre patrie est en péril, maintenant que l’Etat est complètement effondré et que les appareils économiques, politiques, administratifs et sécuritaires sont en état de sénilité et de faillite.

Nous apportons notre soutien au Général Ali Ghediri et nous continuerons à le soutenir tant qu’il agit dans la transparence et œuvre de pied ferme et avec courage pour la défense des libertés, l’indépendance de la Justice, la fin des rentes et la souveraineté nationale. Nous sommes persuadés qu’il offre une possibilité crédible de rupture symbolique.

A l’origine le symbolum était le partage, entre deux personnes, d’un objet qui avait été brisé et dont les morceaux, lorsque ces personnes se rencontreraient à nouveau, seraient des symboles, significatifs d’une réalité et d’une vérité sur laquelle elles s’étaient préalablement convenues de considérer comme signe de reconnaissance et de liaison. Nous sommes tous en majorité d’accord avec la réconciliation et la réunification comme nous sommes opposés à tout ce qui nous diabolise et nous aliène. Il nous appartient en notre âme et conscience de converger si nous voulons tisser du symbole ou de continuer à diverger, à verser notre sang et à dilapider nos ressources en persistant à détruire les derniers symboles : les liens de fraternité et l’appartenance au même territoire et à la même histoire.

LE FAUX TÉMOIGNAGE DES PARTIS DU POUVOIR

فَاجْتَنِبُوا الرِّجْسَ مِنَ الأَوْثَانِ وَاجْتَنِبُوا قَوْلَ الزُّورِ

Evitez la souillure des idoles ; évitez le faux témoignage ! [Al Hadj 30]

L’idolâtrie est l’humiliation de l’intelligence humaine, l’aliénation des libertés. Le faux témoignage est la voie pour saper la justice, ouvrir la porte à la corruption, permettre le vol, le viol, la trahison voire le crime.

Le faux témoignage est, par son caractère mensonger grave, une entrave à l’exercice de la justice et une atteinte aux droits. Il ne s’agit pas seulement de tenir des propos mensongers, mais consiste aussi à :

  • User de fausses promesses ;
  • Faire des offres de corruption,
  • Exercer des pressions, faire des menaces,
  • Exercer des voies de fait (c’est-à-dire violences), du fardage ou du dol (manœuvres ou artifices afin d’intimider et de fausser)
  • Pousser autrui à ne pas témoigner librement.
  • Faire circuler de fausses rumeurs dans le but de désinformer, de manipuler l’opinion publique. Intimider les juges ou les envoyer sur de fausses pistes.
  • Établir une attestation ou un certificat faisant état de faits faux ou inexacts ;
  • Falsifier une attestation ou un certificat.
  • Faire usage du faux ou présenter une attestation ou un certificat inexact, faux ou falsifié.
  • Recourir à des jugements et des argumentaires fondés volontairement sur des syllogismes fallacieux qui ne tiennent d’aucun fait réel et d’aucune vérité établie.

Après l’attentat à la vie humaine, vient le faux témoignage dans la graduation des crimes. Le châtiment du faux témoignage est l’emprisonnement, la flagellation, la destitution de tous les droits civiques et le bannissement de la cité des hommes.

Les parvenus du FLN qui ont pénétré dans l’assemblée nationale par effraction ont commis les pires crimes : idolâtrie, faux témoignages et incitation au crime. Seule la rupture avec le système maffieux, sénile et inculte peut les traduire devant les tribunaux et les mettre hors d’état de nuire.

Châtiment dans ce monde et malédiction dans l’autre attendent le faux témoin.

وَلاَ تَكْتُمُواْ الشَّهَادَةَ وَمَن يَكْتُمْهَا فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ [البقرة:28

Et ne dissimulez pas le témoignage : quiconque le dissimulerait pécherait en son for intérieur.

Le pécheur qui se repent, qui avoue ses crimes et restaure le droit d’autrui, peut-être effacé par le repentir, car sa faute est souvent confinée dans le temps et l’espace. Mais pécher en son for intérieur, c’est-à-dire en sa conscience, c’est perdre tout espoir d’être sauvé car la conscience est souillée, noircie, irréparable. Les effets d’une telle conscience déshumanise son homme, ses effets sont durables dans le temps et étendus dans l’espace et les activités humaines. Jusqu’à la dernière minute de leur existence, ils continueront de mentir, de falsifier, de trafiquer. Celui que les circonstances et les contraintes mettent devant l’épreuve du faux mensonge peut refuser ou se démettre si les possibilités le lui permettent, peut plier et faire un faux témoignage, mais sa conscience continue de refuser et à la moindre occasion il se réhabilite, il dénonce et rompt avec la contrainte. Celui-ci n’entre pas dans la catégorie فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ  pécher par conscience.

Omar MAZRI 

LE VENDREDI DE LA RUPTURE

Contrairement à tous les scénarios pessimistes craignant le pire, y compris les nôtres, La jeunesse algérienne a manifesté dans le calme sans violence ni débordement. Malgré l’anonymat de l’appel à manifester pour un « vendredi noir » la jeunesse algérienne a répondu massivement à travers tout le territoire algérien. Malgré que les éradicateurs et les provocateurs aient essayé de présenter la mosquée comme une menace intégriste, les jeunes algériens ont répondu pacifiquement sans slogan religieux. Malgré la mobilisation des confréries maraboutiques et des imams de la rente, la jeunesse algérienne a osé défier le régime et exprimer, au-delà du non à un cinquième mandat :

  • Barakat,
  • Le changement par des voies pacifiques,
  • Que les élites incompétentes et traitres dégagent.

La peur est enfin vaincue, le peuple est sur la voie de reconquérir ses droits et de se mettre sur la voie de la rupture. Ce n’est pas encore acquis, mais le chemin est tracé vers les urnes qui vont trancher.

Le courage, la détermination, la dignité et la grandeur de cette jeunesse, tant méprisée et niée, se sont manifestés et vont prendre de l’ampleur, de l’intensité et de la densité non seulement pour exiger la rupture, mais pour imposer l’exercice libre de la politique et de l’initiative populaire sans lesquels il n’y a ni indépendance, ni développement social et économique. Nous osons croire que notre rêve de jeunesse va se réaliser et que ceux qui ont confisqué l’indépendance de l’Algérie seront contraints de partir et de rendre justice. Nous osons croire que cette jeunesse unie par un destin national va enfin parachever et corriger ce que leurs ainés n’ont pas réussi à accomplir.

Nous tenons à souligner que plusieurs de nos craintes ne se sont pas réalisées :

  • La répression brutale
  • La provocation policière
  • L’interruption des Baltagias
  • La contre marche du FLN qui aurait opposé les Algériens aux Algériens.

Le régime est en panique, il ne contrôle plus la situation et il n’a aucune devanture « légitime » pour gérer la suite et récupérer la colère populaire ou donner légalité à la répression. Il est au point de rupture et seul le mouvement populaire organisé et pacifique pourrait provoquer cette rupture.

Les forces militaires et sécuritaires ont peut-être pris conscience du péril que ces gouvernants maffieux constituent pour l’existence de l’Algérie ainsi que pour leur propre sécurité. Les conditions de 1992 et la manipulation des islamistes infantiles ne peuvent plus faire converger les éradicateurs de tous bords pour instrumentaliser les corps constitués dans la défense de leur rente et la promotion de leurs idéologies anti populaires qu’ils ne peuvent conserver par la voie démocratique et républicaine.

Le FLN n’a sans doute pas pu ramasser ces balatagias. Il agit seul, sans les partis du pouvoir et de l’opposition inféodée, signifiant qu’ils agissent en ordre dispersé sans plan de bataille, sans chef, sans chemin de repli, sans arrières et sans protection des flancs. C’est militairement parlant une débâcle annoncée.

L’armée algérienne, c’est-à-dire les forces armées vont peser de tout leur poids cette fois-ci pour sortir du bourbier dans lequel des incapables et des irresponsables les ont entrainés. Un coup d’Etat comme en 1965 est possible ou un coup d’Etat blanc qui met fin à la candidature de l’homme malade est possible. Si cette volonté d’intervenir par la force existe, nous devons la refuser car il ne reste que quelques semaines à tenir avant l’effondrement du système rentier. Les forces armées peuvent dire haut et fort qu’elles se portent garantes du résultat des élections ou dire tout bas à ses chefs et aux civils qui ont provoqué le chaos que c’est la fin de partie. Elle doit se faire sans effusion de sang. La solution idéale serait de reporter après le Ramadhan les élections pour donner le temps au peuple de s’organiser politiquement et aux candidats de débattre de leurs programmes. Le 5 juillet serait une bonne date symbolique, le mieux serait le premier novembre. Une transition de quelques mois, le temps d’apaiser le climat et de préparer la vie politique et sociale. Cette solution passe par l’interdiction de la maffia actuelle de présenter un candidat ; le refus des interventions étrangères ; enfin et surtout la mise en place de garanties crédibles.

