L’attaque prévue a bien eu lieu et après !

 

L’attaque prévue a bien eu lieu ce samedi 14 avril 2018.

Elle confirme ce que nous savons déjà :

– Les armées occidentales ne combattent plus pour les causes classiques occidentales impérialistes de conquête de territoires et de gains commerciaux ou pour l’idéal des droits de l’homme et du triomphe de la liberté et de la démocratie, mais agressent les peuples que les médias désignent pour cible et agissent comme des mercenaires. Il n’échappe à personne que les pays qui ont participé à l’agression contre la Syrie ont été largement arrosés par le prince Mohamed Salman agissant comme un insensé arrogant et gaspilleur.

– L’armée arabe syrienne, le pouvoir politique syrien et les populations syriennes ne baissent pas les bras et affichent leur détermination à résister et à remporter d’autres victoires contre les terroristes que les saoudiens, les qataris, les turcs, les américains, les français et les anglais ont recrutés, mobilisés et équipés.

– Les russes ne sont pas intervenus, nonobstant les cris de victoire des médias occidentaux, car l’évaluation de la situation a été correcte de leur part : l’attaque a valeur symbolique et il appartient aux seuls syriens d’y répondre pour montrer leur compétence intrinsèque de combativité et leur maitrise technologique.

– L’armée syrienne a réalisé un excellent score en abattant 71 Cruise missiles sur les 103 lancés. C’est un taux de réussite de 70%. Résultat prodigieux que les médias vont mépriser, mais que les “alliés” et l’entité sioniste vont analyser avec effroi. La Syrie l’a réalisé seule sans le concours des russes. Cela montre l’intelligence stratégique des Russes. Cela laisse penser que les Russes avaient déjà livré et installé les systèmes de défense et que les Syriens les ont déjà intégré. Personne ne sait comment vont évoluer l’intensité des frappes et la durée de l’agression, mais nous pouvons dire sans risque de nous tromper que si l’agression est symbolique, elle ne change rien à l’équation du terrain : la Syrie a remporté une victoire qui va changer la donne internationale et régionale et réaliser la fin de l’hégémonie américaine devenue une hyperpuissance super impuissante. Si l’agression continue, la Russie et les forces de résistance en Syrie et ailleurs vont entrer dans le conflit et contraindre les américains et leurs vassaux français et anglais à négocier en position d’humiliation et de défaite. L’avenir de Trump est plus incertain que celui de Bachar al Assad.

– Si le conflit venait à s’étendre et à s’intensifier, même si le rapport des forces est en faveur de la coalition des mercenaires, la Syrie est capable de résister. La Serbie, isolée, a résisté vaillamment avant de capituler. La Syrie n’est pas seule et elle n’a pas encore épuisé son potentiel de défense.

– Enfin bombarder de loin et détruire des infrastructures militaires et civiles avec les moyens les plus destructeurs ne suffit pas pour gagner une guerre. Pour gagner la guerre il faut réaliser deux objectifs : occuper le sol, faire taire la voix de son ennemi. Pour l’instant les images montrées révèlent des lieux désaffectés : les images de l’enfer de Bagdad et de Belgrade ne sont pas là. On ne peut faire confiance aux mercenaires, mais tout indique que les frappes ont visé l’opinion publique et ont cherché à sortir de l’impasse diplomatique et de l’escalade militaire sans trop d’humiliation.

– La confusion et le chaos de l’administration américaine vont apparaitre plus évidents et plus dramatiques montrant la défaite psychologique, politique, militaire, économique, social et culturel du modèle atlantiste.

– Les médias de l’entité sioniste sont déçus de l’attaque signifiant la déception du renseignement sioniste sur l’efficacité des frappes contre la Syrie. Ils sont habitués à voir des corps déchiquetés et brulés et là ils ne voient que de vieux bâtiments ébréchés dont certains ont déjà été évacués et d’autres ne sont probablement que des leurres rendant l’efficacité des frappes inférieure à 10%. Ils craignent que les frappes ne soient que symboliques et la panique de gérer un avenir à portée des missiles syriens et iraniens et des infiltrations du Hezbollah frappant leurs arrières. L’avenir est sombre pour l’entité sioniste.

– La France a perdu l’ultime chance de jouer un rôle positif dans le monde arabe. Les peuples n’oublieront jamais.

– Les agresseurs ne pourront jamais apporter de preuve sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien à Douma. Une fois les passions apaisées et les fascinations oubliées, la question majeure se posera de nouveau : pourquoi “punir” sans preuve, pourquoi tant de guerres. Les Occidentaux finiront par avoir la nausée devant le cynisme et la nuisance maléfique de leurs dirigeants et de leurs médias. Leur nausée sera plus grande lorsqu’ils comprendront que les grands politiques de ce monde avec leurs grandes armées, leurs grands services de renseignements et leurs grandes ressources scientifiques et technologiques se sont fait leurrés par de petits informateurs et de minables terroristes. Le général Mattis, secrétaire à la Défense, à quelques heures de l’attaque contre Damas déclarait aux législateurs américains jeudi que le Pentagone n’avait aucune preuve que le chlore ou le sarin avait été utilisé à Douma et que la majorité des revendications provenaient des médias et des médias sociaux. Alors que Emmanuel Macron depuis un petit bourg de France, dans une petite école maternelle et face à un petit journaliste affirmait qu’il avait la preuve que des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad. Ce sont ces contradictions risibles qui nous permettent d’affirmer que c’est la fin des rigolos qui hélas vont se permettre d’occire des millions de vies humaines par leur folie et leur insouciance.

– La folie et l’insouciance ne vont pas s’arrêter à la Syrie si l’escalade ne venait pas à être stoppée tout de suite mais s’étendre à l’Iran, la Russie puis la Chine. L’équation à ce niveau est simple ou c’est le triomphe des forces maléfiques et de Satan ou l’effondrement de l’Empire atlantiste et émergence d’un nouvel ordre mondial sur les décombres de l’ancien. Il ne s’agit pas de vœux, mais de lois dialectiques objectives qui gouvernent l’Histoire et l’alternance des civilisations humaines. Jamais Dieu ne permettra le triomphe de Satan sur l’Homme, il ne reste donc que l’effondrement de l’Empire qui va de plus en plus vite et de plus en plus chaotique vers sa fin. Ils sont amenés  graduellement et progressivement vers leur perte sans s’apercevoir et sans le ressentir de telle façon qu’ils n’ont aucune possibilité de trouver parade ou de trouver amendement : c’est la Sunna d’al Istidraj

وَالَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا سَنَسْتَدْرِجُهُمْ مِنْ حَيْثُ لَا يَعْلَمُونَ * وَأُمْلِي لَهُمْ إِنَّ كَيْدِي مَتِينٌ

– Quel est l’après-frappe ? Si le quatuor USA, France, Angleterre et entité sioniste n’a effectivement réalisé aucun de ses objectifs, le quatuor Syrie, Russie, Iran et Hezbollah vont achever leur maîtrise totale sur la Syrie en ouvrant trois nouveaux fronts et liquider les trois bastions de subversion : Idlib près de la frontière turque, Derâa près de la frontière jordanienne et les bases de déploiement américain en Syrie. En dehors de la Syrie nous verrons des opérations militaires qualitatives au Yémen et en Afghanistan. Nous verrons également une collaboration économique et financière sino-russe fragilisant l’ancien ordre mondial atlantiste. Pour l’instant le président Bachar al Assad sort renforcé dans sa légitimité et sa crédibilité par un soutien populaire arabe et syrien et sans doute une grande considération auprès des couches populaires mondiales. Après le tapage triomphaliste et dés-informateur des médias occidentaux et des bédouins nous verrons le retrait total des soldats américains de la Syrie et de l’Irak et l’isolement du Qatar et de l’Arabie saoudite.

Agression de la Syrie : diversion ou dérision ?

Agression de la Syrie : diversion ou dérision ?

Ce soir ou demain il se pourrait que Damas se couche ou se réveille au son des Tomahawks avec leur lot de décombres, de sang et de larmes encore une fois dans une contrée arabe et musulmane. Encore une fois les infantiles de l’islamisme inculte et « idiot utile » vont crier Allah Akbar en hommage à la hardiesse des Cerbères occidentaux et arabes (chien à trois têtes, sans religion ni identité, gardant l’entrée des Enfers empêchant les morts de s’échapper de l’antre d’Hadès) et en soumission totale et aveugle aux ordres d’Hadès frère aîné de Zeus, ayant la mission  de gouverner les entrailles de la terre et  l’attribut d’invisibilité qui le rend invulnérable comme Satan. Les mythes et les miteux qui jouent aux divinités ne réalisent pas que leur nouvelle agression signifie pour eux la fin de partie dans l’histoire des hommes et du monde post moderne (le monde de la communication, du spectacle et du commerce).

Que la frappe américaine ordonnée par le roi de l’Olympe et approuvée par ses Sbires soit ciblée pour faire diversion et contenter les opinions occidentales fascinées par les médias et aliénées par le crédit ou planifiée pour répondre aux désirs de nuisance maléfique des élites exigeant la capitulation du régime de Damas et l’assassinat du président syrien, la partie est finie, bien finie même si dans le monde visible et immédiat on ne voit pas encore la fin tout occupé à nos querelles idéologiques, à nos sectarismes religieux et à nos attachements partisans. L’humain est en danger et c’est en Homme que nous devons analyser la situation et prendre position.

La partie est finie et perdue pour la simple raison qu’aucun des buts de la guerre subversive contre la Syrie n’a été réalisé même partiellement : le démembrement de la Syrie, la fin de l’influence iranienne et l’élimination des arrières logistiques du Hezbollah. Après les défaites successives et cuisantes de l’opposition armée syrienne et cosmopolite et surtout après la bataille stratégique de la Ghouta l’équation est en faveur du régime syrien et de l’armée syrienne qui reprennent le contrôle de leur territoire, de la Russie qui joue son rôle de leader mondial contre l’ordre établi par l’hyperpuissance américaine et ses alliés, de l’Iran qui instaure sa stature d’acteur régional majeur, et enfin du Hezbollah qui a développé ses capacités de résistance et élargit ses compétences offensives.

Une nouvelle agression ne changerait rien à l’équation militaire sur le terrain tant pour la présence russe et iranienne que pour l’armée syrienne et le Hezbollah. Ces derniers sont décidés à résister et à conserver leurs acquis militaires et politiques. Toute guerre, locale, régionale ou mondiale n’a de sens que si elle consolide des positions militaires pour maintenir son pouvoir ou assoir celui de ses alliés, gagner des avantages économiques, commerciaux et culturels pour accroire son influence et conserver sa prospérité matérielle, ou protéger son propre territoire et celui de ses alliés ou vassaux.  Continuer la guerre en Syrie n’apporte aucun bénéfice matériel, politique ou culturel. La carte kurde dans le projet de démembrement ou dans le projet de reconstruction est une carte brulée : les Kurdes demandent à revenir au giron syrien. Erdogan par arrogance et confusion ne parvient pas à comprendre que le démembrement de la Syrie fait partie du démembrement de l’ensemble de la région pour empêcher le projet Eurasie qui se fera bon gré mal gré car c’est le seul qui peut apporter du bien être aux population et déplacer le centre de gravité financier, économique, culturel et scientifique de l’Occident vers l’Asie. S’il n’a pas compris son intérêt il joue un rôle de confusion au sein de l’OTAN et contrecarre les projets occidentaux. Il va continuer d’apporter de la confusion, mais il ne peut plus être déterminant dans la suite du conflit. Il lui reste à gérer les groupes terroristes d’obédience turcophile, les Kurdes et la crise économique qui est en train de saper son emprise sur la  Turquie.

La question principale n’est donc pas de débattre de l’agression et de juger son caractère immoral ou de faire étalage de ses sentiments, mais de dire sans risque de se tromper que c’est la fin de partie. C’est la fin de partie, elle sera plus dramatique et plus étendue que ce que l’on peut imaginer. Le bloc de la résistance a remporté la partie  après 7 ans de guerre et l’expérience de la résistance va se reproduire en mode élargi et enrichi sur d’autres territoires et d’autres domaines comme l’économie, la finance, la culture. C’est la conjugaison et la globalisation de cette résistance qui va libérer la Palestine.

Si l’agression qui se prépare est juste un fait d’annonce (guerre de communication) avec ses morts et ses destructions sans grande signification stratégique ou tactique alors elle annonce la période de négociation pour le retrait des Américains qui vont une fois de plus faire payer la facture aux Saoudiens et aux bédouins du Golfe. La voix s’ouvre vers la libération de Jérusalem et elle se ferme sur un pouvoir américain en décomposition. D’ailleurs toutes les communications contradictoires attestent que le pouvoir américain n’a plus d’unité, de direction, d’orientation.

Si l’agression qui se prépare devient une agression de longue durée et de haute intensité,alors,  une fois les bombardements terminés, au cas où les Russes n’entrent pas dans le conflit, ce qui est peu probable vu l’état d’esprit général en Russie (politique, militaire et populations civiles) et les forces concentrées en Syrie, la véritable guerre commencera contre les Américains et leurs alliés dans un terrain qui leur échappe totalement par son histoire, sa psychologie, ses ressources humaines et sa soif de se libérer : l’Irak, la Syrie, l’Iran, l’Afghanistan, le Yémen. Si les Russes interviennent vite et fort l’Occident avide de vie et de consommation ne prendra pas le risque d’une guerre nucléaire ou d’une guerre mondiale où il ne gagne ni colonies ni comptoirs commerciaux ni zones d’influence. Si les Russes n’interviennent pas les Syriens (l’armée syrienne et les défenses populaires constituées et en attente d’entrée en action contre l’envahisseur américain et turc), et le Hezbollah interviendront, car il s’agit de leur survie et ils se sont préparés à cette ultime bataille qui visera les Américains, les sionistes et les bédouins arabes. A ce sujet la seconde et grande défaite occidentale en Syrie est la jonction entre la Syrie et l’Irak par laquelle va transiter l’effort de guerre iranien contre les intrus dans la région.

Une fois de plus la France va se trouver hors-jeu ou faisant les mauvais choix faute d’autonomie de décision et de vision sur l’avenir. Le mimétisme en place n’est pas capable de savoir s’il s’agit de diversion ou de diversion. Les gens de raison et de cœur savent par intuition que les forces maléfiques sont à la manœuvre, il s’agit sans doute de la dernière manœuvre avant le changement des règles de jeu imposées par Hadès et protégés par les Cerbères.  Les masques d’invulnérabilité et d’invisibilité vont tomber sinon c’est le règne de la mort et des zombies. Les masques de l’islamisme wahabiste et frériste sont tombés et il est donc temps que les musulmans se réveillent avant que d’autres marionnettes ne les conduisent vers de nouvelles impasses et de nouveaux désespoirs. Il est possible que l’on se réveille sur un coup de bluff ou une fanfaronnade et là la dérision sera sans limite en termes de crédibilité avec les conséquences les plus imprévisibles pour l’établissement d’idiots qui gouvernent la planète. Si par contre la menace est exécutée, la dérision sera plus grande, mais dramatique pour les fous maléfiques  qui ne veulent pas quitter l’histoire dignement. Ils n’ont ni l’imagination délirante d’Homère ni le recours symbolique aux mythes des anciens grecs et perses pour tenter d’expliquer les mystères de l’histoire et conjurer le sort. Ils ne disposent que d’une foi aveugle en leur suprématie technologique et d’une fascination pour les narratives qu’ils se partagent avec leurs relais médiatiques pour s’auto leurrer et se conduire graduellement et inéluctablement vers l’effondrement qu’annoncent la crise de civilisation et le ridicule politico médiatique. Les dieux de l’Olympe sont morts, mais les diables des empires sont vivants encore pour un certain temps. Les simulacres de l’invulnérabilité et de l’invisibilité d’Hadès ainsi que les manifestations de méchancetés et d’épouvante de Cerbère  ne font peur qu’aux miteux.

Cette brève analyse est la soixantième sur la Syrie. Elle intervient deux ans après la dernière analyse  faite le  14 février 2016  sous le titre « Syllogismes fallacieux saoudiens et guerre en Syrie« .

Syllogismes fallacieux saoudiens et guerre en Syrie.

Si le déni de réalité fausse les énoncés de vérité,  l’absence de vérité ne permet ni  de construire une réalité objective autre que perception ou  représentation mentale ni de trouver un consensus sur la réalité pour qu’elle devienne vivable dans le sens où se construit un sens commun, des valeurs communes, des intérêts partagés et un vouloir-vivre ensemble. Sur le plan ontologique, social, politique, idéologique, historique ou religieux, le pervers narcissique est le cas pathologique le plus tragique. Il est symbolisé par le drame de Caïn tuant Abel, le drame de toute pathologie qui se croit détentrice de la vérité et possédante de la réalité telles qu’elle se les représente dans le mental, l’affectif et  le comportement provoquant des dérives criminogènes sur sa victime.

Le pervers narcissique établit ses rapports sur la domination par la force, la séduction, la fascination et l’exclusion voire l’élimination tant de ce qui lui résiste que de ce qui se soumet à lui. Vivant dans un déni de réalité et de vérité il construit un système de représentations et de valeurs qui le sublime et qui dévalorise tout ce qui n’est pas lui au point de nier à autrui les droits fondamentaux de la différence voire même de l’existence. Sur le plan de la religion et de la patrie, le pervers narcissique parvient à confondre les nobles principes avec les valeurs qu’il se représente de ses principes. Un principe coranique, politique, moral, intellectuel objectif par son caractère universel est transféré dans le domaine de la valeur subjective construite par une coutume, un intérêt, un désir, une idéologie, un vécu, une erreur d’interprétation, une dérive pathologique…

C’est exactement ce que l’Arabie saoudite, Daesh et consorts ont réalisé et c’est ainsi qu’ils ont construit leur existence et leur durée. Ils ont détourné la vérité du Coran et ils ont défiguré la réalité de l’Islam :

La perversion est définie par « l’action de détourner quelque chose de sa vraie nature ».

Le narcissisme est défini comme l’installation durable de « l’ intérêt excessif pour (l’image de) soi provoquant une survalorisation de soi et une dévalorisation d’autrui ».

C’est par ces deux déviations que le pervers narcissique désacralise la vie humaine et rend, « légitime et légaux », les crimes les plus odieux, l’effusion de sang à grande échelle sans droit ni justice, la tyrannie et la guerre contre les musulmans :

{وَمِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُۥ فِى ٱلْحَيَوٰةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّـهَ عَلَىٰ مَا فِى قَلْبِهِۦ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ}

{وَإِذَا تَوَلَّىٰ سَعَىٰ فِى ٱلْأَرْضِ لِيُفْسِدَ فِيهَا وَيُهْلِكَ ٱلْحَرْثَ وَٱلنَّسْلَ ۗ وَٱللَّـهُ لَا يُحِبُّ ٱلْفَسَادَ }

{وَإِذَا قِيلَ لَهُ ٱتَّقِ ٱللَّـهَ أَخَذَتْهُ ٱلْعِزَّةُ بِٱلْإِثْمِ ۚ فَحَسْبُهُۥ جَهَنَّمُ ۚ وَلَبِئْسَ ٱلْمِهَادُ}

{Parmi les hommes, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Allah à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il tourne le dos, il s’en va par la terre pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail ; alors que Allah n’aime pas le désordre. Lorsqu’on lui dit :  » Prends-garde à Allah ! « , la superbe s’empare de lui et le pousse au péché. Son partage sera la Géhenne : quel détestable lit de repos !} Al Baqarah 204 -206

Mes propos ne sont ni exagérés ni mal orientés. Pour preuve : l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Yémen et la Syrie. L’argent, les territoires, le temps et les hommes sacrifiés pour entretenir la mégalomanie et l’incompétence des gouvernants arabes ne sont plus à citer ou à démontrer. Toutes ces destructions ne semblent pas réveiller les esprits indolents, toutes ces dislocations ne semblent pas heurter les consciences. Les Saoudiens et leurs vassaux poussent le monde arabe et musulman à se payer le luxe d’une guerre longue et meurtrière en Syrie alors que les solutions préconisées et appliquées en Libye et en Syrie ne sont pas une faillite, mais une catastrophe sauf pour l’Empire, le sionisme et les marchands de canons.

La nouvelle guerre (terrestre), après cinq ans de subversion, en Syrie n’est pas seulement une fuite en avant devant les échecs des Américains et des Saoudiens à faire tomber le régime syrien et à rendre rédhibitoire l’assistance des Russes, des Iraniens et du Hezbollah. Elle n’est pas aussi une panique lorsqu’on voit la défaite stratégique des Saoudiens au Yémen et que la logique militaire et politique commande d’arrêter ou du moins de ne pas livrer bataille sur plusieurs fronts. Elle est, sur le plan dialectique, un processus implacable qui va faire changer les données du monde radicalement lorsque l’on sait que :

a- L’Arabie saoudite est en train de mettre en jeu sa propre existence : ou bien la guerre en Syrie s’arrête au profit du régime syrien qui est en train de renverser l’équilibre des forces militaires en sa faveur alors qu’elle va perdre milliards, alliés et investissements politiques et idéologiques ; ou bien c’est une guerre totale sur plusieurs fronts et contre plusieurs adversaires que l’Arabie saoudite ne peut remporter ni par son armée ni par ses mercenaires.

b – L’autre pervers narcissique, le sultan néo ottoman, est en train de pousser sa logique jusqu’à son épuisement, car il va se trouver devant des équations impossibles à gérer sur le plan national et international.

c – L’Empire est en train de s’effondrer : beaucoup de discours narratifs et de communication, mais peu d’action. Il est en train de subir les contrecoups du pervers narcissique : se détruire faute de détruire les autres ou l’essoufflement et l’isolement faute de pouvoir détruire les autres. Pour l’instant les autres sont les Russes qui font preuve de sang-froid, de planification et d’efficacité mettant en impuissance les Américains et l’OTAN.

Les cartes semblent compliquées et la fin du monde proche, mais si on fait abstraction des détails, des tons et des nuances on finit par ne voir que le clan des pervers-narcissiques avec leurs victimes et le reste ceux qui leur résistent. On finit par voir le pessimisme, l’infantilisme et l’inefficacité des pervers-narcissiques en devenir plus flagrant, plus fragile et enfin plus décisif pour leur fin de règne dans l’histoire. On commence à voir l’optimisme, la force, la détermination et la fédération des résistants aux syllogismes fallacieux des pervers-narcissiques.

En ce qui concerne le régime saoudien, ses vassaux et ses chantres, les mythes qui font office de syllogisme fallacieux sont au nombre de six :

  1. Le wahhabisme est la doctrine vraie, authentique et pure, la seule à représenter l’Islam. Il faut donc éradiquer les différences.
  2. L’Arabie saoudite est l’arabité vraie, authentique et pure, car elle est la terre natale du Prophète (saws). Il faut donc mettre le monde arabe sous tutelle saoudienne.
  3. Le pétrole est une manne céleste octroyée aux rois et princes bédouins comme l’a été le territoire. Ils appartiennent à Dieu qui a donné mandat à la monarchie seule souveraine en termes de propriété, d’usage et d’abus, de gouvernance. L’absolutisme monarchique français serait progressiste et moderne comparé aux monarchies du Golfe.
  4. Les « religieux » officiels saoudiens sont l’élite intellectuelle, morale et spirituelle du monde musulman : ils ne sont pas seulement le clergé « pseudo-institué » par le Prophète en leur qualité de légataire de la science, de la mémoire et du territoire, ils sont la Parole d’Allah infaillible et irréfragable.
  5. La dynastie saoudienne est « le Serviteur des deux lieux saints de l’Islam »
  6. L’Amérique est l’allié fidèle et indéfectible des Arabes et des musulmans.

Comme le chiffre 6, l’Arabie saoudite et ceux qui partagent et véhiculent son idéologie sont le symbole de la perfection et de l’ordre. À ce titre ils ont la certitude d’être dans le vrai et d’avoir la victoire contre les Syriens, les Iraniens et les Russes comme ils ont la certitude d’avoir écrasé la résistance yéménite. Les rentes religieuses, financières, idéologiques et le soutien des Américains et des Européens leur facilitent le montage des « rebelles », des mercenaires et des dévoués pour mener les guerres que leur armée ne peut pas mener faute de doctrine, de technicité et de bravoure.

C’est avec ces six fables que le monde arabo-musulman et ses élites politico-religieuses ont  construit leur pensée moderne. C’est ainsi que le monde arabe et musulman va entrer dans une nouvelle guerre (guerre terrestre) où cette fois les illusions seront balayées faute d’illusionnés pour les porter. Peut-être que les insensés survivants reviendront à la raison qui leur dira que la Palestine occupée est sunnite arabe.

Aucun syllogisme et aucun discours ne peuvent tenir devant le hadith qui dit que le croyant n’est véritablement croyant que si les gens sont à l’abri de sa main (qui frappe, qui tue, qui vole) et de sa langue (qui insulte, qui humilie, qui ordonne le mal).

La vérité et la réalité nous imposent de dire que si les Arabes et les Musulmans ont donné la caution morale et religieuse à l’OTAN pour détruire la Libye et assassiner son président en exercice, l’histoire ne va pas se répéter : Bachar Al Assad et la Syrie vont imposer une nouvelle réalité et faire émerger la vérité sur l’imposture et la trahison de ceux qui parlent au nom de l’Islam. Encore une fois, il ne s’agit pas d’espoirs ou de désirs, mais de réalité objective c’est-à-dire de rapport de forces, dans ce cas les rapports sont mondiaux, ils concernent les Russes, les Chinois et les Américains. Les Arabes ne jouent que le rôle de figurants.

Lorsque Poutine et Medvedev disent à l’OTAN que toute présence étrangère sur le sol syrien est une déclaration de guerre  à la Russie et que celle-ci peut conduire à une troisième guerre mondiale, il ne s’agit pas de l’infantilisme des princes ou de la sénilité des rois du monde arabe. Les Arabes piètres et serviles ont répondu fidèlement à l’appel américain de former une armée arabe otanesque, mais les Américains ne sont pas insensés pour s’engager dans une confrontation planétaire dont ils ne maitrisent pas tous les tenants et aboutissants à moins que leur stratégie soit de se débarrasser de la Turquie et de l’Arabie pour faire des affaires avec les Iraniens et se partager le monde avec les Russes. Les semaines à venir vont montrer la tendance.

Pour les Arabes pervers-narcissiques il ne peut y avoir de changement politique, stratégique ou tactique ou opérationnel, ils sont dans leur délire. Ce délire a pris des proportions infernales lorsque le Yémen a résisté, la Syrie a reconquis des territoires et l’Iran a repris sa place dans le concert des nations. Ce délire pervers et narcissique n’émerge pas du néant il est construit par la conjugaison des facteurs suivants :

  • une décadence civilisationnelle qu’on croyait surmontée par le puritanisme religieux et le discours moralisateur,
  • une instrumentalisation de la religion à des fins politiciennes et idéologiques pour asseoir une dynastie instaurée par la force des armes et l’effusion de sang des musulmans,
  • une doxa intellectuelle entretenue par la rente religieuse,
  • une rente religieuse construite sur l’immobilisme et la compilation des anciens savoirs,
  •  une manipulation de l’histoire par l’impérialisme anglo-saxon qui a placé ses liges pour saper tout effort d’ indépendance et pour faire diversion sur tout projet de renaissance de l’Islam libérateur et civilisateur,
  • l’islamophobie comme machine de guerre médiatique, psychologique et militaire pour donner aux musulmans une image hideuse qui ne mérite ni respect ni pitié, et pour entrainer les musulmans dans des guerres fratricides sectaires, ethniques…

Tous ces facteurs ont cultivé la déraison dans la pensée musulmane et ont introduit la démesure dans les politiques suivies y compris dans celles de mener la guerre contre les peuples  et de livrer leurs territoires à la prédation et à la destruction. C’est cette démesure qui produit la pensée mortifère et morbide qui croit que le salut est dans l’Apocalypse ou dans la venue du Sauveur, et qui exige que les peuples arabes et musulmans  se soumettent avec fatalité à la folie destructrice des pervers-narcissiques, ceux-là mêmes qui la gouvernent et ceux-là même qui produisent sa mentalité religieuse et nationale.

