Texte de l’appel des imams de Jérusalem à la fin de l’effusion de sang en Syrie.

 

 {Prenez garde à Allah, réconciliez ce qui est entre vous}

De la Mosquée d’Al Qods et de la terre des Prophètes (Jérusalem)
Appel du Cheikh Salah Eddine Ibn Ibrahimabou ‘Arafa  aux habitants de la Syrie.

Je me réfugie auprès d’Allah contre Satan le lapidé Louanges à Allah qui possède les royaumes des Cieux et de la Terre Louanges à Allah qui détient la Décision entre Ses Mains en totalité la Terre en totalité sera sous Son Autorité le Jour de la Résurrection, et les Cieux seront ployés sous Son Pouvoir N’est-ce pas qu’à Lui appartient l’ordre des choses et la création ? Que soit Magnifié le Dieu des Univers

Miséricorde, paix  et salutations pour les Prophètes et les Messagers d’Allah et ceux qui transmettent les Messages d’Allah,  et qui le redoutent sans craindre autre qu’Allah.

Et Allah suffit comme Compensateur

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à Allah et dites des paroles sensés ainsi Il améliorera votre situation et absoudra vos péchés Qui obéit à Allah et à Son Prophète aura le triomphe grandiose}

Sans aucun doute les événements passés ces derniers mois et les douleurs vécues sont largement suffisants pour qu’un  sourd recouvre l’ouïe, qu’un aveugle retrouve la vue et qu’un insouciant redevienne préoccupé.

Sans aucun doute ce qui survient dans les pays musulmans au point d’atteindre ce niveau de gravité en Syrie est un phénomène qui a été planifié dans les ténèbres par une ruse diabolique visant une nuisance et dans laquelle nous n’en tirons ni bien ni profit. Ce stratagème  n’est pas conçu par les mains ni par les esprits de nos peuples, mais par notre ennemi commun à tous.

Le perspicace est celui qui observe avec clairvoyance même s’il ne retrouve sa vigilance qu’après un délai.

Nous nous sommes réunis en ce lieu pour prendre la parole que pour assumer notre responsabilité auprès d’Allah et de proclamer la vérité qui doit être dite sans crainte ni pudeur envers quiconque dans notre devoir pour Allah.

Nous nous sommes réunis en ce lieu que pour nous innocenter des dires fallacieux et des incitations perverses  provenant des Fatwas trompeuses,   des positions perfides  et du fourvoiement qui ont rendu le sang coulant à flot comme si c’était du  vin répandu et l’illicite licite.

{Il est parmi les hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et lorsqu’il se détourne de vous, il s’évertue à corrompre sur terre, à détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption.}

Qu’Allah fasse miséricorde à tout opprimé et à toutes innocentes victimes de ce complot qui les a entrainés à la convoitise et au leurre que leur ont tendu les partisans des visées mondaines et des désirs. Son fardeau dans la vie ici-bas et dans la vie future incombe à  ceux qui l’ont opprimé, à ceux qui l’ont manipulé et à ceux qui lui ont donné des Fatwas fallacieuses.

Nous nous sommes réunis en ce lieu pour faire entendre aux gens ce que ceux qui avaient l’obligation de dire ont occulté et mis sous silence en l’occurrence  leurs savants et leurs maitres à penser.

Bien avant ces troubles et cette effusion de sang ils proclamaient à haute voix :

{Nous avons conclu Alliance avec vous : Ne répandez pas votre sang, ne vous expulsez pas les uns les autres de vos demeures. Vous y avez souscrit en apportant votre témoignage. Puis, voila que vous vous entre-tuez, vous expulsez un groupe d’entre vous de leurs demeures, vous vous liguez contre eux par la transgression et l’agression; et s’ils vous échoient en captifs, vous les rançonnez, alors qu’il vous est interdit de les expulser. Croirez-vous donc en une partie du Livre et rejetterez-vous en une partie ? Quelle serait donc la sentence contre celui qui agirait de la sorte d’entre vous, si ce n’est qu’ignominie dans la vie terrestre, mais  le pire  des châtiments est pour  le Jour de la Résurrection? Allah n’est point inattentif à ce que vous faites.}

Ils récitaient :

{Si jamais tu tends ta main vers moi pour me tuer, je ne tendrai point ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, Dieu des Univers. Je veux que tu supportes mon péché et ton péché, pour que tu sois des condamnés au Feu. Cela est la punition des injustes.}

Ils récitaient les paroles des Prophètes et tout particulièrement celle de l’ultime Prophète (saws) :

 « Ne noircissaient pas mon visage en devenant après moi des renégats qui s’entretuent »

Ils récitaient :

« Qui prend les armes contre nous n’est pas des nôtres »

« Si les musulmans se font face les armes à la main, alors le tué et le meurtrier sont tous les deux en Enfer »

Ils récitaient :

« Si tous les habitants des Cieux et de la Terre s’associaient pour attenter à la vie d’un croyant, Allah ne manquerait pas de les jeter tous en Enfer »

Il y a suffisamment d’arguments prophétiques pour ne pas être surpris par ce qui arrive. Le Prophète (saws) a dit :

« Avant la fin du monde, les Musulmans s’entretueront. Ses compagnons sensés  lui ont dit : est ce que nous ferons ceci alors que nous avons tout notre esprit avec nous »

Écoutez la réponse du Prophète, écoutez tous attentivement et qu’écoutent les artisans de la Fitna et ceux qui ont soufflé sur ses braises pour rendre licite l’effusion de sang qui coule à flot :

« Ses compagnons sensés  lui ont dit : est ce que nous ferons ceci alors que nous avons tout notre esprit avec nous » Le Prophète a dit : «  les gens de cette époque auront perdu leur esprit et seront dominés par les insensés fous furieux que les gens prennent pour des modèles de vertu et de vérité  alors qu’ils ne le sont pas du tout. »

L’authenticité de cette  vérité  sur la  situation insensée que nous observons est le mobile de notre initiative qui veut dire aux gens ce que les Savants et les maitres à penser ont délibérément caché. Nous refusons que les savants qui devraient être les héritiers des Prophètes deviennent les commerçants qui négocient la vie des musulmans comme s’ils étaient des fossoyeurs,  des vendeurs de tombes, et des arroseurs de sang.

Le savant vertueux et utile est comme le père pour ses enfants, un bon conseiller. Il se hâte vers la paix et la réconciliation mais ne s’empresse pas à soutenir ou à provoquer l’effusion de sang. Il doit dire aux gens :

{Patientez et prenez garde à Allah}.

Comme  nous n’avons pas entendu ce message il nous incombe de le faire entendre aux musulmans et aux savants.

Allah ! Allah ! Protège le Cham (Syrie) !

La Fitna a commencé en Tunisie. Le Prophète (saws) a dit :

«  Des troubles comme les cornes des vaches qui se suivent les unes après les autres dans le prolongement de leurs traces de sabots ».

Nous sommes en plein cœur de cette succession de Fina. Nous implorons Allah de nous mettre tous à l’abri et de nous protéger contre ce qui se passe et contre ce qui risque de survenir en plus grave.

Allah ! Allah ! Protège le Cham (Syrie) !

Nous disons aux Syriens, ceux qui se sont rebellés désirant des réformes, ou cherchant à fuir leur situation, ou désireux autres choses que ne lui offre son existence actuelle, nous disons aux plus sensés d’entre eux et aux musulmans d’entre eux que le Prophète (saws) a dit :

«  Allah s’est imposé l’excellence et a décrété la bienfaisance  en toute action ».

Cette prophétie est mieux que tout ce que peuvent dire les meilleurs des hommes réunis.

Cela signifie concrètement dans la situation actuelle que celui qui veut détruire une demeure doit le faire de la meilleure manière possible. Alors que dire en matière de construction d’une demeure ? Peut-on les imaginer reconstruire leur demeure avec les ruines de l’ancienne ? Peut-on les imaginer se fédérer de nouveau alors qu’ils ont sapé leur unité,  provoqué des discordes, et répandu leur sang à profusion ?

Nous leur disons donc, car ils sont nos frères et notre peuple : jamais le bien ne se réalise par le mal ! Il n’y aucune mauvaise voie qui conduit à bon port ! Il n’y a aucune obéissance à Dieu par la voie de la transgression de Ses Commandements ! Il n’y a aucun espoir que le vilain conduise le vertueux vers la réussite !

Nous disons au gouvernant de la Syrie : Ces gens sont ton peuple et sujets de ta responsabilité, leurs petits  sont  tes petits, leurs grands sont tes grands, leurs proches sont tes frères, alors prend garde à Allah à travers eux. Soit bienveillant et doux envers eux. Sache qu’Allah est Bienveillant, Il aime la bienveillance, et Il octroie par le biais de la bienveillance ce qu’Il ne donne pas par d’autres voies.

Sache qu’Allah est au dessus de toi comme toi tu es au dessus de ton peuple. Implore pour toi et pour ton peuple la protection, le bien-être, l’esprit sensé dans les actes  que vous et eux entrepreniez, et la culture dans ce que faites de bien.

Ensuite nous demandons à l’élite, aux savants et aux esprits sensés  ainsi qu’à l’ensemble du peuple de Syrie, au Nom d’Allah et de son Nom Le Sécurisant – La Paix, de mettre fin à l’effusion de sang, de garder leur mains en dehors de la violence et de s’assoir autour d’une table pour concrétiser au plus vite la réconciliation et la fraternisation. C’est ce qui apporte l’agrément d’Allah, et l’humiliation de leur ennemi.

Nous demandons, en dernier lieu, aux musulmans, aux gens sensés et aux Savants qui ont rempli de leur présence et de leur voix la terre toute entière, ceux là même  qui lisent la presse et qui lisent le Coran de se réunir cette fois-ci, avant les événements ne leur échappent totalement, et au nom d’Allah de faire ce qu’ils savent d’Allah, Lequel va les interroger sur ce qu’ils savent et sur ce qu’ils doivent faire.

S’ils ne se réunissent pas maintenant pour proclamer la parole de vérité quand est-ce qu’ils vont le faire ? Il n’était pas convenable qu’ils se soient auparavant réunis pour émettre des Fatwas   et transmettre des messages visant à l’effusion du sang des musulmans et à l’incitation au meurtre des uns des autres.

Ce qui se passe chez nous comme ruines et meurtres, jamais l’Occident ne le tolèrerait sur ses terres ! Mais il est satisfait de ce qui passe chez nous, car il a provoqué et a alimenté l’effusion de sang, le gaspillage de ressources et la violence intestine dont nous sommes les  acteurs. Nous sommes dans la situation décrite par le Prophète (saws) :

« Les Musulmans seront privés de l’esprit de sens  et dominés par les insensés fous furieux. La plupart croyant détenir la vérité alors qu’il n’en est rien ».

Nous savons que la majorité des savants musulmans et à leur tête le président de l’association internationales des savants musulmans se sont envolés pour l’Afghanistan afin d’empêcher la démolition des idoles, alors nous leur demandons au Nom d’ Allah dont ils ont lu le Livre et les versets qu’attendez-vous pour vous envoler vers Damas et empêcher la démolition de la Syrie ? N’attendez pas la chute de Damas pour y venir faire vos prêches, venez maintenant pour la préservez des ruines et de l’effusion de sang !

Mettez fin à la violence entre les Musulmans et dites ce qu’ont dit les Prophètes :

{Patientez et prenez garde à Allah}.

Les Prophètes ne s’empressent pas à faire verser le sang. Les Savants sont les héritiers des Prophètes. Prenez garde à Allah et persévérez !

Je m’adresse ensuite aux hommes en Occident et en Orient. Que celui qui a des oreilles qu’il entende et que celui qui a un esprit qu’il comprenne : La Syrie est  entre deux Messies. Un faux Messie borgne et menteur qui vient vers vous avec l’effusion de sang, la pauvreté et les ruines. Un vrai Messie qui descendra du Ciel vers le Minaret blanc à l’est de  Damas pour instaurer la paix sur terre : alors seront perdus les falsificateurs  et il sera proclamé :

{Louanges à Allah le Dieu des Univers ! Cette demeure future, Nous la réservons à ceux qui ne cherchent ni l’arrogance ni la corruption sur Terre. L’issue finale appartient aux pieux}

J’interroge ensuite tout être sensé en Syrie : si le salut de la Syrie exige que moi ou un certain nombre de savants d’Al Qods (Jérusalem) le sacrifice de notre vie nous le ferons en offrande en offrande aux uns et aux autres pour qu’il n’y ait ni effusion de sang, ni guerre, ni troubles entre eux. Cette offrande est une exigence morale et religieuse. Cependant la solution est plus simple et plus rapide : que chacun prenne garde à Allah,  qu’il soit pieux et qu’il retrouve un esprit sensé.

Par Allah il n’y a aucun bien pour eux dans la situation où ils se trouvent ni vers où ils se dirigent. Par Allah, si Ibrahim, Moussa, le Fils de Marie, et Mohamed (saws) sont ressuscités à cet instant et observent ce qui se passe, jamais ils ne feront l’éloge de ces gens partisans de la violence. Il n’appartient donc pas aux savants de dire ou de soutenir ce que réfutent les Prophètes.

Que la paix soit sur la Syrie ! Allah réforme et améliore la situation et les gens de la Syrie et ce au bénéfice de la Syrie. Que la Paix d’Allah soit sur l’ultime Prophète Mohamed (saws). Que la Paix d’Allah soit sur le Messie le Fils de Marie annoncé pour redescendre à Damas ! Que la Paix d’Allah soit sur ceux qui sont devenus croyants ainsi que sur tout ceux qui ont entendu et compris !

Allah ! Est-ce que j’ai transmis ? Allah soit Témoin ! Salut à vous et Miséricorde d’Allah sur vous !

Question 1 : A qui est destinée votre initiative ?

Réponse : L’initiative est destinée aux gens sensés, aux comprenant, aux réformés, aux réformateurs, et ils sont des milliers. Nous devons nous lever tous comme un seul homme. Quelle est la signification de ces observateurs en Syrie alors que les réformateurs musulmans ont tout leur rôle à jouer et qu’ils doivent obligatoirement jouer ? Que les réformateurs, les savants, les élites jouent leur rôle et descendent sur le terrain. Par Allah si les gens de Syrie, les uns et les autres, voudraient que nous les membres de la Mosquée d’Al Aqsa à Jérusalem soyons une offrande pour réconcilier les uns avec les autres, nous sommes disposés à faire sacrifice de nos vies si nous parvenons dès demain a mettre fin à l’effusion de sang et à la guerre.

Je dis sans concession et en toute transparence à celui a pris les armes par sédition et qui est disposé à tuer son frère ou à être tué par son frère : ça suffit ! Ne t’empresse pas ! Lis attentivement ce qu’ont dit et écris vos savants avant la Fitna : {Si jamais tu tends ta main vers moi pour me tuer, je ne tendrai point ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, Dieu des Univers.}. Qu’est ce qui s’est passé pour que ces paroles soient du jour au lendemain invalidées par ces mêmes savants ?

Un Cheikh, Adnan ‘Ar’our, a allumé la mèche de la Fitna en Syrie. Ce même Cheikh, quelques mois avant la sédition armée en Syrie, alors que la Fitna  était à son paroxysme en Libye, a dit expressément qu’il s’opposait à la même chose en Libye et qu’il était :

{Un conseiller digne de confiance}.

Qu’est-ce qui a changé pour qu’il change ?

Avant lui et au dessus de lui Qaradhawi a des livres ou il écrit noir sur blanc son opposition et celle de la religion à la rébellion et à la sédition !   Qu’est-ce qui s’est passé expliquant leur reniement ? Comment l’illicite est devenu licite ? Par Allah si moi je me trompe sur le sujet alors dans le pire des cas j’aurais évité l’effusion de sang, alors que si Qaradhawi se trompe, dans le meilleur des cas il a provoqué l’effusion de sang. Où se trouvent  la raison et le salut ?

Q : Pourquoi  votre position intransigeante envers Qaradhawi ?

R : Ma position envers Qaradhawi  est une position de principe, elle est claire sans crainte ni pudeur. L’homme a introduit le mal dans et entre les musulmans, il s’est chargé du fardeau de leur sang versé,  il a porté l’étendard de la guerre menée contre eux, et il a commis contre eux ce que ni l’aviation ni les blindés de l’ennemi n’auraient pu commettre par ses seuls moyens de destruction. Il était tenu de faire preuve de piété et de patience ainsi que mot réconciliant, cela aurait été meilleur pour lui et pour les musulmans.

N’est ce pas qu’il s’est envolé pour défendre les  idoles (bouddhistes) en Afghanistan ainsi que ses compagnons de l’association des savants musulmans ? Par Allah s’il avait pris l’avion pour descendre à Damas et prêcher la même bonne parole que celle du Fils de Marie et de Mohamed (saws) en disant non à la violence alors il aurait trouvé des millions d’auditeurs qui l’agréent. Mais il a fait dans les musulmans ce qu’aucune armée étrangère ne serait parvenue à faire !

En ce qui concerne ma relation avec la Syrie et les Syriens : nous n’avons pas d’autres relations que celles qui nous lient sur le plan de la religion, du sang, de la parenté, du territoire, du voisinage et du devoir de bon conseil que l’Islam exige de nous tous.

Q : Pourquoi ceux qui provoquent et financent la sédition armée dans le monde musulman ne mobilisent pas leur effort pour libérer la Mosquée Al-Aqsa et la Palestine ? Nous ne voyons que la ruine du monde musulman aux dépens de la cause palestinienne, pourquoi ?

R : Tu as absolument raison ! Chaque musulman sensé devrait se poser la question sur la signification de cette mobilisation guerrière qui pousse les musulmans à détruire la Syrie comme jamais cela n’a été fait auparavant. L’extraordinaire est que cette question n’échappe pas aux gens sensé de l’Occident dont Robert Fisk et d’autres qui avouent n’avoir jamais vu autant de mensonges et d’immoralité  que dans la campagne actuelle menée contre la Syrie et qui se dit que si les Musulmans avaient autant mobilisés de moyens guerriers contre la Syrie pour leur propres intérêts ils auraient réalisé un gain de mille ans sur leurs ennemis. La question posée est vraie à 100% et ceux qui ont agi intentionnellement contre la Syrie le savent pertinemment. Le mal provient des visées mondaines, de l’intérêt partisan, de l’esprit sectaire.

Voilà pourquoi je réitère mon appel à tous les musulmans : rejetez ce qui vous divise et qui est étranger à l’Islam : les partis, les factions, les sectes, les groupes. Il n’y a qu’un groupe et une seule communauté comme le dit Allah :

{Certes cette communauté, la votre, est une seule communauté et Je suis votre Dieu : adorez-Moi}.

Rien n’a été aussi destructeur pour la nation musulmane que la discorde, les intérêts  mondains et la passion qui naissent de l’esprit de fragmentation de la communauté.

Les pires agents de la discordes sont les pseudos islamistes qui fragment la communauté musulmane en groupes épars. C’est eux que notre Prophète vise dans son hadith :

 « Il y aura des gens qui inviteront au Livre d’Allah, mais ils ne sont en aucun cas représentatifs de ce Livre. Ils discutent  avec des propos  meilleurs que ceux des meilleurs des gens, mais s’ils perfectionnent la parole ils sont mauvais dans leurs actes. Ce sont les pire des gens existant sous le ciel ».

Tels sont les propos de notre Prophète (saws).

Q : Quelle est votre avis sur  les invocations proférées par l’Imam de la Mosquée Al-Aqsa, ce vendredi ?

R : Excellente question ! Oui il est extraordinaire de voir l’imam oublier la sacralité de  la Mosquée Al-Aqsa qui a la même sacralité que la Mosquée sacrée de la Mecque. C’est vilain et honteux que du minbar de cette mosquée il y ait un appel à l’effusion de sang entre les musulmans. J’ai été désagréablement surpris de voir un des imams de cette Mosquée faire des invocations pour la discorde et l’effusion de sang en Libye et en Syrie alors qu’il faisait des invocations en faveur de la réconciliation inter palestinienne entre Gaza et Ramallah ? Sur quel critère il a fait cette distinction qui prône la discorde entre les uns et la réconciliation entre les autres ? Ne sont-ils pas tous musulmans les uns et les autres ? Ne devrait-il pas, s’agissant des musulmans, faire la même invocation que celle des Prophètes ?

Nous nous sommes interrogés et nous les avons interpellés. Si Ibrahim, Moïse, le Fils de Marie, Mohamed et les autres Prophètes (saws) étaient parmi nous quelle aurait été leur discours : Tuez-les ou réconciliez-vous ? Les Prophètes sont plus aimants que les pères pour leurs enfants. Qui a vu un  père ordonner à ses enfants  de tuer, de voler ou de s’empresser à faire le mal ?

Ces gens là ont menti et leur mensonge est prouvé par la vérité venant des Prophètes.

Ceux parmi les savants qui disent des paroles conformes à celles des Prophètes ont dit la vérité, mais ceux qui disent le contraire des Prophètes ont menti quelque soit leur rang et leur notoriété. Les traces de chacun sont sur son visage : qui dit la vérité est reconnu par sa parole sincère, mais qui dit le faux est reconnu par sa parole fallacieuse et trompeuse.

Par conséquent il est du devoir des musulmans d’être vigilant : Celui donc  qui a écouté une parole de vérité et qu’il a reconnu comme vérité qu’il la suive en paix, mais celui qui est dans le doute ou la confusion qu’il ne s’empresse pas de suivre ou d’agir à l’aveuglette.

Allah est témoin que les hommes et les gens de Syrie dans les jours ou les mois prochains, seront témoins d’un lendemain qui sera celui d’un des Messies, ou le faux Messie le borgne menteur ou le vrai Messie le Fils de Marie. Qu’ils prennent garde à Allah.

Q : Que faire ?

R : Nous agissons et nous communiquons sur la vérité à suivre : mettre fin à l’effusion de sang et à la violence. J’ai dit et à maintes reprises que le savant qui dit ce qu’ont dit les Prophètes est véridique alors que celui qui se contente de dire son opinion contraire à la vérité des Prophètes est un menteur que les anciens Livres décrivent comme l’ivraie qui s’est mélangé au blé. Les opinions ne sont que du foin mélangé à de l’ivraie, sans crédibilité ni validité, car elles sont en opposition avec la parole prophétique. En général la parole qui incite au bien s’apparente à celle d’un Prophète, alors prenez garde à Allah et patientez, telle est la devise des Prophètes.

Attention ! Éviter le mensonge et les rumeurs, évitez les troubles.

Avec la même franchise   et les mêmes évidences sur lesquelles j’ai construit mon argumentaire… Il y a trois pivots  qui constituent le mal par excellence : Des médias mensongers, un savant menteur, et une base militaire propagandiste implantée dans le monde musulman. Le média menteur est  la chaine Al Jazeera. Le savant menteur est connu de tous, il a essaimé ses nids un peu partout avec ses partisans qui donnent crédit à ses mensonges. Celui qui prend garde de ses trois pivots a protégé sa religion et son honneur

Allah mon Dieu, est-ce que j’ai transmis ? Allah mon Dieu, soit Témoin ! Salut à vous et Miséricorde d’Allah sur vous !

Q : Sur le  déchirement entre les partis politiques et les groupes islamiques en Palestine et dans le monde musulman soutenu par le monde arabe qui soutient également  le terrorisme y-a-t-il quelque chose à dire ?

R : Par Allah, ce que nous venons de dire est suffisant pour montrer au petit et au grand ainsi qu’à l’ignorant et au connaissant la vérité qui est  évidente pour peu qu’on s’y intéresse. Les pays des Arabes et des Bédouins qui se sont constitués en fer de lance et de haine contre les Musulmans sont connus. Ce que nous savons vous le savez déjà. Si je vous cite Qatar, vous ne serez pas surpris. Si j’ajoute d’autres noms à Qatar, vous les connaissez déjà.

J’implore Allah d’accorder à l’ensemble des musulmans la sécurité, la paix et l’esprit sensé. Juste avant le début de notre déclaration on m’a interrogé s’il y avait un média qui excelle dans l’art de promouvoir la discorde, la rumeur et le mensonge et si la religion avait joué un rôle dans sa propagande médiatique. Je rappelle que le mensonge, la conjecture et la rumeur sont à la base de l’effusion de sang, de la perdition des gens :

 {La conjecture ne dispense en aucun cas  de la vérité}.

Si je dois me prononcer avec véracité et force je dirais qu’il n’est pas permis à tout musulman sous quelque prétexte que ce soit de se mettre à l’écoute d’une radio ou d’une chaine de télévision qui incite le musulman à l’effusion de sang, au meurtre de son voisin et de son frère.

Eux-mêmes savent que la vocation de ce média d’information n’est pas d’inciter à la Fitna, d’ailleurs il s’appelait « l’opinion et l’opinion contraire », il se présentait comme une culture, une information, une éducation. Comment et pourquoi il s’est transformé en avant-garde de guerre ? Par Allah, ce que ce média a commis dans le monde musulman est pire que ce qu’aurait commis une armée d’agression avec ses avions et ses chars.

Ce savant docteur que vous entendez, s’il n’y avait pas ce média pour lui donner tant de prestige et d’audience il n’aurait jamais commis tant de mal.

La source du mal est donc Al Jazeera. Qui apparait et parle dans cette chaine est perfide.

C’est ce que nous avons constaté de visu et à ce titre nous lui faisons porter la responsabilité l’effusion de notre sang et celui des musulmans jusqu’à ce que descende ‘Issa le Fils de Marie et jusqu’à ce que survienne la fin du monde pour savoir qui de nous était sur la vérité et quels étaient pour chacun de nous ses devoirs envers la vérité. On verra alors celui qui est venu avec la vérité de celui  qui était dans le fourvoiement évident. Est-ce que c’est suffisamment clair ?

Q : Avez-vous un message franc et direct à transmettre ?

R : Au Président syrien… ou plutôt à l’ensemble des Syriens : Celui qui envie un gouvernant pour prendre sa place est un fou à lier. Tous les rois et tous les présidents sont éprouvés par le pouvoir. Chacun de nous est responsable de ses quelques enfants et il devra en rendre compte le jour du Jugement dernier, alors imaginons le fardeau et la responsabilité d’un chef d’Etat qui devra  rendre compte à Allah  de 20 millions, de 50 millions  ou  de 100 millions de gouvernés.

Je dis donc au président syrien prends garde à Allah là où tu es, et sache que le pouvoir appartient à Allah qui n’a laissé vivant avant toi aucun Prophète ni leurs contemporains. Si tu fais du bien tu les fais pour toi-même, mais si tu fais du mal ce sera à ton détriment et au détriment de ceux qui sont avec toi. Si tu te comportes mal et si tu agis avec empressement ce sera toujours à ton détriment.

Allah sait que j’aime le bien et la bonne direction pour tout croyant et il n’y aucun bien en nous si nous maudissons les gouvernants au lieu d’invoquer en leur faveur pour qu’ils soient sensés, bien guidés et bienveillants envers les gouvernés. J’implore donc Allah qu’il guide  quiconque a la charge de gouverner les musulmans ou d’administrer leurs affaires  afin qu’il devienne un instrument pour la réforme et l’amélioration de ce dont il a la charge, car le bien des gens se réalise par la bienveillance et la compétence des gouvernants.

Il n’y a aucun bien à espérer pour les gens lorsque ces  gens invoquent Allah contre leurs gouvernants  et  les maudissent. Ces paroles s’adressent à ceux qui ont entendu, ainsi qu’à ceux qui ont mis le feu dans leurs pays. Lorsque je m’adresse au président syrien il faut comprendre que je m’adresse également au monarque du Qatar et aux autres monarques : prenez garde à Allah.

Dans les mois écoulés Allah a fait trépasser  des rois et des présidents et dans les mois prochains ce sera le tour des autres en sursis. La mort est ce qui attend tous les hommes et chacun, gouvernant ou gouverné doit prendre garde à Allah à qui il rendra compte.

J’insiste avant la fin pour dire que les présidents et les rois ont deux choses sacrées qu’ils ne peuvent transgresser ni s’en approcher : l’injustice et les droits des hommes d’une part, l’inviolabilité des pays musulmans d’autre part qu’ils ne doivent pas livrer à leur ennemi. Ne livrez pas nos pays à nos ennemis. Que le président de la Syrie ainsi que les autres prennent garde sur la première sacralité et qu’il continue de veiller sur la seconde. Il leur est interdit de livrer les pays musulmans à nos ennemis.

Allah mon Dieu soit Témoin !

Salam à vous !


Traduction : Omar Mazri

http://liberation-opprimes.net

Si vous voulez voir la vidéo traduite c’est ici

Cheikh Ibn-Ibrahim de la Mosquée Al Aqsa : initiative de paix contre le plan de la Fitna en Syrie

 

Signification du Dine. Partie 2

A – Cadre méthodologique d’étude du  Dine dans le Coran.

 [N]ous avons vu, dans la première partie, sur le plan lexical, la signification du Dine comme une polysémie qui diffère des autres religions. C’est un lien avec Allah, une dette de vie, une adoration, une sujétion au créateur, une tradition, une prière et une invocation, un devoir envers Dieu et les hommes, une relation spirituelle et sociale, une rétribution par l’enfer ou le paradis, une justice impartiale et équitable.

Nous avons vu également la prétention à se prévaloir d’une religion qui n’est pas un Dine au sens divin du terme. Toute religion inventée ou falsifiée est une dérive démiurge comme celle de Pharaon qui, confronté au Dine vraie, a eu peur de perdre son trône, son pouvoir de fascination sur les gens et d’oppression des peuples ainsi que sa prétention à la déité : « Je ne vous montre que ce que je vois, et je ne vous guide qu’au chemin de la droiture ». Pharaon exprime bien l’intervention humaine pour instrumentaliser la religion  par les castes magico-politiques et les empereurs à des fins politiques et mondaines :

 {Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse et qu’il invoque alors son Dieu ! Moi, j’ai peur qu’il n’altère votre religion ou qu’il ne fasse paraître la corruption de par la terre ».} Ghafir 26

Pour répondre définitivement à la  question si le terme Dine peut se confiner à celui de religion nous allons approfondir notre quête de sens par le recours au Coran qui est notre référence suprême et notre méthodologie :

 {Et Nous t’avons révélé le Livre : explicitation de toute chose, Direction infaillible, Miséricorde, et bonne nouvelle pour les musulmans.} An Nahl 89

Dans tout travail intellectuel il y a une démarche épistémologique : quelle est la source de la connaissance, quelle est sa validité, quel est son contenu, quelle est la distanciation nécessaire, quelle est son évolution ? Pour le Dine, le musulman a les réponses à ses questions dans le Coran et la Sunna dont nous allons extraire quelques règles fondamentales :

La première règle : Nous sommes croyants et notre foi repose sur le Ghayb qui échappe à l’intelligence  et à la perception. Nous n’avons vu ni Allah ni le Paradis ni les Prophètes, mais nous y croyons, car cette foi répond à un besoin innée de croire et un besoin innée de la nécessité de Dieu. Les signes divins (Ayat) sont des guides, des repères, des symboles, des manifestations évidentes, éclairantes, témoignant  de la présence de Dieu. Voilà pourquoi les premiers versets définissent la foi ainsi que  la source de la configuration de la religion :

 {Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux, ceux qui croient au Ghayb, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur Avons Octroyé, et ceux qui croient en ce qui t’as été Révélé, en ce qui a été Révélé avant toi, et qui croient  foncièrement en la vie Future. Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Dieu, et ceux-là sont ceux qui cultivent.} Al Baqarah 1 à 5

La seconde règle : C’est Allah qui a choisi ce Dine et c’est donc Lui qui  en définit pour nous le contenu, les préceptes,  la méthodologie (Chari’a) et les principales lois (Ahkam) sur lesquelles tout débat n’est que polémique stérile qui ne relève pas de ce Dine :

 

{Dis : « Allez-vous apprendre à Allah quelle est votre Dine, alors qu’Allah Sait ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre ? » Allah Est Tout-Scient de toute chose. Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous Fait une faveur en vous Guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ».} Al Houjourate 16

La troisième  règle : Ce Dine est voulu par Allah il n’y a pas de place à l’improvisation, à la confusion,  ou à l’anarchie. A ce titre le premier appel des Croyants dans le Coran va leur dire que tout le Dine repose sur un ordre divin : «Ne dites pas ceci, mais dites cela » :

 {O vous qui êtes devenus croyants, ne dites pas : « Rà‘ina (راعنا)», mais dites : « Veille sur nous (انظُرْنَا) », et obtempérez. Et aux mécréants, un douloureux châtiment.} Al Baqarah 104

Les Juifs avaient l’habitude de taquiner le Prophète (saws) en jouant sur les mots. Les bédouins hypocrites avaient egalement comme les Juifs l’habitude de se montrer sous un visage plaisant alors qu’ils voulaient une religion tissée sur mesure pour eux et non un Dine choisi par Allah pour l’humanité. L’hypocrite a tous les aspects extérieurs du musulman, mais son cœur est imbu du veau et de la mécréance :

 {Les bédouins disent : « Nous sommes devenus croyants ». Dis : « Vous n’êtes pas devenus pas croyants, mais dites : “Nous sommes devenus musulmans ”, car la foi n’est pas encore entrée en vos cœurs ». Mais si vous obéissez à Allah et à Son Messager, Il ne vous Diminuera rien de vos œuvres. Certes, Allah Est Absoluteur, Miséricordieux. Les croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son Messager, et après cela ils n’ont point douté, et ont combattu avec leurs biens et par leurs personnes, pour la Cause d’Allah. Ceux-là sont les véridiques.} Al Houjourate  14 à 15

La quatrième  règle : obéissance totale à Allah et au Prophète :

 {O vous qui êtes devenus croyants, ne devancez pas Allah et Son Messager dans le  jugement.} Al Houjourate  1

Cette obéissance impose de prendre distance sur sa propre opinion et ses propres intérêts  et ne pas faire de surenchère sur la parole du Prophète. Le Prophète a transmis ce qu’il devait transmettre. Son silence n’est pas oubli ni incapacité pour que certains s’imaginent comprendre mieux que lui l’époque ou le milieu alors qu’Allah lui a fait voir le passé et l’avenir. Qui élève au sens propre et au sens figuré sa voix sur le Prophète a porté atteinte au Dine. Un hadith ne peut être invalidé que s’il a une source invalide ou si ses termes ou son sens est invalidé par le Coran.

 {O vous qui êtes devenus croyants, n’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète} Al Houjourate  2

La cinquième  règle est le parachèvement, la complétude et le parachèvement de ce Dine :

 {Aujourd’hui, les négateurs ont perdu tout espoir de vous détourner de votre religion, ne les craignez donc plus et craignez Moi. Désormais, J’ai parachevé pour vous votre religion, J’ai parfait ma Grâce envers vous, et J’ai agréé pour vous l’Islam comme religion.} Al Maidah 3

{Rien ne peut changer les paroles d’Allah} Al An’âm 34

Le culte, le rite, la méthodologie, l’idéologie, la morale, le licite, l’illicite, l’esthétique, et tout ce qui permet au musulman de vivre en tout lieu et toute époque en conformité avec son Dine sont achevés. Toute tentative, au nom de l’Ijtihad, du pragmatisme, de la modernité ou de la nécessité pour apporter des compléments à ce Dine sont nuls et non avenus car Allah a parachevé ce Dine et a décrété qu’il n’y a pas de changement à sa Parole :

 {Ou bien auraient-ils des fois des associés (de Dieu) qui leur auraient fait à partir de la religion une législation leur prescrivant ce que Dieu n’a jamais autorisé ?} As Choura 21

 {Interroge les descendants d’Israël : combien ne leur avons-Nous pas apporté de Signes évidents! Celui qui altère la grâce d’Allah, à partir du moment où elle lui a été donnée, certes Allah le punira sévèrement.} Al Baqarah 211

 «Certes, le livre d’Allah véhicule le discours le plus vrai. Le meilleur enseignement est celui de Muhammad. Les inventions sont les pires des choses. Toute invention est une innovation. Toute innovation est une aberration, et toute aberration conduit à l’enfer.» Hadith

Le cadre de réflexion étant posé on comprend tout de suite qu’on ne peut expliquer le Dine par le recours au profane et aux auteurs du positivisme. On comprend également que celui qui n’adhère pas à ce cadre par sa foi ne peut continuer à lire la suite, car il s’agit d’une quête pour mieux comprendre et vivre ce Dine selon la Volonté d’Allah et non selon nos opinions ou les coutumes de nos parents. Le Coran nous donne la clé méthodologique de sa compréhension :

 {Ne méditent-ils donc pas sur le Coran, ou bien certains cœurs portent-ils leurs scellements.} Al Jàtiya 24

Allah [swt] désigne, dans l’ensemble du Coran, le Cœur comme le lieu ou la faculté de l’entendement psycho-affectif de la foi, de l’adoration, de l’amour et de la spiritualité. En français le cœur n’a pas de signification, mais en arabe le coeur (Qalb) signifie le moule et la matrice (le qaleb) et le retournement ( taqaloub) qui fait changer tout le destin. C’est le cœur qui se met en émoi (mouvement) pour croire et pour obéir. Le doute qui rejette la foi (Rayb)provient du cœur. L’intellect est le siège et la faculté de la cognition, de la logique et du  doute logique et pragmatique (Chekk) qui cherche les preuves, les signes, l’argumentation pour confirmer ou infirmer la foi et l’observation. Les deux se conjuguent en harmonie dans une personne équilibrée qui a trouvé le sens et la méthode, sinon c’est la confusion et le désarroi. Les deux se conjuguent en harmonie dans une personne équilibrée qui a trouvé le sens et la méthode, sinon c’est la confusion et le désarroi. C’est par ce message que s’ouvre la sourate al Ahzab :

 {O Prophète, crains Allah et n’obéis pas aux mécréants et aux hypocrites. Certes, Allah a toujours été Tout-Scient, Sage. Et suis ce qui t’est inspiré de ton Dieu. Certes, Allah a toujours été Omniscient ce que vous faites. Et fie-toi à Allah, et qu’Allah te suffise Procurateur. Allah n’a point fait à l’homme deux cœurs dans son for intérieur.} Al Ahzab 1-2

Ni le Prophète ni aucun autre homme ne peuvent suivre ou aimer deux objets contradictoires, deux partis opposés tels que le parti d’Allah et le parti de Satan, le parti des Croyants et le parti des renégats et des hypocrites. Il y a un choix à faire, une position à prendre, un parti à suivre. Nous pouvons aimer Allah, le Coran, le Prophète, nos enfants, nos épouses, nos parents, notre travail, notre patrie, nos amis et nos frères sans épuiser le potentiel d’amour que nous avons, car nous sommes en harmonie et non en contradiction. Ces amours sont recommandés s’ils ne sont pas en contradiction les uns aux autres. S’il y  a contradiction ou priorité alors l »amour et l’obéissance reviennent à Allah [swt] et à Son Prophète [saw].

Notre Prophète (saws) est bien l’incarnation du Coran :

« Nul d’entre vous ne verra ses œuvres dans la rectitude si son cœur n’est pas dans la rectitude. Le cœur ne serra dans la rectitude que si la parole est droite » Hadith

Celui qui se donne le temps de méditer la sourate al Ahzab verra que le critère de l’amour et du cœur est la sincérité, la véracité. Il ne peut y avoir cohabitation entre la vertu et la perversion, entre le mensonge et la vérité, entre la foi et la transgression des limites d’Allah. Allah exige un cœur sincère, un être dévoué qui assume le Dine et le défende :

 {Il est parmi les croyants des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Il est d’entre eux qui (a accompli son vœu et) mourut (en martyr), et il  est d’entre eux qui attendent, et ils n’ont pas changé leur détermination, afin qu’Allah Récompense sûrement les véridiques pour leur véracité, et Châtie les hypocrites} Al Ahzab 23

Allah s’est montré  exigeant envers Son Prophète sur la sincérité et l’amour. Celui-ci doit  se montrer exigeant envers sa famille sur le même principe :

 {O Prophète, dis à tes épouses : « Si vous désirez la vie terrestre et son faste, venez alors que je vous donne (les moyens) de vivre et que je vous libère avec générosité ». Mais si vous aspirez à Allah, à Son Messager et à l’autre Demeure, alors Allah a préparé, à celles qui font le meilleur d’entre vous, une immense rémunération.} Al Ahzab 28 à 29

Il n’est pas permis à un savant ni à intellectuel ni à un guide d’imposer ce Dine alors que lui manque de sincérité et n’a pas accompli ses devoirs envers ses proches pour les inciter à l’amour de la vérité. Lorsque ses conditions sont remplies et que le travail de purification ontologique et sociale est convenablement accompli alors la société est en mesure de suivre ces modèles de vertu et vivre le Dine en conformité avec le Dine :

{Quand Allah Décide d’une chose, ainsi que Son Messager, il n’est pas de mise qu’aucun croyant, ni aucune croyante, aient le choix dans leur affaire. Et quiconque désobéi à Allah et à Son Messager, il s’est fourvoyé un vrai évident fourvoiement.} Al Ahzab 36

Lorsque le cœur est rempli de la foi et éduqué pour être sincère alors sa langue et sa mémoire ne font qu’évoquer Allah en tout lieu et tout moment :

 {O vous qui êtes devenus croyants, évoquez beaucoup le Nom d’Allah, et exaltez-le à l’aube et au crépuscule.} Al Ahzab 41

Allah montre l’assistance et le résultat qu’obtient un cœur dévoué :

 {C’est Lui qui Est Tout-Miséricorde envers vous, et Ses Anges L’implorent de vous Absoudre, pour vous faire sortir des Ténèbres à la Lumière. Il A toujours Été Miséricordieux envers les croyants.} Al Ahzab  43

Ce verset est la récompense des adeptes sincères de ce Dine.

La méthodologie du Taddabur du Coran consiste à utiliser le cœur et la raison. Elle consiste  à aller chercher le sens d’un mot ou d’un signe en allant derrière (dobbor)  le sens initial et isolé de ce mot ou de ce signet  pour lui trouver  à la fois la liaison de sens avec d’autres mots et d’autres versets qui sont en amont ou en aval en tenant compte du contexte non seulement du verset mais de l’énoncé global qui entoure le verset ainsi que la finalité de la Sourate. La lecture est dynamique, hypertextuelle, non linéaire trouvant le sens dans la cohérence interne du Coran qui s’explique par lui-même comme l’a dit le Prophète (saws).  Le contexte de ce verset sur le Taddabur qu’on traduit imparfaitement par méditation nous montre la démarche de l’étude du Coran : la conjugaison de l’intellect et de l’affect qui se cultivent par l’étude et la vision intérieure ou la connaissance innée qui est un don qu’Allah dépose dans le cœur du croyant sincère qui cherche à comprendre la Parole divine par amour de la vérité.

C’est ce travail de recours à l’énoncé coranique qui va nous donner une grille de lecture exhaustive pour voir la différence entre le Dine et la religion et pour dire si le Christianisme et le Judaïsme sont du Dine conforme  à la parole d’Allah. Ainsi lorsque les philosophes musulmans, partisans du dialogue des religions, au lieu du dialogue des cultures ou des peuples, nous disent que l’Islam est le troisième rameau du monothéisme ou nous parlent des religions célestes, nous n’allons pas polémiquer sur leurs inepties, mais les renvoyer aux définitions du Dine dans le Coran. Nos opinions personnelles ainsi que les leurs sont sans valeur et sans crédit lorsqu’il faut se prononcer sur  l’Islam et sur les autres religions en toute objectivité et en toute conformité à la parole divine.

 B – La Fatiha  et ses implications spirituelles et actancielles dans la définition du Dine.

 La Fatiha, le prologue, l’essence du Coran, le cœur du Livre, l’Ouverture  est un contenu qui n’existe dans aucune religion sur cette planète sur le plan de l’énoncé, du  contenu ou du sens. La Fatiha annonce que le Dine est le Jugement dernier signifiant l’acquittement de la dette de vie, de la dette des capacités et facultés accordées, de la dette de la terre assujettie à l’homme et des bienfaits divins évidents ou subtiles

 {Au nom d’Allah, le Miséricordeur, le Miséricordieux. Louanges à Allah, Dieu des Univers ; Le Miséricordeur, Le Miséricordieux ; Maître du Jour du Jugement. C’est Toi Seul que nous adorons et c’est à Toi Seul que nous recourons. Guide-nous vers le chemin de rectitude, le chemin de ceux que Tu as gratifiés : ni les réprouvés, ni les fourvoyés.} Al Fatiha

La Fatiha,  Oumm al Kitab ( la matrice, le moule du Coran), signifie implicitement le respect de l’alliance originelle qu’Allah a fait prendre à l’Homme  dans la prééternité lors de la création de  l’humanité comme des occurrences virtuelles  d’Adam et qu’il les a fait témoigner sur la foi. En en Sa Qualité d’Al Haq Al Wajad celui qui est la seule réalité qui donne existence à ce qui était néant ou à ce qui était virtuel, Allah crée et donne existence réelle ou latente à une ou plusieurs occurrence de Son Acte créateur comme des possibilités qui se manifestent selon Son dessein en des réels potentiels, non actuels pour nous,  puis en des réels actualisés dans un lieu et dans un moment  de notre présence dans ce monde  :

 {Et lorsque ton Seigneur Prit des descendants d’Adam, de leurs dos, leur postérité, et les Fit témoigner contre eux-mêmes : « Ne Suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils dirent : « Bien sûr, nous témoignons. » Afin que vous ne disiez point le Jour de la Résurrection : « Nous étions inattentifs à cela. »} Al A’âraf 174

La Fatiha est la sourate qui accompagne la Salàt : Toute Salàt sans récitation de la Fatiha est invalide. Elle est le dialogue direct, sans intermédiaire, entre le Croyant et Son Créateur. Elle est la reconnaissance de la souveraineté d’Allah, et la gratitude pour Ses bienfaits. Elle est la crainte et l’espérance qui forme la piété (Taqwah) dans le cœur et sa traduction dans les faits.

Elle est l’engagement permanent de défendre le « nous » qui forme le collectif sans lequel il n’y a pas de Dine au sens coranique. Le sens social et communautaire est dans cette répétition  tout au long de sa vie des  trois « nous » qui modulent et configurent l’existence du musulman dans l’adoration, la quête de protection et  le suivi de la droiture « C’est Toi Seul que nous adorons et c’est à Toi Seul que nous recourons. Guide-nous vers le chemin de rectitude » qui répondent en écho à ce verset sublime qui ne prête à aucune confusion :

 {Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Dieu, adorez-Moi. Mais ils divergèrent entre eux. Ils seront tous ramenés vers Nous.} Al Anbiya 92-93

La divergence et le désaccord ne sont pas des facteurs de consolidation du Dine, mais des tares qui conduisent à sa démolition ou à sa perversion. Les musulmans en se dispersant en groupes, en factions, en sectes, en doctrines ont semé les graines de leur fragmentation et de leur lutte intestine qui vont s’ajouter au Wahn de ces siècles passés de décadence. Le texte coranique est évident, il blâme la divergence et ce qui y conduit :

 {Les hommes ne formaient qu’une seule communauté, mais ils divergèrent. Et n’était-ce un Décret préalable de ton Dieu, c’en aurait été fait entre eux sur ce dont ils divergeaient.} Younes 19

Comment être ou espérer être le parti d’Allah alors que chacun de nous est  partisan pour une idéologie, une doctrine, une faction, une secte qui se donne des noms et des prétentions d’être les dépositaires absolus de la vérité favorisant ainsi la divergence et l’éloignement de la culture de la foi, de la vertu, de l’intelligence collective, du territoire de vie, de la félicitée dans l’au-delà :

 {Allah a été  satisfait d’eux et eux ont été satisfaits de Lui. Ceux-là forment  le parti d’Allah. Certes oui, le parti d’Allah est celui qui cultive.} Al Mujudalah  22

Allah nous recommande de ne pas prendre les judéo-chrétiens  comme protecteurs dans un sens global. La protection et l’alliance ne veut pas dire uniquement la tutelle politique ou l’alliance militaire, mais l’alignement idéologique et culturel sur leurs doctrines de vie, leurs modes de pensée, leur organisation et tout ce qui nuit à l’esprit et à la lettre de l’Islam. Nous sommes non seulement en train de leur donner l’accès des terres musulmanes  leur prédation économique et à l’implantation de leurs bases militaires, mais nous les prenons comme modèles d’inspiration de l’Etat et de nos partis y compris ceux se réclamant de l’Islam. Analysons le contenu de l’énoncé coranique et tirons toutes les conséquences en termes de compréhension de notre Dine :

 {O vous qui êtes devenus croyants, ne prenez point les Juifs et les Nazaréens comme protecteurs. Ils sont protecteurs les uns des autres. Quiconque d’entre vous les prendrait comme protecteur, il sera des leurs. Certes, Allah ne guide point les gens injustes. Ainsi, tu vois ceux qui ont une malveillance dans leurs cœurs s’empresser vers eux, disant : « Nous craignons qu’un malheur ne nous frappe ». Mais Allah Apportera la Victoire, ou une chose de Sa Part. Alors ils auront du remords pour ce qu’ils ont dissimulé dans leur for intérieur. Et ceux qui sont devenus  croyants disent : « Sont-ce ceux-là, ceux qui ont juré par Allah, de tous leurs serments, qu’ils sont avec vous ? ! » Vaines ont été leurs œuvres, alors ils furent des perdus. O vous qui êtes devenus  croyants, quiconque d’entre vous renie son Dine, Allah fera venir des gens qu’Il aime et qui L’aiment, humbles à l’égard des croyants, fermes à l’égard des renégats, qui s’efforce dans  la voie d’Allah et ne redoutent point le blâme d’un censeur. Cela est la Munificence d’Allah, Il l’Accorde à qui Il Veut. Allah Est Tout-Largesse, Tout-Scient. Toutefois, votre Protecteur est Allah, son Messager et ceux qui sont devenus    croyants : ceux qui accomplissent la prière, qui s’acquittent de la Zakàt, tout en étant modestes. Et quiconque prend comme Protecteur Allah, Son Messager et ceux qui sont devenus  croyants : c’est le Parti d’Allah qui est  les vainqueur.} Al Maidah  52 à 56

Ces mêmes qui s’alignent sur l’Occident dans leur organisation partisane et les autres qui rejettent l’Occident et se croient la faction sauvée en entretenant l’exclusion, l’exclusive et la partition idéologique et religieuse de la communauté musulmane au lieu de sa fédération, de son unification et de sa fraternisation  ont pris leur Dine pour amusement,  une opinion personnelle, et une visée mondaine oubliant le  un « nous », celui du  collectif engagé dans l’obéissance d’Allah, et l’amour les uns envers les autres.  Allah nous demande de transcender nos différences sociales, intellectuelles et économiques  pour  harmoniser et fraterniser la société et la laisser se concentrer sur sa vocation de « meilleur communauté suscitée pour l’humanité » :

 {C’est Nous qui avons distribué leur mode d’existence dans la vie terrestre, et Nous avons élevé les uns d’entre eux au-dessus des autres, de quelques degrés, afin que les uns soient au service des autres. Et la Miséricorde de ton Dieu est meilleure que ce qu’ils amassent.} As Zukhruf 32

Allah a instauré la différence et la divergence comme moyen de singularité individuelle et facteur d’attraction sociale pour que chacun serve les autres dans le cadre du bénévolat, du salariat, de l’entreprenariat ou de la famille. Par cette attraction sociale qui met les gens en partenariat sur une base de solidarité Allah vise la complémentarité des dons, la promotion du mérite, la mise à l’épreuve de la foi et la synergie qui crée l’unité dans la diversité des aptitudes individuelles et dans les compétences territoriales sur le plan des ressources et des spécialisations en termes de métiers et d’activités.  Ce principe est antinomique avec la divergence des partis et des doctrines dans le même Dine car elle sape l’unité, la cohésion par la rivalité politique et la compétition partisane pour le pouvoir. Il ne s’agit pas de ne plus faire de politique ni de ne pas recourir aux références islamiques en matière de militantisme pour le bien et l’intérêt public, pour la gestion juste et équilibrée de la cité, pour un vivre ensemble reconnaissant à chacun ses droits et ses devoirs, ses libertés et son exercice citoyen dans la souveraineté du peuple sur ses ressources, son devenir. Il s’agit de ne pas laisser la religion instrumentalisée par l’esprit partisan  dans la conquête du pouvoir ou le maintien du pouvoir. Il s’agit de ne pas rendre la politique une dérive vers la discorde au nom de la religion ou contre la religion. Faire de la politique est un devoir religieux, mais s’enfermer dans un cadre partisan c’est dévier de la voie sensée des Prophètes.

Le Croyant doit se poser les questions suivantes et y répondre avec franchise : Est-ce qu’Allah a deux ou plusieurs partis ? Est-ce qu’Il deux ou plusieurs religions ? Est-ce qu’il a dans le Coran des versets qui se contredisent ou qui s’abrogent ? Qui est le parti d’Allah ? Comment démarquer le parti d’Allah du parti de Satan lorsque les musulmans activent dans l’arène politique en rangs dispersés, contradictoires, ennemis les uns des autres ?

Lorsque nous méditons le Coran nous voyons que si le Dine a commencé de nouveau  par la Fatiha pour enraciner la spiritualité, il a commencé de nouveau dans l’histoire des hommes et dans leur méthodologie nouvelle par la lecture. La lecture est la quête de sens et la quête de la finalité de l’existence. Sans lecture il n’y ni livre, ni mémoire, ni inscription et conservation de sens, ni apprentissage, ni libération de l’homme du temps et de l’espace et des limites de sa mémoire qui confinent son existence :

 {Lis, au nom de ton Dieu, Celui qui a créé. Il a créé l’homme de ‘alaq. Lis, ton Dieu est le Sublime absolu,  Celui qui a enseigné par le Calame. Il enseigna à l’homme ce qu’il ne savait pas.} Al ‘Alaq 1

Lorsque nous méditons le Coran nous voyons qu’après la lecture c’est-à-dire la science qui part en quête de Dieu, de la connaissance de Ses Noms, de Son dessein pour l’homme, nous sommes tenus par la seconde sourate révélée alors que Mohamed (saws) venait se blottir auprès de son épouse par peur de la lourde charge de la révélation qui lui demande de porter un livre alors qu’il était un oummi qui ne connait ni la lecture ni l’écriture et qui n’a jamais eu accès à l’écoute des livres religieux ou philosophiques  de son temps et notamment l’Evangile et  la Tora. Le sens coranique de oummi n’est pas celui d’illettré ou d’analphabète, mais celui d’intégrité et de virginité sur le plan intellectuel et spirituel le rendant pure et sain de toute influence extérieure autre que le bon sens naturel et l’idée de Dieu qu’il avait par sa Fitra. Allah va lui confier sa mission qui va d’abord consister à une éducation personnelle le rendant apte à la seconde mission, celle de la prédication :

 {O toi, l’emmitouflé,  lève-toi pour prier la grande partie de la nuit : sinon sa moitié, ou un peu moins, ou un peu plus, et récite le Coran avec beaucoup de soins. Nous Allons te Révéler une parole solennelle. Certes, l’adoration nocturne est plus intense et de meilleure consistance. Tu as certes, pendant la journée, amplement de temps. Et évoque le Nom de ton Dieu, et dévoue-toi à Lui totalement. Dieu du levant et du ponant, il n’y a point de Dieu que Lui, prends-Le donc pour Procurateur.} Al Mouzzamil 1 à 9

Si la première sourate fixe la finalité et la méthodologie du Dine, la seconde en définit le contenu. Ce contenu est la prière, l’étude du Coran, l’adoration,  vivre avec la présence et dans la proximité d’Allah, le dévouement et la remise en toute confiance à Allah qui est le Protecteur.  C’est principalement ce contenu que Mohamed va prêcher durant son existence et l’enraciner dans le cœur des croyants pour les libérer du paganisme, de l’obscurantisme et en faire des prédicateurs libérateurs et civilisateurs.   Le Dine est donc davantage un état d’esprit, une éthique, une esthétique de comportement de l’homme créature envers Allah son créateur. La Salat est le cœur de ce Dine car elle est une intimité avec Allah, une éducation morale et spirituelle, mais aussi  une fédération sociale et une incitation au bien comme le spécifient les versets coraniques dont nous citons quelques versets à titre d’illustration :

 {… qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salàt, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent.} As Choura 38

{Récite ce qui t’est révélé du Livre et accomplis la Salat. En vérité la Salat préserve de la turpitude et du blâmable. Le rappel d’Allah est certes ce qu’il y a de plus grand.} Al ‘Ankabout 45

{Cultive, certes, celui qui se purifie, et se rappelle le nom de son Seigneur, puis célèbre la Salàt.} Al A’âla 14-15

L’effort de méditation sur le rapport entre le Dine et la Salat dans leur double configuration spirituelle et temporelle nous amène à la plus courte sourate du Coran dont le  nom est  « l’Abondance » :

 {Certes, Nous t’avons donné l’abondance. Prie donc ton Dieu et immole.} Al Kawtar 1

Nous voyons le lien qui s’établit entre le lien ininterrompu entre Allah, Son don à profusion comme récompense et le croyant invité à l’espérance et à la gratitude  dans une sourate qui est la plus courte du Coran (10 mots arabes sur 3 versets). Le sublime du Coran se révèle dans ses métaphores et ses oxymores. Ici nous sommes en présence d’un nombre minimal de mots qui annoncent l’abondance infinie dans un monde infinie et éternel.

L’imam Ibn Ibrahim abou ‘Araf de la Mosquée Al Aqsa dit dans son commentaire sur cette sourate qu’il n’y a de don à profusion que s’il y a persistance de bienfaits de la part d’un Bienfaiteur immuable et détenteur de toute chose, il n’y a de persistance de bienfaits que s’il y a abondance et il n’y a abondance que s’il y a agreement, agrément de Dieu envers Son dévoué pour sa vertu et satisfaction du Croyant envers son créateur pour lui exprimer sa gratitude et lui rendre grâce  : « Louages à Allah Maitre des univers ».

Symboliquement le Coran nous délivre le message suivant : Allah en échange du peu de vos œuvres Il vous donne l’abondance infinie et éternelle. Le critère n’est pas la quantité des œuvres, mais la qualité, la loyauté et la sincérité :

 {Certes, ceux qui récitent avec assiduité et minutie le Livre d’Allah, accomplissent la prière et font aumône  de ce que Nous leur avons octroyé, en secret et en public, aspirent à un négoce dont le gain est intarissable, afin qu’Il leur règle intégralement leurs rémunérations, et les gratifie d’un surplus de Sa Munificence. Il Est Absoluteur, Très-Gratifiant.} Fàtir 29-30

En dix mots très courts Allah montre la profusion de biens qui découle du Dine qui est exprimé, ici, en quatre pivots : l’étude et la mise en application du  Coran comme méthodologie et contenu de la foi, le suivi du modèle prophétique comme modèle de vie, la Salat comme ressourcement spirituel et purification ontologique et sociale, l’aumône comme don de ses biens pour les indigents. Il ne peut y avoir de Dine sans Salat accomplie dans le respect de ses règles cultuelles, ontologiques et sociales. Il ne peut y avoir de Dine sans justice sociale, il ne peut y avoir de Dine sans crainte d’être désavoué par son immoralité ou son injustice, il ne peut y avoir de Dine sans  espérance en la Promesse d’Allah et en l’attente active de cette promesse par la persévérance et la patience.  Il ne peut y avoir de Dine sans implication sociale et tout particulièrement envers les pauvres et les nécessiteux.  Le Dine ce sont l’ensemble des  mœurs sociales fondées sur la foi, la vertu,  convivialité, le partage et la solidarité :

 {La bonne foi ne consiste pas à tourner vos visages vers le levant et le ponant. Mais la bonne foi désigne: celui qui croit en Allah, au Jour Dernier, aux Anges, au Livre et aux Prophètes; et qui donne de son bien _  malgré l’amour qu’il lui porte _ à ceux qui sont proches, aux orphelins, aux miséreux, au passager démuni, aux nécessiteux et pour l’affranchissement des esclaves; qui accomplit la prière, s’acquitte de la Zakàt; et ceux qui tiennent parole s’ils promettent ; et les persévérants lors du malheur et de l’adversité, et au moment du mal de la guerre. Ceux-là sont ceux qui ont été véridiques et ceux-là sont les pieux.} Al Baqarah  177

{… au sujet des criminels: « Qu’est-ce qui vous a acheminés à Saqar? »  Ils diront: « Nous n’étions pas de ceux qui faisaient la Salàt,  et nous ne nourrissions pas le pauvre, nous nous associons à ceux qui tenaient des conversations futiles,  et nous traitions de mensonge le jour de la Rétribution,  jusqu’à ce que nous est venue la vérité évidente (la mort). } Al Moudathir 41-47

 «  Quel est la meilleure pratique de l’Islam O Prophète ?  L’islam est que tu fasses manger ceux qui ont faim et que tu salues (tu accordes la paix) celui que tu connais ainsi que celui que tu ne connais pas » Hadith

« C’est quoi l’Islam  O Prophète ?  L’islam est la bonne parole et l’offre à  manger »

Le Dine peut se résumer en une sorte de contrat entre l’homme et son Créateur.  Chacun est invité à se poser la question en son for intérieur : Si Allah t’a donné et va te donner sans interruption un don  tu ne peux donc que  l’adorer par gratitude, mais tu ne peux l’adorer comme bon te semble, tu dois donc  prier, faire le bien et maintenir le lien attaché à lui d’une manière interrompue et discipliné selon la manière enseigné par Son Prophète.