Le répit de trois ou six mois serait suffisant à une jeunesse active et désirant s’approprier l’initiative historique de se constituer en Assemblées citoyennes au niveau local, de débattre politiquement et de faire émerger de nouvelles élites pour prendre les responsabilités de la gouvernance du pays. Les Anciens, patriotes et honnêtes, apporteraient uniquement le conseil et la capacité d’écriture. Ce serait une évolution historique. Le président élu pourrait s’appuyer sur ces assemblées pour conduire le pays jusqu’au renouvellement des institutions et des cadres. A l’indépendance, l’Algérie a pratiqué avec réussites ce genre d’expérience par les comités de gestion, les comités de quartier, les scouts et les universités populaires. Il faut faire confiance au génie populaire et le laisser inventer ses propres outils de gestion et ses propres méthodes d’émancipation.

L’aube est proche inchaallah ! Demain c’est une nouvelle marche par d’autres initiateurs. Nous lui souhaitons la réussite. Nous espérons que toutes les marches et toutes les manifestations expriment le même rejet du système actuel et qu’elles convergent vers la même lutte : parachever l’indépendance de l’Algérie et mettre fin aux rentes et aux confiscations. Personne n’a le droit de se ranger derrière de fausses bannières ni de s’insérer dans des cadres sectaires ou politiciens. Les Algériens ne supporteront pas indéfiniment d’être manipulés et trahis et n’accepterons aucune justification, car l’heure est grave, complexe et décisive. Il n’y a plus de temps à perdre.

Que chacun se range derrière son choix responsable et vote ou qu’il s’abstienne de voter, mais pas de faux curseur ni de tromperie. Si nous votons, nous devons soutenir notre candidat et accepter le verdict des urnes s’il n’y a pas de fraude. L’élu, à la majorité, doit être le Président de tous les Algériens et instaurer les bases d’une véritable démocratie et d’une authentique république en :

  • Réhabilitant la vie politique et la Justice
  • Garantissant les libertés
  • Mettant fin aux monopoles et aux rentes
  • Relançant l’activité économique, la solidarité nationale et la justice sociale.

Ceux qui préconisent l’abstention, doivent nous éclairer sur l’alternative de leur choix politiques après les élections. Le peuple algérien ne peut demeurer éternellement dans l’impasse et l’improvisation. Il lui faut un cap et une direction d’effort.

Le Général et les garanties qui manquent

Comment caractériser les élections dans une ambiance rose en surface et apocalyptique en profondeur au regard du chaos institutionnel, de la diversion politicienne, de l’exclusion, du retrait des poids lourds politiques, du discrédit incontestable des autorités, des crispations sociales avec des révoltes larvées, climat de fin de règne, contexte international chargé de menaces et d’imprévus politiques et géostratégiques. Nous revenons à la case de décembre 1991 : absence de garanties avec cette fois-ci absence du chef de l’État qui peut donner sa caution dans le sens d’une répression ou dans le sens de l’apaisement et du dialogue. En plus de la vacance au sommet de l’État, il y a un effritement des partis politiques qui ne peuvent se prévaloir du rôle d’interlocuteurs valides ou de relais au pouvoir. Les grandes puissances étrangères par leur silence médiatique semblent montrer un désintérêt manifeste pour l’Algérie la considérant ingérable pour faire d’une manière crédible et durable valoir leurs positions stratégiques sinon elles sont en attente de l’aboutissement du scénario de désintégration bien entamé qui arrange bien leurs affaires et au moment opportun ils viendront imposer une solution ou partitionner la géographie et le pouvoir politique pour continuer ce qu’ils n’ont pas réussi à faire en Syrie. Notre chaos n’est ni inédit, ni isolé, ni fortuit : il accompagne le désordre mondial qui annonce la fin de la modernité et l’émergence de la post modernité. Nos principaux partenaires, la France et les USA sont en décomposition, ils ne peuvent apporter ni secours ni feuille de route sauf le désordre, la voracité et l’incompétence…

One two tree viva l’Algérie ou Chaâb et Djeich tahya al Djazaïr ne seront plus un rempart contre l’efficacité de la subversion extérieure et la prédation des rentiers intérieurs qui sont appelés objectivent à converger puis à se coordonner. On peut tuer le général d’une armée mais non l’ambition dans le cœur des hommes enseignait Confucius. Où est notre ambition, où sont nos hommes ? La loi de l’existence des peuples et des nations est implacable et immuable : effondrement et disparition ou salut et renaissance. Oui le pire comme le meilleur sont des possibilités selon les conditions psycho-morales et les conditions matérielles du lieu et du moment. On ne peut pas dire que nos conditions sont bonnes ou en voie d’amélioration à moins de se mentir ou de croire aux fables. Ni le bouc-émissaire jeté en pâtures aux crédules ne nous donnera l’illusion de catharsis ni d’ailleurs l’homme messianique ou le Mahdi mountadar ne donnera l’illusion salutaire. Nous sommes une virtualité de désintégration, une entropie en puissance, une réalité morbide à qui manque le temps de réalisation pour qu’elle soit un réel actuel, une réalité tangible dans les faits sociaux, politiques, économiques et géostratégiques. Ce temps ou plus exactement le délai et le terme échappent à notre entendement humain, mais son processus est suffisamment avancé et ancré pour que les plus lucides le ressentent dans leur chair et le vivent déjà comme un cauchemar avec les yeux ouverts.

Le Coran nous enseigne que la défaite et les catastrophes ne sont pas un destin, mais l’œuvre des hommes mal pensant ou mal agissant. La catastrophe peut être évitée si les Algériens, tous sans exception, refusent l’écœurement actuel et acceptent le changement même s’il est difficile et confus. Ce qui se trame dépasse Bouteflika, l’armée algérienne et les élites civiles. Nous sommes sur le plan socio-politique dans ce que Antonio Gramsci a décrit comme un interrègne cette phase historique « où l’ancien meurt et où le nouveau ne peut pas naître… Une grande variété de symptômes morbides sont observés ». Dans de telles périodes, pour les tenants de la rente, le nouveau est non seulement insensé et dangereux mais impensable. Pour les partisans du changement, il est difficile de montrer la voie et de faire des promesses à un peuple nourri à la gamelle de la rente et à la fascination du zaïme. Nous sommes dans la phase de l’effondrement de la morale la plus basique qui montre que ce n’est plus Hizb frança qui gouverne, mais Hizb as Chaytane.

Jamais ne nous aurions imaginé, dans une situation « normale » que les seconds couteaux humilient, intimident et menacent publiquement et médiatiquement avec une ardeur de démons et avec l’assurance d’impunité des hommes de grand talent et de grande probité comme Hamrouche et le Général Ali Ghediri. Ceux qui croient encore que l’ANP est détentrice du pouvoir réel qu’ils s’interrogent comment un homme instruit, de bonne éducation, discipliné, laborieux ayant servi quarante ans puisse être traité de cette manière sans que ses pairs ne réagissent ? Combien d’officiers et de civils ont été contraints à l’exil ou à la réclusion à domicile. J’ai toujours pensé qu’on a fait payer à l’ANP le prix de la bravoure impardonnable de l’ALN. Le FLN a payé le prix. Le peuple a payé aussi le prix et ils vont continuer à payer le prix jusqu’à être discrédités pour effacer la mémoire de la résistance populaire et du sacrifice des martyrs. Ceux qui affichent leurs insultes ne sont pas le pouvoir réel, ils sont l’ombre de l’ombre de la revanche.

Que le président Bouteflika soit candidat, que l’armée ait son candidat, que tel parti ait son candidat, il n’y a pas de problème, nul ne doit être exclu tant qu’il est transparent et qu’il cherche la légitimité par les urnes, même si les urnes ne sont pas garant de la légitimité et ne peuvent donner la véritable légitimité lorsque les conditions et les garanties de l’expression sont noyés par la confusion, la suspicion, la haine et la panique pour certains.

Est-ce que les conditions actuelles de programmation des élections hâtives et presque clandestines ne vont-elle pas cristalliser les frustrations, les méfiances et les défiances et les transformer en rancunes, en contestation et en confrontation avec tous les débordements possibles et toutes les déflagrations possibles. La responsabilité morale, civile et politique est que sur le plan politique, sociale et sécuritaire l’élection ne soit pas l’exacerbation des contradictions, affichées ou occultées, mais l’instauration de la confiance pour préparer la fondation d’un nouveau pacte républicain. Entretenir l’illusion d’un nouveau premier novembre est une faute politique car la génération montante ne connait du premier novembre 54 que le récit scolaire tronqué et le triomphalisme chauvin. L’ancienne génération ne connait le premier novembre qu’à travers son prisme idéologique. Pour les uns c’est l’Etat-nation à la lumière du jacobinisme français, pour d’autres c’est l’islamisme de Benbadis, pour d’autres c’est le libéralisme américain. Chacun s’approprie une date comme un clocher de paroisse idéologique ou de secte partisane avec ses arrières pensées. Nous savons tous que l’impérialisme mène une guerre d’usure contre notre existence comme il mène une prédation sans limite contre nos ressources, nous savons aussi l’ampleur et l’intensité de nos clivages culturels et idéologiques et ce n’est pas en jetant des anathèmes que nous allons les surmonter. Le seul dépassement est de participer tous pour l’émergence du citoyen et que celui-ci aient non seulement le droit, mais les moyens de participer à la conduite des affaires publiques…

N’est-ce pas que Hamrouche et Ghediri sont dénoncés comme usurpateurs par des « partisans » du premier novembre alors qu’ils se réclament du premier novembre. Il y a volonté de brouiller toutes les cartes et toutes les représentations mentales sur l’avenir, le présent et le devenir de l’Algérien. Cette date historique et bénie fut paradoxalement à la fois l’élan libérateur contre le colonialisme et le socle fédérateur de tous les clivages idéologiques pour affronter le colonialisme en laissant en suspens l’édification nationale, la citoyenneté. L’Algérie était fracturée avant la révolution de libération nationale par des imaginaires incompatibles. L’incompatibilité est toujours ancrée dans notre imaginaire collectif. Nous pouvons envisager une nouvelle appropriation sociale, idéologique, culturelle et politique du premier novembre si nous prenons le temps de lui donner un nouveau contenu, une nouvelle perspective et surtout un nouveau socle rassembleur et résistant. Les mots, plus que jamais doivent coller à notre réalité actuelle et à nos défis présents : « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté » disait Confucius. Ce chantier de réappropriation historique et de remise à niveau idéologique n’est pas ouvert, car il n’y a ni débat ni conditions pour débattre. Il n’y a que des passions sur la culture, l’idéologie, le pouvoir et la rente.