Nous sommes dans un monde où il n’y a pas de place à l’insensé et  à l’impuissant. L’insensé et l’impuissant ne sont là que parce que les intérêts en jeu exigent leur présence dans un rôle à jouer. Les intérêts ne peuvent occulter indéfiniment la vérité et la réalité de l’Islam et des musulmans : Le Coran est la Parole d’Allah et l’Islam Sa Religion signifiant par là que les géo-codes et les socio-codes peuvent donner une interprétation temporelle et spatiale à l’Islam, à sa culture, à sa philosophie et à sa sociologie, mais ils ne peuvent s’imposer comme la norme et encore moins lorsqu’ils sont mal représentés ou proposés comme caricature et repoussoir à un monde inondé d’informations et de « vérités ».

Omar MAZRI

Source : Syllogismes fallacieux saoudiens et guerre en Syrie.

Eschatologie et Apocalypse : sauve-qui-peut ou quête de rétribution ?

J’ai livré ma première lecture sur l’eschatologie dans l’article suivant :

Analyse de l’explication eschatologique de l’histoire

Il  a montré comment Mohamed (saws) avait fait face à la réalité sociale, économique et militaire pour la transformer à l’avantage des musulmans de Médine. Il avait cassé le monopole des Juifs sur le marché, l’industrie et les finances tout en engageant de grands chantiers de modernisation de la ville accompagnant l’œuvre de foi et la reconstruction de la personnalité humaine. Avant de livrer ma lecture de la Sourate Al Kahf dans la réfutation de l’analyse eschatologique de l’histoire et montrer sa vocation principale dans le Tamkine (la territorialisation  globale) de l’Islam, je vous livre dans le présent article la signification et les dangers de la lecture eschatologique de l’histoire.

La dimension internationale et apocalyptique du conflit syrien touche presque à sa fin laissant derrière elle un champ de ruines en Syrie, un « printemps » arabe grisaillé et maussade et une recomposition régionale qui demande une lecture correcte si l’on veut mettre fin à l’effusion du sang et profiter du retrait de l’armada américaine pour réparer nos maux. Elle laisse beaucoup de questions sur le silence des uns et le sauve-qui-peut des autres. alors que l’effusion du sang exigeait des réponses appropriées pour tirer leçon de l’horreur des crimes,  de la violation du sacré et de l’arrogance de l’hyperpuissance en déclin.

Partout le règne du chaos, de la confusion et de la faillite dans le monde arabe. Tout le potentiel arabe est gaspillé par des gouvernants despotes, des opposants incultes et des gouvernés ramenés au niveau infantile. Dans ces faillites,  il y a celle du discours apocalyptique qui annonçait la venue du Messie et la fin du monde ainsi que celle du discours bigot infantile ou anarchiste qui annonçait le triomphe de l’Islam et l’extermination des mécréants.  La débâcle américaine sans livrer bataille laisse le Hezbollah et l’Iran en position renforcée dans la région n’en déplaise aux « sunnites » mauvais tacticiens incultes sur le plan géopolitique. La débâcle américaine rend improbable à moyen terme le scénario apocalyptique attendu par les Musulmans, les Juifs, les Chrétiens et les athées oisifs. Il serait temps de revenir sur ce scénario sous l’angle de la culture musulmane et en tirer quelques leçons.

Comme tous les peuples livrés au sauve-qui-peut social et idéologique lorsque les crises sociales et historiques les submergent et s’accumulent sans explication logique, les musulmans se sont inventé des ennemis et des mythes pour expliquer l’histoire qui semble « injustement » les accabler. Contre la raison et les lois de l’Histoire les peuples en fuite se réfugient dans le fatalisme et la superstition qui prennent apparence de religiosité pour mieux se vendre.

On invoque des Hadiths pour justifier l’irrationnel et le sensationnel comme si le Prophète (saws) n’avait pas mené des résistances héroïques défiant le rapport des forces en s’appuyant sur la détermination de la foi et l’organisation la plus judicieuse et la plus efficace.  La bataille de Badr avait annoncé la suprématie de la foi sur l’agression alors que celle d’Ohod avait annoncé la défaite de la des justes et des pieux au sommet de leur puissance lorsqu’ils se mettent à improviser, à se désorganiser et à mal gérer leur crise.

La bataille d’Ohod est immortalisée par le Coran comme une pédagogie de la victoire par le repositionnement  efficace des rangs, des esprits  et des cœurs lorsqu’il y a revirement du sort et défaite dans la bataille. Ohod nous apprend à chercher nos défaites et nos malheurs en nous-mêmes sans bouc émissaire, ni victimisation, ni mystification :

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela provient de vous-mêmes »}

L’être humain a tendance, par paresse intellectuelle et par débordement imaginatif, de préférer se raconter des histoires qui répondent aux « mystères » de son existence  que de chercher  à comprendre.  La  fabulation et la mythologie ont joué un grand rôle dans l’histoire humaine. Ce sont des systèmes de représentation erronée de la réalité et de l’histoire qui sont en général fondés sur des supposés imaginaires, des préjugés, des fausses connaissances et la crédulité des gens sans éducation et sans désir sur la connaissance de la genèse des phénomènes selon le principe de causalité.  La fabulation ou la superstition consiste à adopter un modèle imaginaire de représentation à la suite d’un phénomène difficile à comprendre puis à le reproduire dans la mentalité collective comme vrai. Les faux modèles de représentation de la réalité lorsqu’ils deviennent culture ou religion produisent l’adoption de syllogismes fallacieux non seulement pour expliquer le passé et l’avenir, mais  pour aussi et surtout manipuler la tendance humaine à recourir à la superstition et à la fiction et l’amener à se soumettre à l’idée aliénante et au pouvoir dominant.

Plus le système est décadent ou tyrannique plus il produit de la superstition et s’invente des fabulateurs, des marabouts et des légendes. Le système tyrannique a besoin des esprits féconds en fabulations et en superstitions pour maintenir sa domination politique, économique, militaire et mentale. Contre l’Islam et son pouvoir fédérateur et libérateur, les colons étrangers et les usurpateurs nationaux ont facilité l’émergence des mouvements fétichistes, totémistes, maraboutiques, infantiles parfois sous le couvert de l’Islam et de ses imposteurs. Dans les troubles sociaux et dans la longue nuit coloniale ou tyrannique apparaissent les fous qui incarnent la mentalité collective qui se retrouve souvent bien représentée par une  folie à la fois solitaire et sociable, sauvage et mondaine, marginale et conformiste.

Les fous de Shakespeare et de Mohamed Dib sont éloquents. Ces auteurs de génie montrent avec art et intelligence  comment une société et un pouvoir  cultivent la confusion, le désespoir, l’attente de fausses solutions avec des éclaircies de vérité, de prémonitions. Les personnages fantasmatiques de la Grèce antique n’ont pas empêché celle-ci de produire de la philosophie, des mathématiques et un sens raffiné de l’harmonie et du beau. Les fictions romaines n’ont pas interdit à Rome de mettre sur pied une administration et un droit dont l’efficacité a permis de coloniser et d’administrer une grande partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.

Les mythes et les fictions faussent la réalité, mais ne s’opposent pas au développement d’une cité lorsque celle-ci n’a pas de crise d’identité ou de crise sur le  projet de son devenir qui l’empêchent de se fédérer, de s’orienter, d’agir efficacement.  Le monde musulman accumule les mythes, les fictions avec l’absence de projet et d’efficacité au point qu’il se permet d’introduire les fabulations arabes, perses, romaines et grecques non seulement dans sa culture populaire d’errant, mais dans sa culture savante, mais fossilisée sur l’Islam.

Dans les grandes crises des nations, des partis politiques, de l’histoire, il y a souvent confusion des rôles, dilution des responsabilités, absence de projet, et difficulté à identifier la hiérarchie et à utiliser les passerelles de communication entre le commandement et l’exécution. La crise mortelle est celle où la crise de légitimité et la crise d’efficacité se conjuguent et durent trop longtemps rendant impossible l’imagination d’une solution sauf par la voie du bouleversement qui détruit l’inertie et remet le mouvement même si cela se fait d’une manière violente et anarchique dans un premier temps à moins qu’il ne précipite l’achèvement du système qui a produit la crise.

Les peuples qui ne parviennent pas à prendre de la distance sur les phénomènes ni à voir leur part de responsabilité dans les malheurs et les calamités qui les frappent comme les guerres, les catastrophes et les crises s’inventent souvent des catharsis pour conjuguer le mauvais sort. L’effort cathartique ne résout pas les problèmes, mais il agit comme un anesthésiant social ou plus exactement comme un effet placebo en  déplaçant la réalité vers l’imaginaire. Ainsi on s’invente des étrangers oiseaux de mauvais augure à pourchasser, des rituels sacrificiels à pratiquer,  des ancêtres à adorer, des fétiches et de faux combats. Bien entendu, les pouvoirs et les magiciens entretiennent ces dérives sociales et culturelles pour assoir leur pouvoir et conserver leur rente.

Les peuples et les gouvernants qui surmontent les crises sont ceux qui procèdent à  l’inventaire de leurs forces et faiblesses, à l’analyse objective et minutieuse de leurs erreurs et de leurs défaillances, à la recherche  en eux-mêmes des causes  de leur échec et de leur retard en prospectant le Moi individuel et collectif sur le plan psychologique, mental, éthique, pragmatique et spirituel afin de mettre fin à l’inertie, à la paralysie, à l’égarement.  Ce sont les leçons de la bataille d’Ohod qui indiquent les causes de la victoire et de la défaite face à l’ennemi, de l’émergence d’une civilisation et de sa décadence face à une concurrente.

La cause et la gestion de la crise d’une société, d’un mouvement islamique ou d’une civilisation musulmane, de ses malheurs, de sa catastrophe, de sa défaite ou de sa décadence ne sont pas abordées fortuitement dans le Coran, mais sont posés comme loi à connaitre et à appliquer en tout lieu, tout moment et toute circonstance :

{Et ce qui vous a frappé de malheur, c’est en raison de ce que vos mains ont commis, mais Il pardonne beaucoup. Vous ne saurez L’entraver de par la terre et vous n’avez, à l’exclusion d’Allah, ni protecteur ni partisan.} As Choura 30

Ce sont donc les mêmes leçons d’Ohod qui indiquent comment se redresser après une défaite, une crise ou  une régression :

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous obéissez à ceux qui sont devenus  mécréants, ils vous feront retourner sur vos pas, alors vous deviendrez des perdus. Sans aucun doute, Allah est votre Protecteur et Il est le meilleur des secoureurs.       Nous Jetterons l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants, en raison de ce qu’ils associèrent à Allah ce sur quoi Il n’a révélé aucune preuve. Leur refuge sera le Feu, piètre demeure des injustes !             Allah a effectivement accompli Sa promesse envers vous lorsque, par Son Vouloir, vous taillez votre ennemi en pièces, jusqu’au moment où vous avez fléchi et vous avez contesté les ordres. Vous vous êtes rebellés après qu’Il vous ait montré ce que vous souhaitiez. Il est parmi vous celui qui veut le monde, et il est parmi vous celui qui veut la vie future. Ensuite, Il vous a détourné d’eux pour vous éprouver. Et Il vous a sûrement Pardonné. Allah Est tout Munificence envers les croyants. Lorsque vous battiez en retraite sans vous soucier les uns des autres et tandis que le Messager vous rappelait sur vos arrières, Il vous infligea alors souci sur souci, afin que vous ne soyez point affligés par ce que vous avez raté, ni par ce que vous avez subi. Allah est bien informé de ce que vous faites. Ensuite, le souci surmonté, Il a fait descendre sur vous Sa sécurité. Un groupe d’entre vous a été enveloppé d’un sommeil tandis qu’un autre groupe ne se souciaient que d’eux-mêmes, et pensaient d’Allah autre que la vérité : des pensées préislamiques. Ils disaient : « Avons-nous une part de décision en cela ? » Dis : « Toute la décision appartient à Allah ». Ils cachent en eux-mêmes ce qu’ils ne te manifestent point. Ils disent : « Si nous avions une part dans la décision, nous ne serions pas tués ici même ». Dis : « Eussiez-vous été dans vos maisons, ceux pour qui il a été décrété d’être tués auraient surgi sur leur couche ». Et cela, afin qu’Allah Éprouve ce qui est dans vos poitrines, et Purifie ce qui est dans vos cœurs. Allah Est Tout-Scient de l’essence des pensées.   Certes, ceux d’entre vous qui fuirent le jour où les deux troupes s’affrontèrent, c’est Satan qui les fit chuter à cause de certains de leurs acquis. Mais Allah leur A Pardonné. Certes, Allah Est Absoluteur, Longanime.} Ali ‘Imrane  149 à 155

{Si Allah vous fait triompher, nul ne pourra vous vaincre. Et s’Il vous Abandonne, qui d’autre que Lui pourra vous faire triompher ? Que les croyants se fient à Allah.}  Ali ‘Imrane  160

{Allah A effectivement Gratifié les croyants, lorsqu’Il Envoya parmi eux un Messager d’eux-mêmes leur réciter Ses Versets, les épurer, leur apprendre le Livre et la Sagesse, bien qu’avant cela, ils étaient dans un fourvoiement évident.              Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ». Certes, Allah Est Omnipotent sur toute chose. Et ce qui vous a atteint, le jour où les deux troupes s’affrontèrent, fut par le Vouloir d’Allah, afin qu’Il fasse voir les croyants, et afin qu’Il fasse voir ceux qui furent hypocrites, à qui il fut dit : « Venez combattre pour la cause d’Allah ou bien prenez la défense »*. Ils dirent : « Si nous savions combattre, nous vous aurions suivi ». Ils étaient, ce jour-là, plus proche de la mécréance que de la Foi : ils disent par leurs bouches ce qui n’est point dans leurs cœurs. Allah Est plus Scient de ce qu’ils taisent. Ceux qui dirent à leurs confrères, et s’abstinrent : « S’ils nous avaient écoutés, ils n’auraient pas été tués ». Dis : « Repoussez-donc la mort loin de vous-mêmes si vous êtes véridiques! »} Ali ‘Imrane 164 à 168

{Et certainement, Allah ne perd point la rémunération des croyants, ceux qui ont favorablement réagi à l’appel d’Allah et du Messager, bien que la blessure les ait touchés. A ceux d’entre eux, qui firent le meilleur et sont devenus  pieux, une immense rémunération. Ceux à qui les hommes dirent : « Les hommes se coalisèrent contre vous, prenez donc garde ». Mais cela augmenta leur foi et dirent : « Allah nous suffit, c’est le meilleur Procurateur ». Alors ils revinrent avec une grâce d’Allah et une munificence. Aucun mal ne les effleura, et ils suivirent l’agrément d’Allah. Allah Possède une Munificence immense.        Seulement, tel est Satan : il fait peur à ses liges. Ne les redoutez point, et redoutez-Moi, si vous êtes croyants. Et ne t’afflige point de ceux qui s’empressent vers la mécréance. Ils ne nuiront en rien à Allah. Allah Veut ne leur Assigner aucune part dans la vie Future. Et ils auront un immense châtiment.} Ali ‘Imrane  171 à 175

Cet énoncé est suffisamment explicite et détaillé pour ne pas avoir à le commenter. Il faut par contre éviter de prendre des morceaux de phrases et en faire une conclusion générale pour la soumettre à notre opinion. Cet énoncé est confirmé par d’autres énoncés pour s’affirmer comme une loi générale historique qui supervise les défaites et les victoires, les décadences et les émergences, les avancées et les retards qui naissent de la loi universelle de l’attraction répulsion dans tous les phénomènes :

{Et ces jours, Nous les alternons parmi les hommes.} Ali ‘Imrane 140

Il ne s’agit pas de remettre en cause l’authenticité technique ou la sémantique des Hadiths qui sont invoqués pour l’explication eschatologique de l’histoire, mais de montrer que le Coran, Parole d’Allah est la configuration de la parole, du comportement et de l’action de Mohamed (saws). À ce titre il ne peut ni annuler, ni contredire le Coran et il ne peut annoncer des événements faisant loi historique alors que le Coran ne les a ni expressément cités ni implicitement  évoqués.  Je n’ai pas compétence à me prononcer sur le Hadith, mais le Coran énonce une éthique et une pragmatique  dans la bataille d’Ohod pour qu’elle devienne une praxis pour une communauté appelée à recourir et à défendre l’ultime prophète et l’ultime religion pour les univers. Nous croyons avec certitude qu’Allah intervient dans l’histoire humaine pour la modifier selon son Dessein qui transcende celui des hommes. Il donne à ses Waliys vertueux des prodiges, des Signes, des intuitions, des visions et des comportements qui transforment radicalement les rapports de forces :

{Et Allah repoussa ceux qui sont devenus  mécréants, avec leur rage, ils n’obtinrent aucun bien. Allah a épargné le combat aux croyants. Allah a toujours Été Tout-Fort, Invincible. Et Il fit sortir ceux qui les soutiennent, des gens du Livre, de leurs fortifications et il a jeté l’effroi dans leurs cœurs : un groupe vous tuez, et vous captivez un groupe ! Et Il vous a fait hériter leur terre, et leurs demeures, et leurs biens, et une terre que vous n’aviez jamais foulée. Allah a toujours été Omnipuissant sur toute chose.} Al Ahzab 25

{C’est Lui qui a fait sortir ceux qui sont devenus  mécréants des gens du Livre, de leurs demeures, pour le début du rassemblement. Vous ne pensiez pas qu’ils sortiraient et eux pensèrent que leurs forteresses les préserveraient d’Allah, alors Allah les surprit par où ils ne s’attendaient pas, et Il jeta l’effroi dans leurs cœurs. Ils détruisent leurs maisons par leurs propres mains et par les mains des croyants. Tirez-en un exemple, ô doués de clairvoyance.} Al Hashr 2

{Et lorsque ton Dieu  a inspiré aux Anges : « Je suis avec vous, affermissez donc ceux qui sont devenus  croyants, Je déposerais  l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants. Frappez donc sur les cous, frappez-en chaque bout de doigt ».} Al Anfal 12

Toutes ces manifestations divines sont l’expression de la même loi « Kun fa Yakoun – ainsi soit-il » qui s’expriment dans les lois immuables de l’alternance et de l’épreuve qui font du croyant et de la communauté de foi les  premiers concernés et les premiers impliqués par et dans  le changement de leur  situation. Confier son destin au Messie (saws), aux Russes ou aux Américains non seulement n’est pas très sérieux comme comportement, mais va à l’encontre des lois coraniques :

{Ceci est un Manifeste pour les hommes, une Direction infaillible et une exhortation pour les pieux. Ne perdez donc pas courage, ne vous affligez point alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes croyants. Si une blessure vous atteint, les autres furent aussi atteints d’une blessure pareille. Et ces jours, Nous les alternons parmi les hommes. Allah connait certainement  ceux qui sont devenus croyants, et Il élit des Martyrs d’entre vous _ Allah n’aime point les injustes – afin qu’Il purifie ceux qui sont devenus croyants, et qu’Il anéantisse les mécréants. Ou bien pensiez-vous entrer au Paradis sans qu’Allah ne confirme  ceux qui ont lutté d’entre vous et ne confirme  les persévérants ?} Ali ‘Imrane 139

Si les musulmans se trompent d’ennemis, d’analyse, de situation géopolitique, de logistique, de forme de lutte, cela relève de leur insenséisme, de leur fatalisme ou de leur inculture, mais non du Coran ou du Hadith. Nous sommes, comme les autres, anciens, présents et à venir, condamnés à vivre comme épreuve des autres et à être éprouvés par les autres. Personne ne peut vivre ce destin à notre place. Se tromper de lecture du destin ou de notre rôle dans ce destin ne change pas à la nature de l’existence humaine ni à la pérennité du conflit où nos responsabilités sont engagées entièrement :

{Si Allah ne Faisait pas réagir les hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah est beaucoup Invoqué, seraient démolis ! Certes, Allah donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause, en effet  Allah est véritablement Fort, Invincible. Ceux qui, lorsque Nous leur accordons autorité sur un territoire, accomplissent la Salât, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’ultime décision.} Al Hajj 40

Lorsque l’épreuve nous fait perdre le cap au point de demander aux musulmans friands de sensationnels et en panne d’imagination de se réfugier avec leur fortune transformée en or ou en argent, loin de la civilisation, dans un village, loin des côtes, sans moyens de communication modernes, il y a un problème. Quelle est la source coranique ou prophétique et quelle est la logique de ce comportement qui ressemble étrangement à celui de Robinson Crusoé. Daniel Defoe en imaginant le naufrage et le salut de Robinson Crusoé décrit la société occidentale comme le mythe de l’éternel retour dans une vision matérialiste et efficace où la Bible devient un carnet comptable pour la mémoire et la planification de l’homme en quête de survie dans un monde sans Dieu ni perspective autre que l’imagination ingénieuse, l’exploration du monde, le travail efficace et la mise au service de vendredi le noir faisant office d’auxiliaire domestique.

Quelle est la signification spirituelle, morale, psychologique et idéologique de l’état d’esprit de l’errance et de la solitude qui pousse les musulmans à chercher le repli autarcique et la posture communautariste de ghetto socioreligieux dans un monde qui est devenu un méga village où tout s’échange et se communique à la vitesse de la lumière ? Pourquoi aller contre l’esprit qui a fait la gloire de l’Islam et l’essor de la civilisation musulmane : l’ouverture aux autres. Les Musulmans du temps du Prophète, d’Abou Bakr et d’ Omar sont allés vers les autres pour marquer l’empreinte de l’Islam sur le monde et ne pas subir l’enfermement mortel. Parfois ils  sont allés l’épée à la main, mais souvent ils sont allés comme commerçants et savants apportant la vérité, la justice, la fraternité humaine et l’ouverture d’esprit.

Ce discours « sauve-qui-peut trouve » naturellement écho auprès de la jeunesse stigmatisée par les systèmes dominants, sans projet de vie, et sans connaissance de la philosophie islamique. C’est justement sa facilité à se propager dans les médias et dans les esprits qui le rend dangereux. Heureusement, comme tous les projets farfelus des musulmans, il a manqué d’ingénierie pour ne pas donner des perspectives réelles de fuite vers l’inconnu dans un monde où tout est balisé ne laissant place qu’à très peu d’espace libre.

Nous avons beaucoup de responsabilités à accomplir et beaucoup d’épreuves à affronter y compris au sein des nôtres :

{Nous avons fait ce qu’il y a sur la terre pour l’embellir afin de les éprouver : lequel d’entre eux agit au mieux.} Al Kahf  6

{Les hommes pensent-ils qu’ils seraient épargnés juste pour avoir dit : « Nous devînmes croyants » et qu’ils ne seraient pas mis à l’épreuve ? Nous avons éprouvé, en fait, ceux qui étaient avant eux. Allah sait sûrement ceux qui furent véridiques et Sait sûrement les menteurs.} Al Ankabout 2

Le dessein d’Allah est exprimé en début de ses Sourates : la mise à l’épreuve des hommes et tout particulièrement des croyants pour que la foi et l’acte humain soient soumis à la vérité, à la justice et à la sanction, car Allah est Vérité,  Justice et Miséricorde  par  lesquelles nous pouvons voir Sa Parole et Son Acte de manifester en nous donnant vie, existence et possibilités de déploiement dans Son Royaume. Nous ne pouvons ignorer l’ouverture et la clôture d’une Sourate puis aller chercher à l’intérieur un sens ésotérique ou une influence judéo-chrétienne justifiant nos élucubrations apocalyptiques et eschatologiques sur lesquels ces Sourates ne disent absolument rien qui puissent nous donner matière pour raisonner et agir en conformité avec la lettre et l’esprit coranique.

Nous ne pouvons ignorer les épreuves qui nous frappent et que ne parvenons pas à surmonter sans revenir aux versets qui citent les épreuves et tout particulièrement à la grande épreuve d’Ohod. L’énoncé d’Ohod a donné la réponse aux Compagnons du Prophète et il continue de nous la donner et de la donner aux communautés de croyants après nous jusqu’à la fin de l’épreuve ultime :

{Il n’est pas de mise qu’Allah laisse les croyants dans l’état où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il discerne le méchant du bon. Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Et si vous êtes croyants et êtes pieux, vous aurez sûrement une immense rémunération.}  Ali ‘Imrane  179

Il n’est pas de mise qu’Allah nous informe sur le Ghayb, l’Occulte, l’inconnaissable, le non manifesté, le destin, le futur existentialisé ou non existentialisé, les possibles non d’actualité, l’inintelligible, la métaphysique. Allah a suffisamment doté l’humain de facultés cognitives, psycho affectives, intuitives, actancielles et spirituelles   pour qu’il puisse raisonner et agir en être connaissant et responsable. Le musulman est un humain qui dispose des mêmes facultés que les autres hommes avec l’avantage du soutien d’Allah s’il agit pour la cause d’Allah et s’il réfléchit et agit en conformité avec la méthodologie et les enseignements coraniques et prophétiques.

Malheureusement dans les crises nous perdons la compétence de raisonner et d’agir rationnellement et efficacement faisant perdurer la crise jusqu’à oublier ses origines, ses causes, ses actants pour finir par  controverser sur la nature de la crise, sa fatalité et les personnalités qui ont réfléchi sur la crise d’une manière superficielle ou   sérieuse sans avoir pour but la quête de solutions. Comme les peuples primitifs et les sociétés médiévales, nous cherchons les explications dans le surnaturel, dans le sensationnel, dans le fascinant car notre esprit ayant perdu tout contact avec la rationalité et la réalité ne recherche plus l’efficacité et la vérité. Il cherche à se rassurer et à communiquer pour se prouver qu’il existe et qu’il a une position dominante dans un monde où l’intuition lui dit pourtant qu’il n’est plus représentatif de la vérité, qu’il n’a plus compétence à trouver des solutions ou à gouverner au sens politique, idéologique et religieux.

La société malade et infantilisée par la crise va produire des élites moribondes et paternalistes qui vont entretenir la maladie puis l’aggraver. Entre les élites et le peuple va se tisser une relation de Pygmalion où chacun sera fasciné par le regard que l’autre lui porte ainsi que par le regard qu’il porte sur l’autre. La raison et la réalité sont remplacés par l’admiration mutuelle, la démagogie, le sensationnel. Poussés par le même désir du sensationnel et de la mythologie, les peuples et les élites vont entrer en compétition délirante sur le même désir en faisant de la surenchère : qui produit le plus de fascination, le plus d’invraisemblables et le plus de « fuites en avant » pour ne pas avoir à assumer ses responsabilités, à ne pas surmonter la crise, mais au contraire à en faire un fonds de commerce, une rente, une fausse monnaie intellectuelle et religieuse.

C’est pour éviter ces dérives et ces déviations que la victoire d’Ohad s’est transformée en défaite pour imprimer la conscience historique  et puis cette défaite s’est transformée en une victoire stratégique pour imprimer le devenir de cette communauté qui a la mission de porter l’étendard de l’Islam.  L’esprit de synthèse ou l’esprit d’analyse que nous commande le Coran par Ohod est dans ce verset :

{Il n’est pas de mise qu’Allah laisse les croyants dans l’état où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il discerne le méchant du bon. Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Et si vous êtes croyants et êtes pieux, vous aurez sûrement une immense rémunération.}  Ali ‘Imrane  179

Il ne suffit pas de se déclarer musulman ou partisan du Prophète pour vivre heureux et triomphant, il faut vivre avec discernement sa foi et la réalité du monde, car l’existence est une épreuve. L’épreuve est une purification et une pédagogie pour aller de l’avant. Celui qui néglige l’épreuve ou y succombe n’a pas de devenir sur le plan du rapport des intelligences, des volontés et des forces face à son ennemi de l’extérieur, le mécréant transgresseur et agresseur, et face à son ennemi de l’intérieur, l’hypocrite comploteur. Il n’y a pas de place à l’anarchie et à l’improvisation, car ces deux tares entretiennent la désunion et facilitent le travail de sape de l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur en quête de toute faute, de toute défaillance. Il n’y a pas de place à la coexistence de deux systèmes divergents dans leur projet et dans leur valeur. La crise nait souvent de la coexistence de deux oppositions à force égale. La crise n’est surmontée que par l’épreuve qui permet à une force de se démarquer de l’autre et d’imposer sa vérité et sa logique par sa détermination, sa vertu et son efficacité.

Dans l’épreuve et dans l’adversité, il est attendu des musulmans la constance et l’endurance, mais aussi le réalisme et l’efficacité. Ce qui sape l’effort social est le fatalisme, la spéculation sur le destin et la controverse sur le Ghayb pour expliquer ce que la raison ne veut pas voir et justifier ce que l’ingénierie ne peut pas imaginer comme réponse efficace. En discourant sur l’eschatologie alors que le Coran n’en fait pas un sujet de connaissance conceptuelle et praticien dans l’exercice des responsabilités du musulman ne prend-on pas le risque de faire dire à Allah ce qu’Il n’a pas dit : « Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte ».