La sourate Al Kawthar  permet donc de définir le Dine comme l’institution de la prière qui génère les bons comportements et la noblesse du cœur pour que le croyant devienne un agent social qui donne en abondance au lieu d’être un assisté qui ne cherche qu’à prendre ou un corrompu qui spolie autrui. Le Prophète Salomon a reçu l’ordre de distribuer les dons qu’Allah lui a donné à profusion sans compter à ceux qui ont droit et de ne pas les distribuer  à ceux qui n’ont pas droit ou qui ont démérité. Le Dine est la Justice et l’équité  dans la distribution des biens et des ressources sans gaspillage et sans atteintes aux droits légitimes et aux besoins des hommes :

 {Cela est Notre don, distribue-le ou conserve-le sans compter.} Sad 39

Le Dine compris par don espéré en contrepartie des dettes acquittées ne sera valide et authentique que s’il se pratique pour l’amour d’Allah et non par mimétisme social. Il ne peut y avoir Dine ou don à autrui alors que la dignité d’autrui est bafouée. Le Dine est invalide lorsqu’il y a tromperie et leurre dans l’intention ou dans l’acte, même si nous ne pouvons par nous-mêmes dire à un tel que son Dine est valide ou non.  Il y a plusieurs invalidités du Dine nous en citons quelques une :

La première invalidation  est la transgression du devoir d’obéissance à Allah et au Prophète (saws) :

 {O vous qui êtes devenus croyants, obéissez à Allah et obéissez au Messager, et n’annihilez pas vos œuvres.} Mohammed 33

La seconde  invalidation  est l’atteinte à la dignité d’autrui :

 {Ceux qui dépensent leurs biens pour la cause d’Allah, puis ne font pas suivre ce qu’ils dépensèrent de vantardise, ni de nuisance, auront leur rémunération auprès de leur Dieu. Nulle crainte pour eux et ils ne seront point affligés. Un dire convenable et un pardon sont meilleurs qu’une aumône suivie de nuisance. Allah s’en Passe, Il Est Longanime. O vous qui êtes devenus croyants, n’annihilez pas vos aumônes par la vantardise et la nuisance, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les hommes, et qui ne croit ni en Allah ni au Jour Dernier. Son exemple est comme l’exemple d’un rocher couvert de poussière, qu’une averse frappa et laissa tout aride. Ils n’ont aucune prise sur ce qu’ils ont acquis, et Allah ne Guide point les gens mécréants.} Al Baqarah 262 à 264

L’être sensé comprends que si l’ostentation ou le mépris annule une œuvre considérée comme fondamentale dans le Dine alors que dire du meurtre sans justice et sans droit d’un homme, et que dire des appels à prendre les armes contre des tyrans sans avoir épuisé les solutions pacifiques ni avoir pris les précautions pour ne pas mettre leur pays en ruines et ne pas mettre la vie des innocents en danger ou considérer les fonctionnaires de l’armée et de la police comme des mécréants méritant la mort sous prétexte qu’ils défendent le tyran mécréant :

 {Il n’appartient point à un croyant de tuer un croyant sauf par erreur.} An Nissa 92

{Quiconque tue un croyant intentionnellement, sa punition sera la Géhenne où il s’éternisera ; Allah le Frappera de Sa Colère, le Maudira et lui Préparera un immense châtiment.} An Nissa 93

{Si jamais tu tends ta main vers moi pour me tuer, je ne tendrai point ma main vers toi pour te tuer. Je crains Allah, Dieu des Univers} Al Maidah 28

{Quiconque tue une personne sans qu’elle ait tué ou corrompu de par la terre, serait comme s’il avait tué les hommes en totalité, mais quiconque la laisse vivre, serait comme s’il avait laissé vivre les hommes en totalité} Al Maidah 32

« Le Croyant demeure dans la vastitude du Dine tant qu’il n’ pas provoqué l’effusion du sang sacré » Hadith

La troisième invalidation est rompre l’Alliance avec Allah, rompre les liens de parenté et rompre les promesses et les pactes sans justice :

 {Certes, Allah n’est pas embarrassé de fournir en exemple un moustique ou ce qui est davantage plus infime. Quant à ceux qui sont devenus  croyants, ils savent que c’est la Vérité émanant de leur Dieu; et quant à ceux qui sont devenus  mécréants, ils disent : « Qu’a-t-Il voulu, Allah, par cela ? » C’est un exemple avec lequel Il fourvoie énormément et guide énormément; mais Il ne fourvoie que les pervertis, ceux qui violent l’Alliance d’Allah après l’avoir conclu, qui rompent les liens qu’Allah a commandé de maintenir, et qui corrompent de par la terre; ceux-là sont les perdus.} Al Baqarah 26-27

La quatrième  invalidation est le fanatisme et l’extrémisme :

 {O gens du Livre, pourquoi confondez-vous le Vrai avec le faux et taisez-vous la Vérité en le sachant ?} Ali ‘Imrane  71

{Dis : « O gens du Livre, n’exagérez point dans votre religion par la contre-vérité. Ne suivez point les passions de quelques gens qui se sont déjà fourvoyés, qui ont beaucoup fourvoyé, et qui se fourvoyèrent de la rectitude de la voie.} Al Maidah 77

« Faites attention au fanatisme dans la religion. Des nations antérieures ont été anéanties par leur exagération dans la religion »

 « Malheurs aux extrémistes »

La cinquième  invalidation est la subordination idéologique, culturelle  et religieuse aux non musulmans qui place l’ennemi de l’Islam en tuteur sur les esprits et les territoires des musulmans :

 {Et un groupe des gens du Livre dit : « Croyez en ce qui fut Révélé aux croyants, en début de journée, et mécroyez en sa fin, peut-être en reviendraient-il ? Et ne vous fiez qu’à celui qui suit votre religion ».} Ali ‘Imrane  72 à 73

{O vous qui êtes devenus croyants, ne prenez point comme protecteurs ceux qui tournent  votre Dine en dérision et en moquerie, de parmi  ceux à qui le Livre a été révélé avant vous, ni les mécréants. Et craignez Allah, si vous êtes croyants.} Al Maidah 57

L’expérience historique a montré comment les empires et le colonialisme avilissent les élites et pervertissent la langue, la culture, la religion et les mœurs des peuples colonisés livrés à la merci de la paupérisation, de la spoliation et de l’exploitation :

 {Certes, quand les pouvoirs impériaux s’emparent d’une Cité, ils la corrompent et avilissent les nobles de ses habitants. C’est ce qu’ils font toujours.} An Naml 34

Le réquisitoire le plus tranchant contre le colonialisme qui humilie les peuples et corrompt leur religion est celui du Cheikh Mohamed Al Bachir Al Ibrahimi (1889 – 1965):

« Le colonialisme dans sa globalité comme dans ses composants est une souillure provenant de l’œuvre de Satan, ses partisans se rencontrent sur ses propagations perverses celles-là même qui sont poussées par les instincts prédateurs voraces des colonisateurs et animés par les théories du colonialisme expertes dans la construction des instruments impitoyables de prédation et cultivées dans l’art de mettre en servitude les objets de leurs convoitises. Parmi ses moyens les plus redoutables, le colonialisme sape le moral des colonisés et anesthésie leurs sensibilités morales et spirituelles

 La France est venue en Algérie avec son missionnaire évangéliste colonisateur pour corrompre l’islamité des Algériens, les pousser à douter de leur foi et de leurs valeurs, et provoquer la sédition et le désordre au sein des Musulmans. Elle est venue pour effacer de leur mémoire et de leur langue le Nom d’Allah Al Hadi (Celui qui donne la Guidance) par le nom de leur icône déifié « le Rédempteur » en donnant à ce missionnaire l’appui logistique, le soutien militaire après avoir nié Jésus là-bas et décidé de l’imposer ici

 La France est venue avec l’éducation « colonisatrice » et la science « colonialiste » pour corrompre les esprits des fils des Musulmans et semer le trouble dans leurs pensées, pour déposer leur conscience, leur langue et leur littérature au profit de celles de la France, pour falsifier et dénaturer leur histoire et réduire le rôle et l’importance de leurs ancêtres à leurs yeux fascinés par d’autres figures, pour les inciter à renoncer à leur religion. L’enseignement colonial vise à créer une pensée handicapée dont les effets sur la personnalité sont pires que ceux de l’ignorance.

  La France est venue avec le médecin colonialiste dont la vocation première est de préserver la santé de la population européenne et de ce fait il ne s’installe que là ou s’installe la colonie de peuplement européen ou européanisé. Il n’a pas la préoccupation d’être auprès des campagnes, des tribus et des douars peuplés par les millions de Musulmans. Si la médecine colonialiste intervient dans la population musulmane c’est comme si sa vocation n’est pas de soigner mais d’inoculer des maux nouveaux à la place d’un mal ancien, d’éradiquer un microbe en cultivant à sa place d’autres microbes, d’expérimenter ses nouveaux savoirs et ses nouveaux remèdes sur une population musulmane devenue cobaye humain. Tous ces désastres ne suffisent pas, il faut encore que le médecin français s’enrichisse sur le dos des malheurs des autochtones musulmans que le colonialisme a précarisé sur le plan sanitaire par l’instauration de la pauvreté et de l’ignorance.

 « Il est certain que le colonialisme institué sur le soldat, le missionnaire, l’enseignement et le médecin est une structure animale prédatrice marchant sur quatre pattes. C’est par ces quatre moteurs que le colonialisme a mis en panne les talents, les possibilités et le génie de millions de musulmans. Il a ainsi pu saper leur effort, figer leur mental, rendre inerte leur cognition, rendre stériles leurs idées. Il a ainsi privé l’humanité de millions de potentialités en énergie créatrice, en cerveau fécond, en mental imaginatif, en idée généreuse qui sont un prodigieux capital dont l’humanité aurait profité et utilisé pour résoudre ses problèmes mais que le colonialisme a saboté, détruit, détourné du bien pour laisser les collectifs humains sans ressources capables d’ériger des cités, de promouvoir des civilisations et de se mettre au service de l’humanité. Le colonialisme est la forme la plus pessimiste et la plus cynique dans la destruction de l’humain. »

 Des religions à caractère raciste, ethnocentrique  ou anthropomorphique ne peuvent être le Dine d’Allah. Ce type de religion produit le colonialisme et le racisme au nom de la religion.

La culture de la foi, de la vertu,  de l’éthique et de l’esthétique de ce Dine est différente de celle des autres religions et c’est pour cette raison que dès l’ouverture du Coran et à chaque Salat, le Musulman exprime sa rupture  avec le christianisme et le Judaïsme et implore Allah de le préserver de leurs déviations et de leurs prétentions à détenir la vérité alors qu’ils ont trahi et déifié les Prophètes de Dieu :

 {Guide-nous vers le chemin de rectitude, le chemin de ceux que Tu as gratifiés : ni les réprouvés, ni les fourvoyés.} Al Fatiha

Les Juifs et les Chrétiens sont désapprouvés pour leur monolâtrie qui diffère du monothéisme. Chacun d’eux non seulement ne croient pas au Dieu universel, mais à un dieu le leur qu’ils ont confondu avec un des Prophètes de Dieu :

{Et ils disent : « N’entrera au Paradis que ceux qui sont Juifs ou Nazaréens ». Telles sont leurs fabulations ! Dis : « Apportez votre preuve si vous êtes véridiques ».} Al Baqarah 111

{Les Juifs ont dit : « ‘Uzayr est fils d’Allah », et les Nazaréens ont dit : « Le Messie est fils d’Allah ». Ce sont leurs paroles de leurs propres bouches. Ils imitent les dires de ceux qui sont devenus  mécréants auparavant. Qu’Allah les Combatte où qu’ils louvoient !  Ils ont pris leurs savants, leurs moines, et le Messie fils de Marie comme Dieu, à l’exception d’Allah, alors qu’il ne leur a été ordonné que d’adorer un Dieu Unique. Il n’y a d’autre Dieu que Lui, Gloire à Lui, Il Est bien au-dessus de ce qu’ils associent.}  At Tawbah 32

Les Juifs et les Chrétiens sont connus pour leur haine réciproque et leur désaccord religieux :

 {Les Juifs ont dit : « Les Nazaréens ne tiennent sur rien », et les Nazaréens ont dit : « Les Juifs ne tiennent sur rien », et ils récitent le Livre! Ainsi ceux qui ne savent pas disent aussi les mêmes paroles.} Al Baqarah 113

Ils sont entrain de transcender leur clivage religieux et idéologique en s’allieant contre l’Islam sous le masque du sionisme et de l’impérialisme alors que les Musulmans se divisent, se fragmentent et s’entretuent en opposition avec leur Dine :

 {Et qu’il y ait parmi vous une Communauté : qui incitent au bien, commandent le bon usage, et interdisent ce qui est répréhensible. Ceux-là sont ceux qui cultivent.  Mais ne soyez pas comme ceux qui se sont désunis et ont divergé  dès que leur sont venus  les évidences. Ceux-là auront un immense châtiment. }  Ali ‘Imrane 104-105

Notre Dine est celui d’Allah qui nous ordonne l’unité conformément au « Nous » de la Fatiha qui ouvre notre livre et notre Salàt :

{Attachez-vous tous au Câble d’Allah et ne vous désunissez point. Rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous lorsque vous étiez des ennemis, puis Il a uni entre vos cœurs et vous êtes devenus  frères, par Sa Grâce; alors que vous étiez au bord d’un abîme du Feu et qu’Il vous en a sauvé. Ainsi Allah vous démontre Ses Signes, pour que vous soyez guidés!} Ali ‘Imrane 103

Le Câble d’Allah est Son Dine, Sa Parole (le Coran) et Son Messager, l’ultime prophète Mohamed (saws).  Vivre en contradiction ou en opposition avec ce principe d’unité sacrée ce n’est pas seulement invalider le Dine, mais c’est le démolir. Dans ce cas c’est une transgression qu’ hélas nous commettons chaque jour.


 

Signification du Dine. Partie 1

Signification du Dine. Partie 3 – Bientôt

Extraits du livre  » Dine ou Religion » – Omar Mazri -2010 – Édition & Conseil

 

Signification du Dine – Partie 1


Problématique.

 

« Le Prophète (saws) a dit : Le Dine c’est le bon conseil et la loyauté ». Nous lui avons demandé : « Vis-à-vis de qui ? » Il a répondu : « vis-à-vis d’Allah, de Son Livre, de Son Messager, des guides des Musulmans et du commun des gens». Hadith

 

Ce Hadith sublime a répondu sans faille ni détours ni omission sur le Dine et la loyauté à la Parole d’Allah, à la Sunna du Prophète, à l’exercice du pouvoir légitime et au service des fondamentaux de l’Islam, à la société vivante qui vit miséricordieuse, éclairée et responsable à l’ombre de l’Islam et comme partenaire associé à la gouvernance politique et économique. Mais celui qui ne connait pas l’Islam ou le refuse va se trouver face à des interrogations fallacieuses.

Pouvons-nous avoir une explication épistémologique et religieuse du mot « Dine » et pouvons-nous traduire le Dine par « religion » et donner ainsi à ce Hadith sa véritable résonnance morale et spirituelle sans l’entacher par le Wahn, la faiblesse qui nous rend insignifiant, inconséquent, absurde, une grande coquille vide de consistance ? Pouvons-nous expliquer le sacré par le profane ? Pouvons nous expliquer le Dine dans l’Islam sans  le recours aux sociologues, aux ethnologues  et aux anthropologues du positivisme français ou anglo-saxon ?

 

Étymologie

 

1- Quelle est la signification du mot « Religion » dans la langue française?

 Le mot religion dans la langue française est issu  des termes latins « religio » signifiant conscience et recueil, et « religare » signifiant relier, et « relegere » signifiant recueillir mais aussi relire. Elle est définie philosophiquement comme le rapport de l’homme à l’ordre du sacré (divin ou non divin), tendant à se concrétiser sous la forme de systèmes de dogmes ou de croyances, de pratiques rituelles et morales. Le sacré est par définition indiscutable par rapport au profane discutable. Elle est définie aussi comme culte rendant hommage au(x) dieu(x). Dans un cas comme dans l’autre l’animisme, le fétichisme, le bouddhisme, le paganisme, le Judaïsme, le Christianisme, le communisme, le  républicanisme, le socialisme, le scientisme, l’économisme, le laïcisme, la capitalisme, le mondialisme, le matérialisme, le sionisme et le satanisme sont des religions avec leur sacré, leurs idoles, leurs temples, leurs rites, leurs doctrines, leurs livres et leurs adeptes.

Si on considère le terme  religion sur le plan lexical et sa pratique d’oraison  dans le christianisme on pourrait dire la religion correspond à la prière en sa qualité de relation avec Dieu, de relation entre les orants et d’invocation. En effet le Prophète (saws) a définit la quintessence de l’Islam dans la prière et la quintessence de la prière dans l’invocation.

 أس ال

 « L’ordre suprême est l’Islam, son sommet est le Jihad,  sa colonne  est la Salat »

Si la colonne s’écroule tout l’édifice s’écroule et c’est ainsi que le Prophète et ses compagnons ont considéré que celui qui délaisse la prière a démoli sa religion comme ils ont considéré que le dernier pacte d’un musulman avec la communauté musulmane est la prière. La différence fondamentale entre le Dine islamique et les autres religions est la Salat :

 العهد

« Le pacte qui nous lie est la Salat, quiconque a abandonné la Salat a alors renié »

En comparaison avec religion (religare) l’habitude est de voir  la Salat (الصلاة) dans une proximité lexicale avec Silat (lien, attachement, relation) et ainsi conclure que la religion est la Salat alors que le Dine est l’ensemble des piliers et des prescriptions de l’Islam. Cependant le Coran a nettement  distingué la Salât (الصلاة) de l’invocation (الدعاء) et de ce fait nous ne pouvons pas confondre le Dine compris comme prière et invocation avec la religion comprise comme prière et invocation.

 

{Quand vous avez accompli la Salàt, invoquez le nom d’Allah, debout, assis ou couchés sur vos côtés} An Nissa 103

Par ailleurs un des imams de la mosquée Al Qods, Ben Ibrahim abou ‘Arfa a montré sur le plan linguistique qu’il y a une différence lexicale entre le lien (الصلة) dont la racine est WSL  (و ص ل) lier, atteindre, et la Salat (الصلاة) dont la racine est SWL  (ص ل و).

Que signifie donc le verbe SWL  (ص ل و) ? C’est l’ensemble des mouvements de la tête, du dos et du corps accomplissant le rituel de la prosternation dans des rangs successifs derrière un guide. Ce rituel caractéristique de la Salât est le même que l’ensemble des Prophètes et de leurs adeptes et que nous retrouvons encore sous une forme approximative dans certaines factions juives et chrétiennes attachées aux traditions.

En réalité le terme Salat  ne peut être confiné au  sens cultuel ou de posture de la prosternation, il englobe, au regard du réseau de sens qu’il entretient avec d’autres termes signifiants dans l’énoncé coranique,  l’institution du lien spirituel et social comme le stipule, à titre d’illustration les trois énoncés suivants :

 {… qui répondent à l’appel de leur Seigneur, accomplissent la Salât, se consultent entre eux à propos de leurs affaires, dépensent de ce que Nous leur attribuons, et qui, atteints par l’injustice, ripostent.} As Choura 38

{Récite ce qui t’est révélé du Livre et accomplis la Salât. En vérité la Salât préserve de la turpitude et du blâmable. Le rappel d’Allah est certes ce qu’il y a de plus grand.} Al ‘Ankabout 45

{Cultive, certes, celui qui se purifie, et se rappelle le nom de son Seigneur, puis célèbre la Salât.} Al A’âla 14-15

 

2 – Religion et lutte idéologique contre l’Islam.

 

Dans la recherche des définition il est remarquable de voir que lorsqu’on interroge les dictionnaires français sur christianisme,  judaïsme et bouddhisme on voit la référence à la religion alors que le terme  islamisme au lieu de trouver la logique de religion de l’Islam ou religion islamique nous trouvons « Religion de Mahomet » sachant que le terme Mahomet (celui qui n’a jamais louangé) est la signification contraire de Mohamed (Celui qui est excellent en louanges, qui a la vocation de louanger Allah). Le Larousse qui est le dictionnaire de vulgarisation le plus populaire on trouve une définition qui n’est pas surprenante pour l’esprit averti qui y voit le radicalisme idéologique : « Islamisme : Mouvement regroupant les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application rigoureuse de la charia et la création d’États islamiques intransigeants. »

 J’ai relevé cet extrait de Wikipedia assez significatif : « À l’instar de quelques auteurs et de quelques polémistes, dans son ouvrage Soufi ou mufti ? Quel avenir pour l’islam, l’islamologue française Anne-Marie Delcambre estime, quant à elle, que « islamisme » et « islam » désignent une réalité indistincte, posant que la nouvelle acception du terme « islamisme » – l’acception politique – puiserait sa source dans l’affirmation du juriste égyptien, Muhammad Sa’id al-‘Ashmawi, qui avait déclaré que « Dieu voulait que l’islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique ». Elle voit ainsi dans l’islam et l’islamisme une forme de continuité, une réalité inchangée, proposant une vision à laquelle s’oppose son préfacier américain, le journaliste Daniel Pipes qui argue, lui, que l’islamisme est une « manifestation spécifique, moderne et extrémiste de l’islam » s’inscrivant dans une réalité évolutive. »

  Pour ceux qui ne le connaissent pas, Daniel Pipes est un sioniste américain qui affiche son intégrisme et sa haine de l’Islam. Il est l’inventeur dans les années 70 du mot « islamophobia » non pour décrire la réalité de la stigmatisation du musulman mais pour donner un outil sociologique et psychologique de lutte idéologique pour créer la méfiance envers le Musulman et la défiance entre les Musulmans. Écrivain et journaliste il écrit chaque semaine un article contre les Musulmans s’appuyant sur sa haine mais aussi sur sa connaissance de la langue arabe qu’il a étudié au Caire et de l’Islam qu’il a étudié comme doctorant sur la législation islamique à Harvard. Anne-Marie Delcambre est la traductrice et la vulgarisatrice des thèses islamophobes et sionistes de  Daniel Pipes.

 

 3 –  Quelle est la signification du mot « Dine » dans la langue arabe?

 

الدينُ : والشأن العادة Le Dine (Al ‘àda wal chàn) serait l’état naturel et la coutume.

Il s’agit d’une définition qui fait référence à Abraham. Le Dine est la coutume dans le sens où c’est la tradition abrahamique d’adorer Allah en sa qualité de Hanif c’est-à-dire d’être naturellement religieux et monothéiste. L’état naturel vise la Fitra humaine, la religion primordiale. Il vise vise la situation monothéiste des peuplades et des nations depuis Adam ainsi que les circonstances morales, économiques, technologiques, scientifiques, sociales et politiques qui construisent la grandeur, la gloire et la prospérité des adeptes de ce Dine :

 {Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes». Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été Révélé, et en ce qui a été Révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été Révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été Révélé aux Prophètes par leur Seigneur. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme. Allah sûrement te Prémunira contre eux, car Il Est L’Omni-audient, L’Omniscient. La Sibgha d’Allah! Qui donc est meilleur qu’Allah pour donner une Sibgha ?} Al Baqara 135

Le Dine est qualifié dans ce verset de Sibghat d’Allah (صِبْغَةَ اللّهِ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللّهِ صِبْغَةً وَنَحْنُ لَهُ عَابِدونَ), la coloration, la  couleur dans le sens de l’empreinte visible et indélébile qu’Allah a déposé dans l’être humain même si ce dernier nie sa foi ainsi que l’habit le plus esthétique  dans le sens d’habitudela plus conforme à la nature humaine.  Cela signifie aussi qu’il n’ya pas de changement à la religion d’Allah qui est une et unique : l’Islam. Les Feuillets d’Abraham, les Psaumes de David, la Tora, l’Evangile et le Coran sont une seule et même parole conférant aux hommes une seule et même  croyance et une seule et même Char’ia. Quiconque soutient l’idée de trois religions monothéistes ou que l’Islam est un rameau du monothéisme à l’instar du judaïsme et du christianisme a proféré des mensonges contre Allah qui dit sans équivoque :

 {Dites : « Nous sommes devenus croyants en Allah, en ce qui nous a été révélé, et en ce qui a été révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été révélé aux Prophètes par leur Dieu. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ». S’ils croient en cela même que vous croyez, ils se sont effectivement bien guidés, et s’ils s’en détournent, c’est qu’ils sont en schisme. Allah sûrement te Prémunira contre eux, car Il Est L’Omni-Audient, Le Tout-Scient.} Al Baqara 136

{Aucune altération aux Paroles d’Allah. Cela est sûrement l’immense triomphe.} Younes 64

Pour bien montrer l’importance de la coutume, des habitudes et des relations sociales dans la préservation ou dans la démolition du Dine le Prophète (saws) a dit : «L’homme a la même religion que son ami. Que l’un de vous fasse donc bien attention à celui qu’il prend pour ami!»

 Le schisme qui est le contraire de la Sibghat d’Allah est de quitter le monothéisme pour l’idolâtrie, la monolâtrie ou le sectarisme et adopter des postures de fourvoiement ou de déviation de la Vérité qui deviennent des coutumes erronées,  des préjugés et des croyances contraire au monothéisme :

 {Certes, ceux qui ont séparé  leur religion et sont devenus des sectes, tu n’es des leurs en rien} (al Maidah 159).

La Sibgha est la teinture, la coloration, l’habit, l’habitude, la saine nature qui mettent  le croyant dans sa couleur et sa tradition monothéiste vive sans tâche ni confusion. La Sibgha est la Religion naturelle celle de l’harmonie, de l’innéité, de l’amour, de la voie vers Allah, du gout spirituel de la personnalité de base qui a adopté le monothéisme comme couleur dominante. Dans la réalité la couleur est visible

grâce à la lumière qui comporte les ondes électromagnétiques venant du soleil et qui en se  réfléchissant sur un objet dévoile la couleur de cet objet. Le Dine c’est donc la couleur du  monothéisme qui façonne le regard perceptif, mental, éthique, esthétique et spirituel.

دانهَ : واستعبده دينا،ً أي أذلهًّ  ‘Abada Adorer – se soumettre – être humbles et recueillis

 Ce sens est le plus juste et le plus global car il concilie la Sibghat et l’islam par l’adoration dans tous les actes ontologiques et sociaux :

 

صِبْغَةَ اللّهِ وَمَنْ أَحْسَنُ مِنَ اللّهِ صِبْغَةً وَنَحْنُ لَهُ عَابِدونَ

 En traduisant Sibghat par Religion nous aurons le sens suivant :

 {La Religion d’Allah! Qui donc est meilleur qu’Allah pour donner une Religion ? Nous Lui sommes des adorateurs.} Al Baqarah 138

 

Le Dine  c’est  l’adoration d’Allah :

 

{Je n’ai créé les djinns et les êtres humains que pour M’adorer.} Al Dhàriyàte 46

 

Le Dine c’est la sujétion, la soumission et la servitude non comme le veut la traduction des orientalistes qui fait penser à un Dieu esclavagiste et à des Musulmans soumis, esclaves et serviteurs inaptes à la liberté. Il faut aller plus loin dans le sens étymologique de ‘abada pour comprendre qu’il s’agit d’un état de terrassement de soi par l’évocation et l’invocation d’Allah au point de devenir aplani n’opposant aucune résistance ni arrogance ni suffisance pour entendre avec humilité son message, le porter comme un véhicule libéré de l’accessoire des autres charges, et se diriger comme messager vers les autres pour leur transmettre humblement mais véridiquement la parole divine, mais aussi comme un itinérant allant vers Allah qui est le refuge, le secours, le recours et l’Espérance. Nous sommes par le Dine, compris comme sujétion adorative, dans une allusion à l’humilité, à la facilitation de la voie, à la posture de l’homme comme une Créature acceptant son Créateur, un indigent sollicitant Allah le Riche, le Généreux, un faible implorant l’Omnipotent qui entend et qui répond :

 {A Lui appartient ce qui est dans les Cieux et ce qui est dans la terre. Certes, Allah Est sûrement, Lui, le Tout-Riche, le Tout-Louable. N’as-tu donc pas vu qu’Allah vous a mis à votre service  ce qui est dans la terre, et que les navires voguent sur la mer par Son Ordre, et qu’Il Retient le Ciel de tomber sur la terre, rien que par Son Vouloir ? Certes, Allah Est sûrement Compatissant, Miséricordieux. Et c’est Lui qui vous a fait vivre, puis Il vous fait mourir, puis Il vous fera revivre.} Al Hadj 64

On retrouve d’autres racines qui évoquent la soumission pour  indiquer qu’Allah est le Seul Propriétaire :  المَدينةَ – المَدينُ : العبدُ

 {A Allah appartient ce qui est dans les Cieux et la terre. Certes, Allah Est le Tout- Riche, le Tout-Louable. Si ce qu’il y avait sur terre comme arbre était des calames, et que la mer était approvisionnée, après son tarissement, de sept autres mers, les paroles d’Allah ne s’épuiseraient point. Certes, Allah est Invincible, Sage. Votre création et votre résurrection ne sont que comme l’affaire d’une seule personne. Certes, Allah Est Omniaudient, Omnivoyant.} Luqman 26

 

{O Hommes ! C’est vous qui avez besoin d’Allah, et Allah Est Lui le Tout-Riche, le Tout-Louable.} Fatir 15

 

Tout le Coran est description de ce Dine du ‘Abd ( عبد ) comme comportement d’humilité et de déférence envers Allah en contradiction avec l’arrogance, la laideur et le formalisme de ceux qui se prétendent musulman et qui affichent leur ignorance ou  leur bigoterie avec ostentation :

 {Et annonce la bonne nouvelle à ceux qui sont déférents, ceux qui, si le nom d’Allah Est mentionné, leurs cœurs frémissent} Al Hadj 34

{Dis : « Croyez-y ou n’y croyez pas » : ceux qui ont déjà reçu la Science, auparavant, quand on le leur récite, tombent en prosternation jusqu’aux mentons, et disent : « Gloire à notre Seigneur. La promesse de notre Seigneur sera sûrement accomplie », et ils tombent jusqu’aux mentons en pleurant, et il les accroît en humilité.} Al Isra 107

 

الحساب والجزاء – دانهَ دينا أي جازاه Le Dine signifie aussi récompense, rétribution, jugement :

 

{Le Miséricordeur, Le Miséricordieux ; Maître du Jour du Jugement.} Al Fatiha 2

 

الدينُ : الطاعة فهو أمرٌ ينُقاد له : Le Dine c’est l’obéissance totale, le culte exclusivement voué à Allah sans lui associer un rival, un associé, un enfant :

 

{C’est Toi Seul que nous adorons et c’est à Toi Seul que nous recourons.} Al Fatiha 3

 Le Dine est la direction infaillible, l’alliance avec Allah

{Et ne vous fiez qu’à celui qui suit votre religion. Dis : « Certes, la Direction infaillible est la Direction d’Allah ». Que quelqu’un reçoive ce que vous avez reçu ou qu’on vous dispute auprès de votre Seigneur, dis : « La grâce est sûrement entre les mains d’Allah, Il l’Accorde à qui Il Veut ». Allah Est Tout-Largesse, Omniscient. Il privilégie de Sa miséricorde qui Il Veut. Allah Possède la Munificence immense.} Al ‘Imrane 73

 

{Et lorsque Allah Conclut l’Alliance des Prophètes : « Compte tenu de ce que Je vous Ai Révélé d’un Livre et de Sagesse, puis qu’un Messager vous est venu corroborant ce qui est avec vous, vous devez le croire et vous devez l’appuyer ». Il Dit : « Acquiescez-vous et vous engagez-vous à ces conditions à Mon Alliance ? ». Ils dirent : « Nous acquiesçons ». Il Dit : «Témoignez-en et Je Suis avec vous du nombre des témoins ». Quiconque s’en détourne, après cela, ceux-ci alors sont sûrement les pervertis. Aspirent-ils à une autre religion que celle d’Allah, alors qu’à Lui s’est remis tout ce qui est dans les Cieux et en la terre, de gré ou de force, et que c’est à Lui qu’ils seront ramenés?} Al ‘Imrane 81

 

{Il est parmi ceux qui se judaïsèrent qui altèrent les mots de leurs places et disent : « Nous avons écouté et nous nous sommes rebellés ; écoute, puisses-tu ne rien entendre et rà‘inà », en tordant leurs langues, et en attaquant la Religion. S’ils avaient dit : « Nous avons entendu et nous avons obéi ; écoute et veille sur nous », c’eût été meilleur pour eux et plus correct. Mais Allah les Maudit en raison de leur mécréance, car peu nombreux sont ceux qui croient.} An Nissa 46

 L’expression Rà‘inà راعنا veut dire : “Sacristi, écoute !” Jeu de mots dont les Juifs se servaient pour taquiner le Prophète et exprimer leur désobéissance en jouant sur les mots alors que le Dine est une obéissance scrupuleuse qui ne permet pas le badinage avec le sacré de la Révélation ni avec le respect et la révérence envers le Prophète porteur de ce Message à l’humanité :

 {Allah A Promis à ceux qui sont devenus croyants d’entre vous, et ont fait les œuvres méritoires de Faire d’eux, sûrement, les remplaçants sur la terre, comme Il Fit de ceux qui furent avant eux, des remplaçants, et de Donner sûrement plein pouvoir à leur religion, qu’Il a agréée pour eux, et qu’après leur inquiétude, Il la leur changera en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent absolument rien. Et quiconque mécroit après cela, ceux-ci alors sont les pervertis. Accomplissez la prière, et acquittez-vous de la Zakat, et obéissez au Messager, pour qu’Il vous Fasse  miséricorde.} An Nur 55

Si le croyant perd de son humilité, de sa dévotion et de son observance des prescriptions divines il devient alors chose insignifiante qui part au déchet de l’histoire humaine comme un misérable renégat avili :

{O vous qui êtes devenus croyants, quiconque d’entre vous renie sa Religion, Allah fera venir des gens qu’Il aime et qui L’aiment} Al Maidah 54

Le Dine est aussi de la même racine que « Deyne » qui veut dire dette mais aussi réciprocité.

Pour le croyant il n’y a de Dine que si le Croyant s’acquitte de la dette d’existence envers Son créateur, mais aussi s’acquitte d’une dette de devoirs envers le faible et l’opprimé en contrepartie des biens, de la richesse, des capacités et des aptitudes que la naissance et le destin de vie lui ont octroyé. Il n’y a de Dine que si les adeptes de ce Dine sont en solidarité mutuelle et réciproque :

 {Dis-moi donc, celui qui dément le Dine ! Celui-là, celui qui repousse l’orphelin, et qui n’incite point à nourrir le miséreux. Malheur donc à ceux qui prient : ceux qui sont distraits de leur prière, ceux qui simulent avec ostentation, et qui font obstruction à l’aide d’autrui !} Al Mà’oun 1

Le Dine dans l’Islam, compris comme cause d’Allah, c’est aussi l’exigence de  réciprocité envers l’agresseur :

 {Combattez, pour la cause d’Allah, ceux qui vous combattent et n’agressez point, car Allah n’aime point les agresseurs.} Al Baqara 22

{Allah ne vous Interdit pas – envers ceux qui ne vous combattent pour votre Dine, et ne vous chassent pas de vos demeures, – d’être bienfaisants et équitables envers eux. Certes, Allah aime ceux qui sont équitables. Mais Allah vous Interdit de prendre comme protecteurs ceux qui vous combattent pour votre Dine, qui vous chassent de vos demeures, et qui aident à vous expulser. Et quiconque les prend comme protecteurs, ceux là alors sont les injustes.} Al Mumtahinah 8

Les alliances avec l’agresseur et son protectorat  sont donc incompatibles avec le Dine tel que Allah l’a prescrit pour nous comme religion et mode de vie. Si nous tolérons la soumission à l’agresseur et l’alliance avec les ennemis de l’Islam alors le Dine n’est qu’un culte parmi les autres cultes sans coloration islamique qui le distingue des autres religions.

Le Prophète a utilisé le terme Dine dans le sens de réciprocité, de résultat d’exécution et de rétribution dans ce hadith célèbre :

 تُدان تَدين كما   « Comme tu fais il te sera fait »

 

طاعته في حكمه فِي المَلِكِ دِينِ في : Le mot Dine signifie aussi autorité.

 

Nous avons ce verset se rapportant au frère  de Youssef dans la sourate Youssef :

 

كَذَلِكَ كِدْنَا لِيُوسُفَ مَا كَانَ لِيَأْخُذَ أَخَاهُ فِي دِينِ الْمَلِكِ إِلاَّ أَن يَشَاءَ اللّهُ

 

On trouve dans la littérature plusieurs traductions. Si nous  donnons au terme Dine le sens de loi alors la traduction serait : « autrement, il n’était pas de mise qu’il prenne son frère, selon la justice du roi ». Cependant rien ne dit dans le déroulement du récit qu’il y a eu procédure judiciaire condamnant le frère de Youssef. Cette traduction est meilleure : « Autrement, il n’était pas de mise qu’il prenne son frère, selon la loi (la coutume) du roi ». Mais par cette traduction nous donnons crédit à l’idée biblique que les Égyptiens étaient hostiles aux étrangers et qu’ils étaient tout particulièrement anti sémites. Si la coutume ou la loi du roi était que les étrangers ne pouvaient résider en Égypte le Coran nous aurait dévoilé ou explicité l’arrivée incontestée par le Roi, plus tard, de Jacob et de l’ensemble de sa famille. Les deux meilleures qui ne changement pas le sens du récit ni le sens du mot sont les suivantes si, ici, nous donnons au terme Dine le sens de « servitude », de service ou d’autorité alors le verset change de sens et se comprend  comme le frère de Youssef  devenant, grâce à Youssef,  un serviteur du roi ou un protégé du roi qui le soustrait ainsi  de la justice égyptienne  suite à la diffamation de vol par ses autres frères :

 

{Autrement, il n’était pas de mise qu’il attache son frère, au service du roi} Youssef 76

{Autrement, il n’était pas de mise qu’il mette son frère, sous la protection du roi} Youssef 76

 

Youssef et son frère sont sous la protection du roi Égypte, à son service et lui font confiance. C’est l’attente légitime de n’importe quel sujet vis-à-vis de son souverain et c’est la même attente en plus fort et en plus authentique que le croyant a pour son Dieu.  Dans la sourate Youssef  c’est le stratagème inspiré par Allah pour protéger son jeune frère contre ce qu’il a déjà subi et que son frère pourrait subir lors du chemin du retour vers le père et avec la même jalousie qui ronge le cœur des grands fils de Jacob : l’abandon criminel dans un puits pour se débarrasser de lui.

 

Dans cette compréhension le Dine est plus qu’un culte religieux c’est la mise sous protection de Dieu pour assurer son salut dans ce monde et dans l’autre comme le dit le Coran :

 

{Allah Est Le Protecteur de ceux qui sont devenus  croyants : Il les Fait sortir des Ténèbres vers la Lumière}  Al Baqara 257

{Allah Est leur Protecteur. Que les croyants se fient à Allah} Al ‘Imrane 122

{Allah est votre Protecteur et Il est le meilleur des secoureurs.} Al ‘Imrane 150

{Allah Est Plus-Scient de vos ennemis. Qu’Il suffise d’Allah comme Protecteur et qu’il suffise d’Allah comme Partisan.} An Nissa 45

{Certes, Allah prend la défense de ceux qui sont devenus  croyants.} Al Hajj 38

 

Le Dine c’est aussi le Hokm ( الحكم ), le principe de justice car l’islam exige  d’arbitrer  équitablement, de dire la vérité et de rendre justice avec impartialité et miséricorde aussi bien entre les Musulmans qu’entre les autres confessions ou entre un Musulman et un Juif ou un Chrétien. Le sentiment religieux dans l’Islam n’est ni sectaire ni raciste ni égocentriste:

 

{Et quand tu juges, alors juge entre eux avec équité. Certes, Allah aime les équitables.} Al Maidah 42

{Juge donc entre eux d’après ce qu’Allah A révélé. Ne suis pas leurs passions au lieu de ce que tu as reçu de la Vérité.} Al Maidah 49

{O David, Nous Avons Fait de toi un successeur sur terre, juge donc entre les Hommes en toute Vérité et ne suis pas la passion, autrement elle te fourvoiera de la Cause d’Allah.} Sad 26

{Certes, Allah Commande la justice, l’usage du meilleur, l’exercice de la libéralité envers les proches, et Prohibe l’infamie, le répréhensible et la tyrannie. Il vous Exhorte, afin que vous vous souveniez. Et acquittez le pacte envers Allah si vous concluez un pacte, ne violez point vos serments après les avoir prêtés, en prenant Allah Garant contre vous. Certes, Allah Sait ce que vous faites. Et ne soyez pas comme celle qui a défait son filage, à rebours, après l’avoir solidement filé : Ne prenez donc pas vos serments moyens d’intrigues, si vous voyez une communauté plus importante qu’une autre communauté. Allah vous en éprouve seulement, et Il vous Explicitera sûrement le Jour de la Résurrection ce sur quoi vous divergiez.} An Nahl 90

 

Ces quelques versets témoignent une fois de plus que le mot clé de l’Islam est la justice. D’ailleurs si nous parvenions à respecter à la lettre la justice coranique et à donner aux hadiths et aux invocations du Prophète un contenu social, économique, politique et institutionnel nous mettrons fin à notre façon simpliste et simplificatrice du Dine qui fait de nous et de notre religion une caricature hideuse :

« Quand le Prophète sortait de la maison, il disait :

« Au nom d’Allah. Je m’en remets à Allah. Seigneur Allah ! Je me mets sous Ta protection afin de ne point m’égarer ni égarer personne, afin de ne pas glisser dans l’erreur ni d’y être poussé, afin de ne commettre aucune injustice et de ne pas en subir, de ne point me comporter en insensé ni d’être victime des insensés ! »

Il a appris à ces compagnons cette parole transcendante :

« Allah dit : O Mes Dévoués ! Je Me suis interdit à Moi-même l’injustice et Je l’ai interdite entre vous. »

 Il a montré le summum du Jihad :

« Le meilleur Jihad pour la cause d’Allah est une parole de justice et de vérité prononcée auprès d’un tyran »

 Il a montré le summum de la décadence et de l’avilissement :

 « Oh non par Dieu ! Vous commanderez le bien, interdirez le mal, ferez cesser l’injustice de l’injustice, le ramènerez de force au bon droit et l’obligerez à le suivre, sinon Dieu installera sûrement la haine entre vos cœurs puis vous maudira comme Il a maudit ces Juifs ».

 « Les gens, quand ils voient l’injuste commettre son injustice sans l’en empêcher, ne sont plus loin de voir Dieu les frapper tous, sans distinction, d’un châtiment provenant de Lui »

 « Craignez d’être injustes car l’injustice se traduira le jour de la résurrection en ténèbres. Craignez l’avarice car elle a causé la perte de ceux qui étaient avant vous. Elle les a poussés en effet à faire couler leur sang et à se permettre ce qui leur était interdit. »

 « Ne soyez pas envieux les uns des autres. Ne truquez point les enchères. Ne vous détestez pas et ne vous tournez pas le dos les uns aux autres. Ne faites pas de surenchère et soyez – ô Dévoués d’Allah des frères. Le Musulman est le frère du Musulman Il ne le fait pas d’injustice, ne le méprise pas et ne lui refuse pas son secours ; la piété est ici (en désignant sa poitrine trois fois de suite). Il suffit à quelqu’un, pour être mauvais, de mépriser son frère Musulman. Tout Musulman est sacré pour tout autre Musulman : son sang, ses biens et son honneur ».

 « Dieu a dépêché l’un de Ses prophètes vivant dans le royaume d’un tyran en lui disant : ‘Va retrouver ce tyran et dis-lui que Je lui ai donné le pouvoir non pas pour répandre le sang et amasser des fortunes, mais pour empêcher les voix des opprimés de me parvenir. Je ne négligerai pas l’injustice commise à leur encontre même s’ils sont des mécréants’ ».

 

Dans cette définition de Dine comme Hokm, même si nous sortons du registre lexical,  il faut garder à l’esprit que la vérité et la justice sont indissociables et Allah a pour Nom Al Haqq (La Vérité, Le Vrai, le Réel) et Al ‘Adl (La Justice). Si jamais nous devons résumer le Dine et le Coran à un non musulman par un seul mot ce sera : justice. Justice à l’égard d’Allah (swt), justice à l’égard du Prophète (saws), justice envers soi, justice envers les autres.

 

 Le terme Dine est donc polysémique .

 La polysémie coranique et lexicale de l’Arabe n’est pas contradiction ou confusion,  mais richesse et complémentarité qui montre le défi pédagogique et cognitif du Coran qui explique et  explicite, détaille et synthétique dans des situations  diverses le contenu riche et varié mais complémentaire du Dine dans des situations différentes spirituelles, idéologiques, religieuses et sociales. Le Coran n’est pas un « clé en main » ou un « prêt à penser » mais une méthodologie d’imagination, de cognition, d’apprentissages progressifs, variée qui part à la quête du sens dans le corps du texte coranique ou qui fait jaillir le sens du cœur caché dans le croyant. On peut déjà dire que sur le plan étymologique Dine et Religion ne couvre pas exactement la même réalité et qu’il y a un effort d’innovation en matière de traduction. En ce qui me concerne j’hésite entre adapter la traduction du « Dine » à chaque verset ou se contenter du terme « Religion » ou introduire le néologisme arabe « Dine ». Ma recherche n’est pas achevée.

 

Problématique au-delà de l’étymologie

 Quelle est la place du penseur musulman dans ces définitions? Est-ce que cela le singularise sur le plan spirituel, idéologique et comportemental par rapport aux autres religions qui sont en réalités les unes par rapport aux autres très distinctes dans leurs rites, dans leurs croyances? Laissons le soin à Malek Bennabi de répondre avec l’intelligence et la pertinence que nous lui connaissons et avec sa compétence phénoménale à anticiper sur le mouvement du monde, des idées et des religions :

« Si nous nous penchons sur la carte idéologique du monde, que constatons-nous? La carte idéologique du monde dévoile les réalités suivantes: à l’est, c’est la faillite du brahmanisme et la faillite du bouddhisme; à l’ouest, c’est la faillite du christianisme; Ainsi, la lutte, inévitable, opposera deux religions uniquement: l’islam et le communisme matérialisme.

[…] le communisme matérialisme est une religion, c’est une religion terrestre même si ses adeptes récusent toutes les religions! N’est-ce pas une doctrine avec des adeptes qui militent et meurent pour elle ?

Le judaïsme connaît ces réalités; de même qu’il est conscient de l’évolution du prochain combat direct entre l’islam et le communisme matérialisme. Il surveille de près et avec vigilance. C’est pourquoi il a choisi de frapper l’islam et de disloquer ses rangs de l’intérieur en encourageant l’enrôlement dans le communisme matérialisme! Les juifs croient qu’en fin de compte, le dialogue, ou l’affrontement, avec le communisme matérialisme est plus facile à gérer que le dialogue avec l’islam … Le juif peut à titre d’exemple gravir les échelons des centres de commandement dans le communisme matérialisme. Il en a été ainsi dans le passé (Karl Marx et plusieurs autres cas de son rang), alors qu’en islam, il est impensable de voir un jour un émir des croyants d’origine juive arriver au sommet du pouvoir!

Celui qui adopte l’islam ne peut le répudier alors que celui qui embrasse le communisme peut le récuser même après quarante ans, c’est le cas de Roger Garaudy, le leader communiste connu …

Le communisme matérialisme est loin d’offrir à l’homme l’assurance et la quiétude psychologique, il le

livre plutôt aux angoisses et au désarroi, c ‘ est pourquoi il peut se raviser et le renier. Ainsi – dans la logique du Judaïsme – il faut que l’embrigadement soit pour le communisme matérialisme. Combattre

le communisme matérialisme est à la fin plus aisé et ses résultats plus probants […]

Le judaïsme n’est plus une religion au sens classique du concept. C’est une religion raciste qui ne revendique pas de conversions.

Le christianisme a été abrogé par l’histoire. La masse ne suit plus. Mais il joue son rôle d’embrigadement des Musulmans dans le communisme matérialisme.

Le bouddhisme, il a été rayé par Mao Tsé Toung. Le Bouddhisme est actuellement utilisé pour embrigader dans le communisme matérialisme.

Le brahmanisme a lamentablement échoué. Nous en avons pour preuve son échec à résoudre l’un des plus grands problèmes dans la société indienne qu’est le sort de la caste des «intouchables», bien que Gandhi l’ait exposé à la conscience indienne et qu’il ait explicité son abrogation dans la Constitution.

Une troisième force fait son apparition : le sionisme. Sur toute l’étendue où la stabilité psychologique fait défaut, la domination directe du sionisme s’impose. Toutes les possibilités civilisationnelles sont ainsi la proie du sionisme.

 Il faut juste changer communisme par libéralisme et reposer la question du nouvel ordre mondial qui exige la reconfiguration du monde musulman en fomentant des troubles, des séditions et des alignements contre nature pour voir le monde d’aujourd’hui.  Pour assoir les divergences et les troubles il faut saper les fondements du Dine et créer ou favoriser les schismes qui sont la cause de la décadence des Musulmans une fois que l’élan civilisationnel de Mohamed (saws) et des Califes bien guidés a perdu de sa vitalité dans le cœur et la cité des Musulmans :

 « O Allah ne fais pas de la vie mondaine notre souci principal ni la finalité de notre savoir, ne mets pas notre pire catastrophe dans notre Dine, et ne donne pas pouvoir  sur nous à celui qui n’éprouve aucune miséricorde à notre égard et n’a aucune crainte envers toi par ses agissements sur nous »  Hadith

Malek Bennabi n’aborde pas ici le Christianisme comme une religion mais comme une civilisation avec ses produits idéologiques, ses contradictions, ses courants politiques. Au-delà du Christianisme et des autres religions il pose l’équation du religieux en termes idéologiques et civilisationnels. D’ailleurs il perçoit le destin déclinant de l’Occident à travers le déclin du Christianisme et la promotion du matérialisme nihiliste et cynique :

« La civilisation occidentale s’est mue en une civilisation purement matérielle, c’est pourquoi elle évolue vers le déclin […] La foi et l’esprit peuvent créer une science, mais la science ne peut créer la foi … Cette science que vous constatez est le résultat de la civilisation occidentale (né d’un élan religieux), elle n’est pas sa cause. Et dès que l’homme connaît une déchéance de l’intérieur, c’est la fin. Les apparences ne doivent pas vous subjuguer! Les peuples européens vivent actuellement un grand désarroi et une asphyxie au niveau des âmes … et s’irritent de l’inconnu! Et pour cause, la vie n’a plus de sens et sans finalité! Ils ont tout épuisé !

Une triple menace va les promettre à la ruine: la drogue, le suicide et le crime […]

Et alors que le musulman, le musulman pratiquant s’entend, n’a pas de désarroi au niveau psychologique, il souffre des difficultés de la vie. Le musulman croit au Jour dernier et au Jugement, il croit en Dieu, aussi admet-il les épreuves et les endure avec patience, et il attend constamment la Miséricorde de Dieu et espère atteindre l’autre monde dans lequel la vie est éternelle.

Nous vivons les conditions précaires de la vie, eux vivent le désarroi et attendent le soulagement psychologique, ils attendent la foi du musulman : la voix du Ciel leur fait défaut. »

A la question de la différence qu’il fait entre le communisme [libéralisme] qu’il a considéré comme une «religion» et l’islam qui est incontestablement une Religion, Malek Bennabi a apporté ces clarifications :

  « La différence existe, elle est énorme et profonde et je vais vous l’exposer à travers certains de ces aspects: Les relations économiques et sociales sont fondées et instituées sur le principe selon lequel l’individu demande son «droit» alors que dans l’islam, elles sont fondées et instituées sur le principe que chaque individu accomplit son «devoir». Le «droit» dans ce cas est ce que l’individu prend de la société: c’est une démarche négative tandis que le «devoir» est ce qu’il offre à la société: c’est une démarche positive. La mobilisation sociale dans le communisme est l’œuvre de certaines classes (ouvriers et paysans) alors qu’en islam ce rôle revient aux âmes bienfaitrices et aux oulémas. Je parle des oulémas dans leurs diversités, versés dans la vie spirituelle et matérielle. Le hadith du Prophète dit: «La main haute est préférable à la main basse». Ce hadith met en relief deux vérités: la première c’est que le devoir est plus important que le droit, la deuxième c’est que la production est plus digne que la consommation. Le rapport fondé sur le concept de «droit» exige la «revendication». Autrement dit, il faut militer dans le but de «prendre» et d’accéder aux «droits». Il débouche d’abord sur le conflit, la haine ensuite et la déchéance rapide, enfin. Alors que la relation fondée sur le «devoir» requiert l’accomplissement (de quelque chose) c’est-à-dire «l’offre». La relation s’achève ici sur la concorde, l’amour et l’immortalité. »

 Malek Bennabi par pudeur pour son cercle d’amis étrangers ne disait pas que la culture judéo-chrétienne messianique n’est pas une religion de miséricorde et de concorde mais une religion qui a donné à Jésus le pouvoir divin de Rémission et de Rédemption par le chaos. Que ce chaos soit par la crucifixion et le culte du sang versé ou par le retour du Messie pour qui est enclenché le cataclysme mondial qui donnera le triomphe de la malédiction sur le reste du monde soumis, dompté et écrasé.

Malek Bennabi montre les distinctions essentielles des autres religions avec l’Islam. Ce qui pose la question de l’altération et de la pureté de la religion non seulement sur le plan théologique mais aussi sur le plan praxique. Nous avons l’expérience du nationalisme arabe et de la gouvernance laïque dans le monde Musulman qui ont transgressé la loi de Dieu et ont rendu la société musulmane un obstacle à l’islamisation de la société.

 

Ces distinctions soulignées sont tellement importantes et opposées qu’une question légitime se pose sur le plan sémantique : est-ce que le « Dine » peut-il être traduit imparfaitement par « Religion » et est-ce qu’il revêt cette différence que Malek Bennabi constatait sans pouvoir lui donner une traduction plus appropriée car sa problématique n’était pas celle de traduire sur le plan linguistique mais de signifier sur le plan phénoménologique, culturel et psychologique pour armer le Musulman en outils idéologiques et conceptuels ainsi qu’en  instruments d’édification du renouveau de la civilisation musulmane mise en ruines par la conjugaison de la colonisabilité (acceptation de la colonisation), après la décadence des Musulmans plongés dans la maraboutisme et le fatalisme, de la colonisation et ses ravages sur la destruction de la personnalité de l’indigène colonisé, et de la colonialité (mimétisme des vestiges coloniaux de la modernité et de l’administration coloniale) par l’attachement de l’indigène à la servitude intellectuelle envers le Colon et son système de pensée.

Pour comprendre et vivre le Dine tel qu’il est  institué par Allah et mis en pratique par Mohamed (saws) nous devons tout d’abord nous libérer de la culture de l’auxiliaire de la servitude et de la pensée unique et chercher la solution dans nos référents et nos valeurs islamiques originels sans bruits ni diversion ni culte de la personnalité.

 

Le Dine dans le Coran sera l’objet de notre seconde partie inchaallah

 


Signification du Dine. Partie 2

extraits du livre « Dine ou religion ? » Omar Mazri – Edition & Conseils – 2010

Des sources chrétiennes du Coran (?!)

Notre mère  Khadija était chrétienne selon l’idéologie des voyous

Comment se  prononcer sur des informations circulant au sein d’une partie de notre jeunesse affirmant que notre mère Khadija était chrétienne. Sous entendant par là que le Prophète aurait été chrétien parce que le chrétien Waraqa ibn Nawfal, cousin de Khadija, aurait célébré leur mariage dans un milieu mecquois de cohabitation confessionnelle entre des communautés de Hanifs, de Chrétiens et de Juifs. Qu’en est-il réellement ? Quelle est la source de référence ?

Le doute, qui s’empare de l’esprit du croyant, est-il dans l’importance exagérée accordée à la chronologie universelle (Târîkh oul Roussoul wal Mouloûk) de l’historien Mohammad Ibnou Djarîr At Tabari ? Les critiques sur l’islam, les compagnons et l’authenticité du Qur’àn ne proviennent-elles pas de l’exploitation abusive et tronquée de cette œuvre monumentale  réalisée vers 353 H ?

Les sources de références

Sur le plan scientifique, l’œuvre de Tabari est considérable mais elle s’inscrit dans ce que les savants musulmans appellent la reconstitution des événements de l’histoire qui a moins de crédit historique que l’enregistrement en direct de l’histoire qui sont les compagnons du Prophète. Dans la lignée des grands historiens dignes de confiance, il y a Ibn Ishaq le premier à écrire la biographie du Prophète en 152 après la Hijra. Il est donc plus proche de la vie du Prophète et il avait à sa disposition les biographies écrites du vivant du Prophète. Il ne faut jamais perdre de vue que Tabari est un chroniqueur. Son oeuvre ne doit être accessible qu’aux historiens et savants. Le commun qui n’est pas versé dans la connaissance spécialisée n’est pas outillé pour lire et trier les chroniques de Tabari. La lutte idéologique consiste à donner aux jeunes musulmans des oeuvres difficiles d’accès non pour la formation des idées mais pour la formation du doute, de la contradiction des informations et du déluge d’informations dont ils n’ont ni les clés de compréhension ni le contexte ni les instruments scientifiques de lecture.

Une troisième branche historique est l’interprétation de l’histoire pour en dégager les lois et les leçons. Dans cet agencement il est certain que tout ce qui a trait à la vie du Prophète pour consolider sa foi ne peut être soumis à la seule appréciation de la troisième catégorie que si et seulement si elle  provient d’une source musulmane qui a compétence scientifique, autorité religieuse et vertu morale.

Il est rare, voire douteux, de voir un non musulman s’investir avec noblesse  dans le sacré du musulman car la bataille livrée contre le Qur’àn qui a commencé dès sa révélation n’est pas finie et ne vas pas s’achever. Par contre il est désolant de voir les musulmans donner crédit à une quatrième voie, celles des orientalistes et des évangélistes détracteurs de l’islam.

Cette quatrième voie s’appuie principalement sur les chroniques de Tabari. Est-ce que Tabari aurait failli ?

Les savants musulmans ne sont pas ignorants de l’œuvre de Tabari ni de celle d’Ibn Ishaq ni d’Ibn Hicham comme ils ne sont pas ignorants des principales sources explicatives de l’histoire initiale de l’islam : les Sahihs (Authentiques) de Muslim et Boukhari pour s’en référer en cas de doute. Au dessus de toutes ses compétences, ils ont la connaissance du Qur’àn qui est et reste la première et la dernière référence pour comprendre l’islam et le Qur’àn. Ils connaissent donc les sources internes du travail de Tabari et ils sont unanimes à dire qu’il a respecté la règle de l’isnad (la chaine de transmission). Cependant deux problèmes restent posés qui demandent une circonspection pour le non spécialiste qui fait de Tabari son unique recours.

Le premier est lié à l’authenticité du récit des transmetteurs dont certains ont pris la culture de leur époque c’est-à-dire l’introduction biblique (al israiliyate) dans le fait islamique. Il appartient aux historiens musulmans de travailler sur son corpus de milliers de pages pour infirmer ou confirmer non la chaine qui est juste mais l’objectivité du transmetteur et épurer ainsi l’histoire musulmane du fabuleux, du légendaire et du judaïque. Il est particulièrement intéressant  de lire la présentation qu’IqraShop fait de la traduction des chroniques de Tabari :

La Chronique de Tabari, dans laquelle ont puisé les principaux historiens orientaux, offre, même dans sa forme abrégée, un grand intérêt pour l’étude de l’histoire de l’Orient. Il est certain que pour quelques périodes par exemple, pour l’histoire des Omeyyades, elle reste la source la plus précieuse des connaissances et même celles de ses parties qui sont dépourvues de critique et de toute valeur historique, telles que les fables relatives à l’histoire ancienne, ne manquent point d’intérêt, car elles contiennent cette foule de légendes auxquelles tous les auteurs musulmans font des allusions perpétuelles, et que le lecteur européen est souvent bien embarrassé de trouver, pendant que Tabarî nous les donne dans un cadre qui en facilite singulièrement la recherche.

Si Al Albani et d’autres savants ont fait un travail remarquable sur le Hadith, il reste à la communauté scientifique musulmane de faire le travail de purge de son riche patrimoine et en particulier des chroniques de Tabari comme le préconise le savant Al ‘Alwani.

Le second problème est plus subtil et plus pervers car il est relatif à la traduction de l’œuvre de Tabari par les occidentaux. Il est remarquable d’ouvrir une parenthèse et de constater comment les Occidentaux si friands de vérité et de traduction n’accordent pas d’importance à Ibn Hicham. J’avance une opinion qui ne doit pas être loin de la vérité : dans son traité « La Biographie du Prophète » Ibn  Hicham procède à l’étude généalogique des Juifs et des Chrétiens et de la littérature arabe annonçant la venue d’un Prophète parmi les Arabes. Il décrit les Bani Nadir et les Bani Qoraydha comme les descendants  de la secte juive de Qomran. Il va jusqu’à faire correspondre les Juifs d’Arabie à Haroun le frère de Moïse.

Bien avant l’heure il a ouvert un dossier d’actualité, celui des Manuscrits apocryphes de la mer morte et ses controverses religieuses, scientifiques  et politiques entre Juifs, Catholiques, Protestants et Anglicans. Cette parenthèse nous renvoie à un dossier brulant qui interpelle la conscience religieuse et intellectuelle des occidentaux et des personnalités arabes judéo-chrétienne sur l’authenticité de leurs sources. Ce dossier s’appelle le scandale de la fin du second millénaire qui continue au début de ce troisième de faire couler de l’encre et de déchainer des passions religieuses et idéologiques.

Le scandale est aussi dans notre acceptation du fait que ceux qui ne sont pas capables de traduire leurs propres sources et de comparer leurs textes sacrés s’occupent des nôtres. L’expression arabe dit Faqad as chay la ya’tih : Celui qui ne possède pas un objet ne peut le donner à autrui. Celui qui manque de crédibilité ne peut vendre ses boniments.

Les occidentaux n’ont pas traduit la version originale mais la version iranienne synthétique, celle du savant samanide chiite al Bal’ami. Al Bal’ami a produit 40 ans après la mort de Tabari une version traduite en perse puis abrégée par l’élimination des différents avis sur le sens ou la source d’une chronique, et contenant en plus des opinions personnelles et des avis doctrinaux de al Bal’ami introduisant un biais scientifique et historique comme l’affirme des savants tels que Chah Abdoul Aziz Al Mouhaddith Ad Dhalawi dans « Touhfah Ithnâ Achariyah. Cette version traduite, simplifiée et remodelée fut ensuite retraduite en arabe. C’est la version finale abrégée et biaisée (4 volumes) qui a connu une notoriété plus grande que la version originale ( 16 volumes). C’est l’imparfaite qui a été traduite par H. Zotenberg en 1874 en français et proposée encore aujourd’hui au public francophone sous le titre de « La Chronique – Histoire des Prophètes et des Rois » ou de « La Chronique de Tabari ».

Herman Zotenberg orientaliste juif a non seulement traduit une version escamotée de la chronique de Tabari mais a procédé à sa falsification en dénaturant la période qui va de la naissance de Mohamed (saws) à son Apostolat pour faire de lui un vulgaire copiste ou copieur de la Bible. Il a, bien entendu, donné plus d’éclat aux quelques affabulations inévitables dans un travail de compilation historique. La falsification de l’œuvre de Tabari s’est opérée par un procédé scandaleux relevant davantage de l’idéologie que de la science en utilisant à la fois la mauvaise traduction et l’omission de phrases, de mots et de chapitres entiers.

Le subjectivisme historique est connu, ses effets aussi. Il est navrant de constater des musulmans qui n’en font pas cas pour se prémunir des manipulations idéologiques dans l’étude de leur religion et dans le choix de leurs sources d’informations.

Les savants sunnites recommandent de ne pas recourir à la traduction  française d’Herman Zotenberg car c’est réellement le livre où non seulement on ne trouve pas la vérité sur l’Histoire de l’Islam et des musulmans mais on met en péril  sa foi si elle ne s’est pas construite sur le Qur’àn, la Sunna et les sources arabes dignes de foi. On ne peut demander à la Croix de changer de vocation et d’être le défenseur ou le promoteur du Croissant. On ne peut exiger du subjectivisme d’éclairer objectivement les faits historiques et encore moins le fait religieux et sacré. Tous les livres qui font référence à cette traduction sont porteurs de faux et de falsifications. Il ne s’agit pas de les bruler, l’islam ne connaît pas l’esprit inquisitoire, mais de s’en préserver pour protéger sa foi et sa raison à moins d’avoir déjà un minimum de connaissances pour affronter le faux et le démasquer.

Il ne faut pas croire que la traduction d’Herman Zotenberg est la seule à mettre en cause dans le travail de sape de l’histoire musulmane et de la personnalité du Prophète. Il y a une œuvre moins subtile que cette traduction mais qui semble plus efficace sur l’esprit des jeunes musulmans en quête de sensationnel ou pris par le doute et qui ne questionnent pas le Qur’àn mais ses détracteurs. Cette œuvre maléfique est « Le prêtre et le prophète » de Joseph Azzi.

Avant d’aller plus loin dans l’examen de quelques arguments des détracteurs, il faut reconnaître avant toute chose que la faute nous incombe car nous portons les germes qui nous rendent fragiles et vulnérables. Comment ne pas être séduits par un détracteur quand nous avons construit notre personnalité sur l’affectif sensible à la séduction des mots fascinants et du sensationnel au lieu de la construire sur la raison capable de suivre un argumentaire et d’y déceler les faiblesses et les forces sur lesquelles s’opèrent la conviction de la pensée. Comment construire un argumentaire lorsqu’il existe des imams qui, dans la mosquée, débitent des récits mythologiques sur le Phénix perse le Simorg, la fourmi géante de Salomon ou le fameux Taureau qui porte la Terre sur l’une de ses cornes. Nous avons fait de notre communauté une communauté qui confond les fables, les légendes, les mythes, l’histoire, la science et tout ce qui porte atteinte à la foi au nom d’une prétendue raison.

La retraite spirituelle de Mohamed (saws)

Tout est mis en œuvre pour faire naître le doute dans notre esprit et l’entretenir par une rhétorique vielle de 15 siècles et entretenue depuis les guerres coloniales par les orientalistes : Mohamed (saws) se serait  retiré en retraite spirituelle à la grotte Hira, accompagné par le moine Waraqa. Cette retraite aurait duré 15 ans pour accréditer l’idée que le Qur’àn est l’œuvre d’une préméditation, d’un effort intellectuel faisant de Mohamed (saws) un érudit influencé par les écrits bibliques ou par sa controverse intellectuelle avec les Juifs et les Chrétiens qui étaient lettrés.

Tabari,  Ibn Ishaq, l’imam Malek et l’imam Ahmed en s’appuyant sur le Qur’àn et les hadiths montrent que Mohamed (saws) n’est resté en retraite qu’un mois précédant la révélation et qu’il était illettré ne savant ni lire ni écrire. La retraite au mont Hira était une pratique du clan de Mohamed (saws), les béni Hachem qui étaient polythéistes. Les Tribus puissantes et riches de Mekkah eux aussi observaient cette retraite une fois l’an (au mois lunaire de Ramadhan) par imitation des béni Hachem qui jouissaient d’un grand prestige social en leur qualité de gardiens du sanctuaire de la Kaaba depuis les temps immémoriaux d’Ismaël. Ni Tabari ni un hadith ni un autre historien musulman ne dit que des moines chrétiens ou des rabbins juifs ont participé à cette retraite. Le Qur’àn montre que Mohamed (saws) a bel et bien vécu parmi son peuple pour témoigner à la foi qu’il était illettré, vertueux et d’un excellent comportement et qu’il ne pouvait être sous la coupe ou l’influence des chrétiens ou des juifs :

{Était-ce chose étonnante, pour les gens, que Nous ayons Inspiré un Homme d’entre eux ?} Younes 2

{Et lorsqu’on leur récite Nos Versets évidents, ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre disent : « Apporte-nous un Qur’àn autre que celui-ci, ou bien altère-le. » Dis : « Il ne m’appartient pas de l’altérer de mon propre gré, je ne fais que suivre ce qui m’est Révélé. Moi, je redoute, si je me rebellais contre mon Seigneur, le châtiment d’un jour effroyable. » Dis: « Si Allah Avait Voulu, je ne vous l’aurais pas récité, ni Il ne vous l’Aurait Fait connaître. J’ai déjà passé parmi vous tout une vie avant sa Révélation; ne raisonnez-vous donc   pas ? » Qui donc est plus injuste que celui qui controuva des mensonges contre Allah ou qui a démenti Ses Versets ? Certes, Il ne Fera point cultiver les malfaiteurs.} Younes  15

{Et tu ne récitais aucun livre, avant celui-là, ni tu ne l’écrivais de ta droite, les détracteurs ne se livrent qu’à des conjectures.} al Ankabout 48

On a dit que le chrétien Waraqa, Abdul Muttalib s’isolait avec le Prophète dans la grotte de Hira pour prier ensemble et lors de cette retraite Waraqa aurait initié le prophète à la doctrine chrétienne pour succéder à Waraqa dans la région après sa mort comme si Waraqa était évêque ou cardinal qui avaient besoin d’assurer sa succession. Waraqa n’était pas un prêtre mais un chrétien de son temps et de son milieu qui se consacrait davantage à l’étude des textes bibliques en puisant dans les textes hébreux. Agé et atteint de cécité, il n’était ni le compagnon social ni le guide spirituel ni le maitre d’école de Mohamed (saws).  Aucun document ni témoignage crédible n’existe pour donner crédit à la thèse sur la relation maitre à disciple de Waraqa à Mohamed (saws). Le Qur’àn est le seul document de référence qu’aucune autre source ne peut contester car il y en  a pas.

