LE CHANGEMENT ET L’UNIVERSEL

إن الله لا يغير ما بقوم حتى يغيروا ما بأنفسهم، وإذا أراد الله بقوم سوءا فلا مرد له وما لهم من دونه من وال  – الرعد 11.

Dieu ne change rien à la situation d’un peuple tant que les Hommes ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Quand Dieu décide un mal pour un peuple, rien ne peut le repousser et il n’existe en dehors de Lui aucun protecteur.

ذلك بأن الله لم يك مغيرا نعمة أنعمها على قوم حتى يغيروا ما بأنفسهم وأن الله سميع عليم  – الأنفال 53

Dieu ne change rien au bienfait dont Il a gratifié un peuple tant que ces gens ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Dieu, certes, entend tout, Il sait tout. Tel fut le sort des gens de Pharaon et de ceux qui les ont précédés. Ils ont nié les signes de leur Dieu, alors Nous les avons fait périr à cause de leurs péchés et Nous avons englouti les gens de Pharaon : tous étaient iniques.

Il est difficile de trouver le terme exacte pour rendre  plus significative l’Irada al Ilahiha ( الإراضة الإلاهية). Il ne s’agit pas d’élan volontaire, mais de parole actée, de sentence qui sanctionne, de lois qui s’exécutent, de justice qui s’exécute… Acceptons  le verbe décider en attendant meilleure inspiration. Ce n’est pas de la rhétorique (Ilm al Kalam), mais de la rigueur, la même que s’impose un professeur de mathématiques ou de philosophie dans son argumentaire. Ce n’est pas du bavardage, mais de la communication pour dire que nous sommes partisans du changement et de la rupture et que chaque mot devra être analysé avec justesse et que le débat ne puisse être contenu dans une chapelle idéologique aussi éclairée soit-elle. Il s’agit du devenir d’un peuple, celui dont nous sommes issus et celui que nous voulons servir.

Il faut changer ce qui est en l’état d’un peuple pour que Dieu change la situation d’un peuple. Il faut non seulement conserver intact la gratitude envers les bienfaits de Dieu, mais l’entretenir et la cultiver en partageant ses bienfaits avec l’ensemble de Ses créatures, en devenant responsables, refusant la corruption et l’injustice et en produisant de la pensée positive et de l’action efficace.

Comme les gens paresseux aiment des recettes toutes faites et faciles, ils attendent que le changement leur tombe du ciel ou qu’il sorte des urnes. Le changement est d’abord un changement de paradigme, c’est à dire un changement dans la représentation du monde, une manière de voir les choses différemment, un modèle de comportement différent. Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais de la capacité de penser, de débattre. Il ne s’agit pas de débattre en politicien ou confiné au politique, mais de débattre sur tout sans tabou, sans exclusion en acceptant de quitter sa zone de confort intellectuel et social.

Le changement dont parle le Coran n’est pas le changement de Zaïm politique ou de marabout idéologique. Il n’est pas dans l’adoption d’une morale islamique confinée à des sociocodes et à des géocodes importés du monde des bédouins pour uniformiser la manière de se vêtir, de manger, d’échanger de petites politesses, de prier sans spiritualité, et de commercer sans transparence et sans payer ses impôts. Cheikh Al Qaradhaoui, prisonnier du paradigme des anciens et de l’idéologie fréristesoutient que nous avons besoin de morale islamique comme le pensaient Ibn Thaymiya et tous les anciens traumatisés par la chute de l’Empire Abbasside dont ils n’ont jamais cherché à comprendre le processus sociologique, politique et économique de son anéantissement historique.

Le problème n’est pas de l’ordre de la morale religieuse, mais de l’Éthique comprise comme réflexion (philosophie) qui analyse les principes régulateurs de l’action et du comportement dans une société et dans une époque pour comprendre les motivations et les possibilités du changement ou de la régression. C’est aussi une science sociologique et politique qui étudie la réalité sociale et les conditions économiques et techniques de l’activité humaine pour en dégager les valeurs normatives et les référentiels culturels et idéologiques de la tribu, de la société, de l’État constitué… Il faut noter que le principe relève du sacré transcendant alors que la valeur est l’appropriation subjective et sociale de ce principe à un moment singulier de l’histoire. Le principe est structurant, fédérateur et fondateur alors que la valeur est un paradigme changeant. Le changement exige donc de voir l’essence des choses et leur interprétation à travers l’usage et l’appropriation. Lorsqu’on parle d’Islam, on doit distinguer le principe universel des valeurs historiques, culturelles et sociales. Il en est de même en matière de berbérité, d’arabité, d’algérianité, de liberté, d’humanité, de droit, de justice. Le principe est en quelque sorte l’archétype et la valeur l’interprétation de ce principe dans un territoire, une période, une mentalité, une praxis sociale… Se placer sur le terrain des valeurs c’est se placer sur le conjoncturel historique ou géographique et par conséquent se placer sur les paradigmes du dominant qui dispose de l’avantage médiatique et du rapport des forces. Se placer sur l’éthique, c’est se placer sur les principes universels sans frontières, sans restriction, sans tutelle, sans exclusive ni exclusivité. L’universel réside dans la diversité, la pluralité et la différence au service de la liberté et de la justice.

Le changement est donc un changement de valeur, un changement de paradigme, une refonte de l’Être pensant et agissant.  Changer la manière, la finalité et les méthodes de Croire, Savoir, Désirer, Pouvoir, Vouloir, Devoir et Agir. C’est ainsi que nous pouvons opérer une rupture avec nos limites, nos peurs et nos faiblesses et libérer une dynamique de rupture avec les valeurs acquises et périmées ou viciées. Seule la déconstruction de ces valeurs et de leurs édifices sociologiques, culturels, institutionnels, juridiques et économiques peut faire émerger de nouveau le principe universel commun à tous les hommes, toutes les croyances, toutes les religions, toutes les ethnies. L’acte libérateur et civilisateur en même temps est un témoignage présentiel au monde c’est-à-dire une présence authentique et communicative dans la pensée et l’activité humaine. Cette présence est un témoignage de gratitude c’est-à-dire une anagogie spirituelle et une empathie universelle (harmonie et bienveillance dans le monde). C’est avec cette disposition éthique que les hommes de bien construisent une dynamique de vertu qui terrasse les forces maléfiques.

Notre combat n’est pas pour disposer de quelques strapontins, de quelques miettes ou de quelques mesurettes, mais pour insuffler l’élan libérateur et civilisateur qui est la nature primordiale de l’Homme honoré par Dieu et qu’on appelle la Fitra et que les bigots ont confiné à la religiosité (religion primordiale) faute de se hisser à l’universel. Lorsque le Coran dit qu’Allah est Al-Fater (الفاطر) et qu’il a « initié » (فطر) les Cieux et la Terre, nous devons comprendre aisément qu’Il a doté chaque créature inerte ou vivante avec une nature singulière, diverse et obéissant à des lois objectives d’existence, de mouvement, d’évolution et de finitude. Croire ou ne pas croire ne modifie en rien l’état de la nature, par contre s’en inspirer donne un contenu non seulement spirituel, mais scientifique à notre regard sur le monde pour être plus humble et plus cohérent avec ce qui nous est donné à contempler, ce qui est nous est octroyé comme ressources pour vivre et partager. La nature de toute chose créée est à l’image de la balance : l’équité, la justice, l’équilibre sinon c’est l’entropie. La nature humaine ontologique et sociale n’échappe pas aux lois qui régissent l’universel du Rab Al 3Alamine (رب العالمين).

L’éthique est du domaine de l’intelligence en symbiose avec la spiritualité et en cohérence avec l’action. La morale est le formalisme discursif de l’inertie. L’énoncé coranique sur le changement ne s’adresse pas à des inerties ontologiques ou sociales, mais à des forces en mouvement en quête de progrès, de vérité, de justice et de beauté. A titre d’exemples, toutes les morales, religieuses, athées, ou agnostique, condamnent le mensonge, le vol, la corruption, le faux témoignage, l’abus de confiance, le viol, l’usurpation, la falsification. Ce sont des sermons de circonstances, des routines verbales qui ne s’impriment ni dans les consciences ni dans les pratiques sociales. L’éthique en tant qu’ingénierie sociale, juridique et économique va aller au-delà de la notion de bien ou de mal et de celle de Haram ou Halal pour étudier les circonstances du crime ou de la faute, comprendre les mécanismes psychologiques du criminel ou du délinquant, dérouler les mécanismes socio-économiques qui produisent et alimentent les crimes et délits non seulement pour les réprimer, mais pour les empêcher en promouvant d’autres pratiques ou en exigeant plus de transparence. Bien entendu la meilleure garantie est l’éducation qui donne le sens du beau et du laid, du bien et du mal, du juste et du faux. Il ne s’agit pas de remplir la tête des enfants de hadiths hors de leur contexte ou d’instruction civiques glorifiant le chauvinisme national et religieux. Quand on parle d’éducation, on parle d’ingénierie pédagogique et didactique. Il est illusoire d’amener l’enfant ou l’adolescent à bien s’éduquer avec des programmes surchargés et des livres mal faits qui fatiguent visuellement le regard et distraient l’attention. On devrait éduquer l’enfant comme un être libre et reconnaitre son droit à la différence, comme un être responsable à qui nous offrons au sens étymologique de la pédagogie un terrain à chaque fois plus fertile et plus grand pour son développent et son épanouissement. Nous pouvons dire la même chose sur la religion, la culture, les arts, l’urbanisme, la politique.

Les termes قيّم اخلاق (moralité, valeurs morales et morale) sont absents de la terminologie coranique du changement pour signifier que le changement n’est pas d’ordre bigot, mais un processus global, complexe qui demande une expertise, une ingénierie et une réalisation exigeant l’effort de tous, dans les registres ontologiques et dans tous les domaines d’activité. On ne peut pas être de bonne moralité dans la Mosquée et un tyran pour sa femme, ses enfants ou ses administrés. On ne peut pas être un dévot la nuit et un commerçant escroc ou un fonctionnaire véreux le jour. La société plurielle a ses escrocs, ses tyrans et ses névrosés, mais l’Éthique sociale et politique les empêche de nuire ou de demeurer impunis.  L’imam qui lit ses prêches ne fait que discourir sur des réalités d’une époque révolue et il n’a aucune influence sur la mentalité collective. Il les occupe un moment et leur vend des fantasmes à valeur de monnaie de singe, car il n’a ni connaissance ni prise sur la réalité du monde. Le changement est une affaire d’abord sociale (prise de conscience de la laideur et de l’oppression) et intellectuelle (pédagogie politique et philosophique) puis politique et institutionnelle (État) pour donner forme et consistance au désir collectif de changement.

En se focalisant sur la morale religieuse, sur la morale révolutionnaire et sur la morale libérale, la majorité des intellectuels n’ont pas vu comment le sionisme et le satanisme se sont appropriés les mots, les ont galvaudés puis les ont investis d’une mission de subversion idéologique et militaire contre les peuples. C’est ainsi que les notions de démocratie, de droits de l’homme, de peuple, de liberté, de progrès, d’humanitaire et d’égalité sont devenus des instruments de domination politique, de perversion morale et de manipulation médiatique. Le mot peuple est devenu une abstraction qui occulte l’humanité dans chaque individu, qui nie sa différence et en fait une entité à la fois indifférenciée par les tutelles et indifférente à ce qui l’opprime.  Derrière chaque mot, chaque idée, chaque projet et chaque concept nous devons trouver le contenu véhiculé et la finalité visée. L’universel est confiné à l’idéal sioniste raciste ou à l’idéal du bourgeois occidental décadent, immoral et avide.

Partout c’est le règne de la médiocrité et de la méchanceté qui se réclament des valeurs universelles c’est-à-dire de leurs représentations de la réalité ajustée à leurs appétits et à leur nuisance. En Algérie, les partis déliquescents et non représentatifs du peuple se mobilisent pour soutenir un sénile moribond en affichant les règles de leur partis fantoches : « القيم التي أنشا لأجلها ». Ils ont grandi dans une culture de narcissisme pervers qui leur masque la réalité et la vérité et les autorise impunément à mépriser l’intelligence et à humilier l’humain. La perversion narcissique va les conduire à l’effondrement après avoir commis d’autres crimes et d’autres monstruosités.

Nous aurons l’occasion de revenir, dans de prochains articles, sur les formes de l’oppression sociale, culturelle, idéologique, économique, car la question de la liberté et de la justice comme celle du changement ne peuvent se résumer au seul domaine politique. Nous reviendrons sur les formes post modernes à donner à l’État, à la démocratie et à la République.

Le changement comme la civilisation se réalise par la conjugaison des conditions subjectives et objectives. Le principal levier subjectif est l’âme d’un peuple. Un peuple vivant n’est pas une catégorie abstraite et inerte, mais un désir collectif, c’est-à-dire une volonté consciente, un imaginaire et un mouvement vers ce qu’il aime et ce dont il a besoin. Tout homme est originellement épris de sa liberté, de sa dignité et naturellement porté par sa quête de reconnaissance, de légitimité, de progrès, de responsabilité, de perfection. Les conditions objectives relèvent des circonstances historiques, du savoir, de l’ingénierie (c’est-à-dire de la technologie intellectuelle et organisationnelle) pour s’adapter et évoluer. C’est l’ingénierie qui rassemble les hommes compétents et mobilise les outils les plus efficaces. Sur ce terrain nul ne put faire l’économie de l’homme local ou se contenter d’importer des solutions du passé ou des voisins. L’État et l’homme d’État doivent justement apporter les garanties et les mécanismes tant politico-économiques que juridico-institutionnel pour que les conditions morales (subjectives) et matérielles (objectives) de la rupture avec ce qui s’oppose à la promotion de l’Homme puissent être réunies, respectées et améliorées avec efficacité et durabilité. Quelle que soit la manière de poser le problème ou de choisir la solution nous n’avons qu’une seule méthode et une seule voie : produire de la pensée avec la finalité de libération de l’homme de toute forme d’oppression y compris de l’oppression religieuse.

Les Algériens devraient choisir avec conscience le candidat qui peut provoquer la rupture. Ce candidat seul et isolé du peuple ne peut rien faire pour se hisser à son destin historique ni faire face à l’Étranger menaçant. La Syrie, hier, et le Venezuela, aujourd’hui, montrent qu’il faut redouter le pire et s’y préparer. Voilà pourquoi ces élections sont capitales pour nous.

Ceux qui veulent maintenir le statuquo et ceux qui ne s’engagent en faveur du changement vont porter la responsabilité de l’effondrement qui obéît à une loi universelle imparable et immuable :

{وإن من قرية، إلا نحن مهلكوها قبل يوم القيامة و مذبوها عذابا شديدا، كان ذلك في الكتاب مسطورا}. الإسراء 58.

Il n’est pas de Qaria que Nous ne détruirons avant le Jour de la Résurrection ou que Nous ne châtierons d’un châtiment sévère. C’est là un arrêt consigné dans le Livre.

{وكأين من قرية أمليت لها وهي ظالمة ثم أخذتها وإلي المصير}. الحج 48.

Combien de Qaria n’avons-Nous pas octroyé de l’abondance, mais elles étaient iniques (tyranniques). Nous les avons anéantis : elles sont maintenant désertes et ruinées. Que de puits sont abandonnés et de palais écroulés ! Ne parcourent-ils pas la terre ? N’ont-ils pas des intelligences avec lesquels comprendre et des oreilles avec lesquelles entendre ? Mais, en vérité, ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles ; ce sont les entendements, sis dans les cranes, qui sont aveugles.

إِذَا أَرَدْنَا أَن نُّهْلِكَ قَرْيَةً أَمَرْنَا مُتْرَفِيهَا فَفَسَقُوا فِيهَا فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ فَدَمَّرْنَاهَا تَدْمِيرًا –   الإسراء (16)

Nous n’avons jamais châtié un peuple avant de lui avoir préalablement envoyé un Messager (Avertisseur). Et quand Nous décidons d’anéantir une Qaria, Nous laissons les tenants de l’ordre inique se multiplier puis systématiser l’outrance. Alors la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons totalement.

Nous avons l’habitude de présenter la recherche lexicale, sémantique et contextuelle par laquelle nous faisons la traduction et l’interprétation souvent en rupture avec l’orientalisme, l’islamologie officielle et le tafsir traditionnel des Anciens. Nous allons nous contenter de souligner quelques mots : Al-Kitab (لكتاب)« Qarya (قرية), Ammara (أمّر) et Moutrafoun (مثرفون), Dine Allah (دين الله), Qawm (قوم), Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَ), Jahad (جهد), Al Hobb, l’Amour (الحب) Fassaqou (فَفَسَقُوا), Al-Kitab (لكتاب) difficiles à traduire sauf d’utiliser des périphrases. Derrière l’interprétation erronée des mots, il y a souvent des non-sens et des paradoxes inconciliables entre l’appel à la foi et l’appel au progrès et à la séparation de l’État et de la religion (nous reviendrons une autre fois sur la place du religieux dans l’édification de l’État de droit).

Ce sont des concepts qui expliquent des phénomènes complexes et qui invitent à méditer la dimension historique d’un événement et les lois sociologiques qui le gouvernement. Hors de la métaphysique ou de l’eschatologie, nous pouvons tous, croyants ou agnostiques, nous pencher sur le processus d’effondrement d’une civilisation et d’une nation ou de la disparition d’un peuple de la surface de la Terre.

Al-Kitab (لكتاب) ce sont les lois qui gouvernent l’existence et l’anéantissement et qui s’accomplissent selon les conditions et les possibilités que Dieu connait et qu’Il nous invite à découvrir. Parler de Livre, c’est réduire la Parole de Dieu à n’être qu’un Verbe alors qu’elle est Acte qui s’accomplit en toute justice et qui se déroule parfaitement. Le nombre incalculable de possibilités est plus impressionnant que l’exécution d’un décret ou d’un destin. La part de liberté humaine est en conséquence plus grande et plus responsable qu’un destin aveugle ou arbitraire.

« Qarya (قرية) n’est ni la cité ni le village ni la ville, c’est une entité humaine formant un pays ou un royaume qui a perdu les conditions morales et matérielles de la Civilisation par la domination systématique de l’injustice et du monopole. Elle s’oppose à la Madina (مدينة) qui exerce le pluralisme et la liberté sur tous les plans actanciels et sur tous les registres ontologiques. La Qarya porte en elle les germes de son anéantissement, Halak (هلاك) alors que la Madina porte en elle les ferments de la prospérité et du développement. Le Halak est la destruction totale, l’effacement de l’histoire humaine, l’éradication de l’existence sans espoir de retour. C’est ce qui nous attend si nous persistons dans l’aveuglement et la tutelle arbitraire et sans fondement. Il ne s’agit pas d’une question de foi ou de religiosité, mais soit du positionnement par rapport à l’universel (principes) sinon par rapport à l’utilité sociale ou anthropologique (développement économique, raffinement artistique, et progrès sur le plan éthique et scientifique). Celui qui est nuisible au genre humain et à l’environnement écologique mettant en péril l’existence du vivant est condamné à disparaitre. Sa disparition prendra toutes les formes possibles : guerre, cataclysme, effondrement social et économique. L’archéologie et l’anthropologie sociale montrent la loi de l’anéantissement des cités et des civilisations.

Moutrafoun (مثرفون) ne sont pas les riches opulents et ostentatoires ou la classe possédante comme il est admis dans le marxisme, mais les tenants du système idéologique, économique et politique de la Qarya. Ce sont les partisans de la rente, du privilège, de l’immobilisme, du monopole, de l’exclusion.  Les opprimés et les pauvres qui se soumettent à l’ordre établi inique font partie des Moutafroun et sont destinés à connaitre la même fin dans ce monde et la même punition dans l’autre monde, car ils se sont fait du tort en leur qualité de créature ingrate et démissionnaire de l’Honorificat originel qui a octroyé à l’Homme la parole, l’intelligence, la liberté, la responsabilité, la conscience, le sens éthique et esthétique… Leur situation est plus laide que celle de leur oppresseur qui peut trouver une excuse mondaine par la quête de jouissance et de puissance. La faiblesse de l’opprimé n’est pas une excuse pour sa lâcheté et sa soumission servile. L’opprimé, vaincu ou faible, mais qui ne se soumet pas à l’ordre inique au minimum par le cœur et la conscience, même s’il ne se soulève pas faute de courage ou de moyens, sera anéanti avec les autres, mais il sera racheté le Jour du Jugement dernier pour l’humanité qu’il a su conserver par son refus de l’arbitraire.  L’insouciant et le paresseux qui s’accommode de l’injustice et de la rente sans désirer s’émanciper et sans tenter d’exercer son devoir d’être socialement utile est coupable sur le plan éthique. Le Prophète nous a légué une sentence qui trouve tout son sens dans nos contrées :

« Le perdant (le perdu) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine, le pire des perdants (perdus) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine des autres ».

Ammara (أمّر) : Il ne s’agit pas de croire que Dieu donne aux Moutrafoune le pouvoir de répandre la perversion ou qu’il ordonne de commettre des turpitudes, mais il nous indique le processus socio-historique de ce que la pensée marxiste appelle la « reproduction élargie » c’est-à-dire la reconduction à plus grande échelle et à plus grande intensité de l’appropriation illégitime par les pratiques socio-économiques malsaines et arbitraires. Il nous indique le processus de « la spirale infernale du désir » qui provoque la violence politique et sociale que l’anthropologue René Girard a décrit dans les mécanismes de la rivalité mimétique entre les tenants de l’ordre et les aspirants aux acquis de la bourgeoisie, aux comportements outranciers et aux signes ostensibles d’opulence.

Le Coran, l’histoire des civilisations et la loi de l’évolution humaine nous montrent que le devenir peut se conjuguer à l’espoir s’il y a rupture avec la laideur, l’immobilisme et la méchanceté :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللَّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلَا يَخَافُونَ لَوْمَةَ لَائِمٍ ۚ ذَٰلِكَ فَضْلُ اللَّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاءُ ۚ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ   المائدة: 54

Cet énoncé sublime a été vidé de sa signification et il faut redonner aux mots leur sens dans leur contexte et dans l’élan spirituel et libérateur qui les sous-tend :

Dine Allah (دين الله) n’est pas la religion ou la confession au sens strict, mais l’éthique de Dieu, c’est-à-dire l’ensemble de ses Attributs de divinité donnés à notre libre arbitre comme prescriptions à suivre ou à ne pas suivre, mais aussi des principes universels imposés par la Souveraineté de Dieu à notre nature originelle ainsi qu’à la totalité de ce à qui Il a donné existence.

Qawm (قوم) ne désigne pas les gens ou un peuple au sens commun, mais un territoire, une unité d’orientation, une unité linguistique, des ressources partagées et des principes communs. Ce Qawm est le peuple qui a vocation à se libérer de l’oppression et à libérer les opprimés, à se civiliser et à civiliser. Son fondement est la Madina. Si la Madina entre en décadence et devient Qaria, les hommes redeviennent des peuplades, des tribus, des errants, des tubes digestifs, des moelles épinières, des végétatifs…. L’inverse se produit lorsque les hommes se fédèrent et luttent pour des principes universels dont celui de la liberté de croire ou de ne pas croire, du partage des richesses équitablement et du triomphe de la justice sur l’arbitraire. Al Qawmiya comprise comme nationalisme en référence à l’État-nation occidental est une limitation symbolique et une réduction sémantique. Il ne s’agit pas d’afficher notre islamité, mais l’importance des concepts et du rôle fédérateur des concepts dans l’édification d’une Algérie estropiée par l’injustice, mais aussi par l’importation de concepts fabriqués par notre colonisateur dans nos géographies et nos mentalités. La rupture civilisationnelle doit être totale et sans concessions.

Jahad (جهد), c’est faire effort sur soi et lutter contre l’ennemi du Dine Allah c’est-à-dire lutter contre ceux qui s’opposent à la liberté, à la justice, à la miséricorde, à l’équité qui sont les Attributs de Dieu. L’homme est créature honorée et responsable par les attributs qu’il partage avec Dieu. Le seul Attribut qui est sans doute la nature de L’Être divin plus qu’un attribut est d’Être, sans existence, immuable, immortel, parfait, suffisant, totalement libre et absolument souverain.

Les termes de Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَne doivent pas être lus au sens de dévotion, de foi en Dieu ou de croyance. Allah (swt) n’a pas besoin de notre foi ou de notre mécréance, ni de notre soumission ou liberté pour rendre le combat de nature religieuse ou faire de l’homme un formalisme dogmatique. Il s’agit de la foi en l’Islam restauré, c’est-à-dire la conformité au Dine d’Allah que personne ne peut s’approprier ni utiliser à des fins politiciennes, ni interpréter comme sa vérité absolue autocratique. Le Dine Allah, c’est la liberté de croire ainsi que la réunion des conditions morales et matérielles pour libérer l’homme de l’idolâtrie et de la servitude qui sont une atteinte à la dignité humaine. Ces conditions d’ordre éthiques, juridique et institutionnel sont à la charge de l’Homme, de tous les hommes épris de bien, de liberté et de justice. Le bien, la liberté et la justice ne peuvent être confinés à un pays ou à une doctrine. Ils sont le patrimoine humain que chaque génération et sur toute géographie doit protéger et préserver. La vie sur terre sera toujours une confrontation entre Hizb Allah et Hizb as Chaytane, les uns symbolisant les attributs de Dieu et les autres ceux de Satan. Quiconque revendique ou exerce une domination arbitraire ou un pouvoir absolu est hors du cadre divin. Ici-bas, notre responsabilité est collective, là-bas, la responsabilité est individuelle. Dans ce monde nous récoltons ce que nous avons semé ensemble comme groupement humain vivant sur un territoire donné, à une époque donnée avec les ressources données. Ici-bas où bien le triomphe de la Justice de la Madina ou le chaos de la Qaria. Là-bas chacun sera son propre défenseur et son propre accusateur selon la responsabilité individuelle et les moyens dont il disposé ici-bas.

Fassaqou (فَفَسَقُوا est souvent présenté comme la pratique de la perversion morale (sexualité, luxure et autres vices). Toutes les sociétés ne sont pas parfaites et connaissent donc des périodes de vertu et des périodes de vice selon les conditions éthiques, sociales et économiques. La vertu n’est pas le propre du religieux et le vice n’est pas aussi le propre du non religieux.  Ainsi l’alcool, la drogue, la prostitution peuvent se développer sur un terrain de pauvreté, de frustration comme ils peuvent se développer dans des cercles opulents et oisifs en quête de nouvelle sensation même s’ils affichent la vertu comme façade sociale. Ce n’est cela qui met en péril l’existence sociale voire l’existence territoriale. Le péril est le Foussouq(الفسوق) compris comme pratique outrancière, exagération, excès, dépassement des limites. L’outrance est souvent dans l’accaparement illégitime et illégal du licite.

L’outrance est dans le monopole qui détruit la propriété individuelle et s’approprie les fruits d’autrui. Il est dans la rente, dans le gaspillage des ressources, dans la dilapidation des biens publics. A titre d’exemple, une société qui ne produit ni biens ni services ni savoir, mais qui vit au-dessus de ses moyens, qui répartit mal ses revenus, qui ne pratique que le négoce, qui imprime ses billets sans contrepartie de productivité de travail est une société outrancière qui va aller à sa ruine. L’outrance c’est persister dans l’extrême sans désir ni prise de conscience de la nécessité de réformer mutandis mutandis ce qui doit l’être sans attendre et sans se tromper de chemin ou de méthode.  La phase finale est lorsque le Messager, qui peut être l’éducateur, l’honnête homme ou le militant politique, avertit, mais que le regard social ou institutionnel ignore le message et continue de ne pas voir la ruine, ne pas entendre les bruits de l’effondrement. Le Foussouq c’est aussi l’entêtement à demeurer dans la transgression jusqu’à l’élimination de ceux qui refusent le dépassement des limites. L’entêtement est diabolique par son aspect narcissique et pervers qui refuse l’autre et fait tout pour le démolir croyant qu’il est le meilleur, le pur :

وَمِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي ٱلْحَيَٰوةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ

Parmi les gens, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Dieu à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il te tourne le dos, il s’en va dans le pays pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail alors qu’Allah n’aime pas la corruption. Lorsqu’on lui dit : ” Prends garde à Dieu ! “, la superbe s’empare de lui et le pousse au péché. Ne lui suffit que la Géhenne : quel détestable lit de repos !

C’est dans cette insouciance générale que la loi de l’effondrement des civilisations s’accomplit. Ni le FMI, ni la Banque mondiale, ni le modèle démocratique occidental ne seront d’un quelconque secours, surtout en cette période qui annonce la fin des mythes et des utopies. Nietzche disait que « L’histoire ne s’écrit pas toujours à coup de cataclysme », car l’Homme poussé par son instinct de survie peut faire l’effort surhumain et sortir de l’abime. Dieu accorde toujours Sa Miséricorde à celui qui fait amende honorable. Il ne s’agit pas d’un comportement de bigoterie, mais d’un acte de Libération- Civilisation. On ne construit pas une civilisation, alors qu’on est privé de liberté, on ne se libère pas pour changer de maitre, mais pour un idéal de liberté et de justice c’est à dire pour un projet de civilisation.  La civilisation est un long chemin, souvent il est emprunté comme voie de salut.  Nous sommes dans cette alternative : sombrer ou se sauver par notre libre arbitre.

Al Hobb, l’Amour (الحب) ne signifie ni l’idolâtrie aveugle, ni la soumission dogmatique, ni une représentation anthropomorphique de Dieu. Il est incompatible avec l’idée que l’amour partagé, du fait de la dévotion, garantisse au dévot la détention de la vérité, la vision lucide de la réalité, ni l’idée de triompher en improvisant ou en vivant l’insouciance de la béatitude. Le contexte des versets et le sens des mots montrent qu’il s’agit de graines qui germent et qui montent vers le haut. Il s’agit de l’élan spirituel, de ce que Malek Bennabi appelle l’aspiration psycho-temporelle. Il s’agit en termes modernes d’anagogie et d’empathie universelle : répondre au bien et au beau et se mettre à disposition du vrai et du juste. La génération des libérateurs civilisateurs n’est pas une génération ex-nihilo, mais un édifice qui se construit, se consolide et s’exprime d’une manière visible et évidente comme les paraboles coraniques de l’arbre ou de l’épi de blé. C’est l’engagement solennel et efficace de faire le bien, de rendre justice, de dire la vérité, de témoigner avec preuves authentiques. Il s’agit de faire fusion avec les attributs divins jusqu’à devenir l’instrument de Sa Miséricorde. Nous devons nous interdire de dire que nous sommes l’instrument de Sa Puissance ou de Sa Justice, car nous prendrons le chemin de l’égarement et de la dérive démiurge. Notre voie est celle de l’universel que partage tous les hommes.

C’est l’engagement sur le respect de l’universel qui fera de nous un peuple civilisateur et une nation civilisée ou une horde de barbares qui, par complaisance à Rome et avidité du butin, a détruit Carthage et chassé Hannibal. Ce n’est pas de l’histoire ancienne : Libéraux, progressistes, islamistes, nous avons, hormis quelques hommes lucides, donné notre caution à l’OTAN pour détruire la Libye qui est sur le plan de la grammaire des civilisations notre profondeur stratégique du point de vue historique, géographique, économique et mental… Notre risquons de cautionner la destruction de notre pays.

Parler de changement et d’universel c’est s’engager pour la rupture la plus crédible.

Omar Mazri

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

LE FAUX TÉMOIGNAGE DES PARTIS DU POUVOIR

فَاجْتَنِبُوا الرِّجْسَ مِنَ الأَوْثَانِ وَاجْتَنِبُوا قَوْلَ الزُّورِ

Evitez la souillure des idoles ; évitez le faux témoignage ! [Al Hadj 30]

L’idolâtrie est l’humiliation de l’intelligence humaine, l’aliénation des libertés. Le faux témoignage est la voie pour saper la justice, ouvrir la porte à la corruption, permettre le vol, le viol, la trahison voire le crime.

Le faux témoignage est, par son caractère mensonger grave, une entrave à l’exercice de la justice et une atteinte aux droits. Il ne s’agit pas seulement de tenir des propos mensongers, mais consiste aussi à :

  • User de fausses promesses ;
  • Faire des offres de corruption,
  • Exercer des pressions, faire des menaces,
  • Exercer des voies de fait (c’est-à-dire violences), du fardage ou du dol (manœuvres ou artifices afin d’intimider et de fausser)
  • Pousser autrui à ne pas témoigner librement.
  • Faire circuler de fausses rumeurs dans le but de désinformer, de manipuler l’opinion publique. Intimider les juges ou les envoyer sur de fausses pistes.
  • Établir une attestation ou un certificat faisant état de faits faux ou inexacts ;
  • Falsifier une attestation ou un certificat.
  • Faire usage du faux ou présenter une attestation ou un certificat inexact, faux ou falsifié.
  • Recourir à des jugements et des argumentaires fondés volontairement sur des syllogismes fallacieux qui ne tiennent d’aucun fait réel et d’aucune vérité établie.

Après l’attentat à la vie humaine, vient le faux témoignage dans la graduation des crimes. Le châtiment du faux témoignage est l’emprisonnement, la flagellation, la destitution de tous les droits civiques et le bannissement de la cité des hommes.

Les parvenus du FLN qui ont pénétré dans l’assemblée nationale par effraction ont commis les pires crimes : idolâtrie, faux témoignages et incitation au crime. Seule la rupture avec le système maffieux, sénile et inculte peut les traduire devant les tribunaux et les mettre hors d’état de nuire.

Châtiment dans ce monde et malédiction dans l’autre attendent le faux témoin.

وَلاَ تَكْتُمُواْ الشَّهَادَةَ وَمَن يَكْتُمْهَا فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ [البقرة:28

Et ne dissimulez pas le témoignage : quiconque le dissimulerait pécherait en son for intérieur.

Le pécheur qui se repent, qui avoue ses crimes et restaure le droit d’autrui, peut-être effacé par le repentir, car sa faute est souvent confinée dans le temps et l’espace. Mais pécher en son for intérieur, c’est-à-dire en sa conscience, c’est perdre tout espoir d’être sauvé car la conscience est souillée, noircie, irréparable. Les effets d’une telle conscience déshumanise son homme, ses effets sont durables dans le temps et étendus dans l’espace et les activités humaines. Jusqu’à la dernière minute de leur existence, ils continueront de mentir, de falsifier, de trafiquer. Celui que les circonstances et les contraintes mettent devant l’épreuve du faux mensonge peut refuser ou se démettre si les possibilités le lui permettent, peut plier et faire un faux témoignage, mais sa conscience continue de refuser et à la moindre occasion il se réhabilite, il dénonce et rompt avec la contrainte. Celui-ci n’entre pas dans la catégorie فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ  pécher par conscience.

Omar MAZRI 

Le changement et l’universel pour l’Algérie

إن الله لا يغير ما بقوم حتى يغيروا ما بأنفسهم، وإذا أراد الله بقوم سوءا فلا مرد له وما لهم من دونه من وال  – الرعد 11.

Dieu ne change rien à la situation d’un peuple tant que les Hommes ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Quand Dieu décide un mal pour un peuple, rien ne peut le repousser et il n’existe en dehors de Lui aucun protecteur.

ذلك بأن الله لم يك مغيرا نعمة أنعمها على قوم حتى يغيروا ما بأنفسهم وأن الله سميع عليم  – الأنفال 53

Dieu ne change rien au bienfait dont Il a gratifié un peuple tant que ces gens ne changent pas ce qui est en eux-mêmes. Dieu, certes, entend tout, Il sait tout. Tel fut le sort des gens de Pharaon et de ceux qui les ont précédés. Ils ont nié les signes de leur Dieu, alors Nous les avons fait périr à cause de leurs péchés et Nous avons englouti les gens de Pharaon : tous étaient iniques.

Il est difficile de trouver le terme exacte pour rendre  plus significative l’Irada al Ilahiha ( الإراضة الإلاهية). Il ne s’agit pas d’élan volontaire, mais de parole actée, de sentence qui sanctionne, de lois qui s’exécutent, de justice qui s’exécute… Acceptons  le verbe décider en attendant meilleure inspiration. Ce n’est pas de la rhétorique (Ilm al Kalam), mais de la rigueur, la même que s’impose un professeur de mathématiques ou de philosophie dans son argumentaire. Ce n’est pas du bavardage, mais de la communication pour dire que nous sommes partisans du changement et de la rupture et que chaque mot devra être analysé avec justesse et que le débat ne puisse être contenu dans une chapelle idéologique aussi éclairée soit-elle. Il s’agit du devenir d’un peuple, celui dont nous sommes issus et celui que nous voulons servir.

Il faut changer ce qui est en l’état d’un peuple pour que Dieu change la situation d’un peuple. Il faut non seulement conserver intact la gratitude envers les bienfaits de Dieu, mais l’entretenir et la cultiver en partageant ses bienfaits avec l’ensemble de Ses créatures, en devenant responsables, refusant la corruption et l’injustice et en produisant de la pensée positive et de l’action efficace.

Comme les gens paresseux aiment des recettes toutes faites et faciles, ils attendent que le changement leur tombe du ciel ou qu’il sorte des urnes. Le changement est d’abord un changement de paradigme, c’est à dire un changement dans la représentation du monde, une manière de voir les choses différemment, un modèle de comportement différent. Il ne s’agit pas d’une formule magique, mais de la capacité de penser, de débattre. Il ne s’agit pas de débattre en politicien ou confiné au politique, mais de débattre sur tout sans tabou, sans exclusion en acceptant de quitter sa zone de confort intellectuel et social.

Le changement dont parle le Coran n’est pas le changement de Zaïm politique ou de marabout idéologique. Il n’est pas dans l’adoption d’une morale islamique confinée à des sociocodes et à des géocodes importés du monde des bédouins pour uniformiser la manière de se vêtir, de manger, d’échanger de petites politesses, de prier sans spiritualité, et de commercer sans transparence et sans payer ses impôts. Cheikh Al Qaradhaoui, prisonnier du paradigme des anciens et de l’idéologie frériste soutient que nous avons besoin de morale islamique comme le pensaient Ibn Thaymiya et tous les anciens traumatisés par la chute de l’Empire Abbasside dont ils n’ont jamais cherché à comprendre le processus sociologique, politique et économique de son anéantissement historique.

Le problème n’est pas de l’ordre de la morale religieuse, mais de l’Éthique comprise comme réflexion (philosophie) qui analyse les principes régulateurs de l’action et du comportement dans une société et dans une époque pour comprendre les motivations et les possibilités du changement ou de la régression. C’est aussi une science sociologique et politique qui étudie la réalité sociale et les conditions économiques et techniques de l’activité humaine pour en dégager les valeurs normatives et les référentiels culturels et idéologiques de la tribu, de la société, de l’État constitué… Il faut noter que le principe relève du sacré transcendant alors que la valeur est l’appropriation subjective et sociale de ce principe à un moment singulier de l’histoire. Le principe est structurant, fédérateur et fondateur alors que la valeur est un paradigme changeant. Le changement exige donc de voir l’essence des choses et leur interprétation à travers l’usage et l’appropriation. Lorsqu’on parle d’Islam, on doit distinguer le principe universel des valeurs historiques, culturelles et sociales. Il en est de même en matière de berbérité, d’arabité, d’algérianité, de liberté, d’humanité, de droit, de justice. Le principe est en quelque sorte l’archétype et la valeur l’interprétation de ce principe dans un territoire, une période, une mentalité, une praxis sociale… Se placer sur le terrain des valeurs c’est se placer sur le conjoncturel historique ou géographique et par conséquent se placer sur les paradigmes du dominant qui dispose de l’avantage médiatique et du rapport des forces. Se placer sur l’éthique, c’est se placer sur les principes universels sans frontières, sans restriction, sans tutelle, sans exclusive ni exclusivité. L’universel réside dans la diversité, la pluralité et la différence au service de la liberté et de la justice.

Le changement est donc un changement de valeur, un changement de paradigme, une refonte de l’Être pensant et agissant.  Changer la manière, la finalité et les méthodes de Croire, Savoir, Désirer, Pouvoir, Vouloir, Devoir et Agir. C’est ainsi que nous pouvons opérer une rupture avec nos limites, nos peurs et nos faiblesses et libérer une dynamique de rupture avec les valeurs acquises et périmées ou viciées. Seule la déconstruction de ces valeurs et de leurs édifices sociologiques, culturels, institutionnels, juridiques et économiques peut faire émerger de nouveau le principe universel commun à tous les hommes, toutes les croyances, toutes les religions, toutes les ethnies. L’acte libérateur et civilisateur en même temps est un témoignage présentiel au monde c’est-à-dire une présence authentique et communicative dans la pensée et l’activité humaine. Cette présence est un témoignage de gratitude c’est-à-dire une anagogie spirituelle et une empathie universelle (harmonie et bienveillance dans le monde). C’est avec cette disposition éthique que les hommes de bien construisent une dynamique de vertu qui terrasse les forces maléfiques.

Notre combat n’est pas pour disposer de quelques strapontins, de quelques miettes ou de quelques mesurettes, mais pour insuffler l’élan libérateur et civilisateur qui est la nature primordiale de l’Homme honoré par Dieu et qu’on appelle la Fitra et que les bigots ont confiné à la religiosité (religion primordiale) faute de se hisser à l’universel. Lorsque le Coran dit qu’Allah est Al-Fater (الفاطر) et qu’il a « initié » (فطر) les Cieux et la Terre, nous devons comprendre aisément qu’Il a doté chaque créature inerte ou vivante avec une nature singulière, diverse et obéissant à des lois objectives d’existence, de mouvement, d’évolution et de finitude. Croire ou ne pas croire ne modifie en rien l’état de la nature, par contre s’en inspirer donne un contenu non seulement spirituel, mais scientifique à notre regard sur le monde pour être plus humble et plus cohérent avec ce qui nous est donné à contempler, ce qui est nous est octroyé comme ressources pour vivre et partager. La nature de toute chose créée est à l’image de la balance : l’équité, la justice, l’équilibre sinon c’est l’entropie. La nature humaine ontologique et sociale n’échappe pas aux lois qui régissent l’universel du Rab Al 3Alamine (رب العالمين).

L’éthique est du domaine de l’intelligence en symbiose avec la spiritualité et en cohérence avec l’action. La morale est le formalisme discursif de l’inertie. L’énoncé coranique sur le changement ne s’adresse pas à des inerties ontologiques ou sociales, mais à des forces en mouvement en quête de progrès, de vérité, de justice et de beauté. A titre d’exemples, toutes les morales, religieuses, athées, ou agnostique, condamnent le mensonge, le vol, la corruption, le faux témoignage, l’abus de confiance, le viol, l’usurpation, la falsification. Ce sont des sermons de circonstances, des routines verbales qui ne s’impriment ni dans les consciences ni dans les pratiques sociales. L’éthique en tant qu’ingénierie sociale, juridique et économique va aller au-delà de la notion de bien ou de mal et de celle de Haram ou Halal pour étudier les circonstances du crime ou de la faute, comprendre les mécanismes psychologiques du criminel ou du délinquant, dérouler les mécanismes socio-économiques qui produisent et alimentent les crimes et délits non seulement pour les réprimer, mais pour les empêcher en promouvant d’autres pratiques ou en exigeant plus de transparence. Bien entendu la meilleure garantie est l’éducation qui donne le sens du beau et du laid, du bien et du mal, du juste et du faux. Il ne s’agit pas de remplir la tête des enfants de hadiths hors de leur contexte ou d’instruction civiques glorifiant le chauvinisme national et religieux. Quand on parle d’éducation, on parle d’ingénierie pédagogique et didactique. Il est illusoire d’amener l’enfant ou l’adolescent à bien s’éduquer avec des programmes surchargés et des livres mal faits qui fatiguent visuellement le regard et distraient l’attention. On devrait éduquer l’enfant comme un être libre et reconnaitre son droit à la différence, comme un être responsable à qui nous offrons au sens étymologique de la pédagogie un terrain à chaque fois plus fertile et plus grand pour son développent et son épanouissement. Nous pouvons dire la même chose sur la religion, la culture, les arts, l’urbanisme, la politique.

Les termes قيّم اخلاق (moralité, valeurs morales et morale) sont absents de la terminologie coranique du changement pour signifier que le changement n’est pas d’ordre bigot, mais un processus global, complexe qui demande une expertise, une ingénierie et une réalisation exigeant l’effort de tous, dans les registres ontologiques et dans tous les domaines d’activité. On ne peut pas être de bonne moralité dans la Mosquée et un tyran pour sa femme, ses enfants ou ses administrés. On ne peut pas être un dévot la nuit et un commerçant escroc ou un fonctionnaire véreux le jour. La société plurielle a ses escrocs, ses tyrans et ses névrosés, mais l’Éthique sociale et politique les empêche de nuire ou de demeurer impunis.  L’imam qui lit ses prêches ne fait que discourir sur des réalités d’une époque révolue et il n’a aucune influence sur la mentalité collective. Il les occupe un moment et leur vend des fantasmes à valeur de monnaie de singe, car il n’a ni connaissance ni prise sur la réalité du monde. Le changement est une affaire d’abord sociale (prise de conscience de la laideur et de l’oppression) et intellectuelle (pédagogie politique et philosophique) puis politique et institutionnelle (État) pour donner forme et consistance au désir collectif de changement.

En se focalisant sur la morale religieuse, sur la morale révolutionnaire et sur la morale libérale, la majorité des intellectuels n’ont pas vu comment le sionisme et le satanisme se sont appropriés les mots, les ont galvaudés puis les ont investis d’une mission de subversion idéologique et militaire contre les peuples. C’est ainsi que les notions de démocratie, de droits de l’homme, de peuple, de liberté, de progrès, d’humanitaire et d’égalité sont devenus des instruments de domination politique, de perversion morale et de manipulation médiatique. Le mot peuple est devenu une abstraction qui occulte l’humanité dans chaque individu, qui nie sa différence et en fait une entité à la fois indifférenciée par les tutelles et indifférente à ce qui l’opprime.  Derrière chaque mot, chaque idée, chaque projet et chaque concept nous devons trouver le contenu véhiculé et la finalité visée. L’universel est confiné à l’idéal sioniste raciste ou à l’idéal du bourgeois occidental décadent, immoral et avide.

Partout c’est le règne de la médiocrité et de la méchanceté qui se réclament des valeurs universelles c’est-à-dire de leurs représentations de la réalité ajustée à leurs appétits et à leur nuisance. En Algérie, les partis déliquescents et non représentatifs du peuple se mobilisent pour soutenir un sénile moribond en affichant les règles de leur partis fantoches : « القيم التي أنشا لأجلها ». Ils ont grandi dans une culture de narcissisme pervers qui leur masque la réalité et la vérité et les autorise impunément à mépriser l’intelligence et à humilier l’humain. La perversion narcissique va les conduire à l’effondrement après avoir commis d’autres crimes et d’autres monstruosités.

Nous aurons l’occasion de revenir, dans de prochains articles, sur les formes de l’oppression sociale, culturelle, idéologique, économique, car la question de la liberté et de la justice comme celle du changement ne peuvent se résumer au seul domaine politique. Nous reviendrons sur les formes post modernes à donner à l’État, à la démocratie et à la République.

Le changement comme la civilisation se réalise par la conjugaison des conditions subjectives et objectives. Le principal levier subjectif est l’âme d’un peuple. Un peuple vivant n’est pas une catégorie abstraite et inerte, mais un désir collectif, c’est-à-dire une volonté consciente, un imaginaire et un mouvement vers ce qu’il aime et ce dont il a besoin. Tout homme est originellement épris de sa liberté, de sa dignité et naturellement porté par sa quête de reconnaissance, de légitimité, de progrès, de responsabilité, de perfection. Les conditions objectives relèvent des circonstances historiques, du savoir, de l’ingénierie (c’est-à-dire de la technologie intellectuelle et organisationnelle) pour s’adapter et évoluer. C’est l’ingénierie qui rassemble les hommes compétents et mobilise les outils les plus efficaces. Sur ce terrain nul ne put faire l’économie de l’homme local ou se contenter d’importer des solutions du passé ou des voisins. L’État et l’homme d’État doivent justement apporter les garanties et les mécanismes tant politico-économiques que juridico-institutionnel pour que les conditions morales (subjectives) et matérielles (objectives) de la rupture avec ce qui s’oppose à la promotion de l’Homme puissent être réunies, respectées et améliorées avec efficacité et durabilité. Quelle que soit la manière de poser le problème ou de choisir la solution nous n’avons qu’une seule méthode et une seule voie : produire de la pensée avec la finalité de libération de l’homme de toute forme d’oppression y compris de l’oppression religieuse.

Les Algériens devraient choisir avec conscience le candidat qui peut provoquer la rupture. Ce candidat seul et isolé du peuple ne peut rien faire pour se hisser à son destin historique ni faire face à l’Étranger menaçant. La Syrie, hier, et le Venezuela, aujourd’hui, montrent qu’il faut redouter le pire et s’y préparer. Voilà pourquoi ces élections sont capitales pour nous.

Ceux qui veulent maintenir le statuquo et ceux qui ne s’engagent en faveur du changement vont porter la responsabilité de l’effondrement qui obéît à une loi universelle imparable et immuable :

{وإن من قرية، إلا نحن مهلكوها قبل يوم القيامة و مذبوها عذابا شديدا، كان ذلك في الكتاب مسطورا}. الإسراء 58.

Il n’est pas de Qaria que Nous ne détruirons avant le Jour de la Résurrection ou que Nous ne châtierons d’un châtiment sévère. C’est là un arrêt consigné dans le Livre.

{وكأين من قرية أمليت لها وهي ظالمة ثم أخذتها وإلي المصير}. الحج 48.

Combien de Qaria n’avons-Nous pas octroyé de l’abondance, mais elles étaient iniques (tyranniques). Nous les avons anéantis : elles sont maintenant désertes et ruinées. Que de puits sont abandonnés et de palais écroulés ! Ne parcourent-ils pas la terre ? N’ont-ils pas des intelligences avec lesquels comprendre et des oreilles avec lesquelles entendre ? Mais, en vérité, ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles ; ce sont les entendements, sis dans les cranes, qui sont aveugles.

إِذَا أَرَدْنَا أَن نُّهْلِكَ قَرْيَةً أَمَرْنَا مُتْرَفِيهَا فَفَسَقُوا فِيهَا فَحَقَّ عَلَيْهَا الْقَوْلُ فَدَمَّرْنَاهَا تَدْمِيرًا –   الإسراء (16)

Nous n’avons jamais châtié un peuple avant de lui avoir préalablement envoyé un Messager (Avertisseur). Et quand Nous décidons d’anéantir une Qaria, Nous laissons les tenants de l’ordre inique se multiplier puis systématiser l’outrance. Alors la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons totalement.

Nous avons l’habitude de présenter la recherche lexicale, sémantique et contextuelle par laquelle nous faisons la traduction et l’interprétation souvent en rupture avec l’orientalisme, l’islamologie officielle et le tafsir traditionnel des Anciens. Nous allons nous contenter de souligner quelques mots : Al-Kitab (لكتاب) « Qarya (قرية), Ammara (أمّر) et Moutrafoun (مثرفون), Dine Allah (دين الله), Qawm (قوم), Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَ), Jahad (جهد), Al Hobb, l’Amour (الحب) Fassaqou (فَفَسَقُوا), Al-Kitab (لكتاب) difficiles à traduire sauf d’utiliser des périphrases. Derrière l’interprétation erronée des mots, il y a souvent des non-sens et des paradoxes inconciliables entre l’appel à la foi et l’appel au progrès et à la séparation de l’État et de la religion (nous reviendrons une autre fois sur la place du religieux dans l’édification de l’État de droit).

Ce sont des concepts qui expliquent des phénomènes complexes et qui invitent à méditer la dimension historique d’un événement et les lois sociologiques qui le gouvernement. Hors de la métaphysique ou de l’eschatologie, nous pouvons tous, croyants ou agnostiques, nous pencher sur le processus d’effondrement d’une civilisation et d’une nation ou de la disparition d’un peuple de la surface de la Terre.

Al-Kitab (لكتاب) ce sont les lois qui gouvernent l’existence et l’anéantissement et qui s’accomplissent selon les conditions et les possibilités que Dieu connait et qu’Il nous invite à découvrir. Parler de Livre, c’est réduire la Parole de Dieu à n’être qu’un Verbe alors qu’elle est Acte qui s’accomplit en toute justice et qui se déroule parfaitement. Le nombre incalculable de possibilités est plus impressionnant que l’exécution d’un décret ou d’un destin. La part de liberté humaine est en conséquence plus grande et plus responsable qu’un destin aveugle ou arbitraire.