Allah a promis la victoire aux musulmans s’ils agissent en conformité avec les lois spirituelles, psychologiques, sociales et techniques de la victoire et de la gloire. Allah a promis de distinguer par l’épreuve les croyants des hypocrites, mais Il n’a pas permis d’informer le croyant sur le nom, la liste et les intentions du cœur des hypocrites.

Spéculer sur les hypocrites et les mécréants pour les pourchasser comme le faisaient les tribunaux de l’Inquisition médiévale n’est pas de la culture musulmane. Le faire c’est accentuer la crise et se détourner des solutions réelles. Encore une fois attendre des solutions miraculeuses, faire des spéculations métaphysiques, porter des jugements de valeur sur les intentions des gens  ou leur jeter l’anathème font partie de la leçon d’Ohod comme étant des pratiques à bannir, car elles ne font que déplacer la bataille sur des considérations secondaires et sur des opinions qui ne changent rien à la réalité sociale, spirituelle, militaire ou géopolitique de la communauté de foi face à son adversaire qui l’agresse ou face à une décadence qui la disperse et la menace de disparition.

Il n’est donc pas de mise que le musulman fuit la réalité sur laquelle il a prise vers  l’inconnu de l’eschatologie, du sectarisme  et de la bigoterie qui ne modifient en rien la situation ontologique et sociale du musulman et qui ne permettent  en rien d’agir sur l’environnement du musulman et de son adversaire.

L’environnement n’est pas un vague sentiment, une opinion, une idée farfelue, une connaissance superficielle ou une préoccupation secondaire. L’environnement est l’ensemble des facteurs géographiques, économiques, politiques, militaires, juridiques et techniques qui ont influence sur nous ou qui nous permettent d’exercer une influence sur les autres. Que l’influence soit positive ou négative, ponctuelle ou permanente, étendue ou limitée dans le temps, l’espace et l’intensité, elle ne configure un environnement que si elle agit sur nous ou sur notre adversaire ou concurrent. L’intelligence est d’analyser ses influences, de les mesurer, de les hiérarchiser et de trouver leurs leviers d’action ou de freinage pour en faire des facteurs de développement, de paix ou de victoire. La connaissance et l’action sur l’environnement ne sont pas un exercice de style, mais la pratique de la loi de l’adaptation et de la loi du changement.

Les psychiatres et les pédagogues connaissent les problèmes psychologiques et sociaux de l’adaptation  et leur corrélation avec  le  stress, l’angoisse traumatisante et la culture de l’échec pouvant aller jusqu’au comportement auto destructif.  Le déni de réalité pousse les victimes de leur propre décadence et de leur inertie au repli identitaire et au comportement victimaire. La culture de la souffrance devient fatalité, la fuite ou  la polémique devient méthode d’argumentation,  les futilités ou l’anathème deviennent le comportement qui évite la responsabilité du changement. L’adaptation est difficile, voire impossible, lorsque l’individu ne parvient pas à se focaliser sur des phénomènes observables et mesurables leur préférant les jugements de valeur et la morale ou les références passéistes. La loi universelle du changement  exige l’adaptation raisonnée et librement choisie par chacun comme étant de son devoir et de sa responsabilité :

{Allah ne change point en un peuple tant que ses membres ne changement pas ce qui est en lui » Ar Raâd 11

Le Prophète (saws) façonneur du changement et des hommes qui conduisent le changement a montré les lacunes qui interdisent le changement : la recherche des justifications et le mimétisme social :

« Allah mon Dieu ! Je me réfugie auprès de Toi contre toute justification invoquée »

« Le Croyant ne pratique pas la mai’a ! c’est quoi la mai’a ? La mai’a c’est que tu fasse le bien lorsque les gens font le bien et que tu fasse le mal lorsque les gens font le mal. Le Croyant fait le bien même lorsque les gens font le mal ».

Être libre et responsable, mais pour cela il faut être lucide, vigilant et extrêmement critique au point de ne rien accepter sans évaluation préalable des conséquences, sans vérification des sources, sans quête de l’efficacité, sans regard relatif et évolutif sur la genèse des phénomènes, car le monde n’est pas donné achevé une fois pour toutes, mais il est en devenir incessant. La responsabilité est sans doute après la foi ce qui caractérise le plus et le mieux le croyant. Nous entendons des musulmans justifier leur crime au nom d’Allah et du destin, nous voyons des musulmans spéculer sur la validité de la foi et des intentions intimes des gens, nous lisons des livres et des articles décrire le destin comme s’ils étaient informés du contenu du Livre du destin. Et pourtant le Coran nous ordonne dans le cas le plus extrême, en l’occurrence le combat, de garder le sens des responsabilités et le scrupule  qui rendent le croyant consciencieux, prenant garde à Allah dans ses dires et ses actes :

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : « Tu n’es pas croyant », aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien.} An Nissa 94

Nous sommes tenus au respect de la vérité stricte,  de la vie d’autrui et de sa sécurité autant sinon plus qu’à notre propre vie. Pourquoi alors inventez des mensonges et fuir les responsabilités qui s’imposent ? La quête du prestige, l’ignorance, l’irresponsabilité ?

Pourquoi s’attacher à des explications historiques et à des solutions qui ont fait faillite depuis plus de cinq siècles. Ne voyons-nous pas que le corpus théologique et juridique que nous sanctifions n’est pas la Parole d’Allah, mais opinions personnelles ? Seul Allah est immuable et Absolu, le reste est relatif, faillible.

Lorsque Allah nous livre l’essence de la pédagogie d’Ohod « Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. » Il nous dit qu’il est de l’ordre des choses de subir les épreuves et que le changement, qui transforme l’épreuve de la défaite en victoire et celle de la décadence en émergence de civilisation, passe par la foi authentique ». Il n’y a pas de place aux mythes,  ni aux fabulations, ni aux innovations, ni aux solutions partielles et ponctuelles. La voie du salut comme celle de la victoire ou de la civilisation est dans la méthodologie du Coran et la pratique du Prophète (saws).

Tant que les Musulmans se sont attachés au Coran et au Prophète, malgré la culture d’empire et les divergences doctrinales apportées par les dynasties omeyyades et abbassides, la civilisation musulmane a rayonné sur le monde. Son rayonnement était spirituel, politique, culturel, philosophique, scientifique, technique et artistique. Lorsqu’elle avait perdu les attributs de ce rayonnement et les moyens de sa défense et de son expansion, elle a connu la déferlante des barbares qui sont tombés sur elle comme une épreuve terrible lui faisant perdre ses derniers attributs de résistance militaire et idéologique.

Les crises qui ont précédé puis  suivi la destruction de Bagdad puis la perte de Cordoue et ensuite la colonisation du monde musulman n’ont pas donné écho aux analyses des savants musulmans qui avaient annoncé ou analysé sociologiquement, politiquement et spirituellement la décadence du monde musulman. La paresse intellectuelle et les germes persistants de la même crise  ont favorisé trois tendances de pensées.

La première tendance est celle du sectarisme doctrinal et politique où les uns attendent le Mahdi et les autres le Calife bien guidé. La seconde tendance ne se préoccupe pas de faire une analyse sociologique, géopolitique, idéologique et intellectuelle des causes de la décadence ou de la civilisation, elle se contente du discours moralisateur paternaliste et de l’érudition juridique.  La troisième tendance vise à expliquer l’histoire par l’eschatologie.

Dès qu’un évènement tragique survient dans le monde musulman, les Mongols, les blancs colonisateurs, Tsunami, la guerre en Syrie, la Bible de Daniel est invoquée sous habillage musulman pour embrouiller les cartes ou tout simplement  pour trouver une niche médiatique.  Ce qui est risible, s’il y a matière à rire, c’est que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans sont tous d’accord sur la venue du Messie et l’affrontement mondial avec chacun une issue qui est favorable pour sa seule religion. Les plus politisés sont les sionistes qui sont parvenus à faire de l’eschatologie messianique, alors qu’ils ne croient pas au Messie, une préoccupation idéologique, politique et médiatique aux États-Unis au service d’Israël.

Quelle est la clé qui permet de trouver le lien entre les théories américaines de la fin de l’histoire comme celle de Francis Fukuyama et le discours musulman sur la fin du monde et la venue du Messie qui met fin à l’histoire humaine ?

Les Américains ont un dispositif de conquête du monde d’ailleurs en faillite où il n’y a plus de place aux autres cultures et aux autres idéologies. La fin de l’histoire c’est le triomphe du monothéisme du marché et du rêve américain c’est-à-dire la ressuscitation de tous les diables et de tous les démons que permet l’hyperpuissance.

Qu’apporte la fin de l’histoire aux musulmans et à l’humanité lorsqu’elle est une narrative d’un Cheikh ou d’un docteur musulman parlant au nom de l’Islam ? Qu’apporte-t-elle sur le plan spirituel, social, économique, militaire, politique ? Rien ! Elle ne fait qu’inscrire le musulman dans l’attente messianique qui est finie puisque le Prophète Mohamed annoncé par Jésus est venu et que ce Prophète a annoncé qu’il est la réinitialisation du temps et qu’il est l’annonce de la fin du monde. Les compteurs de l’humanité ont été remis à zéro pour un nouveau départ et une nouvelle mission. Quelle est cette mission à expliquer à l’humanité,  quel est le nouveau départ, vers quelle destination, pour quelle finalité et avec quels moyens ? L’Islam a répondu. Pourquoi lui imputer d’autres réponses ?

Au lieu d’analyser la carte géopolitique du monde arabe, l’histoire et les perspectives des mouvements islamiques, les conditions d’oppression et de libération, il est plus simple, plus rassurant et plus convaincant pour une population en quête de sensationnel de jouer à l’occultiste qui déchiffre les mystères. Hollywood incarné dans un personnage avec barbe et qamis pour raconter aux crédules   la venue du Messie, l’apparition de l’antéchrist,  la sortie de Gog et Magog puis la fin du monde.

La pédagogie, l’ingénierie, la psychologie se rejoignent sur le questionnement comme démarche saine pour comprendre et trouver les solutions qui aident à s’adapter ou à innover sur le plan du comportement, des savoirs  et des pratiques. Lorsque le culte des anciens devient la règle, le questionnement devient banni y compris sur la réalité du monde et sur la signification du Coran. Sans questionnement, nous devenons des fossiles, des mémoires figées sans attention sur le présent et sans attente sur le futur sauf à s’émerveiller de ce qui cultive l’apologie du passé et les certitudes répétées depuis des siècles sans pour autant voir qu’elles ne peuvent plus expliquer ni résoudre nos problèmes récurrents.

Je ne veux pas dire que la fin ultime du monde ne va pas avoir lieu ni que les fins partielles des mondes ne se produisent pas. La fin d’une civilisation, l’anéantissement d’un peuple, la disparition d’une contrée sont des phénomènes qui se sont produits et qui vont se produire de nouveau. L’histoire et l’archéologie parfois elles sont des témoins crédibles, mais parfois il y a un mystère total qui ne reste vivace que dans la mémoire des collectivités humaines ou dans quelques traces portées par les vestiges des villes disparues ou englouties. Allah réalise  la fin d’un monde, d’une civilisation ou d’un peuple par un  châtiment effroyable qui peut s’exécuter par le vent, la pluie, la mer, le feu, les pierres, les séismes, les guerres ou les Anges. À titre d’exemple :

{Mentionne le frère de `Âd lorsqu’il vint avertir son peuple dans le pays d’al-Ahqâf , bien que des avertisseurs étaient déjà venus avant et autour de  lui.  «N’adorez, dit-il, qu’Allah! Je crains pour vous le châtiment d’un Jour effroyable !» Ils dirent : « Es-tu venu à nous  pour nous détourner de nos divinités? Alors, apporte-nous donc ce dont tu nous menace, si tu es du nombre des véridiques ». Il leur dit : « Allah Seul en a connaissance, Je ne fais que vous transmettre ce pour quoi j’ai été envoyé, mais je vois bien que j’ai affaire à un peuple d’ignorants ». Quand ils le virent tel un phénomène à l’horizon, faisant face à leurs vallées, ils dirent : « Ce n’est qu’un phénomène qui nous apporte la pluie ! » Bien au contraire, ce n’est que ce que vous étiez impatients de voir venir : un vent porteur d’un douloureux châtiment, qui détruit tout, par la volonté de son Dieu. Le lendemain matin alors on ne voyait plus que les traces de leurs demeures : C’est ainsi que Nous punissons les peuples malfaiteurs.} } Al Ahqaf 21

Lorsqu’on étudie attentivement la fin des civilisations dans le Coran ou la fin de l’histoire d’une nation et sa disparition totale nous voyons un certain nombre de lois se manifester. C’est  un Prophète qui menace ses détracteurs, il est appuyé par des Signes qui ne trompent pas sur la suite des événements comme les Signes de Moise ou de Noé. Ces Signes ne sont pas discours de désespoir ou fuite de la réalité, mais aboutissement historique de la confrontation entre d’une part une foi porteuse de vérité et d’esprit de sens en minorité et d’autre part une arrogance belliqueuse porteuse de corruption et de mécréance agressive et criminelle en position de force.

La vérité portée et défendue par les Prophètes et leurs disciples ne s’inscrit dans aucun calcul mondain et politicien, autrement dit il n’y a ni revendication de pouvoir ni promesse électorale, mais agissement sincère et résolu pour Allah par amour d’Allah : le Tamkine comme pouvoir politique et position territoriale vient comme récompense à l’effort du Tamkine Dine Allah ( la promotion de la parole d’Allah) et non comme préalable.  Les Prophètes ne spéculent pas, ils annoncent une vérité qui va s’accomplir même si le terme de son accomplissement leur échappe. Enfin nous constatons que cette confrontation ultime annoncée en faveur de la vérité prophétique porte en elle les ferments de l’alternative pour que le châtiment qui frappe les iniques devienne salut pour les disciples des Prophètes. Le salut est à la fois spirituel et civilisationnel comme l’énonce la Sourate Al Ahqaf :

{Nous les avions pourvus  de ce  dont vous n’avez pas été pourvus : Nous leur avions certes donné l’ouïe, la vue et l’intelligence, mais ni leur ouïe, ni leur vue, ni leur intelligence ne leur servirent à rien comme ils reniaient les Signes d’Allah, Et il s’avéra contre eux ce dont ils se moquaient. Nous avons fait périr nombre de cités qui vous entouraient, après avoir multiplié les signes à leur intention, afin qu’ils reviennent [au droit chemin].} Al Ahqaf 26

L’annonce par les Prophètes de la fin du monde ou de la fin de l’histoire de leurs ennemis n’est pas une plaisanterie, mais processus historique logique dans le long et pénible processus du salut qui implique des générations. Est-ce que nous sommes suffisamment impliqués ontologiquement et socialement à l’image des Prophètes et de leurs disciples pour espérer voir la fin de l’Amérique et de ses vassaux despotes. Sommes-nous l’alternative ?

Lorsque les Russes et les Chinois rivalisent diplomatiquement, militairement, économiquement et technologiquement pour s’imposer comme alternative au monopole américain est-ce que nous sommes partie prenante dans le changement du monde ? Est-ce que nous avons les facultés de perception et d’entendement que cite la Sourate Al Ahqaf dans la perspective du changement annoncé aux Arabes du temps de Mohamed (saws) ?  Quelle est notre priorité ? A qui destiner le discours sur la fin du monde : à nos ennemis qui nous menacent d’extermination ainsi que les autres humains de la planète et avec quels moyens ou à nos populations en mal de vivre et en panne de projet. Je ne pense pas que l’Islam, les musulmans et l’humanité a besoin d’un cirque médiatique d’autant plus que ce cirque et les autres qui l’accompagnent depuis la chute de Bagdad et de Cordoue ne font qu’amuser sans instruire réellement les musulmans sur leur situation de Wahn.

Comment apprendre de notre situation afin qu’elle ne se reproduise plus si nous refusons de nous poser des questions sur la genèse de nos problèmes et sur nos rapports ontologiques et sociaux à ces problèmes ? C’est la grande leçon d’Ohod à laquelle nous invite le Coran que nous esquivons.

Lorsque nous la lisons en cohérence avec les énoncés d’Ohod sans tronquer le contextuel alors nous comprenons que le changement attendu et que nous ne parvenons pas à réaliser est global, complexe, réaliste et dynamique :

Un changement spirituel : la foi et la spiritualité sont l’essence du changement, car elles déterminent sa finalité en l’occurrence le salut collectif dans ce monde et le salut individuel dans l’autre.

Un changement ontologique et social en changeant les attributs actanciels de l’être individuel et social : vouloir, pouvoir, savoir, devoir, croire et agir.

Un changement dans le système de représentation de l’environnement en devenant acteur dans cet environnement par la prise en charge de ses facteurs et de ses influences. Le musulman n’est pas un être errant et solitaire qui vit en autarcie sur une planète perdue dans l’univers. Il vit sur terre avec d’autres communautés avec la mission de faire le bien et de témoigner de la foi. C’est une épreuve qu’il faut vivre et non subir.

Un changement dans la conscience qui donne la mesure de la crise, de ses causes et du refus de s’y soumettre.

Un changement dans la lecture de notre réalité et de notre environnement. Il ne peut y avoir changement de lecture si nous restons focalisés sur les vieilles lectures. La lecture de Flen ou Felten peut apporter des informations intéressantes, par exemple sur la situation médiévale du monde musulman alors que l’Europe prépare sa Renaissance en prenant tous ses matériaux au monde musulman alors que celui-ci entre en paralysie intellectuelle, scientifique et technique. Si notre lecture ne voit pas l’alternance des civilisations et la confrontation entre des efficacités et des projets alors elle peut continuer à faire de son passé un mouroir.

Ces registres de changements ne sont pas isolés les uns des autres, car l’être humain n’est pas un composé de parties distinctes, mais un tout complexe et dynamique. Le registre le plus important est la foi monothéisme saine et authentique, celle qui fait vibrer l’âme et imposer ses marques spirituelles, éthiques et esthétiques aux idées et aux territoires.

Le changement, l’adaptation et le réalisme ne signifient pas la soumission à l’ordre injuste dominant ni à l’acceptation de la mécréance comme vérité respectable ou admissible, mais l’effort assidu de trouver ce qui est le plus opportun sur le plan temporel, le plus pertinent sur le plan spatial, le plus cohérent sur le plan de la globalité, le plus urgent sur le plan des priorités et le plus efficace sur le plan des moyens pour transformer notre défaite et notre Wahn en victoire et en rayonnement civilisationnel le plus intense, le plus durable et le plus étendu.

Je crois à la fin « apocalyptique » du monde comme il est dit dans le Coran. La fin du monde fait partie intégrale de la foi :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux, ceux qui croient au Ghayb, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons octroyé, et ceux qui croient en ce qui t’as été révélé, en ce qui a été révélé avant toi, et qui croient foncièrement en la vie future. Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Dieu, et ceux-là sont ceux qui cultivent. } Al Baqarah 2

La fin du monde est le préalable au Jugement dernier et au Paradis et à l’Enfer :

{Et Nous Donnâmes, en fait, à Moïse et à Aaron le Critère comme Lumière et Rappel pour les pieux : ceux qui prennent garde à leur Dieu en conscience et prennent garde de l’Heure.} Al Anbiya 40

L’annonce de la fin du monde est rationnellement le chemin de la foi, car l’éphémère et la mortalité sont évidents et ont un dessein : réfuter l’absurdité d’une existence sans raison, sans finalité, sans responsabilités. C’est aussi la motivation et l’effort spirituel, moral et actanciel pour le salut ontologique et social. La description coranique, prophétique  et scientifique de la fin du monde est suffisamment éloquente pour ne pas en rajouter en en faisant du sensationnel pour captiver un public friand de sensations, mais très peu intéressé par la vérité et le devoir.

Les mécréants ont refusé d’y  croire alors que les Juifs et les Chrétiens, se croyant les bien-aimés d’Allah, ont refusé de croire à leur fin en Enfer. La Sourate Al Kahf nous montre trois attitudes magistrales devant l’évocation de la fin du monde.

La première attitude se rapporte à la découverte des jeunes dormants de la caverne qui avaient  fui la persécution des païens :

{C’est ainsi que Nous avons fait pour qu’ils soient découverts afin que les gens sachent que la promesse d’Allah est Vérité, et que l’Heure ne fait aucun doute. Lorsqu’ils se sont disputés au sujet de leur affaire, certains d’entre eux  ont dit : « Construisez sur eux un édifice : leur Dieu en est Plus-Scient », alors que ceux qui ont emporté la  décision ont dit : « Nous élèverons sûrement une mosquée au-dessus d’eux ». Les uns disent : « Ils étaient trois, mais leur chien étant  le quatrième », et d’autres disent : « Ils étaient cinq, mais leur sixième étant leur chien » par divination. Et d’autres encore disent : « Ils étaient sept, mais leur chien  étant le huitième  ». Dis : « Mon Dieu Est Plus-Scient de leur nombre, et peu nombreux sont ceux qui savent leur nombre. Ne discute alors sur leur sujet que par une évocation globale, et ne demande l’avis de personne à leur sujet. Et ne dis jamais à propos pas d’une chose : « Je ferai ceci demain », sauf : « Si Allah veut ». Evoque  le Nom de ton Dieu, si tu oublies, et dis : « Mon Dieu me guidera sûrement vers ce qui est plus proche de cela en sens ».} Al Kahf 22

L’énoncé nous montre comment l’esprit « rationnel et comptable » débat sur les futilités du nombre au lieu de méditer le Signe de la Ressuscitation. L’esprit  « politique et pratique » quant à lui débat sur l’aspect utilitaire et rituel pour récupérer le phénomène en élevant un édifice mortuaire qui fait office de sanctuaire. Le Fiqh musulman qui a confondu la Parole d’Allah avec celle des personnages du récit coranique en fait tout une controverse juridique sur les constructions des tombes dont les effets sur la guerre en Syrie et en Libye se font sentir de nos jours.

Tirer l’enseignement le plus sensé en termes de foi et le plus évocateur en termes de vie spirituelle est le dessin que nous devons suivre comme nous y invite le Coran. Cet énoncé vient comme une pédagogie de la lucidité et de la victoire alors que Mohamed (saws) était en situation de faiblesse à la Mecque. Si nous pouvons nous permettre une analogie nous dirons que c’est au moment de la persécution comme celle de Mohamed (saws) sans voir une aide s’annoncer qu’il aurait été « possible » d’imaginer la venue du Messie porter main forte à Mohamed et non maintenant que la religion musulmane et que le Coran sont confortablement installés dans l’histoire humaine.

La seconde attitude est celle du rebelle arrogant dont la catastrophe de la vie ici-bas témoigne de la fin du monde annoncée et de la catastrophe lors du Jugement dernier qui attend le négateur transgresseur et agresseur :

{Et il entra dans son jardin, se faisant injuste à lui-même en disant : « Je ne pense pas que ceci puisse jamais disparaître, et je ne pense pas que l’Heure du Jugement dernier puisse avoir  lieu ; et si jamais  je suis ramené à mon Dieu, j’en trouverai sûrement un meilleur sort ». […] Et ses fruits furent ravagés. Alors il se mit à se tordre les mains, déplorant ce qu’il a dépensé, en le voyant dévasté sur ses treillis, et à se lamenter : « Dussé-je n’avoir jamais associé personne à mon Dieu ! » Il ne trouva aucun  clan pour le soutenir contre Allah, et nul ne peut le secourir, car en pareille situation, la protection appartient à Allah qui est la vérité suprême} Al Kahf 35

La troisième attitude est celle du Croyant, ici représenté par un pauvre qui ne possède que sa foi et sa lucidité qui lui permettent d’envisager l’avenir avec espoir tout en craignant la catastrophe imminente pour le mécréant arrogant :

{Son voisin qui conversait  avec lui  répliqua : « As-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, ensuite d’une nutfah, ensuite t’a donné forme humaine ? Mais pour moi,  Allah est mon Dieu et je n’associe personne à mon Dieu. Et que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ‘‘ Tel est le Vouloir d’Allah ! Il n’y a de puissance qu’avec l’appui d’Allah !’’ Si tu me vois, moins pourvu que  toi en biens et en enfants,  Il se peut que mon Dieu me donne quelque chose de meilleur que ton jardin contre lequel Il enverra une grêle   du ciel, alors sa terre deviendra stérile et  boueuse, ou bien son eau se tarisse, alors tu ne pourras point l’atteindre ». Il est Celui qui accorde la meilleure rétribution et le  meilleur aboutissement.} Al Kahf 35

Il ne s’agit pas d’attendre la fin du monde comme spectateurs, mais de chercher la rétribution après l’aboutissement de la vie et l’accomplissement de l’effort dans cette vie. La Sourate Al Kahf montre la priorité du discours : l’avertissement de la fin aux mécréants pour les menacer et l’annonce de l’espoir et de l’espérance dans la rétribution aux Croyants pour les encourager et les inciter à se montrer assidu et constant :

{Livre d’une parfaite intégrité, afin d’avertir du châtiment rigoureux qui provient de Lui, et d’annoncer aux croyants qui font le bien qu’ils auront une bonne rémunération} Al Kahf 2,

Pourquoi donc se tromper d’interlocuteur et consacrer le discours destiné aux croyants à attendre la venue, vraie ou inventée, du Messie ou celle du Mahdi. Est-ce que l’annonce ou la venue du Messie et du Mahdi va-t-elle remplacer celle de Mohamed (saws) et est-elle suffisante ou nécessaire pour constater nos souffrances et nos malheurs et enfin avoir l’espoir de les surmonter ou de disparaitre avec l’anéantissement de la vie sur terre ?

L’attitude du croyant dans la sourate Al Kahf est celle de ce voisin qui conseille avec probité et qui entrevoit les catastrophes naturelles comme châtiment divin dont il faut se prémunir par le travail laborieux et la foi agissante :

{Son voisin qui conversait avec lui répliqua : « As-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, ensuite d’une nutfah, ensuite t’a donné forme humaine ? Mais pour moi, Allah est mon Dieu et je n’associe personne à mon Dieu. Et que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ‘‘ Tel est le Vouloir d’Allah ! Il n’y a de puissance qu’avec l’appui d’Allah !’’ Si tu me vois, moins pourvu que  toi en biens et en enfants,  Il se peut que mon Dieu me donne quelque chose de meilleur que ton jardin contre lequel Il enverra une grêle   du ciel, alors sa terre deviendra stérile et  boueuse, ou bien son eau se tarisse, alors tu ne pourras point l’atteindre ». Il est Celui qui accorde la meilleure rétribution et le meilleur aboutissement.} Al Kahf 35

L’attitude de ce croyant   n’est-elle pas la meilleure réponse pour affronter les responsables de nos décadences et trouver une issue honorable à nos problèmes. Ce récit est-il en contradiction avec les enseignements d’Ohod sur la responsabilité individuelle et collective ?

Nous avons vu comment l’énoncé coranique qui traite de la défaite d’Ohod, de ses causes et de ses conséquences exclue l’Occulte. Il n’est donc pas attendu du musulman d’expliquer la colonisation ou la guerre en Syrie et leurs conséquences par l’Occulte, mais par l’analyse logique et documentée sur l’histoire, la sociologie, l’économie, la politique, l’idéologie de la région et l’état décadent de la pensée musulmane qui produit des catastrophes chez les uns et le sauve-qui-peut chez les autres.

Je suis convaincu qu’il vaut mieux se tromper par l’imperfection de sa logique et le manque de fiabilité de sa  documentation que de faire dire à Allah ce qu’Il n’a pas dit.