{De même, Nous t’Avons Inspiré un Esprit (Qur’àn) , par Notre Ordre : tu ne savais point ce qu’est le Qur’àn, ni la foi. Mais Nous l’Avons Fait une Lumière avec laquelle Nous Guidons qui Nous Voulons de Nos dévoués. Et toi tu guides sûrement vers un chemin de rectitude : le chemin d’Allah, à qui appartient ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre. C’est vraiment vers Allah que toutes choses se destinent.} as Shura 52

Waraqa était parmi les rares lettrés mais il n’était pas prêtre car il n’y avait aucune institution religieuse à la Mecque en dehors de la Kaaba garnie à l’intérieur et à l’extérieur de plus de 300 idôles. Il s’est  converti au christianisme avant l’apostolat de Mohamed (saws). S’il avait enseigné la lecture et l’écriture à Mohamed (saws) le Qur’àn n’aurait pas fait dit à Mohamed (saws) de ne pas s’inquiéter sur son assemblage final quand on sait que la Révélation a mis 23 ans pour s’achever. Il faudrait une compétence de lecture pour inventorier, trier, classer et réunir des feuillets, des ossements, des parchemins écrits par les scribes de Mohamed (saws) sur sa propre dictée d’un énoncé coranique dont des fragments ont été révélé à la Mecque, à Médine, en marche, au repos, en privé, en assemblée publique, dans la cité, dans la campagne…

{C’est à Nous qu’incombe son assemblage et sa lecture. Quand Nous le récitons, suis alors sa lecture.} Al Qiyama 17

Waraqa savait par les textes bibliques qu’il a étudiés qu’il y aurait  l’arrivée du Prophète annoncé par la Bible. Toute la littérature chrétienne est mobilisée pour refuser à Mohamed (saws) le statut de Prophète pour la raison simple : la frustration de ne pas voir ce Prophète attendu venir parmi eux et confirmer l’idée qu’il est Esprit comme Jésus ou qu’il homme  représentant de l’Eglise comme le veut la papauté.

{Et quand leur vint un Messager de la part d’Allah, corroborant ce qu’ils ont, un groupe de ceux qui reçurent le Livre rejeta le Livre d’Allah derrière leurs dos, comme s’ils ne savaient pas.} Al Baqarah 101

On est allé  jusqu’à prétendre que le discours coranique contre l’Eglise tient au fait que Mohamed (saws) voulait être Pape mais l’Eglise a refusé. On oublie qu’il a dit aux arabes qui le persécutaient que même s’ils mettaient dans sa main droite le soleil et dans sa gauche la lune il ne changerait rien à sa mission jusqu’à ce qu’il périsse ou fasse triompher la religion d’Allah.  Le statut de roi d’Arabie lui aurait suffi s’il était un imposteur avide de pouvoir et de richesse. Ayant échoué dans toutes leurs tentatives de nier le statut de Prophète à Mohamed les chrétiens et les juifs ont  alors entamé  l’œuvre de le diaboliser en lui faisant porter le nom de Mahomet (signifiant littéralement le non loué le contraire de Mohamed l’excellence dans la louange), et de Mahound signifiant le diable l’ennemi juré du christianisme. Le Pape urbain II qui a lancé les croisades lors du Concile de Clermont Ferrand en 1095 désignaient les musulmans de « race maudite », de païens à exterminer…

Pour mieux brouiller les pistes, on présente parfois Waraqa comme le continuateur du moine Bahira qui aurait  initié Mohamed (saws) tout jeune au Christianisme.  Bahira moine en Syrie n’a fait que pressentir la mission prophétique de Mohamed (saws) alors que celui-ci  accompagnait son oncle, une fois dans sa vie, en voyage en Syrie. Abul Hasan ‘Ali Nadwi s’appuyant sur les travaux de l’historien Ibn Hicham raconte :

Une fois, lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) avait neuf ans, Abou Talib faisait ses préparatifs dans l’intention de participer à une caravane commerciale qui allait en Syrie.  Sachant cela, Mohammed s’approcha de son oncle et, se blottissant contre lui, insista pour l’accompagner dans son voyage.  Ému de ce signe d’affection, Abou Talib accepta de l’amener avec lui en Syrie.  Lorsque la caravane atteignit Bousra, en Syrie, elle y fit un court séjour et pendant qu’ils étaient là, ils rencontrèrent un moine nommé Bouhaira qui vivait en réclusion.  Allant pour une fois à l’encontre de ses habitudes, il sortit à la rencontre des marchands et organisa pour eux un grand festin. Ces derniers crurent qu’ils s’étaient attiré les bonnes grâces de Bouhaira, mais en réalité, il n’était sorti de sa cellule que parce qu’il y avait eu une vision avant l’arrivée de la caravane. Lorsqu’il vit Mohammed (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), il vit en lui les signes de la prophétie, qu’il connaissait, et conseilla à Abou Talib : « Retourne chez toi avec ce jeune garçon et protège-le contre les juifs. Une gloire immense attend ton neveu. ».  Alors sur les conseils de Bouhaira, Abou Talib ramena immédiatement son neveu à la Mecque.

Bahira ne pouvait ni marquer l’imagination de Mohamed (saws) ni lui enseigner l’écriture et la lecture et encore moins la Bible au cours d’une seule rencontre. Waraqa, lui  n’a fait que constater l’apostolat de Mohamed (saws) s’inscrivant dans la logique de l’homme pieux qui connait les textes bibliques. Bahira et Waraqa ne font que suivre les préceptes bibliques comme le précise A. Alem dans « Mohammad dans la Bible et Jésus dans le Coran, éd. DAZ » dont nous ne citerons que quelques extraits :

Galates 1-9 « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!  »

Mathieu (21:43): « C’est pourquoi je vous le dis, le Royaume des Cieux vous sera retiré, et donné à une nation qui en recueillera les fruits. Quiconque tombera sur cette pierre s’y brisera, et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. »

Barnabas18 : «mais après moi viendra la splendeur de tous les Prophètes et saints; il éclairera les ténèbres de tout ce qu’ont dit les Prophètes, car il est le Messager de Dieu

Pentateuque : 18. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.

32: 21: « Ils ont excité ma jalousie par ce qui n’est pas Dieu, ils m’ont irrité par leurs vaines idoles ; et moi, j’exciterai leur jalousie par ce qui n’est pas un peule, je les irriterai par une nation insensée. »

Qui est mieux placé pour voir à la fois la nation insensée (Jahiliya arabe ante islamique), les prophéties bibliques,  la noblesse de Mohamed (saws) et le signe de l’Apostolat en lui Bahira et Waraqa ou les farfelus qui veulent modifier le cours de l’histoire et contredire la Parole divine :

{Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Torah et l’Évangile – il leur ordonne le convenable et leur interdit le blâmable…} al A’âraf 157

L’illétrisme du Prophète (saws) visé par le Coran a un double sens : il ne savait pas lire et écrire pour pouvoir écrire le Coran, mais aussi il n’avait aucune connaissance des Livres des Juifs et des Chrétiens pour pouvoir s’en inspirer. Il était pur de toute dérive philosophique, religieuse et culturelle de son époque. Il était un receptacle vierge qui pouvait recevoir le Coran sans entrer en contradiction avec lui ni le contaminer par des réminescences antérieures de culture judéo-chrétienne.

Nous avons vu ce que disent les livres des Chrétiens et que renforce le Qur’àn pour les acculer à reconnaitre la vérité ou à apporter la preuve de leur détraction, chose impossible :

{Et quand Jésus fils de Marie dit: Ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu envoyé vers vous, confirmant ce qui, dans la Thora , est antérieur à moi et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad.} As Saf 6

Les Juifs et les Chrétiens étaient en attente d’un Prophète et celui-ci serait en rupture totale avec l’ordre ancien. Cette rupture radicale exige qu’il soit orphelin et illettré ne pouvant subir aucune influence sur le plan de l’instruction sauf à être témoin de son époque et témoigner à son époque de l’éminence de sa vertu et de sa noblesse :

{le Prophète illettré qu’ils trouvent écrit (mentionné) chez eux dans la Torah et l’Évangile : il leur ordonne le convenable et leur interdit le blâmable} Al A’âraf 157

La citation des personnages Waraqa et Bahira dans les hadiths et l’histoire musulmane témoigne de l’esprit véridique de Mohamed (saws), de Khadija son épouse, de ses compagnons et des historiens musulmans. Il n’y a rien à cacher ni à falsifier. Un imposteur ou un falsificateur cache sa forfanterie et occulte les témoins pour ne pas être démasqué. Ce n’est pas le cas de Mohamed (saws) et des Musulmans. Détenteurs du Qur’àn, ils ne peuvent que se montrer justes et véridiques envers les faits et les hommes.

Les principales sources arabes sont les hadiths et pour la période ante islamique, la poésie. Les spécialistes arabes ont étudié la poésie arabe, juive, chrétienne et païenne pour constater le même creuset : la tribu, l’honneur, la gloire, la femme, la guerre et le vin. Rien dans les sources arabes ne laissent croire que le peuple arabe ait consacré de son temps, de ses discussions, de ses écrits ou de ses poèmes à quelque chose qui touche de près ou de loin la loi, la philosophie, la métaphysique ou la mystique. Rien de tout cela car la culture arabe était hors normes universelles malgré sa qualité littéraire et poétique.

Les chrétiens détenteurs du faux, lequel ne résiste pas à sa confrontation avec la vérité et la logique pure ou historique, vont faire de Waraqa et de Bahira des instruments pour se prouver que Mohamed (saws) était un ancien chrétien converti au satanisme pour ne pas se convertir à l’islam et garder bonne conscience d’aller massacrer des Musulmans au nom de l’amour, de la vérité et de la charité. Si nous revenons au rapport des Juifs et des Chrétiens et leur relation à Mohamed (saws) les Manuscrits découverts en 1947 accréditent la thèse d’Ibn Hicham sur la l’attente de Mohamed (saws) comme étant le Prophète attendu par les Juifs et les Chrétiens au temps du Messie et attendu :

« Seuls les fils d’Aaron décideront des questions de droit et de biens et leurs ordres fixeront le sort qui déterminera les règles des hommes de la communauté. Quant aux biens des hommes saints dont la conduite est parfaite, qu’on ne les mêle point aux biens des hommes de fraude qui n’ont pas purifié leur conduite en se séparant de l’erreur et en agissant sans commettre de faute. Et qu’eux-mêmes ne s’éloignent d’aucun conseil de la loi pour marcher dans l’obstination de leur cœur, mais qu’ils jugent d’après les premiers préceptes par lesquels les hommes de la communauté ont été d’abord disciplinés jusqu’à ce que viennent un prophète et les messies d’Aaron et d’Israël. » (Les Manuscrits de la Mer Morte de Michael Wise, Jr Martin Abegg et Edward Cook, p. 345).

Les sectaires de Qumrân attendaient un ou deux siècles avant Jésus deux messies, en l’occurrence Yahia (Jean) et Jésus et un prophète (Mohamed).

Si on délaisse la traduction falsifiée d’une traduction escamotée et les affabulations acrobatiques d’un malade mental pour se pencher sur la traduction plus fidèle de Ralph Stehly de la biographie authentique d’Ibn Hicham, Sîrat an-nabî, on verrait les choses d’un autre regard. Recourir à Ibn Hicham c’est faire référence à Ibn Ishaq qui à son tour se rapporte à  ‘Ubayd. Nous sommes davantage entrain de  solliciter la source authentique de faits historiques avérés:

 L’Envoyé de Dieu passait ce mois en retraite et à nourrir les pauvres qui venaient à lui. Quand le mois était achevé, il accomplissait la circumambulation autour de la Ka’ba sept fois, ou autant de fois que Dieu l’ordonnait ; ce n’est qu’ensuite qu’il se rendait à la maison. Alors que l’année de son apostolat était arrivé, il alla comme d’habitude avec sa famille durant le mois de Ramadân à Hira’. Dans la nuit où Dieu par miséricorde envers son serviteur l’honora de son message, Gabriel lui apporta l’ordre de Dieu.- Il vint à moi, raconte l’Envoyé de Dieu, alors que je dormais. Il tenait à la main un feutre brodé enveloppant un livre. – Récite ! m’ordonna-t-il. Je ne récite pas ! Répondis-je. Alors il me pressa le livre sur la bouche et les narines à en étouffer, Si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha et me répéta: – Récite ! – Je ne récite pas répondis-je. Alors, il me le pressa à nouveau aussi fort, si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha. Il me répéta alors: Récite! – Que dois-je réciter ? Répondis-je. Il me pressa alors à nouveau le livre aussi fort, si bien que je crus qu’il était la Mort. Puis il me relâcha et me redit: – Récite !- Que dois-je réciter ? Rétorquai-je. Je ne dis cela que par crainte qu’il me traite à nouveau comme il le fit auparavant. Alors il me dit :

{Récite au nom de ton Seigneur qui créa,   Qui créa l’Homme d’une adhérence    Récite! Ton Seigneur étant le Très Généreux  Qui enseigna par le calame  Et enseigna à l’Homme ce qu’il ignorait.} al ‘Alaq 1

J’ai récité, et il finit par s’éloigner de moi. Je me suis éveillé et [ces phrases] étaient comme inscrites dans mon cœur. Je sortis [de la caverne] et à peine arrivé au milieu de la montagne, j’entendis une voix venant du ciel disant:  » O Mohammed, tu es l’Envoyé de Dieu et je suis Gabriel ! ». Je levai la tête vers le ciel et voici que Gabriel était là sous les traits d’un homme joignant les talons, à l’horizon du ciel. Il me dit: O Mohammed, tu es l’Envoyé de Dieu et je suis Gabriel ! ». Je m’arrêtais le regardant sans pouvoir avancer, ni reculer. Je me mis alors à me détourner de lui mon visage vers les autres points de l’horizon, mais je ne regardai nul point du ciel sans voir l’ange en la même attitude. Je demeurai ainsi debout, sans pouvoir ni avancer ni reculer. Puis je me détournai de lui, mais de quelque côté que je dirigeai mes regards, je le vis toujours devant moi. Je restai ainsi debout, sans pouvoir avancer ni reculer, jusqu’à ce que Khadîdja envoya des gens pour me chercher. Ils allèrent jusqu’aux hauteurs de La Mecque, puis retournèrent de nouveau chez elle. Quant à moi je restai sur place, puis il [l’ange] partit; c’est alors que je retournai dans ma famille. Quand je vins chez Khadîdja, je me blottis et me serrai fort contre elle. Elle me demanda: Abû l-Qâsim, où étais-tu ? Par Dieu, j’ai envoyé des gens pour te chercher. Ils sont allés jusqu’ [aux hauteurs de] La Mecque et en sont revenus ».

Quand je lui eus raconté ce que j’avais vu, elle me dit: « Réjouis-toi, mon cousin, et sois ferme ! Par Celui entre les mains duquel se trouve l’âme de Khadîdja, j’espère que tu deviendras le Prophète de ce peuple ! ». Elle se leva alors, s’habilla et alla chez son cousin Waraqa b. Nawfal b. Asad b. ‘Abd al-’Uzzä b.Qusä, qui s’était converti au christianisme, avait lu l’Ecriture et avait appris maintes choses des Gens de la Tora et de l’Evangile et lui raconta ce que l’Envoyé de Dieu avait vu et entendu. Alors Waraqa s’écria: « Saint! Saint! Par Celui entre les mains duquel se trouve l’âme de Waraqa, si tu me racontes la vérité, Khadîdja, alors le Nâmûs suprême est venu à nous, qui est aussi apparu à Moïse et il est le prophète de cette nation et dis-lui d’être ferme ». Sur ce, Khadîdja retourna chez l’Envoyé de Dieu et l’informa de ce que Waraqa avait dit.

Quand le moment de sa retraite pieuse fut passé, que l’Envoyé de Dieu retourna chez lui et que comme d’habitude il avait tourné autour de la Ka’ba, Waraqa b. Nawfal le rencontra, alors qu’il tournait autour de la Ka’ba, et lui dit: Ô cousin, raconte-moi ce que tu as vu et entendu ! » Quand l’Envoyé de Dieu le lui eut raconté, il s’écria: Par Celui entre les mains duquel se trouve mon âme, tu es le prophète de cette nation et le Nâmûs suprême (l’Archange Gabriel), qui est apparu à Moïse, est venu à toi. On te tiendra pour un menteur, te maltraitera, te bannira et te combattra. Si je devais vivre cette époque, j’aiderais Dieu de telle manière qu’Il m’en tienne compte . Puis il baissa la tête et l’embrassa sur le front, sur quoi l’Envoyé de Dieu rentra chez lui.   

 La haine des idéologues et l’aveuglement des intérêts de classe

Ces mêmes chrétiens, pourtant se déjugent en donnant à Mohamed (saws) des surnoms certes peu élogieux mais contradictoires : épileptiques, obsédé sexuel, chrétien converti au satanisme, lettré avide de pouvoir, ignorant formé par les chrétiens. Toute l’islamophobie repose sur ce regard haineux sur Mohamed (saws) que la mémoire collective judéo-chrétienne colporte sans fondements historiques pour résister contre l’ébranlement de leur dogme faux que l’islam a révélé par un énoncé logique qui met à terre les fabulations et les mythologies. Toute la haine des idéologues athés, juifs et chrétiens, anciens et modernes, repose sur la frustration d’avoir été dépossédés du prestige d’être les seuls détenteurs de la vérité et d’avoir été dévoilés dans leurs affabulations :

{Ni ceux qui devinrent mécréants, des gens du Livre, ni les polythéistes, ne souhaitent que quelque bien vous soit octroyé de votre Seigneur, mais Allah Privilégie de sa Miséricorde qui Il Veut. Allah possède la Munificence immense.} al Baqara 105

{Un grand nombre des gens du Livre souhaiterait vous faire apostasier en mécréants, après que vous ayez été croyants, par une jalousie émanant de leur personne, après que la Vérité se soit manifestée à eux.} al Baqara 109

Pour répondre dans le détail, il faut écrire plusieurs livres sur l’art de dénigrer l’islam depuis son avènement jusqu’à ce jour.  Pour approfondir la question du prétendu héritage chrétien, il y a le travail exceptionnel de Malek Bennabi : le Phénomène coranique. Malek Bennabi a fait un travail qui relève davantage, comme il le spécifie lui-même, de la phénoménologie du religieux islamique  et de la psychologie du Moi Mohammadien avant, pendant et après la Révélation coranique. Bennabi a décrit le  climat de l’Arabie : «l’attente d’un prophète parmi les Arabes ».  Tous, Arabes polythéistes, Juifs ou Chrétiens attendaient :

{O gens du Livre, Notre Messager est venu, en fait, pour vous expliciter, après une absence de Messagers, afin que vous ne disiez point : « Il ne nous est venu nul annonciateur ni avertisseur ». Voilà qu’il vous est venu, en fait, un annonciateur et un avertisseur. Allah Est Omnipuissant sur toute chose.} al Maidah 19

Le Qur’àn, le Hadith et l’histoire disent que les Chrétiens et les Juifs avaient de la suffisance et montraient de l’arrogance pour les arabes idolâtres qu’ils n’ont pas convertis ni au christianisme ni au judaïsme pour conserver leur ascendance de lettrés et de Ahl al Kitab sur les Arabes qui n’avaient ni Livre ni savoir religieux.  Il était plus facile et plus simple pour eux de convertir les Arabes fascinés par les juifs et les chrétiens que d’être les instigateurs d’un nouveau Livre qui allaient mettre fin à leur hégémonie religieuse et dévoiler leur falsification. Toute la haine des juifs contre Mohamed (saws) et contre les musulmans est à la fois dans la dénonciation de leur prétention à être le peuple élu et dans la négation des Grands Prophètes « juifs » à être des juifs mais des musulmans.

Pour les chrétiens c’est la même haine pour les mêmes raisons auxquelles il faut ajouter la dénonciation du dogme de la trinité et de la déification du christ et de son statut de Rédempteur. Sur le plan logique, il est impossible que le moine ou le rabbin fabrique sa propre négation qui met fin à son mensonge et sa fascination sur les autres.

Ce qui est le plus regrettable est notre quête d’arguments contre Mohamed (saws) auprès des détracteurs de l’islam alors que le meilleur argument en faveur de la véracité de Mohamed (saws) est le Qur’àn lui-même. Il faudrait juste faire une lecture comparée, même superficielle, entre les Bibles et le Qur’àn. Il n’y a ressemblance ni dans le style, ni dans la forme ni dans le contenu. Ils sont tellement divergents que penser qu’ils sont indissociables par l’origine d’inspiration ou de transmission relève d’une gageure. Dans le Qur’àn, il y a des vérités qui n’existent pas dans la Bible. Dans le Qur’àn il y a démonstration des mensonges, des fabulations, des falsifications et des contre vérités contenus dans la Bible sur le plan de la foi, des Prophètes, de Dieu et de l’univers.  Maurice Bucaille dans la Bible, le Coran et la Science montre les divergences fondamentales sur le plan scientifique.

C’est la déclaration de Waraqa de soutenir Mohamed (saws) donc de se convertir et de témoigner de la vérité révélée à Mohamed (saws) qui fait mal à la mémoire de la monolâtrie chrétienne. Pour comprendre la méchanceté des chrétiens contre Mohamed (saws) il faut voir Waraqa davantage comme un Chrétien proche de l’esprit des apôtres de Jésus et des chrétiens nazaréens persécutés par les romains et dont le Qur’àn fait l’éloge que des fonctionnaires du Vatican et des clercs des églises :

{Quand Jésus sentit la mécréance de leur part, il dit : « Qui sont mes Défenseurs pour Allah ? » Les Apôtres dirent : « Nous sommes les Défenseurs d’Allah, nous croyons en Allah, et témoigne que nous sommes musulmans. Notre Seigneur, nous devînmes croyants en ce que Tu As Révélé et nous suivons le Messager, Veuille nous Inscrire parmi les témoins ».} al ‘Imran 52

C’est avec cet esprit qu’il faut voir le témoignage de compassion et d’historicité du Qur’àn pour les Chrétiens persécutés que la Bible ne peut rapporter :

{Les gens du Fossé ont été tués : c’est le Feu au combustible. Lorsqu’ils y étaient assis, et eux sont témoins de ce qu’ils faisaient des croyants, et ils n’ont tiré vengeance d’eux que parce qu’ils croient en Allah, l’Invincible, le Tout-Louable.} al Bourouj 4

{Penses-tu que les gens de la Caverne et d’ar-Raquîm ont constitué une chose extraordinaire d’entre Nos prodiges ? Quand les jeunes gens se furent réfugiés dans la Caverne, ils dirent : «Ô notre Seigneur, donnes nous de Ta part une miséricorde; et assure nous la droiture dans tout ce qui nous concerne». } Al Kahf 9

L’islam et les musulmans ne sont pas ennemis jurés des Juifs et des Chrétiens par sectarisme religieux ou racisme. Ils sont ennemis du faux. J’exprime ma sympathie pour les prêtres, les croyants d’autres confessions et les non croyants qui s’acquittent de leur devoir d’humanité envers leurs semblables sans porter un jugement de valeur sur leur foi ou leurs convictions. Je m’insurge contre ceux qui veulent confisquer et dénaturer notre religion, notre histoire et notre liberté. En cela j’essaye d’être une des images les plus justes, les plus sincères et les plus conformes de l’enseignement de Mohamed (saws). Au lieu d’aller au dénigrement et à l’affrontement chacun peut pratiquer sa foi, exercer sa liberté et cultiver son talent sans nuire à l’autre. Au lieu de chercher à prouver ou à réfuter que Waraqa est l’initiateur de Mohamed (saws) et par voie de conséquence l’inspirateur du Qur’àn on aurait tous gagné en maturité, en échange et en convivialité dans un pays tendu si on aurait fait de la biographie scientifique de Mohamed (saws) un facteur de cohésion sociale. Le traité qu’il a établi avec les Chrétiens de Najrane n’est-il pas un exemple typique de l’indulgence et de l’équité que nous pouvons suivre :

« Les biens, les familles, les églises et tout ce que les Najraniens possèdent seront sous la protection d’Allah et de Son messager. »

Au lieu d’impulser les comportements sectaires et les replis identitaires, d’écouter ou de faire entendre les discours d’exclusion puis de les voir mis en pratique contre les banlieues, n’aurait-il pas été plus sage de chercher chez le musulman la culture mohammadienne. Au lieu de tenter de gommer cette culture ou de la manipuler, il aurait plus judicieux d’y voir un trait d’union avec l’esprit citoyen et républicain hors des normes laïcistes :

« Celui qui fait du mal à un Juif ou à un Chrétien trouvera en moi son adversaire au Jour du Jugement. »

« Je suis le plus digne du fils de Marie, en ce monde et dans l’au-delà. Les prophètes sont des frères issus de coépouses. Leurs mères sont différentes mais leur religion est unique ».

Devrait-on écouter les faussaires qui veulent transformer la vision pieuse de Waraqa « On te tiendra pour un menteur, te maltraitera, te bannira et te combattra » en catharsis social, politique et idéologique contre le bouc-émissaire que nous sommes devenus ? Waraqa pourtant pressentait les souffrances qui attendaient le Prophète à la fois par sa connaissance de la vie des Prophètes et de son regard sur leur monde dominé par l’idolâtrie sous sa forme païenne brute ou sous sa forme chrétienne ou juive plus raffinée que le paganisme des Arabes et des Perses. Il est remarquable de noter que le texte de Bokhari est antérieur aux travaux qui veulent récupérer Waraqa pour en faire le prêtre chrétien qui a initié Mohamed (saws). Si Waraqa avait accompagné Mohamed (saws) à Hira et l’aurait initié, ce Hadith authentique n’aurait pu voir l’existence dans la logique des choses.

 

Le rapport de Khadija au christianisme

Quand on se focalise sur un homme pour le dénigrer, on n’écarte pas du travail de sape l’entourage de cet homme en particulier aux moments les plus significatifs de sa vie. Mohamed (saws) ne fait pas exception à cette règle. Au moment le plus fort, en l’occurrence le début de la Révélation, on va s’attaquer à Khadija. Sa vertu étant sans faille, on va jouer sur l’imaginaire en exerçant l’effet de contamination des mots et des images. Le cousin de Khadija Waraqa était chrétien et par conséquent l’épouse du Prophète Khadija ne pouvait qu’être chrétienne renforçant ainsi l’idée que Mohamed (saws) ne pouvait qu’être chrétien par le lien du mariage et le sacrement de l’Eglise. On fait oublier plusieurs choses importantes que je vais passer en revue :

Ni Mohamed (saws) ni Khadija n’auraient consulté Waraqa en la qualité que les faussaires veulent lui attribuer : le lien sacramental de leur union. Il est intervenu dans l’histoire de Mohamed (saws) comme un double témoin dans une dramatique  inscrite comme indélébile dans la mémoire de l’Arabie et plus tard de tous les musulmans mais aussi des Chrétiens. Ces derniers sont appelés à chercher la vérité car il y va du salut de leur âme, de la paix de leur cœur et de leur réhabilitation spirituelle et morale avec l’esprit de Jésus.  Il a apporté son témoignage pour reconnaître l’apostolat de Mohamed (saws) comme il l’avait apporté plus tôt pour soutenir le mariage de Khadija avec Mohamed (saws) témoignant une fois de plus de l’excellence de caractère et la noblesse de cœur de Mohamed. Khadija veuve et orpheline ne pouvait que chercher le soutien de son cousin Waraqa Ibn Nawfal pour obtenir l’assentiment de son oncle, Amr ibn Asad, sans doute réservé eu égard à la richesse de Khadija et de la condition sociale modeste de Mohamed (saws).

A l’unanimité des savants, des historiens et des biographes musulmans Waraqa en plus de ce rôle de conciliateur ou de facilitateur du mariage de Khadija a assisté au mariage de sa cousine Khadija qu’en qualité d’invité parmi les 200 invités conviés à un festin. La biographie de Mohamed (saws) est suffisamment riche et détaillée pour se rappeler le nombre d’invités, le nombre important d’invités et la nature des mets offerts aux invités qu’au moins une personne sur les 200 se serait souvenu d’une cérémonie religieuse autre que celle que les mecquois pratiquent traditionnellement. 200 invités assistant au mariage d’un couple singulier à la Mecque est un nombre impressionnant qui ne peut laisser les chroniqueurs et la mémoire arabe dans le doute ou l’ignorance.

L’oncle de Khadija était vivant puisque Hamza et Abul Moutallib lui ont demandé la main de Khadija. Il aurait été plus logique de chercher la chrétienté de Khadija par son père ou par son oncle et non par son cousin. Mais comme les détracteurs n’ont aucune hypothèse plausible pour étayer leur thèse alors ils se rabattent sur le premier argument qu’ils peuvent amalgamer dans leur diversion pour saper le fondement de l’islam et semer le doute de jeunes en déficit de lecture intellectuellement probes et historiquement fiables.

Les chroniques musulmanes disposent d’un précieux document biographique qui met fin à toute spéculation sur le prétendu sacrement du mariage par le prétendu prêtre Waraqa : la Khotba (allocution dite à l’occasion des fiançailles) que l’oncle du prophète prononça selon la coutume Koraïchite en présence des principaux dignitaires Koraïchites réunis au domicile de Khadija: « Louange à Dieu. Louange à Dieu qui nous a fait naître de la postérité d’Abraham et d’lsmaïl et qui nous a donné en héritage le territoire sacré. Mohammed, fils d’Abdallah, mon neveu, est privé des biens de la fortune, de ces biens qui ne sont qu’un dépôt qu’on rendra tôt ou tard. Mais il surpasse tous les autres Koraïchites en vertu, en intelligence, en lignée et en grandeur d’âme. Mohammed, dis-je, mon neveu, a une inclination envers Khadidja, et celle-ci  éprouve le même sentiment pour lui. Je déclare que, quelle « que soit la dot nécessaire pour conclure ce mariage, je la verserai pour lui »

Waraqa était Hanif comme l’était Mohamed (saws) et Khadija avant la Révélation. Waraqa est un converti au christianisme mais il n’était pas d’extraction chrétienne pour supposer que Khadija pouvait être elle aussi d’extraction chrétienne.

Khadija est la première personne à embrasser l’Islam et à soutenir le Prophète comme nul ne l’a soutenu dans les moments les plus difficiles. Si pour l’islam la première personne à s’engager pour l’islam est une femme, pour le christianisme officiel la femme est une sorte de vache à Satan, le péché par excellence. Cette femme merveilleuse devant la panique de Mohamed (saws) accablé par la lourde charge de la Révélation le rassura par des mots qui témoignent qu’elle n’était pas chrétienne mais une vraie Hanife qui garde les survivances de l’islam abrahamique dans sa foi, sa morale et son adoration silencieuse d’Allah : « Jamais, par Dieu, « Allah ne te voudra jamais de mal. Tu as de bonnes relations avec ta famille, tu aides le pauvre et le nécessiteux, tu accueilles tes invités (généreusement et tu assistes les malheureux qui le méritent ». Toute la socialité islamique, tout le courage, toute la vocation et la détermination du musulman et de la musulmane sont dans la signification ontologique, spirituelle, morale et sociale  des mots que Khadija a prononcé pour soutenir Mohamed (saws).

En ce qui concerne la cérémonie de mariage de Mohamed (saws) avec Khadija, Joseph Azzi dans son livre mensonger : « Le prêtre et le prophète: aux sources du Coran » veut nous faire croire qu’il y a eu sacrement, ce qui est complètement faux. D’abord il faut signaler que toutes les chroniques de l’époque ne signalent  à la Mecque ou dans ses environs ni église ni synagogue ni monastère ni couvent. Tout ce qu’il raconte sur la cérémonie relève de la tradition arabe reprise par la Shari’a islamique qui reconduit tout ce qui est bien et ne contredit ni la lettre ni l’esprit de l’Islam : la demande de mariage en présence des tuteurs ou des parents ainsi que des témoins (Waraqa a joué le rôle de cousin témoin et non de prêtre), le consentement affirmatif des futurs époux, la célébration, la publicité du mariage et le versement de la dot. Les musulmans à ce jour continuent d’observer le même rituel pour le mariage auquel a été ajouté la lecture de la Fatiha et la présence de l’imam qui ne sont  pas obligatoires. Le mariage en Islam n’est pas un sacrement religieux mais un contrat de vie commune entre deux personnes libres. Il y a une différence entre le sacré et le sacrement dans les religions musulmanes et chrétiennes. Le mariage n’est pas sacré puisque les époux peuvent le remettre en cause en se séparant à l’amiable ou sur la demande d’un des conjoints. Le mariage en islam n’est pas un sacrement puisqu’il n’y a pas de clergé ni d’autorité religieuse qui par sa présence ou ses offices rend le mariage sacré.

Dans la foulée, je voudrais  aussi préciser que le terme répudiation est un terme qui n’appartient pas au lexique coranique. C’est un terme forgé par les orientalistes pour des motifs idéologiques. Le terme en usage dans le Qur’àn est séparation. La Shari’a islamique pour des questions de viduité et de jurisprudence liées aux droits moraux, pécuniaires et matériels distingue la séparation du fait de l’homme qu’elle nomme Talaq (divorce) et de la femme qu’elle nomme Kholo’ (désengagement des liens du mariage) mais dans les faits, il y a divorce définitif et rupture du contrat de mariage prononcé par autorité judiciaire compétente.

Insister sur un prétendu sacrement chrétien du mariage de Mohamed (saws) avec Khadija c’est une fois de plus faire douter de son authenticité en qualité de Prophète et accréditer l’idée qu’il est un apostat qu’il faut combattre et non un messager de Dieu qu’il faut suivre. Si les idéologues chrétiens ne cassent pas par tous les moyens médiatiques et artifices intellectuels l’idée que  Mohamed (saws) est le Sauveur de l’humanité, ils ne pourront plus faire tenir debout le mythe de Jésus le Sauveur, le Rédempteur qui est mort pour les péchés de l’humanité car cela poserait la question de la signification de sa mort, de sa crucifixion ainsi que celle de la légitimité religieuse, morale et politique de l’Eglise véritable empire. Face à la vérité éclatante de l’islam qui risque de faire entrer toute l’humanité dans l’islam, il ne reste aux détracteurs chrétiens et aux athées qu’à diaboliser et criminaliser son illustre représentant  Mohamed (saws) et ainsi  faire passer pour faux, douteux et incohérent le Livre qui lui a été révélé :

{Et ceux qui devinrent mécréants dirent : « N’écoutez pas ce Qur’àn et résistez-lui par le bavardage, peut-être vaincriez-vous ».} Fussilat 26

Si on veut chercher la vérité loin de l’amalgame, allons la chercher dans l’histoire. Mohamed (saws) a épousé Khadija au 7ème siècle. Le sacrement du mariage chez les chrétiens n’a pas vu le jour chez Jésus et les premières communautés chrétiennes mais au 13ème siècle. On peut mentir sur un an ou deux mais pas sur 6 siècles de décalage :   Le mariage n’est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de l’Église qu’en  1215 lors du concile du Latran. On peut mentir sur un ou deux siècles mais pas sur 9 siècles de décalage : la cérémonie religieuse à l’Eglise ne devient obligatoire, avec le rituel des  époux donnant leur libre consentement devant un prêtre,  qu’en 1563 lors du concile de Trente. On peut mentir sur 9 siècles mais pas sur 13 siècles de décalage. Ce n’est qu’au XIX siècle que le choix mutuel du conjoint entre dans les mœurs chrétiennes mettant fin à la domination féodale du mariage de raison fondé sur les calculs fonciers et non sur l’appel des cœurs. Il a fallu plus de 14 siècles de tâtonnement, d’improvisation, de falsification  de la bible venant s’ajouter aux falsifications antérieures, de laïcité mettant fin au pouvoir mystificateur de l’Eglise avant d’arriver au contrat civil de mariage dans la République qui ressemble au contrat civil du mariage de Mohamed (saws) Prophète de l’islam avec la première dame de l’histoire du monde musulman,  temps du Prophète.

Si un prétendu rituel de type chrétien ou juif aurait été pratiqué on l’aurait trouvé dans les chroniques musulmanes qui évoquent le mariage du Prophète avec quatre femmes non arabes. Safiyyah Bint Huyay Ibn Akhtab, Juive de la tribu de Banû An-Nadîr. Elle fut capturée à la bataille de Khaybar, puis le Prophète (saws) l’acheta à Dihyah et l’épousa en l’an 7 de l’Hégire. Mâriyah Al-Qibtiyyah  » Marie la copte « , l’esclave que le roi d’Egypte El muqaweqis a offert au Prophète qu’il épousa.   Rayhanna Bint Zyad, la juive convertie à l’islam, de la tribu juive de Nadir (ou Baní Qourayedha). Myriam, chrétienne convertie à l’islam.

Ces femmes ne sont pas l’objet de propagande car nous sommes à Madinah et Mohamed (saws) est pour leur esprit malade un musulman qui a déjà trahi le christianisme à la Mecque. Quand on parle de la Mecque, on évoque le Qur’àn de la période mecquoise qui est essentiellement focalisé sur la foi monothéiste qui a édifié la génération qui allait conduire le Jihad à Madinah puis partir à la conquête du monde pour transmettre d’abord le contenu de la foi et de la morale islamique. C’est réellement une guerre idéologique que les vautours islamophobes continuent de mener sans relâche contre Mohamed (saws). Elle est idéologique car elle s’attaque au credo et aux éléments historiques de ce crédo : Mohamed (saws) et son environnement immédiat.

Un mensonge qui dépasse l’entendement :

Si on veut voir le mensonge des fabulateurs qui jouent sur l’esprit des musulmans qui ne consultent pas le Qur’àn, il faut prendre leurs écrits et les soumettre à la raison, à l’histoire et au Qur’àn. Il y a tellement de mensonge que cela nous prendrait une vie à traquer l’indéfendable et à le démasquer. Il vaut mieux se consacrer à l’étude de la biographie scientifique du Prophète tel que présentée par le syrien Saïd Ramadhan al Bouty.

Pour ne pas laisser la jeunesse déroutée, je montre juste un dernier mensonge flagrant du pseudo savant Joseph Azzi qui fait du verset 22 de la sourate al Ahzab un scénario pour apaiser sa frustration, car il sait comment les juifs qui ont trahi le Prophète ont été expulsés de Khaybar malgré la puissance de leurs forteresses et comment les Croisés ont été expulsés de Jérusalem malgré leur coalition internationale. Ce malheureux fourvoyé traduit le terme coranique ahzab par coalition chrétienne se voyant le Pape incitant les chrétiens à l’assaut du monde musulman :

{Et quand les croyants ont vu les factions (les coalisés), ils dirent : « Cela est ce qu’Allah nous A Promis, ainsi que Son Messager. Allah A Été Véridique, ainsi que Son Messager » Et cela n’a fait qu’augmenter leur foi et leur abnégation.} al Ahzab 22

Malek Bennabi faisant l’analogie entre Mohamed (saws) et le fer dégageant un champ magnétique nous dit avec une logique que nous ne voulons pas suivre nous confinant à suivre les autres et leurs mensonges : la science consiste à faire parler l’un et l’autre. Le champ magnétique interrogé ne relève que ce que la compétence et le savoir de l’interrogateur sont capables d’interroger. Par contre Mohamed (saws) ultime Prophète a devance les interrogations en révélant son « Moi » dans toute son étendue en public et dans son intimité privée ou ontologique ne laissant rien à l’ombre de sa nature prophétique et de sa nature humaine. Il faut être stupide ou haineux pour ne pas écouter ce qu’il dit de lui-même et ce que disent de lui ses contemporains au lieu d’aller écouter les falsificateurs qui n’arrivent pas à faire parler la vérité à leur propre histoire et à leur propre religion…

La loi de Dieu est au dessus de nos vœux : plus un homme est grand plus les chiens qui aboient derrière lui sont nombreux et féroces mais ils ne peuvent rien changer au cours de l’histoire. Il faut les voir en pipi de chat dans un océan de noblesse :

{C’est ainsi que Nous fîmes à chaque prophète un ennemi parmi les criminels. Mais ton Seigneur suffit comme guide et comme soutien}  al Furqane 31.

 

Le mensonge sur les termes Hanif et Chrétiens :

Il reste à donner la signification de Hanif. Mohamed (saws), Khadija et quelques Arabes étaient des Hanifs dans le sens où d’une part ils s’écartaient des religions falsifiées refusant leurs dogmes et leurs rites et d’autre part ils étaient en quête de la vérité monothéiste comme l’était Abraham dans sa jeunesse fuyant les idoles et cherchant Dieu. Mohamed (saws) était Hanif dans le sens où sa foi en Dieu était claire mais il lui manquait les rites et la Shari’a islamiques : il pratiquait la vertu, le bon comportement et la prosternation à Dieu en guise d’adoration. Il savait par sa Fitra saine qu’Allah est Créateur, Dieu et Souverain sans en connaitre tous les attributs qui allaient être révélés par le Qur’àn. On peut dire que la Hanifiya est l’archétype humain avant qu’il ne soit ou bien contaminé par l’idolâtrie ou bien promu par l’islam. C’est ce que le Qur’àn explicite et c’est ce que les Juifs et les Chrétiens réfutent en dénigrant Mohamed (saws) et en se réclamant héritiers d’Abraham :

 {Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, Hanif (pur monothéiste), et qui ne fut point du nombre des polythéistes ».} al Baqarah 135

{O gens du Livre, pourquoi disputez-vous d’Abraham alors que la Torah et l’Évangile ne furent Révélés qu’après lui : Ne raisonnez-vous donc pas ! Vous voilà ayant disputé ceux-ci, sur ce dont vous avez quelque connaissance, pourquoi donc disputez-vous sur ce dont vous n’avez nulle connaissance ? Allah Sait et vous ne savez point. Abraham n’était ni juif ni nazaréen, mais il était un Hanif (pur monothéiste), musulman, et il n’était point du nombre des polythéistes. Certes, les Hommes les plus dignes d’Abraham sont : ceux qui l’ont suivi, et ce Prophète, et ceux qui devinrent croyants. Allah Est le Protecteur des croyants. Un groupe des gens du Livre voudrait bien pouvoir vous fourvoyer, mais ils ne fourvoient que leurs propres personnes et ils ne se rendent pas compte. O gens du Livre, pourquoi mécroyez-vous en les Versets d’Allah alors que vous en êtes témoins ? O gens du Livre, pourquoi confondez-vous le Vrai avec le faux et taisez-vous la Vérité en le sachant ?} al ‘Imrane 65

{J’ai tourné ma face, en pur monothéiste, vers Celui qui Initia les Cieux et la terre, et je ne suis point du nombre des polythéistes ».} al An’âm 79

Est ce qu’il avait en Arabie des gens qui correspondent à ce verset ? Il y avait quelques Hanifs qui vivaient en Arabie dont certains se sont convertis au christianisme comme Waraqa croyant trouver la réponse à leur interrogation et d’autres perdus dans le désert et les montagnes d’Arabie en attente de la nouvelle prophétie mais ils avaient peu d’influence sur la vie religieuse et sociale de la Mecque. Un cas typique de ces Hanifs est Abou Dherr al Ghifari. Il rapporte que bien avant l’avènement de l’islam il avait abandonné l’idolâtrie le jour où il avait pris en flagrant délit deux fennecs en train de pisser sur l’idole mise dans sa tente :

Une divinité qui laisse deux fennecs lui pisser sur la tête,
Sans se défendre, est un Dieu bien médiocre et bien bête,
Je fais le serment d’abjurer de toutes les idoles
Et je n’adorerai qu’Allah, l’Unique, le Grand, que rien n’isole…

Ces Hanifs étaient primitifs sans secte, sans dogme, sans temple, sans manifestations spirituelles visibles, socialement et reconnues en cette qualité. Il était difficile de distinguer le Hanif réel du Hanif formel qui associe à Dieu une idole. On ne peut parler d’un courant qui aurait eu de l’influence sur Mohamed (saws). Mohamed (saws) avait l’excellence sur trois plans : il était monothéiste, vertueux qu’aucun péché de jeunesse ou d’âge adulte n’a taché et d’un comportement social exemplaire. A la Mecque il n’y avait pas de Hanifs mais des polythéistes avec des réminiscences de Hanifs comme dans les peuplades primitives qui reconnaissent l’existence d’un Créateur et cherchent l’intermédiation cultuelle et spirituelle dans le recours aux fétiches et totems.

L’effort mystique des quelques Hanifs arabes ne tendait ni vers la morale chrétienne ni vers la légalité mosaïque mais vers quelque chose de purement individuel de tradition purement arabe sans aucun lien avec la tradition judéo-chrétienne. Ces hanifs n’ont laissé aucune trace de liturgie religieuse ni de rite. L’esprit du bédouin arabe en errance sans lien avec aucune civilisation ni byzantine ni perse exprimait l’attente d’un nouveau prophète devenu necessité historique vu la deliquescence morale et sociale du monde dans sa globalité. Malek Bennabi, étudiant les données historiques, pose la question de l’attente du Prophète et de la Hanifiya en Arabie sur le plan de la manifestation de la mémoire collective, de l’élaboration du subconcient ou de l’emergence d’une intuition face aux grands événements qui boulversent l’existence humaine ?

Malek Bennabi, dans son étude historique, psychologique et phénoménologique  va arriver à la conclusion que le Wahy (la Révélation coranique) ne relevait ni du pensé ni du pensable qui pouvait laisser supposer une méditation antérieure ou une inspiration par le recours à d’autre source. Le Wahy relève de la connaissance spontannée et absolue versée dans le coeur et l’esprit de Mohamed transcendant sa volonté qui devient vecteur de transmission fidèle, sincère et infatigable de la Parole divine. Le Wahy n’est pas intuition qui emerge de l’intérieur mais certitude qui vient de l’extérieur habiter l’intérieur sans intermédiation pédagogique d’apprentissage :

{Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Ceci n’a été que par une miséricorde de ton Seigneur. Ne sois donc jamais un soutien pour les infidèles; et que ceux-ci ne te détournent point des versets d’Allah une fois qu’on les a fait descendre vers toi. Appelle les gens vers ton Seigneur et ne sois point du nombre des Associateurs.} Al Qasas

{Et avant cela, tu ne récitais aucun livre et tu n’en écrivais aucun de ta main droite. Sinon, ceux qui nient la vérité auraient eu des doutes. Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. } al Qasas 48

Quel est dans le Qur’àn  le rapport entre Hanif et Muslim (Musulman) ? Il ne faut pas perdre de vue que l’évocation du mot Hanif appelle deux notions qui fondent le monothéisme, la négation innée ou raisonnée de l’idolâtrie et la quête affirmative et confirmative de Dieu que nous pouvons résumer dans le premier pilier de l’islam la Chahada ou l’attestation de foi : « Il n’y a point de divinité sauf Allah ». Le mot islam est la traduction du sens de Hanif dans tous les rapports de la vie comme le souligne Abraham (as) et Mohamed (saws) dans cet énoncé sublime qu’aucune religion ne peut formuler si le principe du monothéisme lui échappe :

 {Dis : « Mon Seigneur m’A Guidé vers un chemin de rectitude, une religion intègre, la confession d’Abraham, pur monothéiste. Il n’était point du nombre des polythéistes ». Dis :

« Certes, ma prière, mes dévotions, ma vie et ma mort sont pour Allah, Seigneur des Univers, Il n’A point d’associé. C’est ce qui m’a été commandé et je suis le premier des Musulmans ». Dis : « Aspirerai-je à un autre Seigneur qu’Allah, alors qu’Il Est le Seigneur de toute chose ?} al An’àm 106

Le mot islam est la traduction du sens de Hanif dans le sens aussi où le terme islam signifie s’en remettre totalement à Allah en tout lieu, tout moment et toute circonstances.  Quand le Qur’àn dit que Abraham était musulman et qu’il nous a appelé musulmans le sens est triple. Le premier est la confirmation de la déviation des Chrétiens et des Juifs de l’esprit monothéiste d’Abraham. Le second est la symbiose entre l’esprit de Mohamed et de tous les Prophètes descendants d’Abraham (as) et leur accord sur les mêmes principes de foi qui sont l’essence de l’Islam depuis Adam (as) : l’Unicité d’Allah dans l’unicité de Son Etre, l’unicité de Ses Attributs, l’unicité de Sa Divinité, l’unicité de Sa Souveraineté, l’unicité  de son Adoration, l’unicité de la fratrie de foi….

Ni les chrétiens ni les Juifs ne sont considérés comme Hanifs car ils ne sont pas monothéistes au sens coranique car ils nuisent par le dogme et le culte à la notion de l’Unicité. Le meilleur terme pour eux c’est la monolâtrie : ils croient en un Dieu : le leur qui n’est pas celui des autres. Le Coran les met en demeure de prouver leurs fabulations. Comme ils sont en quête d’astuce, ils croient avoir trouvé la formule en faisant des Chrétiens des Hanifs que Mohamed (saws) est censé suivre en réalisant des contre sens dans la traduction. Dans la course aux mensonges, ils vont jusqu’à chercher les contradictions dans le Qur’àn que leur rationalisme a trouvé et que notre fanatisme est incapable de déceler. Ils citent par exemple ces deux versets :

{Dis aux négateurs : «Je n’ai reçu pour ordre que d’adorer le Seigneur de cette cité qu’Il a Lui-même sanctifiée , car tout Lui appartient. Et il m’a été recommandé d’être du nombre des musulmans} an Naml 91

{Et Il m’a été ordonné d’être le premier des musulmans.} Az zomr 12

L’explication du  verset:

{Dis aux négateurs : «Je n’ai reçu pour ordre que d’adorer le Seigneur de cette cité qu’Il a Lui-même sanctifiée, car tout Lui appartient. Et il m’a été recommandé d’être du nombre des musulmans} an Naml 91

Ici c’est le discours et l’attitude que doit tenir Mohamed (saws) pour les habitants de la Mecque : ils ont l’honneur et le privilège de naitre et de vivre dans un lieu saint et de descendre d’une lignée bénie celle d’Ismaël : il leur faut s’inscrire dans le continuum spirituel : le monothéisme abrahamique au lieu de se dégrader en idolâtres et en complexés devant les gens des Ecritures.

Mohamed est le modèle par excellence à suivre. Ce verset précise aux négateurs présents à la Mecque et aux négateurs à  venir que Mohamed (saws) n’est pas « inventeur » d’une religion mais pratiquant du monothéisme pur : l’islam. Il appartient intégralement à la famille des musulmans, des monothéistes depuis qu’Allah a crée l’univers.

L’autre verset :

{Et Il m’a été ordonné d’être le premier des musulmans.} az Zomr 12

C’est qu’il n’y avait plus de monothéistes ni chez les chrétiens ni chez les juifs ni chez les arabes ni ailleurs. Mohamed (saws) est non seulement le guide et le modèle de la communauté musulmane mais le premier. Il y a à la fois une réinitialisation de l’histoire de l’humanité et l’annonce de la fin du monde car  Mohamed (saws) est le sceau de la prophétie. Il y a un avant et un après Mohamed (saws) dans le sens où avant lui il n’y avait plus de communauté musulmane et après lui il restera toujours une communauté musulmane dont il est l’initiateur. Moise (as) et Jésus (as) s’inscrivaient dans une dimension régionale et temporelle limitée alors que Mohamed (saws) est dans l’universalité :

{Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers.} al Anbiya 107

Il n’y a donc aucune contradiction entre les deux versets. Dans le premier verset il s’agit de l’inscription de Mohamed (saws) dans la lignée des prophètes par la volonté divine et non par exercice intellectuel ou spirituel de Mohamed (saws) et dans le second dans la réinitialisation de la communauté monothéiste qui dispose d’un Prophète ultime, d’un Livre ultime et d’une Religion parachevée.

Douter un instant en donnant crédit aux allégations des chrétiens qui veulent que « Je suis parmi les musulmans » cela voudrait dire qu’il était parmi ces chrétiens est presque du Kofr car cela signifie qu’Allah (swt) ne sait pas distinguer les uns des autres d’une part et qu’il restaure l’Islam alors que le christianisme est monothéiste contre toute sagesse d’autre part  sans oublier que par cette façon Allah (swt) serait injuste puisqu’il pratique l’arbitraire contre de bons chrétiens en les dépossédant de leur religion qui est la sienne (?). C’est logiquement absurde.

Tout l’artifice des chrétiens est de semer le doute. Tout le drame des musulmans est de tomber dans le piège en donnant de l’importance à ce qui n’est même pas de la spéculation philosophique ou de l’interprétation historique mais de la conjecture, de la haine, de la diversion.

 

La lutte idéologique à travers l’histoire

Aucune nation ni aucun peuple ne peuvent vivre privés de leur mémoire collective et de leur histoire. Porter atteinte à la mémoire et à l’histoire c’est mettre en péril la vitalité voire l’existence d’une communauté humaine qui perd ses repères et ses valeurs. Attaquer, dénaturer ou mystifier les symboles, les hommes et les faits historiques a un effet pervers sur l’équilibre social et l’appartenance identitaire. Ces vérités sont plus aigües pour le monde mususlam dont l’emergence historique est devenu confondue avec l’avènement de l’islam et sa civilisation. Tout coup porté à l’islam, à l’histoire ou à la civilisation islamique est un coup porté à l’avenir du peuple musulman dans ses frontières historiques ou dans l’expression des minorités musulmanes en Occident. Majorité ou minorité, le peuple musulman ne peut dissocier cette particularité islamique car l’islam, l’histoire musulmane et la civilisation islamique sont le reflet d’un seul et même phénomène : le phénomène coranique qui est la rencontre de la Révélation (le Qur’àn) avec l’homme dans le temps et l’histoire de sa dynamique spirituelle, sociale, politique et économique avant le phénomène colonial.

L’islam n’a pas vocation de rester une statique dans le coeur mais une dynamique dans le corps social et le mouvement historique. L’histoire musulmane est le déroulement des expériences musulmanes pour appliquer l’islam ou réagir avec l’islam et pour l’islam dans la confrontation des musulmans avec le monde non musulman. Ces expériences ont été plus ou moins réussies selon la force et la durée de l’élan qu’a joué l’islam dans la vie des peuples. Quand l’islam a été occulté ou mal compris, les gouvernants et gouvernés du monde musulman ont provoqué l’effondrement de la civilisation musulmane. Quand la société portait l’islam, en dépit de la bonne et mauvaise gouvernance qui s’alternaient elle a construit une civilisation que même les despotes musulmans ont défendu par orgueil.

A partir de cette vérité, on comprend les mobiles qui ont poussé les détracteurs de l’islam à mener de front la guerre idéologique contre l’islam et contre la civilisation musulmane en cherchant les failles dans l’histoire des peuples musulmans  ou en cherchant à affaiblir la langue du Qur’àn, ou en s’attaquant à la personne du Prophète ou à dénaturer le sens des versets du Qur’àn. Il suffit juste de proposer au monde une vision despotique d’un gouvernant musulman pour tenter de discréditer l’islam. On ne peut sans être historien tolérer l’idée que l’islam ne se résume qu’ à el Hajaj comme on ne peut tolérer l’idée de présenter l’empire Ottoman comme la colonisation française. On doit pouvoir étudier l’histoire du monde musulman sans passion mais aussi sans amalgame ni falsification.

Le Da’iy, celui qui invite à la parole de Dieu, se trouve par les exigences de la lutte idéologique mis dans la situation défensive et inopérante : répondre aux attaques des négateurs au lieu de diffuser le mesage islamique. Hélas, la vérité est amère : celui qui défend est moins armé que celui qui attaque du point de vue organisation, moyens financiers, plateau d’édition et de médiatisation sans compter le laxisme de la communauté musulmane par insouciance des fois et par nécessité sociale souvent car elle est confrontée à la misère, à l’analphabétisation, à l’exclusion…

Nos élites participent à cette dispersion des énergies et des moyens dans la lutte idéologique livrée contre l’idée de l’islam et ses valeurs en se focalisant sur le particularisme local spatial et temporel ou contre un courant de l’islam au lieu de se hisser à l’universalité de l’islam et à la construction d’un front unifié de résistance idéologique contre la détraction mais aussi contre l’oppression nationale et l’impérialisme mondial.

Il est vrai que les appelants à Allah se trouvent amoindris par cette dualité qui a été introduit dans l’esprit du musulman : musulam et islamiste, islam et islamisme. Mais il est surtout vrai aussi que nous ne faisons pas d’effort pour montrer que le Qur’àn et la Sunna sont valides et solutions crédibles. La faute n’incomba pas à l’islam mais à la logique d’action des élites qui montre sa déficience à traduire l’islam en solutions sociales, politiques et idéologiques. Nos savants ont versé dans l’exagération du rite par rapport au phénomène de la civilisation et dans l’apologie de l’histoire sans donner à l’histoire et aux historiens  une compétence pour expliquer les mobiles de l’expansion de l’islam et les traductions de ses concepts en faits sociaux et historiques exceptionnels par leur efficacité et leur rayonnement.  Je n’irais pas jusqu’à dire que nos savants, pas tous mais la majorité, ont contribué par la culture de la rente à vivre dans un microcosme loin du peuple et à présenter les textes religieux comme inaccessibles…alors que l’énoncé coranique ne prète à aucune équivoque :

{Nous l’avons rendu (le Coran) facile (à comprendre) en ta langue, afin que tu annonces par lui la bonne nouvelle aux gens pieux, et que, tu avertisses un peuple irréductible.} Meriem 97

La plus grande erreur idéologique qui facilite la manipulation est de présenter le Qu’an difficile d’accès donc inapplicable. Si on lit le Qur’àn et l’histoire musulmane c’est le contraire qui se dégage : le Qur’àn et l’islam sont les instruments de l’émancipation de l’homme de l’ignorance, de l’égarement et de la regression s’ils sont rendus appropriés par la majorité du peuple qui les comprend et les met en application :

{C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident, ainsi qu’à d’autres parmi ceux qui ne les ont pas encore rejoints. C’est Lui le Puissant, le Sage. Telle est la grâce d’Allah qu’Il donne à qui Il veut. Et Allah est le Détenteur de l’énorme grâce.} al Joumou’a 2

 

La crainte de Dieu ou la peur des mécréants et des pervers

Nous vivons dans un monde de raccourcis et de clics qui favorisent la rumeur et la propagation du vrai et du faux. En principe nous  devrions nous consacrer à quelque chose de plus important : fédérer et émanciper notre communauté au lieu de rester sur la défensive cherchant à répondre aux caricatures et autres atteintes contre l’islam. La loi coranique est infaillible, la faillite est dans notre éloignement de cette loi, éloignement qui nous rend réfractaire à la Parole de Dieu et sensible aux discours des hommes :

{Vous étiez la meilleure Communauté produite pour les Hommes : vous commandez le bon usage, vous interdisez le répréhensible et vous croyez en Allah. Et si les gens du Livre avaient eu foi, cela aurait été meilleur pour eux. Il est parmi eux des croyants, mais la plupart d’entre eux sont les pervertis. Ils ne pourront vous faire du tort : rien que nuisance. Et s’ils vous combattent, ils vous fuiront et ne triompheront point.} Al ‘Imran 110

Quand on oublie la crainte de Dieu alors s’empare de nos cœurs la peur des mécréants et des pervers :

{O vous qui devîntes croyants, rappelez-vous la Grâce d’Allah envers vous, lorsque des gens s’apprêtaient à tendre leurs mains sur vous, et Il Arrêta leurs nuisances loin de vous. Craignez Allah. Et que les croyants se fient à Allah.} Al Maidah 11

Mohamed (saws) a reçu l’ordre de ne pas tomber dans les méfaits de la guerre psychologique que lui livre les détracteurs du Qur’àn et nous devons faire comme lui :

{Et n’obéis ni aux  mécréants ni aux hypocrites; délaisse leur nuisance et fie-toi à Allah. Qu’il suffise d’Allah Procurateur.} Al Ahzab 48

Si nous devons aborder la question de la prétendue influence chrétienne sur la formation religieuse ou spirituelle de Mohamed (saws) et son rôle dans « l’élaboration » du Qur’àn, il faudrait disposer de sources authentiques. Il n’y en a pas. Nous n’assistons qu’à des débordements d’imagination dans le meilleur des cas et d’expression de haine dans le pire des cas. Il y a pourtant un témoignage historique inattaquable et inaltérable qui montre que Mohamed (saws) n’avait ni de projet ni d’ambition ni de préparatifs à être versés dans les Ecritures et encore moins à se préparer à être Prophète :

{Tu n’espérais nullement que le Livre te serait révélé. Ceci n’a été que par une miséricorde de ton Seigneur. Ne sois donc jamais un soutien pour les mécréants.} al Qasas 86

C’est en étant confronté à la vérité du Qur’àn et à la sincérité du Prophète que de nombreux Chrétiens se sont convertis à l’Islam et ont suivi Mohammed :

{Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent: Nous sommes chrétiens}  al-Maidah 82

Ce verset nous donne obligation de changer de perspective, de comportement et de cadre de réflexion et de travail : il faut davantage présenter l’islam tel qu’il est que de tenter de le défendre contre ses détracteurs. S’il y a une priorité c’est de  protéger son image de ceux qui prétendent le représenter et qui n’ont ni la compétence ni le comportement de le faire. Ce n’est pas un point de vue subjectif mais le témoignage historique fidèle et authentique des chroniqueurs musulmans qui rapportent la conversion du Chrétien ‘Ady Ibn Hathem qui a été frappé par la modestie et la sincérité tant du discours que du comportement de Mohamed (saws) : « Je me dis : un roi ne se comporte pas ainsi ». Les Chrétiens de Najrane par contre attachés à leur dogme trinitaire ont été insensibles aux arguments monothéistes de Mohamed (saws).

Dans le cadre des crispations sociales et du débat sur l’identité, il est peut être plus important d’aller vers ce qui fédère la communauté et tisse du lien social avec les autres communautés que de se laisser piéger à entrer dans des fausses querelles qui ne vont rien changer à 15 siècles d’histoire. En ce qui nous concerne, il s’agit de maintenir l’esprit de justice et d’équité dans nos rapports au monde : ni accepter la vexation contre nous et nos frères et sœurs ni tolérer l’amalgame ou la généralisation en faisant porter à un innocent ce qu’il nous a pas fait subir de son fait. Ainsi les allégations mensongères de Joseph Azzi par exemple ne peuvent être imputées à tous les chrétiens du monde ou à des personnalités impliquées dans la lutte contre l’oppression et le racisme comme les prêtres ouvrier d’Amérique latine ou des figures emblématiques des Eglises d’ Orient comme Hannah ou Sabbagh.

Ce qui peut changer le cours de l’histoire d’un monde allant vers la catastrophe économique, sociale et écologique est sans doute l’esprit mohammadien libéré de la peur de l’autre mais aussi compris par l’autre:

{Dis: « O gens du Livre, venez à une parole normative entre nous et vous: que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils s’en détournent, dites: « Soyez témoins que nous, nous sommes musulmans (nous nous remettons à Allah) ».} al ‘Imrane 64

Question de bon sens aux Juifs et aux Chrétiens

Si vous étiez sur la vérité et si vous étiez partisans de l’amour pourquoi n’avoir pas libéré les Arabes de l’idolatrie et les conduire vers l’adoration d’un Dieu Un et Unique ? Si vous étiez rationnels et universialistes pourquoi avoir refusé de débattre avec le Prophète ou de le suivre lorsque ses arguments ont triomphé de vos ruses et de votre sournoiserie ? Si vous avez un amour pour l’humanité et le respect pour l’humain pourquoi êtes-vous derrière tous les complots et toutes les guerres qui secouent la planète ?

Jésus (as) sur lequel vous vous disputez, n’a t-il pas ordonné que « charité bien ordonnée commence  par balayer devant sa porte » ?

 

Omar MAZRILibération Opprimés

Analyse de l’explication eschatologique de l’histoire

Que dire lorsqu’on est sollicité pour se prononcer sur l’opinion d’une célébrité telle que Cheikh Imran Hossein ? Que dire lorsqu’on ne sait pas si derrière la sollicitude, il y a une sincérité ou une envie de me faire trébucher et me mettre à dos ses sympathisants. Je pourrais me taire pour éviter la confusion, mais j’ai préféré répondre par acquis de conscience après avoir imploré Allah de ne pas faire de mes arguments une atteinte à la dignité d’un savant, mais une participation à la clarification comme l’exige notre Prophète (saws) dont certains laissent, comme dans le Coran, l’évident (al muhkam) pour se consacrer au probable (al mutashabihate) dont le terme de réalisation nous échappe et dont la compréhension ne peut être ramenée à l’opinion personnelle malgré son érudition :

« Allah mon Seigneur je me réfugie vers Toi si je commets une injustice ou qu’on me fasse une injustice, si je trébuche ou fasse trébucher autrui, que je sois ignorant ou que je sois ignoré, que j’égare ou que je me fasse égaré »

Mon opinion personnelle a donc peu de valeurs. Je ne suis pas savant ayant autorité religieuse pour évaluer et juger un homme qui a consacré sa vie à défendre sa thèse, ses convictions. Je tente de faire travailler mes neurones avec ce que j’ai comme culture coranique, quand j’écoute ou je lis car le Coran et la Sunna nous demandent d’être circonspect et de tout soumettre à l’analyse critique. Voici donc ma réponse, après insistance de mes lecteurs, en huit points. Jae la livre à chaud comme un résumé de ma propre lecture du Dine et du monde face à ce que dit Cheikh Imran Hossein qui a sa propre lecture du Dine et du monde sans prétendre répondre à tout son effort de prédication ni à son érudition. Je me sens contraint d’apporter une réponse qui va sortir du consensus et c’est pourquoi il faudrait voir mon intervention comme la contribution d’un musulman au débat et pas plus. Ce débat ne doit pas faire oublier que j’ai de lui une bonne opinion qui ne m’interdit pas d’exprimer des réserves sur sa vision comme je le fais sur d’autres. Moi-même j’en reçois certaines forts déplaisantes. Notre règle ne sort pas celle des anciens pieux : mon opinion a des vérités et des erreurs alors que celle de l’autre a des erreurs et des vérités. Convenons de ce qui nous réunit et que chacun de nous tolère les erreurs et les fautes de l’autre.

