Crash de l’avion de l’ANP

Mes sincères condoléances aux familles des morts du crash de l’avion militaire de l’Armée Nationale Populaire.  Qu’Allah accorde Miséricorde aux défunts et Sabr aux familles endeuillées.

Que ce tragique événement dans l’épouvantable conjoncture mondiale nous fasse prendre conscience de nos devoirs d’unité et de rassemblement pour résister contre l’Empire qui spolie nos richesses,  sape nos mentalités collectives et rend impossible tout avenir libre et prospère à nos enfants et petits-enfants.

De la culture du management du changement

Pour approfondir la notion de compétence au changement, prenons comme base d’étude la parabole coranique de l’arbre :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

Cet arbre ou cet homme est d’abord un potentiel voulu par Allah. Il est créé et doté de capacités qui le rendent apte à produire des fruits avec chacun de ses fruits l’aptitude à produire d’autres arbres dans un cycle de reproduction élargie pour davantage de biens. Cet arbre ou cet homme peut ne porter aucune semence d’avenir, car il n’en a pas les capacités. Il végète et il finit par perdre sa vitalité et perdre les raisons mêmes de son existence. La volonté d’Allah est que l’arbre soit bon, stable et utile. Allah ne rattache pas le mauvais arbre à Sa Volonté pour signifier la responsabilité de l’être à se cultiver lui-même et celle de la terre qui le porte à lui apporter ce qui lui donne vitalité et stabilité.

À titre d’exemple, Abraham a utilisé son potentiel pour partir très jeune à la quête de la vérité et se forger une réputation de contradicteur contre le mensonge, Mohamed a lui aussi utilisé son potentiel pour chercher la vérité et se forger une réputation d’honnête homme loyal et digne de confiance. Dans cette production de singularités humaines, Allah va choisir les plus aptes à porter Son Message et à réformer la société en leur donnant des capacités plus grandes et des moyens plus efficaces. Voici ce qu’Il dit au sujet de Moïse :

{Et quand il eut atteint sa maturité et sa forme, Nous lui avons accordé sagesse et science. Et c’est ainsi que Nous récompensons ceux agissent au mieux.} Coran

{Et Je t’ai comblé d’amour de Moi-même, pour que tu sois formé sous Ma Surveillance} Coran

Les Prophètes comme les arbres n’ont pas tous trouvé l’environnement favorable. Il en sera ainsi pour les hommes de bonne volonté. Dans l’existence moderne et sous toutes ses facettes toute capacité réelle ne devient pas une compétence ou une autorité qui conduit un projet, une réforme ou État. Une compétence est une capacité reconnue comme telle par ses pairs ou par son environnement qui lui donne ainsi une légitimité symbolique. Dans une société corrompue et dans un environnement hostile, une capacité non seulement n’est pas investie de légitimité, mais elle risque d’être présentée comme médiocre ou nuisible qu’il faut éliminer :

{Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse et qu’il invoque alors son Dieu ! Moi, j’ai peur qu’il n’altère votre religion ou qu’il ne fasse paraître la corruption de par la terre ».} Coran

Dans une telle situation, la lucidité ne consiste pas à surenchérir ou à chercher des justifications pour répondre à l’amour propre blessé par un déni de considération et de reconnaissance, mais à adopter la posture musulmane :

{Et Moïse dit : « Moi, j’ai cherché refuge auprès de mon Dieu, et votre Dieu, de tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement ».} Coran

Moïse va se focaliser sur la défense de la vérité qui terrasse tous les mensonges de Pharaon et de ses courtisans. La reconnaissance viendra de ceux qui reconnaissent la vérité à travers lui. En tous les cas Moïse ne l’a pas cherché.

Souvent, la compétence n’est pas une capacité, mais une imposture que le système crée pour donner l’illusion de légitimité en faisant reconnaitre par lui, par l’environnement ou par quelques rentiers de la société un de ses agents ou un de ses communicants. Pharaon va tenter de faire diversion sur la capacité de Moïse à argumenter sur la vérité et à fédérer le peuple opprimé en donnant légitimité technique et symbolique à son administrateur investi du pouvoir d’atteindre le ciel et de rendre Dieu accessible à sa vision et à celle de ses courtisans alors qu’il sait en son for intérieur l’impossibilité de sa prétention :

{Et Pharaon dit « O Hamana, construis-moi une tour, peut-être atteindrais-je les chemins, les chemins des Cieux, alors je verrai la divinité de Moïse, et je pense sûrement qu’il est menteur ».} Coran

Les diversions sur la compétence sont nombreuses et elles font partie de la lutte idéologique. Une autre diversion consiste à confondre le pouvoir avec l’autorité. Pour un grand nombre de linguistes, l’autorité morale, intellectuelle et artistique est celle d’un « auctor » c’est-à-dire d’un producteur d’idées, d’un fabricant d’événements ou d’un stimulant moral et spirituel qui pousse à agir au sens latin « augeo, augere »  qui signifie « faire croître, développer ». L’auteur et l’autorité sont les initiateurs d’action et de sentiments créatifs et inventifs. L’écrivain, le metteur en scène, l’artiste sont des auteurs parce qu’ils créent des personnages, des décors, des récits. Un personnage exerce une autorité, car il a une influence morale et intellectuelle par son charisme et son savoir qui stimulent la créativité et la coopération dans un groupe et font de l’auteur une référence pour le conseil, l’arbitrage sans qu’il ne bénéficie d’un statut privilégié ni d’une position de commandement. L’auteur et l’autorité sont du point de vue de la créativité la manifestation d’une compétence c’est-à-dire d’une capacité légitime qui donne à son tour l’inspiration à d’autres capacités patentes ou latentes.

La notion d’autorité devient pouvoir exercé sur les autres et commandement du type militaire du fait de la position hiérarchique militaire, sociale ou politique d’un personnage. L’imperator est le général en chef ayant reçu les honneurs pour « imperare » c’est-à-dire ordonner ce qui doit être dit et fait en sa qualité de « princeps » c’est à dire de somment de la hiérarchie que lui confère la Res Publica (chose publique) qui reconnait ainsi sa légitimité de premier. De cette légitimité (par la force et le droit) découlent les attributs de mérite que le premier chef est censé avoir dans sa posture d’élu, de modèle. Dans le dédale des mots il est donc difficile de distinguer le privé du public, le droit de la force et la dérive démiurge de l’homme de la grandeur de la cité. Auctoritas, dans Rome, est le pouvoir judiciaire, militaire et administratif conféré à l’Empereur romain. L’Empire romain a codifié l’exercice du pouvoir dans des principes et des hiérarchies administratives qui sont devenus des principes de jacobinisme et de républicanisme par excellence. Ces principes ont pénétré les colonies de l’Empire romain, l’Église, les Empires musulmans, la modernité occidentale, les colonies européennes, et le mondialisme.

La prédation et le mouvement de l’argent, des idées et des faits scientifiques et techniques qui ont donné naissance au capitalisme ont fait coexister les deux notions d’autorité. Ainsi pouvoir et créativité ainsi que compétences et positions administratives en Occident collaborent ou entrent en rivalité dans une logique cohérente, car elle correspond à la culture, à l’histoire et à l’économique qui façonnent le sol et la mentalité d’une civilisation. Chez nous l’esprit du Janissaire et du colon ont laissé une incohérence telle que nous ne produisons que des autoritarismes et des servitudes y compris dans le domaine de la culture et de la religion. Dans cet esprit ce sont les hiérarchies militaires, administratives et judiciaires héritées du colonialisme qui vont choisir les hommes qui seront aux commandes de l’État, qui vont déterminer le profil des élites des corps de métier, les programmes religieux et éducatifs, et qui vont configurer les cinq maitrises du territoire dans tous les domaines en l’occurrence l’usage, la propriété, la conception, l’exécution et l’expertise du développement, de la culture et des ressources.

Dénoncer un général ou contester un président ne suffit pas à mettre en marche le changement et à libérer l’intellectuel lorsque la mentalité de César et de légionnaire au sommet rencontre celle de la plèbe dans les jeux de cirque et la distribution de pain. Voter pour un président ou pour une assemblée nationale ne change rien à l’organisation et au fonctionnement des institutions ni au rapport des gouvernants aux gouvernés lorsque le principe d’autorité de l’empereur romain, le premier citoyen de Rome, est reconduit en concentrant les pouvoirs militaires, judiciaires, politiques et administratifs, en maintenant leur pyramide et en faisant des parlements et des sénats des chambres de rhétorique et des justificatifs légaux.  Notre bataille ne doit donc pas se focaliser sur les aspects formels, conjoncturels ou personnels, mais sur les dimensions historiques et psychologiques structurelles et les idées qui éclairent les mentalités et les invitent à changer leur mode de représentation des élites et des pouvoirs.  Toutes les notions de droit, de justice, de propriété, de pouvoir, d’administration, de démocratie et de gouvernance doivent être expurgées non seulement de leurs références impériales et capitalistes, mais de leurs sources judéo-chrétiennes et gréco-romaines en tant que prétention à représenter l’universel et le mérite.

En Occident, la question de l’intellectuel se pose dans le jeu de rivalités entre l’autorité du marché et de l’administration et les auteurs qui ont une autre vision de la Post modernité, de la liberté et de la créativité. On ne peut donc poser la question chez nous de la même façon sauf si on opte pour un alignement parfait et définitif sur l’Occident ce qui est impossible, ou bien si on revient à l’esprit originel de l’Islam qui demeure une possibilité réalisable si on parvient à la rendre pensable et souhaitée par une société ou par une élite qui aspire à s’émanciper de l’oppression, de la corruption, de la rente et de la médiocrité. Je ne pense pas que la société doive attendre la venue du Mahdi, le retour du Messie ou l’émergence d’une élite « reconnue » pour connaitre les évidences et les devoirs de sa religion :

« L’image des Croyants dans les liens d’amour, de miséricorde et de compassion qui les unissent les uns aux autres est celle du corps : «dès que l’un de ses membres se plaint de quelque mal, tout le reste du corps accourt à son secours par la veille et la fièvre ».

 « Le croyant par rapport au croyant est comme la construction dont tous les éléments se soutiennent »

La réalité politique et idéologique ainsi que la complexité socio psychologique font que la capacité intellectuelle ne trouve pas le champ favorable pour s’exprimer, ne trouve pas les forces pour agir et ne trouve pas de protection contre le système dominant qui non seulement lui refuse la reconnaissance et la légitimité, mais lui refuse les moyens élémentaires de subsistance et d’expression. Malek Bennabi a décrit la solitude et le doute qui risquent de paralyser la pensée et de la pousser à démissionner, à composer ou à se soumettre. Il a décrit comment la lutte idéologique est armée pour conduire un homme à l’isolement pour qu’il soit facilement mis au silence. L’intimidation et les menaces peuvent renforcer la conviction et l’acharnement d’un homme, mais la frustration peut le plonger dans le désarroi et la désespérance. La quête de légitimité, de reconnaissance, de considération et de reproduction est un sentiment et une revendication sociale qui existe chez l’animal le moins sociable. Comment jouer son rôle d’intellectuel du changement alors que les conditions qui s’opposent au changement sont génératrices d’angoisse, de doute, de déni de reconnaissance ?

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est agissante. Le Coran nous invite à méditer la situation psychologique du Prophète Mohamed (saws) mis au ban. Il faut de la vertu et de la force mentale pour ne pas s’effondrer devant l’arrogance de la bêtise et la laideur de la méchanceté :

{Patiente ! Certes ta persévérance tient d’Allah. Ne t’afflige donc point pour eux, et ne t’angoisse point de ce qu’ils rusent.} Coran

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est réformatrice. Le Coran nous invite à prendre exemple sur le Prophète Choâyb :

{Je ne veux que la réforme autant que je puisse}

Proposer et conduire des réformes n’exigent pas obligatoirement des appareils d’État ou partisans ou des lois et des codes. Bien sûr qu’il faut moderniser les législations et les dispositifs techniques et administratifs, mais chacun peut participer à la réforme de son environnement immédiat. L’usager peut faire usage de façon plus convenable et plus modérée. Le concepteur peut proposer des concepts et des dispositifs plus innovants et plus efficaces. Le réalisateur et l’exécutant peuvent faire des choses plus belles, plus sures et moins couteuses.  A titre d’illustration, les réformes du gouvernement Hamrouche étaient intéressantes, mais elles étaient condamnées à échouer. Le premier échec est dû à l’absence d’assise populaire pour les porter, on ne peut modifier radicalement la devanture d’un pays sans changer son âme et on ne peut imposer des réformes d’en haut. Le second échec était dû à l’opposition des rentiers et des bureaucrates au sein des appareils et dans leur périphérie. Le troisième était dû aux technocrates censés les conduire. Le quatrième était dû à la fragilité et à la dispersion du front national occupé à lutter pour le pouvoir alors que les forces étrangères torpillaient toute idée de changement en Algérie. Le cinquième et non des moindres était l’obstruction du FIS. Le volontarisme politique ne suffit pas.

Le volontarisme a laissé derrière lui des ruines : révolution agraire, révolution industrielle, révolution culturelle (arabisation), restructuration industrielle. Dans quelques années nous verrons d’une manière tragique les catastrophes actuelles que la chute du prix de pétrole va dévoiler malgré les masques de la propagande, de la répression et de la corruption. Pour l’instant les Algériens ne rejettent la responsabilité de l’échec sans que chacun n’assume sa part et ne se réforme lui-même en commençant par l’autocritique. C’est l’autocritique qui aiguise le sens des responsabilités et donne crédibilité à long terme.

La foi donne un sens métaphysique à la lutte et libère le croyant de la réussite mondaine. Son combat n’est pas pour-soi, mais pour une idée et un principe. Son combat n’est pas pour un parti ou un peuple, mais pour l’Homme créature honorée par Dieu, son combat n’est pas pour la seule réussite dans ce monde, mais pour le salut ultime. C’est la finalité à laquelle l’intellectuel a dédié son intelligence et son existence qui le met dans un regard positif sur lui-même, que les conditions soient favorables ou défavorables : il a la conscience du privilège de ne pas être médiocre, de ne pas être corrompu et d’obtenir sa récompense :

{Nous ne faisons pas perdre la récompense de quiconque agit bien} Coran

{Allah ne manque jamais à Sa Promesse} Coran

Il faudrait travailler plus en profondeur pour comprendre les mécanismes qui ont fait des compagnons du Prophète (saws) une élite qui transcende les conditions défavorables et qui parvient à faire du peu de possibilités que leur donnaient le sol et le temps un puissant mouvement historique qui a transformé l’histoire du monde en 20 ans face aux inerties considérables des Arabes, des Perses et des Byzantins. Il faudrait aussi travailler sur la sémantique coranique et civilisationnelle pour voir si leurs possibilités peuvent être les nôtres et sous quelles conditions :

{Vous êtes la meilleure Communauté produite pour les hommes : vous commandez le bon usage, vous interdisez le répréhensible et vous croyez en Allah.} Coran

Lorsque le musulman des temps présents se croit parfait, le légataire des compagnons du Prophète ou le dépositaire exclusif et infaillible de l’Islam il se met dans la situation de celui qui ne peut ni prétendre à la perfection pour réformer les autres, ni avoir l’objectivité de voir les tares et les défauts de sa régression pour se réformer. Lorsque l’esprit partisan ou sectaire vient conjuguer l’empressement et lorsque la démagogie fait oublier le devoir de patience face au déni de reconnaissance et au déni de légitimité, alors la violence et l’effusion de sang deviennent le refuge des désespérés qui deviennent ainsi les artisans de l’immobilisme et de l’entropie alors qu’ils prétendaient être des réformateurs. La politique est un des moyens de la réforme et du changement. Elle ne peut être le seul moyen et encore moins la finalité. Le statut d’imam, d’élite, pour guider intellectuellement ou pour gouverner politiquement est un don qu’Allah accorde, une récompense venant de lui :

{Nous avons établi certains d’entre eux en qualité de Guides qui dirigent suivant Nos Ordres, dès qu’ils se sont montrés persévérants et croyants avec certitude en Nos Signes.} Coran

Dans les priorités du comment et du pourquoi des conditions de l’émergence de l’intellectuel et de son efficacité sociale et intellectuelle dans nos pays il y a donc celles qui consistent à s’impliquer nous-mêmes dans l’effort de purification personnelle, de quête de l’amour divin et de témoignage en faveur de la vertu et de la vérité. Il s’agit de s’inscrire soit même comme un virtuel de pionniers dans la réforme voulue par Allah, de chercher à devenir un arbre bon, créatif et généreux puis laisser la Providence décider si on mérite d’être choisi ou non et confier à l’histoire le soin de conclure si les conditions ont été favorables ou non.  Notre devoir est de mobiliser tout ce qui est dans nos capacités de la manière la plus juste et la plus efficace. Dans l’adversité et le malheur les plus sombres, les portes de l’espérance demeurent totalement ouvertes :

{Quant à ceux qui s’efforcent en Nous, certes Nous les guiderons vers Nos voies. Vraiment Allah est avec ceux qui agissent au mieux.} Coran

Après cette brève analyse sur l’intellectuel nous pouvons revenir à la parabole coranique de l’arbre par laquelle Allah (swt) montre les qualités requises pour devenir un modèle de conduite : être Tayyib c’est-à-dire bon et beau dans son essence, sa forme, sa stabilité, ses effets et dans ses fruits. Cela ne s’improvise pas d’être bon, beau, utile, riche et enrichissant dans sa parole, sa pensée, son comportement et son acte. Cela ne suffit pas d’avoir les qualités requises du tayyib, il faudrait avoir celle du thabàt, la fermeté, l’endurance et la pérennité. Le changement ne se décrète pas et ne se réalise pas comme un coup de baguette magique : il s’inscrit dans une continuité historique et dans une culture qui rendent difficile le déracinement, la discontinuité, le dépérissement, la disparition ou l’anéantissement. La fermeté et la constance sont aussi l’expression d’une foi certaine et d’une science bien établie à propos de Dieu. L’élévation dans le ciel indique la perfection, la pureté et la transcendance alors que l’attachement à la terre indique le réalisme. La production de fruits indique l’utilité intrinsèque et l’efficience. La noblesse et la générosité sont une force d’attraction pour l’ensemble des créatures qui ne doivent pas être rebutées par la stérilité et la laideur qui font fuir.

L’arbre a vocation d’offrir des fruits pour donner envie dans l’immédiat et pour annoncer les récoltes a venir. Le fruit n’est pas seulement le résultat de l’action qui se donne aux autres, c’est aussi le goût esthétique et spirituel que la foi agissante donne à l’être comme une récompense intérieure. Le fruit comme aboutissement de l’arbre est symboliquement la symbiose entre la sensation, la perception et la pensée de la synthèse de la beauté, de la bonté et de l’utilité pour soi et pour les autres. Si la saveur, l’odeur et la vision du fruit peuvent être altérées, oubliées, dénaturées ou assouvies, l’amour d’Allah, l’ardeur spirituelle, et la miséricorde envers les créatures sont inépuisables et extensibles.

L’arbre dont il s’agit est l’Islam indestructible, inaltérable et bénéfique sur tous les plans. Sa vocation est d’être visible sans dissimulation et d’avoir des effets de miséricorde pour tous. Le musulman doit donc s’apparenter au bon et au beau qui inspirent la confiance et l’espoir, à la fermeté et la continuité qui préservent de l’inefficacité et de l’incertitude, à l’élévation qui préserve de la souillure et qui permet d’avoir une vision haute et dégagée, et enfin à l’enracinement dans son milieu hors de toute utopie pour demeurer une offre de paix et de sécurité, une initiative de prospérité…. Le rapport entre la terre et le ciel de l’arbre est aussi dans le rapport entre l’expérience terrestre et le message coranique. L’expérience mobilise les possibilités du territoire de vie alors que le Coran apporte la finalité, la lumière et le sens à l’existence. Pour se déraciner et tomber, il faut donc avoir démérité ou être irrécupérable. Cette parabole sur l’arbre laisse grandes ouvertes les portes de l’espoir que le Coran exprime de différentes manières :

{… comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs} Coran

{… comme l’exemple d’une graine qui a germé sept épis de blé, chaque épi renfermant cent graines. Et Allah multiplie à qui Il veut.} Coran

Après avoir énoncé la parabole de l’arbre et les qualités requises qualités de l’arbre, le Coran donne la configuration de l’élite qui peut représenter l’Islam : produire de belles idées et de belles paroles avec la volonté de chercher le salut dans la vie future et le bel avenir dans ce monde :

{Allah affermit ceux qui sont devenus croyants, par la ferme parole, dans la vie terrestre et dans la vie future. Et Allah fourvoie les injustes. Allah fait ce qu’Il veut.} Coran

Lorsqu’un homme se réclame de l’Islam et ne trouve pas de cadre qui le met en valeur et lui donne l’opportunité et la pertinence de s’exprimer et d’agir, il doit s’interroger sur sa propre valeur et se questionner sur les mouvements se réclamant de l’Islam si par hasard ils n’ont pas corrompu le champ social et le monde des idées par leurs divergences et leurs incohérences. Dans un cas comme de l’autre, il y a un travail de culture au sens propre et figuré.

Lorsque l’arbre est contrarié ou menacé dans son existence, alors non seulement Dieu intervient dans l’histoire pour la réguler et la réajuster en accordant des dons et des possibilités favorables à d’autres hommes, mais Il y intervient pour inverser les tendances et changer radicalement le cours et le sens de l’histoire. Il rend ainsi les instigateurs du mal désemparés et impuissants tout en offrant aux bonnes intentions les possibilités inédites du salut et du renouveau :

{Et ils ourdirent un puissant stratagème, mais Nous planifiâmes un autre stratagème sans qu’ils s’en rendent compte. Regarde alors quel est le résultat de leur ruse : Nous les avons détruits, eux et leurs gens, en totalité. Voilà donc leurs demeures désertes, en raison de ce qu’ils furent injustes. Certes, il y a en cela un Signe pour des gens qui savent.}

Il ne s’agit donc pas d’une invitation à la résignation ou au fatalisme, mais d’une méditation sur le sens de l’histoire et sur la finalité de l’activité humaine afin de trouver le ressort spirituel et psychologique pour changer ce qui doit être changé et faire que le changement ne soit pas déboité de la quête du salut ultime. C’est en s’inscrivant dans la quête de salut que le Qui, le Quoi et le Comment du changement deviennent repérables et mobilisables dans le temps et l’espace de leurs expressions.

Les Prophètes incarnent le mieux la symbolique de l’arbre coranique :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

Il m’arrive souvent de méditer leurs vies et leurs œuvres en contemplant un jeune plant ou une jeune pousse un jour de givre ou de gel : comment résister à cette pression et à ce froid pour survivre et enfin garder miraculeusement une stabilité et un élancement si majestueux ? Celui qui a donné à ce plant l’énergie et la vitalité pour réaliser sa vocation est Celui qui a donné aux Prophètes le courage et la fermeté d’endurer d’une âme égale et avec constance les coups de l’adversité alors que toutes les forces du mal et de l’oppression se liguaient contre eux. Souvent nous répétons des formules coraniques apprises par cœur sans les situer dans leur contexte et sans tirer profit de leur sémantique. Prenons par exemple cette expression :

وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَسْتَ مُرْسَلًا ۚ قُلْ كَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ وَمَنْ عِندَهُ عِلْمُ الْكِتَابِ

{Les négateurs disent : « Tu n’es pas envoyé ! » Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »} Ar Raâd 42.

Il faut se mettre dans la posture sociale et l’état psychologique et affectif de celui qui est sûr et certain de la vérité qu’il transmet sans rien demander en échange, car sa vocation est de transmettre fidèlement la vérité qui lui a été révélée, et qui se trouve nié, démenti, raillé, traité de fou, d’imposteur, de magicien, de menteur alors que sa vie connue de tous est irréprochable sur le plan moral, social et intellectuel. Il y a de quoi perdre la raison et la foi pour celui dont la vérité est incertaine ou pour celui qui poursuit un but mondain.

Que dire et que faire lorsque nous subissons un déni de reconnaissance sociale ou une injustice que personne ne peut ou ne veut réparer. Que dire et que faire lorsque nous sommes désavoués par des sots et des ignorants. Que dire et que faire lorsque nous nous trouvons confrontés à l’impuissance de nos actes et de nos paroles alors que nous avons consacré notre vie au service de la vérité et de la justice. Que dire et que faire lorsque nous voyons les parvenus recevoir des félicitations et des promotions alors que notre travail est demeuré vain, notre sacrifice sans reconnaissance, notre vie sans achèvement, notre vérité occultée ? Se lamenter pitoyablement ou implorer la miséricorde d’Allah comme l’a fait le Prophète (saws) maltraité par les va-nu-pieds que les influents de Taef ont mobilisé contre lui :

« Ô Allah, mon Dieu, je me plains à Toi de ma faiblesse, de mon peu de pouvoir et du peu de considération que les gens ont pour moi.  O Toi Le Plus Miséricordieux des miséricordieux, tu es mon Dieu et celui des faibles. Fais-moi Miséricorde. À qui m’abandonnes-tu ? À un étranger qui m’attaque ou un ennemi de qui Tu me fais dépendre ? Si Tu n’es pas en colère contre moi cela m’est égal. Cependant Ta clémence est plus généreuse envers moi. Je me réfugie vers Ta face pour laquelle les ombres se sont dissipées et qui a ajusté tout ce qui concerne ce monde ici-bas et celui de l’au-delà, contre le fait d’encourir sur moi Ta colère ou de me faire parvenir Ton désagrément. Je supporterai tout reproche jusqu’à ce que Tu sois Satisfait et il n’y a de Pouvoir ni de Puissance qu’en Toi. »

Allah qui lui a inspiré cette prière la plus émouvante qui soit lui dit de répondre à ses détracteurs :

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

La quête de reconnaissance est sans doute la plus demandée après celle de l’amour, mais elle s’efface lorsque l’homme fait de la vérité sa préoccupation majeure. C’est la certitude de la vérité trouvée ou acquise qui forge les caractères et c’est la paix intérieure que procure l’accession à cette vérité avec la crainte de la perdre qui rend l’heureux acquéreur tolérant envers l’ingratitude et le déni de reconnaissance. Il ne s’agit pas de devenir insensible, désabusé et cynique, mais au contraire d’être très réaliste en relativisant les choses et en agençant les priorités.

C’est Allah Vérité Réalité qui atteste que Mohamed (saws) dit la vérité et qu’il est et vit dans le réel alors que les autres sont dans le mensonge et la fiction. Cela fait partie de l’ordre des choses même si cela semble absurde et cruel.

Focalisons notre attention sur la précision lexicale et sémantique entre Chahid (شهيدًا) et Chàhed (شاهدًا).

Le Chàhed est le témoin véridique qui témoigne de ce qu’il a vu, entendu ou fait, directement en sa présence ou rapporté à lui par information ou par déduction. Le Chahid est un témoin singularisé par son présentiel et sa proximité. Allah signifie au Prophète qu’Il est témoin, présent et proche : Il est avec lui en permanence même si la réalité perçue par les autres est faillible, car il leur manque tant l’acuité de la réalité totale que la connaissance de la vérité intrinsèque. L’ingrat est privé du bonheur de la gratitude, le client du système est privé de l’effort méritoire, le menteur est privé de la vérité, le fasciné est privé de la réalité. Celui qui s’est approché de la vérité et de la réalité a perçu des secrets indicibles et inimaginables même si la solitude et le désaveu le désignent comme paria social.

C’est bien d’avoir un programme de changement politique et de réformes sociales et économiques, mais c’est insuffisant s’il n’y a pas un courant populaire qui pousse au changement des mentalités et des comportements.

Ne plus dépendre de la reconnaissance sociale est sans doute l’acte libertaire le plus difficile, mais le plus salutaire pour celui qui a pour projet de se réformer et de réformer la cité des hommes : rien n’a prise sur lui sauf la mort et le destin décrété pour lui. Dans ces conditions il n’y a ni empressement qui mène à la guerre civile ni compromissions qui mènent au reniement de soi.

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

N’est pas une formule pour afficher son islamité alors que tout notre comportement prouve que nous sommes loin de la vérité et de la réalité ; c’est le comportement par excellence de celui qui se revendique de la voie prophétique même si les mots et les habits pour le dire « islamiquement » font défaut.

Focalisons notre attention sur les subtilités du langage coranique :

{Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »}

Une fois que le Prophète est réconforté par la présence divine qui confirme que la Parole du Prophète est vérité et que cette vérité lui suffit pour s’émanciper de la considération sociale ou de la crainte des négateurs, il est fait appel au témoignage des savants juifs et chrétiens. Ils sont dans le rang de Chahid (شهيدًا) par leur proximité avec l’événement signifiant à la fois que Mohamed n’est pas un plagiaire qui aurait entendu, mais un réformateur qui vient corriger les falsifications, que les Savants savent que Mohamed est bien réel, car la parcelle de vérité qu’ils détiennent l’a annoncé. Mohamed (saws) était attendu et connu, mais la proximité avec la vérité et la réalité n’est pas une garantie pour vaincre les préjugés et amorcer le changement. Les savants juifs et chrétiens ont nié Mohamed alors qu’ils savaient qu’il était le Prophète annoncé et attendu, car il n’était pas « savant comme eux,  n’était pas de leur clan ni de leur confession. Le déni de vérité et de réalité est souvent dû à la persistance des fausses représentations et des fausses attentes. La vérité et la réalité ne sont pas toujours conformes à nos désirs et à nos ambitions. Le rang de savant et la proximité de l’évènement ne sont pas suffisants pour accepter le changement.

Par ailleurs ce verset discrédite les élites juives et chrétiennes qui croyaient se distinguer des Arabes païens par la gnose religieuse et l’attente du Prophète de la fin des temps alors qu’une fois la vérité venue les voici la nier. Les Arabes illettrés et inconnaissants  des réalités religieuses peuvent trouver excuse à ne pas saisir la vérité lorsqu’elle s’annonce à eux, mais une fois que la vérité se cristallise dans leur for intérieur et dans leur champ social ils sont bien obligés de constater le faux témoignage des savants religieux.  On peut transposer cette réalité historique aux expériences « démocratiques » dans le monde arabe pour voir que les élites nationalistes et laïcs se comportement de la même façon que les savants juifs et chrétiens lorsque les choix des populations ne sont pas en leur faveur.

Ce verset nous montre d’une manière magistrale comment un Prophète isolé peut se trouver à contre-courant des idées de son époque et comment par son courage et par la foi il peut surmonter les obstacles dressés contre sa prédication. Il nous montre aussi comment ceux qui prétendent incarner la vérité et représenter l’avant-garde intellectuelle ou religieuse peuvent nier la vérité et la réalité lorsqu’elles ne correspondent pas à leurs ambitions et à leurs systèmes de représentations du monde pour se retrouver fatalement en situation de contre-courant contre l’innovation et la réforme.

Ce verset nous met face à une autre problématique de la pédagogie du changement : le véritable changement ne commence pas par la revendication de changement de régime et la construction d’appareils, mais par la déconstruction des fausses représentations. Nous croyons à tort que la vocation humaine est la politique dans le sens de prise de pouvoir ou d’exercice de pouvoir. Le pouvoir est un accessoire dans le changement. Le changement s’amorce et s’amplifie au niveau philosophique, culturel, artistique, scientifique, technologique, social et économique. C’est la conjugaison des faits progressistes et de la pensée humaniste dans ce qui fait une nation (gouvernants et gouvernés) qui provoque le changement à tous les niveaux de la société et dans tous les registres d’existence et d’expression. Ainsi les couches aisées et les masses populaires sont emportées par la même dynamique, un monarque absolu peut conduire des réformes de progrès, une aristocratie peut approuver des réformes. La prospérité d’un peuple n’est pas obligatoirement liée à une forme singulière de souveraineté (monarchie, anarchie ou république) et de gouvernance  (démocratie, polyarchie ou autocratie). Elle dépend surtout du consensus social sur lequel se construit, évolue et se raffine par la qualité du débat philosophique (artistes, philosophes, scientifiques, religieux, homme d’État…) et le niveau de participation des populations ou du moins des couches moyennes à ce débat.

C’est ainsi que les choses se sont passées en Grèce, à Rome, en Perse, dans la modernité ou dans la civilisation islamique. Accessoirement on peut servir ou dénoncer le pouvoir, mais fondamentalement on débat sur les idéaux de vérité, de justice, de beauté, de liberté et d’efficacité. En Algérie, c’est faire diversion que de se focaliser sur la personne du Président sachant que le pouvoir réel est informel sans centre. Nous sommes face à l’Hydre à plusieurs têtes. Je ne crois pas que la vocation du réformateur est d’être un héros mythologique à l’image d’Hercule accomplissant ses douze travaux. La vocation principielle de l’Homme est de se mettre en quête de sens par sa nature spirituelle. Lorsqu’il établit cette quête alors le pouvoir politique joue le rôle d’adjuvant ou d’opposant, de commanditaire ou de bénéficiaire.

C’est cette quête perpétuelle qui crée le mouvement, l’entretient et l’accélère. Les forces qui expriment le mouvement vont fatalement s’opposer à celles qui préfèrent l’immobilisme. Dans les moments de crise, les hommes de valeur vont se trouver contraints de marcher à contre-courant du système en place (dans ses composantes philosophiques, religieuses, politiques et socio-économiques).  On ne se met pas à contre-courant par mimétisme, par provocation, par goût du désordre ou par intérêt, mais parce que le courant du changement est plus profond, plus juste, plus vrai, plus utile à la société. Croire que la vocation de ce courant est de s’accaparer les appareils et d’exercer le pouvoir c’est fatalement entraîner le mouvement de changement dans la paresse, les sacrifices vains et les luttes de pouvoir. Les Prophètes, les philosophes, les artistes et les vertueux ne se préoccupent pas des appareils, mais de pédagogie de changement. Pourquoi et comment changer ? Il ne s’agit pas d’infantiliser les gens ou de les mettre sous sa tutelle, mais de les aider à explorer les chemins et à expérimenter les méthodes et les usages. L’essentiel étant de parvenir à connaitre et à distinguer laideur et beauté, vérité et mensonge, justice et injustice, liberté et oppression, sens et absurde, réalité et fiction, égalité et privilège.

Les gens sensés ne devraient pas s’autoriser ou autoriser de mener des expérimentations idéologiques et politiques ruineuses et catastrophiques à l’échelle d’une nation ou d’une région. Le bon sens voudrait que les gens qui ont montré leurs capacités raisonnables à expérimenter efficacement sur de petites entreprises et de petits projets puissent progressivement passer à des projets plus grands. À l’inverse si les inexpérimentés doivent faire leurs preuves à échelle réduite, ceux qui ont failli ne doivent absolument pas s’engager sur des échelles plus larges. Cela n’est possible que lorsque la culture entrepreneuriale l’emporte sur la culture de la rente, de la bureaucratie, de la cooptation et du clientélisme. La culture entrepreneuriale ne devient valeur nationale que si et seulement si la notion de bien public et de responsabilité (de responsa : rendre compte, donner réponse sur ses actes et ses décisions) dans tous les registres existentiels et à tous les niveaux hiérarchiques. C’est une autre application du droit et de la justice appliquée à destination d’une personnalité morale en l’occurrence la cité des hommes.