La politique consiste à pratiquer l’État et à gérer le bien-être de la cité investie par des citoyens c’est-à-dire des hommes libres, consentant à vivre ensemble malgré leurs diversités, à exercer leurs devoirs de solidarité et à trouver un dénominateur commun qui transcende les clivages idéologiques. A deux mois avant l’élection – de tous les dangers – nous n’avons pas de débat autre que des déclarations d’intentions qui sont trainées dans la boue lorsqu’elle suggèrent la rupture, une nouvelle république. Je ne pense pas que la rupture avec Bouteflika soit l’essentiel de nos préoccupations, l’homme a accompli son temps et celui-ci sera témoin en sa faveur ou contre lui le Jour de la Justice suprême.

Pour l’instant nous n’avons pas d’engagement solennel de respecter le résultat des élections. Nous n’avons pas une vision philosophique, mais réaliste et partagée, sur l’État. Avec qui faire la rupture et contre qui débattre. Il n’y a rien de consistant, de cohérent, de sensé à part le cynisme et la méchanceté de ceux qui se sont imposés tuteurs des Algériens…

Pour le débat il est trop tard, par contre si on veut aller vers une élection sans grand enjeu civilisationnel ou stratégique, mais honnête et respectable en tant que processus « formel », il nous faut des garanties. Il nous faut admettre que le processus électoral n’est pas la démocratie et que la démocratie n’est pas la liberté. Un jour ou l’autre nous devons les débattre sereinement non plus sous la perspective de l’État nation hérité de la modernité française ou américaine qui arrive à son échéance historique et à sa décadence sur le plan civilisationnel. Ni dans celle de l’État islamique qui n’existe que dans le fantasmes de ceux qui pensent que « la solution islamique » peut faire l’économie d’une culture politique et d’une gouvernance scientifique. Dans les conditions actuelles de rente, d’arbitraire et d’inculture politique un tel débat finirait par le ridicule ou par la violence. Pour débattre, on ne vient pas avec l’idée d’éradiquer l’autre, d’imposer des solutions du passé des autres ou de s’accaparer un butin de guerre, mais communiquer, partager, tenter de convaincre avec empathie et responsabilité sur la vision qu’on a de l’avenir. Il y a un minimum procédurier à respecter faute de plateforme démocratique : présenter donc plusieurs garanties pour garantir la sécurité, la stabilité et la viabilité du processus qui semble non seulement improvisé, mais confus voire vicié et vicieux :

  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués que l’expérience de 1991 ne sera pas reconduite et qu’il faut accepter et collaborer avec le président élu. Le candidat élu n’est pas autorité de droit divin, mais homme faible qui peut être révoqué par le peuple dans certaines conditions à définir juridiquement lorsqu’il met en péril l’existence de l’Algérie, sa souveraineté et sa cohésion sociale.
  • L’engagement formel par l’ensemble des candidats d’accepter le résultat des urnes. Si l’abstention dépasse un seuil intolérable alors le résultat devra être invalidé et les élections refaites dans un délai acceptable.
  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués de servir l’État dans la forme institutionnelle qu’il a actuellement ou dans celle qu’il aura plus tard et non de servir des hommes, des clans, des rentes…
  • L’engagement formel par l’ensemble des corps constitués de laisser voter leurs personnels en public.
  • La mise en place d’une commission électorale indépendante et souveraine.
  • La liberté de parole, d’écriture et de rassemblement des Algériens libres de débattre, de s’organiser et d’exprimer leur soutien sans crainte pour leur vie et leur sécurité.
  • L’interdiction de la violence sous toutes ses formes. Toute forme d’éradication politique ou idéologique doit être interdite et punissable par la loi.
  • Donner le temps aux candidats de former leurs états- major, de débattre, de lever leur financement dans la transparence. L’État devra rembourser les dépenses de campagne au prorata des résultats. Aucune personnalité morale ne doit financer les candidats. Les dons relèvent des personnes physiques et doivent être plafonnés par la loi et sous le contrôle d’un organisme transparent.
  • Donner le temps aux candidats d’éditer leurs journaux ou de constituer une presse alternative.
  • Mettre fin aux rentes de publicité des médias actuels et mettre en place un comité indépendant d’éthique et de contrôle de l’information pour que chaque candidat ait le temps de parole équitable sans exclusivité ou exclusive.
  • Permettre aux algériens poursuivis pour motifs politique de rentrer en Algérie et de s’engager activement dans la vie politique.
  • Trouver un autre mécanisme de validation des candidatures, car l’administration et la rente omniprésentes vont invalider les candidats ou falsifier les parrainages. L’administration et les réseaux de rentes sont suffisamment établis et structurés pour rendre impossible la collecte des 60 mille voix.
  • Faire endosser aux corps sécuritaires et aux préfets de police la responsabilité du maintien de l’ordre pour éviter les dépassements et les intimidations. Les réseaux de l’argent noir peuvent entrer en contact avec la délinquance de toute nature et engager des épreuves de force contre ce qui reste de l’État ou contre les candidats. L’expérience égyptienne de la Baltajiya et du non-droit ne doit pas être sous-estimée en termes de violences et de nuisance.
  • Toutes les garanties doivent être données sous formes de lois, de décrets et d’arrêtés et relever de la Justice sous l’autorité d’un haut magistrat dont la nomination doit être transparente et à qui on donne les moyens d’exercice et les protections pour sa sécurité.
  • Dans un délai court convenu et sous les mêmes garanties l’élection présidentielle devra être élargie à toutes les représentations populaires en commençant par les échelons locaux. Les nouvelles élections effectuées doivent permettre la révision constitutionnelle qui ne doit pas être une affaire d’experts de droits dont la charge est de donner une forme juridique, mais une affaire de peuple qui donnera le contenu. Sur ce temps de deux ou trois ans les assises républicaines et démocratiques pour relancer l’Algérie devraient être réunies c’est à dire un cadre pour donner un contenu, une forme, des mécanismes et des garanties tant pour la définition de la République que de la Démocratie.

C’est un travail de titans qui exige la responsabilité, la liberté, la solidarité. Dans ce cadre apaisé alors les grandes questions d’identité peuvent être élaborées ainsi que la forme de gouvernance la plus adaptée à notre culture, à notre histoire et à notre vision de l’avenir. C’est ce cadre qui servira l’apaisement, par sa portée pédagogique et par sa dimension démocratique. Nul ne devrait être exclu et c’est le consensus qui doit primer sinon il faut faire des référendums ou recourir à la justice séparée de l’exécutif. Le président nommé devrait alors relancer sa propre candidature en compétition avec d’autres pour couronner le recadrage institutionnel et engager les grandes réformes sociales, éducatives, juridiques, économiques, la séparation des pouvoirs, ainsi que la révision des traités internationaux etc. … Chacun devrait sentir que l’Algérie lui appartient et qu’il a la responsabilité de s’engager à la servir ainsi que la légitimité de s’approprier des biens, des statuts et des compétences. Il faut souligner que la véritable légitimité qui résiste au temps et aux crises est celle de la reconnaissance sociale de la compétence. La compétence ne peut s’exprimer et se faire valoir que dans la transparence et la compétition équitable. Le contraire de la rente c’est le travail et la justice.