Ma modeste expérience de « pratiquer » les Musulmans formatés et cherchant davantage la polémique que le débat me montre déjà les « valeureux cavaliers » de la Fitna m’accuser de tout et de rien. Trop habitués au culte des idoles, ils ne peuvent tolérer qu’un autre puisse s’exprimer et émettre son opinion différente. Allah a créé la diversité et les différences mais les Musulmans ont choisi l’unanimisme, le prêt à penser et cette tendance à faire des hommes des fétiches à adorer. Il est de mon devoir de m’exprimer sur ce sujet et d’éclairer les jeunes sur le défi civilisationnel conformément au Hadith du Prophète (saws) qui ne laisse pas de place au fatalisme ou à la démission :

Interrogé sur l’Heure (la fin du monde), le Prophète (saws) a demandé les raisons de la question. Le questionneur ( homme avisé) a répondu qu’il voulait savoir ce qu’il devrait faire à ce moment là. Le Prophète (saws) lui dit : lorsque survient la fin du monde et si dans ta main se trouve un plant de palmier, alors plante-le!

Sur l’approche eschatologique de l’histoire

Gog et magog sont vrais mais cela relève du Ghayb connu par Allah. La fin du monde est vraie mais connue par Allah. Si on considère comme vrai que la fin du monde aura lieu un vendredi, le prochain vendredi ou celui dans mille ans la question qui reste posé et à laquelle le Coran et la Sunna ont répondu : que faire entre chaque vendredi? Si le Prophète nous demande de planter le plant de palmier qui est entre nos mains au moment de la fin du monde ( les étoiles qui tombent etc…) que devons nous faire entre chaque vendredi. Autrement dit que devons nous faire de chaque jour de notre vie : attendre la fin du monde, la venue du Mahdi et le Dejjel ou œuvrer pour qu’Allah et les croyants voient nos œuvres comme œuvres efficaces qui font du bien aux musulmans et rejettent les nuisances des mécréants. Sur le plan historique la littérature musulmane montre cette dérive morbide et messianique hérité des Juifs à chercher l’Apocalypse dans les moments difficiles comme les Croisades par exemple. J’ai développé ce thème en faisant l’analyse de la sourate al Kahf dans une série de 10 parties  » Salomon et la gouvernance » où j’analyse le défi technologique de Dhul Qarnayn et les leçons civilisationnelles dans ses rencontres différentielles avec des peuplades différentes. Je ne vais pas y revenir. Par contre je vais montrer la vision positive et civilisationnelle d’un homme de la trempe de Bennabi en citant son article sur l’Islam de demain écrit en 1973 :

L’an 2000 semble, dans l’océan des temps, désigné comme le seuil d’une parousie qui réconciliera les hommes ou d’un cataclysme qui abolira leur destin…

Nous n’avons pas à faire de prophétie quant à l’issue de cette alternative…

Par contre, il nous est permis en tant que musulmans, de définir notre rôle en vue de son infléchissement vers une issue favorable. Nous savons déjà quel est notre rôle principal dans tous les cas. Il se trouve défini clairement dans le Coran «C’est ainsi que nous avons fait de vous (musulmans) une nation mitoyenne pour que vous serviez de témoins pour les autres hommes et * que le Prophète soit votre témoin…»’.
Dans une parousie ou dans un cataclysme, voila d’abord notre rôle. Il est déjà superflu de dire qu’il exige de nous toutes les vertus inhérentes à un témoignage valable…

Mais au delà ou en deçà de ce témoignage nous devons aussi, par la nature des choses, assumer notre rôle de frères des autres hommes pour sauver avec eux notre commun destin….

Si le premier problème est essentiellement moral, le second est moral et social à la fois…

Si le premier se pose uniquement en termes d’authenticité, le second se pose en termes d’authenticité et d’efficacité à la fois. C’est ce dernier qui occupe notre attention d’autant plus qu’il recoupe le premier ou le pose immédiatement. Car si nous nous demandons comment être authentiques et efficaces, bien que les deux termes recouvrent deux notions différentes, notre réponse est unique. C’est par l’Islam uniquement que nous pourrons répondre aux deux exigences du problème posé. Mais il nous faut donner à l’Islam pensé et vécu par chacun de nous la dimension d’une «vérité travaillante». Cela veut dire que cette vérité doit se faire promesse d’avenir fraternel pour tous les hommes.
C’est à ce prix qu’une ère où s’accumulent tant de signes d’apocalypse se transforme en ère de fraternité abrahamique et plus largement en fraternité adamique.

Sur le Khalifat comme solution.

Le Khalifat devrait être logiquement le résultat d’un processus de libération du Taghut et de civilisation fondée sur le monothéisme. Il est en contradiction avec la venue du Mahdi ou du Dejel. Le Kalifa relève de la rencontre de nos possibilités civilisationnelles avec les conditions objectives et subjectives de la civilisation alors que l’Heure est indépendante de notre volonté. Le Kalifa est le produit de notre Raghba désir de croyant. Il ne peut y avoir de désir que s’il y un désirant en quête de ce qui lui manque et qui se présente sous forme de désirable avec le désirable perçu comme ce qui manque pour combler notre manque, notre besoin, notre aspiration, notre visée du cœur… L’heure c’est l’arrivée du terme échu à l’existence sur laquelle notre désir de vivre plus longtemps n’a pas de prise.

Le Khalifat est notre désir à tous mais il ne faut pas se leurrer par des mots. Ce n’est pas le Khalifat ou le Calife qui va mettre fin à notre Wahn mais l’inverse. Il faut qu’il y ait une communauté musulmane qui désire le changement ontologique et sociale et qui fait l’effort de s’approcher de Dieu alors le Kalifat et son Calife seront présent comme Salad Eddine a été présent assiégeant Jérusalem pour la reconquérir avec ‘azm (fermeté et intransigeance).

Il y un grand problème de méthodologie et de priorisation dans notre communauté. Nous sommes friands de choses impossibles à mettre en œuvre comme nous sommes prisonniers de l’apologie d’un passé pourtant révolu. Chaque jour Allah renouvelle Sa Création et dans Ses Créatures il n’y a que les Musulmans qui ne réfléchissent pas en devenir mais en retour impossible. Nous manquons du principe de sens, de la cohérence du discours avec la réalité du monde et de l’efficacité de la pensée. On importe nos idées comme on importe nos voitures et nos habits un peu de l’Occident et un peu de l’Orient. On ne peut pas sauter des étapes et parler de Khalifat alors qu’il n’existe aucun état islamique. Il faut passer par des états islamiques puis des confédérations régionales puis mondiales. La chute du Khalifat en dehors des problèmes politiques et religieux était due aussi à la difficulté de gouvernance d’un état central régentant un empire pluri-ethniques, pluri-linguistiques, pluri-géographiques. Ce n’est pas le mot qui est important c’est son contenu et sa faisabilité. Un mot aussi noble et aussi ambitieux ne doit être l’écran fascinant qui cachent nos misères actuelles qui ne semblent pas s’atténuer mais s’aggraver.

Je peux me tromper mais en posant la question d’État islamique nous sommes hors cadre coranique car nous pouvons importer l’empire omeyade, abbasside ou saoudien avec son despotisme ou l’Andalousie musulmane avec ses lumières mais aussi ses luttes de principautés rivales. Le Coran parle de Tamkine Dine Allah : c’est un concept plus complexe et plus large mais plus opératoire que Dawla (État). Il s’agit d’Islamité du temps et de l’espace de vie ou en d’autres termes de la territorialité des principes divins avec ou sans état. Nous continuons à lire notre religion à travers le regard et les idées des judéo-chrétiens et de l’État nation de la modernité même si cette nation est de 1,5 milliard et englobe tous les territoires de la terre y compris le cœur de l’Occident anglosaxon et latin : les états unis et la France. Si nous parlons d’état islamique au troisième millénaire nous serons face à l’équation des minorités musulmanes et surtout face à un devoir plus grand  » Le triomphe de l’Islam sur toutes les autres religion ». Ces religions il faut aller les chercher dans leurs territoires. Il faut avant d’aller les chercher se libérer de la confiscation de la religion par l’Etat et de l’instrumentalisation de l’Islam a des fins politiciennes. L’Islam territorialisé est l’Islam de Mohamed (saws) à Médine ou celui de Youssef en Égypte. L’ingénierie change en fonction de notre vœu volontariste mais des conditions sociales et historiques.

Lorsque nous posons le problème en terme de Tamkine Dine Allah nous élargissons le problème non seulement à la question politique mais à la question sociale. Il ne peut y avoir Tamkine Dine Allah sans Tamkine la Oumma mohammadienne consolidée fratrie de foi, en interaction harmonieuse sur le plan économique, scientifique et culturel. Le Tamkine de la Oumma c’est une communauté qui pèse lourdement quand elle minoritaire et qui a la souveraineté quand elle est majoritaire. Elle n’est pas un débris emportés par les rigoles de l’histoire comme du Wahn insignifiant qui cache sa misère morale, intellectuelle et économique et sa faiblesse devant les autres en se cachant derrière des vérités eschatologiques qui échappent à son emprise.

Les salafistes infantiles et les Juifs sionistes nous demandent de partir et revenir en terres d’Islam et de rêver au Khalifat. Avant de parler de Khalifat il y a des contradictions et des confusions à lever ainsi que des concepts à développer à partir du Coran et de la Sunna. Pour cela il faut qu’on s’inscrive dans un devenir avec un cap, une boussole et un gouvernail sur une carte mondiale. Les débats stériles qui n’apportent rien à la connaissance de l’Islam, à la production des idées pour une renaissance civilisationnelle ou à la résistance contre le mondialisme ne sont que diversion au profit des autres et dispersion de nos efforts au détriment de nos devoirs non accompli hélas trop nombreux pour être cités.

Quand à l’or monnaie.

Ce n’est pas une panacée. Il suffit qu’il y ait un monopole, une pratique franche ou déguisée du riba et de l’injustice pour que l’or soit accaparé par les riches au détriment des pauvres. Il suffit que les pays capitalistes soient en crise pour qu’il nous déclare la guerre et nous prenne notre or. D’ailleurs il y a 50 ans les États-Unis avaient pour étalon l’or ce qui ne les a pas empêchés d’aller vers la mondialisation en exportant leur mode de vie : le fordisme ou le taylorisme industriel, le crédit à la consommation et la fascination de l’appropriation à n’importe quel prix. Le problème économique chez nous est structurel d’ordre institutionnel et politique. Même avec une monnaie de singe les chinois ont une croissance de 8% alors les Algériens avec 150 milliards de dollars de réserve ils ne sont capables ni de produire de l’investissement, ni de la santé publique ni tenter d’acheter quelques actifs industriels en France. Le Privé arabe fait sa prière à la mosquée mais il investit dans le chocolat, les biscuits, la limonade et tout ce qui est facile à l’effet accordéon de la caisse même au détriment de l’emploi, des richesses nationales et des banques internationales qui s’installent pour superviser dans les comptoirs indigène la détérioration des termes de l’échange. Contre le capitalisme, sa prédation et sa loi de l’échange inégal il faut que les Musulmans se mettent à produire, à se libérer du modèle de consommation occidentale et construire des marchés commerciaux régionaux avec un autre système monétaire en rupture avec le dollar et l’euro. Ce n’est pas l’or ou l’argent qui sont important ce qui est important est l’équité du marché, sa transparence, sa monnaie souveraine et protégée même si cette monnaie est une matière première stratégique comme le pétrole (baril), du cacao ou du papier toilette.

Ce qui est important est que les banques deviennent des agents économiques intervenant dans les dépôts et les transactions représentant les flux réels de l’activité économique de production et d’échange de biens et services ou d’épargne et d’investissements que les agents économiques mettent au service de la communauté pour produire d’autre biens et d’autre services réels dans un respect de la règle d’or des rendements : la productivité du travail doit augmenter, les salaires doivent augmenter et le nombre de travailleurs doit augmenter. La productivité du travail et la rentabilité des facteurs de production doivent augmenter plus vite et plus haut que les salaires pour dégager un surplus économique, le salaire moyen annuel doit augmenter plus vite et plus haut que le recrutement de la main d’œuvre pour garantir une élévation du niveau de vie, une redistribution des revenus, une tendance à aller vers le plein emploi. Tous les bras doivent travailler et toutes les bouches nourries est le système de solidarité qui permet de redistribuer par l’emploi et l’aide publique dans un système d’efficacité sociale et non de rentabilité financière. Ceux qui pensent la banque est incompatible avec l’Islam doivent savoir que le terme Sakk qui a donné lettre de crédit, lettre de change puis chèque est une invention arabe quand l’État Musulman était le garant de la vitesse de circulation des capitaux et de leur sécurité pour une économie prospère et ouverte à l’Orient et à l’Occident non comme un comptoir commercial mais comme un exportateur de savoir faire, de sciences, de savoir vivre, d’idées modernes…

Il faut avouer que le Prophète (saws) n’a pas instauré une nouvelle monnaie. La monnaie islamique est apparue du temps des Ommeyades. Mohamed (saws) a fait plus : il a par la Charia et ses qualités managériales enlever le monopole des Juifs sur la finance, sur le marché, sur la production de l’armement et l’outillage et sur le foncier tout en régulant le marché et en developpant la fraternité entre les Musulmans. Quand nous lisons le Coran ce n’est pas l’or et l’argent qui sont visés en eux mêmes mais le processus du Riba et de thésaurisation. Contre le Riba et la thésaurisation le Coran a institué l’investissement fi sabil Allah, la zakat, les sadaqates. Il nous a donné en parabole David et Salomon comme technologues animés par la Justice et la bonne gouvernance. Il nous a donné Qaroun arrogant et méprisant qui croyait que ses trésors lui revenaient par leur possession apparente traitant son peuple mis en esclavage de fainéants qui n’ont aucun droit sur sa fortune. Face à Qaroun (Coré) Allah nous a montré les deux voies possibles. La voie des mimétistes qui entre dans la surenchère du désir mimétique « je veux ce que tu veux » qui est à l’origine de l’avarice, de la cupidité, de l’avidité et des troubles psychiques, moraux et sociaux. Face à cette voie des possédants et des insensés qui les imitent Allah a montré une autre voie celle de la science et du retour à Allah le Riche, le Généreux. Le problème n’est pas que l’argent ou l’or soit monnaie intrinsèque le problème est dans l’homme et la philosophie de la société manipulant l’argent et se comportant envers la richesse.

Aujourd’hui on constate que les agressions impérialistes ont les moyens de spolier non seulement les réserves souveraines en or mais de confisquer un pays et d’assassiner ses dirigeants. Dans cette culture mondiale de la prédation il faut être sérieux : ce n’est ni l’or ni la monnaie en cacahuète qui est le garant mais un front mondial de résistance en attendant que les Musulmans se réveillent et construisent les moyens de leur cohésion, de leur force et de leur résistance : un marché commun, l’absence de passeports, une industrie militaire commune et un pacte de défense. Ce n’est pas l’or qui pose problème ou apporte solution c’est le Coran : Mahjour (délaissé) ou étudié et appliqué.

Je dis et je répète ce que la biographie scientifique du Prophète dit et ce que la science économique dit : Il n’a pas mis en place le Dinar or et le dirham argent. L’or et l’argent sont des monnaies qui existent depuis l’empire romain. Ni l’or ni l’argent ne sont la solution mais les mécanismes financiers et économiques fondés sur l’éthique et hors du Riba.

Quand on étudie, sans être spécialiste, les questions économiques sous l’angle du Coran et de la Sunna du Prophète on constate que l’accent est davantage mis sur le caractère licite ou frauduleux des transactions car le marché est déterminant dans la répartition de la richesse et dans l’incitation à l’investissement. On constate que le monopole est considéré comme injustice grave au rang de péché majeur. On constate que la circulation des richesses ne doit pas se faire exclusivement entre les riches pour ne pas constituer une oligarchie. Enfin on constate que le pire des crimes est le Riba au point qu’Allah a déclaré la guerre aux pratiquants de l’intérêt et que le Prophète l’a considéré comme le péché le plus horrible puisqu’il a comparé la pratique du crédit avec intérêt comme l’inceste commis 60 fois au sein de la Kaaba le jour sacré du Hadj. Ces trois constats sont les fondements du capitalisme qui ont amené le monde à abandonner l’étalon or. Revenir à l’étalon or dans une économie mondiale dominé par les tares capitalistes ne riment à rien. La monnaie n’a de signification économique et morale que lorsque les pays musulmans créent un marché commun, un système de crédit sans intérêt, une justice sociale et une concurrence loyale et transparente. Dans ces nouvelles conditions n’importe quel monnaie d’usage conventionnel deviendrait de droit et de fait une monnaie d’échange et peu importe qu’elle soit en or ou en platine ou en cacahuète ou en papier. La question est la valeur symbolique de cette monnaie et les pratiques économiques et financières qu’elle accomplit.

Il ne peut y avoir économie réelle tant que l’impérialisme et ses vassaux pratiquent l’échange inégal et la confiscation des ressources. Dans le monde, la véritable monnaie est pour l’instant le pétro dollar. Il faut nationaliser les hydrocarbures et donner aux peuples musulmans l’exercice libre et souverain de la politique et de l’économique.

Les civilisations incas et aztèques avaient de l’or mais leur monnaie n’était pas l’or car ils avaient très peu besoin de monnaie du fait de l’économie solidaire. Cet or fut pourtant la cause de leur anéantissement par les Conquistadors espagnols et portugais.

Allez étudier le comportement économique de Mohamed (saws) et ses expéditions et vous comprendrez que toute autre lecture du monde n’est que gesticulation et bavardage qui nous font sortir du champ de bataille.

Celui qui peut conquérir ton territoire et porter atteinte à ta vie peut prendre ton or et ton argent. La monnaie réelle est la valeur travail car elle est la base de la création de la richesse. C’est ce travail qui doit être libéré du capitalisme et de l’impérialisme.

En ce qui concerne la monnaie électronique il ne faut pas voir le Dejel partout. On pourrait  voir le problème sous l’angle de la post modernité qui a permis grâce aux nouvelles technologies une circulation rapide des idées, des marchandises, des hommes et des richesses à travers le monde. La technologie n’a de limite aujourd’hui que notre imagination. L’imaginaire, ce stock d’images mentales, qui alimente notre imagination est peuplé de notre culture, de notre religion, de notre mode de vie. S’il est rempli de monstres et de démons la monnaie électronique continuera à servir le sexe, la drogue, le spectacle, le trafic d’armes et à asservir les peuples comme cela fut le cas avec l’or et avec la monnaie fiduciaire. Si notre imaginaire est construit sur le beau, le juste, le vrai, l’équitable et le vertueux la monnaie électronique sera au service de l’homme pour faciliter et sécuriser ses échanges ainsi que ses biens. Croire que la monnaie électronique est l’argument diabolique trouvé pour piller le monde c’est d’une part oublier le travail des ingénieurs et des créatifs et d’autre part oublier que la nature du capitalisme est le Riba c’est à dire échanger de l’argent contre l’argent en gagnant de l’argent. Le Riba est devenu catastrophique car il n’y plus d’échange de l’argent mais vente et achat des dettes ce qui est selon le Prophète la forme la plus sévère du Riba. Ce n’est pas la monnaie papier qui doit changée c’est d’abord l’esprit humain qui doit être purifié et ensuite le capitalisme qui doit être rayé de la carte du monde.

Par contre je comprends et je partage la crainte de Cheikh Imran lorsqu’il s’agit de la puce électronique qui sera greffé dans le corps humain pour prélever directement ses paiements, gérer son budget, définir son crédit, et surveiller ses achats, ses déplacements ainsi que  sa vie privée ou publique.  Nous entrons dans un domaine où l’humanité va vers une nouvelle d’asservissement jamais connue dans l’humanité : les moyens gigantesques des nouvelles technologies au service de l’exploration de l’homme, de son aliénation et de la domination de l’oligarchie financière et du renseignement au service du nouvel ordre mondial qui consacre la domination de 1% de la population sur les 99% restant

Ce combat nous ne pouvons pas le mener seul en autarcie nous devons travailler avec tous les hommes de cette planète car la mondialisation est telle que la démondialisation est un leurre. La seule alternative est une altermondialisation où l’Islam est dominant. Il faudrait que nous les Musulmans ont redonne un sens à la wassatiya de l’Islam : juste milieu entre deux extrêmes ou centre de gravité, pôle de rayonnement. Le chantier n’est pas ouvert et comme toujours nous passons précipitamment à d’autres chantiers sans résoudre les problèmes conceptuels et méthodologiques en amont.

L’oligarchie mondiale est en train de ramasser tout l’or qu’elle peut accumuler sous les 1.600$, il se dit que ceux qui ramassent vont revendre aux états à 2.000$ à très court terme et à 3.500$ à moyen terme. C’est toujours la suprématie du dollar tant que les États-Unis sont maitre du jeu. En revenant à l’or avant Nixon (1971) on n’a pas changé l’ordre économique mondial. La solution est celle de Mohamed (saws), mettre en place un nouveau marché et briser le monopole.

Quand on sait que les USA et ses principaux alliés qui représentent 20%  de la population mondiale consomment 80% des ressources mondiales? Que peut faire l’introduction de l’or et de l’argent monnaie quand l’or mondial est détenu à 80 % par les réserves étatiques et privés des pays capitalistes dominant? Où est la priorité?

La crise est financière mais son origine est idéologique (le capitalisme) et politique (la domination impérialiste et l’absence de légitimité voire l’absence d’Etat dans le monde musulman abstraction faite de la Malaisie). Je ne peux pas expliquer le complexe par 20 30 ou 300 pages. Voici un des derniers articles où j’évoque une partie de la solution. Je dis bien une partie : L’absence des cinq maitres.

{Ceux qui, si Nous leur Accordons pouvoir sur terre, accomplissent la Salat, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’issue des choses.} Al Hadj 41

Si nous devions étudier le sens et la mise en application de ces versets, nous y passerons notre existence sans épuiser le champ de leur possibilités et leur signification. Je vais juste montrer une application méthodologique et politique en terme de gouvernance moderne à travers le terme coranique de Tamkine (pouvoir sur terre, position territoriale) et ses impacts sur le plan de l’aménagement du territoire, de la planification économique, du développement urbain et industriel, et de l’indépendance nationale.

Quand aux révolutions arabes.

Les peuples ont le droit de réagir dans les limites de l’éthique islamique. Il faut dire les choses clairement et sans détours : les peuples ont le droit de faire bouger les choses à leur avantage légitime. Il serait injuste de condamner une révolte ou une révolution sous le prétexte fallacieux qu’elle servirait les intérêts d’Israël qui mènerait alors une guerre de représailles contre les peuples musulmans et leurs élites islamiques. Nous devons condamner les partisans des fitna qui appellent à la sédition armée et qui manipulent des savants séniles ou convoitant le monde et qui s’empressent d’envoyer les Musulmans tuer d’autres Musulmans pour le compte de l’Empire et de sa prédation vorace :

 » Le perdant est celui qui a troqué son paradis pour la vie ici-bas, mais le pire des perdants est celui qui a perdu son paradis pour la vie des autres ici-bas »

les dérives en Libye et en Syrie car elles avaient pour objectif de nuire à la révolution égyptienne et de stopper les autres mais surtout de mettre en avant des voyous, des agents de la CiA présentés comme islamistes, une horde sanguinaire qu’il faut par la suite réutiliser dans la théorie du « soft powerment » puis combattre plus tard pour arrêter la barbarie comme on a prétendu avoir arrêté les Arabes à Poitiers. Oui l’armée égyptienne dans sa doctrine actuelle et son organisation ne peut pas gagner une guerre contre Israël. Reste les expériences du Hezbollah et du HAMAS qui ont montré leur efficacité.L’ Égypte devrait  se débarrasser de ses maréchaux et de ses généraux et faire pacte avec l’Iran et la Syrie et surtout reprendre l’initiative au Soudan et en Libye si elle veut achever sa révolution et reprendre sa place dans le monde arabe par un rééquilibrage du monde sans attendre le retour du Messie.

Israël n’a pas besoin d’excuse pour déclarer la guerre. Avec ou sans révolution arabe Israël reste agresseur par sa nature sioniste et par ses vestiges de Bani Isräil. L’agression de la Libye montre qu’on peut au nom de n’importe quel principe inventer l’excuse et la forme pour attaquer un pays souverain, assassiner son président et confisquer ses richesses. C’est la nature du capitalisme prédateur. Contre Israël et le mondialisme nous ne pouvons nous passer d’une économie forte. Il ne peut y avoir économie forte sans liberté, sans reconnaissance du travail comme légitimation de la propriété, sans monopole et sans intermédiation commerciale par les banques du Riba international. Toutes ses exigences exigent un état de droit ! Pour l’instant il n’y a pas d’État il y des imposteurs autistes qui monologuent et gaspillent comme les frères de Satan.

Je suis d’accord sur un point : il y a un seul combat qui prend des formes multiples : le parti d’Allah contre le parti de Satan, le mal contre le bien.

Mais dans le monde musulman il n’y a pas le parti d’Allah car les Musulmans se sont atomisés, dispersés et divergés en sectes, en partis partisans, en confréries, en écoles de Fiqh, en confessions, en doctrines, en partisan de tels savants contre tels autres savants, en haine et rancune, en revanche et convoitise du pouvoir. Ni l’or ni la monnaie de singe, ni les révolutions ne vont changer l’ordre des choses. La changement est plus profond et plus complexe :

{Allah ne change point en la situation d’un peuple tant que ses membres ne changent pas ce qui est eux} Ar Ra’âd 13

Il fautdrait changer nos attributs ontologiques : notre volonté, nos motivations, notre savoir, nos capacités d’agir, notre regard sur le devoir, notre façon d’exercer le pouvoir, notre rapport à l’économie et à la politique, nos comportements moraux, notre esthétique, notre spiritualité, notre indolence intellectuelle, notre mimétisme aveugle et stérile, notre infantilisme…. notre état sociopsychologique, notre rapport à la foi et à Dieu…

Sur les Banques islamiques.

Je n’aurais pas la pudeur de Cheikh Imrane Hossein et je dirais donc qu’elles sont un recyclage des pétrodollars, des commissions et rétrocommissions dans l’import export et une arme économique et idéologique pour imposer le modèle de consommation occidentale. J’ai monté des coopératives de jeunes devant créer 30 000 emplois et générer un chiffre d’affaire de 5 milliards de dollars uniquement dans les métiers liées à la mer (la zone côtière) et ni la Banque al Baraka ni une banque mixte koweïtienne n’étaient intéressées par l’investissement productif. Il est scandaleux de voir des prédicateurs saoudiens expliquer qu’il vaut mieux passer par le hallal de la banque islamique même si cela ressemble au riba et coute plus cher qu’une banque classique. Il est encore plus scandaleux de voir des Fatwas autoriser au nom de la nécessité le recours au crédit usuraire. Il faut se méfier de solutions clé en main ou marché en main qui fleurissent en Europe au nom du hallal avec des packagings creux mais fascinants par les mots techniques anglo-saxons qui ne trompent que les non avertis. La solution pour la communauté musulmane est dans la mise sur pied de véritables agences d’investissements islamiques qui mettent en œuvre le principe islamique de mutualisation, de partenariat et de travail coopératif. Le savoir faire, la réglementation et les expériences en France, en Espagne et en Italie sont riches tant au niveau de la droite que de la gauche. Sur le principe mutualiste et coopératif reposant sur le principe de l’usager propriétaire et gestionnaire le système islamique de financement peut être mis en place et se libérer de l’arnaque de la mourabaha pour innover dans ce qui est productif, créateur de valeurs, de force économiques et d’emplois : la moudaraba et la moucharaka. Il est très facile de faire des montages de souscriptions et créer des mutuelles de solidarité sociale comme alternatives licites aux campagnies d’assurances illicites.

AL JAZEERA la chaine qatari

Je rends hommage à Cheikh Imran Hossein d’avoir été le premier à dénoncer le complot d’al Jazeera bien avant qu’il n’émerge en plein jour. L’over dose de la cochonnerie médiatique a fait sombrer un pays dans la guerre civile le poussant à renier son organisation, sa relative prospérité et sécurité et son potentiel d’action à destination de l’Afrique. Elle est devenu le porte voix des savants égarés et des partisans de l’OTAN et des pétrodollars contre le bon sens et l’intérêt suprême du monde musulman. Elle est devenu l’instrument de propagande militaire, de guerre psychologique, de diversion médiatique et de subversion informationnelle contre la Syrie ;

Mohammad Mahatir

Il a fait la promotion de Mohammad Mahatir l’ancien Premier Ministre de la Malaisie. Cela l’honore car ce manager a laissé derrière lui un pays prospère, l’expérience de la couverture en or, en argent, en platine de la monnaie semble bien se dérouler. Les Arabes boudent cet homme d’expérience et lui préfèrent les consultants Anglos saxons. Ils assumeront les catastrophes de leur choix. Mohammad a signifié que pour la Malaisie la comparaison n’est pas l’Arabie mais Singapoore même si nous savons que Singapour est une création impérialiste britannique reprise par l’empire américain pour le contrôle du sud est asiatique et réaliser deux objectifs : contrer la Chine et empêcher l’éveil ou la fédération des pays musulmans dans cette région dont les populations sont méticuleuses, soignées, habiles et intelligentes.

Le Dajjal un scénario probable de guerre nucléaire

Le Huitième point sur lequel je serais d’accord avec Cheikh Imrane Hossein même s’il ne l’explicite pour des raisons liées à sa sécurité ou à son auditoire est de voir à travers le Dejal un scénario probable de guerre nucléaire. La Libye et la Syrie sont la proie des Arabes et des islamistes qui n’ont pas ni vision stratégique ni lecture de la Charia islamique juste une rhétorique entretenu par l’Illusion avec les Arabes, la Turquie et l’Occident à leur côtés pour ariver au pouvoir quitte contre tous les principes de la digité arabe « embrasser le chien sur sa gueule ». La guerre nucléaire redoutée se passera probablement en Asie. Soit en Iran. Les cabinet d’intelligence géostratégiques viennent de signaler que la Russes et les Chinois viennent de reconnaitre que l’Iran possède une dizaine de têtes nucléaires. Les Arabes préoccupés de leur problèmes ne peuvent rien changé à un ordre d’attaque nucléaire contre l’Iran. On parle déja de troupes chinois et russes en état d’alerte.

Il est possible que le le terrain nucléaire ne soit pas l’Iran mais le Pakistan. La guerre contre les Talibans touche a sa fin avec l’évacuation imminente des troupes françaises et américaines défaites avec le risque de laisser l’Afghanistan repris en main par le Pakistan qui a été sa base arrière et qui peut devenir le terrain de son déploiement tactique et stratégique pour qu’il n’y ait plus de retour des Croisés. Nous ne pouvons manquer de citer un texte que j’avais traduit d’un article arabe écrit par Mou’amar al Kadhafi qui dit des vérités incontestables : »le marécage pakistanais » :

« L’occident, en particulier l’Amérique et Israël, n’ont jamais souhaité voir le Pakistan posséder une bombe nucléaire. Mais le 28 mai 1998, ils se sont réveillés mis devant le fait accompli : le Pakistan était devenu une puissance nucléaire. Ils avaient alors blâmé leurs Services de Renseignements dans leur défaillance à prévoir les essais nucléaires et à les empêcher.

Les livres, les articles et les discours innombrables ont nommé la bombe nucléaire du Pakistan « la bombe islamique » la percevant comme menace apocalyptique du monde musulman contre le monde occidental et pouvoir de dissuasion contre leurs intérêts. Dans les écrits contre l’arme nucléaire pakistanaise tout l’imaginaire était mobilisé pour la faire percevoir comme l’annonce du Jugement dernier.

Tous les efforts ont été déployés pour dissuader le Pakistan de posséder la bombe atomique. Le secrétaire d’état américain Henry Kissinger avait franchement menacé le premier ministre pakistanais Zulfikar Ali Bhutto par un langage non diplomatique : « si jamais vous faites la bombe, nous vous châtierons de telle manière que vous serez un exemple à méditer pour le reste du monde ». (Zulfikar Alî Bhutto est le père de Benazir Bhutto, élue premier ministre du Pakistan en 1988 ndt)

M. Zulfikar Ali Bhutto, le fondateur du programme nucléaire du Pakistan, a vu les menaces américaines s’exécuter sur lui : il a fini pendu. Pour les mêmes raisons l’ancien président pakistanais le général Al-Haq Zia, qui a islamisé le Pakistan et consolidé son programme nucléaire, a lui aussi été assassiné. Plus récemment, Benazir Bhutto, fille de M. Bhutto, a été assassinée. D’autres peuvent encore faire face à un destin semblable.

La question, cependant, est : Pourquoi les Américains et les Israéliens refusent-ils que le Pakistan possède la bombe atomique ?

Le Pakistan est un pays musulman. En fait, l’Islam est la base même de la création territoriale et de l’existence politique du Pakistan. Excepté la religion, il n’y a vraiment aucun autre facteur qui unisse les Pakistanais. Ceci explique pourquoi les Pakistanais semblent fanatiques au sujet de la religion. C’est l’essence de leur nationalité

[…] Les Pakistanais se sont dit que leur ennemi est le Hindou, pas le juifs ou les chrétien, et par conséquent il faudrait que leur arsenal nucléaire soit focalisé sur l’Inde et non sur Israël ou les bases américaines. Il a fallu en même temps convaincre les Hindous que leur ennemi réel est bien le Pakistan et non un autre voisin et que celui-ci dispose des capacités de dissuasion dirigées contre les Hindous.

Cette politique vise à préoccuper le Pakistan avec l’Inde et l’Inde avec le Pakistan dans une course à l’armement sans fin et dans l’oubli des autres défis. C’est sans doute la raison pour laquelle on assiste à des regains de tensions entre les communautés musulmanes et les communautés hindouistes et c’est sans doute aussi pourquoi l’Amérique n’a pas été disposée à contribuer à résoudre le problème du Cachemire, tandis que les Israéliens essayeront de le maintenir toujours chaud, inflammable et explosif.

La tension et l’inquiétude continueront donc à planer sur cette région du monde car dans un scénario comme dans l’autre le Pakistan, gouverné par la classe politique traditionnelle ou par les groupes extrémistes nucléaire, restera en permanence un danger et une menace pour les américains et les israéliens. »

Les militaires ont un terme  » la brigade ou la division en offensive dans la foulée » : les forces de la coalition sont en situation d’offensive dans la foulée à partir de l’Irak et des bases arabes où ils ont envahi l’Irak, les troupes en Afghanistan avec des logistiques en Inde et dans les anciennes républiques musulmanes soviétiques, et les troupes en Libye : sur le plan de la logique ils n’ont pas une autre occasion pour tenter de mettre fin à la bombe « islamique » en faisant intervenir Israël, l’Inde et l’Occident. Ce scénario probable n’interdit pas dans la foulée de frapper l’Iran. Ils remettent l’équilibre en leur faveur, ils relancent l’économie par le déficit budgétaire et l’économie de guerre, ils affaiblissent la Chine qui va se trouver avec son ennemi traditionnel l’Inde et le Japon et l’affaiblissement de l’organisation de l’Alliance de Shanghai sino russe où le Pakistan et l’Iran sont membres observateurs appelés à devenir membre à part entière. Avec un Afghanistan réinvesti par la Russie, la Chine, l’Iran et le Pakistan l’alliance de Shanghai met en péril l’économie mondialiste juste par l’insésécurité des approvisionnements et le déplacement du centre mondial vers l’Euro Asie. On entend déjà les bottes de l’armée chinoise et de l’armée russe dès l’agression de la Libye et l’installation du bouclier anti missile en Turquie. Tous les scénarios sont ouverts. Le projet du grand Israël correspond dans le temps et l’espace au projet de survie de l’empire américain et ses vassaux et de la survie des monarchies arabes qui se mobilisent pour servir Israël.

Encore une fois les algériens s’ils avaient une élite héritière de l’ALN et non un pouvoir et une opposition prête à reconnaitre le CNT et servir l’OTAN ils auraient rendu la mission impossible en faisant échouer les plans de l’OTAN en Libye et en fermant la méditerranée en symbiose avec la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et couper l’approvisionnement en gaz et en pétrole. La révolution de cactus se transformeraient en révolution de chrysanthèmes pour les amateurs de chromatiques. Il semblent que les Chinois et les chinois avouent que les iraniens possèdent un arsenal de 10 unités balistiques nucléaires. Pourquoi le dire? Enfoncer le monde occidental et récupérer la mise ou menacer le monde occidental et pousser Israel à la faute. Toute faute ou défaite d’Israël est un affaiblissement du bloc anglo saxon et latino germanique en faveur des slaves et des chinois. Le jeu se fait à l’échelle des grands, sur la carte mondiale et en terme de macro régions. Les arabes seront les mammouths disparus dans l’espèce humaine jusqu’à ce que :

Allah fera venir un peuple qu’Il aime et qui l’aiment, miséricordieux entre eux et durs envers les renégats

Ceci dit je respecte son point de vue. Mes remarques doivent être prises dans leurs limites car je ne suis pas anglophone et ses principaux travaux sont en anglais. Je pense avoir répondu à l’essentiel. Pour nos tous l’Islam est un tout indivisible, sa mise en pratique ne peut se passer des règles mohammadienne de la progressivité, de la dynamique et du réalisme. Le réalisme de l’Islam ne veut pas dire se soumettre au fait accompli mais connaitre la réalité pour la changer sachant que le véritable changement commence par soi. Ce changement donne au Musulman le principe du mas’oul (la responsabilité individuelle) qui rend acceptable et désirable le véritable grand chantier du changement global et collectif qu’on appelle le Taklif : le changement social et politique. Dès qu’on donne à une partie plus d’importance qu’à une autre on a fait de l’Islam une caricature, un projet irréaliste, une fuite en avant, des occasions que les experts en lutte idéologique, en manœuvre de diversion et en opérations de subversions ne ratent pas car ils sont en éveil non pas qu’ils soient plis intelligents mais plus conscients des enjeux et des devenirs, les leurs et les nôtres….

La postérité d’Israël et le sens coranique de son second ou dernier retour

وَءَاتَيْنَا مُوسَى ٱلْكِتَـٰبَ وَجَعَلْنَـٰهُ هُدًۭى لِّبَنِىٓ إِسْرَ‌ٰٓءِيلَ أَلَّا تَتَّخِذُوا۟ مِن دُونِى وَكِيلًۭا ﴿2﴾ ذُرِّيَّةَ مَنْ حَمَلْنَا مَعَ نُوحٍ ۚ إِنَّهُۥ كَانَ عَبْدًۭا شَكُورًۭا ﴿3﴾ وَقَضَيْنَآ إِلَىٰ بَنِىٓ إِسْرَ‌ٰٓءِيلَ فِى ٱلْكِتَـٰبِ لَتُفْسِدُنَّ فِى ٱلْأَرْضِ مَرَّتَيْنِ وَلَتَعْلُنَّ عُلُوًّۭا كَبِيرًۭا ﴿4﴾ فَإِذَا جَآءَ وَعْدُ أُولَىٰهُمَا بَعَثْنَا عَلَيْكُمْ عِبَادًۭا لَّنَآ أُو۟لِى بَأْسٍۢ شَدِيدٍۢ فَجَاسُوا۟ خِلَـٰلَ ٱلدِّيَارِ ۚ وَكَانَ وَعْدًۭا مَّفْعُولًۭا ﴿5﴾ ثُمَّ رَدَدْنَا لَكُمُ ٱلْكَرَّةَ عَلَيْهِمْ وَأَمْدَدْنَـٰكُم بِأَمْوَ‌ٰلٍۢ وَبَنِينَ وَجَعَلْنَـٰكُمْ أَكْثَرَ نَفِيرًا ﴿6﴾ إِنْ أَحْسَنتُمْ أَحْسَنتُمْ لِأَنفُسِكُمْ ۖ وَإِنْ أَسَأْتُمْ فَلَهَا ۚ فَإِذَا جَآءَ وَعْدُ ٱلْءَاخِرَةِ لِيَسُۥٓـُٔوا۟ وُجُوهَكُمْ وَلِيَدْخُلُوا۟ ٱلْمَسْجِدَ كَمَا دَخَلُوهُ أَوَّلَ مَرَّةٍۢ وَلِيُتَبِّرُوا۟ مَا عَلَوْا۟ تَتْبِيرًا ﴿7﴾ عَسَىٰ رَبُّكُمْ أَن يَرْحَمَكُمْ ۚ وَإِنْ عُدتُّمْ عُدْنَا ۘ وَجَعَلْنَا جَهَنَّمَ لِلْكَـٰفِرِينَ حَصِيرًا ﴿8﴾

Et Nous avons prédît à la postérité d’Israël, dans le Livre : « Vous corromprez sûrement deux fois de par la terre, et vous opprimerez cruellement les gens. » Et quand le moment de l’accomplissement de la première des deux eut lieu, Nous avons déchaîné contre vous, de Nos créatures, doués d’une forte rigueur, alors ils pénétrèrent tout le pays. Et ce fut une menace accomplie. Ensuite Nous vous avons redonné avantage sur eux, Nous vous avons accru en richesses et en descendances, et Nous vous avons rendu plus nombreux. Si vous faites le meilleur, vous faites le meilleur pour vous-mêmes, et si vous faites le mal c’est à votre détriment. Quand viendra le moment de l’accomplissement de la seconde, ils marqueront sûrement l’horreur sur vos visages et pénétreront sûrement dans le sanctuaire comme ils le pénétrèrent la première fois, et pour démolir totalement ce qu’ils ont dominé. Il se peut que votre Seigneur vous Fasse miséricorde. Et si vous récidivez, Nous Recommencerons. Et Nous avons fait de la Géhenne un emprisonnement pour les mécréants. (Al Isra 1 à 8)

Les savants spécialistes de l’exégèse à travers le temps et les écoles du Tafisr ne sont pas parvenus à se prononcer d’une manière décisive sur le sens de ses versets :

Ces bani Israël sont-ils le peuple de Moise ou tous les Juifs ?
La promesse divine (’accomplissement de la seconde) s’est-elle déjà réalisée pour eux ou est-elle encore à se réaliser ?
Quand a eut lieu la première ?
De quel sanctuaire s’agit-il ? Celui de Salomon, celui de Jérusalem, celui de Babel ?

Mille et une questions ont été soulevées par les Savants et en toutes les époques et parmi ces savants certains sont allés à fixer les événements dans leur époque, les autres dans une époque révolue et d’autres encore dans une époque à venir. Mais les savants contemporains comme les anciens buttent sur la question des Bani Israël qui sont antérieurs aux Juifs. Le Coran aborde la question sous différentes périodes : celle de Jacob, celle de Moise, celle de Jésus, celle de Mohamed avant l’Islam, celle durant l’Islam. Les Bani Israël sont les ancêtres des Juifs et des Chrétiens sur le plan religieux, une minorité d’entre eux ont été des Musulmans qui ont suivi et soutenus les Prophètes Moussa et Aissa. Est-ce que le danger ne vient-il pas des néoconservateurs et des évangélistes sionistes américains?

Entre Zamakhchari, Ràzi, Ibn Kathir, Sayed Qotb, Al Qortobi, At Tabari et des dizaines d’autres j’ai du mal à fixer un choix définitif. Si Cheikh Imrane Hussein vous a apporté la réponse qui manque à votre savoir qu’Allah bénisse sa connaissance et la votre et qu’Il m’apporte la lumière pour distinguer la vérité malgré sa complexité et son caractère de Ghayb n’appartenant qu’à Allah. J’avoue n’avoir aucune connaissance en eschatologie. J’avoue mon modeste savoir : Mohamed (saws) envoyé comme ultime Prophète a agit armé de la Révélation et de la raison. Je n’ai pas connaissance qu’il ait demandé à un de ses compagnons de se référer à l’eschatologie ou au Ghayb pour construire une bonne gouvernance, affronter un ennemi ou aménager un territoire. Par contre en lisant Hassan al Bassri ou Abu Hamad al Ghazali je constate que dans les époques de troubles, de confusion et de foi bigote les musulmans ont recours aux mythologies judéo-chrétiennes et au fatalisme pour ne pas assumer leur responsabilité et se donner explication à leur Wahn. Le sujet est fermé pour moi. Je n’ai plus rien à ajouter sur ce qui dépasse mes compétences.

Gog et Magog

Le Hadith rapporté par Zeinab Ben Jahch où le Prophète se réveille paniqué disant malheur aux arabes et citant la brèche dans la muraille des Gog et Magog est-il une parabole, c’est à dire une passerelle entre l’injustice et la cruauté des envahisseurs et sa cause qui est la perversité des arabes  » kathoura al Khobt ». Gog et Magog sont-ils une vérité eschatologique que décrit le Prophète qui a vu une partie du Ghayb et il nous en informe pour que le jour où le phénomène se passe les Musulmans tenant fermement au Livre et à la Sunna ne faiblissent pas et ne se laissent pas emporter par le mimétisme et la démission nées justement de la perversion des Arabes. le Quand nous échappe : demain, le mois prochain, dans un an ou dans plusieurs siècles?

Gog, Magog et Dajjal relèvent de la métaphysique qui nous prépare à affronter la fin du monde et à nous préparer au Jugement dernier. Mohamed (saws) a fait de l’invocation le dernier recours une fois qu’il a mis en place son dispositif de combat. Il était positif et optimiste. Cheikh Imrane n’est ni positif ni optimiste ni rationnel. Ce n’est ni mon école ni mon idole.

Les talmudistes qui attendent le retour du Messie et l’apcalypse pour nous exterminer le font avec dessein et planification : Ils travaillent, ils produisent de la pensée efficace, ils mettent en oeuvre des systèmes d’armes sophistiqués. Ce ne sont ni des Djinns ni des Gogs ni des Magogs. A moins que la prochaine bataille nucléaire contre l’Iran mettre en première lignes les chinois qui vont déferler sur les terres arabes pour s’emparer des richesses de pétrole et de gaz à cause de la perversité des Arabes. C’est encore une lecture géopolitique et allégorique du hadith.

La vie nous a montré que contre « Gog et Magog » talmudique, le HAMAS et Hezbollah ont résisté et gagné. Les somaliens ont gagné, les Irakiens ont gagné, les Afghans sont entrain de gagner.
La Sourate al Kahf est une sourate de dynamique, de mouvement, d’espoir et de destin : Ne pas se soumettre à la fatalité. On ne peut pas aller contre l’évidence du Coran qui montre Dhul Qarnayn libérateur et civilisateur. On ne peut pas aller contre l’évidence du Hadith qui dit

 » Epuisez tous vos efforts, ne faiblissez point ensuite dites ainsi soit-il « .

Epuiser c’est mette fin aux ressources d’un puits et se retrouver sans ressources, contraints d’aller chercher les ressources au fond de soi qui sont inimaginables en termes d’efforts cachés, d’ingéniosité, de courage et de lutte. Allah ne charge chacun que selon son Wasa’â. Le Wasa’â n’est pas la capacité ou la possibilité mais l’aptitude à devenir expansible. Al Wasa’â est la vasteté ou la vastitude de l’effort du croyant, de sa patience, de son endurance, de sa constance dans l’épreuve. Seul Allah connait notre potentiel que revèle l’expérience de lutte ou de résistance. Seul Allah peut mettre en expansion le cœur (l’intériorité) qu’Il détient entre Ses doigts. Pourquoi aller loin et hors sujet.

Notre modèle : le Prophète (saws)

Nous devons nous libérer de toute explication eschatologique de l’histoire, de tout mythe messianique, et de toute haine qui nous ferait prendre l’ombre pour la proie, sonner midi à quatorze heures et prendre l’anti thèse de l’Islam comme l’allié stratégique des Musulmans. Nous devons conserver la vision positive, libératrice et civilisatrice de Mohamed (saws) qui a trouvé la force, le courage, l’imagination et l’inspiration pour innover et faire face aux contraintes objectives qui rendaient à priori sa mission à Médine impossible :

• Une démographie galopante d’exilés sans argent et sans métiers,
• un foncier aux mains des Juifs,
• la pratique usuraire,
• le capital financier aux mains des Juifs,
• le marché aux mains des Juifs,
• l’industrie (fabrication d’outillages et d’armements) aux mains des juifs,
• insalubrité de Madinah,
• les voies commerciales et les routes d’approvisionnement sous contrôle des tribus païennes arabes hostiles,
• la mobilisation de troupes militaires arabes financées par les riches commerçants arabes, les Juifs et les Chrétiens d’Arabie ou du Yémen, les Perses et les Byzantins,
• la trahison des Juifs et des Hypocrites qui n’ont pas respecté le pacte citoyen de Médine,
• les menaces d’envahissement de l’Arabie par les Perses et les Byzantins,
• Toutes les civilisations en Asie, en Europe, en Afrique étaient antinomiques avec le monothéisme de l’Islam,
• un peuple musulman pas encore totalement libéré de l’héritage païen et chargé d’entrer dans l’histoire comme libérateur et civilisateur…

Mohamed (saws) et ses compagnons ont réussi en s’appuyant sur une foi qui conjuguait « soumission » à Allah et mission pour Allah.

  • Je ne pose pas le problème en terme de juifs. J’ai parlé du monopole sur les finances, l’économie, le marché et l’industrie. A Médine il était entre les mains des Juifs, en 2012 il est entre les mains du nouvel ordre mondial. La situation de Mohamed (saws) était pire que la notre et il a travaillé avec le Coran et son intelligence en agissant sur le territoire, les hommes et les idées.
  • Le verset que je viens de citer plus haut sur le Makane (territoire) et le Tamkine (la territoiralisation) par une communauté de foi passe par la bonne gouvernance c’est à dire le politique qui met en œuvre l’économique, l’éthique et le spirituel. La communauté musulmane sans prendre les armes ni fomenter des troubles peut contraindre le gouvernant à changer en commençant à changer elle même et à prendre possession de son territoire, de son temps, de sa volonté les soumettant à la conformité du Coran et de la Sunna
  • l’Islam est global, dynamique et réaliste. Il ne s’agit pas de trouver la solution dans la salât ou dans un rite mais dans l’intégralité de l’Islam.

Omar Ibn Al Khattab sur les pas du Prophète (saws)

Lorsque Omar (ra) a été investi du Khalifat il s’est consacré au bonheur et à la dignité des Musulmans ainsi qu’à leur sécurité sans jamais tomber dans des explications eschatologiques ni débattre de questions métaphysiques. Il avait eu l’honneur du vivant du Prophète (saws) de souhaiter des lois divines qui ont été exaucées en devenant des révélations de versets coraniques immuables, et il avait eu le don de prémonition et de vision lors des conquêtes puisqu’il « voyait » le champ de bataille et envoyait les renforts et les hommes les plus adéquats pour remporter la bataille compromise. Il a gouverné avec réalisme et efficacité et conduit des armées avec victoire et miséricorde tant pour les Moudjahidines que pour les vaincus. Si les Khalifes bien guidés et à leur tête Omar Ibn Khattab ont agit en conformité avec les exigences du rapport des forces et d’intelligence stratégique et tactique je ne vois pas pourquoi nous devrions affronter nos ennemis avec des slogans et des discours apocalyptiques sans prendre avec notre esprit et avec nos mains les conditions objectives et subjectives de la victoire et de l’émancipation. A titre d’illustration voici quelques grandes réalisations de Omar qui témoignent de son réalisme, de son efficacité, de sa connaissance des desseins du Coran, des exigences de la communauté musulmane :

  • Instauration de la justice, de l’équité et du droit,
  • Promotion du travail, augmentation de la productivité du travail et accroissement de l’efficacité sociale,
  • Mise en place du crédit pour le développement de l’innovation et de la production ainsi que la multiplication des entreprises individuelles ou participatives,
  • Mise en place et organisation des fondations pieuses et du Waqf pour garantir la cohésion sociale et des revenus conséquents pour supporter l’effort de guerre et promouvoir le progrès social et économique,
  • Réalisation de grands chantiers en matière de santé publique, de solidarité sociale et d’éducation
  • Planification et conduite de la réforme agraire (extension de la production, mise en valeur des terres, confiscation des terres non travaillées)
  • Édification de l’État avec une administration scientifique, un budget équilibré, un Trésor public, une comptabilité
  • Garantie de la sécurité des peuples, musulmans et non musulmans, et respect de la sacralité du sang et des biens tant qu’il n’y a pas transgression du droit,
  • Amélioration des revenus et mise en place d’un système socio-économique contributif et redistributif selon des critères transparents fondés sur les trois aspects suivants
    • le mérite,
    • l’effort,
    • le besoin
  • Consolidation et préservation de la religion sans laxisme ni rigorisme
  • Fédération et mise en synergie de toutes les forces vives de la communauté sans exclusion ni exclusive

Ce que dit le Coran est plus important que ce que disent tous les savants réunis

Nous croyons au Ghayb mais nous n’en connaissons pas le terme qui appartient à Allah. Faute d’agir sur une vérité métaphysique nous devons, par respect pour l’humanité qui nous habite et le Coran qui nous guide, agir avec intelligence et détermination sur les conditions objectives et subjectives tout en étant confiant en Allah. Il ne s’agit pas d’agir par improvisation ou par arrangement d’appareils comme l’ont fait les élites musulmanes dans ce « printemps arabe » qui est devenu par leur incapacité un torrent de sang, une transgression de la vie sacrée et un auxiliariat de l’agenda de l’OTAN. Il nous faudrait agir en conformité avec les Sunnanes (lois) d’Allah qui gouvernent d’une manière immuable l’histoire des hommes, l’émergence ou la décadence des nations et des civilisations

سُنَّةَ ٱللَّهِ ٱلَّتِي قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلُ وَلَن تَجِدَ لِسُنَّةِ ٱللَّهِ تَبْدِيلاً

{C’est la Loi d’Allah qui a déjà eu lieu auparavant. Et tu ne trouveras point de modification à la Loi d’Allah.} Al Fatah 23

Cette loi d’Allah immuable est explicitée par le Coran et par la biographie du Prophète, et elle est livrée par l’Histoire sans besoin d’aller puiser dans la métaphysique :

وَأَقْسَمُواْ بِٱللَّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ لَئِن جَآءَهُمْ نَذِيرٌ لَّيَكُونُنَّ أَهْدَىٰ مِنْ إِحْدَى ٱلأُمَمِ فَلَمَّا جَآءَهُمْ نَذِيرٌ مَّا زَادَهُمْ إِلاَّ نُفُوراً ٱسْتِكْبَاراً فِي ٱلأَرْضِ وَمَكْرَ ٱلسَّيِّىءِ وَلاَ يَحِيقُ ٱلْمَكْرُ ٱلسَّيِّىءُ إِلاَّ بِأَهْلِهِ فَهَلْ يَنظُرُونَ إِلاَّ سُنَّتَ ٱلأَوَّلِينَ فَلَن تَجِدَ لِسُنَّتِ ٱللَّهِ تَبْدِيلاً وَلَن تَجِدَ لِسُنَّتِ ٱللَّهِ تَحْوِيلاً أَوَلَمْ يَسِيرُواْ فِي ٱلأَرْضِ فَيَنظُرُواْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ ٱلَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ وَكَانُوۤاْ أَشَدَّ مِنْهُمْ قُوَّةً وَمَا كَانَ ٱللَّهُ لِيُعْجِزَهُ مِن شَيْءٍ فِي ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَلاَ فِي ٱلأَرْضِ إِنَّهُ كَانَ عَلِيماً قَدِيراً

{Ils ont juré par Allah de tous leurs serments, que s’il leur parvenait un avertisseur, ils seraient sûrement mieux guidés qu’aucune des communautés. Alors, quand un avertisseur est venu à eux, il ne les accrut qu’en répulsion : orgueil de par la terre, et ruse de nuisance. Mais la ruse de la nuisance ne retombe que sur ceux qui la fomentent. Pourquoi ne devraient-ils pas regarder autre chose que la coutume des Anciens. Tu ne trouveras point d’altération à la Loi d’Allah, et tu ne trouveras point de déviation à la Loi d’Allah. N’ont-ils donc pas parcouru la terre puis regardé le sort de ceux qui étaient avant eux, lesquels étaient plus forts qu’eux en puissance. Allah n’A jamais Été Entravé par quoi que ce soit dans les Cieux ni en la terre. Il A toujours Été Omniscient, Omnipuissant.} Fater 42

وَإِن كَادُواْ لَيَفْتِنُونَكَ عَنِ ٱلَّذِي أَوْحَيْنَآ إِلَيْكَ لِتفْتَرِيَ عَلَيْنَا غَيْرَهُ وَإِذاً لاَّتَّخَذُوكَ خَلِيلاً وَلَوْلاَ أَن ثَبَّتْنَاكَ لَقَدْ كِدتَّ تَرْكَنُ إِلَيْهِمْ شَيْئاً قَلِيلاً إِذاً لأذَقْنَاكَ ضِعْفَ ٱلْحَيَاةِ وَضِعْفَ ٱلْمَمَاتِ ثُمَّ لاَ تَجِدُ لَكَ عَلَيْنَا نَصِيراً وَإِن كَادُواْ لَيَسْتَفِزُّونَكَ مِنَ ٱلأَرْضِ لِيُخْرِجوكَ مِنْهَا وَإِذاً لاَّ يَلْبَثُونَ خِلافَكَ إِلاَّ قَلِيلاً

{Peu s’en faut qu’ils ne t’aient dérouté de ce que Nous t’avons inspiré, pour que tu controuves contre Nous autre chose que ceci (le Coran); à ce moment là, ils t’auraient sûrement pris comme un bien-aimé. Et si Nous ne t’avions affermi, tu aurais failli pencher quelque peu vers eux. Dans ce cas, Nous t’aurions fait subir la double durée de l’épreuve de la vie et la double durée de l’épreuve de la mort, ensuite tu ne trouverais point contre Nous de protecteur. Peu s’en faut qu’ils ne t’aient fait fuir de la terre, pour t’en chasser ; dans ce cas, ils ne seraient demeurés que peu de temps après toi. C’est la Loi s’appliquant à Nos Messagers que Nous avons envoyé avant toi. Et tu ne trouveras point de changement à Notre Loi.} Al Isra 76

Il faut se donner le temps de voir comment s’est manifestée cette Sunna dans le rapport de force prouvant une fois de plus que le chemin tracé pour Mohamed (saws) et les Prophètes (as) est le chemin que nous devons suivre sans tomber dans les dérives eschatologiques des talmudiques ou de ceux qui s’en inspirent et qui croyant bien faire cultivent la paresse, le sensationnel, le fatalisme et l’attente messianique au lieu de cultiver l’ingénierie de résolution des problèmes tant politiques et sociaux que géopolitiques et stratégiques. Voici la Loi d’Allah à l’œuvre mettant à l’épreuve les uns et les autres :

قَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِكُمْ سُنَنٌ فَسِيرُواْ فِي ٱلأَرْضِ فَٱنْظُرُواْ كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ ٱلْمُكَذِّبِينَ هَـٰذَا بَيَانٌ لِّلنَّاسِ وَهُدًى وَمَوْعِظَةٌ لِّلْمُتَّقِينَ وَلاَ تَهِنُوا وَلاَ تَحْزَنُوا وَأَنْتُمُ الأَعْلَوْنَ إِنْ كُنْتُمْ مُّؤْمِنِينَ إِن يَمْسَسْكُمْ قَرْحٌ فَقَدْ مَسَّ ٱلْقَوْمَ قَرْحٌ مِّثْلُهُ وَتِلْكَ ٱلأَيَّامُ نُدَاوِلُهَا بَيْنَ ٱلنَّاسِ وَلِيَعْلَمَ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ آمَنُواْ وَيَتَّخِذَ مِنكُمْ شُهَدَآءَ وَٱللَّهُ لاَ يُحِبُّ ٱلظَّالِمِينَ وَلِيُمَحِّصَ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ آمَنُواْ وَيَمْحَقَ ٱلْكَافِرِينَ أَمْ حَسِبْتُمْ أَن تَدْخُلُواْ ٱلْجَنَّةَ وَلَمَّا يَعْلَمِ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ جَاهَدُواْ مِنكُمْ وَيَعْلَمَ ٱلصَّابِرِينَ

{Combien de Lois ont réglé le sort de ceux qui vous ont précédé. Parcourrez donc la terre et regardez quel ne fut le sort des négateurs! Ceci est un Manifeste pour les hommes, une Direction infaillible et une exhortation pour les pieux. Ne perdez donc pas courage, ne vous affligez point alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes croyants. Si une blessure vous atteint, les autres furent aussi atteints d’une blessure pareille. Et ces jours, Nous les alternons parmi les hommes. Allah connait certainement ceux qui sont devenus croyants, et Il élit des Martyrs d’entre vous – Allah n’Aime point les injustes – afin qu’Il purifie ceux qui sont devenus croyants, et qu’Il anéantisse les mécréants. Ou bien pensiez-vous entrer au Paradis sans qu’Allah ne confirme ceux qui ont lutté d’entre vous et ne confirme les persévérants ?} Al ‘Imrane 137

وَمَن يُطِعِ ٱللَّهَ وَرَسُولَهُ وَيَخْشَ ٱللَّهَ وَيَتَّقْهِ فَأُوْلَـٰئِكَ هُمُ ٱلْفَآئِزُون وَأَقْسَمُواْ بِٱللَّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ لَئِنْ أَمَرْتَهُمْ لَيَخْرُجُنَّ قُل لاَّ تُقْسِمُواْ طَاعَةٌ مَّعْرُوفَةٌ إِنَّ ٱللَّهَ خَبِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ قُلْ أَطِيعُواْ ٱللَّهَ وَأَطِيعُواْ ٱلرَّسُولَ فَإِن تَوَلَّوْاْ فَإِنَّمَا عَلَيْهِ مَا حُمِّلَ وَعَلَيْكُمْ مَّا حُمِّلْتُمْ وَإِن تُطِيعُوهُ تَهْتَدُواْ وَمَا عَلَى ٱلرَّسُولِ إِلاَّ ٱلْبَلاَغُ ٱلْمُبِينُ وَعَدَ ٱللَّهُ ٱلَّذِينَ آمَنُواْ مِنْكُمْ وَعَمِلُواْ ٱلصَّالِحَاتِ لَيَسْتَخْلِفَنَّهُمْ فِي ٱلأَرْضِ كَمَا ٱسْتَخْلَفَ ٱلَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ وَلَيُمَكِّنَنَّ لَهُمْ دِينَهُمُ ٱلَّذِي ٱرْتَضَىٰ لَهُمْ وَلَيُبَدِّلَنَّهُمْ مِّن بَعْدِ خَوْفِهِمْ أَمْناً يَعْبُدُونَنِي لاَ يُشْرِكُونَ بِي شَيْئاً وَمَن كَفَرَ بَعْدَ ذٰلِكَ فَأُوْلَـٰئِكَ هُمُ ٱلْفَاسِقُونَ

{Et quiconque obéit à Allah et à Son Messager, et craint Allah et s’efforce d’être pieux, ceux-ci sont les gagnants. Et ils ont juré par Allah de tous leurs serments que si tu le leur ordonnais, ils partiraient sûrement (pour le combat). Dis : « Ne jurez pas ». C’est une obéissance connue. Certes, Allah Est Omniscient de ce que vous faites. Dis : « Obéissez à Allah et obéissez au Messager ». Si alors ils se détournent, il ne lui incombe que ce dont il fut chargé, et il ne vous incombe que ce dont on vous a chargés. Et si vous lui obéissez vous serez guidés, et il n’incombe au Messager que la transmission évidente. Allah A Promis à ceux qui sont devenus croyants d’entre vous, et ont fait les œuvres méritoires de faire d’eux, certainement, les successeurs sur la terre, comme Il a fait de ceux qui furent avant eux, des successeurs, et d’accorder plein pouvoir à leur religion, qu’Il a agréée pour eux, et qu’après leur inquiétude, Il la leur changera en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent absolument rien. Et quiconque renie après cela, alors ceux-ci sont les pervertis. Alors accomplissez la prière, et acquittez-vous de la Zakat, et obéissez au Messager, ainsi il vous sera fait miséricorde. Et ne pensez surtout pas que ceux qui devinrent mécréants sauraient entraver de par la terre, leur refuge sera le Feu, piètre destin !} Al Nour 52

Ces énoncés montrent qu’il n’y a pas de place à la démagogie ni à la culture de la fascination par l’évocation du surnaturel, mais détermination, endurance, intelligence et effort soutenu et assidu par toute une génération de croyants. Salah Eddine a libéré Al Qods en suivant les Lois divines, en faisant des analyses objectives et subjectives puis en s’appuyant sur Allah une fois sa décision prise avec rationalité éclairée par la foi.