C’est d’abord et avant tout un débat d’idées et de représentations mentales sur le devenir. Il est par essence subversif, car il bouleverse les immobilismes et les conservatismes. Il demande plus d’effort, de courage et de lucidité que les revendications politiciennes ou corporatistes sujettes à la corruption et à la répression. Faire le bien et dire vrai sont l’excellence du comportement, de la parole et de l’idée de l’aspirant réformateur, du pédagogue du changement. C’est la vocation de l’universel. Les conditions des hommes, du lieu et du temps vont colorer localement cet universel humain. La lumière est l’universel, la couleur est le local et le temporaire.

Se focaliser sur le pouvoir politique c’est détruire l’idée, la réalité et la vérité, complexes, du changement. Ignorer les contraintes et les limites imposées par le pouvoir politique c’est manquer de réalisme. Le Prophète (saws) est l’expression de la vérité agissant sur le réel :

« Allah mon Dieu faites-moi voir Al Haqq (vérité-réalité) comme haqq (vrai-réel) puis accordez-moi la faculté de m’y conformer ; fais-moi voir Al Batil (mensonge-faux) comme Batil (mensonger-fallacieux) puis accordes-moi la faculté de m’en détourner »

« Allah mon Dieu! Accordez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en discerner la différence »

 Il faut être un homme libre et responsable pour affronter le monde avec autant de courage et de lucidité. Il faut être dans la proximité vraie et réelle pour que le débat qui concerne le devenir des peuples ne soit pas monopolisé par les célébrités médiatiques, les leaders politiques et les rentiers du pouvoir ou de la religion. La proximité –  la capacité à être ensemble et de débattre des valeurs partagées et des intérêts communs ainsi que des divergences et des différences – exige de gommer le clivage idéologique et politique pour se consacrer à la culture du changement dans une orientation à visage humain ouvrant la voie à tous sans exclusion ni exclusive.

Méditer ces implorations prophétiques mène vers la réflexion philosophique même si on n’est ni professionnel de la philosophie ni diplômé de la Sorbonne. La démarche philosophique ou la quête de sens va se retrouver face à la question de savoir si le changement est affaire de masse par une révolution qui détruit l’ordre ancien ou affaire d’individualité par la foi qui attend l’ordre nouveau qui ne manquerait pas de venir lorsque les êtres sont prêts moralement et spirituellement à l’accueillir? La nature nous donne la réponse édifiante. Il faut voir comment des montagnes se désagrègent sous l’effet du soleil, du vent et de la pluie pour se transformer en grains de sable qui vont à leur tour éroder des rochers, des montagnes et transformer radicalement les paysages. Il en de même pour le cycle de l’eau. Même s’il y a une grande masse de granit ou d’eau qui semble donner des résultats, dans la réalité ce sont les grains de sable et les gouttes d’eau qui agissent laborieusement et inlassablement pour façonner de nouveaux reliefs à l’échelle géologique. Pour l’humain c’est la même chose avec un temps historique.

On est en droit de se poser légitimement la question sur le qualificatif du changement, politique et démocratique ou global et socio-culturel ? Bien entendu il faut envisager le changement à tous les niveaux, mais sans perdre de vue que l’intensité, l’amplitude, la profondeur et la pérennité du registre socio-culturel sont plus grande et plus complexes que celles du registre politique. Le moteur du changement est l’être, ontologique et social, alors que les activismes politiques sont des impulsions, des accessoires, des accompagnateurs, des instruments d’observation et de régulation.

Dans cet ordre d’idées on peut se questionner sur la validité et l’efficience d’un élan spirituel pour le changement lorsque le champ politique et médiatique est fermé par la répression ou lorsque la crise ne peut être surmontée que par l’agitation politique et sociale pour donner conscience, mobiliser, informer et revendiquer. Bien entendu les tenants de l’ordre en place vont trouver les « clergés » qui vont émettre des Fatwas pour interdire les grèves, les manifestations, les critiques et les associations citoyennes sous prétexte de la préservation de la sacralité des personnes et des biens oubliant que la liberté, la dignité et la marche vers le progrès sont aussi sacrées et que réprimer la revendication d’un droit ou interdire l’exercice d’un devoir est une violation de l’honorariat confiée par Dieu à l’Homme pour qu’il exerce les fonctions de liberté, de justice, de vérité et de responsabilité sur ses choix et ses actes tout simplement parce qu’il est homme et c’est sa vocation d’être honorée et d’exiger le respect et la liberté. Ce sont nos principes. La réalité peut imposer ses règles, car les contradictions sont exacerbées et ne peuvent trouver aboutissement que par le conflit et le rapport de force. Dans ce cas les principes exigent que la force ne doit pas être démesurée et disproportionnée pour ne pas se transformer en chaos ou en effusion de sang et pour ne pas donner la fausse illusion que tous les problèmes se règlent par la force dans la démarche activiste du « tout ici et tout maintenant » comme si l’histoire humaine pouvait être un achèvement définitif ou un renversement radical.

Le Coran et les implorations du Prophète (saws) s’ils accordent le droit à l’opprimé de se défendre lorsqu’il est agressé, ils refusent l’activisme cynique et l’agitation subversive. L’Islam, les religions et les spiritualités du monde nous disent que le changement est un processus naturel qu’il ne faut pas comprendre comme agression de l’homme devenu idole sur le monde devenu esclave, mais comme transformation de l’homme. Cet homme n’est pas un être abstrait désincarné sur lequel on spécule, mais un être concret, vivant avec un visage et une singularité qui le distingue des autres. C’est cet homme qui doit parler de ses besoins, de ses attentes et qui doit s’impliquer dans le changement des conditions de son existence. Les idéologues du progressisme et ceux du maraboutisme ont gommé l’existence de cet homme et son droit à l’expression. Il faut voir et entendre les gesticulations et les manœuvres des orchestres  du « Panem et circenses » pour se rendre compte que ces malheureux sont loin de méditer où ils ont conduit l’Algérie et où ils ont mené les Algériens.

Le premier acte de transformation est la méditation-contemplation pour comprendre les finalités ultimes et y adapter ses démarches et ses moyens :

{Certes, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a en vérité des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre :  » Notre Seigneur! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi! Garde-nous du châtiment du Feu.}  Al-Imran, 190-191

L’homme contemplatif et méditatif finit par comprendre que toutes les créatures ont leur place et leur rôle dans la création divine. Personnellement, au cours de mes pérégrinations sur le territoire national et en voyage ou au travail je n’ai jamais manqué de contempler un paysage ou un visage en me posant des questions sur leur vocation, leur richesse, leur diversité, leur sens. Est-il possible que ces gens, ces reliefs et ces moments soient absurdes et que nous-mêmes soyons des insensés au point de ne pas en prendre soin pour les fructifier, pour en faire des symboles de témoignage de notre gratitude et de notre devoir de bien faire. Aujourd’hui, à distance, je médite les gargarismes de ceux qui brûlait le matin ce qu’ils avaient adoré la nuit et qui adorent le soir ce qu’ils avaient brûlé le matin par opportunisme, hypocrisie et nationalisme des canailles. Comme est belle et exacte cette parabole de Jalal Eddine Roumi :

Si ta pensée est une fleur, tu es un parterre fleuri

Mais si elle est faite d’épines, tu n’es que ronces à brûler.

Tu n’es pas un corps tu es un œil spirituel.

Ce que ton œil a contemplé tu le deviens…

Le changement est d’abord qualitatif pour mieux vivre, mieux se respecter, mieux se connaitre, mieux partager. Il est dans l’anagogie c’est à-dire dans l’élan spirituel et la sympathie, l’ardeur psycho-temporelle et la bienveillance, l’intelligence et l’amour… Le changement n’est pas dans la seule alternance politique. Il ne s’agit pas de constituer une alternative à un pouvoir en place, mais une alternative à un système voire plus une revivification de la société qui se remet à produire ses idées, son élite, son argent, son organisation, ses produits. Ce n’est pas la révolution française, c’est l’autogestion lors de l’indépendance nationale, c’est la fraternisation lors de la guerre de libération nationale. L’idée qu’Allah fait changer par le pouvoir (la force ou le gouvernement) ce qu’Il ne change pas par le Coran est fausse même si elle est attribuée au Calife Otman. Cette conception, jacobine et kharijite, est un désaveu de la Puissance d’Allah et une dérive démiurge de la capacité humaine alors que l’homme, par essence, est faible et  imparfait, par sa finitude et sa faillibilité, est limité et impuissant. Cette conception du changement par le haut semblable au centralisme bureaucratique fait croire que le peuple exercerait le pouvoir et que la cité vertueuse se réaliserait en confiant les rênes du pouvoir à une bande de despotes illuminés, laïcs ou religieux, qui ne manqueraient certainement pas d’éradiquer leurs opposants, de remplir les prisons et de vider les caisses de l’État. Ce sont des utopies contre nature et dangereuses. Ces utopies sont des machines à fabriquer le consentement populaire et l’aliénation, car imbues de leur suffisance et de leur arrogance elles vont se couper des réalités et inventer de faux syllogismes idéologiques et religieux pour se maintenir au pouvoir.

On entend des prédicateurs citer David et Salomon comme modèles de changement par le haut et c’est faux, car le pouvoir qu’ils ont détenu est venu comme récompense de leur vertu et de leur sens de la justice et de l’équité. Par ailleurs le récit coranique nous donne leur contexte historique et territorial : le conflit avec des armées puissantes capables de les envahir et de les soumettre. A ce propos, si les Algériens, gouvernants et gouvernés, ne mettent pas le curseur sur la priorité centrale en l’occurrence la prédation étrangère et les retombées géopolitiques des agressions de la Syrie et de la Libye, la lutte du pouvoir sera l’occasion de fragmenter l’unité nationale fragile, de disloquer l’économie nationale précaire et de déchirer le tissu social en décomposition morale. L’ivresse de l’argent facile et de la consommation effrénée empêche les algériens d’écouter la vérité et de voir la réalité : nous sommes un comptoir commercial destiné à devenir une base coloniale. Au-delà du discours triomphaliste et arrogant, nous n’avons pas les moyens de résister dans les conditions actuelles d’immobilisme et d’irresponsabilité.

Le véritable changement commence lorsque chacun refuse la prédation vorace et cupide, la laideur et l’injustice ou s’indigne devant leur spectacle. La plus grande injustice c’est de croire que la laideur et l’injustice des gouvernants autorisent celles des gouvernés. Le plus grand mensonge c’est de croire que les manifestations spectacles ou les actions d’éclat sont une réponse à l’indignation alors que ce qui nous indigne n’est pas suffisamment compris dans sa genèse ni résolu dans sa mesure la plus appropriée pour lui apporter la solution qu’il mérite. Alors quel changement ? Allah y répond :

{ En vérité, Allah ne change point un peuple tant que celui-ci n’a point changé ce qui est en lui} Ar Raäd 11

Les bigots et les moralisateurs ont pensé que le changement s’opère par le zèle cultuel, les soufies par le spiritualisme, les jihadistes par la violence armée, les salafistes wahhabites par le commerce et la mode vestimentaire. Chacun y va de l’interprétation. Nous mettons l’accent sur des pratiques alors qu’il s’agit de transformer l’être c’est-à-dire transformer son rapport à la vérité et à la réalité en transformant ses représentations mentales et idéologiques, ses comportements, sa conscience, son sens des responsabilités. La transformation de l’être n’est pas d’ordre religieux ou politique, mais d’ordre intérieur. C’est l’homme qui doit se libérer de ce qui l’aliène pour se hisser à sa vocation humaine :

{Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.}  an-Nahl, 90

Lorsque chacun se discipline à bien penser, à bien agir, à bien aimer, à bien se comporter, à bien croire en Dieu alors il devient un rayonnement spirituel c’est-à-dire une intelligence rayonnante de bonté, d’amour, de vérité. La vérité que nous sollicitons n’est pas un concept abstrait ou une fascination médiatique, c’est un fait qui témoigne de son authenticité et un être qui témoigne de sa véracité. Ce sont ces faits et ces êtres avec les idées qui les génèrent et qui en découlent qui sont les vecteurs du rayonnement moral et spirituel. La dynamique du changement est lorsque l’acte de bien bonifie l’être qui a son tour inspire autrui à bien agir dans le respect des différences qui peuplent la cité. La cité peuplée de gens rayonnants sera alors un pôle de rayonnement universel qui ne connait ni l’humiliation, ni l’insécurité, ni la faim, ni une mauvaise gouvernance :

{Nous avons fait de vous une Communauté centrale (rayonnante) afin que vous portiez témoignage auprès des hommes (sur les hommes), et que le Messager soit témoin auprès de vous (sur vous).} Al Baqara 143

Ce rayonnement n’est pas le fait d’une puissance d’État ou d’un appareil politique qui ordonne d’en haut comme Pharaon, mais le fait d’hommes humbles qui agissent d’en bas avec humilité et dans la proximité des gens et des problèmes de la cité. Nul ne peut témoigner aux hommes s’il n’occupe pas une position centrale, une posture dominante, un rôle rayonnant sur le plan spirituel, moral, social et civilisationnel, ainsi qu’une proximité sociale et affective avec l’humain. Dans nos pays musulmans nous avons le centre de rayonnement par excellence dans la mosquée qui a vocation à fédérer les diversités, à transcender les différences, à établir du lien social de proximité, mais elle est devenue une tribune pour des imams qui y lisent des livres anciens ou des auxiliaires de l’administration qui maintiennent les gens dans le déni de penser et de parler. Le second lieu est la famille, elle est devenue une cellule consumériste. Le troisième lieu est l’école, elle fabrique le mimétisme et la rivalité au lieu de former des esprits à penser librement et efficacement.

Partout où l’homme se trouve, il dispose de moyens d’action s’il consent à agir après avoir médité les fins, s’il fait de la vérité et de la réalité ses critères de décision, de la proximité et de l’amour son périmètre de rayonnement, de ses possibilités la multiplicité et l’ampleur de ses efforts. L’imam, l’enseignant et le parent peuvent, sans éclat, transformer radicalement la société si quelques-uns d’entre eux appliquent scrupuleusement le principe prophétique de refuser le conformisme qui consiste « Il faut faire le bien lorsque la majorité des gens font le bien, mais il ne faut pas faire le mal sous le prétexte que la majorité des gens font le mal ».

Qu’il soit microcosme comme un grain de sable négligeable ou macrocosme comme une multitude incommensurable, Allah le jugera selon l’intention de son œuvre. L’individu croyant rayonnant est pour sa communauté de foi, puis cette communauté de foi est pour l’humanité ce que sont l’arbre pour le jardin et les jardins pour les créatures :

{Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

La priorité, en tout lieu, tout temps et toute condition, est de semer sa propre graine, d’entretenir sa germination et d’espérer d’Allah qu’elle produise arbre et fruits avec générosité et bénédiction. Le Coran est cohérent et éloquent dans son lexique, sa sémantique, ses métaphores et sa symbolique : il est toujours question de culture c’est-à-dire de croissance du bas vers le haut, dans son propre milieu et avec ses propres possibilités :

فَأَمَّا مَن تَابَ وَآمَنَ وَعَمِلَ صَالِحاً فَعَسَىٰ أَن يَكُونَ مِنَ ٱلْمُفْلِحِينَ

{Quant à celui qui se sera repenti, qui sera devenu croyant et qui aura pratiqué le bien, certainement il sera parmi ceux qui cultivent…} Al Qassas 67

Le Falah (فلح) coranique est la culture du bonheur et du salut. C’est cette culture qui produit le changement. Il n’y a ni ressentiment ni fantasme, mais labeur assidu et honnête. Il n’y a attente ni de salaire, ni de reconnaissance, ni de gloire, ni de peur, mais exigence impartiale de vérité et respect strict de la réalité. Il serait illusoire de croire que la prise de pouvoir et l’exercice du pouvoir sont la voie la plus efficace du changement. La culture du changement exige une terre fertile, une disponibilité à semer et l’attente espérant que l’effort non seulement ne soit pas vain, mais qu’il soit béni. C’est un peu le sens de la parabole de Jésus fils de Marie :

« Écoutez ! Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé.
Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ; et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché.
Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit.
Mais d’autres grains sont tombés dans la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent, pour un. »

La démarche intellectuelle consiste justement à manager le changement et la culture qu’il exige et celle qu’il produit. De bonnes intentions ont été horrifiées de me voir utiliser le verbe manager lorsque j’ai abordé la compétence du changement. Le verbe manager issu du latin « maneggiare » signifie manier du latin manus (la main). Le manager a donc pour vocation initiale de prendre la main dans un processus en se chargeant (ou en étant chargé) de se familiariser avec quelqu’un ou de s’occuper de quelque chose pour qu’être et choses arrivent à leur destination, trouvent leur place et prennent leur dû. Le manager c’est aussi celui qui a vocation de faire tourner le manège c’est à dire de huiler les mécanismes pour garantir le fonctionnement, faciliter le mouvement, la cohérence et la fiabilité des dispositifs destinés à l’usage public.

Aussi bien chez les latins que chez les anglo-saxons il y a une différence entre le manager et le director (le directeur). Le manager est un animateur, un conseiller, qui agit par délégation, par représentation sans être le maitre des lieux. Sa conscience peut être le commanditaire de ses idées, de ses paroles et de ses prises de position. Le « directeur » est celui qui, souvent seul, possède la charge et la responsabilité de donner des ordres, d’indiquer la direction à suivre et le cas échéant de rendre compte s’il agit pour le compte d’un maitre d’ouvrage ou d’un maitre des lieux qui le commandite. Il n’y a pas d’équivalent managérial aux statuts de directeur qui peut être directeur de conscience, directeur spirituel, directeur de recherche, directeur d’entreprise, chef d’un directoire ou d’un exécutif. Le directeur est l’autorité hiérarchique à qui revient la décision finale. Le manager n’est pas dans la décision, il est dans la médiation où il peut jouer le rôle de facilitateur dans le transport de l’information et dans l’intermédiation où il peut jouer le rôle de garant entre des parties contractantes pour sceller un accord ou divergentes pour régler un litige. Si la direction renvoie à la notion de maitre qui ordonne, le management renvoie à la notion de servant qui rapproche. Si la direction renvoie à l’imposition pour réaliser un objectif, le management renvoie à la bienveillance pour rendre les choses compatibles et mettre les hommes en harmonie.

Manager implique donc la réflexion systématique, l’information fiable, la responsabilité morale, la connaissance des règles de l’art, la proximité, la médiation et la communication. C’est ce que fait l’artiste lorsqu’il livre son interprétation du réel. C’est ce que fait l’intellectuel lorsqu’il n’est pas auxiliaire de service ou interlocuteur valide des services. C’est ce que doivent faire ceux qui sont concernés par le changement. Les technocrates du capitalisme et les  bureaucrates du centralisme bolchevique convertis aux affaires ont confiné le management au commandement des hommes et à la gestion des budgets. Les « cadres » qui ont coulé le secteur public n’ont retenu du management que  la direction d’une affaire ou d’un service ou l’entretien des relations d’intérêts.

Ne peuvent donc manager les affaires publiques ceux qui sont au service d’intérêts privés ou aliénés par leur appartenance idéologique. Ceux qui veulent concilier et réconcilier les Algériens à faire de la Politique au sens noble du terme doivent s’exclure du pouvoir et des partis pour se consacrer exclusivement au management du changement par lequel on évite l’effusion de sang et la ruine. Pour ceux qui ne parviennent pas à saisir le sens de mes propos et qui m’attribuent des buts inavoués, je dois avouer que la richesse et les subtilités du langage traduisent exactement la pensée de ma pensée et visent à montrer que la culture du changement, la pédagogie du changement ou le management du changement est avant tout une affaire de liberté de parole et c’est cette liberté qui doit transcender les idéologies et les partis pour que la cité devienne un lieu de management ouvert à tous et profitable à tous.

La voie anagogique, aspiration vertueuse dans la cité des hommes et empathie pour la création de Dieu, est difficile à concevoir tant par les partisans de l’immobilisme et de la rente que par les agitateurs extrémistes et nihilistes. Le prophète qui demande la vertu est raillé et expulsé. Le Prophète qui demande la patience est raillé et expulsé.

La clé du changement historique qui met fin à l’injustice et au mensonge du capitalisme et de ses vassaux despotiques dans le monde musulman est la résilience. Le mot résilience désigne la capacité d’un organisme à s’adapter à un environnement hostile, perturbant ou changeant. C’est la compétence de refuser de s’aligner sur le modèle dominant tout en cherchant les formes d’organisation et les mécanisme de production et de répartition qui libèrent l’homme de la prédation C’est la compétence de récupérer son énergie vitale et son fonctionnement normal après un choc, une déformation, une usure ou une panne.

La volonté des populations musulmanes de résister au colonialisme et leur persistance à croire à un autre destin autre que l’indépendance inachevée et confisquée témoigne  que l’âme humaine est indestructible, il suffit donc que cette âme entre en contact avec Dieu et porter fidèlement et efficacement la foi ou que cette âme comprenne les  vocations de l’Islam pour qu’elle devienne l’instrument de Dieu par lequel Allah déjoue et châtie les comploteurs selon un principe irréfutable :

{La Parole de ton Dieu s’est accomplie véritablement et justement. Rien ne peut changer Ses paroles.} Coran

La résilience est sans doute le terme qui traduit le mieux le terme coranique Sabr, cette compétence spirituelle et psychologique d’endurer les épreuves et de réagir avec intelligence et détermination sans empressement ni improvisation. Demeurez constant et persévérant sans céder au mimétisme et à l’alignement exige une élévation morale et spirituelle, une connaissance des vrais enjeux, et l’attente du changement dans l’espérance :

{Suis ce qui t’est révélé et persévère jusqu’à ce qu’Allah juge (décide, Il est le meilleur des juges (décideur).} Coran

Demeurez constant et persévérant sans céder au désespoir est la résilience qui permet de maintenir intact son état moral et de conserver son potentiel d’action pour résister et agir sur son environnement hostile. Elle exige une aspiration spirituelle et un niveau de certitude tel que le renoncement à la corruption lorsqu’il devient un refus collectif provoque la fracture puis l’effondrement de l’oppresseur au moment le plus inattendu et de la façon la plus dramatique :

{Ne faiblissez donc pas, et ne vous chagrinez pas, alors que vous êtes les plus élevés} Coran

Bien entendu l’élévation peut être comprise à tort comme l’arrogance du « peuple élu » et des « bien-aimés de Dieu » alors qu’il s’agit de l’aspiration morale et spirituelle à la perfection dans ce monde et au salut dans l’autre. L’élévation peut être comprise comme un discours moralisateur pour se croire le meilleur, en adoptant quelques postures religieuses ou en mimant quelques socio codes du passé quelques et géocodes d’Arabie, alors qu’il s’agit de créer les meilleures conditions et les meilleures possibilités pour se hisser au rang qu’exige la foi : témoigner avec efficacité et justesse de ce que la foi authentique peut réaliser en termes de libération et de civilisation.

Construire l’ambiance psychologique et spirituelle de sa résilience et de son espérance est aussi important sinon plus qu’agir sur les conditions objectives et les possibilités matérielles de sa résistance ou de son émancipation. Un peuple livré à lui-même ne peut s’organiser en résilience. Il lui faut de la foi et une guidance qui l’éduque et le prépare. Les moyens objectifs doivent être mobilisés, mais ils ne peuvent remplacer la dimension spirituelle et psychologique qui donne la finalité, le sens et le rythme soutenu et assidu de l’effort ainsi que l’acceptation des sacrifices et des épreuves.

Les appareils disposent des dispositifs et des intelligences de corruption et de fabrication du désespoir qui brisent facilement un mouvement dont l’inspiration et l’activité ne sont que politique ou idéologique. Devant la puissance et l’impunité d’un système dominant et arrogant il n’y a que la démission ou la violence à laquelle ceux qui ont oublié Dieu ont recourt par impuissance. Ceux qui ont préparé leur résistance en se remettant totalement à Dieu ne compte pas sur leurs forces et n’escomptent leurs résultats : ils s’inscrivent dans une logique qui transcende l’histoire immédiate en prenant acte des facteurs de puissance et d’impuissance pour adapter leur formes de résistance et construire leur espérance.

Personne n’a de réponse individuelle ni de recette miracle contre le désespoir et le désenchantement. Le Coran invite à l’espoir par la vie spirituelle et la connaissance de la réalité telle qu’elle est sans idéalisme romantique ni nihilisme cynique. L’expérience humaine invite au partage, à la solidarité et à la communion. Lorsqu’on conjugue le Coran et l’expérience on trouve réponse dans l’enseignement prophétique qui demande la coopération de tous pour lui trouver une configuration sociale et politique, individuelle, collective et environnementale faisant transformer le désespoir en mouvement historique de changement :

« Allah mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de Toi contre l’affliction et le chagrin, contre l’indigence et la paresse, contre la lâcheté et l’avarice, contre l’endettement et l’oppression des hommes »

Sans ce cheminement nous resterons dans l’importation des utopies et l’improvisation des échecs. La lutte idéologique consiste, sur cet aspect de la résistance intellectuelle et sociale à se focaliser sur une solution qui viendrait comme une recette de cuisine alors que la réalité et la complexité exigent de s’inscrire dans une praxis. La praxis c’est penser et agir socialement hors de l’utopie et de l’idée facile du droit à revendiquer ou du mal à dénoncer. La praxis c’est aussi penser et agir à la fois sur des concepts et sur la conceptualisation du retour d’expériences accumulées. Pour l’instant nous ne produisons pas suffisamment de pensée et d’efficacité dans l’action sociale et politique. Le pire c’est que nous ne faisons ni évaluation ni critique du peu de pensées et d’actions entreprises. Nous sommes des utopies spontanées, atomisées et dispersées sans dénominateur commun, sans lien fédérateur, sans champ social, sans perspective politique.

La foi, l’idée ou la démarche de civilisation ne peut être enfermée dans une mosquée, confiné dans un parti politique, mise en spectacle dans un média, ou instrumentalisé par un pouvoir. Elle a vocation spirituelle, sociale, libératrice et civilisatrice. Elle demande du temps, de l’énergie, du champ social et de la profondeur intellectuelle. La mission de l’intellectuel est de rappeler cette vocation, de l’expliciter, de refuser son instrumentalisation politicienne ou idéologique, de la protéger tant du populisme infantile que de l’idéalisme utopique. L’intellectuel ne peut se limiter à l’instant présent, sa vocation est de s’inscrire dans le temps historique.

Sans la grâce divine, l’homme et la société ne peuvent pas trouver le salut, et sans la raison ils ne peuvent prétendre à la grâce divine qui leur a fait don de la raison pour qu’ils soient des témoins reconnaissants et agissants. Saint Augustin a fait de l’esthétique la manifestation du bonheur. Le beau est aimable, l’aimable est embelli. Le croyant ne peut vider son idée, sa parole et son acte de leur dimension esthétique. Des idées laides, des comportements grossiers et des paroles vulgaires ne peuvent engendrer des projets nobles ou des actions belles :

{Et dites aux hommes de bonnes paroles} Coran

{Vers Lui monte la bonne parole, et l’œuvre vertueuse, Il l’élève.} Coran

Dans les cas désespérés, la belle parole de politesse est un encouragement, une charité, un appel à s’élever vers un sens éthique et du devoir plus élevé fermant la porte aux dérives de l’indifférence et du mépris. Lorsqu’il n’y a rien à donner l’écoute bienveillante et le partage des souffrances est une bonne parole silencieuse qui laissent les coeurs communiquer et se soutenir en attendant que les jours amènent la guérison et la lumière.

Sans l’esthétique, cette conscience du beau, la morale serait austère et froide où il ne se serait question que de châtiment, de malédiction et de renoncement laissant non seulement l’ignorant dans ses ténèbres, mais laissant l’âme et l’intelligence frustrées de ne pouvoir répondre à l’appel intérieur et extérieur vers plus de perfection. Le berbérisme athée qui s’attaque avec laideur et bêtise à la foi du peuple algérien devrait relire l’histoire de l’Algérie. Nos gouvernants qui nous insultent et nous méprisent devraient s’inspirer de la noblesse et de la beauté de ce pays au lieu de la méchanceté et de la médiocrité de leur arrivisme et de leur cupidité vorace.

Au lieu d’opposer berbérité et arabité, modernité et islamité, l’histoire et l’intelligence auraient dû se mettre au service de la conscience algérienne et lui donner le sens du devoir et du travail en montrant comment le sol nord-africain avait enfanté des grandes idées et de grands hommes. Notre solution est dans le débat et dans l’enrichissement mutuel et non dans le dénigrement des autres ou dans le déni de vérité en faisant de notre passé, de notre présent et de notre avenir un tabou dont l’évocation dérangerait nos consciences. Lorsque le premier ministre algérien compare le Coran à de la poésie ou lorsqu’il prétend que le pays n’a pas besoin de poètes et de philosophes, il ne reflète que l’inconscience d’un système moribond et inculte que rien ne vient déchirer, raisonner ou éclairer :

{Leur exemple est comme celui qui alluma un feu, et lorsqu’il éclaira les alentours, Allah dissipa leur lumière et les laissa dans des ténèbres, ne voyant rien : sourds, muets, aveugles, c’est pourquoi ils n’en reviennent pas} Coran

{Certes, les pires des bêtes, pour Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Coran

C’est la désacralisation et la profanation des principes qui font que l’homme au lieu de subordonner ses idées et ses actes aux principes, il subordonne ses fins et ses intentions à ses désirs. Le pire des désirs est la dérive démiurge qui donne l’illusion à l’homme qu’il est un dieu sur terre à l’image de Pharaon ne rendant compte qu’à lui-même ou un esclave de Pharaon soumis aux désirs de Pharaon et de sa cour. Contre Pharaon, Moïse, en plus des Signes annonciateurs de la fin et de l’assistance de son frère avait grandi dans l’amour d’une mère, d’une sœur et de l’épouse de Pharaon. Il avait été comblé par l’amour de Dieu.

Saint Augustin a dit que la mesure de l’amour est l’amour lui-même et que chacun sera rempli à sa mesure comme l’avait dit Jésus (saws). L’amour de Dieu et la compassion pour la créature de Dieu donnent le sens du sacrifice et l’énergie pour imaginer et entreprendre un projet de libération, de dignité, de justice, de solidarité. L’intelligence seule ne peut dépasser le stade de la technique impuissante à saisir l’humain. L’oppresseur fait tout son possible pour amener l’opprimé à son niveau de déshumanisation pour partager avec lui la même malédiction et pour empêcher que les liens d’amour ne se tissent et ne deviennent des liens de solidarité.

L’amour pervers, mégalomaniaque et narcissique conduit au suicide collectif par l’injustice, les souffrances, l’arrogance envers autrui et la spoliation de ses droits et de ses ressources. La miséricorde, l’empathie, la quête du salut, l’attente du Jugement dernier, l’espérance conduisent l’homme à l’humilité c’est-à-dire à prendre conscience de sa petitesse ou du moins de sa position relative dans cette existence. Il n’est ni dieu, ni ange, ni bête, ni démon, mais profondément et tragiquement humain. Il tombe et se relève, il faute et se repent… Il cherche la voie des justes jusqu’à trouver la vérité ou trouver la mort apaisé et réconcilié avec lui-même.

Ce cheminement à la fois spirituel, culturel, intellectuel et actanciel dans la foi et dans l’existence temporelle n’est pas facile, car il est contrarié par les difficultés, les obstacles, les échecs et même par les réussites et les tentations mondaines. Le philosophe peut devenir fou et se suicider lorsqu’il rate la réponse à son questionnement comme Nietzsche : « Comment sortir du désespoir le plus profond l’espoir le plus indicible ». Le croyant peut perdre la foi lorsqu’il ne voit pas la justice divine se manifester derrière la cruauté et le hasard en apparence :

{A quand la victoire de Dieu} Coran

L’intégriste islamiste est empressé à conquérir le pouvoir et à soumettre les populations à sa mode religieuse pour éprouver de la miséricorde ou de l’intelligence envers le monde. Le mécréant transgresseur est dans l’impossibilité intellectuelle et morale d’imaginer sa déchéance tant il est imbu de son impunité apparente comme il est dans l’incapacité totale de voir un instant la victoire de l’opprimé autre que dans la violence révolutionnaire ou dans la loi du marché selon son appartenance idéologique :

{Quiconque croit qu’Allah ne lui donnerait pas victoire (au Prophète), dans le monde et dans la vie future, qu’il tende alors une corde vers le toit, ensuite qu’il se pende, puis qu’il regarde si sa ruse a dissipé ce qui l’enrage !} Coran

L’homme en devenant sa propre mesure, sa propre norme, sa propre valeur s’éloigne des principes et il peut se croire réformateur alors qu’il est corrupteur ennemi de l’humanité et de la création. Lorsqu’il ne trouve pas de contradiction et de résistance pour le freiner dans ses crimes et démasquer ses syllogismes fallacieux, idéologiques et religieux, et ses utopies destructrices alors il se transforme en tyran démoniaque. La société et les élites qui ont laissé faire ou qui ont participé à l’émergence de la monstruosité partagent la responsabilité des crimes avec le tyran et son système corrupteur :

{Que n’y avait-il pas, dans les générations précédentes, des gens de bien qui interdisent la corruption de par la terre : Mais peu nombreux l’étaient parmi ceux que Nous avons sauvés. Alors ceux qui étaient injustes ont été poursuivis par ce qui les a fait périr, car ils étaient des malfaiteurs.} Coran

Si les élites algériennes avaient un sens des responsabilités jamais elles n’auraient laissé le pays sombrer dans la décennie rouge et noire. Les élites libyennes et syriennes n’auraient jamais toléré que leurs pays soient la visée de l’OTAN même si les pseudo savants musulmans ont rendu licite l’effusion de sang et la mise en ruine de ces pays.

Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de la résilience. Il ne s’agit pas d’attendre le retour du Messie ou la venue du Mahdi, mais de donner de l’espoir, de semer des initiatives, d’ouvrir de nouvelles perspectives. Si le pouvoir algérien, ses opposants politiques et la classe moyenne lettrée ne lisent pas la violence qui est en train de s’installer en Algérie comme moyen « normal » de négociation pour obtenir un travail, un logement, un investissement, une route, une rente, un droit, cette violence larvée va devenir incendie. S’ils ne voient pas les compétences des maffias de l’économie à recruter des démunis et des désœuvrés pour les mobiliser en des armées de « Baltagia » à l’égyptienne, la violence va devenir l’instrumentalisation politique de la société pour que la rente demeure le monopole des brigands d’autant plus que les sources de la rente sont en train de s’assécher considérablement.

Il est plus que jamais urgent de manager le changement. Les managers du changement sont les semeurs de bonnes paroles et de bonnes intentions. Est-ce qu’ils sont compris ou compréhensibles cela est une autre affaire comme l’explicite Jésus fils de Marie :

« Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors, comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?
Le semeur sème la Parole.
Il y a ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée : quand ils l’entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux.
Et de même, il y a ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux : ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ; mais ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les gens d’un moment ; que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt.
Et il y en a d’autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et toutes les autres convoitises les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent, pour un. »

 Lorsqu’on inscrit ses pas dans la continuité prophétique, alors on se libère des limites actuelles pour se hisser aux possibilités infinies :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

En effet nous pouvons imaginer le nombre de fruits dans un arbre, les cueillir ou les laisser pourrir, nous pouvons protéger l’arbre ou le détruire, mais personne ne peut imaginer les arbres contenus dans les grains ni les conditions et le moment de leur ensemencement.

[bctt tweet= »De la culture du management du changement »]

Omar MAZRI

Source : De la culture du management du changement

 

DU VERBIAGE SUR LA CONSTITUTION SANS LA RÉALITÉ OBJECTIVE DE L’ALGÉRIE

Chacun se trompe ici-bas.