  • Les corps intermédiaires ne doivent pas interférer dans la campagne électorale, leur vocation est de défendre les intérêts sociaux et professionnels des corporations et non de désigner le personnel politique. Plus tard les Algériens doivent rompre avec toute forme de monopole pour promouvoir le principe de libre adhésion ou de contrat dont les fondements sont la liberté et la justice. La vocation de L’État et d’apporter les garanties à la liberté et à la justice ainsi que de réprimer toute atteinte à la liberté et à la justice.
  • Interdire et réprimer toute forme d’ingérence étrangère….
  • Sur le plan social et économique, la rente et le monopole sont les poumons du système algérien. La vraie politique c’est de s’engager à mettre fin à la rente, de mettre fin à l’effondrement du dinar et à l’absence de productivité du travail et d’efficacité économique et financière. Pour commencer, il faut déjà arrêter la planche à billet qui sert à financer la rente et octroyer des marchés aux rentiers. Sur ce terrain est ce que le futur président, en supposant qu’il est honnête et militant de la cause nationale, est capable de décider de la fiscalité, de la planche à biller, de nommer les cadres supérieurs, de nommer le directeur général de la douane…

Où sont les garanties de laisser l’élu ou le désigné de finir son mandat. L’expérience de Boudiaf n’est pas loin. Il avait naïvement l’intention de redresser l’Algérie, mais pour le système c’était le dernier personnage que le destin a offert pour cultiver la rente historique du premier novembre. Il a été effacé de notre mémoire. Le général Ali Ghediri est un retraité de l’armée, il est libre de disposer de son temps et de disposer de sa vision pour continuer à servir l’Algérie. Il devrait exiger un minimum de garanties sinon un maximum de solidarité de ses pairs devenus civils ou toujours en activité. Le soutien des militaires actifs ou en retraite pose cependant le problème du risque de division de l’armée et des implications négatives de l’armée dans ce qui n’est ni sa vocation ni son rôle. Le soutien des pairs signifie une protection contre les menées subversives venant de l’intérieur du système.L’idéal serait que l’armée exprime son refus de s’impliquer dans les processus electoraux. Le peuple doit exercer sa souveraineté sans tutelle et dans le cadre du multipartisme. Cela ne veut pas dire que l »ANP n’a aucune mission politique. Sa mission devrait être transparente et constitutionnelle sans être partisane. Construire une doctrine de défense nationale, une  économie de résistance nationale civile et militaire ainsi qu’une stratégie de sécurité nationale est une tâche éminemment politique et exigeant une grande expertise. Il ne nous importe pas de savoir ou de distinguer les statuts des hommes, mais leur programme et leur désir.

Je n’aurais pas l’indélicatesse de donner un conseil, mais il devrait aller au-delà de l’intention et ne pas chercher les appuis des puissants ou des riches pour mener campagne, mais partir en campagne comme un militaire qui livre bataille en allant chercher renfort et soutien auprès des Algériens sans dents et sans grades. C’est le peuple qui doit décider en premier de son devenir.

« Malheur à ceux qui nous portent secours, nous serons leur tentation » aimait dire Malek Bennabi lorsqu’il méditait la tragédie de l’Algérie. En effet il aurait fallu plus d’un an de préparation pour apporter le minimum de garanties sinon nous sommes dans la stratégie du fait accompli c’est à dire du choix entre nous et le chaos. Les diables sont experts en matière de chaos.

Omar MAZRI

 

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

Ombres et lumières

« On voit ceux qui sont dans la lumière et on ne voit pas ceux qui sont dans l’ombre » disait Bertolt Brecht. Il expliquait l’art de la scénographie qui ne peut se résumer ni au présentiel visible ni au discours dicible, mais à l’atmosphère qui dissimule, montre selon les intentions de l’auteur et le déroulement du scénario…

Il semble curieux que j’évoque Bertolt Brecht alors que je ne suis ni marxiste ni socialiste ni homme de théâtre. Je conserve sans doute quelques réminiscences de Kateb Yacine, mais surtout je suis horrifié par la tragédie bouffe des bouffons qui ne voient pas que derrière leur simulacre et leur inconstance il y a le drame des innocents qui n’ont pas demandé à naitre et à qui on offre un avenir sans paix ni gloire et peut être un devenir sans pain.  Je suis né bien avant le déclenchement de la guerre de libération nationale, avec le prix du sang, des larmes et de la sueur que ma famille a versé à flot pour la libération et l’édification de l’Algérie. Je pensais qu’avec une bonne éducation patriotique et un bon parcours scolaire et professionnel j’allais pouvoir servir la patrie de Ben M’hidi, de Benboulaid (pour ne citer que ceux que je vénérais alors que j’étais tout petit) et du peuple algérien qui a soutenu l’ALN et le FLN et leurs héros en donnant des martyrs, des internés, des réfugiés sans compter. Les rentiers, les insensés et les traîtres en ont décidé autrement. C’est comme dans les  lois de la physique et de la chimie, il faut la réunion de plusieurs conditions et la conjugaison de plusieurs facteurs pour qu’un processus se réalise. Il n’y a pas de prévalence entre la rente, l’insenséisme et la félonie. L’un engendre les autres. Mais une fois installés comme système, il faut les éradiquer tous en même temps et rapidement, sinon tout changement, tout effort est mené vers l’entropie par la régénération et la reproduction élargie de ces trois fléaux.

Lorsqu’on vit avec la conviction que Dieu est témoin par connaissance et par présence, il importe peu pour sa petite personne périssable qu’elle soit anonyme ou illustre, en réussite ou en échec, reconnue ou bannie, utile ou gaspillée… C’est la situation de Diogène le cynique lorsqu’il fut appelé pour sauver la Grèce avec sa phrase célèbre « ôtez-vous de mon soleil ». C’est la situation de la génération d’après-guerre qui n’avait pas le profil de l’idiot de service, du rentier, du salopard. Cette situation est vécue par de nombreux algériens civils et militaires, laïcs et islamistes, berbères et arabes, modernes et archaïques… N’étaient épargnés que les insouciants qui avaient des yeux, des oreilles et des cerveaux, mais ils n’avaient ni l’entendement ni le sens des responsabilités et encore moins la morale (religieuse ou révolutionnaire) … Et pourtant le théâtre d’ombres et de lumières pour dissimuler les acteurs du massacre de l’Algérie, livrer en pâture quelques bouc-émissaires (souvent innocents) ou mettre en valeur quelques comparses ou quelques imposteurs…

C’est ainsi que Feu Caïd Ahmed, ancien secrétaire général du FLN, a été désigné à la vindicte estudiantine pour lui faire porter toutes les tares de l’Algérie. On a SALI son nom, sa réputation et son militantisme pour dissimuler le système qui l’utilise à ses dépens. On a ainsi masqué le système qui a détruit l’homme algérien, qui pourtant a résisté glorieusement au colonialisme et qui a pris en charge honorablement l’auto gestion des fermes et des entreprises, biens vacants, pour continuer de produire sans détourner les biens publics et sans importer de l’étranger. Ceux-là mêmes qui ont produit l’assistanat social, la bureaucratie, le capitalisme d’État rentier et corrupteur ont été encensés et couverts de gloire. Ce sont les mêmes qui ont donné un pouvoir aux DAF et mis au ban les Moudjahidines de l’ALN et les militants de la cause nationale. Ce sont les mêmes qui ont confisqué l’histoire, la religion, le patriotisme, la langue, les ressources nationales et les ont transformés en rentes et en privilèges pour enfin dilapider la plus grande ressource de l’Algérie qui n’est pas le sous-sol riche en hydrocarbures, mais l’image de l’Algérie qui a triomphé sur le colonialisme et le pacte de l’OTAN. Ces mêmes saltimbanques veulent livrer l’ALN pour qu’elle soit auxiliaire militaire des colonies françaises et américaines et pour que l’Algérie soit un comptoir colonial.

Ce sont toujours les mêmes stratégies de dissimulation et de diversion qui veulent non seulement montrer que tous les officiers algériens sont des corrompus et que tous les généraux sont coupables de crime de guerre et responsables de la Gabegie nationale.  Pourquoi se focaliser sur l’armée et ses fonctionnaires alors que le pouvoir réel n’appartient pas à l’armée. Pourquoi présenter tous les gradés de l’armée comme des voyous sans morale alors que d’une part des civils en nombre plus important (ministres, préfets, haut-fonctionnaires, juges, entrepreneurs, commerçants, intellectuels) ont main mise sur les rentes, et d’autre part cela n’échappe à personne : des caporaux, des adjudants et de petits fonctionnaires de l’armée, de la police et des douanes – par leurs fonctions et leur immoralité –  ont amassé des biens mal-acquis et ruiné le patrimoine public.

Pourquoi mettre la lumière sur des gens alors que le système qui a produit les corrompus et les corrupteurs et qui n’a ni protégé ni promu les fonctionnaires intègres n’a jamais été dénoncé dans ses mécanismes et ses allégeances mafieuses intérieures et extérieures.

L’incurie politique du FIS et l’ivresse du pouvoir de ses chefs leur a fait présenter Chadli Bendjedid (Allah yarhmou) comme le clou à arracher alors qu’il a été coopté par le système par son grade le plus élevé et le plus ancien. C’est un choix simpliste pour un pays qui a de grandes aspirations, mais Chadli ne peut être le diable et endosser à lui seul les malheurs de l’Algérie. Il reste à mes yeux un homme brave et miséricordieux qui a tenté de servir l’Algérie selon ses moyens modestes sans méchanceté. Manipulé par les experts en subversion, ils ont fait le jeu de ceux qui voulaient anéantir l’Algérie. Aujourd’hui les rescapés du FIS ne tirent pas de leçons pour engager leur responsabilité politique et morale dans la tragédie et donner leur version objective des faits et les acteurs connus de la manipulation. Ils ont négligé les avantages pour l’Algérie d’une négociation avec les forces vives et compétentes comme Mehri du FLN, Aït Ahmed du FFS sans se bloquer sur le processus électorale vicié au départ. Ils continuent de vivre leur syndrome victimaire sans s’adapter sérieusement et aller au-delà de la critique maladive des généraux. Les élites, militaires et civils, qui avaient suffisamment de culture géostratégique portent une responsabilité morale et historique, car elles avaient les moyens intellectuels et la position sociale pour ne pas aller à l’effusion de sang qui arrangeait les partisans de l’éradication idéologique et du démantèlement de l’appareil industriel pour assouvir leurs appétits d’apprentis capitalistes. La pensée collective a fait défaut, l’intérêt national a été absent dans le jeu politicien. Même avec de grands diplômes, de grands postes et de grandes ambitions, on peut voir un pays comme une épicerie ou un souk el fellah. Le commis de l’État n’existe pas encore dans la culture algérienne. Lorsqu’on fait de grandes études, on le fait ni pour servir l’Algérie ni pour faire avancer la science, mais pour la reconnaissance sociale, le pain. Nous avons hérité de la culture bobo du socialisme français ou du gangster américain, mais pas de la culture de nos aïeux algériens qui même vaincus ne se soumettaient pas.