Allah (swt) dit d’une manière claire, précise et transparente ne nécessitant aucun commentaire :

{Certes, Allah possède la connaissance de l’Heure} Loqman 34

La connaissance de la fin du monde et de l’avenir appartient exclusivement à Allah. S’il faut chercher une connaissance c’est donc auprès de Sa Parole dans le Coran. Le Coran dit la même vérité sans lui trouver un énoncé équivoque ou permettant une interprétation eschatologique :

{ … certes sont perdus, ceux qui ont démenti la rencontre d’Allah, jusqu’à ce que l’Heure [la fin du monde]  leur vienne à l’improviste.} Al An’âme 31

{Ils t’interrogent sur l’Heure : « A quelle époque est-elle  fixée ? » Dis : « Sa  connaissance est seulement auprès de mon Dieu. Nul autre que Lui ne la manifestera à son moment propice. Pesante elle sera aux Cieux et en la terre.  Elle ne vous parviendra qu’à l’improviste. »  Ils t’interrogent comme si tu étais à sa recherche. Dis : « Sa connaissance est seulement auprès d’Allah, mais la plupart des hommes ne savent pas. » Dis : « Je ne détiens pour ma personne ni bien ni mal, sauf ce que veut Allah. Si je  connaissais le Ghayb, j’en aurais accru les biens et nulle nuisance ne m’aurait touché. Je ne suis qu’un avertisseur et un annonciateur pour des gens qui croient. »}  Al A’raf  187-188

{Certes, l’Heure aura lieu : Je la rends absolument secrète afin que chaque personne soit récompensée selon ses efforts.} Taha 15

{Les hommes t’interrogent sur l’Heure. Dis : « Sa connaissance est seulement auprès d’Allah ». Et qu’en sais-tu ? Peut-être que l’Heure aura lieu bientôt.} Al Ahzab 63

Personne ne sait donc quand aura lieu la fin du monde, mais les croyants savent qu’elle aura lieu et qu’elle est inscrite dans le Livre de Dieu que nul ne peut voir ni deviner. Pourquoi alors ce discours sur ce qui échappe à notre entendement ?

Le Prophète menaçait les mécréants de la fin du monde et rappelait aux croyants la fin du monde pour qu’ils agissent toujours bien de peur qu’ils ne meurent à l’improviste dans un état qui ne sied pas au croyant. Allah a fait voir l’Enfer et le Paradis au Prophète, mais Il ne lui a pas fait connaitre la date de la fin du monde.

Parler de la fin du monde, de l’Enfer et du Paradis fait partie du discours de la foi (théologie) et de la pédagogie de la foi et de la vertu, mais cela ne peut se transformer en discours sensationnel messianique où le délai d’Allah connu uniquement par Lui devient une prédiction à la portée de n’importe quel homme s’il a suffisamment d’éloquence et de crédibilité médiatique :

{Laisse-moi donc avec ceux qui démentent ce Coran, Nous allons les appâter par où ils ne se rendront pas compte.  Et Je leur laisserai un délai. Certes, Ma Manœuvre est solide.} Al Qalam 44

Notre discours, notre comportement et nos actes doivent donc être davantage orientés vers l’éveil et la responsabilisation de notre communauté que vers son divertissement ou sa diversion par des motifs aussi graves et solennels que la fin du monde et le Châtiment divin. Si les malheurs qui frappent cette communauté ne parviennent pas à la réveiller, je ne pense pas raisonnablement que le discours fascinant et terrorisant puisse la réveiller ni d’ailleurs le discours moralisateur et formaliste. L’injonction de la Sourate Al Qalam au Prophète (saws) chagriné par le refus des païens et des Gens du Livre à l’écouter puis à le suivre nous donne la solution :

{… possèdent-ils l’Occulte de sorte qu’ils écrivent ? Persévère donc jusqu’au jugement de ton Dieu}  Al Qalam 47

Les Juifs, les Chrétiens, les Arabes païens et les hypocrites pour différentes raisons l’interrogeaient sur la fin du monde. Les uns voulaient vérifier la validité de sa Prophétie alors que les autres voulaient le railler ou le provoquer. Le Coran lui a donné cette réponse :

{Ils t’interrogent sur l’Heure : « A quelle époque est-elle fixée ? » Qu’as-tu à faire de son moment ? C’est vers ton Dieu sa finale. Mais toi, tu n’as qu’à avertir celui qui la craint.} An Nazi’âtes 42

Cette réponse est aussi valable pour les croyants encore sensibles aux mythologies grecques et perses qui leur parvenaient des caravanes et qui questionnaient le Prophète (saws). Les hadiths rapportent ce dialogue fort instructif que je ne transmets pas fidèlement :

« Un musulman demanda au Prophète : « quand est-ce qu’aura lieu la fin du monde ? » – le Prophète lui répondit : En quoi cela te concerne ? » – le demandeur dit alors : «  Non je voulais juste savoir quoi faire lorsqu’elle survient » – le Prophète lui dit : «  Si tu as dans la main une pousse de palmier empresse-toi de la planter »

Question intelligente et réponse magistrale pour ceux qui cherchent la vérité et l’efficacité de l’Islam : que faire ?

Expliquer les révolutions arabes, la guerre en Syrie ou l’occupation sioniste de la Palestine par l’eschatologie c’est non seulement introduire la culture judéo-chrétienne dans les croyances musulmanes, mais c’est cultiver le sensationnel alors que l’urgence et la priorité sont dans l’éveil du musulman qui doit se montrer réaliste, efficace et assidu dans des projets à long terme qui construisent sa liberté et sa responsabilité.

J’ai du mal à comprendre l’entêtement des experts en eschatologie alors que  le Prophète (saws) a formellement interdit de dater la fin du monde :

« Malheurs aux Waqatoun ! Ceux qui fixent une date à l’Heure »

S’il y a un investissement personnel ou collectif à faire, il réside bien dans la définition du salut et de la mission impartie :

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à Allah, et que chaque personne voit ce qu’elle a préparé pour le lendemain, et prenez garde à Allah. Certes, Allah Est Omniscient de ce que vous faites. Et ne soyez pas comme ceux qui oublièrent Allah, alors Il fit qu’ils s’oublièrent eux-mêmes. Ceux-là sont les pervertis.}  Al Hashr 18

Celui qui est préparé à vivre ou à mourir demain avec la certitude de rencontrer Allah est davantage préoccupé par l’usage du temps, de l’argent et de  l’intelligence dont il a été pourvu et dont il devra rendre compte.

Je ne crois pas qu’il faille expliquer le monde et l’histoire par des références eschatologiques. La priorité de notre jeunesse est d’étudier sérieusement la Parole d’Allah. Cette jeunesse doit acquérir les méthodes scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques et archéologiques pour mieux comprendre le monde le marquer de la couleur islamique monothéiste. Je suis persuadé que celui qui a recours à l’explication eschatologique non seulement fait une erreur de lecture, mais se comporte idéologiquement et psychologiquement de la même façon  que les Arabes dahrinistes et déterministes qui se contentaient d’imputer la vie et la mort au processus naturel de succession des générations sans jugement dernier.

{Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ».} Al Jatiya 24

Si les Dahrinistes pensent que c’est le temps qui les fait périr et que la vie est absurde, les Apocalyptiques sont croyant en Dieu et au Jugement dernier, mais ils pensent que notre existence est absurde et que l’histoire humaine est réglée d’une manière surnaturelle surlaquelle nous n’avons aucune prise sauf d’attendre la fin du monde et le Décret d’Allah. Il faut lire la réponse d’Allah aux Dahrinistes païens pour deviner  la réponse à faire aux Apocalyptiques croyants :

{Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ». Et ils n’ont de cela aucune science. Certes, ils ne font que conjecturer} Al Jatiya 24

Tous les négateurs refusent de croire en la fin du monde. La fin du monde n’est un fait scientifique ou narratif dont il faut simplement prendre connaissance par curiosité intellectuelle ou dont il faut faire le sujet principal de nos discours entre nous ou de notre discours aux autres. Il faut lire les énoncés coraniques dans leur intégralité et dans leur contexte :

{Et lorsqu’on leur récite Nos Signes évidents, leur argument n’était autre qu’ils dirent : Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ».}  Dis : « Allah vous Fait revivre, ensuite vous Fait mourir, ensuite vous Rassemble pour le Jour de la Résurrection, sans aucun doute, mais la plupart des hommes ne savent pas, et à Allah appartient le Royaume des Cieux et de la terre. Et le Jour où l’Heure aura lieu, ce Jour-là les détracteurs seront perdus ». Et tu vois chaque communauté agenouillée. Chaque communauté sera appelée à son Livre : Aujourd’hui vous serez récompensés de ce que vous faisiez. Voici notre Registre qui témoigne de vous en toute Vérité. Nous, Nous Inscrivions ce que vous faisiez.} Al Jatiya 24 à 29

La fin du monde comme la fin de notre monde aura lieu, mais nous ignorons son terme. Elle annonce le Jugement dernier, qui lui-même annonce la rétribution de nos actes commis dans cette existence terrestre. La foi dans le Jugement dernier c’est la foi agissante, celle qui agit pour être récompensée. L’excellence c’est d’agir pour l’amour d’Allah. Le Prophète (saws) a décrit la foi et la vertu comme 99 registres d’actions positives et bienfaisantes.

Avons-nous épuisé tout le registre pédagogique du Coran, toutes les possibilités d’action de la foi et tous les moyens de résistance contre l’oppression ?

Avons-nous vu les causes, la dimension et la profondeur de la culture de la catastrophe sociale, politique et idéologique dans les malheurs et l’insouciance qui continuent de nous frapper. Voyons nous la Justice d’Allah qui  fait subir aux hommes et aux peuples leurs propres œuvres :

{Il n’est pas de mise qu’Allah soit injuste envers eux, mais c’est envers eux-mêmes qu’ils étaient injustes.} At Tawbah 70

 

 

 

 

 

 

Résolution de l’ONU et digressions sur la guerre et la paix en Syrie

Partie 1 |  | Partie 2  |   | Partie 3 |  | Partie 4 | | Partie 5 |

J’avais utilisé la symbolique du Roque du jeu d’échecs pour signifier le renversement du jeu et toutes ses implications stratégiques et tactiques : arsenal chimique contre la guerre avec un autre armement et d’autres acteurs dirigés contre l’entité sioniste, Poutine qui prend la relève d’Assad dans le conflit l’opposant à Obama, diplomatie des BRICS contre le bellicisme impérial, guerre totale mondiale (ou du moins régional) contre les frappes « ciblées » américaines… Le résultat a dépassé tous les pronostics et laisse la porte ouverte encore à d’autres dramatiques historiques impensables il y a quelques années ou quelques mois. Pour l’instant, on assiste à un chamboulement tactique dans le jeu dont certains éléments ont déjà été abordés par nos analyses antérieures. Nous sommes à la partie 6 avant l’épilogue qui sera l’évaluation des pièces et de leur position après l’abandon totale de la partie,  la mise en échec et mat, ou la situation du pat… Nous sommes encore loin de la fin de partie. Nous sommes au milieu de la fin et elle est intéressante à maints égards que nous exposons en 11 chapitres…

1 – Echec cuisant du bloc impérial et sioniste

Absence d’évocation du recours à la force

Absence d’évocation de la responsabilité de l’usage des armes chimiques

Absence d’évocation du départ du président syrien et de son régime

Absence de considération pour la France

Absence d’arguments et d’ouverture pour la continuité du droit d’ingérence et du devoir d’expédition punitive contre ceux qui défient « la communauté internationale »

Aucun lien avec les discours d’Obama qui se retrouve de plus en plus confus dans ses propres contradictions et de plus en plus isolé dans sa communication tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis

Aucune autorité sur les groupes islamiques armées qui annoncent leur agenda autonome et qui se fédèrent autour de leurs propres objectifs

Internationalisation du conflit syrien aux dépens de la rhétorique et des intérêts de l’Empire qui ne réalise aucun de ses objectifs de guerre. Selon l’analyse de la guerre par Clausewitz, l’Empire avait déjà perdu, car sa perte était déjà inscrite dans sa politique perdante et confuse qui cherchait une guerre à n’importe quel prix et sans aucun gain militaire, politique et économique pour les États-Unis, et qui finit par se rétracter devant la possibilité d’une guerre totale qu’il redoute et qu’il n’avait pas envisagée.

Obama saisit la perche que lui a tendue Hassan Rohani et engage avec lui un entretien téléphonique laissant l’entité sioniste, la France et les monarchies arabes complètement désemparées. Le fameux « dans un jour, une semaine ou un mois » j’attaquerais la Syrie se transforme en salamalecs en perse et en anglais où l’hébreu, l’arabe et le latin vont mettre du temps avant de comprendre les causes et les conséquences de l’ouverture de l’Amérique à l’allié indéfectible de la Syrie visée pourtant dans le collimateur US !

2 – Echec humiliant pour les Bédouins

Toutes les cartes politico militaires ont été jouées et il ne reste aux bédouins que la haine et la nuisance qui ne peuvent constituer une politique et encore moins une stratégie dans une région en mutation avec le rôle de plus en plus grand de l’Iran qui garde ses chances de développement intactes et ses possibilités de manœuvre, entre les Russes et les Américains, plus pertinentes et plus efficaces

3 –  Echec humiliant pour les Ottomans

Tout le travail réalisé par Erbakan qui a porté Erdogan au pouvoir et a facilité sa réussite politique et économique est en cours de remise en cause : la Turquie a perdu ses marchés et a perdu sa place dans le dispositif économique et géopolitique de l’Eurasie, sans pour autant gagner un rapprochement  avec l’Europe.

4 – Réussite de la Russie :

Imposition de la voie diplomatique contre le bellicisme US

Imposition de la Russie comme acteur principal, voire majeur, dans la conduite des affaires mondiales

Imposition des BRICS et à leur tête le Brésil qui a fait de la tribune des Nations-Unis une voix d’accusation contre les Etats-Unis et leur Président Obama pour leur espionnage et leur comportement de voyous internationaux.

Imposition de la Russie non seulement comme partenaire stratégique de la Syrie, mais comme allié qui sera impliqué militairement en cas de guerre contre la Syrie qui devient sa principale base militaire dans le monde. L’hégémonie militaire américaine et sioniste est du passé : les armées russes sont présentes et actives en méditerranée et dans le monde arabe via la Syrie.

L’Église orthodoxe s’est réunifiée sur le cas de la Syrie et elle entre comme nouvelle force spirituelle, morale, sociale et politique dans la gouvernance du monde. Elle redonne sur le plan intérieur et extérieur de la force et de la vitalité à la Russie slave, orthodoxe et non occidentale de Poutine. Elle donne du contenu et un redéploiement à la vieille idéologie russe de l’eurasisme qui consiste à fédérer la Russie, la Chine, les Balkans et le monde musulman comme un bloc autonome du monde occidental.

2014 est l’année du retrait officiel de l’armée américaine de l’Afghanistan avec l’idée de laisser des bases forteresses US pour le contrôle de la région et un gouvernement afghan « hétérogène incluant les Talibans » favorables à des liens économiques, sécuritaires et géopolitiques avec les USA.  Les Russes, les Chinois, les Pakistanais et les Iraniens ont sans doute donné des garanties aux Américains pour les aider dans leur retraite d’Afghanistan. Plus l’armée est massive et ses moyens colossaux plus sa retraite est périlleuse car les pertes en vie humaine et en matériel peuvent s’avérer catastrophique en valeurs et en incidence sur la politique intérieure. Le dialogue confidentiel a sans doute joué en faveur de la Syrie qui devient monnaie d’échange.  Comment les Russes, les Chinois, les Iraniens et les Pakistanais (de plus en plus favorables aux Russes et aux Chinois) vont gérer l’Afghanistan à la lumière de l’expérience syrienne et à la lumière des expériences des BRICS et de l’alliance sino-russe de Shanghai est l’énigme attendue.

Cette énigme va-t-elle faire oublier la Syrie ou au contraire l’intensifier d’autant plus que le conflit syrien est aussi un conflit qui entre dans le cadre de la géopolitique du pétrole. À titre de rappel, la Syrie est non seulement un gisement nouveau exploitable, mais elle aussi est le passage choisi pour acheminer le gaz russe en Europe faisant concurrence au gaz américano-qatari devant transiter par la Turquie.

L’orthodoxie figée et le dogmatisme stérile des sunnites, dans leur forme de wahhabisme, de Frères musulmans ou de salafisme ont montré leurs limites. Ils sont un facteur déstructurant et   anesthésiant devant l’expansion géopolitique et politique des chiites qui ont construit des instruments d’analyse et ne se sont pas confinés dans la compilation. Est-ce que les musulmans seront aptes à dépasser leurs faux clivages et à relire les cartes du monde  pour  y construire leur dignité et leur prospérité est la véritable question qui se pose lorsqu’on lit ce qui se dit sur la résolution de l’ONU et sur les entretiens dans ses  coulisses. L’analyse simpliste et romantique qui réduit le conflit syrien à un régime laïc sans dieu allié aux chiites contre les Sunnites ne tient la route que parce que les jeunes ont été amenés par un discours euphorisant  à prendre pour argent comptant ce que leurs idoles médiatiques disent au lieu d’examiner les faits.

5 – Réussite de Bachar al Assad 

La résolution des Nations-Unis non seulement ne remet pas en cause sa légitimité, mais la renforce en lui confiant la responsabilité du démantèlement de son arsenal chimique, alors qu’Américains et Français réclamaient son départ comme préalable à toute discussion et à toute solution politique.

Bachar al Assad  continue de communiquer sur l’armement dissuasif de la Syrie ainsi que sur sa popularité au sein de la population syrienne tout en exprimant sa victoire politique et sa détermination à mener le combat contre les groupes armés islamiques jusqu’à leur éradication. Rester au pouvoir jusqu’à 2014 et se présenter ou ne pas se présenter comme candidat aux présidentielles est une victoire politique, militaire et symbolique. Ses discours pour la galerie interne doivent devenir plus structurants et plus signifiant en termes de réformes, malgré la guerre, s’il veut sauver ce qui reste de la Syrie mise en ruines

6 – La question de la paix en Syrie :

La paix n’est pas gagnée, la guerre n’est pas écartée, car l’énergie déployée par l’entropie et la haine n’est ni épuisée ni compensée par une alternative de paix. En attendant les grands bouleversements au Pakistan et en Afghanistan, la question syrienne devra être suivie avec attention sur trois pistes qui ne sont pas des jeux de mots, mais des processus à imaginer, à deviner et sur lesquels les acteurs et les théoriciens doivent agir à court et moyen terme :

6-1 Guerre ou paix ?

Guerre ou paix entre la Syrie et les États-Unis sachant que cette guerre annoncée depuis plus de vingt ans et réactualisée à la lumière des « révolutions arabes » est une guerre qui dépasse la Syrie, pays, peuple et gouvernement.

Elle reflète la nature de prédation et d’entropie de l’impérialisme.

Elle s’inscrit dans la défense des intérêts stratégiques de l’entité sioniste dont l’objectif est de dominer politiquement, idéologiquement  et économiquement le monde arabe une fois que celui-ci aura reconnu Israël et normalisé ses relations avec lui.

Elle vise la revanche sur le Hezbollah et l’axe de de la résistance qui a mis en échec la puissance militaire de l’Empire et du sionisme.

Elle vise à mettre fin à l’effort intellectuel, scientifique et technologique des Iraniens et à leur ambition d’exporter leur idéologie. Le romantisme et la lutte idéologique nous font croire qu’il s’agit de l’acquisition de la bombe atomique, mais en réalité il s’agit de l’acquisition d’une culture d’inventivité et d’indépendance.

Elle intimide les pays en déficit de légitimé à livrer leurs ressources, leurs marchés et leurs armées pour devenir des bases coloniales dans la lutte que l’Empire mène contre le terrorisme qu’il a créé comme acte de diversion et de subversion et qui lui échappe de plus en plus.

Elle phagocyte les pays dans des ensembles régionaux confiés à un super vassal qui joue le rôle de gendarme régional et de pourvoyeur de fonds pour le compte de l’Empire ressemblant davantage à une organisation maffieuse qu’à un État.

Elle vise à affronter en Syrie l’idée de l’Eurasie qui émerge comme nouveau centre de gravité du monde et comme alternative ou du moins comme pôle contestant la suprématie financière, politique, économique et militaire de l’Empire en décadence

Elle engage une bataille préventive contre l’éveil islamique en le vidant de sa substance civilisationnelle et en jouant de ses contradictions internes idéologiques et politiques.

Dans cette configuration complexe, chacun joue sa perte. L’empire est cependant celui qui a le plus à perdre, car il est dans une situation financière, morale, politique qui plaide en sa défaveur. Il peut décider à n’importe quel moment de partir en guerre. Ce qui pourrait l’en empêcher est la fermeté de ses opposants qui ne doivent ni baisser la garde ni se désister de leurs moyens de résistance qui doivent se révéler de plus en plus dissuasifs. Par contre, ce qui pourrait l’y conduire est soit la faiblesse ou les contradictions dans ses opposants ou des opérations de subversions et de provocations que lui et ses vassaux parviennent à réaliser pour leur donner les justifications et les brèches à des attaques-surprises.

La grande inconnue est le front intérieur américain. La tendance contre la guerre et les contradictions du Président Obama ont montré une crise d’autorité et de confiance au sein de l’Empire ainsi qu’une confusion dans les objectifs et les gains de guerre qui relèvent de la loi coranique de l’Istidraj de l’Empire vers sa propre perte selon des mécanismes qui dépasse son entendement. Sur le plan rationnel, plus la gestion de la crise intérieure est longue et complexe et plus les risques de guerre s’estompent, car l’Empire va entrer dans la formulation interne de ses propres contradictions et jamais une guerre ancienne ou contemporaine n’a été gagnée dans ces conditions. Sur le plan de l’Istidraj, nous connaissons les principes, mais les mécanismes réels, le temps et les conditions de l’implosion interne et de l’explosion externe nous échappent. Nous voyons la tendance se confirmer comme nous voyons quelques jalons se manifester ici et là.

6-2 Guerre et Paix ?

Guerre et paix entre les Syriens et les brigades islamiques internationales avec le risque de débordement régional et avec le risque plus grand d’une formalisation sectaire ou confessionnelle pour maintenir la région dans le chaos et les peuples tenus à l’écart de la pensée sur leur devenir. Les groupes armés se fédèrent et disposent de moyens de combats plus opérants : ils vont faire durer la guerre longtemps et lui donner un prix rédhibitoire. Clausewitz a montré que la guerre et le commerce cherchent à obtenir des gains et à soumettre l’adversaire à sa volonté dans les limites des sacrifices consentis. Il n’y a pas de gains lorsque les sacrifices consentis sont plus grands que les gains ou qu’ils sont plus étendus en termes d’étendue d’espace et de durée dans le temps. Il n’y a pas de gain lorsque les populations sacrifiées, les États et les commerçants réalisent que la guerre menée en leur nom et pour leur cause ne leur a rien apporté sauf ruines et sang.

Il n’y aura pas de paix durable lorsque la guerre totale ne permet pas de négocier la paix. La paix par la défaite, la victoire ou la trêve  est toujours envisageable lorsque dans la culture des belligérants il y des limites à ne pas transgresser et la volonté rationnelle à évaluer objectivement les gains attendus et les pertes redoutées. La cause et la fin de la guerre, subie ou menée,  sont toujours politiques. Quelles sont les fins politiques des groupes armés ? Quel est leur pouvoir de fédération qui leur donne une légitimité et une crédibilité pour construire une politique consensuelle et négocier ?

Pour l’instant, nous assistons à une réorganisation totale des combattants islamiques, à un changement de doctrine. Nous assistons aussi à la promotion, une nouvelle fois, de la lutte antiterroriste au niveau internationale qui veut s’émanciper de la lecture américaine. Nous assistons à la volonté française, américaine, arabe et turque de financer et de soutenir la rébellion armée alors qu’elle est en pleine mutation et qu’elle échappe de plus en plus au contrôle de ses parrains. Nous assistons à une volonté de combattre sans objectif militaire tactique ou stratégique. Clauswewitz a montré que la guerre ne pouvait être menée et géré que si elle repose sur une théorie de la violence raisonnablement employée, car c’est la raison qui détermine la politique de la guerre et qui négocie les conditions et le moment de la paix. Face à des groupes armées qui font la guerre pour la guerre et des pays qui se sont fixés comme fin la chute de Bachar al Assad il est difficile d’imaginer un dialogue rationnel pouvant conduire à la paix durable.

Dans ces conditions, la Syrie est engagée à faire de son armée, de sa population, de  son territoire  et de ses voisins des champs de bataille où s’affrontent des désirs de combats sans volonté politique, des haines régionales, des impostures, des politiques, des entropies provoquées par l’Empire, des exacerbations confessionnelles et ethniques. La géographie, l’histoire, les mentalités collectives et les économies font peser sur les populations syriennes des charges qui dépassent leurs capacités intrinsèques à vouloir et à imposer la paix. Les autorités religieuses qui ont appelé à la violence sans en évaluer toutes les conséquences portent une grave responsabilité et elles resteront comptables devant l’opinion, devant l’histoire et devant Dieu des préjudices et torts causés à l’humain et au territoire.

Aucun stratège de guerre, aucun homme de religion, aucun politique ne conduisent une guerre s’il n’a pas dans sa tête le plan de paix et les moyens de négocier la paix qu’il soit victorieux ou défait. Il n’y a que les insensés, les criminels  et les infantiles qui peuvent envisager la guerre sans politique et sans moyen d’y mettre fin c’est-à-dire sans pouvoir de décision pour la conduire rapidement et efficacement à optimiser le rapport des gains et des pertes dans un cadre réaliste et global. Clausewitz a établi que  c’est la montée aux extrêmes qui fait l’essence de la guerre et, seul, le politique  peut limiter cette propension de la guerre à aller toujours plus loin.  La guerre totale  de pure  extermination destructrice de l’autre, en tant que nation, race, pouvoir ou culture ennemie est du nihilisme et non de la politique ou une « autre manière de faire de la politique par d’autres moyens ». Les partisans de la guerre, leurs commanditaires religieux seront les premiers à subir l’effet de manivelle de la violence de leurs décisions improvisées. La guerre n’est pas une affaire de gourou religieux ou partisan, elle est l’affaire de chefs d’Etat, d’initiés selon Tsu et de grande âme selon Clausewitz, car avant tout il s’agit de penser la guerre d’une manière politique et non militaire c’est à dire examiner la guerre dans sa totalité (la globalité de ses phénomènes) et dans ses desseins pour commencer à gérer la paix et en récolter les fruits  alors que la guerre n’a pas encore commencé. L’expérience « islamiste » contemporaine a montré son inculture politique et son bilan catastrophique. A ce jour ils ne parviennent pas à faire le retour d’expérience et à le conceptualiser. Au lieu de faire de la  guerre cessait  un instrument pour une politique sensée, ils deviennent eux-mêmes les insensés que la guerre instrumentalise avant de devenir  contre-productive et de se retourner contre eux. La lucidité est la vertu cardinale que le Coran a inculqué aux Musulmans, mais ces derniers semblent ne plus distinguer le bien et le mal, le vrai et le faux, la fin et les moyens. Ils ne parviennent pas à comprendre cette loi élémentaire :  » Toute violence illimitée dans ses fins provoque la violence de tous et fait perdre tout bénéfice ».

Je me rappelle la stupidité et l’entêtement de Abassi Madani et de Ali Belhadj à refuser de dénoncer la violence par principe politicien alors que dans la réalité ils n’avaient ni la culture politique ni la stature de chef d’État pour comprendre qu’il s’agissait du salut de l’Algérie. Le général Lamine Zéroual était une opportunité que le destin avait choisie pour sortir l’Algérie de la guerre civile, mais ni le FIS, ni les politiques, ni les militaires, ni les maquis islamistes n’avaient compris la situation ni fait l’effort d’envisager objectivement  leur devoir. Il leur incombait  d’aider un homme intègre, mais isolé, et incapable, tout seul, sans soutien populaire et politique, de faire sortir l’Algérie du gué du torrent de sang qui déferlait sur elle la déshumanisant  et handicapant son devenir sur plusieurs générations à venir. Lorsque l’existence de l’un dépend de la destruction de l’autre nous ne sommes plus dans une guerre, mais dans un massacre gratuit qui ne produit que des pertes et du chaos sur lesquels il sera difficile de construire la paix ou de gouverner un pays.

L’irresponsabilité non seulement continue puisqu’aucun acteur ne veut faire son bilan, mais elle devient crapuleuse lorsque nous voyons les uns et les autres instrumentaliser le flou et la terreur pour faire avancer leurs pions dans la conquête du pouvoir qui maudit celui qui le convoite.

Lorsqu’on garde en tête la création des monarchies arabes, la nature de leurs États, leur absence de vocation pour participer à une stratégie dans le monde arabe, le monde musulman ou la Palestine, la nuisance politique, économique et religieuse dans le monde arabe et musulman, on comprend alors l’inefficacité des savants musulmans qui résident chez eux. On comprend alors l’insenséisme de leurs Fatwas meurtrières et leur incompétence à penser ou à superviser le changement et la réforme dans le monde musulman. Non seulement ils vivent comme des rentiers experts en compilation des travaux anciens produits par la décadence du monde musulman, mais ils opèrent comme des facteurs de troubles à l’encontre de la voix prophétique.