Le terme et le délai appartiennent à Allah, le quand n’appartient ni aux Prophètes ni aux croyants

Cheikh Imran Hosein s’appuie pour son explication eschatologique sur la sourate al Kahf qui pourtant énonce sur le Ghayb du passé sa complexité qui a laissé le Prophète (saws) dire à ses compagnons que si Moïse (as) s’était montré plus patient nous aurions eu plus d’informations sur le Ghayb. Focalisé sur le passé et non sur celui de l’avenir davantage plus complexe et moins intelligible, la sourate Al Kahf aborde la question de la foi à travers les jeunes dormants de la caverne et nous fait acquérir cette règle fondamentale : Allah (swt) a fait découvrir les jeunes gens de la caverne pour manifester Ses signes aux contestataires et aux négateurs.

{De même, Nous avons fait qu’on les découvre afin que les gens sachent que la promesse d’Allah est Vérité, et que l’Heure ne fait aucun doute, lorsqu’ils contestent leur affaire entre eux} Al Kahf 21

En manifestant les signes qui témoignent que Sa Promesse est vraie et que la fin du monde est proche, Allah (swt) met toute sa création dans l’impossibilité de deviner le terme et le délai de la fin du monde en faisant allusion qu’il est impossible de deviner le nombre de personnes ni de prévoir comment demain sera fait :

{Ils diront : « Trois, leur quatrième : leur chien », et ils diront : « Cinq, leur sixième : leur chien » par divination. Et ils diront : « Sept et leur huitième : leur chien ». Dis : « Mon Seigneur Est Plus-Scient de leur nombre, et ne le connaissent que peu nombreux. Ne discute alors sur leur sujet qu’une discussion globale, et ne demande l’avis de personne d’entre eux à leur propos. » Et ne dis surtout pas d’une chose : « Je ferai ceci demain », sauf : « Si Allah Veut ». Evoque le Nom de ton Seigneur, si tu oublies, et dit : « Mon Seigneur me Guidera sûrement vers ce qui est plus proche de cela en droiture ». Et ils demeurèrent dans leur Caverne trois cents ans qui augmentèrent de neuf. Dis : « Allah est Plus-Scient de ce qu’ils restèrent. A lui Appartient le Ghayb des Cieux et de la terre} Al Kahf 22 à 26

Nous sommes invités à nous informer et à nous rappeler la vérité du Ghayb de la fin du monde en des termes globaux et ce dans le but de nous rappeler la promesse d’Allah (swt) et de craindre Son Châtiment. Mais nous ignorons le processus réel, le terme exact (al ajal) et le délai final (al amad) qui n’appartiennent qu’à Allah (swt). Le quand n’est ni du ressort du Prophète ni des Croyants les plus érudits et les plus illuminés. Les compagnons du Prophète (saws) n’ont pas développé une science eschatologique ni consacré leur temps à débattre de la fin du monde, de l’arrivée du Dajjal et du retour du Messie. Je ne suis pas qualifié pour dire que le faire aujourd’hui est une innovation (bid’âa) mais j’affirme à la lumière du Coran que c’est prendre un risque énorme de déviance que de se consacrer à l’art divinatoire à partir des Hadiths et un penchant vers l’astrologie et les sciences occultes. Le risque le plus grand c’est de laisser le Coran derrière soi et de refuser d’affronter le monde en se mettant sur un terrain et un savoir dont nous n’avons aucune certitude ni science car ils relèvent exclusivement d’Allah :

{A chaque terme un Décret. Allah efface et maintient ce qu’Il veut, et Il possède l’essence même du Livre du destin. Soit que Nous te montrions une part de ce que Nous leur promettons, ou que Nous te rappelions, il ne t’incombe que la transmission, et à Nous incombe le jugement.} Ar Raâd 38

Chaque fin, chaque issue, l’échéance de toute chose, de toute vie, de toute civilisation, de tout être, de tout phénomène y compris celui de l’existence des univers est consigné dans le Livre du destin inaccessible car il est écrit par Dieu. Nous savons qu’il y a une fin mais nous ne connaissons pas son terme. Le Prophète (saws) lui-même n’avait pas vocation à poser la question du quand ni à y répondre pour fixer le terme et le délai de ce qu’Allah a annoncé :

{Dis : « Il ne m’est sûrement inspiré que : “Votre Dieu Est, sûrement un Dieu Unique”. Etes-vous donc des musulmans ? » Si alors ils se détournent, dit : « Je vous ai transmis, à tous, ce qui m’a été ordonné. Je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain. Il Sait le manifesté de vos paroles et Il Sait ce que vous taisez. Et que sais-je, peut-être est-ce une épreuve pour vous et une jouissance pour un certain temps ? »} Al Anbiya 108

{Dis : « Je ne dispose pour vous ni de mal ni de droiture ». Dis : « Moi, personne ne me préservera contre Allah, et je ne trouverai, à l’exclusion de Lui, aucun abri. Je ne dispose que d’une transmission de la part d’Allah et Ses Messages. » Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager, il aura le Feu de la Géhenne : ils s’y éterniseront à jamais, jusqu’à ce qu’ils voient ce dont on les menace, ils sauront alors qui est le plus faible en soutien et le moindre en nombre ! Dis : « Je ne sais s’il est proche ce dont on vous menace ou si mon Seigneur lui donnera un délai ? » Très-Scient du Ghayb, Il ne révèle Son Ghayb à personne, sauf à celui qu’Il agrée comme Messager, Il l’entoure de toute part d’Anges gardiens, pour voir qu’ils ont transmis les Messages de leur Seigneur, et Il Domine ce qu’ils détiennent, et Il a recensé toute chose avec une parfaite et totale exactitude.} Al Djinn 21 à 28

Conclusion

La différence entre moi et Cheikh Imrane est dans trois points fondamentaux :
a – je n’ai pas recours à l’analyse eschatologique ni messianique ni talmudique pour lire l’histoire ou l’économie
b – l’or et l’argent ne sont pas une panacée pour la monnaie ni pour la justice sociale. Il faut étudier l’histoire des faits et de la pensée économique.
3 – Je suis un praticien de l’économie, je ne suis pas un conférencier théologique. L’Inspection générale des Finances (IGF) de l’Algérie en début 90 m’a donné un quitus : j’ai pris en charge une entreprise avec 12 Milliards de dinars anciens et j’étais renvoyé en la laissant avec 3 Milliards anciens de bénéfice. J’ai conjugué foi, probité, compétence et confiance aux jeunes Algériens qui ont travaillé sous ma direction dans un système pourtant corrompu et inéquitable.

Nous pouvons faire mieux si nous reprenons possession de nos compétences humaines : réfléchir, nous concerter et agir.

En dehors du fait que le Ghayb nous échappe, le Coran nous demande de renvoyer le mutashabih ( compris comme probable dans le sens philosophique et non statitique) au Muhkam (l’évident). Toutes les évidences coraniques donnent la victoire aux croyants s’ils respectent un certain nombre de conditions dont  » préparez leur tout ce que vous pouvez… »

Allah nous a demandé d’aller observer sunnan al Awaline : Les faits historiques et tirer enseignements. Il faut lire Hassan al Basri, Ibn Taymiyya ou Ibn Khaldoun pour voir que les explications eschatologiques et les attentes messianiques sont toujours apparus dans les moments troubles et confus lorsque la crise morale, politique et religieuse dure trop longtemps rendant toute lecture objective confuse. L’être humain, paresseux et avide de sensationnel, s’empresse à trouver une explication qui le dégage de ses responsabilités et qui fait taire sa conscience : la fuite vers le surnaturel ou vers le Ghayb qui pourtant est inaccessible à notre entendement :

قُل لَّا يَعْلَمُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ الْغَيْبَ إِلَّا اللَّه

{Dis : « Ceux qui sont dans les Cieux et la terre ne connaissent point le Ghayb, sauf Allah. »} An Naml 64

قُل لاَّ أَمْلِكُ لِنَفْسِي نَفْعًا وَلاَ ضَرًّا إِلاَّ مَا شَاء اللّهُ وَلَوْ كُنتُ أَعْلَمُ الْغَيْبَ لاَسْتَكْثَرْتُ مِنَ الْخَيْرِ وَمَا مَسَّنِيَ السُّوءُ إِنْ أَنَاْ إِلاَّ نَذِيرٌ وَبَشِيرٌ لِّقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ

{Dis : « Je ne détiens pour ma personne ni bien ni mal, sauf ce que Veut Allah. Si je connaissais le Ghayb, j’en aurais accru les biens et nulle nuisance ne m’aurait touché. Je ne suis qu’un avertisseur et un annonciateur pour des gens qui croient. »} Al A’âraf 188

وَعِندَهُ مَفَاتِحُ الْغَيْبِ لاَ يَعْلَمُهَا إِلاَّ هُوَ

{Il Possède les clés du Ghayb, nul n’en a la savoir sauf Lui} Al An’âme 59

 

Encore une fois, je ne vise pas Cheikh Imrane Hossein qui a la liberté d’exprimer son opinion, mais j’ai le devoir, par amour de l’Islam, de dire ma vérité : notre bataille n’est pas dans l’ordre de la mythologie ou de la métaphysique, mais de l’ordre idéologique, idée contre idée, et de l’ordre praxique, action contre action :

{Préparez-leur tout ce que vous pouvez}

Nous devons nous inscrire dans le rapport d’intelligence et dans le rapport des forces et non dans le rapport des opinions et des interprétations sur lesqeulles nous n’avons aucune prise.

 

L’Apocalypse est vraie mais chacun le lit selon sa grille idéologique et culturelle :

 


Cours d’économie et d’apocalypse par le Rav Ron… par MinuitMoinsUne

 

 


René Girard – L’apocalypse a-t-elle commencé ? par MinuitMoinsUne

Mars 2012 ou le début de l’apocalypse? – Rav… par MinuitMoinsUne

 

 

Omar Mazri

Témoin, mémoire, culte et Jihad (suite 2/2)

Dans l’énoncé de la sourate Al Bouroudj, nous ne sommes pas dans un tribunal humain avec ses mensonges, ses rhétoriques, sa casuistique, ses défaillances, ses lacunes, sa subjectivité et sa partialité. Nous sommes face à Allah le Témoin, le Juste, l’Équitable qui a annoncé l’organisation du procès parfait, infaillible, irrévocable et irréversible :
{Le Jour où leurs langues, leurs mains et leurs pieds témoigneront de ce qu’ils faisaient, ce jour-là, Allah leur Donnera complètement leur vraie rétribution et ils sauront qu’Allah Est la Vérité incontestable.} An Nur 24{Aujourd’hui Nous Scellons leurs bouches : leurs mains Nous parleront, et leurs pieds témoigneront de ce qu’ils acquéraient. Et si Nous le Voulions, Nous Effacerions leurs yeux : alors ils se bousculèrent sur le pont de l’Enfer. Comment donc verront-ils ?} Yacine 65Nous ne sommes dans un tribunal humain nous sommes dans l’incomparable Justice et équité d’Allah qui les soutient par Sa Puissance, Son Témoignage, Sa Vérité et Son Invincibilité infaillible et incontestable :{Et le Jour où les ennemis d’Allah seront rassemblés au Feu, conduits par rangs, jusqu’à ce qu’ils y arrivent : leurs ouïes, leurs vues, et leurs peaux témoigneront contre eux de ce qu’ils faisaient. Et ils dirent à leurs peaux : « Pourquoi avez-vous témoigné contre nous ? » Elles dirent : « Allah, Celui qui Fait parler toute chose, nous fit parler. Et c’est Lui qui vous A Créés la première fois, et vers Lui vous serez ramenés. Et vous ne cherchiez pas à vous cacher, de sorte que ni vos ouïes, ni vos vues, ni vos peaux ne puissent témoigner contre vous, mais vous avez pensé qu’Allah ne Sait pas beaucoup de ce que vous faites. Cela était la pensée que vous pensiez de votre Seigneur, elle vous a détruits, alors vous êtes devenus du nombre des perdus ». S’ils persévèrent, le Feu est une demeure pour eux, et s’ils s’excusent, ils ne seront point du nombre des excusés.} Fussilat 19

Dans ces versets de la Sourate Fussilat « les détaillées » nous sommes effectivement face au témoignage exemplaire et à la justice idéale que chaque coupable craint et souhaite ne pas y penser ni y croire et que chaque victime réclame et attend avec espoir et espérance sa survenue. Il ne s’agit pas d’une connaissance narrative, intuitive ou subjective de la vérité historique, factuelle et psycho affective des acteurs et des victimes des crimes, des atrocités, des souffrances et de leurs stigmates sur la vie et dans la mémoire. Mais il s’agit d’une parole divine qui fait le serment sur le témoignage et ses actants en l’occurrence l’accusé et l’accusateur, le coupable et la victime ainsi que la nature de la tragédie, le moment, le lieu et les circonstances qui les ont uni. Ce sont donc les membres, les facultés de perception et les compétences d’entendement qui vont garder mémoire indélébile, au détriment de leur conscience, pour venir confirmer la véracité de ce que l’on a vu, entendu, perçu, compris et vécu. Le témoignage devient révélation et authentification incontestable. Aucun injuste, aucun transgresseur, aucun renégat, aucun traitre ne peut échapper à la reddition des comptes si dans cette vie il ne s’est pas prémuni contre lui même en prenant garde à Allah et en se montrant miséricordieux envers les Créatures d’Allah :

{La punition d’un mal est un mal pareil. Quiconque pardonne et s’amende, sa rémunération incombe alors à Allah. Il n’Aime pas les injustes. Et quiconque triomphe après avoir subi une injustice : ceux-là alors ne leur incombe aucune responsabilité. Mais la responsabilité incombe à ceux qui sont injustes envers les gens, et qui tyrannisent de par la terre sans juste cause. Ceux-là auront un douloureux châtiment. } As Shura 40

Nous conservons cette idée d’authentification, de confrontation, de révélateur, de mémorabilité, de témoignage sur un crime commis contre une communauté de foi dont le Coran tait la date et le lieu et le nom pour mettre en exergue le crime, ses actants et la Justice immanente en un Jour proche et inéluctable. Nous pouvons donc avoir recours à d’autres traductions qui respectent le sens des versets coraniques, le style du Coran et son pouvoir évocateur sur notre imagination, notre mémoire et notre quête d’idéal que le Coran révèle en une fraction de seconde par un énoncé clair, concis et signifiant :

{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un mémorable} Al Bouroudj 1
{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un révélateur} Al Bouroudj 1
{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un accusateur} Al Bouroudj 1

Le jour du crime est mémorable ! Le Jour du Jugement dernier est mémorable ! Les atrocités commises sont mémorisées dans les cellules humaines et dans les atomes de la création qui viennent témoigner ! Al Mizane, la Balance divine, qui pèse et évalue les actions, les intentions et les comportements est un révélateur ! La victime en demandant Justice est un révélateur ! La victime en demandant Justice est un accusateur. Ce qui vient renforcer cette lecture est bien entendu le récit coranique et prophétique sur les أَصْحَـٰبُ ٱلْأُخْدُودِ « les gens du fossé ». Ce qui vient renforcer cette lecture est aussi la réponse subtile aux trois serments

قُـتِـل : لقد لُعِنَ أشدَّ اللَّعْنِ (جواب القسم

Les assassins ne sont donc évoqués que dans une forme allusive et intransitive qui les exclut, par la subtilité grammaticale coranique, de la miséricorde divine : ils deviennent des maudits. Celui qui est frappé de la Malédiction divine a perdu en lui toute forme de miséricorde et a perdu non seulement le bénéfice de la Miséricorde divine mais le regard, l’écoute et l’attention d’Allah le Miséricordeur. Il ne pourra trouver le Jour du Jugement dernier nul intercesseur en sa faveur et nul défenseur et nulle action qui puisse bénéficier en sa faveur, lui donner des circonstances atténuantes, alléger ou raccourcir son séjour en Enfer.
Nous ne sommes donc plus dans une lecture « les gens du Fossé ont été tués » mais « les gens du Fossé ont été maudits ». Les gens du fossé ne sont pas les victimes mais les assassins sur lesquels la justice humaine n’a pas eu prise. Nous ne savons pas exactement si les martyrs sont ceux qui ont été jetés dans le fossé remplis de combustibles ou si les martyrs sont des morts inconnus alors que le fossé rempli de combustible désigne l’enfer destiné aux assassins conformément au verset :

النَّارَ الَّتِي وَقُودُهَا النَّاسُ وَالْحِجَارَةُ
{le Feu dont le combustible proviendra des Hommes et des pierres, préparé pour les mécréants.} Al Baqara 24

وَأُولَٰئِكَ هُمْ وَقُودُ النَّارِ
{Et ceux-là sont le combustible du Feu.} Al ‘Imrane 10

L’impunité, l’injustice et la cruauté de leur mort ne relèvent plus des hommes mais de la Justice divine. Leur dossier sur le plan de l’existence terrestre est fermé. Les informations qui nous parviennent de l’histoire sont fragmentées, rares et imparfaites. Par conséquent nul ne peut les réhabiliter ni leur rendre justice sur le plan des livres d’histoire ni sur le plan pénal ni sur le plan du dédommagement de leurs descendants.

Cette lecture coranique permet de conclure à un massacre total de la fratrie de foi par des gens maudits. Ce massacre est sous-entendu par le Coran mais qu’Allah par Sa Miséricorde nous a épargné ses détails contrairement aux images horribles qui font réjouir et jouir les « Musulmans » comme s’ils étaient des forcenés – entre les mains de la guerre psychologique, médiatique et idéologique – destinés à haïr et à se faire haïr.

En effet il est impensable qu’Allah nous donne une description des « gens du fossé » comme celle de victimes massacrées dans un panorama paisible ou comme s’ils étaient des bouddhistes s’immolant par le feu après une longue méditation ou l’absorption d’une drogue anesthésiante. Les « gens du fossé » ne sont pas assis sur le feu mais assis près, à côté, au dessus ou sur le fossé ou sur le lieu du massacre agissant en témoins du massacre qu’ils ont commis ou qu’ils sont en train de commettre :

إِذْ هُمْ عَلَيْهَا قُعُودٌۭ
{Lorsqu’ils y étaient assis} Al Bouroudj 6

Ceux qui sont assis se sont les témoins ou les acteurs du massacre et non les massacrés.

Il faudrait sur le plan de la logique sémantique que le massacre soit total, massif, impitoyable, monstrueux pour qu’Allah en fasse le serment sur Lui-même en tant que Témoin, sur les constellations cosmiques qui gardent trace mnésique de cette monstruosité humaine et sur le Jour du Jugement dernier qui viendra rendre justice aux massacrés et châtier les massacreurs. L’énoncé coranique qui vient par la suite dans la sourate Al Bouroudj milite en faveur de cette lecture qui fait d’une part d’Allah le Témoin et des massacreurs les témoins sur leur massacre et d’autre part des victimes massacrées, brulées, torturées ou crucifiées les accusateurs :

وَهُمْ عَلَىٰ مَا يَفْعَلُونَ بِٱلْمُؤْمِنِينَ شُهُودٌۭ

Chouhoud est le pluriel de Chahid :

{…et eux sont témoins de ce qu’ils faisaient des croyants} Al Bouroudj 7

وَٱللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍۢ شَهِيدٌ
{Et Allah Est Témoin sur toute chose} Al Bouroudj 9

C’est en même temps une ouverture du temps humain à l’espérance que Justice sera rendue même si cela doit se faire dans mille ans ou un million d’années ou plus ou moins. C’est cette foi et cette espérance qui donnent au croyant la résignation devant le destin qui semble cruel, la patience devant l’adversité, le contentement dans l’épreuve, le consentement face au Décret divin, l’attente du secours venant d’Allah et non de la providence messianique sous la forme de l’OTAN ou du Dajjal (l’antéchrist)…

Nous sommes donc mis d’emblée dans le panorama du Jugement dernier avec le Chahed شاهد qui est ici Allah le Témoin Justicier qui va mettre en procès les criminels qui vont venir comme témoins de leur actes portant atteinte à la sacralité de la vie humaine et de sa liberté de conscience, de ceux qui n’ont ni assisté ni vus mais qui ont commandité la torture et l’assassinat des croyants qui refusent d’abjurer leur foi, de ceux qui n’ont pas participé par leurs actes mais qui sont coupables par leur silence complice ainsi que ceux contraints d’assister et qui croient que la contrainte absous alors que le cœur et la conscience habitués aux massacres et aux tortures ne désavouent pas en leur for intérieur comme le spécifie le Hadith :

« Qui a vu (assisté à), parmi vous, une chose blâmable qu’il lutte pour le changer par sa main (en luttant par la force physique ou matérielle), par sa langue (en le dénonçant par le verbe et l’écrit), sinon par le cœur (en le désapprouvant intérieurement) et ceci est le niveau le plus bas de la foi »

Le Mashoud مَشْهُود : la victime accusatrice viendra le Jour du Jugement dernier comme le martyr ensanglanté non seulement apporter son témoignage mais le porter devant une audience composée de l’Humanité ressuscitée, des Anges Scribes qui écrivent nos actes. En arabe ou en français on arrive à une convergence sur le sens accusation : incrimination, dénonciation, révélation, indication, mémoire témoignant, apport de preuves…

{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un accusateur. Maudits soient les gens du Fossé : Ils sont le combustible du Feu lorsqu’ils viendraient l’alimenter et eux sont alors témoins de ce qu’ils faisaient des croyants dont ils se sont vengés que parce qu’ils croyaient en Allah, l’Invincible, le Tout-Louable; Celui auquel appartient le Royaume des Cieux et de la terre. Et Allah Est Témoin sur toute chose.} Al Bouroudj 1

La lecture coranique banni le temps et l’espace pour nous focaliser sur l’essentiel en nous situant dans la transcendance et l’imminence du Jugement dernier. Nos visées, nos actes et nos fréquentations doivent être confrontés non au succès mondain et à la réussite sociale mais au salut ou à la perdition ultime. D’ailleurs nous en avons confirmation par la lettre et l’esprit des versets où sont proclamés les Serments divins dans le Coran :

{Par le Ciel et son remaniement, et par la terre et ses fissures, c’est une parole décrétée, et ce n’est point une plaisanterie. Eux, sans doute, ils projettent de perfides ruses, mais Je Planifie d’invincibles stratagèmes. Accorde donc un délai aux renégats, accorde-leur un long sursis.} At Tariq 11

Allah lance un avertissement valide jusqu’à la nuit des temps :

إِنَّ ٱلَّذِينَ فَتَنُوا۟ ٱلْمُؤْمِنِينَ وَٱلْمُؤْمِنَـٰتِ ثُمَّ لَمْ يَتُوبُوا۟ فَلَهُمْ عَذَابُ جَهَنَّمَ وَلَهُمْ عَذَابُ ٱلْحَرِيقِ
{Certes, ceux qui ont éprouvé les croyants et les croyantes, ensuite ne se sont pas repentis, ils auront le châtiment de la Géhenne, et ils auront le châtiment du Feu ardent.} Al Bouroudj 10

Cet appel comme je l’ai montré dans mon livre « Aimer : la Voie coranique » n’est pas celui d’un dieu vengeur et cruel mais Celui d’Allah qui n’Aime pas l’injustice mais qui Aime Ses Créatures et leur témoigne Son Amour, Sa Miséricorde en sollicitant leur mémoire, leur vigilance, leur compassion, leur humanité miséricordieuse, leur compétence à méditer, leur facultés à tirer enseignement et leurs responsabilités à assumer les actes qu’ils ont accompli librement :

وَهُوَ ٱلْغَفُورُ ٱلْوَدُودُ
{Il Est le Pardonneur, l’Aimant Affectueux} Al Bouroudj 10

Sur le plan de la cohérence peut-on être aimé par Allah ou prétendre aimer Allah et solliciter l’aide économique, culturelle, sociale, militaire et idéologique des ennemis d’Allah et de ce ceux qu’il a en aversion car ils sont agresseurs, transgresseurs, renégats et alliés de Satan ?
Sur un plan logique, cultuel, social, humaniste et religieux quelle est la signification de notre témoignage par la prière du « Chahed et Mashoud » comprise comme prière à la Mecque, oraison du Vendredi, prière en assemblée, oraison de l’Aïd, prédication invitant à l’Islam si nous ratons l’essentiel qui fait notre islamité : notre humanité, la Justice de l’Islam et l’Amour d’Allah. Quelle est la signification ostensible (qui veut être visible) et ostentatoire (qui se montre avec éclat) de nos rites transformés en festivités alors que nos cœurs sont vides et nos territoires sont occupés par l’impérialisme et remplis de haine, de vengeance, d’injustice, d’absence de vertu, de paresse, de fragments de Wahn.

Pourquoi dans les moments cruciaux de l’histoire les savants et les prédicateurs musulmans ne voient cette sourate que comme un devoir de témoignage rituel et non comme une interrogation à nos consciences sur l’injustice dans ce monde ainsi qu’une préparation ontologique et sociale à l’interrogatoire et à la justice équitable du Jour de la reddition des comptes. Face aux exactions d’Al Hajjaj et aux abus des omeyades et des Abbassides on trouverait sans doute des lectures strictement cultuelles et spirituelles du Coran de la même façon que lors du massacre de l’Imam Al Hussein et la descendance du Prophète (saws), de l’invasion de l’Algérie, de l’occupation de la Palestine, des nouvelles invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, de l’agression colonialiste contre la Libye, de la préparation d’autres agressions. C’est ainsi que j’ai reçu le message sur « la prière du Chahed et du Mashhoud ». Est-ce que nous sommes conscients de la diversion idéologique et médiatique, de l’instrumentalisation de la religion et de notre comportement irresponsable et autiste qui ne voit ni n’entend les souffrances du monde musulman ni sa livraison comme une proie facile aux colonialistes ces prédateurs voraces et insatiables…

Pour rester dans l’esprit et les messages transmis par les Serments divins il faut nous interroger sur le mal qui nous ronge et les solutions que nous ne savons pas imaginer. Dans tous les serments coraniques que je viens de citer existe-t-il une explication eschatologique de l’histoire ou une solution métaphysique en dehors de notre engagement qui transforme notre être ontologique c’est-à-dire notre croire, notre savoir, notre devoir, notre pouvoir, notre vouloir et notre libre agir ? A ceux qui veulent faire du Dine une religion d’aliénation, un opium des peuples ou une fuite vers ce qui échappe à notre volonté, à notre intention et à notre action ? Allah dans un de Ses serments, en l’occurrence la Sourate An Nazi’âte, les Anges qui arrachent la vie du corps humain, réfute et condamne tout recours à ce comportement malsain et infantile qu’on ne trouve d’ailleurs que dans les périodes obscures de la civilisation musulmane où les Musulmans se partagent en sectes fanatiques, fatalistes, défaitistes c’est-à-dire en « sauve-qui-peut-social » devenant des primitifs, des fétichistes, des totémistes et non plus des monothéistes raisonnables. Sobhane Allah le Coran est le récit le plus facile et le plus évident mais nous le délaissons pour des hadiths compliqués. Allah ouvre la Sourate par un Serment et l’annonce de la Résurrection :

وَٱلنَّـٰزِعَـٰتِ غَرْقًۭا ﴿1﴾ وَٱلنَّـٰشِطَـٰتِ نَشْطًۭا ﴿2﴾ وَٱلسَّـٰبِحَـٰتِ سَبْحًۭا ﴿3﴾ فَٱلسَّـٰبِقَـٰتِ سَبْقًۭا ﴿4﴾ فَٱلْمُدَبِّرَ‌ٰتِ أَمْرًۭا ﴿5﴾ يَوْمَ تَرْجُفُ ٱلرَّاجِفَةُ ﴿6﴾ تَتْبَعُهَا ٱلرَّادِفَةُ ﴿7﴾ قُلُوبٌۭ يَوْمَئِذٍۢ وَاجِفَةٌ ﴿8﴾ أَبْصَـٰرُهَا خَـٰشِعَةٌۭ ﴿9﴾ يَقُولُونَ أَءِنَّا لَمَرْدُودُونَ فِى ٱلْحَافِرَةِ ﴿10﴾ أَءِذَا كُنَّا عِظَـٰمًۭا نَّخِرَةًۭ ﴿11﴾ قَالُوا۟ تِلْكَ إِذًۭا كَرَّةٌ خَاسِرَةٌۭ ﴿12﴾ فَإِنَّمَا هِىَ زَجْرَةٌۭ وَ‌ٰحِدَةٌۭ ﴿13﴾ فَإِذَا هُم بِٱلسَّاهِرَةِ

{Par les Anges qui arrachent avec violence, et par ceux qui enlèvent avec douceur, et par ceux qui se meuvent dans le ciel en voguant, puis, par ceux qui devancent à toute vitesse, puis, par ceux qui exécutent par derrière les ordres ultimes : Le Jour où surviendra le Tremblement, accompagné par le tremblement suivant, des cœurs, ce Jour-là, seront bouleversés, leurs regards désemparés, disant : « Serons-nous effectivement ramenés à la vie, même si nous étions des os rongés ? » Ils dirent : « Ce sera alors un retour perdant ! » Ce ne sera qu’un seul Cri, et voilà qu’ils sont tous au Rassemblement} An Nazi’ate 1

Et il la clôture par

يَسْـَٔلُونَكَ عَنِ ٱلسَّاعَةِ أَيَّانَ مُرْسَىٰهَا ﴿42﴾ فِيمَ أَنتَ مِن ذِكْرَىٰهَآ ﴿43﴾ إِلَىٰ رَبِّكَ مُنتَهَىٰهَآ ﴿44﴾ إِنَّمَآ أَنتَ مُنذِرُ مَن يَخْشَىٰهَا ﴿45﴾ كَأَنَّهُمْ يَوْمَ يَرَوْنَهَا لَمْ يَلْبَثُوٓا۟ إِلَّا عَشِيَّةً أَوْ ضُحَىٰهَا

{Ils t’interrogent sur l’Heure : « A quelle époque est-elle fixée ? » Qu’as-tu à faire de son moment ? C’est vers ton Seigneur son terme. Mais toi, tu n’as qu’à avertir celui qui la craint. Le Jour où ils la verront, on dirait qu’ils ne sont restés qu’une soirée ou sa matinée !} An Nazi’ate 40

Entre l’annonce du Rassemblement précédant le Jugement dernier et le séjour éphémère sur terre ou dans la tombe Allah non seulement cache le terme de chaque existence ainsi que le moment de l’Heure (la fin du monde) mais il introduit une vie de Jihad que le croyant doit mener contre l’injustice, l’oppression, l’ignorance et le Taghut, en annonçant les événements et les luttes qui découlent de la mission confiée à Moise, la même confié à Mohamed (saws) et à nous tous :

هَلْ أَتَىٰكَ حَدِيثُ مُوسَىٰٓ إِذْ نَادَىٰهُ رَبُّهُۥ بِٱلْوَادِ ٱلْمُقَدَّسِ ٱذْهَبْ إِلَىٰ فِرْعَوْنَ إِنَّهُۥ طَغَىٰ فَقُلْ هَل لَّكَ إِلَىٰٓ أَن تَزَكَّىٰ وَأَهْدِيَكَ إِلَىٰ رَبِّكَ

{L’histoire de Moïse t’est-elle parvenue ? Lorsque son Seigneur l’Appela dans la vallée sacrée Tuwâ : « Va vers Pharaon, il outrepassa, et dit : “ Es-tu prêt à te purifier, et que je te guide vers ton Seigneur…} An Nazi’ate 15

Est-ce les récits des Prophètes et leur enseignement ont été abolis par le temps ? Existe-t-il une autre solution que l’exercice normale et correcte de notre vocation d’humain qui a reçu le privilège d’être éduqué par le Coran, d’être honoré par Allah et de se ressourcer par l’Islam ? Existe-t-il une autre solution que la fédération de notre être social ? Existe-il un autre Coran, un autre Prophète, un autre Islam, un autre passé et un autre devenir pour que nous ayons l’excuse morale et la compétence légitime de diverger si radicalement sur notre situation au point de ne plus chercher la solution de nos problèmes dans nos sources et dans nos idées mais dans l’importation des idées des autres y compris de leur mythologie, de leur surnaturel, de leur vision biblique, talmudique et otanesque. Prenons un autre serment divin et méditons avec sérénité et méthode son contenu et mettons-le en application :

{Par le soleil, et par le matin qu’il éclot, et par la lune quand elle le suit, et par le jour quand il l’éclaire, et par la nuit quand elle l’enveloppe, et par le ciel, et par Celui qui l’a élevé, et par la terre, et par Celui qui l’a étendue, et par l’être humain, et par Celui qui l’a parfait, et lui a donné son impudence et sa piété. A effectivement cultivé, celui qui a  épuré son ego ; et a effectivement perdu, celui qui l’a souillée.} As Shams 1

{Par la nuit quand elle enveloppe, et par le jour quand il s’éclaire, et par Celui qui a créé le mâle et la femelle, certes, vos efforts sont sûrement variés} Al Layl 1

{Par le matin, et par la nuit quand elle se répand, ton Seigneur ne t’A ni Abandonné, ni Pris en aversion. Et la vie Future est sûrement meilleure, pour toi, que la vie première. Et ton Seigneur te Donnera sûrement, et tu seras satisfait. Ne t’A-t-Il pas Trouvé orphelin et Il t’Abrita ? Et Il t’A Trouvé égaré, et te Guida ? Et Il t’A Trouvé ayant à nourrir, et Il t’A Enrichi ? Quant à l’orphelin, ne le réprime point, et quant au nécessiteux, ne le repousse point, et quant aux bienfaits de ton Seigneur, alors parles-en.} Ad Duha 1

{Par le figuier, et par l’olivier, et par at-Tùr du Sinaï, et par ce pays sécurisé, Nous avons Créé l’Homme, en fait, dans la meilleure forme, ensuite, Nous l’avons Ramené au plus bas des niveaux. Sauf ceux qui sont devenus croyants et ont fait les œuvres méritoires, ils auront alors une rémunération ininterrompue.} At Tin 1

{Par le temps ! Certes, l’être humain est sûrement en perdition : sauf ceux qui sont devenus croyants et ont fait les œuvres méritoires, et se conseillent la vérité, et se conseillent la persévérance.} Al ‘Asr 1

Nous sommes en présence de Serments solennels qui nous montrent l’étendue des efforts attendus de l’homme comme ils nous montrent ses efforts sont bénis dans ce monde et évalués dans l’autre monde selon le degré d’obédience à Allah, mais nous sommes insouciants, inconséquents et incohérents car nous marchons la tête en bas et nous cherchons midi à quatorze heures par confusion, par paresse et par cette culture que le colonialisme et le despotisme ont enraciné en nous : l’irresponsabilité et le fatalisme.

Il est remarquable de constater que la sourate Al Bouroudj qui parle du Chahed et du Mashoud au début de son énoncé évoque vers sa fin :

هَلْ أَتَىٰكَ حَدِيثُ ٱلْجُنُودِ ﴿17﴾ فِرْعَوْنَ وَثَمُودَ ﴿18﴾ بَلِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ فِى تَكْذِيبٍۢ ﴿19﴾ وَٱللَّهُ مِن وَرَآئِهِم مُّحِيطٌۢ

{L’histoire des soldats t’est-elle parvenue ? Pharaon et Thamùd ? Mais ceux qui sont devenus mécréants ne cessent de démentir. Et Allah par derrière eux, Est Dominant.} Al Bouroudj 17

Allah relance le récit dans une autre perspective explicative de l’histoire. Allah est l’Auteur de l’histoire humaine car Il crée ses causes, ses motivations, ses acteurs, ses interprètes et ses conséquences. Allah est Le Riche, L’Innovateur et le Dominant. Par conséquent faire une lecture simpliste ou mécaniste de l’histoire humaine c’est faire preuve d’ignorance non seulement de l’Histoire mais d’Allah et de Son Livre qui dévoile des situations diverses. Le changement ou la révolution n’est pas agitation ou trouble mais lecture correcte de l’histoire et en même temps réforme intérieure, celle du Moi et celle de la société qui doit cultiver la solidarité humaine comme facteur de résistance contre la déshumanisation et la corruption des colonisateurs et des tyrans. Cette vérité est énoncée dans un autre serment divin :

{Par l’aube, et par dix nuits, et par le pair et l’impair, et par la nuit quand elle passe, y a-t-il en cela un serment pour tout Homme doué de bon sens ? N’as-tu donc pas vu ce que ton Seigneur a fait des ‘Ad ? Iram aux colonnes, dont jamais de pareille n’a été créé au monde. Et les Thamùd, qui creusèrent des maisons dans la Vallée, et Pharaon aux obélisques : ceux qui outrepassèrent dans le pays, et y multiplièrent la corruption. Ton Seigneur alors Déversa sur eux le fouet du châtiment. Certes, ton Seigneur Est aux aguets. Quant à l’Homme, si son Seigneur l’ éprouve, puis l’honore et le comble de grâce, alors il dit : « Mon Seigneur m’a honoré ». Et s’Il l’éprouve, et qu’Il lui réduit sa subsistance, alors il dit : « Mon Seigneur m’a humilié ! » Non ! Bien au contraire: vous n’honorez pas l’orphelin, et vous n’incitez pas à nourrir le miséreux, et vous usurpez intégralement l’héritage, et vous aimez les richesses d’un  amour, avide.} Al Fajr 1

Il relance le récit en rappelant aux Juifs de ne pas se montrer ingrats envers Allah, moqueurs envers Mohamed (saws) et arrogants envers l’humanité faisant de leur statut de victime un fonds de commerce pour cultiver le culte du veau d’or :

{Et lorsque Nous vous Sauvâmes des gens de Pharaon, qui vous infligeaient le pire des châtiments, qui massacraient vos fils et épargnaient vos filles; et il y a en cela une rude épreuve de la part de votre Seigneur. Et lorsque Nous fendîmes la mer pour vous, alors Nous vous Sauvâmes et Engloutîmes les gens de Pharaon pendant que vous regardiez. Et lorsque Nous Prîmes, avec Moïse, un engagement de quarante nuits, puis vous avez adopté le veau dès son départ en étant injustes.} Al Baqara 49

Il relance le récit en confirmant la loi divine de l’alternance des civilisations et des pouvoirs qui s’alternent comme le jour et la nuit apportant la lumière et les ténèbres pour éprouver les hommes et les faire témoigner contre eux-mêmes :

{Nous les Engloutîmes dans la mer en raison de ce qu’ils ont démenti Nos Signes et y furent inattentifs. Et Nous Fîmes hériter les gens, qui étaient opprimés, les levants de la terre et ses ponants, que Nous Avions Bénis.} Al A’raf 138

Il relance le récit en confirmant le sens du témoignage dans cette sourate : nous sommes dans un panorama de confrontation entre le bien et le mal. Le culte est un adjuvant spirituel et social dans le combat que livre le bien contre le mal, le juste contre l’injuste, le beau contre le laid, le vrai contre le faux, le vertueux contre l’immoral, le croyant loyal contre le renégat transgresseur. Pharaon est un autre témoin dans le double sens de jalon dans l’histoire de l’humanité et de témoin contre son oppression et sa dérive démiurge. C’est un signe qui devient signifiant c’est-à-dire porteur de symbole et de témoignage que s’il y a rupture c’est à dire désacralisation et profanation provoquant la confrontation implacable entre la thèse, ici le Prophète Moise, et son anti thèse, ici Pharaon, et la résolution dialectique par un nouveau cycle historique :

{Et Moïse dit : « Notre Seigneur, Tu As Accordé à Pharaon et son élite aisance et biens dans la vie terrestre, notre Seigneur, afin qu’ils se fourvoient de Ta voie ! Notre Seigneur, Supprime leurs biens et Endurcis leurs cœurs, de sorte qu’ils ne deviennent pas croyants jusqu’à ce qu’ils voient le châtiment douloureux ». Il Dit : « Votre invocation, à vous deux, est exaucée. Suivez alors, tous deux, la rectitude et ne suivez surtout pas la voie de ceux qui ne savent point. » Et Nous Fîmes traverser la mer à la postérité d’Israël, alors Pharaon et ses soldats les suivirent, par tyrannie et agressivité, jusqu’à ce qu’il fût atteint par la noyade, il dit : « Je crois qu’il n’y a d’autre Dieu que Celui en lequel eut foi la postérité d’Israël, et je suis parmi les musulmans. » Est-ce maintenant, et tu te rebellais auparavant ? Et tu fus des corrupteurs ! Aujourd’hui donc Nous te Sauverons, en ton corps, afin que tu sois un signe pour ceux qui viennent après toi. En fait, beaucoup d’Hommes sont inattentifs à Nos Signes. Et Nous Instituâmes la postérité d’Israël en une position de force, et leur Octroyâmes de bonnes choses, mais ils ne divergèrent que lorsque la science leur a été donnée. Ton Seigneur Tranchera sûrement entre eux, le jour de la Résurrection, sur ce dont ils divergeaient.} Yunus 93

Ceci vient renforcer le caractère de mémorabilité et de témoignage de la sourate Al Bouroudj qui cite Pharaon que nous avons vu à travers quelques extraits de sourates comme un personnage témoin et mémorable tant par sa puissance, sa dérive démiurge et sa fin qui relève du miracle imprimé dans la conscience collective de l’humanité. Si nous ne sommes pas capables de faire la distinction de ce qui relève du miracle divin de ce qui relève du devoir de l’homme nous devons épurer notre raison et relire notre religion. Si nous ne sommes pas capables de distinguer l’ami de l’allié ni notre opinion de la parole divine en matière d’alliance stratégique nous devons faire une pause et faire ce que faisaient les Salafs : un examen de conscience pour pouvoir disposer de la faculté, de la compétence et de la crédibilité de témoigner avec authenticité, fiabilité et sincérité : témoigner pour Allah. L’erreur d’appréciation ou de décision d’un sot sans responsabilité et sans audience importe peu mais celle d’un savant, d’un gouvernant ou d’un représentant d’une élite ou d’une opposition est catastrophique et en aucun cas elle ne peut être considérée comme un Ijtihad qui a raté sa cible. Nous devons la considérer comme une faute gravissime rendant son auteur passible de justice ou comme le dit la Charia islamique dépossédé de ses droits civiques et tout particulièrement celui de témoigner dans n’importe quelle affaire familiale, civile ou pénale, sociale, politique, économique ou militaire. Le jour où la communauté musulmane exercera son devoir de rompre avec les défaillants et les insensés elle se portera mieux.

Allah (swt) s’adresse à Mohamed (saws) alors qu’il est faible, opprimé sans ressources le projetant dans une histoire à écrire comme nouveau témoignage à l’humanité qui a perdu ses repères : Mohamed tu auras la victoire, tes ennemis et tes adversaires ne pourront jamais te massacrer ni éradiquer ta communauté de foi car vous êtes destinés à porter le flambeau de la foi, de la vérité et de la justice. C’est ce que Mohamed (saws) a authentifié dans un hadith unanimement reconnu comme authentique :

« Cette Religion continuera d’exister et un groupe de ma communauté continuera à combattre pour Sa protection jusqu’à l’arrivée de l’Heure. Ce groupe de ma communauté restera toujours triomphant sur le droit chemin et continuera à l’être contre ses opposants. Ceux qui les trahiront seront incapables de leur causer le moindre tort. Ces musulmans resteront sur ces positions jusqu’à ce que les ordres d’Allah soient exécutés (la fin du monde) »

Il relance le récit dans la perspective de la civilisation islamique qui va émerger avec son potentiel de libération et son potentiel de civilisation que Pharaon et Thamud évoquent en Égypte ou en Arabie. Les Byzantins et les Perses ne sont rien en comparaison des civilisations disparues ou anéanties par Allah. Quand on sait que ce récit est révélé à Mohamed (saws) le Prophète illettré, méconnaissant les Écritures, et qu’Allah lui accorde la plus sublime des qualifications « envoyé comme Miséricorde pour les univers » on comprend la correspondance entre le verset suivant traitant du Coran et de l’Histoire humaine et la fin de la sourate al Bouroudj:

{Il y a sûrement dans leurs récits une leçon pour les doués d’entendement. Ce n’était point un discours controuvé, mais une corroboration de ce qui a été révélé avant, une précision de toute chose, une Direction infaillible et une miséricorde pour des gens qui croient.} Youssef 111

بَلْ هُوَ قُرْءَانٌۭ مَّجِيدٌۭ ﴿21﴾ فِى لَوْحٍۢ مَّحْفُوظٍۭ
{Plutôt, c’est un Coran sublime, dans un Livre préservé.} Al Bouroudj 21

Les massacres de Bentalha, de Beni Messous et de lieux anonymes peuvent être pour les Algériens insouciants des faits immémorables. L’iniquité des hommes et l’adversité du temps peuvent occulter les victimes et leurs droits et laisser les criminels jouir de leur impunité. L’ironie du sort peut même édifier des mémoriaux et célébrer des commémorations pour les assassins, les traitres et les artisans ou commanditaires de massacres. La même ironie peut jeter dans l’oubli, dans la honte et à la haine public des femmes et des hommes qui ont consacré leur vie au bien, à la lutte contre l’injustice. Cette existence terrestre est une série de cycles et d’alternances pour tirer enseignement des épreuves et garder espérance en Allah le Témoin qui fera du Jour du Jugement dernier un jour mémorable pour l’éternité et pour la mémoire de la victime qui viendra en accusateur et du coupable qui viendra en témoin. Ce jour là est le jour de vérité. En attendant d’affronter ce jour luttons pour notre dignité et pour notre foi car la perte de dignité, l’ignorance, la pauvreté, la corruption et l’oppression non seulement favorisent la confusion et le doute mais peuvent conduire au suicide, à la folie et au scepticisme perdant dans cette vie et perdu dans l’autre.

Le Coran nous réserve une surprise de taille : le témoignage par le présentiel réel, au sens coranique, ne se fait pas toujours par le Chahed mais aussi par le Mashhoud. Ce qui semble dérouter le conformisme des traducteurs et des lecteurs. A titre d’exemple :

وذلك يومٌ مَشْهودٌ

{Certes, il y a en cela un exemple pour quiconque redoute le châtiment de la vie Future. C’est un jour pour lequel les Hommes seront réunis, et c’est un jour qui sera vu.} Hud 103

إِنَّ قرآن الفجر كان مشهوداً

{Accomplis la prière, dès que le soleil baisse jusqu’à l’obscurité de la nuit, et le Coran de l’aube. Certes, le Coran de l’aube est attesté par des témoins* .Accomplis la prière, dès que le soleil baisse jusqu’à l’obscurité de la nuit, et le Coran de l’aube. Certes, le Coran de l’aube est attesté par des témoins} AL Isra 73

les Témoins ici sont les Anges de la Miséricorde.

Une fois de plus nous constatons la polysémie coranique qui déroute la lecture formaliste et litéraliste rendons pratiquement l’accession au sens interdite aux islamologues orientalistes, aux hypocrites même s’ils sont érudits. Les compagnons avaient peu de savoir religieux sauf la posession de la langue arabe et une sincérité à faire briser les montagnes : le Coran s’est offert à eux comme outil d’adoration et méthodologie de libération et de civlisation. Ceci renforce notre foi, notre espérance en Allah et notre sentiment que les victimes des sévices, de la torture, des viols, de l’aliénation, des massacres, des exécutions sommaires sans procès, des spoliés sont entourés des Anges de la Miséricordes qui leur apporte du confort, de la fermeté et qui imprime dans leurs conscience qu’ils n’ont pas été abandonnés par Dieu et qu’ils sont ses témoins en plus de son témoignage et qu’ils viendront témoigner en toute justice et toute impartialité. C’est sans doute ce dialogue de l’ange qui arrache avec précaution l’âme ou la vie d’un persécuté, d’une victime qui laisse l’empreinte de sérénité sur le défunt et la détermination des présents à ne pas baisser les bras :

{Certes, ceux qui dirent : « Notre Seigneur Est Allah », ensuite se sont conduits avec rectitude, les Anges seront ordonnés de descendre sur eux : « N’ayez point peur, ne vous affligez point, et réjouissez-vous de la bonne nouvelle du Paradis que l’on vous promettait.} Fussilat 30
En conclusion j’ai tenté d’apporter une démarche pédagogique à la question de « la prière du Chahed et Mashhoud » en jouant sur la polysémie, les contradictions apparentes, le sens caché pour montrer que la voie coranique est la voie de l’intelligence, de la cohérence, de la pertinence et de l’opportunité par sa richesse d’approches répondant aux différents contextes textuels ou réels. Nous manquons de réalisme et d’efficacité pour construire un Fiqh géopolitique et un Fiqh des Priorités. Être docteur en Usul al Fiqh mais ne pas comprendre la réalité et les priorités et confondre les alliances et les désaveux c’est être selon l’expression coranique  » l’âne qui porte des livres ».

En me promenant dans cet océan de « Chahed et Mashhoud) Allah m’a dirigé vers un verset pour lui apporter une correction dans la traduction :

شَهِدَ اللَّهُ أَنَّهُ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ وَالْمَلَائِكَةُ وَأُولُو الْعِلْمِ قَائِمًا بِالْقِسْطِ لَا إِلَٰهَ إِلَّا هُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ

« Allah atteste, et aussi les Anges et les doués de science, qu’il n’y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage! »

Allah (swst) ne peut ni témoigner devant un Tribunal ni attester devant un auditoire qu’Il est le Dieu Unique mais Il le Manifeste à travers Ses Signes, Sa création et Son Livre,sans faille qui témoignent et attestent qu’ils ne peuvent être créés ou gouvernées par plusieurs divinités ce qui poserait un problème de gestion équitable des créatures ainsi que la faillite et la disparition de la pseudo divinité par ses propres lacunes et ses luttes de pouvoir. Par ailleurs le monothéisme nous apprend que la Justice d’Allah est relative dans ce monde puisque la justice absolue sera rendue dans l’autre monde. A la traduction de la version saoudienne je propose ma version qui se libère du littéralisme des mots pour aller à la signification théologique, sémantique et logique.

On traduit imparfaitement par Allah atteste ou témoigne alors que le sens réel du verset est donné par Abou al ‘Abbas قال أَبو العباس: شهد الله، بيَّن الله وأَظهر
{Allah Manifeste ostensiblement qu’il n’y a de Dieu que Lui – de même les Anges et les doués de Science – qu’Il Est Immuable avec équité. Il n’y a nul autre die u que Lui : L’Invincible, Le Sage.} Al ‘Imrane 18

J’ai utilisé le terme ostensible qui signifie visible, qui ne peut être caché en opposition avec le Kofr qui signifie cacher la vérité, occulter le visible, masquer le réel. Le Coran est rempli d’images antagonistes et d’oxymores pour mettre en relief la vérité et il faut respecter son sens et son style.

Enfin dans cette démarche sur le « Chahed et Meshhoud » il y a celle qui va s’imposer de nouveau tant qu’on ne voit pas de solutions à nos problèmes pourtant visibles et témoignant notre regression flagrante : que faire?Cheikh Abou al Wafa Ibn ‘Aqil a répondu il y a déjà plusieurs siècles sur la vérité limpide que nous transgressons aujourd’hui dans tous les registres de notre existence et sur tous les lieux de cette planète : « Si tu veux savoir quelle est la solution pour l’islam de nos jours, alors ne regarde pas vers les foules de gens vers la mosquée, ni leurs cris lorsqu’ils disent Labaïk, mais regarde leurs réactions face aux ennemis de la Charia. Le vrai abri est dans la forteresse du Dine : s’attacher au câble d’Allah qui est clair, être en faveur de l’alliance entre croyants, être vigilant sur les ennemis qui sèment la discorde, et savoir que le meilleur moyen de s’approcher d’Allah, c’est de détester quiconque transgresse les limites d’Allah et de son Prophète, de les combattre avec la main, la langue, et le cœur, autant que l’on peut.»Malek Benabi y a répondu à sa manière il n’y a pas si longtemps :  » L’avenir est un but lointain, il faut des voies nettes et des vocations puissantes pour y parvenir… Les mots devraient jalonner ces voies et contenir le ferment béni de ces vocations… »
J’ai abordé à plusieurs reprises la question du marché du halal en France. Le halal ne s’improvise pas selon la loi du marché capitaliste. La définition du halal, les procédures de contrôle et de certification, renvoient à la notion de témoignage « shahâda » en islam. Le musulman témoigne qu’il a mangé licitement, l’animal créé pour être une parure et une nourriture témoigne qu’il a été sacrifié licitement. Si le musulman se comporte comme un mouton il perd sa compétence de témoigner. Le mouton, la poule ou la vache viendront témoigner contre lui… Il est donc inadmissible que la communauté musulmane se fasse déposséder de son devoir de témoignage au profit d’une culture consumériste insouciante ou au profit d’opérateurs mercantilistes qui « achètent » la certification halal et font de gros bénéfices alors que le musulman n’a en fin de parcours ni halal ni zakat sur le « marché du halal » pour témoigner de sa solidarité sociale et religieuse aux plus démunis et aux plus fragiles comme le lui commande sa religion.
Allah a donné la réponse dans l’ éternité à toutes nos questions et à tout nos manquements :

{Et Allah Est Témoin sur toute chose.}

Alors que nous, qui prétendons à la foi, nous sommes – sur le plan tant du texte coranique que de la réalité socio-politique – dans l’incapacité intellectuelle et morale de distinguer le Chahed du Mashhoud, l’agressé de l’agresseur, la victime du coupable, l’allié de l’ennemi, la Fawa religieuse de l’opinion partisane, le témoin de l’accusé, l’accusé de l’accusateur, l’essentiel de l’accessoire… Nous allons  témoigner sur quoi et comment dans ce monde ! Tout faux témoignage est un péché majeur.

Témoin, mémoire, culte et Jihad 1/2

{وَالسَّمَاءِ ذَاتِ الْبُرُوجِ وَالْيَوْمِ الْمَوْعُودِ وَشَاهِدٍ وَمَشْهُودٍ}

Le Chahed et Mashhoud (وَشَاهِدٍ وَمَشْهُودٍ ) évoquent le serment solennel de la sourate « Les Constellations (Al Bouroudj سورة البروج) qui vient dans une série de serments qu’Allah fait sur Ses Créations qui témoignent de Sa Présence, de Sa Grandeur, de Sa Sagesse, de Sa Science, de Sa compétence à créer, à existentialiser et à innover selon le Dessein qu’Il s’est fixé dans les Univers.

Nous avons les traductions suivantes parmi les plus « respectables » :

« Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et ce dont on témoigne »
« Par le ciel orné de douze signes du zodiaque, par le Jour promis, par un témoin et par le témoignage »

Après celle de Jacque Berques dont le titre est titre : les chateaux :
« par le ciel et ses châteaux ; par le jour et la promesse ; par témoignant et témoigné »
Sur le plan littéral le Chahed est le témoignant celui qui témoigne alors que le Mashhoud est le témoigné celui contre qui qui on apporte le témoignage.

Pour l’instant laissons la complexité de la traduction, de sa sémantique et de son style et consacrons nous à décoder le sens de ce verset.
La mémoire, la mienne, revient et je me rappelle avoir lu et entendu des sermons, des prêches, des analyses sur la Sourate Al Bouroudj et sur ses Chahed et Mashhoud (وَشَاهِدٍ وَمَشْهُودٍ ). Faisant du Tadabbur, la recherche du sens caché dans le Coran et par le Coran, non plus une conjugaison de sens mais une liaison de termes lexicaux les analyses parviennent à donner plusieurs explications.

La première catégorie d’explication repose sur le sens d’être présent que la langue arabe donne au verbe Chahada. Par le présentiel l’homme marque son consentement à un rite, à une pratique, à un comportement et il devra en rendre compte. Ainsi l’Islam a marqué de son sceau plusieurs présentiels dans la vie du croyant :

  • Le Chahed َشَاهِد est l’ensemble des créatures qui viennent témoigner après la Résurrection alors que le Mashhoud مَشْهُود est le jour du Jugement dernier.
  • Le Chahed َشَاهِد est l’ensemble des créatures dans leur rapport de lecture et de compréhension du Coran alors que le Mashhoud مَشْهُود est le Coran lu ou délaissé.
  • Le Chahed َشَاهِد est l’ensemble des Musulmans qui ont adopté l’Islam comme religion alors que le Mashhoud مَشْهُود est le Prophète Mohamed (saws) suivi ou délaissé en sa qualité de modèle par excellence
  • Le Chahed َشَاهِد est l’ensemble des Orants priant en assemblée collective (Djama’a) alors que le Mashhoud مَشْهُود est la fratrie de foi qui lie et fédère les Croyants à travers l’acte de prière qui est une Iqama c’est-à-dire une édification mystico temporelle, une institution socio spirituelle, une résidence permanente dans une socialité colorée par l’islamité, la Sibghate Allah ou esthétique d’Allah qui colore l’existence du Musulman et tous ses registres ontologiques et sociaux. Le Mashhoud مَشْهُود est tout particulièrement le Vendredi au moment où l’imam prend place sur la tribune instituée par le Prophète (saws)
  • Le Chahed َشَاهِد est l’ensemble des Musulmans accomplissant en communauté de foi la prière de l’Aïd pour célébrer un rite musulman celui du sacrifice du mouton et de l’évocation d’Abraham et d’Ismaël alors que le Mashhoud مَشْهُود est l’oraison de l’Aïd ainsi que les premières gouttes de sang versé par la bête immolé au Nom d’Allah.
  • Le Chahed َشَاهِد est cette communauté internationale de Musulmans de Pèlerins qui accomplissent le cinquième pilier de l’Islam, le Mashhoud مَشْهُود est le pèlerinage lui-même, la Kaaba, Arafa, les différents rites du Hadj, les dix premiers jours du mois sacré de Dhu-al-Hijja ou le mois sacré dans lequel faire couler le sang ou livrer bataille est interdit. Si nous prenons l’énoncé coranique dans son intégralité nous trouvons un serment divin qui fait allusion directe aux dix premiers jours de Dhu-al-Hijja, dont le moment culminant est pèlerinage, et s’achevant quasiment par la fête qui suit le sacrifice d’une bête :

 {Par l’aube, et par dix nuits, et par le pair et l’impair, et par la nuit quand elle passe, y a-t-il en cela un serment pour tout Homme doué de bon sens ?} Al Fajr 1

D’autres savants ne se focalise pas sur le présentiel physique de la Chahada. Il lui donne le sens d’une vision ou d’une audition qui permet d’établir le témoignage en faveur d’une victime, contre un coupable, apporter une assistance favorable ou défavorable à un accusateur ou à un accusé. Il s’agit de prendre position et d’apporter un témoignage vrai et authentique :

{Et n’usurpez pas vos richesses entre vous, illicitement, et ne vous en servez pas pour soudoyer les juges, afin d’usurper une partie des richesses des Hommes, par iniquité, alors que vous savez.} Al Baqara 188

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous contractez une dette à terme déterminé, écrivez-la : qu’un scribe l’écrive parmi vous en toute équité. Qu’aucun scribe ne se refuse à l’écrire comme Allah le lui A Enseigné. Qu’il écrive, et que le débiteur dicte, qu’il prenne garde à Allah son Seigneur et qu’il n’en diminue rien. Si alors le débiteur est insensé ou ignorant, ou qu’il ne puisse pas dicter personnellement, que son tuteur dicte en toute équité. Et faites témoigner deux témoins de vos hommes; et à défaut de deux hommes, alors un homme et deux femmes parmi ceux que vous agréez comme témoins, de sorte que si l’une d’entre elles travestit les faits, l’autre les lui rappelle. Et que les témoins ne se refusent point s’ils sont convoqués. Ne vous lassez pas de l’écrire, petite ou grande, jusqu’à son terme. Cela est plus équitable auprès d’Allah, plus efficace pour le témoignage, et plus susceptible d’épargner le doute. A moins que ce ne soit un commerce présent que vous négociez entre vous. Là alors nulle faute ne vous incombe de ne pas l’écrire. Et si vous faites une transaction, prenez des témoins. Que nul scribe ou témoin ne subisse une nuisance. Et si vous le faites, ce sera alors de la perversité en vous. Prenez garde à Allah, afin qu’Allah vous Enseigne. Allah Est Omniscient de toute chose.} Al Baqara 282

{Et si vous vous faites confiance, que celui à qui on a fait confiance restitue ce qu’on lui a confié et qu’il prenne garde à Allah son Seigneur. Ne taisez pas le témoignage, car celui qui le tait a sûrement un cœur pécheur. Allah Est Omniscient de ce que vous faites.} Al Baqara 283
{Accomplissez le témoignage envers Allah. C’est à cela qu’est exhorté quiconque croit en Allah et au Jour Dernier. Et quiconque prend garde à Allah, Il lui Procurera une issue, et le Pourvoira par où il ne comptait pas. Et quiconque se fie à Allah : Il Est sa suffisance. Certes, Allah Réalisera Sa Parole. Allah A Établi une mesure pour toute chose.} At Talaq 2

Il ne peut y avoir commerce équitable, relation durable, contrat respecté, progrès social ni civilisation durable sans justice ni équité ni confiance ni le témoignage qui apporte les preuves et les arguments pour la justice, l’équité, le bon conseil et l’expertise. Quand une société cultive le faux témoignage ou le refus de témoigner donc de prendre position non par intérêt mais par esprit de justice, par souci de vérité, par conscience sociale et morale alors s’installe la corruption, la perversité et la haine dans les cœurs. Quand une communauté refuse d’exprimer sa voie pour refuser l’oppression et la régression et soutenir le libérateur ou le civilisateur alors Allah lui fera subir les affres de la tyrannie, des fléaux sociaux et des catastrophes sanitaires et écologiques. En effet des cœurs devenus pêcheurs, dans le sens où ils deviennent laxistes, insouciants, perfides, fourbes, déloyaux, corrompus, lâches et veules, produisent une société qui vit dans la défiance et la méfiance. Sans confiance c’est la fin de la sécurité et de la solidarité mais c’est le règne de l’individualisme le plus bestial, de la peur et de la mise en autarcie de la société qui se ferme sur elle-même puis se divise en groupuscules sectaires, en fragments de Wahn que l’ennemi vorace dévore les uns après les autres :

{Nous ne tairons point le témoignage d’Allah, sinon nous serions du nombre des pécheurs} Al Maidah 107

{Qu’ils jurent par Allah : « Notre témoignage est plus vrai que leur témoignage, et nous n’avons point transgressé, sinon nous serions des injustes ».} Al Maidah 107

Dans ce cadre les savants partisans du témoignage ne se placent plus sur l’aspect cultuel mais sur l’aspect fondateur de la société : la Justice et le témoignage avec ce qu’il sous-entend comme culture intellectuelle, sociale et politique qui ne peut coexister avec l’ignorance ni avec l’insouciance ni avec l’insenséisme ni avec le cynisme ou le nihilisme.

  • Le Chahed َشَاهِد est le voyant ou l’audient par lequel se réalise le témoignage c’est à dire l’attestation de vérité sur le vrai ou l’attestation de mensonge contre le faux. C’est le Chahed qui va confirmer ou infirmer un accusateur ou un accusé, un persécuteur ou un persécuté, un coupable ou une victime, un mensonge ou une vérité. Dans ces conditions le Mashhoud مَشْهُود est ce qui donne foi au témoignage, ce qui reste en mémoire pour faciliter et donner crédit au témoin même si le témoignage est différé dans le lieu, le temps et les circonstances. Le Mashhoud مَشْهُود est ce qui va valider, donner crédit par sa mémoire, sa respectabilité, son historicité, sa fiabilité, sa tangibilité irréfutable.

Dans ces conditions le Chahed َشَاهِد est compris, dans la Sourate Al Bouroudj, comme étant Allah alors que le Mashhoud مَشْهُود est ce qui donne attestation de foi en l’occurrence le Tawhid, le monothéisme pur et parfait. Les savants parviennent à cette déduction par le lien lexical :

قُلْ أَيُّ شَيْءٍ أَكْبَرُ شَهَادَةً قُلِ اللَّهُ شَهِيدٌ بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ

{Dis : « Quel est le plus grand en témoignage ? » Dis : « Allah. Il Est Témoin entre vous et moi. Il m’A Inspiré ce Coran pour vous en avertir, vous et ceux à qui il parviendra. Allez-vous donc témoigner qu’il y a d’autres dieux avec Allah ? » Dis : « Je ne témoignerai point ». Dis : « Il n’Est qu’un Dieu Unique et je suis innocent de ce que vous Lui associez ». Ceux à qui Nous Avons Révélé le Livre connaissent le Prophète Muammad comme ils connaissent leurs propres enfants. Ceux qui ont perdu leurs âmes, eux, ils n’ont pas foi.} Al An’âme 19

Allah témoin de la lutte entre les partisans de la foi et les renégats met Ses Signes (le Coran et la Création) comme médiateurs manifestant l’authenticité du monothéisme sinon on serait présence d’un faux témoignage que le cœur, la raison, la science et la foi intime vont contredire. Tout indique dans ce Livre et dans cet Univers l’esprit de justesse, d’équité, d’harmonie, d’Unicité le monothéisme comme « ce dont on témoigne » et qui n’est en réalité que le Signe divin qui se manifeste sous forme de Dikr (mémoire, souvenir, rappel, évocation de l’existence et de la présence d’un Dieu Unique, Créateur et le Seul à être Adoré comme le Seul a énoncer ce Coran et à la préserver). Ce même signe divin se manifeste non seulement dans la diversité des lettres, des mots et des énoncés mais il se manifeste à travers les signes cosmiques mémorables et les panoramas inoubliables de l’inerte et du vivant mis sous nos yeux pour être vus et devenir prétexte à témoigner de la Perfection, de l’immuabilité, de la Grandeur, de l’Omnipotence, de la Sagesse, de la Justice, de l’Équité et de la Miséricorde d’Allah.