On a glosé sur le président Bouteflika, bien ou pas bien, calife du Prophète ou désintégrateur des généraux ou allié objectif du Makhzen marocain, mais on refuse de voir le système qui s’est servi de lui pour se donner une légitimité historique et internationale alors que ce système est en effondrement sur le plan moral, social, politique, diplomatique et économique même si on peut se vanter des réalisations immobilières et des infrastructures. Puisque on est dans le théâtre j’aime bien Bertolucci qui parle du nationalisme des canailles.

L’Algérie est remplie d’acteurs cyniques et de pièces de théâtre vaudevillesques. Il y a tellement de gâchis qu’on a envie de ricaner « jaunâtrement » jusqu’à attraper une hépatite. La question se pose toujours sur le metteur en scène. Un homme de théâtre a bien résumé ce qu’il faut chercher dans un scénario : « Dans toute idée, il faut chercher à qui elle va et de qui elle vient ; alors seulement on comprend son efficacité. »

En matière de trouvaille d’idées anciennes et de marionnettes qui n’amusent que les enfants et les gens d’esprit comme le dit George Sand, ils ont trouvé depuis la maladie du Président et la vacance du pouvoir incarné dans un Zaïm l’arbre qui cache la forêt, un symbole en l’occurrence de Saïd Bouteflika, le frère du président. Ainsi on dédouane le président de ses responsabilités, on masque le pouvoir occulte, on cristallise la crise sur un homme et ses acolytes (réels ou fictifs) du « pouvoir » économique. On aurait pu se focaliser sur Djéha ou sur Pinocchio, cela n’enlève rien à l’amère réalité et aux jours difficiles à venir.

Oui nous vivons des temps difficiles comme ceux vécus par la génération de Bertold Brecht qui anciens attendant la révolution internationale pour libérer les peuples alors que leurs élites les ont conduites au nazisme et aux guerres mondiales. Ces temps, Brecht les a dépeint ainsi « les temps se sont obscurcis autant qu’éclaircis, clarté et obscurité sont entremêlées au point que l’on ne peut les distinguer. » Il voyait avec lucidité l’ombre et ne s’aveuglait par la lumière des projecteurs, c’est un homme de théâtre, un artiste, un visionnaire. Les Frères musulmans algériens n’ont ni la compétence de vision ni la vocation d’éclairer. Ils sont dans ce que Malek Bennabi appelle l’idole de foire qui a pour mission d’humilier l’idée. Ils n’ont rien à voir avec la miséricorde du Prophète, ni avec sa lucidité ni avec l’enseignement du Coran. Ils sont à fond dans les affaires, les arrangements d’appareils et les acrobaties politiciennes. Comme tous les aveugles politiques, non seulement ils accréditent la thèse fallacieuse de Saïd Bouteflika, mais ils lui donnent une consistance politique jouant une fois de plus le rôle qui leur est dévolu, celui d’idiot de service ou d’interlocuteur valide. Ils n’ont tiré aucune leçon des drames récents et refusent de voir les drames à venir.  Les arrangements avec le général Tewfik leur a permis de protéger leurs cadres de l’éradication, mais qu’est-ce qu’ils ont fait de leur potentiel pour servir l’Algérie ? Qu’est-ce qu’ils ont fait de leurs postures dans les institutions algériennes pour promouvoir une dynamique de changement ou au moins inviter à un débat d’idées ?

L’ancien directeur général de l’Institut de stratégie globale, Si M’hamed Yazid ancien ministre de l’information du FLN, malgré la différence d’âge et de statut, qui nous sépare m’avait convié à un entretien individuel et confidentiel faisant confiance à mon jugement et à ma proximité des événements sans être partisan pour lui donner mon opinion sur l’issue des élections législatives de décembre 1991. Ses services lui ont donné le parti HAMAS vainqueur à 10%. Cette estimation reposait à mes yeux sur trois estimations que je considérais comme fausses. La première était la prise en considération du charisme de Mahfoud Nahnah et la culture algérienne du zaïmisme qui allait faire préférer le modéré Nahnah au fougueux Ali Benhadj. La réalité du mécontentement social et de l’envie de changer radicalement le système n’était même pas prise comme une hypothèse de travail et cette erreur est monumentale. La seconde c’était la culture du zèle des élites vassalisées qui ne disent pas la réalité, mais celle que leurs chefs veulent voir. La troisième était sans doute le choix étranger qui tolérait une représentation islamique du type frériste si elle demeure contenue dans son expression et son action politique, économique, sociale et idéologique, car on ne touche pas au mondialisme. On a faussé le curseur idéologique pour masquer les enjeux véritables. Le problème n’est pas entre croyants ou athées, progressistes ou religieux, il est de la même nature qu’avant le déclenchement de la révolution algérienne : Pour l’indépendance ou pour l’assimilation. Chaque camp a ses éradicateurs, ses insensés, mais aussi ses militants de la cause nationale, même si chacun s’approprie le premier novembre selon ses œillères idéologiques.

Ce sont les mêmes insenséismes des incompétents et les mêmes appétits occultes des fourbes qui ont conduit la commission nationale de restructuration industrielle en 1983, composée de militaires et de civils, à stopper l’investissent industriel et à mettre en place les IVPE (investissements de valorisation du patrimoine existant) qui devenaient inefficaces par la restructuration administrative des entreprises nationales. Ces entreprises publiques avaient besoin de retrouver leur vocation, celle d’entreprendre et de manager selon des stratégies métiers et selon la loi du marché. On se devait de maintenir l’effort industriel, d’investir selon les besoins, de créer de l’ingénierie nationale, de compter sur les bureaux d’études nationaux, de créer la concurrence en mettant fin aux monopoles, de trouver une solution radicale aux pénuries et à l’administration bureaucratique des entreprises. Les années 80 ont préparé la décennie noire puis celle des années 2000 à ce jour mettant l’Algérie en situation de dépendance alimentaire sans infrastructure de know-how produit ou de know-how production, faisant d’elle un satellite de consommation et un îlot de gaspillage, un isolat de désertification morale et économique : un parfait comme le néant. Chadli n’a pas les compétences pour voir le désastre en préparation, les islamistes étaient préoccupés par la sahwa religieuse et l’usage de la liberté vestimentaire… Les cadres qui avaient la « compétence » de dire et de faire et qui avaient en charge l’appareil industriel, financier, économique et institutionnel n’ont tiré aucune sonnette d’alarme. Ils ont vanté le libéralisme économique et chacun se voyait conduire une holding comme Marie et son pot au lait…

A propos de lait, il me vient à l’esprit la traite illégale des  vaches à lait. Il me vient à l’esprit le détournement de la vocation des offices algériens tels que l’ONAB, l’ONALAIT, l’OFLA, l’OAIC, l’ONSP… Ces offices avait pour mission le développement de la production nationale, l’organisation des secteurs et des branches, la recherche développement,  la promotion de l’effort national et l’accroissement des rendements et de l’efficacité du travail. Les budgets alloués et les hommes affectés ont été orientés d’abord, par la pratique bureaucratique, vers la facilité des importations tout azimut ensuite par la nuisance systématique vers la gestion de la pénurie et des rentes qui ont permis l’émergence de l’économie informelle et des grandes fortunes parasitaires. Depuis la décennie noire à ce jour le système bancaire et le crédit, après le démantèlement du secteur public, n’ont fait que financer les privilégiés et les détourneurs de la vocation des offices pour leurs profits personnels. Il est permis de faire un parallèle de situation et de proximité temporelle avec le démantèlement de l’appareil productif français depuis l’émergence de Laurent Fabius comme ministre de l’Economie puis Premier ministre avec en arrière-plan les Attali et consorts. Il y a une ligne de convergence idéologique et d’intérêts économiques à suivre… Les militaires algériens ne peuvent être tenus pour responsables directs de ce détournement même s’il profite à quelques militaires véreux. Les agents des douanes, du Fisc, du commerce, de l’Assemblée nationale, des Finances et des banques étaient occupés à quoi et étaient au service de qui?   On peut poser la question aux organes de sécurité et aux brigades économiques de la Police : pourquoi s’occuper des étudiants, des imams des mosquées, des journalistes et des bavards algériens et ne pas fouiner dans la gestion des biens publics. Incompétence, corruption, détournement de la mission, zèle des fonctionnaires, trahison ? Il appartient aux historiens, aux juges, aux journalistes, aux hommes politiques d’apporter les réponses lorsque l’Etat de droit sera instauré et la souveraineté de l’Algérie restaurée….