« Qarya (قرية) n’est ni la cité ni le village ni la ville, c’est une entité humaine formant un pays ou un royaume qui a perdu les conditions morales et matérielles de la Civilisation par la domination systématique de l’injustice et du monopole. Elle s’oppose à la Madina (مدينة) qui exerce le pluralisme et la liberté sur tous les plans actanciels et sur tous les registres ontologiques. La Qarya porte en elle les germes de son anéantissement, Halak (هلاك) alors que la Madina porte en elle les ferments de la prospérité et du développement. Le Halak est la destruction totale, l’effacement de l’histoire humaine, l’éradication de l’existence sans espoir de retour. C’est ce qui nous attend si nous persistons dans l’aveuglement et la tutelle arbitraire et sans fondement. Il ne s’agit pas d’une question de foi ou de religiosité, mais soit du positionnement par rapport à l’universel (principes) sinon par rapport à l’utilité sociale ou anthropologique (développement économique, raffinement artistique, et progrès sur le plan éthique et scientifique). Celui qui est nuisible au genre humain et à l’environnement écologique mettant en péril l’existence du vivant est condamné à disparaitre. Sa disparition prendra toutes les formes possibles : guerre, cataclysme, effondrement social et économique. L’archéologie et l’anthropologie sociale montrent la loi de l’anéantissement des cités et des civilisations.

Moutrafoun (مثرفون) ne sont pas les riches opulents et ostentatoires ou la classe possédante comme il est admis dans le marxisme, mais les tenants du système idéologique, économique et politique de la Qarya. Ce sont les partisans de la rente, du privilège, de l’immobilisme, du monopole, de l’exclusion.  Les opprimés et les pauvres qui se soumettent à l’ordre établi inique font partie des Moutafroun et sont destinés à connaitre la même fin dans ce monde et la même punition dans l’autre monde, car ils se sont fait du tort en leur qualité de créature ingrate et démissionnaire de l’Honorificat originel qui a octroyé à l’Homme la parole, l’intelligence, la liberté, la responsabilité, la conscience, le sens éthique et esthétique… Leur situation est plus laide que celle de leur oppresseur qui peut trouver une excuse mondaine par la quête de jouissance et de puissance. La faiblesse de l’opprimé n’est pas une excuse pour sa lâcheté et sa soumission servile. L’opprimé, vaincu ou faible, mais qui ne se soumet pas à l’ordre inique au minimum par le cœur et la conscience, même s’il ne se soulève pas faute de courage ou de moyens, sera anéanti avec les autres, mais il sera racheté le Jour du Jugement dernier pour l’humanité qu’il a su conserver par son refus de l’arbitraire.  L’insouciant et le paresseux qui s’accommode de l’injustice et de la rente sans désirer s’émanciper et sans tenter d’exercer son devoir d’être socialement utile est coupable sur le plan éthique. Le Prophète nous a légué une sentence qui trouve tout son sens dans nos contrées :

« Le perdant (le perdu) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine, le pire des perdants (perdus) est celui qui a troqué sa vie future pour la vie mondaine des autres ».

Ammara (أمّر) : Il ne s’agit pas de croire que Dieu donne aux Moutrafoune le pouvoir de répandre la perversion ou qu’il ordonne de commettre des turpitudes, mais il nous indique le processus socio-historique de ce que la pensée marxiste appelle la « reproduction élargie » c’est-à-dire la reconduction à plus grande échelle et à plus grande intensité de l’appropriation illégitime par les pratiques socio-économiques malsaines et arbitraires. Il nous indique le processus de « la spirale infernale du désir » qui provoque la violence politique et sociale que l’anthropologue René Girard a décrit dans les mécanismes de la rivalité mimétique entre les tenants de l’ordre et les aspirants aux acquis de la bourgeoisie, aux comportements outranciers et aux signes ostensibles d’opulence.

Le Coran, l’histoire des civilisations et la loi de l’évolution humaine nous montrent que le devenir peut se conjuguer à l’espoir s’il y a rupture avec la laideur, l’immobilisme et la méchanceté :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللَّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ أَذِلَّةٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ أَعِزَّةٍ عَلَى الْكَافِرِينَ يُجَاهِدُونَ فِي سَبِيلِ اللَّهِ وَلَا يَخَافُونَ لَوْمَةَ لَائِمٍ ۚ ذَٰلِكَ فَضْلُ اللَّهِ يُؤْتِيهِ مَن يَشَاءُ ۚ وَاللَّهُ وَاسِعٌ عَلِيمٌ   المائدة: 54

Cet énoncé sublime a été vidé de sa signification et il faut redonner aux mots leur sens dans leur contexte et dans l’élan spirituel et libérateur qui les sous-tend :

Dine Allah (دين الله) n’est pas la religion ou la confession au sens strict, mais l’éthique de Dieu, c’est-à-dire l’ensemble de ses Attributs de divinité donnés à notre libre arbitre comme prescriptions à suivre ou à ne pas suivre, mais aussi des principes universels imposés par la Souveraineté de Dieu à notre nature originelle ainsi qu’à la totalité de ce à qui Il a donné existence.

Qawm (قوم) ne désigne pas les gens ou un peuple au sens commun, mais un territoire, une unité d’orientation, une unité linguistique, des ressources partagées et des principes communs. Ce Qawm est le peuple qui a vocation à se libérer de l’oppression et à libérer les opprimés, à se civiliser et à civiliser. Son fondement est la Madina. Si la Madina entre en décadence et devient Qaria, les hommes redeviennent des peuplades, des tribus, des errants, des tubes digestifs, des moelles épinières, des végétatifs…. L’inverse se produit lorsque les hommes se fédèrent et luttent pour des principes universels dont celui de la liberté de croire ou de ne pas croire, du partage des richesses équitablement et du triomphe de la justice sur l’arbitraire. Al Qawmiya comprise comme nationalisme en référence à l’État-nation occidental est une limitation symbolique et une réduction sémantique. Il ne s’agit pas d’afficher notre islamité, mais l’importance des concepts et du rôle fédérateur des concepts dans l’édification d’une Algérie estropiée par l’injustice, mais aussi par l’importation de concepts fabriqués par notre colonisateur dans nos géographies et nos mentalités. La rupture civilisationnelle doit être totale et sans concessions.

Jahad (جهد), c’est faire effort sur soi et lutter contre l’ennemi du Dine Allah c’est-à-dire lutter contre ceux qui s’opposent à la liberté, à la justice, à la miséricorde, à l’équité qui sont les Attributs de Dieu. L’homme est créature honorée et responsable par les attributs qu’il partage avec Dieu. Le seul Attribut qui est sans doute la nature de L’Être divin plus qu’un attribut est d’Être, sans existence, immuable, immortel, parfait, suffisant, totalement libre et absolument souverain.

Les termes de Mouminines (الْمُؤْمِنِينَ) et Kafirine (الْكَافِرِينَ) ne doivent pas être lus au sens de dévotion, de foi en Dieu ou de croyance. Allah (swt) n’a pas besoin de notre foi ou de notre mécréance, ni de notre soumission ou liberté pour rendre le combat de nature religieuse ou faire de l’homme un formalisme dogmatique. Il s’agit de la foi en l’Islam restauré, c’est-à-dire la conformité au Dine d’Allah que personne ne peut s’approprier ni utiliser à des fins politiciennes, ni interpréter comme sa vérité absolue autocratique. Le Dine Allah, c’est la liberté de croire ainsi que la réunion des conditions morales et matérielles pour libérer l’homme de l’idolâtrie et de la servitude qui sont une atteinte à la dignité humaine. Ces conditions d’ordre éthiques, juridique et institutionnel sont à la charge de l’Homme, de tous les hommes épris de bien, de liberté et de justice. Le bien, la liberté et la justice ne peuvent être confinés à un pays ou à une doctrine. Ils sont le patrimoine humain que chaque génération et sur toute géographie doit protéger et préserver. La vie sur terre sera toujours une confrontation entre Hizb Allah et Hizb as Chaytane, les uns symbolisant les attributs de Dieu et les autres ceux de Satan. Quiconque revendique ou exerce une domination arbitraire ou un pouvoir absolu est hors du cadre divin. Ici-bas, notre responsabilité est collective, là-bas, la responsabilité est individuelle. Dans ce monde nous récoltons ce que nous avons semé ensemble comme groupement humain vivant sur un territoire donné, à une époque donnée avec les ressources données. Ici-bas où bien le triomphe de la Justice de la Madina ou le chaos de la Qaria. Là-bas chacun sera son propre défenseur et son propre accusateur selon la responsabilité individuelle et les moyens dont il disposé ici-bas.

Fassaqou (فَفَسَقُوا ) est souvent présenté comme la pratique de la perversion morale (sexualité, luxure et autres vices). Toutes les sociétés ne sont pas parfaites et connaissent donc des périodes de vertu et des périodes de vice selon les conditions éthiques, sociales et économiques. La vertu n’est pas le propre du religieux et le vice n’est pas aussi le propre du non religieux.  Ainsi l’alcool, la drogue, la prostitution peuvent se développer sur un terrain de pauvreté, de frustration comme ils peuvent se développer dans des cercles opulents et oisifs en quête de nouvelle sensation même s’ils affichent la vertu comme façade sociale. Ce n’est cela qui met en péril l’existence sociale voire l’existence territoriale. Le péril est le Foussouq (الفسوق) compris comme pratique outrancière, exagération, excès, dépassement des limites. L’outrance est souvent dans l’accaparement illégitime et illégal du licite.

L’outrance est dans le monopole qui détruit la propriété individuelle et s’approprie les fruits d’autrui. Il est dans la rente, dans le gaspillage des ressources, dans la dilapidation des biens publics. A titre d’exemple, une société qui ne produit ni biens ni services ni savoir, mais qui vit au-dessus de ses moyens, qui répartit mal ses revenus, qui ne pratique que le négoce, qui imprime ses billets sans contrepartie de productivité de travail est une société outrancière qui va aller à sa ruine. L’outrance c’est persister dans l’extrême sans désir ni prise de conscience de la nécessité de réformer mutandis mutandis ce qui doit l’être sans attendre et sans se tromper de chemin ou de méthode.  La phase finale est lorsque le Messager, qui peut être l’éducateur, l’honnête homme ou le militant politique, avertit, mais que le regard social ou institutionnel ignore le message et continue de ne pas voir la ruine, ne pas entendre les bruits de l’effondrement. Le Foussouq c’est aussi l’entêtement à demeurer dans la transgression jusqu’à l’élimination de ceux qui refusent le dépassement des limites. L’entêtement est diabolique par son aspect narcissique et pervers qui refuse l’autre et fait tout pour le démolir croyant qu’il est le meilleur, le pur :

وَمِنَ ٱلنَّاسِ مَن يُعْجِبُكَ قَوْلُهُ فِي ٱلْحَيَٰوةِ ٱلدُّنْيَا وَيُشْهِدُ ٱللَّهَ عَلَىٰ مَا فِي قَلْبِهِ وَهُوَ أَلَدُّ ٱلْخِصَامِ

Parmi les gens, il y a celui dont le discours te plait lorsqu’il parle de la vie de ce monde. Il prend Dieu à témoin de ce que contient son cœur ; mais c’est le plus acharné des querelleurs. Dès qu’il te tourne le dos, il s’en va dans le pays pour y semer la corruption et détruire les récoltes et le bétail alors qu’Allah n’aime pas la corruption. Lorsqu’on lui dit :  » Prends garde à Dieu ! « , la superbe s’empare de lui et le pousse au péché. Ne lui suffit que la Géhenne : quel détestable lit de repos !

C’est dans cette insouciance générale que la loi de l’effondrement des civilisations s’accomplit. Ni le FMI, ni la Banque mondiale, ni le modèle démocratique occidental ne seront d’un quelconque secours, surtout en cette période qui annonce la fin des mythes et des utopies. Nietzche disait que « L’histoire ne s’écrit pas toujours à coup de cataclysme », car l’Homme poussé par son instinct de survie peut faire l’effort surhumain et sortir de l’abime. Dieu accorde toujours Sa Miséricorde à celui qui fait amende honorable. Il ne s’agit pas d’un comportement de bigoterie, mais d’un acte de Libération- Civilisation. On ne construit pas une civilisation, alors qu’on est privé de liberté, on ne se libère pas pour changer de maitre, mais pour un idéal de liberté et de justice c’est à dire pour un projet de civilisation.  La civilisation est un long chemin, souvent il est emprunté comme voie de salut.  Nous sommes dans cette alternative : sombrer ou se sauver par notre libre arbitre.

Al Hobb, l’Amour (الحب) ne signifie ni l’idolâtrie aveugle, ni la soumission dogmatique, ni une représentation anthropomorphique de Dieu. Il est incompatible avec l’idée que l’amour partagé, du fait de la dévotion, garantisse au dévot la détention de la vérité, la vision lucide de la réalité, ni l’idée de triompher en improvisant ou en vivant l’insouciance de la béatitude. Le contexte des versets et le sens des mots montrent qu’il s’agit de graines qui germent et qui montent vers le haut. Il s’agit de l’élan spirituel, de ce que Malek Bennabi appelle l’aspiration psycho-temporelle. Il s’agit en termes modernes d’anagogie et d’empathie universelle : répondre au bien et au beau et se mettre à disposition du vrai et du juste. La génération des libérateurs civilisateurs n’est pas une génération ex-nihilo, mais un édifice qui se construit, se consolide et s’exprime d’une manière visible et évidente comme les paraboles coraniques de l’arbre ou de l’épi de blé. C’est l’engagement solennel et efficace de faire le bien, de rendre justice, de dire la vérité, de témoigner avec preuves authentiques. Il s’agit de faire fusion avec les attributs divins jusqu’à devenir l’instrument de Sa Miséricorde. Nous devons nous interdire de dire que nous sommes l’instrument de Sa Puissance ou de Sa Justice, car nous prendrons le chemin de l’égarement et de la dérive démiurge. Notre voie est celle de l’universel que partage tous les hommes.

C’est l’engagement sur le respect de l’universel qui fera de nous un peuple civilisateur et une nation civilisée ou une horde de barbares qui, par complaisance à Rome et avidité du butin, a détruit Carthage et chassé Hannibal. Ce n’est pas de l’histoire ancienne : Libéraux, progressistes, islamistes, nous avons, hormis quelques hommes lucides, donné notre caution à l’OTAN pour détruire la Libye qui est sur le plan de la grammaire des civilisations notre profondeur stratégique du point de vue historique, géographique, économique et mental… Notre risquons de cautionner la destruction de notre pays.

Parler de changement et d’universel c’est s’engager pour la rupture la plus crédible.

Omar Mazri

Livres parus :

  • La République et le voile : Symboles et inversions
  • Aimer : la voie coranique
  • Les dix commandements US et le dilemme Arabe
  • Béni soit-il ?
  • Dine ou religion ?
  • Révolution arabe : mythe ou mystique ?
  • Gaza : La bataille du Forqane
  • Islamophobie : Deus Machina
  • Coûts de production : méthodologie d’analyse
  • L’art pédagogique : Etre et Faire.
  • Scénario de création des coopératives

Analyses et études :

  • Réforme de l’enseignement paramédical
  • Economie de défense : Rétrospectives et prospectives 1982-2002
  • Développement des  industries hauturières
  • Economie et post-Modernité
  • Didacticiel mathématiques : niveau brevet et CAP
  • Didacticiel anatomie dynamique du vivant

Publications numériques :

  • 250 articles sur le site libération des opprimés
  • 160 articles sur le site Justice et Vérité (site fermé)

En cours d’édition :

  • Abel et Caïn :  mobile du crime et psychologie de l’assassin.
  • Territoire de civilisation ou Etat islamique ?

 

De la culture du management du changement

Pour approfondir la notion de compétence au changement, prenons comme base d’étude la parabole coranique de l’arbre :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

Cet arbre ou cet homme est d’abord un potentiel voulu par Allah. Il est créé et doté de capacités qui le rendent apte à produire des fruits avec chacun de ses fruits l’aptitude à produire d’autres arbres dans un cycle de reproduction élargie pour davantage de biens. Cet arbre ou cet homme peut ne porter aucune semence d’avenir, car il n’en a pas les capacités. Il végète et il finit par perdre sa vitalité et perdre les raisons mêmes de son existence. La volonté d’Allah est que l’arbre soit bon, stable et utile. Allah ne rattache pas le mauvais arbre à Sa Volonté pour signifier la responsabilité de l’être à se cultiver lui-même et celle de la terre qui le porte à lui apporter ce qui lui donne vitalité et stabilité.

À titre d’exemple, Abraham a utilisé son potentiel pour partir très jeune à la quête de la vérité et se forger une réputation de contradicteur contre le mensonge, Mohamed a lui aussi utilisé son potentiel pour chercher la vérité et se forger une réputation d’honnête homme loyal et digne de confiance. Dans cette production de singularités humaines, Allah va choisir les plus aptes à porter Son Message et à réformer la société en leur donnant des capacités plus grandes et des moyens plus efficaces. Voici ce qu’Il dit au sujet de Moïse :

{Et quand il eut atteint sa maturité et sa forme, Nous lui avons accordé sagesse et science. Et c’est ainsi que Nous récompensons ceux agissent au mieux.} Coran

{Et Je t’ai comblé d’amour de Moi-même, pour que tu sois formé sous Ma Surveillance} Coran

Les Prophètes comme les arbres n’ont pas tous trouvé l’environnement favorable. Il en sera ainsi pour les hommes de bonne volonté. Dans l’existence moderne et sous toutes ses facettes toute capacité réelle ne devient pas une compétence ou une autorité qui conduit un projet, une réforme ou État. Une compétence est une capacité reconnue comme telle par ses pairs ou par son environnement qui lui donne ainsi une légitimité symbolique. Dans une société corrompue et dans un environnement hostile, une capacité non seulement n’est pas investie de légitimité, mais elle risque d’être présentée comme médiocre ou nuisible qu’il faut éliminer :

{Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse et qu’il invoque alors son Dieu ! Moi, j’ai peur qu’il n’altère votre religion ou qu’il ne fasse paraître la corruption de par la terre ».} Coran

Dans une telle situation, la lucidité ne consiste pas à surenchérir ou à chercher des justifications pour répondre à l’amour propre blessé par un déni de considération et de reconnaissance, mais à adopter la posture musulmane :

{Et Moïse dit : « Moi, j’ai cherché refuge auprès de mon Dieu, et votre Dieu, de tout orgueilleux qui ne croit pas au Jour du Jugement ».} Coran

Moïse va se focaliser sur la défense de la vérité qui terrasse tous les mensonges de Pharaon et de ses courtisans. La reconnaissance viendra de ceux qui reconnaissent la vérité à travers lui. En tous les cas Moïse ne l’a pas cherché.

Souvent, la compétence n’est pas une capacité, mais une imposture que le système crée pour donner l’illusion de légitimité en faisant reconnaitre par lui, par l’environnement ou par quelques rentiers de la société un de ses agents ou un de ses communicants. Pharaon va tenter de faire diversion sur la capacité de Moïse à argumenter sur la vérité et à fédérer le peuple opprimé en donnant légitimité technique et symbolique à son administrateur investi du pouvoir d’atteindre le ciel et de rendre Dieu accessible à sa vision et à celle de ses courtisans alors qu’il sait en son for intérieur l’impossibilité de sa prétention :

{Et Pharaon dit « O Hamana, construis-moi une tour, peut-être atteindrais-je les chemins, les chemins des Cieux, alors je verrai la divinité de Moïse, et je pense sûrement qu’il est menteur ».} Coran

Les diversions sur la compétence sont nombreuses et elles font partie de la lutte idéologique. Une autre diversion consiste à confondre le pouvoir avec l’autorité. Pour un grand nombre de linguistes, l’autorité morale, intellectuelle et artistique est celle d’un « auctor » c’est-à-dire d’un producteur d’idées, d’un fabricant d’événements ou d’un stimulant moral et spirituel qui pousse à agir au sens latin « augeo, augere »  qui signifie « faire croître, développer ». L’auteur et l’autorité sont les initiateurs d’action et de sentiments créatifs et inventifs. L’écrivain, le metteur en scène, l’artiste sont des auteurs parce qu’ils créent des personnages, des décors, des récits. Un personnage exerce une autorité, car il a une influence morale et intellectuelle par son charisme et son savoir qui stimulent la créativité et la coopération dans un groupe et font de l’auteur une référence pour le conseil, l’arbitrage sans qu’il ne bénéficie d’un statut privilégié ni d’une position de commandement. L’auteur et l’autorité sont du point de vue de la créativité la manifestation d’une compétence c’est-à-dire d’une capacité légitime qui donne à son tour l’inspiration à d’autres capacités patentes ou latentes.

La notion d’autorité devient pouvoir exercé sur les autres et commandement du type militaire du fait de la position hiérarchique militaire, sociale ou politique d’un personnage. L’imperator est le général en chef ayant reçu les honneurs pour « imperare » c’est-à-dire ordonner ce qui doit être dit et fait en sa qualité de « princeps » c’est à dire de somment de la hiérarchie que lui confère la Res Publica (chose publique) qui reconnait ainsi sa légitimité de premier. De cette légitimité (par la force et le droit) découlent les attributs de mérite que le premier chef est censé avoir dans sa posture d’élu, de modèle. Dans le dédale des mots il est donc difficile de distinguer le privé du public, le droit de la force et la dérive démiurge de l’homme de la grandeur de la cité. Auctoritas, dans Rome, est le pouvoir judiciaire, militaire et administratif conféré à l’Empereur romain. L’Empire romain a codifié l’exercice du pouvoir dans des principes et des hiérarchies administratives qui sont devenus des principes de jacobinisme et de républicanisme par excellence. Ces principes ont pénétré les colonies de l’Empire romain, l’Église, les Empires musulmans, la modernité occidentale, les colonies européennes, et le mondialisme.

La prédation et le mouvement de l’argent, des idées et des faits scientifiques et techniques qui ont donné naissance au capitalisme ont fait coexister les deux notions d’autorité. Ainsi pouvoir et créativité ainsi que compétences et positions administratives en Occident collaborent ou entrent en rivalité dans une logique cohérente, car elle correspond à la culture, à l’histoire et à l’économique qui façonnent le sol et la mentalité d’une civilisation. Chez nous l’esprit du Janissaire et du colon ont laissé une incohérence telle que nous ne produisons que des autoritarismes et des servitudes y compris dans le domaine de la culture et de la religion. Dans cet esprit ce sont les hiérarchies militaires, administratives et judiciaires héritées du colonialisme qui vont choisir les hommes qui seront aux commandes de l’État, qui vont déterminer le profil des élites des corps de métier, les programmes religieux et éducatifs, et qui vont configurer les cinq maitrises du territoire dans tous les domaines en l’occurrence l’usage, la propriété, la conception, l’exécution et l’expertise du développement, de la culture et des ressources.

Dénoncer un général ou contester un président ne suffit pas à mettre en marche le changement et à libérer l’intellectuel lorsque la mentalité de César et de légionnaire au sommet rencontre celle de la plèbe dans les jeux de cirque et la distribution de pain. Voter pour un président ou pour une assemblée nationale ne change rien à l’organisation et au fonctionnement des institutions ni au rapport des gouvernants aux gouvernés lorsque le principe d’autorité de l’empereur romain, le premier citoyen de Rome, est reconduit en concentrant les pouvoirs militaires, judiciaires, politiques et administratifs, en maintenant leur pyramide et en faisant des parlements et des sénats des chambres de rhétorique et des justificatifs légaux.  Notre bataille ne doit donc pas se focaliser sur les aspects formels, conjoncturels ou personnels, mais sur les dimensions historiques et psychologiques structurelles et les idées qui éclairent les mentalités et les invitent à changer leur mode de représentation des élites et des pouvoirs.  Toutes les notions de droit, de justice, de propriété, de pouvoir, d’administration, de démocratie et de gouvernance doivent être expurgées non seulement de leurs références impériales et capitalistes, mais de leurs sources judéo-chrétiennes et gréco-romaines en tant que prétention à représenter l’universel et le mérite.

En Occident, la question de l’intellectuel se pose dans le jeu de rivalités entre l’autorité du marché et de l’administration et les auteurs qui ont une autre vision de la Post modernité, de la liberté et de la créativité. On ne peut donc poser la question chez nous de la même façon sauf si on opte pour un alignement parfait et définitif sur l’Occident ce qui est impossible, ou bien si on revient à l’esprit originel de l’Islam qui demeure une possibilité réalisable si on parvient à la rendre pensable et souhaitée par une société ou par une élite qui aspire à s’émanciper de l’oppression, de la corruption, de la rente et de la médiocrité. Je ne pense pas que la société doive attendre la venue du Mahdi, le retour du Messie ou l’émergence d’une élite « reconnue » pour connaitre les évidences et les devoirs de sa religion :

« L’image des Croyants dans les liens d’amour, de miséricorde et de compassion qui les unissent les uns aux autres est celle du corps : «dès que l’un de ses membres se plaint de quelque mal, tout le reste du corps accourt à son secours par la veille et la fièvre ».

 « Le croyant par rapport au croyant est comme la construction dont tous les éléments se soutiennent »

La réalité politique et idéologique ainsi que la complexité socio psychologique font que la capacité intellectuelle ne trouve pas le champ favorable pour s’exprimer, ne trouve pas les forces pour agir et ne trouve pas de protection contre le système dominant qui non seulement lui refuse la reconnaissance et la légitimité, mais lui refuse les moyens élémentaires de subsistance et d’expression. Malek Bennabi a décrit la solitude et le doute qui risquent de paralyser la pensée et de la pousser à démissionner, à composer ou à se soumettre. Il a décrit comment la lutte idéologique est armée pour conduire un homme à l’isolement pour qu’il soit facilement mis au silence. L’intimidation et les menaces peuvent renforcer la conviction et l’acharnement d’un homme, mais la frustration peut le plonger dans le désarroi et la désespérance. La quête de légitimité, de reconnaissance, de considération et de reproduction est un sentiment et une revendication sociale qui existe chez l’animal le moins sociable. Comment jouer son rôle d’intellectuel du changement alors que les conditions qui s’opposent au changement sont génératrices d’angoisse, de doute, de déni de reconnaissance ?

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est agissante. Le Coran nous invite à méditer la situation psychologique du Prophète Mohamed (saws) mis au ban. Il faut de la vertu et de la force mentale pour ne pas s’effondrer devant l’arrogance de la bêtise et la laideur de la méchanceté :

{Patiente ! Certes ta persévérance tient d’Allah. Ne t’afflige donc point pour eux, et ne t’angoisse point de ce qu’ils rusent.} Coran

Le seul chemin est celui de la foi lorsqu’elle est réformatrice. Le Coran nous invite à prendre exemple sur le Prophète Choâyb :

{Je ne veux que la réforme autant que je puisse}

Proposer et conduire des réformes n’exigent pas obligatoirement des appareils d’État ou partisans ou des lois et des codes. Bien sûr qu’il faut moderniser les législations et les dispositifs techniques et administratifs, mais chacun peut participer à la réforme de son environnement immédiat. L’usager peut faire usage de façon plus convenable et plus modérée. Le concepteur peut proposer des concepts et des dispositifs plus innovants et plus efficaces. Le réalisateur et l’exécutant peuvent faire des choses plus belles, plus sures et moins couteuses.  A titre d’illustration, les réformes du gouvernement Hamrouche étaient intéressantes, mais elles étaient condamnées à échouer. Le premier échec est dû à l’absence d’assise populaire pour les porter, on ne peut modifier radicalement la devanture d’un pays sans changer son âme et on ne peut imposer des réformes d’en haut. Le second échec était dû à l’opposition des rentiers et des bureaucrates au sein des appareils et dans leur périphérie. Le troisième était dû aux technocrates censés les conduire. Le quatrième était dû à la fragilité et à la dispersion du front national occupé à lutter pour le pouvoir alors que les forces étrangères torpillaient toute idée de changement en Algérie. Le cinquième et non des moindres était l’obstruction du FIS. Le volontarisme politique ne suffit pas.

Le volontarisme a laissé derrière lui des ruines : révolution agraire, révolution industrielle, révolution culturelle (arabisation), restructuration industrielle. Dans quelques années nous verrons d’une manière tragique les catastrophes actuelles que la chute du prix de pétrole va dévoiler malgré les masques de la propagande, de la répression et de la corruption. Pour l’instant les Algériens ne rejettent la responsabilité de l’échec sans que chacun n’assume sa part et ne se réforme lui-même en commençant par l’autocritique. C’est l’autocritique qui aiguise le sens des responsabilités et donne crédibilité à long terme.

La foi donne un sens métaphysique à la lutte et libère le croyant de la réussite mondaine. Son combat n’est pas pour-soi, mais pour une idée et un principe. Son combat n’est pas pour un parti ou un peuple, mais pour l’Homme créature honorée par Dieu, son combat n’est pas pour la seule réussite dans ce monde, mais pour le salut ultime. C’est la finalité à laquelle l’intellectuel a dédié son intelligence et son existence qui le met dans un regard positif sur lui-même, que les conditions soient favorables ou défavorables : il a la conscience du privilège de ne pas être médiocre, de ne pas être corrompu et d’obtenir sa récompense :

{Nous ne faisons pas perdre la récompense de quiconque agit bien} Coran

{Allah ne manque jamais à Sa Promesse} Coran

Il faudrait travailler plus en profondeur pour comprendre les mécanismes qui ont fait des compagnons du Prophète (saws) une élite qui transcende les conditions défavorables et qui parvient à faire du peu de possibilités que leur donnaient le sol et le temps un puissant mouvement historique qui a transformé l’histoire du monde en 20 ans face aux inerties considérables des Arabes, des Perses et des Byzantins. Il faudrait aussi travailler sur la sémantique coranique et civilisationnelle pour voir si leurs possibilités peuvent être les nôtres et sous quelles conditions :

{Vous êtes la meilleure Communauté produite pour les hommes : vous commandez le bon usage, vous interdisez le répréhensible et vous croyez en Allah.} Coran

Lorsque le musulman des temps présents se croit parfait, le légataire des compagnons du Prophète ou le dépositaire exclusif et infaillible de l’Islam il se met dans la situation de celui qui ne peut ni prétendre à la perfection pour réformer les autres, ni avoir l’objectivité de voir les tares et les défauts de sa régression pour se réformer. Lorsque l’esprit partisan ou sectaire vient conjuguer l’empressement et lorsque la démagogie fait oublier le devoir de patience face au déni de reconnaissance et au déni de légitimité, alors la violence et l’effusion de sang deviennent le refuge des désespérés qui deviennent ainsi les artisans de l’immobilisme et de l’entropie alors qu’ils prétendaient être des réformateurs. La politique est un des moyens de la réforme et du changement. Elle ne peut être le seul moyen et encore moins la finalité. Le statut d’imam, d’élite, pour guider intellectuellement ou pour gouverner politiquement est un don qu’Allah accorde, une récompense venant de lui :

{Nous avons établi certains d’entre eux en qualité de Guides qui dirigent suivant Nos Ordres, dès qu’ils se sont montrés persévérants et croyants avec certitude en Nos Signes.} Coran

Dans les priorités du comment et du pourquoi des conditions de l’émergence de l’intellectuel et de son efficacité sociale et intellectuelle dans nos pays il y a donc celles qui consistent à s’impliquer nous-mêmes dans l’effort de purification personnelle, de quête de l’amour divin et de témoignage en faveur de la vertu et de la vérité. Il s’agit de s’inscrire soit même comme un virtuel de pionniers dans la réforme voulue par Allah, de chercher à devenir un arbre bon, créatif et généreux puis laisser la Providence décider si on mérite d’être choisi ou non et confier à l’histoire le soin de conclure si les conditions ont été favorables ou non.  Notre devoir est de mobiliser tout ce qui est dans nos capacités de la manière la plus juste et la plus efficace. Dans l’adversité et le malheur les plus sombres, les portes de l’espérance demeurent totalement ouvertes :

{Quant à ceux qui s’efforcent en Nous, certes Nous les guiderons vers Nos voies. Vraiment Allah est avec ceux qui agissent au mieux.} Coran

Après cette brève analyse sur l’intellectuel nous pouvons revenir à la parabole coranique de l’arbre par laquelle Allah (swt) montre les qualités requises pour devenir un modèle de conduite : être Tayyib c’est-à-dire bon et beau dans son essence, sa forme, sa stabilité, ses effets et dans ses fruits. Cela ne s’improvise pas d’être bon, beau, utile, riche et enrichissant dans sa parole, sa pensée, son comportement et son acte. Cela ne suffit pas d’avoir les qualités requises du tayyib, il faudrait avoir celle du thabàt, la fermeté, l’endurance et la pérennité. Le changement ne se décrète pas et ne se réalise pas comme un coup de baguette magique : il s’inscrit dans une continuité historique et dans une culture qui rendent difficile le déracinement, la discontinuité, le dépérissement, la disparition ou l’anéantissement. La fermeté et la constance sont aussi l’expression d’une foi certaine et d’une science bien établie à propos de Dieu. L’élévation dans le ciel indique la perfection, la pureté et la transcendance alors que l’attachement à la terre indique le réalisme. La production de fruits indique l’utilité intrinsèque et l’efficience. La noblesse et la générosité sont une force d’attraction pour l’ensemble des créatures qui ne doivent pas être rebutées par la stérilité et la laideur qui font fuir.

L’arbre a vocation d’offrir des fruits pour donner envie dans l’immédiat et pour annoncer les récoltes a venir. Le fruit n’est pas seulement le résultat de l’action qui se donne aux autres, c’est aussi le goût esthétique et spirituel que la foi agissante donne à l’être comme une récompense intérieure. Le fruit comme aboutissement de l’arbre est symboliquement la symbiose entre la sensation, la perception et la pensée de la synthèse de la beauté, de la bonté et de l’utilité pour soi et pour les autres. Si la saveur, l’odeur et la vision du fruit peuvent être altérées, oubliées, dénaturées ou assouvies, l’amour d’Allah, l’ardeur spirituelle, et la miséricorde envers les créatures sont inépuisables et extensibles.

L’arbre dont il s’agit est l’Islam indestructible, inaltérable et bénéfique sur tous les plans. Sa vocation est d’être visible sans dissimulation et d’avoir des effets de miséricorde pour tous. Le musulman doit donc s’apparenter au bon et au beau qui inspirent la confiance et l’espoir, à la fermeté et la continuité qui préservent de l’inefficacité et de l’incertitude, à l’élévation qui préserve de la souillure et qui permet d’avoir une vision haute et dégagée, et enfin à l’enracinement dans son milieu hors de toute utopie pour demeurer une offre de paix et de sécurité, une initiative de prospérité…. Le rapport entre la terre et le ciel de l’arbre est aussi dans le rapport entre l’expérience terrestre et le message coranique. L’expérience mobilise les possibilités du territoire de vie alors que le Coran apporte la finalité, la lumière et le sens à l’existence. Pour se déraciner et tomber, il faut donc avoir démérité ou être irrécupérable. Cette parabole sur l’arbre laisse grandes ouvertes les portes de l’espoir que le Coran exprime de différentes manières :

{… comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs} Coran

{… comme l’exemple d’une graine qui a germé sept épis de blé, chaque épi renfermant cent graines. Et Allah multiplie à qui Il veut.} Coran

Après avoir énoncé la parabole de l’arbre et les qualités requises qualités de l’arbre, le Coran donne la configuration de l’élite qui peut représenter l’Islam : produire de belles idées et de belles paroles avec la volonté de chercher le salut dans la vie future et le bel avenir dans ce monde :

{Allah affermit ceux qui sont devenus croyants, par la ferme parole, dans la vie terrestre et dans la vie future. Et Allah fourvoie les injustes. Allah fait ce qu’Il veut.} Coran

Lorsqu’un homme se réclame de l’Islam et ne trouve pas de cadre qui le met en valeur et lui donne l’opportunité et la pertinence de s’exprimer et d’agir, il doit s’interroger sur sa propre valeur et se questionner sur les mouvements se réclamant de l’Islam si par hasard ils n’ont pas corrompu le champ social et le monde des idées par leurs divergences et leurs incohérences. Dans un cas comme de l’autre, il y a un travail de culture au sens propre et figuré.

Lorsque l’arbre est contrarié ou menacé dans son existence, alors non seulement Dieu intervient dans l’histoire pour la réguler et la réajuster en accordant des dons et des possibilités favorables à d’autres hommes, mais Il y intervient pour inverser les tendances et changer radicalement le cours et le sens de l’histoire. Il rend ainsi les instigateurs du mal désemparés et impuissants tout en offrant aux bonnes intentions les possibilités inédites du salut et du renouveau :

{Et ils ourdirent un puissant stratagème, mais Nous planifiâmes un autre stratagème sans qu’ils s’en rendent compte. Regarde alors quel est le résultat de leur ruse : Nous les avons détruits, eux et leurs gens, en totalité. Voilà donc leurs demeures désertes, en raison de ce qu’ils furent injustes. Certes, il y a en cela un Signe pour des gens qui savent.}

Il ne s’agit donc pas d’une invitation à la résignation ou au fatalisme, mais d’une méditation sur le sens de l’histoire et sur la finalité de l’activité humaine afin de trouver le ressort spirituel et psychologique pour changer ce qui doit être changé et faire que le changement ne soit pas déboité de la quête du salut ultime. C’est en s’inscrivant dans la quête de salut que le Qui, le Quoi et le Comment du changement deviennent repérables et mobilisables dans le temps et l’espace de leurs expressions.

Les Prophètes incarnent le mieux la symbolique de l’arbre coranique :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

Il m’arrive souvent de méditer leurs vies et leurs œuvres en contemplant un jeune plant ou une jeune pousse un jour de givre ou de gel : comment résister à cette pression et à ce froid pour survivre et enfin garder miraculeusement une stabilité et un élancement si majestueux ? Celui qui a donné à ce plant l’énergie et la vitalité pour réaliser sa vocation est Celui qui a donné aux Prophètes le courage et la fermeté d’endurer d’une âme égale et avec constance les coups de l’adversité alors que toutes les forces du mal et de l’oppression se liguaient contre eux. Souvent nous répétons des formules coraniques apprises par cœur sans les situer dans leur contexte et sans tirer profit de leur sémantique. Prenons par exemple cette expression :

وَيَقُولُ الَّذِينَ كَفَرُوا لَسْتَ مُرْسَلًا ۚ قُلْ كَفَىٰ بِاللَّهِ شَهِيدًا بَيْنِي وَبَيْنَكُمْ وَمَنْ عِندَهُ عِلْمُ الْكِتَابِ

{Les négateurs disent : « Tu n’es pas envoyé ! » Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »} Ar Raâd 42.

Il faut se mettre dans la posture sociale et l’état psychologique et affectif de celui qui est sûr et certain de la vérité qu’il transmet sans rien demander en échange, car sa vocation est de transmettre fidèlement la vérité qui lui a été révélée, et qui se trouve nié, démenti, raillé, traité de fou, d’imposteur, de magicien, de menteur alors que sa vie connue de tous est irréprochable sur le plan moral, social et intellectuel. Il y a de quoi perdre la raison et la foi pour celui dont la vérité est incertaine ou pour celui qui poursuit un but mondain.

Que dire et que faire lorsque nous subissons un déni de reconnaissance sociale ou une injustice que personne ne peut ou ne veut réparer. Que dire et que faire lorsque nous sommes désavoués par des sots et des ignorants. Que dire et que faire lorsque nous nous trouvons confrontés à l’impuissance de nos actes et de nos paroles alors que nous avons consacré notre vie au service de la vérité et de la justice. Que dire et que faire lorsque nous voyons les parvenus recevoir des félicitations et des promotions alors que notre travail est demeuré vain, notre sacrifice sans reconnaissance, notre vie sans achèvement, notre vérité occultée ? Se lamenter pitoyablement ou implorer la miséricorde d’Allah comme l’a fait le Prophète (saws) maltraité par les va-nu-pieds que les influents de Taef ont mobilisé contre lui :

« Ô Allah, mon Dieu, je me plains à Toi de ma faiblesse, de mon peu de pouvoir et du peu de considération que les gens ont pour moi.  O Toi Le Plus Miséricordieux des miséricordieux, tu es mon Dieu et celui des faibles. Fais-moi Miséricorde. À qui m’abandonnes-tu ? À un étranger qui m’attaque ou un ennemi de qui Tu me fais dépendre ? Si Tu n’es pas en colère contre moi cela m’est égal. Cependant Ta clémence est plus généreuse envers moi. Je me réfugie vers Ta face pour laquelle les ombres se sont dissipées et qui a ajusté tout ce qui concerne ce monde ici-bas et celui de l’au-delà, contre le fait d’encourir sur moi Ta colère ou de me faire parvenir Ton désagrément. Je supporterai tout reproche jusqu’à ce que Tu sois Satisfait et il n’y a de Pouvoir ni de Puissance qu’en Toi. »

Allah qui lui a inspiré cette prière la plus émouvante qui soit lui dit de répondre à ses détracteurs :

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

La quête de reconnaissance est sans doute la plus demandée après celle de l’amour, mais elle s’efface lorsque l’homme fait de la vérité sa préoccupation majeure. C’est la certitude de la vérité trouvée ou acquise qui forge les caractères et c’est la paix intérieure que procure l’accession à cette vérité avec la crainte de la perdre qui rend l’heureux acquéreur tolérant envers l’ingratitude et le déni de reconnaissance. Il ne s’agit pas de devenir insensible, désabusé et cynique, mais au contraire d’être très réaliste en relativisant les choses et en agençant les priorités.

C’est Allah Vérité Réalité qui atteste que Mohamed (saws) dit la vérité et qu’il est et vit dans le réel alors que les autres sont dans le mensonge et la fiction. Cela fait partie de l’ordre des choses même si cela semble absurde et cruel.

Focalisons notre attention sur la précision lexicale et sémantique entre Chahid (شهيدًا) et Chàhed (شاهدًا).

Le Chàhed est le témoin véridique qui témoigne de ce qu’il a vu, entendu ou fait, directement en sa présence ou rapporté à lui par information ou par déduction. Le Chahid est un témoin singularisé par son présentiel et sa proximité. Allah signifie au Prophète qu’Il est témoin, présent et proche : Il est avec lui en permanence même si la réalité perçue par les autres est faillible, car il leur manque tant l’acuité de la réalité totale que la connaissance de la vérité intrinsèque. L’ingrat est privé du bonheur de la gratitude, le client du système est privé de l’effort méritoire, le menteur est privé de la vérité, le fasciné est privé de la réalité. Celui qui s’est approché de la vérité et de la réalité a perçu des secrets indicibles et inimaginables même si la solitude et le désaveu le désignent comme paria social.

C’est bien d’avoir un programme de changement politique et de réformes sociales et économiques, mais c’est insuffisant s’il n’y a pas un courant populaire qui pousse au changement des mentalités et des comportements.

Ne plus dépendre de la reconnaissance sociale est sans doute l’acte libertaire le plus difficile, mais le plus salutaire pour celui qui a pour projet de se réformer et de réformer la cité des hommes : rien n’a prise sur lui sauf la mort et le destin décrété pour lui. Dans ces conditions il n’y a ni empressement qui mène à la guerre civile ni compromissions qui mènent au reniement de soi.

{Dieu suffit comme témoin entre moi et vous}

N’est pas une formule pour afficher son islamité alors que tout notre comportement prouve que nous sommes loin de la vérité et de la réalité ; c’est le comportement par excellence de celui qui se revendique de la voie prophétique même si les mots et les habits pour le dire « islamiquement » font défaut.

Focalisons notre attention sur les subtilités du langage coranique :

{Dis : « Dieu suffit comme témoin entre moi et vous, Lui et ceux qui possèdent la science du Livre »}

Une fois que le Prophète est réconforté par la présence divine qui confirme que la Parole du Prophète est vérité et que cette vérité lui suffit pour s’émanciper de la considération sociale ou de la crainte des négateurs, il est fait appel au témoignage des savants juifs et chrétiens. Ils sont dans le rang de Chahid (شهيدًا) par leur proximité avec l’événement signifiant à la fois que Mohamed n’est pas un plagiaire qui aurait entendu, mais un réformateur qui vient corriger les falsifications, que les Savants savent que Mohamed est bien réel, car la parcelle de vérité qu’ils détiennent l’a annoncé. Mohamed (saws) était attendu et connu, mais la proximité avec la vérité et la réalité n’est pas une garantie pour vaincre les préjugés et amorcer le changement. Les savants juifs et chrétiens ont nié Mohamed alors qu’ils savaient qu’il était le Prophète annoncé et attendu, car il n’était pas « savant comme eux,  n’était pas de leur clan ni de leur confession. Le déni de vérité et de réalité est souvent dû à la persistance des fausses représentations et des fausses attentes. La vérité et la réalité ne sont pas toujours conformes à nos désirs et à nos ambitions. Le rang de savant et la proximité de l’évènement ne sont pas suffisants pour accepter le changement.

Par ailleurs ce verset discrédite les élites juives et chrétiennes qui croyaient se distinguer des Arabes païens par la gnose religieuse et l’attente du Prophète de la fin des temps alors qu’une fois la vérité venue les voici la nier. Les Arabes illettrés et inconnaissants  des réalités religieuses peuvent trouver excuse à ne pas saisir la vérité lorsqu’elle s’annonce à eux, mais une fois que la vérité se cristallise dans leur for intérieur et dans leur champ social ils sont bien obligés de constater le faux témoignage des savants religieux.  On peut transposer cette réalité historique aux expériences « démocratiques » dans le monde arabe pour voir que les élites nationalistes et laïcs se comportement de la même façon que les savants juifs et chrétiens lorsque les choix des populations ne sont pas en leur faveur.

Ce verset nous montre d’une manière magistrale comment un Prophète isolé peut se trouver à contre-courant des idées de son époque et comment par son courage et par la foi il peut surmonter les obstacles dressés contre sa prédication. Il nous montre aussi comment ceux qui prétendent incarner la vérité et représenter l’avant-garde intellectuelle ou religieuse peuvent nier la vérité et la réalité lorsqu’elles ne correspondent pas à leurs ambitions et à leurs systèmes de représentations du monde pour se retrouver fatalement en situation de contre-courant contre l’innovation et la réforme.

Ce verset nous met face à une autre problématique de la pédagogie du changement : le véritable changement ne commence pas par la revendication de changement de régime et la construction d’appareils, mais par la déconstruction des fausses représentations. Nous croyons à tort que la vocation humaine est la politique dans le sens de prise de pouvoir ou d’exercice de pouvoir. Le pouvoir est un accessoire dans le changement. Le changement s’amorce et s’amplifie au niveau philosophique, culturel, artistique, scientifique, technologique, social et économique. C’est la conjugaison des faits progressistes et de la pensée humaniste dans ce qui fait une nation (gouvernants et gouvernés) qui provoque le changement à tous les niveaux de la société et dans tous les registres d’existence et d’expression. Ainsi les couches aisées et les masses populaires sont emportées par la même dynamique, un monarque absolu peut conduire des réformes de progrès, une aristocratie peut approuver des réformes. La prospérité d’un peuple n’est pas obligatoirement liée à une forme singulière de souveraineté (monarchie, anarchie ou république) et de gouvernance  (démocratie, polyarchie ou autocratie). Elle dépend surtout du consensus social sur lequel se construit, évolue et se raffine par la qualité du débat philosophique (artistes, philosophes, scientifiques, religieux, homme d’État…) et le niveau de participation des populations ou du moins des couches moyennes à ce débat.

C’est ainsi que les choses se sont passées en Grèce, à Rome, en Perse, dans la modernité ou dans la civilisation islamique. Accessoirement on peut servir ou dénoncer le pouvoir, mais fondamentalement on débat sur les idéaux de vérité, de justice, de beauté, de liberté et d’efficacité. En Algérie, c’est faire diversion que de se focaliser sur la personne du Président sachant que le pouvoir réel est informel sans centre. Nous sommes face à l’Hydre à plusieurs têtes. Je ne crois pas que la vocation du réformateur est d’être un héros mythologique à l’image d’Hercule accomplissant ses douze travaux. La vocation principielle de l’Homme est de se mettre en quête de sens par sa nature spirituelle. Lorsqu’il établit cette quête alors le pouvoir politique joue le rôle d’adjuvant ou d’opposant, de commanditaire ou de bénéficiaire.

C’est cette quête perpétuelle qui crée le mouvement, l’entretient et l’accélère. Les forces qui expriment le mouvement vont fatalement s’opposer à celles qui préfèrent l’immobilisme. Dans les moments de crise, les hommes de valeur vont se trouver contraints de marcher à contre-courant du système en place (dans ses composantes philosophiques, religieuses, politiques et socio-économiques).  On ne se met pas à contre-courant par mimétisme, par provocation, par goût du désordre ou par intérêt, mais parce que le courant du changement est plus profond, plus juste, plus vrai, plus utile à la société. Croire que la vocation de ce courant est de s’accaparer les appareils et d’exercer le pouvoir c’est fatalement entraîner le mouvement de changement dans la paresse, les sacrifices vains et les luttes de pouvoir. Les Prophètes, les philosophes, les artistes et les vertueux ne se préoccupent pas des appareils, mais de pédagogie de changement. Pourquoi et comment changer ? Il ne s’agit pas d’infantiliser les gens ou de les mettre sous sa tutelle, mais de les aider à explorer les chemins et à expérimenter les méthodes et les usages. L’essentiel étant de parvenir à connaitre et à distinguer laideur et beauté, vérité et mensonge, justice et injustice, liberté et oppression, sens et absurde, réalité et fiction, égalité et privilège.

Les gens sensés ne devraient pas s’autoriser ou autoriser de mener des expérimentations idéologiques et politiques ruineuses et catastrophiques à l’échelle d’une nation ou d’une région. Le bon sens voudrait que les gens qui ont montré leurs capacités raisonnables à expérimenter efficacement sur de petites entreprises et de petits projets puissent progressivement passer à des projets plus grands. À l’inverse si les inexpérimentés doivent faire leurs preuves à échelle réduite, ceux qui ont failli ne doivent absolument pas s’engager sur des échelles plus larges. Cela n’est possible que lorsque la culture entrepreneuriale l’emporte sur la culture de la rente, de la bureaucratie, de la cooptation et du clientélisme. La culture entrepreneuriale ne devient valeur nationale que si et seulement si la notion de bien public et de responsabilité (de responsa : rendre compte, donner réponse sur ses actes et ses décisions) dans tous les registres existentiels et à tous les niveaux hiérarchiques. C’est une autre application du droit et de la justice appliquée à destination d’une personnalité morale en l’occurrence la cité des hommes.

C’est d’abord et avant tout un débat d’idées et de représentations mentales sur le devenir. Il est par essence subversif, car il bouleverse les immobilismes et les conservatismes. Il demande plus d’effort, de courage et de lucidité que les revendications politiciennes ou corporatistes sujettes à la corruption et à la répression. Faire le bien et dire vrai sont l’excellence du comportement, de la parole et de l’idée de l’aspirant réformateur, du pédagogue du changement. C’est la vocation de l’universel. Les conditions des hommes, du lieu et du temps vont colorer localement cet universel humain. La lumière est l’universel, la couleur est le local et le temporaire.

Se focaliser sur le pouvoir politique c’est détruire l’idée, la réalité et la vérité, complexes, du changement. Ignorer les contraintes et les limites imposées par le pouvoir politique c’est manquer de réalisme. Le Prophète (saws) est l’expression de la vérité agissant sur le réel :

« Allah mon Dieu faites-moi voir Al Haqq (vérité-réalité) comme haqq (vrai-réel) puis accordez-moi la faculté de m’y conformer ; fais-moi voir Al Batil (mensonge-faux) comme Batil (mensonger-fallacieux) puis accordes-moi la faculté de m’en détourner »

« Allah mon Dieu! Accordez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en discerner la différence »

 Il faut être un homme libre et responsable pour affronter le monde avec autant de courage et de lucidité. Il faut être dans la proximité vraie et réelle pour que le débat qui concerne le devenir des peuples ne soit pas monopolisé par les célébrités médiatiques, les leaders politiques et les rentiers du pouvoir ou de la religion. La proximité –  la capacité à être ensemble et de débattre des valeurs partagées et des intérêts communs ainsi que des divergences et des différences – exige de gommer le clivage idéologique et politique pour se consacrer à la culture du changement dans une orientation à visage humain ouvrant la voie à tous sans exclusion ni exclusive.