On voit courir après l’ombre

Tant de fous, qu’on n’en sait pas

La plupart du temps le nombre.

Au Chien dont parle Esope il faut les renvoyer.

Ce Chien, voyant sa proie en l’eau représentée,

La quitta pour l’image, et pensa se noyer ;

La rivière devint tout d’un coup agitée.

A toute peine il regagna les bords,

Et n’eut ni l’ombre ni le corps.

La Fontaine, dans « le chien qui lâche sa proie pour l’ombre », montre le nombre important d’insensés et de cupides qui abandonnent la réalité et la vérité pour quelques fictions et quelques mensonges ainsi que les naïfs qui s’acharnent à vouloir redresser l’ombre la confondant avec l’objet tordu sur lequel ils n’ont pourtant pas de prise.

Lorsque la vérité de situation et la réalité du terrain nous échappent, nous pensons, nous parlons et nous agissons comme des sujets en proie aux hallucinations et aux illusions. Philippe Grasset décrivant les maquillages médiatiques dit :

« il nous importe d’affirmer que, entre les multiples “réalités” créées par notre univers de communication et de manipulation de la communication dans tous les sens, et d’autre part la difficulté de distinguer celle des “réalités” qui l’est vraiment (réelle), apparaît dans des cas précis et significatifs quelque chose qu’on pourrait qualifier de “réalité objective”, suscitée par une situation telle qu’on peut avoir l’intuition de la fixer, qui donne une indication indubitable de la vérité de notre temps. Cette “vérité de la situation” est, disons, une ouverture rapide et momentanée, mais significative et lumineuse, sur la réalité objective ; elle permet de déduire la “vérité de notre temps”, qui doit nous servir de référence. »

Ce n’est qu’une fois la vérité de situation ou la réalité objective saisie que l’on puisse alors se prononcer avec discernement et prendre parti comme le faisait notre Prophète (saws) :

« Allah mon Dieu faites-moi voir Al Haqq (vérité-réalité) comme haqq (vrai-réel) puis accordez-moi la faculté de m’y conformer ; fais-moi voir Al Batil (mensonge-faux) comme Batil (mensonger-fallacieux) puis accordes-moi la faculté de m’en détourner »

Discerner n’est pas un banal exercice intellectuel et prendre parti n’est pas devenir partisan, mais engagement pour servir la vérité et transformer la réalité sinon endurer avec courage et constance l’adversité sans se compromettre ni se renier :

« Allah mon Dieu! Accordez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en discerner la différence »

Les têtes bien pensantes bien au confort dans l’ordre actuel des choses ne sont pas concernées par le changement nécessaire au salut de l’Algérie et les attentes des Algériens. Leurs réalités et leurs vérités ne vont pas plus loin que les ambitions personnelles et les intérêts immédiats. Toute la critique du nouveau texte constitutionnel se résume à leur regret de ne pas voir quelques « conseils » s’institutionnaliser, de ne pas faire du Tamazigh langue officielle des documents administratifs, de faire peu de cas des binationaux, de donner trop de pouvoir au président… Pour ne pas trop se compromettre, certaines intelligences concèdent que la perfection appartient à Dieu et qu’une constitution aussi parfaite soit elle, n’est qu’une étape oubliant de nous préciser la nature, les modalités et l’échéance de cette étape dans un processus qui peut nous conduire au néant puisque personne ne sait où va l’Algérie.

Le régime très habile et bien assis grâce surtout à l’insenséïsme des uns et à la naïveté des autres fabrique des leurres, de faux combats, de fausses préoccupations et de fausses priorités dont le vacarme « médiatique » vise à fabriquer de nouvelles réalités et de nouvelles vérités pour faire oublier l’imposture et l’incompétence des faillitaires qui n’existent que sur le plan de la communication et du gaspillage des ressources. L’Algérie n’est pas un chantier où les compétences rivalisent d’ingéniosité et d’effort, mais un casino où les assistés attendent le nouveau messie et ses miracles.

L’instrumentalisation idéologique du berbère et de l’amazighité ne tient pas devant la raison, l’histoire et l’archéologie. Il y a des problèmes sociologiques et culturels qui ne peuvent être réglés que par le développement social et l’émancipation dans une Algérie libérée des mythes et des tabous. Une, deux ou trois langues nationales ou officielles ne changeront rien à notre faillite politique et économique comme il ne changera rien à notre indigence culturelle et morale : nous sommes des analphabètes trilingues incapables de lire la vérité de situation et d’écrire le changement de notre réalité.

Après les disparités linguistiques, ethniques, régionales, politiques l’Algérie entre dans la postmodernité en reculant et avec une nouvelle disparité : national/binational ou Algérien de souche/franco-algérien.

Il s’agit de la manœuvre communicationnelle autour de l’article 51 de la révision de la Constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire qui fait couler beaucoup d’encre en ces moments propices à l’insulte, à la diversion et aux confusions sur le devenir fatal du pays qui semble ne plus trouver de voie de salut ni de voix de raison. Le vacarme entretenu par les clients, les oppositions asservies, les prétendants à la rente et les réseaux corporatistes – pour donner illusion de vie et leurre démocratique – n’intéresse personne. Le patriotisme des canailles et l’arrogance des proxénètes qui abusent de l’Algérie et la livrent comme une prostituée à la rapine seront balayés par le vent de l’histoire lorsque le peuple algérien deviendra plus mature et plus responsable et changera l’hymne national « one two three viva l’Algérie » par « one two free où va l’Algérie » ou lorsque tout simplement et avec véracité il donnera réalité au serment de novembre 54 et à la vérité révolutionnaire :

Nous jurons par les tempêtes dévastatrices abattues sur nous

Par le sang pur généreusement versé

Par les éclatants étendards flottant au vent

Sur les cimes altières de nos fières montagnes

Que nous nous sommes dressés pour la vie ou la mort

[…]

Nous sommes des combattants pour le triomphe du droit

Pour notre indépendance, nous sommes entrés en guerre

[…]

Le verdict, Notre révolution le rendra

Car nous avons décidé que l’Algérie vivra

Soyez-en témoins ! Soyez-en témoins ! Soyez-en témoins !

Il ne s’agira plus de chercher à n’importe quel prix sa part de la rente ou son insertion dans le système de cooptation pour se servir, mais bien de reconfigurer l’Algérie pour que les Algériens puissent vivre citoyens prenant part aux changements du monde et au progrès de l’humanité sans rien ne devoir à personne.

Tout Algérien qui a – lui ou sa famille – donné sa part de sang, de larmes et de sueur, par amour et par devoir, ne peut attendre moins que la gloire de l’Algérie par la liberté, la justice et le progrès eu égard aux sacrifices des Algériens, à la position géographique de l’Algérie et à ses ressources. Toute réussite mondaine sociale, politique ou économique, toute référence à l’Islam ou au nationalisme, tout appel à la modernité et à la citoyenneté, toute attente générationnelle ou corporatiste, et toute ambition personnelle en deçà de la gloire de l’Algérie sont mesquineries et tartufferies même si elles peuvent paraitre « légitimité » et « légalité » au regard des pratiques et du droit en vigueur.

Il ne s’agit pas de jeter des anathèmes sur les gouvernants, les partisans, les corporatistes et les pseudo opposants qui entretiennent le leurre d’une gouvernance ou d’une démocratie, ou du changement, alors que l’Algérien Lambda sait que le système est mort et décomposé depuis longtemps, car il est sans idées sur le devenir et sans possibilités de se reformer. Il ne s’agit pas d’appeler à un énième rassemblement partisan ou multi partisans et se présenter comme alternative, substitut ou auxiliaire du pouvoir en place. Il s’agit de s’offusquer contre la laideur de notre manière de penser au devenir de l’Algérie et de notre mode de lui exprimer un amour vulgaire, accaparant et exclusif comme si elle était chose à posséder et non idéal à servir.

Lorsque le binational (franco-algérien) crie au scandale, car on lui a fermé une possibilité de promotion politique dans l’appareil d’État il ne fait qu’exprimer ou bien son ignorance du fonctionnement de l’État algérien ou bien son appartenance au jeu de communication qui consiste à donner vitalité à un système agonisant qui croit et qui veut continuer de faire croire qu’il est la vérité implacable et la réalité incontournable sans lesquelles il n’y aurait point de salut.

Et pourtant :

1- Tous les agents économiques, sociaux, culturels et politiques marginalisés du fait de leur probité morale et intellectuelle et de leur compétence savent que si en France la tendance est pour la préférence nationale, en Algérie la tendance est au contraire pour la préférence étrangère d’une manière générale et française d’une manière particulière. Le mononational et le binational sont logés à la même enseigne : ou bien ils appartiennent à la pépinière de la cooptation et de la préférence étrangère qui les destine à la promotion ou bien ils appartiennent à la plèbe exclue et méprisée. Les Constitutions algériennes (anciennes, présentes et futures) même si elles sont admirablement bien « écrites » ne demeurent dans la réalité objective que des exercices de style pour les scribes du pouvoir lequel se complait à faire un étalage triomphaliste de ses prouesses alors que la vérité indique l’imposition de la rente et la vassalisation comme idéologie dominante.

2 – Les services de sécurité respectant à la lettre le principe de « l’algérianité » se sont opposés à la nomination d’Algériens jugés « douteux » à des fonctions supérieures, mais le système de cooptation les a maintenus à leur poste alors que le réseau d’affaires leur a permis des privilèges de la fonction et profiter des largesses de la rente puis de faire profiter leurs clients et leurs donneurs d’ordres.

Nous pouvions comprendre qu’un système né de la guerre de l’Indépendance puisse se focaliser sur l’ennemi extérieur pour assoir son emprise sécuritaire sur le pays ou qu’il cultive des mythes pour distribuer des rentes historiques, religieuses, sociales et politiques ou qu’il crée de fausses dualités entre les Algériens (Arabes/Kabyles, nationaux/binationaux, islamistes/laïcs, etc.), nous ne parvenions pas à comprendre l’absence de transparence dans la promotion ou de l’exclusion des Algériens ainsi que le mépris des règles élémentaires qui protègent l’État de la trahison et de la corruption que ce même État a édicté. Il semble que le projet de destruction de l’Algérie et la vengeance contre la guerre de libération nationale ont été menés avec une main de diable sous couvert du nationalisme excessif et du culte du secret et de l’interdit. 54 ans après l’indépendance, la vérité et la réalité de notre pays continuent de nous échapper, les principes d’édification sont bafoués, les valeurs nationales sont gommées, les ressources sont dilapidées…

Dans un pays de droit le problème ne se pose pas en termes de nationalité, mais en termes de critères de compétence et d’efficacité lorsque ceux-ci sont transparents et régis par le fonctionnement démocratique et la légalité. Bien entendu, chaque pays est libre de définir ses critères d’accès et de promotion aux hautes fonctions, de les élargir ou de les restreindre, lorsque cela est conforme à son histoire et aux exigences politiques de son présent et aux attentes de son devenir. Mais chez nous le problème se pose en termes d’arbitraire. Chez nous le problème se pose en termes d’absence de transparence : quelle est la vocation de la nouvelle Constitution et quelles sont les garanties de la souveraineté nationale dans ces moments de changement planétaire ? Est-ce qu’on confectionne une Constitution pour un président invalide, pour un futur vice-président, pour un cabinet de l’ombre ou juste pour donner l’illusion de la vitalité.

Ceux qui sont attachés à la réalité objective et à la vérité savent que chacun a le droit à l’erreur et à la faute, car elles font partie de l’effort d’apprentissage, d’expérimentation et de connaissance. Ils savent que l’illusion est pire que l’erreur, elle est irrattrapable par son entropie, ses déchirements, ses déceptions, ses abus. Il faut vivre la réalité des microbus, des hôpitaux et des administrations qui font office de service public pour voir la vérité transparaitre dans le faciès des Algériens. Le peuple algérien est docile, corvéable, naïf, supportant toutes les humiliations et toutes les colonisations, mais lorsqu’il se révolte il devient dur, impitoyable et imprévisible. Pour l’instant, comme un chameau, il rumine ses illusions, sa détresse et sa soif. Il peut se mettre à mordre lorsqu’il saura qu’il a été abusé et qu’on lui a vendu de la fausse monnaie, de fausses représentations du réel, de fallacieuses significations du vrai.

3 – En début d’année 2016, l’émission la plus populaire de la TV algérienne « Alhane wa chababe » qui vend l’illusion de devenir riche et célèbre par la chanson sans passer par l’apprentissage du chant et de la musique (c’est à dire par l’effort assidu et le respect des règles d’harmonie) a exposé parmi les dix lauréats de son concours 2015 une jeune fille de 18 ans en foulard chantant en français :

Douce France

Cher pays de mon enfance

Bercée de tendre insouciance

Je t’ai gardée dans mon cœur!

Oui, je t’aime

Et je te donne ce poème

Oui, je t’aime

Dans la joie ou la douleur.

Douce France

Elle est libre d’aimer la France en Algérie comme les Algériens sont libres d’aimer l’Algérie en France à condition que l’inspiration de Charles Trenet l’auteur-compositeur transparaisse dans l’émission algérienne et dans l’esprit de son jury et de ses apprentis chansonniers :

Il revient à ma mémoire

Des souvenirs familiers

Je revois ma blouse noire

Lorsque j’étais écolier

Sur le chemin de l’école

Je chantais à pleine voix

Des romances sans paroles

Vieilles chansons d’autrefois.

Que signifie chanter l’amour d’un pays lorsque le président du jury proclame le devoir de « assala » (authenticité) confondant lui-même l’authentique et le folklorique et ne se pose sans doute ni la question sur sa légitimité et sa compétence ni sur celle de la chanteuse qui vient déclarer son amour maternel à la France. Pour le jeune candidat Harrague à l’exil pour jouir de la bi-nationalité ou de la bi-clandestinité les priorités ne sont ni celles du président du jury ni celles du chœur. Il ne va pas attendre les promesses socioéconomiques et les attendus juridiques pour se faire une idée de ce qui l’attend ici ou une illusion de ce qui l’attend ailleurs. Lorsqu’on voit les réalités des mondes parallèles en se posant la question sur la vérité on se trouve plongé dans le désarroi total pire que la schizophrénie et ses délires.

Que signifie chanter un poème lorsque l’école et l’environnement qui l’ont inspiré sont absents aussi bien dans le répertoire culturel et intellectuel du jury que dans l’imagination et l’imaginaire de la chanteuse? Quelle est notre priorité : restaurer la vocation de l’école et promouvoir la pensée et les arts ou cultiver le narcissisme des gouvernants. Quelle est notre priorité : chanter à la gloire de Bouteflika et de sa Constitution ou mettre fin aux agissements malfaisants de ceux qui ont détruit l’école algérienne et sapé le devenir des écoliers algériens dans les illusions et les antagonismes idéologiques sur la langue arabe et l’Islam ?

Que signifient l’algérianité, la francité, la binationalité et leur débat dans la nouvelle Constitution lorsque l’école est sinistrée, lorsque la langue qui fait l’identité d’un peuple et le canevas de ses idées et de son expression n’est pas pratiquée. L’incohérence linguistique et son corollaire l’incohérence idéique est totale avec ou sans la nouvelle Constitution, avec une deux ou trois langues nationales, avec ou sans les binationaux. Faute de cohérence on s’invente des sujets et des personnages de diversion et de polémique.

Il est temps de reprendre les choses par leur commencement : se réapproprier la compétence adamique de nommer c’est-à-dire de produire des concepts et du sens pour désigner dans des expressions intelligibles et le vrai et le réel pour se libérer des illusions de la perception et du diktat des choses. Sinon va s’appliquer contre nous en tant qu’être ontologique, territoire et temps d’existence la suprématie du faux et de la fiction. Le philosophe Hobbes disait :

« Le vrai et le faux sont des attributs du langage, non des choses. Et là où il n’y a pas de langage, il n’y a ni vérité ni fausseté ».

Il faut voir l’univers des Algériens : entassement de choses dans un monde où tout est devenu chose y compris la religion. Les petites gens avec de petits esprits, mais avec un grand appétit de choses sont convaincus avec fierté que Bouteflika a réalisé de grandes choses.

Lorsque l’école, le personnel politique et la société s’approprieront les attributs du langage qui façonnent le civilisé alors les fondements constitutionnels que sont la liberté, la justice, la vérité et la réalité, une fois bien ancrés dans l’esprit et la praxis, permettraient de débattre sereinement et efficacement de chaque volet et de chaque article de la Constitution. Pour l’instant nous commençons à entendre sourdement le récit de la fable de Midas et son bonnet d’âne malgré les narratives sur nos Ulysse et les travaux d’Hercule.

Encore une fois, dire la vérité sur la réalité n’est ni un exercice de style ni une diversion philosophique, mais une invitation à réfléchir au problème de fond. Pour illustrer davantage ce problème, il faut se pencher sur la manie des gouvernants et des opposants de revendiquer l’État de droit (Dawlat al Qanoun) sachant qu’il y a une confusion sémantique et praxitique entre deux notions diamétralement opposées : l’État de lois et l’État de justice (dawlat al ‘adl) ainsi que deux conceptions de souveraineté et de gouvernance : La République et la Démocratie. La République (res publica signifiant chose publique) est la situation où l’État appartient aux citoyens selon le principe de la justice qui arbitre entre eux et de la liberté qui leur confère le droit de se constituer en sociétés et en État et de se fédérer avec d’autres peuples. La Démocratie est la situation où le pouvoir issu des urnes ou de la révolution gouverne au nom du peuple selon le principe des lois (légalité et légitimité révolutionnaire, constitutionnelle, etc.). Dans la République le principe fondateur et fédérateur est la liberté, cette liberté soit elle-même résulte d’une revendication de justice soit elle a pour conséquence l’exigence de justice et d’équité. La démocratie peut par contre s’accommoder de lois injustes et de dictature au nom du peuple ou au nom de la majorité.

Emmanuel Kant dans « Projet de paix perpétuelle » énonce les principes d’une manière simple et concise :

« La constitution fondée premièrement sur les principes de liberté des membres d’une société (en tant qu’hommes), deuxièmement sur les principes de dépendance de tous envers une législation unique commune (en tant que sujets), et troisièmement sur la loi de leur égalité (en tant que citoyens), seule constitution qui dérive de l’idée d’un contrat originaire sur lequel doit être fondée toute législation de droit d’un peuple, c’est la constitution républicaine…

Afin de ne pas confondre (comme cela arrive communément) la constitution républicaine avec la constitution démocratique, il faut faire la remarque suivante. On peut diviser les formes d’un État (civitas) soit selon la différence des personnes qui détiennent le pouvoir suprême, soit selon la manière, quelle qu’elle soit, dont le chef gouverne le peuple. La première s’appelle proprement la forme de souveraineté (forma impreii) et il n’y en a que trois possibles : ou bien en effet un seul, ou bien quelques-uns unis entre eux, ou bien tous les citoyens ensemble, détiennent le pouvoir souverain (autocratie, aristocratie et démocratie); pouvoir du prince, pouvoir de la noblesse, et pouvoir du peuple; la deuxième est la forme de gouvernement (forma regiminis) et concerne la manière, fondée sur la constitution (l’acte de la volonté universelle qui fait de la foule un peuple) dont l’État use de sa pleine puissance. A cet égard elle est soit républicaine, soit despotique. Le républicanisme est le principe politique de la séparation du pouvoir exécutif (le gouvernement) et du pouvoir législatif ; le despotisme est le principe selon lequel l’État met à exécution de sa propre autorité des lois qu’il a lui-même faites ; c’est donc la volonté publique maniée par le chef d’État comme sa volonté privée…

Toute forme de gouvernement qui n’est pas représentative est proprement une non forme parce que le législateur ne peut-être, en une seule et même personne, également l’exécuteur de sa volonté…

Il est incontestable que la manière de gouverner importe plus au peuple que la forme de l’État… Le problème de la formation de l’État, aussi difficile qu’il paraisse, n’est pas insoluble, même pour un peuple de démons (pourvu qu’ils aient de l’entendement), et il se formule ainsi : « organiser une foule d’êtres raisonnables, qui tous ensemble réclament pour leur conservation des lois universelles… »

Le fait politique et historique en Occident a occulté la philosophie politique et par mimétisme et paresse nous nous trouvons dans la confusion entre les deux notions tout particulièrement en France. En Algérie, nous commençons notre histoire moderne là où finit celle des autres à laquelle nous y ajoutons l’aliénation idéologique des laïcistes algériens aux Français, l’immaturité politique des islamistes et la dictature du pouvoir en place. Les raccourcis historiques et les mauvais curseurs idéologiques n’ont donc jamais permis l’émergence d’un débat politique et intellectuel sur les conditions et les processus d’instauration de la République et de la Démocratie les plus conformes à nos désirs, à nos valeurs et au devenir de l’Algérie dans le destin des autres nations. Non seulement nous avons reconduit l’administration coloniale, mais nous l’avons confié à des « énarques » et à des cooptés au moment où nous avions plus besoin de politique, de philosophes et d’artistes pour innover, libérer et développer le pays.

Il faut bien admettre que l’idéal universel de vivre libre, en paix, bénéficiant de la justice, et jouissant d’une identité nationale s’est exprimé durant la guerre de libération nationale. La déclaration du 1er novembre 54 est pour nous l’équivalent de la déclaration d’indépendance des États-Unis ou de la Déclaration des droits de l’Homme en France. C’est cet esprit de novembre 54 avec les aspirations populaires de liberté, de justice, de progrès qu’il nous faut restaurer, promouvoir et traduire en pensées, en comportement et en actes. Le reste c’est de la diversion. La liberté n’a aucun sens si elle s’énonce sans la justice et le droit :

Allah (swt) nous demande de gouverner selon le principe suivant :

{Ô David ! Nous faisons de toi un successeur sur Terre. Juge entre les hommes avec le Haqq } Sad 23

Le Haqq coranique renvoie aux principes d’équité, de justice, de vérité, de droit et de connaissance de la réalité. Ce sont des principes fondateurs et fédérateurs qui garantissent la paix et le progrès dans ce monde ainsi que le salut ultime dans l’autre monde. Galvaudés par notre pratique bigote ou par notre reniement idéologique nous ne voyons pas les vraies conséquences et leur réalité dans ce monde tangible ou dans l’autre monde :

{et garde-toi de suivre tes penchants, si tu veux rester dans la Voie du Seigneur, car ceux qui dévient de la Voie du Seigneur subiront de terribles châtiments pour avoir oublié le Jour du Jugement} Sad 23

La réussite de l’Occident et sa suprématie résident dans l’efficacité de leur mode de gouvernance et le respect de leurs principes de justice et de droit. Les nouvelles bureaucraties, les finances et les médias sont en train de saper les derniers bastions républicains ou démocratiques.

4 – Que la Constitution donne des droits et des devoirs aux binationaux ou qu’elle les retire cela n’a pas de signification stratégique dans la forme actuelle de l’État. Si cela avait une signification dans l’édification du pays et son progrès alors l’armée des frontières qui a pris le pouvoir au détriment des Moujahiddines aurait un sens, il en serait de même de la suprématie du militaire sur le politique, il en serait de même sur la nature et le sens du pouvoir réel et actuel. Comment arriver au pouvoir et l’exercer, pourquoi, pour qui et comment ? Ce sont ces questions essentielles qui sont sans réponses et il ne peut y avoir de réponses dans un complexe d’incohérences.

C’est le même système d’incohérences qui cherche à se justifier sur les conséquences et inconséquences de l’arrêt du processus électoral sans jamais apporter de réponses politiques, judiciaires, transparentes, cohérentes, justes et crédibles sur le « qui tue qui? ». Les élites algériennes (il n’y a pas encore une élite) personnifient l’incohérence de ceux qui prétendent défendre la vérité alors qu’elles sont ignorantes de la réalité et qu’elles s’accommodent des vérités qui les réconfortent dans leur représentation idéologique de ce qui est le mieux pour l’Algérie faisant fi des Algériens et de ce qui leur ferait du bien ou du mal. Ils sont prêts à servir n’importe qui s’ils y trouvent des gains mondains autant qu’ils sont prêts à mettre l’Algérie à feu et à sang si cela consolide leurs positions idéologiques.

L’incohérence aime le règne de la suspicion, de l’insécurité, des dérogations et des passe-droits. L’incohérence permet la juxtaposition, la confusion et l’opposition factice des centres de décision pour masquer les véritables centres de décision : l’étranger prédateur, les barons de l’économie informelle, les barons de la phagocytation de l’industrie, de l’agriculture, du commerce et du foncier étatique, les bureaucrates, les rentiers du bigotisme, les brocanteurs du nationalisme de pacotille, les véreux parmi les militaires et les policiers. Est-ce que le nettoyage des écuries d’Augias passe par un juridisme constitutionnel ou par un sursaut de conscience citoyenne? Est-ce qu’il passe par les mises en scène vaudevillesques dans ce qu’on appelle l’Assemblée nationale et ses gladiateurs grassement payés ou par l’émergence de ce que Malek Bennabi appelle le sentiment démocratique et la société du devoir.

Seule la société de devoirs peut garantir au national, au binational, à l’investisseur étranger l’espace qui permet à chacun d’exercer ses compétences et d’investir dans un marché concurrentiel sans monopole, sans bureaucratie et sans corruption. Peut-on se faire l’illusion d’avoir des espaces politiques, culturels et idéologiques pour changer l’Algérie ou la gouverner du seul fait de l’édition et de la publication d’une nouvelle Constitution. La réalité de l’investissement étranger comme celle de la micro entreprise est désespérante. La réalité de la fiscalité est horrifiante. La vérité qui ne peut être masquée par des promesses, des codes, des Conseils, des Constitutions ou des discours est celle du registre de commerce. La priorité et la facilité sont dans la délivrance facilitée et expresse du registre du commerce aux jeunes avec des mesures de soutien en matière de formation professionnelle et d’ingénierie de création d’entreprises. L’urgence est dans la lutte contre l’inflation, la dévaluation et la protection de la monnaie nationale. Les urgences ne manquent pas, mais comme l’a bien souligné Malek Bennabi à propos de la mentalité de l’indigène colonisé, il est plus facile pour nous de créer les conditions qui rendent impossible l’action, rédhibitoire son prix et inutile ses conséquences. Nous créons des chantiers pharaoniques et nous nous investissons de la personnalité de Zarathoustra pour faire accoucher une montagne d’une souris. L’art de perdre du temps et de produire de l’entropie en tentant vainement de donner existence à ce qui n’a pas de réalité, à faire apparaitre pour vrai ce qui est illusoire et factice est une stratégie d’évitement pour ne pas affronter la vérité, pour ne pas se confronter à la réalité, et pour ne pas assumer ses responsabilités.

5 – Les auxiliaires zélés et les aspirants à la gouvernance future confondent les révisions constitutionnelles dans les démocraties occidentales avec les fascinations médiatiques des « magiciens de Pharaon » en vigueur dans nos contrées en voie de sur sous-développement par inertie. Pour les démocraties occidentales, y compris les monarchies, la Constitution est façonnée par l’histoire politique, sociale, économique et culturelle dans le rapport des forces et la confrontation des intérêts. Ces pays évoluent : leurs États ainsi que leurs mentalités collectives et leurs intérêts individuels ou corporatistes deviennent plus diversifiés, plus exigeants et plus innovants, faisant évoluer, par leur dynamisme, leur poids et leur force, les institutions et les lois.

En Occident, les changements et les révisions viennent soit comme initiateurs, accompagnateurs ou conformateurs des changements sociaux, politiques, économiques et idéologiques. L’édifice est complexe et mouvant : il exige des spécialisations notamment en matière de droit constitutionnel. Cette spécialisation n’est pas à l’abri de fonctionnement bureaucratique ou de dérives autoritaires d’autant plus que l’idéal démocratique et l’idéal de justice s’effacent de plus en plus au profit des finances pour ne devenir qu’un banal acte médiatique. L’acte médiatique parvient pour l’instant à ne pas gommer les droits fondamentaux et à garantir quelques espaces de liberté et de justice pour éviter la violence et les excès.

Chez nous, il y a une inflation de lois et de constitution sans contrepartie sociale, politique, économique et culturelle. On fait une révision constitutionnelle sans qu’il y ait un processus qui l’exige ou une dynamique qui en résulte. D’un côté, il y a le délire de l’agonisant et de l’autre le silence du moribond. Nous ne produisons ni nos idées ni notre nourriture ni nos vêtements ni nos armes ni nos rêves, dans ces conditions nous ne pouvons que produire des cache-misère pour masquer notre indigence intellectuelle, notre paresse politique et notre arrogance qui n’a d’égale que notre insenséisme. La fascination, la séduction et la corruption sont les principaux outils pour imposer les syllogismes fallacieux qui font office de vérité ainsi que les narratives qui font fi de la réalité.

Nicolas Machiavel fin connaisseur des mentalités et des us de l’Italie déchirée par les complots, les alliances extérieures et les luttes de pouvoir conseillait aux Princes :

« Il n’y a point d’entreprise plus difficile, plus douteuse, ni plus dangereuse que celle de vouloir introduire de nouvelles lois. Parce que l’auteur a pour ennemis tous ceux qui se trouvent bien des anciennes, et pour tièdes défenseurs ceux mêmes à qui les nouvelles tourneraient à profit. Et cette tiédeur vient en partie de la peur qu’ils ont de leurs adversaires, c’est à dire de ceux qui sont contents des anciennes ; et en partie de l’incrédulité des hommes, qui n’ont jamais bonne opinion des nouveaux établissements qu’après en avoir fait une longue expérience ».

Les énarques et les boulitiques algériens, nationaux et binationaux, s’ils sont plus fourbes que Machiavel, ils ne sont pas dans sa disposition d’esprit ni dans sa disponibilité de temps et d’effort pour unifier l’Italie sous la bannière de la Maison des Médicis. Bien entendu la mégalomanie des Algériens est telle que Ben flen min Dar Felten ignorant et ennemi de la patrie, des arts, de la politique et des sciences serait présenté comme un illustre personnage si la réussite sociale lui est favorable.

Quelle force va vaincre l’inertie immobile où les seules forces qui bougent sont les appétits insatiables et voraces des profiteurs ainsi que les illusions les plus délirantes.

Sous quelle bannière sera administrée l’Algérie dans quelques mois ? Qui sera l’homme fort ? Sera-t-il visible ou tapi dans l’ombre ? Comment va-t-il distribuer la rente alors que les ressources de l’Algérie ont fondu, mais les prétendants et les ayant-droits plus nombreux et plus exigeants? Comment arbitrer entre les seconds couteaux et les jeunes loups ? Comment sauver la patrie qui est conduite vers la faillite totale pour se livrer comme base coloniale et comptoir commercial sans autre vocation ?

Ces cinq points sont suffisants pour illustrer le mode d’entretien du leurre à travers l’innovation constitutionnelle. Ils sont une invitation aux plus sensés et aux plus compétents d’entre nous de refuser d’entrer dans les surenchères stériles voulues par le pouvoir et ses sphères et d’apporter de la pédagogie aux générations montantes :

« Le devoir d’un honnête homme est d’enseigner aux autres le bien que les iniquités du temps et la malignité des circonstances ont empêché d’accomplir, dans l’espoir que d’autres, mieux pourvus et placés dans des circonstances plus favorables, seront assez heureux pour le faire ». Nicolas Machiavel.

Que signifie le bien que chacun doit accomplir pour sa dignité, pour ses voisins, pour son pays, pour sa communauté humaine qu’il soit gouvernant ou gouverné, administrateur ou administré, national ou binational, indigène ou allogène ? La réponse individuelle ou collective peut être réelle ou illusoire, vraie ou fausse. Allah(swt) connait nos intentions et chacun connait le fond de son cœur pour donner sa réponse la plus sincère et la plus conforme à sa réalité. Chaque cité, chaque pays, chaque peuple, chaque récit témoignent par les faits, les gestes, et les intentions son regard ainsi que sa pratique du bien et du mal.

Allah (swt) dans le Coran fait « du bien œuvrer et œuvrer pour le bien » l’obligation qui donne sens à la foi. Sans le bien ‘amal salah notre foi serait superficielle nulle et non avenue comme celle du bigotisme. Ce même Dieu et dans le même Coran a montré que le Qawm (ethnie) se conçoit par rapport à l’unité linguistique indépendamment de la foi et de morale, le Chaâb ou Qabila (peuple ou tribu) se conçoit par rapport à des rapports socio-économiques tissés dans un territoire et une période, la Oumma (communauté ou nation) se conçoit par rapport à une unité de valeurs et à une unité d’orientation. Ce sont des cercles d’appartenance et d’implication qui peuvent être disjoint, conjoints ou en intersection. Chaque catégorie est appelée à coopérer avec l’autre sur les liens du sang, du sol, des intérêts ou des valeurs partagées qui sont les plus sacrés en un moment historique sans confusion ni exclusion. Le point commun est le respect de la liberté, le maintien de la paix, l’instauration de la justice et la réalisation solidaire du bien. Dans la cité des Croyants (majoritaires ou minoritaires) la règle est la commanderie du bien et la prohibition du mal sans exclusive pour un clan ou une confession. On fait le bien pour lui-même, pour sa valeur intrinsèque, pour l’amour qu’il procure, pour la paix qu’il préserve, pour la justice qu’il réalise, pour la spiritualité qu’il déploie, pour le respect qui est dû à soi et aux autres créatures. Le bien n’est pas lié au statut social, à la fonction, à la richesse. Le niveau des responsabilités par contre dépend des moyens, des positions et des relations. Ontologiquement, on devrait se préparer à faire le bien, mais socialement, politiquement et judiciairement on devrait répondre de nos actes et justifier de nos responsabilités. C’est ainsi que se conçoit une société de devoirs dont l’accomplissement finit en droits acquittés et en mérites récompensés. Comment formuler ce principe de surplus du bien en termes constitutionnels lorsque la conscience est absente ?

Le problème ne devrait donc pas se poser en termes de nationalité, mais en termes de contribution au bien et au respect des exigences de la liberté, de la paix et de la justice. Chacun devrait pouvoir évoluer et s’exprimer dans une ou plusieurs sphères d’appartenance à condition qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts ou que l’intéressé ne prenne pas part au conflit. Le seul critère est la compétence comprise comme reconnaissance sociale de la capacité à produire du bien dans sa sphère d’activité et son niveau de responsabilité que ce bien soit moral ou matériel.

Allah (swt) dans l’alternance des civilisations nous fait voir que des civilisations ont duré des siècles, car leur contribution au bien de l’humanité était supérieure à leurs effets de nuisance. Allah garantit la durée au plus efficace et au plus utile. La foi, le nationalisme, les intentions affichées sont sans valeur et sans perspective de devenir ou de témoignage historique si l’œuvre de bien n’est pas fondatrice et fédératrice. Les Romains avaient dominé le monde bien qu’ils fussent païens et colonisateurs. Leurs possibilités de faire le bien en développant l’agriculture, l’architecture, les arts et techniques ainsi que l’administration et le droit apportant du progrès social et technique a l’humanité sont incontestables.