Pour l’instant, nous sommes dans des intentions de rupture. Je ne me prononcerais sur la faisabilité et la viabilité de rupture  lorsque le candidat bien intentionné annoncerait comment il compte mettre fin à l’opacité de la nomination des hauts cadres, comment mettre en compétition les compétences désireuses de servir L’État pour ne prendre que les meilleurs, quels mécanismes pour les identifier, les recruter et leur donner la garantie de travailler dans de bonnes conditions sans passer par le système de cooptation et de clientélisme. Le diable est dans les détails…

Pour rester dans le langage théâtral et « comique », leur solution islamique est comme les boniments des forains et des ensorceleurs du verbe comme le dit si bien Devos « Parce qu’il y a des magiciens qui vous promettent la lune… Moi, je vous promets le soleil ! »

Pour achever le tableau si peu reluisant des promesses électorales, des lièvres, des falsifications, je vous invite à lire mon texte sur le roi de Midas que j’ai arrangé pour le faire coller à la réalité algérienne. Si vous n’avez pas le temps de lires les âneries de la mythologie revisitée par la modernité algérienne alors « Fermer les yeux afin de pouvoir voir ». Berthold Brecht a fait l’expérience avant nous et à travers ses yeux, même s’il est athée, nous pouvons voir : « C’est la continuité qui engendre la destruction. Les caves ne sont pas encore vidées, et au-dessus d’elles on construit déjà des maisons ».

Peut-être que l’idée d’effondrement ultime nous donnera, faute de conscience politique, le désir de procéder à une véritable psychanalyse sociale et idéologique et deviner les raisons inconscientes de notre arrogance, de notre suffisance et de notre impossibilité à construire un État. Le désir est le mouvement volontaire vers ce qu’on aime ou ce qu’on imagine c’est-à-dire ce qui qui est construit par nos souvenirs et qui part à l’extérieur de soi pour partager, communiquer….

[bctt tweet= »Algérie : Ombres et lumières » username= »omar_mazri »]

Omar Mazri

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

 

Le roi Midas

L’actualité en Algérie et en Arabie saoudite est tellement compliquée, sordide et allant crescendo vers une fin tragique que j’ai choisi d’en parler en faisant des retouches de style à une mythologie grecque : Le roi Midas de Phyrigie

Le roi Midas de Phrygie jeune, bien que puissant et aisé, était relativement cupide et stupide.
Un jour ses hommes de main trouvèrent un homme totalement ivre qu’ils livrent au roi Midas. Le roi reconnu, en l’ivrogne, Silène, un des plus proche amis de Dionysos, le dieu du vin et de la fête. Midas accueilli Silène les bras ouvert, grande hospitalité et festin festif et orgiasmique. Plus tard, Dionysos qui cherchait son compagnon égaré, arrive en Phrygie où il retrouva Silène. Reconnaissant, il remercia Midas et décida de le récompenser en lui accordant un vœu. Le roi Midas, passionné par le pouvoir et la richesse, demanda le privilège de transformer tout ce qu’il touche en or (pétrodollar). Dionysos, le Dieu de la fête et des jouissances, accorda ce don à Midas.
Comblé et insouciant, le roi Midas se mit tout de suite à vérifier et à exécuter ses nouveaux dons : tout ce qu’il touche se transforme en or (rentes). Il finit par transformer l’ensemble de son palais, puis l’ensemble de son royaume en or (rente). Épuisé par cet effort de métamorphose des choses, Midas est affamé et doit donc manger : il se mit à table. Mais tout ce qu’il touche, raisin, vin, viande ou pain se transforme instantanément en pépites d’or (rentes)se métamorphosa en billes d’or. Non seulement il a faim, mais il risque de se casser les dents. Affamé, dégoutté, esseulé et terrorisé il finit par comprendre que son pouvoir sans limite, mais absurde,  allait le conduire à l’isolement et à la mort.
Il implora donc Dionysos d’annuler ce vœu en échange de sa servitude. Dionysos lui ordonna d’aller se baigner dans le fleuve Pactole (Sahara) et remonter jusqu’à sa source pour y boire ce qui le rendra normal. La source du fleuve transformé en or ira inonder d’autres peuples et d’autres gouvernants en quête d’or et de rentes.

Le roi Midas de Phrygie moins jeune, moins puissant mais toujours  stupide.
Devenant compétent en musique et en art du mystère auprès du maître Orphée, le roi Midas est appelé à juger le concours entre Pan (dieu des bergers et des troupeaux, ainsi qu’inventeur du pipeau ou flûte de Pan) et Apollon (dieu des arts et de la beauté). La lyre d’apollon a envoûté le Jury de mélomanes malgré que le pipeau de Pan fut aussi mélodieuse. Mais Midas ne se rangea pas de l’avis de la majorité, par jalousie ou par compétence, et préféra le pipeau de Pan. Furieux, Apollon jeta un sort au roi insolent : puisque ses oreilles ne sont pas capables d’apprécier les mélodies, alors Midas aura les oreilles qu’il mérite, des oreilles d’ânes.
Affublé de deux grandes oreilles d’âne de la honte et de l’incompétence, Midas cacha, avec un bonnet, si bien que mal, ses affreuses oreilles pour éviter la risée des sujets. Ses cheveux ayant trop poussé et lui cachant la vue, il fut contraint de recourir aux offices d’un coiffeur réputé pour ses talents et sa discrétion. Voyant les oreilles de Midas, le serviteur coiffeur ne put s’empêcher de rire. Alors Midas le menace de mort s’il se risquait à révéler ce secret. Mais il est plus facile de porter un lourd péché qu’un tel secret; alors n’en pouvant plus le coiffeur se rend au milieu d’un champ où il y creuse un trou et crie à l’intérieur le secret du roi Midas, puis rebouche ce trou.
Des mois plus tard, des roseaux ont poussé et se sont abreuvés d’eau emprisonnée dans le trou creusé par le coiffeur. Comme le roseau à compétence à chanter l’air du temps, il se mit à fredonner  » le roi Midas a des oreilles d’ânes ». Les roseaux répètent à tout vent le douloureux et ridicule secret. Par mots et par veaux, les hommes et les animaux seront abondamment alimantés par la rumeur circulant de de bouche à oreille et par monts et par vaux jusqu’à parvenir aux oreilles d’âne du pauvre roi.
Attristé et honteux, le roi Midas se réfugie dans une forêt afin de se cacher et finira par se suicider ne pouvant plus écouter les bruissements des feuilles et des rus qui le persécutaient innocemment, mais inlassablement.

Louisa Hanoune et le mandarinat politique en Algérie

La Camarade Louisa Hanoune après avoir servi le régime algérien se met, aujourd’hui, à le dénigrer et à réclamer  son départ. Comme tous les gauchistes infantiles, elle occulte les processus politiques, sociaux et économiques et se contente d’énumérer quelques « bonnes intentions » aussi inefficaces que stériles. Si on expurge de son discours les attaques affectives contre quelques ministres « techniques » il ne reste que deux choses :

1 – Le changement en Algérie avant l’ultime catastrophe.

N’est-ce pas que charité bien ordonnée commence par soi-même. Avant de demander le changement il faudrait sans doute commencer par l’appliquer au sein de son Parti. A l’instar des autres appareils partisans et idéologiques le parti trotskiste a contribué à éradiquer le syndicalisme algérien et les luttes de classes. L’urgence est justement de rétablir la lutte des classes, via les syndicats, comme moteur puis comme garant de la pratique démocratique en rendant transparents les conflits sociaux, politiques et économiques par lesquels une société vivante régule les intérêts et trouve le compromis « dialectique » le plus adéquat au lieu et au moment. Sans ces luttes il ne peut y avoir qu’une alternative : la violence.  La  violence armée de l’Etat ou celle de ses opposants islamistes, laïcistes ou berbéristes est non seulement le constat d’échec politique, mais l’aventurisme sur lequel se construisent d’autres rentes, d’autres maffias et d’autres pouvoirs illégitimes sur le plan du droit et du sens républicain qui ne peut provenir que du consensus politique et juridique (Constitution) des habitants à vivre ensemble, pour un intérêt majeur commun et en liberté sous un gouvernement élu et révocable selon des modalités convenues faisant force de loi suprême pour tous sans exception.

N’est-ce pas qu’il absurde voire impossible de concevoir la liberté et son corollaire, la Constitution qui donne existence à la citoyenneté et à l’alternance démocratique, lorsque ceux qui la revendiquent exercent au niveau de leur parti l’autocratie et la présidence à vie.  Le mandarinat politique est antinomique avec la République et la Démocratie. Même du temps de la Chine archaïque et impériale les mandarins qui forment l’élite politique sont des gens qui parviennent à leur niveau social et politique par des concours et des compétitions. Leur statut est toujours remis en cause par les nouveaux prétendants. Le mandarinat impérial était une méritocratie. L’Algérie a produit des médiocraties à vie avec en sus l’arrogance et le bavardage. Dans le jargon marxiste-léniniste le mandarinat est synonyme de caporalisme. Le caporalisme signifie l’autorité politique exercée sous la tutelle des règlements militaires.  Le caporalisme signifie aussi la mise sous tutelle du peuple par la démagogie populiste et politicienne. Le caporalisme ne signifie pas toujours la présence des militaires, mais surtout celle de la bureaucratie.