Méditer ces implorations prophétiques mène vers la réflexion philosophique même si on n’est ni professionnel de la philosophie ni diplômé de la Sorbonne. La démarche philosophique ou la quête de sens va se retrouver face à la question de savoir si le changement est affaire de masse par une révolution qui détruit l’ordre ancien ou affaire d’individualité par la foi qui attend l’ordre nouveau qui ne manquerait pas de venir lorsque les êtres sont prêts moralement et spirituellement à l’accueillir? La nature nous donne la réponse édifiante. Il faut voir comment des montagnes se désagrègent sous l’effet du soleil, du vent et de la pluie pour se transformer en grains de sable qui vont à leur tour éroder des rochers, des montagnes et transformer radicalement les paysages. Il en de même pour le cycle de l’eau. Même s’il y a une grande masse de granit ou d’eau qui semble donner des résultats, dans la réalité ce sont les grains de sable et les gouttes d’eau qui agissent laborieusement et inlassablement pour façonner de nouveaux reliefs à l’échelle géologique. Pour l’humain c’est la même chose avec un temps historique.

On est en droit de se poser légitimement la question sur le qualificatif du changement, politique et démocratique ou global et socio-culturel ? Bien entendu il faut envisager le changement à tous les niveaux, mais sans perdre de vue que l’intensité, l’amplitude, la profondeur et la pérennité du registre socio-culturel sont plus grande et plus complexes que celles du registre politique. Le moteur du changement est l’être, ontologique et social, alors que les activismes politiques sont des impulsions, des accessoires, des accompagnateurs, des instruments d’observation et de régulation.

Dans cet ordre d’idées on peut se questionner sur la validité et l’efficience d’un élan spirituel pour le changement lorsque le champ politique et médiatique est fermé par la répression ou lorsque la crise ne peut être surmontée que par l’agitation politique et sociale pour donner conscience, mobiliser, informer et revendiquer. Bien entendu les tenants de l’ordre en place vont trouver les « clergés » qui vont émettre des Fatwas pour interdire les grèves, les manifestations, les critiques et les associations citoyennes sous prétexte de la préservation de la sacralité des personnes et des biens oubliant que la liberté, la dignité et la marche vers le progrès sont aussi sacrées et que réprimer la revendication d’un droit ou interdire l’exercice d’un devoir est une violation de l’honorariat confiée par Dieu à l’Homme pour qu’il exerce les fonctions de liberté, de justice, de vérité et de responsabilité sur ses choix et ses actes tout simplement parce qu’il est homme et c’est sa vocation d’être honorée et d’exiger le respect et la liberté. Ce sont nos principes. La réalité peut imposer ses règles, car les contradictions sont exacerbées et ne peuvent trouver aboutissement que par le conflit et le rapport de force. Dans ce cas les principes exigent que la force ne doit pas être démesurée et disproportionnée pour ne pas se transformer en chaos ou en effusion de sang et pour ne pas donner la fausse illusion que tous les problèmes se règlent par la force dans la démarche activiste du « tout ici et tout maintenant » comme si l’histoire humaine pouvait être un achèvement définitif ou un renversement radical.

Le Coran et les implorations du Prophète (saws) s’ils accordent le droit à l’opprimé de se défendre lorsqu’il est agressé, ils refusent l’activisme cynique et l’agitation subversive. L’Islam, les religions et les spiritualités du monde nous disent que le changement est un processus naturel qu’il ne faut pas comprendre comme agression de l’homme devenu idole sur le monde devenu esclave, mais comme transformation de l’homme. Cet homme n’est pas un être abstrait désincarné sur lequel on spécule, mais un être concret, vivant avec un visage et une singularité qui le distingue des autres. C’est cet homme qui doit parler de ses besoins, de ses attentes et qui doit s’impliquer dans le changement des conditions de son existence. Les idéologues du progressisme et ceux du maraboutisme ont gommé l’existence de cet homme et son droit à l’expression. Il faut voir et entendre les gesticulations et les manœuvres des orchestres  du « Panem et circenses » pour se rendre compte que ces malheureux sont loin de méditer où ils ont conduit l’Algérie et où ils ont mené les Algériens.

Le premier acte de transformation est la méditation-contemplation pour comprendre les finalités ultimes et y adapter ses démarches et ses moyens :

{Certes, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a en vérité des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre :  » Notre Seigneur! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi! Garde-nous du châtiment du Feu.}  Al-Imran, 190-191

L’homme contemplatif et méditatif finit par comprendre que toutes les créatures ont leur place et leur rôle dans la création divine. Personnellement, au cours de mes pérégrinations sur le territoire national et en voyage ou au travail je n’ai jamais manqué de contempler un paysage ou un visage en me posant des questions sur leur vocation, leur richesse, leur diversité, leur sens. Est-il possible que ces gens, ces reliefs et ces moments soient absurdes et que nous-mêmes soyons des insensés au point de ne pas en prendre soin pour les fructifier, pour en faire des symboles de témoignage de notre gratitude et de notre devoir de bien faire. Aujourd’hui, à distance, je médite les gargarismes de ceux qui brûlait le matin ce qu’ils avaient adoré la nuit et qui adorent le soir ce qu’ils avaient brûlé le matin par opportunisme, hypocrisie et nationalisme des canailles. Comme est belle et exacte cette parabole de Jalal Eddine Roumi :

Si ta pensée est une fleur, tu es un parterre fleuri

Mais si elle est faite d’épines, tu n’es que ronces à brûler.

Tu n’es pas un corps tu es un œil spirituel.

Ce que ton œil a contemplé tu le deviens…

Le changement est d’abord qualitatif pour mieux vivre, mieux se respecter, mieux se connaitre, mieux partager. Il est dans l’anagogie c’est à-dire dans l’élan spirituel et la sympathie, l’ardeur psycho-temporelle et la bienveillance, l’intelligence et l’amour… Le changement n’est pas dans la seule alternance politique. Il ne s’agit pas de constituer une alternative à un pouvoir en place, mais une alternative à un système voire plus une revivification de la société qui se remet à produire ses idées, son élite, son argent, son organisation, ses produits. Ce n’est pas la révolution française, c’est l’autogestion lors de l’indépendance nationale, c’est la fraternisation lors de la guerre de libération nationale. L’idée qu’Allah fait changer par le pouvoir (la force ou le gouvernement) ce qu’Il ne change pas par le Coran est fausse même si elle est attribuée au Calife Otman. Cette conception, jacobine et kharijite, est un désaveu de la Puissance d’Allah et une dérive démiurge de la capacité humaine alors que l’homme, par essence, est faible et  imparfait, par sa finitude et sa faillibilité, est limité et impuissant. Cette conception du changement par le haut semblable au centralisme bureaucratique fait croire que le peuple exercerait le pouvoir et que la cité vertueuse se réaliserait en confiant les rênes du pouvoir à une bande de despotes illuminés, laïcs ou religieux, qui ne manqueraient certainement pas d’éradiquer leurs opposants, de remplir les prisons et de vider les caisses de l’État. Ce sont des utopies contre nature et dangereuses. Ces utopies sont des machines à fabriquer le consentement populaire et l’aliénation, car imbues de leur suffisance et de leur arrogance elles vont se couper des réalités et inventer de faux syllogismes idéologiques et religieux pour se maintenir au pouvoir.

On entend des prédicateurs citer David et Salomon comme modèles de changement par le haut et c’est faux, car le pouvoir qu’ils ont détenu est venu comme récompense de leur vertu et de leur sens de la justice et de l’équité. Par ailleurs le récit coranique nous donne leur contexte historique et territorial : le conflit avec des armées puissantes capables de les envahir et de les soumettre. A ce propos, si les Algériens, gouvernants et gouvernés, ne mettent pas le curseur sur la priorité centrale en l’occurrence la prédation étrangère et les retombées géopolitiques des agressions de la Syrie et de la Libye, la lutte du pouvoir sera l’occasion de fragmenter l’unité nationale fragile, de disloquer l’économie nationale précaire et de déchirer le tissu social en décomposition morale. L’ivresse de l’argent facile et de la consommation effrénée empêche les algériens d’écouter la vérité et de voir la réalité : nous sommes un comptoir commercial destiné à devenir une base coloniale. Au-delà du discours triomphaliste et arrogant, nous n’avons pas les moyens de résister dans les conditions actuelles d’immobilisme et d’irresponsabilité.

Le véritable changement commence lorsque chacun refuse la prédation vorace et cupide, la laideur et l’injustice ou s’indigne devant leur spectacle. La plus grande injustice c’est de croire que la laideur et l’injustice des gouvernants autorisent celles des gouvernés. Le plus grand mensonge c’est de croire que les manifestations spectacles ou les actions d’éclat sont une réponse à l’indignation alors que ce qui nous indigne n’est pas suffisamment compris dans sa genèse ni résolu dans sa mesure la plus appropriée pour lui apporter la solution qu’il mérite. Alors quel changement ? Allah y répond :

{ En vérité, Allah ne change point un peuple tant que celui-ci n’a point changé ce qui est en lui} Ar Raäd 11

Les bigots et les moralisateurs ont pensé que le changement s’opère par le zèle cultuel, les soufies par le spiritualisme, les jihadistes par la violence armée, les salafistes wahhabites par le commerce et la mode vestimentaire. Chacun y va de l’interprétation. Nous mettons l’accent sur des pratiques alors qu’il s’agit de transformer l’être c’est-à-dire transformer son rapport à la vérité et à la réalité en transformant ses représentations mentales et idéologiques, ses comportements, sa conscience, son sens des responsabilités. La transformation de l’être n’est pas d’ordre religieux ou politique, mais d’ordre intérieur. C’est l’homme qui doit se libérer de ce qui l’aliène pour se hisser à sa vocation humaine :

{Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.}  an-Nahl, 90

Lorsque chacun se discipline à bien penser, à bien agir, à bien aimer, à bien se comporter, à bien croire en Dieu alors il devient un rayonnement spirituel c’est-à-dire une intelligence rayonnante de bonté, d’amour, de vérité. La vérité que nous sollicitons n’est pas un concept abstrait ou une fascination médiatique, c’est un fait qui témoigne de son authenticité et un être qui témoigne de sa véracité. Ce sont ces faits et ces êtres avec les idées qui les génèrent et qui en découlent qui sont les vecteurs du rayonnement moral et spirituel. La dynamique du changement est lorsque l’acte de bien bonifie l’être qui a son tour inspire autrui à bien agir dans le respect des différences qui peuplent la cité. La cité peuplée de gens rayonnants sera alors un pôle de rayonnement universel qui ne connait ni l’humiliation, ni l’insécurité, ni la faim, ni une mauvaise gouvernance :

{Nous avons fait de vous une Communauté centrale (rayonnante) afin que vous portiez témoignage auprès des hommes (sur les hommes), et que le Messager soit témoin auprès de vous (sur vous).} Al Baqara 143

Ce rayonnement n’est pas le fait d’une puissance d’État ou d’un appareil politique qui ordonne d’en haut comme Pharaon, mais le fait d’hommes humbles qui agissent d’en bas avec humilité et dans la proximité des gens et des problèmes de la cité. Nul ne peut témoigner aux hommes s’il n’occupe pas une position centrale, une posture dominante, un rôle rayonnant sur le plan spirituel, moral, social et civilisationnel, ainsi qu’une proximité sociale et affective avec l’humain. Dans nos pays musulmans nous avons le centre de rayonnement par excellence dans la mosquée qui a vocation à fédérer les diversités, à transcender les différences, à établir du lien social de proximité, mais elle est devenue une tribune pour des imams qui y lisent des livres anciens ou des auxiliaires de l’administration qui maintiennent les gens dans le déni de penser et de parler. Le second lieu est la famille, elle est devenue une cellule consumériste. Le troisième lieu est l’école, elle fabrique le mimétisme et la rivalité au lieu de former des esprits à penser librement et efficacement.

Partout où l’homme se trouve, il dispose de moyens d’action s’il consent à agir après avoir médité les fins, s’il fait de la vérité et de la réalité ses critères de décision, de la proximité et de l’amour son périmètre de rayonnement, de ses possibilités la multiplicité et l’ampleur de ses efforts. L’imam, l’enseignant et le parent peuvent, sans éclat, transformer radicalement la société si quelques-uns d’entre eux appliquent scrupuleusement le principe prophétique de refuser le conformisme qui consiste « Il faut faire le bien lorsque la majorité des gens font le bien, mais il ne faut pas faire le mal sous le prétexte que la majorité des gens font le mal ».

Qu’il soit microcosme comme un grain de sable négligeable ou macrocosme comme une multitude incommensurable, Allah le jugera selon l’intention de son œuvre. L’individu croyant rayonnant est pour sa communauté de foi, puis cette communauté de foi est pour l’humanité ce que sont l’arbre pour le jardin et les jardins pour les créatures :

{Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu.}

La priorité, en tout lieu, tout temps et toute condition, est de semer sa propre graine, d’entretenir sa germination et d’espérer d’Allah qu’elle produise arbre et fruits avec générosité et bénédiction. Le Coran est cohérent et éloquent dans son lexique, sa sémantique, ses métaphores et sa symbolique : il est toujours question de culture c’est-à-dire de croissance du bas vers le haut, dans son propre milieu et avec ses propres possibilités :

فَأَمَّا مَن تَابَ وَآمَنَ وَعَمِلَ صَالِحاً فَعَسَىٰ أَن يَكُونَ مِنَ ٱلْمُفْلِحِينَ

{Quant à celui qui se sera repenti, qui sera devenu croyant et qui aura pratiqué le bien, certainement il sera parmi ceux qui cultivent…} Al Qassas 67

Le Falah (فلح) coranique est la culture du bonheur et du salut. C’est cette culture qui produit le changement. Il n’y a ni ressentiment ni fantasme, mais labeur assidu et honnête. Il n’y a attente ni de salaire, ni de reconnaissance, ni de gloire, ni de peur, mais exigence impartiale de vérité et respect strict de la réalité. Il serait illusoire de croire que la prise de pouvoir et l’exercice du pouvoir sont la voie la plus efficace du changement. La culture du changement exige une terre fertile, une disponibilité à semer et l’attente espérant que l’effort non seulement ne soit pas vain, mais qu’il soit béni. C’est un peu le sens de la parabole de Jésus fils de Marie :

« Écoutez ! Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé.
Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n’avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ; et lorsque le soleil s’est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché.
Du grain est tombé aussi dans les ronces, les ronces ont poussé, l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit.
Mais d’autres grains sont tombés dans la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent, pour un. »

La démarche intellectuelle consiste justement à manager le changement et la culture qu’il exige et celle qu’il produit. De bonnes intentions ont été horrifiées de me voir utiliser le verbe manager lorsque j’ai abordé la compétence du changement. Le verbe manager issu du latin « maneggiare » signifie manier du latin manus (la main). Le manager a donc pour vocation initiale de prendre la main dans un processus en se chargeant (ou en étant chargé) de se familiariser avec quelqu’un ou de s’occuper de quelque chose pour qu’être et choses arrivent à leur destination, trouvent leur place et prennent leur dû. Le manager c’est aussi celui qui a vocation de faire tourner le manège c’est à dire de huiler les mécanismes pour garantir le fonctionnement, faciliter le mouvement, la cohérence et la fiabilité des dispositifs destinés à l’usage public.

Aussi bien chez les latins que chez les anglo-saxons il y a une différence entre le manager et le director (le directeur). Le manager est un animateur, un conseiller, qui agit par délégation, par représentation sans être le maitre des lieux. Sa conscience peut être le commanditaire de ses idées, de ses paroles et de ses prises de position. Le « directeur » est celui qui, souvent seul, possède la charge et la responsabilité de donner des ordres, d’indiquer la direction à suivre et le cas échéant de rendre compte s’il agit pour le compte d’un maitre d’ouvrage ou d’un maitre des lieux qui le commandite. Il n’y a pas d’équivalent managérial aux statuts de directeur qui peut être directeur de conscience, directeur spirituel, directeur de recherche, directeur d’entreprise, chef d’un directoire ou d’un exécutif. Le directeur est l’autorité hiérarchique à qui revient la décision finale. Le manager n’est pas dans la décision, il est dans la médiation où il peut jouer le rôle de facilitateur dans le transport de l’information et dans l’intermédiation où il peut jouer le rôle de garant entre des parties contractantes pour sceller un accord ou divergentes pour régler un litige. Si la direction renvoie à la notion de maitre qui ordonne, le management renvoie à la notion de servant qui rapproche. Si la direction renvoie à l’imposition pour réaliser un objectif, le management renvoie à la bienveillance pour rendre les choses compatibles et mettre les hommes en harmonie.

Manager implique donc la réflexion systématique, l’information fiable, la responsabilité morale, la connaissance des règles de l’art, la proximité, la médiation et la communication. C’est ce que fait l’artiste lorsqu’il livre son interprétation du réel. C’est ce que fait l’intellectuel lorsqu’il n’est pas auxiliaire de service ou interlocuteur valide des services. C’est ce que doivent faire ceux qui sont concernés par le changement. Les technocrates du capitalisme et les  bureaucrates du centralisme bolchevique convertis aux affaires ont confiné le management au commandement des hommes et à la gestion des budgets. Les « cadres » qui ont coulé le secteur public n’ont retenu du management que  la direction d’une affaire ou d’un service ou l’entretien des relations d’intérêts.

Ne peuvent donc manager les affaires publiques ceux qui sont au service d’intérêts privés ou aliénés par leur appartenance idéologique. Ceux qui veulent concilier et réconcilier les Algériens à faire de la Politique au sens noble du terme doivent s’exclure du pouvoir et des partis pour se consacrer exclusivement au management du changement par lequel on évite l’effusion de sang et la ruine. Pour ceux qui ne parviennent pas à saisir le sens de mes propos et qui m’attribuent des buts inavoués, je dois avouer que la richesse et les subtilités du langage traduisent exactement la pensée de ma pensée et visent à montrer que la culture du changement, la pédagogie du changement ou le management du changement est avant tout une affaire de liberté de parole et c’est cette liberté qui doit transcender les idéologies et les partis pour que la cité devienne un lieu de management ouvert à tous et profitable à tous.

La voie anagogique, aspiration vertueuse dans la cité des hommes et empathie pour la création de Dieu, est difficile à concevoir tant par les partisans de l’immobilisme et de la rente que par les agitateurs extrémistes et nihilistes. Le prophète qui demande la vertu est raillé et expulsé. Le Prophète qui demande la patience est raillé et expulsé.

La clé du changement historique qui met fin à l’injustice et au mensonge du capitalisme et de ses vassaux despotiques dans le monde musulman est la résilience. Le mot résilience désigne la capacité d’un organisme à s’adapter à un environnement hostile, perturbant ou changeant. C’est la compétence de refuser de s’aligner sur le modèle dominant tout en cherchant les formes d’organisation et les mécanisme de production et de répartition qui libèrent l’homme de la prédation C’est la compétence de récupérer son énergie vitale et son fonctionnement normal après un choc, une déformation, une usure ou une panne.

La volonté des populations musulmanes de résister au colonialisme et leur persistance à croire à un autre destin autre que l’indépendance inachevée et confisquée témoigne  que l’âme humaine est indestructible, il suffit donc que cette âme entre en contact avec Dieu et porter fidèlement et efficacement la foi ou que cette âme comprenne les  vocations de l’Islam pour qu’elle devienne l’instrument de Dieu par lequel Allah déjoue et châtie les comploteurs selon un principe irréfutable :

{La Parole de ton Dieu s’est accomplie véritablement et justement. Rien ne peut changer Ses paroles.} Coran

La résilience est sans doute le terme qui traduit le mieux le terme coranique Sabr, cette compétence spirituelle et psychologique d’endurer les épreuves et de réagir avec intelligence et détermination sans empressement ni improvisation. Demeurez constant et persévérant sans céder au mimétisme et à l’alignement exige une élévation morale et spirituelle, une connaissance des vrais enjeux, et l’attente du changement dans l’espérance :

{Suis ce qui t’est révélé et persévère jusqu’à ce qu’Allah juge (décide, Il est le meilleur des juges (décideur).} Coran

Demeurez constant et persévérant sans céder au désespoir est la résilience qui permet de maintenir intact son état moral et de conserver son potentiel d’action pour résister et agir sur son environnement hostile. Elle exige une aspiration spirituelle et un niveau de certitude tel que le renoncement à la corruption lorsqu’il devient un refus collectif provoque la fracture puis l’effondrement de l’oppresseur au moment le plus inattendu et de la façon la plus dramatique :

{Ne faiblissez donc pas, et ne vous chagrinez pas, alors que vous êtes les plus élevés} Coran

Bien entendu l’élévation peut être comprise à tort comme l’arrogance du « peuple élu » et des « bien-aimés de Dieu » alors qu’il s’agit de l’aspiration morale et spirituelle à la perfection dans ce monde et au salut dans l’autre. L’élévation peut être comprise comme un discours moralisateur pour se croire le meilleur, en adoptant quelques postures religieuses ou en mimant quelques socio codes du passé quelques et géocodes d’Arabie, alors qu’il s’agit de créer les meilleures conditions et les meilleures possibilités pour se hisser au rang qu’exige la foi : témoigner avec efficacité et justesse de ce que la foi authentique peut réaliser en termes de libération et de civilisation.

Construire l’ambiance psychologique et spirituelle de sa résilience et de son espérance est aussi important sinon plus qu’agir sur les conditions objectives et les possibilités matérielles de sa résistance ou de son émancipation. Un peuple livré à lui-même ne peut s’organiser en résilience. Il lui faut de la foi et une guidance qui l’éduque et le prépare. Les moyens objectifs doivent être mobilisés, mais ils ne peuvent remplacer la dimension spirituelle et psychologique qui donne la finalité, le sens et le rythme soutenu et assidu de l’effort ainsi que l’acceptation des sacrifices et des épreuves.

Les appareils disposent des dispositifs et des intelligences de corruption et de fabrication du désespoir qui brisent facilement un mouvement dont l’inspiration et l’activité ne sont que politique ou idéologique. Devant la puissance et l’impunité d’un système dominant et arrogant il n’y a que la démission ou la violence à laquelle ceux qui ont oublié Dieu ont recourt par impuissance. Ceux qui ont préparé leur résistance en se remettant totalement à Dieu ne compte pas sur leurs forces et n’escomptent leurs résultats : ils s’inscrivent dans une logique qui transcende l’histoire immédiate en prenant acte des facteurs de puissance et d’impuissance pour adapter leur formes de résistance et construire leur espérance.

Personne n’a de réponse individuelle ni de recette miracle contre le désespoir et le désenchantement. Le Coran invite à l’espoir par la vie spirituelle et la connaissance de la réalité telle qu’elle est sans idéalisme romantique ni nihilisme cynique. L’expérience humaine invite au partage, à la solidarité et à la communion. Lorsqu’on conjugue le Coran et l’expérience on trouve réponse dans l’enseignement prophétique qui demande la coopération de tous pour lui trouver une configuration sociale et politique, individuelle, collective et environnementale faisant transformer le désespoir en mouvement historique de changement :

« Allah mon Dieu ! Je cherche refuge auprès de Toi contre l’affliction et le chagrin, contre l’indigence et la paresse, contre la lâcheté et l’avarice, contre l’endettement et l’oppression des hommes »

Sans ce cheminement nous resterons dans l’importation des utopies et l’improvisation des échecs. La lutte idéologique consiste, sur cet aspect de la résistance intellectuelle et sociale à se focaliser sur une solution qui viendrait comme une recette de cuisine alors que la réalité et la complexité exigent de s’inscrire dans une praxis. La praxis c’est penser et agir socialement hors de l’utopie et de l’idée facile du droit à revendiquer ou du mal à dénoncer. La praxis c’est aussi penser et agir à la fois sur des concepts et sur la conceptualisation du retour d’expériences accumulées. Pour l’instant nous ne produisons pas suffisamment de pensée et d’efficacité dans l’action sociale et politique. Le pire c’est que nous ne faisons ni évaluation ni critique du peu de pensées et d’actions entreprises. Nous sommes des utopies spontanées, atomisées et dispersées sans dénominateur commun, sans lien fédérateur, sans champ social, sans perspective politique.

La foi, l’idée ou la démarche de civilisation ne peut être enfermée dans une mosquée, confiné dans un parti politique, mise en spectacle dans un média, ou instrumentalisé par un pouvoir. Elle a vocation spirituelle, sociale, libératrice et civilisatrice. Elle demande du temps, de l’énergie, du champ social et de la profondeur intellectuelle. La mission de l’intellectuel est de rappeler cette vocation, de l’expliciter, de refuser son instrumentalisation politicienne ou idéologique, de la protéger tant du populisme infantile que de l’idéalisme utopique. L’intellectuel ne peut se limiter à l’instant présent, sa vocation est de s’inscrire dans le temps historique.

Sans la grâce divine, l’homme et la société ne peuvent pas trouver le salut, et sans la raison ils ne peuvent prétendre à la grâce divine qui leur a fait don de la raison pour qu’ils soient des témoins reconnaissants et agissants. Saint Augustin a fait de l’esthétique la manifestation du bonheur. Le beau est aimable, l’aimable est embelli. Le croyant ne peut vider son idée, sa parole et son acte de leur dimension esthétique. Des idées laides, des comportements grossiers et des paroles vulgaires ne peuvent engendrer des projets nobles ou des actions belles :

{Et dites aux hommes de bonnes paroles} Coran

{Vers Lui monte la bonne parole, et l’œuvre vertueuse, Il l’élève.} Coran

Dans les cas désespérés, la belle parole de politesse est un encouragement, une charité, un appel à s’élever vers un sens éthique et du devoir plus élevé fermant la porte aux dérives de l’indifférence et du mépris. Lorsqu’il n’y a rien à donner l’écoute bienveillante et le partage des souffrances est une bonne parole silencieuse qui laissent les coeurs communiquer et se soutenir en attendant que les jours amènent la guérison et la lumière.

Sans l’esthétique, cette conscience du beau, la morale serait austère et froide où il ne se serait question que de châtiment, de malédiction et de renoncement laissant non seulement l’ignorant dans ses ténèbres, mais laissant l’âme et l’intelligence frustrées de ne pouvoir répondre à l’appel intérieur et extérieur vers plus de perfection. Le berbérisme athée qui s’attaque avec laideur et bêtise à la foi du peuple algérien devrait relire l’histoire de l’Algérie. Nos gouvernants qui nous insultent et nous méprisent devraient s’inspirer de la noblesse et de la beauté de ce pays au lieu de la méchanceté et de la médiocrité de leur arrivisme et de leur cupidité vorace.

Au lieu d’opposer berbérité et arabité, modernité et islamité, l’histoire et l’intelligence auraient dû se mettre au service de la conscience algérienne et lui donner le sens du devoir et du travail en montrant comment le sol nord-africain avait enfanté des grandes idées et de grands hommes. Notre solution est dans le débat et dans l’enrichissement mutuel et non dans le dénigrement des autres ou dans le déni de vérité en faisant de notre passé, de notre présent et de notre avenir un tabou dont l’évocation dérangerait nos consciences. Lorsque le premier ministre algérien compare le Coran à de la poésie ou lorsqu’il prétend que le pays n’a pas besoin de poètes et de philosophes, il ne reflète que l’inconscience d’un système moribond et inculte que rien ne vient déchirer, raisonner ou éclairer :

{Leur exemple est comme celui qui alluma un feu, et lorsqu’il éclaira les alentours, Allah dissipa leur lumière et les laissa dans des ténèbres, ne voyant rien : sourds, muets, aveugles, c’est pourquoi ils n’en reviennent pas} Coran

{Certes, les pires des bêtes, pour Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point. Si Allah avait trouvé en eux quelque bien, Il les aurait fait entendre.} Coran

C’est la désacralisation et la profanation des principes qui font que l’homme au lieu de subordonner ses idées et ses actes aux principes, il subordonne ses fins et ses intentions à ses désirs. Le pire des désirs est la dérive démiurge qui donne l’illusion à l’homme qu’il est un dieu sur terre à l’image de Pharaon ne rendant compte qu’à lui-même ou un esclave de Pharaon soumis aux désirs de Pharaon et de sa cour. Contre Pharaon, Moïse, en plus des Signes annonciateurs de la fin et de l’assistance de son frère avait grandi dans l’amour d’une mère, d’une sœur et de l’épouse de Pharaon. Il avait été comblé par l’amour de Dieu.

Saint Augustin a dit que la mesure de l’amour est l’amour lui-même et que chacun sera rempli à sa mesure comme l’avait dit Jésus (saws). L’amour de Dieu et la compassion pour la créature de Dieu donnent le sens du sacrifice et l’énergie pour imaginer et entreprendre un projet de libération, de dignité, de justice, de solidarité. L’intelligence seule ne peut dépasser le stade de la technique impuissante à saisir l’humain. L’oppresseur fait tout son possible pour amener l’opprimé à son niveau de déshumanisation pour partager avec lui la même malédiction et pour empêcher que les liens d’amour ne se tissent et ne deviennent des liens de solidarité.

L’amour pervers, mégalomaniaque et narcissique conduit au suicide collectif par l’injustice, les souffrances, l’arrogance envers autrui et la spoliation de ses droits et de ses ressources. La miséricorde, l’empathie, la quête du salut, l’attente du Jugement dernier, l’espérance conduisent l’homme à l’humilité c’est-à-dire à prendre conscience de sa petitesse ou du moins de sa position relative dans cette existence. Il n’est ni dieu, ni ange, ni bête, ni démon, mais profondément et tragiquement humain. Il tombe et se relève, il faute et se repent… Il cherche la voie des justes jusqu’à trouver la vérité ou trouver la mort apaisé et réconcilié avec lui-même.

Ce cheminement à la fois spirituel, culturel, intellectuel et actanciel dans la foi et dans l’existence temporelle n’est pas facile, car il est contrarié par les difficultés, les obstacles, les échecs et même par les réussites et les tentations mondaines. Le philosophe peut devenir fou et se suicider lorsqu’il rate la réponse à son questionnement comme Nietzsche : « Comment sortir du désespoir le plus profond l’espoir le plus indicible ». Le croyant peut perdre la foi lorsqu’il ne voit pas la justice divine se manifester derrière la cruauté et le hasard en apparence :

{A quand la victoire de Dieu} Coran

L’intégriste islamiste est empressé à conquérir le pouvoir et à soumettre les populations à sa mode religieuse pour éprouver de la miséricorde ou de l’intelligence envers le monde. Le mécréant transgresseur est dans l’impossibilité intellectuelle et morale d’imaginer sa déchéance tant il est imbu de son impunité apparente comme il est dans l’incapacité totale de voir un instant la victoire de l’opprimé autre que dans la violence révolutionnaire ou dans la loi du marché selon son appartenance idéologique :

{Quiconque croit qu’Allah ne lui donnerait pas victoire (au Prophète), dans le monde et dans la vie future, qu’il tende alors une corde vers le toit, ensuite qu’il se pende, puis qu’il regarde si sa ruse a dissipé ce qui l’enrage !} Coran

L’homme en devenant sa propre mesure, sa propre norme, sa propre valeur s’éloigne des principes et il peut se croire réformateur alors qu’il est corrupteur ennemi de l’humanité et de la création. Lorsqu’il ne trouve pas de contradiction et de résistance pour le freiner dans ses crimes et démasquer ses syllogismes fallacieux, idéologiques et religieux, et ses utopies destructrices alors il se transforme en tyran démoniaque. La société et les élites qui ont laissé faire ou qui ont participé à l’émergence de la monstruosité partagent la responsabilité des crimes avec le tyran et son système corrupteur :

{Que n’y avait-il pas, dans les générations précédentes, des gens de bien qui interdisent la corruption de par la terre : Mais peu nombreux l’étaient parmi ceux que Nous avons sauvés. Alors ceux qui étaient injustes ont été poursuivis par ce qui les a fait périr, car ils étaient des malfaiteurs.} Coran

Si les élites algériennes avaient un sens des responsabilités jamais elles n’auraient laissé le pays sombrer dans la décennie rouge et noire. Les élites libyennes et syriennes n’auraient jamais toléré que leurs pays soient la visée de l’OTAN même si les pseudo savants musulmans ont rendu licite l’effusion de sang et la mise en ruine de ces pays.

Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de la résilience. Il ne s’agit pas d’attendre le retour du Messie ou la venue du Mahdi, mais de donner de l’espoir, de semer des initiatives, d’ouvrir de nouvelles perspectives. Si le pouvoir algérien, ses opposants politiques et la classe moyenne lettrée ne lisent pas la violence qui est en train de s’installer en Algérie comme moyen « normal » de négociation pour obtenir un travail, un logement, un investissement, une route, une rente, un droit, cette violence larvée va devenir incendie. S’ils ne voient pas les compétences des maffias de l’économie à recruter des démunis et des désœuvrés pour les mobiliser en des armées de « Baltagia » à l’égyptienne, la violence va devenir l’instrumentalisation politique de la société pour que la rente demeure le monopole des brigands d’autant plus que les sources de la rente sont en train de s’assécher considérablement.

Il est plus que jamais urgent de manager le changement. Les managers du changement sont les semeurs de bonnes paroles et de bonnes intentions. Est-ce qu’ils sont compris ou compréhensibles cela est une autre affaire comme l’explicite Jésus fils de Marie :

« Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors, comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?
Le semeur sème la Parole.
Il y a ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée : quand ils l’entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux.
Et de même, il y a ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux : ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ; mais ils n’ont pas en eux de racine, ce sont les gens d’un moment ; que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt.
Et il y en a d’autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et toutes les autres convoitises les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent, pour un. »

 Lorsqu’on inscrit ses pas dans la continuité prophétique, alors on se libère des limites actuelles pour se hisser aux possibilités infinies :

{N’as-tu pas vu comment Allah fourni une parabole ? Une bonne parole est comme un arbre bon : sa racine est stable et sa ramure est au ciel. Il donne ses fruits en chaque saison, par le Vouloir de son Dieu. Et Allah fournit les paraboles pour les hommes, peut-être se souviendraient-ils. Et la semblance d’une mauvaise parole est comme un arbre mauvais, qui fut arraché de sur la terre, qui n’a nulle stabilité.} Coran

En effet nous pouvons imaginer le nombre de fruits dans un arbre, les cueillir ou les laisser pourrir, nous pouvons protéger l’arbre ou le détruire, mais personne ne peut imaginer les arbres contenus dans les grains ni les conditions et le moment de leur ensemencement.

[bctt tweet= »De la culture du management du changement »]

Omar MAZRI

Source : De la culture du management du changement

 

Soyons circonspects

ٰيٰأَيُّهَا ٱلَّذِينَ آمَنُوۤاْ إِن جَآءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوۤاْ أَن تُصِيبُواْ قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُواْ عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ

{O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

 

A – La charte universelle

Cette Ayat s’inscrit dans la charte morale, intellectuelle et sociale du Croyant que la sourate al Hujurate énonce :

 1 – O vous qui êtes devenus croyants, ne devancez pas Allah et Son Messager dans le jugement. Prenez-garde à  Allah…

2 – O vous qui êtes devenus croyants, n’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne faites pas retentir la voix en lui parlant…

3 –  O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects…

4 – O vous qui êtes devenus croyants, qu’il n’y ait pas un groupe d’hommes qui  se moque d’un autre groupe…

5 –  O vous qui êtes devenus croyants, Evitez de conjecturer sur autrui : certaines conjectures  sont des péchés. Ne vous espionnez pas ! Ne médisez pas les uns des autres…

6 – O vous qui êtes devenus croyants : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance…

Cette charte est universelle, car elle s’adresse à toutes  les géographies, toutes les époques et tous les hommes. Son appel est trop riche pour être cerné par un article ou un discours. Nous allons tenter de  mettre en exergue certains de ses aspects  pour transcender l’actualité. Cette charte vient à un moment historique déterminant : les musulmans sont harcelés par des guerres incessantes que leur livrent les Arabes qui installent le doute dans le cœur des fragiles et réveillent l’ardeur des hypocrites. Ce sont ces moments les plus propices à la désertion, à la lassitude et même à l’aventurisme guerrier et revanchard.  Il faut un Prophète et une révélation pour voir plus loin et plus haut et y trouver la détermination, l’espoir et la lucidité.

B – Le cadre global :

Ces appels viennent à la suite de la sourate « Al Fatah » qui annonce le triomphe des Musulmans sur leurs ennemis et de la sourate « Mohammed » qui montre que l’ouverture, la victoire, la grandeur et l’établissement de la communauté musulmane passe par l’amour et l’obéissance du Prophète. Il  ne s’agit pas d’une attitude convulsive qui réagit comme un spectacle affligeant et en contradiction avec ce que Mohamed (saws) représente : « Miséricorde pour les univers ». La sourate al Fatah dit les choses sans équivoques :

{Mohammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, aspirant à une Munificence de la part d’Allah et un agrément. Leurs signes sont sur leurs visages, comme trace de la prosternation. Cela est leur exemple dans la Torah. Et leur exemple dans l’Évangile : comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs, afin qu’Il fasse exaspérer ceux qui sont devenus  mécréants. Allah A Promis à ceux qui sont devenus  croyants et ceux d’entre eux qui ont fait les œuvres méritoires, une absolution et une immense rémunération.} Al Fatah 29

Il ne s’agit pas de la violence de l’insenséisme des terroristes ou de l’infantilisme des intégristes, mais de la posture morale, spirituelle et intellectuelle des vertueux qui ne font aucune concession sur les valeurs, les principes et la foi dans leur rapport à Dieu, au Prophète, à leur communauté et  aux communautés humaines avec qui ils vivent en paix et en coopération pour les choses mondaines. La force triomphante de l’Islam est dans son empathie envers les créatures, dans son anagogie (élan spirituel) et dans son argumentation logique. Les apologues du crimes et les aventuriers de l’anarchie ne sont pas concernés par ce discours. Ils ont leur discours qui invente un Dieu et un Prophète à leur image. Ils sont la même face que les oppresseurs et les blasphémateurs. De la même manière que l’habillage libertaire, l’habillage religieux peut servir d’autres intérêts en contradiction avec l’islam et peut manipuler des consciences, des vies et des morts.

Le Prophète (saws) n’avait pas pour mission de combattre tous les mécréants de la planète, mais de se défendre,  préserver sa foi et sécuriser sa communauté en combattant en totalité c’est-à-dire avec les forces et les moyens disponibles, les agresseurs qui ont pris, en bloc soudé, les armes contre le Prophète et ses compagnons. Le Coran ne demande pas de déclarer la guerre aux peuples païens ou agnostiques, mais de résister aux Kouffars (pour leur interdire la parole et le culte. Les ignorants, les esprits vengeurs et les sectaires ne peuvent confisquer le Coran et lui donner le sens de leur médiocrité,  de leur soif de pouvoir ou de leur désir pour l’effusion de sang : {Combattez les Kouffars tous ensemble comme ils vous combattent en totalité et ne transgressez pas} n’est pas la même chose que « combattez tous les mécréants ».

La vocation du musulman est de témoigner :

  {O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Dieu et faites le bien, afin que  vous cultiviez. Et efforcez-vous  pour Allah par l’effort qui doit Lui être dû. Il vous a élus et ne vous a imposé nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran),   afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes. Accomplissez donc la Salàt, acquittez-vous de la Zakàt, attachez-vous à Allah, Il est votre Protecteur. Quel excellent  Protecteur et quel excellent  Secoureur.} Al Hajj 77 – 78

Pour témoigner il faut une présence vertueuse, forte et intelligente. Celui qui connait le potentiel civilisateur et libérateur de l’Islam et qui aime le triomphe du satanisme fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la présence musulmane soit insensée, stupide, violente et inefficace. Les imposteurs et les falsificateurs de l’Islam participent  à fabriquer une image caricaturale des musulmans. Celui qui refuse la vocation civilisatrice et libératrice de l’Islam refuse la vocation de témoignage du musulman.

Lorsque le salafiste se croit en devoir de dire que la visibilité de l’Islam dérange et qu’il faut montrer notre attachement au kamis, à la barbe et au jilbab, il n’exprime en réalité que son ignorance des enjeux géopolitique et psycho politiques ainsi que  sa méconnaissance de la vocation de l’Islam. Les mêmes stupidités et les mêmes raccourcis ont fait croire que le Prophète de l’Islam est un maître tailleur, un herboriste ou un exorciseur. Le musulman modernisant courre derrière les mêmes chimères lorsqu’il imagine  ses apparitions médiatiques ou ses prouesses bureaucratiques auprès du Maire, du Préfet ou du Président de je-ne-sais-quoi  une réponse adéquate à la panne intellectuelle ou une solution judicieuse qui peut faire l’impasse sur les conditions sociales, politiques et économiques Si la stupidité des autres est un alibi pour cultiver la nôtre, il ne faut pas espérer l’éveil de la communauté musulmane avant mille ans.

La sourate Al Fatah s’inaugure par une vérité que nos esprits médiocres et simplistes ne peuvent comprendre :

{Nous t’avons ouvert une ouverture divine, évidente, afin qu’Allah t’absolve ce qui a passé de tes péchés et ce qui est à venir, qu’Il parachève sur toi Sa grâce, qu’Il te guide vers un chemin de rectitude, et te faire triompher un triomphe invincible.} Al Fatah 1.

Si nous sommes incapables de comprendre la parole de notre Créateur et par cette incompréhension nous rendons la parole du Messager (saws) un contre sens de la parole divine alors il ne faut pas s’étonner que nous soyons méprisés, humiliés, menacés. La sourate Mohamed ne nous demande pas de vénérer notre Prophète (saws) comme le faisaient les anciennes communautés, mais de comprendre le Message qui lui a été révélé, son combat et sa morale :

 {Ceux qui sont devenus  mécréants et ont rebuté de la Cause d’Allah, Il condamne leurs œuvres au fourvoiement. Et ceux qui sont devenus  croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont eu foi en ce qui a été révélé à Mohamed, et c’est la Vérité de la part de leur Dieu, Il expie leurs mauvaises actions et les tranquillise. Cela, car ceux qui sont devenus  mécréants ont suivi le faux, et ceux qui sont devenus  croyants ont suivi le Vrai venant de la part de leur Dieu. Ainsi Allah Fournit aux hommes leurs exemples.} Mohamed 1

C’est le rapport au faux et aux vrai qui distingue le véridique de l’imposteur, le sincère de l’hypocrite, le vertueux de l’opportuniste et le croyant du mécréant. C’est ce rapport qui édifie la personnalité du musulman et lui donne la dimension de témoin sur le plan spirituel, moral, social, intellectuel, culturel, économique, politique. Il témoigne aux hommes du présent et aux générations à venir. Il étudie et prend modèle le témoignage de ceux qui l’ont précédé dans la foi.

La sourate al Hujurate dévoile le comportement hypocrites qui ont fait de l’islam un culte sans foi, une pratique sociale de conformisme sans amour pour le Prophète (saws), une bigoterie qui fait dire au Prophète ce qu’il n’a pas dit se contenant d’amalgamer quelques hadiths hors de leur contexte, de leur signification et en contradiction avec la lettre et l’esprit du Coran :

{Les bédouins disent : « Nous sommes devenus croyants ». Dis leur : « Vous n’êtes pas devenus pas croyants, mais dites : “Nous sommes devenus musulmans ”, car la foi n’est pas encore entrée en vos cœurs ». Mais si vous obéissez à Allah et à Son Messager, Il ne vous diminuera rien de vos œuvres. Certes, Allah Est Absoluteur, Miséricordieux. Les croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son Messager, et après cela ils n’ont point douté, et ont combattu avec leurs biens et par leurs personnes, pour la Cause d’Allah. Ceux-là sont les véridiques. Dis : « Allez-vous apprendre à Allah quelle est votre religion, alors qu’Allah sait ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la Terre ? » Allah Est Tout-Scient de toute chose. Ils pensent te faire une faveur d’avoir adopté l’Islam ! Dis : « Vous ne me faites aucune faveur avec votre adoption de l’Islam. Mais c’est Allah qui vous fait une faveur en vous guidant vers la foi, si vous êtes véridiques ». Certes, Allah Sait l’Occulte des Cieux et de la terre. Et Allah Omnivoit ce que vous faites.} Al Hujurate 14 à 18

Chacun de nous est une vocation de témoignage. Témoins, nous rendrons compte, individuellement et collectivement à Dieu,  de la responsabilité envers le temps de vie, l’intelligence, son émotion, la perception, l’action et  acte. Si les élites musulmanes préfèrent discourir sur l’eschatologie au lieu du témoignage c’est parce qu’elles fuient leurs responsabilités et cachent leur incompétence. Elles ne pourront jamais cacher indéfiniment la réponse que vont se poser  les  jeunes générations si elles se mettent  à lire le monde avec des interrogations sur leur mission et leur devenir, et si elles se mettent à lire le Coran pour le méditer, le comprendre, l’interroger. N’est-ce pas qu’Allah est Témoin ! En sa qualité de Créateur nous sommes des créatures, en sa qualité de Témoin (Chahed) nous sommes des témoins envers Lui, entre nous et auprès des autres. C’est ainsi que la fin de la sourate al Fatah se clôture pour annoncer la sourate al Hujurate :

 {C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la Direction infaillible et la Religion du Vrai, pour la faire manifester avec évidence, sur toutes les croyances. Il suffit d’Allah comme Témoin.} Al Fatah  28

 C  – Le contenu.

Lorsque on a compris le devoir de témoignage on comprend alors la portée et le sens de l’énoncé coranique :

  يٰأَيُّهَا ٱلَّذِينَ آمَنُوۤاْ إِن جَآءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوۤاْ أَن تُصِيبُواْ قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُواْ عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ

{O vous qui êtes devenus croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez circonspects pour que vous ne portiez point atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

a – Dans d’autres écrits j’ai montré que « ceux qui ont cru » est un passé achevé sur le plan historique et comportementale comme le désiraient les hypocrites et les orientalistes  alors que « vous êtes devenus croyants » est plus conforme à la signification coranique. La foi n’est pas achevée, elle continue dans l’histoire pour façonner les esprits, les mentalités et les sociétés humaines. La foi est un mouvement vers l’absolu, elle ne peut être ni achevée ni finie ni accomplie. Comme l’amour elle est sa propre mesure, incommensurable. Elle n’est pas un état acquis par héritage, mais une conviction qui se forge, qui évolue et se transforme. Elle est un devenir non seulement parce qu’elle est réversible et dynamique, mais surtout parce qu’elle est actancielle modifiant l’être ontologique et sociale changeant son vouloir, son devoir, son pouvoir, son savoir, son croire, sa vertu  et son faire.

b – Par la foi, le sens de témoignage s’inscrit dans la transcendance. On témoigne pas seulement pour bien vivre, pour avoir bonne conscience, par convenance sociale, pour laisser sa trace dans l’histoire à travers un monument, une œuvre, une idée ou un fait, mais pour gagner le double salut, le salut dans l’au-delà pour une vie éternelle et heureuse ainsi que le salut ici-bas pour jouir de la liberté, de la prospérité, de la dignité, de la santé, de la sécurité, de la paix,  de l’intelligence, de la beauté, de la bénédiction divine… en partageant, en offrant son talent, en faisant valoir ses compétences et ses différences.

c – Le témoignage et le devenir de la foi et de la vertu qui l’accompagne ne peuvent se faire dans l’anarchie ou se comprendre comme du romantisme sans vie d’épreuves et de lutte. L’existence est une épreuve pour tous les hommes, elle est plus éprouvante pour les hommes de foi. La communauté appelée à jouer sa vocation de témoin,  à accomplir son destin de « pôle de rayonnement : Oumma wassata  et à disposer des attributs de grandeur « khayra oumma » qui rendent son tamkine (établissement sur terre) possible et durable doit nécessairement construire sa résistance intellectuelle et comportementale pour ne pas être emportée par les luttes idéologiques et les machinations médiatiques et politiques de ses ennemis.

Une communauté appelée à représenter l’Islam, à le défendre et à le diffuser doit donc se démarquer du Fassiq. Le Fassiq est l’individu ou le groupe de personnes qui détourne intentionnellement quelque chose de sa vraie nature ou de son vrai sens.  C’est donc le mal intentionné, l’incitateur au mal, le  corrompu, le débauché, le dépravé, le dévoyé, le perverti, le pervers qui agit avec l’intention de nuire en diffusant de fausses nouvelles, ou qui agit pour le compte d’autrui en colportant leurs mensonges, leurs menaces et leurs intimidations pour effrayer, pousser à un comportement ou à une action…

La conscience d’être témoin exige de traiter l’information, le renseignement, l’observation, l’intention, le comportement ou l’action à destination de la communauté avec circonspection. Le bayane et le tibyane sont le procédé de  mise en évidence de la vérité. Le bayane  (Nom donné au Coran) est la manifestation endogène de la vérité qui s’impose par elle-même par sa propre nature à être évidente quelle que soit la volonté des hommes à la nier ou à l’oublier. Le Coran se nomme aussi le Forqane pour se définir comme le Critère par excellence et par lequel le questeur de vérité distingue le vrai du faux. Le Coran n’est pas seulement l’affirmation de la foi, mais une construction de la personnalité et de la pensée pour faire face aux faux syllogismes et au doute. Le tibyane est l’effort exogène pour que la vérité se cristallise (hasshassa al Haq comme cité dans la sourate Youssef) que chacun accomplit ou se doit d’accomplir pour découvrir la vérité ainsi que l’effort d’enlever tous les obstacles qui se dressent contre la vérité et les écrans qui l’occultent. Le premier acte de foi après la reconnaissance du Dieu unique Créateur, est un acte de témoignage compris comme un devoir de justice, un devoir de vérité envers soi et envers les autres.

La communauté appelée à jouer sa vocation de justice par le témoignage se doit d’être circonspecte. La circonspection, du latin circumspectio « action de regarder autour, inspecter ses alentours… »  consiste à se prononcer sur la fiabilité d’une information ou d’un fait. Aucun projet, aucune étude, aucune science ne se fait sans cette démarche de retenue prudente que l’on doit observer dans ses intentions, ses paroles et ses actions en les pesant et en les combinant pour leur donner justesse, fiabilité, crédibilité, viabilité, pertinence (adéquation avec l’espace) , opportunité (adéquation avec le temps), et cohérence. L’islam n’est pas la religion des charlatans, des improvisateurs, des dissimulateurs  et des insensés. Il n’est pas aussi la religion des comploteurs et des terroristes. Il est la religion de la vigilance de l’esprit et de la responsabilité. L’islam refuse de porter du tort et des préjudices tant aux siens qu’aux autres qui restent sien dans le sens où ils sont les destinataires de son message.  Le Prophète (saws) n’affichait pas l’arrogance des parvenus de la foi de notre temps qui se croient les incarnations de la vérité et de la pureté, mais témoignait de l’amour pour l’humain et souffrait de voir le mécréant dans sa perdition. Il souffrait pour les autres par compassion et ne souffrait pas des autres pour leur manque d’égard envers lui :

{Vas-tu alors te tuer de chagrin, de leur comportement, s’ils ne croient pas en ce discours ? Nous, Nous Avons Fait ce qu’il y a sur la terre pour l’embellir afin de les éprouver : lequel d’entre eux agit au mieux.} Al Kahf 6

La compassion du Prophète (saws) ne lui interdisait pas d’être un pédagogue qui différencie son discours et son style. Elle ne lui interdisait pas de préparer sa communauté à réfléchir et agir avec vigilance, clairvoyance, lucidité, discernement et circonspection. L’Islam est la religion d’Allah, ce n’est pas une affaire personnelle qui permet à chacun de l’imaginer comme il veut ou de la défendre comme il veut par les moyens qu’il veut. L’Islam a discipliné les Arabes, les Perses puis les Mongols et les Tartares lorsqu’il était représenté par des croyants refusant l’anarchie et la paresse. Lorsque les musulmans n’ont plus de projet de civilisation et de conscience de témoignage, ils parviennent à perdre la vigilance au profit de  l’arrogance, le savoir au profit de l’ignorance.

Le Coran ne se limite pas à souligner le devoir de vigilance et de circonspection en toute chose, il donne l’explication du manquement à ce devoir : l’ignorance. Il aurait pu dire inadvertance, oubli, erreur ou faute, mais il cible l’ignorance. Quel est le mystère ?