Pour comprendre leur influence néfaste sur la Syrie et les risques de sa somalisation, il faut voir (puisque la résolution de l’ONU intervient une semaine après la prise d’otage au Kenya, remettant dans l’actualité la tragédie somalienne) comment ils ont mis du temps pour  intervenir dans le conflit somalien lorsque celui-ci était davantage un conflit entre les Somaliens et les Occidentaux et puis comment ils se sont empressés à intervenir pour attiser les rivalités entre factions rivales ou dissidentes au moment où la résistance somalienne est parvenue à chasser l’occupant et ses alliés. Le même phénomène en Afghanistan, le même phénomène en Somalie, et ce sera le même phénomène prévu pour la Syrie si jamais les combattants islamiques parviennent à s’imposer sur tout ou partie du territoire syrien contre l’armée légale syrienne.

Pour toutes ces raisons, nos pronostics sur la paix restent pessimistes.

Pour toutes ces raisons, l’analyse des totalités et des contradictions qui les animent, selon la théorie de Clausewitz, nous demande de  rester vigilants dans les rapports futurs que l’Empire va entretenir avec les oppositions armées syriennes. Si les monarchies n’ont pas autre  dignité que celle du vassal inculte et inconscient de sa nuisance  et de son insuffisance, l’Empire a une certaine image à défendre. Il va se trouver dans des paradoxes qui vont agir sur la paix et la sécurité de la région arabe.

Le premier paradoxe est d’amener la rébellion armée la plus présente et la plus efficace sur le terrain à se mettre sur une table de négociation face au régime syrien. S’il ne parvient pas il a perdu toute crédibilité et il étale sa faiblesse et son peu d’influence avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur la fin de la reconnaissance de sa domination mondiale. La fin des empires commence avec des séditions qui refusent de se soumettre à l’arbitrage de la Maison-Blanche de Pharaon ou de l’Amérique.

Le second paradoxe est de soutenir les « terroristes » qu’il a combattus depuis le 11 septembre avec en toile de fond la communication pour faire adhérer l’opinion mondiale à une guerre de plus en plus remplie d’incertitudes tant sur le plan militaire que sur le plan politique et pour laquelle elle est de plus en plus hostile.

Je laisse au lecteur le soin d’imaginer les autres scénarios et les autres paradoxes comme  soutenir une partie de l’opposition armée contre une autre comme veulent le faire les Français de plus en plus mal inspirés et esseulés.

6-3 De la guerre vers la paix

De la guerre vers la paix qui va exiger dès maintenant la réflexion sur les mécanismes juridiques, politiques, sociaux, psychologiques pour préparer et instaurer la paix au sein d’une population terrorisée et exsangue. L’expérience algérienne de la « réconciliation nationale » sans justice ni vérité a montré comment un territoire et un peuple deviennent otage de la rente et du commerce informel sans possibilités de développement réelles. L’expérience sud-africaine qui n’a pas construit une émancipation de l’économie capitaliste a mis relativement fin à l’apartheid politique et  ethnique, mais elle a laissé la majorité des populations dans l’exclusion et la marginalisation, alors qu’une faible minorité intégrée dans l’économie mondiale est en train de se constituer en ilots de privilèges et de collaboration avec les anciens dominateurs.

Seul en indépendant, mu par ma seule conscience, j’ai étudié les grandes tragédies de notre temps en Algérie, en Yougoslavie, en Irak, au Soudan, en Afghanistan  et en Somalie avec la question de fond : comment et pourquoi, tant dans l’opposition que dans le pouvoir, il n’ y a ni de culture d’État, ni conscience citoyenne derrière la rhétorique abondante qui instrumentalise le religieux, l’histoire ou l’identité nationale. Je n’ai pas de réponse à apporter ici, mais force est de constater que les acteurs qui allument la mèche de la Fitna rendant licites l’effusion du sang et la mise en ruine du territoire ne sont pas intéressés à débattre sur les conséquences éthiques, sociales, religieuses et politiques de la guerre civile. Toute population soumise à un terrorisme aveugle, quels que soient son origine et ses acteurs, subit un changement de valeurs, une perversion de ses rapports et de ses pratiques symboliques à l’Etat, à la religion et à l’identité.

La violence est un phénomène déstructurant et destructeur dans les mentalités et le tissu social. La violence est une atteinte à la mémoire individuelle et collective qui devient confuse par l’absence d’explication, d’analyses des causes, et de démarches psychologiques, politiques et sociologiques thérapeutiques pour retrouver sens, équilibre et marche sereine vers le devenir. Sans le travail mémoriel,  sans le devoir de vérité et sans l’intime conscience que justice équitable a été rendue la société et l’individu cultivent le sens de l’impunité, de l’absurde, de la bestialité primaire qui les poussent au fatalisme et à son corollaire l’inertie et paradoxalement à l’anarchie et à son corollaire des mouvements impulsifs et convulsifs auto destructeurs.

Lorsque je fais endosser la responsabilité de la situation actuelle de l’Algérie tant au pouvoir qu’à l’opposition islamiste et non islamiste c’est dans leur légèreté à analyser les conséquences de leurs discours et de leurs postures sur la vitalité d’un peuple tenu depuis toujours dans la situation de faire valoir à qui on impose le socialisme, l’islamisme et le libéralisme sans qu’il ne soit réellement impliqués. À chaque fois il ne fait que sédimenter ses frustrations et son ignorance.

Les Syriens et les élites arabes soucieuses d’apporter soutien et conseil au peuple syrien doivent dire l’impératif de chercher et de donner des explications crédibles et authentiques sans subjectivité ni préjugé à la crise syrienne comme ils doivent insister sur les réformes urgentes à mettre en œuvre pour que le Syrien construise sa citoyenneté et son devenir hors de toute tutelle et qu’il agisse en responsable de son pays. Le projet de reconstruction du pays passe par le projet de réhabilitation de l’humain. La déshumanisation par la violence ne devient réellement visible qu’après la fin de la guerre. C’est maintenant que ce projet doit se mettre en chantier avant que la reconstruction et la paix ne soient confisquées par les inévitables profiteurs des guerres et des révolutions qui partout ont montré leur cynisme dans leur prédation des proies vulnérables et leur absence de scrupules sur le plan religieux, politique, social, financier et économique pour se servir là où la morale commande de servir.

J’observe attentivement l’Algérie et mes craintes exprimées entre 1982 et 1988 au moment de la liquidation de l’industrie nationale et entre 1988 et 1992 au moment de la liquidation des aspirations patriotiques de se sont avérées justes : le pays a perdu tout sens de la mesure, tout esprit d’initiative et tout repère moral, religieux ou historique. Il est devenu une grande machine à consommer ce que les autres produisent, un grand comptoir commercial ou chacun vend et achète sans se préoccuper de la valeur, de la nature et de la portée de sa transaction. Il y a un effondrement que les singeries et les tartufferies intellectuelles, religieuses, sociales et politiques ne parviennent pas à masquer. L’Algérie est vide, sans âme, sans destin, sans projet. Elle entasse des choses et cultive la médiocrité du bien-vacant faute de produire de la pensée, de la dynamique et de l’ingénierie… Elle attend un colonisateur.

7 –  Dialectique paix guerre.

Clausewitz nous a montré que la guerre est une affaire de politique. Dans le cas présent, l’Amérique et ses vassaux sont en faillite. Il nous a montré que la guerre et la politique doivent être pensées en termes de totalités les unes englobant les autres et au sein de chacune et les déterminant il y a des polarités c’est-à-dire des unités dialectiques qui sont rattachées par des liens donnant sens à la totalité et s’opposant les unes aux autres pour former des équilibres sans cesse changeant. Il n’y a pas de modèle mathématique ni de formalisme figé explicatif, mais des conditions sociales et historiques propres à chaque situation.

Dans notre cas la paix et la guerre sont en opposition dialectique dans des globalités nationales syriennes, américaines, régionales, internationales où les conditions historiques, politiques et sociales sont en mutation. S’il peut être admis, sur le plan théorique, que l’Empire a mené une politique guerrière conduisant nécessairement à sa défaite, il est impossible de dire que la guerre est éloignée et il est impossible de dire que si elle aura lieu elle ne sera pas totale.

L’empire peut donc déclencher la guerre à n’importe quel moment, mais l’issue de la guerre et la totalité de son exécution lui échappent complètement. La résolution de l’ONU signifie cependant qu’il sera seul à vouloir une guerre.

8 – Le peuple syrien

Clausewitz a montré que le peuple en arme est un principe de polarité, car d’un côté il rend difficile l’invasion par une armée étrangère, et d’un autre côté il rend facile le danger révolutionnaire qui met en péril le pouvoir interne. Il  apporte une réponse pour surmonter cette contradiction : la bonne gouvernance et l’unité avec le peuple citoyen. Pour Clausewitz comme pour Tseu  les meilleurs garants de la paix et de la réussite de la guerre sont la défensive et le peuple en armes.  La guerre totale et illimitée ne peut être envisagée que si la politique intérieure le permet c’est à dire l’implication volontaire du peuple dans la guerre qui fait de la guerre sa cause et non plus celle de l’Etat. Il ne s’agit pas de lutter contre l’Etat ou en parallèle de l’Etat, mais de se confondre avec l’Etat. C’était aussi la doctrine de la défense populaire de Mao et de Tito.

Nous savons que l’armée syrienne est une armée de circonscrits, que son commandement est pluriethnique et pluriconfessionnel, nous savons aussi que le personnel de l’Etat est ouvert à l’ensemble de la population. Nous ne savons pas par contre comment et par  les fortunes  se créent et se gèrent. Comme dans l’ensemble du monde arabe et musulman, le statut de citoyen qui rend le peuple impliqué dans l’Etat et dans la gestion de la cité est absent ou défaillent. Et c’est sans doute sur ce terrain de la citoyenneté et de l’implication de la population dans la défense de l’Etat qu’il y a matière à réflexion et à effort de gouvernance. En tous les cas la notion d’Etat et le rapport du citoyen à l’Etat en termes de représentativité, de droits, de justice, de sécurité, de symbolique sont des notions peu significatives dans le monde arabe une fois que nous ôtons le masque traditionnel de nationalisme infantile ou chauvin qui souvent n’exprime que des sentiments de frustration et non des valeurs et des idées qui sont le véritable rempart contre l’agression extérieur et le véritable moteur du développement économique et social.

Est-ce que les Syriens vont se mobiliser davantage que par le passé autour de leur « tyran » et oublier leurs différents politiques et confessionnels pour affronter l’Empire ? C’est sans doute la question la plus embarrassante et la plus significative pour l’observateur. C’est certainement la pierre angulaire qui fera changer le désir de guerre de l’Empire. Le président syrien y a répondu cette semaine en affirmant que le peuple se détourne des insurgés et se mobilise autour de l’Etat. Est-ce un triomphalisme insensé ou une vision lucide et raisonnable ? En tous les cas le Cheikh Ramadhan Al Bouti était navré de voir le peuple syrien peu impliqué dans la défense de l’Etat et du territoire. Les choses ont peut être changé.

Il faut souligner que  dans les moments de flottement historique ni guerre ni paix et ni perspectives d’avenir que le travail de subversion est le plus opérant car il peut trouver écoute pour vendre une fausse paix ou une fausse guerre et changer tous les paramètres. Les monarchies, l’Empire et le sionisme sont présents et ne vont pas désarmer.  L’opposition ne semble pas prête, par ses divisions et ses fausses perspectives, à jouer un rôle d’apaisement social et de fédération autour de l’idée de l’Etat et autour de la protection du peuple. La course au pouvoir n’est pas finie. Les comportements erratiques et les sollicitations de l’Occident de certains cadres de l’opposition ne leur permettent de jouer le rôle de liant social. Les militants resteront attachés à leur idoles partisanes, mais le peuple s’il est abandonné restera dans sa solitude ou cherchera la protection ou la vénération de l’armée si elle impose sa suprématie sur le terrain.  La violence légale de l’Etat organisé finit par être acceptée alors que celle des opposants non organisée devient de plus en plus illégitime, illégale et rejetée par le peuple. La violence institutionnelle organisée, au delà du juste et de l’injuste, du bien et du mal, finit par imposer des règles et de la sécurité alors que la violence opposée finit par se percevoir comme déstructurante et destructrice. Le ressenti du peuple n’est pas toujours rationnel, il y a une grande part  à la psychologie et à la symbolisation dans ses décisions.

L’histoire récente nous montre comment, dans les moments de flottement ou dans les moments de tensions extrême, les idéologues de la Fitna parviennent à attiser les tensions et à pousser les frères ennemis ou les voisins à la guerre. Ainsi les philosophes sionistes français de la haine et de la merde, Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy à titre d’illustration, ont choisi des camps opposés pour jouer la carte de la division en Afghanistan en soutenant le commandant Messaoud et en torpillant  les efforts de négociation de paix entre le défunt général russe Lebed et Qalb Eddine Hakmatiyar. La négociation devait mettre fin à la guerre et assurer une sortie honorable pour l’armée soviétique tout en faisant une économie de vies humaines pour les deux parties. La paix négociée aurait retardé l’effondrement de l’Union soviétique attaquée de l’intérieur par le consumérisme, le Vatican et la CIA. Les mêmes philosophes ont conduit la guerre au Kosovo et à l’éclatement de la Yougoslavie en poussant Ali Izzet Begovitch le Bosniaque et Misolevic le Serbe à la radicalisation  extrême pour favoriser l’intervention de l’OTAN contre Belgrade et mettre fin au renouveau islamique en Europe. Les savants musulmans et l’Arabie saoudite ont géré l’Afghanistan et les Balkans dans le sens voulu par l’Empire et le sionisme.

Ces facteurs de subversion sont présents en Syrie et peuvent jouer un rôle néfaste contre la paix. Logiquement, la Russie, la Syrie  et l’Iran ont tiré les leçons, mais la compétence de nuisance des Bédouins et des sionistes n’est pas à négliger lorsqu’on sait comment un peuple mis en exil, en perte de dignité, en insécurité peut devenir irrationnel par ses peurs et ses frustrations. Nous continuons de voir BHL apporter son expertise sur la Syrie et l’Egypte après avoir montré ses compétences en Libye. Sa compétence ne brille que par notre incompétence à lui opposer un discours et une attitude structurante qui dévoile sa bêtise et sa méchanceté. Nos médias ne facilitent pas la tâche puisqu’elles sont dans le travail de désinformation qui permet aux autres de travailler dans nos esprits en ruines. Nos intellectuels et nos diplômés sont en quête de reconnaissance sociale, cette quête ne leur permet pas de s’engager. Les cadres de l’opposition sont empressés d’en découdre avec les gouvernants pour que leur registre de dénonciation s’ouvre sur ceux qui cultivent les vraies césures dans nos mentalités et créent  de fausses déchirures et de faux combats sur nos territoires.

C’est dans ce moment difficile que je rappelle aux Arabes et aux Musulmans soucieux de l’intérêt du peuple syrien de l’assister et de ne pas le laisser proie de l’humanitaire occidental dont beaucoup d’organisations travaillent ouvertement pour l’humanitaire sioniste et pour l’humanitaire militaire de l’Empire. Les Arabes et les Musulmans intervenant en zone de guerre interviennent souvent en qualité d’auxiliaires des ONG mondiales ou en bénévoles ignorant les enjeux géopolitiques et financiers alors que les ONG occidentales interviennent avec une formation spécialisée et sous la supervision d’appareils spécialisés dont le métier est la diplomatie, le renseignement, la géopolitique, la logistique et la communication en zones de combat. Le médecin, l’infirmier, le médicament et la subsistance ne sont que des moyens logistiques et empathiques dans le dispositif  géopolitique de l’humanitaire qui a adopté le droit d’ingérence et de guerre préventive comme éthique et comme mode opératoire de l’assistance occidentale aux peuples qui subissent le chaos de l’Empire par voie directe ou indirecte.

C’est dans cette optique de paix difficile que le gouvernement syrien doit se comporter avec rigueur pour maintenir l’Etat debout et avec humanité pour se comporter comme un Etat et comme des Commis de l’Etat qui rendent justice et qui ne se font pas vengeance. Le peuple syrien, comme tout autre peuple, ne comprendrait pas et ne pardonnerait pas le comportement arrogant et figé dans les postures anciennes de ses gouvernants qui affichent désir de vengeance au lieu de rendre justice et de réparer le mal que le peuple a subi. Sans espoir de  réparation et sans ambition à une autre vie, meilleure, le peuple ne donnerait jamais sa confiance ni ne se soumettrait à l’autorité de l’Etat.

Mirna Velcic-Canivez dans ses études sur les populations yougoslaves après la guerre civile et la guerre de l’OTAN a mis l’accent sur l’impératif de mener des études sur les  traumatismes collectifs et les détresse individuelles pour leur apporter une vérité, une éthique, une méthodologie afin qu’ils soient surmontées rapidement et que la vie reprend normalement ses droits et exerce ses devoirs. Elle montre les impératifs que doivent suivre les historiens, les sociologues, les juristes, les psychiatres, les politologues pour consigner la mémoire,  faire que la mémoire ne se nourrisse pas d’un déni de mémoire, faire que la parole de témoignage ne soit pas dite pour être ignorée ou bafouée.  Comment inscrire les acteurs de la guerre dans un processus explicatif objectif pour comprendre la guerre et pour s’en prémunir et se libérer des  clichés accusateurs et subjectifs tel est le travail qui doit être mené avec le peuple pour qu’il s’approprie son histoire et bâtisse son avenir. Ceci n’est pas la vocation de l’ONU, ni celle des Russes, mais celle des Syriens et des hommes qui ont vécu la même expérience ailleurs.

Pour le peuple syrien et pour les autres peuples la paix durable et juste ne sera instauré que si et seulement si les mécanismes et les phénomènes qui produisent l’extrémisme et lui donnent consistance sociale soient étudiés et mis à la compréhension de la conscience pour qu’elle les désavoue et se mettent en rupture avec leurs idées, leurs facteurs et leurs auteurs. Il ne s’agit pas de mettre en accusation le terrorisme ou l’extrémisme, mais de construire l’esprit libre, l’esprit lucide qui analyse et choisi avec responsabilité et évaluation des conséquences. C’est l’ignorance et la soumission au paternalisme démiurge qui rendent licite l’effusion du sang. C’est aussi la culture de l’éradication que l’absence d’altérité et d’ipséité provoque en refusant d’autres manières de voir le monde, de l’exprimer, de le vivre qui provoque les tensions pouvant aller à l’anathème, au meurtre, à la guerre civile. L’exclusion et l’éradication est pratiqué par tous, gouvernants et gouvernés, islamistes et non islamistes, savants et gens du commun.

9 – La rhétorique d’Obama et ses vérités 

Les intellectuels, les politiques et les commis de l’Etat doivent se poser la question, au delà de la résolution de l’ONU et de la probabilité ou non de la guerre impériale contre la Syrie, sur les facteurs internes qui ont favorisé la guerre interne puis l’intervention étrangère, abstraction faite des visées de l’Empire et du sionisme. Ce sont ces questions et leurs réponses qui vont marquer véritablement la paix et sa durabilité. Obama dans son discours à l’ONU, quelques jours avant la résolution onusienne, a fait le lien entre l’Irak, l’Egypte, la Somalie, la Libye et la Syrie et l’Amérique. Il exprimait à nos dépens une réalité qu’une sentence célèbre énonçait :  » il vaut mieux prendre le changement par ses cornes avant qu’il ne vous prenne à la gorge ». Il y a nécessité urgente de changer. Une réflexion globale  doit impliquer tous les concernés par le devenir de leur pays et de leur peuple sans complaisance ni parti pris : comment et pourquoi changer ? Dans ce changement il y a lieu de se pencher sur la tare du monde musulman depuis la dynastie des Ommeyades et le coup de force de Mou’awiya : la question de la légitimité du pouvoir, comment y accéder, comment l’exercer et sous quelles formes, comment destituer le gouvernant, comment assurer l’alternance pacifique, comment exercer l’opposition et les contre pouvoirs, comment et par qui arbitrer le litige entre les gouvernants et les gouvernés.

Le Fiqh hérité de la culture d’empire omeyyade, abbasside ou ottoman n’est plus opérant. Justifier l’obéissance aveugle et le pouvoir absolu n’est plus acceptable.Refuser les expériences de l’Occident n’est pas de mise comme le suivre à l’aveuglette n’est pas de mise.  Il nous faut inventer les instruments de notre gouvernance les mieux adaptés à notre époque et au défi de notre temps. Le débat sur la souveraineté du peuple ou la souveraineté de Dieu est un débat biaisé destiné à gaspiller du temps et à créer des conflits idéologiques pour ne pas répondre aux exigences sociales et historiques par paresse intellectuelle et par démagogie politicienne.

Les pouvoirs publics et l’opposition armée ou non armée doivent apporter des réponses engageantes pour édifier la paix sur des assises solides et durables. C’est un consensus sur ces questions fondamentales ainsi que sur celles de la nature et du fonctionnement de l’Etat que pourrait voir le jour une assemblée constituante qui exprime la volonté de vivre ensemble, de partager un territoire commun, de se rencontrer sur un dénominateur commun de valeurs et d’une existence apaisée qui donne le primat au dialogue,  à la concertation et à la participation  (Choura) sur l’exclusivité pour soi et l’exclusion des autres.

10 – Le devenir des combattants islamiques

Depuis plus de trente ans le mode arabe et musulman s’offre le luxe de former des combattants qui partent combattre à l’extérieur de leur frontières nationales pour des causes qu’ils considèrent justes ou sacrées. Depuis trente ans c’est la même tragédie qui se répète : ces combattants qui offre leur vie sont mal formés religieusement et idéologiquement et dérivent donc vers une forme de nihilisme ou de brigandage ou d’anarchie. Ils s’embarquent facilement sous les fausses bannières qu’un discours enflammé leur montre comme la voie vers le Paradis. Les prédicateurs religieux les instrumentalisent et les offrent comme victime ou comme agents inconscients à la manipulation internationale et régionale. Les Etats nationaux s’empressent de les bannir de la société et de les pourchasser comme s’ils étaient des criminels les poussant à devenir des terroristes ou des meutes de loups qui tuent par instinct de survie. Tant que cette tragédie ne finit pas aucun pays arabe ou musulman n’est à l’abri des dérives meurtrières et de la remise en cause de la paix civile.

Les centaines ou les milliers de volontaires pour la mort sous un étendard de confusion peuvent et doivent être réincorporés dans la vie nationale. Leur expérience de combat peut être  remise dans le bon sens et au service de causes nationales. L’armée et les corps constitués sont les mieux placés pour utiliser cette  énergie et ce talent que les marchands de la mort et de l’anarchie exploitent du fait, entre autres, que leur pays ne leur offre pas le cadre légal qui leur donne reconnaissance et voie d’expression au service de la communauté au lieu de les laisser devenir ennemis de l’humanité.

Ceux qui crient et qui dénoncent ces jeunes comme étant les agents de la CIA ou du sionisme devraient avoir honte sur le plan national et moral d’avoir été les fabriquant de « monstres » au même titre que ceux qui leur ont lavé le cerveau et ont poussé l’audace jusqu’à nous inventer le Jihad du sexe et la purification de la fornication.  Ceux qui excluent et ceux qui rendent licite l’effusion du sang sont complices. Ceux qui se sont tus hier devant l’effusion de sang sont offusqués aujourd’hui par les partouzes des Jihadistes mâles et femelles. Avec ces mentalités d’éradicateurs et de bigots qui confondent l’accessoire et l’essentielle comme ils confondent la cause et l’effet la paix sera difficile et remise à chaque fois à plus tard. Elle sera difficile, mais non impossible. Elle passe par une victoire sur nous-mêmes une fois que nous abordons nos problèmes avec franchise et lucidité et avec le désir de les résoudre définitivement. Le Jihad du sexe dont je n’ai jamais entendu parler dans la littérature musulmane dénote, si les informations sont authentiques, que l’instigateur a sans doute une culture militaire occidentale, car les Bordels mobiles de campagne (BMC) sont un dispositif légal dans les armées pour éviter l’homosexualité et les désertions.

C’est en amont, en Syrie et ailleurs, qu’il faut mettre fin à la machine qui fabrique de la haine, du désespoir et des illusions. Il y a un véritable chantier pédagogique de réhabilitation sociale, psychologique et cognitive à mettre en oeuvre pour que la société arabe arrête de produire des tyrans et arrête de produire des insurgés qui ensemble et chacun à sa manière portent atteinte à la vie sacrée et à la dignité humaine.

 

 11 – La révolution arabe et la question palestinienne

La révolution arabe mal préparée et mal exécutée a permis à l’empire et au sionisme d’exécuter leur agenda : créer le chaos dans le monde arabe et viser le maillon essentiel de la résistance en l’occurrence la Syrie et le Hezbollah.  La résolution de l’ONU si elle ouvre des perspectives de paix en Syrie annonce la fin symbolique de la révolution arabe et son enterrement en Syrie.  L’entité sioniste, les monarchies et  l’Empire  ont intérêt à voir ces révolutions finir en chaos plus grands pour interdire à jamais l’idée de changement démocratique et étouffer dans l’œuf le projet islamique. Les « révolutionnaires »  ont intérêt à voir ces révolutions continuer et instaurer un islam partisan ou un califat formel pour ne pas voir leur échec géopolitique et ne pas devoir rendre compte au moment où il y aurait un bilan historique et politique de leur « militantisme »

La révolution arabe a introduit des biais dans la résistance palestinienne pour la diviser. J’ai longuement écrit sur les dessous du camp palestinien yarmouk à Damas et sur le leader Mechaal du HAMAS qui se trouve à Doha dans l’axe opposé à la résistance. L’entité sioniste a réussi a faire reculer la question palestinienne sans livrer bataille militaire ou diplomatique, les Arabes l’ont fait à sa place. La résolution de l’ONU met le gouvernement sioniste en mauvaise situation. Est-ce que les Palestiniens auront la présence d’esprit et le courage politique de procéder à une révision tactique et stratégique et de réintégrer l’axe de la résistance. Les changements majeurs en Egypte les poussent inexorablement à changer radicalement s’ils ne veulent pas mourir étouffés et oubliés. Encore une fois nous assistons à des retournements historiques déroutants.

Logiquement après les « amis » de la Syrie nous allons entendre les véritables amis de la Palestine s’exprimer en Palestine et dans le monde. Il n’y a que les insouciants qui ne voient pas la Palestine se profiler derrière le Liban, la Syrie  et l’Egypte.

Il me vient à l’esprit la réplique du  premier ministre chinois Zhou Enlai du temps de Mao alors qu’il était MAE a son homologue américain :  » je ne fais que vous renvoyez vos cadeaux ».  Zhou Enlai a insitutionnalisé la pénétration de la drogue aux Etats-Unis en représailles à la politique occidentale qui avait introduit l’opium, la prostitution et le racket dans les villes chinoises d’abord pour ouvir la Chine comme comptoir commercial et ensuite pour saper la révolution chinoise.  Ce serait un coup de maitre si 5 à 10% DES 180 000 combattants islamiques seraient mobilisés sous la supervision technique du hezbollah et sous la direction administrative de l’armée arabe syrienne pour alimenter le front de résistance au Golan.

12 – L’histoire en accélération et en confusion apparente

L’histoire en accélération va nous donner quelques réponses plus tôt que prévu. L’histoire en confusion  va nous donner des réponses contradictoires et il faut beaucoup de distanciation, loin de tout esprit partisan, pour voir la tendance.

Il n’y a plus de place aux certitudes sauf peut-être celle sur  le monde arabe qui se montre plus complexe et plus imprévisible que jamais. Qaradhawi avait annoncé qu’il allait présider la prière de l’Aïd à Damas en 2013 après la chute (ou l’assassinat du Président Assad) et c’est le Président Morsi qui a été jeté en prison, il avait appelé le secours de l’Amérique et c’est la Russie qui vient secourir l’Amérique, ce sont les Français qui demandent une résolution sous le chapitre 7 contre la Syrie et c’est le conseil de sécurité qui adopte une résolution contraire à l’esprit et aux termes du projet français, ce sont les Arabes qui font une pseudo révolution et c’est l’Amérique qui l’avale et s’étrangle dans sa hâte à confisquer ce qui a été improvisé par les autres.