Les partis politiques algériens, au pouvoir ou dans l’opposition, sont de véritables appareils bureaucratiques dont le rôle est de parler au nom du peuple pour le caporaliser et le domestiquer comme un troupeau servile à qui on donne un mangeoire qu’on remplit par l’alternance de l’offre de  de la rente et celle des coups de bâtons afin que ce peuple obéisse d’une manière ponctuelle et sans réfléchir aux injonctions des appareils.

La caporalisation est effectivement un processus de réification qui transforme une multitude diverse mue par des intérêts divergents et trouvant le compromis de vivre ensemble d’une manière dynamique voire dialectique en une foule abstraite, indifférenciée, sans lutte ni perspective que de se mouler dans une forme insignifiante et inerte.

2 – Revenir au monopole de l’Etat sur le commerce extérieur.

Louisa Hanoune ne porte pas une critique contre le régime en place et ne propose pas de solution : elle exprime la nostalgie d’un pouvoir autoritaire à l’image du bolchévisme stalinien  rendu plus sectaire par Trotski « le révolutionnaire professionnel », mais plus fragile aux infiltrations et aux manipulations des officines de l’armée et de la CIA .  A ce sujet je conseille la lecture de Denis Boneau :  « Quand la CIA finançait les intellectuels européens », étude détaillée sur la mise en place d’un réseau d’intellectuels pro américains des années 50 à nos jours dont ceux qui se réclamaient du trotskisme.  Le Trotskisme, à l’instar de son fondateur idéologique, est expert dans la liquidation de toutes les oppositions (libertaires ou révolutionnaires) par le principe même du monopole idéologique et de la caporalisation des mouvements ouvriers. Il partage avec les Frères musulmans le même principe d’entrisme politique et de collaboration de classes. Là où le frérisme et le trotskisme sont présents et alliés il n’y a plus de luttes sociales, mais collaboration avec le régime en place contre l’opposition. Encore une fois ils ne sont pas alliés des travailleurs et des salariés (ex prolétariat) mais ils sont à l’assaut des appareils pour les infiltrer et prendre le pouvoir le moment voulu en récupérant les émeutes, les révoltes, les insurrections et les révolutions populaires, mais si le vent change ils se détachent et apportent leur collaborations sous le fameux slogan opportuniste «  le soutien critique ». Donc en crise les solutions proposées sont d’ordre idéologique et traditionnel. Ni en Algérie ni en France ni ailleurs le troskisme n’a été porteur d’un véritable projet de réforme et de changement : la critique pour la critique sur le plan du discours et la collaboration conscience ou inconsciente à la stratégie géopolitique du capitalisme.

Les Algériens ne veulent pas revenir à la pénurie. Les moins jeunes savent que c’est le système ancien fondée sur la pénurie et le monopole du commerce extérieur qui sont la cause principale, à côté du déni de liberté et de justice, de l’économie informelle, du démantèlement de l’appareil industriel, et de l’émergence d’une mafia financière et économique allié du pouvoir politique. Personne n’ignore que la bataille actuelle qui se joue en cette fin de règne est celle que se livre les clans pour maintenir leur domination politique et économique et rendre impossible le changement sinon rédhibitoire en termes de vie humaine et de répression.

Louisa Hanoune a servi ce régime et s’il doit couler, elle coulera avec.

Si elle veut aider véritablement les Algériens et les élites nobles et compétentes qui sont encore en service dans l’armée, la police, la douane, l’économie, les finances, les syndicats et les entreprises elle doit s’opposer au retour en arrière et lutter pour aller de l’avant plus vite, plus sincèrement et plus efficacement.

Abstraction faite du changement radical qui se fera un jour ou l’autre, avec nous ou contre nous, dans la paix ou dans la violence, plutôt dans la paix inchaallah au lieu d’aller vers le passé il faut opérer d’urgence les réajustements suivants :

A – Interdire tout monopole et mettre tous les Algériens en situation de droit et de moyens pour exercer une concurrence selon les règles de l’art européennes.

B – Dans toute activité commercial seul le droit est arbitre tant pour délivrer un registre de commerce que pour contrôler les fraudes, la corruption et les collusions d’intérêts privés et publics.

C – Réformer le système bancaire pour que ne soient en usage et en vigueur le chèque et la carte de crédit adossés à une facture vérifiables et traçable par l’inspection des finances.

D –  Laisser les mécanismes de l’offre et de la demande faire leur œuvre dans la transparence. Nul ne doit bénéficier d’une exception, d’une dérogation ou d’un passe-droit.

E – Laisser la banque gérer les crédits et assumer les risques qui en découlent

F – Donner la garantie aux journalistes et aux enquêteurs de faire leur travail sans entraves ni pression.

G – Chaque algérien devrait s’acquitter de ses devoirs de solidarité en payant l’impôt sur le revenu, sur la fortune et sur le bénéfice. Mettre fin aux subventions et au soutien des prix. Les aides sociales sont un devoir public et citoyen ainsi qu’un droit pour les faibles et les démunis par une allocation conséquente, juste, traçable et personnalisée.

H – L’égalité des citoyens en matière d’entreprenariat et de commerce qui accorderait un financement en devises à tout demandeur, en l’état actuel des choses, est une utopie qui ruinerait l’Algérie par l’hémorragie des devises et l’absence d’une véritable culture citoyenne. Il y a deux solutions plus simples et plus efficaces sur le plan du principe, mais qui demandent une grande compétence technique et un grand engagement politique :

  • H1 – Mettre fin à la convertibilité du dinar sur le marché noir par trois mesures :
    • H11 – Ajustement du taux de change et bureaux de change accrédités et assermentés fonctionnant sous l’autorité et le contrôle de la Banque centrale
    • Le seul change « autorisé » sous forme de crédit documentaire ou autre procédure de paiement international est celui en rapport avec l’investissement ou le fonds de roulement des investisseurs dans l’industrie, l’agriculture et les nouvelles technologies
  • H2 Repenser le concessionnariat en interdisant aux Algériens d’êtres concessionnaires ou distributeurs de produits et services produits hors Algérie. En Algérie les centrales d’achat de produits étrangers doivent être similaires à celles en vigueurs dans les pays étrangers d’origine avec le respect d’au moins cinq (5) principes :
    • Les mêmes avantages, les mêmes garanties en termes de modalités de paiement, de qualité et de service doivent être assurées aux Algériens. Qu’apportent les pseudo concessionnaires Peugeot, Mercedes et Cie en termes de transfert de ce qu’on appelle « l’industrialisation des services ou la quaternisation de l’économie ». Rien ! Qu’apportent-ils en termes de qualité ? Quel est le changement par rapport à l’ex SONACOME, Rien. Par contre les incidences négatives en termes de consommation effrénée, de crédit, de nuisance écologique et d’embouteillage sont énormes… La destruction de l’industrie mécanique en Algérie est irrécupérable.
    • Les mêmes risques d’entreprises et les mêmes critères de concurrence doivent être prises par les centrales d’achat installées en Algérie. Il appartient aux Algériens de sanctionner par la loi du marché l’efficacité économique des zones commerciales « franches » installées.
    • L’Algérien, n’importe lequel, titulaire d’un registre commercial et d’une couverture bancaire ou d’un prêt bancaire, peut exercer l’activité de grossiste. Aucun grossiste ne devrait avoir le monopole sur un produit ou une activité. Aucun commerçant ne devrait échapper à la fiscalité et au contrôle des fraudes. Aucun commerçant ne devrait être autorisé, par le code du commerce et par le règlement bancaire, à accomplir une activité s’il n’en a pas les compétences techniques ou l’expérience professionnelle. Cela suppose la mise en place d’un plateau technique de formation appropriée et conséquent.
    • Faciliter la création d’entreprises et le partenariat mixte en amont et en aval des centrales d’achat étrangères et nationales aussi pour accroître l’intégration technologique, développer les services, réduire les couts en devises, se mettre à exporter et créer des emplois et de la valeur ajoutée. La fiscalité et le système bancaire, ici et ailleurs sont le principal levier.
    • Rendre les prix et les pratiques commerciales transparentes et vraies. A titre d’illustration de la fausseté : La visite de la foire internationale d’Alger suffit pour dévoiler l’absence de la participation étrangère. On ne voit que les importateurs et les distributeurs algériens sous le nom des marques étrangères et on voit la multiplication des mêmes marques et des mêmes produits dans plusieurs stands différents. Ceci dénote le niveau du respect de l’authenticité de la marque et de la propriété industrielle et intellectuelle par les opérateurs algériens.

I – Eponger et assainir le marché national en changeant de monnaie. Il faut créer un nouveau dinar et rapatrier les liquidités colossales (des milliers de milliards de dinars cachés) vers les banques et institutions financières.

J – L’Algérie devrait apprendre à travailler « normalement » c’est-à-dire sans esprit rentier. Dans chaque lieu de production de biens et de services, la productivité du travail devrait être évaluée, améliorer et payer à sa valeur. Cette valeur devrait être liée aux conditions du marché selon une péréquation simple et vérifiable à trouver et à appliquer entre la productivité du travail, le salaire moyen, le prix moyen et le revenu national pour dégager du surplus, garantir le pouvoir d’achat et accroire les performances du travail.