La pédagogie coranique met l’accent sur l’ignorance pour nous dire deux choses. La première est que notre défaut d’attention (dans notre vigilance) et notre manque d’application (dans notre devoir envers les autres ou dans ce que l’on fait) peut porter du tort aux autres qui peuvent ne pas savoir que nous agissons par insouciance et cela est grave car les conséquences peuvent être dramatiques pour tous. La seconde chose est qu’agir d’une manière inconsidérée,  penser d’une manière insensée, traiter l’information d’une manière superflue et non fiable relève de la pire des fautes qui est l’ignorance des devoirs et des règles de l’art imputables au métier que l’on exerce, à la fonction que l’on occupe et à la charge dont nous sommes investis. Moralement c’est une trahison, politiquement c’est une faillite. La jahiliya, l’obscurantisme, et le Jahl, l’insouciance,  sont des tares incompatibles avec la lumière de l’Islam et les enseignements du Prophète, car ils font rétrograder la communauté non seulement à un niveau inférieur de celui de l’islamité, mais inférieur à celui de l’humanité. C’est l’insouciance des Arabes avant l’Islam qui a façonné leur inconsistance et leur insenséisme. L’ignorance au sens coranique n’est pas l’absence de savoir, mais l’acquisition et la promotion de faux savoirs, de fausses représentations sur la réalité. Cette ignorance ne sied pas à l’être humain :

{… ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et ils ont des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme le bétail, ils sont même plus fourvoyés. Ceux-là sont les inattentifs.} Al Aâraf 179

{Certes, les pires des bêtes, pour Allah, sont les sourds, les muets, qui ne raisonnent point.} Al Anfal 22

L’insouciance, l’indifférence, est une atteinte à l’intelligence, une sape contre le devoir de témoigner. Lorsqu’une communauté est insouciante, elle devient insensible à la voix de la raison lui préférant les discours qui anesthésient sa responsabilité et cultivent sa paresse. Le Coran n’a pas blâmé les poètes, car ils faisaient des vers, mais parce qu’ ils produisaient des paroles fascinantes pour détourner les hommes de la vérité et les aliéner à leurs désirs immédiats et futiles. Voilà plus de cinq siècles que le monde produit en excès ses poètes  bonimenteurs  :

{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés.} As Chouâra 222

Bien entendu, les charlatans ont fait croire que la poésie et les arts c’est haram pour conserver le monopole de l’envoûtement des peuples musulmans déjà abrutis par la sédimentation de l’oppression et de l’ignorance.

Dans cet ordre d’idées, non seulement il y a mise en garde contre l’insouciance  ou le cas échéant blâme contre les insouciants, mais il y a annonce d’un châtiment durable :

{… et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6

L’expression arabe coranique utilise le futur pour désigner une action qui dure et qui se répète inlassablement signifiant par-là que les conséquences sont graves par leur dimension sociale, religieuse et politique ou militaire, mais par leur portée dans le temps et la géographie. Une communauté dont les élites manquent de circonspection et de sens des responsabilités historiques finit par subir son insenséisme et  sa précipitation. L’Algérie, à titre d’exemple a subit la bleuite la peur de l’infiltration française dans les rangs de l’ALN et du FLN qu’elle a sacrifié un grand nombre d’intellectuels dans ses maquis et ses réseaux de résistance. C’est ce sacrifice inhumain et inutile qui a décimé la révolution algérienne et a permis aux incompétents de prendre en otage la libération. C’est la même incompétence qui a permis à la décennie noire de vider l’Algérie de ses cadres et de ses ressources. Partout, on assiste au même phénomène qui dure et perdure.

Le Coran nous dit que l’insouciance n’est pas une tare spontanée, elle est structurelle et de ce fait elle est récurrente. Les grandes catastrophes dans le monde musulman sont récurrentes et relèvent de l’insouciance. Les musulmans fabriquent leurs propres malheurs et de la même manière récurrente ils en imputent la responsabilité à autrui. La spirale de l’humiliation ne prend pas fin en désignant un responsable, mais en faisant l’effort de lucidité pour voir le devenir que nous avons mis en panne et que nous continuons de saboter. Encore une fois, les autres ne sont que les amplificateurs de nos malheurs et les réducteurs de nos possibilités. Ils ne peuvent être tenus pour les uniques et principaux agents de notre décadence.

{Certes, Allah ne Modifie rien en un peuple jusqu’à ce qu’ils changent ce qui est en eux-mêmes. Et si Allah veut quelque mal à un peuple, rien ne peut le repousser et ils n’ont, à l’exclusion de Lui, aucun protecteur.} Ar Raâd 11

d ) Le Coran utilise le terme nàdimine (pluriel de nàdim) qu’on traduit abusivement par avoir le remord ou le regret alors que le terme désigne aussi la persistance coutumière qui devient rituelle et dogmatique, la démarche mécaniste qui refait inlassablement les mêmes gestes, prononce les mêmes paroles et obéit aux mêmes injonctions sans leur opposer résistance ni leur apporter un changement. Le nadim, dans la poésie arabe, est l’échanson c’est à dire celui qui avait la charge de présenter rituellement la coupe royale dans les cérémonies officielles et de gouter aux boissons pour éviter que le roi ou la reine ne soit empoisonné. C’est aussi le serviteur assidu servant du vin dans les banquets.

La conclusion de l’insouciance ne serait pas seulement le regret  »   et que vous ne  regrettiez ce que vous avez fait. » mais l’émergence d’une culture et d’une mentalité structurelle enracinées dans la confusion et l’insenséisme par manque d’esprit vigilant, par servilité et par manque d’enseignement des expériences. C’est l’un des pires châtiments qui puisse arriver à une communauté ou à une nation dans cette existence.

{… et que vous ne  persistiez  dans ce ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6.

Lorsque le musulman fait de l’attachement aux apparences son credo au lieu de faire de la vérité sa quête il se prive des moyens de sa libération et de son émancipation. Lorsque le musulman n’utilise pas son intelligence et sa compétence de raisonner il devient otage du  mimétisme servile, de la casuistique religieuse et de la reproduction des mêmes schémas mentaux et des mêmes fausses représentations que rien ne vient corriger ni redresser. C’est ainsi qu’il faudrait sans doute traduire les conséquences du manquement à l’appel divin à faire usage de son humanité et de son islamité comme il convient :

{… et que vous ne  persistiez  dans ce ce que vous avez fait.} Al Hujurate 6.

  D – Quelques dangers et impasses de fausse lecture immédiate :

  • La première impasse est de croire que la communauté juive est la communauté ennemie des musulmans. Les Juifs ont été persécutés par les européens et dans ce contentieux historique nous n’avons ni part de responsabilité ni culpabilité. Nous compatissons à leurs souffrances et aux souffrances de tous les persécutés et de tous les opprimés. Nous refusons que ces souffrances soient instrumentalisées pour des exacerbations sociales, politiques, idéologiques et religieuses.  Nous refusons que la souffrance soit le monopole des uns contre les autres. Le Prophète de l’Islam, Mohamed (saws), avait eu un contentieux historique et politique avec les Juifs de Médine qui ont pris l’initiative de le persécuter en faisant alliance avec les Arabes païens. Le Coran et la Sunna du Prophète sont  sans ambiguïté sur ce sujet.
  • La seconde impasse est d’identifier la communauté juive à Israël ou au sionisme et de ne pas tenir compte des faits et des idées qui ont façonné les hommes et les territoires.  La question palestinienne n’est un conflit religieux ou ethnique. Si les « représentants » de la communauté juive disent le contraire il ne faut pas s’en offenser, les représentants officiels et officieux ainsi que les impostateurs des communautés musulmanes disent eux aussi des choses insensées et inacceptables.
  • La troisième impasse est de croire que toute la communauté laïque est islamophobe. La laïcité et son intégrisme laïciste doivent être revus dans leur contexte historique et politique. Qu’ils se se permettent de dire ou de faire ce qu’ils veulent à notre égard est leur problème. Nous devons leur opposer des réponses efficaces, mais nous ne pouvons cependant occulter les dimensions géographiques, sociales, culturelles, historiques, économiques et religieuses qui ont façonné les mentalités collectives. Notre vocation n’est pas de juger, mais de comprendre pour être une force de proposition dans la voie prophétique :

{Je ne veux que la réforme, autant que je peux. Ma réussite ne dépend que d’Allah. Je me fie entièrement à Lui, et c’est à Lui que je reviens.}  Houd 88.

  • La quatrième impasse est celle de la Hijra, l’exil en sens inverse. Le malaise social conjugué au désordre mondial pousse les communautés juives, chrétiennes et musulmanes à chercher explication dans l’eschatologie. Ceci n’est pas nouveau. A côté du catastrophisme, on cultive l’eldorado du retour, de la Hijra vers les terres d’Islam. Je n’ai ni vocation à parler de halal et de haram, ni mission de parler au nom des gens, mais responsabilité d’éveiller. Tout projet est intéressant y compris celui du retour au pays de ses ancêtres tant que ce projet réponde à une démarche intelligente comme celle exigée par tout autre projet : viabilité, faisabilité et finalité. Chacun sera seul dans son choix et il devra se poser beaucoup de questions  particulièrement  celles sur ses motivations profondes, ses attendus, ses moyens, sa perception de la terre d’islam et enfin de sa responsabilité de témoin auprès des autres. Bien entendu l’islamophobie, le sionisme et le populisme chauvin seraient satisfaits de voir les musulmans partir. Ceux qui pensent que là-bas ils vont rejoindre l’armée de Mohamed pour combattre les mécréants d’ici ont certainement une lecture imparfaite de la réalité d’ici et de là-bas.

Sur le plan conceptuel et méthodologique, faire valoir un hadith déboîté de son contexte d’énonciation ou se référer à des mots tels que Dar al Harb et Dar Al Islam qui n’ont plus de cadre historique  et géographique c’est aller contre le projet fédérateur de l’humanité plurielle qui fait partie intégrale et indissociable  de la sourate al Hujurate qui doit mobiliser notre attention en ces moments de Fitna (troubles et désordres) :

{O vous qui êtes devenus croyants : Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance…} Al Hujurate 6

Pour le capitalisme, dans sa version contemporaine, le consommateur et le marché n’ont ni territoire ni  religion. La meilleure preuve c’est avec ses produits que les musulmans pratiquent l’effusion de sang de leurs semblables en terres d’islam pour le compte de l’islamophobie impériale. Pour les gouvernants français et les intellectuels de France c’est aussi le moyen de se ressaisir et de tisser les ponts pour une longue coexistence pacifique et mutuellement bénéfique avec les Musulmans sur un contenu clair et engageant.

  •  La cinquième impasse est l’imposture.  Les imposteurs qui parlent au nom de l’islam cherchent souvent une place au soleil, une reconnaissance mondaine au lieu de l’agrément d’Allah. Les uns égorgent les musulmans et les innocents, les autres font allégeance aux médias pour se démarquer ou pour offrir leurs services d’auxiliaires de polices ou d’idiots utiles. S’ils avaient un peu de coeur et d’esprit ils auraient compris que la reconnaissance ne viendrait ni d’une communauté amorphe ni d’un système aliénant ni de l’effusion de sang. Lorsque le musulman proclame « Kafa bi Allah chahid : Allah me suffit comme Témoin » il se libère de toute quête de reconnaissance, de salaire, de soumission. Il accomplit son devoir sans rien attendre. Il agit par amour pour son Prophète et par respect de  son message et non en réponse à un  intérêt ou à une  injonction C’est cet amour qu’exprime le comportement de celui pour qui Allah lui suffit comme Témoin, comme Guide, comme récompense. C’est cette trajectoire qui fait que le musulman est toujours insatisfait, en devenir car il cherche l’absolu. Rien ne peut le satisfaire ni les titres, ni les honneurs ni le prestige ni l’argent, ni la jouissance. Il est libre, rien ne peut le prendre en otage ni aliéner sa liberté et sa lucidité. Ce sont les critères coraniques qui ont éduqué Mohamed (saws)

{Nous t’envoyons aux hommes comme Messager. Allah suffit comme Témoin.} An Nissa 79

{Allah Témoigne de ce qu’Il te révèle. Il le révèle en toute connaissance, et les Anges en témoignent. Allah suffit comme Témoin.} An Nissa 166

Les justifications, les réponses empressés aux exigences d’allégeance inconditionnelle, les démonstrations de sa bonne foi qui se font d’une manière conjoncturelle et spectaculaire ne participent pas à l’émancipation de la liberté ni à la lucidité de la pensée ni à la promotion de la citoyenneté. L’ingénierie sociale et politique sous l’angle islamique exige de ses acteurs la circonspection et l’anticipation pour chercher les dénominateurs communs à partager avec le reste de l’humanité sur le plan de la liberté, de la justice, des savoirs, des arts et de la culture sans se démettre de ses valeurs ni céder au chantage, à l’intimidation et à la rumeur.

Conclusion :

C’est un ensemble d’idées, de concepts, de comportements et de valeurs que nous livrent la lecture de la sourate al Hujurate et  ses annonces contextuelles : Mohamed (saws) et l’ouverture (la fin de crise et le triomphe des humbles sur les arrogants). Le tibyane coranique, la circonspection du croyant  n’est pas la réserve prudente de l’attentiste, le calcul de l’opportuniste, l’indolence du fataliste, ou les convulsions de l’anarchiste. C’est la posture intellectuelle de l’homme civilisé qui veut accomplir sa vocation de civilisateur en s’ouvrant aux possibilités du monde et en faisant don de ses possibilités sans jamais ignorer les conditions réelles – sociales, psychologiques, historiques, économiques et culturelles –  du déploiement ou de restriction de ces possibilités, de leur libération ou de leur oppression. Le musulman qui tue ou qui offre sa vassalité a perdu la lucidité et ainsi il a perdu la compétence de témoigner ne laissant derrière lui que l’horreur et la stupidité de son acte qui viendra témoigner contre lui le jour du témoignage ultime. Le tibyane coranique, la démarcation  du croyant, consiste à fixer les limites de l’expansion des autres sur son territoire  et elle consiste aussi à se libérer de l’emprise des autres, de leurs préjugés et de leurs injonctions. C’est une prophylaxie sociale, une écologie intellectuelle, une épuration morale qui exige la présence de repères solides, identifiables, invariants et d’un curseur mobile qui s’adapte pour montrer l’urgence, la priorité, la vérité et ne pas demeurer sans cap ni boussole dans la tempête.  Le meurtrier et le vassal seront, dans cette vie, conduit vers l’accoutumance à  la confusion, car la lucidité qui leur permet d’y mettre fin est absente et le devoir de témoigner est anéanti par un acte ou un comportement insensé, sans limite, sans curseur.

 

 

Quelques lectures sur les « Dire » dans le Coran. Seconde partie.

Seconde partie

2 – Dire sa liberté ou afficher sa soumission.

 وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ? ».} Foussilat 33

Sur le plan religieux et culturel, nous avons intégré le terme « muslim » comme signifiant l’appartenance à l’Islam, à ses rites et à son aire géographique et culturelle. L’Occident a intégré le terme « muslim » comme musulman signifiant l’autre qui se distingue par sa religion orientale assimilée soit à une forme de bouddhisme, mais avec des rites contraignants, soit à une religion fataliste qui demande de se soumettre au Dieu des Arabes et de renoncer au monde.

Cette idée de renoncement et de soumission est celle que l’orientalisme a véhiculée dans ses livres sur l’Orient et sur l’Islam. Les orientalistes ont traduit littéralement le terme « muslim » par « soumis », « Islam » par soumission et « ‘Abd » par esclave ou serviteur. Les orientalistes traduisaient leurs préjugés sur le monde musulman au moment où le colonialisme cherchait des justifications morales et idéologiques à sa colonisation barbare du monde musulman. Il puisait ses prétextes idéologiques en puisant non seulement dans sa culture ethnocentriste judéo-chrétienne et gréco-romaine, mais aussi dans la culture du musulman devenu colonisable par le Wahn qui l’a rendu disposé à être colonisé. Le « muslim » et le « ‘Abd » respectivement comme soumis, serviteur et esclave ne méritent donc aucun égard, ni compassion ni liberté.

L’orientalisme et le colonialisme avaient trouvé dans le Wahn (la faiblesse morale et sociale qui rend le musulman semblable à une proie et à une écuelle convoitées par une meute de chiens affamés) tous les justificatifs et toutes les facilitations de la conquête des esprits et des territoires : une féodalité qui opprime, un fatalisme qui se résigne, un esprit marginal enclin à se contenter d’explications irrationnelles, des fragmentations sectaires, un culte sans vocation civilisatrice… Le Wahn est né du fatalisme qui pousse à renoncer à ses droits et à ses devoirs pour fuir la réalité et ne pas accomplir sa vocation de témoin. Non seulement le musulman a perdu la notion de liberté et de responsabilités, mais il se donne une fausse idée de Dieu. Ce Dieu Créateur et Organisateur est compris comme un monarque terrestre qui aurait besoin de la servitude des hommes pour qu’ils répondent en serviteurs fidèles aux exigences d’un maitre nécessiteux et insuffisant. L’idée de service ou de servitude est antinomique avec les Noms et Attributs  d’Allah (swt) :

{Dis : « Certes la Direction d’Allah est la Direction infaillible ; il nous a été commandé de nous en remettre au Dieu des Univers ».} Al An’âme 71

{Dis : « Il m’a été interdit d’adorer ceux que vous invoquez, à l’exclusion d’Allah, quand les évidences me sont parvenues de la part de mon Dieu. Et il m’a été commandé de m’en remettre au Dieu des Univers ».} Ghafir 66

{Dis : « Il est Allah, l’Unique, Allah le Nécessaire Suffisant…} Al Ikhlass

Les termes muslim et islam n’ont aucun rapport avec la soumission que la tradition arabe et la culture orientaliste ont collée aux musulmans.  Devenus fatalistes et colonisables ils sont donc considérés comme des soumis habitués à la soumission. L’ambiance du despotisme musulman comme celle de la néo colonisation peuvent toujours s’inventer des justifications morales et idéologiques pour continuer de soumettre les peuples musulmans en les infantilisant, en les opprimant, en les privant non seulement de la pratique de la liberté, mais de l’idée même de la liberté. C’est la même dérive sémantique qui rend les élites religieuses des rentiers du culte et des exploitants médiatiques qui cultivent l’infantilisme des peuples musulmans lorsqu’ils ne les poussent pas à la soumission à une confrérie dont le chef peut les conduire aveuglement vers la soumission à l’ordre établi ou à la révolte anarchique en contradiction avec la voie prophétique.

Il faut voir le rapport à la liberté et à l’Islam tant des islamistes que de leurs opposants militaires et civils en Algérie, en Égypte, en Syrie, à titre d’exemple, pour comprendre l’ampleur et la continuité de la servitude et de la soumission dans le monde arabe. Tout est prétexte pour refuser la liberté ou pour la compromettre au lieu de la construire, de la consolider et de lui donner des garanties. Il nous faut lire l’énoncé coranique, libérés de nos peurs, de nos routines, de nos fuites, pour voir le manifeste de la liberté dans cette Ayat :

 وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ? ».} Foussilat 33

Le Coran et le Prophète n’ont jamais posé la question de la foi en termes d’imposition et de contrainte. La foi et l’Islam sont offerts, proposés comme arguments, comme projet de salut, comme choix, comme échange dont le prix est le Paradis. Abou Bakr en levant une armée pour collecter la Zakat n’a pas mené une guerre religieuse contre les apostats et les hérétiques afin de les contraindre par la force à observer une obligation religieuse, mais il a mené une guerre politique contre la sédition qui allait détruire l’État embryonnaire et une lutte socioéconomique pour protéger les droits des démunis et des pauvres en imposant par la force de la puissance publique aux possédants de respecter leurs devoirs.

L’État de droit et la justice sociale sont des prérogatives de la gouvernance musulmane. Tout État n’existe en tant qu’institution que par son monopole sur les frontières, les armes, les impôts et la monnaie. L’État islamique, citoyen par excellence, non seulement exerce ce monopole, mais il l’exerce dans le respect strict de la liberté, de la Justice et de la solidarité sociale. Dans l’État islamique, le gouvernant et le gouverné sont dans un rapport de mutuelle assistance et de bons conseils réciproques.

Le gouvernant et le gouverné, l’allié et l’opposant, le privé et le public, tous, sont dans leurs dires, leurs actes et leurs intentions subordonnées à la quête de l’agrément d’Allah, car tous sont en quête du salut ultime. Les défaillent sur le plan de la foi et de la Charia restent comme dans toute société organisée et civilisée sous le regard social qui autorise et interdit. L’État n’intervient que pour arbitrer ou défendre la société qu’il est censé représenter.  Le militantisme islamique en se focalisant sur le religieux ou sur le politique évacue de ses préoccupations les questions essentielles liées à la citoyenneté et à l’État de droit. Nos frères tunisiens semblent gérer correctement la transition politique en facilitant la participation la plus large et la plus critique à la construction de l’État.

J’apporte très peu de critiques aux « laïcs » de droite ou de gauche du monde arabe car l’épreuve de la démocratie les as révélés dans leur véritable nature : de la fausse monnaie intellectuelle, sociale, culturelle et politique. Non seulement ils sont les fossoyeurs de l’Etat, mais les adversaires de leur peuple et de sa religion. Le laïc français a des arguments historiques, philosophiques et religieux à faire valoir alors que le laïc arabe ne fait que colporter les idées importées qu’il n’a pas assimilé provoquant ainsi des dommages à sa société.

Le verbe coranique « Aslama à Allah » signifie s’en remettre totalement et en toute confiance à Allah, se fier à Allah. Ce n’est donc ni la servitude de l’esclave à l’esclavagiste, ni la sujétion à la monarchie absolutiste, ni la subordination du servant au maitre, ni la culture de l’opprimé envers son oppresseur.  C’est l’abandon du Croyant entre les Mains de Son Créateur à qui il voue une adoration exclusive.

Ce croyant est tenu à prouver sa foi par le fait religieux,  à être éprouvé par l’observance scrupuleuse ou l’inobservance du culte, à être éprouvé dans sa morale et ses intentions dans son  rapport à autrui selon le code moral de l’Islam et non selon ses intérêts immédiats et égoïstes, à être éprouvé par les phénomènes de l’existence qui apportent bénédiction ou malheur dans sa vie familiale, ses biens, sa santé…

Dans toutes les situations,  la réponse de l’homme est la même : ingrat ou reconnaissant, transgresseur ou juste et équitable, révolté ou patient, mensonger ou véridique, insensé ou sensé, convenable ou blâmable, pour soi ou pour Allah, médiocre ou excellent, mal intentionné ou bien intentionné, impitoyable ou compatissant, nuisible ou bénéfique. En un mot il s’agit d’être ou de ne pas être « muslim ». Muslim n’est ni un héritage biologique, socio culturel, ou ethno religieux, ni un dire, mais une foi que valident l’acte, le comportement et la parole en tout lieu, tout moment et toute circonstance.

Le Muslim est l’être qui pratique l’Islam en devenant une incarnation du « Aslama à Allah » qui consiste à s’en remettre totalement à Allah. Lorsqu’on étudie ces verbes dans le Coran on les trouve incarnés dans les Prophètes (saws) et particulièrement attaché à Abraham (saws) comme un choix délibéré qui s’appuie sur une connaissance approfondie d’Allah  et une conscience claire et lucide sur la mission à entreprendre, ses épreuves, ses enjeux et ses conséquences. C’est le Coran qui va, par le Taddabbor (lecture méditative), nous donner la définition exacte du mot musulman et la sémantique de la phrase. Le Taddabbor va nous inciter à confronter le mutashabah (probable dans son interprétation) en le confrontant au Muhkam (l’évident et le certain dans sa lecture et son interprétation, mais aussi à remettre chaque mot et chaque phrase dans son contexte :

{Et lorsque son Dieu lui Dit : « Adopte l’Islam », il dit : « Je me remets au Dieu des Univers ». Et c’est ce qu’Abraham a recommandé à ses enfants ; Jacob de même : « O mes enfants, certes, Allah a choisi pour vous la religion, ne mourez donc pas sans que vous soyez musulmans ». Ou bien étiez-vous témoins lorsque la mort se présenta à Jacob, lorsqu’il dit à ses enfants : « Qu’adorerez-vous après ma mort ? » Ils dirent : « Nous adorerons ton Dieu et le Dieu de tes pères Abraham, Ismaël et Isaac, un Dieu Unique, et nous nous remettons à Lui ».} Al Baqarah 131 à133

Seul un choix libre et délibéré reposant sur la connaissance parfaite peut conduire vers la confiance totale en Dieu qui ne prive pas l’homme de ses responsabilités et de ses devoirs. La confiance totale signifie l’amour, la gratitude et la reconnaissance de toutes les compétences et de tous les droits envers l’Aimé :

{Qui donc pratiqua meilleure religion que celui qui se serait remis à Allah, en faisant le meilleur, et suivit la Confession d’Abraham, pur monothéiste. Allah a fait d’Abraham un Bien-aimé.} Al Anbiya

{Dis : « Certes, ma prière, mes dévotions, ma vie et ma mort sont pour Allah, Dieu des Univers, Il n’à point d’associé. C’est ce qui m’a été commandé et je suis le premier des Musulmans ». Dis : « Aspirerai-je à un autre Dieu qu’Allah, alors qu’Il Est le Dieu de toute chose ? } Al An’âm 161

Le récit coranique sur Abraham (saws) montre qu’être musulman  n’est ni la parole ni le comportement d’un être soumis qui a perdu sa liberté, sa volonté, pour devenir une mécanique soumise à l’arbitraire d’un dieu « insensé ». Il s’agit d’une dévotion qui atteint le niveau de la consécration c’est-à-dire d’une démarche qui donne un caractère sacré (inviolable) en dédiant son existence à Allah comme si chaque parole et chaque acte sont une action rituelle qui rapproche de l’amour d’Allah, de Sa Justice, de Sa Vérité. Se consacrer à Allah c’est subordonner les objectifs poursuivis dans cette existence à la fin suprême : rencontrer Allah, obtenir le Salut final.

Il ne s’agit pas de perdre sa liberté, d’occulter ses responsabilités, ou de nier ses facultés intellectuelles, mais de les mobiliser et de les orienter librement, avec assiduité et exclusivité au dévouement d’Allah.  C’est ce dévouement exclusif à Allah qui donne le sens véritable du « Muslim » et du « ‘Abd ».

Dire, lorsqu’on se réclame de la culture coranique, ne peut être ni circonstanciel ni posturale par amour ou par haine des sunnites ou des chiites, des Juifs ou des Chrétiens, des gouvernants ou des opposants, mais principe de vie inscrit dans l’amour d’Allah, de Son Prophète, de Son Livre :

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ? ».} Foussilat 33

L’Islam refuse l’aliénation et la soumission qui privent l’homme de sa liberté ou qui lui donnent justification pour ne pas exercer ses responsabilités et ses devoirs par rapport à une norme indiscutable et à un référentiel stable. Pour le musulman, la norme et le référentiel sont le Coran. Le Coran ne considère pas l’apparat individuel, le conformisme social ou la soumission au rapport des forces comme recevable sur le plan de la foi et de la vérité. Il rejette donc « l’Islam » de soumission formelle :

{Les bédouins disent : « Nous sommes devenus croyants ». Dis leur : « Vous n’êtes pas devenus pas croyants, mais dites : “Nous sommes devenus musulmans ”, car la foi n’est pas encore entrée en vos cœurs ».} Al Houjourate 14

La logique coranique et la cohérence de ses énoncés ne permettent pas de donner crédit aux idées fausses qui circulent sur la contrainte, l’absence de liberté ou la mise à mort de l’apostat ou du mécréant dans l’Islam ou dans la tradition du Prophète. Jamais le Prophète (saws) n’aurait pu dire une chose contraire à l’esprit du Coran alors qu’il est l’incarnation du Coran

La culture orientaliste, l’esprit bigot et la démarche partisane – avec tous les héritages légués non seulement par la colonisation, mais par la décadence musulmane provoquée par la culture d’Empire – continuent de fausser nos lectures et nos comportements. Nous continuons de véhiculer cette caricature du soumis, sournois, perfide et sanguinaire alors que notre Prophète (saws) était la miséricorde universelle.

Les récits coraniques sur les Prophètes montrent pourtant que leur islamité n’est pas une soumission aveugle, mais un amour et une confiance qui ne peuvent s’exprimer que par des êtres illuminés de connaissance sur Allah et sur les fins ultimes de l’existence. Leurs sacrifices, leur dévouement, leur argumentation font comprendre qu’ils ne vivent pas l’Islam comme une soumission et qu’ils ne l’imposent pas aux autres par la force de l’épée, par la contrainte morale ou autre, par la démagogie, par les arrangements d’appareils ou les calculs mondains.

Lorsque l’Islam signifiait éducation et responsabilité, confiance et déploiement tout azimut, libération et civilisation, Rabiâ Ibn Amer, anonyme bédouin, entrait dans l’histoire par le renversement des valeurs et des rapports de forces qu’expriment  quelques mots que nous ne savons plus dire :

«Allah Azza wa jal nous a envoyés pour vous libérer de l’adoration de la créature et vous conduire à l’adoration du Créateur de la création,   de l’étroitesse de ce monde à l’immensité de l’au-delà, de l’oppression des religions à la justice de l’Islam. »

Mais, nous déclamons des citations davantage par posture apologétique et discours narratif que par la description d’un projet éducatif, social, politique. L’absence de cap et d’ingénierie nous fait passer de l’apologie arrogante à la polémique, du désir de vivre l’Islam dans son intégralité à la quête sanglante de pouvoir.

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ».} Foussilat 33

Allah ne nous demande pas de déclamer, mais de dire la vérité tout en sachant que cette vérité est relative à l’échelle humaine, individuelle ou sociale. Déclamer des sentences de morale, lancer des anathèmes, s’exprimer avec emphase ou se comporter avec véhémence contre ceux qui ne partagent ni notre foi ni nos idées n’est pas « islamique ». La règle coranique est :

{Allah ne vous interdit pas – envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour votre religion, et ne vous ont pas chassés de vos demeures, – d’être bienfaisants et équitables envers eux. Certes, Allah aime ceux qui sont équitables. Mais Allah vous interdit de prendre comme tuteurs ceux qui vous ont combattus pour votre religion, qui vous ont chassé de vos demeures, et qui ont aidé à vous expulser. Quiconque les prend comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes.}  Al Mumtahana 8

L’intériorisation du dire coranique cultive et conjugue le sens de la justice et de l’équité avec celui du réalisme et de l’efficacité. Il met en symbiose l’éthique et l’esthétique tant dans le comportement que dans l’analyse et le raisonnement.

Mais les facteurs endogènes (résidus historiques et culturelles, luttes politiques et idéologiques) et les facteurs exogènes (orientalisme et colonialisme) se sont conjugués et ont vidé de son sens et de son contenu cette règle coranique :

« Certes, je suis du nombre des musulmans »

Les mêmes facteurs continuent de cultiver le sectarisme partisan et confessionnel qui divise les musulmans et les détournent de leur vocation que le Coran a définie :

{O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Dieu et faites le bien, afin que vous cultiviez. Et efforcez-vous pour Allah par l’effort qui Lui est dû. Il vous a élus et ne vous a imposé nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran),   afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes. Accomplissez donc la Salât, acquittez-vous de la Zakat, attachez-vous à Allah, Il Est votre Protecteur. Quel excellent Protecteur et quel excellent Secoureur. }  Al Hajj 78

Ce texte définit donc le contenu du « musulman » : la foi, l’acte de bien, l’effort pour Allah, le culte.

Il définit le sens véritable du « musulman » qui préside à la foi, à la parole, à l’acte et au comportement : « attachez-vous à Allah, Il est votre Protecteur. Quel excellent Protecteur et quel excellent Secoureur. » C’est la remise totale et confiante en Allah.

Il définit le modèle à suivre : « afin que le Messager soit témoin auprès de vous »

Ce texte énonce sans équivoque la vocation des musulmans : l’unité de leurs rangs du fait de la continuité religieuse, spirituelle et historique du Message divin en provenance du seul, unique et même Dieu : « … la confession de votre père Abraham. C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran) ».

Il confirme la mission stratégique du musulman : « … que vous soyez témoins auprès des hommes »

Il met en exergue l’honorificat du musulman : « Il vous a élus ». Cette élection vient rehausser l’honorificat originel de l’Homme lorsque celui-ci exerce les facultés qui font son humanité et se met en harmonie avec l’universel de la création.

Les attendus coraniques sur le musulman ne dépendent donc ni des sunnites ni des chiites, ni des salafistes ni des Frères musulmans. Ces derniers peuvent diverger sur l’analyse politique, économique ou historique d’un phénomène dans le monde musulman passé ou présent, mais ils ne peuvent et ne doivent diverger sur l’essentiel. Que cette divergence soit une malédiction ou une bénédiction, une réalité à accepter ou une distorsion de la réalité à redresser, elle ne peut être mise au service de la destruction du monde musulman, du détournement des préoccupations du musulman. Elle ne peut donner lieu à des surenchères idéologiques et religieuses pour accroitre le fossé ou justifier l’effusion de sang et l’effritement des rangs. Aucun prétexte pour justifier les conflits sectaires et partisans n’est recevable lorsque le Coran n’envisage pas la nation musulmane comme multiple et divergente. Elle est unie. Briser cette unité ou entretenir sa fragmentation au nom de l’esprit partisan, de l’école doctrinaire, de la secte ou de la confession est une atteinte au Coran :

{Nous avons fait de vous une Communauté du centre afin que vous portiez témoignage sur les hommes, et que le Messager soit témoin sur vous.} Al Baqarah 143

{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je suis votre Dieu, adorez-Moi.} Al Anbiya 92

L’unité ne signifie pas l’absence de diversités et de différences. La loi de l’unité montre qu’en toute chose il y a des nuances, des différences, des variétés, des mouvements et des variations. La même loi montre que pour garder la cohérence et le sens les variations et les différences ne se font pas dans le chaos, mais respectent une même ligne d’orientation, une même tendance.

Souvent les contradictions et les oppositions font partie de l’ordre logique, car elles génèrent le mouvement, le changement et l’harmonie, la quête de la vérité, et la prise de position lors de la mise à l’épreuve.

Tous les phénomènes sont multiples et en interaction, chacun exerce une tension sur l’autre le poussant à s’adapter ou à changer, mais aussi à subir son influence. C’est ainsi et pas autrement. Seul Allah est Un, Unique et Immuable. Le monde musulman ne fait pas exception à la règle universelle. Le totalitarisme qui impose un seul centre, immuable sans contestation et sans changement est de l’utopie qui s’effondre vite. C’est une fausse piste, un faux débat et une fausse croyance que de vouloir stéréotyper la mentalité humaine et figer la configuration sociale et culturelle à un lieu ou à un moment comme si ce lieu et ce moment étaient monolithiques sans influence du voisinage des lieux, des moments et des mentalités.

Nous ne pouvons être une unité qu’en qualité d’unité dialectique qui résout ses contradictions, surmonte ses épreuves et fait de sa multitude une harmonie et une convergence vers la même finalité et dans le même élan.

{Si ton Dieu Voulait, Il aurait fait les hommes une seule communauté. Et ils continueront donc à diverger. Sauf ceux que ton Dieu prend en Sa Miséricorde. Et c’est pour cela qu’Il les a créés.} Younès 118

Nous sommes créés pour vivre dans la diversité en y cherchant l’empathie et la concorde. Nous sommes créés par la Miséricorde et pour la miséricorde pour dépasser nos divergences et trouver des dénominateurs communs qui rendent agréables le vivre ensemble et la coopération. Le mythe égalitariste va aboutir à l’impasse, car il ne peut gommer les différences qui font la diversité des identités, des désirs, des projets et la complétude entre les compétences. L’utopie de la « faction sauvée » qui veut, comme une secte, imposer sa vérité parcellaire et imparfaite au reste de l’humanité ou au reste des musulmans est une dérive qui s’est avérée improductive et contre nature.

Le dénigrement et l’anathème ne font que générer l’entropie et la dispersion qui finissent par saper tous les liens et mettre fin à l’harmonie. L’intelligence et la foi exigent le réalisme et la justesse pour voir le mouvement des mentalités et des impératifs historiques, économiques et politiques et dans ce mouvement voir comment provoquer, accompagner et accélérer ce qui favorise l’unité et l’harmonie et mettre fin ou atténuer ce qui provoque la disharmonie et la divergence. Il ne s’agit pas d’un point de vue personnel, mais de ce que dit le Coran :

{Si Allah le Voulait, Il vous aurait fait une seule communauté, mais c’est pour vous éprouver en ce qu’Il vous a donné. Concourez donc en œuvres de bienfaisance. Vers Allah sera votre retour en totalité. Il vous Informera alors sur ce dont vous divergiez.} Al Maidah 48

S’il nous est demandé de gérer, au profit du bien, les divergences, avec les autres qui ne partagent ni notre foi ni nos valeurs comment alors nous comporter avec d’autres musulmans qui ont été façonnés différemment par l’histoire, la géographie et la mentalité collective ?

{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Dieu, adorez-Moi. Mais ils divergèrent entre eux. Ils seront tous ramenés vers Nous.        Quiconque fera des œuvres méritoires, en étant croyant, on ne méconnaîtra pas ses efforts, et Nous les lui enregistrerons.} Al Anbiya 92 – 93

Il est plus facile de se cacher derrière un dieu tyrannique qui impose que d’assumer sa liberté et les responsabilités qui en découlent. Il est plus facile de faire du culte la préoccupation majeure de notre existence tout en le confinant dans un apparat social que de faire de la foi un acte de libération et de civilisation. Avec cet esprit déviant, il est plus facile de faire dire au Coran une vérité tronquée :

{Je n’ai créé les djinns et les êtres humains que pour M’adorer.} Ad dhariyate 56

Enoncée de cette manière la vérité est démentie tant par la réalité de l’existence humaine qui s’accomplit majoritairement en dehors de la foi monothéiste que par le texte coranique qui dit :

{Si ton Dieu voulait, tous ceux qui sont sur la terre, dans leur totalité, seraient devenus croyants. Est-ce toi alors qui vas contraindre les hommes à être croyants ?}  Younes 99

Tronquer la vérité coranique c’est, philosophiquement parlant, reconnaitre qu’il y a des créatures qui échappent à l’autorité d’Allah ; c’est aussi se donner le droit, sur le plan religieux, de déclarer la guerre à tout « insoumis » à Dieu.  Ces fausses compréhensions amènent à de fausses représentations sur Dieu et à des comportements antinomiques avec l’Islam. Lorsque le musulman devient ignorant du sens de la parole divine, il se laisse alors conduire vers de fausses lectures qui instrumentalisent la religion à des fins partisanes ou géopolitiques.

Allah (swt) demande au Prophète (saws) de combattre les Kuffars  الكفـار  l’avant-garde belliqueuse qui non seulement refuse de reconnaitre l’Islam, mais prend les armes pour éradiquer les musulmans par la force. Les intégristes et leurs commanditaires font croire qu’il faut combattre les mécréants الكـافرين. Allah (swt) demande de se mobiliser massivement pour combattre sur tous les fronts les négateurs agresseurs, mais les imposteurs et les falsificateurs font croire qu’il s’agit de combattre tous les mécréants en tout lieu et tout moment. Le musulman est désigné comme mécréant ou comme apostat lorsqu’il ne partage pas les « valeurs » véhiculées davantage par les socio codes, les géo codes ou les fantasmes sectaires…

L’énoncé coranique montre l’insenséisme des païens : adorer les divinités qu’ils ont créées de leurs propres mains et qu’ils continuent d’entretenir en les restaurant et en leur faisant des offrandes alimentaires.  Nous ne sommes pas dans un rapport à la contrainte de la foi, mais dans le rapport à l’absurde la raison humaine qui s’aliène et perd sa liberté en faisant siennes des traditions sans les soumettre au questionnement.

{Lui associent-ils ce qui ne crée rien alors qu’eux, ils sont créés, et qui ne peuvent les faire triompher, ni se faire triompher eux-mêmes ? Et si vous les incitez à la Direction infaillible, ils ne vous suivent point. Le résultat est le même pour vous, que vous les incitiez ou que vous restiez silencieux. Certes, ceux que vous invoquez, à l’exclusion d’Allah, sont des serviteurs créatures comme vous, invoquez-les donc et qu’ils exaucent vos prières si vous êtes véridiques ! Ont-ils des pieds pour marcher, ou ont-ils des mains pour assaillir, ou ont-ils des yeux avec lesquelles ils voient, ou ont-ils des oreilles avec lesquelles ils entendent ?} Al A’âraf 191

L’esprit scientifique et philosophique de l’Occident ne s’est pas coupé de Dieu, car il ne voulait plus croire, mais a refusé de se soumettre aux superstitions et aux fausses croyances qui avaient cultivé les fétiches, les totems et les idoles. Il avait accompli le premier trajet de la grande révolution intellectuelle et spirituelle. Il lui reste à accomplir le second trajet qui le conduit vers Allah. Le musulman est appelé à être le jalon, le guide, l’incitateur vers la Vérité :

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ».} Foussilat 33

Il faut lire le Coran et argumenter par le Coran sans amalgame ni troncature pour rester le plus conforme aux dires d’Allah (swt) :

{Je n’ai créé les djinns et les êtres humains que pour M’adorer. Je ne veux de leur part aucune subsistance, et Je n’attends pas d’eux qu’ils me nourrissent. Car c’est Allah qui est le Dispensateur, c’est Lui le Détenteur de la puissance, l’Immuable.} Ad dhariyate 56 – 57

Les savants de la matière sont parvenus à voir la manifestation de Dieu dans Sa Création et à perdre l’usage de la parole devant l’infiniment grand et l’infiniment petit qui témoignent « Allah Akbar ». Ces savants n’ont pas de référence crédible pour suivre la voie de l’Islam. Les savants d’origine musulmane sont desservis par l’inconsistance et les contradictions de leur communauté qui n’appellent plus à l’universel de l’Islam, mais à des particularismes idéologiques, culturels ou géographiques.

Nous ne pouvons témoigner avec justice, efficacité et beauté alors que nos dires sont divergents et qu’ils dénaturent le sens du dire divin :

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ».} Foussilat 33

Les mêmes facteurs historiques qui ont produit l’oppression et l’aliénation continuent d’œuvrer dans le monde musulman. Les musulmans, gouvernants et opposition, ne jouent pas le rôle de bouc émissaires, mais jouent le rôle d’agent de subversion contre la renaissance de la civilisation islamique qui est antinomique avec leur médiocrité et leur culture de la rente des ressources, de l’histoire, de la religion et de tout ce qui peut être instrumentalisé et négocié. Le malheur est en nous. L’étranger n’est qu’un facteur aggravant, amplificateur, accelérateur ou incitateur; Il faut oser analyser nos dires et nos actes en les comparant à la raison si nous ne pouvons les comparer au Coran.

Quelques lectures sur les « Dire » dans le Coran. Première partie.

Première partie.

Est-ce que nous pouvons représenter le Prophète Mohamed (saws) sur le plan moral, spirituel, intellectuel et social si la connaissance la Parole d’Allah nous échappe :

وَمَنْ أَحْسَنُ قَوْلًا مِّمَّن دَعَا إِلَى اللَّهِ وَعَمِلَ صَالِحًا وَقَالَ إِنَّنِي مِنَ الْمُسْلِمِينَ

{Qui donc prononce meilleur dire que celui qui convie à Allah, fait œuvre méritoire et dit : « Certes, je suis du nombre des musulmans ? ».} Foussilat 33

Lorsque le lecteur du Coran se met en quête du sens il peut être dérouté par la répétition des verbes, des mots et des phrases et tout particulièrement lorsqu’il constate que le verbe dire est cité près de 1722 alors que la langue arabe a suffisamment de synonymes.

Le nombre et le contexte des formes singulières et plurielles, féminines et masculines, passées et futures, impératives et conjuguées, verbales et substantives, actives et passives du verbe dire sont impressionnants : 1722

قلنا  27  –   قال  529   –    قالت  43  –  قالوا  332  –  قِيلَ  49

 يقول  68  –  تقول  13 –  الْأَقَاوِيلِ  1 –  قول  52

أَقُل   7  –  قُولَا   2  –  تقول  12  –  تَقُولَنَّ  1

يَقُولُونَ 92

قل  333  –   قَائِلٌ  4

تقولون    11

1 – Quelle est la « visée » de la répétition du verbe dire

Quelle est la « visée » du verbe dire dans le Coran qui semble traduire un « générique » de situations et non un caractère particulier ou singulier ? Il semble que le caractère global du verbe dire, eu égard à son nombre et à ses contextes, est en lui-même une singularité qui laisse perplexe et c’est sans doute cette perplexité qui est visée pour qu’elle mette le lecteur dans une quête de sens, un arrêt sur le contexte qui est plus signifiant que le mot.

Le verbe dire cité 1722 fois dans sa formulation lexicale coranique générale, mais varié sur le plan de la syntaxe et de la sémantique, est-il un oubli ou une faiblesse syntaxique ou sémantique qu’il faut combler, ou au contraire un dessein devant lequel il faut s’incliner et se prosterner que l’on parvienne ou non à comprendre tout ou partie de ce dessein.

Lorsqu’on examine, même superficiellement, le verbe dire dans le Coran on ne peut manquer de constater que le Prophète est dans la triple situation, celle passive de celui qui est informé sur ce qu’il ignorait, celle de l’auditeur à l’écoute des interrogations de ses détracteurs ou de ses disciples, enfin et celle plus active où le verbe dire devient un impératif  affirmatif ou négatif : « dis » et « ne dis pas » pour répondre, révéler  ou prendre position. Le Moi Mohammadien est absent, totalement absent. Mohamed (saws) est le réceptacle du Coran et son transmetteur dans une fidélité infaillible :

{… sachez qu’à Notre Messager n’incombe que la transmission évidente.}  Al Maidah 92

{Dis : « Il ne m’est sûrement inspiré que : “Votre Dieu Est, sûrement un Dieu Unique”. Etes-vous donc des musulmans ? » Si alors ils se détournent, dit : « Je vous ai transmis, à tous, ce qui m’a été ordonné. Je ne sais si ce qui vous est promis est proche ou lointain.} Al Anbiya 108

{Notre parole a déjà été transmise à Nos Dévoués, les Messagers.}

Mohamed (saws) était un Prophète « Oummiy » – inconnaissant – envoyés aux « Oummiyines ». , les inconnaissants qui ne connaissaient ni ne pratiquaient les religions, les mythes et les philosophies de leur époque, mais qui maitrisaient parfaitement la langue arabe, langue maternelle, langue d’usage domestique et sociale, langue littéraire et poétique, langue coranique. Mohamed et ses compagnons ne pouvaient donc ignorer toutes les configurations complexes du verbe dire ni les singularités qui font qu’au lieu du verbe dire le Coran a recours à un verbe spécifique comme transmettre, proclamer, déclamer, raconter, discourir, solliciter. Ils ne pouvaient ignorer que le verbe dire dans le contexte coranique signifiait exactement dire et non une approximation ou une singularisation qu’aurait donné un verbe synonyme ou un autre verbe ….

Les détracteurs du Coran et les négateurs de Mohamed (saws) connaissaient parfaitement la langue arabe, mais le défi littéraire, sémantique, stylistique, parabolique et intellectuel du Coran les a anéantis. S’ils avaient trouvé une brèche dans le verbe dire du Coran ils l’auraient suivi.

La multiplicité des formes du verbe dire nous amènent à nous interroger sur ce qu’a voulu dire Allah ? Il ne nous donne pas la réponse comme une formulation à apprendre et à appliquer comme une recette de cuisine, mais il nous met en situation de chercher en nous livrant les indices et l’enchaînement des mots et des énoncés pour que nous pratiquions le Taddabbor, la lecture sensée et méditative qui découvre le sens global et le sens singulier du récit, de ses attendus, de ses conséquences.

Le Taddabbor est un Taffakkor particulier, c’est un raisonnement qui correspond à la logique interne du Coran en étudiant ses Signes (Ayat) alors que le Taffakkor est un raisonnement sur les Signes de la Création (Ayat). Il s’agit de voir la Manifestation de Dieu à travers l’expression de l’unicité de ses Signes qui sont verbe et acte. Le Taddabor est la quête de Signes dans le contenu du Coran, c’est l’effort de comprendre le Coran par le Coran en construisant le réseau de sens entre les mots, les concepts, les énoncés et les contextes du Coran. Par le Taddabbor il y a un effort intellectuel qui libère l’intelligence de la lecture formaliste du Coran et qui fait impliquer la pensée, l’imagination et la mémoire dans une lecture dynamique, globale et signifiante faisant appel à la logique interne du Coran, à sa cohérence et à sa méthodologie singulière de dévoilement et de conjugaison des Signes à partir d’autres Signes.

{N’ont-ils donc point médité la Parole ou bien leur est-il parvenu ce qui n’est pas parvenu aux premiers de leurs ancêtres.} Al Anbiya 68

{C’est un Livre béni que Nous t’avons révélé afin qu’ils méditent ses signes, et afin que les doués d’entendement se rappellent.}  Sàd 29

{Nous avons facilité en fait le Coran pour la réflexion. Y a-t-il donc quelqu’un qui réfléchisse ?} Al Qamar 32

Le Prophète (saws) demandait aux Compagnons d’étudier, d’analyser et de méditer le Coran :

 

أعربوا القرآن والتمسوا غرائبه

« Perfectionnez-vous dans l’étude de la syntaxe (et de la sémantique) du Coran puis chercher à atteindre ses joyaux ».

Nous sommes amenés à lire le Coran comme s’il avait été révélé à nous sans intermédiaire. Nous sommes invités à méditer les dire d’Allah, des Anges, des Prophètes, de Pharaon et des négateurs de la vérité pour que nous puissions dire en notre âme et conscience : Que va me dire Allah le Jour de la Rencontre ? Que vais-je Lui dire ce jour-là ? Que dois-je dire ici dans chaque opportunité de vie et dans chaque lieu d’existence, comment le dire, pourquoi le dire ainsi et pas autrement ?

Dire est une grande responsabilité qui s’éduque, se cultive et s’assume. La multiplicité des dires et les nuances de leurs significations sont la démarche pédagogique du Coran pour éduquer le Croyant à assumer ses responsabilités et à garder en éveil les facultés qu’Allah a déposées en lui :

{N’affirme pas ce dont tu n’as aucune connaissance, car de l’ouïe, de la vue, du cœur, et de tout ceci, l’homme aura à en rendre compte.} Al Isra 36

Dans une série d’articles sur le verbe dire, je vais tenter de livrer quelques pistes de réflexions sur le sens des dires coraniques et dans la foulée, à la lumière du Coran et de l’expérience de la vie, je vais me permettre de pointer quelques traits de notre réalité.

Eschatologie et Apocalypse : sauve-qui-peut ou quête de rétribution ?

J’ai livré ma première lecture sur l’eschatologie dans l’article suivant :

Analyse de l’explication eschatologique de l’histoire

Il  a montré comment Mohamed (saws) avait fait face à la réalité sociale, économique et militaire pour la transformer à l’avantage des musulmans de Médine. Il avait cassé le monopole des Juifs sur le marché, l’industrie et les finances tout en engageant de grands chantiers de modernisation de la ville accompagnant l’œuvre de foi et la reconstruction de la personnalité humaine. Avant de livrer ma lecture de la Sourate Al Kahf dans la réfutation de l’analyse eschatologique de l’histoire et montrer sa vocation principale dans le Tamkine (la territorialisation  globale) de l’Islam, je vous livre dans le présent article la signification et les dangers de la lecture eschatologique de l’histoire.

La dimension internationale et apocalyptique du conflit syrien touche presque à sa fin laissant derrière elle un champ de ruines en Syrie, un « printemps » arabe grisaillé et maussade et une recomposition régionale qui demande une lecture correcte si l’on veut mettre fin à l’effusion du sang et profiter du retrait de l’armada américaine pour réparer nos maux. Elle laisse beaucoup de questions sur le silence des uns et le sauve-qui-peut des autres. alors que l’effusion du sang exigeait des réponses appropriées pour tirer leçon de l’horreur des crimes,  de la violation du sacré et de l’arrogance de l’hyperpuissance en déclin.