Dans la logique historique, les Romains ne devaient s’éclipser qu’une fois leur vocation achevée devant l’émergence d’une communauté monothéiste plus civilisatrice. Les musulmans se sont éclipsés lorsque leur nuisance est devenue supérieure à leur bien. Constitution, Dawla islamiya ou autre slogan n’a aucune valeur s’il n’y a pas de forces sociales et politiques en mouvement intellectuel, scientifique, moral, technique et économique. La Constitution n’est pas un livret juridique ou une recette de cuisine, mais l’idée, la feuille de route et le désir d’une communauté de se constituer en nation civilisée et civilisatrice de la même manière que des associés se constituent en société pour produire, commercer et gagner ensemble selon des règles convenues et des moyens partagés. La Constitution (les statuts juridiques) est le document fondateur qui concrétise le désir d’être ensemble, les objectifs, les droits et devoirs des participants. C’est un acte de liberté, c’est un acte de conscience, c’est un projet délibéré dont l’énonciation et la réalisation exigent l’existence et la collaboration d’un maitre d’usage, d’un maitre d’œuvre, d’un maitre d’ouvrage, d’un maitre d’exécution et d’un maitre d’homologation pour témoigner d’une présence et montrer le bien que l’on est capable de produire dans une période de temps, dans une étendue de territoire et dans des conditions culturelles, sociales et économiques. C’est ainsi que se réalise le destin des hommes, que prospère leur compétence à faire le bien et que s’inscrivent leurs témoignages dans le temps et dans l’espace :

{Nous vous avons avantagé les uns par rapport aux autres afin que vous soyez mutuellement les uns au service des autres} Coran

Le processus de constitution est un processus foncièrement libertarien même si la liberté reste tributaire des contingences du temps et de l’espace. Les tribus, les ethnies, les peuples, les nations et les civilisations se sont constitués à la fois par leur volonté libre et par les exigences du lieu et du moment dans la quête de la nourriture, de l’abri, des outils, de la socialité et de la sécurité. En s’associant avec les voisins ou en se mobilisant contre les envahisseurs. En évoluant et en se civilisant, les membres constitués raffinent la manière dont ils seront gouvernés, taxés et jugés. Il est impensable de parler de Constitution alors que la Liberté qui la constitue est absente ou que les préoccupations de nourriture, de sécurité, de territoire, de justice, d’alliance qui concernent l’ensemble des membres ne se fassent pas ou se fassent dans la clandestinité, l’exclusion et l’exclusive.

Les élites algériennes au pouvoir ou dans l’opposition n’ont pour référence que les États-majors de la Révolution française ou le schéma contemporain des institutions françaises. Le pourquoi, le comment et le devenir de ce qu’ils ont plagié ne les intéresse pas puisqu’ils ne cherchent que l’alibi et la forme qui fait illusion.

Les maffias et les organisations terroristes sont une autre forme de constitution fondée sur l’usurpation, la violence et le partage de territoire ou de butin. Le chef organise la rapine et arbitre lorsqu’il faut coopter un nouveau membre ou éliminer un ancien. L’arbitre-chef de la Maffia peut concentrer en apparence tous les pouvoirs, mais dans la réalité il décide selon le consensus des petits chefs qui l’ont désigné auparavant.

J’ai cité Machiavel pour illustrer mes propos, car il illustre la pensée de la Renaissance et de l’émergence de l’État nation (État moderne) porté par le développement des sciences, des arts et de la philosophie. Le discours (du bigotisme ou du laïcisme) veut faire croire que les Européens se sont civilisés une fois qu’ils avaient abandonné leur religion alors qu’en vérité ils avaient rompu avec l’oppression sous toutes ses formes et qu’ils avaient consenti le prix pour cette rupture salutaire. Il illustre aussi l’idée de l’émergence de la civilisation occidentale au détriment de la civilisation musulmane. Cette dernière – ayant sombré dans le juridisme stérile des clergés, et des rentiers de la religion et de la politique – ne pouvait plus produire de la pensée innovatrice ou s’occuper des problèmes de la cité des hommes. Au moment où le monde musulman sombrait dans le fatalisme, le piétisme, l’oppression et l’ignorance l’Occident s’éveillait au débat philosophique sur la Souveraineté, la République, la Démocratie. Ils se construisaient des concepts pour lire la réalité et la changer. Nous continuons à ne pas lire objectivement leurs concepts et à vouloir importer ou à refuser leur réalité comme si notre mental binaire ne pouvait que penser en terme d’importation des choses ou d’autarcie. Les uns ne voient pas la réflexion et la démarche historique pour construire la liberté et la justice qui manquent dans nos cités et se contentent d’importer des parlements, des constitutions, des élections comme on importe des pommes de terre. Les autres refusent de voir l’expérience des autres et se contentent de traduire l’Islam en une série d’interdits et de tabous figeant la pensée dans un rituel de comportements et de mentalités anachroniques et inefficaces. Que nous nous déclarions partisans de l’Occident ou ses ennemis jurés c’est toujours notre façon de penser et nos confusions sur les réalités et nos incohérences sur la vérité qui ont véritablement produit notre décadence puis notre colonisation par les Occidentaux. C’est notre mentalité qui continue de nous imposer les schémas mentaux du colonisé dont l’unique promotion est d’être l’axillaire du bureau arabe dans l’administration coloniale ou porteur de fardeaux dans le comptoir commercial. Nous refusons de produire notre résistance et notre développement.

Je ne vais pas finir ce sujet sans poser une autre question : est-ce que le bien est accessible à tous ? Oui par notre nature primordiale nous avons la disposition de nous émouvoir devant le bien et le mal comme de nous émouvoir devant le beau et le laid ainsi que devant le juste et l’injuste. Mais la routine insensée et la quête des intérêts contaminent notre nature et la rendent insensible à la vérité et à la réalité. Allah (swt) dit :

{Celui-ci est Allah, votre Seigneur Al Haqq. Au-delà du haqq qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ? »}

Les subtilités du langage vont nous donner des interprétations et des traductions dont le sens profond est à chaque fois différent :

{Tel est Dieu votre vrai Seigneur. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ? »}

{Tel est Dieu, votre Seigneur véritable. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

{Tel est Dieu, votre Seigneur véridique. Au-delà de la vérité qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

Toutes ces traductions ont manqué de vérité et de réalité en oubliant que les termes « vrai », « véritable » et « véridique » ne sont pas synonymes même s’ils sont proches. Le plus grave c’est que le terme Al Haqq n’est pas un attribut ou une épithète qualifiant Allah, mais un Nom parmi les saints noms d’Allah (swt). Il faudrait plutôt lire l’Aya comme ceci :

{Celui-ci est Allah, votre Dieu (qui est) la Vérité-Réalité. Au-delà du vrai et du réel qu’y a-t-il donc sinon l’égarement ? Comment se fait-il que vous vous en détourniez ?}

En se détournant du réel et du vrai il est impossible d’accéder à Dieu comme Vérité et Réalité tant dans son existence, que dans Ses Actes et Paroles pour se trouver dans la situation d’inventeur d’idoles et de mythes. En se détournant de Dieu, l’homme faillible ne peut accéder à la réalité objective ni à la vérité absolue dans ce monde et il sera privé de la rencontre de Dieu dans l’au-delà. Cette Aya n’est pas seulement une déclaration d’identité sur Dieu, mais un concept de déconstruction des fausses croyances, une mise à l’épreuve de l’esprit devant les légendes, les narrations, les idoles et les illusions. C’est l’invitation spirituelle et philosophique la plus complexe qui soit donnée à l’humanité pourvue de raison, de logique et de quête de sens. Le rapport entre la vérité et la réalité et ses incidences sur la liberté, la justice, l’art et l’épistémologie scientifique est sans doute le débat le plus étendu et le plus complexe de l’Antiquité à nos jours. C’est sur ce terrain que se construisent la certitude et la connaissance y compris en matière de foi.

Je reviendrai une prochaine fois, inchaallah, en détail sur quelques sens spirituels et philosophiques de cette Aya coranique. Pour l’instant, elle va nous guider à poser les dernières questions sur le leurre et le mensonge entretenus par la médiocratie et son réseau de clientèles :

Celui qui ne dispose pas de la vérité (sémantique du texte, concepts philosophiques, grands principes moraux, amour désintéressé, acuité intellectuelle, méditation sur l’histoire, quête sur le sens des phénomènes, vigilance de discernement) peut-il s’émanciper de la perception, des représentations et des modèles donnés à voir ou à imiter pour se libérer et enfin voir et comprendre la réalité objective puis la transformer? Celui qui est ignorant de la réalité objective des choses peut-il accéder à la vérité c’est-à-dire trouver le sens logique et gnoséologique qui lui permet de penser, d’agir et témoigner avec connaissance et certitude, et non par suggestion ou impulsion, fascination ou manipulation, leurre et fiction, peur ou cupidité ?

Comment la réalité et la vérité participent-elles ensemble à l’élaboration de la pensée et de la certitude? Est-ce que la pensée peut se passer de vérité et de réalité ? Est-ce que l’action peut se passer de pensée ? La vérité statique et la réalité figée du moment ou du passé ne sont-elles pas un frein à la réalité du devenir et au devenir de la vérité au point de mutiler l’esprit et la société? Est-ce que la liberté et la justice sont des accessoires ou des composants essentiels dans l’acquisition et la formulation de la vérité et de la réalité ? Est-ce que le bien, le concevoir et le faire, peut-il se passer de la vérité, de la réalité, de la justice et de la liberté? Est-ce que la quête de vérité et l’observation de la réalité peuvent guérir l’homme de l’incohérence ontologique et de l’illusion de la représentation qui lui fait superposer ou coexister plusieurs « réels » et plusieurs « vrais » ?

Les énarques algériens qui n’ont jamais mis les pieds dans un atelier de fabrication ou de réparation et qui n’ont aucune disposition pour réparer ni Algérie ni vélo vous diront que l’Algérie n’a besoin ni de philosophie ni d’art ni de Coran, mais de technique alors qu’ils ont démantelé tout l’appareil industriel et technique acquis en clé en main et en produit en main.

Si les Algériens, nationaux et binationaux, gouvernants et gouvernés, mono ou biculturels continuent de croire qu’ils peuvent se dispenser de penser et qu’il leur suffit d’importer leurs modèles d’administration et de gouvernance alors tous les ans nous aurons une nouvelle Constitution pour cacher les dislocations de ce qui fait une civilisation : le territoire, la langue, la mentalité collective, l’histoire et l’économie. C’est par la pratique pensée de la réalité, de la vérité, de la justice et de la liberté dans ce qui fait ou défait la civilisation que l’homme prend toute la mesure de sa faillibilité et de son drame ainsi que de sa grandeur et de sa dignité.

À travers ces exemples nous pouvons déduire que nous mettons toujours la charrue devant les bœufs et que nous occultons la priorité en l’occurrence revendiquer le droit du sens et le retour aux fondamentaux qui sont les véritables garanties de notre devenir ainsi que de nos ambitions légitimes à la promotion intellectuelle, sociale et politique. Je fais le choix, ici, de rester proche de la vision kantienne, car elle me semble la plus proche de l’idée coranique et revendiquer l’État qui n’a pour vocation que d’être l’unique garant de la liberté collective et individuelle, de défendre la justice qui doit demeurer équitable, indépendante et impartiale. Quiconque occupe ou cherche à occuper des fonctions étatiques supérieures ou subalternes doit :

« Entrer dans un État juridique est un devoir, un impératif catégorique juridique. Dès lors, chacun doit se considérer comme contractant, comme membre de la volonté unifiée d’un peuple ».

Pour le reste, c’est à la société de se prendre en charge sous les formes organisées les plus adéquates à son dynamisme social, culturel, économique et intellectuel. En tout lieu et en tout moment, il devrait y avoir un contrat librement négocié, une adhésion librement consentie et des règles communes à respecter.

Les grands principes universels de droit et d’éthique de la gestion de la cité et de la relation entre les citoyens sont les suivants :

{… ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable pour ceux qui sont devenus croyants, qui s’en remettent à Dieu, qui évitent les péchés les plus graves ainsi que les turpitudes, qui pardonnent après s’être mis en colère, qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salat, se consultent (librement) entre eux à propos de leurs affaires, dépensent (au profit des pauvres et des faibles) de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent. La sanction d’une mauvaise action est une peine identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n’aime point les injustes ! Quant à ceux qui ripostent après avoir été lésés, …ceux-là pas de voie (recours légal) contre eux ; il n’y a de peine que contre ceux qui lèsent les gens et commettent des abus sur terre, contrairement au droit, alors ceux-là auront un châtiment douloureux. Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires.} As Choura 36 à 43

Il ne s’agit que de droit, de justice et de liberté. Ce sont leurs valeurs, leurs principes, leurs règles et leurs pratiques qui effaceront les disparités fabriquées, les leurres entretenus, les discriminations subies. Encore une fois si est libre de rêver de son Algérie et de voir la réalité algérienne comme il la perçoit, mais lorsqu’il s’agit du destin d’un peuple et de ses sacrifices alors les attentes changent selon les niveaux d’exigence morale, intellectuelle et patriotique que l’on s’est fixé ou que l’on s’est forgé dans sa vie.

Acte 4 avant l’épilogue : Poutine Obama et Assad

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Après une longue série d’analyses nous arrivons à un des scénarios plausible pour l’immédiat : renoncement américain à l’agression contre la Syrie de plus en plus probable,  du moins dans l’immédiat. Beaucoup sont déçus. Les uns voient leur chance manquée de détruire la Syrie et ce qui reste du monde arabe, les autres, habitués à la fuite en avant, ne voient pas que l’histoire humaine ne s’écrit pas seulement à coups de tonnerre et de canons.

L’Empire, le sionisme et leurs vassaux s’étaient fixés les buts de guerre suivants qu’ils ne sont pas parvenus à réaliser :

Stratégique :

  • reconnaissance d’Israël et normalisation des relations de la Syrie avec l’entité sioniste

Tactique

  • Détruire l’armée arabe syrienne,
  • partitionnement de la Syrie,
  • Modification de la géopolitique du gaz

Opérationnel : 

  • Changement ou affaiblissement du régime avant Genève 2,
  • Mise au ban du Hezbollah
  • Fin du parrainage de la résistance palestinienne
  • Isolement de l’Iran

Même si la paix reste fragile, les USA ont perdu le monopole du recours abusif à la violence et n’ont plus la maîtrise de la décision d’agresser. Le destin implacable les a mis dans une position plus paradoxale que celle de l’âne de Buridan : partir en guerre sans objectifs de gain c’est perdre, ne plus aller en guerre après avoir rendu la guerre inéluctable c’est perdre aussi. Le grand roque a parfaitement bien fonctionné. La Syrie vient de confirmer l’impuissance de l’hyperpuissance. La puissance n’a pas de signification si elle n’a pas d’efficacité et devient un fardeau conduisant vers la perte lorsqu’elle est en contre synergie avec  les lois et les moyens de sa propre puissance et de  l’environnement sur lequel elle voudrait se manifester sans parvenir ou si elle y parvient elle n’en tire aucun profit politique, économique et territorial qui pourrait lui donner légitimité ou retour d’investissement.

Avant de se prononcer un peu plus tard sur l’épilogue et après confirmation qu’il n’y ait plus de retournement stratégique de dernière minute  il y a lieu de souligner pour l’instant les effets marquants attendus :

1 – L’entrée en force de la Russie diplomatiquement, militairement, politiquement et médiatiquement. Le début de la fin de la suprématie états-uniènne est entamée avec toutes les conséquences géopolitiques et économiques.

2 – Le tandem Russie-Chine va être renforcé sans doute par le Pakistan et l’Iran en plus des BRICS. Nous allons voir le rapprochement Iran Russie se renforcer et permettre à l’Iran de se passer totalement du marché occidental et donc de devenir moins vulnérable aux sanctions et moins enclin à négocier. A terme la loi d’attraction va renforcer l’Euroasie qui sera plus pesant et plus concentré tout en dispersant et rendant plus léger l’axe Paris Londres et Washington.

3 –  Le pouvoir aux Etats-Unis est de plus en plus fragile, instable, divisé avec bien entendu l’accélération du déclin de l’Empire et tous les risques que ce déclin fait porter au monde (en particulier le monde arabe) non préparé à gérer les conséquences et les soubresauts de ce déclin. Dans cette situation, les fuites en avant, les paris incalculés, les extrêmes sont possibles. Pris dans l’engrenage de l’Istidraj ( la conduite graduelle et irrevocable vers la perte), l’Empire va vivre des crises aigus internes et externes qui vont s’auto alimenter pour saper le moral, la confiance, l’autorité et la légitimité des pouvoirs politiques, militaires, médiatiques, sociaux et financiers. Et c’est là ou l’expression du Cheikh Al Ibrahimi prend toute sa signification :  » le colonialisme est un immense sabotage de l’humanité ». En s’écroulant il va entrainer avec lui le système mondial qu’il a mis en place. La majorité a construit son présent et son avenir dans une relation de vassal ou d’opposant à l’Empire, très peu ont construit l’alternative ou l’ont réfléchi. Le monde musulman ne produit que de l’agitation stérile sur des mots qui n’ont aucune signification, aucune méthodologie, aucun instrument sauf la valeur affective apologétique ou polémiste.

4 – L’axe de la résistance sort renforcé pour sa fermeté, sa constance et sa résilience. Les Russes vont livrer de l’armement sophistiqué en compensation au démantèlement du « chimique ».

5 – La mort dans la honte des bédouins arabes qui ont échoué à faire tomber le régime Assad pour le compte de l’Empire et du sionisme. Ils gardent leur capacité de nuisance intacte, mais ils sont appelés à une crise profonde. La crise syrienne a montré qu’ils ne peuvent passé de statut de vassal à auxiliaire agissant pour le compte de l’Empire. La rente pétrolière  et la rente religieuse ne peuvent remplacer le volontarisme politique ni la culture géopolitique.

6 – La fin politique d’Erdogan en Turquie et de Mechaal du HAMAS qui vont payer de leur personne leur mauvaise gestion du dossier syrien et surtout leur démarche partisane et sectaire.

– La fin lamentable  de la fédération internationale des savants musulmans présidée par le docteur Youssef Al Qaradhawi qui a sapé la crédibilité des savants sunnites. Au lieu de fédérer les Musulmans et les savants sur le destin face au sionisme et à l’Empire, elle a suivi la sénélité de Qaradhawi et les taupes du sionisme qui l’ont sabordé. Ils ont tout fait à l’envers :

  •  Attaque contre Nassallah et le Hezbollah
  •  Attaque sectaire contre l’Iran et les Chiites,
  • Attaque contre la Russie et la Chine
  • Attaque contre les Savants du Cham qui refusaient l’effusion de sang.

La plus grande figure, Cheikh Abdallah Ben Biya, vice-président de la Fédération mondiale des Oulémas, vient de démissionner refusant  le discours de la Fédération qui, selon ses termes, ne travaille pas le projet de réforme du monde musulman. Sa démission vient trop tard sur le plan moral et religieux. Elle annonce toutefois l’implosion d’une association de savants musulmans partisans et non représentatifs que la chaîne qatari Al Jazeera a médiatisés.

Un savant qui se veut de stature mondial , ayant influence sur le cours des événements marquant le monde musulman, ne pouvait et ne devait ignorer la position de plus en plus forte de la Russie, de la Chine, des BRICS et des pays impliqués comme coopérants dans le pacte de Shangaï. Il ne pouvait et ne devait ignorer le déclin des Etats-Unis et de l’Europe. Il ne pouvait et ne devait ignorer les voix de l’Eglise d’Orient. Cette accumulation d’ignorance ne devait pas être ignorée par les « élites islamistes » qui se sont fourvoyées aveuglement en suivant l’idole charismatique au lieu de suivre les idées en train de façonner l’évolution du monde.

Mauvaise évaluation, mauvaise prise de position, mauvaise communication : fiasco totale sur les « révolutions » arabes.

J’avais depuis plus de vingt ans envisagé que les crises allaient mettre fin à l’Islam partisan pour laisser émerger l’Islam social et politique qui conduit la réforme comme force de propositions, de réflexion, de motivations et d’éducation, mais force est de constater que pour l’instant c’est l’esprit de factions et de sectes  qui s’en sort renforcé. A moins d’un miracle. La guerre et la paix sont de grands signes, de grands moments historiques, mais il semble que rien ne nous réveille à l’universel et à nos responsabilités

7 – Les pseudo Jihadistes en Syrie vont dériver vers le crime organisé, à l’exception du petit nombre convaincu de lutter contre un Tyran et de lutter pour l’Islam. Comme un peu partout dans l’histoire contemporaine, nous allons assister à des crises de repentir pour les uns et à l’inscription dans le terrorisme international pour les autres. Le sang aura coulé en vain. L’opposition syrienne armée sous le commandement des généraux et colonels déserteurs va continuer à travailler pour l’agenda sioniste et arabe en demandant aux USA des frappes, en réalisant des false flag, et en demandant de livrer la défense anti aérienne à la communauté internationale pour laisser l’armée arabe syrienne sans défense, mais ces voix n’ont aucune chance d’être écoutée.

8 – Le régime syrien, à terme, est condamné, à se réformer ou à disparaître. Imputer aux terroristes la ruine de la Syrie ne dédouane pas le régime de ses crimes et de sa mauvaise gouvernance, à moins qu’il y ait une réforme globale.

9 – L’Empire, se contentant de démanteler l’armement chimique syrien ou optant pour une escalade guerrière est en principe hors de l’histoire pour trois raisons toutes simples : Il a perdu l’initiative,  il ne joue plus seul, et il est conduit par la loi de l’Istidraj vers sa perte par où il ne sait pas.

10 – Les Frères musulmans sont politiquement et socialement les grands perdants. L’Islam partisan et l’Islam anarchiste ont sérieusement perdu leur crédibilité. L’Islam tel que décrit par le Coran et tel que vécu et professé par Mohamed (saws) a de nouvelles perspectives dès que les encombrements mis sur la route par la démagogie et la rente religieuse seraient dégagés par la société.

11 – Le régime égyptien issu du coup d’Etat, sans la guerre en Syrie, va se confronter de nouveau à ses rapports à la réalité sociale et politique et à ses financements. L’anti-américanisme conjoncturel et hypocrite va s’effondrer.

12 – Les partisans de l’Apocalypse et de l’explication eschatologique de l’histoire devraient revenir à la prudence en manipulant des données qui relèvent du Ghayb connus uniquement d’Allah. Le Prophète (saws) nous a informé de la fin du monde et de ses préliminaires pour un seul dessein : nous faire impliquer dans la culture du salut. Il a refusé que l’on spécule et que l’on fasse des prédictions en disant méfiez-vous des Waqatouns, ceux qui fixent une date ou une époque singulière à la fin du monde.

13 –  Fabius et Flambius peuvent continuer à jouer au jeu de la fève et de la poire pour épater leur petits supporteurs de l’hexagone et crier comme des mauvais perdants  » a’tini foulti wa illa aboul  fil canoune ». Ils sont un facteur de nuisance et de perturbation qu’il ne faut pas négliger,  car ils sont les porte voix des Bédouins, des sionistes et de l’américanisme primaire et belliqueux. Ils sont aussi bien écoutés dans notre petit monde. S’ils ne pèsent pas dans le rapport entre les grands de ce monde, ils pèsent sur le destin des minables de la périphérie, la notre. Ils vont cette fois peser avec un chaos plus grand, car ils vont introduire les équations mondiales ( en particulier le Moyent-Orient) dans le seul domaine de leur compétence : la France Afrique avec ses réseaux. Le chaos à imaginer est dans la servilité de l’Afrique et du Maghreb envers un pays qui n’ a plus de projets ni de discours que  ceux sur la laïcité, l’homosexualité et la guerre contre la Syrie.

14 – Les Pygmalions de la fausse monnaie de l’islamisme et de la desliquescence du progressisme arabe qui ont soutenu l’agression de l’OTAN contre la Libye, qui ont appelé l’Amérique à agresser la Syrie et qui ont trouvé des justifications pour autoriser les crimes commis contre les innocents et porter atteinte à la vie humaine, ne vont pas se taire, mais ils ne vont plus trouver la même audience tant en Occident que dans le monde arabe.

15 – L’Empire et ses alliés vont se lancer dans une nouvelle course aux armements qui leur sera de plus en plus ruineuse au vu de la crise économique et des guerres sans buts économiques réalisés.

16 –  Le sang  syrien va continuer de couler. Même si le régime syrien et l’opposition sous l’impulsion des Russes et des Américains optent pour une solution politique négociée qui met fin à la crise, l’entropie injectée par l’extérieur est installée pour longtemps avant qu’elle ne se dissipe. Le miracle serait  la conscientisation des Syriens sur le sort de leur pays et qui décide de faire front contre la Fitna et reviennent repentant vers Allah

{Et cramponnez-vous tous ensemble à la corde de Dieu ; et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous les bienfaits d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs ; puis, par Ses bienfaits, vous êtes devenus frères. Alors que vous étiez au bord d’un abîme de feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés.}  Ali Imrane 103

17 – Est-ce que les gouvernants, les gouvernés et les opposants en Algérie vont tirer enseignement? Non ! Il faut juste voir le nouveau remaniement ministériel, ses objectifs, sa conjoncture  et les spéculations autour de ce chef d’oeuvre de nihilisme politique pour comprendre que nous continuons à jouer dans le hors jeu et le hors temps. Le monde a changé, les peuples ont changé et se manifestent contre l’ordre inique de l’Empire allant jusqu’à le paralyser ou à le faire douter, mais l’Afrique et le monde arabe sont comme l’Algérie dans une inertie de tombe.

18 – La presse russe se pose des questions et pose des questions à Poutine en faisant des rapprochements entre la Serbie et la Syrie. Elle exprime la peur de voir les Syriens comme les Arabes et comme les Serbes, trahir la confiance des Russes et se jeter dans les bras de l’Empire et de l’OTAN pour finir détruits par l’Empire et l’OTAN tout en donnant au monde l’image d’une Russie fragile et incapable de soutenir ses alliés. Ce sont des interrogations légitimes et fondées. Ces questions révèlent, en réalité, ce que nous savons sur nous-mêmes : l’absence d’une stratégie, d’une cohérence, d’une efficacité durable.

 

De l’appel des intellectuels et des universitaires algériens à la solidarité avec l’Egypte.

omar-mazriNous avons lu, tardivement, le communiqué du 4 aout publié par une centaine d’intellectuels et d’universitaires algériens,  et nous n’avons toujours pas compris de quelle solidarité, de quel salut, et de quelle  de Egypte s’agit-il.

Notre réaction de  colère est simple : Se taire sur l’agression de la Libye par l’OTAN est une honte pour ma génération. Se taire sur l’agression de la Syrie est une humiliation pour les futures générations car le feu de la Fitna les atteindra de nouveau. Faire une distinction entre le sang des Arabes et des Musulmans qui coule par haine des militaires algériens et égyptiens n’est pas ce qui est attendu des intellectunnels qui vivent de la rente de leurs titres universitaires comme les autres vivent de leurs grades, de leur savoir religieux ou de leur marché noir.

Alors nous nous posons un certain nombre de questions non intellectuelles et sans détours. Après quelques lectures rapides et non exhaustives,  nous soumettons quelques propositions à l’appréciation des braves gens.

Quelques questions

A – Est-ce qu’un  intellectuel viendrait à prendre position d’une manière sélective s’il n’était pas habité par un esprit partisan, sectaire, rancunier ou fixé comme une cristallisation sur une plaie sans pouvoir expliquer sa blessure, la panser ou proposer autre chose que la dénonciation d’un système algérien présenté comme moribond, sans alternative, en faisant le détour par  la question égyptienne.

B – Est-ce qu’il est impossible de ne  montrer le lien entre  le coup d’Etat consommé en Egypte et la guerre en Syrie.

C – Est-ce qu’il est possible d’expliquer notre drame par autre chose que la démocratie? L’histoire avance très vite, la démocratie est remise en cause en Occident, pourquoi cet attachement à la démocratie et l’attachement tardif et décalé à son processus?

D – Il est difficile de comprendre comment et pourquoi les indigènes de la République en Algérie ou en France se mettent à mille pour faire un communiqué comme s’ils étaient  parlementaires,  ONU,  ONG qui a une quelconque influence médiatique ou politique. Devant la puissance médiatique impériale et sioniste n’était-il pas simple et plus efficient de faire mille analyses, milles questions réponses pour occuper un tant soit peu le petit espace et élargir la résistance. Chacun des signataires a le talent de produire mille articles pourquoi alors s’enfermer dans un communiqué unique au lieu de multiplier les canaux de communication et les angles d’analyse.

E – Au lieu de viser par ricochet, il faut oser dire que l’Algérie risque de devenir une base coloniale après avoir été transformée en comptoir commercial par la faute de son personnel civil et militaire, de ses clercs religieux et intellectuels. Les militaires algériens ou égyptiens à l’instar des civils algériens ou égyptiens sont le produit de la même carence qui nous habite tous sans exception.

F – Il faut oser raconter nos maux et défier nos véritables adversaires. Il faut oser parler de l’échec des mouvements politiques et de l’incompétence des élites intellectuelle à initier ou à conduire le changement. Le militaire est là bien en place, il joue son rôle répressif comme le conçoit le système qu’il représente. Mais le jeune qui sort des universités et des écoles en faillite et qui n’a pas lu tous nos articles et tous nos  livres a besoin d’espérer, de faire des projets, de lutter.

G – Il est peut-être temps de mettre fin à notre délire bavard sur Smain, Lamari, Nezzar, Tewfik et tout uniforme qui passe alors que le jeune hittiste désœuvré ne le fait plus pour ne pas perdre son temps et son esprit. Depuis octobre 88 et tout particulièrement depuis janvier 92 la rente historique est remplacée par un autre fonds de commerce. Sur le plan concret les mères des disparus sont abandonnées à leur sort. Les soldats algériens, musulmans, qui ont tué des Algériens et se sont fait tués par des Algériens, n’émeuvent personne. Il est sans doute temps de passer à l’épilogue et de confier l’histoire tragique aux historiens pour se consacrer à construire différemment et ailleurs que sur la plaie le temps qu’elle cicatrice et sorte de la mémoire.

la  rhétorique, la subversion et la confusion de nos mots ne fait que laisser en place les maux anciens et ouvrir portes et fenêtres aux nouveaux maux.

Le combat déserté par les Algériens

a) Quelles sont les grèves et les communiqués des intellectuels et universitaires algériens pour améliorer les conditions de vie et d’études des étudiants algériens?
Quels sont les cercles d’études initiés sur les programmes, la pédagogie et la didactique dans les écoles et l’université, combien d’heures d’enseignement gratuit ont été données aux enfants de ce pays pour les libérer d’un système qui ne donne sa chance qu’aux pistonnés et aux nantis?
Quels sont leurs projets pour la médecine, la science, l’agronomie, l’hydraulique, l’urbanisme, l’architecture, la défense d’un pays qui ne sait parler ni en arabe, ni en français, ni en berbère. Nous avons du mal à comprendre cette posture algérienne, celle du serpent qui se mord la queue.

b) A moins de se tromper, nous n’avons pas  souvenir d’avoir lu ou entendu, par le passé,  les  intellectuels algériens poser la question de l’Académie de langue en Arabe pour soutenir l’arabisation en Algérie autant qu’ils soutiennent le « cactus arabe » et le « printemps berbère »

La langue est le socle de notre identité, le canevas de nos idées, la fluidité et le sens de notre communication. La démocratie est moins importante. La première libère nos mentalités, la seconde libère nos pratiques. La seconde est inefficace lorsque la première est déficiente, mais lorsque la première a de la vitalité, elle peut imaginer la seconde et son alternative.  La première comme la seconde ont des référents. Quels sont nos référents par lesquels on construit notre devenir et notre ligne d’orientation, et avec quels référents on fédère nos forces ? Ce sont les réponses à ces questions qui permettent de se positionner sur les drames en Algérie et ailleurs dans le monde arabe.

c) L’Islam est utilisé par nos intellectuels  comme l’ Arabe ou le Berbère dans le dialecte FLE algérien, il n’est ni structurant ni structuré. Les référents français sont toujours  le creuset de notre culture, de notre idéologie, de notre terminologie. Lorsque nous parlons de l’Algérie c’est comme si nous parlions à des Pieds-noirs et non à des Algériens… Lorsque nous voulons résoudre nos problèmes c’est à la France et aux Etats-Unis que nous faisons référence et c’est eux que nous appelons pour arbitrer  comme si entre nous il n’y a pas de langue commune, de raison commune, de territoire commun, de destin commun…

Expériences et références
L’expérience nous a montré que les élites algériennes ne s’expriment que pour occuper des positions politiques lorsque le système est en crise afin de se faire coopter. Cela remonte bien loin. Mais nous savons aussi  que Boutef est fini ainsi que son règne, comme nous savons aussi que le nouveau système est déjà en place depuis déjà longtemps même s’il entretient le suspense.

Nous savons aussi que les élites et la bureaucratie sont hostiles à la solution islamique alors à quelle Egypte cet appel veut  apporter sa solidarité, de quelle Algérie il fait référence.  Ceux qui ont dénoncé l’Islam politique et qui ont appelé  à son échec,  à qui vont-ils exprimer leur solidarité en Egypte ? Aux frères musulmans qui sont persécutés, aux élites modernistes qui ont appelé l’armée, aux victimes futurs du terrorisme qui va les chercher dans les marchés et les places publiques fréquentées par la plèbe ?

Nous savons que la démocratie n’est qu’un savoir connu à travers les livres de l’Occident. Ce savoir livresque ne peut  apporter une réelle  contribution à l’éveil des sociétés musulmanes en clarifiant les notions de pouvoir temporel, de gouvernance, d’alternance politique dans la pensée musulmane ou dans le Coran et la Sunna. Les livres des islamistes et des non islamistes ont manqué de savoir cohérent et efficace. Tout nouveau savoir qui met fin aux confusions, qui ajoute des apport à la pensée musulmane  serait le bienvenu. Mais pour l’instant force est de reconnaître que l’intellectuel et l’universitaire algérien n’a pas de projet sur  l’algérianisation de l’Islam à opposer à ceux qui veulent islamiser une Algérie musulmane. Nous ne faisons que parler à l’Occident non seulement dans sa langue, mais dans ses schémas idéologiques. Lorsque nous parlons de l’Algérie, de l’Egypte ou de l’Islam nous reproduisons les mécanismes de servitude ou de confusion, car nous lisons notre réalité et nos valeurs à travers le prisme idéique et culturel de l’Occident ethnocentriste et hybrisique.

Bien entendu les cajoleurs, les professionnels de la dénonciation,  et les fascinés par les titres de professeur et de docteur vont s’indigner de mes critiques à l’encontre de l’intelligentsia algérienne. Alors il faut oser interpeller les intellectomanes  et les boulitiques de l’Algérie indépendante sur quelques thèmes qu’ils ont développer dans leurs livres et laisser l’esprit objectif  deviner l’avenir de l’Algérie si elle venait à leur être confiée.

Les titres universitaires et  les publications et les sujets sur l’Islam ou sur l’Algérie  ne nous intéressent pas dans l’absolu. Ce qui nous intéresse ce sont conclusions de l’analyse ainsi que les références idéologiques et politiques  affichées ou sous-jacentes dans le discours ou dans l’écrit d’un intellectuel qui le conduisent inéluctablement à telle conclusion.

Prendre comme maître de pensée Borhan Ghalioun, l’intellectuel au service de l’agression de la Syrie,ou un autre islamologue de la Sorbonne ou un philosophe politique du Journal le Monde dans l’analyse de l’Islam et de la société arabe non seulement n’est pas une référnce convaincante mais n’est pas un titre de vertu. L’intellectuel ne peut délaisser le  Coran qui est le Bayane, le   Borhane, le Forqane par lequel nous analysons le monde et nous construisons notre pensée pour s’aligner sur des pensées humaines produites dans un cadre civilisationnel qui veut non seulement imposer sa suprématie, mais montrer que le Coran est inapte à produire de la pensée rationnelle, du progrès.