Observation sur la gravité de la situation

Le ministère de l’économie et des finances, les services de police, la justice et les journalistes doivent enquêter et éclairer l’opinion public sur les sources, les circuits et l’usage du change au noir. Lorsque l’argent provient de l’émigration et utilisé pour financer l’économie de la valise, l’artisanat et la petite entreprise, combler la pénurie alors des solutions transparentes et favorisant les principaux acteurs peuvent être trouvées et mise en oeuvre. Les universitaires turcs et les services spécialisés turcs sont parvenus à réglementer et à contrôler le commerce par la valise et à en faire un dispositif légal et utile sur le plan social et économique tant dans le commerce intérieur que dans le commerce extérieur avec l’Afrique du Nord, la Russie, la Pologne, la Bulgarie… Lorsque l’argent provient du blanchiment d’argent, de la corruption, des ristournes sur contrat d’importation la seule chose est le renforcement des appareils de justice et des organes de répression contre le banditisme et la fraude. Cela va au-delà de la corruption.

Il s’agit d’un véritable crime économique qui assassine le producteur, le consommateur et le percepteur des impôts. Dans la réalité des faits c’est pire qu’un crime économique car les réseaux sont tellement bien organisés et bien nantis financièrement (plusieurs milliers de milliards hors de contrôle) qu’ils sont capables non seulement de peser sur les décisions politiques et l’opinion publique, mais de lever une armée de mercenaires qu’ils peuvent puiser dans la délinquence et dans la quête de gain facile dans un pays de plus en plus réfractaire à la loi, à la vertu et à la foi. Le potentiel de mercenariat existe bel et bien et il peut être utilisé par les officines nationales ou étrangères pour des opérations de subversion, de sape, de guerilla ou de baltajia (comme en Egypte) ou de guerre civile sinon pour des mesures de pression politique et sociale pour obtenir des concessions stratégiques en termes économiques ou géopolitiques. Personne ne semble tirer les leçons sur la décennie noire et rouge… Même si le scénario pessimiste ne se réalise pas et ce que nous souhaitons, un autre scénario est déja réalisé : l’émergence d’une bourgeoisie parasitaire qui a rendu légitime l’appropriation illégitime du capital foncier, industriel, immobilier et marchand. Cette bourgeoisie n’est pas révolutionnaire comme la bourgeoisie européenne qui avait libéré les forces de production de la féodalité stérile, c’est une bourgeoisie sans culture, sans projet pour l’Algérie, c’est une classe de prédation vorace, nihiliste et cynique. Dans le cas fort probable que le président Bouteflika décède ou qu’il ne se représente plus comme candidat aux présidentielles alors un scénario est fort possible : l’argent informel peut construire des partis et financer la campagne électorale pour faire élire son homme. Il peut faire plus : payer l’électorat pour faire élire son homme et « matraquer » au sens littéral les électeurs qui s’opposent à cet homme. La suite découle de cette logique suicidaire : le gouvernement, l’APN et les APC seront phagocytés par l’argent sale. Les Gog et Magog seront les prédateurs triomphants. Toute opposition populaire, militaire ou clanique (autres forces de l’argent) ne fera que précipiter la guerre civile, car chacun n’a pas de légitimité morale et politique pour arbitrer et tous ont des prétentions d’hériter du système délabré : les uns évoquant leur puissance financière, les autres leurs relais à l’étranger, d’autres encore leur victoire sur le terrorisme islamiste. Louisa Hanoune est dans la périphérie proche du pouvoir  et elle commence à sentir la détresse qui s’empare du bateau en naufrage sans cap ni boussole ni vigie ni gouvernail ni carte…

Si les pseudo partis de gauche, convertis plus tard à l’économie de marché et à la rente politique et culturelle, avaient soutenu les travailleurs algériens, jamais les syndicats algériens n’auraient laissé l’appareil productif se faire démanteler, se faire privatiser, se mettre en ruine… Lorsque au début des années 80 l’Algérie a décidé, contre le bon sens et contre les sacrifices consentis par le peuple, à restructurer les entreprises algériennes, la gauche algérienne,  la seule présente dans les rouages économiques,  les appareils bureaucratiques  et les secteurs  industriels n’avait ni protesté ni « lutté ». L’intelligence la plus élémentaire disait pourtant que le clé en main ou le produit en main ne pouvait que nous mener vers l’impasse et qu’il fallait reconsidérer l’industrialisation en donnant plus d’importance à la fonction managériale de l’entreprise, à la concurrence, à l’algérianisation des études de conception et surtout à inverser la méthodologie de production : on ne devait plus produire pour produire, mais produire pour un marché qu’il fallait analyser, réglementer. Le potentiel de cadres et de technicien disponibles était tel que nous pouvions dès les années 80 engager le développement sur le software, les télécommunications et l’informatique tout en relançant le secteur agricole pour lequel l’industrie mécanique a été édifiée. A quoi sert de noyauter les institutions, les appareils  et les organes du pouvoir et de la communication si à la fin vous  sacrifiez les intérêts de l’Algérie pour une minable rente. A quoi ça sert d’emmener un peuple vers une guerre civile si à la fin vous livrez ses enfants et ses petits enfants à des prédateurs nationaux et internationaux.

Le seul rempart est la démocratie protégée par les syndicats revendicatifs et les partis politiques nationalistes…

Si les Algériens ne se réveillent pas maintenant, ils seront réveillés demain par le démantèlement de leur territoire.

Il ne s’agit pas de noyer le poisson dans l’eau, mais de faire des propositions de modernisation de l’économie. Avant de faire ces propositions, de les détailler et  de les revendiquer comme une solution de modernisation  ou comme une plateforme de changement salutaire il faudrait d’abord commencer par appliquer le principe de liberté et d’alternance démocratique au sein des appareils de l’opposition si elle veut être audible et crédible.

Le véritable programme de changement est bien entendu l’instauration de la liberté – liberté d’expression, de pensée, de croyances, d’entreprise – qui exclut la culture d’éradication de la différence. Une fois la liberté exercée alors les divergences et les conflits se règlent par le compromis social et politique où chacun non seulement concède à l’autre, mais apprend et prend de l’autre sans exclusive ni exclusion. C’est cet esprit libertarien qui va mettre chacun au service de tous sans dictature d’un seul contre tous ou de la dictature du tout sur une partie ou un élément. Cette culture élémentaire fait défaut dans les partis et les groupes qui revendiquent le changement et la démocratie ou l’Islam et la cité de Médine.

Louisa Hanoune à l’instar des autres  appareils idéologiques en Algérie n’est pas partisane du changement, mais du statut quo dans sa forme ancienne ou dans sa forme actuelle. L’Algérie est vraiment malade de ses élites. Pour le comprendre davantage il faut juste entendre Monsieur Chakib Khélil le prétendant « informel et presque désigné » au remplacement du Président Bouteflika : « La langue anglaise est la langue du progrès… tous les pays qui ont conservé le français sont des pays attardés ». Ce monsieur n’a toujours pas compris que la langue qui véhicule le progrès ou la décadence est celle d’un peuple  libre ou opprimé, d’une élite noble et généreuse ou d’une élite servile et imbécile. La langue ne fait que véhiculer des cultures, des idées et des valeurs, un peuple vivant fabrique ses mots et ses concepts, un peuple mort et inerte n’est même plus capable de parler sa propre langue. Ne possède t-il pas une ouïe et des yeux pour voir ce que font les Russes, les Chinois et les Allemands. Ne comprend-il pas que les pays anglophones ou francophones d’Afrique sont confrontés aux mêmes problèmes de développement socio économique et aux mêmes sequelles du colonialisme?  N’a-t-il pas médité l’histoire  pour comprendre que l’empire colonialiste français et britannique  s’inspirent de la même idéologie : le colonialisme raciste et éradicateur. La seule différence est que le français est brutal poussant à la révolte alors que l’anglais est subtil poussant à une assimilation de l’indigène.

Il ne sait toujours pas que la langue d’avenir est l’espagnol lorsque l’effondrement des USA deviendra réalité dans quelques années. Il ne sait pas que la langue arabe est celle qui porte intrinsèquement toutes les possibilités pour demeurer langue vivante alors que l’anglais a déjà épuisé son lexique et qu’il ne produit plus de vocabulaire nouveau en dehors des néologismes technologiques. Il ne sait pas encore que le débat culturel en Algérie n’est pas encore clos entre l’arabe, le français et le berbère et qu’il lui faut un temps de liberté pour exprimer tous ses rancœurs et tous ses désirs et s’apaiser pour un choix rationnel qui ne sacrifie aucun intérêt. L’école algérienne est déjà catastrophée, quelle catastrophe vient-il nous annoncer avec de nouveaux clivages linguistiques.

Ces gens là, de gauche ou de droite,  ne connaissent rien aux fondements de l’idéologie qu’ils suivent aveuglement. Ils  ne connaissent rien à l’Algérie, à ses souffrances, aux désirs de ses enfants et encore moins à l’économie et à la politique. L’esprit bien vacant laissé par la France et la culture indu occupants des indigènes de 1962 sont ancrés dans la tête minuscule de ces calamités. Lorsque ces calamités s’expriment ils donnent aux étrangers qui nous pilotent et à nous les Algériens qui endurons ce viol que l’Algérie est effectivement une « foule d’incohérences » que rien ne peut organiser ni cimenter.