Partout le règne du chaos, de la confusion et de la faillite dans le monde arabe. Tout le potentiel arabe est gaspillé par des gouvernants despotes, des opposants incultes et des gouvernés ramenés au niveau infantile. Dans ces faillites,  il y a celle du discours apocalyptique qui annonçait la venue du Messie et la fin du monde ainsi que celle du discours bigot infantile ou anarchiste qui annonçait le triomphe de l’Islam et l’extermination des mécréants.  La débâcle américaine sans livrer bataille laisse le Hezbollah et l’Iran en position renforcée dans la région n’en déplaise aux « sunnites » mauvais tacticiens incultes sur le plan géopolitique. La débâcle américaine rend improbable à moyen terme le scénario apocalyptique attendu par les Musulmans, les Juifs, les Chrétiens et les athées oisifs. Il serait temps de revenir sur ce scénario sous l’angle de la culture musulmane et en tirer quelques leçons.

Comme tous les peuples livrés au sauve-qui-peut social et idéologique lorsque les crises sociales et historiques les submergent et s’accumulent sans explication logique, les musulmans se sont inventé des ennemis et des mythes pour expliquer l’histoire qui semble « injustement » les accabler. Contre la raison et les lois de l’Histoire les peuples en fuite se réfugient dans le fatalisme et la superstition qui prennent apparence de religiosité pour mieux se vendre.

On invoque des Hadiths pour justifier l’irrationnel et le sensationnel comme si le Prophète (saws) n’avait pas mené des résistances héroïques défiant le rapport des forces en s’appuyant sur la détermination de la foi et l’organisation la plus judicieuse et la plus efficace.  La bataille de Badr avait annoncé la suprématie de la foi sur l’agression alors que celle d’Ohod avait annoncé la défaite de la des justes et des pieux au sommet de leur puissance lorsqu’ils se mettent à improviser, à se désorganiser et à mal gérer leur crise.

La bataille d’Ohod est immortalisée par le Coran comme une pédagogie de la victoire par le repositionnement  efficace des rangs, des esprits  et des cœurs lorsqu’il y a revirement du sort et défaite dans la bataille. Ohod nous apprend à chercher nos défaites et nos malheurs en nous-mêmes sans bouc émissaire, ni victimisation, ni mystification :

{Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela provient de vous-mêmes »}

L’être humain a tendance, par paresse intellectuelle et par débordement imaginatif, de préférer se raconter des histoires qui répondent aux « mystères » de son existence  que de chercher  à comprendre.  La  fabulation et la mythologie ont joué un grand rôle dans l’histoire humaine. Ce sont des systèmes de représentation erronée de la réalité et de l’histoire qui sont en général fondés sur des supposés imaginaires, des préjugés, des fausses connaissances et la crédulité des gens sans éducation et sans désir sur la connaissance de la genèse des phénomènes selon le principe de causalité.  La fabulation ou la superstition consiste à adopter un modèle imaginaire de représentation à la suite d’un phénomène difficile à comprendre puis à le reproduire dans la mentalité collective comme vrai. Les faux modèles de représentation de la réalité lorsqu’ils deviennent culture ou religion produisent l’adoption de syllogismes fallacieux non seulement pour expliquer le passé et l’avenir, mais  pour aussi et surtout manipuler la tendance humaine à recourir à la superstition et à la fiction et l’amener à se soumettre à l’idée aliénante et au pouvoir dominant.

Plus le système est décadent ou tyrannique plus il produit de la superstition et s’invente des fabulateurs, des marabouts et des légendes. Le système tyrannique a besoin des esprits féconds en fabulations et en superstitions pour maintenir sa domination politique, économique, militaire et mentale. Contre l’Islam et son pouvoir fédérateur et libérateur, les colons étrangers et les usurpateurs nationaux ont facilité l’émergence des mouvements fétichistes, totémistes, maraboutiques, infantiles parfois sous le couvert de l’Islam et de ses imposteurs. Dans les troubles sociaux et dans la longue nuit coloniale ou tyrannique apparaissent les fous qui incarnent la mentalité collective qui se retrouve souvent bien représentée par une  folie à la fois solitaire et sociable, sauvage et mondaine, marginale et conformiste.

Les fous de Shakespeare et de Mohamed Dib sont éloquents. Ces auteurs de génie montrent avec art et intelligence  comment une société et un pouvoir  cultivent la confusion, le désespoir, l’attente de fausses solutions avec des éclaircies de vérité, de prémonitions. Les personnages fantasmatiques de la Grèce antique n’ont pas empêché celle-ci de produire de la philosophie, des mathématiques et un sens raffiné de l’harmonie et du beau. Les fictions romaines n’ont pas interdit à Rome de mettre sur pied une administration et un droit dont l’efficacité a permis de coloniser et d’administrer une grande partie de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.

Les mythes et les fictions faussent la réalité, mais ne s’opposent pas au développement d’une cité lorsque celle-ci n’a pas de crise d’identité ou de crise sur le  projet de son devenir qui l’empêchent de se fédérer, de s’orienter, d’agir efficacement.  Le monde musulman accumule les mythes, les fictions avec l’absence de projet et d’efficacité au point qu’il se permet d’introduire les fabulations arabes, perses, romaines et grecques non seulement dans sa culture populaire d’errant, mais dans sa culture savante, mais fossilisée sur l’Islam.

Dans les grandes crises des nations, des partis politiques, de l’histoire, il y a souvent confusion des rôles, dilution des responsabilités, absence de projet, et difficulté à identifier la hiérarchie et à utiliser les passerelles de communication entre le commandement et l’exécution. La crise mortelle est celle où la crise de légitimité et la crise d’efficacité se conjuguent et durent trop longtemps rendant impossible l’imagination d’une solution sauf par la voie du bouleversement qui détruit l’inertie et remet le mouvement même si cela se fait d’une manière violente et anarchique dans un premier temps à moins qu’il ne précipite l’achèvement du système qui a produit la crise.

Les peuples qui ne parviennent pas à prendre de la distance sur les phénomènes ni à voir leur part de responsabilité dans les malheurs et les calamités qui les frappent comme les guerres, les catastrophes et les crises s’inventent souvent des catharsis pour conjuguer le mauvais sort. L’effort cathartique ne résout pas les problèmes, mais il agit comme un anesthésiant social ou plus exactement comme un effet placebo en  déplaçant la réalité vers l’imaginaire. Ainsi on s’invente des étrangers oiseaux de mauvais augure à pourchasser, des rituels sacrificiels à pratiquer,  des ancêtres à adorer, des fétiches et de faux combats. Bien entendu, les pouvoirs et les magiciens entretiennent ces dérives sociales et culturelles pour assoir leur pouvoir et conserver leur rente.

Les peuples et les gouvernants qui surmontent les crises sont ceux qui procèdent à  l’inventaire de leurs forces et faiblesses, à l’analyse objective et minutieuse de leurs erreurs et de leurs défaillances, à la recherche  en eux-mêmes des causes  de leur échec et de leur retard en prospectant le Moi individuel et collectif sur le plan psychologique, mental, éthique, pragmatique et spirituel afin de mettre fin à l’inertie, à la paralysie, à l’égarement.  Ce sont les leçons de la bataille d’Ohod qui indiquent les causes de la victoire et de la défaite face à l’ennemi, de l’émergence d’une civilisation et de sa décadence face à une concurrente.

La cause et la gestion de la crise d’une société, d’un mouvement islamique ou d’une civilisation musulmane, de ses malheurs, de sa catastrophe, de sa défaite ou de sa décadence ne sont pas abordées fortuitement dans le Coran, mais sont posés comme loi à connaitre et à appliquer en tout lieu, tout moment et toute circonstance :

{Et ce qui vous a frappé de malheur, c’est en raison de ce que vos mains ont commis, mais Il pardonne beaucoup. Vous ne saurez L’entraver de par la terre et vous n’avez, à l’exclusion d’Allah, ni protecteur ni partisan.} As Choura 30

Ce sont donc les mêmes leçons d’Ohod qui indiquent comment se redresser après une défaite, une crise ou  une régression :

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous obéissez à ceux qui sont devenus  mécréants, ils vous feront retourner sur vos pas, alors vous deviendrez des perdus. Sans aucun doute, Allah est votre Protecteur et Il est le meilleur des secoureurs.       Nous Jetterons l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants, en raison de ce qu’ils associèrent à Allah ce sur quoi Il n’a révélé aucune preuve. Leur refuge sera le Feu, piètre demeure des injustes !             Allah a effectivement accompli Sa promesse envers vous lorsque, par Son Vouloir, vous taillez votre ennemi en pièces, jusqu’au moment où vous avez fléchi et vous avez contesté les ordres. Vous vous êtes rebellés après qu’Il vous ait montré ce que vous souhaitiez. Il est parmi vous celui qui veut le monde, et il est parmi vous celui qui veut la vie future. Ensuite, Il vous a détourné d’eux pour vous éprouver. Et Il vous a sûrement Pardonné. Allah Est tout Munificence envers les croyants. Lorsque vous battiez en retraite sans vous soucier les uns des autres et tandis que le Messager vous rappelait sur vos arrières, Il vous infligea alors souci sur souci, afin que vous ne soyez point affligés par ce que vous avez raté, ni par ce que vous avez subi. Allah est bien informé de ce que vous faites. Ensuite, le souci surmonté, Il a fait descendre sur vous Sa sécurité. Un groupe d’entre vous a été enveloppé d’un sommeil tandis qu’un autre groupe ne se souciaient que d’eux-mêmes, et pensaient d’Allah autre que la vérité : des pensées préislamiques. Ils disaient : « Avons-nous une part de décision en cela ? » Dis : « Toute la décision appartient à Allah ». Ils cachent en eux-mêmes ce qu’ils ne te manifestent point. Ils disent : « Si nous avions une part dans la décision, nous ne serions pas tués ici même ». Dis : « Eussiez-vous été dans vos maisons, ceux pour qui il a été décrété d’être tués auraient surgi sur leur couche ». Et cela, afin qu’Allah Éprouve ce qui est dans vos poitrines, et Purifie ce qui est dans vos cœurs. Allah Est Tout-Scient de l’essence des pensées.   Certes, ceux d’entre vous qui fuirent le jour où les deux troupes s’affrontèrent, c’est Satan qui les fit chuter à cause de certains de leurs acquis. Mais Allah leur A Pardonné. Certes, Allah Est Absoluteur, Longanime.} Ali ‘Imrane  149 à 155

{Si Allah vous fait triompher, nul ne pourra vous vaincre. Et s’Il vous Abandonne, qui d’autre que Lui pourra vous faire triompher ? Que les croyants se fient à Allah.}  Ali ‘Imrane  160

{Allah A effectivement Gratifié les croyants, lorsqu’Il Envoya parmi eux un Messager d’eux-mêmes leur réciter Ses Versets, les épurer, leur apprendre le Livre et la Sagesse, bien qu’avant cela, ils étaient dans un fourvoiement évident.              Quand un malheur vous frappe, quoique vous ayez infligé le double aux ennemis, vous dites : « Comment cela ? » Dis : « Cela vient de vous-mêmes ». Certes, Allah Est Omnipotent sur toute chose. Et ce qui vous a atteint, le jour où les deux troupes s’affrontèrent, fut par le Vouloir d’Allah, afin qu’Il fasse voir les croyants, et afin qu’Il fasse voir ceux qui furent hypocrites, à qui il fut dit : « Venez combattre pour la cause d’Allah ou bien prenez la défense »*. Ils dirent : « Si nous savions combattre, nous vous aurions suivi ». Ils étaient, ce jour-là, plus proche de la mécréance que de la Foi : ils disent par leurs bouches ce qui n’est point dans leurs cœurs. Allah Est plus Scient de ce qu’ils taisent. Ceux qui dirent à leurs confrères, et s’abstinrent : « S’ils nous avaient écoutés, ils n’auraient pas été tués ». Dis : « Repoussez-donc la mort loin de vous-mêmes si vous êtes véridiques! »} Ali ‘Imrane 164 à 168

{Et certainement, Allah ne perd point la rémunération des croyants, ceux qui ont favorablement réagi à l’appel d’Allah et du Messager, bien que la blessure les ait touchés. A ceux d’entre eux, qui firent le meilleur et sont devenus  pieux, une immense rémunération. Ceux à qui les hommes dirent : « Les hommes se coalisèrent contre vous, prenez donc garde ». Mais cela augmenta leur foi et dirent : « Allah nous suffit, c’est le meilleur Procurateur ». Alors ils revinrent avec une grâce d’Allah et une munificence. Aucun mal ne les effleura, et ils suivirent l’agrément d’Allah. Allah Possède une Munificence immense.        Seulement, tel est Satan : il fait peur à ses liges. Ne les redoutez point, et redoutez-Moi, si vous êtes croyants. Et ne t’afflige point de ceux qui s’empressent vers la mécréance. Ils ne nuiront en rien à Allah. Allah Veut ne leur Assigner aucune part dans la vie Future. Et ils auront un immense châtiment.} Ali ‘Imrane  171 à 175

Cet énoncé est suffisamment explicite et détaillé pour ne pas avoir à le commenter. Il faut par contre éviter de prendre des morceaux de phrases et en faire une conclusion générale pour la soumettre à notre opinion. Cet énoncé est confirmé par d’autres énoncés pour s’affirmer comme une loi générale historique qui supervise les défaites et les victoires, les décadences et les émergences, les avancées et les retards qui naissent de la loi universelle de l’attraction répulsion dans tous les phénomènes :

{Et ces jours, Nous les alternons parmi les hommes.} Ali ‘Imrane 140

Il ne s’agit pas de remettre en cause l’authenticité technique ou la sémantique des Hadiths qui sont invoqués pour l’explication eschatologique de l’histoire, mais de montrer que le Coran, Parole d’Allah est la configuration de la parole, du comportement et de l’action de Mohamed (saws). À ce titre il ne peut ni annuler, ni contredire le Coran et il ne peut annoncer des événements faisant loi historique alors que le Coran ne les a ni expressément cités ni implicitement  évoqués.  Je n’ai pas compétence à me prononcer sur le Hadith, mais le Coran énonce une éthique et une pragmatique  dans la bataille d’Ohod pour qu’elle devienne une praxis pour une communauté appelée à recourir et à défendre l’ultime prophète et l’ultime religion pour les univers. Nous croyons avec certitude qu’Allah intervient dans l’histoire humaine pour la modifier selon son Dessein qui transcende celui des hommes. Il donne à ses Waliys vertueux des prodiges, des Signes, des intuitions, des visions et des comportements qui transforment radicalement les rapports de forces :

{Et Allah repoussa ceux qui sont devenus  mécréants, avec leur rage, ils n’obtinrent aucun bien. Allah a épargné le combat aux croyants. Allah a toujours Été Tout-Fort, Invincible. Et Il fit sortir ceux qui les soutiennent, des gens du Livre, de leurs fortifications et il a jeté l’effroi dans leurs cœurs : un groupe vous tuez, et vous captivez un groupe ! Et Il vous a fait hériter leur terre, et leurs demeures, et leurs biens, et une terre que vous n’aviez jamais foulée. Allah a toujours été Omnipuissant sur toute chose.} Al Ahzab 25

{C’est Lui qui a fait sortir ceux qui sont devenus  mécréants des gens du Livre, de leurs demeures, pour le début du rassemblement. Vous ne pensiez pas qu’ils sortiraient et eux pensèrent que leurs forteresses les préserveraient d’Allah, alors Allah les surprit par où ils ne s’attendaient pas, et Il jeta l’effroi dans leurs cœurs. Ils détruisent leurs maisons par leurs propres mains et par les mains des croyants. Tirez-en un exemple, ô doués de clairvoyance.} Al Hashr 2

{Et lorsque ton Dieu  a inspiré aux Anges : « Je suis avec vous, affermissez donc ceux qui sont devenus  croyants, Je déposerais  l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants. Frappez donc sur les cous, frappez-en chaque bout de doigt ».} Al Anfal 12

Toutes ces manifestations divines sont l’expression de la même loi « Kun fa Yakoun – ainsi soit-il » qui s’expriment dans les lois immuables de l’alternance et de l’épreuve qui font du croyant et de la communauté de foi les  premiers concernés et les premiers impliqués par et dans  le changement de leur  situation. Confier son destin au Messie (saws), aux Russes ou aux Américains non seulement n’est pas très sérieux comme comportement, mais va à l’encontre des lois coraniques :

{Ceci est un Manifeste pour les hommes, une Direction infaillible et une exhortation pour les pieux. Ne perdez donc pas courage, ne vous affligez point alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes croyants. Si une blessure vous atteint, les autres furent aussi atteints d’une blessure pareille. Et ces jours, Nous les alternons parmi les hommes. Allah connait certainement  ceux qui sont devenus croyants, et Il élit des Martyrs d’entre vous _ Allah n’aime point les injustes – afin qu’Il purifie ceux qui sont devenus croyants, et qu’Il anéantisse les mécréants. Ou bien pensiez-vous entrer au Paradis sans qu’Allah ne confirme  ceux qui ont lutté d’entre vous et ne confirme  les persévérants ?} Ali ‘Imrane 139

Si les musulmans se trompent d’ennemis, d’analyse, de situation géopolitique, de logistique, de forme de lutte, cela relève de leur insenséisme, de leur fatalisme ou de leur inculture, mais non du Coran ou du Hadith. Nous sommes, comme les autres, anciens, présents et à venir, condamnés à vivre comme épreuve des autres et à être éprouvés par les autres. Personne ne peut vivre ce destin à notre place. Se tromper de lecture du destin ou de notre rôle dans ce destin ne change pas à la nature de l’existence humaine ni à la pérennité du conflit où nos responsabilités sont engagées entièrement :

{Si Allah ne Faisait pas réagir les hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah est beaucoup Invoqué, seraient démolis ! Certes, Allah donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause, en effet  Allah est véritablement Fort, Invincible. Ceux qui, lorsque Nous leur accordons autorité sur un territoire, accomplissent la Salât, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’ultime décision.} Al Hajj 40

Lorsque l’épreuve nous fait perdre le cap au point de demander aux musulmans friands de sensationnels et en panne d’imagination de se réfugier avec leur fortune transformée en or ou en argent, loin de la civilisation, dans un village, loin des côtes, sans moyens de communication modernes, il y a un problème. Quelle est la source coranique ou prophétique et quelle est la logique de ce comportement qui ressemble étrangement à celui de Robinson Crusoé. Daniel Defoe en imaginant le naufrage et le salut de Robinson Crusoé décrit la société occidentale comme le mythe de l’éternel retour dans une vision matérialiste et efficace où la Bible devient un carnet comptable pour la mémoire et la planification de l’homme en quête de survie dans un monde sans Dieu ni perspective autre que l’imagination ingénieuse, l’exploration du monde, le travail efficace et la mise au service de vendredi le noir faisant office d’auxiliaire domestique.

Quelle est la signification spirituelle, morale, psychologique et idéologique de l’état d’esprit de l’errance et de la solitude qui pousse les musulmans à chercher le repli autarcique et la posture communautariste de ghetto socioreligieux dans un monde qui est devenu un méga village où tout s’échange et se communique à la vitesse de la lumière ? Pourquoi aller contre l’esprit qui a fait la gloire de l’Islam et l’essor de la civilisation musulmane : l’ouverture aux autres. Les Musulmans du temps du Prophète, d’Abou Bakr et d’ Omar sont allés vers les autres pour marquer l’empreinte de l’Islam sur le monde et ne pas subir l’enfermement mortel. Parfois ils  sont allés l’épée à la main, mais souvent ils sont allés comme commerçants et savants apportant la vérité, la justice, la fraternité humaine et l’ouverture d’esprit.

Ce discours « sauve-qui-peut trouve » naturellement écho auprès de la jeunesse stigmatisée par les systèmes dominants, sans projet de vie, et sans connaissance de la philosophie islamique. C’est justement sa facilité à se propager dans les médias et dans les esprits qui le rend dangereux. Heureusement, comme tous les projets farfelus des musulmans, il a manqué d’ingénierie pour ne pas donner des perspectives réelles de fuite vers l’inconnu dans un monde où tout est balisé ne laissant place qu’à très peu d’espace libre.

Nous avons beaucoup de responsabilités à accomplir et beaucoup d’épreuves à affronter y compris au sein des nôtres :

{Nous avons fait ce qu’il y a sur la terre pour l’embellir afin de les éprouver : lequel d’entre eux agit au mieux.} Al Kahf  6

{Les hommes pensent-ils qu’ils seraient épargnés juste pour avoir dit : « Nous devînmes croyants » et qu’ils ne seraient pas mis à l’épreuve ? Nous avons éprouvé, en fait, ceux qui étaient avant eux. Allah sait sûrement ceux qui furent véridiques et Sait sûrement les menteurs.} Al Ankabout 2

Le dessein d’Allah est exprimé en début de ses Sourates : la mise à l’épreuve des hommes et tout particulièrement des croyants pour que la foi et l’acte humain soient soumis à la vérité, à la justice et à la sanction, car Allah est Vérité,  Justice et Miséricorde  par  lesquelles nous pouvons voir Sa Parole et Son Acte de manifester en nous donnant vie, existence et possibilités de déploiement dans Son Royaume. Nous ne pouvons ignorer l’ouverture et la clôture d’une Sourate puis aller chercher à l’intérieur un sens ésotérique ou une influence judéo-chrétienne justifiant nos élucubrations apocalyptiques et eschatologiques sur lesquels ces Sourates ne disent absolument rien qui puissent nous donner matière pour raisonner et agir en conformité avec la lettre et l’esprit coranique.

Nous ne pouvons ignorer les épreuves qui nous frappent et que ne parvenons pas à surmonter sans revenir aux versets qui citent les épreuves et tout particulièrement à la grande épreuve d’Ohod. L’énoncé d’Ohod a donné la réponse aux Compagnons du Prophète et il continue de nous la donner et de la donner aux communautés de croyants après nous jusqu’à la fin de l’épreuve ultime :

{Il n’est pas de mise qu’Allah laisse les croyants dans l’état où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il discerne le méchant du bon. Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Et si vous êtes croyants et êtes pieux, vous aurez sûrement une immense rémunération.}  Ali ‘Imrane  179

Il n’est pas de mise qu’Allah nous informe sur le Ghayb, l’Occulte, l’inconnaissable, le non manifesté, le destin, le futur existentialisé ou non existentialisé, les possibles non d’actualité, l’inintelligible, la métaphysique. Allah a suffisamment doté l’humain de facultés cognitives, psycho affectives, intuitives, actancielles et spirituelles   pour qu’il puisse raisonner et agir en être connaissant et responsable. Le musulman est un humain qui dispose des mêmes facultés que les autres hommes avec l’avantage du soutien d’Allah s’il agit pour la cause d’Allah et s’il réfléchit et agit en conformité avec la méthodologie et les enseignements coraniques et prophétiques.

Malheureusement dans les crises nous perdons la compétence de raisonner et d’agir rationnellement et efficacement faisant perdurer la crise jusqu’à oublier ses origines, ses causes, ses actants pour finir par  controverser sur la nature de la crise, sa fatalité et les personnalités qui ont réfléchi sur la crise d’une manière superficielle ou   sérieuse sans avoir pour but la quête de solutions. Comme les peuples primitifs et les sociétés médiévales, nous cherchons les explications dans le surnaturel, dans le sensationnel, dans le fascinant car notre esprit ayant perdu tout contact avec la rationalité et la réalité ne recherche plus l’efficacité et la vérité. Il cherche à se rassurer et à communiquer pour se prouver qu’il existe et qu’il a une position dominante dans un monde où l’intuition lui dit pourtant qu’il n’est plus représentatif de la vérité, qu’il n’a plus compétence à trouver des solutions ou à gouverner au sens politique, idéologique et religieux.

La société malade et infantilisée par la crise va produire des élites moribondes et paternalistes qui vont entretenir la maladie puis l’aggraver. Entre les élites et le peuple va se tisser une relation de Pygmalion où chacun sera fasciné par le regard que l’autre lui porte ainsi que par le regard qu’il porte sur l’autre. La raison et la réalité sont remplacés par l’admiration mutuelle, la démagogie, le sensationnel. Poussés par le même désir du sensationnel et de la mythologie, les peuples et les élites vont entrer en compétition délirante sur le même désir en faisant de la surenchère : qui produit le plus de fascination, le plus d’invraisemblables et le plus de « fuites en avant » pour ne pas avoir à assumer ses responsabilités, à ne pas surmonter la crise, mais au contraire à en faire un fonds de commerce, une rente, une fausse monnaie intellectuelle et religieuse.

C’est pour éviter ces dérives et ces déviations que la victoire d’Ohad s’est transformée en défaite pour imprimer la conscience historique  et puis cette défaite s’est transformée en une victoire stratégique pour imprimer le devenir de cette communauté qui a la mission de porter l’étendard de l’Islam.  L’esprit de synthèse ou l’esprit d’analyse que nous commande le Coran par Ohod est dans ce verset :

{Il n’est pas de mise qu’Allah laisse les croyants dans l’état où vous êtes, jusqu’à ce qu’Il discerne le méchant du bon. Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. Et si vous êtes croyants et êtes pieux, vous aurez sûrement une immense rémunération.}  Ali ‘Imrane  179

Il ne suffit pas de se déclarer musulman ou partisan du Prophète pour vivre heureux et triomphant, il faut vivre avec discernement sa foi et la réalité du monde, car l’existence est une épreuve. L’épreuve est une purification et une pédagogie pour aller de l’avant. Celui qui néglige l’épreuve ou y succombe n’a pas de devenir sur le plan du rapport des intelligences, des volontés et des forces face à son ennemi de l’extérieur, le mécréant transgresseur et agresseur, et face à son ennemi de l’intérieur, l’hypocrite comploteur. Il n’y a pas de place à l’anarchie et à l’improvisation, car ces deux tares entretiennent la désunion et facilitent le travail de sape de l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur en quête de toute faute, de toute défaillance. Il n’y a pas de place à la coexistence de deux systèmes divergents dans leur projet et dans leur valeur. La crise nait souvent de la coexistence de deux oppositions à force égale. La crise n’est surmontée que par l’épreuve qui permet à une force de se démarquer de l’autre et d’imposer sa vérité et sa logique par sa détermination, sa vertu et son efficacité.

Dans l’épreuve et dans l’adversité, il est attendu des musulmans la constance et l’endurance, mais aussi le réalisme et l’efficacité. Ce qui sape l’effort social est le fatalisme, la spéculation sur le destin et la controverse sur le Ghayb pour expliquer ce que la raison ne veut pas voir et justifier ce que l’ingénierie ne peut pas imaginer comme réponse efficace. En discourant sur l’eschatologie alors que le Coran n’en fait pas un sujet de connaissance conceptuelle et praticien dans l’exercice des responsabilités du musulman ne prend-on pas le risque de faire dire à Allah ce qu’Il n’a pas dit : « Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte ».

Allah a promis la victoire aux musulmans s’ils agissent en conformité avec les lois spirituelles, psychologiques, sociales et techniques de la victoire et de la gloire. Allah a promis de distinguer par l’épreuve les croyants des hypocrites, mais Il n’a pas permis d’informer le croyant sur le nom, la liste et les intentions du cœur des hypocrites.

Spéculer sur les hypocrites et les mécréants pour les pourchasser comme le faisaient les tribunaux de l’Inquisition médiévale n’est pas de la culture musulmane. Le faire c’est accentuer la crise et se détourner des solutions réelles. Encore une fois attendre des solutions miraculeuses, faire des spéculations métaphysiques, porter des jugements de valeur sur les intentions des gens  ou leur jeter l’anathème font partie de la leçon d’Ohod comme étant des pratiques à bannir, car elles ne font que déplacer la bataille sur des considérations secondaires et sur des opinions qui ne changent rien à la réalité sociale, spirituelle, militaire ou géopolitique de la communauté de foi face à son adversaire qui l’agresse ou face à une décadence qui la disperse et la menace de disparition.

Il n’est donc pas de mise que le musulman fuit la réalité sur laquelle il a prise vers  l’inconnu de l’eschatologie, du sectarisme  et de la bigoterie qui ne modifient en rien la situation ontologique et sociale du musulman et qui ne permettent  en rien d’agir sur l’environnement du musulman et de son adversaire.

L’environnement n’est pas un vague sentiment, une opinion, une idée farfelue, une connaissance superficielle ou une préoccupation secondaire. L’environnement est l’ensemble des facteurs géographiques, économiques, politiques, militaires, juridiques et techniques qui ont influence sur nous ou qui nous permettent d’exercer une influence sur les autres. Que l’influence soit positive ou négative, ponctuelle ou permanente, étendue ou limitée dans le temps, l’espace et l’intensité, elle ne configure un environnement que si elle agit sur nous ou sur notre adversaire ou concurrent. L’intelligence est d’analyser ses influences, de les mesurer, de les hiérarchiser et de trouver leurs leviers d’action ou de freinage pour en faire des facteurs de développement, de paix ou de victoire. La connaissance et l’action sur l’environnement ne sont pas un exercice de style, mais la pratique de la loi de l’adaptation et de la loi du changement.

Les psychiatres et les pédagogues connaissent les problèmes psychologiques et sociaux de l’adaptation  et leur corrélation avec  le  stress, l’angoisse traumatisante et la culture de l’échec pouvant aller jusqu’au comportement auto destructif.  Le déni de réalité pousse les victimes de leur propre décadence et de leur inertie au repli identitaire et au comportement victimaire. La culture de la souffrance devient fatalité, la fuite ou  la polémique devient méthode d’argumentation,  les futilités ou l’anathème deviennent le comportement qui évite la responsabilité du changement. L’adaptation est difficile, voire impossible, lorsque l’individu ne parvient pas à se focaliser sur des phénomènes observables et mesurables leur préférant les jugements de valeur et la morale ou les références passéistes. La loi universelle du changement  exige l’adaptation raisonnée et librement choisie par chacun comme étant de son devoir et de sa responsabilité :

{Allah ne change point en un peuple tant que ses membres ne changement pas ce qui est en lui » Ar Raâd 11

Le Prophète (saws) façonneur du changement et des hommes qui conduisent le changement a montré les lacunes qui interdisent le changement : la recherche des justifications et le mimétisme social :

« Allah mon Dieu ! Je me réfugie auprès de Toi contre toute justification invoquée »

« Le Croyant ne pratique pas la mai’a ! c’est quoi la mai’a ? La mai’a c’est que tu fasse le bien lorsque les gens font le bien et que tu fasse le mal lorsque les gens font le mal. Le Croyant fait le bien même lorsque les gens font le mal ».

Être libre et responsable, mais pour cela il faut être lucide, vigilant et extrêmement critique au point de ne rien accepter sans évaluation préalable des conséquences, sans vérification des sources, sans quête de l’efficacité, sans regard relatif et évolutif sur la genèse des phénomènes, car le monde n’est pas donné achevé une fois pour toutes, mais il est en devenir incessant. La responsabilité est sans doute après la foi ce qui caractérise le plus et le mieux le croyant. Nous entendons des musulmans justifier leur crime au nom d’Allah et du destin, nous voyons des musulmans spéculer sur la validité de la foi et des intentions intimes des gens, nous lisons des livres et des articles décrire le destin comme s’ils étaient informés du contenu du Livre du destin. Et pourtant le Coran nous ordonne dans le cas le plus extrême, en l’occurrence le combat, de garder le sens des responsabilités et le scrupule  qui rendent le croyant consciencieux, prenant garde à Allah dans ses dires et ses actes :

{O vous qui êtes devenus croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : « Tu n’es pas croyant », aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien.} An Nissa 94

Nous sommes tenus au respect de la vérité stricte,  de la vie d’autrui et de sa sécurité autant sinon plus qu’à notre propre vie. Pourquoi alors inventez des mensonges et fuir les responsabilités qui s’imposent ? La quête du prestige, l’ignorance, l’irresponsabilité ?

Pourquoi s’attacher à des explications historiques et à des solutions qui ont fait faillite depuis plus de cinq siècles. Ne voyons-nous pas que le corpus théologique et juridique que nous sanctifions n’est pas la Parole d’Allah, mais opinions personnelles ? Seul Allah est immuable et Absolu, le reste est relatif, faillible.

Lorsque Allah nous livre l’essence de la pédagogie d’Ohod « Et il n’est pas de mise qu’Il vous informe sur l’Occulte, mais Allah élit, parmi Ses Messagers, qui Il veut. Croyez donc en Allah et en ses Messagers. » Il nous dit qu’il est de l’ordre des choses de subir les épreuves et que le changement, qui transforme l’épreuve de la défaite en victoire et celle de la décadence en émergence de civilisation, passe par la foi authentique ». Il n’y a pas de place aux mythes,  ni aux fabulations, ni aux innovations, ni aux solutions partielles et ponctuelles. La voie du salut comme celle de la victoire ou de la civilisation est dans la méthodologie du Coran et la pratique du Prophète (saws).

Tant que les Musulmans se sont attachés au Coran et au Prophète, malgré la culture d’empire et les divergences doctrinales apportées par les dynasties omeyyades et abbassides, la civilisation musulmane a rayonné sur le monde. Son rayonnement était spirituel, politique, culturel, philosophique, scientifique, technique et artistique. Lorsqu’elle avait perdu les attributs de ce rayonnement et les moyens de sa défense et de son expansion, elle a connu la déferlante des barbares qui sont tombés sur elle comme une épreuve terrible lui faisant perdre ses derniers attributs de résistance militaire et idéologique.

Les crises qui ont précédé puis  suivi la destruction de Bagdad puis la perte de Cordoue et ensuite la colonisation du monde musulman n’ont pas donné écho aux analyses des savants musulmans qui avaient annoncé ou analysé sociologiquement, politiquement et spirituellement la décadence du monde musulman. La paresse intellectuelle et les germes persistants de la même crise  ont favorisé trois tendances de pensées.

La première tendance est celle du sectarisme doctrinal et politique où les uns attendent le Mahdi et les autres le Calife bien guidé. La seconde tendance ne se préoccupe pas de faire une analyse sociologique, géopolitique, idéologique et intellectuelle des causes de la décadence ou de la civilisation, elle se contente du discours moralisateur paternaliste et de l’érudition juridique.  La troisième tendance vise à expliquer l’histoire par l’eschatologie.

Dès qu’un évènement tragique survient dans le monde musulman, les Mongols, les blancs colonisateurs, Tsunami, la guerre en Syrie, la Bible de Daniel est invoquée sous habillage musulman pour embrouiller les cartes ou tout simplement  pour trouver une niche médiatique.  Ce qui est risible, s’il y a matière à rire, c’est que les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans sont tous d’accord sur la venue du Messie et l’affrontement mondial avec chacun une issue qui est favorable pour sa seule religion. Les plus politisés sont les sionistes qui sont parvenus à faire de l’eschatologie messianique, alors qu’ils ne croient pas au Messie, une préoccupation idéologique, politique et médiatique aux États-Unis au service d’Israël.

Quelle est la clé qui permet de trouver le lien entre les théories américaines de la fin de l’histoire comme celle de Francis Fukuyama et le discours musulman sur la fin du monde et la venue du Messie qui met fin à l’histoire humaine ?

Les Américains ont un dispositif de conquête du monde d’ailleurs en faillite où il n’y a plus de place aux autres cultures et aux autres idéologies. La fin de l’histoire c’est le triomphe du monothéisme du marché et du rêve américain c’est-à-dire la ressuscitation de tous les diables et de tous les démons que permet l’hyperpuissance.

Qu’apporte la fin de l’histoire aux musulmans et à l’humanité lorsqu’elle est une narrative d’un Cheikh ou d’un docteur musulman parlant au nom de l’Islam ? Qu’apporte-t-elle sur le plan spirituel, social, économique, militaire, politique ? Rien ! Elle ne fait qu’inscrire le musulman dans l’attente messianique qui est finie puisque le Prophète Mohamed annoncé par Jésus est venu et que ce Prophète a annoncé qu’il est la réinitialisation du temps et qu’il est l’annonce de la fin du monde. Les compteurs de l’humanité ont été remis à zéro pour un nouveau départ et une nouvelle mission. Quelle est cette mission à expliquer à l’humanité,  quel est le nouveau départ, vers quelle destination, pour quelle finalité et avec quels moyens ? L’Islam a répondu. Pourquoi lui imputer d’autres réponses ?

Au lieu d’analyser la carte géopolitique du monde arabe, l’histoire et les perspectives des mouvements islamiques, les conditions d’oppression et de libération, il est plus simple, plus rassurant et plus convaincant pour une population en quête de sensationnel de jouer à l’occultiste qui déchiffre les mystères. Hollywood incarné dans un personnage avec barbe et qamis pour raconter aux crédules   la venue du Messie, l’apparition de l’antéchrist,  la sortie de Gog et Magog puis la fin du monde.

La pédagogie, l’ingénierie, la psychologie se rejoignent sur le questionnement comme démarche saine pour comprendre et trouver les solutions qui aident à s’adapter ou à innover sur le plan du comportement, des savoirs  et des pratiques. Lorsque le culte des anciens devient la règle, le questionnement devient banni y compris sur la réalité du monde et sur la signification du Coran. Sans questionnement, nous devenons des fossiles, des mémoires figées sans attention sur le présent et sans attente sur le futur sauf à s’émerveiller de ce qui cultive l’apologie du passé et les certitudes répétées depuis des siècles sans pour autant voir qu’elles ne peuvent plus expliquer ni résoudre nos problèmes récurrents.

Je ne veux pas dire que la fin ultime du monde ne va pas avoir lieu ni que les fins partielles des mondes ne se produisent pas. La fin d’une civilisation, l’anéantissement d’un peuple, la disparition d’une contrée sont des phénomènes qui se sont produits et qui vont se produire de nouveau. L’histoire et l’archéologie parfois elles sont des témoins crédibles, mais parfois il y a un mystère total qui ne reste vivace que dans la mémoire des collectivités humaines ou dans quelques traces portées par les vestiges des villes disparues ou englouties. Allah réalise  la fin d’un monde, d’une civilisation ou d’un peuple par un  châtiment effroyable qui peut s’exécuter par le vent, la pluie, la mer, le feu, les pierres, les séismes, les guerres ou les Anges. À titre d’exemple :

{Mentionne le frère de `Âd lorsqu’il vint avertir son peuple dans le pays d’al-Ahqâf , bien que des avertisseurs étaient déjà venus avant et autour de  lui.  «N’adorez, dit-il, qu’Allah! Je crains pour vous le châtiment d’un Jour effroyable !» Ils dirent : « Es-tu venu à nous  pour nous détourner de nos divinités? Alors, apporte-nous donc ce dont tu nous menace, si tu es du nombre des véridiques ». Il leur dit : « Allah Seul en a connaissance, Je ne fais que vous transmettre ce pour quoi j’ai été envoyé, mais je vois bien que j’ai affaire à un peuple d’ignorants ». Quand ils le virent tel un phénomène à l’horizon, faisant face à leurs vallées, ils dirent : « Ce n’est qu’un phénomène qui nous apporte la pluie ! » Bien au contraire, ce n’est que ce que vous étiez impatients de voir venir : un vent porteur d’un douloureux châtiment, qui détruit tout, par la volonté de son Dieu. Le lendemain matin alors on ne voyait plus que les traces de leurs demeures : C’est ainsi que Nous punissons les peuples malfaiteurs.} } Al Ahqaf 21

Lorsqu’on étudie attentivement la fin des civilisations dans le Coran ou la fin de l’histoire d’une nation et sa disparition totale nous voyons un certain nombre de lois se manifester. C’est  un Prophète qui menace ses détracteurs, il est appuyé par des Signes qui ne trompent pas sur la suite des événements comme les Signes de Moise ou de Noé. Ces Signes ne sont pas discours de désespoir ou fuite de la réalité, mais aboutissement historique de la confrontation entre d’une part une foi porteuse de vérité et d’esprit de sens en minorité et d’autre part une arrogance belliqueuse porteuse de corruption et de mécréance agressive et criminelle en position de force.

La vérité portée et défendue par les Prophètes et leurs disciples ne s’inscrit dans aucun calcul mondain et politicien, autrement dit il n’y a ni revendication de pouvoir ni promesse électorale, mais agissement sincère et résolu pour Allah par amour d’Allah : le Tamkine comme pouvoir politique et position territoriale vient comme récompense à l’effort du Tamkine Dine Allah ( la promotion de la parole d’Allah) et non comme préalable.  Les Prophètes ne spéculent pas, ils annoncent une vérité qui va s’accomplir même si le terme de son accomplissement leur échappe. Enfin nous constatons que cette confrontation ultime annoncée en faveur de la vérité prophétique porte en elle les ferments de l’alternative pour que le châtiment qui frappe les iniques devienne salut pour les disciples des Prophètes. Le salut est à la fois spirituel et civilisationnel comme l’énonce la Sourate Al Ahqaf :

{Nous les avions pourvus  de ce  dont vous n’avez pas été pourvus : Nous leur avions certes donné l’ouïe, la vue et l’intelligence, mais ni leur ouïe, ni leur vue, ni leur intelligence ne leur servirent à rien comme ils reniaient les Signes d’Allah, Et il s’avéra contre eux ce dont ils se moquaient. Nous avons fait périr nombre de cités qui vous entouraient, après avoir multiplié les signes à leur intention, afin qu’ils reviennent [au droit chemin].} Al Ahqaf 26

L’annonce par les Prophètes de la fin du monde ou de la fin de l’histoire de leurs ennemis n’est pas une plaisanterie, mais processus historique logique dans le long et pénible processus du salut qui implique des générations. Est-ce que nous sommes suffisamment impliqués ontologiquement et socialement à l’image des Prophètes et de leurs disciples pour espérer voir la fin de l’Amérique et de ses vassaux despotes. Sommes-nous l’alternative ?

Lorsque les Russes et les Chinois rivalisent diplomatiquement, militairement, économiquement et technologiquement pour s’imposer comme alternative au monopole américain est-ce que nous sommes partie prenante dans le changement du monde ? Est-ce que nous avons les facultés de perception et d’entendement que cite la Sourate Al Ahqaf dans la perspective du changement annoncé aux Arabes du temps de Mohamed (saws) ?  Quelle est notre priorité ? A qui destiner le discours sur la fin du monde : à nos ennemis qui nous menacent d’extermination ainsi que les autres humains de la planète et avec quels moyens ou à nos populations en mal de vivre et en panne de projet. Je ne pense pas que l’Islam, les musulmans et l’humanité a besoin d’un cirque médiatique d’autant plus que ce cirque et les autres qui l’accompagnent depuis la chute de Bagdad et de Cordoue ne font qu’amuser sans instruire réellement les musulmans sur leur situation de Wahn.

Comment apprendre de notre situation afin qu’elle ne se reproduise plus si nous refusons de nous poser des questions sur la genèse de nos problèmes et sur nos rapports ontologiques et sociaux à ces problèmes ? C’est la grande leçon d’Ohod à laquelle nous invite le Coran que nous esquivons.

Lorsque nous la lisons en cohérence avec les énoncés d’Ohod sans tronquer le contextuel alors nous comprenons que le changement attendu et que nous ne parvenons pas à réaliser est global, complexe, réaliste et dynamique :

Un changement spirituel : la foi et la spiritualité sont l’essence du changement, car elles déterminent sa finalité en l’occurrence le salut collectif dans ce monde et le salut individuel dans l’autre.

Un changement ontologique et social en changeant les attributs actanciels de l’être individuel et social : vouloir, pouvoir, savoir, devoir, croire et agir.

Un changement dans le système de représentation de l’environnement en devenant acteur dans cet environnement par la prise en charge de ses facteurs et de ses influences. Le musulman n’est pas un être errant et solitaire qui vit en autarcie sur une planète perdue dans l’univers. Il vit sur terre avec d’autres communautés avec la mission de faire le bien et de témoigner de la foi. C’est une épreuve qu’il faut vivre et non subir.

Un changement dans la conscience qui donne la mesure de la crise, de ses causes et du refus de s’y soumettre.

Un changement dans la lecture de notre réalité et de notre environnement. Il ne peut y avoir changement de lecture si nous restons focalisés sur les vieilles lectures. La lecture de Flen ou Felten peut apporter des informations intéressantes, par exemple sur la situation médiévale du monde musulman alors que l’Europe prépare sa Renaissance en prenant tous ses matériaux au monde musulman alors que celui-ci entre en paralysie intellectuelle, scientifique et technique. Si notre lecture ne voit pas l’alternance des civilisations et la confrontation entre des efficacités et des projets alors elle peut continuer à faire de son passé un mouroir.

Ces registres de changements ne sont pas isolés les uns des autres, car l’être humain n’est pas un composé de parties distinctes, mais un tout complexe et dynamique. Le registre le plus important est la foi monothéisme saine et authentique, celle qui fait vibrer l’âme et imposer ses marques spirituelles, éthiques et esthétiques aux idées et aux territoires.

Le changement, l’adaptation et le réalisme ne signifient pas la soumission à l’ordre injuste dominant ni à l’acceptation de la mécréance comme vérité respectable ou admissible, mais l’effort assidu de trouver ce qui est le plus opportun sur le plan temporel, le plus pertinent sur le plan spatial, le plus cohérent sur le plan de la globalité, le plus urgent sur le plan des priorités et le plus efficace sur le plan des moyens pour transformer notre défaite et notre Wahn en victoire et en rayonnement civilisationnel le plus intense, le plus durable et le plus étendu.

Je crois à la fin « apocalyptique » du monde comme il est dit dans le Coran. La fin du monde fait partie intégrale de la foi :

{Ce Livre-là, sans aucun doute, est une Direction infaillible pour les pieux, ceux qui croient au Ghayb, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons octroyé, et ceux qui croient en ce qui t’as été révélé, en ce qui a été révélé avant toi, et qui croient foncièrement en la vie future. Ceux-là sont sous une Direction infaillible de leur Dieu, et ceux-là sont ceux qui cultivent. } Al Baqarah 2

La fin du monde est le préalable au Jugement dernier et au Paradis et à l’Enfer :

{Et Nous Donnâmes, en fait, à Moïse et à Aaron le Critère comme Lumière et Rappel pour les pieux : ceux qui prennent garde à leur Dieu en conscience et prennent garde de l’Heure.} Al Anbiya 40

L’annonce de la fin du monde est rationnellement le chemin de la foi, car l’éphémère et la mortalité sont évidents et ont un dessein : réfuter l’absurdité d’une existence sans raison, sans finalité, sans responsabilités. C’est aussi la motivation et l’effort spirituel, moral et actanciel pour le salut ontologique et social. La description coranique, prophétique  et scientifique de la fin du monde est suffisamment éloquente pour ne pas en rajouter en en faisant du sensationnel pour captiver un public friand de sensations, mais très peu intéressé par la vérité et le devoir.

Les mécréants ont refusé d’y  croire alors que les Juifs et les Chrétiens, se croyant les bien-aimés d’Allah, ont refusé de croire à leur fin en Enfer. La Sourate Al Kahf nous montre trois attitudes magistrales devant l’évocation de la fin du monde.

La première attitude se rapporte à la découverte des jeunes dormants de la caverne qui avaient  fui la persécution des païens :

{C’est ainsi que Nous avons fait pour qu’ils soient découverts afin que les gens sachent que la promesse d’Allah est Vérité, et que l’Heure ne fait aucun doute. Lorsqu’ils se sont disputés au sujet de leur affaire, certains d’entre eux  ont dit : « Construisez sur eux un édifice : leur Dieu en est Plus-Scient », alors que ceux qui ont emporté la  décision ont dit : « Nous élèverons sûrement une mosquée au-dessus d’eux ». Les uns disent : « Ils étaient trois, mais leur chien étant  le quatrième », et d’autres disent : « Ils étaient cinq, mais leur sixième étant leur chien » par divination. Et d’autres encore disent : « Ils étaient sept, mais leur chien  étant le huitième  ». Dis : « Mon Dieu Est Plus-Scient de leur nombre, et peu nombreux sont ceux qui savent leur nombre. Ne discute alors sur leur sujet que par une évocation globale, et ne demande l’avis de personne à leur sujet. Et ne dis jamais à propos pas d’une chose : « Je ferai ceci demain », sauf : « Si Allah veut ». Evoque  le Nom de ton Dieu, si tu oublies, et dis : « Mon Dieu me guidera sûrement vers ce qui est plus proche de cela en sens ».} Al Kahf 22

L’énoncé nous montre comment l’esprit « rationnel et comptable » débat sur les futilités du nombre au lieu de méditer le Signe de la Ressuscitation. L’esprit  « politique et pratique » quant à lui débat sur l’aspect utilitaire et rituel pour récupérer le phénomène en élevant un édifice mortuaire qui fait office de sanctuaire. Le Fiqh musulman qui a confondu la Parole d’Allah avec celle des personnages du récit coranique en fait tout une controverse juridique sur les constructions des tombes dont les effets sur la guerre en Syrie et en Libye se font sentir de nos jours.

Tirer l’enseignement le plus sensé en termes de foi et le plus évocateur en termes de vie spirituelle est le dessin que nous devons suivre comme nous y invite le Coran. Cet énoncé vient comme une pédagogie de la lucidité et de la victoire alors que Mohamed (saws) était en situation de faiblesse à la Mecque. Si nous pouvons nous permettre une analogie nous dirons que c’est au moment de la persécution comme celle de Mohamed (saws) sans voir une aide s’annoncer qu’il aurait été « possible » d’imaginer la venue du Messie porter main forte à Mohamed et non maintenant que la religion musulmane et que le Coran sont confortablement installés dans l’histoire humaine.

La seconde attitude est celle du rebelle arrogant dont la catastrophe de la vie ici-bas témoigne de la fin du monde annoncée et de la catastrophe lors du Jugement dernier qui attend le négateur transgresseur et agresseur :

{Et il entra dans son jardin, se faisant injuste à lui-même en disant : « Je ne pense pas que ceci puisse jamais disparaître, et je ne pense pas que l’Heure du Jugement dernier puisse avoir  lieu ; et si jamais  je suis ramené à mon Dieu, j’en trouverai sûrement un meilleur sort ». […] Et ses fruits furent ravagés. Alors il se mit à se tordre les mains, déplorant ce qu’il a dépensé, en le voyant dévasté sur ses treillis, et à se lamenter : « Dussé-je n’avoir jamais associé personne à mon Dieu ! » Il ne trouva aucun  clan pour le soutenir contre Allah, et nul ne peut le secourir, car en pareille situation, la protection appartient à Allah qui est la vérité suprême} Al Kahf 35

La troisième attitude est celle du Croyant, ici représenté par un pauvre qui ne possède que sa foi et sa lucidité qui lui permettent d’envisager l’avenir avec espoir tout en craignant la catastrophe imminente pour le mécréant arrogant :

{Son voisin qui conversait  avec lui  répliqua : « As-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, ensuite d’une nutfah, ensuite t’a donné forme humaine ? Mais pour moi,  Allah est mon Dieu et je n’associe personne à mon Dieu. Et que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ‘‘ Tel est le Vouloir d’Allah ! Il n’y a de puissance qu’avec l’appui d’Allah !’’ Si tu me vois, moins pourvu que  toi en biens et en enfants,  Il se peut que mon Dieu me donne quelque chose de meilleur que ton jardin contre lequel Il enverra une grêle   du ciel, alors sa terre deviendra stérile et  boueuse, ou bien son eau se tarisse, alors tu ne pourras point l’atteindre ». Il est Celui qui accorde la meilleure rétribution et le  meilleur aboutissement.} Al Kahf 35

Il ne s’agit pas d’attendre la fin du monde comme spectateurs, mais de chercher la rétribution après l’aboutissement de la vie et l’accomplissement de l’effort dans cette vie. La Sourate Al Kahf montre la priorité du discours : l’avertissement de la fin aux mécréants pour les menacer et l’annonce de l’espoir et de l’espérance dans la rétribution aux Croyants pour les encourager et les inciter à se montrer assidu et constant :

{Livre d’une parfaite intégrité, afin d’avertir du châtiment rigoureux qui provient de Lui, et d’annoncer aux croyants qui font le bien qu’ils auront une bonne rémunération} Al Kahf 2,

Pourquoi donc se tromper d’interlocuteur et consacrer le discours destiné aux croyants à attendre la venue, vraie ou inventée, du Messie ou celle du Mahdi. Est-ce que l’annonce ou la venue du Messie et du Mahdi va-t-elle remplacer celle de Mohamed (saws) et est-elle suffisante ou nécessaire pour constater nos souffrances et nos malheurs et enfin avoir l’espoir de les surmonter ou de disparaitre avec l’anéantissement de la vie sur terre ?