Nous n’avons donc ni complexe ni fascination devant une pensée qui pose l’équation du monde musulman dans les limites idéologiques et culturelles de l’Occident judéo-chrétien, même si cette pensée se veut émancipatrice et si sa parole est parsemé des  mots Islam et Algérie. Il n’y a ni Islam ni Algérie, ni Egypte ni Syrie lorsque l’esprit partisan tolère l’effusion de sang et lorsque l’esprit formaté prend pour vrais les hypothèses et les conclusions de la lutte idéologique contre le monde arabe et musulman

Quel crédit intellectuel et religieux accorder à ceux qui parlent de l’Islam alors qu’ils le désignent comme troisième « rameau monothéiste » ou comme  « le tiers exclus de la révélation abrahamique ». Quel crédit accorder à ceux qui analysent l’Islam et le monde musulman sous la perspective orientaliste française ou anglo-saxonne alors que l’engagement pour ou contre l’Islam et ses rapports à la civilisation devrait objectivement partir de l’analyse de sa cohérence interne, de ses sources internes, de sa confrontation historique avec l’occupation, de la difficulté des musulmans a revenir vers l’Islam originel libéré de la pensée rétrograde produite par les siècles de la décadence et de la colonisation .

La plupart des intellectuels arabes et musulmans ont la fâcheuse manie de monologuer avec l’Occident lorsque ils se penchent sur les problèmes du monde arabe et musulman. Même si leurs discours et leurs thèmes sont « révolutionnaires », ils s’expriment comme les « interlocuteurs valides » de l’Empire.

L’intellectuel n’est pas celui qui manie les mots et les concepts des autres, mais celui qui forge les concepts ou qui apporte des grilles de lecture autonome pour comprendre le drame de son peuple. Nos professionnels de la pensée et de la plume  transposent les concepts, le  drame et l’histoire des autres sur notre  réalité façonnée par la convoitise et la prédation des autres.  Les étiquettes islam, impérialisme, progrès, civilisation, modernité ne sont pas signifiant par eux-mêmes. Il faut les transposer dans leur canevas idéologique, dans leur système de pensée. Les intellectuels musulmans, francophones ou arabophones, sont toujours marqués de l’empreinte franco musulmane.

Présenter  la modernité et la démocratie occidentale comme la quête ultime des musulmans sans faire l’effort de penser et d’expliquer la Choura, l’Etat, le Pouvoir, le despotisme, le salut dans la logique interne du Coran et à travers la démarche des Prophètes c’est servir les objectifs idéologiques stratégiques de l’Occident. Le service peut être inconscient, mais dangereux dans une sorte d’ébullition limbique qui ne voit  la réalité du monde qu’à travers les limites de la pensée. Jésus avait raison de dire  » Bien heureux les faibles d’esprit » pour désigner ceux qui se libèrent de la tempête d’idées confuses dans leur tête comme celles des docteurs des Bani Israël.

Les références lexicales à l’Islam ne sont pas significatives lorsque l’Islam n’est ni le moteur de la pensée ni la visée du cœur. En effet les égyptiens avaient déjà ouvert la voie médiatique, idéologique et politique pour donner l’illusion que les laïcistes et les modernistes ne sont pas ennemis de l’Islam. Ils ont poussé la ruse à  faire croire que les Frères musulmans allaient se dissoudre dans la démocratie occidentale pour les pousser à composer, à fauter tout en avançant dans le projet mondial de sécularisation de l’Islam.

Nous connaissons les prémisses et les suites que les intellectuels algériens occultent. Nous connaissons les auteurs occidentaux et leurs préjugés idéologiques sur les  implications de cette affirmation subversive que nous prenons pour exemple  : « Avec l’avènement de la modernité, la pensée politique arabe se trouve tiraillée entre deux angoisses : d’une part, la peur que les sociétés musulmanes soient exclues du processus de modernisation, et d’autre part, la crainte qu’elles soient obligées de renoncer à leur religion et donc à leur identité. »

Si Ali Belhadj veut nous situer dans la période médiévale de la décadence de la civilisation musulmane, les intellectuels algériens veulent se présenter comme l’alternative entre la « peste et le choléra » alors qu’ils ne font que traduire avec beaucoup de retard la chère idée de Jacques Berque : exporter en Afrique du Nord l’Islam de France. L’école anglo-saxonne a les moyens que l’école française n’a pas et offre plus de moyens d’exportation et plus d’expertise. Les intellectuels algériens ne sont pas des traîtres, mais ils participent, par excès d’intelligence et d’érudition,  à la lutte idéologique que nous mènent l’Empire et ses vassaux. Le Coran nous a montré que l’égarement le plus nocif est celui qui  est revêtu de science. Le Prophète (saws) a montré que le véritable savant est celui qui prend position contre la Fitna même si toute la terre est liguée contre lui.

Les intellectuels égyptiens et algériens se mettent par rapport aux intellectuels et aux médias occidentaux dans une posture  de miroirs déformants. Chacun se renvoie l’image de l’autre tel que ce dernier la véhicule auprès de l’autre sans lien avec la réalité ni la vérité, mais dans un processus itératif aliénant. Musulman, nous nous percevons et nous percevons l’Islam, l’Egypte et l’Algérie  à travers le regard du non musulman  qui nous renvoie sa propre perception sur nous ainsi que sa culture sur notre religion et notre pays avec bien entendu ses préjugés. Nous renvoyons à ce même étranger les biais qu’il nous a inculqué après les avoir intériorisé et enrichi. Il se retrouve face à lui même par un détour sur nous mêmes qui remodèle sa perception, ses fantasmes et ses préjugés. Les aller retour de l’un vers l’autre ne sont que des regards biaisés, tronqués qui finissent par devenir savoir académique, profil adapté et adopté, des occurrences d’illusion de savoir l’autre dans sa connaissance sur soi et vice versa sans objectivité et sans moyens de différencier.

Nous pouvons et nous devons prendre les outils conceptuels de l’Occident dans notre démarche visant à l’universel, mais nous ne pouvons les prendre d’une manière indifférenciée sans distinguer ce qui travaille au service de l’universel de ce qui oeuvre contre  éveil et contre notre émancipation. Nous nous interrogeons donc sur les références idéologiques et sur le  crédit à  accorder à ceux qui  annonce qu’expliquer la religion par la religion c’est tourner dans le cercle vicieux qui consiste à expliquer une chose par elle-même. Le phénomène religieux, le sentiment religieux, la sensibilité religieuse ne seraient, selon eux  que des exacerbations sociales, une quête de dignité. Marx et Engels n’ont jamais osé se prononcer aussi catégoriquement  sur ce qu’ils appellent le mode de production asiatique et les religions non chrétiennes.

L’école française, comme les médias français, sont une catastrophe autant pour la foi que pour l’esprit rationnel qui deviennent otage d’un prêt à penser idéologique, d’un comportement séculier.

Toutes les interventions « islamistes » des intellectuels algériens correspondent souvent à des périodes  de crise. Nos intellectuels en faisant le lien entre les aspirations démocratiques et technologiques des Arabes et des musulmans se sont interrogés, innocemment, sur Kadhafi resté trop longtemps au pouvoir au regard de la démocratie occidentale. Ils évacuent l’analyse sociologique, politique  et historique de la Libye et répètent ce que l’Occident voulait entendre dire pour  donner légitimité et soutien à son agression contre la Libye. Ils évacuent l’Islam dans leur raisonnement et dans leur discours sur l’agression de la Libye et deviennent des boites à musiques, des machines de citation de la propagande occidentale.

Nous avons analysé traité Tarek Ramadhan de Pygmalion dans sa manière de traiter « la révolution arabe » et de donner légitimité intellectuelle pour assassiner le « fou » de Libye. Ce n’est pas un cas isolé. La tragédie du monde arabe que nos intellectuels évacuent de leur champ d’analyse et de leurs discours est dans le nombre impressionnant de grands, de moyens et de petits pygmalions. On les trouve sous les étiquettes islamistes, socialistes, nationalistes, modernistes et autres camouflages. Les peuples arabes, et en particulier les Égyptiens et les Algériens, sont gavés de ce que Malek Bennabi appelle de la fausse monnaie intellectuelle.

Sans citer de noms et de lieux, nous étions agréablement surpris de voir, il y a quelques années,   des personnes, des livres et des articles se trouver ensemble alors qu’idéologiquement ils étaient ennemis irréductibles. Nous avions cru qu’enfin le curseur idéologique s’était déplacé pour se positionner sur l’universel et les dénominateurs communs des Algériens.

Nous avions vite déchanté, car le seul lien  qui les unissait et qui continue de les unir ést la haine du régime algérien et de ses généraux. On ne fait pas une politique crédible et on ne construit pas une gouvernance alternative par la haine, la rancune et la dénonciation. De la même manière on ne devient pas intellectuel en se taisant sur les agressions de l’Empire contre nos pays sous prétexte qu’ils sont mal gouvernés. Il y a une éthique qui doit transcender la quête de pouvoir. La politique n’est pas l’art de faire des  arrangements d’appareils pour accéder au pouvoir et se le partager, mais de servir des valeurs, un peuple. Allah octroie le territoire en héritage aux vertueux et Il l’octroie à titre d’épreuve.  Il y a une logique et un devenir : les tyrans finiront par partir en Enfer, devrions nous les y rejoindre ? Celui qui ne se pose pas cette question, il est préférable pour lui de ne pas être un intellectuel ou un  politique, car un homme du commun a au moins la chance de ne porter que son petit fardeau, mais un homme de religion ou de science porte le fardeau de tous ceux qu’il a mal influencé.

L’Islam et l’Algérie ne sont pas des discours, ce sont des responsabilités religieuses et  morales devant Dieu et devant les Algériens. Les Algériens peuvent ne pas comprendre, ne pas lire, oublier ou s’en foutre. Allah n’oublie pas !

Par ailleurs parler de « régression féconde » pour annoncer ou souhaiter ce que l’Occident désire : l’échec de l’Islam politique n’est pas une conceptualisation, mais du Takharbite. Offrir à la machine médiatique algérienne « la régression féconde » inspirée du « chaos constructif »  des « think tanks » américains est quelque chose de génial. Même les neocons américains n’avaient rien inventé puisque ils avaient emprunté à la psychologie sociale et à l’urbanisme, qui remplacent la sociologie ancienne, les outils qu’elle a emprunté à la thermodynamique dans son analyse sur les déterminismes qui se cachent derrière le chaos apparent. Lorsque les mécanismes de l’entropie sont connus le psychologue, l’urbaniste et l’économiste peuvent anticiper sur la régression d’un système. Ces mêmes mécanismes ont été importés dans les finances internationales et dans la géopolitique et les résultats sont catastrophiques autant pour l’Empire que pour les peuples.

La théorie du chaos reconnait qu’il y a trop de facteurs et trop d’inconnues dans la production du chaos et de sa régression (résolution) alors que dire lorsqu’il s’agit de faire du Tamarbite sur les sensibilités d’un peuple et de son devenir. Le prix du sang et de la destruction est tellement saisissant que nos intellectuels n’osent pas le regarder en face et se dire qu’ils ont participé à sa production entropique et à la régression du peuple algérien et de l’Algérie pour cent ou mille ans.

Confondre islam politique dans le sens de participer à la gestion de la cité sous l’éthique de l’Islam et l’Islam partisan dans le sens d’instrumentaliser la religion à des fins politiciennes n’est pas une démarche sociologique car elle ignore la réalité idéologique, politique et sociale du mouvement politique algérien en général et des mouvements islamiques qui portent les mêmes tares que ce mouvement national. En général l’intellectuel algérien cache ses liens partisans et idéologiques avec un rescapé du mouvement politique national pour jouer un rôle de sape contre les autres mouvements.

Poser l’équation en opposant  l’école hanbalite « politique » de Sayed Qotb à celle de l’école moderniste de Mohamed Abdou c’est une fois de plus importer des clichés sociologiques à une réalité qui n’est pas celle de l’histoire du monde musulman ni de ses aspiration. Nous revenons toujours à cette posture intellectualiste algérienne et égyptienne non seulement simplificatrice, mais prisonnière des références occidentales qui sont la modernité, la démocratie, la sécularisation.

La vérité c’est que Sayd Qotb apologiste de l’Islam et polémiste contre les autres va habiller l’Islamité de la démarche révolutionnaire non musulmane et en faire un instrument de discrimination. Il est sorti de la logique interne de l’Islam en se focalisant sur le pouvoir et en idéalisant la société musulmane.  Cheikh Mohamed Abdou va faire la démarche contraire : il va considérer que l’Islam lui manque les instruments et les choses de la modernité qu’il va importer de l’Occident. Il va, influencé par l’orientalisme, croire entre autres à l’idée répandue que les musulmans étaient inapte à importer l’imprimerie alors qu’en réalité ils étaient devenus inaptes à produire de la pensée à la fois nouvelle et indépendante, car leurs référents coraniques étaient absents ou défaillants.  On veut opposer les deux démarches, alors que Sayed Qotb et Mohamed Abdou ont fait la même erreur en forgeant le renouveau de  l’islamité par référence à l’Occident : la violence révolutionnaire pour Qotb, et   l’importation des choses modernes  pour Abdou jusqu’à l’imitation servile du terme renaissance alors que les conditions idéologiques, politiques, sociales, morales et historiques de la Renaissance sont totalement différentes que celles du monde musulman dominé par la colonisation après qu’il ait consommé sa décadence.

Les multiples  démarches, wahabbiste, confréristes, modernistes, sont  fausses et  ne sont pas la démarche saine  de l’Islam vers l’Islam par l’Islam. Elles ne pouvaient que s’épuiser et finir comme des inachevés, des caricatures, des échecs. Ce n’est pas l’Islam qu’il faut réformer par l’importation en puisant dans les siècles décadents ou en puisant dans la domination impériale, mais ce sont les musulmans qu’il faut réformer par l’Islam.  Les intellectuels égyptiens et algériens s’inscrivent dans le confinement de cet échec qui intéresse l’Occident soucieux de faire de nos esprits, de nos bras,  et de nos ventres une machine d’importation clés en mains et produits en mains de sa technologie, de ses idées.

Nous ne pouvons devenir émancipés aptes à entraîner nos pays dans l’émancipation que si nous nous libérant de la dichotomie maladive qui place les uns dans une posture totalement   fermée  à l’Occident considéré comme l’ennemi, et les autres dans une attitude totalement ouverte à l’Occident considéré comme la panacée. Le paradoxe montre que dans les deux cas, l’Islam lui même n’est  pas le moteur structurant et intégrateur. Il n’est  qu’un ensemble de matériaux livré en vrac sans cohérence et sans dynamique par les uns, et un ensemble de mots pour habiller la lutte idéologique menée contre l’éveil islamique. Intellectuels et religieux, nous sommes des criminels, car nous sapons nos possibilités intellectuelles et nous rendons confuses nos conditions politiques d’émancipation.

Nous devons avoir le courage de  dire la vérité sur notre panne et de  faire l’effort de la rechercher en dehors des lieux communs que nous présente l’Occident. Il est légitime pour l’Occident de nous mépriser, de nous agresser, de nous imposer sa grille de lecture, car il nous convoite. Ce n’est pas légitime pour ceux qui parlent notre langue, pratique notre religion et ont la même couleur de peau que nous de se comporter en proies aveugles.

Nous ne produisons pas en quantité et en qualité suffisante des hommes de religion et  des intellectuels capables de lire  les problèmes de la société avec un mental lucide et pointu. Nous avons face à nous des instruments inconscients de la  lutte idéologique que les experts de l’Occident poussent vers de fausses  prises de  position, vers des arguments fallacieux et vers un bricolent des outils de « salut national ». On ne peut croire que le simple  hasard fait converger les rhétoriques opposées,  les discours divergents et les cynismes des pensées inconciliables sur les impératifs   de la lutte antiterroriste mondiale.

Les intellectuels algériens et égyptiens, lorsque la situation politique et sociale les arrange, ils appellent  l’armée  à la rescousse pour défendre la démocratie dont ils veulent être  les représentants ex cathedra.  Mais lorsque la situation semble « maîtrisée » par l’armée au prix d’une guerre civile, les voilà qui conteste le pouvoir des militaires et qui s’imaginent que leurs artifices vont convaincre l’armée et le peuple (algérien et égyptien) de leur donner le pouvoir.  Ils croient qu’en saupoudrant leurs paroles de quelques « islam » par ci et par là  ils peuvent construire une crédibilité intellectuelle et une confiance populaire.

Le jour où l’école algérienne produire sa propre pensée, autonome, sans influence du regard de  l’Occident sur l’Islam et sans asservissement à l’instrumentalisation de l’Islam par les bureaucraties d’Al Azhar et les rentiers des monarchies du Golfe alors nous pouvons parler d’efforts intellectuels en direction du salut national.

Quelques chantiers 

Pour ne pas sombrer dans la même rengaine de la dénonciation de l’opposition,  nous faisons quelques propositions  Elles n’ont rien à voir avec la démocratie,  les schémas classiques de la France et ses visées post coloniales :

1 – Libérons-nous des faux clivages et du conjoncturel. Inscrivons-nous dans la démarche prophétique de la Réforme et du devoir de bon conseil pour Allah, Son Prophète, Son Livre, les gouvernants et les gouvernés. Ne soyons  otages ni de l’esprit partisan ni de la démarche « classiste » de l’oppositionnel contre le pouvoir, du soutien critique à ce pouvoir ou de l’auxiliariat du système. Restons autonomes et prenons de la distance sur les faits passés ou présents.

2 – Analysons les processus et leur devenir sans passion ni parti pris.

3 – Disons  à celui qui a bien fait tu as bien fait, et à celui qui a mal fait tu as mal fait.

4 – Réalisons ce que quelques-uns d’entre nous ont tenté de faire sans jamais pouvoir le réaliser faute de moyens, de compétence, d’écoute et d’encadrement : des observatoires, des lettres d’analyses, des monographies, des rencontres,  des propositions, des idées, qui font éveiller les consciences, qui apportent des solutions, qui répondent aux interrogations, qui témoignent.

Si les Prophètes ne peuvent nous servir de guide alors nous pouvons trouver exemple dans l’histoire de l’Europe à laquelle nous nous identifions. Machiavel a été présenté comme un être diabolique animé par le pouvoir, mais  pourtant il avait consacré sa vie à l’unité et à la grandeur de l’Italie. Il avait laissé cette expression pour expliquer ses efforts de  mobilisation des compétences au service de l’Etat et de la nation :

« C’est ton devoir d’honnête homme si, par le malheur des temps et de la fortune, tu n’as pas pu faire toi-même le bien, d’en donner aux autres des leçons, à cette fin que, bien des hommes en étant capables, quelqu’un d’entre eux, plus aimé du ciel, puisse le réaliser. »

5 – Montrons nos capacités à gouverner sinon apprenons  à gouverner en montrant l’alternative. Les braves gens du peuple, les fonctionnaires et les techniciens ainsi que les cadres honnêtes et nationalistes doivent garder l’espoir et voir qu’il y a d’autres manières de faire, de penser que celles des cooptés et des abrutis qui encombrent les espaces économiques et politiques de l’Algérie, et qui conduisent l’Algérie vers sa ruine. Il ne s’agit pas de convoiter le pouvoir des insensés ni les privilèges des cooptés, mais de faire son devoir.

6 – Faisons notre devoir et laissons la liberté aux  gouvernants et  gouvernés assumer  leurs responsabilités de nous écouter ou non et de nous suivre ou non, sans  les matraquer idéologiquement et médiatiquement. Notre responsabilité est d’éclairer les uns et les autres pour le bien de tous. Nous ne pouvons être au-dessus du Prophète (saws) :

{Si ton Dieu le voulait, tous les habitants de la terre deviendraient croyants. Peux-tu, toi, contraindre les hommes à être croyants ? Aucune personne ne peut croire si ce n’est avec la permission d’Allah. Il jette l’opprobre sur ceux qui ne raisonnent pas.} Younes 99 – 100

Notre vocation de musulman et notre destin d’Algérien, abstraction faite de  nos sensibilités politiques, de nos titres universitaires  et de nos  performances intellectuelles,  est de faire le bien et de mettre vos privilèges de savoir et de raisonnement au service de la libération de notre peuple et de notre pays. Si les gouvernants ne veulent pas nous écouter, sachons  que les Prophètes n’ont pas été écoutés, mais ils n’ont pas baissés les bras, et ils ne se sont pas contentés de dénoncer. Ils ont éduqués les gens et leur ont appris à être endurants et espérant. Ils ont refusés tout les arrangements d’appareils et toutes les formes de corruption ou d’intimidation.

7 – Il ne s’agit pas de faire des communiqués, mais d’organiser la pensée et l’action sociale, économique, culturelle, technique et scientifique au service de l’Etat, même si le pouvoir est corrompu, au service du peuple, même si ce peuple est soumis au matraquage médiatique et à la culture de la rente. Allah a promis qu’il ne laisserait pas vaine l’œuvre d’une femme ou d’un homme faisant le bien et agissant en solidarité de foi.

Il est impossible de gagner de la crédibilité et de la probité morale et intellectuelle lorsque nous assistons à l’instrumentalisation corporatiste dans la santé publique, l’enseignement supérieur, l’éducation nationale, pour tirer profit de la rente et négocier la paix civile sans que cela ne s’accompagne de mesures positives pour le malade, le scolarisé et l’usager de la chose publique.

8 – L’occident que nous idéalisons ou que nous diabolisons  a la vertu que nous transgressons lorsqu’il s’agit de notre pays : Dès que 2 ou 3 universitaires se rencontrent ils ont objectivement et subjectivement réalisé les conditions de la recherche et de l’ingénierie, même si les moyens leur font défaut. Nous nous contentons de dénoncer le système sinon de colporter les dires des gourous de l’Orient et de l’Occident.

Musulmans et algériens, il est attendu de nous ce qui n’est pas attendu des gens au pouvoir ou des gens du commun, car c’est par notre manière de raisonner et par notre champ de préoccupations que se fera la rupture avec le système d’inertie,  la culture de la rente, la colonisation des esprits, et la décadence des mentalités et des territoires.

Si chacun de nous tous avait accompli son devoir national, moral et religieux envers l’Algérie et les martyrs jamais nous n’aurions contribué,  par nos prises de position insensées,  au naufrage de l’Algérie.

{D’où nous provient ceci ? Dis-leur : C’est l’oeuvre de vos mains}

8 – Prenons garde à Allah : L’école et l’université algérienne sombrent. Montrons  les voies du salut. Nous pouvons   édifier des centres de formation, des universités populaires, des projets de réforme de l’éducation, de l’enseignement, de la santé publique, de l’économie, de l’urbanisme et de la formation. Ceux qui sont  écoutés en Europe, peuvent mobiliser des fonds au profit de la formation professionnelle et des coopératives de jeunes. Les fonds doivent être  mobilisés pour l’amour du bien et pour le bien de l’Algérien, nous ne devons pas en faire un conditionnel idéologique ou un préalable politique :

{Agissez ! Allah fera voir vos œuvres ainsi que le Prophète et les Croyants}

9 – Ne parlons  pas au nom des militaires, laissons-les assumer les fautes de nos jugements,  de nos errances,  de nos mauvais conseils et de nos confusions. Que chacun assume ses propres responsabilités et implore Allah que lui et les autres soient sur la voie du repentir et de la réforme.

10  – Prenons  garde à Allah : Ne restons  pas silencieux sur le drame libyen que nous avons  cautionné, ne restons  pas silencieux sur l’agression impériale et sioniste contre la Syrie. Le silence sur l’effusion de sang aura un prix rédhibitoire sur nos devenirs à tous.

11 – Arrêtons  de croire que l’émeute, la révolution, le clivage idéologique ou que l’histoire française soit notre référence pour construire un Etat de droit.  L’Occident a achevé sa post modernité et va contre le mur alors arrêtons nos fabulations et nos fantasmes. Le Coran, le Prophète et l’histoire passé ou présente montrent que l’empressement à vouloir changer les choses n’about pas au changement escompté et que souvent ce sont les opprimés qui payent de nouveau le prix de la promotion des parvenus au pouvoir. Certes, il est difficile tant pour l’intellectuel nourri à la modernité française et à la Révolution française que pour l’algérien privé de citoyenneté de supporter l’oppression, mais pour atteindre le bon port il faut la patience des Prophètes (saws) et s’en remettre totalement à Allah (swt).

12 – Ne faisons  pas du particularisme affiché par certains  kabyles un problème principal. Nous ajoutons  de la confusion et de la complexité. Nul n’a le droit de se placer sur le terrain des sensibilités  religieuses, ethniques, linguistiques lorsqu’elles risquent de faire voler en éclats le vivre ensemble, les valeurs communes, l’histoire identique et le même territoire. L’Empire et le sionisme sont aux aguets :

{Et prenez garde à une épreuve qui n’atteindrait pas uniquement  ceux qui ont été injustes d’entre vous. Sachez qu’Allah punit sévèrement.} Al Anfal 25

13 – L’Egypte c’est 85 millions de misérables affamés laissés à la merci des monarchies du Golfe. L’engagement humaniste et religieux c’est de demander que l’Algérie libère un ou deux milliards de dollars, bloqués à l’Etranger, pour venir en aide aux plus démunis, aux victimes de la répression. Nous aurons  fait œuvre humanitaire et acte politique hautement symbolique en interpellant l’Algérie qui semble avoir totalement disparue de la scène géopolitique. L’Algérie et ses intellectuels de l’intérieur ou de l’extérieur sont hors du monde. Ils ne pensent pas le monde et n’agissent pas sur le monde, ils sont pensés par le monde et phagocytés par lui.

14 – Il est vrai qu’un grand nombre de signataires apportent des éclairages « intéressants » sur l’Islamophobie, les caricatures blasphématoires, les symboles religieux. Mais la vérité, sans polémique, est que c’est le même schéma mental qui est dominant dans leurs analyses où l’Islam. Ainsi soit est renvoyé dans un enfermement spirituel de religion bouddhiste, soit on est mis dans un montage qui nous met en prises avec les problématiques séculaires de l’Occident. Impossible de nous émanciper de l’emprise idéologique de l’Occident et de sa production intellectuelle coloniale et orientaliste.

15 – Un concept, comme « la régression féconde » n’a de sens que si et seulement si il est vérifié par l’expérience des faits. Les faits montrent que vous vous êtes inscrits dans la régression de l’Occident et vous voulez faire féconder le monde arabe et musulman par son chaos. Les médias peuvent donner des titres de vertus, mais ils ne peuvent se substituer à la réalité du temps et de la géographie qui dévoile l’incohérence derrière la magie des mots, ses conséquences tragiques.

16 – Faisons un appel solennel pour mobiliser les Algériens contre le projet d’agression qui cible le monde arabe et qui  cible notre territoire, nos ressources, notre armée.

17 – Ouvrons un débat sérieux sur la réforme et le changement par la voie prophétique qui implique toute la société par des voies pacifiques, progressives et responsables.

 

Dernier mot

L’intellectuel est celui qui produit de la pensée inédite :

« Il ne s’agit pas d’apprendre des formalismes, mais d’apprendre à formaliser » Emmanuelle Kant.

Nous sommes loin de cette démarche.

 

 

 

L’Egypte de Samir Amin et les patriotes de l’Algérie : des syllogismes fallacieux !

Le site « Algérie patriotique » expert de la désinformation des Algériens sur la situation en Algérie et Egypte se fait l’écho du professeur d’économie politique Samir Amin. Les éradicateurs et les falsificateurs idéologiques se renvoient l’ascenseur. Pour comprendre le nationalisme de l’« Algérie patriotique » il faut juste voir le nombre de musulmans, d’Arabes ou de Berbères qui sont affichés en première : Douganov, Maurice, Bernard et l’athée Samir Amin qui n’a jamais caché sa haine pour l’Islam politique.  Les intellectomanes d’Algérie et d’Egypte ne ratent jamais l’occasion d’exprimer leur haine de l’Islam et de s’afficher comme des auxiliaires de la pensée importée d’ailleurs.

Comme je suis un de leurs détracteurs les plus affichés des Frères musulmans,  je m’autorise moralement à répondre aux mensonges des pseudos démocrates qui ne finissent pas de faire couler le sang des musulmans en terres musulmanes, car les peuples musulmans ne veulent pas leur donner mandat pour  les gouverner, car ils savent les haïssent et qu’ils haïssent leur religion.

Q : Les médias évoquent un deal conclu entre Morsi et les Américains qui consistait à céder 40% des territoires du Sinaï aux réfugiés palestiniens. En contrepartie, les Frères musulmans auraient empoché huit milliards de dollars. Qu’en est-il réellement ? R : Oui, cette information est exacte. Il y avait un deal entre Morsi, les Américains, les Israéliens et les acolytes riches des Frères musulmans de Hamas à Ghaza

Où est le document qui prouve ces assertions frauduleuses qui vont saboter l’avenir d’un pays pour des décades. Nous pouvons écrire des analyses simples ou sophistiquées, mais nous ne pouvons construire ou déconstruire une nation sans preuves juridiques, sans arguments scientifiques, sans jugement de l’histoire.  Sur le plan logique nous avons vu comment les Frères musulmans ont eu du mal à gouverner un pays en faillite  et comment ils ont eu du mal à affronter les campagnes médiatiques qui les diabolisaient et aussi nous nous interrogeons s’ils avaient réellement imaginé vendre une partie du Sinaï ou s’ils étaient inconscients pour croire qu’ils n’allaient pas toucher un tabou. Nous ne sommes pas dans une concession de pétrole de Sahara que Sonatrach gère sans rendre compte au peuple algérien nous sommes dans un territoire avec sa sensibilité, sa mentalité collective, son histoire, sa symbolique religieuse et ses populations écartées du développement. Nous sommes dans une zone sensible où il ne s’agit pas seulement de profondeur stratégique, mais de terrain de confrontation.

Nous ne sommes pas dans une épicerie, mais dans ce qui donne justification à l’existence de la rente militaro industrielle égyptienne. Il est difficile de voir les Frères musulmans franchir ces lignes rouges. Samir Amir sait que plus c’est gros et sensationnel plus c’est crédible d’autant plus que les esprits sont fermés. C’est une accusation grave qu’un homme sensé ne peut porter sans risquer de se trouver devant les tribunaux s’il y avait la démocratie et la légalité. Un journaliste d’investigation aimant son métier et respectant ses lecteurs aurait donné la parole à l’accusé et à d’autres analystes sur un sujet aussi sensible.

« L’armée est entrée en jeu et a réagi de manière patriotique, ce qui est tout à fait à son honneur, et a dit : «On ne peut pas vendre le Sinaï à quiconque, fussent-ils des Palestiniens et faciliter le plan israélien.» C’est à ce moment-là que l’armée est rentrée en conflit avec Morsi et les Américains »

Je lis la presse égyptienne et la presse palestinienne anti Morsi, elles avancent d’autres arguments : le désaccord de l’armée sur le rapprochement de Morsi avec le HAMAS, avec l’Iran. Il y a un général  en retraite qui a soutenu que le général Sissi voulait imputer l’assassinat de soldats égyptiens au Sinaï en juillet 2012 au HAMAS alors que Morsi l’imputait à Israël. Les premiers jours du coup d’Etat la presse égyptienne, à l’unanimité, a informé d’une  plainte pour que la justice juge pour haute trahison Morsi, car il s’est évadé de prison lors de l’insurrection populaire contre Moubarak. On lui reproche tout et rien à la fois que la véritable question est escamotée : il a été démocratiquement élu et il est donc illégal et illégitime de le destituer en le gardant otage. S’il y avait une preuve du deal, elle aurait été publiée dans la presse et Morsi aurait été lynché haut et court.

Enfin tout le monde s’accorde à dire que le pouvoir réel était au sein de la confrérie et non au sein du parti de Morsi ou de son cabinet. Il aurait été plus simple et plus efficace de viser le chef de la confrérie pour ce montage que Morsi. Par ailleurs le montage géostratégique de ce deal exige la collaboration de plusieurs chefs d’Etat, de plusieurs diplomates et de plusieurs agences de renseignement. Même si Morsi voulait extorquer des milliards à l’administration américaine ou rendre services aux riches palestiniens la décision finale revenait aux grandes puissances.

Je ne suis ni journaliste ni expert en dialectique ou en droit, mais un homme qui déteste le mensonge et le crime. Je me documente sur les raisons qui motivent l’horreur aux yeux des éradicateurs au lieu de me contenter à nier les uns  ou à approuver les autres. Je me suis rappelé un débat des plus malhonnêtes qui me soit permis de voir dans le monde arabe. Ce débat (http://www.youtube.com/watch?v=5k20uL5FOSE) qui a eu lieu avant le référendum sur la Constitution se focalisait sur l’article 57 qui stipulait :

Projet de la Constitution : article 57

L’État accorde l’asile aux étrangers privés dans leur pays d’origine des droits et libertés garantis par la Constitution.

L’extradition des réfugiés politiques est interdite.

Ceci en conformité avec les dispositions légales.

Le droit international, le droit européen, et la Constitution française accordent aux réfugiés le droit d’asile avec un certain nombre de droits moraux et matériels qui assurent leur protection et leur dignité. Les grands pays à tradition d’accueil, comme la France, énonce ce droit comme un principe fondateur de la République en le proclamant dans le préambule de leur Constitution. La loi et les institutions  explicitent et régulent le code de séjour des étrangers, le code de la nationalité, le droit d’asile. Ce sont des traditions humanistes que la Charia islamique a instauré depuis  l’avènement de l’Islam. On le retrouve dans la paix offerte par l’Eglise aux réfugiés dans son enceinte. Voici ce qu’on reproche à la nouvelle Constitution égyptienne :

 » Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République «   (Article 53.1 de la Constitution de 1958).

Les Coptes, les libéraux et les nationalistes se permettent de jouer sur les mots pour faire peur à la population et exacerber son nationalisme. Ainsi ils font l’amalgame entre Gantanamo, Palestine, terrorisme, apatrides délinquants, accords commerciaux avec l’Union européenne, accords secrets avec Israël…  Je n’ai jamais entendu des propos aussi racistes et aussi négateurs des droits de l’homme que dans cette émission où les traditions totalitaires avec leur montage et leur exclusion de la partie adverse ne peuvent trouver place dans l’extrême droite française qui perdrait tout crédit politique.

Samir Amin et les comparses de l’éradication et de la diabolisation se taisent pourtant sur le résultat du référendum populaire malgré la mobilisation de tous les moyens médiatiques.  Ils continuent de nous servir leurs arguments fallacieux et leur haine de l’Islam au lieu d’affronter leurs adversaires politiques et idéologiques sur le champ des élections  et sur le terrain des idées.