Le destin se montre de plus en plus ironique…

{Ne dis jamais à propos d’une affaire que je ferais ceci demain, sauf si Allah le veut. Puis proclame (la grandeur) de ton Dieu si tu as oublié, et dis : « j’espère qu’Allah me guidera pour que je puisse me rapprocher de ceci (cette vérité énoncée, cette expérience vécue) avec davantage de sens ».}

Tout est possible la guerre comme la paix… Obama pourrait tomber avant Bachar Al Assad. Tsahal pourrait être reprise par ses vieux démons et relancer une guerre perdue et perdante contre le Hezbollah. Les sunnites et les Chiites ainsi que les Arabes et les non arabes pourraient dialoguer sur le thème du changement et de l’alternative à l’Empire… L’histoire n’est cependant pas aveugle et elle ne prête pas ses yeux et ses sens à ceux qui font de la cécité et de l’insouciance un mode d’existence. Elle s’exerce faisant fi des sentiments et des souhaits.

 

Acte 4 avant l’épilogue : Poutine Obama et Assad

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Après une longue série d’analyses nous arrivons à un des scénarios plausible pour l’immédiat : renoncement américain à l’agression contre la Syrie de plus en plus probable,  du moins dans l’immédiat. Beaucoup sont déçus. Les uns voient leur chance manquée de détruire la Syrie et ce qui reste du monde arabe, les autres, habitués à la fuite en avant, ne voient pas que l’histoire humaine ne s’écrit pas seulement à coups de tonnerre et de canons.

L’Empire, le sionisme et leurs vassaux s’étaient fixés les buts de guerre suivants qu’ils ne sont pas parvenus à réaliser :

Stratégique :

  • reconnaissance d’Israël et normalisation des relations de la Syrie avec l’entité sioniste

Tactique

  • Détruire l’armée arabe syrienne,
  • partitionnement de la Syrie,
  • Modification de la géopolitique du gaz

Opérationnel : 

  • Changement ou affaiblissement du régime avant Genève 2,
  • Mise au ban du Hezbollah
  • Fin du parrainage de la résistance palestinienne
  • Isolement de l’Iran

Même si la paix reste fragile, les USA ont perdu le monopole du recours abusif à la violence et n’ont plus la maîtrise de la décision d’agresser. Le destin implacable les a mis dans une position plus paradoxale que celle de l’âne de Buridan : partir en guerre sans objectifs de gain c’est perdre, ne plus aller en guerre après avoir rendu la guerre inéluctable c’est perdre aussi. Le grand roque a parfaitement bien fonctionné. La Syrie vient de confirmer l’impuissance de l’hyperpuissance. La puissance n’a pas de signification si elle n’a pas d’efficacité et devient un fardeau conduisant vers la perte lorsqu’elle est en contre synergie avec  les lois et les moyens de sa propre puissance et de  l’environnement sur lequel elle voudrait se manifester sans parvenir ou si elle y parvient elle n’en tire aucun profit politique, économique et territorial qui pourrait lui donner légitimité ou retour d’investissement.

Avant de se prononcer un peu plus tard sur l’épilogue et après confirmation qu’il n’y ait plus de retournement stratégique de dernière minute  il y a lieu de souligner pour l’instant les effets marquants attendus :

1 – L’entrée en force de la Russie diplomatiquement, militairement, politiquement et médiatiquement. Le début de la fin de la suprématie états-uniènne est entamée avec toutes les conséquences géopolitiques et économiques.

2 – Le tandem Russie-Chine va être renforcé sans doute par le Pakistan et l’Iran en plus des BRICS. Nous allons voir le rapprochement Iran Russie se renforcer et permettre à l’Iran de se passer totalement du marché occidental et donc de devenir moins vulnérable aux sanctions et moins enclin à négocier. A terme la loi d’attraction va renforcer l’Euroasie qui sera plus pesant et plus concentré tout en dispersant et rendant plus léger l’axe Paris Londres et Washington.

3 –  Le pouvoir aux Etats-Unis est de plus en plus fragile, instable, divisé avec bien entendu l’accélération du déclin de l’Empire et tous les risques que ce déclin fait porter au monde (en particulier le monde arabe) non préparé à gérer les conséquences et les soubresauts de ce déclin. Dans cette situation, les fuites en avant, les paris incalculés, les extrêmes sont possibles. Pris dans l’engrenage de l’Istidraj ( la conduite graduelle et irrevocable vers la perte), l’Empire va vivre des crises aigus internes et externes qui vont s’auto alimenter pour saper le moral, la confiance, l’autorité et la légitimité des pouvoirs politiques, militaires, médiatiques, sociaux et financiers. Et c’est là ou l’expression du Cheikh Al Ibrahimi prend toute sa signification :  » le colonialisme est un immense sabotage de l’humanité ». En s’écroulant il va entrainer avec lui le système mondial qu’il a mis en place. La majorité a construit son présent et son avenir dans une relation de vassal ou d’opposant à l’Empire, très peu ont construit l’alternative ou l’ont réfléchi. Le monde musulman ne produit que de l’agitation stérile sur des mots qui n’ont aucune signification, aucune méthodologie, aucun instrument sauf la valeur affective apologétique ou polémiste.

4 – L’axe de la résistance sort renforcé pour sa fermeté, sa constance et sa résilience. Les Russes vont livrer de l’armement sophistiqué en compensation au démantèlement du « chimique ».

5 – La mort dans la honte des bédouins arabes qui ont échoué à faire tomber le régime Assad pour le compte de l’Empire et du sionisme. Ils gardent leur capacité de nuisance intacte, mais ils sont appelés à une crise profonde. La crise syrienne a montré qu’ils ne peuvent passé de statut de vassal à auxiliaire agissant pour le compte de l’Empire. La rente pétrolière  et la rente religieuse ne peuvent remplacer le volontarisme politique ni la culture géopolitique.

6 – La fin politique d’Erdogan en Turquie et de Mechaal du HAMAS qui vont payer de leur personne leur mauvaise gestion du dossier syrien et surtout leur démarche partisane et sectaire.

– La fin lamentable  de la fédération internationale des savants musulmans présidée par le docteur Youssef Al Qaradhawi qui a sapé la crédibilité des savants sunnites. Au lieu de fédérer les Musulmans et les savants sur le destin face au sionisme et à l’Empire, elle a suivi la sénélité de Qaradhawi et les taupes du sionisme qui l’ont sabordé. Ils ont tout fait à l’envers :

  •  Attaque contre Nassallah et le Hezbollah
  •  Attaque sectaire contre l’Iran et les Chiites,
  • Attaque contre la Russie et la Chine
  • Attaque contre les Savants du Cham qui refusaient l’effusion de sang.

La plus grande figure, Cheikh Abdallah Ben Biya, vice-président de la Fédération mondiale des Oulémas, vient de démissionner refusant  le discours de la Fédération qui, selon ses termes, ne travaille pas le projet de réforme du monde musulman. Sa démission vient trop tard sur le plan moral et religieux. Elle annonce toutefois l’implosion d’une association de savants musulmans partisans et non représentatifs que la chaîne qatari Al Jazeera a médiatisés.

Un savant qui se veut de stature mondial , ayant influence sur le cours des événements marquant le monde musulman, ne pouvait et ne devait ignorer la position de plus en plus forte de la Russie, de la Chine, des BRICS et des pays impliqués comme coopérants dans le pacte de Shangaï. Il ne pouvait et ne devait ignorer le déclin des Etats-Unis et de l’Europe. Il ne pouvait et ne devait ignorer les voix de l’Eglise d’Orient. Cette accumulation d’ignorance ne devait pas être ignorée par les « élites islamistes » qui se sont fourvoyées aveuglement en suivant l’idole charismatique au lieu de suivre les idées en train de façonner l’évolution du monde.

Mauvaise évaluation, mauvaise prise de position, mauvaise communication : fiasco totale sur les « révolutions » arabes.

J’avais depuis plus de vingt ans envisagé que les crises allaient mettre fin à l’Islam partisan pour laisser émerger l’Islam social et politique qui conduit la réforme comme force de propositions, de réflexion, de motivations et d’éducation, mais force est de constater que pour l’instant c’est l’esprit de factions et de sectes  qui s’en sort renforcé. A moins d’un miracle. La guerre et la paix sont de grands signes, de grands moments historiques, mais il semble que rien ne nous réveille à l’universel et à nos responsabilités

7 – Les pseudo Jihadistes en Syrie vont dériver vers le crime organisé, à l’exception du petit nombre convaincu de lutter contre un Tyran et de lutter pour l’Islam. Comme un peu partout dans l’histoire contemporaine, nous allons assister à des crises de repentir pour les uns et à l’inscription dans le terrorisme international pour les autres. Le sang aura coulé en vain. L’opposition syrienne armée sous le commandement des généraux et colonels déserteurs va continuer à travailler pour l’agenda sioniste et arabe en demandant aux USA des frappes, en réalisant des false flag, et en demandant de livrer la défense anti aérienne à la communauté internationale pour laisser l’armée arabe syrienne sans défense, mais ces voix n’ont aucune chance d’être écoutée.

8 – Le régime syrien, à terme, est condamné, à se réformer ou à disparaître. Imputer aux terroristes la ruine de la Syrie ne dédouane pas le régime de ses crimes et de sa mauvaise gouvernance, à moins qu’il y ait une réforme globale.

9 – L’Empire, se contentant de démanteler l’armement chimique syrien ou optant pour une escalade guerrière est en principe hors de l’histoire pour trois raisons toutes simples : Il a perdu l’initiative,  il ne joue plus seul, et il est conduit par la loi de l’Istidraj vers sa perte par où il ne sait pas.

10 – Les Frères musulmans sont politiquement et socialement les grands perdants. L’Islam partisan et l’Islam anarchiste ont sérieusement perdu leur crédibilité. L’Islam tel que décrit par le Coran et tel que vécu et professé par Mohamed (saws) a de nouvelles perspectives dès que les encombrements mis sur la route par la démagogie et la rente religieuse seraient dégagés par la société.

11 – Le régime égyptien issu du coup d’Etat, sans la guerre en Syrie, va se confronter de nouveau à ses rapports à la réalité sociale et politique et à ses financements. L’anti-américanisme conjoncturel et hypocrite va s’effondrer.

12 – Les partisans de l’Apocalypse et de l’explication eschatologique de l’histoire devraient revenir à la prudence en manipulant des données qui relèvent du Ghayb connus uniquement d’Allah. Le Prophète (saws) nous a informé de la fin du monde et de ses préliminaires pour un seul dessein : nous faire impliquer dans la culture du salut. Il a refusé que l’on spécule et que l’on fasse des prédictions en disant méfiez-vous des Waqatouns, ceux qui fixent une date ou une époque singulière à la fin du monde.

13 –  Fabius et Flambius peuvent continuer à jouer au jeu de la fève et de la poire pour épater leur petits supporteurs de l’hexagone et crier comme des mauvais perdants  » a’tini foulti wa illa aboul  fil canoune ». Ils sont un facteur de nuisance et de perturbation qu’il ne faut pas négliger,  car ils sont les porte voix des Bédouins, des sionistes et de l’américanisme primaire et belliqueux. Ils sont aussi bien écoutés dans notre petit monde. S’ils ne pèsent pas dans le rapport entre les grands de ce monde, ils pèsent sur le destin des minables de la périphérie, la notre. Ils vont cette fois peser avec un chaos plus grand, car ils vont introduire les équations mondiales ( en particulier le Moyent-Orient) dans le seul domaine de leur compétence : la France Afrique avec ses réseaux. Le chaos à imaginer est dans la servilité de l’Afrique et du Maghreb envers un pays qui n’ a plus de projets ni de discours que  ceux sur la laïcité, l’homosexualité et la guerre contre la Syrie.

14 – Les Pygmalions de la fausse monnaie de l’islamisme et de la desliquescence du progressisme arabe qui ont soutenu l’agression de l’OTAN contre la Libye, qui ont appelé l’Amérique à agresser la Syrie et qui ont trouvé des justifications pour autoriser les crimes commis contre les innocents et porter atteinte à la vie humaine, ne vont pas se taire, mais ils ne vont plus trouver la même audience tant en Occident que dans le monde arabe.

15 – L’Empire et ses alliés vont se lancer dans une nouvelle course aux armements qui leur sera de plus en plus ruineuse au vu de la crise économique et des guerres sans buts économiques réalisés.

16 –  Le sang  syrien va continuer de couler. Même si le régime syrien et l’opposition sous l’impulsion des Russes et des Américains optent pour une solution politique négociée qui met fin à la crise, l’entropie injectée par l’extérieur est installée pour longtemps avant qu’elle ne se dissipe. Le miracle serait  la conscientisation des Syriens sur le sort de leur pays et qui décide de faire front contre la Fitna et reviennent repentant vers Allah

{Et cramponnez-vous tous ensemble à la corde de Dieu ; et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous les bienfaits d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs ; puis, par Ses bienfaits, vous êtes devenus frères. Alors que vous étiez au bord d’un abîme de feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés.}  Ali Imrane 103

17 – Est-ce que les gouvernants, les gouvernés et les opposants en Algérie vont tirer enseignement? Non ! Il faut juste voir le nouveau remaniement ministériel, ses objectifs, sa conjoncture  et les spéculations autour de ce chef d’oeuvre de nihilisme politique pour comprendre que nous continuons à jouer dans le hors jeu et le hors temps. Le monde a changé, les peuples ont changé et se manifestent contre l’ordre inique de l’Empire allant jusqu’à le paralyser ou à le faire douter, mais l’Afrique et le monde arabe sont comme l’Algérie dans une inertie de tombe.

18 – La presse russe se pose des questions et pose des questions à Poutine en faisant des rapprochements entre la Serbie et la Syrie. Elle exprime la peur de voir les Syriens comme les Arabes et comme les Serbes, trahir la confiance des Russes et se jeter dans les bras de l’Empire et de l’OTAN pour finir détruits par l’Empire et l’OTAN tout en donnant au monde l’image d’une Russie fragile et incapable de soutenir ses alliés. Ce sont des interrogations légitimes et fondées. Ces questions révèlent, en réalité, ce que nous savons sur nous-mêmes : l’absence d’une stratégie, d’une cohérence, d’une efficacité durable.

 

Acte 3 sur le grand Roque russe et le chimique syrien

Comme à l’accoutumée, je relève le défi de suivre et parfois d’anticiper sur les événements en restant collé à la même grille de lecture même s’il y a des erreurs ici et là.

| Partie 1 |  | Partie 2  |   | Partie 3 |

A – Il était donc prévisible de voir l’Occident déstabilisé par le jeu russe qui s’impose de plus en plus comme l’acteur majeur et incontournable dans la nouvelle étape des relations internationales.

1 – L’enthousiasme hésitant et versatile des médias et des chancelleries exprime à la fois le soulagement contre une guerre dont les conséquences sont redoutées  et  le désir d’une solution militaire qui laisserait l’entité sioniste en position de force sans aucune menace ni rivalité à ses frontières.

Les politiques et les médias ne donnent pas la parole aux militaires, car il n’est pas dans leur tradition « démocratique » de donner la parole à l’armée chargée de défendre les intérêts du système hors de ses frontières ou de les acquérir par la force. Ils ne veulent pas aussi écouter les trois vérités élémentaires et  dérangeantes suivantes.

A – La doctrine de guerre syrienne ne repose pas sur l’armement chimique et même s’il venait à la Syrie de doter ses missiles de réservoir de gaz la Russie appelé à jouer un rôle déterminant dans la recomposition multipolaire du monde ne prendrait pas le risque de perdre son statut de défenseur de la paix mondiale contre un Occident qui met en péril la paix mondiale.

B – La doctrine de guerre syrienne repose sur les missiles.

C – La possession ou l’usage d’armes chimiques en cas de confrontation avec les armées américaines et leur puissance de feu joue contre l’armée syrienne et sa population. Ici, en plus de toutes les considérations déjà évoquées dans les analyses précédentes sur la Syrie, la Russie ne joue ni au Poker ni à la roulette russe, elle remet les pièces de l’échiquier dans un autre dispositif qui fait porter l’entière responsabilité à l’Occident en cas de dérapages qui surviendraient après son agression. Les dérapages sont connus : embrasement régional, entrée de la Russie dans le conflit, et dommage incontrôlé de l’usage des armes chimiques ou de l’explosion des laboratoires ou sites de stockage.

3 – Le mépris français n’a d’égale que l’ignorance de son propre déclin et de son isolement. Ils sont les seuls à faire semblant de ne pas avoir entendu Poutine dicter ses conditions  après la proposition de Lavrov de faire contrôler les armes chimiques par la communauté internationale : « si les USA renoncent au recours à la force ». Voici les mots de Poutine que les média français taisent :

« Tout cela a un sens et pourra fonctionner si la partie américaine et tous ceux qui la soutiennent renoncent au recours à la force […] Il est de notoriété publique que la Syrie dispose d’un arsenal d’armes chimiques et les Syriens l’ont toujours considéré comme une alternative aux armes nucléaires d’Israël

4 – Le projet de résolution des Français demandant le recours au chapitre  7 du conseil de sécurité autorisant l’usage de la force contre la Syrie n’exprime que le déploiement attendu du lobbying  comme si les Russes, les iraniens, le Hezbollah et l’Iran n’avaient pas étudié le cas irakien et la brèche dans laquelle ne manquerait pas de tomber les « amis » de la Syrie et les amis d’ « Israël ». Les Français ne voient pas les contradictions d’Obama avec son Administration ni ne voient celles des Élus américains. Ils abusent d’un poste dont ils n’ont ni les compétences ni les moyens ni l’opportunité (au regard du changement d’époque) d’exercer au risque de finir comme Midas le roi au bonnet d’âne…

Les médias français ne défendant plus les intérêts du peuple français ne se posent plus la question pourquoi sur cette planète il n’y a que la France et les Arabes qui poussent les Américains à entrer en guerre alors que l’Amérique hésite, alors que l’Amérique prend ses décisions sans les consulter, alors que l’Amérique consulte la Russie et écoute l’Iran.

La réponse est simple, elle est connue par le premier Maghrébin du  coin s’il n’est pas interlocuteur valide de la France et des monarchies bédouines ou s’il n’est pas un Pygmalion qui se croit appelé à de hautes fonctions ou à de hautes distinctions après l’assassinat  d’un dictateur arabe par l’Amérique qui aura auparavant détruit le semblant d’État et de société. La réponse est à trouver dans les centaines de milliards de matériel militaire et de systèmes d’armes ultras modernes que les Bédouins ont achetés de l’Amérique et de la France et qu’ils sont incapables de conduire dans une guerre contre le régime syrien ou contre l’armée syrienne. Voilà deux ans qu’ils envoient les jeunes du monde entier tuer les Syriens et se faire tuer par les Syriens sans qu’ils  prennent le courage de lancer leurs militaires et leurs avions sur Damas, Alep, Homs, Lattaquié ?

Les Maghrébins ne supportent plus de voir un pays en déclin démographique, économique, militaire et morale jouer dans la cour des grands, car il a joué minablement dans la cour des petits en Libye et au Mali.

Qui et quoi font peur à ces Bédouins ? À la dernière minute, le secrétaire général de la Ligue arabe  avait lâché les Bédouins, la France et l’Amérique pour rejoindre l’Égypte qui s’est trouvé une nouvelle passion pour faire oublier son coup d’État et se faire pardonner sa répression.

Il est difficile de faire des prévisions, mais il est permis de croire que dans un avenir proche, nous verrons l’Allemagne lâcher la France et les Latins pour se tourner résolument vers l’Europe orientale et le grand partenariat économique et géostratégique que lui apporterait la Russie en Eurasie,  en Iran et en Afghanistan.

Dans le même horizon, il est permis de croire que le Maghreb ou plutôt  l’Afrique du Nord tournerait le dos définitivement à la France et suivrait son prolongement historique et géographique vers le Sud et vers l’Est.

Il fut un temps où Kissinger menait le monde en provoquant ses fautes et en les exploitant. C’est le tour de Vladimir Poutine d’inverser les rôles. La Chine silencieuse n’est pas endormie,  elle continue de prendre sa revanche comme l’avaient fait Mao et Chou en Lai lorsqu’ils avaient exporté la drogue aux USA et une fois que leur manège a été découvert ils ont trouvé cette réponse ingénue en apparence : «  nous ne faisons que vous renvoyez ce que vous avez ramené chez nous ».

5 – S’il y avait une réelle intention de protéger les populations civiles syriennes, jordaniennes, palestiniennes et autres du gaz sarin (1000 tonnes ?), l’Occident aurait été  empressé de sauter sur l’occasion, même si le désarmement aurait pris 10 ans et couté 1 milliard $.

Les Russes ont placé leurs pièces maitresses au bon moment et au bel endroit. La partie ne fait que commencer. Pour l’instant il manœuvre avec habilité les contradictions et pousse l’Occident vers l’accumulation de fautes. Le recours à des expressions galvaudées comme la guerre froide ou Poutine antidémocratique ne changent rien dans le jeu et son issue surtout lorsque le bavard ne joue pas et ne sait pas jouer , il ne fait que du divertissement faute de faire de la diversion.

6 – L’acteur majeur, le Hezbollah est silencieux. C’est son jeu qui sera déterminant. S’il s’exprime dans les prochains jours ou les prochaines semaines ce sera probablement soit pour annoncer l’échec du plan occidental soit pour signifier l’imminence des combats et le rôle stratégique de la résistance.

B – Que vont faire les Russes. Logiquement ils vont bloquer le projet français, puis ils vont faire porter la responsabilité à Obama -tout en le ménageant –  qui n’ a pas su utiliser la perche tendue. Ils n’auront pas de mal à  présenter  le trio Etats-Unis, Angleterre et France comme de mauvais joueurs aux opinions mondiales et aux autres pays. Probablement, ils vont déclassifier des  renseignements pour  montrer la mauvaise foi et le mensonge du trio. Et ils vont envoyer d’autres navires de guerre et d’autres équipements en Syrie. Ils connaissent la mauvaise foi de l’Occident et garde souvenir de son emprise sur l’ONU et logiquement ils vont demander une commission d’experts internationaux pour identifier les auteurs de l’usage des armes chimiques dans la banlieue de Damas.

Enfin il est difficile de croire que la Russie, engagé du côté syrien, pour multiples raisons, puisse jouer la carte du chimique sans donner aux syriens une autre contrepartie ou une alternative pour l’aider à conserver intacte sa doctrine de guerre et pour damer le pion à l’Occident. Fournir un bouclier anti missiles à la Syrie est une perspective probable.

Que vont faire le trio, l’entité sioniste et les bédouins? Ils  vont tenter de monter une opération de subversion sous fausse bannière. Les médias français et Al Jazeera continuer de colporter des mensonges et des des syllogismes fallacieux.

Ce jeu perturbe le moral et sape l’économie occidentale qui commence à peine de croire à la fin de la récession et qui risque de rentrer dans une nouvelle dépression dont ils ne sauront pas comment s’en sortir. Jamais l’Occident n’a été aussi fragile et aussi vulnérable. Les gouvernants et les élites  arabes et africains n’ont vraiment pas d’envergure pour saisir les pertinences et les opportunités d’émancipation de ces conditions singulières.

Que vont faire  la Syrie et le Hezbollah? Affûter leur stratégie et coordonner leurs ripostes. L’armée syrienne va continuer son effort de récupérer les zones perdues et infliger des pertes aux pseudo Djihadistes.

D’une manière générale la résistance n’a pas vocation de dissuasion ni de guerre totale, mais de faire reculer l’ennemi et de l’empêcher de réaliser ses objectifs de destruction du pays ou de l’occuper. Le Hezbollah, sans livrer bataille, a moralement gagné en signifiant sa présence aux côtés des syriens.

Les néo Ottomans et les Bédouins sont hors jeu. Il ne leur restera que les aboiements et les nuisances mesquines.

Le Vatican et les Eglises d’Orient ont du temps pour communiquer davantage et refuser la guerre.

C – Que va devenir l’énergie de guerre ?

L’empire ne peut  laisser tomber son plan de démantèlement du monde dans le cadre de sa nature colonialiste. La coopération de Shangaï ne peut  laisser tomber son projet de changer les grandes équations mondiales pour mettre fin à l’ordre unipolaire. Dans cette confrontation la loi de l’Istidraj qui mène l’ennemi de Dieu vers sa perte par où il ne sait pas est à l’oeuvre. La fin de l’Empire est annoncée.

Suite sur la partie d’échec Poutine Obama sur le chimique syrien

Quelques heures après le grand Roque , la presse nous révèle le bouleversement sur la situation du monde à la veille d’une guerre. Voir à ce sujet  Partie d’échec sur l’armement chimique : les bons et les mauvais joueurs.

1 – Les observateurs estiment que la perspective d’une guerre a reculé de 50% ce qui déplaît considérablement aux faucons de l’Empire, aux sionistes, à Erdogan, aux Bédouins et à l’opposition armée syrienne

2 – Obama saute sur l’occasion sans aviser ses conseillers et transforme ses interventions destinées à le soutenir face au Congrès  en « soutien » à la proposition russe ce qui crée de la tension au sein de son propre cabinet et  nuit au lobbying   favorable à la guerre. J’avais annoncé qu’Obama est dans une position d’échec au sens symbolique et technique du jeu d’échec devant le grand Roque russo-syrien qui place Poutine dans l’axe central et met dans l’ombre Obama de plus en plus effacé et inopérant. La presse anglo-saxonne met en exergue l’isolement et la confusion d’Obama devant une opinion mondiale et américaine de plus en plus hostile à l’Empire.

3 – Le Hezbollah prend la place centrale dans les craintes d’Obama qu’il affiche devant les caméras lorsqu’il évoque la guerre en Syrie. Affaire à suivre. J’ai toujours maintenu que l’objectif réel de la guerre était une expédition punitive contre le Hezbollah lequel a pris l’initiative en Syrie pour déjouer son enfermement. Le grand Roque russo-syrien montre le Hezbollah comme la Tour qui passe de la défensive à l’offensive.

4 – L’Empire n’a pas l’habitude de tenir compte des opinions du peuple, mais la loi de l’Istidraj le met dans une situation d’inconfort, de doute, de confusion jusqu’à ne plus savoir ce qu’il peut et doit faire pour se libérer de sa chute inexorable.  Voir à ce sujet G20 Saint-Petersbourg : Le jour d’après

5 – Le vote des parlementaires est reportée avec tout ce que l’on sait comme conséquences sur l’agenda de la guerre intérieure (politique)  et sur l’agenda de la guerre militaire en Syrie. Non seulement l’intention de vote est estimée dans le sens d’une majorité du non à la guerre, mais le non l’emporte dans le clan des Républicains traditionnellement favorables aux guerres de l’Empire.

6 – La confusion dans le bloc occidental est sans doute l’élément le plus significatif, car personne ne semble voir l’issue. Après l’enthousiasme béat qui leur faisant voir la proposition russe et l’accord syrien comme une capitulation, ils se ravisent et ne veulent pas voir le fond du problème qui leur fera perdre la tête : le rapport des forces militaires n’est pas à 100% en faveur de l’Empire et du sionisme comme d’habitude. Ils ressentent la confusion et l’angoisse, mais ils ne savent pas où va les conduire la guerre intérieure qui les mine de l’intérieur et qui ne relève pas du fonctionnement démocratique, mais de la tyrannie de leurs appareils ayant apparence démocratique.

7 – C’est sans doute la première fois que nous voyons les campagnes médiatiques sionistes se trouver sans efficacité et prises dans une dialectique qui leur échappe totalement si on fait abstraction des discours habituels de haine et de mensonge.

6 – La France comme la montagne qui accouche d’une souris se propose de proposer une résolution française au Conseil de sécurité dont personne ne devine le contenu, les objectifs et  les chances d’être accepté.

8 – Le caractère destructeur ou raffiné de la partie d’échec dépend d’un accord tacite entre les joueurs. Lavrov vient de mettre au pied du mur l’administration américaine en disant qu’elle était informé de l’effort russe de trouver une issue pacifique. Les alliés européens et tout particulièrement la France ne sont pas des acteurs que les puissants consultent. Hollande et Fabius deviennent de plus en plus insignifiants dans le concert des nations, mais ils persistent à ne pas le voir.