L’attitude du croyant dans la sourate Al Kahf est celle de ce voisin qui conseille avec probité et qui entrevoit les catastrophes naturelles comme châtiment divin dont il faut se prémunir par le travail laborieux et la foi agissante :

{Son voisin qui conversait avec lui répliqua : « As-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, ensuite d’une nutfah, ensuite t’a donné forme humaine ? Mais pour moi, Allah est mon Dieu et je n’associe personne à mon Dieu. Et que n’as-tu dit, en entrant dans ton jardin : ‘‘ Tel est le Vouloir d’Allah ! Il n’y a de puissance qu’avec l’appui d’Allah !’’ Si tu me vois, moins pourvu que  toi en biens et en enfants,  Il se peut que mon Dieu me donne quelque chose de meilleur que ton jardin contre lequel Il enverra une grêle   du ciel, alors sa terre deviendra stérile et  boueuse, ou bien son eau se tarisse, alors tu ne pourras point l’atteindre ». Il est Celui qui accorde la meilleure rétribution et le meilleur aboutissement.} Al Kahf 35

L’attitude de ce croyant   n’est-elle pas la meilleure réponse pour affronter les responsables de nos décadences et trouver une issue honorable à nos problèmes. Ce récit est-il en contradiction avec les enseignements d’Ohod sur la responsabilité individuelle et collective ?

Nous avons vu comment l’énoncé coranique qui traite de la défaite d’Ohod, de ses causes et de ses conséquences exclue l’Occulte. Il n’est donc pas attendu du musulman d’expliquer la colonisation ou la guerre en Syrie et leurs conséquences par l’Occulte, mais par l’analyse logique et documentée sur l’histoire, la sociologie, l’économie, la politique, l’idéologie de la région et l’état décadent de la pensée musulmane qui produit des catastrophes chez les uns et le sauve-qui-peut chez les autres.

Je suis convaincu qu’il vaut mieux se tromper par l’imperfection de sa logique et le manque de fiabilité de sa  documentation que de faire dire à Allah ce qu’Il n’a pas dit.

Allah (swt) dit d’une manière claire, précise et transparente ne nécessitant aucun commentaire :

{Certes, Allah possède la connaissance de l’Heure} Loqman 34

La connaissance de la fin du monde et de l’avenir appartient exclusivement à Allah. S’il faut chercher une connaissance c’est donc auprès de Sa Parole dans le Coran. Le Coran dit la même vérité sans lui trouver un énoncé équivoque ou permettant une interprétation eschatologique :

{ … certes sont perdus, ceux qui ont démenti la rencontre d’Allah, jusqu’à ce que l’Heure [la fin du monde]  leur vienne à l’improviste.} Al An’âme 31

{Ils t’interrogent sur l’Heure : « A quelle époque est-elle  fixée ? » Dis : « Sa  connaissance est seulement auprès de mon Dieu. Nul autre que Lui ne la manifestera à son moment propice. Pesante elle sera aux Cieux et en la terre.  Elle ne vous parviendra qu’à l’improviste. »  Ils t’interrogent comme si tu étais à sa recherche. Dis : « Sa connaissance est seulement auprès d’Allah, mais la plupart des hommes ne savent pas. » Dis : « Je ne détiens pour ma personne ni bien ni mal, sauf ce que veut Allah. Si je  connaissais le Ghayb, j’en aurais accru les biens et nulle nuisance ne m’aurait touché. Je ne suis qu’un avertisseur et un annonciateur pour des gens qui croient. »}  Al A’raf  187-188

{Certes, l’Heure aura lieu : Je la rends absolument secrète afin que chaque personne soit récompensée selon ses efforts.} Taha 15

{Les hommes t’interrogent sur l’Heure. Dis : « Sa connaissance est seulement auprès d’Allah ». Et qu’en sais-tu ? Peut-être que l’Heure aura lieu bientôt.} Al Ahzab 63

Personne ne sait donc quand aura lieu la fin du monde, mais les croyants savent qu’elle aura lieu et qu’elle est inscrite dans le Livre de Dieu que nul ne peut voir ni deviner. Pourquoi alors ce discours sur ce qui échappe à notre entendement ?

Le Prophète menaçait les mécréants de la fin du monde et rappelait aux croyants la fin du monde pour qu’ils agissent toujours bien de peur qu’ils ne meurent à l’improviste dans un état qui ne sied pas au croyant. Allah a fait voir l’Enfer et le Paradis au Prophète, mais Il ne lui a pas fait connaitre la date de la fin du monde.

Parler de la fin du monde, de l’Enfer et du Paradis fait partie du discours de la foi (théologie) et de la pédagogie de la foi et de la vertu, mais cela ne peut se transformer en discours sensationnel messianique où le délai d’Allah connu uniquement par Lui devient une prédiction à la portée de n’importe quel homme s’il a suffisamment d’éloquence et de crédibilité médiatique :

{Laisse-moi donc avec ceux qui démentent ce Coran, Nous allons les appâter par où ils ne se rendront pas compte.  Et Je leur laisserai un délai. Certes, Ma Manœuvre est solide.} Al Qalam 44

Notre discours, notre comportement et nos actes doivent donc être davantage orientés vers l’éveil et la responsabilisation de notre communauté que vers son divertissement ou sa diversion par des motifs aussi graves et solennels que la fin du monde et le Châtiment divin. Si les malheurs qui frappent cette communauté ne parviennent pas à la réveiller, je ne pense pas raisonnablement que le discours fascinant et terrorisant puisse la réveiller ni d’ailleurs le discours moralisateur et formaliste. L’injonction de la Sourate Al Qalam au Prophète (saws) chagriné par le refus des païens et des Gens du Livre à l’écouter puis à le suivre nous donne la solution :

{… possèdent-ils l’Occulte de sorte qu’ils écrivent ? Persévère donc jusqu’au jugement de ton Dieu}  Al Qalam 47

Les Juifs, les Chrétiens, les Arabes païens et les hypocrites pour différentes raisons l’interrogeaient sur la fin du monde. Les uns voulaient vérifier la validité de sa Prophétie alors que les autres voulaient le railler ou le provoquer. Le Coran lui a donné cette réponse :

{Ils t’interrogent sur l’Heure : « A quelle époque est-elle fixée ? » Qu’as-tu à faire de son moment ? C’est vers ton Dieu sa finale. Mais toi, tu n’as qu’à avertir celui qui la craint.} An Nazi’âtes 42

Cette réponse est aussi valable pour les croyants encore sensibles aux mythologies grecques et perses qui leur parvenaient des caravanes et qui questionnaient le Prophète (saws). Les hadiths rapportent ce dialogue fort instructif que je ne transmets pas fidèlement :

« Un musulman demanda au Prophète : « quand est-ce qu’aura lieu la fin du monde ? » – le Prophète lui répondit : En quoi cela te concerne ? » – le demandeur dit alors : «  Non je voulais juste savoir quoi faire lorsqu’elle survient » – le Prophète lui dit : «  Si tu as dans la main une pousse de palmier empresse-toi de la planter »

Question intelligente et réponse magistrale pour ceux qui cherchent la vérité et l’efficacité de l’Islam : que faire ?

Expliquer les révolutions arabes, la guerre en Syrie ou l’occupation sioniste de la Palestine par l’eschatologie c’est non seulement introduire la culture judéo-chrétienne dans les croyances musulmanes, mais c’est cultiver le sensationnel alors que l’urgence et la priorité sont dans l’éveil du musulman qui doit se montrer réaliste, efficace et assidu dans des projets à long terme qui construisent sa liberté et sa responsabilité.

J’ai du mal à comprendre l’entêtement des experts en eschatologie alors que  le Prophète (saws) a formellement interdit de dater la fin du monde :

« Malheurs aux Waqatoun ! Ceux qui fixent une date à l’Heure »

S’il y a un investissement personnel ou collectif à faire, il réside bien dans la définition du salut et de la mission impartie :

{O vous qui êtes devenus croyants, prenez garde à Allah, et que chaque personne voit ce qu’elle a préparé pour le lendemain, et prenez garde à Allah. Certes, Allah Est Omniscient de ce que vous faites. Et ne soyez pas comme ceux qui oublièrent Allah, alors Il fit qu’ils s’oublièrent eux-mêmes. Ceux-là sont les pervertis.}  Al Hashr 18

Celui qui est préparé à vivre ou à mourir demain avec la certitude de rencontrer Allah est davantage préoccupé par l’usage du temps, de l’argent et de  l’intelligence dont il a été pourvu et dont il devra rendre compte.

Je ne crois pas qu’il faille expliquer le monde et l’histoire par des références eschatologiques. La priorité de notre jeunesse est d’étudier sérieusement la Parole d’Allah. Cette jeunesse doit acquérir les méthodes scientifiques, historiques, sociologiques, psychologiques et archéologiques pour mieux comprendre le monde le marquer de la couleur islamique monothéiste. Je suis persuadé que celui qui a recours à l’explication eschatologique non seulement fait une erreur de lecture, mais se comporte idéologiquement et psychologiquement de la même façon  que les Arabes dahrinistes et déterministes qui se contentaient d’imputer la vie et la mort au processus naturel de succession des générations sans jugement dernier.

{Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ».} Al Jatiya 24

Si les Dahrinistes pensent que c’est le temps qui les fait périr et que la vie est absurde, les Apocalyptiques sont croyant en Dieu et au Jugement dernier, mais ils pensent que notre existence est absurde et que l’histoire humaine est réglée d’une manière surnaturelle surlaquelle nous n’avons aucune prise sauf d’attendre la fin du monde et le Décret d’Allah. Il faut lire la réponse d’Allah aux Dahrinistes païens pour deviner  la réponse à faire aux Apocalyptiques croyants :

{Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ». Et ils n’ont de cela aucune science. Certes, ils ne font que conjecturer} Al Jatiya 24

Tous les négateurs refusent de croire en la fin du monde. La fin du monde n’est un fait scientifique ou narratif dont il faut simplement prendre connaissance par curiosité intellectuelle ou dont il faut faire le sujet principal de nos discours entre nous ou de notre discours aux autres. Il faut lire les énoncés coraniques dans leur intégralité et dans leur contexte :

{Et lorsqu’on leur récite Nos Signes évidents, leur argument n’était autre qu’ils dirent : Et ils disent : « Ce n’est que notre vie terrestre : nous mourons et nous vivons, et ne nous fait périr que le temps ».}  Dis : « Allah vous Fait revivre, ensuite vous Fait mourir, ensuite vous Rassemble pour le Jour de la Résurrection, sans aucun doute, mais la plupart des hommes ne savent pas, et à Allah appartient le Royaume des Cieux et de la terre. Et le Jour où l’Heure aura lieu, ce Jour-là les détracteurs seront perdus ». Et tu vois chaque communauté agenouillée. Chaque communauté sera appelée à son Livre : Aujourd’hui vous serez récompensés de ce que vous faisiez. Voici notre Registre qui témoigne de vous en toute Vérité. Nous, Nous Inscrivions ce que vous faisiez.} Al Jatiya 24 à 29

La fin du monde comme la fin de notre monde aura lieu, mais nous ignorons son terme. Elle annonce le Jugement dernier, qui lui-même annonce la rétribution de nos actes commis dans cette existence terrestre. La foi dans le Jugement dernier c’est la foi agissante, celle qui agit pour être récompensée. L’excellence c’est d’agir pour l’amour d’Allah. Le Prophète (saws) a décrit la foi et la vertu comme 99 registres d’actions positives et bienfaisantes.

Avons-nous épuisé tout le registre pédagogique du Coran, toutes les possibilités d’action de la foi et tous les moyens de résistance contre l’oppression ?

Avons-nous vu les causes, la dimension et la profondeur de la culture de la catastrophe sociale, politique et idéologique dans les malheurs et l’insouciance qui continuent de nous frapper. Voyons nous la Justice d’Allah qui  fait subir aux hommes et aux peuples leurs propres œuvres :

{Il n’est pas de mise qu’Allah soit injuste envers eux, mais c’est envers eux-mêmes qu’ils étaient injustes.} At Tawbah 70

 

 

 

 

 

 

La prophétie de Mohamed peut-elle être prouvée par la raison ?

Dans la série « Études coraniques »,j’avais, entre autres, analysé Le Phénomène Coranique – Malek Bennabi  qui est une réponse magistrale à ceux qui soutiennent que le Coran est d’inspiration chrétienne.  Si Malek Bennabi se positionne sur le plan de l’historicité de la Révélation et du Moi psychologique du Prophète pour démontrer l’authenticité du Coran, Fadel Samaraï, le grammairien irakien, se positionne sur le plan de la syntaxe et du lexique pour montrer la rationalité et l’authenticité du Coran.

Dans son livre « نبوة محمد من الشك إلى اليقين La Prophétie de Mohamed – Du doute à la certitude » Fadel Samaraï raconte sa quête de Dieu, sa quête de vérité qui l’a amené à trouver Allah puis à partir à la quête de la connaissance d’Allah qui l’a amené à étudier les principaux livres sacrés de l’humanité pour se consacrer finalement à l’étude scientifique du Coran qui l’a amené à l’Islam. Ayant trouvé la vérité dans le Coran, il a fait de l’étude de ce livre sa vocation dans l’existence ce qui l’a conduit à produire son propre tafsir du Coran se basant uniquement sur le potentiel intrinsèque de la langue arabe sans influence « religieuse ».

Je livre une synthèse de « La Prophétie de Mohamed – Du doute à la certitude » en lui faisant subir quelques arrangements pour la rendre plus accessible au lecteur francophone et avec quelques ajouts personnels. Il ne s’agit donc pas d’une traduction fidèle, mais d’une appropriation d’une partie du livre de  Fadel Salah Samaraï.

Le Coran nous dit que Mohamed (saws) est Prophète pour la raison qu’il a reçu la Révélation divine (le Coran) transmise par l’Ange Gabriel. Cette révélation est reçue par Mohamed (saws) comme sens compris par le cœur et l’esprit ainsi que comme parole entendue pouvant être transcrite intégralement et fidèlement en écriture :

{Dis : « Qui est ennemi de Gabriel ? », car il l’a Révélé en ton cœur, par le Vouloir d’Allah, corroborant ce qui le précéda, ainsi que Direction infaillible et bonne nouvelle pour les croyants. […] En fait, Nous t’avons révélé des Signes évidents et ne les nient que les pervertis.} Al Baqarah  96 et 98

{Nous le révélâmes un Coran (en langue) arabe pour que vous raisonniez.} Youssef 2

{C’est sûrement la Parole  d’un noble Messager, et ce n’est pas la parole d’un poète, combien peu vous êtes croyants ! Ni la Parole d’un devin, combien peu vous vous souvenez ! C’est une Révélation du Dieu des Univers.} Al Haqqah 40 à 42

{Et c’est sûrement une Révélation du Dieu des Univers, Il a été révélé par l’Esprit digne de confiance, en ton cœur, afin que tu sois du nombre des avertisseurs, en langue arabe pure.} As Shou’ara 194 à 196

{… si un des polythéistes te demande refuge, donne-lui refuge afin qu’il entende les paroles d’Allah, ensuite fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Cela, parce que ce sont des gens qui ne savent pas.} At Tawbah 6

Le mécréant ou l’ignorant pourrait dire quel crédit donner à votre Prophète dont la preuve de sa prophétie tient à un livre dont il prétend avoir reçu révélation et qui prétend qu’il est Prophète : ce Coran pourrait-il être rationnellement une preuve logique ?

Oui le Coran pourrait être rationnellement une preuve logique de la vérité ou du mensonge de la Prophétie de Mohamed (saws) puisqu’il affirme sa véracité tout en mettant en défi ses détracteurs de prouver sa fausseté.  Sur le plan de la raison la question se résume ainsi : Si le Livre de Mohamed est incontestablement vrai alors Mohamed est incontestablement Prophète, mais si le Livre de Mohamed est faux ou contient une fausseté alors incontestablement Mohamed est un imposteur :

{O Hommes ! Une Preuve (Borhane) vous est venue en fait de votre Dieu, et Nous vous révélâmes une Lumière évidente.} An Nissa 174

Le Coran se présente non seulement comme argument, signe, évidence, mais comme Borhane c’est-à-dire une preuve éclatante, incontestable et irréfutable en tout lieu, tout temps et sur toute chose. Il suffit donc de présenter un fait, un signe, un témoignage, scientifique ou linguistique, mettant en cause la validité d’une seule assertion coranique pour que  le Coran perde de son caractère d’invulnérabilité et d’infaillibilité qui attestent qu’il est d’origine divine et non mohammadienne. Jusqu’à ce jour le Coran fait preuve d’attaques de la part de nombreux détracteurs, mais aucune de ces attaques n’est crédible.

Il faut être un fou, un faux prophète, ou un drogué vivant au milieu d’ignorants sinon un authentique missionné par Dieu et en avoir la certitude pour affirmer dans la solitude et l’hostilité générale que ses paroles sont une révélation divine, qu’elles sont inattaquables et qu’elles sont une preuve évidente et inaltérable. Contre l’accusation de folie, d’envoutement et de délire, Mohamed avait la Parole d’Allah pour défense :

{Tu n’es pas un fou, par la grâce de Ton Dieu. Et tu auras sûrement une rémunération ininterrompue, et tu es sûrement d’un caractère élevé. Tu verras alors, et ils verront, lequel d’entre vous est le possédé.} Al Qalam 1 à 4

Ce Coran qui défend Mohamed (saws), qui le soutient, qui lui donne ses réponses et qui atteste de sa Prophétie doit sur le plan logique être une pure invention de Mohamed ou véritablement la Parole d’Allah. Il ne peut y avoir d’autres alternatives.

Dans ce Livre, en son contenu, en sa structure et en sa formulation,   doit donc nécessairement se trouver  son mensonge ou sa vérité. C’est ce que les linguistes appellent la cohérence interne. Dans le rapport de ce Livre aux événements historiques et aux personnages doit aussi se trouver son mensonge ou sa vérité. C’est ce que les linguistes appellent la cohérence externe. Il n’existe pas de méthode plus rationnelle pour étudier un livre, un récit, une information.

Le défi à la rationalité c’est lorsque l’objet d’étude devient sujet qui interpelle la raison et lui demande d’être objective et méthodique dans son étude :

{Ne méditent-ils donc pas le Coran ? S’il venait d’ailleurs que de la part d’Allah, ils y auraient trouvé beaucoup de contradictions.} An Nissa 82

Le défi à la rationalité c’est lorsque que l’œuvre présumée de Mohamed témoigne que Mohamed auteur présumé de l’œuvre n’en est que le véhicule de transmission :

{Le Messager a foi en ce qui lui a été Révélé par son Dieu} Al Baqarah 285

{C’est en toute Vérité que Nous l’avons révélé, et c’est comme Vérité qu’il est révélé. Et Nous ne t’avons envoyé qu’annonciateur et avertisseur. C’est un Coran que Nous avons fragmenté afin que tu le lises aux hommes avec pondération ; et Nous l’avons intégralement révélé. Dis leur : « Croyez-y ou n’y croyez pas »} Al Isra 105

{Mohammad n’est rien d’autre qu’un Messager : nombre de Messagers sont passés avant lui.} Ali ‘Imrane 144

{Tu ne peux, toi, guider ceux que tu aimes, mais Allah guide qui Il veut.} Al Qassas 56

Le Coran qui place Mohamed (saws) comme simple réceptacle et véhicule et qui invite non seulement à  examiner sa cohérence interne et externe, mais à l’étudier méthodiquement dans son lexique, sa syntaxe et son style dispose donc intrinsèquement de la preuve rationnelle et évidente de son authenticité, de sa véracité et de son incomparabilité.

Le Coran ne se contente pas de poser l’équation de son authenticité en termes de cohérence logique, interne et externe, et en termes d’auteur réel, mais il se confronte aux Livres sacrés pour les corriger, les compléter ou montrer leurs falsifications

Le Coran en faisant de l’étude de la cohérence interne et externe non une simple évocation accidentelle, mais un principe méthodique qu’on retrouve dans l’ensemble du Coran et sur tous les plans pose le problème de son authenticité et de sa vérité à un niveau inégalé de rationalité :

{Parcourrez donc  la terre et observez…} Ali ‘Imrane 137

{Nous leur Montrerons Nos Signes dans l’Univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur soit évident que c’est la Vérité.} Foussilat 53

Lorsqu’Allah dit que ce Coran est un Borhane, preuve incontestable, cela signifie que ce Coran dispose non seulement des éléments de réponses philosophiques, linguistiques et scientifiques à toute quête de Dieu, mais contient l’argumentation logique et rationnelle pour fonder sa vérité et la présenter non seulement comme vrai, mais comme vérité absolue et incontestable.

Pour voir plus en détail la compréhension du Borhane comme Signe vous pouvez consultez l’article : L’intellectuel et le savant entre le Signe et le Sens

philosophiquement et scientifiquement parlant, lorsque le Coran se présente comme vérité et comme preuve, il signifie donc qu’il peut se passer de toute la rhétorique religieuse et de tout le préalable de la foi pour apporter ses preuves à l’esprit curieux animé par la quête de vérité pour la vérité. Bien entendu le manipulateur idéologue qui aborde le Coran avec des préjugés repartira avec ses préjugés et son ignorance avec en plus la frustration d’avoir perdu du temps. Le quêteur de vérité ne trouvera aucun argument philosophique, scientifique, historique ou linguistique pour réfuter le Coran et le Prophète à qui il a été révélé. Les rigolos arabes qui jouent aux athées et aux agnostiques pour appartenir à la modernité occidentale sont des rigolos, car comme dirait Victor Hugo : « le lion qui imite un lion n’est qu’un singe » : il leur manque le parcours du solitaire véridique en quête de vérité et qui la cherche dans la création, les livres et la méditation.

Le Coran interpellant la raison humaine, se libère de la pensée religieuse et s’ouvre à la pensée humaine, aux interrogations de l’humanité. Mohamed (saws) n’avait ni école philosophique, ni groupe religieux, ni parti politique, ni association scientifique, ni académie de langue, il n’avait que le Coran pour affronter les moqueries, les railleries, les doutes, les questionnements et la quête de vérité ou de mensonge des hommes de son époque. Ces hommes étaient divers donc avec des questions diverses traduisant l’esprit du Juif, du chrétien, de l’arabe païen, de l’instruit, du bédouin, du rebelle, du cynique, du nihiliste, du monothéiste, de l’allié aux Perses ou aux byzantins, du vieux, du jeune, du méditant, du pragmatique… Mohamed répondait, car il s’adressait à l’âme humaine avec la Parole du Créateur de cette âme.

Ceux qui voulaient résister au Borhane ont été vaincus. Certains  avaient désisté de leur opposition en embrassant l’Islam ou en refusant de lui être hostile, d’autres avaient refusé l’humiliation de leur raison mise en échec et avaient transféré leur échec en haine contre l’homme qui portait les idées et les paroles qui les ont terrassés intellectuellement et socialement. Contre le doute et la méfiance, Mohamed (saws) offrait la conviction et la confiance que lui donnait le Coran.

Dans ce combat entre la vérité et le mensonge, entre la preuve incontestable et l’opinion, entre l’argumentation et l’insulte,  il n’y a pas de place aux débats secondaires, futiles ou accessoires. Avant de débattre du culte, du licite et de la morale il faut d’abord accepter ou réfuter les fondamentaux : Mohamed (saws) est-il Prophète ou non ? L’Islam est-il la religion de Dieu ou non ? Le Coran est-il authentique ou non ? Le Jugement dernier est-il vrai ou une légende ? Qui mérite d’être adoré : Allah ou une créature ? Combien de musulmans, y compris au sein des élites, inconscients de l’état du monde  et de leur devoir, se trompent de priorités et de combat.

Mohamed (saws), connu par sa société comme un homme intègre, franc, sincère, loyal et ne savant ni lire ni écrire comme la majorité des Arabes de son époque, va donc leur offrir un Coran dans leur langue arabe que presque tous parlent avec éloquence.
J’ai développé longuement la thématique de la langue arabe dans les articles suivants Le Divin « piégé »La Guerre contre l’Arabe

Ce Coran va leur parler de Dieu et de la foi. Il va leur dire que Mohamed est véridique, car ce Coran, preuve incontestable, l’affirme. Il va dire aux Juifs, aux Chrétiens et aux païens d’Arabie et aux hommes de la Planète de suivre Mohamed (saws) le Prophète Oummiy  النَّبِيِّ الأُمِّيِّ :

قُلْ يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنِّي رَسُولُ اللّهِ إِلَيْكُمْ جَمِيعاً الَّذِي لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ لا إِلَـهَ إِلاَّ هُوَ يُحْيِـي وَيُمِيتُ فَآمِنُواْ بِاللّهِ وَرَسُولِهِ النَّبِيِّ الأُمِّيِّ الَّذِي يُؤْمِنُ بِاللّهِ وَكَلِمَاتِهِ وَاتَّبِعُوهُ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ

{Dis : « O hommes, je suis pour vous tous, en totalité, le Messager d’Allah. A qui appartient le Règne des Cieux et de la Terre ? Il n’y a de Dieu que Lui, Il fait vivre et fait mourir. Croyez-donc en Allah et en Son Messager, le Prophète inconnaissant, qui croit en Allah et en Ses Paroles, et suivez-le, afin que vous soyez  guidés. »}  Al A’âraf 158

Les difficultés de traduction font du Prophète oummiy النَّبِيِّ الأُمِّيِّ un analphabète ou un illettré, avec un sens péjoratif qui ne sied pas au Prophète d’Allah. Avant de trouver le terme exact et sa véritable signification, il faut dire que le Prophète (saws) ne savait ni lire ni écrire comme l’attestent ses biographes et comme le dit le Coran :

{Et tu ne récitais aucun livre, avant celui-là, ni tu ne l’écrivais de ta droite, sinon alors les détracteurs douteraient.} Al Ankabout 48

Le sens véritable n’est pas au niveau de la lecture et de l’écriture, mais au niveau de la connaissance de la foi et de la science sur la religion. Mohamed (saws) était un inconnaissant de la religion et tout particulièrement des religions juives et chrétiennes, il n’avait aucun savoir sur leurs Livres sacrés. Il avait la conscience de Dieu comme un Hanif c’est-à-dire en rupture avec toutes les formes d’idolâtries ou de monolâtries déviantes. Allah l’a élu, car il était le meilleur, puis l’a éduqué pour recevoir Sa Révélation.

Il était inconnaissant donc il ne pouvait ni inventer à partir d’une idée ancienne, ni copier, ni arranger, ni entacher sa foi, ni débattre à partir d’une culture ancienne, ni être versé dans les sciences occultes jouant à l’imposteur ou à l’homme d’opinion en quête de sensationnel. Mohamed n’était pas mécréant puisqu’il croyait en un Dieu unique, il n’était pas idolâtre puisqu’il n’avait jamais rendu le culte à une idole. Il était un Hanif c’est-à-dire un monothéiste qui s’écarte de toute forme de paganisme d’une manière purement intuitive. Même lorsqu’il a été chargé de la Prophétie, il n’avait aucune liberté d’interprétation sur le Coran ni aucune initiative sur l’art et la manière de le manier :

{C’est à Nous qu’il incombe de te l’apprendre et de te le faire réciter. Quand Nous l’énonçons, suis alors sa lecture. Ensuite, c’est à Nous qu’incombe son explication.} Al Qiyama 17 à 19

Tout ce qu’il disait était révélé et lorsqu’il répondait aux Juifs et aux Chrétiens il les informait de ce qui n’existe plus dans leurs Livres ou a été modifié :

أَوْحَيْنَآ إِلَيْكَ رُوحاً مِّنْ أَمْرِنَا مَا كُنتَ تَدْرِي مَا ٱلْكِتَابُ وَلاَ ٱلإِيمَانُ وَلَـٰكِن جَعَلْنَاهُ نُوراً نَّهْدِي بِهِ مَن نَّشَآءُ مِنْ عِبَادِنَا وَإِنَّكَ لَتَهْدِيۤ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ

{Nous t’avons inspiré un Esprit, par Notre Ordre : tu ne savais point ce qu’est le Coran, ni la foi. Mais Nous l’avons fait une Lumière avec laquelle Nous guidons qui Nous voulons de Nos dévoués. Et toi tu guides sûrement vers un chemin de rectitude : le chemin d’Allah, à qui appartient ce qui est dans les Cieux et ce qui est en la terre.} As Choura 52-53

L’énoncé coranique suivant s’adresse aux Arabes et au reste de l’humanité en leur qualité d’inconnaissant en matière de foi et de religion, car la religion ne les intéresse pas du fait qu’ils se trouvent pas dans un système idolâtre, clérical ou athée qui a construit une fausse représentation de la divinité ou qui a fait de la foi une affaire de mythologie et de fabulation :

هُوَ الَّذِي بَعَثَ فِي الْأُمِّيِّينَ رَسُولاً مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَإِن كَانُوا مِن قَبْلُ لَفِي ضَلَالٍ مُّبِينٍ

{C’est Lui qui a envoyé, parmi les inconnaissants, un Messager d’entre eux, il leur récite Ses Signes, les épure, leur apprend le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent sûrement, auparavant, dans un fourvoiement évident. Ainsi que d’autres, parmi eux, qui ne les ont pas encore suivis. Et Il Est l’Invincible, le Sage.} Al Jumu’ah 2

L’énoncé coranique suivant s’adresse aux Juifs et aux Chrétiens qui attendaient la Prophétie annonçait par Jésus (saws), mais qui pensaient qu’elle ne concernerait qu’un érudit de leur confession :

{Ma Miséricorde embrasse toute chose. Je la prescrirai pour ceux qui sont pieux, qui acquittent la Zakāt et qui croient en Nos Signes. » Ceux qui suivent le Messager, le Prophète inconnaissant qu’ils trouvent inscrit chez eux, dans la Torah et l’Évangile, qui leur commande le bon usage, leur défend le répréhensible, leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les vices, les délivre de leurs faix et des carcans qu’ils portaient.} Al A’âraf 158

Les docteurs en religion des Juifs et des Chrétiens étaient considérés comme des oummiy, car c’étaient de grands lettrés inconnaissant en matière de monothéisme : ils ne suivent que leurs opinions et celles de leurs savants, à l’image de notre communauté en ces temps post-modernes :

{Et il est parmi eux des inconnaissants qui ne savent du Livre que des fabulations, et ils ne font que conjecturer.} Al Baqarah 78

Donc c’est en homme inconnaissant en matière de religion, mais de moralité exemplaire et parlant l’arabe avec éloquence dans une société où la langue arabe était non seulement langue maternelle, mais langue de prestige intellectuel, culturel et social, que Mohamed (saws) va prouver qu’il est Prophète à une société incrédule. Mohamed (saws) tenu pour menteur, fou, poète, magicien, envouté, va mettre, par injonction divine,  en défi les élites, poètes arabes et lettrés Juifs et Chrétiens, de produire un texte équivalent au Coran pour prouver que le Coran est une œuvre humaine. Si un texte humain pouvait être sur le plan lexical, syntaxique, stylistique et sémantique, équivalent au Coran alors celui-ci en perdant son incomparabilité perd de fait sa crédibilité de preuve irréfutable. Nous sommes sur le terrain de la raison pure, de la logique philosophique, de l’exigence linguistique la plus complexe que seuls les lettrés en arabe connaissent lorsque la langue n’est pas seulement un bavardage ou un gagne-pain.

Le Coran va fixer le cadre général en disant aux détracteurs de Mohamed (saws) que la véritable « œuvre » imputée à Mohamed (saws) est impossible à être réalisée   même si toutes les créatures de l’univers se mettaient en chantier :

{Dis : « Même si le genre humain et les djinns se réunissaient pour faire l’analogue de ce Coran, ils ne pourront faire son analogue, même s’ils s’assistaient mutuellement les uns les autres. »} Al Isra 88

Le Coran va dans un premier  temps leur demander de produire dix sourates sachant qu’une sourate peut contenir trois courts versets ou plus de deux cents longs versets. Ils avaient la liberté de choisir la longueur des sourates et de choisir leurs experts littéraires, mais avec la certitude absolue qu’ils seraient dans l’incapacité de relever le défi.

{Diront-ils : « Il l’a controuvé ! » Alors dis leur : « Apportez donc dix sourates qui lui soient semblables, en les inventant, puis faites-vous assister par qui vous pourrez, hormis Allah, si vous êtes véridiques ! ». S’ils ne réagissent pas à votre égard, sachez alors qu’il n’est révélé que par le Savoir d’Allah, et qu’il n’y a de Dieu que Lui. Êtes-vous donc disposés à être musulmans ? »}  Houd 13-14

Le message est clair même s’il peut être compris de plusieurs façons : le Coran est inimitable donc Mohamed est Prophète, Prophète à qui Allah a révélé ce Coran, si vous ne croyez pas en Mohamed et en ce Livre regardez comment  Allah vous rend impossible la tâche de produire quelque chose de semblable et par conséquent ce Livre et ce Prophète qui parlent de Lui sont authentiques, car Allah s’est manifesté contre vous et en faveur de Son Livre et de Son Prophète.

Dans un cas comme dans l’autre, il n’est pas demandé de croire en Mohamed comme un roi, un chef de parti ou un philosophe, mais de le suivre comme Prophète qui conduit vers Dieu. Ce Dieu qui sait et qui connait votre incapacité vous fait savoir qu’Il n’a pas envoyé l’ultime Prophète pour l’humanité sans le doter des preuves de sa véracité et de sa suprématie intellectuelle. Si vous n’êtes pas capables de produire dix sourates avec des lettres que vous maitrisez alors qu’en est-il de la création divine, du Jugement dernier, de l’Enfer et du Paradis…

La puissance de ce raisonnement et sa finesse n’ont pas échappé aux Arabes, aux Juifs et aux Chrétiens, car le discours était focalisé sur l’essentiel sans accessoires pour faire diversion. Le discours de la raison a besoin de deux choses pour être tenu : des gens raisonnables et la liberté pour que les gens raisonnables communiquent et argumentent. Les religieux qui ne travaillent pas pour la promotion de la raison et de la liberté et se jettent corps et âmes dans l’anathème et les détails du Fiqh se retrouvent dans la logique des détracteurs de l’Islam qui ont recours à la violence et aux mensonges pour faire diversion et subversion avant la  guerre. C’est ce qui s’est passé avec Mohamed (saws) : la persécution puis la guerre pour empêcher le triomphe de la raison qui donne ses preuves :

{Apportez vos preuves si vous êtes véridiques}

Avant de le persécuter puis de le chasser de sa ville natale et de lui déclarer la guerre après échecs des tentatives d’assassinat, les élites mecquoises étaient subjuguées par les énoncés coraniques. Ils faisaient du tapage et de l’intimidation pour empêcher les gens d’écouter le Coran, mais eux-mêmes ils venaient à l’aube et en cachette écouter le Prophète réciter le Coran dans son domicile. Ils comprenaient ses paroles et subissaient son influence et c’est pourquoi ils se faisaient des confidences sur leurs venues secrètes et se promettaient de ne plus venir écouter le Coran. Devant l’impossibilité attendue de ne pas produire l’équivalent de dix sourates, le Coran, par la voix de Mohamed (saws) et en conformité avec sa nature généreuse et facilitatrice, va simplifier le défi en le limitant à une seule sourate :

{Si vous êtes dans le doute, de ce que à Notre dévoué, apportez-donc une Sourate qui lui soit semblable et convoquez vos témoins, à l’exclusion d’Allah, si vous êtes véridiques. Si vous ne le faites pas, et vous ne le ferez jamais, alors craignez-donc le Feu.} Al Baqarah 23

L’être sensé voit la qualité du raisonnement logique, ses prémisses et ses conclusions. Nous voyons donc comment l’invitation « Êtes-vous donc disposés à être musulmans ? » qui suivait les dix sourates à produire est devenue un avertissement : « craignez-donc le Feu » lorsque le défi est devenu dix fois moins difficile. Il faut lire ces énoncés non comme un homme de religion « blasé » par le culte, mais comme un pédagogue face à l’échec de l’entêté qui refuse la vérité d’une loi scientifique ou comme un étudiant face à un professeur qui lui donne une autre occasion de se rattraper dans un examen plus facile, mais dont l’échec est de moins en moins permis eu égard à l’accumulation des échecs.

Pour comprendre la dimension rationnelle et la portée psychologique de cet énoncé non seulement il faut le situer dans celui des dix sourates, mais il faut le situer dans son contexte. Ce contexte est celui de Mohamed les invitant à produire une petite sourate comme sourate Al Kawthar ou Al Ikhlass avec l’annonce de l’impossibilité de le faire.

{Et quand tu récites le Coran, Nous mettons entre toi et ceux qui ne croient pas en la vie Future, une barrière qui voile. Et Nous mettons des épaisseurs dans leurs cœurs, pour qu’ils ne le comprennent pas, et une surdité à leurs oreilles. Et quand tu évoques ton Dieu, Seul, dans le Coran, ils s’écartent en fuyant par répulsion. Nous Sommes Plus-Scient de l’état dans lequel ils t’écoutent, car ils t’écoutent en étant en conciliabule, lorsque les injustes disent : « Vous ne suivez sûrement qu’un homme ensorcelé ! » Vois comment ils te fournissent des exemples, alors ils se fourvoyèrent et ne peuvent plus trouver d’issue.} Al Isra 47 à 48

Le Coran les informe donc de leurs réunions secrètes où ils tentaient en vain de relever le défi que leur posait le Coran. Aucun texte ne rapporte que les Arabes avaient démenti cet éclairage coranique. Ici va se poser la question la plus cruciale : le rapport de la foi à la raison. La raison peut conduire à la vérité lorsqu’elle travaille avec méthode et objectivité sans préjugé. La raison et la connaissance de la vérité ne peuvent pas conduire obligatoirement vers la foi : cette conclusion n’est pas irrationnelle, mais confirme que le domaine de la foi ne relève pas de la raison pure. A l’inverse la foi a besoin de la raison  pour ne pas être confondue avec la crédulité et pour témoigner aux autres non seulement de l’expérience spirituelle, de la connaissance métaphysique, mais aussi des champs raisonnables que la foi investit pour leur donner la finalité ultime dans les objectifs et la vertu dans les moyens d’action et de comportement.

Le contextuel de cet énoncé nous met en présence de deux logiques qui s’opposent. La première logique est celle du Coran qui n’offre pas une ou deux, mais des preuves innombrables de sa vérité. La seconde logique est celle des matérialistes qui réfutent tous les arguments sauf ceux qu’ils se fixent comme mesure, car ils se prennent pour la norme et la référence de toute chose. Dans la confrontation de ces deux logiques, il y a la connaissance de la nature humaine et ses esquives pour fuir les impasses de sa propre raison qui refusent de réfléchir, de méditer, de pousser l’esprit de sens et de justesse à ses limites réelles :

{Nous avons varié pour les hommes, dans ce Coran, de toute sorte d’exemples, mais la plupart des hommes mais la plupart des hommes refusent de se départir de leur mécréance. Et ils dirent : « Nous n’aurons point foi en toi jusqu’à ce que tu nous fasses jaillir une source de la terre ; ou que tu aies un parc de palmiers et de vignes, et que tu fasses jaillir à travers eux les fleuves, un vrai jaillissement ; ou que tu fasses tomber sur nous le ciel, comme tu as prétendu, par morceaux ; ou que tu amènes devant nous  Allah et les Anges; ou que tu aies une maison d’or décorée, ou que tu montes droit au ciel, et nous ne croirons point à ton ascension à moins que tu ne nous fasses descendre un livre que nous puissions lire ». Dis : « Gloire à mon Dieu, suis-je donc autre chose qu’un être humain envoyé comme Messager ? » Mais rien n’empêcha les hommes de croire, quand la Direction infaillible leur est parvenue, que d’avoir dit : « Allah a-t-Il envoyé un être humain comme Messager ? » Dis : « S’il y avait sur la terre des Anges qui marchaient confiants, Nous leur aurions sûrement fait descendre du ciel un Archange comme Messager. »} Al Isra 89 à 95

Devant tant d’arguments, les Arabes païens ont trouvé que le court chemin est la persécution et l’effusion de sang. Le chemin plus court et moins périlleux était de contredire le Coran, mais cela leur était impossible. Sur le plan de la raison, les païens étaient confrontés à quatre choix. Le premier était d’embrasser l’Islam, mais il aurait fallu reconnaitre leur échec et regretter leurs moqueries. Le second était de jouer les hypocrites pour saper l’Islam de l’intérieur. Le troisième était de se détourner de Mohamed et le laisser argumenter avec en fin de compte l’islamisation du monde. Le quatrième était de combattre Mohamed. Le choix répond à leur logique du moment, mais il n’était pas historiquement et idéologiquement raisonnable, car on ne combat pas une idée, un amour, une conviction, une foi, une vérité par des armes. Le dicton populaire dit qu’avec un coup de marteau on brise le fer, mais on forge l’acier.

Dans les temps présents l’Empire, le sionisme et le temple satanique, en guerre contre Dieu et contre l’humanité, ont peur de l’éveil de l’Islam qui a la compétence de convaincre n’importe quel humain de sa vérité si cet humain se met à l’écoute de ce Coran en faisant usage de sa raison. Pour que la raison ne soit pas convoquée et que la peur, le sensationnel  et la folie deviennent un rempart contre l’éveil islamique les laboratoires instrumentalisent les infantiles et les anarchistes du monde musulman avec l’argent des pays musulmans pour installer une situation de violence et d’effusion du sang. Les mêmes procédés utilisés par  Arabes hypocrites et idolâtres contre le Coran et le Prophète sont actualisés et amplifiés par la technologie, l’argent et les médias.

Avant de se résigner à le mettre sous embargo, à l’assassiner, à l’expulser puis à lui déclarer la guerre, les Arabes grands polémistes et grands rhéteurs ont posé les grandes questions qui fondent la foi et la  science des musulmans :

{Vois comment ils te fournissent des exemples, alors ils se fourvoyèrent et ne peuvent plus trouver d’issue. Et ils disent : « Quand nous serons des os et des débris, serons-nous vraiment ressuscités en une nouvelle création ? » Dis leur : « Soyez des pierres ou du fer, ou quelque créature qui vous paraisse impossible ! » Alors ils diront : « Qui donc nous reconstituera ? » Dis leur : « Celui qui vous initia la première fois », alors ils  hocheront vers toi leurs têtes et diront : « Quand cela ? » Dis : « Il se peut que ce soit bientôt, le jour où Il vous appellera et que vous répondrez à Son Appel en Le louant,  pensant que vous n’êtes restés que peu de temps. »} Al Isra 49 à 52

Ils ne cherchaient donc pas à s’informer, mais à transformer leur impuissance en triomphe croyant que leurs questionnements métaphysiques ou historiques allaient  pousser Mohamed (saws) à commettre une erreur de style, de syntaxe, d’historicité, de sémantique. Cet aspect étrange témoigne de la rationalité du Coran qui a fait du contexte argumentaire et détracteur des païens, des Juifs et des Chrétiens une pédagogie de la foi tout en les renvoyant à leurs contradictions et aux défis qui leur sont posés en termes de cognition et de logique pure.

Aujourd’hui les orientalistes, les islamologues et certaines officines sionistes tentent de recourir à la linguistique moderne pour étudier la sémantique coranique et ainsi le déconstruire. Le défi est toujours d’actualité ! Pour l’instant, en plus des problèmes de méthodologies et de définition des objectifs les chercheurs sont confrontés à la complexité lexicale du Coran et à l’impossibilité de transférer vers l’Arabe des outils d’analyses conçus pour les langues latines.  Le Coran a inscrit le comportement des anciens détracteurs, semblables à celui des contemporains, nous montrant une fois de plus que le Coran est une véritable et puissante argumentation rationnelle devant laquelle la raison répond lorsqu’elle est libre sans entraves culturelles, sociales, idéologiques, religieuses sinon elle se rebelle et fuit dans le reniement le plus irrationnel :

{Et quand tu récites le Coran, Nous mettons entre toi et ceux qui ne croient pas en la vie Future, une barrière qui voile. Et Nous mettons des épaisseurs dans leurs cœurs, pour qu’ils ne le comprennent pas, et une surdité à leurs oreilles. Et quand tu évoques ton Dieu, Seul, dans le Coran, ils s’écartent en fuyant par répulsion. Nous Sommes Plus-Scient de l’état dans lequel ils t’écoutent, car ils t’écoutent en étant en conciliabule, lorsque les injustes disent : « Vous ne suivez sûrement qu’un homme ensorcelé ! » Vois comment ils te fournissent des exemples, alors ils se fourvoyèrent et ne peuvent plus trouver d’issue.} Al Isra 47 à 48

La puissance du Coran est dans son discours sur Dieu, sur la création, sur les Prophètes, sur le devenir, sur l’homme… Quiconque écoute (au sens sémantique) le Coran se trouve impliqué dans un projet de connaissance, de méditation, de quête des fins, de mise en marche vers la liberté, de devoir de justice et de solidarité :

{Et lorsqu’on récite le Coran, écoutez-le et entendez, afin qu’il vous sera fait Miséricorde.} Al Maidah 204

L’intuition, la ruse, l’intelligence, la perversité et les intérêts des mécréants opposés au Coran savent la puissance du Coran sur la raison et l’émotion du Croyant et de l’inconnaissant et par conséquent ils rivalisent d’ingéniosité pour détourner l’attention :

{Et ceux qui sont devenus  mécréants disent : « N’écoutez pas ce Coran et résistez-lui par le bavardage, peut-être vaincriez-vous ».} Foussilat 26

Il est triste et désolant de voir aujourd’hui les adeptes de l’Islam bavarder et saper le sens du Coran. A titre d’illustration le Coran, parole divine pour la méditation et la quête spirituelle et intellectuelle, est devenu une ambiance sonore dans les souks. Mais le plus navrant est le bavardage des imams qui ont recourent au Coran pour se donner un « look » savant, mais qui ne font du bavardage ou de la récitation d’opinions de savants anciens sans rapport avec nos problèmes contemporains et sans faire l’effort de faire connaitre le Coran aux musulmans. Mohamed (saws) a transformé l’homme puis la société par le Coran : pendant 23 ans il leur récitait le Coran et les Compagnons l’apprenaient, le commentaient et le mettaient en pratique.

Au lieu de parler des dix invalidations de la foi du cheikh Ibn Abdelawahab, de la « trinité » islamique d’Ibn Taymiya (unicité de la divinité, unicité de l’adoration, unicité des Noms et des attributs divins), des marabouts, des soufis, des chiites, des innovateurs et de tout sujet sur lequel il y a divergence ou qui n’est pas prioritaire,  ils devraient s’inspirer des Djinns :

{Et lorsque Nous avons envoyé vers toi un nombre de djinns entendre le Coran, alors dès qu’ils furent présents, ils dirent : « Écoutez ! » Puis lorsque la lecture fut terminée, ils retournèrent auprès des leurs pour les avertir.  Ils dirent : « O notre peuple ! Nous avons entendu un Livre révélé après Moïse, corroborant ce qui le précède ; il guide vers la Vérité et vers un chemin de rectitude ; O notre peuple ! Répondez au héraut d’Allah, et croyez en Lui, Il vous Absoudra de vos péchés et vous Préservera d’un douloureux châtiment ; et quiconque ne répond pas (favorablement) au héraut d’Allah, il ne saurait entraver de par la terre, et n’a nuls protecteurs à l’exclusion de Lui. Ceux-là sont dans un fourvoiement évident ».} Al Ahqaf 29 à 32

Encore une fois, le discours est logique axé sur l’essentiel sur lequel et par lequel se construit une conviction, une posture, une idée.  Beaucoup de musulmans n’ont retenu des Djinns que le surnaturel et l’exorcisme importés des Juifs et des Chrétiens. Beaucoup de musulmans ont exclu la rationalité se contentant d’un discours moralisateur où une audience infantilisée écoute un sermonneur paternaliste sans profondeur spirituelle, sans dimension esthétique, sans méthodologie intellectuelle. L’Islam est devenu un phénomène de consommation de masse où le festif, le rassemblement, l’affectif priment sur la raison et sur l’efficacité sociale face à un monde occidental en quête de fins ultimes.

L’islam n’est pas une idéologie, mais sa confrontation avec ses détracteurs relève de la lutte idéologique dans le sens où il affronte la réfutation de la foi par un discours producteur d’idées, de concepts, de vérités qui déconstruisent les mensonges et les falsifications par des preuves rationnelles tout en affirmant l’impossibilité de lui trouver une faille, une erreur, une contradiction qui invalident le Coran qui est sa source principale. C’est cette force intellectuelle qui a permis aux musulmans de rayonner scientifiquement, philosophiquement et artistiquement sur le monde, de se confronter aux Perses, aux Chinois, aux Grecs, aux Hindous, aux Européens et de l’emporter avec aisance, noblesse et pour le profit de tous.

La langue est le canevas des idées et le ferment de l’esthétique d’un peuple. Plus ses signes sont riches plus ses signifiants sont nombreux, plus sa grammaire est structurée et son style élaboré et plus sa sémantique est riche et subtile, plus son vocabulaire est riche plus ses formes d’expressions sont nuancées, précises, adaptées et ajustables à merveille. Celui qui maitrise une langue riche et complexe maitrise non seulement la communication, mais la production des concepts et la manipulation des idées abstraites qui permettent de formaliser la pensée et l’imagination qui sont des formes immatérielles. Plus la langue est structurée plus elle structure et raffine  la pensée en rendant l’indicible de l’émotion, de la perception ou de la cognition  facile à être transcrit en langage verbal ou écrit. La langue arabe c’est ce potentiel exceptionnel intellectuel et narratif que possédaient les Arabes.

La langue arabe avec ses 29 lettres, ses huit vocalisations, ses 20000 mots et sa grammaire complexe se voit promue comme défi par la langue coranique qui lui ajoute des mots, des métaphores, des syntaxes, des styles et une lecture non linéaire. En plus de ses innovations révolutionnaires, la langue coranique va se définir comme lissan arabi dans le sens de langue correcte, droite, jeune, belle et généreuse si nous prenons le terme « arabe » dans sa signification coranique. Le Coran va aller encore plus loin en disant que cette langue coranique « correcte » est parfaite :

{… ceci est une langue arabe évidente} An Nahl 103

{… en langue arabe pure} As Chou’ara 195

{Un Coran arabe, sans aucune tortuosité} As Zomr 28

Seule la langue arabe remaniée pouvait contenir et véhiculer la Parole divine. Cette Parole, malgré sa complexité et sa richesse, a été « miraculeusement » facilitée pour qu’elle soit accessible et compréhensible tout en restant incomparable. Sa compréhension n’est pas figée, mais élastique : chaque intelligence et chaque expérience de vie permettent à la langue coranique d’offrir davantage de significations :

{Nous ne l’avons rendu facile en ta langue qu’afin que tu puisses, par son intermédiaire, annoncer la bonne nouvelle aux pieux et avertir les gens contestataires.} Mariam 97

{Et Nous avons réellement facilité, en fait, le Coran pour la réflexion. Y a-t-il donc quelqu’un qui réfléchisse ?}

Même si nous nous exprimons en français sur la langue arabe du Coran nous pouvons comprendre la posture des poètes de la période antéislamique devant ce Coran qui s’exprime dans leur langue et qui leur dit je suis difficile, mais facile pour ceux qui sont sincères ; je vous apporte du nouveau, mais vous êtes dans l’incapacité de vous hisser au niveau de son vocabulaire, de sa grammaire, de son style, de sa narration, de sa sémantique, de ses métaphores, de ses vérités, de son raisonnement…

Il est difficile de parler du miracle coranique dans une autre langue que celle du Coran. Pour comprendre l’impact rationnel de la langue coranique sur le processus cognitif et spirituel, nous allons tenter de faire des rapprochements.

À titre d’exemple, imaginons que la langue française permet d’ajouter des affixes (suffixes) pour distinguer grammaticalement un nom en position de sujet du verbe (agissant) du même nom en position de complément d’objet (subissant).  Imaginons le terme Sabiroun (les endurants en position de sujet du verbe) qui reste sujet, mais s’écrivant et se lisant avec une grammaire de complément d’objet (Sabirine). Il n’y a pas de faute grammaticale, car la langue arabe le permet dans des cas exceptionnels. L’exception ici est de montrer la force morale et la patience de l’endurant qui subit son épreuve alors qu’il est sujet d’une action et non subissant l’action d’une autre.