Le premier argument de Samir Amin et des souteneurs du coup d’Etat sur « Algérie patriotique » :

« La seule et véritable raison est que Morsi était rejeté par le peuple égyptien. La preuve en est donnée par la campagne de signature de Tamaroud qui avait réuni, avant le 30 juin, vingt-six millions de signatures demandant le départ de Morsi. Ces signatures n’ont pas été ramassées n’importe comment. Elles représentent un chiffre vrai. La manifestation du 30 juin était bel et bien attendue. Seulement, elle a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Les chiffres indiquent que dans toute l’Egypte, et non seulement à la place Tahrir, il y avait trente-trois millions de manifestants, le 30 juin. Pour un pays de 85 millions…  Face à cela, évidemment, le commandement de l’armée a été très sage ; il a déposé Morsi et confié la présidence intérimaire à qui de droit, c’est-à-dire au président du Conseil constitutionnel, Adli Mansour, qui est un juge, mais pas un juge révolutionnaire ; c’est un homme conservateur, connu pour être parfaitement honnête et démocrate… Morsi qui se comportait comme un brigand et sans aucun respect des règles les plus élémentaires de la démocratie. »

Comment un professeur d’économie politique et un journaliste grand démocrate vont-ils nous faire avaler leur couleuvre ? Par ce que la subversion appelle le syllogisme fallacieux : fausses prémisses, faux raisonnement et fausses conclusions masquées par des affirmations tautologiques qui s’affirment comme vraies et qui deviennent référence pour faire des mensonges à venir des vérités que rien ne vient confirmer. L’esprit et la rhétorique des démocrates arabes auraient été  des curiosités s’il n’y avait pas les conséquences dramatiques que l’on sait. Les faux démocrates annoncent une fausse vérité et la suivent pas d’autres fausses vérités :

« Tout le monde le sait en Egypte. Et la preuve va être donnée par la justice bientôt. »

Les démocrates arabes, au nom de la démocratie (souveraineté du peuple) assassinent le choix du peuple, assassinent le peuple dans l’espoir que la justice de l’Etat d’exception va leur donner les arguments et les preuves. Et pourtant, un apprenti ouvrier de 14 ans (niveau BEP ou CAP) apprend au collège français que la démocratie se mesure par le scrutin, se respecte par le respect du résultat des urnes et se pratique par l’exercice de l’alternance politique. Les manifestations du Front de Droite ou du Front de Gauche, les manifestations contre ou en faveur de Sarkozy ou de Hollande, ne font pas le choix populaire et ne peuvent remplacer une élection.

Etre républicain ou démocrate commence par le respect du choix du peuple et l’engagement à œuvrer pour que le respect du choix populaire soit ancré dans la culture politique. Cette posture est davantage attendue dans les pays arabes qui n’ont pas ces traditions. Celui qui se prétend le plus démocrate devrait montrer l’exemplarité, mais les élites arabes ne sont pas à leur première contradiction, ni à leur premier parjure, ni à leur première trahison.  Ils ne peuvent voir le ridicule et le faux de leur argumentation ni leur référence qui n’est pas le peuple arabe, mais l’Etranger dont il cherche l’agrément :

« L’ambassade des Etats-Unis a proclamé Morsi vainqueur d’élections «démocratiques» et, évidemment, trois minutes après, les ambassades de Grande-Bretagne, de France et des autres pays européens ont suivi. La commission des soi-disant observateurs étrangers, principalement des Européens, a entériné ces élections-farce. Le régime ne bénéficiait, donc, d’aucune légitimité. »

C’est lamentable comme argument, ridicule comme justification, cynique comme mensonge. La vérité la plus élémentaire est d’interroger les comptes rendus de la presse égyptienne sur les aller venue des officiels du pouvoir et de l’opposition à Washington. Tous vont chercher la bénédiction de l’Administration américaine, et tous cherchent et rendent compte de la position des élites américaines et européennes à l’égard de leur pays. Les indigènes sont considérés comme des faire-valoir, ils ne sont sollicités que pour verser leur sang faute de n’avoir pas donné leurs voix. Les faux démocrates et les faux progressistes sollicitent  l’Empire et le boudent comme des prostitués lorsque l’Empire poursuit ses objectifs qui dépassent leur stupidité infantile et leurs ambitions démesurées.

Un enfant attardé mental sait que jamais l’Amérique et Israël ne laisseront leurs vassaux se faire massacrer ou se faire déposséder de cette façon. Nous voyons l’Arabie saoudite mettre tous ses  moyens diplomatiques et financiers pour empêcher que l’Europe ne puissent, par égard à ses citoyens, condamner la répression en Egypte. Nous voyons, de la manière la plus éclatante, comment le monde arabe et musulman met son curseur distinguant  les partisans de la vérité des partisans du faux. Le syllogisme des démocrates opposés aux islamistes ne tient plus depuis plus de 20 ans. Les rentiers de tout bord veulent maintenir le statut quo idéologique des années cinquante à soixante dix.

Un journaliste instruit et démocrate dispose des archives des médias. Un professeur d’économie marxiste connait l’importance du traitement statistique des données et il sait que Lénine a mené un travail colossal et objectif de collecte et de traitement des chiffres  pour réaliser ses monographies sur la situation réelle de la Russie. Lorsqu’on entend les inepties du professeur Samir Amin on comprend la faillite morale et politique de ses élèves dans le monde arabe. Ils sont prisonniers de leurs clichés idéologiques et de leurs syllogismes fallacieux. La dialectique chez les marxistes arabes c’est juste de l’intellectualisme ostentatoire et un gagne-pain dans les universités du tiers monde.

3 ou 30 millions d’opposants en Egypte il faudrait les prouver. Plus le mensonge est répété  plus il parait plausible. Plus le mensonge est gros plus il frappe les esprits. Ces pygmalions adorateurs de leurs syllogismes fallacieux savent la vérité : seule une élection permet de mesurer en grandeur réelle le poids électoral d’une force politique.  Même si les opposants de Morsi sont plus de 30 millions rien ne dit que les partisans de Morsi ne sont pas autant sinon plus, et rien ne dit que les « forces » pseudo libérales qui ont obtenu moins de 0,01% et qui ont échoué à faire boycotter le référendum sur la Constitution puissent avoir une voix dans l’avenir. Il faut revenir à l’arbitrage du peuple qui s’est déjà exprimé selon les règles de la démocratie moderne :

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Ce sont les chiffres  officiels de l’Etat égyptien. Faut-il contester ces chiffres,  changer de peuple, ou se remettre de nouveau  au peuple et attendre les nouveaux chiffres. Les falsificateurs savent qu’ils n’ont aucune chance de remporter une élection transparente et honnête. La solution est la fuite en avant en programmant un bain de sang et en tentant de le vendre puis de le justifier par des élites qui se comportent moralement et socialement pire que les Baltagis et les mercenaires. Même si vous n’avez ni religion, ni respect du pacte, ni esprit démocratique, le sang versé vous poursuivra dans ce monde et dans l’autre. L’illusion de réussite vous fermera la porte au repentir et à l’autocritique. Les militaires que vous avez entrainés dans votre chute ne vous donneront jamais la moindre  parcelle de ce pouvoir tant convoité.

Quelle est la signification de ces 3 millions de voix à la place Tahrir ? Où sont les  études réalisées par les ingénieurs, topographes, urbanistes, géographes et cartographes pour estimer le nombre de personnes pouvant se réunir à la place Tahrir et dans ses périphéries ?  J’ai cherché à comprendre la signification des chiffres qui occultent la sacralité de la vie humaine et la valeur de la pratique démocratique ? J’ai trouvé deux démonstrations que deux ingénieurs  égyptiens sur You Tube pour réfuter la valeur des chiffres.  Je vous conseille de recourir à Google Earth pro (ou plus) sinon à Google Earth grand public et de vous faire assister par le logiciel gratuit GE-Path. Même s’il y a des erreurs de l’ordre de 0,01 les résultats restent probants pour des estimations.

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Il est vrai que l’œil humain est toujours impressionné par le fantastique et qu’il est sujet aux phénomènes d’illusion optique,  il est vrai que les images sont impressionnantes.

 

 

 

 

 

 

 

Place-Tahrir2Ces images impressionnantes occultent les images aussi impressionnantes des partisans de la légalité constitutionnelle et du respect du processus électoral. Je me suis rappelé la citation d’Umbero Ecco sur les symboles et la puissance de l’image : « Dans une société démocratique, l’image doit inviter à la réflexion et non à l’hypnose ».  J’ai toujours pensé et dit que les pseudo modernistes arabes sont otages de la mythologie grecque et qu’ils sont les plus grands paresseux en matière de processus dans un monde arabe qui ne partage pas leurs symboles et leur réfutation de la foi et de la démocratie.

 

 

Il faut parvenir à évaluer la surface de cette marée humaine. Les pécheurs de l’Occident parviennent à évaluer la quantité de sardines dans l’océan, alors que les vertueux du monde arabe jouent sur la fascination.  Combien de personnes peuvent être contenues dans les espaces pouvant théoriquement les contenir si on part de l’hypothèse extrême que 4 personnes peuvent rester debout et longtemps sur 1 m2 dans une ville aussi insalubre et aussi étouffante que le Caire ? Il faut faire un tracé qui épouse les contours de cette marée humaine :

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A partir de plusieurs tracés il faut faire confiance à la technique de Google Earth et non aux idéologues éradicateurs pour évaluer, noter et additionner les superficies calculées par le  logiciel  :

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Dans le meilleur des cas nous arrivons à la même conclusion des Egyptiens qui contestent les chiffres : Au maximum 400 milles personnes si on fait abstraction de l’espace occupé par les bâtiments. En tenant compte du turn over, du renouvèlement des manifestants, nous pouvons admettre le chiffre de  600 mille. En partant de ce chiffre  et en faisant une extrapolation sur l’ensemble de l’Egypte, nous pouvons arriver à une mobilisation anti Morsi de 5 millions. Même si nous supposons qu’il a plus de 4 personnes au m2 et qu’il n’y a pas d’arbres ni de bâtiments nous arrivons au chiffre d’un millions au Caire et par extrapolation de 10 millions en Egypte. Nous sommes loin des chiffres avancés par le syllogisme fallacieux. Nous sommes loin du rapport démocratique aux chiffres officiels de l’élection présidentielle et du référendum sur la Constitution.

Il doit y avoir une haine idéologique qui transcende la rivalité politique. Elle est focalisée sur l’Islam politique. Les Français qui ont des traditions démocratiques et qui font des manifestations une expression sociale et politique normale dans le jeu démocratique ont du mal à trouver une autorité crédible et impartiale qui expertise le nombre des manifestants qui varient toujours de 1 à 10 selon la police et les organisateurs. Comment donner foi à ceux qui n’existent en poids politique dans un pays qui de surcroit n’a pas d’appareil statistique fiable.

Si nous oublions les calculs que permet Google Earth nous ne pouvons occulter le nombre impressionnant des Egyptiens qui se sont mobilisés contre le coup d’Etat. Si les démocrates avaient la certitude de remporter des élections futures ils n’auraient pas couru le risque d’occulter le nombre des partisans de Morsi et des partisans de la légalité qui continuent de se manifester malgré la terreur recherchée par la répression et la mise au silence.

Notre professeur de dialectique ou plutôt de rhétorique fallacieuse et de casuistique idéologique continue sans honte ni pudeur à déverser ses mensonges et à trouver des insensés qui le diffusent devenant  ainsi complice dans la mise à mort d’un pays frère et la fin d’une expérience démocratique :

« Il y a eu trente-trois millions de manifestants au Caire contre Morsi, lequel avait le pouvoir de l’Etat et les milliards de dollars du Golfe. Seulement, il n’a même pas pu mobiliser deux millions de partisans. On parle de danger de guerre civile quand l’opinion est véritablement divisée et partagée. Ce n’est pas le cas en Egypte. Ce qu’il y a, par contre, ce sont des actions terroristes. En Egypte, tout le monde sait que les Frères musulmans sont au nombre de cinq cent mille à six cent mille. Parmi eux, il y a une centaine de milliers qui est armée. Ce sont ceux-là qui peuvent créer des troubles, non une guerre civile. D’ailleurs, dans les manifestations populaires, ceux qui arrêtent les Frères musulmans et les battent à plate couture, ce ne sont pas les forces policières, mais plutôt les manifestants eux-mêmes. »

Les monarchies absolutistes viennent de mettre 20 milliards sur la table pour accompagner le coup d’Etat, le temps va dévoiler les dessous de table pour préparer le coup d’Etat et inciter les militaires à le faire. Le Qatar vient d’envoyer quatre bateaux de gaz. Ce n’est pas moi qui l’affirme. Les télévisions et les journaux du monde entier témoigne du mensonge sans vergogne de la gauche égyptienne et de la gauche algérienne qui se fait écho de leur mensonge sans respect ni pour  la vérité des faits, ni pour la démocratie, ni pour la sensibilité du peuple algérien et ses souffrances. Le complot contre la jeune et fragile démocratie égyptienne a réuni toutes les crapules de gauche comme de droite, de l’intérieur comme de l’extérieur, du camp islamiste comme de leur éradicateurs.

Le scénario est diabolique. Moralement, politiquement, médiatiquement  et intellectuellement, nous assistons à l’effondrement du scénario qui dévoile  l’ampleur de son mensonge et de son horreur.  Nous ne voyons ni juge ni organisation non gouvernementale indépendante recevoir les copies des 20 ou 30 millions de signataires demandant la destitution du président Morsi. Même si cela venait à se réaliser et j’en doute comme je doute que le chameau puisse entrer par le chas d’une aiguille, il faudrait prouver que ces signataires voulaient la fin de tout le processus démocratique.

Je ne suis ni journaliste, ni professeur de dialectique, ni partisan de la démocratie ou de l’islamisme, mais un homme qui refuse le mensonge et le meurtre. J’ai donc rédigé un article sur la Baltagiya fort documenté. Il y a des images, des chiffres et des analyses. Un professeur d’économie politique peut faire de la boulitique dans sa tour d’ivoire et auprès de ses pairs, mais il ne peut cacher la vérité flagrante au peuple égyptien qui vit à proximité des milices de délinquants promus en justiciers et en vitrine politique fasciste.

Le journaliste algérien, même s’il n’a pas la culture démocratique et l’esprit sportif,  il aurait pu avoir la présence d’esprit de se rappeler que les Algériens ont souffert de la Baltagiya égyptienne lors des rencontres de football et qu’ils ne risquent pas n’oublier les appels au meurtre et la falsification des faits d’un certain Dib qui conduit toujours le tapage médiatique des canailles qui trouvent refuge dans le nationalisme des frustrés et des prédateurs. Lorsqu’on analyse les commentaires on comprend que l’esprit partisan n’écrit pas pour afficher ses arguments ou pour montrer la vérité à laquelle il est parvenu, mais pour gagner son pain et plaire à ses lecteurs acquis à la même cause que lui et ses commanditaires.

Il faut bien, un jour ou l’autre, dans ce monde ou dans l’au-delà, que chacun apporte ses preuves et ses témoins et rendre compte sur ce qui a conduit à l’atrocité des crimes commis contre un peuple et un pays et comment et pourquoi avoir informé et manipulé la réalité de cette façon et non de telle autre. Il ne s’agit pas de statistiques ou de syllogismes pour s’amuser ou jouer de la passion humaine et de sa crédulité, mais de la sacralité de la vie humaine et du droit à un peuple de décider de son devenir. Un professeur « dialecticien » ou un journaliste « patriote » n’a pas plus de droit qu’un paysan, qu’un ouvrier ou qu’un exclu dans le choix de ses gouvernants et de la façon à être gouverné. Il a plus de devoir par sa compétence à raisonner et sa possibilité à communiquer. Moralement et intellectuellement parlant le professeur et le journaliste partage la même ignorance du peuple et de sa religion et fondent leur idéologie sur le même fantasme et les mêmes méthodes de mensonge. C’est lamentable.

C’est tellement lamentable qu’ils nous font croire que l’Amérique et l’Europe ne peuvent pas venir en aide à leurs  vassaux islamistes mis en Egypte pour le profit d’Israël.  Personnellement j’ai attaqué les Frères musulmans et Qaradhawi pour leur politique insensée en Syrie et en Libye disant qu’elle sert les intérêts de l’Empire et du sionisme qui déchire les musulmans entre eux pour continuer de démanteler la région. L’Empire et le sionisme poursuivent  le même objectif contre le monde arabe et le monde musulman par la stratégie du soft-powerment de Brezinski et l’attisement des luttes idéologiques entre musulmans de Bernard Levy. Sur ce terrain les islamistes et les non islamistes ont été lamentables.

Les erreurs de gouvernance ou de vision stratégique ne permettent pas d’affirmer qu’il y avait une trahison ou une collusion d’intérêt contre la souveraineté nationale. J’ai exprimé mes craintes qu’en Algérie ou qu’en Egypte  l’administration américaine puisse manipuler l’esprit de revanche, l’appétit de pouvoir et l’inculture géopolitique que les systèmes despotes ont développé y compris au sens de l’opposition islamiste. J’ai par contre refusé de croire que les Frères musulmans puissent agir  en traitres pour le compte de l’OTAN ou de l’administration sioniste. Leur combat pour la Palestine et ligne idéologique ne leur permettent pas la mutation sur les principes et les valeurs.

La mauvaise gestion du dossier syrien par les Frères musulmans et par le HAMAS, a permis de cultiver le doute, puis de  d’en faire un objectif idéologique et politique contre l’expérience démocratique égyptienne et palestinienne tout en sapant la résistance en la déchirant de l’intérieur. Ma principale crainte était de voir les Frères musulmans tomber dans des  arrangements tactiques et hypocrites avec l’armée ou avec l’Administration américaine ou de se disperser dans des faux clivages idéologiques. Les éradicateurs ont souhaité la collusion et ont focalisé leurs efforts pour lui donner une réalité médiatique. Ils n’ont pas joué seulement à la Boulitique, ils ont œuvré dans le sens de la stratégie sioniste et impériale puis ils font semblant de se présenter comme la conscience nationale par des mensonges et des manipulations. C’est mesquin et criminel !

La politique comprise comme consécration de soi au service de la cité ( le but de la démocratie n’est-ce pas) ne se fonde ni des approximations, ni sur des jugements de valeur ni sur le triomphe de l’ego au détriment des citoyens.  Le professeur du centralisme démocratique et de la dialectique historique ainsi que le journaliste patriotique auraient pu nous informer sur les revendications des 3, 10, 22, 30 ou 52 millions ligués contre Morsi. Au-delà de l’éviction de Morsi quel est leur projet, leur désir, leur ambition : économie libérale, augmentation de salaire, sécurité, élections présidentielles anticipées, révision constitutionnelle.

Si tout ce monde était rassemblé autour d’un seul et même objectif pourquoi aller vers un coup d’Etat militaire, pourquoi ce bain de sang, pourquoi ce chaos, pourquoi l’absence de ce peuple et la présence des Baltagiyas. Si ce rassemblement est divergent politiquement, socialement et idéologiquement pourquoi un retour au pouvoir de l’armée, de la police et du système Moubarak. Comment connaitre la nature réelle de ce rassemblement : le poids réel des partis dans un parlement élu démocratiquement. Pour l’instant, le choix est l’éradication pour ne pas être confronté de nouveau au choix populaire.

Les éradicateurs experts en syllogismes fallacieux ne peuvent dire à leurs relais médiatiques que la Constitution égyptienne, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher  comme erreur de formalisme juridique, a apporté des avancées démocratiques et des garanties de justice sociale que la gauche française n’ose pas imaginer voir inscrites dans la Constitution française.  Je ne suis pas naïf au point de ne pas voir que les Islamistes  ne parviennent pas à traduire leurs bonnes intentions en praxis sociale et politique.

L’honnête homme devrait vérifier ses sources et écouter toutes les parties en conflit avant de se prononcer et devenir complice de crimes. S’il l’avait fait il aurait vu que les Frères musulmans ont inscrit dans la Constitution égyptienne le refus du licenciement des travailleurs, le principe de l’économie coopérative, la subordination de l’état d’urgence ou de la déclaration de guerre à l’accord préalable des 2/3 des parlementaires. La Constitution est perfectible par la pratique démocratique, mais les démocrates arabes refusent que la Charia islamique soit inscrite comme source du droit dans les pays arabe.

Leur haine idéologique est cachée sous leurs les arguments fallacieux qui sont alignés les uns après les autres comme des torpilles de Satan le maudit  :

« D’ailleurs, les actions contre le Mali et l’Algérie sont venues de Libye. »

N’est-ce pas que la gauche arabe a été plus stupide que les islamistes dans les tragiques événements en Libye. Est-ce qu’ils ont contesté  l’agression de l’OTAN ? Non ! On a vu des cadres des services français avec des cadres patriotes algériens se mobiliser davantage contre les Islamistes en Libye pour des raisons idéologiques que pour des questions de droit et de souveraineté nationale.

Les élites égyptiennes et algériennes ont-elles condamné l’intervention française au Mali ? Ont-elles analysé  la gestion stratégique du chaos en Libye dans le redéploiement du colonialisme français aux frontières de l’Algérie et dans ses rivalités ou dans ses collaborations avec la pénétration américaine qui confisque les ressources des peuples africains.

Le capitalisme stade suprême de l’impérialisme est une vue de l’esprit lorsque les élites arabes sont confrontés à la réalité du capitalisme et de l’impérialisme  et aux luttes idéologiques qu’ils imposent à notre système de pensée toujours incapable de penser par lui-même son drame et son devenir.

La dialectique marxiste est  l’analyse des contradictions sociales, économiques et historiques en vue de dépasser la crise et produire une nouvelle réalité et ainsi de suite. Pour les marxistes arabes c’est une série d’affirmations sans preuves, sans analyse des tenants et aboutissants. J’ai longuement écrit sur le projet américano sioniste soutenu par les Bédouins qui envisage de régler la judaïsation définitive  des terres  par le déplacement des populations palestinienne et de ce qui reste de territoires autonomes vers la Jordanie et l’Egypte.

La guerre en Syrie et les erreurs de Qaradhawi ont été  utilisé pour l’affaiblissement de la Résistance et le miroitement d’un khalifat islamique comme solution finale pour liquider la résistance palestinienne avant de liquider les mouvements islamiques par des luttes internes ou par une agression externe. J’ai montré comment Qaradhawi, devenu sénile  manipulé par le Qatar et les taupes infiltrés dans l’association internationale des savants musulmans, contribuait à la réalisation d’un plan qui dépassait la Syrie et dont, lui les savants sous sa présidence et les Frères musulmans allaient être les premières victimes. Nous sommes dans un projet, un processus, un scénario complexe, mais nous ne sommes pas dans un contrat négocié entre Américains et Frères musulmans comme veulent nous le faire gober les patriotes égyptiens et algériens.

C’est triste de voir les dialecticiens faire l’impasse sur Sykes Picot 2 et se focaliser sur l’Islam politique qui peine en Tunisie et en Egypte à financer son budget,  à ramener la sécurité et à tracer un cap.

Les rouages de l’Etat étaient encore aux mains de l’ancien régime. Samir Amin ne peut ignorer les contradictions de la « révolution égyptienne » ! Il ne peut ignorer ni les enjeux de pouvoir ni les clivages idéologiques. Pour les hommes de ma génération, Haykal et Samir Amin sont de grandes déceptions. Ils ont marqué des générations dans le mauvais sens de l’histoire. Ils vont quitter l’histoire du monde arabe lamentablement. Chacun est en train de dévoiler ses cartes à une vitesse effarantes.

Nous voyons comment les modes opératoires médiatiques et intellectuels,  sans foi ni loi, se rencontrer sur le terrain du mensonge, de la désinformation, de la criminalisation de l’adversaire politique. Ces voyous osent insulter la charia alors qu’elle leur demande d’être juste, équitable et probe. La charia qu’ils dénigrent énonce clairement que :

«  La preuve doit être établie par l’accusateur, le serment  pour l’accusé qui réfute les charges contre lui ».

Les « démoncrates » se révèlent dans les grands événements de petits usuriers  délateurs qui accusent  sans apporter la moindre preuve ni la moindre argumentation scientifique.

L’intellectualisme « anti impérialiste » véritable fond de commerce idéologique et véritable rente politique a figé les nationalistes arabes, chrétiens et athées, dans une posture qui les rend incapables de comprendre le monde et de conduire les peuples arabes vers la liberté. Voici ce que Samir Amin dit de son livre (« Le monde arabe dans la longue durée, le printemps arabe. Le Temps des Cerises » septembre 2011) sur les révolutions arabes en Tunisie et en Egypte et que le processus historique ancien et en cours dément catégoriquement :

« La victoire électorale des Frères Musulmans et des Salafistes en Égypte (janvier 2012) n’est guère surprenante. La dégradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entraîné un gonflement prodigieux des activités dites « informelles », qui, en Égypte, fournissent leurs moyens de survie à plus de la moitié de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Frères Musulmans, sont fort bien placées pour tirer profit de cette dégradation et en perpétuer la reproduction. Leur idéologie simple donne une légitimité à cette économie primitive de marché/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis à leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d’action efficaces : avances financières à l’économie informelle, charité d’accompagnement (centres de soins et autres).

C’est par ce moyen que les Frères s’implantent dans la société réelle et la place sous leur dépendance. Mais ce succès aurait été difficile s’il n’avait pas répondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d’Israël. Ces trois alliés intimes partagent la même préoccupation : faire échouer le redressement de l’Égypte. Car une Égypte forte, debout, c’est la fin du triple hégémonisme du Golfe (la soumission au discours de l’islamisation de la société), des États Unis (l’Égypte compradorisée et misérabilisée reste dans leur giron) et d’Israël (l’Égypte impuissante laisse faire en Palestine).

L’avortement planifié de la « révolution égyptienne » garantirait donc la continuité du système mis en place depuis Sadate, fondé sur l’alliance du commandement de l’armée et de l’Islam politique.

 

Celui qui veut comprendre et deviner les mots des « intellectuels » algériens il faudrait qu’il lise Samir Amin tricotant sur l’Afrique du Nord et lui transposant les théories marxistes latino américaines alors  Marx lui-même n’a a jamais osé transposer la problématique du capitalisme européen et du prolétariat dans ses analyses sur l’Asie et le monde musulman. La jeunesse arabe a fuit le marxisme et le nationalisme des Arabes pour leur  dogmatisme simpliste et pour leur haine de l’Islam. Un jour on fera la lumière sur la collusion des évangélistes avec les marxistes arabes. Ces derniers ont été les instruments de la lutte idéologique contre l’Islam mené par les évangélistes eux mêmes instruments de la lutte idéologique du sionisme pour la domination mondiale. Les documents et les témoignages existent… Ils peuvent se présenter en image  comme les défenseurs de l’humanité, mais cela ne change rien à leur nature inhumaine, ni à leur fonction d’intellectuels organiques au service des dictatures militaires.

Résistance globale partie 2/2

Équation fondamentale.

La culture d’empire est presque parvenue à évacuer le colonialisme et la colonisation de la cause palestinienne la confinant de plus en plus à une question de bureau des affaires indigènes à Ramallah et à un dossier humanitaire à Gaza. Les mêmes logiques et les mêmes appareils qui pratiquent le droit d’ingérence, l’humanitaire militaire et les plans d’ajustement structurel sont à l’œuvre pour liquider la cause palestinienne. La culture de l’illusion tente d’évacuer Gaza et de la rattacher à un pseudo khalifa sunnite dont les contours sont les principautés musulmanes agonisantes de l’Andalousie de fin de règne où dominaient les antagonismes de pouvoir, les alliances contre nature  et les divergences religieuses…

Elle tente de donner la priorité aux divisions et aux sectarismes tout en évacuant l’équation palestinienne de son historicité, de son universalité. Elle tente de faire du « printemps » arabe une voie de dérivation qui conduit les Palestiniens à l’impasse, au désespoir et à l’acceptation d’un compromis où il ne s’agira plus de l’échange de la terre contre la paix, ou de la nourriture contre la capitulation, mais de la survie de l’homme contre la déterritorialisation de la Palestine. Le droit de retour des réfugiés et le droit à un Etat sont des perspectives de plus en plus lointaines avec comme  points de fuite : l’illusion de Califat et de confédération démocratique. Le déplacement des territoires veut suivre le déplacement des populations  dans les projets de démembrement du monde arabe et d’épuration ethnique en Palestine.

Par la grâce de Dieu, le choc des violences parvient à secouer  quelques esprits et à reposer la question invariante sur le sens ou l’absurdité de l’effusion de sang et du désordre sur terre. Cette question a le mérite de rompre avec l’oubli et d’appeler à une nouvelle réponse plus responsable, plus conséquente et plus globale sur l’équation fondamentale : la colonisation.

Les Palestiniens ne sont pas confrontés à un indu occupant qui a occupé un bien vacant avec qui il faut partager les biens après négociation ou qu’il faut chasser en comptant sur la justice et l’équité de la communauté internationale qui a livré la Palestine sans défense à un prédateur sans pitié.

Rappeler la responsabilité collective dans la tragédie humaine de l’oppression des Palestiniens c’est rappeler les impératifs de sa  résolution dans une approche globale qui ne sépare pas l’acte d’exister de l’acte de résister.

L’occupation de la Palestine était le couronnèrent du démantèlement du monde arabe et musulman par  un système mondial possédant tous les instruments idéologiques, militaires, économiques, financiers, technologiques, politiques et juridiques de sa domination sur le monde.  Sa domination mondiale n’est ni hasard ni accident, mais processus logique.

Le colonialisme dans sa forme moderne est indissociable de la genèse du capitalisme. Le capitalisme en Occident était  la conjugaison de la résistance contre les aristocraties et la féodalité avec l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles forces productives. C’était l’affrontement entre deux appétits, deux prédations. La forme la plus « progressiste » et la plus efficace a imposé sa suprématie.  La logique d’efficacité a continué de se développer et de se conjuguer à la culture de prédation élargie. Le processus impérial menace de plus en plus la vie humaine et les ressources naturelles d’extinction.

L’Orient par contre a suivi une voie contraire, il a reculé devant son propre esprit féodal local et n’a pas libéré ses forces de progrès.

Notre acte de résistance ne peut faire l’impasse sur les évidences et les impératifs de changement et sur la persistance de la reproduction des schémas médiévaux qui nous ont amenés à être colonisés et de la reconduction  des mécanismes par lesquels le colonialisme nous  a administrés. Entre la force illégitime de prendre les droits des autres et la force légitime de reprendre ses droits, il y a des positions et des postures qui échappent au rapport des forces et à l’usage de la violence. La vigilance est de voir et d’entreprendre la reconstruction de ce qui a été déconstruit sur le plan idéologique, social et économique.

Par le caractère implacable de la  dialectique historique et par l’ironie de la sémantique, l’Occident en expansion et l’Orient en régression se sont  rencontrés et continuent de se trouver face à face autour de batailles de positions territoriales, politiques, économiques, idéologiques et militaires. La Reconquista, les Croisades, Sykes-Picot et aujourd’hui portent la même empreinte sur notre destin et la même racine dans ce qui fait le renoncement ou le choix des actes  exister et résister.

L’un va  désister (de-sistere) en renonçant à ses positions et  en se privant de prises de positions.  L’autre va insister (in-sistereen occupant  les positions d’autrui et à les  prendre par la force et par la ruse. L’un va se trouver dehors, l’autre va se trouver dedans par des actes de puissance et d’impuissance, des mouvements d’inversion de sens.

La globalité nous impose de ne pas ignorer les facteurs de puissance ni les mouvements d’inversion de sens. Ils se retrouvent dans l’idéologie et l’économie. La globalité nous impose aussi de ne pas voir  les positions comme exclusivement  des forteresses militaires à reconquérir ou à défendre par le seul  fait de la force. Ce ne sont pas  des titres de propriétés dont le contentieux relève du droit, ou des usages et des jouissances dont le partage se règle par la négociation et la contractualisation.

Les différends  sont un complexe de problématiques  au niveau de la vérité, des mentalités collectives, des territoires, de l’histoire, des  économies, des conditions d’existence, des potentiels de devenir, des devoirs de résistance militaire, culturelle, scientifique…  Lutter contre les symboles et les mécanismes de sa propre impuissance et lutter contre ceux de la puissance de l’autre sont un même acte, une même posture. Il n’y a pas de place à la schizophrénie.

Le jeu de mots sur les postures et les positions exprime le rapport entre le colonisable et le colonisateur au-delà du bien et du mal, du hallal et du haram, du droit et de la justice,  de l’explication eschatologique de l’histoire, de l’apologie de la lutte armée ou de la polémique contre l’impérialisme

Il ne s’agit pas de dédouaner L’Empire et le sionisme  de leurs  crimes et de leur  entrée par effraction violente dans notre histoire et pour notre malheur. Il ne s’agit pas de dire aux Palestiniens ce que les communistes français ont dit aux Algériens « attendez la révolution internationale. En se libérant, le prolétaire va vous libérer et libérer les opprimés du monde ».

Il s’agit de dire et de redire que notre malheur est le produit de deux facteurs. Le premier facteur endogène est notre colonisabilité. Il s’agit de continuer à nous libérer de nous-mêmes. Le second  facteur exogène est le colonialisme. Il s’agit de lutter contre l’occupation directe indirecte et de participer aux luttes des peuples contre l’arrogance et les monopoles des oligarchies.

Le colonialisme et la colonisabilité sont deux facettes complémentaires du même  sabotage de l’histoire. La colonisabilité nous pousse à l’atomicité et au confinement.   Le colonialisme trouve son compte en livrant bataille sur le seul front où le rapport des forces est à son avantage. Il a besoin d’une économie de guerre, d’un ennemi extérieur et d’un champ de ruines pour détourner les peuples des possibilités de coopération contre la domination des monopoles de violences, de marchés, d’initiatives…

Sans jeu de mots, l’ironie du sort semble inspirer le colonisateur et le colonisable à persister (per-sistere)  dans leurs postures et  dans leur rapport aux positions territoriales. L’hyperpuissance des uns et l’hypo puissance des autres permettent  davantage d’intensification, de transversalité et de totalisation dans l’arrogance et la cupidité des uns et le désistement et l’humiliation des autres. Les convoitises des ennemis et les contradictions de l’environnement « ami » continuent de peser sur la Palestine et de compliquer la résolution de ses problèmes.

Le  capital social de plus en plus précaire annonce un effritement global de l’environnement arabe et africain de la Palestine. L’atteinte des   seuils de rupture de plus en plus visible annonce l’irréversibilité de l’effondrement social et territorial de nos territoires.

Contre les logiques persistantes de la colonisabilité et du colonialisme, contre le pessimisme et le cynisme, contre le  cout rédhibitoire de l’existence et de la résistance,  il y a urgence à  se repositionner autour de la dignité dans son expression globale : humaine, sociale, territoriale, économique, spirituelle, intellectuelle, morale, et esthétique.

Les réseaux

La défense des dignités appelle la  mise en réseau des possibilités contre l’emprise des marchés, des monopoles et  des appareils.

La mise en réseau des hommes, de leurs idées, de leurs territoires, de leurs mémoires, de leurs relais de communication, de leurs connaissances, de leurs semences, de leurs cultures, de leurs outils, de leur argent, de leurs solidarités, et de leurs réponses est sans doute la posture la plus ancienne et la plus perfectionnée en termes de flux  d’existence et en termes d’émergences de positions de résistance.

Exister ou résister consiste à donner ou à redonner aux communautés humaines la possibilité de se réapproprier la compétence réseautique en produisant des interconnexions entre les offres et les demandes, les besoins et les attentes, les ressources et les usages, les intelligences et les moyens, les lieux et les moments, les attentes et les possibilités, les problèmes et les propositions de solutions.

La technologie permet des processus et des ingénieries  facilitant la solidarité des communautés, la synergie des intelligences, la mutualisation des moyens, la communication, l’échange et le partage, la circulation des idées et de l’argent, d’expérience…

Les idées de commerce équitable, de développement durable, d’économies solidaires, de coopératives de production et de service, de  crédit coopératif et mutuel sont des perspectives de luttes sociales, de démocratisation, d’initiatives économiques et commerciales à parfaire. Elles sont un processus  d’efficacité sociale à intensifier et à élargir dans la lutte contre les  monopoles, les  rentes et les économies informelles et parasitaires.