Effectivement ce qui est frappant c’est que ces Serments interviennent à la fin du Coran et au sein d’une série de sourates qui se suivent pour exprimer à la fois des Serments divins et des panoramas inoubliables tant dans l’impact de notre imagination que lors de la réalisation du cataclysme final et ce qui le suit. Il s’agit donc de signifier l’importance, la gravité et le caractère solennel et véridique de ce Coran qui est entre nos mains mais aussi de l’énoncé qui suit ces serments et ce panorama mémorable de l’Apocalypse en l’occurrence la Résurrection et le Jour du Jugement dernier auquel fait allusion la contemplation des cycles incessant de la vie et de la mort dans la création assujettie à notre vision et à notre entendement :

{Quand le soleil sera ployé, et quand les étoiles s’effondreront, et quand les montagnes seront mises en mouvement, et quand les chamelles deviendront stériles, et quand les fauves seront rassemblés, et quand les mers seront enflammées, et quand les âmes seront unies aux corps, et quand l’enterrée vivante sera questionnée : « Pour quelle faute a-t-elle été tuée ? » Et quand les registres seront ouverts, et quand le ciel sera ôté, et quand la Géhenne sera embrasée, et quand le Paradis sera rapproché, chaque personne saura ce qu’elle a fait ! Je Jure formellement par les planètes qui s’éclipsent, qui courent, qui disparaissent ; et par la nuit quand elle envahit ; et par le matin quand il éclot ; c’est la parole d’un noble Messager} At Takwir 1

{Par les Anges qui arrachent avec violence, et par ceux qui enlèvent avec douceur, et par ceux qui se meuvent dans le ciel en voguant, puis, par ceux qui devancent à toute vitesse, puis, par ceux qui exécutent par derrière les ordres ultimes : Le Jour où tremblera la terre} An Nazi’ates 1

{Quand le ciel se fendra, et quand les planètes se répandront, et quand les mers seront explosées, et quand les tombes seront dispersées, toute personne saura ce qu’elle a fait et ce qu’elle a délaissé.} Al Infitar 1

{Quand le ciel sera fissuré, répondant aux ordres de son Seigneur avec obéissance consentante, et quand la terre sera aplanie, et qu’elle rejettera ce qu’elle renferme et en sera vidée répondant ainsi aux ordres de son Seigneur avec obéissance consentante. O Homme ! Toi qui t’efforces avec ardeur de rencontrer ton Seigneur, tu vas alors Le rencontrer.} Al Inshiqaq 1

{Je Jure formellement par le Crépuscule, et par la nuit et ce qu’elle englobe, et par la lune quand elle s’accomplit, vous passerez sûrement d’état en état. Qu’ont-ils donc à ne pas croire ?} Al Inshiqaq 16

{Par le Ciel et par la Pulsatrice ! Et que sais-tu de la Pulsatrice ? C’est l’étoile perforante. Certes, chaque personne a certainement un gardien. Que l’Homme regarde de quoi il a été créé ! Il a été créé d’une eau éjaculée, qui sort d’entre le dos (de l’Homme) et les côtes (de la femme). Quant à le ressusciter, Il en Est sûrement Tout-Puissant.} At Tariq 1

{Le récit du Cataclysme t’est-il parvenu ? Des visages, ce Jour-là, humiliés, bâtés et épuisés, seront enfoncés en un Feu brûlant. On leur donnera à boire d’une source bouillante. Ils n’auront de nourriture que des épines, qui n’engraissent ni n’apaisent la faim. Des visages, ce Jour-là, resplendissant de joie, satisfaits de leurs efforts, seront dans un Paradis élevé} Al Ghachiya 1

Avant de continuer à citer ses versets qui vont donner le sens profond du Chahed َشَاهِد et du Mashhoud مَشْهُود ainsi que ses conséquences spirituelles et idéologiques poursuivons l’analyse faite par les savants dans les livres d’exégèse coranique :

  • Mohamed (saws) est « l’auxiliaire » d’Allah pour le témoignage monothéiste. Nous lui devons le même amour et la même obéissance qu’Allah en sa qualité de médiateur, de transmetteur de la Révélation sans jamais lui attribuer un caractère divin. Dans ces conditions le Chahed شَاهِد est compris, dans la Sourate Al Bouroudj, comme étant Mohamed (saws) alors que le Mashhoud مَشْهُود est l’humanité appelée communauté d’appel à l’Islam. D’ailleurs le Coran et le Hadith le spécifient explicitement cette vocation islamique :

فَكَيْفَ إِذَا جِئْنَا مِنْ كُلِّ أُمَّةٍ بِشَهِيدٍ وَجِئْنَا بِكَ عَلَى هَؤُلاءِ شَهِيدًا
{Qu’en sera-t-il alors lorsque Nous Apporterons de chaque Communauté un témoin, et que Nous t’Apporterons comme témoin contre ceux-là?} An Nissa 41

أنتم شهداء الله في الأرض
« Vous êtes les témoins d’Allah sur terre »

La communauté qui répond devient une communauté de réponse et donc une communauté qui a la charge de témoigner aux autres le monothéisme en « auxiliaires » du Prophète (saws). La communauté qui refuse de réponde devient mécréante et elle devient la communauté contre laquelle Mohamed (saws) et la fratrie de foi communicante prendront communauté contre laquelle ils témoigneront devant Allah le Juge Expert, Impartial, Juste et Équitable. Ce qui est confirmé par les versets suivants :

هُوَ سَمَّاكُمُ الْمُسْلِمِينَ مِنْ قَبْلُ وَفِي هَٰذَا لِيَكُونَ الرَّسُولُ شَهِيدًا عَلَيْكُمْ وَتَكُونُوا شُهَدَاءَ عَلَى النَّاسِ

On trouve dans les traductions de ce verset cette expression qui est un parti pris contre les gens, un préjugé qui sape la valeur pédagogique, idéologique et morale du Coran : « afin que le Messager soit témoin contre vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les gens ». Nous ne pouvons être témoin contre les gens à priori ni nous ne pouvons certifier ce qui relève de la foi car il relève du cœur et le cœur relève d’Allah. Nous témoignons sur une chose ou sur quelqu’un dans le sens ou à la fois nous lui transmettons la vérité, les informations et les faits qui sont en notre possession et plus tard nous déposons comme des témoins justes pour révéler ce que nous savons en toute objectivité et vérité. Dans l’immédiat nous ne pouvons savoir si notre témoignage sera en faveur ou sera contre quelqu’un mais par contre nous devons savoir que notre devoir est de témoigner sur notre religion aux autres et de témoigner sur nos forces et faiblesses entre nous pour ne pas être otage des prédateurs ni proie de nos égos et de nos intérêts égoïstes. Notre vocation s’inscrit dans le prolongement fidèle de celle de Mohamed (saws) :

C’est Lui [Allah] qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci [le Coran] : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les Hommes.} Al Hadj 78

Cette vocation de témoignage du monothéisme à l’humanité est partie intégrale et indissociable de l’Islam. Nous ne pouvons accomplir cette vocation de témoignage que si nous accomplissons l’Islam dans sa globalité ou du moins si nous visons, malgré les difficultés du temps et les iniquités des dominants, à demeurer sur le plan de l’intention, de la réflexion, de l’organisation, du comportement et de l’action le maximum de cohérence avec le cadre religieux, spirituel et idéologique de notre vocation :

{O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur et faites le bien, afin que vous cultiviez. Et luttez pour Allah comme il se doit de lutter pour Lui. Il vous A Élus et ne vous Imposa nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui [Allah] qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci [le Coran] : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les Hommes. Accomplissez donc la prière, acquittez-vous de la Zakat, attachez-vous à Allah, Il Est votre Protecteur, le meilleur Protecteur et le meilleur Défenseur.} Al Hadj 77

Ceci dit nous devons conserver deux mots que nous avons utilisé dans notre argumentaire : mémoire et révéler sur lesquels nous allons consacrer quelques lignes. Tout d’abord il faut rappeler le cadre général de la sourate al Bouroudj : Allah fait le serment sur des créatures objets ou phénomènes grandioses par leur grandeur, leur conséquence, leur complexité réelle et leur impression dans notre imagination, notre pensée, notre intelligence et notre conscience. Tous les versets que nous avons cités évoquent des panoramas cosmiques, des cataclysmes qui ont la particularité de s’inscrire dans notre être à la fois comme mémorable et comme révélateur d’une vérité ignorée, oubliée ou considérée comme sans importance par manque de vigilance, par manque de certitude dans la foi. Dans ces conditions et avec tout ce qu’on a dit sur le témoignage des Signes du Coran et du Cosmos sur l’ultime vérité celle de la fin du monde et sa révélation sur notre mémoire qui va nous revenir pour témoigner sur nous et sur les autres le Jour du Jugement dernier je peux apporter, par la Grâce d’Allah, une nouvelle pierre à l’édifice de traduction du sens des versets du Coran. Si nous devons accepter toutes les pistes offertes par l’exégèse coranique de la Sourate Al Bouroudj, il nous faut aller à un terme générique sur le Chahed َشَاهِد compris alors comme le témoin, et sur le Mashhoud مَشْهُود compris alors comme mémorable ou révélateur.

Le verset suivant
بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ والسماء ذات البروج واليوم الموعود وشاهد ومشهود
Devrait par conséquent se lire sous l’une des deux formes :

{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un mémorable} Al Bouroudj 1
{Par le ciel aux constellations, et par le Jour promis, et par un témoin et un révélateur} Al Bouroudj 1

La déduction logique, l’analyse exégétique ainsi que les versets coraniques qui tissent avec la sourate Al Bouroudj un réseau de significations sur la gravité et la dimension des Serments divins qui s’enchaînent militent pour que le Mashhoud مَشْهُود soit le mémorable ou le révélateur ou les deux en même temps. Si nous prenons le plaisir spirituel et intellectuel de continuer notre lecture sur ces Serments divins énoncés à la fin du Coran nous trouvons des clés de compréhension confirmant que le Coran s’explique par le Coran mais qu’il reste hermétique aux mécréants même s’ils maitrisent la langue source et la langue cible dans la traduction du Coran. En effet les versets suivants mentionnent les notions de mémorabilité et de révélateur tout en confirmant la notion de témoignage le Jour du Jugement dernier :

{Par l’aube, et par dix nuits, et par le pair et l’impair, et par la nuit quand elle passe, y a-t-il en cela un serment pour tout Homme doué de bon sens ? N’as-tu donc pas vu ce que ton Seigneur A Fait des ‘Ad ? […] l’Homme se souviendra} Al Fajr 1 et 23

{Je Jure formellement par cette Cité ! Et toi tu es présent en cette Cité. Et par un père, et par ce qu’il a engendré ! En vérité, Nous Avons Créé l’Homme capable d’endurer peine et efforts. Pense-t-il que personne n’aura de prise sur lui ? Il dit : « J’ai anéanti des biens immenses ». Pense-t-il que personne ne l’a vu ?} Al Balad 1

{Par les destriers en sueur, puis, par ceux qui font jaillir des étincelles, puis, par ceux qui foncent au matin, en y soulevant une poussière, et en pénétrant avec au milieu des troupes : l’être humain est sûrement ingrat envers son Seigneur ! Et il est sûrement témoin de cela. Et de l’amour des richesses, il est sûrement avide ! Ne sait-il donc pas que lorsque ce qui est dans les tombes sera bouleversé, et que ce qui est dans les cœurs sera dévoilé, que leur Seigneur, ce Jour-là, Est certes parfaitement Renseigné?} Al ‘Adiyat 1

{Par le Ciel et son remaniement, et par la terre et ses fissures, c’est une parole décrétée, et ce n’est point une plaisanterie. Eux, sans doute, ils projettent de perfides ruses, mais Je Planifie d’invincibles stratagèmes. Accorde donc un délai aux renégats, accorde-leur un long sursis.} At Tariq 11

En méditant le lynchage et la sodomisation de feu Mouammar Al Kadhafi que des savants, prédicateurs et foules fanatisés par l’instrumentalisation de l’Islam par la CIA et l’Otan considèrent comme Youm Mashhoud مَشْهُود je me suis encore posé la question qui me traverse l’esprit depuis des années déjà : Est-ce que nous vivons dans une époque mémorable par une Sahwa chantée comme fut chanté la Nahda et l’Islah qui ont comme la montagne stérile accouché de poussières et de tempêtes de sables ? Est-ce que nous vivons des moments révélateurs de notre déshumanisation qui font que malgré l’habillage islamique de nos discours, de nos apparats vestimentaires, de nos temples nous sommes loin voire à l’opposé de ce qu’Allah a gratifié l’humain dans son Honorificat originel, dans son Khalifat sur terre et dans son adoration monothéiste. Mohamed (saws) a montré que l’Islamité se rajoute à l’humanité pour produire l’excellence: « Le meilleur d’entre vous dans l’obscurantisme pré islamique est le meilleur d’entre vous dans l’Islam s’il fait l’effort de comprendre son Dine ! »
Est-ce que ce ne sont pas les pires d’entre nous qui ont pris en otage la religion pour l’instrumentaliser à des fins partisanes, mondaines sans faire l’effort d’en comprendre et d’en appliquer ses fondamentaux en terme d’humanisme, de respect de la vie humaine, d’humilité ? Est-ce que l’arrogant, le triomphaliste, l’allié des ennemis d’Allah peut devenir un libérateur puis un civilisateur ? Est-ce que le voyeurisme mis en scène médiatiquement, militairement, idéologiquement et religieusement relève de l’éthique et de l’esthétique musulmane du  » Chahed et Mashhoud »? Quel est le sens et la validité d’un témoignage, d’une accusation qui détruit un pays et tue des milliers de personnes par les forces de l’OTAN appuyé par des troupes « musulmanes » pour le libérer de la dictature d’un seul homme?

J’ai apporté, par la Grâce d’Allah, quelques réponses opportunes, pertinentes et cohérentes mêmes si elles sont incomplètes et imparfaites dans mon dernier livre « Les Révolutions arabes : Mystique ou mystification ? ». Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, je suis un réaliste qui pose les problèmes dans leur globalité, leur dynamique et leurs interactions comme l’exige la culture islamique. Je ne revendique ni le statut de savant, ni de penseur, ni de guide, ni de représentant du peuple ni d’élu dans l’opposition. Je fais parti des Ghorabas, les gens étrangers à leur époque, à leur communauté, les sans patrie, sans parti et hors système mais en quête de la vérité ne la sollicitant qu’auprès d’Allah.

Cette parenthèse m’amène à aborder l’autre élément flagrant dans la sourate al Bouroudj que les prédicateurs et savants anciens et nouveaux occultent est qui se rapporte au récit mémorable et révélateur à la fois de la cruauté des païens envers les croyants et de la patience courageuse des croyants persécutés et massacrés. Pour cela il faut faire une lecture globale de la sourate sans perdre de vue les liens de sens avec les Serments coraniques des autres sourates :

وَٱلسَّمَآءِ ذَاتِ ٱلْبُرُوجِ ﴿1﴾ وَٱلْيَوْمِ ٱلْمَوْعُودِ ﴿2﴾ وَشَاهِدٍۢ وَمَشْهُودٍۢ ﴿3﴾ قُتِلَ أَصْحَـٰبُ ٱلْأُخْدُودِ ﴿4﴾ ٱلنَّارِ ذَاتِ ٱلْوَقُودِ ﴿5﴾ إِذْ هُمْ عَلَيْهَا قُعُودٌۭ ﴿6﴾ وَهُمْ عَلَىٰ مَا يَفْعَلُونَ بِٱلْمُؤْمِنِينَ شُهُودٌۭ ﴿7﴾ وَمَا نَقَمُوا۟ مِنْهُمْ إِلَّآ أَن يُؤْمِنُوا۟ بِٱللَّهِ ٱلْعَزِيزِ ٱلْحَمِيدِ ﴿8﴾ ٱلَّذِى لَهُۥ مُلْكُ ٱلسَّمَـٰوَ‌ٰتِ وَٱلْأَرْضِ ۚ وَٱللَّهُ عَلَىٰ كُلِّ شَىْءٍۢ شَهِيدٌ ﴿9﴾ إِنَّ ٱلَّذِينَ فَتَنُوا۟ ٱلْمُؤْمِنِينَ وَٱلْمُؤْمِنَـٰتِ ثُمَّ لَمْ يَتُوبُوا۟ فَلَهُمْ عَذَابُ جَهَنَّمَ وَلَهُمْ عَذَابُ ٱلْحَرِيقِ ﴿10﴾ إِنَّ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا۟ ٱلصَّـٰلِحَـٰتِ لَهُمْ جَنَّـٰتٌۭ تَجْرِى مِن تَحْتِهَا ٱلْأَنْهَـٰرُ ۚ ذَ‌ٰلِكَ ٱلْفَوْزُ ٱلْكَبِيرُ ﴿11﴾ إِنَّ بَطْشَ رَبِّكَ لَشَدِيدٌ ﴿12﴾ إِنَّهُۥ هُوَ يُبْدِئُ وَيُعِيدُ ﴿13﴾ وَهُوَ ٱلْغَفُورُ ٱلْوَدُودُ ﴿14﴾ ذُو ٱلْعَرْشِ ٱلْمَجِيدُ ﴿15﴾ فَعَّالٌۭ لِّمَا يُرِيدُ ﴿16﴾ هَلْ أَتَىٰكَ حَدِيثُ ٱلْجُنُودِ ﴿17﴾ فِرْعَوْنَ وَثَمُودَ ﴿18﴾ بَلِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ فِى تَكْذِيبٍۢ ﴿19﴾ وَٱللَّهُ مِن وَرَآئِهِم مُّحِيطٌۢ ﴿20﴾ بَلْ هُوَ قُرْءَانٌۭ مَّجِيدٌۭ ﴿21﴾ فِى لَوْحٍۢ مَّحْفُوظٍۭ ﴿22﴾

 

  • اليوم الموعود : يومِ القيامة

Le Jour promis : le Jour du Jugement dernier

  • شاهد : من يَشهدُ على غيرِه فيه

Chahed : Celui qui témoigne contre autrui lors du Jugement dernier et prend le statut d’accusateur qui demande justice, qui incrimine, qui révèle

  • مشهودٍ : من يَشهدُ عليه غيرُه فيه

Mashoud : Celui est qui est l’objet de témoignage, l’objet d’une plainte, l’objet d’une accusation. Celui dont on exige que justice soit faite contre lui. Il est l’accusé des crimes, des torts, des dommages et des préjudices qu’il a commis dans cette vie.

 

Cette lecture juste met en liaison dans un procès juste et équitable l’accusé face à son accusateur et traduit la justesse du témoignage qui met en scène la confrontation de deux parties l’accusation et la défense sauf que le Jugement dernier Allah est le Procureur, le Témoin et la Défense et tous les participants au procès qu’ils soient coupables ou victimes ne diront que la stricte vérité face à Allah qui s’est défini par ses Versets :

{N’as-tu pas su qu’Allah est Omnipuissant sur toute chose ? N’as-tu pas su qu’à Allah appartient le Règne des Cieux et de la terre, et que vous n’avez à l’exclusion d’Allah ni protecteur ni Défenseur ?} Al Baqara 107

{Les injustes n’ont point de Défenseurs.} Al Baqara 270

{Certes, ceux qui mécroient en les Signes d’Allah, qui tuent les Prophètes sans aucune juste cause et tuent ceux parmi les Hommes qui commandent l’équité, annonce-leur alors un douloureux châtiment. Ceux-là, vaines ont été leurs actions dans le monde, et dans la vie Future, ils n’auront point de Défenseurs.} Al ‘Imrane 21

{Sans aucun doute, Allah Est votre Protecteur et Il Est le meilleur des Défenseurs.} Al ‘Imrane 150

{Ceux-là sont ceux qu’Allah A Maudits, et celui qu’Allah Maudit, tu ne lui trouveras point de Défenseur.} Al Maidah 52

{Quiconque commet un mal en sera puni et ne trouvera, à l’exclusion d’Allah, ni protecteur ni Défenseur. Et quiconque fait des œuvres méritoires, que ce soit un homme ou une femme, tout en étant croyant, ceux-là entreront au Paradis et ne subiront point un micropyle d’injustice.} Al Maidah 123

Omar Mazri

[information]Lire la partie 2 : Témoin, mémoire, culte et Jihad  2/2[/information]

Le Divin « piégé » ?! Partie 3/3

« Pratiquer » le  Coran dans sa propre langue

Même en possession de la meilleure traduction nulle ne peut faire l’impasse s’il veut travailleur sur des thèmes concernant l’islam et les musulmans de « pratiquer » le Coran  dans sa propre langue : l’Arabe. La sonorité, le rythme, la grammaire, le style, les pauses, les liens de sens, les jonctions de mots, les contextes sont autant d’indices dans la compréhension du Qur’ân.

Il ne doit pas y avoir doute, incertitude ou polysémie contradictoire dans la lecture du Qur’ân.

Ce verset

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien laáalakoum thouflihoune !} 22,77

Ne peut s’accommoder d’une traduction simpliste et erronée comme celles-ci

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Ainsi réussirez-vous !} 22,77

{0 vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Peut-etre réussirez-vous !}

Le Qur’ân provoque une attention soutenue par la sonorité des mots, la force des syllabes, la polysémie des mots et la déconstruction grammaticale. L’énonciataire est mis dans une nouvelle situation d’énonciation, une nouvelle perspective que le non musulman a du mal à saisir n’y voyant que la redondance. Quand le non musulman encadre un musulman sur ce terrain de thèses universitaires alors  tous les dérapages objectifs et subjectifs sont possibles. Chaque fois que le récitant, connaissant la langue arabe, est « déstabilisé » par une syntaxe,  un mot ou une phrase il sait qu’il est en présence d’une nouvelle ou d’une particularité dans l’énonciation qui rend l’énoncé plus grave, plus solennel, plus imposant et plus entrainant dans l’’effort du Tadabour (réflexion a l’intérieur du Qur’ân) et du Tafakour (réflexion sur le monde et sur l’homme hors du Qur’ân, mais sucité par le Qur’ân) auquel tel ou tel autre passage du Qur’ân invite.

L’exercice spirituelle et intellectuel sans dualité entre foi et raison par la conjugaison du Tadabbour et du Tafakkour donne le sens de l’universel, le sens du monothéisme pur, parfait et sincère : L’unicité du verbe de Dieu qui se fait parole Qur’ânique dans le cœur de Mohamed (saws), Jésus dans la matrice de Marie et création dans toute sa splendeur et ses mystères dans l’instant Azaliy (pré éternité sans finitude) et l’instant Abadiy ( l’éternité dans l’ infini) qui ne font qu’Un pour le Créateur du temps et de l’espace et qu’aucun lieu ou étendue ni moment ou durée  ne peuvent contenir. La même loi qui régit l’univers visible et invisible témoigne de l’Unicité du Créateur, Ordonnateur et Gouvernant à la fois Immuable et Suffisant sans qu’il ne soit nécessaire à la raison de Lui donner rival, associé et encore moins une compagne ou un fils.

Quand la langue s’inspire des fondements mythologiques grecs ou romains qui la sous tendent elle ne peut traduire l’exactitude de la foi comme elle ne peut empêcher à la raison de dériver et au sens de se corrompre. La langue véhicule un imaginaire c’est-à-dire une compétence symbolique à évoquer le passé, à explorer le présent et à anticiper sur l’avenir. Lorsque cet imaginaire est peuplé de mythes il ne peut logiquement se prévaloir d’une suprématie de rationalité sur la langue d’autrui et son système de pensée. Quand l’imaginaire sur lequel s’appuie l’expression de la foi et de la raison s’investit dans le devenir de l’homme depuis Adam jusqu’à Mohamed (saws) en passant par les chemins empruntés par tous les Prophètes et Messager alors il devient Lumière qui éclaire la compétence de nommer de tous les hommes de foi par laquelle passent et la parole et le savoir :

{Et Il apprit à Adam tous les noms} al Baqara 31

La compétence de nommer se corrompt au contact du paganisme intellectuel qui pare l’idole pour humilier l’idée, qui magnifie le mensonge pour cacher la vérité, qui falsifie la parole pour éteindre la vérité émanant de  Dieu. Le paganisme ne peut être l’interprète des désirs de l’humain, de son imagination et de son devenir et encore moins le critère d’évaluation de la raison humaine, de sa foi et de la traduction de la parole de Dieu infalsifiable et inaltérable qui se nomme le Qur’ân :

{Dis: ‹Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah›. Puis, s’ils tournent le dos, dites: ‹Soyez témoins que nous, nous sommes soumis›.} ali ‘imrane 64

Nous avons pris, dans la partie précédente,  comme exemple la Sourah ahl al Kaf (la caverne) vous pouvez faire l’essai de lire le texte jusqu’au récit de Moise et là vous sentez que vous êtes emporté dans une autre dimension, un autre message. Continuez et vous rentrez dans le récit de Dhoul Qarnayn c’est encore une autre dynamique, d’autres enseignements. Cette pluralité répond à des exigences de narration qui dépasse l’entendement humain car elle garde le principe d’unité par le pouvoir d’évocation, la sonorité et le rappel des mots, la similitude des situations et surtout le message fondamental : l’Unicité de Dieu incomparable et qui défie tous les esprits qui refusent de se prosterner.

Il est donc vain de parler d’Ijtihad si ses instruments, le Tadabour et le Tafakour ne relèvent leur subtilité qu’à travers la langue arabe ou à travers une longue pratique du Qur’ân inspirée par la foi ou et le  désir sincère de chercher la vérité pour comprendre le Qur’ân :

{Nous l’avons fait descendre, un Qur’ân en langue arabe, laâalakoum vous raisonniez.} Youssef 12

Si nous acceptons cette lecture de « laâla » comme attitude spirituelle, cognitive, comportementale, intellectuelle en quête de l’espérance dans la rencontre imminente de Dieu et en crainte de son châtiment ou de la frustration d’être privé de sa rencontre alors le raisonnement, la méditation, la production intellectuelle ne sont ni un luxe ni  un privilège mais une exigence. La résonnance dramatique de « laâalakoum » d’un Dieu à la fois immanent et transcendant qui nous interpelle dans un langage d’amour qui ne veut pas voir son aimé privé de Sa Miséricorde ne peut être traduite par une autre langue que la langue originelle du Qur’ân.

Comment peut-on imaginer Allah Al Wadoud traiter son bien aimé Mohamed (saws) comme chose insignifiante et le laisser cultiver le doute sur sa destinée alors qu’il a consacré sa vie au service de Dieu jusqu’à être l’incarnation d’un Qur’ân en marche :

{Supporte patiemment leurs propos ! Célèbre les louanges de ton Seigneur avant le lever et le coucher du soleil ! Glorifie-Le au cours de la nuit ainsi qu’aux extrémités de la journée ! Peut-être seras-tu agréé.} Ta-ha – 130

II nous faut lire et traiter les thèmes se rapportant a l’islam et aux musulmans en nous impliquant dans le sens Qur’ânique comme si le Qur’ân nous interpellait personnellement. L’implication est spirituelle, cognitive, affective, imaginative, symbolique, lexicale et sémantique. L’imam Ali le Sage a dit : « Il n’y a rien de bon dans la lecture du Qur’ân qui ne soit pas méditée ».

Le Qur’ân et la langue arabe  ne sont pas  difficiles si on y entre avec sincérité au-delà de la sanction universitaire, des préjugés, des traductions imparfaites. Les premiers compagnons étaient en général de simples bergers, de petits commerçants, de modestes cultivateurs ils ont su vivre avec le Qur’ân et le Qur’ân a su les récompenser en contrepartie de leurs efforts :

{En effet, Nous avons rendu le Qur’ân facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour reflechir?} Al-Qamar  17

Maitriser l’arabe, ses mots et sa grammaire ne suffit pas pour comprendre le Qur’ân. Il faut le lire comme une dévotion, comme un dialogue intime avec Dieu pour comprendre et sentir le miracle s’opérer : le trésor s’ouvre et offre ses joyaux inestimables même si nous ne pouvons pas voir toutes les subtilités, tous les sens, toute la vérité et celà en dépit que certaines expressions ou certains mots restent hors de notre portée comme d’autres l’ont été pour nos prédécessuers :

{Et quant a ceux qui s’efforcent en Nous, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers, Allah est en vérité avec les bienfaisants.} al ankabout 69

Le devoir de bon conseil est de dire que le Qur’ân ne se lit pas comme un traité scientifique, une encyclopédie, un récit, mais comme la Parole de Dieu qui pénètre les cœurs pieux et les comportements vertueux. Il  peut rester fermé, inaccessible et incompréhensible aux plus intelligents et aux plus lettrés si la foi et sa douceur sont absentes de leurs cœurs :

(Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, de sorte qu’ils ne le comprennent pas: et dans leurs oreilles, une lourdeur. Et quand, dans le Qur’ân, tu évoques Ton Seigneur l’Unique, ils tournent le dos par répulsion.) Al Isra 46

L’étude de la langue française nous montre pourtant que le conditionnel en sa qualité de valeur temporelle  et de valeur modale peut transcrire le la’alakoum à la fois comme potentiel d’action ( il est toujours temps de croire et de faire dans une continuité qui va du présent au futur et qui ne prend fin qu’avec la fin de l’être) et comme conditions préalable c’est-à-dire comme un  futur hypothétique dont la réalisation, l’accomplissement et le devenir sont soumis à la crainte révérencieuse de Dieu et à l’espérance en Lui :

La’alakoum tataqoun est à lire « ainsi vous prendriez garde à Allah »

La’alakoum touflihoun est à lire  » ainsi vous réussiriez ».

Dans « Leçons de linguistique générale – Esquisse d’une grammaire descriptive » –  Gustave Guillaume nous fait une analyse sur le futur hypothétique comme valeur temporelle, ce conditionnel, qui  a valeur de futur inclusif par rapport au présent. Nous y trouvons le « vous réussiriez »  comme  valeur de signification à volonté de présent et de futur. Cette valeur temporelle donne à « vous réussiriez » le sens de réussir tout de suite, dans le présent même, ou dans l’avenir, réussir plus tard, mais dans telles ou telles autre circonstances favorables de réussite qui peuvent être hors d’actualité dans le présent et d’actualité dans le futur. Ceci est également valable pour le verbe craindre.

Nous ne serons plus  pris au piège de l’incertitude et de l’incertitude de la réalité et de l’énoncé qur’ânique mais nous serons dans l’ouverture idéique et spirituel à l’actuel et au virtuel (le réel en potentiel et qui n’est pas encore actuel) par dévoilement graduel ou par choc avec la réalité :

{Nous leurs vous montrerons Nos signes à l’horizon (l’Univers en dévoilement)  et en eux-mêmes jusqu’à ce que ceci (le Qur’ân, la Vérité, le Réel se dévoile} Foussilat

Nous seront aussi en phase avec l’esprit et la lettre coranique qui affirment  que le Qur’ân  est facile à lire, à prononcer, à réciter  à mémoriser et à comprendre.

Il n’y a ni certitude ni incertitude  mais projet d’idéation qui invite à un procès d’actualisation. Actualisation est le processus psycho temporel qui donne  actualité à un potentiel existant en nous et dont nous sommes les auteurs. Les circonstances ne sont uniquement que des facilitateurs à saisir  ou des réducteurs à surmonter ou à contourner. L’homme est au cœur du débat sur son devenir. Dieu est Celui qui pardonne, qui donne Miséricorde et qui agrée les œuvres. C’est le même et Unique Dieu aussi qui accorde à l’Homme ce pouvoir redoutable du libre arbitre par lequel il construit son destin et son avenir en actualisant le mal ou le bien qu’il porte en lui… Tout est ouvert jusqu’à l’ultime fin qui se prépare assez tôt dés le plus jeune âge :

{Allah accueille seulement le repentir de ceux qui font le mal par ignorance et qui aussitôt se repentent. Voilà ceux de qui Allah accueille le repentir. Et Allah est Omniscient et Sage. Mais l’absolution n’est point destinée à ceux qui font de mauvaises actions jusqu’au moment où la mort se présente à l’un d’eux, et qui s’écrie: ‹Certes, je me repens maintenant› – non plus pour ceux qui meurent mécréants. Et c’est pour eux que Nous avons préparé un châtiment douloureux. } an nissa 18

Si nous passons en revue tous les « Laâlakoum » ils expriment soit une injonction soit un conditionnel soit un subjonctif mettant le doute sur l’événement ou le comportement des mécréants. Les seuls fois où il prend le sens de « peut-être »  c’est quand il est attribué à des individus soumis au doute de la foi ou celui de la cupidité comme les courtisans et le peuple de Pharaon. En aucun cas le doute ou le peut-être ne peuvent être attribués à la parole divine et nous pouvons l’affirmer sans aucun doute, preuves à l’appui.

La culture et le Falah

Dans ce réquisitoire linguistique contre la lutte idéologique, la guerre subversive et les manœuvres de diversion  contre l’Islam nous ne pouvons le fermer sans évoquer la subtilité du terme Falah qui est escamoté dans les traductions et qui s’inscrit aussi comme une sorte de lapsus mental et langagier pour signifier que l’islam est révolu. En traduisant le « Touflihoun » qui suit « La’âlakoum » par réussir ou succès on transpose le modèle consumériste et matérialiste de la pensée occidentale qui ne voit la vie que comme réussite sociale et succès mondain.  Dieu serait donc astreint à nous offrir en récompense de notre Jihad spirituel, moral, social et politique ou militaire que les biens terrestres palpables comme butin de guerre. Nous sommes dans la logique de l’amalgame Islam Epée de Mohamed si nous refusons celui du matérialisme capitaliste.

Touflihoun ne peut être traduit par succès ou réussite du fait des amalgames entretenus mais surtout du fait que ces notions entretiennent la notion d’un constat qui se consomme et s’achève et non comme un devenir en perfection, en expansion. Dans la langue originelle du Qur’ân  touflihoun vient de Falah, cultiver qui donne Fallah, cultivateur, et ainsi le sens prend une autre signification plus large que le succès et la réussite. Il s’agit d’inscrire le Falah ou la culture ou le verbe cultiver dans la conscience du croyant pour qu’il inscrive son être spirituel, ontologique et social dans un Ijtihad permanent, un Jihad conséquent sur lui-même pour entretenir sa foi, sa personnalité, sa vertu et sa mission de Vicaire agissant  et récolter ainsi les fruits moraux, spirituels et matériels de son labeur ici et dans l’au-delà dans un processus incessant comme un devenir vers plus de perfection, plus d’efficacité, plus de sincérité, plus d’engagement et plus de purification de l’ego orgueilleux, belliqueux ou paresseux.

Il est remarquable de souligner que jusqu’au milieu du siècle dernier les Arabes se croyaient sans équivalent de culture et ils ont emprunté à un littéraire (Tewfik al Hakim si je ne m’abuse) le terme Taqafa qui est un néologisme qu’il a forgé pensant se mettre au niveau de la modernité occidentale. Il a fallu attendre Malek Bennabi pour dénoncer ce mimétisme et pour montrer que la culture est une ambiance générale qui fait que l’ensemble de la société est alignée sur une même visée, un même objectif dans un sillon droit qui rappelle les sillons des champs de choux. Malek Bennabi n’est ni un arabisant  ni un éxégète du Coran mais sa rationalité fondée sur la foi et la quête de la vérité lui a montré la culture dans sa dimension coranique de Falah et de cultivateur qui fait l’effort de semer, de desherber, de parcourir son champ, d’aligner ses plants et de les arroser, de contempler l’oeuvre d’Allah qui fait sortir de la terre ce qui donne subistance aux bouches à nourir et ravissement aux yeux en quête de signes.

Toutes les paraboles du Qur’an citant l’effort de l’homme dans sa lutte pour le bien et la foi ont la nature pour champ d’expression : la pluie, l’arbre, la fourmi, l’abeille, ces vivants qui produisent du bien en respectant leur Fitra qui leur commande de se soumettre à Allah. La nature en œuvre  incite à cette aspiration mystico temporelle et psycho spirituelle à laquelle le Qurân invite l’homme de foi à se cultiver c’est-à-dire à semer avant de récolter et à long terme à se civiliser pour devenir civilisateur :

{N’as-tu pas vu comment Allah A Fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Seigneur. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, pour qu’ils se souviennent. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité. Allah Affermit ceux qui devinrent croyants, par la ferme parole, dans la vie terrestre et dans la vie Future. Et Allah Fourvoie les injustes.} Ibrahim 24

{N’ont-ils donc pas vu que Nous Conduisons l’eau vers la terre aride, puis, Nous Faisons pousser avec des plantes dont se nourrissent leur bétail et eux-mêmes ? Ne le voient-ils donc pas !} Sajda 27

Partant de la règle d’or islamique qui dit que le Qur’ân explique le Qur’an on ne peut que rester ébahi par l’évidence qui se dégage du verset suivant qui définit l’effort de cultiver et ses fruits qui ne sont pas seulement matériels :

{Muhammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, aspirant à une Munificence de la part d’Allah et un agrément. Leurs signes sont sur leurs visages, comme trace de la prosternation. Cela est leur exemple dans la Torah. Et leur exemple dans l’Évangile : comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs, afin qu’Il Fasse exaspérer ceux qui devinrent mécréants. Allah A Promis à ceux qui devinrent croyants et ceux d’entre eux qui ont fait les œuvres méritoires, une absolution et une immense rémunération.} Al Fath 29

Dans cette sourate al Fath, l’Ouverture de la Mecque et  le Triomphe de la foi, il n’ y a ni butin à partager, ni attitude triomphaliste ni  réussite mondaine ni succès guerrier mais bel et bien la double inscription de l’effort dans la continuité des Prophètes et dans l’harmonie avec la nature : cultiver la foi, cultiver la vie, cultiver son Paradis, la récompense appartient à Dieu : l’absolution et une immense rémunération que seule Dieu connait et que le Qur’âne révèle sous des formes variées. La plus grande rémunération dans cette vie est conserver une foi pure et sincère, dans l’au-delà est de contempler la Beauté absolue sans voile. La’âlakoum Touflihoun sont indissociables dans l’énoncé que nous avons traité pour l’exemple. Pour cet exemple et  les autres que nous n’avons pas cité il ne faut pas perdre de vue que tout est soumis à la volonté de Dieu y compris l’effort de cultiver ou de récolter les fruits comme le mentionne le Qur’âne :

{Dites-moi donc, ce que vous labourez, est-ce vous qui le cultivez ou bien est-ce Nous le Cultivateur ? Si Nous Voulions, Nous le Réduirions en débris …} Al Waqui’a 67

Cette réflexion ayant pris son essor dans la défense d’un pilier de l’Islam, Al Hajj, il est important de souligner que le pèlerinage est valide s’il a rempli les conditions cultuelles et celles de son intention. Seul son acceptation par Dieu  en fait un rite agrée et méritoire. Dieu dans Sa Bonté nous a montré les signes de l’acceptation du Hajj : se cultiver c’est-à-dire agir après l’accomplissement du pèlerinage comme un croyant qui a renouvelé son alliance avec Dieu et qui fait effort de cultiver sa foi, son savoir, sa probité, sa sincérité, son devoir, ses relations humaines, son travail avec la même ferveur que celle qu’il avait manifesté lors de son séjour aux Lieux saints. Une fois de plus ce n’est pas notre interprétation qui fait foi mais la lettre du Qur’an :

{Le Pèlerinage : ce sont des mois connus. Quiconque s’y impose le Pèlerinage, alors pas de jouissance, de perversité ou de controverse durant le Pèlerinage. Ce que vous faites de bien, Allah le Sait. Et approvisionnez-vous. Oui, sans doute, le meilleur approvisionnement, c’est la piété. Et craignez Allah, ô doués d’entendement.} Al Baqara 197

 

« Il faut savoir provoquer le scandale pour ne pas devenir sa proie ».

 

Nous n’allons pas comme K. Marx provoquer du scandale en ouvrant feu et pamphlet contre les collaborateurs de classes et les philosophes qui ne veulent pas changer le monde se contentant juste de la décrire. Et pourtant le scandale est salutaire comme les catastrophes naturelles : réveiller les consciences. Nous allons rester dans le cadre de notre éthique musulmane et dire ce que le  Prophète (saws)  a dit trois fois de suite :

« La religion c’est le bon conseil sincère. »

À la troisième fois on lui demanda : « Envers qui ô Messager d’Allah? » Il dit :

« Envers Allah, Son Livre, Son Messager, les gouvernants et l’ensemble de la communauté. «

Il n’est pas dans nos intentions d’accuser ou de jeter l’anathème sur quiconque mais de défendre l’islam et exercer notre devoir de bon conseil aux jeunes qui veulent nous écouter et profiter de nos expériences. Ceux qui veulent mettre en défi le Qur’ân et lui trouver une faille pour le tourner en dérision ou le proposer à la réforme comme chose obsolète nous n’avons ni le pouvoir ni l’envie de leur dire non. Bien au contraire nous leur souhaitons d’aller jusqu’au bout de leur logique, la’âlahom, peut-être qu’ils parviendront à l’impasse ou qu’ils découvriront ce que des esprits intègres ont découvert : la beauté incomparable et la vérité inégalée de ce Livre et que cette découverte leur fasse découvrir le gout spirituel et cette soif de chercher la proximité divine qui leur donne une autre vocation à leur intelligence hors du commun :

{Qui donc est meilleur que celui qui incite vers Allah, qui fait œuvre méritoire et dit : « Je suis du nombre des musulmans ? ». L’œuvre méritoire et l’œuvre vile ne sont point égales. Avance celle qui est la meilleure (pour repousser le mal), et voilà que celui avec qui il y a une animosité entre toi et lui, devient comme s’il était un ami chaleureux. Et ne l’obtiendront que ceux qui ont persévéré, et ne l’obtiendra que celui qui a une chance immense.} fussilat 33

Ceux qui, au nom d’un néo soufisme, veulent appliquer au texte sacré les travaux de l’herméneutique ou de la sémiologie nous n’avons aucun préjugé ni qualification pour confirmer ou réfuter cette approche. Nous tenons juste à souligner que l’herméneutique peut se fixer comme objectif une démarche philosophique, chercher le sens. Maintenant si on veut absolument donner un sens ésotérique réservé aux initiés faisant une fois encore le jeu des partisans des islams fragmentés, un islam pour la plèbe et un islam pour les érudits versés dans les sciences occultes, ceci est un autre débat. La voie mystique, des anciens est un cheminement d’étapes en étapes spirituelle ou de station spirituelle vers des stations plus élevées conduite par le Zuhd (le renoncement au monde) et les prières assidues et le secret révélé aux maitres n’est pas du ressort de l’herméneutique mais du secret de la retraite spirituelle. Ce secret ne se divulgue pas car le commun ne comprendrait pas. Ne pouvant se communiquer il n’est d’aucun intérêt dans la conduite des mouvements de libération à moins qu’il ne se présente comme l’Emir Abdelkader à l’avant-garde du combat contre l’occupant.

L’herméneutique ou science de déchiffrement des réalités au-delà du signe n’est pas une mais un ensemble multiple. Il nous faut une précision sur le type d’ herméneutique qu’on applique  pour faire dire au Qu’rân ce qu’il cache ou ce qu’il dit avec limpidité et dont le sens nous échappe car le Dessein de Dieu nous échappe: celle de l’esthétique, celle de l’historicité, celle de la syntaxe, celle des paraboles, celle de l’ontologie, celle de la métaphysique, celles des cabales judaïques, celle de la scolastique cléricale, celle de l’astrologie médiévale…Précisons les concepts, les méthodes et l’objet d’exploration.

Le Qur’ân a déjà libéré l’homme des mythes, des idoles, du messianisme et de l’ésotérisme pour en faire un croyant honoré et missionné. Le combat réel est comment lui redonner les moyens concrets pour lutter contre ce qui l’aliène, l’agresse et dénature son droit au sens et son devoir d’agir comme Abou dherr al Ghifari ou Mou’âd Ibn Jabal ou al Rumi ou al Farissi et tant de compagnons qui ont pris la défense de l’islam sans faux fuyant et sans casuistique pour cacher leur peur d’affronter les négateurs de l’Islam et les colonisateurs des musulmans.

Ce n’est pas le cas des élites « franco musulmanes » qui se veulent une nouvelle vocation : réinterpréter le Qur’ân ou le traduire à leur guise dans la continuité des orientalistes en confirmant la volonté idéologique de banaliser le texte comme si c’était la prose de monsieur Jourdain.  Chacun y va de son Ijtihad en  cherchant des signes cabalistiques, un sens ésotérique, un complexe d’Œdipe inversé. La majorité, en réalité, ne cherchent  que les oripeaux brillants de la mondanité intellectualiste pour gagner du pain et un prestige social. Combien elle est belle cette métaphore de Jalal Eddine Rumi dans ce panier à crabes :  « Le miroir ne peut redevenir du fer et le pain ne peut ne peut redevenir du blé mais toi si tu te vois fleur tu es parterre fleuri, si tu te vois âme tu es royaume de l’âme, tu es ce que ton œil à contemplé ». Par oeil il entend non l’organe mais le regard spirituel.

Dans la lutte idéologique il faut insister sur une évidence qui pourtant nous échappe : nous devons être toujours mis en diversion sur des problèmes complexes,  byzantins ou dépassant notre compétence pour ne pas nous occuper des problèmes flagrants qui produisent notre sous-développement : le despotisme intérieur et le colonialisme extérieur alliés pour laisser les musulmans dans une ignorance sur leur propre problèmes,  leur propre devenir et leurs ennemis qui leur invente des problèmes et leur bouche l’horizon.

Nous laissons le soin à Dhoul Noun al Masri, considéré comme l’un des plus grands maitres mystiques,  de répondre sur toutes ces pistes d’Ijtihad (qui donnent le vertige au musulman)  :

« La sincérité est le sabre de Dieu sur la terre ; où qu’elle soit appliquée, elle ne peut que trancher ».

Il ne peut que se prononcer en conformité avec la lettre et l’esprit du Coran :

{Certes, ce Coran  relate à la postérité d’Israël la plupart de ce en quoi ils divergent. Et il est sûrement une Direction infaillible et une Miséricorde pour les croyants. Certes, ton Seigneur Tranchera entre eux par Son Jugement et Il Est, Lui, l’Invincible, le Tout-Scient. Fie-toi donc à Allah : tu es certainement dans le vrai évident. Toi, tu ne peux faire entendre les morts, et tu ne peux faire entendre l’appel aux sourds quand ils s’écartent en fuyant. Et tu ne peux, toi, guider les aveugles loin de leur fourvoiement. Tu ne peux faire entendre que celui qui croit en Nos Versets, et de fait sont musulmans.} Al Qasas 76

{Il Connaît la traîtrise du regard furtif, et ce que cachent les consciences.Et Allah Tranche en toute Vérité. Et ceux qu’ils invoquent à l’exclusion de Lui ne tranchent rien. Certes, Allah Est l’Omni-Audient, l’Omnivoyant.} Ghafir 19

Il est plus simple et plus efficace de revenir à l’esprit de l’Islam matinal que de se fourvoyer en doctes sectes entre soufis herméneutes et islamologues modernistes.

Ceux qui nous ont légué l’Islam, religion et civilisation, se font appelés Musulmans ou Croyants. La seule distinction entre ses croyants et ses musulmans qui ont donné naissance à l’homme nouveau post Hégirien, le civilisé civilisateur, est le titre pour les uns de Mouhajirines et pour les autres d’Ançars, ou le titre de prédécessuers et de successeurs dans la foi . Les uns ont abandonné vie, patrie, biens et famille pour suivre Mohamed (saws), les autres ont offert vie  patrie, biens et famille pour accueillir l’islam. Les uns ont suivi le Prophète lui faisant confiance et les autres ont suivi le message du Prophète sans jamais le voir se fiant à son oeuvre et à celle de ses compagnons et tirant les enseignements du Coran et de la Sunna. Ils se rejoignent tous dans le même sacrifice, le même amour, le même pacte : la fratrie en Dieu. Don ou abandon de soi telle est la voie de l’Islam.

 

Trouver excuse à la jeunesse et lui témoigner nos encouragements malgré les erreurs, les oublis et les fautes des uns et des autres

 

La probité morale et intellectuelle exige de chercher une excuse pour nos jeunes dont il faut reconnaître le talent d’écriture et l’effort de production intellectuelle même si nous ne partageons pas leur vision en l’état actuel des choses. Notre démarche avait un but didactique :  prendre pour prétexte quelques  lacunes et non sens trouvés dans des travaux universitaires pour attirer l’attention sur la vigilance que l’esprit musulman doit avoir pour traiter des problèmes relevant de sa religion et de sa communauté musulmane pour que la lutte idéologique ne le coopte pas et en fasse un clerc au service de la manipulation ou le coupe de sa base populaire qui attend l’émergence d’élites nobles et généreuses portant  en charge les soucis, les désirs et les ambitions d’une communauté qui n’arrive pas à constituer sa conscience de communauté du fait des séquelles de l’émigration, de la colonisation et de l’exclusion. La discrimination positive ne consiste pas à reconnaitre la communauté mais à l’écrémer, en garder ce qui est bon pour la République et rejeter le reste dans le ghetto urbain, culturel et social au nom de Liberté, égalité, fraternité.

Nous avons donc témoigné selon notre style et notre façon d’aimer sans complaisance et sans fard et nous avons tenté d’attirer l’’attention des jeunes universitaires français qui travaillent, animés d’une bonne intention, sur des thèmes islamiques et qui se piègent par le recours a une mauvaise traduction ou a une mauvaise connaissance du Qur’ân. Se piégeant ils dénaturent le sens et induisent d’autres dans l’erreur ou l’égarement. Pour enlever toute équivoque nos  observations aussi acerbes soient-elles ne nous interdisent pas de trouver et reconnaître dans les travaux consultés des mérites et des efforts qui ont malgré toutes leurs imperfections notre estime et nos encouragements.

Dans la défense de l’islam les jeunes se doivent d’apprendre l’Arabe et le faire aimer à leurs enfants. Etre biculturel est une force et cette force se décuple quand elle s’inscrit dans une cause : le devenir de la oumma musulmane.

Il ne faut pas considérer l’apprentissage de la langue Arabe comme un luxe mais comme un fard (obligation) comme le stipule la Fatwa de Cheikh al Islam Ibn Taymiya dans « Se conformer au chemin de la rectitude » :

«  […] Le meilleur chemin est devenir habitué à parler l’arabe afin que les jeunes gens l’apprennent dans leurs maisons et à l’école, afin que le symbole de l’Islam et ses gens prédominent. Cela facilitera l’apprentissage du Coran et de la Sunna pour les gens de l’islam, et les mots des Salafs […]  Sachez qu’être habitué à utiliser une langue a un effet clair et fort sur notre mode de penser, notre comportement et notre engagement religieux. Il a aussi un effet en nous faisant ressembler aux premières générations de cet oummah, les Compagnons et les Taabi’in. Être comme eux améliore notre mode de penser, notre engagement religieux et notre comportement. De plus, la langue arabe elle-même fait partie de l’Islam, et parler l’arabe est un devoir obligatoire. Si c’est un devoir de comprendre le Coran et Sunna, alors ils ne peuvent pas être compris sans parler l’arabe, alors les moyens qui sont exigés afin de réaliser ce devoir devient lui aussi obligatoire […] Omar a ordonné  à Abou Moussa al-Ash’ari : “Apprenez la Sounnah et apprenez l’arabe; apprenez le Coran en arabe car il est en arabe.” D’après un autre hadith rapporté par Omar : “Apprenez l’arabe car cela fait partie de votre Religion, et apprenez comment la propriété du défunt devra être divisée (faraa‘id) car cela fait partie de votre Religion.” […] Cet ordre de ‘ Omar, d’apprendre l’arabe et la  Shari’a combine les choses qui sont exigées pour la Religion qui implique la compréhension des mots et des actions. Comprendre l’arabe est la façon de comprendre les mots de l’Islam, et comprendre la Sunnah est la façon de comprendre les actions d’Islam… »

En attendant l’apprentissage de la langue Arabe nous recommandons au jeune en quête de compréhension du Qur’ân de le lire avec les yeux d’un vivant comme si le livre s’adresse directement à lui et surtout qu’il ne perde pas de vue que ce Livre est la parole d’Allah et à ce titre il faut le lire, le comprendre dans le cadre du Tawhid, le monothéisme pur, parfait et sincère qui exige le Tanzih c’est-à-dire la vigilance pour garder la pureté et l’esprit sain sur tout ce qui touche  à la parole ou aux attributs d’Allah qui ne peuvent être rabaissés ou escamotés ou tronqués : A Allah revient la perfection et l’absolu.

{A Lui appartient tout ce qui est dans les Cieux et la terre, tous L’invoquent. Et c’est Lui qui Commence la Création ensuite la Ramène, et cela Lui est bien plus facile. Et a Lui appartient la Perfection dans les Cieux et la terre, et Il Est l’Invincible, le Sage.} Ar Rum 27

Dans notre article, la guerre contre l’Arabe, nous avons montré la lutte contre l’Arabe comme lutte idéologique pour casser le lien qui unit le Qur’ân à l’Arabe. Pour comprendre le Coran et en faire le canevas objectif et subjectif de nos idées, de nos intentions, de nos actions, de nos ambitions et de nos désirs il faut le lire avec des yeux de vivant comme si nous vivions l’époque et le lieu de sa révélation et comme si en étions le premier destinataire qui en prend connaissance pour la première fois avec crainte et émerveillement. L’indien Al  Mawdudi qui fait partie de cet héritage du siècle dernier qui a formé des générations de militants et de penseurs musulmans nous donne la clé, dans son livre « Comprendre le Coran », pour  entendre, voir , sentir, frémir  et vivre le Coran. Nous en avons publié quelques extraits sur ce site.

 Avec ou sans la maîtrise de la langue Arabe il est utile de rappeler, le rappel est bénéfique pour les croyants,  que la seconde clé pour comprendre le sens du Coran, avec bien entendu une bonne traduction si on est francophone, est la Biographie scientifique du Prophète car la Sunnah est l’incarnation du Qur’ân en la personne de Mohamed (saws) le meilleur homme que la terre à porté.

Nous sommes partis dans un procès contre les dérives mises à profit pour saper un pilier important de l’Islam : Al Hadj. Nous avons la conviction que la lutte idéologique menée contre l’islam cherchera d’autres batailles, d’autres symboles, d’autres piliers à ébranler en ébranlant notre propre lecture du Qur’ân. Pour des raisons de déontologie nous n’avons cité aucun nom, aucun titre d’article, aucune université, aucun étudiant ni professeur mais nous pouvons citer quelques versets de la Sourah al Hadj qui mettrait de l’effroi dans le cœur de tout croyant instrumentalisant l’islam, la communauté,  un pilier ou un rite à sa réussite sociale, politique ou intellectuelle :

 {Tel, parmi les hommes, discute au sujet de Dieu sans détenir la moindre connaissance, et se laisse entraîner par tout démon rebelle} 6

{Tel, parmi les hommes, discute de Dieu sans aucune connaissance, sans direction et sans livre pour éclairer sa lanterne} 8

Mohamed (saws) a dit : « Rien n’est plus pernicieux pour la religion islamique que ces trois choses :

–  Un savant en religion dévergondé,

–  Un gouvernant despotique,

–  Un ignare interprétant le texte Qur’ânique

Ses trois catégories de personnes on les voit en œuvre dans le monde musulman et dans le monde occidental pour saper au nom de la modernité, du berbérisme et du pharaonisme le socle de l’islam : la langue arabe.

Nous trouvons excuse à la jeunesse musulmane francophone  de tronquer le message coranique par ses lacunes sur la langue Arabe. C’est notre amour pour cette jeunesse et le potentiel qu’elle porte que nous avons décidé de sortir de notre réserve et d’avertir. Il ne faut pas se laisser leurrer par les titres, les positions sociales, les publications, la rhétorique et surtout la mise sous les feux de la rampe par la lutte idéologique qui sait occulter ses adversaires et magnifier ses alliés comme le dit le metteur en scène Berthold Brecht « On voit ceux qui sont sous la lumière et on ne voit pas  ceux qui sont dans l’ombre ».

Notre boussole idéique doit être orientée non sur les hommes mais sur la vérité. C’est la vérité qui fait découvrir les hommes et non l’inverse. La vérité dans le Qur’ân nous montre les enjeux et les pièges de la lutte idéologique ainsi que la conduite à tenir pour rester un homme libre maitre de son destin, de ses choix et de ses convictions:

{Prenez garde à Allah et sachez que vous serez tous conduits vers Lui. Il est parmi les hommes celui dont les paroles dans la vie terrestre te plaisent, qui prend Allah en témoin sur ses bonnes intentions, alors qu’il est le pire des ennemis ; et s’il se détourne, il s’évertue de par la terre pour y corrompre, détruire la récolte et le bétail, mais Allah n’Aime pas la corruption. Et si on lui dit : « Crains Allah », il est pris d’orgueil par sa coulpe. Que la Géhenne lui suffise donc, et quelles piètres couches ! Et il est parmi les hommes : celui qui se sacrifie pour l’agrément d’Allah. Allah Est Compatissant pour Ses créatures. O vous qui devîntes croyants, entrez dans la paix en totalité et ne suivez point les pas de Satan. Il est pour vous un ennemi évident.} Al Baqara 203

La vérité émanant du Qur’ân nous appelle à être vigilant avant de donner des titres de vertus ou jeter l’anathème sur autrui : il faut le pratiquer, le comparer, l’examiner dans sa cohérence interne (sa logique de conception et de conviction) et dans sa cohérence externe (la conformité entre le dire et le faire), tenir du crédit de ses sources et de ses motivations ainsi que des forces qui l’animent dans telle ou telle autre direction. Le Qur’ân nous appelle à la vigilance pour ne pas confondre l’ami et l’ennemi, l’allié et l’adversaire dans cette lutte idéologique qui vise à conquérir le monde des idées et des croyances :

{O vous qui êtes devenus  croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : « Tu n’es pas croyant », aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien.} An Nissa 94

{O vous qui êtes devenus  croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, examinez-la pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait. Et sachez que le Messager d’Allah est parmi vous. S’il vous obéissait en beaucoup de choses, vous vous en ressentiriez, mais Allah vous A Fait aimer la foi, et l’A Embellie en vos cœurs, et vous A Fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance. Ceux-là sont ceux qui suivent le droit chemin} Al Hujurat 6

Malgré le matraquage médiatique la France reste relativement un pays de relative liberté. Même si les espaces de manœuvre sont limités il est possible de comparer, de trouver des alternatives. Ce n’est pas le cas dans les pays arabes ou le travail de sape est un travail délibéré orienté contre la personnalité musulmane et celle-ci n’a aucun espace de liberté pour se défendre ou être une force de proposition sans risquer sa vie ou mettre en péril sa subssitance.

 La décolonisation de la langue et des mots est, après le constat culturel de l’indépendance inachevée, plus important que la décolonisation de la terre.

L’instruction, fondée sur le dénigrement ou la caricature de l’islam par les intellectomanes modernistes qui supervisent l’administration et les grands commis de la pédagogie nationale ont produit ce que Malek Bennabi surnomme l’Alpha-bêtisme. Au porteur de haillons de la période coloniale ils  lui ont  ajouté le porteur de lambeaux scientifiques en délabrant le système d’enseignement et en s’attaquant à l’œuvre nationale d’Arabisation. L’intellectomane de Malek Bennabi, l’intellectuel négatif de Bourdieu ou l’intellectuel organique de Gramsci, sous la couverture de leurs diplômes et de leur rang social et politique, leurrent le peuple en devenant eux-mêmes des instruments consentant de la diversion idéologique menée par le colonialisme. Leurs cerveaux ne sont pas élaborés pour produire des idées et de la science utile à la société mais des discours au service de la mal gouvernance. Leur savoir sans conscience en fait d’eux, dans le meilleur des cas des rentiers et au pire des ramasses miettes, des symboles de  la déliquescence morale, de faces brillantes de la fausse monnaie intellectuelle…

Une politique d’alphabétisation et d’arabisation conduite par les analpha-bêtes sans conscience et sans morale politique ne peut que conduire à la ruine de la nation et à l’abêtissement de ses individus qui perdent la compétence adamique de nommer non seulement les idées et les sentiments mais les choses et les lieux. Le parler algérien par exemple n’est ni du berbère ni de l’arabe mais du FLE terme inventé par les pédagogues en France pour « Français langue étrangère ». Pour illustrer le fossé culturel et idéologique entre les pays arabes et le France dans la prise en charge de l’enseignement de la langue nationale nous citons quelques  paragraphes du Livre blanc de la Culture-Langue française :

« La didactique du français langue étrangère (FLE), du français langue seconde ou de scolarisation (FLS) est au cœur du dispositif qui touche à ce domaine de l’enseignement de la langue et de la culture française, tant en France qu’à l’étranger – accueil des migrants, des étrangers ou actualisation des compétences de communication de Français en difficultés – pour soutenir le rayonnement culturel, linguistique et économique de notre pays (…) S’engager dans l’enseignement-apprentissage d’une langue-culture étrangère ou seconde (le français en l’occurrence) implique par conséquent des choix à la fois sociétaux, professionnels et éthiques (…) La valorisation de l’intégration par l’étude des langues-cultures constitue aussi de nos jours un enjeu quant à la participation positive et constructive des populations (migrantes ou non) et de leurs descendants à la vie de la société dans laquelle ils vivent. »

Ce n’est pas le cas des pays arabes qui font des concessions au Français, à l’Anglais et au dialecte au détriment de la langue Arabe. Il leur manque la vision française, par exemple, celle du devoir national de soutenir le rayonnement culturel, linguistique et économique de leur nation. Il leur manque le débat démocratique sur le principe de sens qui donne naissance au développement économique, à l’indépendance politique et au rayonnement culturel…

Ignorant le travail qui produit la liberté, la liberté  qui donne les garanties à la dignité humaine, et l’élégance qui donne respect et admiration mais aussi incitation à écouter son témoignage de foi ils ne peuvent qu’ignorer la signification de la langue et de la parole.

La parole traduit aussi bien l’efficience de l’idée que l’efficacité du travail. Le travail taylorisé ne peut se contenter de mots vagues et de phrases de badinage. L’usine, le laboratoire, le centre de recherche développement, l’amphithéâtre d’université ont besoin de la logique de la pensée et cette logique ne peut naitre que si elle est portée par une logique de la langue. La logique exige qu’il y ait des emprunts mais elle refuse qu’il y ait confusion. Entre l’être et l’agir, tous les deux sous-tendus par la langue, on a tendance à oublier que l’être est l’intériorisation de l’action et l’action extériorisation de l’être et qu’il suffit que la langue qui est à la  fois le lien de communication et le ciment de fédération entre l’intérieur et l’extérieur, soit corrompue ou lacunaire pour que l’être et son action soient déficient dans leur expression et entropique dans leur relation.

Ni la politique ni l’économique ne peuvent se passer de la culture et de son socle linguistique pour créer la tension de l’être, de l’action et de la communication qui produisent et accompagnent l’élan civilisateur d’une société. L’école, l’université, l’administration et l’usine ne peuvent se résumer à n’être que  des lieux de communication d’un alphabet tronqué ou confus mais des temples où la conscience reçoit la parole  et les valeurs véhiculées par cette parole sans interférences d’inculture ou de brigandage sur la langue. L’espace ne devient temple que s’il inscrit la civilisation dans le temps. Il n’y a civilisation que s’il y a au préalable décolonisation des mentalités qui donne à l’homme la conscience du devoir d’inscrire le sens avec les signes de sa langue. Pour nous les signes sont ceux de la langue arabe, langue du Qur’ân.

La décolonisation de la langue et des mots est, après le constat culturel de l’indépendance inachevée, plus important que la décolonisation de la terre. Malek Bennabi a montré le changement de paradigme par le changement des mots et son exemple a toute sa signification ici : « Les mots marquent des positions idéologiques déterminées… Si on les modifie, le changement d’un terme ne marquera pas seulement l’abandon d’une position idéologique qu’il désignait, mais il marquera aussi un changement dans le comportement révolutionnaire lui-même. Quand le combattant cesse de se nommer « El Moudjahid » c’est le comportement du « troufion » qui réapparait, comme dans un régime de tirailleurs »… Une révolution doit maintenir sa rigueur même dans le langage pour garder sa portée rédemptrice sur l’homme. Certaines licences de langage – qui se veulent audaces révolutionnaires – ne sont en fait que des trahisons de la révolution dans son objet essentiel : la transformation de l’homme selon la loi coranique. »

Tous les penseurs musulmans, d’exprimant en arabe, en français, en anglais, en persan, en kurde ou dans une langue d’Asie, sont remplies de  vérité sur la question linguale et son rapport à la personnalité. Tous ils s’inspirent de la vigilance coranique qui met en garde contre le laxisme langagier qui fait naitre des contre sens et des dérives idéologiques, culturelles et civilisationnelles catastrophiques :

{Les nomades affirment : «Nous croyons en Dieu !» Dis-leur : «Vous n’avez pas encore la foi ! Dites plutôt : “Nous nous sommes en apparence soumis”, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs.} Al-Hujurat – 14.

{Parmi les Juifs, il en est qui altèrent le sens du discours, et disent : «Nous avons entendu et nous refusons d’obéir. Écoute ! Puisses-tu ne rien entendre !» Et ils ajoutent : «Aie des égards pour nous !», en employant le terme équivoque râ`inâ, avec l’intention de dénigrer la religion. Que ne disent-ils plutôt : «Nous avons entendu et nous avons obéi ! Écoute et regarde-nous !» C’eût été préférable pour eux et plus loyal. Mais Allah les a maudits pour leur impiété et pour la tiédeur de leur croyance.} An-Nisaa – 46.