Un autre exemple est celui des Anges saluant Abraham par Salam (Qalou salamo) qui répond à leur salut par Salam (Qala Salama). La langue française ne rend pas la subtilité  du passage du masculin au féminin dans une phrase structurée de la même façon. Le Salam masculin devenant Salam féminin exprime la chaleur, l’abondance et l’insistance. Le suffixe féminin a exprimé un concept tout en montrant que le Coran a la particularité de s’expliquer par lui-même. Le Salamo qui est le salut pacifique de l’arrivant à l’hôte a pour réponse le Salama qui est les mille et un saluts chaleureux de l’hôte manifestant son hospitalité et traduisant l’éthique coranique : « Si vous êtes salués d’une salutation, saluez d’une façon bien meilleure ou alors rendez-la. (An Nissa 86) »

Ainsi le Coran va restructurer la pensée et l’émotion en « jouant » sur la syntaxe et la grammaire pour donner un sens plus précis au mot et à la phrase. Il va conjuguer la polysémie, la richesse lexicale et les tournures de style pour donner à l’imagination la liberté expressive pour l’immersion totale  dans le sens sans toutefois lui permettre d’aller vers des contre sens ou des faux sens :

} هُوَ ٱلَّذِيۤ أَنزَلَ عَلَيْكَ ٱلْكِتَابَ مِنْهُ آيَاتٌ مُّحْكَمَاتٌ هُنَّ أُمُّ ٱلْكِتَابِ وَأُخَرُ مُتَشَابِهَاتٌ فَأَمَّا الَّذِينَ في قُلُوبِهِمْ زَيْغٌ فَيَتَّبِعُونَ مَا تَشَابَهَ مِنْهُ ٱبْتِغَاءَ ٱلْفِتْنَةِ وَٱبْتِغَاءَ تَأْوِيلِهِ وَمَا يَعْلَمُ تَأْوِيلَهُ إِلاَّ ٱللَّهُ وَٱلرَّاسِخُونَ فِي ٱلْعِلْمِ يَقُولُونَ آمَنَّا بِهِ كُلٌّ مِّنْ عِندِ رَبِّنَا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلاَّ أُوْلُواْ ٱلأَلْبَابِ {

{C’est Lui qui te révéla le Livre, renfermant des Signes précis, qui sont l’essence même du Livre, et d’autres semblables. Quant à ceux qui ont une déviance dans leurs cœurs, ils suivent ce qui leur en paraît probable, aspirant à la sédition et aspirant à sa mésinterprétation, alors que nul ne sait son interprétation sauf Allah. Et les enracinés dans la Science disent : « Nous y croyons, les deux viennent de notre Dieu ». Et ne s’en souviennent que les doués d’entendement.} Ali ‘Imrane 7

Al moutachabih est un mot complexe. Pour le comprendre il faut voir les subtiles différences dans la langue française entre similaires, semblables,  pareils et analogues par rapport à  identiques  et mêmes. C’est le Coran qui  explique et explicite les mots et les phrases par le contextuel de son énoncé, le sens de ses mots et le dessein de la Sourate. Venir avec les préjugés, les idéologies ou les limites lexicales de sa culture puis les transposer dans la lecture du Coran pour en extraire le sens c’est aller vers la mise en évidence du probable et non du réel. Admettre que le Tachabouh c’est l’équivoque c’est faire dire au Coran qu’il a la faculté d’induire le lecteur vers la confusion.

Le terme le plus approprié pour le Tachabouh est le terme probable.  Initialement le terme probable ne désigne pas le caractère aléatoire d’un fait, mais l’idée qu’une opinion est communément et faussement considérée comme vraie. A la fin du Moyen-âge et au début de la Renaissance, ce terme, focalisé sur les imprécisions des traductions, va désigner la vraisemblance d’une idée ou d’un énoncé. Le probable au sens religieux et  philosophique c’est reconnaitre comme vraie une opinion fausse ou comme certitude une idée vraisemblable alors qu’elle est incertaine, douteuse, mais que l’habitude et le préjugé font paraitre comme certaine. C’est ainsi que le préjugé ou l’analogie simpliste conçoit Dieu comme une idée  anthropomorphique.

Le Coran va donc s’offrir comme un exercice littéraire pour discipliner l’esprit, l’enrichir et le mener vers le sens le plus épuré, le plus précis et le plus riche.

Le féminin et le singulier vont intervenir pour remplacer le masculin et le pluriel donnant au contexte le sens qui convient le mieux, le proche par rapport au lointain, le facile par rapport au difficile, le nombreux par rapport au réduit, le vaste par rapport à l’étroit, le singulier par rapport au général, le ponctuel par rapport au continu… La richesse polysémique va non seulement mettre le synonyme qu’il faut à la place qu’il faut, mais elle va mettre le mot comportant le plus ou le moins de lettres alphabétiques pour signifier la durée ou la vitesse, la simplicité ou la complexité. En choisissant les mots selon leur sonorité la polysémie va permettre de donner de la vitesse ou du ralenti à une action. La conjugaison va signifier non seulement le passé et le futur, mais la ponctualité, l’accomplissement, la récurrence, ou la continuité d’une action ou d’un phénomène.

Ainsi la grammaire, la conjugaison et le vocabulaire vont moduler le sens, le rythmer le nuancer, le préciser, le contextualiser, le singulariser ou le globaliser. Ils vont démultiplier le vocabulaire. Ils vont inciter l’esprit à faire des pauses de réflexion, de quêtes de sens, de lecture contextuelle, de lecture non linéaire. C’est une discipline de l’esprit, lequel va se trouver dérouté lorsqu’il aborde pour la première fois le Coran ou lorsque sa lecture n’est ni méditative ni assidue. Les poètes arabes ainsi que les lettrés juifs et chrétiens étaient littéralement  bouleversés.

Dans des articles antérieurs il y a des développements sur quelques aspects du vocabulaire et de la sémantique coranique : Enseignements sur les Apôtres de Jésus ; Subtilités coraniques sur la reconnaissance et la gratification ; Des sources chrétiennes du Coran (?!)

Devant la conjugaison de l’argumentation rationnelle et de la symphonie lexicale, stylistique et syntaxique, ils n’avaient que le choix de croire au Dieu qui a révélé ce Coran ou s’ils ne refusent l’évidence de la foi de lui donner une origine surnaturelle, magique… Le Jugement dernier est l’annonce la plus rationnelle qui soit pour celui qui ne veut pas croire que vivre puis mourir sans raison ne soit pas absurde ou pour celui qui voit la création se renouveler sans cesse. C’est pourtant la ressuscitation et le Jugement dernier  qui posent le plus de problèmes à la pensée nihiliste alors que ce sont les éléments fondamentaux de la foi pour tout croyant :

{Et si tu dis : « Vous serez sûrement ressuscités après la mort », ceux qui sont devenus  mécréants diront certainement : « Cela n’est que magie évidente ».}

Face à un livre rationnel, une langue prodigieuse et une annonce de la fin du monde, il s’agit de croire avec preuves de sa foi ou de refuser la foi avec preuves de son refus. Des croyants ont effectué le chemin spirituel et cognitif de la foi alors que d’autres ont cru. Les mécréants ont refusé d’effectuer le parcours logique en fuyant dans l’irrationnel. Quels que soient le refus et ses mobiles, le Moi Mohammadien reste  au service d’une œuvre dont il n’est pas l’auteur et devant laquelle il s’efface totalement :

{Dis-[leur]: « Je ne vous dis pas que je détiens les trésors de Dieu, ni que je connais l’inconnaissable, et je ne vous dis pas que je suis un ange. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. » Dis-[leur]: « Est-ce que sont égaux l’aveugle et celui qui voit? Ne réfléchissez-vous donc pas? »} Al-An’am: 50

{Dis-[leur]: « Je suis en fait un être humain comme vous. Il m’a été révélé que votre Dieu est un Dieu unique! Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu’il fasse de bonnes actions et qu’il n’associe dans son adoration personne à son Seigneur. »} Al-Kahf 110

{Nous savons mieux ce qu’ils disent. Tu n’as pas pour mission d’exercer sur eux une contrainte. Rappelle donc, par le Coran, à celui qui craint Ma menace.} Qaf 45

Même dans la guerre qui l’opposait armes à la main, Mohamed (saws) se comportait comme un Prophète doué d’une éthique et d’un sens des responsabilités exceptionnelles qui interpellent la raison :

{Et si l’un des idolâtres te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la Parole d’Allah, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. Car ce sont des gens qui ne savent pas. Comment y aurait-il pour les idolâtres un pacte admis par Dieu et par Son Messager? À l’exception de ceux avec lesquels vous avez conclu un pacte près de la Mosquée Sacrée. Tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. Car Dieu aime les pieux.} At-Tawba 6-7

Voilà la posture du chef de file des païens arabes :

{Il a réfléchi, et il a résolu. Maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Ensuite, maudit soit-il, en ce qu’il a résolu ! Puis, il a pensé. Ensuite, il fronça les sourcils et s’assombrit. Ensuite, il tourna le dos et s’enorgueillit, alors il dit : « Cela n’est que de la magie transmise, ce ne sont que les paroles des êtres humains ! »}  Al Moudattir

Voilà la posture des Juifs :

{Et lorsque Jésus fils de Marie dit : « O Descendants d’Israël, je suis le Messager d’Allah vers vous, corroborant ce qui me précéda de la Torah, et annonçant la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi : il s’appelle Ahmad ». Et quand il leur est venu avec les évidences, ils dirent : « C’est de la magie évidente ».}  As Saff 6

Le Coran ne se contente pas de les mettre en défi, il les dévoile et les informe comme preuve supplémentaire de l’authenticité rationnelle de la prophétie de Mohamed (saws).

Les Arabes connaissaient Mohamed (saws), sa vie, ses fréquentations, sa moralité et savaient donc qu’ils ne pouvaient être un magicien ou un expert en sciences occultes, mais la fuite les pousse de la raison dont ils se réclamaient vers l’irrationnel dont ils accusaient Mohamed (saws) et cela sous l’éclairage du Coran qui les dévoile :

{Celui-là est-il autre (chose) qu’un être humain comme vous ? Vous laisseriez-vous prendre par la magie, alors que vous êtes clairvoyants ? »} Al Anbiya 3

{Et quand on leur récite Nos Signes évidents, ils disent : « Ce n’est qu’un homme qui veut vous rebuter de ce qu’adoraient vos pères ». Et ils dirent : « Cela n’est que du mensonge controuvé ». Et ceux qui sont devenus  mécréants dirent à la Vérité, quand elle leur est parvenue : « Certes, cela n’est que magie évidente ».} Saba 43

Au lieu de débattre sur l’offre de Mohamed d’étudier le Coran et de se prononcer sur sa validité, ils cherchaient la fuite irrationnelle pour aller au rapport de forces. Mohamed (saws) ne passait pas son temps à leur jeter l’anathème, ce n’est pas l’étiquette d’un prophète, il cherchait à les convaincre. Il ne cherchait pas à les convaincre, pour avoir  raison sur eux ; il avait la conviction qu’il pouvait les sauver et il se chagrinait de les voir se diriger vers l’Enfer. Allah lui dit ce que la psychologie sociale vient à peine de découvrir : l’homme est prisonnier de son milieu, de son éducation et de ses préjugés qui le rendent fermé à la logique et à la raison. Le Coran l’invite donc à ménager leur subtilité individuelle et à leur offrir des espaces de liberté en les extrayant de leur milieu pour leur offrir la foi sans la contamination sociale, culturelle et idéologique :

{Dis : « Je ne vous exhorte qu’à une chose : d’agir pour Allah, par deux, ou individuellement, ensuite de réfléchir : Votre compagnon n’est point atteint de folie. Il n’est qu’un avertisseur pour vous, face à un sévère châtiment ». Dis : « Ce que je vous ai demandé comme profit, gardez-le pour vous ! Certes, Ma rémunération n’incombe qu’à Allah, et Il est Témoin sur toute chose ». Dis : « Certes, mon Dieu Lance la Vérité, l’Omniscient des inconnaissables ».  Dis : « Le Vrai est venu, et le faux ni il n’avance ni il ne retarde ». Dis : « Si je suis fourvoyé, je ne me fourvoie qu’à mon détriment, et si je suis guidé, c’est en raison de ce que mon Dieu m’Inspire ».} Saba 46 à 50

En groupe et individuellement les Arabes étaient interpellés avec douceur et intelligence sur la foi et sur leur devenir dans l’autre monde. Dans leur entêtement à nier la Prophétie, le Coran les mettait en défi de lire, de comprendre le Coran, de le réfuter rationnellement et linguistiquement. Ils essayaient donc de relever le défi de produire des énoncés semblables, mais en vain. Ils essayaient de faire diversion, mais en vain. Ils essayaient d’acculer le Prophète (saws) à l’erreur lexicale, syntaxique, sémantique ou historique, mais en vain.

Leur questionnement répondait à la stratégie coranique qui ne se propose pas comme un énoncé formaliste, mais comme une mise en situation socio pédagogique où la connaissance se construit par le questionnement, la quête de réponse, la mise en liaison des informations et l’accumulation de sens.  C’est dans cette ambiance que les Arabes, les Juifs et les Chrétiens venaient à découvrir des faits historiques, métaphysiques, scientifiques, et à voir le déroulement logique et panoramique du Coran qui les saisit d’émerveillement intellectuel et de ravissement esthétique, même si après ils reviennent vers leurs postions traditionnelles de négateurs de la prophétie.

C’est dans cette ambiance qu’ils découvrent donc non seulement les subtilités syntaxiques du Coran, mais aussi le récit coranique. Le récit coranique n’appartient à aucune légende, il est novateur dans son style narratif, ses métaphores et son dessein unique : tisser le réseau de sens vers Allah le Créateur, l’Organisateur, le Décideur, le Juge suprême, la Vérité absolue. Ils connaissent enfin Joseph, Jonas, Moise, David, Salomon, Jésus, Abraham, Noé, Adam… Dans ces récits ils découvrent un Dieu qui ne ressemble pas aux dieux des mythologies grecques ou à celui des monolâtries juives et chrétiennes. Ils découvrent  les dormants de la caverne, Dhoul Qarnayn, la rencontre entre Moïse et Khadr. Dans le récit sur Moïse, ils découvrent la trame subtile du destin ainsi que la  bienveillance de Dieu dans l’exécution de Son décret par la subtilité du langage que la traduction française ne pourrait rendre :

{Ils trouvèrent un Dévoué d’entre Nos Dévoués, à qui Nous avons donné de Notre part une Miséricorde,  et Nous lui avons enseigné de chez Nous une Science. Moïse lui dit : « Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes de ce qui t’a été enseigné de sensé ? »  Il dit : « Toi, tu ne pourras avoir de la patience avec moi ! Et comment patienterais-tu au sujet de ce dont tu n’as aucune connaissance ? » Il dit : « Tu me trouveras patient, si Allah Veut, et je ne te désobéirai en aucun ordre ». Il dit : « Si tu me suis, ne m’interroge donc sur rien jusqu’à ce que je t’en parle ». Ils s’élancèrent tous deux jusqu’à ce qu’ils s’embarquèrent dans le bateau, il le perfora. Il dit : « L’as-tu perforé pour noyer ses gens ? Tu as vraiment commis une chose condamnable ». Il dit : « N’ai-je pas dis que tu ne pourrais point avoir de la patience avec moi ?! » Il dit : « Ne me réprimande pas en raison de ce que j’ai oublié, et ne m’accable pas au-dessus de mes forces ». Puis, tous deux s’élancèrent jusqu’à ce qu’ils rencontrassent un jeune garçon, alors il le tua. Il dit : « As-tu tué une personne innocente sans qu’elle n’ait tué personne ! Tu as vraiment commis une chose atroce ». Il dit : « Ne t’ai-je pas dis que tu ne pourrais point avoir de la patience avec moi ? » Il dit : « Si je t’interroge sur quoi que ce soit après cela, ne me garde plus alors en ta compagnie, car tu en aurais eu assez de ma part ! » Alors tous deux s’élancèrent jusqu’à ce qu’ils arrivèrent auprès des habitants d’une cité, et demandèrent à manger à ses habitants, mais ils refusèrent l’hospitalité aux deux. Puis, ils y trouvèrent un mur qui allait s’écrouler, alors il l’éleva. Il dit : « Si tu veux, tu peux te faire payer pour cela ». Il dit : « Ceci est une séparation entre moi et toi. Je t’informerai de l’explication de ce que tu n’as pas eu la patience d’attendre : Quant au bateau, il appartenait à des miséreux qui travaillent en mer, alors j’ai voulu le rendre défectueux car ils avaient derrière eux un roi qui prend chaque bateau de pêche par force. Quant au jeune garçon, ses père et mère étaient des croyants, nous avons craint qu’il ne les surmène par tyrannie et mécréance ; alors nous avons voulu que leur Dieu le leur Échange en un meilleur que lui en pureté et plus près en affection. Quant au mur, il appartenait à deux jeunes garçons orphelins, dans la cité, et il y avait en dessous un trésor qui leur appartenait ; et leur père était vertueux, alors ton Dieu a voulu qu’ils atteignissent, tous deux, leur maturité et qu’ils déterrassent leur trésor, par Miséricorde de ton Dieu. Et je ne l’ai pas fait de moi-même : ceci est l’explication de ce que tu n’as pas eu la patience d’attendre. »} Al Kahf  65 à 82

Il ne s’agit pas ici de faire les commentaires sur cet énoncé en matière de pédagogie, de narration, de métaphysique, de stratégie, de destin : des livres en plusieurs tomes n’ont pas épuisé le sujet. Nous allons juste nous focaliser sur deux points.

Le premier point concerne la longueur du mot dans la signification de l’énoncé coranique sur le plan intellectuel et affectif.

Au début de l’épreuve, Khadr a  réprimandé Moïse en soulignant sa difficulté à endurer : قَالَ أَلَمْ أَقُلْ لَّكَ إِنَّكَ لَن تَسْتَطِيعَ مَعِيَ صَبْراً

{Il dit : « Ne t’ai-je pas dis que tu ne pourrais point avoir de la patience avec moi ? »}

A la fin de la troisième épreuve, Khadr a mis fin à l’expérience en expliquant à Moïse les raisons qu’ils ignoraient et qui le rendaient incapable d’endurer tout en lui faisant le reproche de n’avoir pas suffisamment été patient :

قَالَ هَـٰذَا فِرَاقُ بَيْنِي وَبَيْنِكَ سَأُنَبِّئُكَ بِتَأْوِيلِ مَا لَمْ تَسْطِع عَّلَيْهِ صَبْراً

{Il dit : « Ceci est une séparation entre moi et toi. Je t’informerai de l’explication de ce que tu n’as pas eu la patience d’attendre}

En français la différence n’est visible que sur le temps de conjugaison. Dans le premier cas Khadr annonce l’impossibilité de Moïse de se montrer endurant ou patient dans le présent ou le futur du récit. Dans le second cas, il constate l’impossibilité passée de Moïse à se montrer endurant ou patient. En réalité l’énoncé coranique est plus subtil : le premier  تَسْتَطِيعَ  (capable) comporte 6 lettres alors que le second تَسْطِعَ  (capable) ne comporte que 4 lettres. Le même mot avec des lettres plus grandes signifie plus de durée, plus d’effort et plus de difficulté que dans le même mot avec moins de lettres. Non seulement le temps de l’action est différent, mais l’intensité de l’action est différente. L’intensité plus grande signifiait une attente plus grande, alors que l’intensité plus réduite signifiait une déception cachée de Khadr ainsi qu’un empressement plus grand de Moise. Seul Mohamed (saws) Prophète maitrisant parfaitement l’arabe avait compris la différence en disant que si Moïse s’était montré moins empressé, nous aurions eu plus de connaissances sur le destin et ses voies d’accomplissement.

La traduction devrait donc plus précise en étant plus technique si elle veut véhiculer davantage de sens :

{Ne t’ai-je pas dis que tu ne pourrais point avoir suffisamment de (beaucoup de, longue) patience avec moi ?  }

Au lieu de « Il dit : « Ne t’ai-je pas dis que tu ne pourrais point avoir de la patience avec moi ? »

{Ceci est une séparation entre moi et toi. Je t’informerai de l’explication de ce que par ta hâte tu n’as pas eu la patience d’attendre}

{Ceci est une séparation entre moi et toi. Je t’informerai de l’explication de ce que t’a fait perdre patience !}

Au lieu de « Ceci est une séparation entre moi et toi. Je t’informerai de l’explication de ce que tu n’as pas eu la patience d’attendre ».

Bien entendu on ne manquera pas de voir que par le jeu de lettres le mot devient plus évocateur dans le sens où il ne blâme. En introduisant la hâte dans la traduction, on répond à la fidélité du sens tout en  manquant à l’éthique du sens, car la langue française ne permet pas de faire les ellipses de styles par la structure graphique du mot comme le permet la langue arabe. Bien entendu on ne manquera pas de voir le blâme caché d’un Dieu qui s’est fait connaitre comme pudique envers ses créatures et qui a témoigné de l’amour à Moïse :

{Et Je t’ai comblé d’amour de Moi-même, pour que tu sois formé sous Ma Surveillance} Taha 39

Par ailleurs l’empressement de Moïse n’est pas anecdotique ou spécifique à ce récit. Il est constant dans tous les récits coraniques sur Moïse :

{Lorsque Moïse dit à son jeune servant : « Je ne m’arrêterai point de marcher jusqu’à ce que j’atteigne le confluent des deux mers, dussé-je y mettre des  années ». Puis, quand ils ont atteint tous deux le confluent, ils ont oublié leur poisson qui reprit sa voie dans la mer en voguant sur les eaux. Et quand tous deux ont dépassé cet endroit, il dit à son jeune servant : « Apporte-nous notre repas, nous sommes totalement épuisés par ce dur voyage ».} Al Kahf 60 à 62

{Qu’est ce qui  t’a empressé à quitter tes gens, ô Moïse ? Il dit : « comme ils m’ont  témoigné loyauté alors je me suis empressé vers Toi, mon Dieu, afin que Tu sois satisfait. »} Taha 83

{Et Nous avons pris avec Moïse un engagement de trente nuits, puis Nous les avons complété de dix, ainsi le temps fixé à la rencontre avec son Dieu était de quarante nuits.} Al A’âraf 140

Le second point concerne les subtilités pédagogiques et spirituelles des propos de Khadr, l’homme de bien qui a joué le rôle de pédagogue et de révélateur du destin auprès de Moïse pour signifier à ce dernier que même un Prophète de son rang ne pouvait embrasser l’étendue et la portée de la science divine.

Pour le bateau du pécheur Khadr dit : « j’ai voulu le rendre défectueux », pour le jeune garçon il dit « nous avons craint … alors nous avons voulu », alors que pour le mur il dit « ton Dieu a voulu … par Miséricorde de ton Dieu ». Les lettrés arabes se trouvaient face à une énigme : Khadr est le locuteur et l’agent dans les trois récits qui ont respectivement pour thème la destruction du bateau convoité par un tyran, la mort d’un adolescent en apparence innocent,  et la restauration d’un mur alors que l’acte est attribué respectivement à Khadr (je), à Dieu et à Khadr (nous), et uniquement à Dieu (Il).

Sur le plan narratif et philosophique nous sommes confrontés au rapport du moi à l’autre et de l’intentionnalité de l’acte des uns dans le futur pensé des uns et des autres. Le récit introduit toutes les formes d’identité qui n’agissent que subordonnée à un  rapport métaphysique : « Et je ne l’ai pas fait de moi-même ». Al Khadr n’agit pas de sa propre volonté ni par sa propre intentionnalité même s’il est le locuteur et l’acteur agissant en apparence. C’est Khadr le locuteur qui change d’identité (je, il et nous) sur un acte accomplit par Allah (Il) et qui change de posture avec Moïse en lui disant « ton Dieu » alors qu’il était attendu qu’il dise « mon Dieu ».

Si son  discours semble déroutant ou illogique, il répond à la logique du récit sur le phénomène du destin s’accomplissant par des voies impénétrables. La syntaxe et le style coranique deviennent le lien subtil, mais structuré, pour comprendre le destin bien plus compliqué que l’énoncé.

S’il est impossible pour la créature de se vêtir de l’identité du Créateur et de Son intentionnalité afin de comprendre le destin, elle peut en saisir  quelques aspects en s’arrêtant sur les subtilités de l’énoncé.

Ainsi lorsque l’acte semble injuste causant des dégâts matériels il l’impute à lui-même sachant que l’inspirateur de l’acte est Dieu. L’idée est simple : Dieu est trop bon pour qu’Il commette une injustice, mais Il est trop juste pour qu’il ne laisse pas une injustice sans réparation. La justice et la bonté de Dieu autorisent donc l’intervention humaine à agir de son propre gré même si en remontant de cause en cause elle arrive à Dieu.

Lorsque l’acte semble cruel avec mort d’homme comme dans le cas de l’adolescent c’est le même raisonnement, le croyant ne peut imputer la cruauté à Allah, mais il ne peut imputer la mort d’homme à un phénomène naturel ou à une action humaine. La sacralité de la vie et le pouvoir exclusif de donner la vie et la mort ne peuvent permettre à Khadr de s’attribuer la mort de l’adolescent. La cruauté de l’acte ne lui permet pas de l’attribuer à Dieu. Alors il l’attribue au « nous » faisant ainsi bénéficier à Allah le pouvoir suprême de donner la mort et à lui-même le fait cruel de faire mourir un jeune homme en bonne santé. Dans le même énoncé du « nous » le changement de pronom et de sujet sur le prolongement de la même action change en attribuant uniquement à Allah l’échange bénéfique « Dieu le leur échange en un meilleur que lui ».

Lorsque l’acte est un acte de miséricorde, le « je » de l’agent qui répare le mur pour préserver le trésor caché s’efface complètement  pour ne laisser que le décideur suprême.

Glorifier Allah, le purifier de tout ce qui ne sied pas est un acte de foi, d’éthique et d’éthique de cette foi, faudrait-il que le texte fondateur de cette foi éduque cette foi, son esthétique et son éthique. Le Coran l’a fait, car il n’est pas une parole humaine. Le Tasbihe n’est pas une simple formule de « glorification du Seigneur », mais un travail intellectuel, imaginatif et spirituel pour se libérer de toute idée ou de toute parole  sur Dieu qui ne sied pas à Sa Perfection et à Son Absolu.  Lorsqu’on comprend bien le Tasbih et la vocation du musulman alors on doit accepter  l’existence des mécréants comme faisant partie du Dessein d’Allah qui refuse toute forme de contrainte. Le Tasbih refuse par contre toute idée anthropomorphique de Dieu. Allah n’est pas à l’image de la personne humaine ni circonscrit dans une forme, un lieu, un moment. Le plus grand crime envers Allah  est de lui donner des attributs qui portent atteinte à Son Absolu  qui se suffit à Lui-même et qui est nécessaire à l’existence de ce qui n’est pas Lui :

{Et ils disent : « Ar-Rahmàne adopta un fils ! » Vous avez commis une chose inouïe, Peu s’en faut que les Cieux ne se fendent, que la terre ne s’entrouvre et que les montagnes ne s’écroulent avec fracas, d’avoir prétendu un fils à Ar Rahmàne ! Et il n’est pas de mise que Ar-Rahmàne adopte un fils ! Car tout ce qui est dans les Cieux et la Terre viendra terrassé devant Ar-Rahmàne.} Mariam 88

Les subtilités ne s’arrêtent pas là. Reprenons l’énoncé :

{Quant au bateau, il appartenait à des miséreux qui travaillent en mer, alors j’ai voulu le rendre défectueux car ils avaient derrière eux un roi qui prend chaque bateau de pêche par force. Quant au jeune garçon, ses père et mère étaient des croyants, nous avons craint qu’il ne les surmène par tyrannie et mécréance ; alors nous avons voulu que leur Dieu le leur Échange en un meilleur que lui en pureté et plus près en affection. Quant au mur, il appartenait à deux jeunes garçons orphelins, dans la cité, et il y avait en dessous un trésor qui leur appartenait ; et leur père était vertueux, alors ton Dieu a voulu qu’ils atteignissent, tous deux, leur maturité et qu’ils déterrassent leur trésor, par Miséricorde de ton Dieu.}

Nous constatons que lorsque Khadr utilise le « je » dans le récit sur le pécheur il ne mentionne pas Dieu ; lorsqu’il utilise le  « nous » il mentionne Dieu par « leur Dieu » ; lorsqu’il utilise le « Il »   il mentionne Dieu par  « ton Dieu ».

Il est impossible qu’un homme Oummiy (analphabète, illettré et inconnaissant) puisse de lui-même manier le concept philosophique de l’ipséité avec autant de raffinement et de précision alors que les plus grands philosophes d’Aristote aux contemporains comme les linguistes ont du mal à formuler un discours général et cohérent sur les rapport de soi aux autres à travers les pronoms personnels et les pronoms possessifs dans les relations entre les identités, les intentionnalités et les actes.

Pour ce qui concerne le jeune mis à mort par Khadr pour éviter plus tard un  chagrin plus grand à ses parents vertueux et pieux, l’expression « leur Dieu » est la  manifestation de la proximité affectueuse d’Allah à l’égard des parents et Sa justice qui pourrait ne pas être vue ou comprise au premier abord :

{… si Mes Créatures t’interrogent sur Moi : « Je Suis proche, J’exauce l’appel de l’invocateur, s’il M’invoque. Qu’ils M’obéissent, qu’ils croient en Moi, ainsi ils seraient dans la droiture ».} Al Baqarah 186

Elle est aussi la manifestation de la même affection et de la même bienveillance qu’Allah a manifestées  envers la mère de Moise :

{Nous avons alors inspiré la mère de Moïse : « Allaite-le, et si tu es prise de peur pour lui, jette-le dans le fleuve et ne crains rien, et ne t’afflige point. Nous te le ramènerons sûrement, et Nous le ferons du nombre des Messagers ». […] Et le cœur de la mère de Moïse devint vide, de sorte qu’elle faillit le dénoncer, si Nous n’avions raffermi son cœur, afin qu’elle soit du nombre des croyants.  […] Alors Nous l’avons rendu à sa mère, afin qu’elle soit tranquille et ne s’afflige point, et afin qu’elle sache que la Promesse d’Allah est vraie, mais la plupart d’entre eux ne savent pas.} Al Qassas 7, 10 et 13

En ce qui concerne le mur restauré par Khadr il y a la volonté de faire parvenir le trésor des parents à leurs enfants témoignant à la fois la Justice divine, Sa bienveillance et Son Décret de faire aboutir toute œuvre de bien même au-delà du temps et de l’espace imaginés par l’homme. Il s’agit dans ce cas de faire évoquer par « ton Dieu » deux réalités en plus de celle du récit et de sa morale. La première c’est continuer de  rattacher l’amour  singulier d’Allah pour Moise et sa mère à l’Amour général d’Allah pour toutes Ses créatures qui font le bien. La seconde est par le raccourcissement de l’expression « rabouhouma : leur Dieu à tous les deux » en « rabouka : ton Dieu » pour signifier à la fois l’empressement de Moïse et la focalisation sur l’acte qui ne s’est pas encore réalisé dans la réalité et la conscience des orphelins. Entre la décision d’Allah et sa mise en exécution il n’y a pas d’obstacle ni d’attente et la langue doit donbc se plier au principe divin « Soit et il fut ».

L’acte et la Parole d’Allah sont en cohérence mutuelle et sont justes et bienveillants même si nous n’avons ni le recul ni le savoir pour les voir se manifester dans leur dimension réelle.

Je reconnais mes limites dans la compréhension du Coran. Ainsi je n’ai pas d’explications à donner sur l’omission de « Dieu » dans le récit sur le pécheur. Je sais que chaque terme est le terme qu’il faut à la place qu’il faut et ce pour un dessein connu par Dieu que nous devons découvrir par l’étude assidue.

Zamakhchari, connu pour sa maitrise de la langue arabe et son recours à la syntaxe pour commenter le Coran, se contente dans son exégèse « Al Kachaf » d’avouer ses propres limites par cette belle expression : « Il serait surprenant que celui qui croit au destin puisse connaitre le chagrin et le désespoir; que celui qui croit en l’impartition de la subsistance et de la richesse puisse  connaitre l’épuisement ; que celui qui croit en la mort puisse se réjouir de la vie ; que celui qui croit au Jugement dernier puisse vivre insouciant ; que celui qui connait la vie et ses retournements sur ses habitants puisse lui faire confiance. Il n’y a point de Dieu saut Allah, Mohamed est Son Prophète »

Quelqu’un va me dire pourquoi tant d’efforts pour expliquer quelques mots qui ne changent rien à l’ordre des choses. L’erreur magistrale que les musulmans, du moins les Arabes d’entre eux, est de croire que les grandes étiquettes vides de sens et de contenu pouvaient suffire pour donner l’apparat de l’islamité et réaliser le miracle social et politique. L’expérience montre que les Arabes ont failli dans la prise en charge du Coran. La vocation du Coran n’est pas d’être psalmodié dans les concours de « chant » ou  cité lors des circonstances, mais de transformer radicalement la personnalité humaine,  sa façon de penser et de manier les mots pour exprimer ses idées, ses émotions et communiquer avec les autres. Le Coran demande de l’effort, car sa vocation est de nous élever à un niveau supérieur pour que nous soyons dignes de le comprendre et dignes de le transmettre fidèlement et sincèrement :

{Nous ne vous nourrissons que pour l’amour d’Allah, nous ne voulons de vous ni récompense ni reconnaissance : nous appréhendons, de notre Dieu, un Jour d’une noirceur horrible} Al Insane 8

Il n’y a pas de place aux calculs mondains ni à l’arrogance. Chercher les calculs politiciens, les arrangements d’appareils, la manipulation, la démagogie et l’arrogance dans la démarche des mouvements islamistes et vous comprendre leur échec lamentable qu’ils ne sont toujours pas prêts à assumer. Il n’y a pas de place à l’importation eschatologique judéo-chrétienne pour expliquer le monde : le Coran est suffisamment rempli de repères pédagogiques pour éduquer l’esprit sur le plan philosophique, méthodologique, spirituel et esthétique pour ne pas avoir besoin de lui chercher des points de fuite irrationnelle afin  d’expliquer les défaillances de notre raison et les injustices de notre époque.

Lorsque les partisans de l’Islam politique ou de la Salafiya bigote évacuent le Coran  dans leur programme et dans leur action ils évacuent la spiritualité et l’intellectualité de l’Islam sans lesquels le musulman est un être formaliste sans âme, sans devenir, sans esthétique et sans intelligence. La politique et la morale sont nécessaires pour la bonne gouvernance et la vertu d’une société, mais ils ne sont pas suffisant pour transformer un peuple ni pour faire émerger une élite noble et généreuse.  L’intelligence et la liberté mise au service de l’enseignement coranique pour le Gloire d’Allah et pour la promotion de la vérité sont les garants qui reconstruisent la personnalité et la remettent en marche sur le plan de la réflexion, de la quête de solution, de méthodologie, de fin, de salut et de beauté.

C’est cette personnalité qui va vouloir la Charia d’Allah par amour, par raison et par nécessité et non par politique politicienne. C’est la société entière qui va vouloir la Charia d’Allah lorsque les personnalités aimantes, sincères et désintéressées sur le plan politique et social  deviennent plus nombreuses et plus influentes dans les domaines de l’éducation, de l’art, de l’économie et du social. Ce sont ces personnalités qui vont s’imposer comme alternative politique à l’ordre corrompu sans que ces personnes n’aient d’appartenance partisane. Lorsque l’intelligence et la beauté coranique rayonnent sur les esprits et la société elles colorent islamiquement les choix et les perspectives de la société sans bigoterie ni sectarisme.

La culture coranique que nous occultons le plus est pourtant celle dont nous avons le plus besoin pour nous libérer de notre aliénation et de notre décadence. Cette culture minutieuse rend le croyant très scrupuleux envers la Parole d’Allah laquelle va devenir sa norme et sa référence non seulement dans le discours, mais dans la manière de penser, de concevoir, d’imaginer, de craindre et d’espérer. S’il faut chercher le miracle de la foi des Compagnons du Prophète et des Anciens il faut la chercher dans leur rapport au Coran : ils savaient que c’est la parole d’Allah :

{… un Messager d’Allah qui récite des Livres purifiés. Il s’y trouve des Écrits précieux.} Al Bayinah 2

{C’est sûrement un Coran sublime, dans un Livre bien préservé, ne le touchent que les purifiés. C’est une Révélation du Dieu des Univers. Prendriez-vous donc ce discours à la légère} Al Waqi’ah 77

La purification du croyant à l’égard du Coran n’est pas la purification rituelle par les ablutions, mais la purification ontologique et symbolique qui consiste à ne jamais oublier que le Livre entre nos mains est la Parole d’Allah, elle est vraie, juste et parfaite. Elle est la clé à qui nous devons confier la serrure de nos cœurs et de nos esprits pour qu’ils s’ouvrent à l’universel.

Ce sont tous ses éléments avec d’autres aussi sinon plus complexes qui entrent dans la formation du sens, du style et de l’esthétique du Coran le rendant incomparable, éternellement jeune à découvrir et à méditer. Cet exposé assez sommaire que je réalise alors que je ne suis pas ni arabisant ni islamologue de formation me laisse frustré devant les trésors cachés de la langue arabe. Je peux comprendre le miracle coranique littéraire comme un défi à la raison et je peux imaginer le plaisir intellectuel et esthétique des arabisants qui pratiquent le Coran avec virtuosité.

Habitués à la lecture monotone et « inculte » d’un islam versé sur l’accessoire et l’anecdote, nous ne percevons pas le choc cognitif, psychologique et esthétique des Arabes polythéistes et lettrés lorsqu’ils découvrent le Coran et qui, malgré leur hostilité à son égard, y voient l’impossibilité rationnelle d’introduire dans ces trois courts récits tant de subtilités sans se tromper. Les mots dans leur contexte ont un pouvoir évocateur singulier même s’ils ne sont pas  expressifs par eux-mêmes. Ce sont ce pouvoir évocateur et ces nuances qui se répètent dans le Coran d’une manière parfaite en s’adaptant avec précision et pertinence à leur contexte qui déroutent la raison et  la poussent à croire en Allah sinon à évoquer la magie. Dans l’esprit de l’homme cultivé maitrisant la langue il est impossible à la raison humaine de ne pas mettre en exergue l’auteur d’un livre ou son inspirateur.

Autrement dit, il est impossible que Mohamed (saws) puisse raconter des récits sans qu’il ne se mette en valeur ou mette en valeur les héros du récit, car la logique du récit veut que l’auteur ou le héros soit glorifié directement ou indirectement. Il est impossible que Mohamed puisse aussi glorifier son Dieu ouvertement et avec autant de nuances et dans tous les récits sans qu’il ne se trompe sur le maniement de l’ipséité narrative faisant  confondre Dieu avec sa créature dans l’acte et l’intention. Le Coran pour qu’il ne soit qu’un livre de glorification de Dieu en toutes situations de justice, de miséricorde ou d’épreuve il faudrait nécessairement que Dieu en soit lui-même l’auteur. La raison peut déceler une astuce ou un hasard lorsque l’énoncé qui la préside est rare, mais lorsqu’elle se trouve dans une construction précise et infaillible qui se répète malgré le changement de panoramas, de locuteurs, ou de styles alors la cause est divine ou magique.

Voici quelques exemples d’énoncés où l’on voit clairement la distinction entre le bien attribué à  Allah et le mal non imputé à Allah dans le même verset :

{Indique-nous le chemin de rectitude, le chemin de ceux que Tu as gratifiés,  ni les réprouvés, ni  les fourvoyés.} Al Fatiha

{… et nous ne savons pas : a-t-on voulu du mal à ceux qui sont sur la terre ou bien leur Dieu leur a-t-Il voulu une droiture ?} Al Djinn 10

{Celui qui m’a créé, et c’est Lui qui me guide, et c’est Lui qui me donne à manger et me donne à boire, et si je tombe malade, c’est Lui qui me guérit}  As Chou’ara 78

Voici quelques exemples d’énoncés où l’on voit clairement la distinction entre le mal non imputé à Allah et le bien attribué à  Allah dans des versets distincts :

{On a embelli aux hommes l’amour des voluptés} Ali ‘Imrane 14

{Allah vous a fait aimer la foi, et l’a embellie en vos cœurs, et vous a fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance.} Al Houjourat

Le Coran, lui-même et par lui-même, prouve son authenticité et celle du Prophète qui fait de ce Coran le témoignage auprès de l’humanité de la véracité de la Parole d’Allah :

{Ne méditent-ils donc pas le Coran ? S’il venait d’ailleurs que de la part d’Allah, ils y auraient trouvé beaucoup de contradictions.} An Nissa 82

Le Coran demande donc aux détracteurs de la prophétie d’étudier le Coran et d’y chercher des contradictions. Nous restons stupéfait de voir les élites musulmanes cherchaient l’inspiration et l’argumentation dans les controverses idéologiques et juridiques que les siècles de décadence et de formalisme ont accumulés au lieu de se plonger dans l’exploration du Coran pour le livrer comme outil d’analyse et de pédagogie aux assemblées nombreuses qui viennent chercher la science dans les mosquées et les médias.

Les Arabes, les Juifs, les Chrétiens, les hommes et les Djinns sont invités à méditer et à analyser les récits coraniques sur les Prophètes, sur la création, sur l’embryologie, sur les cieux puis à se déterminer intellectuellement et spirituellement :

{Ne méditent-ils donc pas sur le Coran, ou bien certains cœurs portent-ils leurs scellements ?} Mohamed 24

La rationalité exige de se prononcer avec objectivité sur les promesses coraniques qui se sont réalisées du vivant de Mohamed défiant l’analyse objective du rapport des forces en sa défaveur. La rationalité exige de se prononcer sur le serment d’Allah de préserver ce Coran, d’accorder une glorieuse renommée au Prophète et de faire de l’Islam la religion dominante. Allah a promis la victoire et le triomphe des musulmans dans leur confrontation aux mécréants agresseurs sous certaines conditions : l’histoire témoigne que ceci est une vérité. Lorsque les musulmans sont défaits, ils ne sont défaits que parce qu’ils n’ont pas respecté les conditions de la victoire qui n’ont rien à voir avec le rapport de force.

Allah a promis le khalifat aux musulmans :

{Allah A Promis à ceux qui sont devenus  croyants d’entre vous, et ont fait les œuvres méritoires de faire d’eux, certainement, les successeurs sur la terre, comme Il a fait de ceux qui furent avant eux, des successeurs, et d’accorder plein pouvoir à leur religion, qu’Il a agréée pour eux, et qu’après leur inquiétude, Il la leur changera en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent absolument rien.} An Nour 55

{Certes, Allah donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause, en effet  Allah est véritablement Fort, Invincible.} Al Hadj 40

Lorsque les musulmans perdent le Khalifat islamique ou ne parviennent pas à l’instaurer de nouveau ils ne font que confirmer la vérité coranique, car ils prennent les choses à l’envers : en effet, ce n’est pas le Khalifat politique qui fait changer la situation du monde musulman, mais c’est le changement ontologique et social, sur les registres intellectuels, spirituels, éthiques, psychologiques et actanciels qui fait émerger le Khalifat comme  territorialisation de l’Islam ou comme islamisation du territoire. Il ne s’agit pas de convoiter le pouvoir politique, mais de se réformer. Il y a une dynamique des civilisations qui ne relève pas de notre volontarisme politique ou de l’illusion que la revendication islamiste est forcément vraie, car elle est qualifiée d’islamiste.

Le Khalifat est aussi  un don qu’Allah accorde aux opprimés en récompense de leur souffrance et de leur patience :

{Nous voulons faire don à ceux qui furent opprimés de par la terre, en faire des modèles, faire d’eux les héritiers} Al Qassas 2

Nous avons eu des indépendances politiques qui n’ont seulement pas mis fin à la domination coloniale, mais lui ont ajouté la domination des « frères ». Il y a des raisons objectives et subjectives qui expliquent notre décadence et qui justifient notre situation d’opprimés. En cherchant bien nous verrons que le Coran a dit la vérité. Le problème n’est pas dans le Coran, mais dans nos esprits qui ne savent ni lire ni faire les efforts assidus et efficaces.

Le miracle de Badr a bien eu lieu et ce sont les conditions spirituelles, morales et actancielles qui font défaut. Les vainqueurs, les perdants et les observateurs attestent de la victoire des Croyants alors qu’elle semblait impossible. Le Coran avait annoncé la victoire alors que les musulmans n’avaient pas l’intention d’affronter un adversaire mieux organisé, plus équipé et mieux entrainé à la guerre :

{De même que ton Dieu t’a fait sortir de ta maison en toute Vérité, alors qu’un groupe de croyants en étaient répulsifs, ils te controversent sur la Vérité, après qu’elle ait été mise en évidence, comme si on les conduisait à la mort sous leurs propres yeux. Et lorsqu’Allah vous a promis l’un des deux partis, qu’il sera à vous, et vous souhaitiez que celui qui était sans armes vous revienne, tandis qu’Allah Veut que la Vérité s’établisse par Ses Paroles, et qu’ll extermine les mécréants, afin qu’Il établisse le Vrai et qu’Il annihile le faux, même contre le gré des malfaiteurs.  Et lorsque vous imploriez le secours de votre Dieu et qu’Il vous a exaucés :    « Je vous Renforcerai de mille d’entre les Anges se succédant. » Allah n’a fait cela que comme Bonne Nouvelle et afin que vos cœurs en soient tranquillisés, car la Victoire ne vient que de la part d’Allah. Certes Allah Est Invincible, Sage. Et lorsqu’Il vous enveloppa de sommeil comme sécurité de Sa part, et qu’Il vous faisait Descendre du Ciel une eau pour vous en purifier et éliminer de vous les impuretés de Satan, pour fortifier vos cœurs et pour en affermir les pieds. Et lorsque ton Dieu  a inspiré aux Anges : « Je suis avec vous, affermissez donc ceux qui sont devenus  croyants, Je déposerais  l’épouvante dans les cœurs de ceux qui sont devenus  mécréants.} Al Anfal 5 à 12

{Vous ne les avez pas tués, mais c’est Allah qui les a tués. Et tu n’as point lancé, lorsque tu as lancé, mais c’est Allah qui a lancé afin d’accorder aux croyants, de Lui-même, un résultat favorable.} Al Anfal 17

Une victoire impossible par le rapport de forces, d’autres victoires réitérées dans les mêmes conditions défavorables sur d’autres lieux et en d’autres moments appellent la raison à chercher la cause de la victoire des musulmans et celle de la défaite de leurs ennemis. Lorsque le Coran énonce la promesse de victoire et les lois à respecter pour obtenir cette victoire avec la confirmation historique alors la raison doit trouver une explication logique et rationnelle à cette loi qui n’admet pas le hasard. Sayed Qotb a écrit une série d’articles sur les expéditions du Prophète avec une analyse sur l’ambiance spirituelle, militaire, psychologique, morale, topographique et climatologique  qui méritent une étude approfondie.

Chaque jour une caricature, une offense et le même mensonge qui consiste à prétendre que Mohamed (saws) a été inspiré par les Juifs et les Chrétiens ou par la Bible et la Tora. Les postures des Arabes, des Juifs et des Chrétiens face à Mohamed (saws) interpellent la raison. Nous allons en citer quelques-unes :

Abou Lahab de son vivant avait la possibilité de détruire la vérité coranique et la Prophétie de Mohamed. Il écoutait le Coran qui annonçait sa mort :

{Que périssent  les deux mains d’Abou Lahab le perdant! Ses richesses et ce qu’il a acquis ne lui ont servi à rien. Il sera enfoncé en un Feu pourvu de flammes. Et sa femme, porteuse du bois, aura à son cou une corde de fibres rugueuses.} Al Masad

Abou Lahab était l’ennemi le plus acharné du Prophète. Puissant chef de clan, il vouait une haine contre le Prophète au point de lui jeter des pierres lorsqu’il le rencontrait prêchant à la Mecque. Ces versets qui annonçaient sa mort horrible et sa perte totale et irréversible dans ce monde et dans l’autre le rendaient plus hargneux et plus incrédule. Il demandait à Mohamed, s’il était véridique, de lui donner la preuve de sa menace dans ce monde au lieu de lui promettre le châtiment après la mort. Le verset était clair, non seulement il s’est réalisé du vivant du Prophète et d’Abou Lahab.

Abou Lahab a eu une mort effroyable et humiliante. Il avait pourtant la possibilité de saper toute la Prophétie et tout le Coran en faisant semblant de devenir croyant pour démentir ces versets. Si nous pouvons trouver mille et une raisons pour justifier son entêtement à défier Mohamed (saws) il est difficile de ne pas croire que derrière sa mort précipitée il y a une raison qui vient confirmer l’authenticité du Coran. Il est encore plus difficile de ne pas croire ces versets sont d’une rationalité déroutante, car l’intelligence qui les dictés sait que Abou Lahab ne changera pas : il n’aura ni repentir, ni effet de grâce de la foi, ni mensonge hypocrite.

Comme Pharaon il a vu tous les signes annonciateurs de sa fin. Il a vu son fils ennemi irréductible de Mohamed mourir avant lui. Ce fils avait l’habitude d’insulter Mohamed (saws) en public jusqu’au jour où ce dernier épuisé de son harcèlement leva les mains et fit cette invocation «  Allah mon Dieu fasse que la terreur pénètre dans le cœur de ce chien et qu’il meure dévoré par un chien ». Les biographes racontent qu’au cours d’un voyage en Syrie un lion l’attaqua et le dévora, mais ils sont du confondre avec un animal de la famille des canidés aussi grand qu’un lion, mais de même famille que le chien.

De son vrai nom Abdelaziz Abd al-Muttalib ben Hicham al-Qurachî, Abou Lahab a porté dans ce monde et dans l’autre le nom qui lui sied le mieux : l’homme des flammes ou le père du feu. Il est  celui dont lui-même,  la femme, le fils et les biens ont connu la perdition dans ce monde et la perte dans l’autre sans pouvoir se racheter ni nuire au Prophète.

La raison du Coran a non seulement utilisé les mots qu’il faut et prédit la fin qu’il faut, mais elle a introduit deux facteurs dignes d’intérêts pour l’analyse rationnelle.  Le premier facteur est qu’il préserve la dignité du Prophète (saws) envers Abou Lahab qui est son oncle et il ne lui demande pas de dire. Le second facteur est la miséricorde universelle du Prophète qui est préservé, car ce n’est pas lui qui souhaite la mort horrible de son oncle, mais Allah qui l’a décrété. Une fois de plus, le Prophète n’agit pas à sa guise, mais il transmet et exécute les Paroles de son Dieu.

Abou Lahab qui avait l’habitude de dire à Mohamed « Sois maudit, toi et ta religion » meurt, subitement, atteint par une maladie qui a transformé  son corps en une plaie nauséabonde. Sa maladie étrange s’est développée quelques jours après l’humiliation de la  débâcle de Koraichi à la bataille de Badr.

Le refus des rabbins de se souhaiter la mort :

Devant les faux syllogismes des Juifs qui trouvaient chaque fois esquive pour ne pas donner suite aux réponses que le Prophète donnaient à leurs interrogations sur les Prophètes, la foi, les Anges et Dieu, le Prophète a reçu l’ordre divin de leur demander de souhaiter la mort :

{Dis : « Si la demeure Future vous est exclusivement réservée, auprès d’Allah, à l’exception de tous les Hommes, alors souhaitez la mort, si vous êtes véridiques ». Et ils ne la souhaiteront jamais, en raison de ce que leurs mains ont commis. Allah Est tout-scient sur les injustes. Et tu les trouveras les plus avides des hommes de n’importe quelle vie; et parmi ceux qui sont devenus  polythéistes l’un d’entre eux souhaiterait vivre mille ans, mais cette longévité ne le distancierait point du châtiment ; Allah voit tout ce qu’ils font.} Al Baqarah  94 à 96

Demander à quelqu’un ou à un groupe de souhaiter sa propre mort semble irraisonnable, sauf si l’on sait que c’est le défi ultime que le Prophète a lancé aux Juifs leur signifiant que s’ils étaient sûrs qu’il n’était pas Prophète alors qu’ils souhaitent la mort ; s’ils ne meurent pas, ils ont raison et lui a menti, mais s’ils meurent ils seraient devant Dieu qui leur demandera des comptes. Jamais les rabbins juifs  n’ont accepté de souhaiter la mort. Pourquoi  avaient-ils peur de la mort, car ils savaient que Mohamed était Prophète ou bien qu’Allah les as empêchés d’exprimer ce souhait ? Dans un cas comme dans l’autre, ils avaient en leur possession la possibilité rationnelle de confirmer ou d’infirmer la prophétie de Mohamed, mais ils ne l’ont pas fait donnant ainsi raison au Coran qui les a mis en défi de ne pas le faire.