9 – Il est à redouter une opération sous fausse bannière ou un attentat terroriste qui serait imputé à la Syrie, à l’Iran ou au Hezbollah qui pourrait relancer la machine médiatique et l’appareil militaire et faire diversion sur le grand Roque.  Dans  Abou Amama et la future dernière guerre de l’Empire   j’ai évoqué les dates symboliques américaines du 11 septembre ainsi que celles du calendrier juif du mois de septembre dont

  • La « Fête des Cabanes » du mercredi 18 au soir au mercredi 25 septembre 2013 à la tombée de la nuit après de laquelle il n’y a plus de repentir.
  • La « Kislev » du jeudi 21 novembre au soir du 23 novembre 2013 où il est question de la venue du Messie et de la délivrance. C’est ce que toutes les religieux  attendent par  leur désir d’asseoir une explication eschatologique à l’histoire et laisser au Messie fils de Marie le soin de les délivrer de leur adversaire.
  • La fête de « Hanouka » du mercredi 27 novembre au soir au jeudi 5 décembre 2013. Elle correspond à l’opération plomb durci contre Gaza en 2009.

10 – Dans le jeu d’inversion des positions, le Président syrien interroge l’Amérique en posant les questions sur lesquelles Obama et son Administration n’ont pas de réponses :

«Le Congrès (américain) va voter dans quelques jours, et je crois que le Congrès est élu par le peuple pour le représenter. Les élus devraient donc se demander : « Qu’apportent les guerres à l’Amérique ? » Rien. Aucun gain politique, aucun gain économique, et pas une bonne réputation»

 

Partie d’échec sur l’armement chimique : les bons et les mauvais joueurs.

Après l’échec du scénario libyen, l’Empire avait activé le  scénario irakien en Syrie et il le réactive ces derniers jours sous d’autres arguments aussi fallacieux que les précédents :

1 – Exécution d’une guerre totale unilatérale immédiate.

2 – Mobilisation d’une coalition internationale après les conclusions des experts de l’ONU sur le «chimique » dans la Ghouta près de Damas et guerre différée.

Contre une  solution politique conditionnelle :

1 – Départ du président Assad

2 – Remise de l’armement chimique à la « communauté internationale ou à la Russie

3 – Engagement de ne plus fournir le Hezbollah en armes.

C’est une plateforme de négociation ou de capitulation selon l’art et la manière de céder sur tout ou partie de ces revendications qui nous rappellent celles tentées en vain contre le Hezbollah pour le désarmer après sa victoire en 2006.

La subversion psychologique-diplomatique-médiatique qui veut croire qu’elle peut gagner sans livrer bataille ou qui veut pousser l’adversaire à céder à la peur et à négocier en position de vassal est à l’œuvre dans l’analyse des prétendus alignements  de l’Union européenne sur la France ou des prétendues propositions de Poutine à la Syrie pour éviter  la guerre.  Il y avait des fuites ou des suppositions depuis quelques jours comme une prière secrète souhaitant que la Syrie fasse une faute comme celle du survol d’un escadrille syrienne sur une base anglaise et qui pourrait inverser la décision des parlementaires anglais, ou attendant un false flag pour déclencher une guerre de représailles s’instaurant comme un fait accompli et faisant taire la crise de pouvoir aux États-Unis.

L’illusion d’une guerre ciblée et limitée ne doit pas faire oublier que les bombardements contre la Libye ont duré sept mois alors que tout le monde connait la faiblesse libyenne de par son armée et sa topographie. Elle ne doit pas faire oublier que les bombardements contre Belgrade ont duré 70 jours et que les Serbes n’avaient capitulé qu’après avoir été poussés par les Russes en quête d’ouverture avec l’Occident. Ni la Syrie ni la Russie ne peuvent tomber dans ce piège et s’ils le font ils auront tout à perdre.

Les experts de l’ONU n’avaient pas pour mission de chercher les auteurs, mais de confirmer l’usage d’armes chimiques. Les rapports déclassifiés affirment sans rien prouver.

Les médias pré embarqués cherchent non seulement  à obtenir l’adhésion de leur opinion qui refuse la guerre, mais elles participent dans l’effort de guerre pour amener les Syriens, leurs alliés et leurs sympathisants à capituler. Les médias dévoilent à leur insu l’intensité de  la guerre diplomatique et politique menée contre Damas pour l’isoler et brouiller son message. Les médias expriment aussi leur peur de ne pas voir les élus américains accompagner leur Président. Ils s’emparent donc de n’importe quel os à ronger que leur envoie l’Administration américaine qui ressemble de plus en plus aux derniers instants du Titanic quelques jours après son inauguration ostentatoire et ostensible.

La confusion sur les objectifs de guerre,  les faux discours conciliant ou abrutissant et la diversion médiatique ne peuvent cacher le premier commandement fondateur des États-Unis que les crétins musulmans et arabes occultent  dans leur analyse sur la Syrie : la violence. Contre cette violence il n’y a pas d’autres choix que refuser de s’y soumettre si nous ne voulons pas tomber sous l’emprise totale et implacable des autres commandements fondateurs de l’Empire : la vassalisation des autres.

C’est dans cette ambiance où les lobbys sionistes se mobilisent pour jouer tous les atouts sur tous les fronts que la Russie, l’Iran et la Syrie réalisent le petit (ou le grand) roque comme le montre le fil des déclarations de la journée de ce lundi 9 septembre en annonçant le désistement de la Syrie sur son armement chimique par la voie de son MAE à Moscou :

« Le ministre Lavrov a mis en avant une initiative liée aux armes chimiques. Je déclare: la Syrie salue l’initiative russe, fondée sur les inquiétudes des dirigeants russes concernant la vie de nos citoyens et la sécurité de notre pays » […] salue la sagesse des dirigeants russes qui essaient d’empêcher une agression américaine contre notre peuple ».

Répondant à la proposition du MAE :

« Nous appelons les dirigeants Syriens à non seulement accepter de placer sous contrôle international leur stock d’armes chimiques, et ensuite à le détruire, mais aussi à rejoindre pleinement l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques »

Il répondait au scepticisme de Kerry :

« Bien sûr, il pourrait remettre chaque élément de son arsenal chimique à la communauté internationale dans la semaine à venir – le remettre, tout cela sans retard et autoriser une vérification totale, mais il n’en a pas l’intention et c’est impossible à faire. »

Kerry – qui s’essouffle devant les voix qui contestent les objectifs et la légitimité de la guerre y compris au sein de l’armée et du renseignement américains – avait poussé son syllogisme jusqu’au paroxysme avec la certitude de ne pas se tromper :

« Les armes chimiques en Syrie (…) sont contrôlées de manière très étroite par le régime Assad. Bachar al Assad, son frère Maher al Assad et un général sont les trois personnes qui contrôlent le déplacement et l’usage des armes chimiques.

Dans cet emballement médiatique l’Iran par la voix de son envoyé à Moscou  intervient pour soutenir la proposition russe :

« Nous espérons que les efforts déployés au plus haut niveau en Russie permettront d’éviter la réalisation d’un scénario militaire », a déclaré M.Amir-Abdollahian lors d’une rencontre avec son homologue russe Mikhaïl Bogdanov.

Ban Ki-Moon saute sur l’occasion ainsi que les Allemands et les Anglais

Les médias déstabilisés un moment reprennent l’offensive pour soit mettre en doute la proposition russe et  l’accord des Syriens soit pour crier victoire et réclamer plus. Qu’est ce qui se passe au juste et que signifie ce retournement ?

Pour y répondre, on n’est pas obligé de faire de la politique ou des analyses militaires que nous laissons aux experts. Nous allons voir la signification du Roque dans une partie d’échecs pour dire la même chose que si c’était une zone de combat sans avoir l’angoisse de la vue du sang arabe et musulman coulant à flots.

Le roque est un déplacement spécial du roi dans le jeu d’échecs. C’est un dispositif de jeu non seulement technique, mais stratégique dans le dispositif de défense et dans l’imposition du changement de dispositif offensif de l’adversaire en modifiant le rapport des forces par la modification de la position des pièces. Il a valeur hautement stratégique pour ceux qui savent transposer l’échiquier sur une carte du monde et qui s’inspirent comme les Russes et les Iraniens, grands joueurs d’échecs, pour mettre en un seul coup le roi à l’abri de la concentration des forces tout en libérant et centralisant une tour qui se trouve mise dans l’axe central pour des opérations de renforcement de la défense ou de contre-offensive.

L’empire, habitué à ne pas trouver de résistance et de stratégie, se croyait seul à décider de la règle de jeu, en l’occurrence la sienne qui ne repose ni sur l’éthique ni sur l’esthétique de la victoire militaire.

Le jeu d’échecs se termine par l’abandon lorsque le roi est mis échec et mat ou lorsque le joueur très élégant et très lucide constate l’impossibilité de gagner la partie face à un adversaire plus fort. Il ne s’agit en aucun cas de tuer le roi ou de le mettre en prison. La bataille s’achève lorsque le roi n’a plus possibilité de se déplacer ou de se protéger. La beauté et l’humanisme du jeu d’échecs sont dans cet art subtil et intelligent de faire l’économie du temps en minimisant les  pertes de pièces maitresses et en élaborant des stratégies pour anticiper sur les coups de l’adversaire. Le Blitz est rarement utilisé, car il dénote un manque de savoir-vivre ou un affrontement entre deux parties inégales qui dans un cas comme dans l’autre n’honore pas le vainqueur. Le perdant qui n’a aucun respect pour ses pièces et qui joue dans la seule perspective de sauver le roi aura lui aussi manqué à la déontologie.

Gaspiller du potentiel et des ressources n’est pas dans l’esprit de la stratégie ni dans l’esprit de la vertu. S’exposer à des risques inutiles ou aller au suicide n’est ni la culture du jeu d’échecs ni celle de la guerre. Le roi peut et doit se déplacer et ne plus occuper l’axe central au profit de la tour latérale n’est pas lâcheté ou reculade, mais manœuvre de jeu. La manœuvre est loyale. Sa cohérence, son opportunité et son efficacité dépendent de trois facteurs qui sont son insertion planifiée ou improvisée dans le dispositif de combat (avant et après le Roque), la capacité de l’adversaire à prévoir ce coup et à lui trouver des parades, et bien entendu l’issue finale de la compétition.

Le jeu d’échec exige de la concentration et de la faculté d’adaptation. Le caractère du jouer, l’accord tacite, ou les impératifs de la partie jouée, peuvent imposer un rythme plus rapide, des sacrifices et une démolition spectaculaire pour que les adversaires puissent s’affronter sur un terrain dégagé et élaboré des stratégies singulières. Quel que soit le cas de figure, il y a des règles et une éthique, il y a des objectifs qui peuvent aller du plaisir de jouer à la gymnastique intellectuelle.

L’Empire et les révoltés partagent la même rage de destruction et le même mode de transgression des règles les plus élémentaires. Le jeu d’échecs, la guerre, la politique se rencontrent pourtant sur de multiples vérités où nous pouvons voir la faillite des révolutions arabes et des politiques américaines dans le monde arabe et musulman :

  • La démarche qui pousse à produire des kamikazes n’est pas la culture  de ceux qui ont à la fois conscience d’avoir de hautes responsabilités et lucidité sur les capacités de l’adversaire. L’acte d’héroïsme isolé et inconséquent ne change pas à l’équation. L’acte violent qui déshumanise ne produit pas toujours des soumis et des vaincus, mais des fragments de haine dont la seule stratégie et le seul désir de vie sont la terreur même si cette terreur ne touche que les mosquées et les souks.
  • L’échange sacrificiel d’entrée de jeu est l’affaire des non-initiés et des machines qui calculent vite sans émotion ni inspiration
  • La perte ou le gain militaire n’a aucune signification si le champ de bataille est un champ de désolation sans perspective politique, économique ou idéologique.
  • Le cynisme et le nihilisme du réalisme politique n’ont pas de place lorsque l’échiquier est une nation et les pièces des êtres humains.
  • Le pouvoir exercé dans l’isolat et la solitude sans gouvernés pour lui donner légitimité symbolique et continuité territoriale et sociale est une chimère.
  • Le respect des règles, l’esthétique et l’esthétique des joueurs sont aussi importants sinon plus que l’issue de la partie elle-même.
  • La mesure et l’humilité tant du gagnant qui ne se montre ni arrogant ni méprisant que du perdant qui surmonte la douleur de son échec en cherchant objectivement les faiblesses de son dispositif de jeu et les forces de celles de son adversaire.

Je dois reconnaitre que le Prophète Mohamed (saws) reste un modèle exemplaire pour celui qui veut comprendre l’efficacité et l’humanisme du vertueux obligé de livrer bataille avec l’art de la rendre économe en temps et en vie humaine. Je dois avouer que les enseignements philosophiques de Sun dans « l’art de la guerre » sont une éthique que l’Occident matérialiste ne peut comprendre. Je dois dire que nous venons d’assister à un Roque (petit ou grand) qui a dérouté les certitudes des uns et qui a confirmé la stupidité des autres. Il faut voir les médias arabes et français experts en manipulation pour évaluer l’impact psychologique de ce Roque politique. Il faut attendre les réactions de la presse américaine et celle des élus américains pour en saisir toute la portée.

Ceci dit on peut comprendre le désappointement du  secrétaire d’État, John Kerry, lorsqu’il réagit de cette manière : «Bien entendu, Bachar Al-Assad pourrait restituer l’intégralité de son arsenal chimique à la communauté internationale (…). Mais il n’est pas prêt à le faire, et il ne peut pas »,

Dans la foulée on peut comprendre la réaction de l’Arabie saoudite et des sionistes par la déclaration précipitée du chef d’état-major de l’Armée syrienne libre, le général Salim Idriss, dans un entretien à Al-Jazeera : « Nous appelons à des frappes et nous avertissons la communauté internationale que le régime d’Assad  dit des mensonges, et que le menteur Poutine est son professeur » […]  « Le régime (syrien) veut gagner du temps pour se protéger » […] « Je dis aux décisionnaires que nous connaissons ce régime, que nous l’avons expérimenté, et nous vous mettons en garde: ne tombez pas dans le piège de supercherie et de malhonnêteté » […] « Ils savent qu’un vote au Congrès américain arrive, et ils (Damas et Moscou)  savent que de telles frappes entraîneront la chute du régime d’Assad.

Je ne crois pas que le régime russe, syrien et iranien  soient des enfants de chœur et des personnes élégantes ayant la haute vertu morale de l’Islam ou l’éthique du jeu d’échecs, mais je suis persuadé qu’ils viennent de réaliser un Roque au sens technique, stratégique et symbolique du terme. L’Empire et le sionisme ainsi que leurs valets n’ont ni vertu ni élégance, et les alliés de la Syrie le savent.

Quel est le sens de ce Roque ?

1 – Acculer l’Empire dans ses propres contradictions et ses mensonges

2 – Gagner la bataille médiatique décisive sachant que les lobbies partent à la conquête des voix du Congrès dont ils connaissent l’importance, cette fois-ci, dans l’échiquier de la guerre du fait de la crise de confiance, d’autorité et de moyens de l’Empire lui permettant de gagner une guerre longue et ruineuse. Dans cette bataille l’armement chimique est comme une pièce dans l’échiquier sacrifiée pour continuer la partie sur un autre souffle, une autre stratégie

3 –  Le Président Assad sait que s’il fait les mêmes erreurs que Saddam Hussein et Kadhafi d’ouvrir ses portes aux experts de la CIA, de livrer son arsenal ou de se mettre à négocier en position de faiblesse, l’armée  et la Syrie, avec ou sans Assad connaitront le même sort irakien. Poutine doit savoir aussi que s’il plie il perdra ses gains internes et externes, car l’Empire lui demandera davantage jusqu’à l’humilier.

4 – Les Russes prennent l’initiative de placer la balle dans le camp américain en  demandant à l’Agence internationale atomique de procéder à une analyse des risques que présenteraient  les frappes américaines sur un petit réacteur nucléaire en Syrie.

5 – Les Russes, les Iraniens, les Syriens, les sionistes et les Américains savent que l’armement chimique syrien était une option ancienne choisie par la Syrie dans l’équilibre de la terreur face au nucléaire. Le pouvoir de dissuasion a le paradoxe de ne pas être d’un grand recours eu égard à ses effets. S’en débarrasser est à la fois se débarrasser de quelque chose qui ne va pas peser dans le rapport des forces, répondre implicitement au Pape François et gagner la communauté chrétienne d’Orient et d’Occident puisque la communauté sunnite semble en marge du conflit, acculer l’opposition qui subit des revers militaires, politiques et médiatiques.

6 – Les amalgames des médias français et arabes sur des arrangements de dernière minute ne peuvent changer la nature des problèmes ni la logique des conséquences de la confrontation ou des armées sur le sol syrien : défaite de l’axe de la résistance ou défaite de l’axe de l’Empire. Celui qui suit le monde arabe et l’entité sioniste sait que l’armée syrienne a changé de doctrine de guerre depuis longtemps : le nombre et la multiplicité des types de missiles embarqués sur véhicules terrestres et sur petites embarcations navales. Il n’est ni dans sa stratégie ni dans son intérêt de gazer des civils ou de faire subir le risque à la population  arabe syrienne, libanaise et palestinienne.

C’est ainsi que j’ai compris la partie qui se joue dans un temps qui avance inexorablement vers la guerre ou vers la paix aux risques et périls de l’Amérique et de la France… Poutine avait déjà gagné la partie symbolique et politique contre le génie champion du monde Kasparov.

Les Français hors du temps semblent planer sur un nuage de certitude scélérate. Ils ne voient toujours pas le monde changer et ils s’enfoncent de plus en plus dans le ridicule. Le dernier vaudeville de la charte de la laïcité comme symbole de la rentrée scolaire témoigne de l’absence de projet, de dimension politique, de consistance intellectuelle. Marie, la poire, et le pot au lait…  à la veille d’une guerre mondiale ! Hier, pourtant, la télévision française nous a gratifiés de reportages fictions romantiques et pathétiques sur le Jihad islamique en Syrie donnant l’envie aux jeunes ingénieurs séduits par le « martyr » sous la bannière de confusion  d’oublier leurs droits et leur devoir en France.  Il faut le faire.

Le grand Roque c’est d’avoir mis la Russie en première position comme garant de la paix mondiale et laisser les autres accoucher d’un serpent qui se mord la queue.

Le jour d’après Saint-Pétersbourg va  montrer toute sa splendeur et dévoiler les bons et les mauvais joueurs dans cette  partie d’échec sur l’armement chimique syrien. En ce qui me concerne, j’ai l’intime conviction que l’Empire et le sionisme ont perdu ce qui faisait leur force redoutable : l’art de cacher leur jeu. Ils sont dans une confusion telle qu’ils ont perdu l’initiative qui faisait leur puissance et leur supériorité. Dans ce jeu, les Chinois et les Iraniens annoncent chacun qu’ils vont lancer leurs plus grandes manœuvres militaires.

Le Congrès américain n’a pas toutes les pièces en main, mais il a la possibilité de changer le rythme  du milieu de la partie qui se joue tant en Syrie qu’aux Etats-Unis : déflagration dramatique ou négociation. Dans un cas comme dans l’autre le roi Obama est dans une position d’échec. Dans un cas comme dans un autre la fin de partie est échec et mat du système.

G20 Saint-Petersbourg : Le jour d’après

En quinze ans, les États-Unis ont mené dix guerres contre huit  pays arabes et musulmans. Ils ont gagné, par leur supériorité militaire et technologique, toutes ces guerres en un temps record. Un grand nombre de ces guerres a été mené avec la collaboration des Arabes dont le devenir  à l’existence et la survie sont liés à ceux de l’Empire et du sionisme.

Les pays arabes et musulmans n’ont, à ce jour, réalisé aucune alliance contre l’Empire ni échafaudé une stratégie de défense ni une doctrine militaire sauf acheter du matériel à l’Empire. La Syrie a des alliances et aurait une stratégie de riposte contre une agression sioniste de grande ampleur. Chacun attend de voir la suite.

Dans cette attente il est bon de rappeler que les États-Unis n’avaient atteint aucun objectif de guerre ni réalisé un gain stratégique autre que semer la mort et la désolation dans les populations arabes et musulmanes qui haïssent de plus en plus l’Amérique.  Lorsqu’Allah (swt) hait un homme ou une nation, il rend ses œuvres et son comportement haïssables. La haine que suscitent l’oppresseur et l’arrogant chez les opprimés puis dans l’ensemble de l’humanité est en soi le signe de leur fin proche et dramatique en dépit de leur puissance sans qu’ils se rendent compte, aveuglés par leur hybris, cette folie arrogante, cette démesure, cette violence passionnelle qui habite les damnés de la terre et de l’Enfer.

Leur guerre meurtrière leur avait couté cinq mille milliards de dollars (5 000 000 000 000 $), les a plongés dans une crise financière, économique et morale sans qu’ils ne prennent conscience que le désordre qu’ils ont semé va fatalement les engloutir comme Pharaon, les pousser au suicide collectif comme l’Empire romain ou les anéantir comme Ad et Tamoud. Ils continuent de tromper les insouciants, les nihilistes et les cyniques en parlant d’une guerre en Syrie ciblée, propre et peu couteuse en vie humaine et en argent dont ils sortiront victorieux. Ils sont menés vers leur fin :

{L’exemple de ce qu’ils dépensent dans cette vie terrestre est comme l’exemple d’un vent chargé de crissement : il frappa la récolte de quelques gens, qui se sont fait injustice à eux-mêmes, et l’a détruite. Allah n’est  point injuste envers eux, mais ils sont injustes envers eux-mêmes.} Al Imrane 119

L’âne de Buridan

La topographie de la région, la défense syrienne et le renseignement russe obligent l’armée américaine à déverser son stock de munitions sur la Syrie et rendent ainsi rédhibitoire le cout de la guerre pour des objectifs que personne ne sait et pour des conséquences que personne ne connait. Nous sommes dans le comble de la confusion entretenue dans la région qui va fatalement se déplacer (elle l’est déjà) dans le cœur du système américain et dans le corps de leurs alliés. Toute résistance et toute riposte syrienne (et ses alliés) sera un facteur d’entropie dans le dispositif de l’Empire qui doute psychologiquement malgré sa supériorité technologique. L’engrenage de la violence sans gain économique et politique sera un désastre pour les Etats-Unis. La question paradoxale n’est plus de savoir si l’Amérique va aller en guerre et si elle va gagner, mais est-ce que la Syrie va accepter la confrontation sans capituler et résister suffisamment.

L’Empire connait cette équation et y va à contre cœur poussé par son arrogance et par des alliés qui ne pèsent rien en termes de stratégie et de combat. Le destin est ironique.

La Syrie et ses alliés ont une autre carte stratégique : décider d’impliquer l’entité sioniste dans la guerre à n’importe quel moment de la bataille. Il leur suffit de résister pendant les 90 jours de guerre et de ne pas s’effondrer puis d’élargir le front ou de cibler l’entité sioniste dès les premières frappes. L’armée syrienne et ses alliés ont des cartes à jouer, des petites cartes qui peuvent changer la règle du jeu. La première et grande carte jouée par l’Empire et ses vassaux avait déjà échoué : faire tomber le régime syrien et livrer la Syrie aux « rebelles » avant de la partager en 3 ou cinq entités.

Le Hezbollah avait apporté la surprise en s’engageant en Syrie. Il peut réserver d’autres surprises. C’est la carte maitresse qui peut éviter le conflit sunnite chiite et faire basculer la guerre médiatique et psychologique. Cette carte peut entrainer des bouleversements dramatiques pour l’Empire qui sera confronté à un assaut sanglant et répété contre ses intérêts au Moyen-Orient et en Asie.

La troisième carte serait l’entrée en jeu de cellules subversives dormantes iraniennes et syriennes dans les pays du Golfe et aux Etats-Unis. Les pays du BRICS et l’Amérique latine auraient alors toute la latitude pour mener à leur tour leur guerre subversive médiatique et économique contre l’Empire ou contre ses périphéries pour l’affaiblir et l’isoler en le présentant comme Néron le suicidaire. Il est impossible d’imaginer la Russie et la Chine se retirer de ce conflit ou de croire que les forces russes en Syrie sont en tourisme. La pauvre Libye et Kadhafi étaient peut-être l’appât que les Russes et les Chinois ont laissé au travers de la gorge de l’OTAN. Les Anglais semblent l’avoir compris.

Le congrès américain peut prendre conscience et refuser cette guerre avec la possibilité d’une guerre intérieure entre les centres de décision aux Etats-Unis. Il peut l’encourager ou exiger plus, mais il va aller vers une impasse lorsqu’on connait l’ampleur du déficit budgétaire, les rivalités économiques mondiales, et la volonté des BRICS de se passer du dollar. Ils ne seront jamais épargnés de la Fitna qu’ils ont semée dans le monde arabe et musulman. Jamais les monarchies arabes ne s’en sortiront indemnes de cette Fitna.

Dans cette Fitna, j’ai eu l’occasion de m’interroger sur les buts de guerre que l’opposition armée avait cherché à obtenir en s’attaquant au système de défense anti aérienne  de l’Etat syrien qu’il a commencé à construire pour passer à la phase de dissuasion contre l’entité sioniste par une doctrine et des installations qui reposent sur les missiles au lieu de l’aviation. Les sabotages réussis ne changent pas grand chose dans le rapport de forces, mais posent de nouveau le rapport à la morale, à l’intelligence, à l’Islam et à la nation d’une opposition qui ne sait pas construire sa révolution ni sa lutte armée et qui sape les capacités défensives de la nation arabe et qui assassinent les généraux qui ont encadré la résistance palestinienne et libanaise contre les agressions de 2006 et 2009. Beaucoup de questions que le temps va poser et leur donner des réponses.

Le compte à rebours a commencé. Les Occidentaux sont confrontés à leurs vieux démons de la mythologie, l’âne de Buridan qui hésite entre boire ou manger et qui finit mort de soif et de faim, le roi grec qui a volé un trésor aux Dieux et qui a été condamné à manger sans satiété, et qui a fini par bouffer son royaume avant de manger sa propre chair pour satisfaire ses appétits.

Obama est dans cette posture contradictoire et hésitante. Il est dans la psychologie du Pharaon qui voit les Signes et les comprend, mais qui continue à défier la vérité et à philosopher avant de prendre en chasse les petites gens conduits par Moïse (saws) qui le mènent au lieu de sa noyade et de ses armées, lieu inscrit dans le Dessein d’Allah (swt).

Même si tout ce bruit médiatique a pour dessein d’amener le régime syrien à capituler, à faire des concessions, ou à partager le Moyen-Orient entre la Russie et les États-Unis, il y a des signes qui ne sont pas trompeurs et qui remontent bien avant la crise syrienne et les révolutions arabes. Ils sont dans la nature même de l’Empire appelé à décliner et dans la nature de la résistance appelée à triompher.

Nous allons voir plus loin que le Coran nous donne la clé pour comprendre ce qui se passe et deviner la suite : la mise en abîme graduelle.

Les deux questions à surmonter :

Bien entendu, les empressés et les désespérés se posent des questions et doutent.

Est-ce qu’Allah donnera la victoire à Bachar Al Assad le tyran? Question fallacieuse qui se focalise sur un homme pour faire oublier l’origine du problème : l’Emprise, le sionisme et leurs vassaux qui s’imposent devant l’incompétence des musulmans à s’éveiller à l’universel de leur religion et au drame de l’humanité se contentant de subir leurs tragédies et celles des autres une fois que le Wahn de la décadence et de la colonisation les a habités.

Pourquoi Allah nous laisse-t-il dans cet état ? Question des ignorants qui refusent de voir leurs responsabilités dans les malheurs qui les accablent ! Question des ignorants qui ne voient pas le Dessein de Dieu se réaliser dans l’histoire humaine selon Sa Volonté et non selon notre volonté. La mystique de l’Histoire que j’ai expliqué dans le livre « Les révolutions arabes : Mystique ou mystification ? » et que nous avons bafouée par des arrangements d’appareils et par la transgression du sacré s’accomplit sur l’hyperpuissance.

La réponse attendue demain ou dans quelques années :

Je n’aime pas recourir aux explications eschatologiques de l’histoire, car le Coran nous donne le cadre suffisant que la raison peut plus ou moins interpréter ou transposer à une réalité semblable :

{Et ceux qui ont démenti Nos Signes,  Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte) par où ils ne se  savent pas. Mais Je leur accorde un délai, car certainement Ma manœuvre est infaillible.} Al Aâraf 182-183

La perte inéluctable est vraie. C’est du concret, ce n’est pas de l’abstrait même si les conditions et la manière sont énoncées d’une manière abstraite pour signifier que tout est possible et de la manière la plus inattendue et à laquelle le savoir des transgresseurs, leur intelligence, et leur perception ne peuvent prévoir ni anticiper ni parer. Le Croyant voit, par le regard de la foi, les Signes. Il parvient parfois à un niveau d’abstraction à contracter le temps et l’espace. Il devine les Signes écologiques, psychologiques, politiques, moraux, économiques, géostratégiques et autres qui témoignent de l’entraînement progressif de l’Empire vers sa destruction, destruction qui échappe au contrôle des mégas intelligences de l’Empire comme Catherine leur a échappé.