{C’est en raison de leur iniquité et du grand nombre de gens qu’ils ont détournés de la Voie d’Allah que Nous avons interdit aux Juifs l’usage d’excellentes nourritures autrefois autorisées.} An-Nisaa – 160.

 

Lever les équivoques fait partie de l’éthique et de l’esthétique de l’Islam.

L’éthique et l’esthétique de l’Islam que les Maîtres spirituels de l’Islam appellent les règles de Bienséance de l’Ego envers Allah exigent du croyant un cœur qui tangue entre la Taqwa (crainte révérencieuse de Dieu) et l’Espérance qui donne courage de lutter en s’accrochant à la Miséricorde divine qui s’interpose entre l’homme et le désespoir ou l’abandon. Le grand théologien de l’examen de conscience, Al Muhasibi, met l’accent sur la connaissance de Dieu et le respect que celle-ci confère au croyant dans ses pensées comme dans ses actes, le moteur de ce respect est justement la crainte et l’espérance :

« Sache ! ô mon frère que les gens ne sont autant sincères dans leurs œuvres que selon le degré de la connaissance qu’ils ont de Dieu, qu’ils ne sont humbles devant Lui que selon le degré de leur connaissance à Son sujet, qu’ils ne Lui rendent grâce pour Ses bienfaits que selon le degré de leur connaissance à Son sujet, qu’ils craignent et espèrent en Lui qu’en fonction du degré de cette connaissance. Qu’ils ont une bonne opinion de Lui en fonction du degré de cette connaissance, qu’ils endurent Son obéissance, évitent Sa désobéissance et supportent la dissimulation de Son obéissance et les épreuves que leur imposent ses Arrêts en fonction du degré de la connaissance qu’ils ont de Dieu, qu’ils aiment ce qu’Il aime et abhorrent ce qu’Il déteste en fonction de degré de cette connaissance. Dieu s’expose à la déficience dans tout ce que nous avons indiqué selon ce qu’il a raté de cette connaissance et selon ce qu’il en a reçu. Il en va de même de sa part en matière de bien et de mal.

Aussi, cherche ô mon frère cette connaissance auprès de celui qui la possède avec l’attitude de l’humble qui ne la mérite pas si l’on se tient à sa propre valeur. Car les savants n’ont atteint autant de sommets en matière de savoir que grâce à leur sincérité dans la recherche et au fait qu’ils accordent aux choses leurs justes places… »

Comme Al Muhasibi, Ibn Al Qayyim Al Jawziya met en relief l’auto critique (al mouhasabah) qui témoigne de la Taqwa des cœurs (la piété des cœurs) et qui prend racine  dans la crainte (al Khawf) et l’Espérance (ar Raja) lesquelles prennent à leur tour racine dans la Promesse (al Wa’d) et la Menace (al Wa’id). Dans « Le sentier des itinérants » il montre que la station spirituelle de la crainte est la plus bénéfique pour le cœur du croyant en plus qu’elle est la plus obligatoire comme le stipule le verset

{Ne le craignez pas, craignez-Moi si vous êtes croyants} ali ‘imrane 175

Dans toutes nos actions, écrire, travailler, parler ou lutter, nous sommes soumis à cette règle de la crainte de déplaire à Dieu si nous voulons mériter le titre de croyants : Crainte de désobéir, de trahir, d’être déloyal, insouciant, de manquer de vigilance, de perdre le sens …

{Ceux qui, de la crainte de leur Seigneur, sont pénétrés,  qui croient aux versets de leur Seigneur,   qui n’associent rien à leur Seigneur,  qui donnent ce qu’ils donnent, tandis que leurs cœurs sont pleins de crainte [à la pensée] qu’ils doivent retourner à leur Seigneur.  Ceux-là se précipitent vers les bonnes actions et sont les premiers à les accomplir.  Nous n’imposons à personne que selon sa capacité. Et auprès de Nous existe un Livre qui dit la vérité, et ils ne seront pas lésés.} al Mouminoun 57 à 62

Il montre que l’Espérance est une étape spirituelle qui conduit le croyant vers l’amour en lui facilitant le cheminement jusqu’à l’aboutissement final comme le signifie d’ailleurs le verset suivant clôturant la Surah de la Caverne  et donnant sens ultime à toutes les péripéties et actions des récits qu’elle a narré se rapportant aux grands défis de l’homme et de la civilisation que lui posent la foi, la science, la technologie, la bonne gouvernance et la langue :

{Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions et qu’il n’associe dans son adoration aucun à son Seigneur›.} al Kahf 110

Ibn Al Qayyim montre la différence entre le cœur vaillant mis en mouvement sur le chemin de Dieu et le cœur défaillant mis en inertie par le fatalisme hérité de la conjugaison de la décadence musulmane et de la colonisation occidentale :

« Mais la différence entre l’espérance (al-rajâ’) et le faux espoir (tamannî), c’est que le tamannî s’accompagne de la paresse. Il ne mène pas son auteur sur la voie du sérieux et de l’effort, contrairement à l’espérance qui implique le déploiement de l’effort et de la bonne remise confiante (al-tawakkul). Ainsi, le premier s’apparente à l’état de celui qui souhaite avoir une terre pour la semer et la moissonner, tandis que l’état du second s’apparente à celui qui laboure son terrain, le prépare et l’ensemence avec l’espoir que sa culture va pousser et grandir, Voilà pourquoi les maîtres de la connaissance sont unanimes pour affirmer que l’espérance n’est valable que si elle est accompagnée de l’action.

Il faut savoir que l’itinérant possède deux regards. Par l’un d’eux il voit son âme, ses défauts et les fléaux qui détruisent ses œuvres et se donne une ouverture sur la crainte pour puiser auprès des faveurs de Son Seigneur, de Sa générosité et de Sa libéralité. Par l’autre regard il se donne une ouverture sur l’espérance.

C’est pourquoi on a dit à propos de la définition de l’espérance que c’est la vision de l’ampleur de la miséricorde divine.

Pour sa part Abû ‘Ali al-Rûdhabârî a dit : « L’espérance et la crainte s’apparentent aux deux ailes de l’oiseau. Lorsqu’elles se déploient parfaitement l’oiseau retrouve son équilibre en vol. Lorsque l’une d’elles se déploie imparfaitement son vol s’en ressent. Et lorsqu’elles se détériorent l’oiseau s’expose à sa perte ».

Dans ce cheminement spirituel Ibn al Qayyim montre le chemin celui de la fuite vers Dieu, le même que celui de la partance vers Dieu :

{Fuyez vers Dieu}

Il s’agit de fuir les réprouvés et les fourvoyés décrits dans la Fâtiha (l’Inaugurale du Qur’ân). La fuite n’est pas physique mais spirituelle, mentale, comportementale, idéique pour une partance vers Dieu :

{Je suis partant vers Dieu, Il me guidera certainement}

La partance est résumé dans la Fâtiha par :

{C’est Toi que nous adorons, c’est Toi que nous implorons à notre secours, guide-nous sur la voie de la rectitude}.

La voie de la rectitude, celle de la certitude, qui prend appui sur la crainte d’être parmi les réprouvés et les fourvoyés et l’espérance d’être agréé parmi les Croyants bien guidés, confirme une fois de plus notre refus de traduire « la’alakoum » par « peut être » ou par « ainsi ». Entre la crainte et l’espérance il n’y a pas de place aux dérives spirituelles et praxitiques car il n’y a pas de place, du point de vue linguistique comme du point de vue religieux à l’incertitude dans l’énoncé de l’énonciateur divin ni de certitude dans l’énoncé de l’énonciataire humain il y a un conditionnel : mus à la fois  par la crainte de l’insuffisance de nos œuvres et par l’Espérance en  la miséricorde divine nous pourrions atteindre  la piété du cœur, la réussite dans ce monde et le salut dans l’autre, sinon  aspirer à s’en approcher le plus fidèlement et le plus sincèrement.

{Et redoutez le jour où nulle âme ne suffira en quoi que ce soit à une autre; où l’on n’acceptera d’elle aucune intercession; et où on ne recevra d’elle aucune compensation. Et ils ne seront point secourus.} al Baqara  48

{Et votre Seigneur dit: ‹Appelez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientòt dans l’Enfer, humiliés›.} Ghafir 60

 

 La clé pour comprendre le Coran : la Taqwah

 

La clé pour comprendre la lecture du Qur’ân dans n’importe quelle langue et agir en se conformant à ses injonctions dans n’importe quel endroit du monde est la Taqwa qu’on traduit par crainte, crainte révérencieuse ou crainte espérante.

Bien entendu le mot Taqwa du Qur’ân nécessite un développement particulier que nous ne ferons pas ici. Il faut juste retenir que ce développement s’inscrit toujours dans le cadre du Monothéisme islamique qui donne sens au contexte, à la phrase et au mot dans l’énoncé Qur’ânique.

La compréhension du monothéisme, qui semble échapper aux stylistes qui brodent sur l’islam des mensonges, est dans la réponse à ce questionnement que les illustres doctes doivent préparer avant que ne survienne le jour inéluctable qui demandera des comptes à leur intellect:

{Ont-ils pris des divinités qui peuvent ressusciter les morts de la terre ?  S’il y avait dans le ciel et la terre des divinités autre qu’Allah, tous deux seraient certes dans le désordre. Gloire, donc à Allah, Seigneur du Trône; Il est au- dessus de ce qu’ils Lui attribuent!  Il n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait, mais ce sont eux qui devront rendre compte de leurs actes.  Ont-ils pris des divinités en dehors de Lui? Dis: ‹Apportez votre preuve›.} Al Anbiya (les Prophètes)  21

{Allah ne S’est point attribué d’enfant et il n’existe point de divinité avec Lui; sinon, chaque divinité s’en irait avec ce qu’elle a créé et certaines seraient supérieures aux autres. (Gloire et pureté) à Allah! Il est au dessus de tout ce qu’ils décrivent.} Al Mouminoune (les Croyants) 91

{Qui est le mieux : des Seigneurs éparpillés ou Allah l’Unique} Yusuf 39

Qui est le mieux ? Quelle est la meilleure communauté ? Quelle est la meilleure récitation du Qur’ân ? Quelle est la meilleure traduction du Qur’ân ? Tant de questions et tant de réponses qu’il est impossible d’en faire l’inventaire ici. Nous nous contenterons d’inviter celui qui est en quête de détails, d’arguments plus approfondis et mieux fournis sur la thématique de la traduction du Qur’ân  à tirer profit de ll’esprit scientifique que l’islam a cultivé chez le lecteur et le récitant du Qur’ân :

{Apportez vos preuves si vous êtes véridiques}

Il vient après une série de défis à la raison :

{N’est-ce pas Lui qui a créé les cieux et la terre et qui vous a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Nous avons fait pousser des jardins pleins de beauté. Vous n’étiez nullement capables de faire pousser leurs arbres. Y-a-t-il donc une divinité avec Allah? } an naml 60

{N’est-ce pas Lui qui a établi la terre comme lieu de séjour, placé des rivières à travers elle, lui a assigné des montagnes fermes et établi une séparation entre les deux mers, – Y a-t-il donc une divinité avec Allah?} an naml 61

{N’est-ce pas Lui qui répond à l’angoissé quand il L’invoque, et qui enlève le mal, et qui vous fait succéder sur la terre, génération après génération, – Y a-t-il donc une divinité avec Allah?} an naml 62

{N’est-ce pas Lui qui vous guide dans les ténèbres de la terre et de la mer, et qui envoie les vents, comme une bonne annonce précédant Sa grâce. – Y a-t-il donc une divinité avec Allah? } an naml 63

{N’est-ce pas Lui qui commence la création, puis la refait, et qui vous nourrit du ciel et de la terre. Y a-t-il donc une divinité avec Allah? Dis: ‹Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques!› } an naml 64

L’argumentation spirituelle, éthique, esthétique, scientifique et linguistique met dos au mur les doxas religieuses et idéologiques dans toutes les langues.

Nous avons répondu à l’interrogation et à l’exclamation sur le Divin « piégé » par la traduction. Cette réponse serait imparfaite et incomplète si nous ne donnions pas la source sur laquelle nous nous appuyons et le mobile qui nous a guidé :

{O vous qui devîntes croyants, ne trahissez point Allah et le Messager et ne trahissez pas ce qu’on vous a confié, tout en le sachant. Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation, et qu’Allah Possède  une immense rémunération. O vous qui devîntes croyants, si vous craignez Allah, Il vous Accordera un Critère, vous Expiera vos mauvaises actions et vous Absoudra. Allah Possède la Munificence immense. Et lorsque ceux qui devinrent mécréants planifiaient contre toi pour t’emprisonner, ou te tuer, ou te chasser. Ils rusent et Allah Planifie, mais Allah Est le Meilleur des Planificateurs.} Al Anfal 27

 

Le Divin « piégé » ?! Partie 1/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 2/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 2/3

Cohérence de l’Islam

Si nous voulons traiter de l’islam et de ses thèmes il faut donc le traiter dans sa propre cohérence et avec la signification de sa spiritualité et de son système idéique et civilisationnel. Opérer un transfert de concepts et de méthodes de l’Eglise et de la laïcité vers l’Islam est une trahison envers le contenant et le contenu Qur’ânique : l’Arabe et l’Islam.

C’est l’amour de la vérité et le droit à la différence qui nous donnent le devoir de témoigner contre cette trahison volontaire ou inconsciente et d’appeler à plus de vigilance au sein des jeunes qui vivent dans un monde qui n’a plus le temps de lire ou de chercher le sens pris par  le spectacle des produits de  la civilisation matérialiste mis en scène par les spécialistes qui savant manier les signes et les symboles arrivent à manipuler  le public même si ce public est un amphithéâtre universitaire et non pas des  gradins d’un stade de football ou une  salle d’un dancing ou d’un casino.

La différence en Islam atteint un seuil de justice nulle part connu : chaque communauté vivant sous une gouvernance islamique n’a pas le statut de minorité mais de communauté qui a non seulement sa liberté de culte et de croyance mais son droit de recourir à ses propres références culturelles et idéologiques en matière de droit personnel et familial et même en matière de  justice. Un chrétien ou un juif avait le choix entre un juge et des lois musulmans ou de son propre culte. La Chariâa musulmane tant décriée ne s’applique pas d’une manière indifférenciée et forcée sur le musulman et le non musulman. C’était le temps où l’humanité ne connaissait qu’un seul Islam celui enseigné par Mohamed et transmis par ses compagnons qui ne sortaient ni de la Sorbonne ni d’Al Azhar ni d’ Oum al Qora.

Accepter la différence c’est vivre avec l’exigence de justice et d’équité en tenant compte des besoins réels et des possibilités réelles. La véritable égalité est dans le droit à la différence. La véritable sagesse est dans la reconnaissance de cette différence et non d’imposer une égalité indifférenciée qui finit par détruire l’esprit d’émulation, la revendication légitime au mérite et met fin à l’esprit de justice et d’équité. L’être rationnel et dont la rationalité est quantitative commet une injustice quand il  prive l’homme de sa liberté d’être lui-même et le prive de sa sanction personnalisée mais juste (conforme à l’esprit de justesse et à l’esprit de loi) et équitable (la justice appliquée comme elle a été rendue sans oubli, sans dénaturation et avec le même souci d’être impartial mais humain) :

{En vérité, les propos que vous tenez sont pleins de contradictions  et seul un dévoyé se détourne de la Révélation !  Périssent donc les menteurs qui, indifférents à leur sort, se laissent distraire par leurs passions} az Dhariyat 9

Cette différence n’exclue pas le dénominateur commun et sacré entre tous les hommes qu’on retrouve dans l’appel Qur’ânique al Insane ou dans celui de Nafs cette entité globale qui fait de l’être un corps de chair, un esprit, une respiration vitale, une conscience  et une âme et chaque partie a sa nourriture et chaque partie œuvre pour la cohérence et la cohésion du tout inséparable d’aucune de ses parties.  Cette Nafs, par sa foi mais aussi par  son déploiement praxitique de la foi est une conscience individuelle, spirituelle, sociale, politique et morale qui se blâme, qui s’auto critique, qui s’évalue, qui faute, qui se repentit, qui fait effort de s’améliorer, qui doute de soi, qui est prise entre la crainte et l’espérance est une lutte incessante entre le bien et le mal entre la vrai et la faux, entre la détermination et l’irrésolution, entre la constance et la tentation : elle vit le drame humain dans sa splendeur, dans sa grandeur, dans cette vérité qui a fait que Dieu s’exprime par un serment pour montrer le caractère solennel et grave du drame humain qui se joue dans la conscience humaine source de son salut ou de sa perdition :

{Je Jure formellement par le Jour de la Résurrection ! Et Je Jure formellement par la conscience en blâme continuellement !} al Qiyama 1

Cette conscience vigilante, celle du croyant agissant pour le bien, malgré ses souffrances dans sa quête de vérité et sa lutte pour la justice, trouve l’apaisement du juste, du bien guidé dans cette vie et au moment ultime lorsqu’il faut quitter cette vie pour une autre éternelle :

{Et Nous Donnâmes, en fait, à Moïse et à Aaron le Critère comme Lumière et Rappel pour les pieux : ceux qui craignent leur Seigneur en conscience et prennent garde de l’Heure.} al anbiya 48

{O toi, âme tranquille, reviens à ton Seigneur satisfaite d’Allah, et satisfaite par Lui. Entre donc parmi Mes serviteurs (bien-aimés), et entre dans Mon Paradis.} al Fajr 27

En opposition à cette Nafs en Jihad permanent il y a celle des insouciants, des mécréants, des hypocrites, des  fauteurs de troubles, des corrompus et corrupteurs, tous ceux qui ont une conscience sans scrupules, sans foi, sans frein contre les incitations au mal et au mensonge :

{Certes, l’ego insiste sur le mal, sauf celui qu’Allah A Pris en Sa Miséricorde. Certes, mon Seigneur Est Absoluteur, Miséricordieux.} Yussef 53

Ce sont les réprouvés et les fourvoyés de la Fatiha, puisse Dieu nous épargner leur sort, nous éviter leur compagnie et nous purifier de leurs travers.

 Les dérives du rationalisme qui font perdre à la raison toute rationalité, à la conscience toute vigilance et à l’érudit toute crédibilité:

Comment un esprit « rationnel » formaté dans l’idéologique égalitariste peut-il voir l’équité et l’égalité (ou l’inégalité)  entre les sacrifices et les risques du Pèlerin d’un coté et les bienfaits divins de l’autre :

{Appelle les hommes au pèlerinage hajj ! Ils répondront à ton appel, à pied et sur toute monture, venant des contrées les plus éloignées, pour participer aux bienfaits du pèlerinage et invoquer le Nom du Seigneur aux jours fixés, en immolant la bête prise sur le bétail que Dieu leur a accordé. Mangez-en vous-mêmes et donnez-en à manger aux pauvres démunis.} al hadj 28

Quand les musulmans font  du zèle en transformant la vocation du pèlerinage « parcours du combattant » pour la défense de la foi, de l’islam, de la communauté musulmane en  supplices, en arnaques, en mensonges, en négligence, en business…ils perdent les bienfaits et la récompense. Tous à un titre ou à un autre nous sommes redevables du bon accomplissement du Hadj. Dans le passé les véritables serviteurs (servants) des lieux saints étaient les Moutawifs et les Zamzami qui se consacraient au service du pèlerin par amour de Dieu et par respect des traditions abrahamiques et mohammadiennes. Pourtant le Qur’ân, du vivant du Prophète,  ne leur a pas donné un statut égal à ceux qui se consacrent à la cause de la vérité et des droits de l’homme :

{Comment pouvez-vous assimiler celui qui est chargé de distribuer l’eau aux pèlerins ou d’entretenir la Mosquée sacrée à celui qui croit en Dieu, au Jugement dernier et qui combat pour la Cause de Dieu? Non, ils ne sont pas égaux devant Dieu, et Dieu ne guide point les injustes.} At-Tauba – 19.

Aujourd’hui tout est devenu rentabilité, productivité, gain, bénéfices sous  la domination de la  culture moderne  capitalise qui favorise l’émergence de courtiers, de rentiers, de traders de voyagistes attirés par le gain facile et la naïveté des pèlerins souvent vieux et ignorants des rites.

Sur ce terrain les associations musulmanes, les représentants de l’état, les imams méritent un procès verbal de carence et d’incompétence. Sur le plan de la pensée politique et économique nous sommes en réalité, même si nous admettons l’opportunité et la pertinence des termes de théomarketing et d’économie de dévotion, loin des problèmes essentiels que les véreux ne peuvent cacher en l’occurrence les ravages de l’économie mondiale dans les esprits du musulman qui est amené sur l’autel du monothéisme du marché à renier sa foi et ses valeurs par l’adoption d’un modèle consumériste et financier fondé sur le Riba et l’exploitation de l’homme. On ne peut poursuivre un but aussi noble soit-il si on se trompe de priorité et de cibles en tentant de redresser l’ombre au lieu de l’arbre tordu.

Les trois représentations  les plus connues en France, la GMP, le CFCM ET l’UOIF portent la responsabilité la plus importante. Nous en portons une partie moindre certes car nous n’avons ni mandat ni représentativité mais en vertu du fard kifaya la défaillance des uns engage la responsabilité des autres. Dans l’islam la communauté en aucun moment de son existence et des ses circonstances ne peut être dégagée de ses responsabilités car sa vitalité, sa considération, sa promotion, son déploiement, sa survie même dépendent de sa vigilance et de sa compétence à assumer ses responsabilités. Par cette contribution nous participons au débat et nous invitons chaque musulman et chaque être libre et conscient d’y souscrire pour la dignité de l’homme, pour la promotion de la vérité, pour donner sens à la parole…

Notre défaillance, nos problèmes hérités de la décadence de la civilisation musulmane et de la colonisation ne peuvent nous faire oublier que la raison éclairée ne peut construire un argumentaire fallacieux sous prétexte qu’une agence de voyage ou un guide mal intentionné a arnaqué de vieux pèlerins. Il est honteux sur le plan intellectuel de confondre intentionnellement le contrat entre le pèlerin et le voyagiste ou le guide et le contrat avec Dieu. Il est honteux pour un intellectuel de profiter de ces défaillances pour étaler notre misère que nul n’ignore et oublier l’essentiel : la défaillance de l’état français qui laisse les musulmans français ou résidents sur son sol vivre comme des citoyens bannis des lieux de la loi et livré aux trafiquants de tout genre dans le marché du hallal et dans l’accomplissement des rites du Hadj et de la Omra.

Ce sont les conditions sociologiques et l’amalgame entretenu qui font que l’esprit rationnel du mécréant perfide et la foi raisonnée du croyant  sincère se trouve face à la même énigme devant l’organisation et le déroulement du pèlerinage chaque année mais avec des mobiles opposés : «  sacrifices de quelques jours éphémères en échange du Paradis  eternel ?»

On veut nous faire croire que notre religion est aussi une utopie spirituelle dont la réalité n’est que magouilles et intérêts sordides. Dans la lutte idéologique contre l’islam rien n’est gratuit. Il s’agit sans doute de faire  perdre aux piliers de l’islam leur crédibilité en s’appuyant un peu sur la  dérive de certains de nos coreligionnaires et beaucoup plus sur la  dérive sémantique et le matraquage idéologique des écrivaillons sur l’islam. Les démagogues de l’islam ont tout fait pour présenter Mohamed comme un miracle impossible à réaliser. Un passé fabuleux, certes, mais un passé dépassé qu’il faut surmonter en s’ancrant dans la modernité et l’Occident. Les musulmans francisés pris dans les limites de la connaissance de leur propre langue et de la langue française qui n’est pas leur langue maternelle tombent dans le piège de la raison et de la traduction qui devient arme idéologique de subversion contre la foi. A titre d’exemple : l’appel Qur’ânique qui fait frémir les cœurs et jaillir des perles de pluie des yeux éveillés YA ÂYOUHA LAZINA ÂMAOU est traduit par « O vous qui  avez cru ». Des islamologues académiciens et des grammairiens avertis utilisent le passé composé sachant que dans la langue française, si riche et si complexe, le passé composé exprime une action ponctuelle qui s’est déroulée et achevée dans le passé laissant ainsi sous entendre que  cette croyance est passagère, consommée dans le temps et le lieu du bédouin arabe. L’islam serait une illumination volatile dans le désert d’Arabie comme l’est la mémoire d’un poisson rouge dans un bocal.

Dans la langue coranique le passé ou Madhi est un accompli qui peut continuer à s’accomplir,  ce n’est pas un passé révolu comme le passé simple ou le passé composé de la langue française. La posture cognitive de l’accomplissement et celle du révolu ne peuvent se représenter le monde de la même manière du fait de leur culture différente laquelle culture repose sur des syntaxes et des langues différentes. Quand l’islam dit que le hokm Allah est madhi fina celà ne veut pas dire qu’il est passé mais qu’il est immuable de l’aube à la nuit des temps.

Le dernier bastion de la foi musulmane, ne faisant pas de distinguo entre le temporel et le spirituel, serait  tombé avec la chute du Khalifat Ottoman et le partage du monde musulman par les accords de Sykes-Picot : l’islam dans l’imaginaire du colonialisme ne devrait se conjuguer qu’au passé composé et au passé simple, une finitude consommée dans le temps et l’espace sans présent ni devenir. Dans l’esprit du colonisé qui fréquente l’école de la République on lui assène le passé composé et le passé simple  comme une réclusion historique dont il ne devrait pas sortir. La foi comme le Message Mohammadien sont implicitement enracinés dans notre imaginaire, dans notre reflexe langagier et idéique comme phénomène  passager comme on aurait dit vulgairement « O tu as cru ceci et cela … sans suite, sans vocation, sans continuité… » L’islam et le Coran seraient donc des  événements  comme la Bible et la Thora  déroulés à un moment du passé, qui peut ne pas être précisé ni connu précisément. Ce qui est faux ! Le but du jeu est de créer une falsification imaginaire en jouant sur l’impact de la langue dans notre perception des événements, des idées et des choses. La langue n’est pas neutre, elle est message ou témoignage : un parti pris.

Traduire cet appel Qur’ânique par

{ O vous qui êtes devenus croyants}

Nous sommes dans le passé  non historique mais narratif et ontologique. La narration nous informe qu’un événement durable a eu lieu au passé et que cet événement est essentiel dans la trame narrative ou dans le canevas historique. Il va être déterminant pour la suite des événements. Il s’inscrit dans un devenir, dans un projet… Sur le plan ontologique le passédans la langue arabe signifie que la foi est achevée et non dépassée. Elle est achevée, il n’y a plus de doute ni confusion. D’ailleurs le Qur’an signifie cet achèvement de la foi comme un parachèvement et dans l’histoire du monothéisme il y aura pour l’individu un avant la foi et un après la foi et pour l’histoire de l’humanité il y  au  un avant  et il y aura un après pour  l’islam et pour le processus prophétique; il y a eu  un avant Mohamed (saws) et il y aura  un après Mohamed (saws) :

{Aujourd’hui, ceux qui devinrent mécréants ont désespéré de votre religion, ne les craignez donc plus et craignez Moi. Aujourd’hui, J’Ai Parachevé pour vous votre religion, J’Ai Parfait ma Grâce envers vous, et J’Ai Agréé pour vous l’Islam comme religion.} Al Maidah 3

Dans la langue arabe le verbe croire ou avoir la foi est conjugué dans le Màdhi (passé) pour signifier que l’action ou l’événement est antérieur non au présent  des convertis  mais à la narration sur leur conversion pour devenir phénomène historique s’inscrivant dans la conituité du temps hors du lieu et du moment des sujets incarnés en ce moment et en ce lieu. Les compagnons du Prophète deviennent ainsi des modèles c’est à dire des schémas de conduite et de pensée reproductibles en tout lieu et tout moment dans le monde en reproduisant leur motivation, la posture  du Prophète (saws) qui les a mis en mouvement et le discours du Coran qui les a réveillés et les a guidés. Il n’y a pas signification une fois de plus de finitude mais d’antériorité qui réconforte l’idée que Dieu est savant d’une part et qu’il confirme la conversion à l’islam introduisant ainsi la joie, la sérénité et l’espérance dans le cœur des croyants appelés à jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’humanité. Le doute n’est plus permis sur la foi des convertis à l’islam. Le même passé va être utilisé pour les Mécréants et les hypocrites signifiant qu’il n’y a plus de doute sur leur mauvaise foi par l’attestation solennel d’Allah l’Omniscient.

Par ailleurs la formule « O vous qui êtes devenus croyants » introduit le verbe devenir pour confirmer la transition historique et ontologique du croyant entre un passé achevé mais non révolu et un avenir où la question fondamentale n’est plus croire mais agir animé par la foi, agir pour la foi ce que Roger Raja Garaudy nomme « qu’as-tu fait pour ta foi et qu’a fait de toi ta foi ? ». Donc il y a mise en exergue de l’option résolu du croyant transformé par la foi en devenir, en projet c’est-à-dire une idée prenant racine dans le passé et se projetant dans le présent et l’avenir à la fois comme mémoire, attention et attente ou espérance. Le temps de l’insouciance et de la marginalisation dans l’histoire  est révolu c’est l’ère des croyants résolus à témoigner de leur foi et de la transformation de leur être par cette foi dans la vie sociale, culturelle, spirituelle, artistique, politique… La foi comme œuvre civilisatrice. L’être est en devenir ainsi que sa foi et le cadre d’expression de sa foi : le social, le politique, l’idéologique, le culturel, le scientifique et la civilisation. Après l’affirmation de l’appartenance au monothéisme il faut passer à une seconde étape celle de l’implication pour le monothéisme dans le devenir de soi et de l’humanité par le témoignage (Chahada) de ce qu’on fait de sa vie, de son temps, de son argent, de son intelligence, de son pouvoir…

Par le passé de la conjugaison arabe  on crée aussi une liaison avec l’humanité achevée avec ses Prophètes et leurs disciples et une continuité avec  les générations à venir liées par le même pacte de foi transcendant les frontières du temps et de l’espace et ce   depuis Adam  jusqu’au retour de Jésus comme le fait la sourah al Baqara du début à la fin et la sourate AT Tawbah à titre d’illustration :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux, ceux qui croient en l’Occulte, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur Avons Octroyé, et ceux qui croient en ce qui t’as été Révélé, en ce qui a été Révélé avant toi, et qui croient  foncièrement en la vie Future. Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Seigneur, et ceux-là sont ceux qui cultivent.} al baqarah 2

{Le Messager eut foi en ce qui lui a été Révélé par son Seigneur, ainsi que les croyants. Chacun devint croyant en Allah, en ses Anges, en ses Livres et en ses Messagers : Nous ne faisons de distinction entre aucun de ses Messagers. Et ils dirent : « Nous avons écouté et nous avons obéi. Ton Absolution, Notre Seigneur, c’est vers Toi le Devenir ».} al Baqarah 284

{Les prédécesseurs, les tout premiers parmi les Mouhajirines et les Ançars, et ceux qui les ont suivi au mieux, Allah est satisfait d’eux et ils sont satisfaits de Lui. Il leur a préparé des Paradis sous lesquels coulent les fleuves. Ils s’y éterniseront à jamais. Cela est le triomphe grandiose.} At Tawbah 100

On introduit ainsi le sens de la continuité visée par le Qur’ân. On introduit la quête, l’aboutissement et la sanction de cette quête dans un devenir de lutte pour la foi, pour la vérité, pour le témoignage sans discontinuité, sans relâche, sans autre alternative que continuer à croire en Dieu, Son Messager Mohamed et Son Livre. La phonétique arabe prend tout son sens dans ce Âmanou, le « ou » prolongé final signifiant la continuité dans le temps et non un simple  constat dépassé. Nous sommes mis en face à nos responsabilités de croyant : durabilité ou réversibilité.  Pour Dieu, Allah al Hay le Vivant, la règle est de faire vivre la foi dans le cœur, dans l’esprit, dans la langue et dans l’être social pour revivre dans l’éternité dans la gloire et le bonheur :

{Dieu ne saurait laisser les croyants dans l’état difficile où vous vous trouvez que le temps de distinguer le bon du mauvais, de même qu’Il ne saurait vous dévoiler l’Occulte. Mais Il choisit, à cet effet, parmi Ses messagers qui Il veut. Ayez donc foi en Dieu et en Ses prophètes, car si vous croyez en Dieu et si vous Le craignez, une généreuse récompense vous sera attribuée.} Al-i’Imran – 179.

La durabilité de la foi dans l’appel Qur’ânique – que les spécialistes tronquent et déforment- vise aussi à mettre en exergue l’aspiration naturelle de l’âme qui entend comme souvenir, comme rappel le divin qu’elle porte en elle comme Souffle de vie et qui pousse l’être humain à se libérer de son animalité et des contingences du temps et du lieu pour s’inscrire dans une aspiration psycho spirituelle : être en devenir de perfection, en quête de la récompense divine, en quête du salut, en quête du meilleur rang  le plus élevé au Paradis :

{Hâtez-vous de mériter l’absolution de votre Seigneur et un Paradis aussi vaste que les Cieux et la Terre, destiné à ceux qui craignent Dieu} Al-i’Imran – 133.

{Voilà ceux qui, en récompense de leur endurance, occuperont les lieux les plus élevés du Paradis, et y seront accueillis par des vœux de salut et de paix.} Al-Furqan – .75.

Ce devenir promu est occulté par l’amalgame des détracteurs de l’islam mais aussi par les partisans de la lettre qui ont tout fait pour donner au culte et au Fiqh (jurisprudence islamique) plus d’importance que la lutte du musulman pour le savoir, la liberté, la dignité humaine et la foi sincère. En mettant l’accent sur la morale et la loi ils ont oublié l’essentiel de l’islam : la conscience des  responsabilités qui découlent de la foi et l’amour de Dieu qui donnent à la morale une justification, une conduite, un pathos. Dans la décadence des uns et l’expansionnisme raciste des autres  le colonisable rencontre le colonisateur dans la même supercherie et les mêmes dérives qui dénaturent le sens et briment les vocations. Le terme Fiqh – qui signifie compréhension du verbe faqiha comprendre et tafaqaha faire effort de comprendre – est galvaudé dans les traductions qui en font jurisprudence islamique et dans la routine mimétique  du musulman qui en fait une doctrine ou des écoles doctrinaire focalisés sur le rite. Et pourtant le Qur’ân qui le référent vise autre chose de plus complexe et de plus vital pour la communauté : comprendre pour être guidé vers ce qui est sensé,  pour témoigner de la vérité et s’acquitter de sa mission de libérateur, d’édificateur, de civilisateur :

C’est l’invocation de Moise qui résume la trame :

{Il dit : « Mon Seigneur, Épanouis mon cœur, facilite ma mission, et délie une défectuosité de ma langue, afin qu’ils comprennent ce que je dis, et Donne-moi un assistant de ma famille, Aaron mon frère, pour me donner courage, et Fais-le participer à ma Mission, afin que nous T’exaltions beaucoup, et que nous T’invoquions beaucoup} TAHA 24 à 34

C’est le sens du hadith :

« Le meilleur d’entre vous dans la Jahiliya (le paganisme ante islamique) est le meilleur d’entre vous dans l’Islam s’il fait l’effort de comprendre sa religion »

L’évidence simple et concise. C’est la même évidence pour la Shari’a qu’on a déformée en ahkam (lois islamiques, code pénal) alors que les lois ne représentent qu’une infime partie du Qur’ân qui est lui-même dans son intégralité Shari’a dans sa signification arabe de « Minhaj » la Méthode, la Voie ou la Direction à suivre dans son intégralité :

{Ensuite, Nous t’Avons Mis sur une voie claire en ce qui concerne la constitution de la Religion. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas.} Al Jatiya  18

{Et Nous te Révélâmes le Livre en vérité, corroborant ce qui le précéda du Livre, et le contrôlant. Juge donc entre eux d’après ce qu’Allah A Révélé. Ne suis pas leurs passions au lieu de ce que tu as reçu de la Vérité. A chacun d’entre vous Nous Fîmes une Loi et une Méthode. Si Allah le Voulait, Il vous Aurait Fait une seule communauté, mais c’est pour vous éprouver en ce qu’Il vous A Donné. Concourez donc en œuvres de bienfaisance.} Al-Maidah  48

Comme le dit hegel « On entend l’arbre qui tombe mais on ne voit pas la forêt qui pousse », on agrandit les peines et on crie contre la Shari’a sans voir la Miséricorde, la sagesse et la vérité qui enveloppe tout le texte Qur’ânique comme une symphonie d’espérance qui prend son essor et sa voix à chaque page lue et comprise chantant les Louanges du Seigneur des mondes et appelant les hommes à témoigner de leur humanité, de leur islamité qui leur donne dignité dans ce monde et salut dans l’autre.

Mêmes les intellectuels musulmans, les plus brillants, se laissent détourner de leur vocation de témoigner pour se laisser entraîner dans un débat secondaire sur les lois de l’Islam oubliant que ces lois n’ont pour l’instant ni territoire ni tribune et que la priorité n’est pas de prononcer des moratoires contre la lapidation, la polygamie  ou le voile mais de conduire la renaissance musulmane et  la défendre contre les prédateurs. La priorité est de faire reprendre conscience aux musulmans leur devoir de Vicaire de Dieu et de Soumis à Dieu : mission et soumission sont indissociables pour former la conscience. La morale est le contenant. Le monothéisme est le contenu. La priorité est au contenu de la vocation du musulman. L’islam est vivant dans le cœur des musulmans, la tâche est de le faire sortir des cœurs pour le placer dans la cité des hommes pour témoigner de son efficacité et de son universalité à soulager l’humanité souffrante et en panne de projet de vie.

Après les premières fascinations devant le  Hadj et devant l’ampleur du phénomène des jeunes qui effectuent le pèlerinage pour compléter leur religion et non comme des vieux retraités qui vont laver leurs os,   l’Occident a compris ce que nous n’avons toujours pas compris : la force de fédération internationale des musulmans lors de ce congrès annuel des musulmans qui se regroupent transcendant sans les nier ou les indifférencier toutes les différences ethniques, géographiques, linguistiques, sociales, sexuelles, générationnelles pour proclamer la grandeur d’Allah, pour témoigner de l’Unicité de la Oumma islamique, pour accomplir un pilier de l’islam qui est le dernier pilier de l’islam qui couronne l’appartenance à l’islam et non une corvée ou un accessoire de l’islam. L’Occident avait compris ce phénomène lors de la colonisation et il avait mis ses espions, ses orientalistes, ses experts de la guerre psychologique pour encadrer, profaner et détourner les saintes pérégrinations des indigènes qui pourraient devenir porteur d’un projet fédérateur de résistance comme l’ont été ceux qui les ont précédé dans les mouvements insurrectionnels et qui tous portaient le titre de Hadj comme symbole de purification de toute souillure y compris celle de la colonisation. La situation, aujourd’hui,  est plus névralgique car il ne s’agit pas de vieux os mais de jeunes cerveaux qui vont accomplir le pèlerinage comme pilier porteur de l’islam.

Il faut lire la seule Sourah qui porte le nom d’un pilier porteur de l’islam en l’occurrence Al Hadj pour comprendre la portée de ce pilier  dans le Djihad an nafs et le Djihad contre l’ennemi : Satan dans ses version de Djinn et d’Ins. Nous les musulmans nous ne voyons que la partie visible en l’occurrence le rite. L’esprit occidental cartésien, rationnel et efficace voit la portée du pèlerinage, son influence, sa dynamique sociale et politique. Il a ses officines qui lui traduisent les commentaires de la Sourah al Hadj où il est question de monothéisme et de Jihad, de résurrection et du devoir de témoignage :

{Soyez exclusivement acquis à la religion d’Allah ne Lui associez rien; car quiconque associe à Allah, c’est comme s’il tombait du haut du ciel et que les oiseaux le happaient, ou que le vent le précipitait dans un abîme très profond.  Voilà ce qui est prescrit. Et quiconque exalte les injonctions sacrées d’Allah, s’inspire en effet de la piété des cœurs.} al hadj 31

{Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués de se défendre – parce que vraiment ils sont lésés; et Allah est certes Capable de les secourir –  ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, – contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient: ‹Allah est notre Seigneur›. – Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant,  ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allah. } al hadj 39

{Ceux à qui le savoir a été donné sachent que (le Qur’ân) est en effet, la Vérité venant de ton Seigneur, qu’ils y croient alors, et que leurs cœurs s’y soumettent en toute humilité. Allah guide certes vers le droit chemin ceux qui croient.} al hadj 54

{Ô vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Pour cultiver!   Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹Musulmans› avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin contre vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître! Et quel Excellent soutien! } al hadj 77

Décryptant nos signes, nos symboles, nos textes et nos références ils anticipent pour nous livrer à toutes les sauces de leur propre signification pour créer écran entre nous et le principe de sens. La colère qui nous anime ici n’est pas contre le procédé qui est légitime pour eux puisque nous sommes perçus comme un danger potentiel, des infidèles, des insoumis mais contre le liant de la sauce qui la rend attrayante et digeste : notre propre chair (jaldatina). Elle est plus liant mais aussi  ingrédient et servitude aux ordres de son maitre par inconscience, par incompétence ou par concupiscence.

Que ceux qui opèrent des transferts « républicanisés » ou latinisés  pour dénigrer un pilier de l’islam, semer la confusion ou spéculer sur ce qu’ils ignorent pour fabriquer des produits intellectuels musulmans politiquement corrects comme pour nous même qui tentons de comprendre et de réagir il y a urgence à méditer cette sentence qui donne le frisson et l’envie de ne plus dire du  mal gratuitement ou d’instrumentaliser l’islam à des fins personnelles ou partisanes : « Quelle terre me portera et quel ciel me protègera si je ne  fais qu’exprimer mon opinion personnelle dans interprétation du Qur’ân ? »

 Quelle interprétation donner au verset sous entendu par les détracteurs des rites musulmans et en particulier du Hadj assimilé à une économie de la dévotion ou à un tourisme cultuel du pèlerinage

Quand Allah dit :

{Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis.)

L’énonciation qui parle d’achat, de vente et d’échange est de l’ordre de l’allégorique pour rendre l’énoncé accessible et attirant a l’âme et a la conscience. Même si la suite des versets donne l’impression qu’il y ait une transaction d’égal a égal il ne peut y avoir entre Dieu et l’homme dans leur essence, leurs attributs, leur offre et leur demande ni égalité ni inégalité ni différences mais incomparabilité totale. L’allégorie est la pour rendre l’incomparable (donc l’inaccessible, l’invisible,  et l’indicible) facilement imaginable et compréhensible :

{Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’ill a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Evangile et le Qur’ân. Et qui est plus fidele qu’Allah a son engagement? Réjouissez-vous donc de l’echange (vente) que vous avez fait: Et c’est la le très grand succès. Ils sont ceux qui se repentent, qui adorent, qui louent, qui parcourent la terre (ou qui jeûnent), qui s’inclinent, qui se prosternent, qui commandent le convenable et interdisent le blâmable et qui observent les lois Allah. Et fais bonne annonce aux croyants. } at thawba 111

C’est sous la même perspective qu’il faut lire les versets suivants :

{Parmi Ses dévoués, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur. Ceux qui récitent le Livre Allah, accomplissent la Salat, et dépensent, en secret et en public de ce que Nous leur avons attribué, espèrent ainsi faire un commerce qui ne périra jamais. Afin qu’Allah les récompense pleinement et leur ajoute Sa grâce.} Fatir 28

{O vous qui avez cru! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d’un châtiment douloureux? Vous croyez en Allah et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin Allah, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez! Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et dans des demeures agréables dans les jardins d’Eden? Voila l’énorme succès et il vous accordera d’autres choses encore que vous aimez bien: un secours venant Allah et une victoire prochaine. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants.} As-Saff 10

Il y a incomparabilité entre les cocontractants en leurs qualités respectives d’être divin et d’être humain. Même si nous prenons au sens littéral l’échange celui-ci demeure inégale et cette inégalité est tellement grande qu’elle devient incomparable, non mesurable. Quelle est la valeur de la vraie vie éternelle dans le bonheur ? Inestimable ! Quelle est la valeur de notre dévotion, de nos sacrifices, de nos souffrances éphémères face à l’étendue d’un Paradis eternel aussi vaste que les cieux et la terre avec des délices incomparables en beauté, en goût, en innovation  à ceux connus sur terre ? Quelle est la signification de la transaction quand Celui qui propose la transaction incomparable est le créateur de l’homme partenaire de la transaction, de ses œuvres objet de la transaction et du Paradis  récompense de la transaction ? La miséricorde divine ! Quel est notre part dans cette transaction ? Un infiniment petit de patience dans le malheur et de gratitude dans le bonheur sur cette terre qui ne vaut pas l’aile d’un moustique ou d’un moucheron comparativement à la valeur de la vraie vie. Mathématiquement parlant notre part est équivalent au rapport d’une valeur par rapport à l’infini c’est-à-dire zéro ce qui ne signifie pas rien ou le vide absolu mais le pas de valeur.

Dans la question de l’échange égal ou inégal avec Dieu nous ne devons jamais perdre de vue l’humilité et la crainte révérencieuse que nous devons avoir dès qu’il s’agit de Dieu. II est incomparable et son incomparabilité même dans les attributs divins qu’il a fait connaitre dépasse notre entendement car nous proclamons Allah Akbar : Dieu est le plus grand dans toutes nos conceptions, nos imaginations et nos rapports à Sa Beauté, a Sa Perfection, a Sa Puissance, a Sa Science, a Sa miséricorde. Allah est plus grand que tout ce que nous pouvons imaginer, il est au dessus de toute comparaison, il est comme le dit l’imam Ali créateur du lieu et du temps sans être soumis lui-même aux notions de temps et de lieux sur lesquels nous construisons notre jugement et notre système de comparaison et d’évaluation.

C’est sa Miséricorde qui nous fait entrer au Paradis, ce ne sont pas nos œuvres. Nos œuvres ne sont rien en égard aux bienfaits de la vision des formes et des couleurs du Paradis, de l’amour du bien aimé, de l’intelligence libérée de toute forme de bridage, des sens nouveaux pour apprécier l’odeur, la vision, le  gout des saveurs et de ce qui est impossible a recenser car il relève encore du Ghayb auquel nous croyons. Nos oeuvres les plus ferventes et les plus sincères, dans une vie aussi courte que la notre et dans laquelle nous passons plus de 90% de notre temps a s’occuper de nos affaires mondaines, sont insignifiantes par rapport aux délices du Paradis eternel.

Le Paradis lui même n’est rien devant la rencontre de Dieu et la vie en  sa proximité sans voile : amour sur amour, beauté sur beauté dans une dialectique inédite dont parle Ibn Arabi : «  L’amour éperdu de beauté et la beauté inspirant un amour plus grand et elle-même sublimée par l’amour pour être plus embellie : et ceci à l’infini, sans se rassasier ». Parler d’échange égal ou  inégal c’est faire preuve de manquement d’égard a Celui qui nous a créés et ne pas comprendre la vocation et la mission pour laquelle nous avons été existenciés.

{Ils n’ont pas estimé Allah comme Il devrait l’être alors qu’au Jour de la Resurrection, Il fera de la terre entière une poignée, et les cieux seront pliés dans sa main droite. Gloire a Lui! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent.) Az-Zumar 67

Il est au dessus de tout : Il est incomparable ! Par conséquent, le libre arbitre de croire ou de ne pas croire, de dire ou de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire a des limites. Ces limites découlent du rapport entre le Créateur et le créé, entre l’ordonnateur et l’ordonné, entre l’Adore et l’adorateur, entre le Sanctionneur et le sanctionné, entre le Bienfaiteur et le nécessiteux… Pour l’islam la parole est divine, sacrée, responsable, sensée et pertinente :

{O vous qui devîntes croyants, craignez Allah et dites de vraies paroles pertinentes, Il vous Amendera vos œuvres et vous Absoudra vos péchés. Et quiconque obéi à Allah et à Son Messager, il a gagné un vrai immense gain.} al ahzab 70

{O vous qui devîntes croyants : si vous faites triompher la Cause d’Allah, Il vous Fera triompher et Affermira vos pas.} Mohamed 7

Vouloir se situer a tout prix d’égalité entre le sacré et le profane, le temporel et le spirituel, le mondain et l’au delà, l’homme et Dieu est du non sens. Il n’y a pas d’égalité entre le Bienfaiteur généreux et les pauvres que nous sommes  mais incitation à  faire de bonnes œuvres pour s’inspirer des attributs divins :

{Et obéissez à Allah et au Messager afin qu’il vous soit fait miséricorde! Et concourez au pardon de votre Seigneur, et a un Jardin (paradis) large comme les cieux et la terre} ali imrane, 132

{Aucun être ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux, en récompense de ce qu’ils œuvraient!} As-Sajda 17

 

L’Arabe est le référent linguistique pour interpréter le Coran

Pour étudier le Coran ou le Hadith les grands savants musulmans – qui ont laissé l’empreinte de leur savoir jusqu’à nos jours – même s’ils n’étaient pas d’origine arabe apprenaient l’Arabe et en maitrisait la syntaxe, la grammaire, le style et le lexique. Ce fut le cas du plus grand grammairien arabe Sibaweyh d’origine persane et Buhkhari l’un des plus grands spécialistes des hadiths d’origine du Khorasan en extrême orient de l’Iran. Nos vénérables savants confirmant la règle mohammadienne : « est Arabe celui qui parle l’Arabe ».

En effet le sens se corrompt quand le référent linguistique fait défaut. En voulant rendre justice aux efforts faits et en cherchant où se trouve la faille du dérapage nous avons trouvé, entre autres, le problème de la traduction des versets Qur’âniques et en particulier celui du terme  « laâalakoum » par «peut-être » qui fait dire a certains que la relation entre d’homme et Dieu est inégalitaire pour ne pas dire arbitraire voire inique. Nous pouvons croire sans exercice de culte, sans épreuves, sans destin sans obligations oubliant que Dieu peut se passer de nous et Il n’a pas besoin ni de nos rites ni de notre dévotion. Le rite et la dévotion sont un lien (religare) pour garder le contact avec Dieu et pour nourrir l’âme de nourritures spirituelles. Sans nourritures l’âme s’épuise et seule l’animalité du corps répond aux impulsions de la moelle épinière et aux tempêtes de l’esprit. C’est dans cet esprit que Jésus a dit dans le sermon sur le Montagne « Bienheureux sont les faibles d’esprit ». L’esprit, spiritus, ici est la tempête dans le crane, le vent de folie de la pensée et cette idolâtrie de l’idée et du moi pensant qui croit savoir mieux que Dieu ce qui convient ou ne convient pas à l’homme, qui « pense comprendre » les Desseins de Dieu sans lire le Qur’ân. Ce paganisme intellectuel est proscrit par l’Islam monothéiste.

Aucun Prophète n’a invité à faire le culte des sots et des niais mais à cultiver la sagesse cet esprit qui sait  apprendre à donner à chaque chose sa juste place, à chaque être son juste rang et à chaque événement sa juste priorité. L’esprit de justesse s’apparente à l’esprit de sens sans se confondre avec lui. A Dieu lui revient le rang et la place qu’Il s’est donné Lui et non ce que nous imaginons en confondant la mythologie grecque, les influences des Saintes Ecritures falisifiées  et le Qur’ân. Même sa Sainteté le Pape, intellectuel de premier plan, s’est laissé piégé dans une lecture qui présente les musulmans comme des croyants irrationnels, sans raison,  devant ce qu’il ne nomme pas mais qu’il sous entend en l’’occurrence « l’arbitraire » de l’Absolu du Dieu des musulmans.

Un dialogue débile, que sépare une décade mouvementée entre son déroulement, en 1390, et sa rédaction aux toutes dernières années du XIVe siècle, comme dit Théodore Khawam à l’introduction du livre. Bien plus, « Manuel affirme en effet qu’il va citer les paroles des uns et des autres aussi fidèlement que sa mémoire le lui permettra » (p. 27). Aveu qui supprime toute crédibilité à ce texte. Rédiger un dialogue aussi long, de mémoire, sur un sujet aussi crucial, et opposé, avec « des interprètes qui n’entendaient pas le grec, qui n’étaient pas de bons théologiens ou des personnes compétentes en matières religieuses » (p. 118), et Manuel Paléologue ignorant leur langue, refusant de reconnaître l’authenticité de la Mission de Mohammad, et l’interlocuteur parlant arabe, on ne peut qu’affirmer : c’est un texte de prosélytisme pour sauver la chrétienté de Byzance.

C’est bien dommage que sa Sainteté, malgré une érudition académique applaudie, ait recourt à un texte qui relève plutôt de la contrefaçon, pour mener sa guerre contre l’Islam. La probité intellectuelle et le devoir religieux dans leur volonté d’apporter la détraction à l’islam auraient été bien inspirés par la raison dont se réclame le professeur émérite de démontrer la fausseté du message Qur’ânique avec des arguments historiques et religieux lorsque ce message fait le procès des Rabbins et docteurs chrétiens de la foi au lieu de recourir à l’amalgame facile. L’intelligence, la rationalité, l’historicité qui permettent de faire intrusion dans le champ sémantique islamique pour le dénigrer auraient du inspirer les négateurs à chercher comme le dit Jésus lui-même la poutre qui est dans leur œil au lieu de chercher la paille qui est dans l’œil du voisin. Ce voisin vous dit sans détours répondez à ces accusations que les musulmans « colportent » et apportez vos justifications :

{Et tu verras beaucoup d’entre eux se précipiter vers le péché et l’iniquité, et manger des gains illicites. Comme est donc mauvais ce qu’ils œuvrent! Pourquoi les rabbins et les docteurs (de la Loi religieuse) ne les empêchent-ils pas de tenir des propos mensongers et de manger des gains illicites? Que leurs actions sont donc mauvaises!} Al-Maidah – 62.

{Ils ont élevé au rang de divinités en dehors de Dieu leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Messie, fils de Marie, alors qu’ils avaient reçu ordre de n’adorer que Dieu l’Unique} At-Tauba – 9.31

Pouvons nous croire un instant, sans blasphémer, que Dieu Omniscient, Omnipotent, Justice et Vérité  puisse s’exprimer comme un philosophe sceptique, un cynique ou un  désabusé créant le doute et la confusion dans l’’esprit du croyant ? C’est ce doute entretenu par des traductions fausses qui dénaturent le sens de certains versets et entrainent certains a parler d’échange inéquitable, sous entendant arbitraire. Par exemple le verset 9 de la Sourah al Al-Jumuâa est traduit dans certaines versions françaises du Qur’ân ainsi :

{O vous qui avez cru! Quand on appelle a la Salat du jour du Vendredi, accourez à l’invocation Allah et laissez tout négoce. Cela est Bien meilleur pour vous, si vous saviez ! Puis quand la Salat est achevée, dispersez-vous sur la terre, et recherchez quelque faveur de la grâce d’Allah, et invoquez beaucoup Allah peut-étre réussirez vous (laaalakoum thouflihoune)} 62, 9

Avant d’apporter de la lumière sur la subtilité de ce verset et de tant d’autres il nous faut une fois de plus confirmer la règle fondamentale : l’incomparabilité de Dieu et non l’égalité ou l’inégalité dans le rapport Dieu homme englobe son être, ses attributs, sa création, son verbe et sa parole

{Il n’y a rien qui Lui ressemble} As Choura 11

C’est toujours avec l’esprit de ce verset qu’il faut lire le Qur’ân et appréhender ses allégories, ses paraboles et ses signes. Il faut donc lire le Qur’ân convenablement et ne pas se contenter de n’importe quelle traduction quitte a se faire assister par un musulman arabophone qui connait l’exégèse Qur’ânique ou qui sait consulter les ouvrages des exégètes musulmans pour donner aux versets le sens le plus proche dans la langue française. La langue arabe est une des langues les plus vielles de l’humanité et c’est le Qur’ân qui lui a donné sa syntaxe moderne. L’Arabe utilise la syntaxe générale avec très peu d’exceptions et de dérogations comme la langue française mais Dieu n’est pas contraint à cette restriction car Il est  créateur de la lettre, de son signe, de son signifiant, de sa sémantique, de son lexique et de sa syntaxe. Ce n’est pas de l’arbitraire mais le prodige de la Révélation Qur’ânique d’être aussi riche, accessible au commun des mortels et un défi pour l’expert scientifique et le grammairien.  En révélant le Qur’ân dans une dualité exceptionnelle contenu riche transcendant le temps et l’espace et  forme figée immuable il pose un défi linguistique, grammatical, symbolique, allégorique, sémantique à toutes les générations pratiquant l’arabe avec l’excellence du lettré savant :

{C’est Lui qui t’a révélé le Livre contenant des versets à la fois clairs et précis, qui en constituent la base même, ainsi que d’autres versets susceptibles d’être différemment interprétés. Et c’est à ces derniers versets que les sceptiques, avides de discorde, prêtent des interprétations tendancieuses, alors que nul autre que Dieu n’en connaît la signification exacte. Quant aux vrais initiés, ils se contentent de dire : «Nous croyons en ce Livre, car tout ce qu’il renferme vient de notre Seigneur.» Ainsi, seuls sont enclins à méditer ceux qui sont doués d’intelligence.} Al-imran 7.

{Et si vous êtes dans le doute au sujet de ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, essayez donc de composer une seule Sourah semblable à une Sourah du Qur’ân, et faites venir les témoins que vous vous êtes donnés en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques.} Al-Baqara 23.

{S’ils disent : «C’est cet homme qui l’a inventé», réponds-leur : «Composez donc une seule Sourah semblable à celles de ce Livre, et faites-vous aider, pour ce faire, de qui vous voudrez, en dehors de Dieu, si vous détenez réellement la Vérité !»} Yunus 38.

Dieu, gloire et pureté à Lui est Vérité et sa parole est la vérité que ni le mensonge ni la falsification ne peuvent corrompre Il ne peut donc sur le plan logique prononcer une parole qui sème le doute dans le cœur du croyant ou porter à confusion par le potentiel d’incertitude qu’elle contient. Le « laâalakoum thouflihoune » ne peut sur le plan logique et stylistique être traduit pas peut être réussirez-vous. Le lire et l’accepter ainsi c’est faire de tous les versets qui parlent de crainte révérencieuse c’est-à-dire de la quintessence du Qur’ân en l’occurrence la Thaqwa de putatif, incertain, inaccessible et arbitraire par l’incertitude soulevée car tous les versets relatifs à la Thaqwa s’énonce par le «laâalakoum thathaqoune. La thaqwa est le signe de la progression de la foi vers davantage de certitude et de sérénité.

Pour les grammairiens arabes  le « laâalakoum touflihoun » ou le « laâalakoum thathaqoun » doivent être traduit par « Afin que vous obtenez la réussite » et « afin que vous obtenez la piété ».

Tout l’arbitraire supposé dans ces versets et dans les autres disparait et la théorie de l’échange égal ou inégal disparaît. Nous serions face à un troc direct : donnant donnant. En vérité il n’y a pas de donnant donnant mais d’option. La langue française si riche avec son conditionnel et son subjonctif exprimant des futurs hypothétiques n’a pas la compétence à exprimer l’optionnel comme le fait le Coran. C’est avec un regard sur l’option et l’alternative que le Coran propose aux croyants et aux futurs croyants qu’il faut lire le verset coranique qui semble un conditionnel ou une proposition avec un adverbe introduisant en apparence le doute :

{Et invoquez beaucoup Allah ainsi vous réussirez (laáalakoum thouflihoune)} 62, 9

Dieu ne peut donc être un énonciateur « putatif » entretenant le doute dans le cœur et l’esprit d’un énonciataire confus qui serait conduit à être mené à craindre  un Dieu inique, arbitraire et imprévisible au lieu d’aimer un Dieu  Miséricordieux (Rahim) et Aimant (Wadoud).

La langue Qur’ânique est la langue arabe dans sa forme la plus raffinée et la plus subtile et la plus évocatrice de sens en s’adressant à l’homme sous toutes ses facettes ontologiques, cognitives, affectives, spirituelles, sociales, temporelles et spatiales. Elle n’est pas la langue du désert de l’Arabie et du bédouin arabe mais la langue du renoncement de l’homme aux idoles et fantasmes qui peuplent ses mondanités, ses illusions et ses rapport tant avec Dieu qu’avec l’humanité

Faudrait-il pour autant accepter le sens obligatoire de certitude pour l’homme qui reçoit l’énoncé divin. La richesse, la subtilité du Qur’ân est de parvenir dans un énoncé bref à toucher la fibre de l’énonciataire pour cela il faut comme pour tout style narratif travailler sur l’énoncé et l’énonciation c’est-à-dire toutes les conditions de la communication de l’énoncé. L’homme recevant l’énoncé Qur’ânique peut être réceptif, rebelle, méritant ou déméritant et dans cette situation d’incertitude de la condition de l’énonciataire qui n’échappe pas à Dieu bien avant que le lecteur du Qur’ân ne soit existencié. Dieu sait avec certitude et sa Parole est certitude mais l’homme qui reçoit le message ne peut recevoir, par l’exigence de l’épreuve à accomplir au préalable,  le résultat avant l’accomplissement de l’épreuve. Traduire  donc le verset par :

{Et invoquez beaucoup Allah ainsi vous réussirez (laáalakoum thouflihoune)} 62, 9

Est sémantiquement faux car la décision finale appartient à Dieu. Il nous appartient dans tout ce que nous entreprenons, sans aucun intermédiaire, d’être sincère dans nos intentions mais si nous pouvons nous prononcer sur la  validité formelle de nos intentions et de nos actions nous ne pouvons nous prononcer sur leur validité et leur agrément par Dieu. Que faire pour avoir une bonne traduction qui reflète le sens subtil. Cherchons dans le Qur’ân quelques pistes remarquables par leur évidence. Il n’ y a pas de meilleure évidence que la proximité des Prophètes :

{Et pendant qu’Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Ka`ba, ils disaient : «Seigneur ! Daigne accepter de nous cet ouvrage ! Tu es l’Audient, Tu es l’Omniscient !} Al-Baqara 127.

{La femme d’Imran dit un jour : «Seigneur ! Je Te voue en toute exclusivité l’enfant que je porte en mon sein (Marie) ! Daigne, Seigneur, l’accepter! Tu es, en vérité, Celui qui entend tout, qui sait tout.»} Al-i’Imran 35.

L’exemple le plus édifiant est celui de Salomon, roi prophète et doué de savoir et de pouvoir, qui se trouve dans l’incapacité à exprimer sa reconnaissance à Allah pour les faveurs dont Il l’a comblé et qui sollicite Allah de lui inspirer l’évocation qui sied à la grandeur d’Allah et à Sa qualité de donnateur sans laquelle nous ne serions ni capable de nous exprimer ni d’agir ni d’être reconnaissant et de prétendre à accéder au Paradis :

 وَقَالَ رَبِّ أَوْزِعْنِيۤ أَنْ أَشْكُرَ نِعْمَتَكَ ٱلَّتِيۤ أَنْعَمْتَ عَلَيَّ وَعَلَىٰ وَالِدَيَّ وَأَنْ أَعْمَلَ صَالِحاً تَرْضَاهُ وَأَدْخِلْنِي بِرَحْمَتِكَ فِي عِبَادِكَ ٱلصَّالِحِينَ

{… il dit : « Mon Seigneur, Aide-moi à être reconnaissant de la Grâce dont tu m’As Gratifié, moi et mes père et mère, et à ce que je fasse œuvre méritoire que Tu Agrées, et Fais-moi entrer, par Ta Miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux ».} An Naml 17

Le Qouboul ou l’acceptation est une prérogative divine et non humaine c’est ce que le Prophète Choaib a proclamé comme  vérité qui relève du Thawhid dans sa compréhension la plus saine : tout doit revenir à Dieu :

{Je ne veux que la réforme dans la limite de mes capacités et ma réussite ne dépend que de Dieu}

C’est cet esprit monothéiste qui fait défaut dans beaucoup de traduction du Qur’ân et qui laisse un chercheur perplexe entre la certitude et l’incertitude, entre la justice et l’arbitraire, entre l’égalité et l’incomparabilité de ses déductions et de ses implications non seulement spirituelles mais aussi intellectuelles, politiques, sociales, culturelles et ontologiques.

Entre la certitude de la vérité divine comme énonciateur de la vérité et l’incertitude de l’accomplissement de l’épreuve par l’énonciataire il y a l’énonciation et dans le Qur’ân elle est la culture du musulman qui tangue entre le Raja (l’espérance dans la miséricorde de Dieu) et  Al Khawf min al Jalil (la crainte de Dieu), entre le Tharghib (la bonne nouvelle) et le tharhib   (l’avertissement).

Si les Prophètes par amour et respect de Dieu cherchent son consentement, son contentement et son acceptation de leur dévotion, de leurs œuvres, de leur vie et de leur mort que dire du simple mortel qui passe sa vie entre le péché et l’insouciance et quelque fois le repentir. Dieu répond au commun par ce verset magistral :

{Ne vous attribuez pas des titres de vertu}.