L’efficacité sociale est un moyen de moralisation plus efficace et plus durable que le discours moralisateur. Elle apporte davantage que les manifestations festives en faveur de la Palestine ou d’une autre cause juste.   C’est un renouveau managérial qui rompt avec la cooptation, le clientélisme, la bureaucratie et l’inertie. C’est une culture entrepreneuriale qui favorise la concertation et la démocratie participative par la mise en réseau,  développe l’esprit d’initiative par la prise de risques et libère les idées par l’esprit critique.

Poser la question de la résistance globale en termes de réseau c’est donc poser le problème de la production de sens, de la fédération des efforts  et de la communication autour de projets de sens.

La colonisabilité par sa capacité à se laisser  fasciner par les apparences et à s’inscrire dans la spirale de ce qu’on appelle le « désir mimétique » a rapidement tissé ses réseaux pour propager la culture du futile,  du sensationnel, du mortifère et de la rumeur. Les inerties, l’atomisme et la culture bureaucratique ont perverti les associations, les observatoires, les laboratoires, les instruments de veille et les ont transformés en annexes des  appareils de bureaucratie  et en auxiliaires des agents  de la rente et de corruption.

La culture du minus habens qui pratique l’entassement des choses et l’accaparement par le marché noir devant la gabegie des administrations et des cadres nourris à la mamelle de la rente vont favoriser le détournement du réseau. Au lieu d’être un réseau d’échange, de solidarité et de résistance, la société est devenue pour les uns un réseau mouroir  pour sub-sistere, et pour les autres une mafia de prébende. Lorsque la  course à la rente, aux privilèges  aux non droit devient système, alors  la vertu et l’intelligence qui font l’Etat, assure les conditions de résistance contre les prédateurs et mobilise les possibilité d’existence des citoyens se trouvent dans l’obligation d’absistere c’est-à-dire renoncer en  désertant la position ou en changeant de posture et devenir plus accomodant…

L’idéal serait de vaincre les inerties et les blocages par l’offre abondante de projets, la communication sur ces projets, la mise à disposition de ressources, l’émergence d’ingénieries d’intermédiation et de fédération des communautés hors des circuits du dévoiement et de la confiscation.

Poser la question de la résistance en matière de réseau c’est poser aussi la question de la technologie des réseaux, de sa production et de son acquisition. Ce sont les mêmes questions qui se sont posées à nous par le passé lors du transfert technique en équations de cout social, de courbe d’apprentissage, d’intégration nationale, de formation, d’investissement, de division du travail, d’échange inégal…

La  fétichisation de la technique nous fait toujours oublier les prérequis philosophiques, les dimensions culturelles,  et les finalités de l’usage de la technique. L’aliénation à la chose et la confiscation des libertés nous empêchent de poser la technique en capital social, en processus juridique et en dynamique citoyenne  d’exercice de la maitrise d’usage, de la maitrise d’ouvrage, de la  maitrise d’œuvre, de la maitrise d’exécution et de la maitrise de certification et d’expertise.

La fascination pour la chose au détriment des processus masque les inégalités qui se creusent lors de l’acquisition et du transfert des savoirs et des savoir-faire.  Le gap technologique accumulateur et générateur de mouvement des idées, de logique de conquête, de culture des réseaux de la Post Modernité semble n’avoir de limite que sa propre imagination.  Notre imagination doit  lire le progrès dans l’histoire des faits et de la pensée et s’en inspirer comme processus qui se déterminent mutuellement et non comme choses à importer en l’état.

Repenser le rapport à la technique et à la technologie n’est pas un exercice de style, mais rappeler   les synergies  des possibilités de penser, de communiquer, d’agir et de résister à une civilisation totalisante par son idéologie de domination  et sa suprématie technologique.

Le personnage coranique Dhul Qarnayn, dans sa marche libératrice et civilisatrice, s’est détourné d’un peuple végétatif qui n’avait ni la compétence de nommer et celle de s’abriter. Mais il avait assisté un autre peuple qui voulait résister contre un agresseur redoutable.  Le chantier libérateur s’est ouvert  sur un projet édificateur conjuguant  savoir, communication, solidarité et réalisation. Nous avons l’exemple de la mise en réseau du sol, du temps et   des hommes autour de la nécessité de résister comme acte d’existence et du désir d’exister par la réalisation de ses moyens de résistance.

La grammaire.  

La civilisation est la compétence de structurer les réseaux  sur une l’idée de noblesse, de grandeur et de générosité de l’homme qui se veut témoignage pour les autres. Au-delà de l’aspect organisationnel, technique  et utilitariste les réseaux qui forment civilisation s’architecturent en synergie de communautés d’activités, de moyens, d’objectifs,  de destin, de solidarité. L’individuel et le collectif, le temporel et le spirituel, l’idée et la chose, le moyen et la fin, l’existence et la résistance sont fédérés par la mise en commun, le partage et l’unité d’orientation.

Les réseaux de la communauté  – libérée et libératrice,  civilisée et civilisatrice – s’inscrivent dans une grammaire civilisationnelle c’est-à-dire une continuité, une mise en liaison et une harmonie sociale des mentalités collectives, des géographies, des histoires et des économies.

Une société qui perd la compétence à se mettre en réseau d’existence et de résistance, à cultiver ses réseaux comme une grammaire provoque la décadence de sa civilisation et maintient intactes les forces de son inertie et de sa régression.

Par ailleurs, le colonialisme en s’installant dans un territoire ne va pas s’installer comme un rentier temporaire, il va installer sa propre civilisation et ses propres réseaux qui vont agir comme des phagocytes sapant les derniers réseaux d’existence et de résistance. Il va piller le sol et corrompre les hommes jusqu’à épuiser les mentalités collectives, les géographies, les patrimoines historiques et les économies.

Il va en même temps provoquer, amplifier  et cultiver les césures, les ruptures, les incisions et les confusions qui lui ont permis de s’installer. Il va saboter  toute idée de civilisation, toute efficacité des ressources,  et toute grammaire qui redonne sens, liaison et conjugaison aux facteurs de la civilisation. Celui qui a perdu le sens de civilisation va devenir non seulement un vassal ou un esclave, mais un anticorps qui va parachever la destruction de l’être ontologique et du corps social.

La résistance globale ou la  dimension civilisationnelle dans le projet de résistance remet à l’ordre du jour un certain nombre de vérités :

  • Nous subissons depuis trop longtemps le colonialisme pour continuer à l’affronter par des actes isolés du reste du monde ou privés de leur dimension civilisationnelle.
  • Nous devons revoir la définition de la communauté humaine dans sa dimension d’universel de solidarité et de coopération. Il y a exigence et urgence de cohésion et d’unité d’orientation,  de multiplication et d’interaction des efforts, de partage des responsabilités et désir d’être ensemble pendant et après la libération.
  • · Nous avons des gisements de possibilités enfouies dans les mentalités, l’histoire, le sol, l’économie et leurs interactions si nous parvenons à les inscrire dans un rapport à la civilisation.  L’économie, la géographie, l’idéologie, la justice, la technologie et l’histoire  ne sont pas des accessoires de luttes et de résistance, mais des champs analytiques et des instruments praxiques pour rompre avec la posture de colonisé et reprendre des positions au colonisateur.

Celui qui ne voit pas la civilisation, mais ne voit le monde qu’à  travers les symboles et les falsifications  de son oppresseur finit par revenir au culte du veau d’or, à la culture de l’errance et à la discorde. Il ne crée ni les conditions ni les possibilités de la bonne gouvernance qui est la garantie contre l’oppression interne et externe. Celui qui persiste dans l’apologie de soi et de son passé ne fait pas mieux.

A l’issue de cette longue digression j’ai l’intime conviction que nos savants religieux, nos élites politiques et intellectuels, à l’image de nos gouvernants, sont condamnés à vivre dans un voilier au cœur de la tempête sans boussole, ni gouvernail, ni vigie, ni cap.

Sénèque l’Ancien disait qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller. Le Prophète (saws) a dit qu’un pseudo savant est pire qu’un loup affamé enfermé dans une bergerie.

Résistance globale partie 1/2

Nommer

Comment qualifier ou nommer ce qui vient consacrer une nouvelle fois l’incurie des gouvernants arabes, la médiocrité des savants musulmans et l’anarchie des populations qui se déchirent et déchirent les derniers rêves ratés de l’Islah et de la Nahda que les élites n’ont su ni mesurer ni rendre efficients et irréversibles. Depuis des siècles nous sombrons dans le flot des maux produits par nos mots sans planification ni sens ni ingénierie.

Le Prophète Mohamed (saws) et ses compagnons, confrontés  à l’oppression, l’ont vaincu, car ils avaient le devoir de dire la vérité et d’agir comme ils étaient appelés à écouter les paroles et à en suivre l’excellent. Ils  étaient aussi appelés à ne dire que des paroles sensées et bien visées.  Les  mots sont viseurs  dans les batailles de sens, véhicules de symboles …   Ils disent : «j’existe, je résiste ».

C’est par la posture actancielle du verbe véridique que l’Arabe obscurantiste ante islamique s’est libéré de ses préjugés et de son isolat historique pour se donner vocation à exister comme civilisateur  et moyens de résister contre la marginalisation, les luttes intestines, l’esprit minus habens de l’errant sans projet pour l’homme ni pour l’humanité sauf celui de subsister. L’Islam lui a donné les mots, le désir, le devoir et la quête de rompre à son habitue de vivre en subsistant encerclé par les empires chinois, byzantins et perses. Subsister ou « sub » « sistere »  est étymologiquement un renoncement à l’existence au rang d’homme honoré par Dieu et à la résistance contre les empires qui ravalaient les humains au rang d’esclaves sans humanité,  d’humanité confiné dans la lutte de survie animale en sub-sistere c’est-à-dire en prenant position dans la posture du parfait soumis qui fait halte et qui prolonge sa halte en marge de l’histoire pour demeurer vivant en tenant tête à l’ordre des choses sans chercher à le comprendre ni à vouloir le changer. Khobsister ou Khobtsister, deux formes de subsistance des vaincus et des déserteurs refont surface dans un monde où prime la logique de force et d’intelligence sociale, culturelle, politique, militaire et économique.

En subsistant l’Arabe entretenait ses préjugés, ses limites, ses incohérences et son aveuglement. L’Islam a réintroduit la conscience et le sens des mots qui remettent debout l’humain et lui disent il est l’heure de se réveiller et de marcher debout et d’un pas alerte vers ce où « chacun est facilité pour ce qu’il a été créé » en l’occurrence exister sinon résister contre ce qui porte atteinte aux droits et aux devoir d’exister.

L’homme honoré par Allah et le Musulman élu par Allah ne peut se voir immobile et subissant les événements qui le mettent en infériorité, en domination par rapport aux positions des autres et en dehors de sa vocation d’être parfait ou perfectible pour se conduire et conduire les autres à exister en conformité avec l’humanité et l’islamité qui les invite à se promouvoir en responsable, prenant des positions qui siéent à leur humanitude. Le préfixe latin sub (sous)  et le verbe sistere (prendre position) qui consiste à subsister sous la tyrannie, l’idolâtrie est à rejeter car il place l’homme en situation de dominé, de soumis, de  démissionnaire, d’en dessous de ce que Allah attend de lui.

Les mots expriment un état, un sentiment, une pensée ou une action qui révèlent le rapport à l’autre :fraternité et solidarité ou agression et domination

Ils expriment la compétence d’Adam d’attribuer des noms à des êtres, des choses et des processus. La compétence humaine de tout nommer exprime le pouvoir de se déployer comme un champ de connaissances, un canevas d’idées, une ingénierie de processus et un réseau d’interactions.

Satan est intervenu comme un obstacle, une tentation, un danger, un ennemi, un leurre pour empêcher la compétence distinctive humaine de se déployer dans son aspiration au bien et au beau et lui interdire sinon lui compliquer les quêtes innées qu’elle porte en elle.

Nommer c’est exister et résister en racontant la mémoire du passé, l’attention de l’acte présent,  et l’espérance… Il faut nommer ses désirs, sa foi, ses projets, ses quêtes, ses amis, ses alliés, son projet de résistance et ses perspectives d’existence.

Les Palestiniens, privés de terres, continuent de nommer le retour à la terre comme la colombe de Noé symbolisait la fin du déluge et triomphe des résistants embarqués dans l’arche du salut. La Palestine continue d’offrir à l’humanité les racines spirituelles,  l’humus sociologique et le sédiment littéraire et intellectuel de la compétence de conjuguer  exister et résister.

Les verbes « exister » et  « résister » sont un même acte exprimé par le même verbe  « sistere » (se) positionner, faire face. Ce qui change c’est la commutation de sens  opérée par l’intention qui préside à l’acte et lui donne motivation, visée, symbole et  reconfiguration.

Exister ou « ex-sistere » consiste, à opérer un changement d’état en sortant  de soi, en allant vers l’extérieur, en cherchant de nouvelles issues ou en faisant rupture par rapport à un fait ou à une idée qui s’impose devant soi par un acte de repositionnement de soi et une reconfiguration de son face-à-face.

Résister ou « re-sistere » consiste à répéter des postures, à inverser des situations, à réagir contre des agressions, et à apporter des réponses aux intrusions par la reprise des positions perdues, la rupture avec l’inertie, le refus de s’aligner sur le sens imposé, la révision du face-à-face, l’apport de nouvelles réponses plus pertinentes et plus opportunes. Résister c’est continuer d’exister en redéployant ses actions après un changement de paradigme.

Il ne s’agit pas, ici,  de dicter une conduite à la résistance ou de parler au nom des résistants, mais de rappeler quelques évidences… Parmi ces évidences il y a les impostures qui font obstacle à la résistance dont les professionnels des négociations interminables, les diplomates du défaitisme de la paix arabe, les Pygmalion de « la résistance globale non violente » et les loups solitaires de la violence gratuite et implacable dans le monde arabe important « la résistance totale sans leader »…

Les invariants

Exister c’est affronter sans cesse les épreuves de vie ainsi que les oppositions intérieures et extérieures qui viennent contrarier le déploiement des possibilités de l’être ou rendre ce dernier réfractaire à toute idée de changement et de progrès.  L’être ontologique et social existe tant qu’il conserve son autonomie à se repositionner en permanence comme un sujet  en devenir dans son acte. Lorsqu’il perd son identité de sujet et le sens de ses actes, il cesse d’exister et devient objet soumis à des volontés contraires.

Exister est une manifestation de la globalité ontologique et sociale des croire, vouloir, savoir, devoir, pouvoir, faire et de leurs interactions dans les registres, invariants et singuliers, de la pensée et de l’activité politique, économique, intellectuelle, artistique …

Aussi vrai que l’être  et son acte sont  indissociables dans leur mutuelle détermination, la résistance et l’existence sont indissociables dans leur formulation et leur interaction. Il en est de même du croire (Amana) et de s’efforcer (Jahada).

Entre exister et résister,  la différence  est que dans un cas on prend davantage de position pour soi, et dans l’autre cas on prend davantage position contre le négateur de soi.  La différence actancielle est dans le rythme et le mode de changer de positionnement, de posture, d’actions, de dynamique, de consommation  du temps et  de l’énergie,   d’effusion de sang, de sueur et de larmes.

Confiner l’un ou l’autre dans un contenu, singulier  ou isolé, est en contradiction avec le principe de globalité. Ce principe  refuse les démarches taxonomiques simplificatrices et réductrices qui veulent confiner la résistance dans un cadre sectaire, une démarche partisane, ou dans une activité.  Le colonialisme est un moule axiomatique qui impose ses mots, ses valeurs, ses codes, ses concepts, ses symboles, ses produits, et ses interlocuteurs qu’il a produits, récupérés, recyclés et validés.

En déboitant l’existence de la résistance  et en négligeant leurs mécanismes globaux nous faisons l’impasse sur la lecture de la réalité et de sa dynamique la confinant dans un fait. Certains d’entre nous voudraient poser le problème palestiniens en termes de lobby faisant ainsi du conjoncturel et du singulier écran aux invariants du rapport colonisé-colonisateurs, opprimés-oppresseurs.

Division, dispersion, atomisation, diversion et subversion sont des armes que l’Empire pratique depuis toujours  pour saper les conditions d’exister et les possibilités de résister des peuples. La résistance globale c’est maintenir la dynamique et l’interaction de l’ensemble des idées et des activités qui expriment le  droit d’exister et le devoir de résister dans un projet de fédération, de cohésion et de coopération de toutes les forces sans exclusion ni exclusive.

L’esprit critique et la vision globale déconstruisent le formatage et renforcent  l’initiative crédible, viable et autonome contre l’oppression. Ils évitent de poursuivre un bouc émissaire désigné ou de s’enfermer dans le mimétisme.

Ni le retour aux sources ni le retour à la terre ne sont une réédition identique de ce qui fut sinon résister et exister finissent en  chimère, en utopie dans ce qui serait. La  loi universelle du changement impose de revisiter le Passé dans un devenir au lieu de vouloir l’importer comme une pièce d’archéologie, un fossile antédiluvien, un prêt-à-porter.

Le Prophète (saws) à Médine n’a pas distingué le Jihad contre l’oppresseur de ce qui donne existence globale à la communauté et à l’État : écoles, assainissement, forages, libération des marchés et du foncier des monopoles, interdiction de l’usure, socialisation des moyens de production, recapitalisation du commerce, de l’industrie et de l’agriculture par le travail et l’investissement, développement des réseaux de solidarité sociale, et asile pour les pauvres et les réfugiés.

 

Vérité immuable

Moïse (saws) nous apporte des éclaircissements magistraux sur les invariants de la résistance globale.

Il ne s’inscrit pas dans un rapport de force, mais il se positionne par rapport à la vérité. Il implique ses partisans et ses adversaires à se repositionner par rapport à la vérité. Il ne singularise pas l’acte d’exister de l’acte de résister. Il va poser les problèmes de l’existence et de la résistance de l’opprimé dans une même problématique et dans une seule et  même perspective. Exister et résister ne sont pas la juxtaposition d’actes linéaires successifs, mais le continuum d’un complexe de quêtes et d’actes faisant sens et contre sens avec la vérité, et faisant opposition ou alliance aux mensonges.

Il va dévoiler l’oppression dans ses deux formes de perversion. La première forme est l’abus dans la propre existence  de l’oppresseur du fait de sa cupidité vorace et de sa prétention narcissique à se croire meilleur ayant droit absolu.  La seconde  forme  est la transgression des droits d’autrui par la violence et les justifications.  Ces deux formes indissociables vont s’intérioriser comme mentalité collective ou fatalité.

Moïse va, sans formalisation juridique,  indiquer  les fondements iniques de l’oppression et des empires coloniaux : le droit d’abuser. Nous sommes donc interpellés, dans la pensée et l’acte de résistance globale,  sur les conditions morales, sociales, économiques et juridiques du capital et de la propriété. Il ne s’agit pas de brimer le capital et la propriété privée, mais de reposer les conditions de leur légitimité et de redéfinir les rapports sociaux à l’argent.  En vérité la question de l’oppression et celle de la résistance dépassent le champ matériel et économique. Le religieux, le culturel, l’idéologique, le psychologique, compris comme acte d’existence de l’homme honoré ou comme devoir de résistance pour restaurer ou préserver l’honorificat de l’homme, sont, selon leur emploi social et moral, des  obstructions ou des accélérateurs à l’existence digne et à la résistance efficace.

Moïse va donc amener tous les syllogismes fallacieux du camp dominant  à s’effondrer les uns après les autres. Il va amener toutes les fascinations, dans son propre camp, envers les symboles de l’oppresseur à se déconstruire.

Toutes les formes de despotisme économique, intellectuel, technologique, financier, militaire, territorial et politique s’épuisent par rapport  à la vérité qui s’énonce et qui dévoile le contenu et la logique des mensonges. Dénoncer le colonialisme ou faire l’apologie de la résistance ne suffit pas. Il faut saper l’arrogance et l’abus dans leurs fondements idéologiques tout en opposant  à leurs instruments de domination des alternatives globales de libération : idéologiques, morales, sociales, économiques, politiques et organisationnelles.

La vérité portée par Moïse porte Moïse. Elle est transcendance et immanence. Elle s’énonce comme évidence absolue, immuable, indivisible, inaliénable et irréversible. Elle est intrinsèque, elle se suffit à elle-même. Elle est une, inaliénable, indivisible,  sans dérogation ni condition suspensive ou limitative…

Moïse va conjuguer re-sistere et ex-sistere en aidant son peuple à devenir endurant et patient tout en lui apprenant les postures intellectuelles, morales, sociales et économiques qui lui permettent de se  tenir debout, de poser les assises de la libération, d’établir l’ossature de la communauté pour exister et résister. En écoutant le récit coranique on peut sans peine imaginer Moise et ses compagnons en train de  soutenir, de remettre debout, d’affermir, de fortifier, de consolider, de se mettre en quête de l’unité et de la Qibla annonciatrices de la fin de l’épreuve.

Si élever, construire, ériger, avancer sont des actes de résistances et d’existence qui fédèrent un peuple longtemps humilié et mis en situation de subsister sous les oppresseurs gaspilleurs, détruire, faire du mal se venger déshumanise davantage l’oppresseur et le rende vulnérable face à l’oppressé qui découvre enfin l’impasse totale de son tyran et entrevoit l’aboutissement dialectique de la contradiction entre l’oppresseur qui va épuiser ses moyens de répression et l’opprimé qui va se remplir de Sabr : endurance, constance avec espérance.

La perversion du rapport à la vérité par  la corruption, la tyrannie, l’injustice, l’atteinte des droits des autres, l’arrogance, la dérive démiurge ou la soumission à l’idole introduit des biais, des confusions ou des aveuglements dans le regard individuel et collectif qui ne perçoit que ses illusions et ses justifications mensongères. Le rapport à la vérité est indissociable du  rapport au savoir et aux références incontestables. Le despotisme est l’imposition d’un mensonge déclamé comme étant une « vérité ».

L’opprimé armé de vérité, non seulement ne voit pas le déficit de ses moyens comme un handicap, mais mobilise les moyens les plus judicieux pour sa résistance tout en se libérant  des limites du rapport des forces. Il va se libérer de ses résidus, de ses corps étrangers et de ses parasites pour se voir dans une perspective et une dynamique sans limites. L’oppresseur va faire le changement inverse en devenant plus vicié, plus vulnérable et sans perspective autre que celle de la spirale infernale de sa machine répressive. Pharaon est contraint de solliciter ses magiciens, ses armées, ses bâtisseurs, ses courtisans, ses vassaux. Il perd le monopole de la représentation et de l’initiative de la puissance. Il amplifie les conditions objectives et subjectives de sa contestation y compris au sein de son camp.

Le processus de confrontation à la vérité et au savoir conduit irrévocablement à l’effondrement des mensonges et de leurs appareils.

Les Palestiniens sont sur cette voie, il ne faut pas les en détourner, il faut les accompagner et dénoncer les tentations et les chantages qui veulent les conduire aux renoncements dans cette phase de confusion. La Turquie, le Qatar, l’Egypte et Mousaylima le grand gourou agissent de concert pour corrompre les Palestiniens  et les pousser à se dessaisir de leur devoir de résistance et de leur désir d’existence.

 

Priorité

Le Messie (saws) ne s’est pas focalisé sur l’occupation romaine et  son administration coloniale. La domination militaire et politique des Romains était secondaire  par rapport à la décomposition religieuse, idéologique, morale, économique, politique et sociale des Bani-Israël, ce concentré d’humanité que le Coran nous présente comme parabole sociohistorique.

La communauté des Bani-Israël du temps du Messie (saws) ressemble étrangement à notre communauté dans ses confusions et ses divisions.  Une communauté fragmentée entre intégristes, romanisants, hellénisants, commerçants cupides, doctes corrupteurs, adeptes de  Satan, seigneurs de guerre en quête d’un roi, populations sans repères.  Les véridiques, les justes  et les vertueux étaient en minorité.

Le peuple accablé par l’injustice, l’impôt, et l’usure ainsi que par l’instrumentalisation de la religion à des fins mondaines et politiques ne pouvait ni produire son argent, ni son élite, ni ses moyens d’émancipation.

Dans ces conditions, l’insurrection populaire contre l’Empire et ses vassaux politiques ne va pas libérer la société des causes profondes de l’oppression. Jésus a dénoncé le système qui rendait impossible la restauration de la vérité, la production des idées, la moralisation de la vie économique  et l’émergence des élites sociales préalables à la libération.

Il ne s’agit pas de prôner le désistement et la résignation comme réponse à la violence faite aux Palestiniens, mais de rappeler aux Arabes l’impératif de hiérarchiser les priorités et de refuser l’impertinence, l’inopportunité et l’incohérence des idées et des actes de  l’atomicité sociale et religieuse.

La confusion et la divergence sont des mouroirs. La confusion sur la vérité n’est pas produite par l’ignorance et l’erreur, mais par une volonté délibérée et préméditée de masquer la vérité, de propager l’ignorance  et d’induire le peuple en erreur pour usurper des privilèges et spolier des biens. La division est systématiquement entretenue par la culture du mensonge délibéré afin de garantir l’impunité  de la spoliation  et sauvegarder le pouvoir de l’imposture. La rente religieuse, historique, politique et économique annonce, accompagne et poursuit l’œuvre du colonialisme.

Si l’Empire romain cherchait la domination militaire, politique et économique du territoire, les castes religieuses cherchaient la domination absolue sur les consciences par la falsification des rapports à la vérité et par la corruption des savoirs.

Si Moïse était confronté à l’arrogance de Coré  et au désir mimétique qui viennent compliquer le rapport au despotisme de Pharaon, le Messie était confronté à un système d’aliénation  économique et idéologique produit par l’élite religieuse se réclamant de  Moïse. Les opposants au pouvoir en place se réclament eux aussi de Moïse sans être une alternative crédible et authentique pour porter la vérité, produire le savoir et libérer le peuple.

Le Messie nous montre que décoloniser les esprits est plus complexe que libérer la terre.

Le Messie n’a pas dissocié les causes de l’oppression de ses conséquences. Il s’est consacré, parallèlement à la proclamation de la vérité et au dévoilement des mécanismes intérieurs de l’aliénation à apporter des remédiations et des soulagements aux souffrances du peuple.

Les Romains et leurs alliés juifs empêchaient le Messie de nommer la vipère vipère et faisaient toutes les combines pour le faire tomber, l’obliger à s’arrêter, le contenir, le réprimer afin de circonscrire sa prédication et sa parole de vérité. Circum-sistere est l’art militaire  romain de  s’arrêter autour des villages et  auprès des populations pour les entourer avant de les attaquer et prendre par la force leurs positions. Circum-sistere est l’art de la casuistique religieuse et sociale pour vendre le faux à la place du vrai en montrant souvent le faux comme du vrai et le vrai comme du faux par la force de la persuasion des rhéteurs religieux. Entouré,  assiéger ou dénigré, le Messie avait adopté une autre posture il s’est consacré à assister les pauvres et les malades. Assister ou a-sistere consiste à devenir absent de la position, à marcher dans le sens imprévu de l’ennemi qui croyait comprendre la posture de son ennemi. La beauté de la situation c’est qu’il a été préservé de posture  tissée par l’ennemi interne et externe en prenant une autre posture qui consiste à assister les démunis et les esseulés. As-sistere prend aussi le sens d’être présent sur place, d’être à côtés pour secourir et aider.

Le jeu de mots ne peut montrer l’étendue du destin qui se jouait en ces moments-là, mais il témoigne de la force des mots et de l’ironie de ces mots lorsqu’ils sont rapportés à l’histoire des us et des autres. La plus grande ironie c’est que ces mots continuent de se jouer des uns et des autres car les médiocres qui répètent des mots religieux sans en comprendre le sens ou la portée et ont l’outrecuidance de parler au nom de Dieu et des Prophètes. L’ironie est cruelle car l’effusion du sang musulman au profit des ennemis des musulmans ne semble pas s’arrêter.

Tag sur tag et malheurs aux Arabes

L’Administration américaine a réussi sept coups de génie :

1. Ordonner à l’Arabie saoudite de financer la résistance afghane contre l’occupation bolchévique tout en laissant cette résistance divisée sur les postes de commandement et sur les programmes d’avenir.
2. Ordonner au Qatar d’héberger et de prendre en charge Youssef Qaradhawi et le futur staff du remodelage idéologique de l’orthodoxie sunnite.
3. Ordonner à son armée, à ses juges et à ses médias de couvrir Guantánamo pour inspirer la terreur et obtenir des concessions
4. Ordonner à l’armée égyptienne de s’estomper devant les Frères Musulmans.
5. Ordonner au monarque du Maroc et à son Makhzen de nommer un gouvernement « islamiste ».
6. Ordonner à ses réseaux et à ses vassaux de donner crédit, assurance aux mouvements islamistes et d’oublier un peu les mouvements laïcs. L’Amérique récupère la haine, l’esprit de revanche et les divisions internes des mouvances islamiques et se débarrasse des laïcs qui ont échoué dans leur passage de l’économie de pénurie à l’économie de marché faute de compétences et de soutien populaire.
7. Ordonner à Israël de supporter Mechaal à Gaza et son discours sur la résistance destinée à la consommation affective des Arabes fonctionnant à l’émotionnel et à l’autosatisfaction.

Pour chacun des sept points réalisé au profit et par l’Empire, les vassaux et les insouciants perdent l’équivalent en multiple ou en puissance sept. Nous ne voyons pas ses points se nouer comme un canevas qui tissent nos malheurs futurs, car Satan a le pouvoir d’enjoliver la laideur.
Les naïfs et les irresponsables horrifiés par ce qui se passe vont crier de nouveau : islam fasciste, islam réactionnaire, islam consumériste, islam politique sans culture politique et géostratégique. Ils oublient qu’ils sont en train de récolter ce qu’ils ont semé comme politique d’exclusion, d’abrutissement, d’éradication et de diabolisation.

Les cyniques aux aguets s’imaginent que c’est le meilleur moyen de se débarrasser de l’Islam politique : voir les mouvements islamiques se radicaliser et se montrer sous les visages attendus d’eux : cruauté, incapacité à gouverner et luttes intestines pour le pouvoir et la domination idéologique ou doctrinaire d’une faction sur une autre.

Les « Islamistes » convaincus de leur bon droit et confondant la manne céleste avec le leurre satanique jouent la pièce diabolique à fond : ils réalisent les desseins de l’empire et du sionisme. Ils déchirent, comme cela était prévisible dans l’échiquier américain, ce qui reste de relativement unis sur le plan des mentalités collectives et des espaces géographiques ; ils génèrent la méfiance qui accroit la haine et le peu de compassion des non musulmans réconfortés dans leurs préjugés sur l’Islam diabolique ; ils provoquent de la méfiance au sein des populations musulmanes qui ne sont pas préparées à des changements violents ou pacifiques vers l’inconnu.

Bien entendu le monde arabe succombe depuis trop longtemps à l’injustice des uns et au maraboutisme des autres pour disposer de grille de lecture ou de moyens de résistance. Comme une aiguille aimantée attirée et orientée par un champ magnétique les Arabes, gouvernants et gouvernés, islamistes et éradicateurs, savants et ignorants, larbins et zélés vont se retrouver une fois de plus les artisans de leur insenséisme et de leur marginalisation dans l’histoire des hommes. Cette fois-ci ils vont produire les néo harkis du néo colonialisme pour contrer non seulement l’Iran, mais l’axe Moscou-Pékin qui tente de faire émerger un nouveau pôle qui met fin à l’hégémonie impériale.

Tout ce qui ne change pas par lui-même sera inévitablement changé par les autres et au profit des autres. Les Musulmans vivant en Europe vont se réveiller dans quelques années dans une persécution inégalée dans l’histoire humaine. Une fois que l’Empire aura achevé sa mission, il laissera les Européens régler leur contentieux avec les Musulmans arrogants et bruyants. Que les gens braves, hommes et femmes, veillent dès maintenant à l’avenir de leurs enfants et à leur fréquentation. Il n’y a pas de Hijra possible car aucun lieu ne sera sur et prospère :

{Allah vous soumet cette parabole : Une cité vivait dans la paix et la quiétude, elle recevait sa subsistance abondante de toute part, mais elle s’est montrée ingrate envers les bienfaits d’Allah, alors Il leur a fait subir un aspect des affres de la faim et de la peur en conséquence de ce qu’ils ont commis. Et il leur vint, en effet, un Messager de parmi eux, puis ils le démentirent. Alors ils furent saisis du châtiment tandis qu’ils étaient injustes.}

Le monde musulman a perdu la raison : il se livre totalement à celui qui les a mis en servitude. C’est sans doute l’annonce du retour d’Aissa le Messie le fils de Marie. Il est fort probable que nos savants, nos intellectuels et nos chefs de partis islamiques seront du côté du Dejjal, le Messie imposteur, car trop imbus de leur ignorance et de leur haine ils ne peuvent plus voir la vérité ni comprendre les Signes. Le Messie a déjà annoncé que les imbéciles ne récolteront rien de bénéfique car ils n’auront rien semé pour leur bonheur dans ce monde et leur salut dans l’autre.
En effet les Arabes et les Musulmans, de tous bords et à chaque niveau de responsabilité, n’ont pas investi dans l’avenir, la connaissance et la défense de leurs intérêts. De gauche à droite, de haut en bas et de l’islamiste à l’anti islamiste, ils ont vécu comme des rentiers. Toutes les rentes ont été dilapidées : pétrole, religion, nation, histoire, révolution, diplôme, arabité, berbérité. L’heure de vérité approche à grands pas : récolter la poussière que nous n’avons semée.

Aux utopistes et à ceux qui cherchent une Hijra, une Dawla islamique ou un village de Hossein Imrane pour se réfugier contre le Dejjal méditez ces paroles d’Evangile faute de méditer le Coran devenu ésotérique, confisqué par les marchands du temple et les savants de l’égarement :

« Voici, disait-il, que le semeur est sorti pour semer. Et comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux, étant venus, ont tout mangé. D’autres sont tombés sur des endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre, et aussitôt ils ont levé, parce qu’ils n’avaient pas de profondeur de terre: mais, le soleil s’étant levé, ils ont été brûlés, et faute de racines, ils se sont desséchés. D’autres sont tombés sur les épines, et les épines ont monté et les ont étouffés. Mais d’autres sont tombés sur de la bonne terre, et ils ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Entende, qui a des oreilles !

Et, s’avançant, les disciples lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Et, répondant, il dit : « Parce qu’à vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, mais à ceux-là ce n’a pas été donné. Car quiconque a, on lui donnera et il aura en surabondance, mais quiconque n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé. Voilà pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils voient sans voir et qu’ils entendent sans entendre. Et pour eux s’accomplit la promesse d’Isaïe qui dit : Vous serez tout oreilles et ne comprendrez pas, vous regarderez de tous vos yeux et vous ne verrez pas, car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils ont fermé les yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, n’entendent de leurs oreilles, ne comprennent avec leur cœur, et qu’ils ne se convertissent. Et je les aurais guéris ! Mais vous, heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent ! Car en vérité je vous dis que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ils ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ils ne l’ont pas entendu !