La Syrie n’a pas les moyens de résister à la force de destruction de l’Empire qui peut frapper de loin sans s’exposer à une riposte qui pourrait  le mettre en échec. Les alliés immédiats de la Syrie (Russie, Hezbollah et Iran) peuvent changer le rapport de force en entrant dans le conflit et en lui donnant les moyens de s’élargir et de se prolonger faisant entrer le système dans une accélération de sa crise.

Même si la Syrie se fait écraser et ses alliés se font contenir, l’Empire commence déjà à manifester les signes de son déclin. Les BRICS qui représentent 50% de la planète s’opposent à l’Empire et vont agir de telle manière que cette agression soit la dernière, car il y va de la survie de la planète. Diplomatiquement, politiquement, idéologiquement, financièrement, économiquement et militairement l’Empire va se trouver dans l’obligation de la retraite.

Paradoxalement que cela puisse se présenter, en Syrie comme à Stalingrad, les experts pensent que le Blitz sur un champ de bataille peut donner un résultat contraire à son effet dévastateur immédiat. Le bombardement de l’entité sioniste contre le HAMAS et le Hezbollah ont montré non seulement  ses limites, mais son effet inverse : le plus puissant a perdu, en ne réalisant pas ses objectifs de guerre à court terme et en donnant l’espoir à la résistance de le vaincre dans une prochaine confrontation. Une fois surmonté l’effet de choc, l’instinct de survie du faible qui refuse le mutisme peut pousser le puissant à l’impuissance.

Dans mon livre « Gaza : la bataille du Forqane », j’ai longuement expliqué ce phénomène et ses conséquences tant sur la résistance que  sur les alliés de l’Empire et du sionisme. Dans « Le dilemme arabe et les dix commandements US », j’ai analysé comment l’Empire allait confisquer les « révolutions «  arabes et semer le chaos dans le monde arabe et tout particulièrement en Libye et en Syrie pour finalement se retourner en Égypte et remettre le chaos. L’Empire est comme un organisme agonisant, mais disposant de moyens titanesques qu’il ne sait plus utiliser et qu’il finira par retourner contre lui-même.

Pour comprendre la logique coranique  et  faciliter sa transposition dans le cas historique contemporain, il nous faut relier les Ayat 182-183 de la sourate Al Aâraf  avec d’autres énoncés coraniques  qui vont éclairer davantage leur sens selon la règle qui dit que le Coran explique ou explicite le Coran :

A –  Les deux énoncés qui viennent en amont disent :

{A Allah appartiennent les plus beaux Noms, invoquez-Le par eux. Laissez ceux qui déforment Ses Noms. Ils seront punis de ce qu’ils faisaient.}  Al Aâraf 181

Ni l’Empire, ni le sionisme ni leurs valets arabes et européens ne sont conscients qu’ils sont en train de bafouer et de déformer les Noms d’Allah en s’attribuant des attributs démiurges de grandeur, de justicier, de puissance, de vengeance contre les peuples et les petits États. Ils s’exposent de plus en plus au Châtiment divin.

Les élites musulmanes et arabes, politiques, intellectuelles et religieuses, parlent au nom d’Allah et se donnent le droit de déclarer un tel croyant et un tel autre mécréant se réservant droit de vie et de mort sur les peuples, accordant légitimité ou illégitimité au pouvoir aux uns et aux autres. Ils rendent licite ou illicite ce que leur dictent leurs opinions,  leurs  intérêts, leurs « médiatiseurs »   et leurs financiers. Chaque jour qui passe, nous les voyons, désavoués par l’intelligence qui analyse et par les faits qui s’imposent.

{Et de ceux que Nous avons créés, il est une communauté : ils guident par la vérité, et grâce à elle ils sont justes.} Al Aâraf  182

Parmi les créatures d’Allah il y a les musulmans et les non-musulmans, les Croyants et les non-croyants, les bons et les méchants. Tous sont soumis à l’épreuve de vérité. La Vérité est absolue lorsqu’il s’agit de la Parole d’Allah, de Son Décret, de Son Dessein que nous pouvons connaitre que partiellement et imparfaitement. Le musulman dispose du Coran, de sa foi et de sa vertu pour accomplir l’effort de se rapprocher de la Vérité. La vérité est aussi relative et globale. Dans ce cas, elle est celle que toute l’humanité partage et qui permet de distinguer le bien du mal, le beau du laid, le vrai du faux, le juste de l’injuste, le sensé de l’insensé. La vérité globale peut être singulière, c’est celle de la vérité que partage l’humanité qui vient à être éduquée et spécialisée par la science ou par la foi.

C’est dans ces multiples rapports à la vérité et dans leurs manifestations dans la réalité sociale et intellectuelle que les Signes de la fin de l’Empire sont mis à la portée du plus grand nombre. Dans l’article « Abou Amama et la future dernière guerre de l’Empire », j’ai analysé les scénarios probables et les positions des différents acteurs à la veille du G20 ainsi que la confusion sur le vote des élus américains. Il faut les reprendre à la lumière de ce rapport à la vérité et à la réalité sachant que le terme coranique Al Haqq désigne à la fois la réalité et la vérité.

Nous voyons que le Pape,  l’Église russe et les Églises arabes d’Orient se sont mobilisés pour refuser l’imposition d’une guerre injuste. Le président français qui est dans les traditions cléricales un officiel de l’Eglise catholique refuse de se joindre à l’appel de paix lancé par les chrétiens du monde comme il refuse d’écouter les 70% de son peuple opposé à la guerre. Il préfère servir l’Amérique et son projet destructeur faute de projet de gouvernance et de rôle à jouer dans le monde. Ce sont des signes qui ne sont pas trompeurs. Ils auront sans doute des répercussions sur la fin de l’Empire qui va se trouver de plus en plus haï, isolé et menacé dans le monde.

Dans ce rapport (vrai ou maquillé)  à la vérité des Églises sur la guerre et ses faux alibis, nous constatons le silence affligeant des élites religieuses et intellectuelles musulmanes et  arabes. Les seules voix sont celles des sunnites syriens qualifiés de savants de palais par les opposants. La grande voix de Palestine, de la Mosquée sacrée d’Al Qods, a été interdite de parole par les infantiles se réclamant des Frères musulmans ou des mouvements djihadistes. Les autres voix ne sont pas crédibles, car elles ne posent pas le problème de témoignage dans un rapport à la vérité, mais un clivage idéologique et dans une vengeance politique : incriminer l’Islam politique.

La vérité est effrayante : les partisans de l’Islam politique sont silencieux. Les vassaux du sionisme et les insensés infantiles et incultes ne se taisent pas, ils parlent au nom de Dieu pour défendre l’Empire et le supplier de détruire un pays arabe et musulman.

Cela fait des années que moralement et intellectuellement je me suis préparé à voir l’inculture géostratégique et la culture d’intrigue saper  nos intelligences et nos émotions comme elles avaient déjà sapé nos territoires avant et après la colonisation.

Louange à Allah qui m’a permis de me questionner,  d’écrire et de faire des conférences sur l’Islamophobie et de la montrer dans ce qu’elle est c’est-à-dire « Deus Machina », une machination diabolique, une fabrication diabolique, un engrenage idéologique, médiatique, diplomatique, psychologique pour mener une subversion et une guerre contre nos mentalités et nos territoires pour le compte de l’Empire et du sionisme qui s’imaginent que la fin de leur déclin est synonyme de la fin de notre éveil. Ils ont bien imaginé et bien exécuté le scénario qui rend l’humanité méfiante envers les musulmans et les musulmans défiants les uns contre les autres. Il n’est pas fortuit que l’appel de paix des Eglises soit suivi et accompagné des exactions contre les chrétiens et tout particulièrement contre  Maaloula en Syrie abritant le site religieux et historique le plus ancien de la Chrétienté. Aucun musulman croyant en Dieu ne peut transgresser le sacré des autres ni attenter à leur vie. Aucun musulman ne peut se taire devant cette transgression. Les officiels et les imposteurs de l’Islam se taisent. La vérité les dévoile, mais comme leurs maitres, ils ne sont plus capables de distinguer la vérité du mensonge.

Lorsque j’ai vu l’acharnement mis pour transformer l’Islamophobie en fonds de commerce et pour la focaliser sur le racisme à l’encontre des banlieues françaises et la déboiter des enjeux stratégiques, j’ai compris combien l’emprise idéologique de l’Empire et de ses vassaux sur les esprits et les sentiments des musulmans était grande. Je dis et je le répète ici ce que j’ai écrit : l’association internationale des savants musulmans confiée à un sénile, financée par les Qataris, impliquée dans l’esprit partisan,  et noyauté par quelques Libyens qui ont conduit leur pays à la ruine, a été mené vers sa ruine pour perdre sa crédibilité dans la gestion des grands dossiers du monde arabe et musulman qui pouvaient rendre  difficile la tâche de l’Empire de mener ses guerres et de se maintenir en vie : la Palestine comme projet de libération, l’éveil islamique comme projet de civilisation,  et le rapport sunnites chiites comme projet de fédération.

Je ne suis pas en train de faire dire au Coran ce qu’il n’a pas dit, mais je décris comment il colore mon imagination et élargit mes évocations lorsque  je tente de lire la réalité, libéré des influences idéologiques et médiatiques. Pour l’instant, je me suis très peu trompé dans mes analyses sur la « révolution » arabe et sur les Pygmalions islamistes et non islamistes à qui l’Empire accorde des tribunes et des honneurs.

Dans ce rapport à la vérité nous voyons la Russie de Poutine, malgré une opposition intérieure pro occidentale, maintenir sa position par rapport au droit international et son soutien à la Syrie. À l’opposé, nous voyons Erdogan s’impliquer dans un délire de fou pour une guerre totale en Syrie. Il est impossible que la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les autres bédouins puissent nourrir une telle haine pour le Président Bachar Al Assad jusqu’à prendre le risque de détruire la Syrie et de se trouvé impliqués dans un conflit qui va mettre en danger la stabilité de leur pays ? Nous pouvons trouver explication dans cette haine dans les mécanismes de l’Islamophobie.

Nous ne pouvons pas comprendre comment un musulman se réclamant du Coran peut s’impliquer dans la haine ou peut avoir de la haine pour un musulman plus que pour l’Empire et le sionisme. Nous ne pouvons toujours pas à comprendre comment un acteur de la vie politique et intellectuelle du monde arabe peut imaginer qu’il y a possibilité d’arrangement avec l’Empire ou de ruse avec le sionisme justifiant la destruction d’un pays arabe comme la Syrie ou la Libye. Nous ne pouvons toujours pas comprendre comment les limbes d’un Arabe et d’un musulman peuvent oublier facilement le colonialisme et ne pas voir l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie et tous ces pays marqués par la cruauté et la régression de l’Empire.

En citant ces versets et en les méditant nous comprenons aussi que jamais Allah ne fera tomber un Tyran et son Empire si face à eux la vérité ne se manifeste pas comme alternative crédible et puissante. Dans la résistance globale, j’ai montré comment Moïse a mené le combat contre Pharaon et l’a gagné sur le terrain de la foi et de la vérité qui a dévoilé les mensonges de Pharaon et de son système économique, politique, médiatique et militaire. Le monde musulman et les mouvement islamiques ne sont pas encore prêts à assumer la vérité. Ils cèdent à l’émotionnel, aux arrangements d’appareils, à la dénonciation simpliste ou  à la violence.

B – L’énoncé coranique en aval

L’énoncé coranique en aval de celui que nous venons d’évoquer apporte d’autres clarifications sur ce qui se passe et risque de se passer :

{N’ont-ils donc pas médité ? Leur Compagnon (le Prophète Mohammed)  n’a aucune folie : il n’est qu’un avertisseur évident.  N’ont-ils donc pas contemplé le Royaume des Cieux et de la terre, et toutes les choses qu’Allah A Créées, et que peut-être leur terme s’est rapproché ? En quel discours après cela croiront-ils ? Celui qu’Allah Condamne au Fourvoiement n’a point de guide. Il les Laisse s’aveugler dans leur tyrannie.}

Ainsi dans la crise graduelle qui conduit l’Empire à sa fin nous sommes interpellés sur trois éléments essentiels dans notre foi et dans notre démarche :

Le Prophète (saws) est notre guide. Prendre les conditions politiques et historiques pour justifier la transgression des paroles de Mohamed (saws) c’est le considérer comme un fou, un insensé, un homme du passé révolu, un être qui a oublié de nous transmettre l’intégralité de notre religion, et de nous avertir des conséquences des transgressions. Mohamed (saws) a interdit de porter atteinte à la vie sacrée ou de convoiter le pouvoir.

L’univers, l’Histoire et les Signes témoignent de la fin de toute chose. La fin de l’Empire est inscrite dans l’ordre des choses. La fin du monde et le Jugement dernier sont vérité absolue. Il ne s’agit pas d’en débattre ou d’en faire des émissions qui cultivent la fascination, mais de construire la vigilance et le sens des responsabilités par la quête du salut ultime. Quel est le sens de se salut lorsque le musulman fait alliance avec celui qui opprime les musulmans et les agresse,  lorsqu’il se permet de verser le sang d’un innocent, ou lorsqu’il devient une caricature hideuse, mais fausse de l’Islam.

Les égarés, affichant leur arrogance impériale ou leur bigoterie de vassal, ne peuvent lire et comprendre les signes qui témoignent de leur tyrannie au sens propre du terme ou au sens symbolique.

C’est ce cadre coranique qui nous permet d’entrevoir les évènements comme signes annonciateurs de la fin des uns et de l’émergence des autres. C’est dans ce cadre que nous avons annoncé que la tyrannie de l’Empire risquait de se retourner contre lui et faire en quelque sorte que le vote attendu des élus américains ne devienne un autre signe marquant de la  déroute du système ou le début d’une guerre intérieure, politico idéologique et militaro administrative, accélérant la décomposition et la fragmentation du système. Pour l’instant la presse américaine présente la majorité du  non comme le plus probable. Le oui minoritaire serait par contre extrêmement radical. Le oui et le non peuvent isoler le Président et faire entrer le système en crise prolongée pendant, avant et après la guerre imminente ou différée.

C – L’énoncé de la sourate Al Qalam

Comment seront les prochains jours, les prochaines semaines ou les prochains mois ? La loi de l’Istidraj est vraie, ses circonstances de temps, de lieu et de modalités d’action  ne relèvent que du savoir du vouloir  et du pouvoir d’Allah. La sourate Al Qalam  confirme et explicite la loi de la graduation et ses conséquences :

{Laisse-moi donc avec ceux qui démentent ce Coran, Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte)  par où ils ne se savent pas.  Mais, Je leur accorde un répit, car certainement Ma manœuvre est infaillible. Leur aurais-tu jamais réclamé, pour ta mission, un salaire qui aurait pu leur peser? Ou détiendraient-ils le Ghayb pour les inspirer quoi écrire? Persévère donc,  soumets-toi au Décret de ton Dieu et ne sois pas comme l’homme au poisson, lorsqu’il appelait (Dieu) en étant en colère. S’il n’eut été sauvé par une Grâce de son Dieu, il aurait été rejeté et réprouvé sur la côte aride.} Al Qalam  44 à 50

1 – Allah est le seul et véritable agissant.

2 – Ceux qui sont conduits progressivement à leur perte ne peuvent deviner le moment et le lieu de leur perte.

3 – Le Dessein d’Allah est écrit, infaillible et imparable ; Nul ne peut le consulter ou le modifier.

4 – Le Prophète (saws) et ses adeptes doivent attendre la Promesse avec patience, constance, endurance et persévérance. Nul n’est autorisé à se laisser dominer par ses sentiments et croire que le destin s’accomplit selon ses désirs au risque de se voir rejeté et méprisé.

Ceux qui se sont empressés de semer le chaos et à appeler l’Empire pour régler un contentieux politique interne ou réaliser un Khalifat islamique régional au prix de l’effusion du sang et du désordre ne sont ni aptes à gouverner ni aptes à donner des titres de vertu. Ils ne représentent pas la ligne du Prophète. A ce jour, ils n’ont toujours pas fourni des arguments religieux ou politiques pour justifier leur sédition et leur Fitna. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre Bachar, pour ou contre la solution islamique,  mais de s’inscrire dans la vérité coranique, sinon dans celle que partage l’humanité qui ne diffère pas de celle du Coran.

Il s’agit de guerre, d’enfants,  de soldats et de combattants musulmans qui vont mourir alors il faut dire la vérité que les arguments fallacieux tentent de masquer en faisant des jeux de mots ou en se cachant sur des hadiths tel que celui qui dit qu’Allah frappe le tyran par le tyran et l’injuste par l’injuste et que par conséquent Kadhafi et Bachar Al Assad comme Saddam Hussein sont des tyrans frappés par d’autres tyrans, et c’est ainsi. Ceux qui réfléchissent et parlent ainsi ont désacralisé la vie humaine et se considèrent comme des pieux, des vertueux, des justes, alors qu’ils sont des fauteurs de troubles qui n’ont aucun crédit moral, religieux ou intellectuel à faire valoir. L’expérience a montré qu’ils sont pires que les tyrans qu’ils veulent combattre quitte à détruire un pays,  exterminer un peuple, et renforcer un Empire pourtant agonisant.

 Graduation et science dans la marche de l’Empire vers sa fin inexorable

istidraj

{Nous allons les conduire graduellement (vers leur perte) par où ils ne se  savent pas.}

L’Isdiraj, la gradation, est le passage de marche en marche dans un sens ascendant ou descendant. L’Empire peut évoluer jusqu’à atteindre l’apogée de sa puissance puis imploser ou se désintégrer comme il peut évoluer progressivement vers la décadence et disparaître en perdant de sa puissance, de son rôle et de sa place dans le monde. Il peut aussi être soumis aux deux mouvements le rendant totalement désorienté, confus et incohérent, présentant le paradoxe d’une puissance en expansion et d’une faiblesse en expansion aussi. Soumis à des forces contradictoires il finit soit par se déchirer de l’intérieur aidé en cela par les  effets extérieurs  de sa force ou de sa faiblesse ou soit se briser à l’extérieur ne pouvant plus compter sur ses forces intérieurs contradictoires. C’est une fin tragique sur le plan historique. L’Amérique porte les symptômes de tous les scénarios de  fin tragique et lamentable.

L’Isdiraj c’est aussi la mise en séquence pour signifier un mouvement qui devient moteur de sa propre dynamique. L’empire est conduit par son propre élan vers l’accomplissement de plus en plus accéléré de l’épuisement de son énergie avant de finir épuisé, sans ressources, sans dynamique. Allah les fait donc courir vers ce qui va provoquer fatalement leur perte.  Allah ne dit pas si ce qui va provoquer la fin de l’Empire sera grand ou petit, dominant ou dominé. Le contexte ainsi que le sens du Coran laisse comprendre qu’il s’agit d’un rapport de force disproportionné entre  le Tyran et son adversaire.

L’Isdiraj c’est aussi l’enroulement. Il faut voir mentalement et symboliquement l’image d’une feuille enroulée sur elle même puis transposer le signe sur une civilisation, une société, un moment historique.

L’Isdiraj c’est aussi une référence à la proportionnalité dans le sens où le châtiment divin qui survient toujours à l’improviste frappe les cités injustes selon le degré de perversités et de crimes commis. Plus les crimes sont grands en nature, en intensité, en durée,  en étendue et en masse de participants plus le châtiment vient différé et dévastateur. Si Allah se comportait avec empressement il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de vie sur terre.

Enfin L’Isdiraj appelle du temps. Allah est Créateur du temps et de l’Espace, Il accorde des étendues d’espaces et des délais de temps que nous pouvons appeler répit, répit d’épreuves des hommes les uns face aux autres, et répit de preuves par le principe de justice et d’équité qu’Allah a décrété. Plus la civilisation est grande, plus la mise en abîme est profonde dans le temps, dans l’espace et dans le rapport entre les dons qu’Allah accorde et le mauvais usage que les tyrans en font contre d’autres hommes et d’autres peuples, et bien entendu plus le Châtiment d’Allah est terrible.

Savoir (ya’lamoun) et percevoir, se rendre compte, s’apercevoir, prendre conscience ou ressentir (yach’ouroun) sont deux notions différentes. Le Coran les distingue ;  les traductions ou les commentaires qui  ne le font pas occultent la dimension du Coran et limite la portée de l’analyse sur la réalité.

Le terme savoir est primordial pour comprendre la crise et son issue. Par le savoir on recense,  mesure,  analyse,  compare,  juge et  décide en vue de comprendre, anticiper et  agir pour faire un gain ou se protéger d’une perte dans le domaine scientifique, politique, économique et militaire. L’absence de savoir laisse le ressenti par l’instinct prisonnier de l’inconnu et du doute qui naît de l’impossibilité de comprendre les composants et les circonstances d’un phénomène redouté d’une manière confuse.

Nous savons que le savoir humain est relatif. La construction de ce savoir relatif exige une abstraction sur les facteurs et sur leurs interactions. Le savoir devient nul lorsque les facteurs et leurs interactions ne sont plus contrôlable soit par leur complexité soit par le nombre de leurs inconnues, soit par leur déroulement échappant à la logique humaine et à ses instruments de mesure et de calcul. Sans parti pris, force est de constater que le système mondial est entré dans une logique d’entropie qui le rend incapable de voir l’ensemble des facteurs et  d’agir sur leurs interactions…

{sourds, muets, aveugles, ils ne raisonnent plus} Coran

Par une ellipse, le Coran nous dit que sur le plan cognitif, affectif, idéologique, économique, politique, scientifique, technique, technologique et organisationnel, le système impérial dispose des moyens de puissance, de manipulation et de savoir qui vont s’avérer  impuissants à stopper sa chute et son déclin. Contre le Décret divin tous les stratagèmes s’effacent et contre le Châtiment divin les plus grandes civilisations s’effondrent.

Par ailleurs en se plaçant sur le savoir, le Coran renforce la dramatique de la chute de l’Empire qui se croit invulnérable par sa puissance et son savoir, car le système tyrannique perçoit le danger, vit dans l’inquiétude, subit l’angoisse du haut de sa puissance contre un danger qui le guette et qu’ il a du mal a mesurer scientifiquement et dont il a du mal a s’en prémunir. Il vit dans la confusion totale.

Pour comprendre le rapport de l’Istidraj au savoir  dans cette Aya il faut imaginer un homme, une société, une armée, une civilisation, un phénomène pris dans une torsion, une accélération, un enroulement, une séquence sur laquelle il n’a plus prise et dont il ressent le danger, mais dont il ne sait ni la fin ni la réalité. Le Décret divin avait opéré une « mise en abîme » des Arabes qui avaient persécuté le Prophète (saws) et élaboré des machinations diaboliques contre lui et ses compagnons. C’est le même Décret divin qui gouverne l’histoire humaine.

Pour comprendre le rapport de l’Istidraj au savoir il faut savoir que l’injuste va se déplacer de la sécurité et de la puissance vers l’insécurité et la faiblesse sans savoir comment se fait ce déplacement ni vers où il conduit tout en ressentant de l’inquiétude au fur et à mesure de la vitesse et de la durée du déplacement qui font perdre les repères traditionnels sécurisant sur le plan psychologique sans apporter des réponses objectives.

Par le conflit interne entre le bien et le mal, l’Empire perçoit son  inquiétude ; par la cupidité et la convoitise, il  redoute la fin de ses privilèges. Par l’absence de savoir sur les moyens, les circonstances et les modalités de sa fin, l’Empire est confronté au châtiment de tous les égarés dans cette existence : la perte de sens, l’absence de finalités… Lorsque le savoir qui se construit sur l’étude de faits réels déserte les élites, alors la politique, la sociologie, l’économie et les médias s’inventent des faits tenant lieu de savoir s’impliquant dans le faux et tombant dans le piège de leurs mensonges et de leurs falsifications.

Nous pouvons facilement imaginer le système américain cultivant à son détriment le paradoxe de l’hyperpuissance impuissante,  de l’impuissance dévastatrice, du savoir vain, de la science sans conscience, d’une armée sans objectifs de guerre, sans budget, sans enthousiasme populaire. Nous pouvons voir comment les appareils idéologiques et médiatiques de l’Empire et du sionisme qui façonne la configuration, le contenu et la portée du savoir se trouvent emballés, excités, incapables de délivrer un message cohérent et crédible pour garder sous leur emprise les esprits de l’humanité.

Obama l’élu du système qui a joué au Pygmalion-Homme providence se trouve dans la confusion totale, à la fois  exprimant et entretenant la confusion d’un système qui perçoit sa confusion et sa fin, mais ne sait pas comment conjurer ce qu’il craint alors qu’il déclinant  au sommet de sa grandeur ou agonisant au bas de sa chute.

D’après ce que j’ai lu, personne ne sait d’où viendrait la force de résistance de l’armée syrienne, car nul ne sait de quel armement elle dispose,  ni de quelles fortifications elles disposent, ni de quelle technicité et technologie elles disposent. Les experts non alignés sur l’Empire, le sionisme et les Bédouins arabes avancent l’idée que l’armée syrienne n’a pas mobilisé toutes ses forces contre la rébellion armée car elle savait qu’elle devait faire face à une agression de l’Empire, du sionisme, de la Turquie, des Arabes ou d’une coalition internationale. Nous allons connaitre le dénouement dans quelques jours, quelques semaines ou quelques années, si Allah nous prête longue vie.

l’explication eschatologique de l’Histoire n’est pas un savoir

L’Internet regorge d’explication eschatologique juive, chrétienne et musulmane sur ce qui va se passer. Chaque partie et chaque partisan pro Assad ou anti Assad s’attribuent les bénéfices de la confrontation apocalyptique et du retour du Messie (saws).

Je reste extrêmement prudent pour quatre raisons :

La première est spécifique au lexique et à la sémantique du Coran. Allah (swt) lorsqu’Il évoque la fin du monde, Il utilise le terme avoir conscience, se rendre compte, ressentir (yach’ouroun) pour montrer la fin foudroyante et fulgurante de la fin qui survient sur une humanité totalement ivre et bestiale. Nous avons la différence  lorsqu’il s’agit de la fin des Arabes idolatres et par extension des Tyrans et des Empires.

La seconde  est que nous croyons au  Ghyab y compris dans sa formulation sur le retour du Messie (saws), mais nous croyons selon les termes du Coran que l’heure ultime n’est connu que d’Allah (swt). Certains exégètes citent un hadith où le Prophète (saws) nous demandent de démentir les Waqàtoun, ceux qui fixent une date aux événements futurs annoncés par le Coran ou par la Prophétie.

La troisième est que les Musulmans ont eu recours à ces explications pour expliquer ce qui dépassait leur savoir. Eux même pris dans une forme d’Istidraj du  système de leur époque avaient perdu toute démarche scientifique et ont préféré se réfugier dans les mythes et le fantastique ou faire dire à Allah et à Son Prophète ce qu’ils n’ont pas dit.

La quatrième est que nous assistons à une confrontation militaire possible en Syrie (voire au Moyen-orient) sur un fond de rupture tant  au sein de l’Empire qu’entre l’Empire et le reste du monde qui provoquera des ruptures majeures dans le monde arabe et musulman. Nous n’assistons pas à la préparation ou au lancement d’une guerre mondiale. Nous ne voyons pas la minorité de croyants se fédérer et affronter l’oppression et la perversité mondiale annonçant la venue du mahdi ou le retour du Messie. La crise syrienne dans l’échiquier mondial ou sur la carte du monde arabe et musulman n’est ni la crise majeure ni la crise ultime.

Al Istidraj est cette mise en abîme historique par un séquentiel de rhizomes de crises  non résolues qui échappent de plus en plus à l’entendement de leurs acteurs jusqu’au point de non retour c’est à dire jusqu’à la résolution tragique : la fin du fauteur de troubles. L’Empire américain et le sionisme sont des fauteurs de troubles. La violence et le désordre sont une composante structurelle et essentielle de leur existence.