En clair nous ne pouvons ni préjuger de l’acceptation de nos œuvres ni de celles des autres comme nous ne pouvons jeter l’anathème sur autrui nous considérant supérieur ou ayant fait quelque chose d’exceptionnel qui nous met au dessus des autres et qui rend Dieu obligé envers nous : Il serait redevable envers notre  dévotion au lieu que ce soit nous qui lui sommes redevables de notre existence, de nos dons et de sa Miséricorde. Cette redevance rend une fois de plus l’échange entre Dieu et l’homme incomparable même s’il y a des Hadiths qui disent que Dieu a des devoirs envers l’homme et l’homme a des devoirs envers Dieu. Leur lecture est symbolique et non littérale.

Laâalakoum dans la parole de Dieu s’il n’est pas « un peut être » il n’est pas une « certitude » mais une invitation à l’espérance et à la crainte pour agir en ascension spirituelle car telle est d’une part la vocation de notre vie sur terre et d’autre part la Justice divine qui ne peut pratiquer l’indifférenciation en donnant accès au Paradis d’une manière égalitariste sans tenir compte des mérites :

{Ceux des croyants qui restent tranquillement chez eux, sans y être astreints par une incapacité  quelconque, ne peuvent être considérés comme égaux aux croyants qui, dans le combat qu’ils mènent au service de Dieu, s’exposent aux dangers corps et biens. Aussi Dieu tient-Il en plus grande estime ceux qui Lui sacrifient leurs biens et leurs personnes. Et bien que les promesses divines s’étendent aux uns et aux autres, un rang infiniment supérieur est réservé  aux combattants, ainsi qu’une récompense sans limite.} An-Nisaa 95.

{Ceux qui ont cru, qui ont émigré et qui ont combattu au service de Dieu, par leurs biens et leurs personnes, ceux-là occuperont auprès de Lui un très haut rang, et ce sont ceux-là  qui seront les victorieux.} At-Tauba 20.

{Ô  vous qui croyez ! Lorsqu’on vous dit : «Faites place aux autres dans les assemblées !», faites-le, Dieu vous mettra à l’aise au Paradis ! Et lorsqu’on vous dit : «Levez-vous !», faites-le, Dieu élèvera de plusieurs rangs ceux d’entre vous qui ont la foi et qui ont reçu la science. Dieu est parfaitement Informé de ce que vous faites.} Al-Mujadila 11

{A chacun le rang qui correspond à son œuvre (action)}

Dans ce dernier verset la graduation est vers le haut (le paradis) et vers le bas (l’Enfer) en vertu du principe de justice divine infaillible, équitable et impartiale.

Quand on a compris l’énonciation on comprend le sens du hadith prophétique :

« Quelle belle situation que celle du musulman, s’il lui arrive un bien et rends grâce à Dieu (Louanges) c’est un bienfait pour lui, et s’il lui arrive un malheur et endure avec patience c’est un bienfait pour lui »

Le malheur est pour l’ingrat, le rebelle, le transgresseur, le négateur des bienfaits et celui qui incrimine Dieu de ce que lui-même s’est occasionné à lui et à autrui comme torts et préjudices.

Dans le langage occidental il y a sans doute Nietzche qui a approché cette réalité : « Sortir du désespoir le plus profond l’espoir le plus indicible » par le surpassement de soi, par l’action sur son environnement sans se soumettre à la fatalité et au fait accompli.

Si dans la langue arabe classique le laâala signifie « peut-être », dans le Qur’ân il signifie éprouver en même temps ou en fonction de la situation l’espérance, la crainte ou les deux en même temps. Nous sommes en présence d’un état spirituel particulier : l’abandon avec confiance aux mains de Dieu tout en agissant pour mériter son amour, sa miséricorde et son repentir pour gagner son salut final.  Comment le traduire en langue française ?

Toute l’expérience du Pèlerinage se résume à cette équation : la validation de l’examen. Pour le savoir c’est simple il faut se voir agissant, réfléchissant et méditant dans les nouvelles épreuves car rien n’est acquis définitivement ni irréversible mais tout est en devenir.

Le miracle Qur’ânique en sa qualité de défi littéraire et grammaticale  pour les arabes maitrisant la langue arabe doit inciter les francophones à ne pas prendre pour argent comptant n’importe quelle traduction.  Surtout lorsqu’on apprend que « sous l’influence de Rome, et du Pape, Pierre le Vénérable, à la faveur d’un voyage en Espagne entre 1141 et 1143, conçut l’idée de faire traduire en latin, par Robert de Rétines, assisté de moines de l’ordre de Cîteaux, le livre révéré des Sarazins ; l’initiative procédait à la fois de l’esprit de croisade, comme le prouve la lettre que Pierre le Vénérable adressa à saint Bernard avec une copie de la traduction effectuée, et d’autre part du besoin d’effacer de l’esprit de convertis musulmans, tout vestige de leur fois première » (Régis Blachère, Le Qur’ân, p. 9).

Sur ce terme Sarrazin qui a été  collé à la peau des musulmans durant les Croisades comme une gale contagieuse il est intéressant de noter  qu’il est antérieur aux Croisades. Des recherches étymologiques occidentales semblent converger vers l’Evêque Isidore de Séville (570- 636) dans son traité  Étymologies qui aurait dit parlant des arabes ou des musulmans « Les Sarrasins ainsi nommés soit parce qu’ils se prétendent descendants de Sara, soit, au dire des païens, parce qu’ils sont d’origine syrienne. Ils habitent un très vaste désert. On les appelle Ismaélites parce qu’ils sont issus d’Ismaël. Ou encore Cedar du nom d’un fils d’Ismaël. Ou encore Agaréniens d’après Agar. On les appelle à tort Sarrasins parce qu’ils se vantent de descendre de Sara. »

C’est confus mais ça explique la confusion du terme Sarrazin : Sarracenus (pluriel: Sarraceni). Sarra pour Sarah et Cene pour peuple ou fils. Confusion étymologique et historique et par conséquent erreur de traduction puisque les Arabes descendants d’Ismaël sont fils de Hagar (Hajar) et non de Sarah et aucun Arabe ou Musulman lettré ou illettré n’a prétendu le contraire s’il connait un tant soit peu la biographie  du Prophète Mohamed (saws). C’est toujours cet esprit gréco romain et judéo chrétien de suffisance qui méprise les autres et viole leur identité pour les bannir sur des préjugés de race. Ce sont ces préjugés qui ont donné justification morale aux Croisades, au colonialisme. La référence de ses errements se trouve  dans  la Genèse Livre 21 qui a le mérite de ne pas confondre Sarah et Hajar :

« L’Éternel se souvint de ce qu’il avait dit à Sara, et l’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis. Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté [ …] Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Égyptienne, avait enfanté à Abraham ; et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac. Cette parole déplut fort aux yeux d’Abraham, à cause de son fils. Mais Dieu dit à Abraham : Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre. »

Nous sommes dans une spirale de traduction de l’araméen au grec, du grec au latin et du latin au français en passant par une série de copies et de traductions les unes différentes des autres dans le style et le contenu. Le Coran dans son unique version en langue arabe non seulement  les met en défi d’apporter une preuve authentique mais dévoile leur racisme et leur sectarisme :

{Les Juifs et les Nazaréens ont dit : « Nous sommes les fils d’Allah et Ses bien-aimés » ! Dis : « Pourquoi alors vous Châtie-t-Il en raison de vos péchés ? » Bien au contraire, vous êtes des êtres humains de parmi ceux qu’Il A créés.} Al Maida 18

{Les Juifs ont dit : « ‘Uzayr est fils d’Allah », et les Nazaréens ont dit : « Le Messie est fils d’Allah ». Ce sont leurs paroles de leurs propres bouches. Ils imitent les dires de ceux qui devinrent mécréants auparavant. Qu’Allah les Combatte où qu’ils louvoient !  Ils ont pris leurs savants, leurs moines, et le Messie fils de Marie comme Seigneurs, à l’exception d’Allah, alors qu’il ne leur a été ordonné que d’adorer un Dieu Unique.} at Tawba 30

{O gens du Livre, pourquoi disputez-vous d’Abraham alors que la Torah et l’Évangile ne furent Révélés qu’après lui : Ne raisonnez-vous donc pas!} Al ‘Imrane  65

 

Le défi de la rationalité est renvoyé aux accusateurs :

{Et ils dirent : « Soyez juifs ou nazaréens, vous serez guidés ». Dis : « Bien au contraire : la confession d’Abraham, pur monothéiste, et qui ne fut point du nombre des polythéistes ». Dites : « Nous devînmes croyants en Allah, en ce qui nous a été Révélé, et en ce qui a été Révélé à Abraham, à  Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, et en ce qui a été Révélé à Moïse, à Jésus, et en ce qui a été Révélé aux Prophètes par leur Seigneur. Nous ne faisons de distinction entre aucun d’entre eux et nous nous remettons à Lui ».} al Baqarah 135

Le jour où ils assumeront leurs contradictions avec le monothéisme ils reconnaitront Mohamed (saws) comme l’Ultime Prophète et à ce moment là les préjugés sauteront les uns après les autres dans une fratrie universelle qui interdira la volonté de bannissement du musulman dans sa colonie ou dans banlieue. Aucun interprète ne viendra fausser la loi générale de l’harmonie à laquelle le Qur’ân convie :

{Dis : « O gens du Livre, venez-en à une parole normative entre nous et vous : de n’adorer qu’Allah, de ne rien Lui associer, et que nous ne nous prenions point les uns les autres pour Seigneurs à l’exclusion d’Allah ». Et s’ils s’en détournent, alors dites : « Témoignez que nous sommes musulmans ».} Al ‘Imrane  65

Omar Mazri et Zeineb Abdelaziz

Le Divin « piégé » ?! Partie 1/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 3/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 1/3

Depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui, ce qu’on appelle « l’islam français » tente incessamment de se manifester  en se cherchant une légitimité, une vocation, une stratégie, une audience.  Comme la République des Césars a récupéré puis instrumentalisé le message de Jésus la République tente de récupérer et d’instrumentaliser l’islam originel. L’œuvre n’est pas inédite, elle se manifestait déjà à la Renaissance en latinisant le nom des savants musulmans pour éradiquer la source arabe et islamique  quand il était impossible d’occulter purement et simplement leur existence faisant abstraction de mille ans d’apports scientifiques et civilisationnels de l’Orient musulman promouvant sa modernité à l’Occident judéo chrétien enfoncé dans son obscurantisme médiéval et à l’Occident gréco romain englouti dans ses mythologies . O tempora, o mores !

Nourris à l’école Mohammadienne nous avons foi en la parole divine :

{Vous attendez-vous donc à ce qu’ils vous croient, alors qu’un groupe d’entre eux : ils entendaient les paroles d’Allah puis les falsifiaient après les avoir raisonnées, en le sachant ?} al Baqra 79

Cette foi nous oblige, tout particulièrement  dans cette période du Pèlerinage à pointer du doigt quelques problèmes récurrents dont il faudrait un jour ou l’autre s’en débarrasser avant d’aller à l’essentiel de notre vocation.

  1. Emergence programmée des islams contre l’Islam
  2. La manipulation des concepts et le détournement des idées par le maniement de la langue : une voie de sape  parmi tant d’autres
  3. Nos responsabilités
  4. L’influence de la pensée cléricale et laïque dans les thèses sur l’Islam et dans la vision de l’homme dans le monde
  5. Les dérives du rationalisme qui font perdre à la raison toute rationalité, à la conscience toute vigilance et à l’érudit toute crédibilité
  6. Quelle interprétation donner au verset sous entendu par les détracteurs des rites musulmans et en particulier du Hadj assimilé à une économie de la dévotion ou à un tourisme cultuel
  7. L’Arabe est le référent linguistique pour interpréter le Qur’ân
  8. « Il faut savoir provoquer le scandale pour ne pas devenir sa proie ».
  9. Trouver excuse à la jeunesse et lui témoigner nos encouragements malgré les erreurs et les fautes
  10. La décolonisation de la langue et des mots est, après le constat culturel de l’indépendance inachevée, plus important que la décolonisation de la terre.
  11. Lever les équivoques fait partie de l’éthique et de l’esthétique de l’Islam.

 

Emergence programmée des islams contre l’Islam

Ainsi on assiste à l’émergence d’un islam  progressiste, d’un islam libéral voire un islam laïc comme si l’islam ne peut exister en France qu’avec les attributs historiques de la République française et non avec ses propres valeurs, ses propres attributs et ses propres références Qur’âniques et mohammadiennes : Din al Qayyim ou la religion de la rectitude,   Fitra d’Allah ou religion naturelle et conscience innée de Dieu qui met fin au débat sur la transcendance et l’immanence. Les musulmans n’ont ni à craindre ces débats stériles ni les calomnies qui les sous-tendent :

{Quelle injustice plus flagrante que celle que commet celui qui tisse des mensonges sur Dieu au moment même où il est convié à l’islam? Dieu ne guide point les êtres iniques qui veulent éteindre la lumière de Dieu par leurs calomnies, mais Dieu parachèvera Sa lumière, dussent les infidèles en souffrir ! C’est Lui qui a envoyé Son Prophète pour tracer la voie à suivre et prêcher la vraie religion qu’Il élèvera au-dessus de toute autre croyance, dussent les idolâtres en souffrir !} As-Saff 7

{Ne les craignez plus ! Mais craignez-Moi ! Aujourd’hui, J’ai amené votre religion à son point de perfection, Je vous ai accordé Ma grâce tout entière et J’ai agréé l’islam pour vous comme religion !} al maida 3

On assiste également à l’émergence d’un islam lyrico mystique qui  cherche un rapprochement avec  le «mysticisme » chrétien et  la mode bouddhiste de plus en vogue dans un monde occidental de plus en plus  face à la prophétie de Malraux : « Le nouveau millénaire sera spirituel ou ne sera pas ».  L’islam s’il n’est pas vu comme une spiritualité suffisante  par ignorance et préjugés est surtout perçu  comme un potentiel de Jihad qu’il faut anesthésier par crainte de perdre les Colonies. L’expérience des Croisades qui ont mis l’Occident judéo chrétien  monolâtrie païenne   en contact violent avec l’Orient musulman monothéiste reste une cicatrice béante qui ne peut se fermer que par la négation de l’islam et des musulmans.  Le musulman ne doit pas perdre de vue cette vérité :

{Tu ne seras agréé ni des juifs ni des chrétiens que lorsque tu auras suivi leur confession. Dis : «Il n’est d’autre voie de la vérité que Celle de Dieu !» Cependant, si par hasard tu accédais à leurs désirs, après la science que tu as reçue, tu te trouverais devant Dieu sans défense ni secours.} Al-Baqara – 120.

L’effort de « bouddhisation »  est bien réel, il est aussi réel que la « sionisation » de certains intellectuels et politiciens du monde arabe et musulman. Pour les musulmans sionisant il faut lire leurs écrits dans la presse et voir leurs interventions sur les médias ou mieux encore se rendre sur le site des Affaires Etrangères de l’occupant sioniste pour voir s’afficher le nom des bons arabes et des bons musulmans « amis » d’Israël. L’islam « bouddhiste » se contente de revendiquer une pure spiritualité sans obligation de rites, sans conformités aux normes religieuses, sans Jihad, sans politique, sans communauté de foi autre que la confrérie maraboutique… Une errance vers le Nirvana.

La France  a depuis longtemps joué un rang de premier plan dans la formation des élites musulmanes de langue française, une sorte de faculté franco musulmane où il est question d’islamologie, d’orientalisme à destination, aujourd’hui,  non plus des missionnaires, des évangélistes et des  idéologues colonisateurs, colonisables ou colonisés mais des  français allogènes d’extraction musulmane et des  indigènes en voyage d’études islamiques comme si le cœur de l’islam n’est plus la Mecque et sa périphérie culturelle et spirituelle :  le Caire, Damas, Bagdad et Téhéran mais Paris.

Il s’agit de favoriser la division et l’incohérence dans les rangs musulmans déjà fragilisés par une décadence ni assumée ni surmontée d’une part et d’une colonisation dont la libération n’est pas encore achevée d’autre part. Dans cet effort de « diviser pour régner » il est normal de voir l’apparition d’absurdité langagière telle que : islam français, musulmans non pratiquants, islam démocratique, islam égyptien, islam algérien, islam iranien. Il y a autant d’islam que d’enjeux géo stratégiques ou de manœuvres tactiques sur une carte du monde qui échappe à notre regard de musulmans confinés dans les débats stériles sur la barbe, le nikab et la longueur du pantalon.

Ceci est normal dans l’histoire des religions et des civilisations. Du vivant de Mohamed (saws) et  de ses successeurs qualifiés pour leur bonne gouvernance ( Khoulafa rachidiyoun) il fallait combattre les idoles, l’obscurantisme des lettrés arabes, la falsification des docteurs en lois juives et chrétiennes et l’apparition des faux prophètes. Il est donc normal que dans leur continuité nous dénoncions les dérives sectaires de certains musulmans  et la lutte idéologique menée par les officines sous couvert du culturel, du cultuel et de la science qui prennent comme fer de lance des musulmans suffisamment naïfs ou foncièrement véreux.

Ce qui n’est pas normal c’est  de voir des entités se réclamant de l’islam se faire ou l’écho de ce beau monde   ou le silence total sous prétexte de véhiculer le véritable message de l’islam et de combattre par exemple le wahhabisme en France sans se donner la peine de lire les écrits de l’imam Abdelawab et  de comprendre ses motivations et les défis de son temps : le néo  paganisme de l’Arabie déjà en proie aux appétits des empires colonialistes. Sous prétexte de lutter contre le Wahhâbisme on fait l’impasse sur la récupération politicienne des rois et princes saoudiens de sa vie et de son œuvre pour cacher leur vassalité à l’Amérique et on change de vocabulaire dans la lutte menée contre ce qu’on appelle les « fondamentalistes » musulmans. Bien entendu on accrédite la thèse d’un autre islam : l’islam saoudien.

Cultivant l’esprit tribal et despotique des actuelles élites arabes et musulmanes les spécialistes de la lutte idéologique nous rendent stériles en cultivant en nous la rivalité entre ces islams qui prennent racine tant en Occident qu’en Orient nous rendant non seulement vulnérables mais en contradiction avec la foi et la parole du Qur’ân :

{O vous qui devîntes croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur et faites le bien, afin que vous cultiviez. Et luttez pour Allah comme il se doit de lutter pour Lui. Il vous A Élus et ne vous Imposa nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui qui vous A déjà Nommés musulmans, auparavant, et dans ceci (le Qur’ān) : afin que le Messager soit témoin sur vous et que vous soyez témoins sur les hommes. Accomplissez donc la prière, acquittez-vous de la Zakāt, attachez-vous à Allah, Il Est votre Protecteur, le meilleur Protecteur et le meilleur Partisan.} al Hajj 77

Cette contradiction, qui nous fait fuir l’attribut de musulman vers d’autres attributs, n’est pas une invention du colonialisme mais une faille dans notre système de pensée qui croit qu’en changeant les mots nous allions changer  la tragédie de notre présent et inventer un avenir radieux pour nos enfants. Surfant sur nos failles et nos défaillances le spécialiste de la lutte idéologique ne fait que nous renvoyer le miroir qui renvoie nos reflets qu’il se charge d’embellir ou d’enlaidir selon les nécessités et les circonstances de la lutte. L’efficacité et la crédibilité ne leur permettent pas de travailler sur les leurres de leur imagination mais sur nos illusions et nos représentations. Pour l’instant les enjeux fondamentaux sont le terme « muslimine » qui est fédérateur dans le sens Qu’rânique et qui doit devenir, dans l’espace social, cultuel et politique, sujet de doute, de controverse et d’anathème  pour disloquer la communauté musulmane en petites tribus et sectes autarciques faciles à gérer et à mater. Le second enjeu est dans la compréhension et l’exécution de la vocation du musulman « afin que vous cultiviez » : il nous est interdit de nous cultiver au sens propre et figuré. Notre ego, notre sol, notre argent, nos idées et notre foi doivent être incultes, stériles, sans devenir, sans projet, sans fruits. L’inconscience des uns est conjuguée à l’inefficience des autres. Le tout donne une inconséquence, une incohérence et parfois une entropie qui dépasse l’entendement de ceux là même qui nous manipulent.

A titre d’illustration voici un pays, l’Algérie dénommé la Mecque des révolutionnaires, qui sombre dans l’involution à cause de l’incurie de ses gouvernants. Ces derniers ont pourtant trouvé la compétence de faire voler en mille éclats de  plus en plus insignifiants de grands partis les uns prônant la solution islamique les autres la voie démocratique. Que dire alors des conséquences de l’œuvre des spécialistes occidentaux de la subversion et de la diversion idéologique et culturelle. Comme Satan ils connaissent nos faiblesses et ils savent devant notre inculture cultiver les moyens et les instruments de  la tentation, de la séduction et de la suggestion pour nous mener là où nous sommes vulnérables :

 {Je n’avais sur vous nul pouvoir que de vous inciter, et vous m’avez obéi ! Ne me blâmez donc pas et blâmez-vous vous-mêmes.} Ibrahim 24

 

La manipulation des concepts et le détournement des idées par le maniement de la langue : une voie de sape  parmi tant d’autres

L’action du musulman est  analysée sous des vocables scientifiques et idéologiques  de théo mercatique, de théo politique, d’économie de la dévotion, de tourisme religieux évacuant du champ lexical et sémantique les concepts et les réalités spirituelles, sociales, morales et  civilisationnelles de la  Zakat, de la monnaie sans  Riba, du pèlerinage et de la Omra…

Nous n’allons pas intervenir sur la problématique de l’islam français proclamé ouvertement  par le Président Sarkozy   mais déja  initié par Jacques Berques et ensuite par Chevènement. Nous allons  juste prendre le temps de souligner quelques aspects  pour mettre en exergue  les dérives,  les mécanismes  de manipulation et surtout l’ignorance qui est la source de tous les maux.  L’ignorance des gens du peuple ne portent pas loin mais celle des élites et des lettrés est catastrophique.  Elle est catastrophique car elle intervient sur trois niveaux fertiles pour sa propagation :

–  Une jeunesse en quête de vérité et de savoir et qui faute de méthodologie et d’imams compétents se trouve  attirée par les oripeaux intellectualistes parlant de l’islam.

–  Une prétention à l’Ijtihad dans un monde où la circulation des idées, de l’argent et des hommes est exponentialisée alors que le monde musulman est encore en léthargie incapable de produire sa pensée autonome ni de poser un diagnostic sans complaisance sur ses pathologies sociales, politiques, culturelles, économiques et spirituelles.

–  L’absence de production intellectuelle conséquente du monde musulman en langue française pour répondre aux attentes et aux défis que rencontre le francophone. Les rares productions se font en arabe ou en anglais. Le monde musulman est devenu un comptoir commercial sans projet de devenir, sans défi autre que vendre du pétrole et importer les produits de la modernité occidentale. Produire ses idées, son armement, ses élites, son argent, ses vêtements, sa nourriture, son indépendance ne  sont ni une priorité ni un objet de débat ou de réflexion. Produire des idées et les traduire c’est unh luxe au-delà de nos moyens sauf s’il s’agit d’encenser ou de brûler aussi bien nos gouvernants que notre histoire vecue comme une mythologie. Ce qui n’est pas occupé par les musulmans est occupé par les autres car la nature a horreur du vide et de l’immobilisme comme l’énonce le Qur’ân : « Tels sont les jours nous les alternons entre les gens ». Il n’ ya pas d’alternance ni de perspective pour ceux qui s’excluent de la bataille et du projet de civilisation. Les maisons d’édition et les librairies, à vocation « musulmane »  préfèrent publier et vendre les livres anciens. Elles sont sures ainsi de gagner de l’argent sans droit d’auteur à régler et surtout sans risque à prendre comme cela se fait pour la promotion d’idées nouvelles. Le livre est une chose à vendre ou un objet d’ornement dans une bibliothèque et non un stock d’idées, une proposition de projet, une expérience de vie, une déchirure de l’âme avide de vérité et de justice…

L’ignorance des lettrés a des conséquences sur l’imaginaire et le système de représentation tant du musulman que du non musulman.  Elle enferme le musulman dans une ignorance plus grande et le non musulman dans des préjugés plus négatifs et des stéréotypes plus caricaturaux. Au lieu de remplir sa mission de témoignage, l’intellectuel traitant de l’islam devient un instrument de la guerre idéologique contre sa communauté, sa religion en acceptant de travailler sur des mots et non sur des principes. Le jeu de mots devient un jeu de maux accablant le présent et l’avenir par la compétence de nuisance subversive et de désinformation que la servilité, la colonisabilité et la colonialité transportent. L’imaginaire, ce champ d’exploration de l’imagination devient dans ce contexte improductif, négatif, nuisible à  tout projet d’évocation, de cognition, de sens….

Malek Bennabi, intellectuel probe et sincère, a dénoncé ce qu’il appelle les intellectomanes ces intellectunnels  qui vendent des idées mortes, mortelles et mortifères, celles qui produisent l’idolâtrie car « Chaque fois que l’idée disparait, l’idole règne de nouveau et réciproquement ». Contre les fabricants d’idoles il développe une analyse courte et percutante : «  Le Qur’ân a nommé Djahiliya, c’est-à-dire « ignorance » le paganisme qui a régné, en Arabie, avant l’islam. Cependant la Djahiliya, n’était pas pauvre, en technique littéraire, les plus grands noms des lettres arabes sont de cette époque. Elle demeure quand même la Djahiliya, l’ignorance par excellence, parce que le verbe arabe ne contenait que des mots étincelants mais vides de tout germe créateur. Réciproquement, si le paganisme est une ignorance, l’ignorance est païenne : elle ne cultive pas des idées, mais des idoles, comme la Djahiliya. Ce n’est pas pur hasard que les peuples primitifs ont été fétichistes ».

Traiter de l’islam ou analyser un aspect de la civilisation ou de la communauté musulmane c’est nécessairement embrasser l’éthique et l’esthétique de l’islam qui sont dans le Thawhid, le monothéisme pur et parfait,  sinon c’est de la spéculation, de la rhétorique (bien dire au lieu de dire le bien ou le vrai), de la casuistique (utiliser la rhétorique pour convaincre à des fins religieuses ou idéologiques, pour évangéliser les esprits et les colonies) ou du Khobsisme ( faire de son gagne pain ou  de sa réussite sociale un système de pensée, de valeurs et de comportements… une finalité en soi et non un moyen).

A Médine  tous les renouveaux de l’homme musulman, de son environnement, de sa civilisation, de sa victoire sur les défis du temps, du sol et des ennemis  ont commencé  avec  quelques rudiments de syntaxe et de sémantique et quelques versets Qur’âniques  pour une finalité : être le Vicaire de Dieu sur terre pour exercer le talent des dons innés et acquis, être honoré et vivre dans la dignité en sa qualité de créature  créée par Dieu dans une étreinte d’amour  (malaxé dans les Mains divines et prendre vie et sens en recevant  le Souffle divin) et  accomplir sa vocation d’être soumis librement à Dieu et investit de la mission de témoigner par la parole et   par l’acte de la présence du Créateur, du Bienfaiteur, du Donateur à qui nous devons rendre compte.

A Paris, Alger, Le Caire ou ailleurs la langue Arabe est devenu un instrument de diversion idéologique pour saper l’islam et rompre l’unité de liens qui rassemblent les musulmans au Qur’an et au système de valeurs, de croyance et de représentations de la foi monothéiste.

La langue est témoignage… Elle est l’inscription de sens par des signes  relevant du mystère :

{Alif, Lam Mim – C’est le Livre au sujet duquel il n’y a aucun doute, c’est un guide pour les pieux.} al Baqara 1

Même en changeant la ponctuation (absente dans le texte Qur’ânique) par la pause dans la respiration du texte le sens reste magistralement le même dans la langue Qur’ânique :

{Alif, Lam Mim – C’est le Livre qui est  guide, sans aucun,  doute pour les pieux.} al Baqara 1

Après la signification de la foi et de la religion comme croyance, relation avec Dieu et invocation dans la Fatiha (le prologue, l’ouverture, l’Inaugurale,  la clé du Qur’ân, la réussite ici et là bas) le Qur’ân dans sa première Sourah pose le problème fondamental de la foi et de la raison : le doute. Le doute cartésien ou le doute nihiliste peuvent trouver raison et justification sauf dans le Qur’ân et la langue qui véhicule son sens. Il n’y a aucun doute sur Dieu, Son Message, Ses Prophètes, Ses Anges, Sa Promesse et Sa sanction. Tout ce qui est dans le Livre écrit (al Kitab al mastour) et dans le Livre de la création visible (al Kitab al mandhour)  témoigne de la certitude des croyants contre l’incertitude des sceptiques et la  négation des mécréants. Il n’y a aucun doute y compris sur l’homme et son devenir selon qu’il soit croyant, négateur avéré ou hypocrite sournois. Il n’y a aucun doute sur la foi et l’expression de la foi dans la vie intérieure comme dans la  vie extérieure sociale, politique, intellectuelle et cultuelle : trois modèles d’être, trois types de lecture, trois voies à suivre :

  • La lumière du savoir :

{Ceux qui croient à ce qui t’a été descendu (révélé) et à ce qui a été descendu avant toi et qui croient fermement à la vie future.  Ceux-là sont sur le bon chemin de leur Seigneur, et ce sont eux qui réussissent (dans cette vie et dans la vie future).} al Baqara 3

  • Les ténèbres de l’ingratitude qui rendent inopérant les instruments perceptifs, intellectuels, affectifs et ontologiques pour acquérir la connaissance ou se mettre en quête de la vérité :

{Les Mécréants  ne croient pas, cela leur est égal, que tu les avertisses ou non: ils ne croiront jamais.  Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles; et un voile épais leur couvre la vue} al Baqara 6

  • La confusion, la sournoiserie, la lâcheté et la traîtrise des dissimulateurs :

{Il y a ceux qui disent: ‹Nous croyons en Allah et au Jour dernier!› tandis qu’en fait, ils n’y croient pas.  Ils cherchent à tromper Allah et les croyants; mais ils ne trompent qu’eux-mêmes, et ils ne s’en rendent pas compte.  Il y a dans leurs cœurs une maladie (de doute et d’hypocrisie), et Allah laisse croître leur maladie. Ils auront un châtiment douloureux, pour avoir menti.  Et quand on leur dit: ‹Ne semez pas la corruption sur la terre›, ils disent: ‹Au contraire nous ne sommes que des réformateurs!›  Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte. Et quand on leur dit: ‹Croyez comme les gens ont cru›, ils disent: ‹Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit?› Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas.} al Baqara 8

Chacun est responsable de ses convictions  et de ce qu’il fait de ses convictions  et de ce que ses convictions font de lui sur le plan spirituel et existentiel. La langue comme interprétation de sens ou traduction de signe est engagement sur un de ces trois chemins et à ce titre elle est responsabilité.

La langue arabe et la langue française se rejoignent magistralement sur cette notion de témoignage qui engage la responsabilité individuelle et collective. En effet  être responsable c’est avoir la capacité et la charge à donner réponse. En arabe être mess’oul c’est exactement avoir la capacité, la fonction et la charge de répondre aux questions et notamment à celle-ci : qu’as-tu fait de ton esprit, de ton savoir, de ta jeunesse, de ton argent, de ton temps, de tes dons… ? Hélas nous agissons comme des analphabètes bilingues c’est-à-dire des irresponsables dans toutes les conjugaisons,  des insouciants en tout lieu et en tout moment indépendamment des circonstances les nôtres ou celles de nos ennemis :

{Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance !} Al-A’raf 179.

L’engagement n’était pas dans la quête de grands diplômes ni dans  la démagogie de spectacle mais dans les problèmes de fond  c’est-à-dire dans les questions relatives à l’exercice de ses devoirs de musulmans envers Dieu et envers les hommes. Pas de bavardage ni de discours stériles mais la quête de la vérité comme le veut  l’enseignement de Mohamed « saws) :

« Vous n’aurez point la foi tant que vous n’aurez pas inspiré aux autres l’amour de la vérité »

« La religion c’est le bon conseil et la loyauté… Pour Dieu, pour Son Livre, pour Son Prophète, pour les  gouvernants des musulmans et pour l’ensemble des gens du commun »

Tout le travail de sape est de vider les mots arabes de leur sens coranique et de les emprisonner d’une manière docte dans une historicité ou une linguistique pour leur enlever le cachet divin de Révélation, de vérité. L’expérience de l’Occident dans sa lutte contre l’Eglise est mise à profit : profanation de l’islam, désacralisation de ses valeurs, laïcisation de ses préceptes, nationalisation de sa dimension pour lui enlever l’universel de son message.

C’est dans ce cadre général que nous réagissons sur quelques  thèses de doctorat sur l’islam et sur  les musulmans dans leur approche moderniste  sur la théo politique, la théo économie, la théo mercatique, l’économie de dévotion,  l’économie islamique,  l’islam politique, le tourisme cultuel, le marketing  théo-politique à la Mecque…  Cette réaction est la même devant ce qu’on appelle l’islamologie qui croit que  la rupture épistémologique, la linguistique moderne générale de Saussure jusqu’à la grammaire générative de Chomsky ou l’analyse narrative de Greimas et des néo constructivistes permet de comprendre le Qur’ân, la voie islamique et le cœur des musulmans pour proposer une voie d’Ijtihad qui permet au musulman non pas de se réformer mais de réformer leur Qur’ân, leur Sunna non plus Révélation mais production littéraire, création  intellectuelle.

Nos responsabilités

Il est vrai que notre comportement festif et irresponsable travestit le culte et le rend aux yeux de l’étranger à l’islam  presque une forme de carnaval païen. Nous fabriquons notre propre échec en fabriquant par notre comportement ridicule l’argumentaire des détracteurs de l’islam. Ces derniers sans probité préfèrent confondre la faille des musulmans avec l’islam et refuse de voir l’islam dans sa globalité et qui ne se reconnait pas dans notre misère morale, sociale, politique et économique. Nous devenons des faussaires, des fabricants de fausses monnaies, et nous l’injectons dans le circuit de la culture mondiale et elle nous revient en pire par effet boule de neige entretenu par les islamophobes. Le microbe c’est nous-mêmes qui le produisons, les détracteurs ne font que le mettre en incubation puis le propager et l’inoculer à plus grande échelle. Le Qur’ân énonce cette vérité sans détours :

{Ce qui vous arrive de néfaste provient de vous-mêmes (de vos propres agissements et comportements)}

Nous demeurons pourtant au-delà de nos égarements et de notre irresponsabilité une latence de potentialité, une virtualité d’islam authentique qui peut se réaliser pour le bien de l’humanité et pour le malheur des idoles et des idolâtres, des tyrans et de leurs courtisans. Notre responsabilité est de continuer à témoigner et à chercher des arguments et des moyens de défense en attendant l’éveil islamique qui s’annonce déferlant sur le monde comme une marée spirituelle salvatrice.

Notre responsabilité nous devons la faire partager en priorité par les jeunes qui ont un potentiel de cognition car ils sont la relève capable de vivre son temps et de prendre en charge ses défis. Ces jeunes, en particulier ceux qui traitent de l’islam et des musulmans doivent se libérer du regard des orientalistes et des islamologues français pour former leur propre regard à la lumière du Qur’ân et de la Sunna tels qu’ils s’offrent à eux sans la falsification du détour par autrui.

Le Qur’ân met en relief l’importance du rôle de la jeunesse dans le projet de libération contre la Tyrannie et contre l’idolâtrie : Abraham, David, Salomon, Joseph, Saleh, Houd, Moise, Jésus, Mohamed, leurs disciples et compagnons sont dans leur majorité des jeunes remplis de foi et de vitalité.  Leur science et leur force sont au service d’une cause juste. Chaque jeudi ou vendredi matin soir nous sommes invités à lire et à méditer la Sourah al Kahf dont nous nous allons attirer l’attention sur trois points que chaque jeune impliqué dans un travail de recherche théorique ou pratique ne doit pas perdre en vue s’il se met en tête qu’il est au service d’une cause et qu’il est représentant d’une communauté de foi :

  • Le premier point est le modèle de foi des jeunes gens de la caverne qui ont fui matériellement et symboliquement la cité impie pour ne pas corrompre leur foi. Le récit Qur’ânique en réalité ne parle pas de fuite mais de résurrection dans une dialectique entre l’apparent et le caché, le passé et l’avenir, la forme et le fond :

{Nous avons placé ce qu’il y a sur la terre pour l’embellir, afin d’éprouver (les hommes et afin de savoir) qui d’entre eux sont les meilleurs dans leurs actions.  Puis, Nous allons sûrement transformer sa surface en sol aride.  Penses-tu que les gens de la Caverne et d’ar-Raquim ont constitué une chose extraordinaire d’entre Nos prodiges?  Quand les jeunes se furent réfugiés dans la caverne, ils dirent : ‹Ô notre Seigneur, donne nous de Ta part une miséricorde; et assure nous la droiture dans tout ce qui nous concerne›.  Alors, Nous avons assourdi leurs oreilles, dans la caverne pendant nombreuses années.  Ensuite, Nous les avons ressuscités, afin de savoir lequel des deux groupes saurait le mieux calculer la durée exacte de leur séjour.  Nous allons te raconter leur récit en toute vérité. Ce sont des jeunes gens qui croyaient en leur Seigneur; et Nous leurs avons accordé les plus grands moyens de se diriger [dans la bonne voie].  Nous avons fortifié leurs cœurs lorsqu’ils s’étaient levés pour dire: ‹Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre: jamais nous n’invoquerons de divinité en dehors de Lui, sans quoi, nous transgresserions dans nos paroles.  Voilà que nos concitoyens ont adopté en dehors de Lui des divinités. Que n’apportent-ils sur elles une preuve évidente? Quel pire injuste, donc que celui qui invente un mensonge contre Allah? Et quand vous vous serez séparés d’eux et de ce qu’ils adorent en dehors d’Allah, réfugiez-vous donc dans la caverne: votre Seigneur répandra de Sa miséricorde sur vous et disposera pour vous un adoucissement à votre sort›. } al kahf 7 à 16

La quête de la vérité prime sur toute autre considération sociale, intellectuelle ou politique. La quête de la vérité ne peut emprunter qu’un chemin celui de la droiture et ne vouloir comme récompense que la miséricorde divine. Elle ne peut être animée que par un seul moteur : le monothéisme. Les mots étincelants empruntés à la rhétorique grecque, à la casuistique cléricale ou au monde du spectacle de la post modernité sont à bannir s’ils portent un risque de contradiction avec l’islam, ses valeurs et ses principes. Pour cela il faut s’armer d’islamité maitrisée avant de se confronter aux outils conceptuels, lexicaux ou sémantiques de la modernité et post modernité. Les mythes de Prométhée ou du péché originel ont été mis à mort par l’esprit scientifique de l’être Qur’ânique dès que l’idée du monothéisme a pénétré le cœur des bédouins arabes faisant d’eux des tombeurs d’idoles. Allah Akbar fait trembler les tyrans et prosterner les croyants. L’ordre nouveau est dans l’islam bien compris et bien appliqué avec les mots et la langue qui ont mis fin à l’ordre ancien et qui ont apporté à l’Europe sa Renaissance.

  • Le second point est le primat à donner sur le sens et ne pas se contenter de l’accessoire, de l’apparent ou de la forme. Les versets suivants montrent qu’il n’est pas important de savoir le nombre de reclus dans la caverne mais de savoir la finalité, le principe, les mobiles, l’issue finale de la réclusion et en tirer les enseignements pour construire sa vie dans tous les domaines de l’existence ontologique, sociale, affective et spirituelle :

{Ils diront: ‹ils étaient trois et le quatrième était leur chien›. Et ils diront en conjecturant sur leur mystère qu’ils étaient cinq, le sixième étant leur chien et ils diront: ‹sept, le huitième étant leur chien›. Dis: ‹Mon Seigneur connaît mieux leur nombre. Il n’en est que peu qui le savent›. Ne discute à leur sujet que d’une façon apparente et ne consulte personne en ce qui les concerne.  Et ne dis jamais, à propos d’une chose: ‹Je la ferai sûrement demain›.  sans ajouter: ‹Si Allah le veut›, et invoque ton Seigneur quand tu oublies et dis: ‹Je souhaite que mon Seigneur me guide et me mène plus près de ce qui est correct›.  Or, ils demeurèrent dans leur caverne trois cent ans et en ajoutèrent neuf (années). Dis: ‹Allah sait mieux combien de temps ils demeurèrent là. A Lui appartient l’Inconnaissable des cieux et de la terre. Comme Il est Voyant et Audient! Ils n’ont aucun allié en dehors de Lui et Il n’associe personne à Son commandement. } al Kahf  22 à 26

Le signe n’est qu’un indice dans la quête de sens. La quête du signe est avant tout une quête de signification. Au delà des conjectures et des conjonctures ce qui doit guider notre éthique, notre esthétique et notre cognition est le principe de sens : la cause ultime, la finalité ultime. Nos sens ne perçoivent qu’une infime partie du monde connu. Notre savoir est imparfait, limité. Dieu nous a donné à croire, à lire et à méditer sur une partie de l’Inconnaissable des Cieux et de la terre pour donner une autre perspective à notre regard trop distrait par l’apparat et l’ostensible de la richesse, des beaux discours, des belles théories, des tentations et des séductions de tout genre dont la pire est celle de l’ego qui se flatte au lieu de se blâmer. Ce signe pour qu’il soit un signifiant il ne peut être déboité de son référentiel moral, idéologique, culturel et social. Si en toute logique linguistique le signe, le rite, la praxis, le texte musulmans  ne peuvent être  signifiant dans un contexte, une démarche ou une langue non Qur’ânique comment peuvent-ils être signifiés dans un contexte, une démarche et une parole volontairement anti islamique ?

Le texte Qur’ânique dans toute sa splendeur révèle l’étendue de la bataille idéologique c’est-à-dire la bataille de signification et d’appropriation des idées et du principe du sens :

{Et récite ce qui t’a été révélé du Livre de ton Seigneur. Nul ne peut changer Ses paroles. Et tu ne trouveras, en dehors de Lui, aucun refuge.  Fais preuve de patience [en restant] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier.  Et dis: ‹La vérité émane de votre Seigneur›. Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie›.} al Kahf  27 à 29

{Ceux qui croient et font de bonnes œuvres, vraiment Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui fait le bien.} al Kahf 30

  • Enfin le Qur’ân nous montre par la conjugaison du symbole, du signe, de la réalité au delà du seul apparent visible que du verset 7 au verset 46 il y a une seule loi qui gouverne le monde de l’inerte et du vivant, du visible et du caché, d’hier et de demain :

{Et propose-leur l’exemple de la vie ici-bas. Elle est semblable à une eau que Nous faisons descendre du ciel; la végétation de la terre se mélange à elle. Puis elle devient de l’herbe desséchée que les vents dispersent. Allah est certes Puissant en toutes choses!  Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde. Cependant, les bonnes œuvres qui persistent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et [suscitent] une belle espérance.} al Kahf  45 à 46

Cette loi, la dialectique universelle, gouverne les oppositions et les devenirs en perpétuel changement entre l’aridité d’une terre stérile ou asséchée, d’un cœur malade, d’un esprit vain, d’une génération corrompue ou d’une civilisation en décadence  et la fertilité d’une terre arrosée, d’un cœur purifié, d’un esprit dynamisé, d’une génération en conquête de son avenir, d’une civilisation en déploiement moral, spirituel, économique, social et intellectuel. Quand le Qur’ân énonce cette vérité qui semble évidente il y a sans doute matière à réflexion autre que le constat simpliste que nos sens aperçoivent chaque jour et chaque nuit :

{Dans l’alternance de la nuit et du jour il y a certainement un signe}

La même loi préside au sens du signe qui se cache derrière  l’alternance des signes : les indices pour découvrir la vérité dans le symbole  qui forme la représentation de la langue, de l’atome ou de la parole divine : l’unité dans la diversité, la variété dans l’unité comme les différences et la pluralité de la création obéissant à un seul principe fédérateur, signifiant, cohérent et immuable :

{Alif, Lam, Ra. Voici les versets du Livre plein de sagesse} Yunès 1

{Alif, Lam, Ra. C’est un Livre dont les versets sont parfaits en style et en sens, émanant d’un Sage, Parfaitement Connaisseur.} Houd 1

{ Alif, Lam, Ra. Tels sont les versets du Livre explicite.  Nous l’avons fait descendre, un Qur’ân en langue arabe, afin que vous raisonniez.} Yussef 1

{Alif, Lam, Mim, Ra. Voici les versets du Livre; et ce que t’a été révélé par ton Seigneur est la vérité} ar Ra’âd 1

{Alif, Lam, Ra. Voici le livre que nous avons fait descendre sur toi, afin que – par la permission de leur Seigneur – tu fasses sortir les gens des ténèbres vers la lumière, sur la voie du Tout Puissant, du Digne de louange (Al Hamid)} Ibrahim 1

{Alif, Lam, Ra. Voici les versets du Livre et d’une Lecture explicite.} al Hijr 1

{Ta, Sin. Voici les versets du Qur’ân, un Livre explicite} An Naml 1

{Sad. Par le Qur’ân, au renom glorieux (Zikr) !} Sad 1

{Noun. Par la plume et ce qu’ils écrivent!} al Qalam 1

Des centaines de milliers de milliards de combinaisons, d’alternances et de modèles d’harmonie dans la lettre de l’inerte et du vivant, du scriptural et du génétique, de la physique et de la chimie, de l’homme et du cosmos pour témoigner par un seul Livre d’une seule vérité, celle d’Allah Al Ahad Al Qahar l’Immuable sans associé ni rival :

{Quand bien même tous les arbres de la terre se transformeraient en plumes, et quand bien même la mer, grossie de sept autres mers, deviendrait un océan d’encre pour écrire la Parole divine, que Dieu aurait encore d’autres messages à transmettre ! Car Dieu est, en vérité, le Tout-Puissant, le Sage.} Luqman – 27.

C’est cette vérité sur la richesse prodigieuse de la multiplicité par l’Unicité qui est énoncé d’une autre manière

{Dis : «Si la mer se changeait en encre pour transcrire les paroles de mon Seigneur, la mer serait assurément tarie avant que ne soient épuisées les paroles divines, dussions-nous y ajouter une quantité d’encre égale à la première.»} Al-Kahf – 109.

Cette richesse met en défi la langue Arabe, la langue la plus riche et la plus complexe dans ses combinaisons, pour témoigner de la  richesse langagière du Qur’ân et de son défi littéraire aussi bien dans sa langue originelle que dans ses traductions :

{Si vous êtes dans le doute, de ce que Nous Avons Révélé à Notre Serviteur, apportez-donc une Sūrah qui lui soit semblable et convoquez vos témoins, à l’exclusion d’Allah, si vous êtes véridiques. Si vous ne le faites pas, et vous ne le ferez point, craignez-donc le Feu dont la proie est d’hommes et de pierres,  préparé pour les mécréants.} al Baqarah 24

{La plupart d’entre eux ne suivent que conjecture. La conjecture ne dispense en rien de la Vérité. Certes, Allah Est Tout-Scient de ce qu’ils font. Il n’est pas de mise que ce Qur’ān puisse être inventé de la part d’un autre qu’Allah. Mais c’est une corroboration de ce qui existe déjà et précision du Livre. Sans aucun doute, cela vient de la part du Seigneur des Univers. Ou bien disent-ils qu’il l’a controuvé ? Dis : « Apportez alors une Sūrah qui lui soit semblable et convoquez qui vous pourrez, à l’exclusion d’Allah, si vous êtes véridiques. » Bien plus, ils démentirent ce dont ils n’ont aucune notion de sa science, et dont ils n’ont encore reçu son interprétation. Ainsi ont démenti ceux qui étaient avant eux. Regarde alors quel ne fut le sort des injustes.} Younes 36

  • Le troisième point est la démarche initiatique sur le chemin de l’islam, de ses valeurs, de ses pratiques et de son engagement dans la vie politique, sociale, culturelle, intellectuelle comme d’ailleurs le met en exergue la Sourah al Kahf à travers le récit des jeunes gens cachés dans la caverne pour protéger leur foi des tyrans, de Moise en quête de savoir, de Zul-al-Qarnayn dans ses expéditions de l’Orient à l’Occident pour y faire régner la justice et le sens de la foi. Ce point, le troisième donc,   est résumé dans la phrase contractuelle entre Moise et Khadr le sage envoyé par Dieu pour enseigner à Moise qu’au dessus de tout savant il y a plus savant :

{Comment endurerais-tu sur des choses que tu n’embrasses pas par ta connaissance?} al Kahf  68

La relation entre l’apprenant et son maitre est une relation de respect et d’obéissance. Elle exige de l’apprenant de la patience et une stratégie d’apprentissage qui exige du temps pour se former et devenir efficace. Elle exige du maitre, du savoir, de la patience et une stratégie pédagogique pour mettre en place des environnements de situation de formation. La relation entre l’apprenant et le savoir est dynamique, elle n’est intéressante que si elle change le rapport de l’apprenant au savoir puis à la finalité du savoir et enfin à la responsabilité de ce savoir. Il ne s’agit pas de se gaver de mots, de concepts et de formalismes mais de s’imprégner du principe de sens. Cela exige des efforts pénibles, des moments de découragements, des abandons, de la reprise de confiance car le moteur n’est pas intellectuel mais spirituel.

La cognition est un instrument. Elle s’éduque et se développe par l’effort et la concentration qui s’appuient sur  l’endurance pour supporter cette éducation qui souvent va à contrario de l’appel de l’ego paresseux et vaniteux. Et c’est là ou intervient la connaissance qui se distingue du savoir. La connaissance porte sur les fins, l’éthique, l’esthétique et les mobiles tant du savoir que  de l’action. Elle est la substance qui donne au cœur une visée, à l’esprit une intention, à une génération un projet d’histoire. Le savoir porte sur  le contenu de l’information théorique ou pratique et les moyens de mise en œuvre pour trouver, stocker, diffuser, transférer et capitaliser l’information utile et efficace abstraction faite de ses fins. Le fameux «  science sans conscience n’est que ruine de l’âme » est une des formes d’expression de cette loi Qur’ânique qui met en corrélation le savoir, l’endurance et la connaissance.

Il n’est pas étonnant que vers la fin de cette Sourah un avertissement est donné  à tous ceux qui œuvrent sans principe de sens, sans finalité, sans connaissance :

{Dis: ‹Voulez-vous que Nous vous apprenions lesquels sont les plus grands perdants, en œuvres?  Ceux dont l’effort, dans la vie présente, s’est égaré, alors qu’ils s’imaginent faire le bien. } al Kahf 103

Il n’est pas étonnant aussi que la fin de la Sourah se termine par le verset merveilleux que nous avons cité plus haut et devant lequel toutes les intelligences nobles doivent se prosterner et les cœurs vivants se recueillir :

{Dis: ‹Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer s’épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort›. } al Kahf  105

L’influence de la pensée cléricale et laïque dans les thèses sur l’Islam et dans la vision de l’homme dans le monde

Ceci dit nous allons revenir au thème central de notre analyse : l’influence de la pensée cléricale et laïque dans les thèses sur l’islam ( français). Dans notre analyse nous  n’allons pas jouer le jeu de la polémique et  faire le parallèle entre le voyage à Lourdes et le pèlerinage à la Mecque  et comparer les aspects festifs, conviviaux ou les   objets de souvenirs. La raison simple et objective est que les deux processus sont incomparables. Celui qui a fait le pèlerinage  à la Mecque constate qu’il n’ya aucune comparaison à faire entre le pèlerinage au Vatican ou à Lourdes. Chez les civilisés de l’Occident on ne trouve pas la même ferveur, le même émerveillement que manifestent les misérables musulmans, ces  petites gens illettrés qui viennent par exemple des arrières pays de l’Afghanistan et qui n’ont connu ni la civilisation ni  ses gadgets et qui n’éprouvent aucun besoin de porter leur regard autre que sur la Kaaba, la Mosquée sacrée ou la Mosquée du Prophète. Malgré leur rudesse et leur mélange de coutumes contraire à l’esprit de l’islam leur foi est sincère, leur vénération pour les lieux saints est sans défaut, leur amour pour Mohamed est sans commune mesure et leur ferveur religieuse est exemplaire. Chez les civilisés de l’Occident on trouve par contre de grands mots theo mercatique, marketing théocratique, économie de la dévotion, tourisme rituel, théosophie, théopolitique…Islamologie.

Nous allons plutôt  nous situer là où ça fait mal et là ou la dérive est  généralisée dans ce que nous avons pu lire sur ce sujet.

  • La première dérive est  l’influence de la culture française dont le juridisme excessif déforme  la lecture et l’interprétation du texte Qur’ânique et de la pratique rituelle du musulman.  Vidant le texte Qur’ânique de son essence on lui fait faire une lecture en opérant un transfert sémantique du sens spirituel subtil du Qur’ân vers  l’aspect formel transactionnel et contractuel du code de commerce de la  République française.  Nous restons étonnés par cette prolifération de lois pour régenter la vie et la conscience des citoyens comme fut le cas du foulard islamique. Notre étonnement n’est pas seulement dans la nature scélérate de certaines lois mais dans les sources d’inspiration idéique de cet esprit qui veut tout légiférer au mépris de l’amour supposé des chrétiens pour leurs semblables. Si Victor Hugo le révolutionnaire de la littérature et du théâtre français a bien énoncé cette règle libertaire «  le droit d’aimer est aussi sacré que le droit de penser ». Nous avons le devoir d’aimer notre religion, notre Prophète et les valeurs de l’Islam y compris la pudeur de nos femmes fières dans leur voile. Nous avons le devoir de vous rappeler que si l’Ancien Testament est favorable aux lois,  Jésus  est venu pour mettre fin aux lois iniques en proclamant contre les Pharisiens et les Légionnaires romains : «  le règne de la fin est fini, c’est le temps de l’amour ».

Nos  étudiants d’extraction musulmane sous la direction  d’islamologues et d’orientalistes laïcs  et religieux s’interrogent donc   sur l’échange inégal et inique entre le Dieu des musulmans et l’Homme  au regard des efforts financiers et physiques de ce dernier dans  l’accomplissement  de son  pèlerinage. Nous assistons à des débats byzantins du type «Comment croire en une égalité et en une équité dans une transaction  entre un divin supposé supérieur et absolu et un homme supposé inférieur et relatif ».

  • La seconde dérive dans  la quête de l’égalité entre Dieu et l’homme est née du  mythe de l’égalitarisme laïciste qui refuse la loi de la différence qui gouverne le monde et le principe général de la réalité tant de la foi que de la réalité du monde : l’Unicité du Créateur sans rival, sans intermédiaire, sans associé, sans oubli ni fatigue ni somnolence ni accident ni hasard. Tout est en harmonie selon le principe de l’unité gouvernant la diversité et de son corolaire la variété assemblée dans l’unité de sens, de finalité, de causalité.

L’esprit du musulman pris dans le piège de la rhétorique du verbe occidental devient sensible au principe de Saint Thomas «  je ne crois qu’en ce que je vois » et sensible à l’utopie (le non lieu) de l’égalitarisme  qui au nom du droit à l’égalité devient une négation du droit à  la différence et se laisse entraîner dans le plus grand matraquage moral, social et idéologique de la société : l’indifférenciation. C’est l’indifférenciation  qui  crée l’inégalité par l’indifférence, le nivellement démocratique par le bas, la société à deux collèges : d’un côté les égaux indifférenciés mis dans le même système impersonnel d’éducation, d’évaluation, de compétition, de travail, de promotion, de droit et de devoirs et d’un autre côté une élite  de privilégiés en compétition de passe droits, de bonne grâce, de facilité, de différenciation de traitement et de considération selon la fortune, la renommée et le pouvoir.

La mécanique montre pourtant à l’esprit cartésien que la répartition équitable et équilibré d’un mouvement pour la cohésion mécanique et la cohérence dynamique d’un système exige le recours à des sous systèmes qu’on appelle à juste titre des différentiels. Différentiel, répartiteur de vitesse, système de variation par rapport à un référentiel toute la science mathématique, physique et tout l’art technologique de l’esprit cartésien est dans la mise en équation ou la résolution de leurs paramètres. Toute les sciences physiques traitant de dynamique reposent dur les dérivées c’est-à-dire les différentielles par rapport au temps ou les changements de matière et d’énergie par rapport à des références elles-mêmes dynamiques. C’est la société savante qui veut faire de l’homme un clone, un être de plus en plus indifférenciée, asexué, homosexuel…homo…

Ecce Homo dans la confusion  de sa traduction est le drame de l’Occident : « Ceci est l’homme » (que nous recherchons) ou « Celui-ci est un Homme » de Ponce Pilate venant s’enquérir de Jésus pour l’emmener au supplice ou venant constater la mort supposé de Jésus ou encore venant constater de visu la découverte du traitre, qui a livré Jésus aux romains « celui-ci est l’homme » supplicié au lieu et place du  Rabbi (le maître)  sur une croix. De cette phrase, mal comprise, mal traduite, mal « contextée », mal  historicisée, est né le drame occidental et ses incidences sur les peuples d’Afrique et d’Asie.  Du terme Homo va venir comme de la boite de Pandore le déluge qui va engloutir une civilisation qui a fait de ses idoles démoniaques comme le sexe et l’argent des Dieux devant qui il faut lever tous les interdits de  la morale chrétienne. Les péchés capitaux, cupidité, luxure, fornication, gourmandise, convoitise, deviennent symboles de réussite sociale.

Du terme Homo est né la tragédie de l’indifférenciation et du mythe égalitariste qui refuse la différence d’autrui. Le terme qui signifie Homme est Homo en grec c’est à, dire semblable. Nous sommes tous pareils comme des triangles homothétiques : mêmes angles de vues, même rapport de grandeur. Nous sommes une figure « semblable à l’image de Dieu » mais dont la seule distinction est dans sa  différence avec le règne minéral, animal et végétal. Cette différence d’espèce  la modernité a finit par la nier avec le Darwinisme cette quête chrétienne sur l’origine de l’homme et le néo Darwinisme la même quête vidée de toute substance religieuse pour devenir un matérialisme négateur des progrès de la science et de l’anthropologie.

Dans la langue arabe du Qur’ân   Al Insane n’est pas l’Homo le semblable mais l’être distinctif et dont la distinction est une opposition  au Wahch ( le sauvage, l’asocial, le monstre, le rebelle à Dieu, le caché dans les ténèbres). Il est l’être social issue du verbe « Anassa » en arabe tenir compagnie, socialiser, apporter du réconfort, se rapprocher de la lumière. C’est toute la grandeur de l’homme qui s’exprime dans le sens d’Insane qui est véhiculé par l’énoncé arabe du Qur’ân et que le terme Homo escamote. C’est tout le sens, autre que légiférer des lois iniques que Moise accomplit dans sa quête de vérité : «  Anassa nâran : Il s’est approché d’un feu ». C’est toute la différence entre l’homme, al Ins et al Djin. Al Ins est cet être  crée d’argile puante puis honoré par le souffle divin qui lui a donné vie,  esprit et vocation alors que le Djin est cet être créé de feu et dont est issu Satan le maudit. Dans l’appel coranique ya ayouha al Insane c’est l’humanité dans sa vocation plurielle et libre qui est appelé à l’universel, à son statut d’être honoré par Dieu qui ne peut et ne doit se laisser conduire comme un mouton à l’abattoir ni se comporter comme un orgueilleux, rebelle et transgresseur comme Satan ;

C’est cette différence que les mille ans d’emprunts inavoués et latinisés à la civilisation islamique que l’Occident n’a pu comprendre ni importer : l’honorificat de cet Insane qui est imprescriptible, inviolable, sacré :

{Nous avons honoré les descendants d’Adam}

C’est cet honorificat qui fait de la langue et des idiomes un moyen de communication, un vecteur de connaissance, un lien de reconnaissance mutuelle et non une arme de négation identitaire, une politique d’hégémonie culturelle, un langage nihiliste et cynique :

{Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien Informé.} Hujurat – 13.

L’islam considérant l’être humain comme Ins fait de l’égalité un acte de foi par le don de soi et l’esprit de solidarité, une épreuve dans l’accomplissement de la justice sociale et de la piété et non une formalité juridique imposée par le jacobinisme étatique.

{Dieu a favorisé certains d’entre vous plus que d’autres, dans la répartition de Ses dons. Or, ceux qui ont été favorisés ne sont nullement disposés à se démettre du surplus de leurs richesses au profit de leurs esclaves, au point que maîtres et esclaves y deviendraient tous égaux. Renieraient-ils donc les bienfaits de Dieu?} An-Nahl 71.

Le partage égal entre hommes libres et esclaves prônés par le Qur’ân est inimaginable dans République  égalitariste qui est supposé être, étymologiquement, Res Publica, chose publique. Niant les mille ans d’apport islamique humaniste l’eurocentrisme n’a conservé que l’esprit colonisateur des grecs et des romains dont il se réclame : Homo. Tous ce qui n’est pas semblable à nous, à nos coutumes, à nos croyances et à nos valeurs est l’autre, ce barbare, ce sauvage que les romains et les grecs exterminaient car ils ont décidé de nier l’humanité qui est en lui et par conséquent de lui refuser tout droit à vivre ou à posséder autre que ce que lui accorde le privilège du  statut de sous humain, esclave,  colonisé,  païen ou gentil sans terre, sans patrie, sans religion qui n’a pour proposition de paix que celle des légionnaires : « épargnez ceux qui se soumettent et domptez les superbes ».

Aucune loi ne peut aller contre un cœur réticent au don, au partage, au respect d’autrui et à l’entraide. La foi et l’intérêt pour une récompense plus grande ou le châtiment sans fin s’il y a négation  de l’égalité des droits devant la justice, devant les besoins, devant les devoirs sans nier la différence des besoins, des devoirs de solidarité, des dons, des compétences, des mérites et des faveurs légitimes issues du travail licite et socialement utile.

La loi de la dialectique qui gouverne le monde exige par justice et par nécessité de créer la dynamique sociale qu’il y ait différence et compétition dans le bien ou opposition quand il y a divergences sur la notion de bien, de justice et de vérité et quand il y a nécessité de complémentarité tout en montrant la richesse, la sagesse et la générosité du Donateur bienfaiteur :

{Il y a deux variétés de mer : l’eau de l’une est douce, limpide et d’un goût agréable, celle de l’autre est salée et saumâtre. Et pourtant l’une et l’autre vous procurent une chair fraîche que vous mangez, et vous en retirez des perles dont vous vous parez. Et l’on y voit des vaisseaux fendre avec bruit les flots, pour vous permettre d’aller à la recherche des bienfaits de votre Seigneur. Peut-être Lui en serez-vous reconnaissants !} Fatir 12.

{Ne vois-tu pas que Dieu fait tomber du ciel une eau par laquelle Nous faisons sortir du sol des plantes qui donnent des fruits de couleurs différentes? Et dans les montagnes aussi, il y a des stries de diverses couleurs, blanches et rouges aux tons variés, ainsi que des roches d’un noir foncé.} Fatir 27.

{ Sont également de couleurs différentes les hommes, les animaux et les bestiaux. Et c’est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants Le craignent véritablement. En vérité, Dieu est Puissant et Clément.} Fatir 28

Nous sommes différents et cette différence fait partie de notre credo de foi. Nier cette différence c’est nier la sagesse de Dieu et l’étendue de sa compétence à créer à l’infini ce qu’il veut.

{Considère comment Nous avantageons les uns par rapport aux autres. Mais les différences seront bien plus grandes et les privilèges bien plus marqués encore dans la vie future.} Al-Isra – 17.21.

{Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés.} Hud – 119.

Le principe de sens veut que l’on se pose la question sans complexe ni mystification idéologique :

{Est-ce que sont semblables l’aveugle et le voyant ?}

{Est-ce que sont semblables ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ?}

Reconnaître cette différence c’est l’accepter avec toutes ses conséquences : engager la lutte si elle porte préjudice à l’islam ou à la communauté musulmane ou la tolérer si elle nous porte la contradiction sans nous agresser. D’ailleurs ici nous ne faisons pas couvrir d’opprobre ou d’anathèmes ou d’apostasie ceux qui pensent différemment nous ne faisons que montrer la faute ou l’erreur de jugement pour que les sensés fassent l’économie d’une mauvaise expérience et que les moins avertis s’éveillent et soient plus perspicaces car ils ont une mission et une vocation qui exigent de l’intelligence et du sens.

La différence est la règle et c’est pourquoi nous devons l’accepter et surtout ne pas fanfaronner pour mépriser les autres car elle nous montre la responsabilité vis-à-vis des autres pour les ramener vers la raison, vers la foi, vers le bien, vers le beau sans perdre patience sans désespérer et surtout en remerciant Dieu de ne pas être du nombre des égarés. C’est davantage la faute ou l’erreur ou la confusion qui nous intéressent pour lever les doutes, les équivoques et contribuer à indiquer tout ou partie du chemin à prendre sans se donner des titres de vertu et le droit de mépriser autrui ou de l’insulter. Le fautif comme l’égaré nous intéressent comme être à accompagner, à convaincre, à réveiller sans contrainte ni propagande ni manipulation. La différence est la règle même en matière linguistique :

{Ô Nass ( les hommes compris comme Insane) ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux. Dieu est Omniscient et bien Informé.} Al-Hujurat – 13.

{Et parmi Ses signes, il y a aussi la création des Cieux et de la Terre, la diversité de vos langues et de vos couleurs. En vérité, il y a en cela des signes pour des esprits éclairés.} Ar-Rum – 22.

Le devoir de connaissance, de reconnaissance et d’échange est un impératif religieux et humaniste qui exige le respect de la différence ethnique, linguistique, culturelle, sociale et religieuse.

Omar Mazri et  Zeinab Abdelaziz

Le Divin « piégé » ?! Partie 2/3

Le Divin « piégé » ?! Partie 3/3