Vous donc, écoutez la parabole du semeur. Chaque fois qu’un homme entend la Parole du Royaume sans la comprendre, arrive le Mauvais qui emporte ce qui a été semé dans son cœur; c’est celui qui a reçu la semence au bord du chemin. Celui qui a reçu la semence sur les endroits pierreux, c’est celui qui entend la Parole et aussitôt la reçoit avec joie, mais il n’a pas de racine en lui-même, il est, au contraire, l’homme d’un moment; survienne une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt il trébuche. Celui qui a reçu la semence dans les épines, c’est celui qui entend la parole, et le souci du monde et la duperie de la richesse étouffent la Parole, qui devient stérile. Et celui qui a reçu la semence sur la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : et celui-là porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. »

Le Messie fils de Marie avait le pouvoir, par la grâce de Dieu,  de ressusciter les morts et de donner vie aux oiseaux. Il avait prononcé ces paroles pour le petit groupe qui le suivait alors que la majorité bruyante était déchirée entre les bigots marchands du temple, les intégristes en quête d’un roi, les insensés sans Dieu ni loi, les pratiquants de magie, les partisans de l’administration romaine, les fervents adeptes de la culture hellénique, les nostalgiques de Moïse et de Salomon, les scribes colporteurs de syllogismes fallacieux…

Les semeurs d’illusions et d’attente messianique ne peuvent ni ressusciter les morts ni rendre justice, mais ils ont la compétence de jouer sur les émotions et les attentes d’une société qui ne produit ni semences ni semeurs, car elle livrée aux charlatans et aux démons de tout bord :

{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés. N’as-tu pas vu qu’ils sont errants dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ?} As Chou’âra  221 à 226

Les Bani Israël avaient l’avantage sur nous : ils cultivaient leur ego et attendait le Messie alors qu’il était parmi eux. Nous sommes pires qu’eux car s’ils ont été insensibles au vrai Messie qui leur semait des paraboles nous sommes sensibles au faux Messie qui nous sème de la diversion et de la subversion. Nous sommes pires qu’eux car nous produisons les mêmes contradictions en produisant des aberrations comme avec en plus la quête de l’illusion de  grandeur  dans ce qui produit le minus habens et la perte sèche :
« Le perdant est celui qui a vendu son au-delà pour l’ici-bas, mais le plus perdant est celui qui a vendu son au-delà pour l’ici-bas des autres »

Nous avons perdu le sens de semer et de lire les semences dans le monde et à ce titre nous ne pouvons ni être semeur ni prendre conscience que nous sommes plus que perdant, nous sommes  perdus.  Notre passé, notre présent et notre devenir sont toujours aux mains de l’Étranger qui les écrit et les façonne selon son dessein. Il est semeur et moissonneur, nous sommes des auxilliaires et de vulgaires consommateurs. Nous ne sommes que des pitres espiègles jouant les intéressants sans moyen d’action sur le jeu qui s’accomplit à notre détriment. Nous n’avons pas conscience de notre devoir et de nos responsabilités alors on nous fait montrer, comme d’habitude, midi à quatorze heures. Et pourtant la vérité par laquelle nous aurions pu voir les complots ainsi que nos défaillances est toujours là à nous interpeller :

{O Hommes ! Une parabole vous est fournie, écoutez-la : « Certes, ceux que vous invoquez, à l’exclusion d’Allah, ne pourront point créer de mouche, même s’ils s’y mettaient tous ensemble. Et si une mouche leur ravit quelque chose, ils ne sauront point le récupérer d’elle ». Faible de nature, le solliciteur et le sollicité ! Ils n’ont point apprécié Allah comme il se doit. Certes, Allah est  Omnipotent et  Invincible.} Al Hajj 73

{Prenez garde à une sédition qui ne frapperait pas uniquement les injustes d’entre vous}

Il est fort remarquable de voir comment l’Empire récolte ce qu’il a semé : la sédition en confisquant des émeutes arabes où les élites ont fait preuve d’incompétence et de convoitise à chercher le pouvoir au lieu de construire une résistance contre l’ennemi commun et une coopération pour résoudre les mêmes problèmes de sous développement.  Il est donc logique de voir le Qatar et le Maroc, pour ne citer que ses deux extrêmes géographiques, devenir les abris pour les révolutions islamistes alors que ces mêmes pays sont anti islamiques et anti démocratiques. Nous sommes devenus tellement incultes que non seulement nous ne pouvons ni semer ni récolter ni même être sensibles aux aberrations et aux absurdités de la rédition du même schéma afghan avec cette fois-ci l’Arabie saoudite en retrait mais avec les mêmes insensés en premières lignes.

Sobhane Allah rien n’a pu fédérer les fréristes, les sanafirs et les pieds nickelés ni le Coran ni le Hadith ni la langue ni le destin, mais Clinton les a mis au pas. Si j’étais metteur en scène ou producteur de films j’aurais produit « Les Enuques hilarants » ou « Les néo Mamlouks »

Il est sans doute temps que les bonnes âmes se retirent et se taisent pour ne pas ajouter davantage à la confusion et aux mauvaises herbes. Je viens de comprendre la parabole du Messie : « Bienheureux sont les faibles d’esprits » . Heureusement que le Messie est Musulman et qu’il va revenir pour restaurer l’Islam originel :  je n’aurais pas donc l’idée et l’embarras de me  convertir à sa religion puisqu’elle est déjà la mienne.

En attendant de voir des jours meilleurs je n’aurais pas l’outrecuidance de vous souhaiter une bonne année alors qu’il y a suffisamment de tag et de tartag… annonçant la normalisation avec le sionisme !

Omar Mazri

Le Général, la Suisse et Satan :

 

Entre le Général Khaled Nezzar, la  Suisse et l’opposition algérienne se joue une partie dont les pions sont les Algériens, l’échiquier l’Algérie et le  joueur Satan déguisé en Empire

Je vais tenter de  lever davantage  le voile  en écrivant une troisième fois sur le même sujet avec à chaque fois des perspectives de vues différentes. Je ne suis pas spécialiste en la matière et j’invite donc les spécialistes à appronffondir ce sujet car il y va de la salubrité morale et intellectuelle des Algériens ainsi que du devenir territoriale et de la souveraineté déja réduite de l’Algérie

Il s’agit de la nouvelle interpellation (convocation) du général Khaled Nezzar par la juridiction suisse qui le poursuivrait après qu’il y ait plainte déposée contre lui pour crimes contre l’humanité par des Algériens dont les proches ont été victimes des suites de l’interruption du processus électoral et des deux  décennies rouge et noire que l’incompétence des militaires et des politiques algériens ont occasionné.

Je ne suis ni juge d’instruction ni tribunal pour juger ou accuser qui que ce soit et encore moins pour innocenter ou incriminer un citoyen ou un cadre algérien. Je compatis et j’attends la vérité.  J’attends la justice et j’implore Allah qu’il accorde sa miséricorde aux victimes et à leurs familles et proches. J’implore Allah de dévoiler les commanditaires et les exécutants qui ont fait couler le sang sans droit et sans justice.

Je suis un Algérien qui a vécu et qui continue de vivre avec le désir de voir en Algérie s’instaurer un Etat de droit ainsi qu’une prospérité morale, sociale et économique. Je suis un Musulman algérien  attaché à l’Islam et qui considère que la majorité des Algériens sont musulmans à qui ils manquent la connaissance de l’Islam pour les mêmes raisons qu’ils leur manque l’éducation, la paix, le progrès, l’indépendance. Ce manque n’est pas propre à l’Algérie mais à l’ensemble de l’aire musulmane.

Cette aire souffre des mêmes déficiences, des mêmes lacunes. Leur origine sont dans la conjugaison des facteurs endogènes qui ont provoqué la décadence du monde musulman que le Prophète (saws) a désigné sous le terme de Wahn et des facteurs exogènes que le Coran a appelé « lorsque les rois (tyrans ou conquérants à culture d’empire) s’emparent d’une cité (un pays, une civilisation) ils la corrompent et avilissent son élite ».

Le Wahn des uns et la prédation cupide des autres interagissent comme des facteurs d’amplification et de complication. Ils représentent l’aspect par lequel l’œuvre satanique dans le monde s’exerce pour briser l’harmonie, la synthèse, le droit, la justice, la miséricorde et pousser l’homme à devenir un être  sans foi ni loi plongé dans les ténèbres des guerres, de l’oppression, de la perversion. Lorsque l’homme perd ce qui fait son humanité, il est déjà maudit qu’il soit avec ou sans religion :

{Satan vous promet la misère et vous ordonne l’infamie} Al Baqara 268

{Ceux qui consomment les produits des intérêts ne se lèvent que comme se lève, en se débattant, celui que Satan a possédé. Et cela parce qu’ils ont dit : « La vente n’est que semblable à l’intérêt », alors qu’Allah a rendu licite la vente et a interdit l’intérêt.}   Al Baqara 268

{tel est Satan : il fait peur à ses liges}  Ali ‘Imrane 175

{Allah l’A Maudit. Et il dit : « Je prendrai sûrement de tes adorateurs une part imposée, je les fourvoierai, je les leurrerai, je leur commanderai d’essoriller les bestiaux et je leur commanderai d’altérer la création d’Allah ! ».} An Nissa 118

{Il leur promet et il les leurre, mais Satan ne leur promet qu’égarement.} An Nissa 120

{O vous qui êtes devenus croyants, les boissons alcoolisées, les jeux d’argent, les idoles et les fiches ne sont qu’infamies, de l’œuvre de Satan, évitez-les donc, peut-être cultiveriez-vous. Toutefois, Satan ne veut que semer parmi vous l’animosité et la haine dans les boissons alcoolisées, les jeux d’argent, vous rebuter de psalmodier le Nom d’Allah et de la prière.} Al Maidah 90- 91

{Satan a excité la discorde entre moi et mes frères.} Youssef 109

{Et dis à Mes dévoués de dire ce qu’il y a de meilleur. Car Satan excite la discorde entre eux. Certes, Satan a toujours été un ennemi évident de l’homme.}  Al Isra 53

{Alors Moïse lui donna un coup de poing et le tua. Il dit : « Cela est de l’œuvre de Satan : c’est un ennemi fourvoyant évident ».} Al Qassas 15

{Et mentionne Notre serviteur Job, lorsqu’il appela son Dieu : « Moi, j’ai été atteint par Satan de fatigue et de tourment ».}  Sad 41

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous tenez conciliabule, ne tenez donc pas conciliabule de péché, d’agression et de désobéissance au Messager, et tenez conciliabule de bienfaisance et de piété. Et prenez garde à  Allah vers Lequel vous serez rassemblés. Le conciliabule ne tient que de Satan pour affliger ceux qui sont devenus  croyants} Al Mujadalah 10-11

{Satan s’est emparé d’eux et leur a fait oublier l’invocation du Nom d’Allah. Ceux-là sont le parti de Satan.} Al Mujadalah 19

{leurs cœurs se sont endurcis, et Satan leur a embelli ce qu’ils commettaient.} Al An’âme 43

{Satan les a séduits et leur a donné l’espoir}  Mohammad 25

Ces quelques Ayat, données à titre d’illustration, montrent d’une manière évidente et incontestable que Satan est derrière tout ce qui rompt l’équilibre et le sensé dans l’être ontologique ou social. Il lui fait perdre ses repères et joue sur l’ego et l’orgueil démesuré. Il est derrière la fabrication du Wahn et celle du colonialisme qui s’alimente et profite de ce Wahn. Il est derrière toutes les guerres, toutes les spoliations, toutes les idéologies matérialismes, toutes les formes de cynisme et de nihilisme.

Khaled Nezzar est un produit des conditions sociales, politiques, religieuses, morales et historiques qui ont facilité l’œuvre de Satan. Il n’est pas Satan pour en faire notre ennemi principal et oublier l’ennemi principal. S’il est vrai que le Général Khaled Nezzar est ce qu’il est et ce qu’il a fait de l’Algérie,  il est plus logique sur le plan de la religion et de l’idéologie de se mettre à réfléchir sur le pourquoi l’Algérie a produit un Khaled Nezzar qui a commis tant de dégats et a oublié un Malek Bennabi qui reste un potentiel d’intelligence que tout le monde occulte.

La blessure et la souffrance d’une personne lorsqu’il s’agit du drame d’un peuple, d’une tragédie nationale, ne peuvent quel que soit le prétexte légitime occulter les conditions objectives et subjectives qui ont produit la faillite de l’Algérie et que le militaire, le politicien, le religieux, le partisan, l’homme du commun ont réalisé chacun selon la mesure et la portée de sa nuisance.

Satan est ses liges intérieurs et extérieurs à nous ont produit,  par notre insouciance, notre paresse notre manque de lucidité et notre manque de vision stratégique, ce qui a fait nos malheurs et continuent de faire des ravages dans la société malgré les centaines de milliards de Dollars et les masses nombreuses qui remplissent les Mosquées.

Khaled Nezzar n’est plus au pouvoir même s’il continue de défrayer la chronique. Les « décideurs » sont tous morts ou moribonds, mais les seconds couteaux et les jeunes loups, y compris ceux issus du courant islamique et  ceux du courant qui se prétend démocratique, sont en panne de projet. Les victimes de l’arrêt du processus électoral se complaisent dans leur rôle de victime et de dénonciation du régime, mais ils ne parviennent pas à comprendre que ce discours est contre-productif en termes de communication, de proposition et de luttes contre le pouvoir.

Khaled Nezzar et d’autres généraux ne sont plus au pouvoir et hors de l’armée ils ne sont que des retraités dont la différence avec le Djoundi est le montant de la solde et les avantages matériels. Il serait faux et dangereux de se focaliser sur  Khaled Nezzar  comme s’il était Pinochet ou que l’Algérie était le Chili.

Il serait naïf pour l’avenir de l’Algérie de faire de l’affaire Khaled Nezzar un sursaut national ou une œuvre de salubrité publique. C’est un algérien qui est issu d’une structure algérienne avec ses contradictions. Ses contradictions sont peut-être plus visibles et plus nocives chez les uns, mais elles sont présentes dans l’ensemble du corps social et en particulier dans le corps intellectuel et politique algérien. Ce corps ne parvient toujours pas à réaliser l’auto critique et le bilan de conscience que l’Islam demande se contentant de la posture oppositionnelle et stérile. Il continue de se tromper de cible et de terrain de luttes. Nous avons toujours la culture de rentier y compris dans la religion et la  boulitique. Nous avons consommé et épuisé notre crédit. Le peuple s’est détourné vers d’autres sirènes, mais nous sommes loin de lui pour l’écouter ou écouter les chants qui le fascinent et le détournent de son devoir.

Nous sommes, par notre esprit victimaire incompatible avec l’esprit de l’Islam,  par notre confort intellectuel incompatible avec l’Islam, otage des manœuvres de Satan et de ses liges.

Satan est invisible, indestructibles car il n’est pas fait de chair, irrécupérable car il est destiné pour l’Enfer. Il agit en s’appuyant sur nos inconséquences, notre insenséisme et nos faiblesses. Ses armées sont organisées, intelligentes et disposent des laboratoires pour nous connaitre et agir en ses lieux et places. Ces laboratoires sous la coupe du nouvel ordre mondial, de la franc maçonnerie, du sionisme et des temples satanique des illuminés dans le monde œuvrent pour dominer le monde et le mettre en servitude afin d’assouvir l’appétit de pouvoir et de nuisance de Satan et détourner chaque être humain non seulement de la foi, mais aussi de la compétence de lire le monde et d’en comprendre les enjeux.

Je ne suis ni expert ni devin, mais je sais que ces organes au service de Satan ne recrutent que les intelligences brillantes et influentes dans leur société pour en faire des agents d’exécution ou de conception. Satan est orgueilleux, mais intelligent et apte à faire. Ce n’est pas un misérable indigent et stupide qui agit avec improvisation, émotion et faiblesse. Ce n’est pas un isolé insensé qui va chercher des isolés stupides pour constituer son armée. Pour détruire un pays, une religion, une vertu il met en conflit puis en guerre les partis, les gouvernants, les peuples,  les confessions, les ethnies et les idéologies. Pour parvenir à cette situation il a besoin d’intelligences crédibles et représentatives comme des intellectuels brillants, des savants charismatiques, des notables, des chefs militaires de grande envergure.

J’interroge l’opposition algérienne et l’armée algérienne : est-ce que le général Khaled Nezzar a des capacités intellectuelles et organisationnelles qui le prédestinent à devenir un instrument satanique ? Est-ce qu’il avait un véritable pouvoir dans l’ANP pour décider tout seul de l’avenir du pays ? Est-ce que l’armée algérienne est composée uniquement de dégénérés mentaux pour confier son destin et celui de l’Algérie au Général Khaled Nezzar ? L’histoire va répondre. Pour l’instant sa carrière militaire et ses livres répondent déjà à ces questions. Son arrogance au tribunal de Paris témoigne d’une intelligence au-dessous de la moyenne et de traits caractériels que partagent tous les Algériens instruits ou non instruits : le triomphalisme et l’arrogance.

Pour parvenir à détruire l’Algérie il faut une intelligence maléfique.

Cette même intelligence maléfique trouve un bouc émissaire aux problèmes algériens depuis trop longtemps déjà : le procédé continue de fonctionner à merveille puisqu’il parvient à cibler les martyrs de la Révolution algérienne et dans sa perfidie diabolique et cibler la révolution algérienne.

Cette intelligence nocive dans sa compétence et son cynisme a des effets visibles dans les révolutions arabes qui ont fait émerger des « sommités » arabes présentant un profil brillant sur le plan académique et social. Les Harkis algériens ne sont que des supplétifs auxiliaires dans les sales besognes de l’armée coloniale. Ils ne peuvent ni décider ni influer sur le cours de l’histoire ni avoir une quelconque crédibilité ou   prétention à s’imposer comme solution ou comme partenaire de la France dans l’Algérie française ou dans l’Algérie indépendante. L’intelligence satanique, maçonnique, sioniste s’appuient sur des compétences éprouvées. Nous voyons comment l’Amérique révoque certains  membres de l’opposition syrienne pour leur incompétence à réaliser le dessein de l’Empire.

Quel est donc le dessein de l’Empire en ciblant le Général Khaled Nezzar ?

L’Empire cible l’ANP et la soumet au chantage pour qu’elle prenne peur et intègre docilement le rôle et la place qui lui a été réservé dans le dispositif de gouvernance mondiale : elle passe de comptoir commercial français à base militaire coloniale pour gérer l’Afrique subsaharienne et servior d’auxiliaire à l’OTAN.

L’Empire cible l’ANP et la soumet sous pression pour qu’elle accepte de s’intégrer dans la nouvelle géopolitique qui donne à l’Islam partisan (et non politique comme veulent le montrer les médias français qui font de la diversion, car ils comprennent de mieux en mieux la perte de l’Algérie sur l’échiquier français). Cet islam partisan par manque de lucidité et par excès d’orgueil ou de victimisation  agit comme par le passé avec toujours le primat sur l’émotionnel et les « espoirs » que sur la raison  et l’étude des conditions objectives et subjectives.

Le plan satanique cultive ce sentiment victimaire, cet esprit revanchard, cet espoir de réaliser la Dawla Islamiya et de pendre les traitres car ce sont ces contradictions qui viennent s’ajouter à celles des éradicateurs et des laïcistes algériens qui rendent le clivage religieux nécessaire et urgent masquant le clivage réel et impératif : construire l’Etat de droit, fédérer la nation sur la justice, la solidarité  et la liberté, constituer un front de résistance contre le temple satanique et sa nouvelle religion le nouvel ordre mondial.

C’est cette illusion satanique qui fait qu’on cultive ses désirs de vengeance, ses espoirs de prendre sa revanche sans voir que ce sont les mêmes qui passions, les mêmes instruments et les mêmes intérêts qui nous ont colonisés, qui ont exigé et obtenu la fin du processus électoral remporté par les islamistes en Algérie, qui ont défendu, accepté et soutenu les « révolutions » menées par les « islamistes », qui ont soutenu et légalisé l’occupation de la Palestine et les agressions contre Gaza.

Ce serait mortel pour l’esprit et pour notre territoire que de croire que la Suisse, la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne soient devenus tolérants envers l’Islam et soucieux des intérêts des musulmans. Les droits de l’homme, l’aide humanitaire, l’ingérence militaire sont des instruments sataniques pour allumer les feux et soutenir un camp contre un autre. Il faut être un ignorant en histoire pour ne pas voir comment la guerre fratricide entre l’Iran et l’Irak a été fomentée et menée pour qu’elle dure jusqu’à faire effondrer les deux pays et avec eux tout le monde musulman.

Je ne vais répéter inlassablement les stratégies de Brezinski et de Bernard Lewis qui sont en train de se mettre en place et que l’axe de la résistance tente de contrer dans l’indifférence des insouciants et des manipulés arabes et musulmans. Ces derniers ne parviennent toujours pas à comprendre que le terme islamisme et islamiste qu’ils nous refusent, car il évoque pour eux la loi de Dieu, est le paradoxe qui les confond et qui nous confond avec eux. Ce sont eux qui nous ont vendu ces concepts et ces mots pour entretenir la division et des foyers de subversion dans nos pays. Ce sont eux qui sont les plus hostiles à la loi de Dieu car l’idée de Dieu est le combat ultime qu’il livre contre l’humanité.

Nous devons œuvrer pour faire émerger ou pour faciliter tout ce qui fédère les forces conscientes et agissantes dans nos pays sur des clivages réalistes. Ni le radicalisme étroit, ni le pragmatisme des compromissions, ni l’esprit revanchard ne nous mèneront à bon port. Les décennies 90 et 2000 doivent être reportées dans leur contexte international et national historique et géopolitique pour ne pas se focaliser sur des noms ou sur des erreurs graves qu’il nous faudrait surmonter par la lucidité et le sens du devoir. Ce qui se passe dans le monde arabe et musulman est suffisamment éloquent pour ne pas tomber dans l’illusion de la justice internationale, française ou suisse.

Nous sommes Algériens, soucieux d’un Etat de droit et d’un pays souverain. Que les médiocres qui nous gouvernent puissent nous amener à perdre notre souveraineté en laissant le pays proie sans défenses aux prédateurs est leur crime dont ils devront rendre compte.  Que les médiocres aient bafoué nos droits et empêché le potentiel du peuple algérien de s’exprimer est une vérité  connue par tous n’en faisant pas un culte ni une diversion sur les devoirs qui nous incombent à tous et que Moussa et Haroun (saws) ont admirablement  montré :

{Allah notre Dieu ! Ne nous châtie pas à cause de ce qu’ont fait les insensés de parmi nous}

Le refus de l’insenséisme nous commande de mettre nos sentiments et nos souffrances, mêmes les plus légitimes et les plus légales, de côté et voir ce que nous dicte notre religion et ce qu’impose le devoir de faire face à Satan et ses liges :

Il appartient à la justice algérienne de juger un Algérien, général ou commun des mortels, s’il y a plainte contre lui pour un crime ou une malversation commise en Algérie ou contre un Algérien. Aucune juridiction n’a compétence en cette matière. Donner à une juridiction étrangère cette prérogative c’est lui permettre, au nom de de la jurisprudence, de s’attaquer à la souveraineté nationale. Si nous le tolérons aujourd’hui, d’autres Algériens  en seront les prochaines victimes dans un avenir proche. Nous devons réfléchir et agir en Commis de l’Etat même si cet Etat est absent ou mal occupé. Nous devons réfléchir et agir en responsables même si les gouvernants actuels sont irresponsables.

Si Satan nous fait peur ou s’il sait nous suggérer le faux espoir ou le désespoir exagéré pour nous pousser à réaliser ses objectifs, croyant réaliser les nôtres, nous devons garder à l’esprit que nous sommes musulmans et que notre islamité doit être en harmonie avec l’intelligence. Ce serait dramatique pour l’intelligence politique, la loi religieuse et la foi en Dieu de céder à son égo et de réclamer justice pour soi ou pour son pays dans des conditions que la morale et la religion désapprouve.

Si un coupable échappe à  la justice humaine dans ce monde, il n’échappera pas à la Justice de Dieu. C’est dans la Justice de Dieu que nous avons confiance. Si par contre nous livrons un innocent ou un fanfaron qui cache les véritables commanditaires à la justice humaine qui réalise à travers des lui des objectifs sataniques nous aurons commis un grave péché.

C’est bien de traduire un criminel en justice, mais le mieux et le plus urgent  n’est pas de le convoquer par des juridictions étrangères, mais de faire prendre conscience au peuple de la nécessité de faire pression sur le gouvernement pour plus de droit, d’équité  et de transparence dans la justice et ainsi rendre passible de justice tout manquement au droit et par voie de conséquence mettre fin à l’impunité. On pourrait faire passer en justice tous les généraux algériens sans que cela ne change dans notre situation abstraction faite que ce serait une grave erreur de considérer tous les généraux, tous les officier et toute l’ANP comme une caste ou une junte chilienne. Les civils algériens sont pires que les militaires. Ces derniers ont l’avantage sur les civils d’être un corps constitué organisé et administré. C’est à nous de réaliser l’État de droit. Confier à une juridiction étrangère le privilège de juger un des nôtres, même s’il n’est pas le meilleur et même s’il est accusé du pire,  c’est rendre le chemin vers l’État de droit plus hypothétique et plus tordu.

Mohamed (saws) n’a jamais sollicité l’aide de l’empire perse ou de l’empire romain. Djaâfar en Abyssinie avait demandé l’exil et le droit de vivre en paix et libre le temps que les changements salutaires arrivent. Lui et ses compagnons ont fait de la prédication par leur comportement vertueux. Ils n’ont jamais demandé l’intervention étrangère. Ils avaient confiance totale en un Dieu Unique et Souverain qui allait, le moment choisi par Lui, faire triompher la vérité et la justice. Nous n’avons pas le droit de faire ce que notre Prohète (saws) et ses compagnons n’ont pas fait. Nos gouvernants médiocres et despotes sont une épreuve pour nous et nous sommes une épreuve pour eux. Il n’y a pas de place au triomphe personnel et à n’importe quel prix dans cette épreuve. Le prix est l’Enfer ou le Paradis dans l’au delà et la vie digne ou l’humiliation dans cette vie.

Ce que je dis va sans doute soulever, comme d’habitude, des haussements d’épaules et des suppositions malveillantes à mon égard, je suis sans complexe. Je n’ai pas le rang et la notoriété de Qaradhawi, mais j’ai suffisamment de scrupules et  de lucidité pour être plus authentique et plus responsable.

Les Musulmans et les Arabes, complexés par la domination occidentale, ne croient pas à la théorie du complot. Il est plus facile de foncer tête baissée que de refuser l’empressement et le sentimentalisme.  Il est plus facile de faire du Coran une potion magique pour calmer ses rhumatisme ou se désenvouter du Djinn  que d’en faire un Livre de libération de Satan et de ses liges. L’esprit partisan qui fragmente la communauté musulmane et  pose l’Islam comme une imposition au lieu d’être une méthodologie de vie provient de  Satan qui embellit l’ego humain.

Il n’est pas trop tard pour relire le Coran et regarder l’histoire du monde recommencer sous nos yeux… Il n’est pas trop tard de se pencher sur ces ONG qui se revendiquent en faveur des peuples musulmans et des opprimés : quels sont leurs mobiles, leurs commanditaires, leur implication avec la CIA, le sionisme, la Franc-maçonnerie. J’ai du mal à croire  que vint ans plus tard, une fois que l’Algérie, est KO, on vienne enfin s’occuper des victimes et des bourreaux par humanisme. Je suis sceptique.

Je suis sceptique sur la nature et le lieu du pouvoir en Algérie. Aucune étude, aucun scénario ne s’est montré crédible pour identifier le pouvoir réel en Algérie pour pouvoir en toute objectivité imputer à Flen ou à Felten l’intégralité des massacres des populations, mais aussi la destruction de l’Algérie. La destruction systématique du potentiel de l’Algérie  est tellement évidente par son efficacité qu’elle ne peut être l’œuvre de la seule médiocratie ou de la seule tyrannie. Il est peut-être temps de faire moins de bruit pour surprendre les pas et les paroles secrètes des destructeurs de l’Algérie et de leur opposer une résistance nationale selon l’expression chère au défunt Mehri « sans exclusion et sans exclusive ».

S’il vous plait ne regardons pas le doigt de Satan qui nous cache la vérité. Elle est plus amère et plus nauséabonde que les mobiles qui ont rendu légitime l’effusion du sang sacré. Regardons du coté de ceux qui ont le profil adéquat pour être recruté par les illuminatis !

Si vous voulez connaitre le mode opératoire et les cibles des illuminatis je vous invite à lire « Des pions sur l’échiquier » du général canadien Guy Carr qui s’est interrogé sur le pourquoi des guerres pour parvenir à la Synagogue satanique et aux illuminatis. Il nous offre 250 pages d’analyse documentaire et historique qui recadrent les événements contemporains dans le cadre d’une lutte plus global, plus ancienne et plus décisive :

«  je travaille depuis 1911 à essayer de découvrir pourquoi le genre humain ne peut vivre en paix et jouir des bienfaits que Dieu lui accorde avec une telle abondance ? et je n’ai percé le secret que vers 1950 : les guerres et les révolutions qui ébranlent nos vies et les situations de chaos qui en résultent ne sont rien moins que les effets d’une Conspiration Luciférienne toujours en place.

Tout cela démarra à l’origine dans cet endroit de l’Univers que nous appelons le Ciel, où Lucifer s’opposa au Droit de Dieu d’exercer l’autorité suprême.

… L’idéologie Luciférienne déclare que le pouvoir, c’est le droit. Elle proclame que les êtres d’intelligence véritablement supérieure ont le droit de diriger ceux qui en sont moins pourvus parce que la masse ne sait pas ce qui est bon pour elle.

… En 1784, la Providence permit au Gouvernement Bavarois d’entrer en possession de preuves qui établissaient l’existence réelle de la Conspiration luciférienne.
Adam Weishaupt, ancien élève des jésuites, professeur de Droit Canon, abandonna le Christianisme et embrassa l’idéologie luciférienne alors qu’il enseignait à l’université d’Ingoldstadt. En 1770, les « prêteurs d’argent » (qui avaient récemment créé la Maison Rothschild) l’engagèrent à réviser et moderniser les vieux Protocoles destinés à donner à la Synagogue de Satan la domination mondiale définitive. Ils avaient l’intention d’imposer l’idéologie luciférienne sur ce qui resterait de la Race Humaine après le dernier cataclysme social, par l’usage du despotisme Satanique. Weishaupt acheva son travail le 1er Mai 1776.
Le Plan prévoyait la destruction de tous les gouvernements et religions existants [2].
L’objectif devait être atteint en divisant les masses qu’il dénommait « Goyim » (= Bétail Humain) en partis opposés et en nombre toujours Plus grand dans les domaines politiques, sociaux, économiques, raciaux, etc. Les Partis ainsi opposés devaient ensuite être armés et un « incident provoqué les obligerait se combattre et à s’affaiblir tout en détruisant les Gouvernements Nationaux [3] et les Institutions Religieuses.

… Dans les Collèges et les universités, les Illuminati devaient recommander les étudiants possédant des capacités intellectuelles exceptionnelles, appartenant à de bonnes familles ayant des relations internationales, pour un entraînement très spécial à l’internationalisme. Cet entraînement devait être dispensé en accordant des bourses aux étudiants ainsi sélectionnés. Il était prévu de les endoctriner dans l’ « Idée » que seul un Gouvernement Mondial mettrait fin aux guerres et aux tribulations incessantes [5]. On devait leur apprendre et les convaincre que les hommes aux capacités spéciales et les « Cerveaux » avaient le droit de diriger les moins pourvus car les « Goyim » (la masse du peuple) ne savent pas ce qui est bien pour eux au point de vue physique, mental et spirituel

Les personnes influentes destinées à tomber sous le contrôle des Illuminati et les étudiants spécialement éduqués et entraînés devaient être utilisés comme agents et placés dans les coulisses de tous les gouvernements en tant qu’ « Experts » et « Spécialistes ». Ils pourraient ainsi conseiller et persuader les hommes en place d’adopter leurs politiques qui serviraient à long terme les plans secrets des mondialistes et amèneraient la destruction finale des gouvernements et des religions qu’ils devaient servir.

Les Illuminati devaient obtenir le contrôle de la Presse et des autres agences qui distribuent l’information au public. Les nouvelles devaient être déformées de façon à ce que, nous, les « Goyim » finissions par croire que le Gouvernement Mondial est la seule solution à nos nombreux et divers problèmes

… Ainsi, pendant que Karl Marx écrivait le Manifeste Communiste sous la direction d’un groupe d’Illuminés, le Professeur Karl Ritter, de l’Université de Francfort, rédigeait son antithèse sous la direction d’un autre groupe d’illuminés pour que les dirigeants de la Synagogue de Satan puissent utiliser les divergences des deux idéologies pour diviser toujours plus les hommes en partis opposés. Ainsi, une fois armés, ils arriveraient, par provocation, à se combattre et à se détruire, et à détruire avec eux leurs institutions politiques et religieuses. »

 

Le Général Guy Carr a remonté l’histoire jusqu’aux origines de la Révolution française en consultant les documents d’archives. Nous disposons d’une source plus authentique et plus ancienne que celle du Général : le Coran qui dit :

{Et ils ont suivi ce que les démons rapportaient sur le règne de Salomon. Et Salomon n’a point été mécréant, mais ce sont les démons qui sont devenus  mécréants. Ils enseignaient aux hommes la magie et ce qui avait été révélé aux deux Anges Hârout et Mârout, à Babel, lesquels n’enseignaient à personne sans dire tous deux : « Mais nous sommes une tentation. Ne mécrois donc pas ». Ils apprennent ainsi, – de ces deux-là – ce avec quoi séparer entre l’homme et sa conjointe.} Al Baqarah 102

Qui sont ces « ils » ?

Le Coran nous dit qu’il s’agit des « ennemis d’Allah, de Ses Anges, de Ses Messagers, de Gabriel et de Mikaël ». Il s’agit ds pratiquants de  la culture talmudique  apparue après Moïse et qui se sont  spécialisés dans la magie et les Kabbales en transgression de la Thora. Le Messie est venu avec l’Évangile (Al Injil : la faucille qui coupe à ras du sol ce qui a été ajouté et déformé pour falsifier le Message des Prophètes et promouvoir le message de Satan). Cette culture aux mains des pharisiens, des usuriers et des conquérants allait donner la Franc-maçonnerie, le sionisme et le satanisme ennemis des Juifs attaché à la Thora et de l’humanité attachée à Dieu, à la paix, au respect et à la concorde.

La théorie du complot est une vérité coranique que nous ne devons pas prendre à la légère. Entre le Général Khaled Nezzar et le Général Guy Carr il y a l’histoire de la malédiction du monde et de ses acteurs qui sont d’une intelligence maléfique. Il s’agit d’une intelligence supérieure. Le général Guy Carr confirme ce que nous dit le Coran sur cette science occulte qui s’apprend comme une science d’initiés cooptés par Satan et ses liges. Notre général n’a pas la stature pour apprendre ces savoirs ni l’envergure pour être coopté. Au pire des cas, il aurait été l’instrument d’une machination dont il ne pouvait comprendre les mécanismes. Elle lui a suggéré qu’il était le sauveur de l’Algérie. Il y croit encore. Il faut être dépourvu d’intelligence pour continuer à le croire après toutes ces catastrophes.

Si Khaled Nezzar était une intelligence au service de la gouvernance mondiale jamais il n’aurait été inquiété à Paris ou à Genève. Si par contre il n’est pas cette intelligence qui a le pouvoir, le diabolisme et l’art de détruire l’Algérie alors en lui imputant le rang qu’il n’a pas ces ennemis se ravalent au rang de plus stupides que lui. Dans un cas comme dans l’autre,  ils ne travaillent pas à la clarification, mais à la confusion. Télécharger le livre du Général qui lève les ambiguïtés sur Satan et notre général /

Des pions sur l’échiquier