La Moubahala ou l’invocation de la malédiction sur soi :

Malgré tous les efforts du Prophète (saws), les Chrétiens, dans leur majorité, sont restés hostiles à l’Islam. Ayant épuisé tous les arguments, le Prophète a envoyé un message à Abou Haritha le patriarche des Chrétiens de Najrane lui demandant de se convertir à l’Islam. Haritha en envoyé une délégation forte de 60 personnes, dont les prêtres plus versés dans les sciences religieuses et les notables de la communauté chrétienne, pour rencontrer le Prophète à Médine. Après un long débat qui n’a pas abouti, le Prophète a reçu la Révélation suivante :

{La Vérité émane de ton Dieu, ne sois donc pas du nombre des sceptiques. Quiconque te dispute à son sujet, à partir de ce qui t’a été donné de la Science, alors dis : « Venez, convoquons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes, ensuite invoquons pour appeler la malédiction d’Allah sur les menteurs ». Certes, cela est sûrement le récit véridique. Il n’y a aucun dieu sauf Allah, et Allah Est sûrement l’Invincible, le Sage. Et s’ils s’en détournent, Allah Est sûrement Tout-Scient des corrupteurs. Dis : « O gens du Livre, élevez-vous vers une parole normative entre nous et vous : de n’adorer qu’Allah, de ne rien Lui associer, et que nous ne nous prenions point les uns les autres pour Dieu à l’exclusion d’Allah ». Et s’ils s’en détournent, alors dites : « Témoignez que nous sommes musulmans ».} Ali ‘Imrane 60 à 64

Le Prophète leur a proposé la moubahala à l’issue de l’entretien. Rendez-vous fut pris pour que les deux parties se rencontrent avec des représentants qui vont  maudire la partie adverse s’il elle est menteuse. Comme convenu le Prophète (saws)  s’est présenté, accompagné de sa fille Fatima, de son gendre Ali Abou Taleb et de ses petits-fils Hassan et Hussein, à la date convenue et au lieu convenu pour le cérémonial de la Moubahala institué par le Coran.

La délégation chrétienne s’est montrée admirative devant la détermination du Prophète qui a engagé sa propre famille, mais elle a refusé la confrontation. Dans le cas où la Moubahala n’était qu’une supercherie médiatique et psychologique inventée par Mohamed ou dans le cas où elle était un ordre divin avec ses conséquences tragiques pour le menteur, la question reste posée : pourquoi les Chrétiens forts de leur croyance n’ont-ils pas osé affronter Mohamed et tenter de prendre victoire sur lui  lorsque l’occasion exceptionnelle s’est offerte à eux. Le contextuel coranique de la Moubahala laisse penser que le point de désaccord était sur Jésus (saws)  et sur Abraham (saws) :

{Certes, l’exemple de Jésus, auprès d’Allah, est tel l’exemple d’Adam, qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : «Sois !» et il est.} Ali ‘Imrane 59

{O gens du Livre, pourquoi vous polémiquez au sujet d’Abraham alors que la Torah et l’Évangile n’ont été révélés qu’après lui : Ne raisonnez-vous donc pas! N’est-ce pas que vous êtes de ceux qui polémiquent sur ce dont ils n’ont aucune connaissance, pourquoi donc vous vous disputez sur ce dont vous n’avez nulle connaissance ? Allah Sait et vous ne savez point. Abraham n’était ni juif ni nazaréen, mais il était un pur monothéiste, musulman, et il n’était point du nombre des polythéistes. Certes, les Hommes les plus dignes d’Abraham sont : ceux qui l’ont suivi, et ce Prophète, et ceux qui sont devenus  croyants. Allah Est le Protecteur des croyants.} Ali ‘Imrane 65 à 68

Les élites chrétiennes, du vivant de Mohamed (saws)  avaient en leur possession la possibilité rationnelle de confirmer ou d’infirmer sa prophétie de Mohamed et de confirmer ou d’infirmer leur représentation sur Jésus et Abraham, mais ils ne l’ont pas fait donnant ainsi raison au Coran qui les a mis en défi de ne pas le faire.

Les biographes et les historiens musulmans dans leurs commentaires disent que la délégation chrétienne a demandé conseil à des experts religieux chrétiens d’autres pays qui leur auraient dit que jamais un Prophète ne demande la Moubahala sans que sa malédiction n’atteigne la communauté adverse et qu’ils étaient confrontés au péril de voir le christianisme effacer de la surface de la Terre, et que le mieux était soit de se convertir, soit de laisser ce Prophète tranquille pour sauver le christianisme. Au moment de la rencontre, le chef de la délégation chrétienne a dit au Prophète qu’il ne venait pas pour la Moubahala, mais pour la réconciliation et qu’il s’engageait à lui verser l’impôt chaque année.

La situation décrite par le Coran est suffisamment éloquente pour ne pas lui ajouter les controverses désagréables et hors sujet entre les sunnites et les chiites sur le pouvoir politique, l’imamat et autres considérations. Bien entendu prendre les armes contre les Chrétiens et les Juifs pour la seule raison confessionnelle est une hérésie que condamne l’Islam, car le Prophète (saws) était fort pas sa vérité coranique et par le soutien d’Allah (swt).

Est-ce que les Chrétiens et les Juifs savaient que Mohamed était Prophète ?

Le Coran l’affirme :

{Ceux à qui Nous avons révélé le Livre connaissent le Prophète Mohammad comme ils connaissent leurs propres enfants; mais certes, un groupe d’entre eux taisent sûrement la Vérité en le sachant.} Al Baqarah 146

{Ceux à qui Nous Avons Révélé le Livre connaissent le Prophète Mohammad comme ils connaissent leurs propres enfants.} Al An’âm 20

{Ma Miséricorde embrasse toute chose. Je la prescrirai pour ceux qui sont pieux, qui acquittent la Zakat et qui croient en Nos Signes. Ceux qui suivent le Messager, le Prophète analphabète qu’ils trouvent inscrit chez eux, dans la Torah et l’Évangile, qui leur commande le bon usage, leur défend le répréhensible, leur rend licite les bonnes choses, leur interdit les vices, les délivre de leurs faix et des carcans qu’ils portaient. Quant à ceux qui ont  foi en lui, le secondent, le soutiennent et suivent la Lumière qui a été révélée avec lui, ceux-là sont ceux qui cultivent. Dis : « O hommes, je suis pour vous tous, en totalité, le Messager d’Allah.} Al A’âraf 157

{Et il est  sûrement dans les textes sacrés des Anciens. N’a-t-il donc pas été un Signe pour eux, que les savants des fils d’Israël le connaissent ?} As Chou’ara 196-197

{Et lorsque Jésus fils de Marie dit : « O Descendants d’Israël, je suis le Messager d’Allah vers vous, corroborant ce qui me précéda de la Torah, et annonçant la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi : il s’appelle Ahmad ». Et quand il leur est venu avec les évidences, ils dirent : « C’est de la magie évidente ».} As Saff 6

Pourquoi ce refus ? La raison n’est pas religieuse, mais idéologique. La croyance en Dieu et la foi monothéiste commandent par leur logique intrinsèque de chercher le véritable Dieu, car il s’agit de la quête de la vérité dans ce monde et du salut final :

{Ceux auxquels Nous avons Transmis le Livre avant lui, eux, y croient. Et quand il leur est récité, ils disent : « Nous y croyons, c’est la vérité de la part d’Allah. Nous étions déjà musulmans avant sa transmission ».}

Les prêtres et les rabbins en quête de Dieu avaient répondu favorablement, car ils ont trouvé les arguments pour restaurer la foi véritable. Les autres étaient trop attachés à la tradition cultuelle, à la culture de leur communauté et à leur idéologie.  L’idéologie c’est le système de représentation, les opinions, les idées que les hommes se construisent pour argumenter et faire valoir leur croyance et leur sacré. L’islam comme principe monothéiste qui apporte la vérité sur Dieu et sur les Prophètes détruit l’idéologie sur laquelle les temples, les intérêts, les empires, les savoirs, l’ethnocentrisme, et des rentes ont été bâtis et des guerres menées :

{Dis : « Je ne suis pas une nouveauté de parmi les Messagers, et je ne sais ce qui sera fait de moi, ni de vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est inspiré, et je ne suis qu’un avertisseur évident ». Dis : « Voyez-vous s’il s’avère être de la part d’Allah et que vous y avez mécru ? » Et un témoin des fils d’Israël témoigna de sa ressemblance [avec la Tora] : il devint croyant et vous vous êtes enorgueillis ! Certes, Allah ne Guide point les gens injustes. Et ceux qui sont devenus  mécréants dirent à ceux qui sont devenus  croyants : « Si c’était un bien, ils ne nous y auraient pas devancés ! » Et lorsqu’ils ne seront pas guidés par lui, ils diront alors : « C’est un vieux mensonge ».} Al Ahqaf  9 à 11

La raison du refus des Juifs et des Chrétiens est idéologique :

{Ni ceux qui sont devenus  mécréants, des gens du Livre, ni les polythéistes, ne souhaitent que quelque bien vous soit octroyé de votre Dieu, mais Allah privilégie de sa Miséricorde qui Il veut.} Al Baqarah 104

{Un grand nombre des gens du Livre souhaiterait vous faire apostasier en mécréants, après que vous ayez été croyants, par une jalousie émanant de leur personne, après que la Vérité se soit manifestée à eux. Pardonnez et faites grâce jusqu’à ce qu’Allah fasse Son Jugement.} Al Baqarah 109

Mohamed, Ahmed, le Prophète ultime est annoncé dans tous les livres sacrés du monde. Les textes sacrés Samavida du Brahmanisme annoncent le Prophète ultime. Sushrava l’être parfait décrit comme Ahmed est annoncé par l’Atharvaveda de l’hindouisme. Le Zend Avesta de la religion mazdéenne de Zoroastre  annonce Soesh Yant comme le Prophète de la Miséricorde universelle qui va appeler à un Dieu Unique incréé, sans campagne ni émule,  l’avant et l’après, l’apparent et le caché, sans forme ni couleur, ni abri ni corps pour le contenir…. Celui qui voudrait entrer dans ce vaste domaine il peut consulter le monument de la pensée arabe  Abbas Al Aqqad dans son livre arabe « Matla’â an Nour » ou sa traduction anglaise « Mohammed in World Scriptures ».

Mohamed ou Ahmed dans les Textes des Juifs et des Chrétiens ainsi que les différences de contenu entre les versions est suffisamment connu pour ne pas citer de nouveau les textes et les auteurs qui le démontrent. Il suffit de souligner que les auteurs musulmans ont remarqué que les références citées par Ibn Taymiya, Fakhr Ar Razi et Ibn Al Jawiziya ont disparus comme s’il y a une volonté d’occulter Mohamed (saws) dans les références judéo-chrétiennes. Cela n’empêche pas le miracle coranique de s’imposer à la raison humaine : la renommée universelle de Mohamed et la préservation du Coran :

{Nous t’avons préservé contre les moqueurs, qui placent un autre dieu à côté d’Allah. Mais ils sauront bientôt. Nous Savons sûrement que ta poitrine se serre à cause de ce qu’ils disent. Exalte donc la gloire de ton Dieu, sois de ceux qui se prosternent, et adore ton Dieu jusqu’à la mort.} Al Hijr 95 à 97

{N’avons-nous pas épanoui ton cœur et  déposé loin de toi ton fardeau qui ployait ton dos, puis élevé très haut ta renommée!} Al-Hashr 4

{… il consiste en des Versets évidents, préservés dans les cœurs de ceux qui reçurent la Science. Et ne renient Nos Versets que les injustes.} Al Ankabout 48

{C’est sûrement un Coran sublime, dans un Livre bien préservé…} Al Waqi’a 77

{… c’est un Coran glorieux, dans une Table  préservée…}  Al Buruj 21

{Le faux ne l’atteint [d’aucune part], ni par devant ni par derrière : c’est une révélation émanant d’un Sage, Digne de louange.  Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité. Nul ne peut modifier Ses paroles.} Foussilat 41

{C’est Nous, en réalité, qui avons révélé le Coran, et Nous le préservons à  jamais…} Al Hijr 9

La question que se posent les sceptiques est : le coran est protégé de quoi et de qui ? Il est protégé des falsificateurs, des usurpateurs et des imposteurs. Il est protégé de l’oubli, de l’innovation et de l’erreur. Depuis sa Révélation à ce jour, il continue de témoigner et d’interpeller la raison humaine sur sa vérité, son authenticité, sa crédibilité, sa validité et son efficacité :

{Et Nous avons réellement facilité, en fait, le Coran pour la réflexion. Y a-t-il donc quelqu’un qui réfléchisse ?} Al Qamar 32

Il est sûr et certain que notre monde post moderne caractérisé par la vitesse et la démocratisation de la communication et de la science va apporter des preuves tangibles aux vérités coraniques :

{Nous leur Montrerons Nos Signes dans l’Univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur soit évident que c’est la Vérité.} Foussilat 53

Les savants matérialistes de la biologie, de l’embryologie, de la géologie, de l’astrophysique, de l’océanographie  parviennent à la certitude que l’univers et la vie sont l’œuvre d’une intelligence absolue qu’ils décrivent avec les saints Noms d’Allah (al Asma al hosna). Ces savants croient en Dieu, mais sont en quête de la religion qui représente la grandeur, la puissance, la perfection et la majesté de ce  Dieu qu’ils ont connu par la science. Le judaïsme est raciste, le christianisme est mythologique et plein de contradiction, le bouddhisme est une philosophie de vie, l’islam est mal représenté par les musulmans vivant en marge de leur temps. Comment le musulman vivant dans le futile, l’accessoire, la controverse juridique et le culte des anciens pourrait-il devenir le réceptacle de la connaissance de Dieu et le véhicule  de cette connaissance à ceux qui viennent de découvrir Dieu sans découvrir l’Islam, son Coran et son Prophète ?

Qu’il y ait réponse ou non à l’appel et au témoignage du musulman, il lui suffit de s’investir dans la connaissance de la Parole de son Dieu, car c’est un investissement impérissable qui procure de surcroit un émerveillement intellectuel,  un ravissement spirituel et une récompense divine dans ce monde et dans l’autre :

{Certes, ceux qui récitent avec assiduité et minutie le Livre d’Allah, accomplissent la prière et font aumône  de ce que Nous leur avons octroyé, en secret et en public, aspirent à un négoce dont le gain est intarissable, afin qu’Il leur règle intégralement leurs rémunérations, et les gratifie d’un surplus de Sa Munificence. Il Est Absoluteur, Très-Gratifiant.} Fatir 29-30

Ceux qui sont hostiles à l’Archange Gabriel, car il a transmis la révélation à des Prophètes qu’ils n’ont pas voulu et qu’il a exécuté le châtiment contre leurs anciennes communauté ne peuvent accepter que le Coran soit transmis et soit compris :

{Dis : « Qui est ennemi de Gabriel ? », car il l’a Révélé en ton cœur, par le Vouloir d’Allah, corroborant ce qui le précéda, ainsi que Direction infaillible et bonne nouvelle pour les croyants. […] En fait, Nous t’avons révélé des Signes évidents et ne les nient que les pervertis.} Al Baqarah  96 et 98

Il nous faut donc beaucoup de travail et beaucoup d’endurance. Nos agitations et nos convulsions actuelles ne sont ni du travail ni de l’endurance… Il faut être honnête et reconnaître que notre discours enflammé sur l’eschatologie, la morale et les anciens n’est pas le discours rationnel que la raison occidentale peut ou a envie d’écouter. Le Coran n’a pas besoin de nos gymnastiques en matière de rhétorique pour être admis comme la Parole de Dieu. Il faut le livrer aux autres en leur donnant les matériaux qui les aident à y effectuer leur propre quête de sens.

Ce sont tous ses éléments avec d’autres aussi sinon plus complexes qui entrent dans la formation du sens, du style et de l’esthétique du Coran le rendant incomparable, éternellement jeune à découvrir et à méditer. Cet exposé assez sommaire que je réalise alors que je ne suis pas ni arabisant ni islamologue de formation me laisse frustré devant les trésors cachés de la langue arabe. Je peux comprendre le miracle coranique littéraire comme un défi à la raison et je peux imaginer le plaisir intellectuel et esthétique des arabisants qui pratiquent le Coran avec virtuosité. Il faut donc respecter la liberté des autres à croire ou ne pas croire et faire confiance à la puissance intrinsèque du Coran à argumenter et à montrer la voie de la raison, du sens. Son esprit de justesse a pour but de montrer le principe de Justice d’Allah. On peut trouver toutes les nobles qualités de ce Livre pour les Attribuer à Son Auteur.

Avant de terminer cet exposé je tiens à souligner une fois de plus que le Coran s’adresse à la raison :

{Il dit : « Adorerez-vous donc, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut vous être utile en rien ni vous nuire ? Quelle honte, vous et ce que vous adorez, à l’exclusion d’Allah ! Ne raisonnez-vous donc pas ! »}  Al Anbiya 66

Abraham interpellait la raison humaine qui ne parvient pas à comprendre qu’en adorant une pierre elle fait perdre à l’humain sa dignité. Le Coran nous montre dans plusieurs de ses  récits  que la raison elle-même n’est pas libre pour décider rationnellement. La raison, l’intelligence, la cognition sont prisonnières du cœur cette faculté que la neuroscience commence à percevoir et qui est le pouvoir de décision, la volonté, la motivation que construit l’éducation, la culture, l’idéologie. La raison toute seule ne peut conduire à la vérité et à la foi lorsqu’elle est aliénée :

{… Allah fait revivre les morts et vous Montre Ses Signes, afin que vous raisonniez. Puis, vos cœurs se sont endurcis après cela. Ils sont comme les pierres, ou plus durs encore. Car il en est des pierres desquelles jaillissent les fleuves; et il en est d’autres, quand on les fend, l’eau coule; et il en est d’autres qui s’affaissent par la crainte d’Allah ! Et Allah n’est point inattentif à ce que vous faites. Vous attendez-vous donc à ce qu’ils vous croient, alors qu’un groupe d’entre eux : ils entendaient les paroles d’Allah puis les falsifiaient après les avoir raisonnées, en le sachant ?} Al Baqarah 73 à 75

{N’ont-ils donc pas été de par la terre, de sorte qu’ils aient des cœurs avec lesquels ils raisonnent ou des oreilles avec lesquelles ils entendent ? En fait, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce qui s’aveugle, ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines.} Al Hajj 46

Le cœur qui commande l’intelligence doit être sain et libre. Le discours religieux et moralisateur ne peut à lui seul réveiller et entretenir la foi. Il y a un travail de déconstruction et de reconstruction de l’homme, de sa façon de penser, de se comporter et de définir ses priorités, son éthique et son esthétique. Cela semble paradoxale, mais le travail de déconstruction et de reconstruction est un travail qui s’appuie sur la raison en amenant les gens à s’interroger et à chercher les réponses les plus rationnelles tout en leur fournissant l’alternative la plus crédible, la plus rationnelle et la plus efficace qui soit. Ce travail exige le respect de l’homme en refusant de la manipuler ou de l’infantiliser par un discours paternaliste. Il exige aussi la lutte pour la liberté, car elle permet la confrontation des idées et l’émergence des compétences. Le miracle de la foi, une fois les préjugés déconstruit, relève du divin :

{Allah Guide vers Sa Lumière qui Il veut. Et Allah fournit les paraboles aux hommes. } An Nour 35

Si nous pouvions comprendre la Parole d’Allah comme il se doit alors nous comprendrons mieux nos rapports à Allah ainsi que nos rapports aux créatures d’Allah. Est-ce que nous pouvons dans ce cas donner suite, sans analyse et sans responsabilité, prendre pour argent comptant la parole d’un savant, d’un homme politique ou d’un gouvernant alors que cette parole est entachée d’erreur, de fausseté, de mensonge, de calculs et d’oubli… Souvent la parole humaine manque de cohérence, de logique, de finalité bienveillante, de sens… La Parole d’Allah est le véritable chemin vers la liberté…

Si nous pouvions comprendre la Parole d’Allah comme il se doit ainsi que les efforts moraux, cognitifs et spirituels qu’elle exige alors nous comprendrons mieux notre exigence envers la justice et la liberté qui font défaut dans notre monde arabe et dont l’absence fait de chacun de nous, gouvernant, gouverné et opposant, un ennemi de la société, un transgresseur des droits d’autrui. C’est par l’amour, la justice, la vérité et la raison que nous rendons la connaissance sur Allah, Son Coran et Son Prophète accessible à l’humanité. C’est mentir contre Allah et ignorer Sa Parole que croire qu’Il a besoin de notre contrainte sur les gens pour qu’Il soit connu et adoré.

Si nous pouvions comprendre la Parole d’Allah comme il se doit alors nous connaîtrons Allah tel qu’Il a voulu se faire connaitre à nous et non comme nous le présentons aux autres à travers nos idéologies, nos doctrines et nos opinions sectaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enseignements sur les Apôtres de Jésus (saws)

{O Marie, Allah te Fait l’annonce d’une parole de Sa part : il s’appelle le Messie, Jésus fils de Marie, éminent dans le monde et dans la vie Future, et parmi les rapprochés,  et il parlera aux hommes au berceau et dans la force de l’âge, et il sera du nombre des vertueux ». […] Et Il lui Enseignera le Livre, la Sagesse, la Torah et l’Évangile} Ali ‘Imrane 45 et 48

Jésus (saws) était confronté à une situation semblable à la nôtre à bien des égards. Il faisait face à la collusion d’intérêts contradictoires : les rentiers de la religion, les élites divisées entre les hellénisants et les romanisants, un pouvoir politique vassal de l’Empire romain, des intégristes en quête d’un roi pour prendre leur revanche sur l’histoire, un peuple épuisé par les impôts, la misère, la mythologie, l’ignorance et la maladie.

La communauté des Bani-Israël du temps du Messie (saws) ressemble étrangement à notre communauté dans ses confusions et ses divisions provoquées par les rivalités des savants soucieux d’accaparement mondain :

{Et lorsque Jésus fils de Marie dit : « O Descendants d’Israël, je suis le Messager d’Allah vers vous, corroborant ce qui me précéda de la Torah, et annonçant la bonne nouvelle d’un Messager qui viendra après moi : il s’appelle Ahmad ». Et quand il leur est venu avec les évidences, ils dirent : « C’est de la magie évidente ».}

{Et quand Jésus vint avec les évidences, il dit : « Je suis venu à vous avec la sagesse, et pour vous montrer un peu de ce sur quoi vous divergez ; prenez donc garde à Allah et obéissez-moi. Certes, Allah est mon Dieu et votre Dieu, adorez-Le donc, cela est un chemin de rectitude ». Alors les factions divergèrent entre elles}

La confusion et la divergence sont des mouroirs pour les idées nobles et pour la vérité. La confusion entretenue sur la vérité n’est pas produite par l’ignorance et l’erreur des peuples, mais par une volonté délibérée et préméditée des élites religieuses de masquer la vérité, de propager l’ignorance  et d’induire le peuple en erreur pour usurper des privilèges et spolier des biens. La division est systématiquement entretenue par la culture du mensonge délibéré afin de garantir l’impunité  de la spoliation  et sauvegarder le pouvoir de l’imposture.

La rente religieuse, historique, politique et économique annonce, accompagne et poursuit l’œuvre du colonialisme. Dans ces conditions, l’insurrection populaire contre l’Empire et ses vassaux politiques ne va pas libérer la société des causes profondes de l’oppression, mais produire davantage de confusion et une effusion de sang plus grande. Jésus (saws) s’est consacré a dénoncé le système religieux qui rendait impossible la restauration de la vérité, la production des idées, la moralisation de la vie économique  et l’émergence des élites sociales préalables à la libération. Le Messie n’a pas dissocié les causes de l’oppression de ses conséquences. Il s’est consacré, parallèlement à la proclamation de la vérité et au dévoilement des mécanismes intérieurs de l’aliénation à apporter des remédiations et des soulagements aux souffrances du peuple.

Si l’Empire romain cherchait la domination militaire, politique et économique du territoire, les castes religieuses cherchaient la domination absolue sur les consciences par la falsification des rapports à la vérité et par la corruption des savoirs.

Si Moïse était confronté à l’arrogance de Coré  et au désir mimétique qui viennent compliquer le rapport de la vérité au despotisme de Pharaon, le Messie était confronté à un système d’aliénation  économique et idéologique produit par l’élite religieuse se réclamant de  Moïse :

Le Messie nous montre que décoloniser les esprits est plus complexe que libérer la terre. Pour décoloniser les esprits il faut faire triompher la vérité contre l’art de la casuistique religieuse et sociale qui consiste à vendre le faux à la place du vrai, à  montrant le faux comme du vrai et le vrai comme du faux par la force de la persuasion des rhéteurs religieux.

Jésus ne s’est pas laissé distraire par la diversion, la subversion, les menaces, le pouvoir mondain. C’est un Prophète, qui, à l’instar des autres Prophètes qui l’ont précédé, a pour mission d’inviter à Allah, de réformer et de guérir :

{Le Messie a dit : « O Descendants d’Israël, adorez Allah mon Dieu et votre Dieu. Quiconque donne des émules à Allah, certainement Allah lui interdira le Paradis, et son refuge sera le Feu. Les injustes n’ont point de triomphateurs ».}

Devant les difficultés, les complots et les persécutions qui mettaient en péril sa vie et sa mission Jésus (saws) n’a ni demandé de lever une armée révolutionnaire, ni de rassembler une manifestation populaire contre le roi hébreu des Romains, ni demander l’application de la Charia, ni d’édifier un État islamique, ni d’appeler les Perses ou les Chinois à son secours. Allah nous dit ce que Jésus (saws) a fait :

 } فَلَمَّآ أَحَسَّ عِيسَىٰ مِنْهُمُ ٱلْكُفْرَ قَالَ مَنْ أَنصَارِيۤ إِلَى ٱللَّهِ قَالَ ٱلْحَوَارِيُّونَ نَحْنُ أَنْصَارُ ٱللَّهِ آمَنَّا بِٱللَّهِ وَٱشْهَدْ بِأَنَّا مُسْلِمُونَ   {  

{Lorsqu’il eut constaté leur mécréance, Jésus demanda : « Qui sont mes triomphateurs pour [vers] Allah ? » Les apôtres dirent : « Nous sommes les triomphateurs  d’Allah, nous croyons en Allah, et sois donc témoin que nous sommes musulmans.} Ali ‘Imrane 53

Ce verset appelle neuf remarques.

Première remarque : Allah est la visée.

Dans ce court verset, le Nom d’Allah est cité 4 fois. Trois fois d’une manière explicite : mes triomphateurs pour [vers] Allah – les triomphateurs d’Allah – nous croyons en Allah. Une fois d’une manière implicite : « nous sommes musulmans » compris dans son sens coranique de « nous nous en remettons en toute confiance et en totalité à Allah ». Il n’y a pas de place à la confusion dans l’objectif : La vocation prophétique est de témoigner aux hommes pour Allah sans rien attendre des hommes. La récompense, dans ce monde ou dans l’autre, relève uniquement d’Allah. Se réclamer de la voie prophétique pour demander moins que la proximité d’Allah ou revendiquer moins que la gloire d’Allah c’est se tromper de bataille et de vocation. Croire que le témoignage se fera mieux par la revendication ou par l’exercice du pouvoir et de la bonne gouvernance est une vue de l’esprit démentie par le Coran. Cette vue de l’esprit est démentie par l’histoire ancienne et récente des mouvements islamiques.

{Allah aime ceux qui se fient à Lui. Si Allah vous Fait triompher, nul ne pourra vous vaincre. Et s’Il vous Abandonne, qui d’autre que Lui pourra vous faire triompher ? Que les croyants se fient à Allah.}

 Le pouvoir et la gouvernance viennent comme récompense  et comme épreuve à ceux qui ne les réclament pas :

 {Certes, Allah donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause, en effet  Allah est véritablement Fort, Invincible. Ceux qui, lorsque Nous leur accordons autorité sur un territoire, accomplissent la Salât, s’acquittent de la Zakat, commandent le bon usage et interdisent le répréhensible. Et c’est à Allah qu’appartient l’ultime décision.}

 Nous voyons comment les « rebelles » dans le monde musulman se sont dévoyés et perdus la face en cherchant le pouvoir à n’importe quel prix et sous n’importe quel étendard.

Seconde remarque : le populisme.

Jésus (saws) n’a pas fait appel au peuple, car ce peuple n’est pas en état de lui apporter secours vu son état lamentable sur le plan social, politique, économique, moral et religieux. Jésus est un médecin, un pédagogue, un Prophète qui ne va pas demander aux malheureux de faire ce qui n’est pas en leur pouvoir de faire. Bien au contraire il va être à leur service sans rien leur demander en retour.

Lorsque Mohamed (saws) disait que nous n’aurions victoire que par nos faibles, il ne signifiait pas le populisme, la démagogie ou la mobilisation politicienne des va-nu-pieds. Il signifie l’amour du faible et la charité pour les pauvres. L’allégeance des Ançars à Mohamed était une allégeance de forts envers un Prophète lucide et transparent dans son pacte et non d’une plèbe désorientée et sans moyens.

Troisième remarque : les triomphateurs et leur rapport à Dieu et à Jésus

 مَنْ أَنصَارِيۤ إِلَى ٱللَّهِ

Qui sont mes triomphateurs pour [vers] Allah ?

Le terme « Auxiliaires » pour traduire أَنصَار Ançars n’est pas significatif.

Le terme « auxiliaire » signifie « qui secourt,  qui aide, qui apporte son concours direct ou indirect, d’une manière temporaire ou permanente à un homme, à un dispositif ou à une cause. Est-ce que Jésus cherchait un secours pour lui-même contre les Juifs qui le persécutaient ou le triomphe du monothéisme au-delà de sa personne, de son époque et de sa communauté ?

Jésus ne pose pas l’équation en termes d’auxiliaires et d’auxiliariat, mais en termes de victoire et de triomphe comme dans cet énoncé coranique:

{Allah donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause.}

Cet énoncé est une réciprocité facile à comprendre. C’est apparemment le double sens de l’appel de Jésus :

« Qui veut bénéficier d’une victoire (triomphe) d’Allah dans ce monde et dans l’autre qu’il m’apporte alors son secours »

« Qui veut faire triompher la cause d’Allah qu’il m’apporte alors son secours »

Les deux sens se complètent et peuvent donc être compris comme le message réellement délivré par Jésus (saws) à ceux qui venaient l’écouter et à ceux qui voulaient le suivre.

C’est une communication simple, précise et efficace qui a le même résultat.

Le  terme { إِلَىٰ }  « ilà » prend dans le Coran et tout particulièrement dans cet énoncé une intonation sublime : (في) { مَّعَ } { لِ } { } permettant une polysémie pour exprimer le discours de Jésus avec des effets psychologiques différents sur son auditoire en termes d’attente et d’engagement. La finesse est que cet engagement est pour Allah, mais il passe par Jésus (saws). Il signifie :

Vers Allah, pour Allah, auprès d’Allah, en Allah, vers le Paradis d’Allah, pour la défense de la religion (du Livre, des Prophètes) d’Allah, en quête du martyr qui donne proximité auprès d’Allah, dans la quête de l’amour d’Allah, dans la  quête de l’amour en Allah, de la cause d’Allah, dans la cause d’Allah…

Il n’y a de place ni à l’esprit partisan, ni au sectarisme, ni à la confusion, ni aux fausses promesses, ni aux futilités mondaines…

Quatrième remarque : Subtilités coraniques sur l’appel de Jésus

Celui qui connait un peu le Coran et la description coranique  sur la société religieuse savante après Moïse retrouve la bigoterie, la rente religieuse et l’intégrisme que connait le monde musulman ces dernières décennies. Les orateurs veulent vendre leurs boniments à tous en offrant du sensationnel, de la fascination, de l’affabulation. Les auditeurs veulent la facilité et s’émeuvent devant n’importe quel boniment religieux qui cultive le passé, impute la faute aux autres et jette l’anathème sur n’importe qui. Les orateurs et les auditeurs sont à l’image de la décadence de leur civilisation. Il en était ainsi du temps de Jésus (saws).

Par conséquent si Jésus (saws) avait dit tout simplement « Qui sont les Ançars d’Allah ? » tous les Bani Israël auraient répondu par l’affirmative et particulièrement tous les falsificateurs, les hypocrites, les élites vivant de la magie, de la prostitution, du Riba et des maux sociaux. Ils auraient étouffé sa voix et masqué celle des Apôtres, les connus et les anonymes. Ils auraient dit ce qu’ils ont l’habitude de dire :

{Les Juifs et les Nazaréens disent : « Nous sommes les fils d’Allah et Ses bien-aimés »}

Les « bien-aimés » vont saper la pureté de la foi, la noblesse de la cause et la sincérité des militants vertueux par ce que la lutte idéologique appelle l’effet de contamination. En faisant de sa personne le discriminant avec tous les risques que cela implique dans un monde ligué contre lui, Jésus ferme la porte aux généralités sur la foi et la cause de Dieu et se protège des « bien-aimés » qui sont :

{Écouteurs de mensonge, consommateurs d’illicites}

{Et tu vois beaucoup d’entre eux s’empresser au péché, à l’agression, et à manger des choses illicites. Qu’il est piètre ce qu’ils faisaient !}

Jésus (saws) fait un appel à Dieu en son nom, car il est Prophète qui démasque les imposteurs et les falsificateurs. Il ne ment pas à ceux qui vont porter son Message et le soutenir. Il leur propose un projet de martyr ou de sacrifice dans la cause d’Allah pour ceux qui viendraient à le suivre avec à la clé le triomphe qui n’est pas obligatoirement terrestre. Encore une fois, il ne s’agit ni de coup d’État, ni de révolution armée, ni de parti politique, mais d’une idée simple :

{Je suis venu à vous avec un Signe de votre Dieu, prenez donc garde à Allah et obéissez-moi.}

L’obéissance est sur des choses simples et évidentes : restaurer la loi mosaïque en mettant fin aux impostures et usurpations religieuses avec à l’appui des signes extraordinaires attestant la véracité et l’authenticité du Prophète réformateur :

{Je suis venu à vous avec un Signe de votre Dieu. Je vous crée de l’argile, comme la forme d’un oiseau, sur laquelle j’insuffle et elle devient un oiseau par le Vouloir d’Allah. Je guéris l’aveugle-né, le lépreux, et je fais revivre les morts par le Vouloir d’Allah. Je vous informe de ce que vous mangez et ce que vous amassez dans vos maisons, il y a en cela, certes, un Signe pour vous si vous êtes croyants, et corroborant ce qui existait déjà avant moi de la Torah, et pour vous rendre licite une partie de ce qui vous a été interdit.}

Il est plus simple et plus facile, pour les amateurs de la politique, de revendiquer « Dawla islamiya » que de saper les fondements de la rente religieuse et les mécanismes de l’instrumentalisation de la religion à des fins politiciennes et mondaines.

Il aurait été plus judicieux pour nos Bouliticiens de revendiquer la liberté, le droit, la citoyenneté et la dignité que de réclamer du « fascinant » sans projet et sans ingénierie. Il aurait été plus intelligent de demander la libération des Mosquées de la bureaucratie et de la rente, la réforme de l’enseignement…  en attendant des jours meilleurs. Ces jours ne peuvent venir que d’une société responsable qui prend en main son destin et qui produit son élite et ses idées ou sinon qui reconnait et accepte les véritables élites.

En tous les cas, la voix prophétique n’opte pas pour l’aventurisme qui risque de faire couler le sang des musulmans et donner occasion aux ennemis de l’Islam de faire appliquer leur programme répressif et  éradicateur.

Jésus (saws) a proposé un contrat aux élites sans prendre en otage le peuple :

Qui sont mes triomphateurs  pour Allah ?

Qui sont mes triomphateurs  vers Allah ?

Qui sont mes triomphateurs  en Allah ?

Qui sont mes triomphateurs  auprès Allah ?

Qui sont pour moi les triomphateurs  d’Allah ?

Qui sont pour moi les triomphateurs  vers Allah ?

Qui sont pour moi les triomphateurs  en Allah ?

Qui sont pour moi les triomphateurs  auprès Allah ?

Qui sont avec moi les triomphateurs  d’Allah ?

Qui sont avec moi les triomphateurs  vers Allah ?

Qui sont avec moi les triomphateurs  en Allah ?

Qui sont avec moi les triomphateurs  auprès Allah ?

Nous pouvons imaginer Jésus persécuté et tenant un langage précis répondant aux attentes et aux interrogations réelles de ceux qui ont eu foi en sa parole et en ses miracles. Ce n’est pas un discours improvisé et ponctuel, mais une longue quête…

Allah ne décrit pas la persécution de Jésus, car ce dernier vivant dans l’Amour d’Allah ne ressentait pas dans sa chair et sa sensibilité la méchanceté des gens dont il saisissait  intellectuellement et moralement tout le drame et toutes les conséquences.

Cinquième remarque : Le langage de vérité et le contrat

Jésus (saws) connaissait la situation de sa communauté, et il n’avait fait appel aux Apôtres que parce qu’il avait la certitude du complot ourdi pour le tuer. Il savait qu’il vivait au sein d’une communauté qui a l’habitude d’assassiner les Prophètes et de verser le sang des innocents :

{En raison de leur violation de l’Alliance, de leur mécréance en les Versets d’Allah, des Prophètes qu’ils ont assassinés sans aucune juste cause, et de leurs dires : « Nos cœurs sont incirconcis ?! » Mais c’est Allah qui les a scellés, en raison de leur mécréance _  car peu nombreux sont ceux qui croient,  et en raison de leur mécréance et de la profération de leur énorme calomnie contre Marie, et en raison de leurs dires : « C’est nous qui avons tué le Messie, Jésus fils de Marie, le Messager d’Allah ». Ils ne l’ont point tué, et ils ne l’ont point crucifié, mais il leur sembla. Certes, ceux qui divergèrent à son sujet  doutent de cela : ils n’en ont aucune connaissance, sauf que de suivre la conjecture. En toute certitude, ils ne l’ont point tué. Mais Allah l’a élevé vers Lui.}

Il ne se faisait donc pas d’illusion sur les capacités de nuisance des Bani Israël, mais il voulait faire émerger une élite qui prend son message avec fermeté avec l’engagement de rester loyale et fidèle à ce message jusqu’à la rencontre ultime auprès d’Allah (Paradis, Jugement dernier) :

{Qui sont mes triomphateurs  pour [vers, en, auprès, de] Allah ?}

Qui veut passer contrat avec moi pour la cause d’Allah dont je serais témoin auprès d’Allah tel semble être le message de Jésus

Sixième remarque : l’engagement responsable, sincère et loyal

Les Apôtres avaient parfaitement compris le message. A la question « « Qui sont mes Ançars » ils ont répondu

{Nous sommes les Ançars d’Allah}

C’était la réponse attendue par Jésus (saws). Les Apôtres prennent l’engagement de porter le Message divin même après la mort de Jésus, mort de vieillesse, mort assassiné, ou élevé au Ciel.

En un énoncé très court et très concis, le Coran nous expose la méthodologie de formation des réformateurs. En des siècles aussi longs qu’un jour sans pain, les mouvements islamistes n’ont toujours pas formé des réformateurs qui conduisent le véritable changement. Ils ont engendré le populisme islamiste qui se manifeste  devant nos yeux, à la télévision, dans les souks, dans les partis, dans les foires électorales, dans le Jihad sanglant et sans programme, dans la démission et le sauve-qui-peut social… Les mouvements islamiques les mieux structurés, malgré le nombre élevé de leurs militants persécutés, assassinés ou emprisonnés, continuent de revendiquer l’existence organique de leurs partis ou tentent de sauver leur parti et leur direction politique sans laisser derrière eux cet élan spirituel, intellectuel et social :

{Nous sommes les Ançars d’Allah}

{Nous sommes les triomphateurs d’Allah}

 

 Septième remarque : Allah est plus proche que ce qu’on imagine

La langue française ne permet pas de voir la différence lexicale entre l’appel de Jésus

« مَنْ أَنصَارِيۤ إِلَى ٱللَّهِ  Qui sont mes (avec moi les) triomphateurs  vers (auprès, pour, en, de) Allah »,

et l’engagement des Apôtres

« نَحْنُ أَنْصَارُ ٱللَّهِ  Nous sommes les triomphateurs d’Allah ».

Le  terme { إِلَىٰ }  « ilà » et ces intonations (في) { مَّعَ } { لِ } « auprès, vers, de, pour, en » ont disparu pour signifier la proximité des Apôtres avec Allah et sa réciproque l’amour d’Allah pour les Apôtres.  Le lien est direct, rapide, sans intermédiaire…

Huitième remarque : Qui sont les Apôtres

Le terme Apôtre, issu du grec apostolos désigne une « mission » engagée ou accomplie. Il semble correspondre à l’hébreu shaliah, « envoyé plénipotentiaire ». Les Apôtres sont,  dans l’Eglise, les Missionnaires et les Evangélistes.

L’étymologie arabe de Hawariyoun ٱلْحَوَارِيُّونَ est « meilleur, pur, blanc, transparent… » Les Hawariyoun coraniques ne sont pas des missionnaires au sens évangélique, mais la quintessence de l’élite, l’avant-garde du sacrifice.

Le Coran les définit par  cet énoncé :

{Nous sommes les triomphateurs d’Allah, nous croyons en Allah, et sois donc témoin que nous sommes musulmans.}

La foi en Allah n’est pas suffisante si elle n’est pas confirmée par l’engagement de défendre la foi et les valeurs du monothéisme (cause d’Allah)  ainsi que de respecter l’ensemble  du culte musulman. Nous pouvons faire une lecture plus ouverte en disant que le Dine est Imane ou foi (milla ou confession) et Charia ou Islam, et que par conséquent les Hawariyoun représentent les « Bien-aimés d’Allah » les véritables monothéistes sur le plan spirituel, cultuel et temporel.

Les Hawariyoun, les  triomphateurs d’Allah,  font cette invocation :

{Notre Dieu, nous sommes devenus croyants en ce que Tu as révélé et nous suivons le Messager, Veuille nous Inscrire parmi les témoins}

Ils étaient musulmans au sens coranique du terme et avaient compris la vocation du musulman qui est celle de témoigner :

{O vous qui êtes devenus croyants, inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Dieu et faites le bien, afin que  cultiviez. Et efforcez-vous  pour Allah par l’effort qui doit Lui être dû. Il vous a élus et ne vous a imposé nulle gêne en religion, la confession de votre père Abraham. C’est Lui (Allah) qui vous a nommés musulmans, par le passé et dans ceci (le Coran),   afin que le Messager soit témoin auprès de vous et que vous soyez témoins auprès des hommes. Accomplissez donc la Salât, acquittez-vous de la Zakat, attachez-vous à Allah, Il Est votre Protecteur. Quel excellent  Protecteur et quelle excellent  Secoureur.} Al Hajj 78

Neuvième remarque : La mise à l’épreuve et la fidélité par le témoignage

L’avant-garde, les triomphateurs, les attachés à la foi peuvent faire face à l’adversité sans risque de dévier ou de changer, car ils sont à la fois engagés dans le témoignage qui signifie la compétence et la vocation, et dans l’aspiration qui signifie chercher par le mérite à faire partie de l’élite auprès de Dieu :

{Alors ils rusèrent, et Allah planifia, mais Allah est le meilleur des planificateurs. Lorsque Allah dit à Jésus : « Je Vais te rappeler, Je t’élèverai vers Moi, Je te purifierai de ceux qui sont devenus  mécréants et Je mettrai ceux qui t’ont suivi, au-dessus de ceux qui sont devenus  mécréants, jusqu’au Jour de la Résurrection. Ensuite vers Moi sera votre retour et Je jugerai parmi vous sur ce dont vous divergiez. Quant à ceux qui sont devenus  mécréants, Je les châtierai d’un rude châtiment dans le monde et dans la vie Future, et ils n’auront point de triomphateurs ». Quant à ceux qui sont devenus  croyants et ont fait les œuvres méritoires, Il leur acquittera leurs rémunérations, car Allah n’aime point les injustes.} Ali ‘Imrane 54 à 57

C’est la règle instituée par Allah à la communauté de Mohammed (saws) :

{O vous qui êtes devenus croyants, soyez les triomphateurs d’Allah, comme l’a dit Jésus, fils de Marie, aux disciples : « Qui sont mes Ançars pour la Cause d’Allah ? » Les disciples dirent : « Nous sommes les triomphateurs d’Allah ». Alors un groupe des descendants d’Israël est devenu  croyant alors qu’un groupe est devenu mécréant. Nous avons soutenu ceux qui sont devenus croyants, contre leur ennemi, alors ils ont été les vainqueurs.} As saff 14

Allah (swt) ne nous impose pas d’être tous des Apôtres comme Il ne nous interdit pas de faire de la politique, de la science, de l’art et autre activité. Il nous interdit la démarche partisane et sectaire, car elle réduit l’action du croyant et le corrompt comme Il nous interdit d’instrumentaliser la religion à des fins mondaines. Chacun agit selon ses moyens et les circonstances de son moment et de son lieu d’existence en se tenant éloigné des divergences, des luttes fratricides, des quêtes insensées et des systèmes de cooptation souvent cause d’injustice, d’inertie et de médiocrité.

Même au niveau de la grandeur de son œuvre, de sa position sociale, de son sacrifice ou dans l’anonymat le plus total, le croyant sait que la force qui l’anime et le distingue des gens du commun est un don divin :

{Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager », ils dirent : « Nous y croyons, et témoigne que nous sommes vraiment musulmans ».}

Encore une fois c’est le témoignage qui est la clé de voute de la personnalité musulmane et de son action militante. Témoigner aux autres est un devoir ! Témoigner sur soi, le Jour du Jugement dernier, est une vérité que le Croyant ne peut et ne doit oublier. Ce serait se moquer de soi et du Coran que de croire que le témoignage consiste à inviter les gens à embrasser l’Islam alors que la situation du « témoin » est un faux témoignage par sa misère morale, sociale, intellectuelle et spirituelle. Le meilleur témoignage est de montrer les bienfaits d’Allah sur soi c’est-à-dire ce que la foi et l’engagement pour cette foi ont apporté comme transformation sur le plan de la vertu du comportement, de l’efficacité du travail, de l’acquisition des sciences, de la pureté de la foi…

C’est cette transformation qui a permis aux petites communautés adeptes de Jésus de résister jusqu’à la venue de l’ultime Prophète (saws) malgré les transformations religieuses, politiques, sociales et historiques de leur environnement. C’est cette transformation qui permet aux gens attachés à Allah de gouter aux nourritures terrestres et spirituelles en dépit de la volonté de leurs détracteurs et de leurs persécuteurs :

{Et lorsque les Apôtres ont dit : « O Jésus fils de Marie, ton Dieu peut-Il nous faire descendre une table du Ciel ? » Il dit: « Prenez garde à Allah, si vous êtes croyants ! » Ils dirent : « Nous voulons en manger, pour que nos cœurs soient rassurés, et pour savoir que tu nous as dit la vérité, et pour que nous soyons du nombre des témoins».}

C’est la même règle : témoigner aux autres et améliorer sa foi. Celui qui vit en conformité avec cette règle n’a pas besoin de mentir, de tricher, d’opter pour des arrangements d’appareils, de chercher des alliances en contradiction avec la foi et les principes :

{Et quiconque prend garde à Allah, Il lui procure une issue, et lui donne par où il ne comptait pas. Et quiconque prend Allah pour Garant : Il lui suffit.}

 

 Conclusion : le témoignage et les moyens de son engagement ou de sa politique

L’enseignement majeur est le témoignage. Ce témoignage ne vient pas du néant comme une improvisation, mais comme la consécration d’une vie d’épreuves.  En effet la relation qui s’est établie entre les Apôtres et Dieu conférant aux Apôtres la vocation de témoin a  Jésus (saws) pour initiateur, ciment et  fédérateur.  Jésus (saws) y a consacré son existence et a prouvé sa véracité en montrant aux autres la grâce divine et les bienfaits qui le distinguaient des  imposteurs qui parlaient au Nom de Dieu et au nom de Moïse :

{Lorsque Allah Dit : « O Jésus fils de Marie, souviens-toi de ma Grâce envers toi et envers ta mère, lorsque Je t’ai soutenu par l’Esprit de Sainteté pour que tu parles aux hommes, au berceau, et dans la force de l’âge. Et lorsque Je t’ai enseigné le Livre, la Maîtrise, la Torah et l’Évangile. Et lorsque tu créais de l’argile comme la forme de l’oiseau, par Mon vouloir, et en laquelle tu as insufflé et elle devint oiseau, par Mon vouloir. Et tu guérissais l’aveugle-né et le lépreux, par Mon vouloir. Et lorsque tu faisais ressusciter  les morts, par Mon vouloir. Et lorsque J’ai dissuadé les fils d’Israël loin de toi, quand tu leur es venu avec les évidences, alors ceux qui sont devenus  mécréants d’entre eux dirent : « Cela n’est que magie évidente ». Et lorsque J’ai inspiré aux apôtres : « Croyez en Moi et en Mon Messager », ils dirent : « Nous y croyons, et témoigne que nous sommes vraiment musulmans ».}

Ce ne sont pas les slogans « l’Islam est la solution », « morts aux mécréants », « ni Constitution ni Charte, mais le Coran et la Sunna », « le Qamis, le Siwak, la Barbe et le Niqab » qui vont répondre aux interrogations existentielles de l’humanité ni à la quête spirituelle des savants de la matière qui ont découvert l’Intelligence suprême, l’Absolu et les Saints Noms d’Allah dans l’univers et la création, mais ne les retrouvent représentés par aucune religion.

Qu’a fait de toi l’Islam et qu’offres-tu aux musulmans ou à l’humanité pour que tu sois suivi sur le plan intellectuel, politique, social et religieux. Cette question simple est celle que devrait se poser chacun de nous s’il veut créer un parti politique et prétendre réformer la société ou exercer une bonne gouvernance. Tous les Prophètes ont exposé leurs compétences cognitives, morales, sociales pour que chacun fasse son choix sur une preuve, une conviction, une évidence sans confusion.

Il n’est pas interdit de faire de la politique, des affaires, de l’art, de l’argent. Ce qui est interdit est de mentir au nom de la religion ou de faire de la religion une passerelle pour des objectifs mondains. Le musulman qui veut se présenter à titre individuel ou à titre organique comme une alternative aux partis politiques et au pouvoir en place ne peut se cacher derrière un discours religieux tautologique ou casuistique. Il doit proposer des solutions et des programmes. C’est sa liberté ainsi que sa responsabilité de donner à sa solution et à son programme un caractère islamique par des références coraniques ou prophétiques. Les musulmans doivent le juger sur son programme, sa solution, son expérience, son mérite et non sur le caractère ostentatoire de son islamité.

Il n’est pas interdit de ne pas avoir le niveau requis pour présider l’oraison ou prêcher, mais il est interdit de taire la vérité et de dissimuler la Parole d’Allah pour gagner les faveurs de l’assemblée des orants ou pour les manipuler profitant de leur crédulité ou de leur émotion. Combien d’imams consacrent son temps à l’explication du Coran pour qu’il soit témoin envers eux et pour qu’il les élève au niveau qui leur permet d’être des témoins ou du moins des auditeurs responsables, lucides et capables de discerner le vrai du faux. Le sourate Ali ‘Imrane qui a magistralement traité l’engagement des Apôtres nous met devant nos responsabilités :

{Allah a pris acte de l’engagement de ceux qui ont reçu le Livre : « Vous devez vraiment l’expliciter aux hommes et de ne pas le dissimuler ». Mais ils l’ont rejeté derrière leurs dos et l’ont troqué à vil prix! Piètre troc!}